AVANT-PROPOS DU TRADUCTEtR. Je m'acquitte enfin, en doanant la traduction de ee ouvrage, d'une dette depuis bien longtemps contractee. Les soins qu'exigeait ce travail m'excuseront en partie du retard qu'il a eprouve. On ne saurait perdre de vue, en lisant ce livre, que M. Newman etait encore anglican quand il 1'a compose, et, bien qu'il Fait ecrit en vue du grand acte de reconci liation vers lequel I'entrainait la droiture de sa conscience, son esprit, qui entrevoyait la verite, ne 1'apercevait encore qu'a travers les ombres et les nuages qui ne pouvaient se dissiper completement avant le jour oii cette intelligence d'elite romprait solennellement avec 1'erreur. Le lecteur se rendra facilement compte des emotions au milieu desquelles cet ouvrage a ete ecrit, pour peu qu'il counaisse la carriere de M. Newman (1). II s'agissait pour lui de rompre avec son passe, d'abandonner une position brillante , de refuter tout ce qu'il avait ecrit contre 1'Eglise romaine, de renverser ce qu'il avait edifie, de justifier enfin un acte contre lequel il n'avait cesse de s'elever. Contemplons a 1'oeuvre ce chef d'Ecole, cet homme qui va renoncer a 1'influence si grande qu'il exercait au sein de FUniversite et de 1'eglise anglicane, et demandons- nous ensuite s'il lui a ete possible d'ecrire son Histoire du Developpement de la Doctrine chretienne (2) , sans (1) Nous avons public sur ce celebre theologien une Notice Biographique dans 1'opuscule intitule: Conversion de 1oO Minislres anglicans , etc. (2) M. Newman a intitule son ouvrage : Essai sur le Developpement , etc. ; j'ai pris sur moid'en modifier aiasi le litre. a II que sa plume trahit ragitaiiori de son esprit et les emo tions cle son occur :' Independamment de cette position dr 1'auteur , n'oublions pas qu'en Angieterre Ic langage philosophique et theologique ne brille. pas plus qu'en Allemagne, par sa clarle. I/Kcole d'Oxford, en outre, semble s'etre attachee , des son origine. a cultiver le style d'un siecle dont elle clierchait a la ire reuvre les tradi tions, style qui n'est p3s a 1'abri de toute crili([ue , et dont 1'obscurite eloigne quelquefois le lecteur. Ces observations snffisent pour faire eomprendre qu'un<* personne etrangere au monvement intellectuel de 1'An- gleterre, aux controverses theolo;yiques des Puseistes. au\ matieres dont traite ce volume , et aux circonstances dans lesquelles il a etc ecrit. ait vainement tente de 1<* trad u ire. S'il se rencontre dans la premiere partie de 1'ouvrage, c'est-a-dire dans Vexposition de ['argument qui en forme la base, quelques propositions qui, a la premiere lecture, ne semblent pas defmies avec assez de precision, j'invite le lecteur a ne pas s'y arreter. et a poursuivre sa route ; car la lumiere se fera dans son esprit a mesure qu'il pene- trera plus avant dans cette forte et feconde conception. II ne faut pas oublier que M. Newman propose line hypothcse. Or, toute hypothese est contestable, et tire sa valeur d'un ensemble de probability. Mais c'est precise- men t en cela que consiste, pour quiconque est capable de eomprendre ces sortes d'arp;uments, la preuve des preuves. line preuve particuliere ne prouve que le particulier, et une preuve generate ne peut etre qu'une hypothese qui relie, fortifie, appuie et explique Tune par 1'autre les preuves particulieres. Toute la premiere partie est consa- cree a exposer en quoi consiste 1'hypothese de I'auteor, et quelle en est la nature. Si quelques passages manquent de la clarte desirable pour des Francais, on ne doit pas Ill otiblier que M. Newman a ecrit surtoiit pour cles Anglais, qui ont un tout autre genre et une tournure d'esprit qui differe de la notre. Dans la seconde partie de 1'ouvrage, 1'auteur montre que son hypo these explique 1'ensemble des faits de I'his- toire ecclesiastique, et qu'elle seule peut les expliquer. Bien que les applications qui fonnent cette seconde partie jettent une grande clarte sur quelques-uns des points qui auraient pu rester obscurs dans Tesprit du lecteur, cepen- dant, ici encore, M. Newman sous-entencl beaucoup de choses que les ignorants ne verront pas ; mais on ne peut guere en faire un reproche a 1'auteur qui a ecrit pour des savants et des theologiens, capables de suppleer a ces lacunes ; car il est le plus souvent necessaire de les rem- plir, au risque de tirer des deductions diametralement opposees a la pensee du celebre ecrivain. Ce grand ouvrage, si vivement attaque en Angleterre, pourra bien -trouver des detracteurs, meme en France, meme parmi les catholiques. L'argument qu'il met en lumiere a^7ait ete indique, comme Fobserve 1'auteur, par M. de Maistre; et c'est, si je rie rne trompe, un des points qui ont le plus effarouche dans les ecrits de ce profond penseur, L'arg-ument n'en est cependant pas moins bon et pas moins vrai , quels que soient les dangers qu'il puisse offrir a des esprits qui ne le comprendraient pas ou qui le comprendraient mal. N'a-t-on pas de tout temps abuse des choses les meilleures en elles-memes ? Mais, quoi qu'en disent les critiques , les bommes serieux admireront cette oeuvre bardie , jetee comme un pont de salut sur 1'abime qui separe Veglise anglicane de 1'Eglise catho- lique. M. Newman n'a pas voulu echapper seul au peril ; en fuyant le camp cles ennernis de 1'Eglise, il a desire que ses anciens freres pussent francbir 1'abime apres lui. Depuis 1'apparition de ce Irvre, des anglicans en grand IV nombre sorit entres dans FEglise, et tous out recormu que cet ouvrage a triomphe de leurs dernieres hesitations. Les volumes publies pour le refuter n'ont pas attenue 1'effet. qu'il a produit, et s'il n'est arrive en Angleterre qu'a une seconde edition, c'est que les anglicans, effrayes dcs de fections dont ce livre les menacait. out etabli contre lui et o * tous les ecrits des membres des Universites, publies avant ou depuis leur conversion, un veritable blocus, afin que ces publications penetrassent le moins possible dans leurs rangs ebrariles. Que sont de pareils obstacles contre les desseins de la Providence ! Deja FEglise catholique d'Angleterre voit renaitre sa hierarchic, etles barrieres politiques qui s'opposaient aux rapports ofFiciels entre Loud res et le Vatican sont a la veille d'etre renversees. N'est-il pas permis de re^jarder ce rapprochement politique comme le prelude d'une reconci liation plus importante et plus desirable ? Plusieurs ecrits qui viennent d'etre publies en Angleterre. prouvent qur si les esprits ne sont pas encore, d'une maniere <;enerale, disposes a une reconciliation spirituelle. il y a du moins des tendances manifestes vers un retour collectif a 1'unit^ catholique. Ces tendances me paraissent etre aujourd'liui ce qu'etait il y a quelques annees le desir d'etablir des relations avec le Saint-Siege ; mais en attendant que l lequel 1'auteur rend compte des raisons de son retour au » Catholicisme fut presente a la France comme un travail »nul et insignifiant (1). » Les termes de ce desaveu ne sont certes pas trop severes, car la traduction infidele va meme jusqu'a faire dire a M. Newman qu'on ne peut (1) Ce desaveu, publie par I'Vnivers du 10 Janvier 1847, a aussi paru dans I' Ami de la Religion, la Gazette de France, la Voix de la Ve'rite , la Qiiulidienne , la France , et autres journaux. — VII — identifier I'Eglise des premiers siecles avec le Christia- nisme , et que I'Arianisme* le Nestorianisme et TEuty- chianisme ne sauraient etre appeles des heresies (1). Or, M. Newman, ainsi que le bon sens Findique, a ecrit pre- cisement le contraire , et il n'eut pas falla etre done d'une forte dose de raison et de science pour eviter un pareil contre-sens. Ce ri'est la cependant qu'une erreur entre mille , ainsi que le lecteur va pouvoir s'en convaincre. Les interets et 1'amour-propre que froissait ce desaveu , se sont recries, absolument comme s'il s'agissait d'un fait qui admit la contradiction. On a soutenu 1'exactitude de la traduction desavouee avec une assurance qui m'a force de justifier la protestation de 1'auteur, en apportant dans plusieurs journaux les preuves a 1'appui de 1'infidelite de cet essai. Mais mes critiques ont ete signalees comme sus- pectes, parce que je m'occupais moi-meme d'une traduc tion. Les speculateurs qui esperaient exploiter 1'ouvrage de M. Newman a la faveur de son nom, ont fait repeter que mes critiques etaient inspirees par des motifs d'interet. II eut suffi , pour se convaincre du contraire, de se de- mander comment M. Newman serait descendu a se faire le complice de mes calculs? comment un auteur, desireux et naturellement fier de voir paraitre une traduction de son livre, se serait-il hate de la desavouer, si elle eut pu etre acceptee par lui ? comment M. Newman m'eut-il re- mercie d'avoir signale la traduction infidele pour ce qu'elle valait? Un desaveu fait dans les termes que j'ai reproduits, ne laissait pas place a la contradiction, et le public 1'a biencompris, car, malgre son impatience cle connaitre ie beau livre de M. Newman, il a laisse dormir en paix la traduction infidele et inintelligible. (1) Page 251 de la traduction publiee par les editeurs Lagny freres. Nous avons appris que le soin de verifier 1'exactitude de celte traduction avail ete confie a un Ministre Protestant. Cette tache a ete singulierement remplie. — \I — Je laisse de cote ces considerations si consolantes pour revenir a 1'ouvrage et a ma traduction. Je me cms un instant delie de ma promesse en apprenant que j'avais etc devance. Je m'empressai d'exarniner la traduction annonc< •< -. et je fus bientot convaincu que la tache restaita remplir: seulement elle devenait d'autant plus delicate qu'une premiere tentative avait completement echoue. Monjuge- ment ne tarda pas a etre confirm^ par un desaveu de cet essai, publie au uom de Tauteur par un de ses amis qui se trouvait alors en France. Ce desaveu invitait le public a regarder comme non avcnu un travail qui avait, bien qu'involontairement, travesti et denature, par ignorance. 1'ouvrage de M. Newman* Pour me servir des termes memes du desaveu, cette traduction ne presente en efTet qu'un amas inintelliyible de paroles sans idces ; et meme en plusieurs endroits y le traducteur a donne une appa- rence dheresie aux phrases de lauteur. « S'il s'a^issait »simplement, dit M. Dalgairns , de Foavrage d'une »personne inconnue, quelque clier que put m'etre Fau- »teur, et quelque intimes que soient, a tant de titres, les » rapports qui existent entre moi et M. Newman , je n'o- » serais jamais occuper le public d'une protestation contre » une traduction infidele. Mais la conversion marquante de »l'auteur du livre en question, a en quelque sorte identifie »sa cause a celle de 1'Eglise en Angleterre, et il resul- » terait evidemment un tres-g^rand mal que le livre dans » lequel 1'auteur rend compte des raisons de son retour au » Catholicisme fut presente a la France comme un travail »nul et insignifiant (1). » Les termes de ce desaveu ne sont certes pas trop severes, car la traduction infidele va meme jusqu'a faire dire a M. Newman qu'on ne peut (1) Ce desaveu, publie par 2Tni'eer« du 10 Janvier 1847, a aussi paru dans V Ami dc la Religion, la Gazette de France, la Voix de la Ve'rite',la Quutidienne , la France , et autres journaux. VII identifier I'Eglise des premiers siecles avec le Chris tia- nisme , et que I'Arianisme* le Nestorianisme et TEuty- chianisme ne sauraient etre appeles des heresies (1). Or, M. Newman, ainsi que le bon sens 1'indique, a ecrit pre- cisement le contraire, et il n'eut pas fallu etre doue d'une forte dose de raison et de science pour eviter un pareil contre-sens. Ce n'est la cependant qu'une erreur entre mille , ainsi que le lecteur va pouvoir s'en convaincre. Les interets et 1'amour-propre que froissait ce desaveu, se sont recries, absolument comme s'il s'agissait d'un fait qui admit la contradiction. On a soutenu 1'exactitude de la traduction desavouee avec une assurance qui m'a force de justifier la protestation de 1'auteur, en apportant dans plusieurs journaux les preuves a 1'appui de 1'infidelite de cet essai. Mais mes critiques ont ete signalees comme sus- pectes, parce que je rn'occupais moi-meme d'une traduc tion. Les speculateurs qui esperaient exploiter 1'ouvrage de M. Newman a la faveur de son nom, ont fait repeter que mes critiques etaient inspirees par des motifs d'interet. II eut suffi , pour se convaincre du contraire, de se de- mander comment M. Newman serait clescendu a se faire le complice de mes calculs ? comment un auteur, desireux et naturellement fier de voir paraitre une traduction de son livre, se serait-il hate de la desavouer, si elle eut pu etre acceptee par lui? comment M. Newman m'eut-il re- mercie d'avoir signale la traduction infidele pour ce qu'elle valait? Un desaveu fait dans les termes que j'ai reproduits, ne laissait pas place a la contradiction , et le public Fa biencompris, car, malgre son impatience de connaitre le beau livre de M. Newman, il a laisse dormir en paix la traduction infidele et inintelligible. (1) Page 251 de la traduction publiee par les editeurs Lagny freres. Nous avons appris que le soin de verifier 1'exactitude de cette traduction avail ete confie a un Ministre Protestant. Cette tache a ete singulierement reraplie. VIII ,Je ne m'etonne pas cle Finsncccs de cette tentative. II ue suffisait pas, en effet. pour bien traduire I'ouvrage de M. Newman, de connaitre pa rf a item en t la langue anglaise (que le traducteur ne possede que d'une maniere tres-in- suffisante). rnais encore ne fallait-il pas etre completement etranger anx etudes pliilosophiques et surtout a la theo- logie. II etait necessaire de savoir en outre lescirconstances dans lesquelles ce livre a etc ecrit; or, le traducteur ignore jusqu'au nom de M. Newman , dont il fait uri redacteur du journal politique de Londres, le Times. II est bien evident que la personne qui a publie cet essai ne se troirvait placee dans aucune des circonstances qui pouvaient lui permcttre de traduire cet ouvrage avec fidelite et intel ligence. Je tiens a etablir que M. Newman ne pouvait se dispenser de desavouer le travail d'ecolier fait sur son ouvrage. En Angleterre on a iiiterprete son desaveu d'une facon assez singuliere. Tin ecrivain qui occupe une position elevee dans 1'eglise anglicane a plaisamment suppose dans un livre qu'il nous a adresse (1). que la traduction infidele (que d'ailleurs il ne connait pas) avait ete frappee de des aveu, parce qu'elle n'etait pas revetue de Y approbation des superieurs sous la direction desquels M. Newman s'etait place au College de la Propaganda a Rome. Jl ajoute que ma traduction doit recevoir cette garantie. Le R. docteur C. Wordsworth a fait preuve daus [)lusieurs ouvrages, et entr'autres dans celui-ci , d'un esprit inventif des plus ingenieux, et cette decouverte ne surprendra pas les personnes qui le connaissent, car il est capable de faire mieux encore. Ses commentaires se refutent par eux- memes; je ne les releve que parce que le nom du docteur (1) Letters to M. Jules Gondun, on the Destructif Character of the Church, of Rome , par le Dr C. Wordsworth. Je saisis cette occasion pour protester centre tout ce que ce livre renfernie contre les doctrines et les pratiques de I Eglise, en attendant de le refuter. IX Wordsworth leur clonne en Arigleterre ime valeur qu'ils ne sauraient avoir. M. Newman, en desavouant urie tra- duction infidele , a fait ce qne le docteur Wordsworth serait lui-meme dans la necessite de faire, si je traduisais avec la meme inexactitude, son Theopliilus Anylicanus . ou son volume de Letires a M. J. Gondon. Je ne sais pas. en ce qui regarde Intervention de la Propaganda, €ii le docteur Wordsworth a appris qne cette congregation romaine a dans scs attributions la censure des ouvrages qui se publient dans le monde. M. Newman a bien voulu approuver mon dessein de traduire son livre, mais a moi seul rerient la responsabilite de mon travail, le merite de son exactitude ou le blame de ses imperfections. Quant aux erreurs, aux rneprises de tous genres, qui font du livre desavoue uri ainas inmtettigible de paroles sans idees , j'en signalerai quelques-unes des plus gros- sieres, afm qu'il soit etabli tine fois pour toutes que ce travail reste en dchors de toute critique. Je dirai d'abord d'une maniere generale que les noms propres sont presque toujours estropies. Au lieu cVEsdras , nous lisons Ezra ; saint Damase est appele Damas. II est question dc M. Yin- centins quand M. Newman parle de saint \incerit. Puis Vincentius devient M. Vincent. Saint Leonce est pris pour saint Leon. Les Aeriens sont confondus avec les Ariens ; les Entichites sont appeles des Eutychites; nous trouvons aussi des Patripessiens pour des Patripassiens. Pierre dc Sicile quitte son nom anglais Peter, pour reprendre son nora latin de Petrus Siculus. Modem 7 qui si^nifie les Musulrnans , est traduit par Moskeim, nom de 1'historien et theologien allernand. Byzacene, province clu pays de Carthage ou de 1'Afrique des Latins , est traduit par les Byzantins (p. 238) ! Les Apollinaristes sont quelquefois nommes des Apollinaires , les Apotactiques, des Apotac- tites. Le concile d'Elvire est appele ftlUiberis. La mere b XII mi tres-grand nombre de citations, la suppression tantot d'une ligne, tantot d'une phrase, tantot de pa^es entieres, et les graces du style dont j'ai donne des exemples. II me reste a relever quelques-uns des contre-sens les plus ridi cules, en rnettant en regard ce que dit 1'auteur et ce que lui fait dire la traduction. L'auteur commence ainsi : « II y a plus de onze ans que jc m'exprimais de la manierc sui- vante dans undes premiers numeros des Traites pour le Temps present (Tracts for the Times). M. Newman dit ailleurs, apres une citation qti'il retracte : « Un ami, avec lequel j'etais tres-familier , m'ecrivit relative- ment a ce traite et a d'autres; il me disait, d'une maniere gencralc, en parlant des tracts : « Ce qtii se passe »au stijet des tracts est bicn encou- »rageant; mais je desircrais obtenir »de vous, quand on fera une se- »conde edition, d'en eliminer on »au moins d'en modifier plu- »sieurs. Le traite sur la Succession »Apostolique dans 1'cglise angli- »cane m'est tombe par hasard sous »la main , et il m'a paru empreint »de si peu de bonne foi que je »m'etonne que vous ayez »meme dans 1'exces de »et ysvox »daire. » pti vous en rendre soli- Son traducteur lui fait dire : a II y a environ sept ans que 1'autcur s'exprime ainsi dans un de ses premiers articles dans le journal the Times. Son traductcur lui fait dire : « Quelque temps apres, un ami avec lequel j'etais en termes tres- intimes, me disait dans une leltre sur ceci ct sur d'autres discours , quoiquc non pas preciscmcnt sur cetle partie : a L'accueil que vous »avcz refu cst tres-cncourageant vtouchant les discours; mais, je »desire, lorsque la seconde edition wparaitra, pouvoir obtenir de vous w alter er mate'ricllcnicnt wplusieurs expressions. L'autre jour, »par hasard, j'ai rencontre sur rnon vchcmin le discours (tract toujours) »sur la succession apostolique dans Dl'eglise anglicane, et, recllemcnt, »elle scmble si injuste que je suis welonne que vous avez pu , meme »dans 1'extremite de ctxsvo/xta et wiivoxta/xo? conscntir a en fairc » par tie. » Le traducteur a-t-il \oulu dire que M. Newman a consenti a faire partie clu discours ou de la succession apostolique ? XIII Ailleurs, au lieu de : « Nous retrouvons la trace da principe, etc.,)) le traducteur abrege en disant : ]\ou$ tr aeons le principe (p. 12); au lieu d'arguments qui touchent a ou concernent 1'Eglise de Rome, il dit : des arguments qui reagissent sur 1' Eg Use de Rome (p. 13). De meme qu'il rencontre par hasard itn discours sur son chemin , au lieu de trouver un traitesbus sa main, il fait prononcer des mots pour tenir un langage ; il parle du rituel exterieur } quand il est question dc pratiques exterieures de devotion. II traduit, en pa riant du Chris- tianisme, its objects , par le blame qu'il deverse sur cer- taines actions (4° ligne de Introduction). Plus loin on lit : « Comment pourrions-nous alors le faire pour une reli- ))gion, pour un fait accompli, qui doit par son universa- D lite devenir le sujet de theories generates ? » M. Newman dit precisement le contraire dans cette phrase : Je la Iraduis : a It may legitimately be made the subject-matter of theories. » « On peut legitimement faire du christianisme le sujet de bien des theories. » Dans une note, le traducteur nous dit : « Voyez les dis cours pour le Times ; » lorsque Fauteur renvoie aux Traites pour le Temps present. M. Newman nous dit : « Com me il n'est pas necessaire de supposer que la doctrine ca- tholique romaine soit le but ulte- rieur de nos recherches , on ne doit pas non plus s'imaginer La traduction lui fait dire : « Et ainsi qu'il ne faut pas sup- poser qu'aucune intention proprc a la doctrine catholique romaine ait dirige la discussion, de meme on ne doit pas s'attendre..., etc. » que..., etc. » Quel est le dictionnaire qui autorise a traduire : this is pretty much the whole of the evidence (ce sont la a pen pres toutes les preuves) par cela est de la derniere ein- dence? Comment com prendrece que veutdire M. Newman — XIV — en parlant du purgatoire, lorsqu'on se pcrmct, au milieu de son exposition, de trad u ire in the case of the faithful departed (dans le cas des fideles decedes) par ces mots : dans le cas oil Ton secarte de la foi 9 Dans une note , M. Newman fait observer que 1'apercu qu'il public sur Wesley est surtout tire de Southey , mais qu'il n'a rien empnmte aux auteurs postmeurs a 1837 : but in no case from any authority later than 1837. Croirait-on que la I induction lui fait dire :%Cet apercu est tire de Southey, mais fautorite ncn remonte pas phis /taut que 1837. Ailleurs, Tauteur nous dit en parlant des sectaires de Wesley, qu'ils furent accuses d'etre favorables au pape et au pretendant (charges of favouring pope and pretender are preferred] , la traduction reel i lie ainsi ce passage: Le devoir de favoriser le pape et le pretendant etait encore respcctc. Choreveque (chorepiscopus) est traduit par vicaire. La traduction fait mourir le jeune ills de Carpocrate a soixante-dix ans , quand le texte dit dix-sepl. Voici un passage de Lucien qui est singulierement tnnesti. M. Newman cite ainsi ce passage : « Nous connaissons, dit Lucien en parlant des Chaldeens et des mages, comment le Syrien de Pa lestine, qui est le grand sophiste en ces matieres, guerit les lunatiques qui se presentent a lui, les ycux contournes, la bouche cotiverte d'e- cume, et les renvoie gueris, en les debarrassant deleurs maux, moycn- nant un grand prix. » La traduction : « Nous connaissons, dit Lucien en parlant des Chaldeens et mages, le Syrien de Palestine qui est sophiste dans ces matieres , commc beaucoup dc lunatique* . il s^ prescnte (le Syricn) avec des yeux contournes et une bouche pleine d'ecume, il se leve et s'en va retabli, ct il delivre du mal les affliges, mais a la condition qu'il obtiendra d'eux un grand salaire. » M. Newman cite souvent un de ses ouvrages intitule : Prophetical Office of the Church; or, chaque fois que ce Inre revient, la traduction renvoie a V Explication des XV Propheties. Clierchez ! Au lieu de dire, en parlant de Rome, ses Aigles ne s'abattent plus nulle part, nous trou- vons comme ses aiyles out brille ; au lieu de : « Pouvoir absolument douter d'une chose n'autorise pas le refus d'y croire, )) nous trouvons etre capable de douter nest pas une raison suffisante pour etre incredule. Pour dire... « En temoignage d'un siecle posterieur, » le traducteur dit du dernier siecle. M. Newman a dit : Les pensees ardentes enfantecs par 1'eloquence populaire... L'idee se forme dans les epreuves et se perfectionne dans les luttes L'idee sort necessairement d'un etat de choses existant... Wesley doutait de la legitimite des etudes seculieres... Certainement il (le nom de ca- tholique) nevient pas d'un homme... Leurs assembiees pour la seduc tion des ames chretiennes... De meme qu'elle inclinait (1'e- cole de Syrie) a separer la personne divine de Jesus-Christ de son huma- nite; ainsi elle tendait a faire dis- paraitre la presence reelle des elements eucharistiques... Wesley Tabandonne ensuitepour obeir a ses directeurs JMoraves... Le systeme des Classes (en par lant des Wesley iens) et des predi cations ambulantes est venu en- suite... Quand 1'Evangile parle de la vertu emanant de Notre Seigneur Son traducteur : Les pensees chaleureuses creees par lafoule des orateurs... (Le danger) est decouvcrt par lex- pcrience, et il tend a la perfection... Cela vient necessairement de I'e- tat actuel des choses... W^esley doutait de la necessite... Certainement VEglise ne vient pas d'un homme... Les assembiees de peur de se duction des ames chretiennes... Comme telle tendait a la sepa ration de la personne divine du Christ de son humanite ; ainsi elle tendait a continuer d'expliquer so, presence divine dans les elements eucharistiques... Wesley la detourne de son obeis- sance envers les directeurs Mo- raves... II en result e un systeme com- plet, mais encore vacillant... Quand 1'Evangile parle de la vertu sorlant de Notre Seigneur ct XVI M. Newman : et de la guerison operee avec 1'ar- gile qu'il avail humectee... Si done 1'Ecriture a besoin d'un complement , la question se reduit a savoirsi la defectuosite apparente de ses doctrines n'est pas unc preuve ou nne probabilite en faveur de 1'opinion qu'elles devront etre developpees avec le temps.* Jusqu'au dernier moment, ricn n'indique que les Israelites doivent quitter 1'Egyple pour tout de bon... Consequences qui doivent servir de premisses aux itlterieures.. investigations S'il y a presomplion a inter preter chaque passage... Telle est la presomption qui regne dans tout Touvrage... II maintient, au sujet du pape Jules , 1'autbenticite d'une lettre qui lui fut altribuee. Je pcnse que lorsque Bellarmin invoquait les Peres cites plus haul pour prouver le purgatoire... Ce qui precede nous permet de saisir la signification du mot car men dans le sens... Chercbant a faire naitre la foi par des merveilles... L'heresie... ne pouvait plus fare refutee en lui opposant simple- ment le caracterc de calholicite de 1'Eglise... Mais il etait Thrace, el n'etait lie que par sympalbie au patriar- cat d'Antioche.. Son traducleur : de son rapport avec notre frayilitc quelle penetre... Puisqu'alors 1'Ecriture ria pas besoin de complement, la question se borne a ceci : que 1'obscuritc ou le defaut dans les doctrines, est <>u non une probabilite an'ccedcntc... a la ///i, il n'y avail aucun dessein de leur faire quitter 1'E- gyple avec leurs liens... Consequences qui doivent de- vcriir les premisses d'invesligatiohs antfrieureg... S'il y a supposition a ctablir pour interpreter... Tclle cst la consequence qui de- coule du livre... 11 soutient sans besitation Tau- ihenticite d'une lettre qui lui fut adressce... Je conviens alors que quand le ratholiquc presenle d'abord les Peres ci-dessus en preuve du pur gatoire... Par la nous dctruirons la signi fication du mot carmen. Offrant a la croyance unc suite de merveilles... L'hcrcsie ne pent pas etrc aussi promplement refutee par le simple exam en dc la catholicitc... Mais c'etait un Tlirace en oppo sition , non par symptithie, avec le palriarche d'Antioche... XVII M. Newman : Apres la cloture du concile... On lit dans uno citation de saint Son traducteur : Leconcile, apres sa determina tion... Tradnction : Si les saintes Ecritures ont donne I'Eglise a 1'Afrique senle on a quelques rares sectateurs... Si c'est a quelques Tripolitains ou Byzaniins... Quoi ! quelle sera la posterite d'Abraliam , elle egalera en nombre les etoiles et les sables de la mer ; soijcz content dc vctrc paurtete... Augustin : Si les saintes Ecritures ont donne 1'Eglise a 1'Afrique seule , a quelques CuzupUes ou Monta- gnzYds(montcnses} deRome (1) ...... Si c'est a quelques habitants de Tripoli , de Byzacene et autres pro vinces... Quoi 1 dit saint Pacien a Parme- nien le donatiste, est-ce que la se- mence d'Abraham , qui est aussi nombreuse que les etoiles et les grains de sable des bords de la mer, se contentera de votre pauvrele !... (Du petit nombre de vos sectateurs.) Je passe, dans les pages qui ta€ fournissent ces coritre- sens , des erreurs aussi graves que celles que je signale ; mais comment tout relever? Cent pages n'y suffiraient pas. Je n'ai guere eu la patience, je 1'avoue, de parcourir, en divers endroits, plus de la moitie de la traduction des- avouee , et cette partie m'a fourni au moins dix fois autant d'erreurs que j'en signale ici. II m'a semble que j'en rele- vais assez pour permettre a chacun d'apprecier la nullite complete de ce travail, et faire sentir les raisons impe- vieuses da desaveu qui a appele cette traduction un amas nintelligible de paroles sans idees. Je n'ai pas le courage (1) Les Donatistes de Rome etaient appeles Cutzupites, ou mieux Cuzupites , et Montagnards (Montenses], parce qu'ils avaient une eglise situee sur un mont. La difficulte de traduire les deux mots anglais cutzujntans et montaineers, dont sesert M. Ps'ewman, les a fait supprimer, ce qui est plus simple que dese livrer a des recherches. Dans un autre passage de la traduction ou revieni le mot montaineers (Montenses}, il est traduit par montanisles (p. 234) ! xvm — de pousser plus loin cette penible tachc , dont je devais m'acquitter cependant, apres avoir vu, il y a quelqces semaines a peine , quo mal^rc la reprobation dont cette oeuvre informe a etc frappee, on travaillait encore a egarer le public, en clierchant a lui persuader que cette traduc- tion est la fidele reproduction des idees de M. Newman. On est menie alle, pour atteindre ce but, jusqu'a invoquer le nom le plus aujjuste, en transformant un accuse de reception venu de Rome en une lettre de felicitations sur la fidelite ct I exactitude (1) de la traduction. Le but dans lequel ce livre a ete envoye a Rome, et lic une criivre parfaite, ni meine le desir de fa ire sur le j'rand sujct que je traite une exposition forte et propre a nnouvoir. Mou but sera attaint, si je parviens a sujy^eror des pcnsees qui. a Pheure que Dieu ju^era convenable. ]>ourront porter tranquillement leur irnit dans 1'csprit res ouvrajyes, citations indispensables pour inontrer la position ou je me trouve vis-a-vis de plusieurs de mes precedentes publications. On s'apercevra surtont des changements impor Cants qu'ont subis mes opinions, si Ton se reporte a mes Dis- cours sur la Mission propbetique de rEglisc, publics au commencement de 1837. !l y a dans cet ouvra^e diverses assertions que je voudrais n'avoir jamais avancees; mais je crois devoir appeler Tattention specialc du lecteur sur le passage suivant, que je retracte avec les autres qui sont empreints du meme esprit : « Nous devons prendre ct trailer les choscs pour ce qu'elles sont, et non pour ce qu'ellcs prctendent etre. Si nous sommcs disposes a croire a la sincerite des professions dc Rome , ct 9 portes a lui faire dcs avarices commc envcrs line Eglise soeur on mere (ce qu'elle est en theorie) , nous nous apercevrons trop tard que nous sommcs dans les bras dime mere denaturee , qui sera sans aucunc pi tie pour nous , et qui triomphera dans les artifices qui nous auront amcnes en son pouvoir. Non , laissant dc cote les reves que la manierc romantique d'envisagcr 1'his- toire de TEglise primitive et que les hautes doctrines du catho- licisme font naitrc dans un esprit sans experience , soyons stirs que Rome est notrc enncmic , et qu'elle nous fera du mal quand elle le pourra. En parlant ct en agissant conformcment a celte conviction , nous pouvons nc manquer en rien a la charite chrcticnnc que nous lui elevens. II nous faut nous conduiiv envers elle comme avec tin ami qui est frappe dans sa raison j ayons une affliction profonde , dcs pcnsees de tcndre affection , d'amers regrets, et le coeur brise de tristesse; mais neanmoins ayons 1'ceil ouvcrt et la main fermc. Car, en rcalite, Rome est une Eglise qui a perdu le sens. Comblee de dons preeieux , ayant des litres legitimcs, elle est cepcnelant incapable d'user rcligieusemcnt de ces avantages. Elic est intercssec, obstinee, durc? malicicuse, cruelle, denaturee, comme le sont les fous. Ou plutot, Ton pourrait dire qu'elle resscmble a un dcmo- niaquc. Elle a dcs principes, des pensees, des tendances qui ne sont pas les siennes propres • dans sa forme exterieure et dans sa puissance naturelle , elle est ce que Dieu 1'a faite ; mais elle est gouvernee an dedans par un esprit inexorable, qui regne stir elle en souverain , ct qui sait se servir de ses dons avec une grande subtilite et un grand sticces. Ainsi, elle nVst ellc-meme que de noin ; et jusqu'a ce qu'il plaise a Dieu de la guerir, nous devrons la trailer comme si elle etait le mauvais esprit qui la gotiverne. En disant ceci, on ne doit pas supposer que je nie qu'il y ait dans le romanisme, meme tel qu'il est, une excellence recllc , ni qu'il n'y ait parmi scs adherents des personncs reellement excellentcs. Satan agit toujours d'apres tin aysteme. Ce systemc a des parties eliverses , compliquees . e'pineuses ; il se sert d'instruments de qualite differente dont quelques-uns sont presque le mal meme, tandis que d'atitirs _ 4 — sont tellcmcnt irreprochables , que, en eux-memes of pris en deliors de la fin a laqudle ils concourent, ils soul en renlile des angesde luwivn's, el peut-elre qn'an dernier jour ils seronl trouves tels. II y a dans le ronianisine des choses absolnnienl bonnes; il y en a qui sont seuleinent tacliees el souillces : d'autres sont eorrompues, el d'autres, enfin. sont eriininelles : mais le sysleme (jni porle ee noindoit etre vu dans son ensemble. et toulcs scs parlies doivent clre reiiardees coinine se raltaehanl a cct ensemble; on doit les considerer dans leurs rapports avec leur resultat prati(|tie et la lin a laquclle elles eoncourent (i). =• Je crois devoir ajouter qu'il y a dans mes Discours de 1837 nnc assertion sar laquelle je n'ai jamais cu de motifs pour changer d'opinion : c'est celle-ci : t r « En Angleterre, l'K«:lise vient en aide a 1'Ktat en iinposant la SOUSCliplion aux articles eomme un ^.s7 (-2), et eela non-seule- inent au cleriiV', inais nussi an corps qni goiiverne dans nos universites ; on en fait un test coutre le rotnanism*. » Cette assertion est parfaitement compatible avec le desir de travailler a dissiper les pivjnges populaires sur les doctrines catholiques romaincs et le sens cles trente- neuf articles . desir qui a etc pour moi plus d'ime fois.un motif d'action. (1) Proph. Offic. , p. 103, 4. (2) Le mot lest signific epreuve, pierre dc louche, moyen de distingucr. L'adhesion ou la souscription aux articles est de\enuc un fesl ou unc pierre de louche contre le romanisme. De l;i au^-si le xn-mtnt du test. Quand Henri VIII, irrite contre Clement VII, fit dc'-clarer par le parlement que la juridiction et le pouvoir du Saint-Siege Maient abolis dans son royaume , il t-xigea de ses sujets un serment qu'on ap|»ela le tc\i. Ce sermenl consiste par- ticulit-remeul a renier la suprematie du pape, le dogrne de la transsuhstan- tiation, le culte de la sainie Vierge et des saints. Plus tard le parlement ajouta a la premiere formule le serment d'ahhorrer le pa[ii«rne comme une idolatrie. En pretanl ce sevment , on abjurait non-seulement le catholicisme, mais on reconiiaissail le roi comme chef supresne de I'eglise d'Angleterre , et on lui transferait 1'autoritc que l'(.n refusait de reconnailre au pape. Ce ser ment est encore exige dans un grand nomhre dc eirconstances. II n'a plus (It- sens depuis 1'emancipation des catholiques contre qui il avail ele imagine. II y a qnelques annees. les journaux ont public inn? retractation do moL dont je desire reconnaitre 1'anthen- ticite d'une maniere formelle, et que je crois devoir reproduire ; ellc est ainsi concue : « II cst vrai qua divcrscs epoqucs, en ccrivant contre Ie sv-ueme remain, j'ai eu rccoiirs non-seulement a des arguments dont je n'ai pas a parler ici, mais a ce qui ressemble fort a de la declamation. n 1° Par cxcmple, en 1853, dans la Lyra apostolica, j'ai ap- pcle Rome une EgUse perdue. »2° En 1835 encore, j'ai parle de Vapostasie papale dans un •ouvragc sur les Ariens. » 5° La memc annee , dans le quinziemc ruimero de la serif des Tracts for the Times, traite dont les paroles m'appartiennent sou vent , quoique je ne puisse me Vapproprier dans son en semble , je disais : « II est vrai, aiijoiird'liui Rome est heretique, mais memc si nous allons jnsqn'a reconnaitre que par la elle a altere chez eile le caractere sacerdotal; mais an moins elle n'etait pas heretique dans les premiers siecles. Si elle a apostasie, ce fut a I'epoque du concile dc Trente. II est reellement a craindre que toute la communion romaine ne s'y soit liee par un engagement pcr- petuel a la cause dc FAntechrist. » « Un ami avec lequel j'etais tres-familier m'ecrivit relative- ment a ce traite et a d'autrcs; il me disait d'unc maniert- generalc, enparlant de la publication des Tracts for the Times: « Ce qui se passe au sujet des Tracts cst bien encourageant; mais jc desirerais obtcnir dc vous , quand on fera une seconds edition, d'en eliminer ou au moins d'en modifier plusieurs. L'autre jour, le Traite sur la succession apostolique dans Vegllac anrjlicane m'est tombe par hasard sous la main, et il m'a paru empreint de si pen de bonne foi, que je m'etonne que vous aye* pu, meme dans 1'exces de oixnopix et y^vaxw//.^, vous en rend r*; solidaire. j» «« Je disais moi-meme , dans une brochure publiee en 1 858 , sur le passage cite plus haut : « Jc 1'avouc, jc desirerais quo ce passage no IVit pas eerit d'une maniere si declamatoire; nun's sa substance exprime tout juste co que jc pcnsc. » « 4° J'ai (lit anssi en 1857) : «t Leur communion cst infeelee d'heresio : nons dcvons la fnir comme unc pcstc. Us on! mis nn mensoiiiie a la place dc la veriie dc Dion, ot, en revendiquant rimmntahiliie do doctrine. ils nc ponvonl nearer lo crime qu'ils out commis. '(Tract. 20). « 5" Kn 1851. j'ecri\ais dansnno Hevue : « L'osprit do. la \ieillc Homo s'ost do nonvoan le\c snr son premier lliealrc, et a demonliv son idonlile par ses (puvres. Jl a animc 1'e^lise (pii s'est elablie dans eelle \illo, commo nn mauvais genie ponvait s'omparor antrelnis dos possodes, el il lui fait tenir nn lan^aji-e ns la cmanlo, la ruse et I ambition do la republique romaine. Sa eruautc parait dans le sacrifice implacable dn bonbenr et dc la >crlu do rindi\idn a un 1'antomo do convenance pnblijpio. dans son cclibat force, et dans ses persecutions an debors. .Nous rctrouvons la I'u^e dans ses inensonii'cs, sos fourberies et ses faux pwdiiios; 'ele\o — 7 — Dieu. Certainement c'est 1111 mystere d'iniquite et uu mystere qui est bien de nature a exciter notre epouvante et jiotre horreur , de voir au coeur meme de 1'Eglise, dans sa plus liaute dignite, sur le siege de saint Pierre, le principe du mai qui s'est intronise et qui gouverne. II semble que les annees aient donne de la suhlilite a cet esprit; Rome papiste a succede a Rome pai'enne , et plut a Dieu que nous n'eussions pas des raisons d'attendre des developpements plus ruses de 1'Antechrist dans le renversement des institutions et des etablissements, qui suivra la chute de la papaute! — La distinction que j'etablis n'est pas denuee de sens. N?est-cc rien que de pouvoir fixer avee affection ses regards sur une mere a qui nous devons le bienfait du christianisme , au lieu d'avoir a la hair? N'est-ce I'ien de la regarder avec compassion et avec crainte , au lieu de la voir avec horreur? l\'est-ce rien que de la disculper des noms si durs que lui out jetes certains interpretes des pro- pheties, quand ils Font representee comme idolatre et ennemie de Dieu? tanclis qu'en realite elle est trompee? mais ce n'est pas elle qui trompe. » consolation, from- Eii m'expriniant ainsi , j'aHaeliais un sens precis a eliacunc do ce< epilheles, ct jo les avals peseos avant do m'en iervir. • Relativemenl a ec passa«r(\ le memo ami m'avait cent : •-. Je dois protester do nouveau conlre les maledictions quo vous faites entendre a la fin do la premiere Via Media (tract. TxS). One! bien cola peut-il laire? Cost manquer do charile a I'e\< -e>. (Hie nous pouvons efro elran^ement trompes sur plusiours poinU qui so decouvriront graduellemertt a nous ! •> • « II va sans dire quc jo retrarto aujourd'hui les ar[yu- nicuts auxqads j'avais reeonrs. lors cle la publication de la piece qui precede, en t.mt qu'ils touchent a lH;;li tie Rome, aiusi que le laDgage cloul je me servais pour les ex primer. Liltlemorc , 6 octobrc POST-SCRIPTUM. Depuis que les li^nes qui precedent ont ele ecrit< 1'auteur est entre d;ms I'l'^lise catholique. II avail 1'in- tention et le desir cle voir paraitre ce \olumo avant de j)rcndre formellement crtt<' resolution. Mais, (andis qur rimpression s'avaii(;ait.; il sontil en lui une conviction si claire de la verite de la conclusion a laqqelle meuent les questions qu'il traite. (ju'il etait inutile de de.liberer [)lus longtemps. Les circoustances lui out bientot apres fourni 1 occasion d'agird'une mauiere conforme a sa conviction . et il a scnti qu'il n'avait aucun motif legi time de dillvrer. II Son premier acte, en se convertissant , a etc de pre senter son ouvrage aux autorites ecciesiastiques compe- tentes : mais elles out refuse cette offre , sur ce motif qu'il etait ecrit et imprime en partie avant que i'auteur fut catholique, et que rouvrage aurait une influence plus persuasive sur le lecteur, quand celui-ci saurait qu'il le lit tel que I'auteur 1'a ecrit. II est a peine necessaire d'ajouter que I'auteur soumet maintenant au jugement de FEglise toutes les parties de son livre, car il desire que toutes ses pensees sur les sujets dont il traite soient conformes a sa doctrine. INTRODUCTION. Le christianisme remonte a une assez haute antiquite pour qu'il nous soil permis de le classer parmi les faits de 1'histoire Kt Ton pent aeeorder a eeux laisant. L'eloiirnement ou laproximife temps, la rarete on 1'ahondanre des maleriaux . ia mulli- piicite des details, la prefondeuret la complication du systeme. le melange snhiil de reoseignemenl reeu et de ('opinion indi- viduello , \c desordre inevitahle dans toute masse de fails hisioriques , la dillieulte de trouver un point de vue d'ou I'liomme ne a I'omhre prolertrioe de la iv\ elation, puisse ari'ivor a en prendre sans parlialile une idee exfencm ;'inerale. cc sont lades considerations qui pourraient donnor lieu de craindre que 1'histoire, tout en etant 1(^ vrai inoyon (h; determiner le caractere du christianisme, ne puisse pas eire en pt'atias une impros.sion hien nette d- qu'etait le christianisme, ot cortaiues vuos irenerales de sa doctrine, dc ses principcs ct de scs traits cnraelerisliques. La nature ct le caractere de la religion sont des fails constants ; personne ne pout s'y tronq)er, qu'on 1'arrepie ou qu'on la repousse. Personne, par excmple, ne cUra que le christianisme 17 n'ait pas toujours enseigne la bienfaisance et la misericorde ; qu'il ait sanctionne Finjustice ou tolere Fimpurete ; que son esprit soit sccptique; qiril n'ait pas pose en principe Fefficacite des sacrements et des mysteres. Des traits qu'on ne saurait meconnaitre se dressent hardiment devant nous , lorsque nous consultons les monuments du passe pour chercher ce qir'ils peuvent nous donner. Us pcuvcnt etre quelquefois obseurs: , incomplets peut-etre, mais ils sont positifs; on y voit au moins ce qu'ils nc sont pas, cc qu'ils ne peuvent etre. Quel quo soit le christianisme historiquc, il ne saurait etre le protestantisme. S'il y eut jamais une verite incontestable, c'est certainement celle-la. D'ailleurs le protestantisme Fa toujours senti. Je ne dis pas que chaque ecrivain protestant 1'ait senti : car ce fut d'abord urn- sorte de mode, au moins comme argument de rhetorique contrc Rome, d'en appeler aux siecles passes, au moins a qtielques- uns ; mais le protestantisme , considere comme un tout , le com- prend et 1'a compris. On le voit dans la determination a laquelle nous avons fait allusion, de mettrc de cote tout christianisme historique , et d'en former un nouveau tire de la Bible seule : les homines n'auraient jamais abandonne Fhistoire si elle ne leur eut fait defaut. On le voit encore par la negligence ou esi tombee Fetude de Fhistoire ecclesiastiquc , negligence si grande en Angleterre , memo au sein de FEglise anglicane. Notre religion populaire connait a peine les douze siecles qui se sont ecoules entre le concile de Nicee et celui de Trente, si ce n'esf qu'elle en tire un ou deux faits pour appuyer ses libres inter pretations de certaines propheties de saint Paul et de saint Jean. C'est bien triste a dire, mais le principal, peut-etre le sen! ecrivain anglais qui ait quelquc droit a etre considere comme historien ecclesiastiquc , est 1'impic Gibbon. Le protestantisme allemand, d'unautre cote, a ete plus hardi ,• il a porte un coup d'oeil froid et attentif sur le christianisme de dix-huit cents ans, et il avoue franchement n'y voir qu'une religion humaine, Fin- J 1 O eident d'une periode de Fhumanite. II le considere comme un syncretisme d'opinions divcrses s'elevant en temps et lieu, et formant entre elles toutcs les combinaisons que leur caraetere I s distinct if pent admettro. II le re^arde oomme la religion dc Ten- fance do 1'esprit hmnain, coinme un plieim-iienc rurieux pour la philosophic. La difference qnc nous avons di( exister enfre i:- protestan- tismc ct le christianisme historique ost >raie, sc.it (juc Ton con- sidere celui-ci dans Irs siccles primitifs uere mieux acceptor la poriode qui a precede lc ooncile tic Mece (rue celle (jui a suivi li^ concilc de Tron: J'ai dit qui'lque part, relative ment a eette cireon<(anec : « Le protestant doit forceinent convcnir de ci la . car,1 si un s\stcme do doctrine comme celui qu'il vent fain1 pivvaloir a jainais existe dans les premiers sicch-< . il a etc emporte coninie par un deluge, soudainemont, silencieuseinent , et sans laisser derricre lui la moindre trace; par un dcluirc venu dans une unit ct ' Topinion privec dcs individus. Ellc etait evidemmcnt une pro- pricte publique dans laqucllc tout le mondc avail un interet commun. ct le concours dc tant de temoigna^cs nous — 2! — par le fait a lui attribuer une source apostolique. Cette regie nous presente au premier abord une methode simple et facile pour coordonner les fails varies que nous transmet Ihistoire; et die a en sa faveur une probabilitc a priori telle que rien ne nous autoriserait a la negliger , si ce n'etait qu'elle nous fait dcfaut lorsque nous essayons de lui donner une application pratique. Telle est la regie d'intcrpretation historique suivie par les theologiens de 1'ecole anglaise. Cette interpretation repose sur une imposante verite ; elle nous offre un principe intelligible , et elle a un air de vraisemblance. Elle est dans le aenie an^lican, \~s C_* / ou, pour ainsi dire, elle est nee avec lui; elle tient un juste milieu , en ce qivclle ne rejette pas Fautorite dcs Peres , tout en ne reconnaissant pas celle du Pape. Elle etablit une simple regie pour apprecier la valeur de chaque fait historique a mesure qu'il se presente, et en meme temps qu'elle eleve un boulevard centre Rome, elle livre assaut an protestantisme. Voila ce qu'elle promet ; mais la grande diiTiculle est de Fappliquer aux cas par- ticuliers. La regie sert mieux a determiner ce que n'est pas le ehristianisme qu'a dire ce qu'il est. Elle est sans replique contre le protestantisme , et en un sens , elle est sans replique aussi contre Rome ; mais alors elle devient , dans le meme sens , sans replique contre FAngleterre. Elle frappe Rome a travers 1'An- gletcrre. Elle pent etre interpretee de Tune de deux manieres : si on la restraint afin de prouver que le symbole de Pie IV est une superfetation pour le catholicisme, elle devient en meme temps une objection an symbole d'Athanase; et, si on Fetend asscz pour admettre les doctrines conscrvees par 1'Eglise d'An- gleterre, elle cesse d'exclure certaines doctrines de Rome rejetees par cette Eglise. Elle ne pent a la fois condamner saint Thomas et saint Bernard, et defendre saint Athanase et saint Gregoire de Nazianze. Les defatits de cette Regie ? lorsqu'on vient a en faire une application pratique, out deja ete sentis par ceux memes qui s'en prevalent. Un auteur a dit : « La Regie de saint Vincent n'a pas un caractere demonstratif on mathematique, mais un caractere moral ; et pour Fappliquer , il faut un jugement pra- tique ct bcaucoup dc bon sens. Par cxcmpio , qu'a-t-on voulu dire par enseignee* en tout temps? Est-cc quo cola signilie dans chaque siecle, dans chaquc annee ou dans chaque mois? Est-ce quo en ton* licux signific dans chaquc pays ou dans chaquc diocese? Et par le coHsentewent des Peres nous obligc-t-on a produire le t£moignage direct de chacun d'eux? Combien dc Peres, comhicn de lieux, coiuhicn d'exemples faut-il pour satis- fnire aux exigences de la Regie proposee? II y a done, d'apres In nature meme de repneuve , une condition qui ne sera jamais rernplie d'une manierc anssi satisfaisante qu'on cut pu le desirer. Cefte regie adinet unc application |)lus ou nioins severe; et quant au degrc dc severile que Ton doit exigcr dans tell* telle circonstance, on se dccidcra par les menus priucipcs qui nous guidcnt dans la conduite de la vie, qui nous determinent dans les affaires poliliqucs, le commerce, la guerre, principes qui nous conduisent a accepter la revelation, hicn ({uc nous nc ptiissions nous appuyer que sur des probabilities , commc ils nous conduisent a croire a 1'cxislcuco d'un createur intelligent, bien que nous ne puissions nous appuyer quc sur des arguments qui nousdonnent, non pas une demonstration mathematique , mais unc certitude morale (i). > Tclles etaient les concessions faites par 1'ecrivain ; puis ii ajoutait : <( Ce caracterc de la regie dc saint Vincent la recommandcra aux disciples de Teeole de Butler (2), parce qu'elle s'accorde avec 1'analogie dcla nature; mais die offre une veritable ecbap- patoirc a ceux qui ne vculcnt pas se laisser convaincre, echap- (1) Proph. Oflic., p. 68, 09, 2" edit. (2) Butler, cveque de Durham, auteur d'une Defense du Christianisme , qni a une grande influence a Oxford. Afin de rendre ce passage intelligiMe . nous donnons une analyse de I'argument de Butler. II monlre que les niemrs difficultes dont les incredules se prevalent pour rejeter le Christianisme peuvent se faire aussi contre la religion naturelle; et, par consequent, ceu\ qui refusent dc croire a la revelation a cause deces difficultes, devraient, s'ils veulent etre consequents, devenir atlu-es. II expose aussi la grandc analogic qui existe entre 1'ordre de la nature et 1'ordre de la grace , comme il est com- pris par les Chretiens, et en tire la conclusion qu'ils ont cgalement Dieu pour auteur. (Note du traducteur.) — 23 — patoire dont Ics protestants et les catholiques ne sont pas peu empresses de profiler. » Tel est le langage des controversistes , qui sont plus occupe? d'attaquer les autres que de se defendre eux-memes. Mais de semblables expedients ne sont-ils pas necessaires pour la theo- logie anglicane? Le meme auteur dit ailleurs : « II y a une doctrine qu'on ne peut attribuer aux saints Peres avec la plus legere vraisem- blance , qui iia pas le moindre litre a etre mise au nombre des veritcs catholiques : c'est celle que saint Pierre et ses succes- seurs furent ct sont eveques universels , que toule la chretierite cst leur diocese , dans le sens que les memes pouvoirs n'appar- tenaient pas aux autres apolres et n'appartiennent pas acluelle- ment aux autres eveques (i). » Cela est tres-vrai, s'il est neces- saire , pour qu'une doctrine soil regardee comme calholique , qu'elle soil formellement enoncee par les Peres , d?une maniere generale , depuis le premier d'entre eux ; mais alors , d'apres eette maniere de proceder , la doctrine de la succession apos- toliquc dans Fordre episcopal « n'a pas la moindre pretention a etre une verite catholique. » L'ecrivain sentait la difficulle ou son ecole se Irouvail placee . et il a essaye de la surmonler en la niant. II voulut soutenir que les doctrines sacrees , admises par FEglise d'Angleterre dans ses Articles , ont ele enseignecs dans les temps primitifs avec une clarle que ne saurail revendiquer FEglise romaine en faveur des doctrines qui la caracterisent. « Nous affirmons avec confiance, » ajoute-t-il dans une autre publication , u qiril n'y a pas dans le symbole d'Athanase un seul arlicle concernant Flncarnation , qui n'ait ele anlicipe dans la controverse avec les Gnostiques. Uheresie appollinarienne ou neslorienne n'a pas souleve une queslion qui ne puisse etre decidee par les paroles d'Irenee et de Tertullien (2). » Ceci peut etre considere comme vrai. On peul aussi admettce (et nous aurons occasion de revenir sur ce sujet) qu'il y a aussi (l)Proph. Offic., p. 221. (2) British Critic, juillet 1836, p. 193. — 24 — * un consentemcnt clair dans 1'Eglise, avant le concile de IVicec , sur les doctrines do la consubstantialit£ dc Notre-Seigneur, et de sa coeternitc avec le Pore Tout-Puissant. Nous admettons quo toutos kis doctrines relatives a Notre-Seigneur out etc entie- rement et unifonnement profosces par la primitive Lglise , quoiqne non ratiliees formellement en concile. Mais il en cst tout antrenient de la doctrine catholique de la Trinite. Je ne vois pas dans qucl sens on ponrrait dire qifil y a en sa laveur un consentemenl des premiers theoloiiiens, a inoins (jn'il ne soil possible d'invoquer en meme temp- ee sens pour eertaines doc trines dc 1'Eglise romainc, que nous allons nientionncr. (Test la un point que Tantenr des passages que nous avons cites anrait du murir et pcscr pins soigneusement dans son esprit; niais il semble s'clre imagine (pie 1'eveque Bull a prouve, par des passages tires des Peres de< premiers sieeles, ranciennele de In doctrine eatholitpie sin- la sainte Trinite aussi bien que celle touchant Notre-Seigneur^ Or7 on doit s'entendre clairement sur ce que doivent ctablir eeux([tii ebereheraieiit a prouver ce point. II va sans dire que la doctrine memede la divinitedeNotre-Seiffneur donne a entendre t^f et renferme en purlie eelle de la Trinite. Mais {'implication et Finduclion tiennent a un ordre de preuves tout autre que celles qui nous out occupe jusqu'iei. De plus, les assertions d'un Pere particulier peuvent certainement avoir un tres-^i'and poids : mais ropinion d'un theologien ne sanrait equivnloir a uneehaiiu1 d'autorites. Pour salisl'aire au\ (\iiicncesde la reiileanglicaric. il nous faut uue doctrine complete, elairement enoncee par tout une Eiilise. La \erite ealholi<|ue en question est composee d'un nombre de propositions isolees , dont ebacunc , soutenue separe- ment? est une beresie. Alin done de prouver que tous les ecri- vains anle-niceens 1'ont enseijrnee , il ne sullit pas de demontrer que chacun d'eux est alle preciM-ment a>se/ loin j>our elre bere- tique; ce n'est pas assez de prouver (pie Tun a soutenu que le Fils est Dieu (ainsi le firent lc^ subelliens et les macedoniens) , qu'un autre a dit que le Pere n'est pas le Fils (telle fut 1'opinion des ariens), eelui-la que le Fils est egal au Pere (coinmc les tri- theistes), cnfm qu'il n'y a qu'un Dicu (comme les unitairiens). — Ce n'est pas asscz cle prouvcr que plusieurs out attache en quclque facon line triple puissance a 1'idee du Tout-Puissant (car c'est ce qu'ont fait la plupart des beretiques , et ils ne pou- vaicnt guere penscr autrement, desqu'ils acceptaient le Nouveau Testament) ; mais nous dcvons montrer que toutes ces asser tions, et d'autres encore, ont etc avancees par un assez grand nombre de temoins separes, pour nous autoriser a regarder leur temoignage comme un consentement de docteurs. II est vrai que la profession subsequcnte de cettc doctrine dans 1'Eglise universellc cree la presomption qu'clle etait recue avant d'etre professee , et il est juste d'interpreter les premiers Peres par les derniers. Cela est vrai, et on pcut appliqucr ce principe a telles autres doctrines que ecllc de la bicnheureuse Trinile dans I'Unite; mais le Quod semper, quodubique, quod ab omnibus, entendu comme il Test ordinaircmentpar les theologiens anglais, n'admet pas plus les preuves par presomption que les preuves par implication. Ce qu'il nous faut, c'est un nombre suffisant de temoignages ante-niceens , dont cbacun devancc distincto- ment le symbole d'Atbanase. Passons maintenant en revue le temoignage purement histo- rique sur ce sujet ; on ne doit pas supposer que je taxe d'heresic ies saints personnagcs dont les paroles n'ont pas toujours ete suflisammcnt formellcs on exactes pour prevenir cettc impu tation. Ccla pose, d'abord , les symboles des premiers temps du christianisme , si on les prend a la lettre , ne font aucune men tion de cette doctrine catbolique. Ils parlent bien d'une Trinite , mais qu'il y ait du mystere dans cette doctrine , que les trois ne soient qu'tm, qu'ils soient coegaux, coeterncls, tons increes, tous omnipotents , tous incomprehensibles , cela n'est nullemcnt enonce , et c'est ce qu'on ne pourrait jamais en recueillir. Sans doute nous croyons qivils le donnent a entendre, on mieux que c'est ce qu'ils ont en vue. Dieu nous preserve de penscr autre- ment! Mais rien dans la lettre de ces documents ne nous conduit a cette croyance. Pour donner une plus profonde signification BiBLIOT. HIST. 6€ ANX^E. lcr 01 YR. O 90 a leurs ecrits , il nous faut les interpreter par les temps pos- terieurs. II n'y cut, dans les siecles ani£-nic£ens , qu'iin seul grand concile doctrinal. II fut tenu a Anlioclie, an milieu du troisieme siecle, a Foccasion des innovations naissantes dc I'ecole bere- tique de Syrie. Alors tons les Peres assembles, quellc qu'en fut In raison, corulamricrent , on lout au moins rclirererit, quand on discuta la-dessus, le mot ffomoufftbn, qui fut recu a I\im- centre Arius eomme le-s^ mbolc special du catholicisme (i). Knsuite, les six Brands e\eques et saints de I'Eglise ante-ni- (v^nne sont saint Irenee, saint Ilippolyte, saint Cyprien, saint (Jrcgoirc Thaumaturge, saint Denys d'Alcxandrie et saint Me- thode. De ee nombrc, saint Dcnys cst accuse par saint Basile d'avoirjele les premieres semenccs de Farianismc (2). Lc merne Pore soulient quc saint (i require, s'est servi, en parlant de Notre- Seigneur, d'un langage qu'il ne consent a defendre que sous prctcxtc d'un motif de resei've dans I'ecrivain (3). Saint Ilippolyte <'e.xprimc comme s'il ignorait 1'eternelle filiation dc Notre-Sei- i^neur (4); saint Methode parle d'une maniere inex:M-i'.' de Tin- carnation (s), et saint (]yprien ne traite pas du tout de thcologiY propremcnt dite. Tel cst 1'etat incomplet de 1'enseignement qui nous reste de ces veritables saints, qui, de leur temps, ont etc fideles lemoins du Fils eternel. Ceci a ele conteste , ainsi qu'il arrive pour prcsque tous les fails sur le>quels tourne une controverse. Je ne crois pas neccssairede montrcr la po>- >:lite de soulever des objections relativement a des questions sur Icsquelies on peut dire que le monde s'accordc. par exemple, le ton entache d'arianisme T< ra c^spuzry. Trapac-^wv. Ep. ix, 2. (3) Bull, Dcfens., T. n. n, 12, § vi. ('0 Les auteurs qui font la generation teinporaire et ne parlent cxpress^menl d'aucune autre sont les suivants : Justin , Athenagore , Theojihile, Taticn , Tflriullien et Hippolyle. (Watci land, vol. 1, part, n, p. 1()i. (5) « Levia sunt, dit Maran dans sa defense, qua; in Sanctissimam Trinitatem hie liber peccare dicittir, panlo graviora qua1 in myslerium Incarnationis. » (/)tr. Jes. Chr/'st., n. 327.) Un peu plus loin, p. 530, il cjoute : « In tertiA «raiione nonnulla legimus Incarnationem !>"fnini spectantia, qua" subobsurdo 'a f:\teor, nogo impie cogitata. » 27 De plus, Athenagore, saint Clement, Tertullien et les deux saints Denys, paraissent les seuls ecrivains dont le style soil tou- jours assez precis et assez systematique pour faire songer au symbole d'Athanase. Si nous ne jugeons 1'enseignement des Peres que par ce qu'ils disent cxpressement , saint Ignace peut &re conside re comme un patripassien, saint Justin eomme u« aricn, et saint Hippolyte comme un photinien. De plus, trois ecrivains seulemcnt ont traite de la doctrine dans les siecles ante-niceens ; ce sont : Tertullien , Origene , et nous pouvons ajouter Eusebc , bien qiril ait vecu en partie dans le quatriemc siecle. Tertullien est heterodoxe sur la doctrine de la divinite de Notre-Seigneur (i), et il tomba ulterieurement dans Fheresie ou le schisme. Origene est tout au moins suspect; il doit etre defendu et explique plutot que cite comme ortho- doxe; enfin Eusebe etait arien. En outre , on peut mettre en question de savoir si aucun des Peres ante-niceens affirme distinctement 1'unite numerique ou la coegalite des trois personnes , excepte peut-etre I'heterodoxe Tertullien , et cela surtout dans un ouvrage ecrit apres qu'il fut devenu montaniste (2). Cependant, dans Fhypotbese de ceux qui interpreted la Regie de saint Vincent contre 1'Eglisc romaine, nous ne devons surement pas etre abandonnes poor ces grands articles de doctrine au temoignage d'un siecle posterieur. L'eveque Bull dit que « presque tous les catholiques ancierip qui ont precede Arius ont Fair d'ignorer la nature indivisible ft incomprehensible (immensam) du Fils de Dieu (5), » article qui est expressement renferme dans le symbole d'Athanase sous la sanction de son anatheme. II faut rechercher, en outre, jusqira quel point le temoignagc que donnent les Peres ante-niceens, pris separement en faveur (1) L'eveque Bull, qui est indulgent pour lui, convient cependant : « Ut quod res est dicam, cum Valentinianis hie et reliquo gnosticorum grege allquatenus locutus est Tertullianus; in re ipsa taraen cum catholicis omnin6 gensit. » (De/ens.,r.N. Ill, 10, §xv.) (2) Adv. Prax. (3) Defens., F. N. iv, 3, § r. (ie la divinitc du Saint-Esprit . , est direct et littoral. Nous fcro: seulement observer (pic saint Basile , an qiialricine sicele . voyant qu'il serait mis liors do 1'Eiilise par Ics Aricns, s'il appe- lait distinctenient du nom de Dieu la troisiemc pcrsonne do la sainte Trinitc, s*abstint soigncas^mem de le fa ire , dans une occasion on ses ennemis cherchaient a le surprendre, ct quarid quclqucs catholiqucs le trouvcrent en faille la-dessus , saint Athanasc prit sa defense (i). Eut-il etc possible a un vrai chre- tien, pour nc pas dire a« un saint, de tcnir une pareille conduite dans un siecle post£riewr? saint Jkisile eepcndant se conduisit ainsi, et, quel qu'on soil le veritable motif, co fait nous inene a c.onclurc quc la Hcirlc de saint Vincent, ainsi qu'elle est concue dcs anglicans, nous fait dcfaut lorsquc nous la confrontons avec le temoignage dcs temps primilifs. Qu'on nc suppose pas un scul instant quc j'attaque Tortho- doxie dcs tbeoloiiiens primitifs, ou la force de lour temoignage pour dcs examinatcurs impartiaux; niais je Ics examine dans I'bypotbese do ccttc interpretation parliale dc la regie do Quod semper, necessnireaceux qui veulcntse prevaloir dc son autoritc contrc I'Eglise de Rome. Et mainlenant , quant a Tcvidence posi tive que Ics Peres offrent en favour de la doctrine catholique dc la Trinitc , die a etc recueillic par le docteur Burton, ct parait se rcduirc aux deux chefs suivants : Tun est Yaltribittion dcgloirr aux trois pcrsonnes a la Ibis , par Ics Peres ct Ics Eglises , scion une tradition non interrompue des Ics premiers temps. Lc se cond comprend certaines assertions dixfiiictcs de Peres parti- culiers. Ainsi , nous trouvons le mot Trinite employe par saint Thcophilc, saint Clement, saint Hippolytc, Tcrtullicn, saint Cypricn, Origenc, saint Mothodc; la cirettwtwcmtbn divine, la j)artic la plus distinctc dc la doctrine cathofiquc, ct Tunitc de puissance ct dc substance, sont profcssccs avcc plus ou moins de clarte par Atbenngore, saint Irencc, saint Clement, Tcr- tullien, saint Hippolytc. Origene , ct Ics deux saints Dcnys. Voila a peu pres tous les temoignagcs. (1) Basilt- , cd. Ben , vol. m , p. xcvj. — 29 — Peut-etre nous clira-t-on que nous dcvons prendre les Peres ante-nieeens dans leur ensemble , et les interpreter Tun par I'autre. C'est supposer qu'ils sont tous dime meme ecole , point qui resterait a prouver ; mais , apres tout , il est meme douteux que cela rendit rargument plus fort. Par exemple , quant au second cas , Tertullien est celui des Peres qui est le plus expli- cite , et dont le travail est le plus formcl dans ses expositions de la doctrine catholique. u II serait a pcine possible, :> dit le docteur Burton , apres avoir cite un passage , « pour Athanase lui-meme , ou le compilateur du symbole d' Athanase , d'avoir parle de la Trinite en termes plus forts que ceux-ci (i). :> Ce- pendant Tertullien doit etre considere comme heterpdoxe sur la doctrine de Fexistence eternelle de Notre-Seigneur (V). Si done nous devons juger des autrcs Peres par Tertullien , nous serons amenes a tircr cette consequence qu?on aurait tort de conclure que parce qu'un Pere est orthodoxe sur un point , il Test sur un autre , quoique ces deux points s'entrainent neces- sairement Fun Tautre , puisquc , d'apres cet exemple , ies expressions les plus exactes sur un article de la foi sont compa tibles avec I'beresie sur un autre, toutes les fois qu'elles ne I'excluent pas en termes cxpres. Et dc plus , quant a 1'argumcnt tire des Doxologies , il ne faut pas oublier qu'un des passages de saint Justin martyr rcn- ferme le culte des anges. « Nous honorons et nous adorons , dit-il , Dieu et le Fils , qui est verm de lui , qui nous a appris ces choses , et la legion des autres bons anges qui le suivent et lui ressemblent, ainsi qu'a FEsprit prophetique (5). » Un uni- tairien (4) arguerait dc ce passage que la gloire et le cultc rendu (1} Ante-Nicene Test, to the Trinity , p. 69. (2) « Quia et Pater Deus est , et judes Deus est , non tamen ideo Pater et judex semper, quia Dcus semper. >Tam nee Pater potuit esse ante Filium , nee jude ante* delictum. Fuit autem tempos, ciim et delictum et filius non fuit, quod judicem, et qui Patrem Dominus faceret.w (Contr. Herm., 3.) (3) Yoir plus loin, vers la fin du volume, ou nous nous occuperons plus longuement de ee passage. (4) Je ne vois aucune raison pour ne pas admettre le litre d'unitairien aus?i bien que celui de presbyterien. L'crreuv est generalement une verite partielie. — 30 — a IVotre-Seigncur par la primitive Eglise n'etail pas plus deiini quo cclui que saint Justin ctait pret a conceder aux ereatun Voila pour ce qui rcgarde la doctrine cle la saintc Trinite. Passons a un autre exemple. II y a deux doctrines que 1'ou associe gem'Talement an nom d'un Pore des quatrieme ct cin- quieme sicclcs, et en favour desquelles il n'est guere possible d'invoquer un lemoignage precis avant son temps : c'est le pur- gatoire et le peclie originel. La Regie de saint Vincent les admef ou les exclut toutes Irs deux, selon qu'on la prond ou non rigou- reuscment au pied de la lettre. Mais, si Ton s'en sert commc de la rcrjlc ksbienne (i), alors naturellement Ton pout lui fain- admettre le pocbe originel et exdure le purgatoire. D'un cote, la notion de souff ranees, d'epreuves, de chati- ment aprcs cetto vie, pour les fidelcs trepasses, et aulres form vagues de la doctrine du purgatoire, out presque un consente- ment en leur favour dans les quatrc premiers siccles de TEglise, quoique quelques Peres aient otabli cctte doctrine plus ouver- tcment ct avec plu< do precision (jue d'autrcs. Cost, autant qu'on pent s'en rapporter aux mots, la confession de saint Cle ment d* Alexandra , de Tortullicn , de saintc Perpetue, de saint Cyprien , d'Origene , de Lactance , de saint Hilaire , de saint Cyrille de Jerusalem , de saint Ambroise, de saint Basilc . de saint Gregoirc dc JVazianzc ct de Nyssc, de saint Cbrysos- tome, dc saint Jerome, de saint Paulin et de saint Augustin. Et d'un autre cote, les Peres sont d'accord, dcpuis le premier d'entre cux, sur cette question que 1'cspece humaine s'csf res- sentie plus ou moins des effets du pecbe d'Adam. Mais si ensuitc nous considerons plus attcntivoment ces deux doctrines : cello cnseignant qu'entrc la mort et le jugement il y a un temps ou ctat de cbatiment , et cello qui nous apprend que tous les bommes , descendant naturellement d'Adam dochu . naissent, on consequence, depouiiles dc leur droiture origi- nello, nous trouvons , d'une part, dans Tertullien , sainte Per petue, saint Cyrille, saint Hilaire, saint Jerome, saint Gregoirc (1) Allusion a un passage d'Aristote. La ri'irle lesbienne c-lail en plomb , et se pliaiten tous lessens, (Note du Traducteur.) — 31 — de Nysse, a enjugcr d'apres leurs paroles, des temoignages precis en faveur de la doctrine du purgatoire , tandis que per- sonne ne soutiendra qu'il y ait im concours aussi puissant d'au- forites a Fappui de la doctrine du peche originel , quoiqiril soit difficile de ricn statuer positivement sur Fenseignement des Peres qui en ont traite, sans entrer a ce sujet dans une discussion. Sur la question du purgatoire, il y avail, pour parler dime manierc generate , deux ecoles : Fecole grecque, qui admettait une epreuve du feu par laquelle tons les hommcs devaient passer au dernier jour, et Fecole d'Afrique, se rapprochant davantage de la doctrine actuclle de FEglisc romaine. De meme, les Grecs et les Africains ou Latins clifferaient aussi dans leurs vues sur le peche originel. On connait bien, sur la croyance des Grecs, le jugement de Hooker, quoiqu'il ne doive pas etre pris a la Icttrc : « L'heresie du libre arbitre ctait une meule au cou des pelagicns; condamnerons-nous done sans misericorde tous ces Peres de FEglise grecque, qui, induits en erreur, sont morts dans Fhercsie du libre arbitre (i)? » L'eveque Taylor, en defendant une doctrine opposee, porte un temoi- gnagc semblable : « Lc peche originel , dit-il , comme il est communement explique aujourd'hui, n'etait pas la doctrine d<> FEglise primitive- mais, quand Pelage cut trouble le torrent, saint Augustin en fut si afflige, qu'il le frappa et le troubla encore davantage. Et veritablernent je ne pense pas que ceux qui soutiennent centre moi Fopinion de saint Augustin Client bien reflechi que je declare moi-meme suivre les Peres qui Font precede, et que lui-meme a abandonnes, comme je Faban- donne moi-meme dans la question (2). » La meme opinion est admise ou profcssee par Jansenius , Petau et Walch (3), homme? (1) Of Justification (de la Justification), p. 26. (2) Works , vol. ix , p. 396. (3) Quamvis igitur quam maxime fallantur Pelagiani, quum asserant , pec- wtum originate ex Augustini profluxisse ingenio , antiquam \ero Ecclesiam illud plane nescivisse: diffiteri tarnen nemo potest, apud Graecos Patres im primis inveniri loca quse Pelagianismo favere videntur. Hinc et C. Jansenius , «Graeci, inquit, nisi caute legantur et intelligantur, prsBbere possunt occa- sionem errori Pelagiano; » et D. Petavius dicit : « Gra?ci originalis fere cri- ininis raram , nee diserlam mentioncm scriptis suis attigerunt. » (Walch. Miicell. Sacr. , p. 607). — 32 — d'ecoles si differentes, que nous pouvons considerer leur accord sur cc point commc unc preuve do rexaetitude du fait. Un ecrivain posterieur, apres avoir examine les temoignages do tous les Pores un a un, arrive a conelure d'abord que «c 1'Eglise grecquo n'a sur aucun point favorise Aiiimslin , oxecptc on en- seignant quo la mort vint du peche d'Adam, ainsi (apres le temps do Me'thode) qu'une sensualite extraordinaire ct contre nature. » II dit cnsuite que « 1'Kidiso latino adirmait, on outre, qu'unc ame souiliee ot corrompue dans son fond a ete transmise par voie do generation a sa postcrite (i) , >• doctrine nice dcpuis par saint Auirustin ol I'Kglise ; et onlin (jue ni los (irecs, ni les Latins n'ont soutonu la doctrine d imputation. ( )n pent observer, en outre, que la doctrine du peclie oriu,inol nc parait ni dans le symbole des apotres ni dans oolui do ,\icec. IVous donncrons encore un exoinplo commc specimen de plusieurs aulros : — Jo m"a\ance a un de nos aulols pour recovoir la sainte Euoharistio; jo n'ai aucunc espece de doute dans 1'ospi-it sur le don que cc sacroniont ronfernic : jo m'avoue a moi-mome ma croyancc, et je me rappolle les bases sur lesquollos olio repose. «c La presence du Christ cst ici , car elle suit la consecration ; la consecration cst la prerogative des pretres, et los protros sont fails par 1'ordination ; or, I'ordination vient on droito ligne dos Apotres. Quols quo soiont nos autres malhours, cliaquo anncau dc notro ohaiiH* o>t intact; nous avons la succession apostolique ; nous avons la forme canonique de consecration : done nous reccvons ce don ineffable. » Ici cette question se prescnto a mon esprit : < Qui vous a parlo de cc don celeste? » Je reponds : «: Jo 1'ai appris dos Peres. Je crois en la presence reollc , parce qu'ils en rendont temoignage. Saint Ignace Fappclle le rankle de rimmortalite ; saint Ironee dit que Notre chair decient incorruptible ct particfpe a la vie ct d I'es- perance de la resurrection, parcc {\\velfc cst nourrif dii corps et dn sang de Notre-Seigneur Jesus-Christ; que YEucharistie sc compose de deux cbosos : rune tcrrcstre et lautrc celeste (2). (1) Horn , Comment, dc Peer. Oriy. , 1S01, pag. 9S. • Ilaer. , iv, 18 J v. — 33 — Origcne et peut-etre Magncs apres lui disent : Ce ricst pas une figure du corps du Seigneur, mais son propre corps; et saint Cyprien parle en tcrmes aussi terribles que possible de ceux qui le profanent. Jcme range avec eux, et je crois comme eux. » C'est ainsi que je reponds, puis cette pensee me revient a 1'esprit : « Et les memes anciens Peres ne rendent-ils pas temoi- gnage d'une autre doctrine que vous desavouez ? N'ctes-vous pas comme un hypocrite , les ecoutant quand vous voulez , et restant sourd a leur voix quand il vous plait? Comment pre- lendez-vous vous identifier avec les saints quand vous ne marchez qu'a demi avec eux? Car de quoi parlent-ils le plus souvent , de la presence reclle dans 1'Eucbaristie , ou dc !a suprematie du Pape ? Vous acceptez le plus faible temoignagc et vous rejctez le plus grand. •> En verite, quclquc rares que soient les documents ante- niceens sur la suprematie papale , ils sont infinimcnt plus nom- breux et plus precis que les temoignagcs en faveur de la presence reelle, temoignages se rcduisant a quelques passages du genre de ceux que nous venons de citer. D'autre part, I'evcquc Kaye (i) fait cette remarque sur un passage de saint Justin : « Le Nourry donne a entendre que saint Justin a soutenu la doctrine de la transsubstantiation \ a mon avis , c'est bien plutot celle de la consubstantiation , puisque saint Justin appelle les especes con- sacrees pain et vin , tout en disant qu'elles ne sont pas un pain et un vin ordinaires (-2)... Nous pouvons done en conclure que , quand il les nomme corps et sang du Christ, il parle d'une maniere figuree. » « Saint Clement , » observe le meme auteur, « dit que FEcriture appelle le vin un symbols mystique du sacre sang Saint Clement donne diverses interpretations aux paroles de Jesus-Christ dans 1'Evangile selon saint Jean , vi , lorsqu'il parle de sa chair et de son sang ; mais dans aucun cas il ne les interpretc litteralement Son sentiment parait avoir ete qu'en participant au pain et au vin dans FEucharistie , Fame (1) L'eveque actuel de Lincoln , auteur de quelques ouvragcssur les Peres, (:Yofe du Tradudeur.} (2) Justin , martyr, ch. ir. — 34 — da fiddle est unie a 1'Esprit-Saint , etque, par cctte union, le principc de Fimmortalite cst incorpore ;'i sa chair (i). » « II a etc suggere par quelques nutcurs , » dit Waterland , u quo Tcrtullicn a coinpris quo dans le passage de saint Jean il n'est question que delafoi, de la doctrine on (Factions spiritnelles ; d'autres Ic nient fortcmenL » Aprcs avoir cite le passage en question , ii ajoute : « Tout ce quo Ton pent jnstemeiU recncillir de cc pu confus, c'est que Tertnllien a applique au Verbe le pain de vie dont parle saint Jean, en le fesant quelquefois verbal , quelquefois substanticl , brouillant les idecs de la maniere la plus perplexe, de sorte qu'on ne saurait s'en faire unc auto-rite precise pour e\pli(|ucr saint Jean commc s'il narlait de doctrines. Tout ce qu'il y a de certain, c'est qu'il suppose que le Verbe s'est fait chair, et que le Vrerbe incarne est le pain celesie dont il cst parle dans ce cbapitrc (2). » « L'observation generale d'Origene relativemcnt a cc cbapitre »^st qu'on ne doit pas le comprendre littcraleincnt, mais d'une maniere figuivr -,). DC plus, il cst assez clair qu'Eusebe a suivi Origene dans cette question , ct que lous out adopte la meme interpretation allegorique on mystique ; mais je nc saurais dire si c'est d'une maniere uniformed constante (4). •» Jc ne citerai plus qu'un U'.moiicnagc incident qui nous a cte fourni recem- ment. Un sermon memorable a etc public snr ce sujet (y)9 et nous voyons dans cent cjuarante passages tires dcs Peres,, qui (igurent dans les notes , non commc prcuvcs formelles , mais comme pieces a Fappui, que quinzc settlement sont tires dcs ^crivains ante-niceens. Cctte circonstance peut dormer la mcsure de Fappui que la doctrine anglicane de FEucharistie trouve dans la periode anterieure an concile de Niece et dans les temps posterieurs. Les temoignages ante-nicccns qu'on pent invoqucr en favour (1) Clem, Alex. , ch. xi. C2) Works , vol. vn, p. i 18-120. (3) Ibid., p. 121. (4) Ibid. , p. 127. (5) Le memorable sermon du Dr Pusey sur I'Encharistie, i la suite d la predication lui fut interdite pour deux ans. (.Vote du Traducleitr.) de I'aulorite du Saint-Siege ne craindront aucime comparaison avec de telles preuves. Quelquc faibles qu'ils soient separement, ils sont du moins varies et tires de siecles et de pays differents ; ils s'appuient Tun sur l!autre, et formcnt ensemble un corps de preuves imposantes. Ainsi , saint Clement ecrit, au nom de 1'Eglise de Rome, une lettre aux Corinthiens quand ils n'avaient pas d'eveque ; saint Ignace d'Antioche s'adresse a 1'Eglise de Rome , et a elle seule entre toutes les Eglises auxquelles il ecrit , commc a « 1'Eglise qui tient le premier rang (i) dans le pays des Remains ; » saint Polycarpe de Smyrne s'en rapporte a 1'evcque de Rome sur la question de Paques ; 1'heretique Marcion , excommunie dans le Pont , en appelle a Rome ; Soter , eveqiue de Rome, envoie des aumones, suivant la coutume de son Eglisc , a toutes les Eglises de 1'cmpire , et , pour parler selon Eusebe : « II exhortait affectueusement ceux qui venaient a Rome comme un pere parle a ses enfants j » les montanistes de Phrygie se rendirent a Rome pour obtenir 1'appui de son eveque; Praxeas, d'Afrique, poursuit le meme but, et y reussit pour quelque temps ; saint Victor, eveque de Rome, menace d'excommunier les Eglises d'Asie ; saint Irenee parle de 1'Eglise de Rome comme « la plus grande Eglise , la plus ancienne , la plus illustrc , fondee et etablie par saint Pierre et saint Paul ; » il en appelle a sa tradition, non pas en opposition , mais de pre ference a celle des autres eglises , et il declare que , « dans cette Eglise, toutes les eglises, c'est-a-dire les ficleles dc tons les pay? doivent se concentrer , on s'accorder entre eux , propferpotiorem fjrindpalitatem. » « Bienheureuse Eglise, dit Tertullien, ou les Apotres ont repandu avec leur sang toute leur doctrine. » Les pretres de saint Dcnys , eveque d' Alexandrie , se plaignirent de ?es doctrines a saint Denys de Rome • eelui-ci lui fit des re- montranccs, et 1'accuse s'expliqua avec lui. L'empercur Aure- lien laisse « aux eveques d'ltalie et de Rome » a decider si Paul de Samosate serait ou non depossede du palais episcopal d'An- fioche. Saint Cyprien parle de Rome, comme -siege de soint Uf>ox — oG — Pierre el la principale Eglise d'ou cst venue 1'unite du sa< doce... dont la foi a etc acerediloo par Ics Apolres , et auprcs de laquclle I'incr6dulite n'a point acces ; > saint Etienne refuse de reccvoirla deputation de saint (1\ priori, et so separc dcplusieurs Eglises d'Orient. Fortunatus el Felix, deposes par saint lAprien, ont rccours a Rome ; Basilides, depose en Espagne, en appclle a Rome, et met saint Etienne de son parti. Quelles quo soient les objections que Ton puisse faire eontre telou tel de ees fails pnrlieuliers (et je ne pensc pas qu'aucunc objection sericuse puisse s'clover), ncanmoinsje trouve, en lo> eonstderant en bloc, qu'il en ressort un puissant argument en faveur de rautorite de Rome en matiere de foi el de pratique, argument beaueoup plus fort qu'aucun autre tire de la memo epoquc, a 1'appui de la doctrine de la presence reelle. Si Ton ilil. cpie les liturgies des (juatrieme et ciiKjuirme Circles prouvent que la presence reelle ('tail la doctrine des temps pri- mitifs, vu quo les memcs formes e\i>t;iient probablement dans le cultc divin, des le premier siecle, c'cst la sans doute une verit(; importantc; mais il est vrai aussi que les ecrivains des quatrieme et cinquieme sieclcs aflirmcnt bardimcnt et rcconnaissent fran- chement que les jirero^alivos de Rome viennent des temps apostoliques, et cela parce qifa ce qu'ils nous aient dit ce qu'est scion cux la veritable doctrine chrelienne, ct ce qu'ils M'ulcnt dire par corruption. Une troisieme hypolhese emise par les thcologicns de IT'jrlise de Rome est ce qu'on appelle Disciplina Arcanl. On y smitient (|ue les doctrines des sieeles posterieurs de 1'Kglise etaicnt red- lement connues de> les premiers temps, niais (ju'ellcs nY'laicnt pas publiquement enseii;nees pour dilTerenh s raisons. Ainsi , j)»r exemple, en consideration du respect qui leur etait du, de peur que des sujets sacres ne fussent profanes par les paiens ; ensuite, a cause des cateelmmenes, pour qu'ils nc fussent pus ehlouis ou eloignes par la communication soudaine de louic la vorite revelee. Et, d'ailleurs, on ne pent iruere nier le fait que, chez les premiers chretiens. Ton tint certaines choses secreles. (>uant a la forme que prit ce fait comme regie delerminee, die a pu varier suivant les personnes et les lieux. Que cet usage ail exisle cormne principe reconnu en ce qui regard e les sacre- nicnts, sernble etre admis par tout le monde; qu'il ait, par le fail, etc pratique sous d'autres rapports, nous parait ressorlir d<^ la nature meme des choses et des ecrits des apologistes. .Aliuu- tius Felix ct Arnobe , dans leur controverse avec les paiens , semblent nier que les cbretiens de cette epoque se senissent d'autels; cependant Tertullien parle express^ment d'am Dei dans I'Eglise. Que pouvons-nous dire a cela , si ce n'est (jue les apologistes nient les autels dans le sens ou ils les ridiculisent , ou cjii'ils nient que des autels , tels que ceux des paiens , fussent toleres par les ehretiens? C'est ainsi que Minulius dit qu'il n'y avail point de temples chez les chretiens ; et cependant ils sont distinctement reconnus dans les edits de 1'ere de Diocletien , et Ton sail qu'ils remontcnt & une epoque encore plus rcculee. La •tn U t-> tendance de lout systeme dominant , tel que le paganisme des siecles ante-niceens , est de forcer ses adversaircs de se poser envers lui dans 1'altitude la plus hostile ; ils regardent surtout avec soupcon les points memes sur lesquels ils sont le plus rapproches de lui , de pcur que par une fausse interpretation, ils ne soient identifies avec lui , et ensuite absorbes (en lui) par la force de son autoritc. La grande faute que Ton reproehe aujourd'hui aux ecclesiastiques anglicans qui desirent conformer leurs pratiques aux rubriques de lour Eglise , et leurs doctrines a celies de ses theologiens du dix-septieme siecle , c'est que , volontairement ou non , legitimement on non , mais en fait , ils sanctionnent et cncouragcnt la religion de Rome, ou se irouvent des doctrines et des pratiques seinblables, mais plus precises et plus influentes; de sorte qu'il est tout au moins inopportun d'en- treprendre ce qui sera eertainement mal interprete. En d'autres termes, ils sont requis d'exercer une Disciplina Arcani. line reserve semblable etait inevitable de la part de TEglise catho- lique , dans un temps ou les pretres , les autels , les ceremonies des autrcs religions autour d'clle etaient consacres a des supersti tions coupables. On aurait eertainement eu tort de nier les ceremonies du christianisme , mais on devait les tenir cachees . et les apologistcs ont pu etre tentes de nier completement ce qui aurait du quelquefois 1'etretoutau plus dans certaines conditions. Un paganisme idolatre tendait a reprimer le culte exterieur du christianisme, comme on dit de nos jours que le protestanlisme reprime, mais par une autre raison, les manifestations exte- rieures de la religion catholique roinaine. Sous divers rapports, il est done evident que, dans les pir- miers siecles , certaines parties du systeme de TEglise furent reservees ; cela explique du reste en quclque sorte cette variation apparente et ce developpement de doctrine qui nous ernbarras- sent quand nous voulons consulter I'liistoire , pour avoir une juste idee du christianisme. Cepenclant la n'est point la clef dc toutes les diificultes , et cela par une raison evidcnte : les varia tions s'etendent jusque dans un siecle ou Ton ne peut plus con- cevoir que la discipline du secret fiit en action. — 40 — Notre ouvragc a pour but de resoudre la difficultc quc nous venons d'exposcr , diflicultc qui nous embarrasse lorsquc , a fin do. resoudre la question qu'est-ce quc Ic christianisme, en fait de doctrine et de culte, nous interrogeons le guide (jui'se presente a nous le plus naturellcmcnt , c'est-a-dire 1'bistoire dc dix-buit sieoles. Le point de vuc auqucl ce livrc est ccrit a , dc tout temps peut-etre, ele implieitement adopte par les tbcologicns, ct je crois qu'il a etc recomment mis on relief par plusicurs ecrivains distingue* du continent, tels que De Maistre et Moebler. Cette theorie c'est que I'accroissement et 1'expansion du symbole et des pratiques du chrislianisme, ainsi que les variations qui en out suivi la marebe obez les ecrivains individuels commc dans des Egliscs , sont les consequences necessairos de toute pbilo- sophie ou de tout systeme organise qui s'emparc de 1'intolligcncc et du coeur, et qui a cu un vaste domaine. Je soutiens que, par la nature do IVsprif buinain , le temps est neccssaire pour Fin- telligence complete et le perfectionnement des grandes idees ; ot que les voritos les plus elevees et les plus mcrvcillcuses , bien que communiques an monde line fois pour toutes par des maitres inspires, ne sauraicnt etre comprises tout d'un coup par ceux qui les recoivent; cc sont des esprits non inspires qui les recoivent ct les transmettcnt , et tout s'opere a travers des milieux bumains. Elles ont done demande du temps ct des reflexions profondes pour arrivor a leur parfait eclaircissement. C'est ce qu'on pent appcler la theorie des developpements , et uvant de 1'exposer, nous devons faire deux observations. Preincrement. II est vrai quc cette tbeorie est unc hypothese avancec pour expliquer unc oifllculte, mais aussi les differentes explications donnees par les astronomes pour rendre raison du mouvement apparent des corps celestes ne sont que des bypo- tbeses qui cxpliqucnt certains pbenomencs. Or, il serait aussi peu philosophique d'on faire une objection contrc la tbeorie du developpement que contrc celles dont on so sert dans les sciences physiques. Je dirai plus, car une hypotbese tellc que cclle-ci n'est pas une simple tbeorie qu'on invente pour rendre raison de certains phenomenes ; mais elle est prouvee par des faits . tout en les expliquant ; elle n'est pas seulement ereee qu'on a besoin cFune theorie, mais elle est suggeree par la nature meme de la chose dont il s'agit. II n'est pas plus raison- nable de paraitre surpris qu'aujourd'hui une theorie soit neces saire , en admettant , pour faciliter Fargumentation , que la theorie soit nouvelle , que de temoigner un meme etonnement pour deprecier la theorie de la gravitation ou la theorie Pluto- nienne en geologic. Sans doute la theorie du secret et celle des developpements sont des expedients , mais il en est ainsi de 1'usage anglican de la Regie de saint Vincent; il en est ainsi de Fart de la grammaire ou de 1'usage du quart de cercle; oui , c'est un expedient qui nous met a meme de resoudre ce qui est devenu un probleme necessaire et difficile. Pendant trois cents ans, les documents et les faits du christianisme ont ete exposes a un examen jaloux ; des ceuvres recites , sans mot dire , ont ete jugees fausses et corrompues ; on a mis de cote ou bien on a modifie certains faits pretendus, jadis acceptes comme principes elementaires dans Fargumentation. De nouveaux faits et de nouveaux principes ont etc mis au jour; des vues philosophiques et des discussions pole'miques de diverses tendances ont ete soutenues avec plus ou moins de succes. Non-seulement h» situation relative des controverses et des theologies a change , mais je dois dire que Fimpiete elle-meme est vis-a-vis du chris tianisme dans une position differente et qui offre de plus grander esperances. Les faits de la religion revelee, quoique non altere* dans leur substance, presentent un front moins compacte et moins bien organise aux attaques de ses cnnemis , et permettent de nouvelles conjectures et de nouvelles theories sur ses sources etson principe. L'e'tat des choses n'est pas ce qu'il etait, quand on pouvait faire appel aux ceuvres supposees de FAreopagite . ou aux Decretales primitives , ou aux reponses dc saint Denys a saint Paul, ou a la Ccena Domini de saint Cyprien. Ceux qui attaquent la verite dogmatique ont pris les devants sur les fidele* detouteslescroyances; la philosophic complete ceque la critique a commence , et il n'est pas deraisonnable de craindre que nou* n'ayons un nouveau monde a conquerir avant que les armes ne soicnt pretes pour Ic combat. Deja I'impiete a expose les vucs et les idees sur Icsquellcs clle base les fails de I'histoirc ecdcsias- tiquc ; et ellc nc manquera pas de considerer 1'absence d'une theorie opposee commc un temoignage de la verite de la sienne. Ce n'est pas la fautc de ceux qui adoptent I'hypolliosc qui va etre emisc, si elle expliquc non-seulement le synibole d'Athanase . mais encore eelui de Pie IV. Pcrsonnc n'est maitre des conse quences de ses principes; nous ne pouvons diriger notre argu ment de manic-re a n "en tirer que ce que nous en voulons , ct rien de plus. Un argument est nccessairc, a moins que le chris- lianisme n'abandonne le domaine de ('argumentation, et ceux qui ne seront pas satisfaits de Implication donnee ici de son phenomena historique sentiront qu'il est de leur devoir d'en fournir eux-mcmcs une autre. Comme il n'est pas necessaire de supposcr que nos recherche? aient eu leur originc dans le but de defendre la doctrine eatho- lique romainc , on ne doit pas non plus s'imaginer que 1'accep- tation de cette doctrine soil immcdiatement basee sur leurs resultats. Ce serait 1'ouvrage de tout une vie que d'appliquer soigneusement la theorie des developpements aux ecrits de» Peres, et a I'liistoirc des controverses et des conciles, de ma- niere a cc qu'on put , par cette theorie , justifier toutes les deci sions de Rome ; une telle entreprise peut encore bicn moins etre 1'ouvrage de celui qui , au milieu de sa carriere , recom mence sa vie. On pourra cependant , a 1'aide d'un essai comme. celui-ci? arriver a s'cclaircr sur un assez grand nombrc des pretcndues corruptions de Rome , pour faire de cc resultat une base de conliance en ellc , sur les questions laissees en dehors de nos recherches. HISTOIRE DU DEVELOPPEMENT DE LA DOCTRINE CHR^TIENNE. CHAPITRE PREMIER. DU DEVELOPPEMENT DES 1DEE5. SECTION PREMIERE. DU PROCEDE DE DEVELOPPEMENT DES IDEES. C'est un des traits caracteristiques de 1'esprit humain de porter toujours des jugements sur les choses qui se presentent a lui. Chez nous, 1'acte de juger un objet est simultane avee celui de le connaitre; nous ne souffrons pas que lesobjets tkj notre connaissance restent solitaires dans notre esprit , et nous les placons en face les uns des autres. Nous comparons, nous etablissons des contrastes , nous faisons des abstractions , nous generalisons, nous ajustons, nous classons; et tout ceque nous cormaissons se presente a notre intelligence a travers le milieu que nous formons nous-memes autour de lui , par 1'effet de ce jugement. Quelques-uns des jugements ainsi portes sont de simples — U -- opinions qni vont ct vicnnent, ou restent en nous jusqu'a «- qu'un accident los dep!ace. quelle que soil I'influenee qu'ils nient aupara\an( exeiree. D'anlres sont ferniemrnt ii\es (hins nos esprils el nous tiennent en lour pouvoir, qu'ils soient des principes de condnite. des facons dVuvisairer la \ie ou le numde, ou qu'ils soienf classes sous la denomination gene'rale do eroyaneo. On donne sonvenl a ees jugcnu-nts hal)ituels le nom d'idecs, cl c'csl ainsi (jue IKHI< les noinnuTons. De res idees, — rcli^ien s oratcurs ct les avocals exposi-nl une, eause ou cmhellis^enf un caractere, ct les physiciens posent quelque grand principe, non pas necessairenuMit pour repre- wnler un lait, inais pour reunir un iirand noinhre de pheno- menes dans une senle e\j)ression, generalisation (qu'elle ait une valeur ohjective on non) utile aux de^seins de la science. Le nonilirc des personnes qui parlairent line idee n'est [>as une pirantie de son cai'actere ol>jcctif, a moins wv, et autres proverbes semblables . qui , par le concours de tant de temoignages varies , prouvent que ce sen timent est fonde , et en font une regie veritable sur la conduit® de la vie. f « Grande est la Diane des Ephesiens » est , d'autre part , un exemple d'un cri populaire pousse pendant longtemps , el au- quel le nombre et 1'enthousiasme ne donnent aucune credibility. Une idee se presente toujours sous divers aspects a des esprits differents , et plus cette variete sera grande , plus sera forte la preuve de sa realite et de sa clarte. D'un autre cote? des asser- ~ 4G — lions t'aibles et monotones , et cello simplement rciterces . eomme dans Is CHS du cri des Kphesii'n-*, donnent des idee* sun? realite on (jiii ne sont pas parfaitemenl comprise* par mix qui les cxprimeni. D'antres 1'ois ces siiiius caraet£ristiques indi(|uent la presence d'un m\*tere. r"csi-a-dirc une connaissance impar- lailement comprise, recue par le moyen tie la foi , comnie mm* le voyons dans les enonces th6ologiques de lT>rilnre. Ce n'esl (pie sous relic variete d'aspecls (jiie les idces penvent ordinairement arriver j wqu'a nous et penclrer daiis nos esprit. Sous ce rapport , elles re^emhlen! a des snhslanees malerielles qui nese voienl (pie son* 1'enveloppe de lenrs proprielt's et in- fluenees, et tpii peuvenl etre examinees son* les ;;*pe;-|s les plus opposes et sous des jonrs differenls. Ainsi (pie le* vues d'un (ihjet materiel pensenl el re pri*c*s de points si eloii-jies et si distinct* (pi'elles scmblent tout d'abord incompatibhs (taut les ombres en seront disproportionn^es el ineine monslrnense* . quoHjuVlles pu'osent ionics s'barnsoni^er, en tenant eomptc du point vi*uel on de la Miri'ace de projection), de memo tonles le* rej)ivsentatio!is d'une idee, et meme ses alterations, peiivent se ('onc'ilier. .s'a>»i*ter et el re ramenees an sujet anqnel elles appartiennent ; leurs contradictions appai'cntes une 1'ois expli- quees, sont nn ari;nmenl en I'aveur de sa realite et de son inte- ^1-it.e, et leur variete pron\e son orii;inalile et sa pni*sance. Par exemple, la musitpie eM bien diHV'remment apprcV'i(k' par dilTerenlcs personnes; et par consequent mix qui n'onl pas cultive ceite science ne veulent souvent pa* croire (pie les Iu:r- monics d(> ses Brands inaitres soient jilns (prune manifestation d'babilete qui s'excrce. par ; ecident sin- la mnsitpie , mais qui ponrrait anssi bien s'appliquer a toute anlre cbose. Us croieni que le gout musical est, non pas nn instinct nalnrel qui non* maitrise malgre nous, mais un ea])rice anqnel cei'taines per- gonnes se laissent aller comme a une mode. Us ignorenl l'e\i>- tenee de vc'rit.es ou de loi* sur la beanie des sons, dans la nature meme des sons, dans la nature meme des clioses el en dehors dc la tournnre parliculiere de certains esprits, lois qui nVianf pas de convention ne pcuvent etre appreciees a volonle, maii — 47 — • seulement selon 1'aptitude dont chacun est doue par la nature. — De meme, la varicte des aspects sous lesquels une idee arrive a nos esprits vient de ce que toutes les fois qu'une idee repre- sente une realite objective , nous ne pouvons pas en faire ce que nous voulons , comme si elle etait une creation de notre imagination. Elle parait necessairement diverse selon le point de vue d'ou on 1'cnvisage , et cette diversite suit des lois fixes , comme celles d'apres lesquelles un individu, place dans une certaine position , voit necessairement un objet materiel sous un certain point de vue. De plus, puisqu'une idee, ainsi que nous Favons deja dit, ne peut arriver a notre esprit que sous quelqu'un de ses aspects particuliers , les formules sous les quelles elle se produit dans la pratique lui sont ideritiques. Elles nous conduiscnt a cette idee dont elles derivent; en tant qu'elles semblent en opposition, elles se corrigent et servent a imprimer dans 1'esprit une representation plus exacte, plus parfaite de {'original. Et d'apres cela , pour peu que la comparaison dont nous nous servons soit exacte , il n'y a pas d'aspect qui puisse lui seul nous presenter une idee reelle dans toute sa profondeur, pas de terme, pas de proposition qui puisse embrasser une idee dans une seule expression de maniere a rendre parfaitcment tout ce qu'elle renfermc , quoique sans doute une representation puisse etre plus juste qu'une autre, et bien que, lorsqu'une idee est com- plexe, il soit permis, pour plus de commodite, d'en considerer les diverses faces comme autant d'idees separees. Ainsi , malgre notre connaissance intime de la vie animate et de la structure particuliere des animaux, nous ne pouvons donner une defi nition exacte d'aucun d'eux, mais nous sommes forces d'enu- merer des proprietes et des accidents en guise de description. IVous ne pouvons pas non plus reduire en formule le fait intellectuel , ou le systeme de pensees , que nous appelons la philosophic de Platon, ni le phenomene bistorique de doctrine et de conduite , que nous appelons beresie de Montanus ou de Manes. De plus, si Ton disait que le protestantisme se trouve tout entier dans sa doctrine du jugement prive, et que le luthe- — 48 — ranisme se resume dans sa doctrine de la justification, on s*- rapprocherait dc la verite ; mais il est clair que ce serait une erreur grossiere que de raisonner ou d'agir comme si ces defi nitions etaient de la plus rigoureuse exactitude. On a essay e' quelquel'ois de preciser cc qu'on a appele Videe capitate du < hristianisme; cet essai est etrange en ce qu'il a pour but une religion divine, quand pareille tache est au-dessus de nos forces, memo pour des ceuvres purement humaines. Ainsi, la seule idee de \'£vanyilc a etc , pour les uns , la restauration de notre race deehue ; pour d'autrcs , de la philanthropic ; pour ceux-ci l'£tablissement d'un culte purement spirituel; pour eeux-la le salut des clus, ou bien, enfin, I'timon del'ameavec Dieu. Toutes ces representations sont des ve' rites, chacune d'elles etant un aspect du christianisme ; mais aucune n'est la verite tout entiere. Car le christianisme a bien des aspects : il a son cote imairinatif, son cote philosophique, moral, politique; il est solennel et gai, indulgent ct severe ; il est lumiere et il est obs- curite ; il est tout a la fois amour et crainte. Quand une idee , recllc ou non , est de nature a interesser I'esprit et a s'en emparer , on dit qu'elle a de la vie , e'est-a-dire qu'elle vit dans I'esprit qui la recoit. Ainsi , les idces mathc- matiques, toutes reellcs quVHes sont, ne sauraient etre appelees fivantcs, parre qu'elles n'ont pas d'influence et ne conduisenl a rien. Mais (juand quelque grande proposition, vraie ou fausse, iur la nature humaine, le bien present, le gouvernement, Le devoir ou la religion , est jetec a la foule et attire I'attentioQ , alors elle est non-seulement admise passivement dans 1'esprit des homines, sous telle ou telle forme, mais elle devient en eux un principe vivant qui les conduit a une contemplation toujouri nouvelle d'elle-meme, a une facon d'agir d'apres elle et a sa propre propagation. Telles sont les doctrines de la servitude naturelle de la volonte, de la responsabilite individuelle , de 1'immortalite de Tame, des droits de I'liomme, du droit divin des rois, de I'hypocnsie et de la tyrannic du clerge, la le'gitimite d'une vie ou Ton ne se refuse rien, - - doctrines qui sont de nature a arreter.les esprits, a les attirer ou a les persuader, et — 49 — qui, au premier coup d'ceil, ont cela tie commun avec ties idees reelles, qu'elles peuvent etre considerees de differentes manieres et frapper divers esprits tres-diversement. Qu'une de ces idees s'empare de 1'esprit populaire, ou d'une certaine elasse d'in- dividus , ct il n'est pas difficile de comprendre quels en devront etre les effets. II y aura agitation generate de pensees, et ime sortc d'action de 1'esprit, tout a la fois sur lui-meme ct sur d'autres esprits. De nouvelles lumieres eclaireront 1'idee origi nate, les aspects se multiplieront, les jugements s'accumuleront. II y aura un temps de confusion ou les conceptions vraies ou fausses scront en conflit, et pendant lequel il serait difficile de dire si , apres tout , Fidee aura quelque cours dans le monde , ou quelle est celle, entre toutes les phases dont elle est sus ceptible y qui deviendra le point de vue principal d'ou tout le monde s'accordera a 1'envisager. Puis , ensuite , 1'idee se for- rnule dans quelque doctrine bien prononcee qui nait de son sein. Bientot un point de vue sera modifie par un autre, puis combine avec un troisieme. Ainsi, avec le temps, toutes les faces diverses sous lesquelles les differents esprits la contem- plaient sont connues par tout le monde ; elles se concentrent et ferment ensemble une seule idee , qui , desormais , reunit autour d'elle les diverses conceptions qu'en formaient les indi- vidus, et qui se trouvaient eparses dans rintelligence de chacun. Cette doctrine sera aussi consideree dans ses rapports avec les autres doctrines ou les autres faits , les autres lois naturelles ou regies etablies, les circonstances variees de temps et de lieu, les autres religions, les autres systemes politiques, les autres phi losophies , suivant que Ton s'occu^era de Tune ou 1'autre de ces choses. On recherchera aussi comment cette doctrine nuit ji d'autres systemes, ou enquoi ils lui nuisent; jusqu'a quel point elle s'harmonise avec eux ou les tolere, quand elle les trouve sur son terrain. Elle sera mise sur la sellette et critiquee par ses ennemis, en meme temps qu'expliquee par ses adherents. Toutes les opinions formees a son sujet , dans les circonstances que nous venons d'enumerer et autres, seront recueiliies, corn- BlBLIOTH. HIST. 6" AN>'£C. Ier OUVR. 5 parees, examinees, passccs au crible, acceptees ou rejetecs; files lui seront progressivement rattacbees, on en seront se- parees dans 1'esprit des individus et de la masse. En proportion (ie sa vigueur et de sa iinesse naturelles, elle s'insinuera dans 1'ensemble et dans les details de la ^\^> sociale, en cbangeant 1 opinion publique, en venant a 1'apptii de 1'ordre etabli on en minant ses fondements. Ainsi, avec le temps, eette doctrine deviendra un code de morale, ou nn s\steme de gouvernement, ou une tbeologic, \ste.me ou corps de pensecs, tbcorique et pratique, si labo- rieusement obtcnu, sera apres tout la seule representation juste de 1'idee originale, n'etant rien moins que ce que ren- fermaitcette meme idee des leprincipe; il en sera 1'exacte r i- presentation formee par une combinaison d'aspects les plus varies, modifies par les suggestions et les corrections de plu- sieurs esprits ct le resnltat de nombreuses experiences. Cette marcbe est appelee le developpement d'une idee , parce qu'on y trouve la germination, la croissance et le perfection- nement d'une idee vivante , c'est-a-dire d'une idee , qu'elle soil vraie ou non , qui exerce une intluence sur Tesprit des bommes durant une periode considerable. Elle a necessaircment cette marque earact&istique, ({lie, son domaine etant la scene agitee de la vie bumaine, elle ne peut rien developper qu'en detrui- •it, modifiant, ou s'incorporant les modes existanls de [>enser et d'agir. Son developpement n'est done pas comme un theo- reme matbeinatitjue resolu sur le papier, ct dans lequel cbaque pas en avant est une simple deduction de ce qui precede ; muis elle fait son cbemin a travers les individus ct les societes, dont elle emploie les esprits commc instruments , en s'appuyant yur cux tant qu'cllc s'en sert. Pour ce qui regarde leurs opinions cxistantes, leurs principcs, leurs acfos et leurs institutions, elle les developpe en etablissant des rapports entre eux et elle, en leur donnant un sens, en se creant sur eux ce qu'on pourrait appeler une sorte de juridiction, en rejetant loin d'elle tout ce qu'il y a en eux d'beterogenc. Elle se developpe en s'incor- i»orant, et elle reste pure et sans alliage, non pas en se tenant a Fecart du genre humain, mais en le dominant, en excrcanl mr lui une souverainete pennanentc. C'est la ce qui donne a Fhistoire des etats el des religions un caractere qui est surtout turbulent ou polemique. Telle est Fexplication des lutles des ecoles ou des parlcmcnts. C'est Fetat d'hostilite des idees qui cherchent a obtenir la preponderance ; chacune d'elles est entre- prenante , ambitieuse , imperieuse , plus ou moins incompatible avec Ics autres, et elle rallie des adherents ou se fait des en- nemis , selon qu'elle agit sur la foi, les prejuges , ou les interets des individus. En outre , comme nous Favons indique , non-seulement une idee modifie , mais encore elle est modifiee , ou tout au moins elle subit Finfluence de Fetat de choses au milieu duquel elle est emise , et depend , en quelque sorte , des circonstanccs qui Fen- tourent. Son developpement se fait promptemenl ou lentement : Fordre de succession dans ses phases separees est irregulier. II apparaitra differemment dans une sphere (Faction etroite ou etendue ; il peut etre retarde , inutile , gene par la violence exterieure. Une idee peut etre affaiblie par Feffort qu'elle fait pour se debarrasser de ses antagonistes ; elle peut ctrc genee , influencee ou absorbee par le conflit cFidees violentcs ; elle pent etre coloree par le ton de la pensee qui Fa concue, ou cor- rornpue par 1'invasion de principes etrangers , ou enfin ebranlec par le developpement de quelque faute innee en elle. Mais , quels que soient les risques de corruption qui naissent des rapports de Fidee avec le monde dont elle est entouree, il faut bien qu'elle passe par ce peril 5 car il est la condition neces- saire sans laquelle elle ne pourra jamais etre comprise ni bien mise au jour. L'idee se forme dans les epreuves et se periec- tlonnc dans la lutte. Elle n'echappe pas an- conflit des opinions, mcme dans ses premieres annees ; elle ne reste pas plus con- forme a elle-meme , plus une et plus la meme , quoique mise a labri des vicissitudes et des changements. On dit quelquefois que le courant est plus limpide pres de sa source. Quelque usage qu'on puisse faire de cette figure , elle ne s'applique pas a Fhistoire d'une philosophic ou d'une secte, qui, au contraire, — 52 — devient plus uniforrae, plus pure, pins puissante, a mosu, que son lit devient plus pro fond , plus large ct plus plein. L;idec . sort necessairement d'un etat dc cboses existant , et pendant quclquc temps elle a le gout du tcrroir. Son element vital a hesoin d'etre degage de tout ce qni est elrangcr et tcmpnraire , el, une lois libre, ses elTorts deviennent plus vigoureux; ils donnent plus d'esperanec a inesure que les annccs s'ecouleni. Ses eoniineneeinents ne sont la inesure ni de sa puissance ni de sa deslinee. D'abord jRTsonne no sail ni ce qu'ellc est, ni ee qu'elle vaut. Elle reste pcut-etre quelque temps en repos , eomme si elle \oulait cssnyei . sonder le terrain sous : ses pas et se frayer un ehemin. De temps en temps elle fait des tentatives inlVuetueuses <|ui sont en consequence abandonncc Elle semble indccise sur la route a suivre ; elle balance, puis elle s'elance dans une direction determinee. Enlin elle arrive sur u n territoire elraniier: a son apparitiofi, les questions qui etaient controversees < -bailment de position; des partis s'elevcnt et tombent autour d'elle; des dangers ct des esperanccs naissent dans ces relations nouvelles, ct les aneiens prineipes reparaissent sous d'autres formes : el!e ebaiiire avee eux , afin de rester tou- jours la nieme. Dans un monde plus eleve , il en esl nutremeni . mais, iei-bas, \i\re, e'est ebanger; etre parlait, c.'est avoir rbanire bien sou vent. Je tennine par un exemple. Personnc ne niera quc le \\es- leyanisme ne represonte une idee, une doctrine, un systeme , une politiquc, que tout le monde rattacbcra certainement au theologien , a 1'oratcur bien connu dont il portc le nom. Cependaat, si nous jctons un regai'd retrospcclif sur sa marcbe durant les cent ans de sa durec , combicn (i.1 ebangcments, de vicissitudes, qui lient I'homme a son wuvr a tel point, ([ue cc serait une tache des plus diflicilcs, et <|iii doit peut-etre etrc reservee a un autre sieclc, que de passer consciencieusemeot son bistoire en revue, de dire ce qui lui apparticnt reellement et cc (jui lui est etrangcr, dc trouver une clef pour 1'ensemble de son systeme ct un guide pour suivre la succession de ses parties. L'cvenement , encore — 53 — futur, qui seul le completcra, est appele a en donner aussi Tinterp relation. Quancl M. Wesley commenca son mouvement religieux a Oxford (i), d'abord il visitait les malades et les prisonniers , eommuniait une fois par semaine, jeunait le mercredi et le samedi , s'appliquait a la meditation et a la priere , et semblait resolu a vivre dans le celibat , etant , comme il Fa reconnu plus tarcl , dans un etat de grande ignorance spirituelle. En outre , il voyageait a pied , afin d'economiser de 1'argent pour les pauvres j il doutait de la legitimite des etudes seculieres , et , quoique dans les ordres , il prit la resolution , pour le bien de son ame, de ne jamais se charger d'une paroisse. Nous lisons aussi qu'il laissait flotter negligeminent ses cheveux sur ses epaules , quand il etait d'usage de se faire coiffer. Wesley partit ensuite pour la Georgie en qualite de mission- naire , aim de convertir les Indiens ; et , redoublant d'austerite dans son voyage , il abandonna completement 1'usage de la viande et du vin ; il coucha sur la terre , et se leva a quatre heures du matin. Alors il etait plcin de zele pour les regies de la liturgie; il ne donnait pas le bapteme aux enfants, a moins que ce ne fut par immersion ; il repoussait de sa communion tout dissident , s'il ne se faisait rebaptiser , et il ne voulait pns meme les enterrer. Plus tard il se prit d'amour pour une dame qui etait venue lui demander des conseils spirituels ; il Faban- donna ensuite pour obeir a ses directeurs Moraves, lui refusa la communion , en Taccusant de duplicite envers lui ; il fut ensuite poursuivi pour diffamation , et s'enfuit en Angleterre pendant 1'instruction du proces. A son retour, il tomba sous 1'influence de Boehler, et eprou\;j ee qu'il a regarde comme sa conversion et son raffermissement dans la foi. II se mit a precher la nouvelle naissance, et le pbe- nomene des convulsions se manifesta chez ses sectaires. Les chaires lui furent interdites, il precha dans les champs. Le* convertis formerent des societes religieuses ; ces societes eurent (1) Get aper^u est en grande partie tire de Southey, mais aucun de ses de- ails n'appartient aux ecrits posterieurs a 1837. bienlot dos maisons tie reunion (chapelles \vcsle\ierin crlles-ei menerent a avoir un minisfere laique, aiiqucl Wesley consontit avec repugnance. Le s^stcme tics classes (i) ot (It pmlieations niubulantcs cst vcuu cnsuite. Tout cela s'etait fait dan> K's qualro an HITS qui sui\ircnt son retour d'Amerique. Le methodisme avail deja pris rang connne societe ot coiiinie doctrine ; 1'ordre avail suercde a ses premie, extravagances, quoiqif il prelendit encore avoir fait des iniraeli On accnsa les wesleyimis d'etre favorables au Papc et an Pre- Icndant, et les nouvellcs scctcs eurent a protester en ternn^ empbatiques tie leur attaclicinent a la Maison de Ilanovre et a 1'Eglise d'Angleterre. D'autrcs caloinnies eurent plus de suecc la populace se souleva, et en diffe rents endroits les nouveaux rcligionnaires furent maltraitcs. La theologie de la secte prend alors un caractere distinct : ellc consistc dans les doctrines de la regeneration sensible, de 1 1 soudainete de la conversion, de 1'assurance absolue de la re generation spirituelle, du don de la perfection, croyances qui (1) La cornmunau »(> rrlipionso cst partagce cliox los Wcsleyiens en districts qui comptent chacun plusiours diapellcs et s<; Les membres se diviseut en . Lo> cl -e component gcncralement de douze a vingt personi qui sc reunisscnt tn'j'i's li^s sernaines. Une d'elles , apjtclcc // chef (the leader) , preside ces assemblees quiont pour objpt 1'instruction religieuse des assis tants. La reunion est ouverte par le chant d'une hvmne enlonuee par le , auqucl se joignent h'S atlej'tes. Une priere e-t cj.^uite improvisee ; puis /• converse successivement a\ci < haque niembre, lui parle de son etst spirituel, et lui donne des avis appropri£s a ses besoins. La reunion se ler- inine par le chant et la priere. L'autorite que Wesley exerc.a de son vhant •i uiie mani^re absolue sur les miniMir- • t les fideles tie ;-a secte, pasta apres sa niort a la Conference des prtdicai iblie [:nr lui-meme apres son retour d'Amorique. Cette Conference se composait d'abord de cent membres; aujour- d'hui tous les ministres qui onl renipli durant qurtorzc ans la mission de predicateurs ambulants (itinerant / reachers) , ont le droit d'en faire partie. C'est la Conference qui partage la famille religieuse en districts, c'est-a-dire qui fixe la juridiction des ministres residanls (losal preachers) au milieu des rommunaules. Les fonctioris des minist: rs consistent suriout a piecher, comnie leur nom I'indique. La Conference nomme el envoie cbaque annce dans tous les districts un itinerant preacher. Comme les ministres residanls sont en ce moment beaucoup plus nombreux que les autres, on leur confie assez souvent le soin de >isitcr et de [jrecher Jes communautes du district dans lequel ils sont lix.es. f impliquent I'inefficacite des formes sous 1'Evangile , tant de ses rites que de sa constitution et meme de ses symboles. Vers l'age de cinquante ans, M. Wesley se maria. Sa femme rtait (Tun earactere jaloux, emporte, et an bout de vingt an* d'union elle 1'abandonna pour tout de bon , emportant avec elle tous les papiers de son mari. Bientot apres son retour d'Amerique Wesley , commenca ce qu'il appelait la Conference annuelle des Predicateurs , etablie. si toutefois ce mot n'est pas impropre , sur ce principe , qu'en matiere de pratique, chacun doit etre, autant que sa conscience le permet, gouverne par la majorite, tandis qu'on doit se diriger par soi-meme en matiere d opinion. II etablit cette societe, en avouant que ses adeptes gagneraient toute TEglise ou seraient expulses par elle. Au bout de quelque temps , il commenca a se demandcr si les ministres de sa secte ne pourraient pas faire des ordinations , puis il fit conferer les ordrcs a quelques-usis de ses auxiliaires la'iques par un individu qui se parait du nom d'eveque d'Arcadie ; cnfin il avait plus de quatre-vingts ans , quand il consacra lui-meme un de ses sectaires comme eveque , en lui confiant la mission d'ordonner le clerge de ses congrega tions americaines. Meme de son temps , et plus encore apres sa mort, la mobilite de ses opinions devint le pretexte de nouvelles sectes. Ce qu'il avait recu de la tradition, ou appris des contemporains , ou sim- plement imagine , ou encore expose a la bate , devint matiere a developpement pour les autres. Ainsi. tandis qu'il s'etait separe de Whitfield par haine du calvinisme, et qu'il n?etait pas tres- eloigne de loner non-seulement saint Ignace de Loyola , mai> Pelage et Servet , Relly, reagissant d'apres \V7hitfield , etendit le principe de la comprehension, et donna naissance aux Universa lizes des Etats-Unis, qui maintenant peuvent compter cinq cent cinquante eglises. De plus , quand Bell revendiqua le don des miracles et de prophetie , 3Iaxfield le soutint et le suivit avec un grand nombrc de proselytes, professant que I'liomme pent !Hre absolument parfait, infaillible et a 1'abri de la tentation. Aussitot apres la mort dc Wesley s'eleva uiie agitation en — 56 — favour du projet do conferer aux predicate nrx 1'administration des sacrements , innovation a laquelle il s'^tait toujours oppose. Kilham, cjui ecrmt on favour do cetle Jiiosuro iiii livro ayantlo tilre signiiicatif do Progresde la Ubv.ric, iut ehasse par la Con ference, et six ans aprcs la niort do Wesley, il avail fonde la nbuvelle fainillo methodiste (flic .\ar Connection). Le principe. qui aniena cello separation avail fail son ohoniin an soin do la societe wosloyionno. oi s'eiail developpe lentcnicnt dans lo oours dc vingt ans. En 1816 il fut adinis par la Conference, et il so fit alors unc nonvollo M-ission , dans uno voio opposee ot d'apros oo prinoipo (jno We-sloy avail poso : lo respect dos prerogatives do l'K»Jise etablic. Lesinondjros do ce nouvoaii corps fnront appcles met/MKlisfe* favorable* a rJlyliM (church-methodistes) ; iis donnoront, aux inoinl>ros do !a sooiolo-inoiv <|u'ils avaiont quiitoe lo noin do methodistes ^/.s.s/.7r/^s, oi so declarerent in * dc l'£glise d'Angleterre, n'ayant, ainsi » ajoute-t-il, « apprirent an long — CO — parlement co quc quekjues homines habiles avaient peul-etro deja soupoonnc : (ju'on devait tircr davantage cle 1'oubli lour ancienne constitution, fortifier scs cotes faihlcs par de nouvcllcs icaranties, et (ju'alin do rendrc rcxi.-lence do la monarchic com patible avee colic de la liberte , on devait la depouiller non- seuleincnl de (out ce qu'clle avail usurpc, mais encore de <|iiel(jue choso (|iii lui apparlint (i). » Ouelle quo soil la valour de la thcorie do cot autcur. les 1'aits (ju'il produit sontun exeniple d'un ddveleppemenf politiqne. Do nos jours, on sent telleinent 1'anomalic dc Farrangement [>oli(iquc qui domic a la population d'frlande une l^glisc d'une iiutrc croyancc (pie la sionnc, (pie (ous les parlis scmMcnt s'ac- rorder a reeonnaitre (jii'im develojjpement aura neeessairement lieu; ou la population auinnentera sa puissance politique, on rEtahlissement fora des jirosclyi. En politiquc, les developpenients, quoi(juc rcellcmcnt ccux ar la nature dc lour sujet. 11s snnl influences par le caraetere des souvcrains. relevation ou la chute des homines d'Etat, lc sort des combats . et les innombrables vicissitudes du monde. « Peut-elre quc les ^rces seraicnt encore cnvcloppes dans riieresic des Mono- pL ;, dit Gibbon, si la maison de Tempercm- ne se fut iieureusemeut ocroulcc. Thcodosc cxpira , ct sa soeur, quietait orthodoxc, lui sueeeda sur le tronc (i). » De plus, il arrive souvent ou generalcmcnt quc Ton trouve elements incompatibles et distincts dans Toriginc ou Ten- fance des syst ernes politi(jucs ou des philosophies ; alors quelques-uns doivcnt etrc rcjetes avant qu'aucun develop})e- ment satisfaisant se realise , si toutefois il doit s'cn operer. Et • •ommunenient ils sont rcjeles par 1'accroissement graduel du plus fort d'entre cux. Lc regne dc Charles Icr, auqucl noiu avons fait allusion, en est un cxcmplc. Quelquefois des idccs discordantcs sont liocs ot cachccs sou* nn memo nom ou une mcmc profession pendant un certain (1) Hist. Constit. d'Hallam , ch. vn. p. 572. (.ha[>. i vii. — 61 — temps. C'est ce qui arrive dans les coalitions en politique , ou dans les rapprochements en religion , deux choses dont il n'y a pour 1'ordinaire rien de bon a attendre. Telle est la fonetion ordinaire dcs comitcs et des bureaux de controle (boards) ; le seul but des conciliations et des concessions cst de donner a des choses essenliellement contraires une apparence d'identite , ft d'obtenir ainsi un accord exterieur ou il n'y a pas d'autre unite. Les developpements, les reactions, les reformes, les revolu tions et les changements de diverses sortes sont meles dans J'bistoire actuelle des Etats comme dans celle des sectes philoso- phiques , de tellc facon qu'il cst fort difficile d'en faire une analyse scientifique. La marche intellectueile cst souvent detachee de la marche pratique et lui est posterieure. Ainsi ce fut apres qu'Elisabeth cut etabli la reforme , que Hooker posa sa theoric de VEglise ct de I'Etat (Church and State], comme une seule et meme chose differant setilement dans I'idee: et c'est apres la revolution et ses consequences politiqucs , que WarbmtOM ecrivit son Alliance. On a besoin en ce moment d\me nouvelle theorie a Tusage des legistcs constitutionnels, afin de concilier 1'etat actuel des choses avec les justes droits de la religion. Et de meme encore dans les luttes du parlement, les hommes prennent leur parti par la force exterieure des evenements ou celle des principes qui les mai- trisent, sans savoir comment. Apres avoir forme leurs opinions, lorsqu'iis ont a parler, ils chcrchent des arguments pour les defendre, et souvent une brochure ou un article de Revue parait sur le sujet a discuter, qui \icnt fournir des lieux communs a la masse. D'autres developpements , quoique politiques , sont litterale- mcnt amencs par le poids des idees dont ils sont les representa tions vivantcs. Ainsi la philosophie de Locke etait recllement Tavant-coureur, et non une simple defense apres coup , de 1'ere revolutionnaire , agissant forcement sur 1'Eglise et le gouverne- ment de son temps et des temps qui ont suivi. BlBLIOTH. HIST. Ce ANNEE. Ior OUVR. 6 — 62 — Tclles furcnt aussi les theories qui , a la fin du dernier siecle , pivcederenl le renvcrsemcnt de 1'aneien regime en France et dans les autrcs pays. Peut-etre encore y a-t-il ilos svstemes politiquos qui ne sont fondes sur aucune idee, mais sur line simple coutume, comine chez les peuples de 1'Asie. G. Dans d'autres developpements , le caraeterc intcllcetuel dominc tellement qu'on pourrait les appeler Inyiqites, comme, par cxcmple, dans hHheorie anglicane de la suprematie royale, qui a cle creee par les Iei;is(es dans les trihunaux, et non par un systeme de politique ministerielle ou sur le champ de ha- faille. II s'ensuit qu'elle est appliquce avec une logique et un detail duplication que I'histoire des constitutions ne pent gucre offrir. Elle ne consiste ))ns implement en stafuts, en articles de loi, on en serments ; mais elle est realisce dans scs details: — comine dans le conyu d'cHrc et la lettre missive pour la nomi nation d'un e\e(jue; — dans les formes observees par le conseil prive pour la publication des prieres d'etat; — dans certains arrangements du livre de prieres 7 ou IT.glise uiiiverseile ou > se.lon le s\ si erne (jue nous envisageons) ahstraite precede le roi, mais ou I'E^lise nationale ct reellement oxistante n'est men* tionncc qu'apres lui. On imprime le nom du souverain en ma juscules, tandis (jue les iioms les plus saints sont en caracteres ordinaires, et ses armoiries figurent dans les temples au lieu du crucifix,- nous pourrions ajouter qu'elle place la sedition, lacons* pirationctln\mn la lausse doctrine, riieresiectleschisme. DC plus, lorsqu'uiie nouvelle philosophic ou ce qui s'y rat- taehe s'introduit dans les mcsurcs prises par la legislature, ou dans les concessions faites a un parti politique , ou dans un sys-f (erne commercial ou agricolc , on dit souvent : nous n'avons pas vu la fin do tout ccci; c'cst un yaye de concessions nouvclles; qnivivra rcrra. En parlant ainsi, nous prevoyons des suites et des resultats inconnus. [/admission des Juifs aux fonctions municipales a etc dernic- rement (i) defenduc, en s'appuyant sur cctte these qifil ne (1) Lc Times de mars IS'io. — 65 — p'agissait pas de {'introduction d'un principe nouveau , mais ulement du developpement d'un principe deja recu dont les remices ont etc acceptees depuis longtcmps , et dont notre siccle n'a plus qu'a tirer les consequences. On a dit qu'il ne s'agissait pas de rechercher d'une maniere abstraite ce qui de- vrait etre, puisqu'il n'y a pas de modele ideal qui puisse servir de guide infaillible aux nations ; que le changement n'est qu'une question de temps, ct que le temps amenc tout; que 1'appli- cation des principes ne doit pas outrepasser les limites du cas en question; qu'elle ne doit ni devancer, ni vcnir apres les exi gences imperieuses du temps. On ajoutait qu'en fait les Juifs avaient ete reeemment appeles a des fonctions publiques, et qu'en principe la loi ne pouvait refuser de legitimer rejection dont il s'agissait. En tbeologie, Fadoption du mot GSOTOXCS a Ephese? comme marque distinctive d'ortbodoxie , est un exemple de develop pement logique. 7. II est une autre classe de developpement qui peut etre appelee historique; je veux dire quand un fait, qui d'abord n'est compris que tres-imparfaitement, excepte par un petit nombre, se developpe enfin , atteint sa forme voulue et toutes ses pro portions, etse repand dans une societe, il finit par etre accepte de tous, par suite de Faccumulation, de 1'agitation et de la con currence des temoignages. Ainsi quelques bruits naissent , puis s'evanouissent ; d'autres prennent pied et sont ulterieure- mcnt recus comme des verites. Les cours de justice , les parle- ments , les journaux, les lettres et autres documents posthumes, les historiens, les biographes et le cours des annees qui dissipe les partis et les prejuges , sont aujourd'bui les instruments dn developpement. Aussi le poe'te fait-il la Verite fille du Temps (i). C'est ainsi qu'a la fin on peut, par des approximations, arriver a une juste appreciation des faits et des caracteres. L'histoire ne peut etre ecrite que dans un siecle posterieur. Le Canon du Nouveau Testament s'est aussi forme par voie de developpe- (1) Crabbe's Tales (Contesde Crabbe). — 64 — mcnt. Ainsi, les homines publics se contcntent de laisscr leur reputation a la posterite ; dc iirandes reactions sc font dans ['opinion . et meme quelquefots les homines survivent a 1'oppo- sition ct a la detraction. Ainsi , les saints sont canonises par I'K^lisc longtemps apr& qu'ils sont en t ITS dans le repos eternel. (S. Los deveioppements inoraux ne donnent pas propivinent matiere a contnncrse , niais ils sont naturcls et personnels, et ils suhstituent ce qui est convenahlc, desirable, picux , jjcne- reux, biensv-ant, a la conclusion strictement logiquc. L'cvcque Butler nous en fournit un exemple remanjuable au commen cement de la seconde partie de son Analogic. De memo quo des principes impliquent des applications, ct quc des propositions ^('iK'rales en renferment de particulicres, de meme, dit-il , cer- taines relations impli(juent des devoirs correlatifs, et certains objels demandent certains actes, certains sentiments. II observe que , quarid bien memc il n'y aurait pas un conunandemenl positif de rendre les bonneurs divins a la Seconde ct a la Troi- sieine Personnes de la sainte Trinile, ce qui en cst dil dans 1'Ecriture serait une ^arantic suflisante , un commandemcnt indirect et meme une raison loiiique de le faire. II nous demande si • le devoir de veneration religieuse erivers ces deux pcrsonncs divines ne rcssort pas immediatement, au point de vuc de la raison, de la nature meme de ces attributs et de ces rapports , comme la bienveillanee et I'obligeance que nous devons a nos seinblal)les naissent des relations communes cntre cux et nous. » 11 dit ensuite (ju'il parle du sentiment religieux intcricur dc reve rence, d'honneur, d'amour, dc conliance, de reconnaissance, de crainle et d'esperanee. «: De quelle manicre ce culte interieur doitse traduire a rexterieur est une affaire de pure ordonnance revelee;... mais le culte, le culte interieur meme rendu au Fils eta ['Esprit saint Vest un simple commandemcnt revcle qu'au- tant que les rapports sous lesquels ils nous sont presenters sont inatiere de pure revelation : car, les relations etant connues , ('obligation d'inj culte interieur devient affaire dc raison naissant de, ees relations memcs. » En d'autres lermes, le culte est le developpcment du dogme: ainsi dc la doctrine dc la beatification — 65 — des saints nait un developpement qui mene naturellement a leur culte; Thyperdulie est Fefflorescence de la doctrine que Maiie est fcordxo?, ou Mere de Dieti , et Fadoration de 1'hostie est ren- fermee clans le dogme de la presence recite. Nous devons mentionner ensuite un developpement conforme a celui dont parle Butler. Comme les objets demandent des sensations , de meme les sensations impliquent des actes et des objets. Ainsi la conscience, dont nous ne pouvons nier Y exis tence , est une preuve de la doctrine d'un gouverneur moral , qui seul lui donne une signification et un but; en d'autre* tcrmes , la doctrine d'un jugement a venir est le developpement du phenomena de la conscience. II est encore indubitable que les passions et les affections agissent dans Fesprit avant la pre sence de leurs propres objets : leur activite est done un premier argument dime grande force en faveur de i'existence reclle de ces objets, en supposant qu'ils fussent encore inconnus. De meme encore, le principe social, inne en nous, donne une sanction divine a la societe et au gouvernement. La doctrine du peche apres le bapteme et celle des prieres pour les fideles tre- passes se sont developpees dans la doctrine du Purgatoire. Les rites et les ceremonies sont des mo} ens natureis a Faide desquels Fesprit se soulage des emotions de piete et de penitence. Quel- quefois Fhabitude d'un sentiment de crainte ct d'amour pour ce qui est grand , eleve et invisible , a conduit Fhonime a abandonner sa secte pour quelque forme plus catbolique du Christianisme. Aristote nous donne un exemple de cette sorte de developpe ment dans sa description de 1'bomme lieureux. Apres avoir demontre que sa definition du bonheur exige la presence d'objets delectables selon Fidee la plus ordinaire et la plus populaire qu'on se fasse du bonheur, il ajoute que, bien que sa definition n'en parle pas , neanmoins les biens exterieurs y contribuent beaucoup; ce qui veut dire qu'une certaine pfosperite est attacbec par une convenance morale a Fhomme lieureux , quoi- que la logique ne Fexige pas rigoureusement. « Car il est im possible , dit-il , ou au moins difficile de pratiquer les hautes — 66 — sans rcssourccs abondantes. Bien des oeuvrcs sc font r, I'nidc des amis, dc la richessc, du pouvoir politiquc; ct 1'ab- sence de ccrtaines ehoscs, d'une naissancc honnete, d'cnfanls qui donnent de 1'csperance, de representation personnelle, ^ombrit souvent le bonhcur : car tin elre dil'formc, ou de basse extraction , vivant de privations et n'ayant pas d'enfants, ne saumif etre pleinement hcurcux; il le serait encore moins, si ses enfanls etaient tie inauvais sujets, on que la mort les lui enlevat, s'ils etaient bons (i).» Ce promle de deVeloppement a ete parfaitement trace par uri rivain francais contemporain, dans ses Lemons sur la Civilisa tion Europecnne , ouvragc que nous citerons avcc quclquc elcmlue : « Si nous reduisons la Religion , uit-il , a un pur senti ment reliirieux... il parait evident (ju'eile ne doit plus etrc alors ({u'urio affaire personnelle. Mais , on je suis etrangement tronipe, on ce sentiment religienx n'est pas 1'expression com- plt-lo de la nature reli^ieuse de riiomme. J.a religion est, je crois, fort diliercntc et beaueoup plus elendue. II y a dans la nature et lesdeslinees del'homme des j>roble:ius qui ne pcuvcnt avoir leur solution dans cette vie, qui dependent d'un ordrc de flioses sans relations avcc le monde visible, mais qui cnflam- ment sans ccsse 1'esprit bumain du desir de les comprendre. La iution de ces problemes est 1 'online de toule religion ; son premier objet est de deeouvrir les symboles ct les doctrines qu'elle renlermc, ou qu'elle est suppose reniermer. • Une autre cause force encore le genre bumain a embrasser la Religion... D'ou naissent les verites morales? ou conduisent- ? Cettc obligation qu'on s'inij)ose de faire bien est-clle un fait isole , sans auteur, sans but? Ne cacbe-t-elle pas , ou plutot ne revelc-t-elle pas a riiomme une origine, unc destinee en dehors de ce monde? Avec ccs questions spontanecs et inevi tables, la science des verites morales conduit riiomme au seuil de la Religion , ct lui montre une sphere d'ou il nc 1'a pas tiree. Ainsi, les sources certaines et infaillibles de la Religion sont : (1) Eth. Nic., 1,8, — 67 — clime part , les problemes de notre nature ; de 1'autre la neeessite de chereher pour la morale line sanction , une origine et un but. Elle prencl done d'autres formes que celles d'un pur sentiment ; elle semble etre une reunion de doctrines , de preceptes et de promesses. C'est ce qui constitue veritablement la Religion ; c'est la un caractere fondamental ; ce n'est pas seulement une forme de la sensibilite , un effet de Timagination, ou une variete de la poesic. » Ainsi ramenec a ses vrais elements, a sa nature esscntielle , la Religion ne parait plus une affaire purement personnelle , mais un principe puissant et fccond d'association. Est-elle con- sidcrec comme systeme de croyance, comme systeme de dogrnes? La verite n'est pas 1'heritage d'un indiviclu , elle est absolue et universelle ; les homines doivent la recherchcr et la professer en commun. Est-elle considerec par rapport aux preceptes qui sont associes a ses doctrines ? Une loi obligatoire pour un seul inclividu Test pour tons ; elle doit etre promulguee , et il est de notre devoir de travaillcr a soumcttre tons les hommes a son sceptre. II en est de meme pour les promesses que la Religion fait au nom de ses symboles et de ses preceptes ; elles doivent etre repanducs , et tous les bommes invites a partagcr leurs bienfaits. » Une societe religieuse resulte naturellemcnt des elements essentiels de la Religion et en est une consequence si necessaire , que le mot choisi pour exprimer le plus energique sentiment social , le desir le plus intense de propager des idees et d'etendre la societe , est le mot Proselyttsme , terme qui est speciale- ment applique a la croyance religieuse et qui., en fait, lui est consacre. » Quand une societe religieuse a ete formee, quand un certain nombre d'hommes sont unis par une croyance religieuse com mune , gouvernes par les memes preceptes religieux , et qu'ils jouissent des memes esperances religieuses, une forme de gouvernement est necessaire. Aucune societe ne pent durer une semaine , une heure sans gouvernement. Du moment qu'une societe est formee . par le fait meme de sa formation , elle exige — G8 — un gouvcrncmcnt — un gouvernement qui proclamcra la vcrile commune, qui esl le lien ouverncment est neccssairc , mais il sc forme naturellement de lui-ineme (x)uand on permet aux evencments de suivre leurs lois naturelles, quand la force n'intervicnt pas, lepomoir tombe aux mains des plus hahiles, des plus di-inrs, des plus capable* de maintcnir les principcs sur Icsquels la soeiele a ele fondee. I ne expedition gucrriere cst-elle agilee ? le plus brave prend le commandement. I'nc recbercnc , unc entreprise scientifique esi-elle 1'objct d'une association? le plus inslruit en est le chef L'ine^alitc des facultes et de 1'influence, base du pouvoir dans la vie civile, a le meme effet dans line soeiele religieuse... La religion n'a pas plutot pris possession de 1'espril liumain, qu'unc societe religieusc appai'ai! , se forme et produit son gouvernement (i). » \ 9. II nous resle a parler de ce que j'appellerais , si le mot n'avait ele si sonvent employe vaiiiiement et sans attention, des developpements metaphysiqnes ; j'enlends par la ceux qui ne sontquc la simple analyse de Fidee concue par Tintelligence, et] qui sc bornent a en reproduire IVxaete et complete delineation. (Test ainsi qu'Arislotc trace le caraclcre d'un bomme magna- nime ou liberal; c'cst ainsi que Shakspeare a pu conccvoir ct peindre Hamlet ou Ariel, el c'est ainsi (jue, dans le domaine sacre dc la tbeologie, 1'esprit peut etre eniploxe a developper les idees solennelles qu'il a coneues implicitcment , sans les nssujcttir a la puissance de reflexion ct de raisonnenient. J'ai deja traitt3 cc sujct d'une maniere elendue dans un autre ouvra^e dont il me sullira de citer ici quclqucs passages ; qui semront d'explication. « L'esprit qui est accoutume a la pcnsec dc Dicu , de Jesus- (1) Guizot, Lemons sur la Civilisation Europcenue, V Christ, du Saint-Esprit, tourne naturcllement , avcc ime devote curiosite , a la contemplation de 1'objet de son adoration , et commence a emettre a son sujet certaines propositions sans savoir ni ou ni jusqir oil il sera entraine. Une proposition con duit necessairement a vine autre ; une seconde a une troisieme ; des restrictions deviennent alors necessaires, et la combinaison de ces propositions mises en regard les unes des autres occa- sionne quelquc nouvelle evolution de 1'idee originale , que Ton ne peut jamais considerer comme entierement epuisee. Ce pro- cede constitue son developpement, et il se resume dans une serie, ou plutot un corps de propositions dogmatiques, jusqu'a ce que ce qui etait une simple impression faite sur i'imagination soit devcnu pour la raison un systeme ou un symbole. » Or , de telles impressions sont e videmment simples et com pletes plus que toutcs les autres idees theologiques, parce qu'elles sont des impressions provenant des objets cux-memes. Les idees et leurs devcloppements ne sont ordinairement pas identiques , le developpement n'etant que la conduite de I'idee dans ses con sequences. Ainsi la doctrine de la Penitence peut etre appelee le developpement de celle du Baptcme , bicn que ce soit une doctrine distincte , tandis que les developpements dans les doctrines de la sainte Trinite et de ('Incarnation ne sont que de simples phases de 1'impression originale , et des modes de la representer. Comme Dieu est un , 1'imprcssion qiril nous donne de lui-meme est une; ce n'est pas une chose composee de parties ; ce n?cst pas un systeme ; ce n'cst pas non plus une chose imparfaite et qui ait besoin d'etre mise en regard avec une autre idee qui serve a la completer : c'est la vision d'un objet. Quand nous prions, nous ne nous adressons pas a un assem blage de notions ou a une croyance, mais a un seul Etre indi- viduel ; et quand nous parlons de lui , nous parlons d'une personne, et non d'une loi , ou d'une manifestation. Celapose, tous nos efforts pour tracer rimpression que nous avons de lui n'aboutiront qu'a reproduire une seule idee, et non deux, trois ou qualre, ni une philosophic, mais une scule idee, simple, eonsideree sous ses divers aspects. — 70 — »()n pent comparer ceci aux impressions produites sur nous par les sens. Los ohjets maloriels sont reels, entiers et indi- viduels, et les impressions (jn'ils font sur 1'esprit paries sens sont d'une nature corrcspondante ; olios sont complexes et nomhreuses dans lours rapports et lour portce, mais, consi- de'rces en ellcs-memes , olios sont lines et integrales. Et do la memo laeon . les idees t independants. Cola aura lieu aussi dans les idees saorees ohjets de notre foi. Les homines reliiiieux out, selon lours faeultos, unc idee, line vision de la hienheurouse Trinite dans Tunite, on hien, du Fils incarne, et de sa presence, non })lus comme d'un assomhlai^e de (jiialites, d'attrihuts et d'actions, non comme du sujol d'un nomhre dc propositions, mais comme d'une chose qui ost unc, individuolle, independante des paroles, comme d'une impression transmise par les sens. « Ainsi, des propositions particulieres, qui sont employees pour exprimer dos parties de la grande idoe(|iii nous est donnec, nc sauraient jamais etre reollcment confondnes avec 1'idee elle- meme, dont de telles propositions prises ensemhle ne peuvent quo se rapprocher sans la depassor. Comme les definitions nc sont pas faitcs pour allor au dela de lour sujet, mais pour en donner une representation adequate , ainsi les exposes dogma- liques de la Nature Divine employes dans nos confessions, quelque multiplies qu'ils soient, ne peuvent, sans s'exposer a devenir heretiques, dire plus que n'implique Fidee originale considered dans sa totalite. Les symboles et les dogmes ne sont vivants que dans Fidee qivils sont destines a exprimer, et qui seule est substantive ; ils ne sont neeessaires que parce que Fes- prit humain ne pent reflecliir sur Fidee que piece a piece ; que parce qu'il ne peut s'en servir dans son unite et dans son entier, a moins de la resoudre en une serie d'aspects et de rapports. Et en fait, ces expressions ne sont jamais equivalentes a Fidee. Nous sommes capablcs de deflnir les creations de notrc esprit; car elles sont ce que nous les faisons, et rien de plus; mais il serait aussi aise de creer ce qui est reel que de le definir. Ainsi les dogmes catboliques ne sont, apres tout, que les symboles d'un fait clivin , qui , loin d'etre borne par ccs propositions , ne saurait etre epuise , ni approfondi par un millier de sym boles (l). 3> II ne nous reste rien a dire sur le sujet de cette section , si ce n'est qiren plusieurs cas , le de\ eloppement est simplement em ploye dans le sens de manifestation comme dans quelqucs-uns des exemples donnes ci-dessus. Ainsi , le calvinisme et Funitai- rianisme peuvent etre appeles des deycloppcments , c'est-a-dire des applications du principe dujugement prii-e , quoiqu'il ivy ait point en realite d'accroissemcnt , partie essentielle d'un vrai developpement. Mais nous examinerons cette distinction en temps et lieu. SECTION III. SUB LA CORRUPTION D'CNE IDfifi. g l'r. Marques distinctes entre le developpement et la corruption. Puisque developper une idee ce n'est que la presenter dime maniere adequate, la completer en faisant ressortir tons ses aspects differents , ses rapports et ses consequences , et puisque Sermons de 1'Universite, p. 330, 333. — 72 — ies causes qui stimulent son accroissemcnt pcuvcnt aussi en denaturer la forme . comme on le voit dans les corruptions de la verile dont le nionde abonde, des regies soul ncecssaires pour distinguer les devcloppements legilinics de ccux qui ne le ?ont pas. Ici? une marque distinetive est lout d'abord suggeree par fanalogie de la croissancc pbysi(jue , qui est telle que les parties et les proportions de la forme dcvcloppee , correspondent a celles qu'elle avail dandle principc. L'animal adulie a les memes formes qu'a sa naissance; les jeunes oiscaux ne deviennent pas des poissons: et renfant ne degcnere, pas en une de ces brutes sauvages ou domestiques, dont il est appele a etrc le maitre. * Imitetur, •-» dit saint Vincent, « onfnmntm rclitjio ralioncm •» i'orporum9 qua1 licet annnnnn pro> nuincros siios crolcant » et cxph'ccnt , cad'ni fttnK it a plus jalouse einu'inie. In cbangement aussi grand s'est fait en France, aulrefois la lille ainee de I'Eglise el la Hour de sa chevalerie, maintcnant d&nocratique ft ii y a pen de temps iiupie. dependant, ehe/ ces deux nations, on ne saurait appclcr res ehangeinents dcs corruption-. Rfllecliissons encore sur Ics \icissitudes morales du peuple de Dion. Quclle dilTerence entre son caraetere rampant et lache a la sortie d'Kg>pie et I'esprit cbevaleresque du sicde de David, ou le fanatismo sanguinaire qui brava les Titus et les Adrien! Ouellc dilTerenee entre cetle faiblesse d'espril qui ployaitmeme a la MIC (rune idole pa'ienne, avec la riiridile ieonoclaste et la nationalile bigote du judaisnie posierieur ! Comme 1'absence apparonti? de ce qu'on appelle talent est frappante, durant le gouvernement surnaturel de ce peuple, si Ton compare sa car pacite do. cctte epoque aux dons dc I'esprit que des tenioignages divers lui altribucnt mainlenant! Et, de la meme mani(M-c , les idees peuvcnt dcmeurcr, quoi- que 1'expression en soit varie'e a rinfini ; et nous ne saurions determiner si ce qu'on appelle le dcveloppemcnt, en est verita- blementle developpement ounon, sans avoir une plus ample connaissance que cclle du simple fait de ccttc variation. i\os sentiments ne peuvcnt non plus servir de criterium. Saint Pierre dut etre fort cboque de s'entendre dire de tuer et de manger les betes impures aussi bien que pures, quoique ce commandement fut impliquedans la foi qu'il soutenait et propageait; un s'imple — 75 — effort , un court espace de temps , ou la force de la raison , IK- suffiraient pas a vaincre cette impression. II pent encore arriver qu'une representation , qui differe de son type original . semble plus fidele et plus vraie qirune autre qui a plus de preventions a 1'exactitude. II en est quelquefois ainsi d'un portrait qui n'est pas frappant ; au premier coup d'ceil, il va sans dire qivil nous desappointe ; mais quand nous sommes familiarises avec lui , nous y voyons ce que nous n'y avions pas decouvert d'abord, et nous le preferons , non pas a une parfaite ressemblance, mais a plus dime esquisse qui pousse Inexactitude jusqu'a la caricature. Quelquefois aussi , les perversions reelles et les corruptions ne sont pas exterieurement aussi dissemblables a la doctrine a laquelle elles appartiennent , que les changements consequents qui en sont les vrais developpements. Quand Rome se transforma de republique en empire , ce fut une alteration reelle de poli- tique ou une corruption ; cependant le changement e'tait peu de chose en apparence. Les anciennes charges et fonctions du gouvernement subsisterent ; seulement, Fempereur ou com mandant en chef les reunit toutes dans sa personne. Auguste etait consul, tribun, pontife supreme et censeur, et le pouvoir imperial, selon Gibbon, « etait une monarchic absolue deguisee «t sous les formes d'une republique. » D'autre part, quand la dissimulation d' Auguste fut remplacee par 1'ostentation de Dio- cletien, le changement reel de constitution etait insignifiant ; mais il fut grand en apparence. Au lieu d'etre simple consul , censeur et tribun, Diocletien devint seigneur ou roi, il ceignit le diademe et s'entoura d'une cour. Le refus de marcher avec la doctrine a mesure qu'elle avance, robstination dans les notions du passe est en religion une cause de corruption. C'est ce qui ressort d'une maniere remarquable de Fhistoire du peuple de Dieu. Les Samaritains qui refuserent d'ajouter les prophetes a la loi, et les Sadduce'ens qui niaient ce qui reste cache dans le livre de TExode , n'etaient en appa rence que de fidelcs observatcurs de la doctrine primitive. Notre-Seigneur trouva son peuple exact observateur de la lettre de la loi ; et il le condamna pour ne pas se conduire d'apres son 76 esprit, c'est-a-dire , d'apres le devcloppement de la doctrine. l/Evangile est le devcioppcment do la loi ; cependant quelle difference parait plus Brandt! que celle qui exisle cnlre la loi in flexible de MoTse et la loi tjrucv cf (l>> Vcritc doihii't' par Jesus-Christ? Samuel s'^tait imagine que le grand Eliab etait I'oint du Seigneur; Jesse, avail pense que l)a\id n'etail propre qu'a la vie depasieur. Ainsi, encore, quand le Iloi des rois parut sur la tcrre, il fut comnw une npcwe sortie ilnnc tcrrc aride; mais la force sortit de la faiblcsse, etdu fortesl sortie la douceur. Hen esl ainsi avec nos amis; les plus ohscquieux ne sont pas Loujours les plus vrais, et le plus cruel en apparencc est sou- Nent le plus fidele. Aous connais>or,s la conduite des trois filles du vieux roi de la fable. Celle dont « ramour etait plus fort que {'eloquence ct qui ne pouvait fa ire passer son co3ur par sa bouehe , « resta seulc fidele a son pere. IJien qu'a la premiere vuc il semble naturel de supposer (ju'tine idee soil 1'image exacte d'elle-meme , dans toutes les phases de son histoire, rexperienee est la pour prouver le eon- traire. Alin de decouvrir ce qui distingue un vrai developpement d'une corruption, il faut que nous considerions le sujet plus attentivement. Peut-etrc nous sera-t-il de quelque secours d'ctudier la signi fication lilterale du mot corruption applique aux choscs mate- riclles. La corruption est line decomposition de Fobjet dans lequel elle s'operc, on une dissolution de srs parlies integrantcs, occasionnant eventuellement une perte d'unite. De plus, ceci nc s'applique qu'a une chose organisee; une |)ierre peutetrereduite en poudre, mais nc pent pas etre corrompue. En outre, puis- (jue 1'organisation renferme Faccroissement et la vie, la corrup tion doit detruire Tun et 1'autre; c'est pour cette raison que les pbilosopbcs Topposent a la generation. Si Ton pent suivrc cctte analogic, la corruption des idees pbilosopbiqucs et politiques <'>t un travail qui aboutit a la dissolution du corps de pcnsecs on de pratiques qui avaient ete systematisces et tellement encbai- nees (ju'elles formaicnt un ensemble ideal, a la destruction du type, (juel qu'il soit, qui faisait son unite, a sa desorganisation, . 77 a sa perte clu principe de vie et tie croissance , a sa solution en d'autres idees qui en prennent la place en se separant les unes desautres, et en formant chacune a part le principe de vitalite de quelque systeme distinct. La corruption, commc cela se voit dans le monde physique, non-seulement precede immediatement la dissolution , mais elle suit immediatement le developpement. C'est 1'etat de transi tion dans cc travail continu qui lie mysterieusement la naissance d'un etre vivant a sa mort. Elle differe en ceci d'une reaction, d'une innovation ou d'une reforme , en ce qu'elle est 1'etat vers lequel tend tout developpement des son principe, auquel il ar rive tot ou tard , et ce qui en est le revers en meme temps que la continuation. Les natures animees possedent la vie jusqu'au moment meme de leur mort : elles croissent afin de decroitre , et chaque heure qui les rapproche de la perfection les rapproche aussi de leur fin. Ici la ressemblance et la difference entre un developpement et une corruption sont amenes dans une exacte juxta-position. La corruption d'une idee est cet etat du develop pement qui detruit ses progres anterieurs. Si la marche est suspendue et Tetat chronique, alors on I'appelle deperissement; mais on la nomme corruption quand elle en vient a une crise , comme une fievre, ou a une pertur bation du systeme , semblable a celui produit par 1'empoisonne- ment, dans lequel les fonctions du corps sont sous une influence de'sorganisatrice , tanclis que dans un deperissement il y a perte d'activite et de vigueur. Ainsi , sans regarder 1'analogie comme stricte ou suffisante pour appuyer dessus un argument, nous pouvons nous en servir afin de poser plusieurs regies qui serviront de lignes de demar cation entre un developpement et une corruption. Le develop pement done , qui obscurcit son idee essentielle ou lui est pre- judtciablej qui trouble les lois du developpement constituant son organisation, qui renverse son cours de developpement, doit etre regarde commc une corruption ; tandis que Tetat chronique et actif, ou celui qui est capable de tenir reunies les parties inte- grantes d'un systeme, n'est pas une corruption. De cette analyse, — 78 — nous ponvons tircr sopi marques d'un veritable developpcmcnt, de valour etde puissances differeates. $ II. Premiere marque d'un vrai di'veloppement. — Conservation de I'idee. On n'osera guore nier quo I'idee cssentielle ou 1'idee type que rcprc-jonte un systeme philosophique on polilique, doivc so conscrver sons ions ses developpcmentfi et quo sa porle equivant a la corruption du s\>lemo. Lorsqno, par exeinplo , nous dixuis qn'nne institution mouastiqne a etc dans un «'itat do corruption, nous vonlons diro quVllo s'rtait roartro dos vuos dans Icsquellej (4llo avail rto fonder. Los jn^os sont corrompus, qnand ils ne sont pas jitiidos dans lours divisions par la juslioo ol la voi'ito, in;iis pai- 1'ainonr du lucro ot la consideration dos porsonnes. l/ansterile do vie pent etro poussoo a Texces connno la dissi pation; niais nous j»pprlons corruption, non 1'cxcos (jui conserve mais celni tajiee dans nn grand nomhrc d'anlrcs CMS. I no nation ou une roliiyion penvenf sul>ir Irion dos chan- iiients; niais quand nous parlous du develnppement de Tune ou do I'autre, nous vonlons diro los phases par lesquellos ellc passo lorsiju'elle accomplit sa destineo , rt non cellos qni sont uno deviation do la voie (jn'ollo a a parcourir; ot cola est ^i vrai (pie nous pronons sos fortunes succossivos, connno lo connnon- taire qui explique son histoiro primitive, ot nous disons lors- quVJlo suit tol outel genre do politiquequ'eiie remplitsa mission. Los pai presenlent sous un aspect liien different a 1'histo- rion du mondo, qnand il los voil dans lour pauvrefo apostoliquei ou dans lour puissance plus qu'iinperiale ; mais quand ils pro- tegont les pauvro<, roconc-iliont los souvorains rivaiix, cnnvrr- tissentle^barbareset Pendent la civilisation, 1'historien reconnnit lour mission en dopit. des eliangcmcnts, ct il so eontontc do les loner. On a dernieremcnt sontonu (avec raison ou non . cola no fait rion a la question) qnc la vision miraculcuso ot, lo songe du Laharum n'avaiont pu avoir lieu, comme Eusebe le rapportcJ parco quo co rocil est oppose an cari'-torc original du christia- 7Q / D'autrc part, on nous dit daii> un ouvraire (jui \ienl d'eliv j)ul)lie : «. (loiurulrcz la tendance •jenerale de rK\anruile en line senle pensec , et vous serez per suade «|ue les pan-! ! ).. Ainsi done, la premiere marque d un d6veioppenien1 irgulicr «•( legilimc se trouve dans la conwrnitiun ont Cornices sur des Cormules distinctes, (|ui sont les lois d'apres Icsquclles clles sc developpent? dans les sujets moraux et poli- tiqucs, les ehoscs sc passent ainsi. Les doctrines prcnnent uric expansion diverse . suivant 1'esprit de 1'individu ou de la societe (1) Horn. II, 38. (2) Bl. White's Autobiography, vol. II, p. 110. (3) Tracts for the Times, rr So, p. 15. — 81 — dans Icqucl elles sont recues; et les particularites du recipient sont la puissance regulatricp, la loi, I'organisation , ou, commc on pent 1'appeler , la forme du developpernent. On peut dire que la vie des doctrines consiste dans cette loi once principe qui se trouve incorpore en elles. La science de la grammaire nous fournit un autrc exemple de 1'existencc de lois speciales dans la formation des systemes. Quelques langues out plus d'elasticite que d'autres, et sont donees de plus de puissance; la difficulte d'expliquer cc fait ne saurait nous conduire a en douter. II y a des langues, par exemple, qui forment les mots composes avec une facilite qui semble refusee a d'autres , sans que nous puissions dire pour- quoi. Nous sentons dans chaque languc la presence d'un certain caractere ou genie qui est le principe de sa formation. II appar- ticnt a la haute litterature de decouvrir et de penetrer cc genie. Et quand des ecrivains , par suite peut-etre de quelque theorie , apprecient unc langue an clela de ce qu'elle vaut, la meprise est frappante. II est aussi fort delicat et difficile de poser les principes d'apres lesquels se forment les noms propres d'un peuple particulier. Dans les ceuvrcs cFimagination , les noms ou litres significatifs on plaisants doivent etre inventes selon les caracteres que Ton met en scene , et quelques auteurs excellent a les inventcr, tandis que d'autres y echouent completement. Des romanciers etrangers ont peut-etre essaye de former des surnoms anglais, et ils n'y ont pas reussi; quoique chacun sente bien la chose , personne ne pent 1'analyser , c'est-a-dire que nos surnoms sont assujetis a une loi qui ne se manifesto qu'en certaines occasions, et qui en regie la formation d'apres des determinations certaines , quoique difllciles a saisir. Ainsi, en philosophic, les systemes de medecinc ou de mo rale , qui portent des noms celebrcs , marchent a 1'aide de cer tains principes qui sont des conditions necessaires a chaque pas de leur developpement. La theorie de Newton sur la gravitation est basee sur certains axiomes , par exemple : les causes les plus simples qiron puisse assigner aux phenomenes sont les vt3ri- tables : 1'application dc la science aux choses pratiques repose — 82 — sur eette hypothec que ce qui arrive aujourd'hui arrivera demain. En strategic , la deeouverte de la poudre a dcveloppe la science de 1'attnquc et dc la defense en y ajoutant un organe nouveau, qui est devenu un principe de la guerre. On dit aussi (jue quand .\apoleon commcnca sa c;irrieiv de vietoires, les generaux enueuiis deelaraient (jue ses batailles etaient livrecs rontre les redes, et qu'il n'aurait pas du \aincre. Les Etats out leurs»po!itiques respeelives d'aprcs lesquelh/s ils avaneenl , et qui sont les conditions de leur bien-etre. Ainsi , Ton dir quelquefois que la \raie politi([ue de 1'union aniericaine, on la loi de sa prosperile. consiste, non a agrandir son terri- toire. inaisa culiiver ses ressoui'ces interieures. Ainsi, la Hussie est, dit-on , la i hie dans I'attacjue, lorte dans la defense; elle ne s'etend pas pnr I'epee , inais par la diplomatic. On soutient, ainsi, que rislamisme est la forme on la \ie de 1'einpire ottoman, et (pie le prolestantisme ot eelle de IVmpire britauni([iie; on va ineiiie jusipi'ij dire (jue 1'admission des idees europecnnes en Turquie et des idi'-es eat!ioli({iies en Anglcterre, serait la mine des conditions respecti\cs de la puissance de ces deux Etats. Auguste et Tibere gouvernerent par la dissimulation; Pericles dans son Oration l*uni-bi'L> expose les principes de la republique d'Athenes; a sa\oir, qu'elle est gouvernee non ]>ar des lois formelles et severos, mais par le caraetere moral et 1'energie spontanee du peuple. Les principes politiqucs du christianisme . s'il est permis de >Vxprimcr ainsi en parlant d'une institution divine, sont poses pour nous dans le Sermon de la Montague. Contrairement aux autres peuples, les cbreliens conquierent en eedant; ils gagnent dc Tinfluencc en la detestant ; ils possedcnt la tcrre en y renon- cant. Gibbon parle < r/Vcx du clcryi* comme etant, auxyeux d'un philosophe, bicti -woins da/iyo'cux qno ses vcrtits (i). » En outre, quant au judai'smc, on pent demander d'api-es quelle loi il s'est developpe, c'est-a-dire, si le mahometisme ne peut pas etreconsidere comme une sorte de judai'smc forme par (1) Ch. xlii. OtJ la presence d'une elassc differented'influences. Dans cecontraste entre etix, on dira peut-etre que 1'attente d'un Messie fut Ic principe on la loi qui donna aux elements prcsque communs du judai'smc et du mahometisme leur forme caracleristique. Un des points de discipline auquel Wesley attachait le plus d'importance, etait de precher le matin de bonne heure. C'etait son principe. Dans la Georgia, il commenca a precher a cinq heurcs tous les jours, hiver et ete. « Precher de bonne heure, disait-il , est la gloire dcs me thodistes ; si jamais ils abandonnent cet usage , ils s'evanouiront comme la fumee , ils auront perdu leur premier amour : ils ne seront plus qu'un peuple dechu. » Maintenant tous les examples que nous venous de citcr mon- trent, ainsi que nous 1'avons observe incidentellement pour quelques-uns d'entre eux, que la destruction des lois speciales ou des principes d'un developpcment est sa corruption. Ainsi , pour les nations , quand on dit qu'un peuple a perdu son esprit national, on ne veut pas dire que tel ou tel acte a ete commis, que telle mcsure a etc prise ; mais qu'il a abandonne certaine ligne de penseeou de conduite par laquelle il avail grandi. Ainsi, les poetes remains considerent leur empire comme en voic de decadence, parce que ses mceurs primitives (prisci mores] et sa piete(pt'etos) etaient sur leur declin. Et ainsi, nous disons des homines et des peuples qu'ils sont dans une fausse position quand ils embrassenl une profession ou s'engagcnt dans unc politique incompatible avec leurs interets nalurels et leur veritable carac- tere. Le judai'sme encore fut rejete quand il rejeta le Messie. Ainsi, la continuite ou I' alteration des principes d'apres lesquels une idee s'est cleveloppee , est une seconde marque de distinc tion entre tin veritable developpement et une corruption. § IV. Aulres observations sur la seconde marque d'un vrai developpement. La comparaison des principes d'une philosophie ou d'une reli gion avec ses doctrines pent tendre a Jeter plus de lumiere sur la nature d'un developpement; quoiqu'il soit difficile d'entrer dans le sujet autant qu'il serait necessaire sans etre accuse de subtilite ft sans devenir embrouille et obscur. — 84 — Lcs principes sont ahstraiis et s'appliquent en general a tomes sortcs de sujets; les doctrines out pour ohjct des elrcs et des fails speeiaux dont dies servent a rendrc coinpte. Les doelrincs deve- loppcnt, et il n'en c>( pa* ain^i des principes; les docirines gran- dissent en s'eclaircissanl , les principes ne son! quo mis en action; ies doctrines sont intelleelnelles , les principes sont pins inline- diatement moranx et pratiques. Les s\slemes pnir>ent lenr vie dans les principes et sont la manifestation des doctrines. La res- ponsabilite personnel!? est un prineipe: 1'existence de Dieu est line doctrine. Tonic la iheologic est avec le temps venue de cette doctrine , tandis que ce ])rincipe n'est j»;is pins clair sons I'Evangile qne dans le paradis, el s'appuie, non sur la eroyance en un Dieu gouverneur tout-puissant, mais sur la conscience. dependant la difference entre les deux existe quelqncfois sim- plement dans notre maniere de les cnvisager; el (vcjui est doe- trine dans unc philosophic, devicnl prineipe dans vine autre. On pent faire de la responsal>ilile personnelle la base d'une doc trine et la developper dans rarnienianisine on le pelagianisme. De plus, on pent discnter si rinfaillihilile est un prineipe ou line doctrine de l'Eg!iK qui sont (.lispei'wx (in loin. Los paions jjouvent avoir les monies principes que les catho- liques, inais les heretiqnos ne le ponvent pas ; car si ces dernicrs nMrtagent los monies principes, ils no sont pas roollement lioro- liquos, mais seulement toinbes dans 1'ignorance. Le prineipe est nne meillenre nianjiie d'herosio (|ue la doctrine. Les heretiques sont iidelos a lour prineipe, mais ils changent souvent d opinion, ear cliez eux des doctrines contradictoircs peuvent etre 1'appli- oaiion du memo prineipe. Ainsi les herotiques d'Antioche et a utres etaient quclquefois ariens , quehjuelbis sabclliens , quol- quofois nestoriens , quclquefois monophysites, errant a raven- ture, par fidelite a leur prineipe commun , (jiril ny a pas de mysteros en tlieologio. Ainsi los calvinistes sont dovonus nnitai- rieris en vertu du prineipe du jugement prive. Les doctrines de riieresie sont dos accidents et arrivent rapidement a une iin; ses principes au contraire sont eternels. Bien souvent c'est aussi la solution de ce paradoxe : les ex tremes se tou.che.Ht* et de ces reactions elonnantes qui ont lieu chez les individus ; a savoir , la presence de quelque prineipe ou — 87 — (Tune condition qui nc cesse de dominer clans leur esprit. Si . dans une certaine hypothese, Tune de deux alternatives contra- dictoires est necessairement vraie , alors le refus de 1'une con duit, par la simple consequence logique et sans raisons directes, a Fadmission de Fautre. Ainsi, la question agitee entre FEglise de Rome et le protestantisme se presente a certains esprits sor.s la forme de cette proposition : « Ou Rome est la base et le pilier de la verite, ou elle est FAntechrist. » Or, plus ils se revoltent a Fidee de la eonsiderer sous le dernier aspect, et plus ils sont portes a la reconnaitre sous le premier. Par suite, aussi, des personnes peuvent passer de 1'impiete a Rome et de Rome a Fimpiete, avec cette conviction dans les deux cas , qu'il n'y a pas de position intellectuelle tenable entre ces deux extremes. Le protestantisme , lorsqu'il s'approchc le plus pres dti catho- licisme, est une doctrine sans principe; considere sous son aspect heretique, c'est un principe sans doctrine. Un grand nombre de ses orateurs, par exemple, emploient le langage le plus eloquent f et le plus brillant quand ils parlent de FEglise et de ses marques caracteristiques. Quelques-uns d'entre eux n'attachent point d'idees precises aux paroles qirils emploient ; mais ils se servent de grands mots et de generalites sur la foi, la verite primitive, le schisme, Yheresie, sans bien savoir ce qu'ils disent; tandis que d'autres parlent d^ 'unite , d'unii'ersalite, de catholicite , et inter- pretent ces mots a leur facon et pour le service de leurs propres idees. La meme remarque s' applique a cet anglo-germanisme devenu a la mode depuis quelque temps ; sa doctrine des sacre- ments est quelquefois hypocrite 7 quelquefois mvthique. § V. Troisieme marque : Puissance d'assimilation. Dans le monde physique tout ce qui vit est caracterise par le developpement , de sorte que la croissance ne peut en aucune facon etrela cessation de la vie. Toutcroiten ajoutant asa propre substance des materiaux exterieurs , et cette absorption ou assi milation est complete quand les materiaux appropries viennent s'incorporer et ne faire qu'un tout avec Fetre qui les absorbe. Deux objets no peuvont arrive?- a on fa ire un qn'antant qu'il y a puissance d'assiniilation dans 1'un on dans I'autro. Ouolquofnis rassimilation no so i'ait qnc pcniblement ; on pent mourir de repletion, ot il y a des aniinanx qui rcstent cnuonrdis nn certain temps pendant lo travail qui s'opere entre la substance etran^ere ot la puissance qui so I'assimilo. I ne nourriture differente COIM \iont a dos recipients different*-. Celt.1 analogic pent servira niottro on lumiere cortaines parli- onlarites do la croissanee on du developpement des idees qui ont ete e'noncees dans la premiere section. II en est antrement des creations al^ln-ites, mathematiques el anlros qui, connne 1'ame olle-meme, sont solitaires ot dependent d'ellos-momos ; mais la doetrine et les vnes qui ont rapport a riionune ne sont pas pla- cees dans nn desert, olios sont dans un nioudo habile; elles font lour ebomin en y ponetrant, ot so de\elop|)ent par 1'absorption. DOS laits et des opinions MIO ot . "Toupes nutour d'antres mitres, sont irra- duellement attires par unc nouvelle influenee et assnjettis a un nouveansonvei-ain. 11s sont modifies, adoptos. rejeles suivantlcs eirconstances. L n nouvel elt'inent d'oi'dre et de composition s'y i introduil. et sa vie so manifesto par eottc facultc d expansion, us dosordre et san< di^olnlion. (no marebe eclecti([ue, qui eonserve, nssimile, consolide, Una puixsaucc iim'tire, appartient par essence a un de\eloj)pemen( re-nlier et of ire une troisieme marque a hujuelle nous le (listiniinerons. Ainsi. nne puissanee do de\oloppement est nnepreuve de vie, non-seulement dans son essai , mais dans ses succes ; car une simple formule ou no sVtend ]>as on so pord en s'etendant. Une idee vivanto so mnlliplie, tout en restant unc. L'cssai de developpement montre la presence d'un principe, et son succes la presence d'une idee. Les principos stimulent la ponsoe, el une idee la consene. L'idee n'est jamais de longue duree; cependant, comme les verites ma(lK'mati(pics, elle ne s'incorpore rien provenant des sources exterienres. Le fait d'unc telle incorporation est telle- mont loin d'impliquer la corruption, comme on le suppose — 89 — quelquefois, que le developpement implique incorporation. Le mahometisme peut , dans ses developpements exterieurs , n'etre autre chose qu'une compilation d'autres theologies, et cepen- dant personne ne niera qu'il n'y ait eu quelque part dans cette religion line idee vivante qui a ete un lien d'union si fort, si grand et si durable clans Fhistoire du monde. Mais pour deter miner comment il se fait qu'elle n'ait pas continue a se deve- |lopper apres sa premiere predication , s'il en est ainsi , comme ela parait etre , il serait necessaire d'avoir de cette religion line lus grande connaissance que cclle que nous possedons habi- uellement; il nous faudrait savoir jusqu'a quel point elle est urement politique ou purement theologique. Dans le Christianisme , Fopinion , telle qu'elle est d'abord emise, appartient a la philosophic ou a la scholastique ,• quand lelle est rejctee comme contraire a la foi , on la nomme heresie. Les idees sont plus aptes a s'ouvrir a une influence exterieure idans leur origine que plus tard ; de la la grande majorite des ecrivains qui regardent comme corrompue FEglise du moyen age, font remonter sa corruption aux quatre premiers siecles, et non a ceux qu'on appelle siecles de tenebres. De ce qu'une idee se lie mieux avec certaines idees qu'avec id'autres , on ne peut en conclure qu'elle ait subi une mauvaise influence, c'est-a-dire qu'elle ait ete corrompue par elles; mais ibien plutot qu'elle a avec elles une affinite anterieure. Au moins |peut-on affirmer ici que quand les Evangiles parlent de la vertu icmanant de Notre-Seigneur , et de la guerison operee avec 1'argile qiril avait humectee, ils offrent des exemples, non d'une :perversion du Christianisme, mais dime affinite de notions qui luietaient exterieures. Saint Paul ne partageait pas les prejuges de rorientalisme , quoiqu'il ait dit qu'il fitt bien de ne pa* \toucher une femme. De mcme aussi , en politique , des idees sont quelquefois pro- jposees, discutees, rejetees ou adoptees suivant les dirconstances. 'Quelquefois on demontre qu'elles n'ont aucun sens, qu'elles sont impraticables ; quelquefois elles sont vraies, mais seule- iment en partie ou d'une maniere subordonnee a d'autres idees — 90 — avec lesqucllcs cllcs forment en consequence comme un tout, en s'incorporant autant quo i'a{Iinite qu'elles ont avec ces id* le permet. Le systemc de Benthain a voulu fnire ties veriics legales et morales des developpements tie quelques-uns de s propres principes, prineipes qui pement . s'il en arrive ainsi, sc trouver trop i'aibles pour soutenir ties verites eternclles , et alors le systeme hali sur eux s'ecroulera sous leur poids. II peut arriver qu'un Etat adopte quelques-uns de ces principes pour lesqucls il a de I'allinTte, c"est-a-dire qu'il se dcveloppe dans le Bcnthamisme, tout en restant cependani en substance ce qu'il ctait auparavant. Dans I'histoirc de la revolution franenk1, nous voyons plusieurs partis mixtes qui cssayerent dc former des theories de constitution en dehors de eelles appclees extremes, et ils ecliouerent suceessivcmnnt parce qu ils manquaient ie; mais ils ne purcnt se tenir sur leur terrain; a la lin les uns tomberent dans le macedonianisme, et les Mitres renlrerent dans 1'Eglise. Plus tine idee est forte et vivante, c'est-a-dirc plus Tempire qu'elle i^xeree sur 1'esprit bumain est puissant, et plus elle offre de securite, plus cllc est aple a se garantir du danger de eor- ruption. De ineine (jue les personnes robustes se vanlent de leur iiiie. et quo eelles favorisees d'une bonne constitution rejettent f > remedes , de meme les partis ou les t'voles peuvent etre temeraires, se livrer quelquefois ;i des e\tra\ nuances, et cepcn- dant elre ramenes dans le bien par leur viiitieur inberente. D'autre par! , les systemes faux sont communement bienseants a I'exierieur. Les formes, les engagements souscrits (i), les Articles de religion sont choses indispensables quand le prineipe de vie e e^( fournie par son (intH-ijMtion. precise dans les premieres periodes dc 1'liistoirc de 1'idec a laquellc il apparticnt. § VII. Cinquieme marque : Suite logique. llien quc Tordrc ou le degrc dans Icquel les dcvoloppements d'unc idee commune se montreront dans tel ou tel lieu, soil chose purement accidentelle, puisque lc< espriis ct les societc's suivont en pariiculier diverses \o\(^, cepcndant, sur uno large spbore, ils se feront dans ronsemblc d'uno manioro graduelle et reguliero,, et meme avec uno suite loyiqite. On pent deniandcr si un devcloppement est lui-mcmc un proeede logique ; si Ton cntend par la un raisonnemont scrupuleux dos premisses a la conclusion, il va sans dire que la rcponsc sera negative. I no ideccroit dans Tesprit en y sejournant. Elle dovient familiore et distinct e, clle est vue dans ses relations , et elle suggcre d'autres — 95 — idees qui elles-memes en font naitre de nouvelles, subfiles, pro- fondes, originates, suivant lecaractere intellectuel et moral de celui qui les recoil. Ainsi un corps de pensees se forme graduel- lement sans que celui qui les a recues sache ce qui se passe en lui. Pendant tout ce temps, ou au moins de temps a autre, des circonstances exterieures mettent au jour sous forme d'expose formel , les pensees venues dans les profondeurs de Fesprit qui les conceit, et bientot il doit commencer a les defendre. II faut alors se livrer a un travail ulterieur, celui d'analyser ses asser tions etde determiner leur dependance a 1'egard Tune de I'autre. L'liomme est amene ainsi a distinguer les consequences et a remonter aux principes de ce qu'il avait deja discerne par une simple perception morale et adopte par sympathie. II faut recourir a la logique pour ordonner, inculquer, ce que Ton a obtenu sans recourir a la science. Et de la meme maniere, tel travail intellectuel, qui se pour- suit en silence et spontanement dans 1'esprit d'une ecole ou d?un parti, viendra necessairement au jour a une epoque ulterieure, et sepresentera dans un ordre intelligible. C'est alors que la logique rcmplit ses fonctions , non de decouverte , mais de pro pagation ; Fanalogie , la nature du sujet , la probabilite ante- rieure, 1'application des principes, laconformite et la convenance, sont quclques-unes des mcthodes de preuves d'apres Icsquelles le cleveloppement se propage d'un esprit a I'autre , et s'etablit dans la croyance de la communaute. Cependant , meme alors, 1'analyse n'est pas faite d'apres un principe, ou en vue de toute sa marche et de ses resultats defi- nitifs. Chaque argument est mis en avant pour un but immediat; les esprits developpent pas a pas , sans regarder derriere eux ou pressentir leur but, sans avoir intention et sans promettre de former un systeme. Par la suite, cependant, ce caractere logique presente par Tensemble , devient une preuve que le travail a ete un vrai developpement et non une perversion ou une corruption, par Tevidence de sa simplicite naturelle. Dans quelques cas on le voit par la gravite , la clarte , la precision , la majeste de sa | marche et 1'harmonie de ses proportions, qui ressemble a la taille — 96 — ('levee, an irrncieux branchagc el au riche feuillage de quelque produit ve'ge'tal. Le travail do developpcment , ainsi capable d'une expression logique, a etc quelquefois presente avoc jalousie eommc une tcuvrc de rationalisme et mis on contraste avee la foi. Nean- inoins, qiioi<]u'il j)iiisso arrivor qu'une doctrine particuliere ou uno opinion soiuuiso a un devcloppeinent soit rationaliste, • car tolle cst I'originc, tels sont los rosuliats , — etquoiquc nous puissions developpcrHlune maiiicrc crronee, c'esl-a-dire rai- sonner inexactement , copondant le developpement lui-mcme merite en (ous cas aussi pen ce reproche que la recherche d'un fait historique que nous no croons pas, mais dont nous nous assurons. Par exeniple , si saint Marc a eerit ou non son Evangile avoo saint Mathion dcvant lui, ou si Salomon a fait vonir ses marchandises de Tariosso ou do quolque port indion. Le rationalisino ost la preference do la raison a la foi; mais on no voit pas comment il pout y avoir de la foi a adopter les premisses d'une proposition et de rincrodulite a acceptor sa conclusion. Laissez-nous . par exemple, prcndre la definition que Ton donnait du rationalisme , il y a quelqucs anneos. Faire dul rationalisme , o'ost «c dcmander hors de propos comment nous, pouvons rciidre couijttv de certainos choses , refuser do lesi croire, a moins (ju'ollos no nous soicnt justifioes, c'est-a-dire| rapportoos a ([uclque autre chose commc cause , a un syslome oxistant, (jui los harmonise a\oc lui ou les ahsorhe en lui Le rationalisme est caraclcrise par deux particularites : sonj amour de systomatiser ct de baser son systome sur 1'experienod porsonnelle ou Tovidonoo dos sons (i). » Si c'est la le raliona-; lismc, il cst tolalement distinct du devoloppement. Developper,' c'est acceptor dos conclusions de la vorite rooue ; rationaliser,] c'ost ne recevoir ricn que des conclusions des verites recuos ; k. developpement est positif , le rationalisme est negatif ; lessence, du developpement est d'etondre la croyance, cello du rational (I) Tracts for the Times , n° 73 , § 1 , ioit. — 97 — Ilisme de la restreindre. On peut aussi accorder que le travail i spontane s'operant dans 1'csprit meme , est plus eleve et de meilleur choix que celui qui est simplement logique • car le dernier est par son caractere seientifique propriete commune ; : il pent etre pris et employe par des esprits etrangers , dans ; quelque sens vrai, tout a la fois aux idees en question et a leur developpement. Ainsi , les saints apotrcs pouvaient connaitre , sans le secours des paroles , toutes les verites touchant les hautes doctrines de la theologie, que les controversistes ont, apres eux, reduites en formuies et developpees dans leurs arguments. Ainsi , saint Justin ou saint Irenee pouvaient n'avoir pas d'idees arretees du purgatoire ou du peche originel , et cependant avoir un senti ment profond, tant de la faute de notre premiere nature , que de la responsabilite de notre nature regeneree , sentiment qu'ils n'avaient ni defmi , ni consigne dans leurs ecrits. Ainsi saint Antoine dit aux philosophes qui venaient pour se moquer de lui : « Celui dont Tesprit est sain n'a pas besoin des lettres. 3> Et saint Ignace de Loyola, encore neophyte sans science, fut favorise de vues transcendantes de la sainte Trinite7 pendant qu'il faisait sa penitence a I^Ianresa. Ainsi saint Athanase lui- meme est plus puissant dans les assertions et les expositions que dans les preuves ; tandis que nous trouvons dans Bellarmin toute la serie des doctrines soigneusement exposecs , conve- nablement ajustees les unes aux autres et exactement analysees Tune par Fautre. L'bistoire des empires et des liommes publics fournit de si nombreux exemples de logique politique, qu'il nous suffit d'y faire allusion. Nous en trouvons un example dans les paroles de Jeroboam : u Maintenant ce royaume retournera a la maison de David, si ce peuple va sacrifier dans la maison du Seigneur a Jerusalem... (Test pourquoi le roi prit conseil , fit deux veaux d'or et leur dit : Voila tes dieux , 6 Israel. » L'histoire du Lutheranisme , telle qu'elle nous a ete tracee ces dernieres annees par plusieurs ecrivains anglais , nous fournit BlBLJOTH. HIST. 6e ANNEE. Icr OUVR. 9 — 98 — nn exomplo d'nn developpcment logiquo dcs plus interessants ; quoiqu'en memo temps dos plus tristos. Luther s'appuyi sur nno double base : son prineipo. doizniatique . sa mort , lY'lemonr dni!inatiquc qu'il represenlait en sa personnc prit le dosus; en • ehaeune do ses paroles sur los points eontro\cr>es devint nm! loi pour le parti quL do tout temps le plus considerable, sti developpa enlin simultancment a\ec son Eirlise elle-mcme. (lotto veneration presque idolatro hit peut-etre accrue par lo choix des declarations de foi pour les livrcs symboliqu^ de son E^li.-e. declaration dont la substance Mir rcnsemhle lui apparlenait (i). » I no road ion cut lien ensuilo : lo jiiiioinent prive reprit la snpromalio. (lalixte mil la raison. ot Spener ce ({u'on appelle la rcliiiion dn occur, a la place do {'exactitude dogmatique. Le pieiismo sYvanouit pour 1'inslant ; mais le rationalisme so developpa dans lo >\Memo do >\ Olf , (jui pre- tcndait proiner toutes los doctrines ortliodoxes par I'usaire d 'ar guments dont les premisses etaient en harmonio avee la raison. On s'jipeirul bientot (jiio 1'arme dont \\O11 so sen it on la\eur do 1'orlhodoxie. pouvait avee la memo plansibilito etre tournee eontro elle: enJro ses mains olio a\ail sorxi a former le s\mbole; ontro colics do Sender, do Ernesli et antros, olio servit & iniirmer 1'autorite de rEcriturc. En quoi devail-on mainlenant faire consistcr la religion? I no sorte do pietisme philosophiqul \int onsuite: on plulot le j)ietismo do Spener et la theorie oriirinale de la justification lurent analyses pins profondement et produisironl diverses theories do pantheisme. Le pantboisme fut, dos le prineipo, an fond do la doctrine do Luther et do son caractcre personnel. An Pantheisme parail so rodniro a present lo Lutheranismo, soil ([u'on le considere dans la philosophic de Kant, dans rimpiete ouverte do Strauss, on dans los professions roliiiienses de la nonvollo Eidise evan^eli(|iic do l^-usse. En (i,N Le docicur Pusey , sur le RaiioDalisme allemaud . p. -t , note. — 99 — appliquant cct exemple au sujet pour Feclaircissement duqud 'nous 1'avons invoque , je dirai que la marche uniforrne et ireidee, la succession naturelle des vues par Icsquellcs le syin- ihole de Luther a etc transformed en la philosophic impie on heretique de ses rcpresentants actuels, prouve que ce chan- gement n'est ni une perversion ni line corruption, mais un developpement fidele de Fide'e originale. Ce n'est la qu'un des nombreux exemples que Fhistoire de FEglise nous fournit. La fortune d'une e'cole the'ologique est iresardee comme la mcsure de Fenseignement de son fondateur. O O 'Le grand Origene mourut en paix, apres ses nombreux travaux ; ses disciples qni lui succederent immcdiatcmcnt furent des saints let ffouvcrnercnt dans FEglise. II a obtcnu les louansres de saint o o t_j jAthanase , de saint Basile et de saint Gregoire de Nazianze , et Ifourni des materiaux a saint Ambroise ct a saint Hilaire. Ccpen- dant? a mcsure que le temps s'ecoula, sa theologie cut pour jrcsultat, en se developpant, une heresie formelle, et enfm , jtrois siecles apres sa mort, il a ete condamne dans un concile. iqui a ete generalement regarde comme cecumenique (<). U Diodore de Tarse, dit Tillemont, est mort a un age avance jdans la paix de FEglise , honore des louanges des plus grands faints et couronne d'une gloire qui, apres Favoir entoure durant la vie, Fa suivi apres sa mort (2). )> dependant saint Cyrille d'Alexandrie le regarde, lui et Theodore de Mopsueste, comme iles veritablcs auteurs du Nestorianisme j et en effet il fut place jpar les Nestoriens an nombrc de leurs saints. Theodore lui- nieme fut condamne apres sa mort par le mcme concile que 1 on dit avoir condamne Origene , et il est justement regarde 'comme le principal ecrivain rationaliste clans Fantiquite. II jouit ;cependant de son temps de la plus haute reputation, et le synode oriental se plaint, comme le rapporte Feveque d'Her- imiane, Facundus, que « le bicnhcureux Theodore, mort si i Halloix, Valesius, Lequien, Gicseler, Boellingcr, etc., etc., diseut hu'il fut condamne, non pas dans le cinquieme concile , mais dans celui tenu l^'ous 3Iennas. (2) Mem. Eccles. , t. VIII , p. 562. — 100 — saintement , apres avoir etc un si eminent doeleur pendant quarante-cinq ;ms , lui qui avail ren^erse loute heresic . n n 'avail etc duranl sa vie 1'ohjct d'aucune imputation do la part des orthodoxes, courail le risque maintenant, apres sa niorti rtion des premieres doctrines, qui dcvait fttrerejeteecomme al)sohnncnt fauxe. nc scrail pas rcpousscc diivclenicnt . inai> d'une inanicrc indircctc , par le fait incine de 1'adoption dc la veriie cjui cst opposes a ecs crreurs. Une conversion veritaMe cst toujonrs d'nn caraelere |>ositif; elle nc sanrait eliv n«'~ :(!\C (I ). • Tolh1 esf aussi la ihcoric dcs Peres en ce ipii louche les doctrines fixers j)ar les conciles, comine nous le voyons dans I paroles dc saint Leon : « (iherclier ce qni a deja etc dcconverf , examiner de nouveau cc (|iii -i etc rcsolu , regret ler ee (jni a etc renversc. n"est-ce [)as man([iier de reconnaissance pour ce qni a etc i;-a^nc? » Saint Vincent d<' Lcrins, de la mcme nianicre, nous parlc du dcvcloppeinent de la doctrine clirctienne comine pro- fee tits fidci non permutatio (-2). Et Xotre-Scigneur, de son cote . a dit, touchant 1'ancienne loi , qu'il venait, « non pour la de- truire, mais pour Taccomplir. » (1) Tracts for the Times, n. 85, p. 73. Suit unc remarque sur les catholiques nunains et la foi primitive, qui peut etre plus justement appliquce a la foi vomaine et a ceux qui la combattent. . Kp. 1C2. — 103 — On accuse Mahomet d'avoir contrcdit ses premieres revela tions par ses revelations posterieures , « chose si bien connue de tons ses sectateurs , qu'ils Fadmettent tous; et, qtiand il arrive que les contradictions sont telles qu'ils ne peuvcnt en donner la solution, ils se dccident alors a declarer nuls Tun des deux passages contradictoires. Ils ne comptent dans tout le Goran pas moins de cent cinquante verscts qui sont ainsi declares nuls (i). » Schelling, dit M. Dewar, pense que « le temps est arrive ou un christianisme speculatif et cache doit prendre la place de 1'empirisme ouvert , qui a prevalu jusqu'ici. » Ce philosophe allemand « reconnait qu'un pareil projet est oppose au dessein evident de 1'Eglise et de ses premiers doctcurs (2). » Quand les Catholiques remains sont accuses de substituer un 1 evangile nouveau a la croyance primitive , ils respondent et ils , pcuvent montrer qu'ils croient les doctrines de Flncarnation et I de 1'expiation aussi fermement qu'aucun protestant. On repond I a cela que eertainement ils les professent; mais qu'ils les obs- I curcisscnt et les rendent virtuellement nulles par ee qu'ils y ; ajoutent ; que le culte de la sainte Vierge et des Saints n'est pas inn developpement de la verite, mais sa corruption , parce qu'il '»;loigne 1'esprit et le coeur de Jesus-Christ. Les Catholiques respondent que bien loin de la , le cultc de la Vierge et des Saints ivient en aide a la doctrine de la mediation et de la misericorde deNotre-Seigneur, et la protege. Ainsi les parties en controversy s'accordcnt sur le terrain commun qu'une doctrine developpee qui ren verse le cours du developpement dont elle a etc precede , n'est pas un vrai developpement, mais une corruption. Ce sujet iiious occupera de nouveau tout a rheure. Blackstone nous pournit un nouvel exemple sur un autre sujet, lorsqu'il observe que < quand une societe est une fois formee , un gouvernement ^e constitue naturellement , parce qu'il est necessaire pour bonserver et maintenir 1'ordre dans cette societe (5). >» (1) Prideaux, vie de Mahomet, p. 90. (2) Protestantisme alleraand, p. 176. (3) Vol. I, p. 118. — 104 — < Miami le long parlomom vouhil usurper le pouvoir cxecutif, il porfa alteinleaux liberlcs populaires qu'il pretendait iavoriser. Lcs garanties do res liberles reposenl sur la separation d pouvoirs Icgislalii' el cxmitif , e'est-a-dire quo les amours des lois doivrnt lour etrc soumis ct n'avoir pas a on faire cux-mernes Papplication. Dans rhistoireromaine, du moment ou les privileges, gagn<- par les fribuns an prolit du pi'iij)h', dcvini-cn! pour cux-nu'inos ohjot d'ambition, le d^veloppement dovint rorruptiou. De nc MUSS! le d^maffOffiie ffrec esl dovenu ivran. 9 Ainsi Ton a une sixirme nianjiio d'un vrai developpement . lors(]ii(' lo developpement esf um* addition conwrratricr do < <}iii I'a pivoV-de. § IX. 7( marque : Continuation chronique. Puisque la corruption d'unc idoo, a en juiror par les appa- ices, ost unc sorto d'aooidont ou d'affcetion de son devcloppe- inonl. puis(prello ost lo tonno do sa maroho ot un otat transitoirc j qui mono a une crisc, la corruption sera , ainsi quc nous 1'avons obscrvo, d'uno action courte ct rapido. Tandis que los idoes s'airiloiit dans I'osprit humain, elles grandissont dans un dovo- lo|)pomont plus complot ; elles ne rosloroni pas plus stationnairei dans lour corruption qu'auparavant , et la dissolution ost le dernier otat auquel inonc la corruption. La corruption , en: cnnsoquencc, nc saurait otre de longuc duree, et la duree dovient ainsi une autro marque d'un doveloppemenl lidolo. Si f/rarifi brrrix, ,\7 InWjU* Icris, est , clans la souffrance, la1 maxiinc dc consolation a 1'usage dos stoic-ions, etl'on pent dire1 d'un grand nombre de maux : le pire sera le plus court. Les' hommes reserves crakncnt Ics chanffements en mafieres civilcs: v_ C_ ils redoutent les reformes et les innovations , dc peur, s'ils vont' un pen trop loin , d'elre prooipites tout a coup vors quelque grande catamite , avant qu'il soil possible de recourir a unl reinede. La perspective d'unc corruption lento nc Ics frappepasJ Los revolutions sont iionoralement promptes, violentcs ; ellc^' sont? en effet. la suite d'unc corruption. — 105 — La cluree tics heresies est toujours courle : c'est un e'tat intermediaire entre la vie et la mort, ou mieux, un etat qui ressemble a la mort. Si la corruption iiaboutit pas a la mort, clle mene a quclque errcur nouvelle, peut-etre opposee a la premiere, et qui ne pretend a aucun rapport avcc elle. (Test de la sorte qu'un principe heretique vivra plusieurs annees , se dirigeant d'abord dans une direction et en prenant tout a coup une autre. L'exces du mal est 1'indice d'une fin prochaine. L'homme fidele s'ecrie , a la vue de ses exces : Combien cela durera-t-il 7 comme si sa duree fatiguait sa raison aussi bien que sa patience. Trois annees et demie suffiront an regne de 1'Antechrist. On ne saurait ici objecter serieusement que le monde est toujours corrompu, et que, malgre ccla , le mal ne remplit pas sa mesure et ne deborde pas ; car ceci vient de Faction exterieure de la verite et de la vertu qui refoulent en arriere : que 1'Eglise disparaisse, et le monde touchera bientot a sa fin. Si le peuple de Dieu est devenu , de siecle en siecle , de plus en plus mauvais, jusqu'a ce qu'il n'y cut plus de retour possible, cependant son entrainement vers le mal etait continuellement contrarie par cles reformes qui le faisaient reculer vers un etat moins avance de decadence. La decadence, il est vrai, qui est une forme de corruption , s'opere lentement 5 mais la decadence est un etat dans lequel il n'y a d'action ni violente , ni vigou- reuse , que son caractere soit conservateur ou destructeur , influence mauvaise etant assez puissante pour affaiblir les fonctions de vie , mais pas assez pour precipiter sa marche. Ainsi nous voyons des opinions , des usages et des syslemes dont Tapparence en impose , mais qui iront aucune solidite en eux- meme , tenir ensemble par habitude de stabilite ou parce qu'ils dependent d'institutions politiques. Nous les voyons devenir presque les particularites d?un pays, les habitudes d'une race ou les modes de la societe; et alors, a la fin, peut-etre, ils s'en vont soudainement et meurent sous la premiere influence facheuse venant du debors. G'est ce qui arrive aux superstitions qui s etablissent chez une population : semblables a une teinte pro- — 100 — noncee ou a line odour forte, dies s'evanouisscnt avcc le temp parce quc rien ne (lure toujours, mais elles ne suivent pas es durent leur arriver d'abord sous une forme Mi^uc et generale, pour etre ensuite completees par des deve- loppements. On ne saurait non plus clever de bonne foi la difliculte que trailer ainsi le Christianisme, c'cst le mettre, en quelque sorte, au niveau des sectcs et des doctrines du monde, et lui imputcr les imperfections qui caraclerisent les productions de 1'csprit humain. C'est certainement degrader un ouvrage divin que de le considerer sous une forme terrestre ; mais on peut cej>endont se le [jermcttre sans irreverence, puisquc le Seigneur lui-men; — 109 — son auteur et son maitre, a daigne en prendre une. Le Chris- tianisme differe des autres religions et des autres philosophies en ce qu'il a de plus qu'elles, non clans son genre , mais dans son origine , non dans sa nature , mais dans ses qualites propres et caracteristiques , etant forme et vivifie par un esprit qui est au-dessus de Fintelligence humaine , par un esprit divin. Exterieurement , le Christianisme est ce que 1'Apotre le dit ctre, un vase de terre , en tant que religion des hommes. Considere sous ce point de vue , le Christianisme grandit en sagesse ct en proportions ; mais la puissance dont il dispose et les paroles qui sortent de sa bouche attestent son origine mira- culeuse. A moins done que Ton puisse invoquer quelque raison excep- tionnelle , il est aussi evident que le Christianisme , comme doctrine et pratique , se developpera dans 1'esprit de ceux qui le recevront, qu'il est evident qu'il se conforme, sous d'autres rapports, dans la maniere exterieure de se propager et dans son organisation politique, aux methodes generates que suit le cours des choses. 2° De plus , si le Christianisme est une religion universelle , appropriee non pas seulement a une localite ou a une epoque particuliere, mais a tons les temps et a tons les lieux, il doit necessairement varier dans ses rapports et sa conduite avec le monde qui se trouve autour de lui , c'est-a-dire qu'il se deve loppera. Les principes recoivent une application qui varie beaucoup suivant les personnes et les circonstances ; ils doivent etre presentes sous de nouvelles formes , suivant la constitution de la societe qu'ils sont destines a influencer. C'est ainsi que toutes les communions chretiennes developpent les doctrines de FEcriture. Pen de personnes conviendront que 1'opinion de Luther sur la justification n'ait jamais ete verbalement exprimee avant son epoque, que sa phraseologie et la position qu'il a prise fussent nouvelles, qu'elles aient ete ou non appelees par les eirconstances. II est egalement certain que la doctrine de la justification definie a Trente etait nouvelle aussi dans certain BlBLIOTH. HIST. 6C ANNfiE. Ier OUVR. 10 — 110 — sens. La refutation et le romede des orrours nc snurnient pre mier letir apparition ; ot ainsi le 1'nit des developpemcnts faux on d;s corruptions appcllc la manifestation correspondante des devdoppernents vrais. l)e phis, tons les parlis en appcllcnt a 1'Kmnire, c'cst-a-dire ramcnent a la sainte Ecriture leursj raisOnnements meine vicieux ; mnis, on argumcntant, il faut tirer des deductions, c'est-a-diro dcvclopper. 11 n'y a ici aucune difference cut re Its tonips priinitiis ct posttTirurs, cntre un pape <;ni parlc t>.v. cathwlra ct un indmdu j)rolrslant, si cc nVst (juej Icur autorilo n'rst }>as snrun pied uY'iinlilc'. Des deux coles, il y ;» ineine prclention a rautorite, et Ton suit lc memo precede dc developpeinent (i). (Test ainsi que la plaintc commune des Protestants contrc i Ki:liscdc Rome est non-senlemenf qu'elleaajoute aux doctrines primitives on scripluraircs, mais (ju'elle les eonti-edit. et imposcj en outre, sous la sanction d'un anatheme , comme dcs verit&j londamenlales cc qu'cllc y ajoute. Ouanl aux Protestants, ih >uivent line metliode dc deduction tout aussi suhtilc quc celk reproehee a Home, ct ils sc conferment a des doctrines (|U ; rcposcnl sur des raisons dont on s'ctail aussi pen rendu compU. dans Ics sieeles pa«c< . quc dc cellos invotjuccs par les theolo-i calholicpies. La snpreinatie royalc , la legalite dc porteii des annes, le devoir d'un culte public, la substitution di jircmicr jour de la scinainc au septieme. le baptcme dcsenfantsJ sont (les points qni n'oceii])cnt pas dans le JVouvcau Testameni unc place tivs-precmiuentc, pour ne rien dire du principd londamental du Prolcstantisinc , que la Bible , et la Bible seule \ la religion des Protestants! Cos doctrines ct ces usages. vrais ou non , la n'cst pas la question qui nous occupe, sons ndoptes , non par suite d'un simple argument base sur dcs mot et dcs phrases places sous les yeux, mais par un devcloppcmen1 opcre a noire insu des idces habituelles a 1'esprit. 3" Et, en vc'ritc . (jiinnd nous arriverons a considcrcr dc: doctrines particulieres auxquellcs 1'Ecriture attache la plu: (1) Voir Proph. Off. , vu , ou cc parallele est pousse plus loin, quoiqu- dans un autre but. — Ill — grande importance, nous verrons (ju'elles nc sauraient absolu- incnt etre renfermees clans le tcxte pur et simple cle 1'Ecriture , si elles sont destinees a etre autre chose que des mots et a transmettre une idee precise a celui qui les recoit. Ouandil'est (lit quc le Verbe se fit chair, trois grandes questions se presentent a nous sur ce simple enonce : Qu'entend-on par le Verbe ? qu'entend-on par c/wzV ? qu'entend-on par se fit? POUT repondre aces questions, il faut se livrer a un travail d'investigation , < t les reponses sont des developpements. En outre, les reponses faites souleveront une serie de questions secondaires ; et ainsi Ton arrive a obtenir pour resultat une multitude de propositions qui se groupent autour de la phrase inspiree d'ou ellcs viennent, en lui donnant exterieurement la forme d'une doctrine, et en creant ou approfondissant dans 1'esprit 1'idee que nous en avons concue. • II est vrai que, dans le cas ou les enonces de FEcriture-Sainte ! sont des mystercs , ils ne sont relativement a nous , que des ! mots, et ne sont pas susceptibles d'etre developpes. Mais comme un mystere implique en partie ce qui est incomprehensible, de meme il implique en partie ce qui ne Test pas • il implique une manifestation partielle ou une representation bornee , parce que alors il est concti en partie, et qu'il pent etre devcloppe dans t'ette mcsure , bien que chaque phase du de\ eloppement se sen- lira de Fobscurite et de la confusion de la premiere impression. 4° On doit considerer en outre que les sujets dont traite L'Ecriture renferment de grandes questions dont TEcriture ne donne pas la solution , et qui sont cependant d'une nature si pratique , qu'on doit leur faire une reponse , reponse que nous I elevens obtenir , a moins que nous ne supposions une nouvelle : revelation de la revelation que nous avons , c'est-a-dire un i developpemcnt. Telle est la question du canon de TEcriture et I de son inspiration , celle de savoir si le Christianisme est base | sur un document ecrit comme le Judaisme , et , dans le cas ; d'une reponse affirmative , quels sont ces documents , quel en ot le nombre? Puis si ce document s'interprete lui-meme, ou i s il a besoin d'un commentaire , et s'il nous a etc donne un — 112 — commentaire faisam autorite, ou un commcntatcur qui ait Ic pouvoir do I'interpr&er? Si la revelation et le document out une valour egale , ou si Tun des deux 1'emporte snr 1'aulrc , cVsi-a-dire si hi revelation nous arrive ou non en partie par ce document el en panic- par la t radii ion? ou encore si le document n'esl quc partiellement la revelation, la re\elation dans un orpine non inspire ou la rexelaiion avec des additions? Toutcs les questions quo nous venons de poser ne irouvent surement de solution ni dans La leltre de l»riture, ni dans 1'approfon- dissement du tcxte pour la plupart des homines, quelque longue el active que soil 1'elude qu'ils puissent en faire. Ces difficullcs. autant que nous pouvons en juger , n'ont pas non plus etc resolues paru>ie d'aulorile, an commencement du Christianismc, (I eependant Ton concoit qu'un apotre cut pu les resoudre toutes en quelques mots , si la saiicsse dmne Tent trouve convcnablc. Mais, en 1'ait , la decision a etc abandonnee au temps, a laj niarche lenlc de la pensee. a I'influcnce de 1'esprit sur 1'esprit, jm\ re.-ulinis de la controverse et au developpement de ropinion. Prenons un autre cxemple. S'il est un point sur lequel il cut ete desirable d'avoir , des le principe, une regie precise a suivrc, 4 toucbant la conduite que. des parents Chretiens sont obligcsi de tenir envers leurs enlants. II serait naturel qu'un pere! elirelien, en Tabsence de toute direction precise, presentat scsi enfants pour etre baptises; ce serait, dans cet exemple , le' developpement pratique de sa ibi en Jesus-Cbrist et de son amour pour sa progeniture. Cet acte, eependant, bien qu'exigcj comme necessaiire , est un developpement, et, autant qucnousi le savons, il n'a pas ele pourvu a ce besoin par la revelation ,j telle (ju'elle a etc donnee dans 1'origine. Un aulre \as!e champ ouvert a la pensee, et qui est plein dc considerations pratiques, est celui que nous offre la question: ties efi'ets du bapleme. dependant, autant que nos connaissances) permettent d'en juger, ce sujet n'a etc (jue partiellement touchej par les Apotres. La doctrine des Apotres est, sans aucun doutc, que les lideles qui s'approchaient de ce sacremcnt avec foi el repentir, recevaient la remission de leurs peches ; mais — 115 — trouvons-nous quclque indication d'une seconde remission dts pechcs commis apres le bapteme ? Les Epitres dc saint Paul . qui semble devoir fournir une reponse a notre question , ne ; renfermcnt rien d'explicite a ce sujet. Ce qu'elles disent claire- ment n'amoindrit pas la difficulte, a savoir, d'abord, que le bapteme est destine a effacer les peclies commis avant de 1'avoir recu , et non ceux que Ton pourra commcttre ; et ensuite que les fideles favorises du don du bapteme vivent dans la saintete , et non dans le pecbe. Comment cette doctrine se concilie-t-elle i avec ce qui se passe dans 1'etat actuel de 1'Eglise , tel que nous le voyons aujourd'hui ? Si 1'onconsiderequ'il aeteexpressementpredit que le royaume descieux, comme le filet du pecheur se remplirait de toutcs sortes de poissons , et que 1'ivraie croitrait avec le bon grain jusqu'au moment de la moisson, on s'assurera qu'on ne sauraif I imaginer une question plus grave et plus pratique que celle lais- see indecise par le divin Auteur de la revelation ? a moins qu'ii n'y ait dans cette revelation meme des elements de croissance ou de developpement. En nous en tenant a la lettre de Fensei- gncment inspire^ « il n'est pas un de nous qui n'ait outrepasse la limite des ressources offertes par la revelation, et qui nese trouve en consequence abandonne aux misericordes infmies del'amour divin, dont Jesus-Gbrist est plein, maisqui n'ont pas etc formel- lement fixees clans ses decrets (i). » Si done 1'ecriture a besoin d'un complement, la question se reduit a savoir si la defectuo- site apparente de ses doctrines n'est pas une premiere probabilite en faveur del'opinion qu'elles devront etre developpees. II estun autre sujet d'un caractere pratique moins immediat, ! sur lequel FEcriture , strictement parlant, ne garde pas le si- ; lence, mais dont elle dit si peu? et asscz de choses cependant pour que ce qu'elle en dit fasse sentir la necessite de pousser les I recherches au dela de la lettre du texte, — nous voulons parlor I del'etat intermediaire entre la mort et la resurrection. Considerant I'espace de temps qui separe la premiere venue de Jesus-Christ (1) De la Justification, le^on xm. do la seeonde. les millions d'ames fideles qui sont dans 1'attcntc, et rinleret intimc quo cliaquc. chrelien eprouve a savoir quel est cct etat, on aurait pu s'nttendre a cc (jue 1'Ecriture se serait exprimce a ce sujet d'une manicre cxplicitc, taiulis que, par le fail, sos indications sont eouries et obscures. .Nous pourrions, en verite, soutenir quc ce silence a etc garde avcc intention, en vue do decouragcr les theories sur cc sujet, si ce n'etait, comme dans la question de notre el at apres le bapteme, cetle circon- stancc cjuo son cnseigucment seinhle reposer sur line hypothese qui est inapplicable a 1'etat de 1'Eglise depuis 1'epoque d'ou il date. f De ineine que rEcriture regarde les Chretiens, non comnie des laches, mais comme des saints, de memc aussi elle reprc- sente appareinnient le jour du juirement comme immediat et rintervalle de 1'attentc comme de courte duree. Elle laisse dans not iv esprit. I impression gcnerale que Jesus-Christ doit revenir sur la terre tout a coup, -dans un temps court ; >• elle repre- scnte les affaires de cc monde renversees par « la detrc>S(; actuclle, » les pcrseeuteurs pressants, les Chretiens purs et dans Kattente, sans demeure, sans j)lace pourl'aventr, et lesyeux fixes vers le cicl. Mais les circonslances exterieures ont change, et, t-' f avec cc cliangcment, il devient nccossaire de faire unc aulrc ap plication de la parole revehV, e'est-a-dire i raisonnahle que, rcccmment, quand on essaya de trailer le haptcmc sans la docli'ine de la penitence, cctte tentative fut accusee dc novatianisme par des mcmhrcs de TEglisc d'Angle- terre, tandis que des penscurs hctcrodoxes ont deja mis en avant la doctrine du sommeil de 1'amc comme la seule qui puissc ctrc osee avcc succes a la croyance du purgatoire. 1 1U — 1 18 — Ainsi nous arrivons a prouver que les developpements du Christianisme etaient dans 1'intention de son divin auteur, par un argument semblable a celui qui nous fait reconnaitre une intelligence dans le systeme du monde physique. Quel que soit Je sens dans lequel il est permis de regarder le besoin et ce qui sert a le satisfaire, comme preuves d'un dessein dans la creation visible , de la meme maniere, les lacunes, si Ton peut se servir de ce mot , qu'offre la structure de la croyance de FEglise , rendent probable que les developpements , naissant des vcrites qui sont autour d'elles , etaient destines a les remplir. On ne saurait loyalement nous objecter qu'en raisonnant ainsi nous nous mettons en contradiction avec le grand pbi- iosophe qui dit : hlo n'ost pas parlionlior an sermon do la montajnie. II apparait a tra\ors Ions l;s Evangiles, so distinijue do Unites les autros pariios do. I'EoriUiro . cl so inontro dans dos declarations solonnollos , dos roirlos dos sontonoos ol dcs paroles, ooniinc h-s loijislalonrs en donnont , c\ qni servent onsuite do toxto aux commenlaire* dos loi»istos ot dos oorivaii;-. Assnreinent tout oe (jiio Notre-Soiirnenr a dit ot a fait o>( caraotoriso par un melange do simplioilo ot do mystoro. Ses actions emblomaliijtios , sos miracles li^uratifs, scs parabolos, sos reponscs , sos censures, sont les prcnvos d'une loruislalure on izcnno (jui doit otro dc\o- loppoo j>ar la suite , d'un code tie vorito divine destine a otre 4'onstammeiit sous los yeux des bommos, a (k-vonir un sujot do rcchorohos ot d'intcrprolations ot un guide dans la controverse. •i l^n vorito, on verite , jc votis le dis; » mais, •' je vous le dis :• sont des formes do laniraiiv. (jui appailionnent a un maitrc supremo et a un prophete. « Les Peres parlont do la momc maniere de son enseiirne- mcnt. «: Ses discours, observe saint Justin , otaiont courts ct roneis; il n'olait pas rbotorioion : mais sos paroles avaiont la puissance de Dieu. » Saint Basilc s'exprime ainsi : " Chaquc acte et cbaque parole do notrc Sauveur Jesus-Christ ost in — 119 — couronne de piete et de vertu. Quand done vous cntcndez rapportcr ses paroles ou raconter ses actes , n'ecoutez pas cela comme en passant , ou d'une maniere ordinaire et charnelle • rnais ponetrez dans la profondeur de ses contemplations , et recevez les verites qtii vous sont mystiquement enseignees. >• « Comme exemples a 1'appui , je renverrai d'abord a son entretien avec Nieodeme. Nous aurions de la peine a concevoir qu'il n'ait pas , durant sa visile, dit autre chose que ce qui nous est rapporte dans I'Evangile de saint Jean ; mais ce qui nous en a ete conserve portc ce caracterc particulier qui convient a un legislateur divin , et qui etait destine a 1'usage perpetuel de 1'Eglise. Ce qui nous est rapporte de cet entretien consiste en enonciations concises et fecondes sur lesquelles on peut ecrire des volumes de commentaires iristructifs. Chaque phrase est une rede de la verite divine. o is Son discours aux Juifs , dans le einquiemc chapitre de I'Evangile selon saint Jean, en fournit peut-etre un exemple encore plus frappant. «0bservez encore dequelle maniere les evangelistes recueil- lent ses paroles 7 quoiqu'il n'y ait cu aucunc liaison entre eux , absolument comme s'ils ecrivaient sous 1'impression d'un ordre divin et avec la conscience qu'ils redigeaient un code de doctrine et de precepte pour 1'Eglise. Ainsi, par exemple, saint Luc a la fin de son neuvieme chapitre, etc II y a la six declarations solennelles faites I'uneaprcs 1'autre avec pen ou point de rapport. «Le vingt-deuxieroe chapitre de saint Mathieu nous fournirait une serie scmblable de maximes sacrees ; ou encore le dix- huitieme, dans lequel des versets separes, bien que se succedant avec un peu plus de rapports entre eux,, sont neanmoins com- plets en eux-memes et tres-importants. « Personncne peut endouter : comme les recits de ses miracles forment un ensemble complet de signes divins, de meme aussi ses paroles forment un ensemble de lecons. «0u encore, prenez le commencement de sa carriere pro- phetique, et faites attention a ses paroles. II ouvre la bouche avec des accents de grace, et cependant les paroles tombent en — 120 — phrases eourtes ct exprcssivcs. La premiere : < Comment - iait-il que vous me chcrchcz? ne sa\cz-vous pas que je dois m'oceuper des affaires de mon prre?;> La seeonde : u Que ccla suit main tenant, ear il faut (|iie nous accomplissions ainsi ton justiee. • LJI troisicme : •= Fcmmc, qu'y a-t-il entre vous ct moi? nion lieure n'cst pas encore venue. » La quatrieme : « Enlcvez ees ehnses de la, et ne f'aites p;is line boutique de la maison de nion Pere. « La cinquicmc : « Faites penitence . ear ; le rovunne des Cicux-approche. » «'. La meme particularity se montre dans sa lutte avee Satan. ; II le frappe el le (errasse , de meme (jue David tua le geant aver une frondc e{ une pierrc , avec (rois mots tires de 1'Ancien Testament : K L'homme ne vit }»as sculement de pain; mais dr toute parole qui emane de la Imurhc de I)ieu.;« — « Tu : tentcras pas le Seigneur ton Dieu.:> — "Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne seniras ({lie lui seul.» yDe la meme maniere , les exclamations qu'il fit entendre de | temps a autre, lors de son crucifiement, sont appelees ses sejit dernieres paroles. «De plus, ses paralwles et souvent ses actions, comme eclles de laver les pieds de ses disciples et de payer le trihut, sont des exemples de la meme parlieularite (i). » Ainsi, puis(ju'il esi certain que les developpements <': ID revelation out continue sous 1'ancienne loi juscju'a la fin du ministere di1 \o(re-Seigncur, d'autre part , si nous portons , noire attention stir les commencements de rcnseignement d Apotres, apn-s I'asrension dn Sauveur, nous nous apercevrons { <[u'il nous scrait impossible de determiner historiquement le | point ou s'arrele le developpemenl de la doctrine, et celui ou i la regie de foi fut posee une lois pour loutes. Ce n'est pas le jour de la Pentecote, car saint Pierre avail encore a apprendre a Joppe ce qui etait relatif au bapteme de Cornelius ; ce ne fut ni a Joppe, ni a Cesarec, car saint Paul avail encore a ecrirr ( ses epitres; ni a la mort des derniers Apolres, car saint Iiii (l)Propb.Offlc., p. 356-381. — 121 — avail encore a etablir la doctrine de 1'episcopat; ce ne fut pas non plus dans les annees qui suivirent, car le canon du Nouveau ! Testament n'avait pas encore e'te arrete. Nous ne trouverons | pas cette demarcation dans le symbole qui n'est pas line collec- I tion de definitions , mais un sommaire de certaines verites qui ' ! doivent etre ernes , un sommaire incomplel , et , comme le Pater ou le decalogue, un simple echantillon cles verites divines et surtout des verites les plus ele'mentaires. On ne pourrait citer une doctrine qui ait jailli tout d'abord, omnibus numcris, et qui n'ait rien gagne des recherches de la foi et des attaques de 1'heresie. L'Eglise sortit du monde avec precipitation, comme les Israelites sortirent d'Egypte, « avec leur pate qui n'e'tait pas encore levee , leurs petrins lies dans leurs vetements et attaches surleurs epaules. » En outre , les de veloppements politiques renfermes dans les iparties historiques de 1'Ecriture sont aussi frappants que les i developpements prophetiques et doctrinaux. Une histoire qiiel- i conque peut-elle avoir une apparence plus humaine que celle de la naissance et du developpement du peuple de Dieu, auquel inous venons a peine de faire allusion? Ce qui avail etc arrete ides le commencement dans les conseils du Seigneur des cieux c^ et de la terre, ce qui etait immuable, ce qui avail e'te annonce a Mo'ise dans le buisson ardent, est represente ensuite comme ile developpement d'une idee sous I'influence de circonstances imprevues. La voix divine annonca dans le buisson la sortie d'Egypte des enfants dlsrael et leur entree dans la terre de iCanaan, et elle ajouta comme preuve de la certitude de son ;dessein : « Quand vous aurez tire le peuple d'Egypte, vous servirez Dieu sur cette montagne. » Or, ce sacrifice on celte fete, qui n'etait qu'une circonstance incidente ou secondaire dans la grande delivrance , et pendant un temps le but ulterieur ; pes demandes que Mo'ise adresse a Pharaon : u Tu viendras , toi et les anciens d'Israel, devant le roi d'Egypte , et tu lui diras : HLe Seigneur Dieu des Hebreux s'esl souvenu de nous; main- tenant, nous ren prions, laisse-nous aller trois jours dans le BlBLIOTH. HIST. 6e ANNEE. Ier OUVR. 11 — 122 — desert pour sacrifier au Seigneur notre Dieu. >» II est dit ensuite (|ue Pharaon refuscrait d'abord lour demande; mais qu'apres I'aceompUssenieat do miracles, il les laisserait parlir ensemble, et, do plus, avec des bijoux d'or, d'argent el des vetements. La premiere demande de Mo'ise fut cons£quemment : • .Nous I en prions, laisse-nous aller i'aire un voyage de trois jours dans le desert et saerifier au Seigneur noire Dieu. » La suppliqni repetce avant le fleau des grenouilles : «:Laisse aller mon peuple afin qu'il me serve. > A quoi Pharaon repondit : « Jo lai>serai aller le peuple alin qu'il puisse saerifier au Seigneur. » La demandc fut reiteree avant le fleau des mouehes, apres lequc; Pharaon of frit de laisser les Israelites saerifier en Egyple, ct qui fut refuse par Mo'ise, pour cette raison qu'ils auraienij « a saerifier ayant sous les yeux rabomination des Egyptians, » «< Nous irons a trois jours de distance dans le desert, continua-i t-il, pour saerifier au Seigneur notre Dieu. » Et Pharaon leui aeeorde alors de fairo leur sacrifice dans le desert : «Seulemcnt | dit-il , vous ne vous eloignerez pas trop. » La demande csi succe>siveinent repetee avant les fleaux de la peste des animaux j de la grele et des sauterellos, sans qu'il soit fait mention d'autnj chose 'ous MMIOHS de fairr allusion mix reinanpies de Uutler stir ee snjet (piand il dit : «c La connaissanee la pins parlaile et la plus particuliere de j res c!ioas encore conipris , de nifine, s'il arrive janiais a 1'clre, avant j la fin du toulc* (7/O.S7.S-, ct sans le secours d'inlcrvenlions inira- culeuses, ee doit elre par la route qui menc a la connaissan natureile. pai1 la perseverance , par le proves de la scieuco, de i la liberte, el a i'aide de personnes qui s'\ seront adonnces . qui atironl suivi les indices repandu- ea et la, imipnvus on uf»-lii: par la masse : rar telle est la voie par la(|iiollo s'opcrent (out les ameliorations. Des honmes s6rieux suivent a la trace d idees ohsctires, (jui sont ineidenlellemenl revelees par la nalui ou qui scmlilcnt naitrc dans 1'esprit eonnne par hasard. II n'cst pas du tout incroyahle (pTun livre, depuis si longtemps dans ! mains des homines, ne contienne plus d'unc verite tjui n'a pas encore etc decouvei le : car les phenomenes et les moyens de reeherches auxquelles sont dues les grandes decouverles failcs ; dtirant ce sieele et le siecle dernier dans les sciences naturelles, ont etc au service du genre humain plusieurs milliers d'annc auparavant. II ne serait pas impossible que les evenemenls fussent destines, a mesure qu'ils s'aecompliront , a eclaircireta preeiser le sens de plusieurs passages de 1'Ecriture (i). >» II est certain que Butler , en ecrivant ces lignes , ne pensait pas a de nouveaux articles de foi, ou a des documents s'impo- sant a nous ; mais assurement il porte temoignage en faveur de la probabilite des developpements dans la doctrine chretienne , considered en eux-memes , ce qui est en ce moment le point en question. On pent ajouter que , par le fait , toutes les definitions ou jugements recus de I'Eglise primitive et de celle du moyen-agc reposentstir des passages precis, quoique quelquefois obscurs, de -rEcriture-Sainte. Ainsi, le purgatoire pent se rattacher a « sauver par le feu, » eta «entrer, en passant par de nom- breuses tribulations, dans le royaume de Dieu. » La participa tion aux merites des saints peut se rapporter a « recevoir une recompense de prophete, » pour « recevoir un prophete au nom d'un prophete, » et « a la reception de la recompense d'un homme juste. » La presence reelle a « ceci est mon corps ; » lab- solution se rattache a ces mots : « les peches seront remis a ceux a qui vous les remettrez; » Textreme-onction a « 1'oignant d'huile au nom du Seigneur; » la pauvrete volontaire a «vendez tout ce que vous avez; » 1'obeissance a « il etait soumis a ses parents ; » 1'honneur rendu aux creatures animees ou inanimees a Laudate Dominum m sanctis ejus, et adorate scabelhimpedum ejus; et ainsi du reste. 7° En dernier lieu, tandis que la sainte-Ecriture ne nous offre pas le caractere de son origine ou n'affirme nulle part d'une maniere parliculiere 1'inspiration de ces passages qui sont les plus essentiels, elle prevoit distinctement le developpement du Christianisme, tant comme forme de gouvernement que comme doctrine. Dans une des paraboles de Notre-Seigneur . «: le royaume des cieux est meme compare a un grain de senevo qu'un homme prend et seme dans son champ. ;» Or cette graine (1) II, 3; voir aussi II, 4, fio. est la plus petite de toutcs les graincs ; mais quand elle a cru . file est la plus Brando des plantcs : die devient un arbre, et . selon I'expressionde saint Marc, « elle jette de irnmdes branches. sur lest juelles les oiseaux du ciel vieunent sc reposcr et se loger. » Dans le inenie chapitre de saint Marc: « le royaume de Dieu est seinblable a line semence qulm boinnie aurait jetec dans la terre; qu'il dorme la nuit et se leve le jour , et la semence gcrme else developpe, il no sail pas comment, car la terre produit le fruit d'clle-meme. » II est question ici d'un element interieur de vie, que cet rlement soit principeou doctrine, plutot (juc d'unc simple manifestation cxterieure; et il est bon d'observer que le caractere spontane anssi bien quo graduel de la croissance se irouve indique. La description de cette manierc de proceder correspond a cc qui a cle obsene (oucbant le developpement ; a savoir, qu'il n'est 1'elTet ni du desir, ni de la resolution, ni d'un enthousiasme force, ni d'aucun meeanisme de raisonnemcnl, ni d'une simple subtilite de 1'esprit; mais qu'il vient d'un pouvoir inne d'expansion (jiii s'opere dans 1'esprit en son temps, quoi- que en se servnnl de reflexions, d'arguments et de la pensee originale, en s'appuyant plusou moins, suivant les circonstances, sur le developpement moral dc 1'esprit lui-memc, et dont 1'in- fluence se reflete sur lui. De plus, la parabole du levain decrit le developpement de la doctrine sous un autre rapport, dans sa puissance active ri ;i-siinilatrice. Ainsi, par la necessite des circonstances, d'apres 1'bistoire dc toutes les & ct de tous les partis en religion , d'apres 1'ana- logie et 1'exemple de FEcriture, nous pouvons conclure que la doctrine cbretienne admet desdeveloppementsformels, legi times et vrais, on en d'autres termes, des developpements projetespar son divin autcur. L'analogie generale du monde physique et moral confirn cette conclusion, ainsi que nous le rappelle la grande autorite que nous avons deja citee dans le cours de cette section. « Le monde naturel et son gouvernement , dit Butler, offrent un plan ou un systeme, non pas determine, mais progressif, un plan dans lequcl Faction de moyens divers demande un long — 127 — pace de temps avant d'obtenir les'fins vers lesquelles ils tendent. changcment des saisons, lamanieredont les fruits de laterre hurissent, 1'histoire meme d'une flcur en sont des exemples: en est de meme de la vie humaine. Ainsi , les corps des egetaux et ceux des animaux, quoiqu'ils puisscnt etre formes Dut-u-coup, croissent cependant par degres jusqu'a ce qu'ils rrivent a 1'etat de maturite. De meme les agents rationnels qui ui animent ces derniers corps tendent naturellement a former liacim ses propres manieres et son earactere par racquisition raduelle de connaissances, par Fexperience et par une longue uite d'actions. Notre existence n'est pas seulement successive, insi quc cela doit etre neeessairement; mais chaque phase de iiotre vieet dc notre etre est destinee par Dieu a servir de prepa- ation a une autre; celle-ci nous fournissant, a son tour, les noyens d'atteindre celle qui lui succede : renfaneemene a 1'ado- escence, 1'adolescence a la jeunesse, la jeunesse a Tage mur. 'hommc est impatient etil cherche a prccipiter les choses ; mais 'auteur de la nature se montre reflechi dans le cours de ses ope- ations, et il arrive a ses fins naturelles par des moyens lents et uccessifs. II existe un plan de choses trace d'avance, qui, par a nature, a besoin d'avoir a son service des moyens de divers >rdres et un certain espace de temps pour mcner a execution 'hacune de ses parties. Ainsi , dans le cours journalier de la ^'evidence naturelle, Dieu opere absolument de la meme naniere que dans retablissement du Christianisme, en rendant me chose dependante d'une autre , et cctte derniere d'une qui *st encore plus eloignee , et ainsi de suite, a 1'aide d'une serie )rogressive de moyens qui s'etendent a la fois en avant et m arriere, au dela de la portee de notre vue. Tout ce que ions voyons arriver dans le cours de la nature est aussi bien in exemple de ce genre d'operation qu'aucune partie de la loi fchretienne (i). » (1) Analog, ii, 4, ad fin. 128 SECTION II. SI R LA PROBABILITY DANS LE CHRISTIAMSME D'UNE AUTORITE QUI DEVELOPPE. INous avons montre maintenant la probability quc les deve loppemonts du Christianisinc s'operent naturellement avec 1 cours du temps etqu'on dcvait les attcndre. Nous avons montre on outre, quo cos d&reloppements, naturels et vrais, ont etc en tant quo nalurels ol vrais, premedites par Ic divin auteur di Christianisme, qui, en tracant le plan dc son ceuvrc, a du ei tracer les resultats. Ccs derniers peuvent etre appclos d'un manicre absolue lex dvceloppcmcnts du Christianisme. Savoi qne ees developpemcnts existent , e'est surement avoir fait U| grand pas clans nos recherelies; c'cst un fait important acquis la discussion. La question qui se presente immediatement aprej avoir constate ee premier fait cst celle-ei : qucls sont ees deve, loppements? Pour le tbeologien qui pent, d'un coup d'oe general, embrasscr le Cbristianisme, et qui posse.de line connai: sance intime et minutieuse dc son histoire , ees devcloppcmeni seraient faeilement distingues dans leur ensemble par leuit earaeteres propres 5 il n'aurait besoin d'aucun sccours etrangc pour les designer, ni d'aueune autorile pour ratificr son opinior mais il est difficile de dire quel est le tbeologien qui sc trou\j preeisement dans oelte condition. Les Chretiens, par la natui meme des eboses . vivent sous le prcjuge dcs doctrines et HI milieu meme des faits durant la marchc des eontroverses qt doivent fa ire le sujet de la critique, puisqu'ils sont exposes an prejuges de la naissance , de Teducation , des lieux , des attachi ments personnels et dcs partis. Par suite il scrait difficile d( soutcnir qu'cn fait un vrai devcloppement porte toujours ave lui sa propre certitude, meme pour Hiomme instruit, ou qui rhistoire ancienne ou moderne cst a Fabri de la possibilite d'un variete (Finterpretations. J'ai deja traite ce sujet dans des circonstances bien differente; — 129 — u Les prophetes ou Ics docteurs sont les interpretes de la revelation ; ils developpent et definissent ses mysteres ; ils eclairent ses documents ; ils harmonisent ce qu'elle dit ; ils font ['application de ses promesses. Leur enseigncment est un vaste systeme qui ne saurait etre resume en quelques phrases, ni retini sous forme de code ou de traite ; mais qui consiste en un certain corps de verites , irregulier dans sa forme a cause de sa profusion et dc son exuberance, et qui environne i'Eglise comme une atmosphere. A certaines epoques , cet enseignement se lie tcllement a la tradition episcopate qu'on ne pent Ten separcr que par la pensee, et cependant, dans d'autres temps, il se perd en legcndes et en fables. II est en partie ecrit, en partie tradi- tionnel, en partie Finterpretation et en partie le supplement de I'Ecriture-Sainte , en partie conserve dans des expressions intellcctuelles et en partie cache dans 1'esprit et le caractere des Chretiens. Cet enseignement est en partie repandu ca et la dans les lieux caches et sur le toit des maisons , dans des liturgies , dans des ouvrages de controverse, dans des fragments obscurs. dans des sermons , dans des prejtiges populaires , dans des coutumes locales. J'appelle cela tradition prophetique, existant primordialement dans le sein de 1'Eglise elle-meme, et qui est I consignee, dans la mesure que la Providence a juge convenable, I dans les ouvrages d'hommes eminents. Gardez ce qui est commisa votre charge, estTinjonction de saint Paul a Timothcc; et cela pour la raison que , par son etendue et son caractere indetermine , cette tradition est specialernent exposee a la corruption , si I'Eglise manque de vigilance. C'est la le corps d'enseignement qui est offert a tous les Chretiens , meme a cette epoque , dans les differentes parties du monde , quoique sous des formes , dans des mesures differentes de verite , et presen- tant tantot un commentaire et tantot un complement aux articles decroyance (i). » Si ce que nous venons d'exposer est vrai, il sera certainement necessaire d'avoir une regie pour coordonner et verifier (1) Proph. Offic. , p. 305, 306. — ir>o — expressions et les rcsultafs divers de la doctrine ehrelienne. Porsonne no profendra quo tons les points de notrc croyance om. hi memo importance. « II y a ce quo nous appcllerpns des points] secondaires que nous pouvons soufenir eonunc vrais, sans letj imposer eoiumo neeessaires. •• « II y a dcs verites plus Brandt's ci des veriies moindrcs. des points qu'tl est noYessaire ct d'autresj qu'il est pirnx de croirc. ^ La question a irsoudfe se reduit a eeei : comment distiniiuei'ons-nous la verite la phis importantc! de la moindre , cc quiYst vrai de re (jiii est faux ? (le hesoin d'une autorite res sneeessifs d'une marclie si pc'nihlc, pour assuror la validite do consequences qui doivent servir premisses aux invesliualio-is uliorieures. II est vrai quo nous avon* expose, dans le chapitre precede hjs marques auxquellcs on pourra rcconnaitrc la fidelile d developpements en iienc'ral , et nous en ferons bientot usage mais elles sont insuflisantes pour guider les individus lorsqu' s'agit d'un probleme aussi vaste et aussi compli(pie quo 1 Christianisme , quoique ccs marques puis>cnt venir en aide nos reclierchcs et fortifier nos conclusions sur des points parti culiers. Cos marques ont uncaraclere scientifique qui appartier a la controverse , et pas du tout un caractere pratique; elk — 131 — offrent des moyens plutot que des garanties pour arriver a des decisions justes. Ainsi done, tandis que, dime part, nous entrevoyons la probabilite que des moyens nous seront donnes pour reconnaitre les developpements vrais et fideles de la revelation, del'autre, il parait que ces moyens doivent neces- sairement exister en dehors de ces developpements eux-memes. Nousallons, danscette section, donner les raisons quipcrmettent d'avancer que la probabilite, que les developpements fideles des points de doctrine et de pratique sont entres dans le plan divin. conduit , dans la meme proportion , a la probabilite dime autorite exterieure, etablie dans ce systeme, pour prononcer sur ces developpements et les separer par ses decisions de la masse des speculations purement bumaines , de Fextravagance . do la corruption et de Ferreur an milieu ou en dehors desquelles ils s'opereront. Cest la la doctrine de Finfaillibilite de FEglise ; ear , par infaillibilite , je suppose que Ton entcnd la puissance de decider si telles on telles assertions theologiques ou morales sont vraies. f 1° Examinons d'abord avec soin FEtat de la question. Si la doctrine chretienne, telle qivelle a etc enseignee dans Forigine, est susceptible de developpements fideles et importants , ainsi que nous Favons soutcnu dans la question precedente, e'est la un premier et tres fort argument en favour de Fopinion qu'il aura ete pourvu dans Feconomie du Cbristianisme au moyen d'imprimer le cachet de Fautorite a ses developpements. La probabilite qu'ils soient reconnus comme vrais, varie avec leur degre de verite. Certainement , les deux idees de reveler et de garantir une verite sont parfaitement distinctes , et elles sont sou- vent distinctes en fait. II y a des revelations diverses repandues sur la terre qui ne portent pas avec elles la preuve de leur divi- nite. Telles sont les inspirations interieures, les lumieres secretes j accordees a un si grand nombre d individus; telles sont les doc trines traditionnelles que Fon trouve chez les pa'iens , « cette famille vaa;ue et sans lien de verites relio;ieuses , venant de Dieu C-' ^. / dans 1'origine , mais qui subsiste sans la sanction du miracle ou sans demeure propre, comme des pelerins qui parcourent le — 132 — mondc. Elles sont distinguecs et separees par 1'homme spirituel seulement , des lc»;endes corrompues auxquclles clles soni melees (i). » II n'y a ricn d'impossible dans lidee dune revelation arrivant sans preuvos de ce qu'elle est ; justemcnt commc I .^'ienccs bumaines qui sont un don divin, quo nous arrivons dependant a connaitrc en laisant usage de nos facultes ordinaire s i*l (jui n'ont aucun litre pour s'imposer a notre foi. Mais il n'en est pas de memo du Christianisme : e'est une revelation qui prison to. a nous connne re\elation, comme un tout, d'u; manio.ro objective, el en proelainant son infaillibilite; ct la seule question a rcsoudre so rapporte a I'objet de la revelation. S'il y a done certaincs irrandos voriios on eertaines pratiques qui resullent naturellemenl et le^it [moment des doctrines professi' dans Io prineipo , il sera raisonnable do iaire rentrcr cos resultats vrais dans Tidee do la revelation ct de les regardcr comme on laisant parlie. Kt si non-srulement la revelation esl vraie, mais si elle presonte les garanties dr sa \orito, il sera raisonnable de supposor que cos rosuhats ou\-memcs seront inclusivement entoures des monies garanties. Lc Cbristianismc, contrairemcnt aux autres revelations de la volonte de Dieu, a Fexception de eelles dn juda'isme, dont il est la continuation, est une religion objective on une revelation qui so presenle avcc scs lettres de oreance. II ost done naturcl de le considerer tout cntier comme tel, et non pas on parlie xui fji'n<>rix, et en partie semblable aux autres revelations. Comme il commence, on doit penser qu'il continucra : si certains do ses izrands developpcments sont vrais, ils doivent surement oiro jvcroditos comme tels. 2° On i'ait souvent a la doctrine dc I'infaillibilitc , in It mine,. _ une objection trop importante pour ne pas nous y arretcr. On soutient (jue , comme toute connaissance rcligieuse repose sur une preuve morale et non sur une demonstration, notre croyance dans rinlaillibilite de 1'Eglise doit avoir le meme caractere ; mais que pcut-il y avoir de plus absurde qu'unc infaillibilite probable on une certitude qui repose sur le doute? — Jo croi- . (1) Les Ariens , chop, v, sect. 3, p. 80. — 135 — )arce que je suis sur , et je suis sur, parce que je pense. En idmcttant que le don d'infaillibilite, quand on y ajoute foi, soit lestine a unir tous les hommes en une confession commune , ce Ion est aussi difficile a prouver que les developpements qiril loit prouver lui-meme ; il est done illusoire , et il est , en conse- {iience, pen probable qu'il entre dans un systeme divin. Nous illons nous servir d'une objection employee centre 1'infaillibilite, omme si elle avail ete mise en avant pour sa propre defense. II i ete soutenu, comme un argument ad liommem, que « les lefenseurs de Rome insistent sur la necessite d'un guide infail- ible en matieres religieuses , comme sur un argument pour irouver que cc guide a reellement ete accorde. Mais il est lecessaire de connaitre comment des individus arrivent a savoir vec certitude que Rome est infaillible... Quelle raison peut tre de nature a convaincre infailliblement 1'esprit de Finfailli- »ilite de Rome? coneoit-on une preuve qui s'cleve au-dessus I'une simple probabilite du fait? et quel avantage offre uri uide infaillible, si ceux qui doivent etre guides par lui regardent pres tout, comme une simple opinion ; ainsi que les romanistes appellant, la croyance en 1'infaillibilite de ce guide (i) ? >• Get rgument est certainement fallacieux, a moins ccpendant qu'il ie soit employe , ainsi que nous le faisons dans ce passage , ontre les personnes qui veulent eloigner tout doute de la oligion. Car, puisque, comme tout le monde Fadmet , les potres etaient infaillibles , cet argument plaide contre leur ifaillibilite ou Tinfaillibilite de TEcriture , avec autant de force ue contre Finfaillibilite de 1'Egiise. Personne ne dira que les potres ont ete infaillibles pour rien, et cependant nous ne ommes que moralement certains qu'ils ont ete infaillibles. De lus ? si nous n'avons que des raisons probables pour soutenir iiifaillibilite de TEglise, nous n'aurons que des raisons pareilles our clemontrer 1'impossibilite de certaines cboses, la certitude |e plusieurs autres , la verite , la necessite de celles-ci ou de UProph. Offic., p. 148. BlBLIOTH. HIST. 6° ANIS^E. Ier OUVR. 12 — 134 — celles-la, ct par consequent les mots infaillibilite t ncce&site, write et certitude, devraicnt tous etre bannis du langagc. Maisj pourquoi est-il plus contradictoirc de parlor d'infaillibilite incer-; taine que de verite doutcusc ou d'une necesHte accidentelle J phrases qui ccpendant presentent toutes une idee clairc el! incontestable? Eft realite, nous jouons sur les mots quand nousj invoquons des arguments de eeite sorte ; quand nous disomi qu'une personne est infailliblc, nous n'entenuons dire autra chose sinon que ce qu'elle dit est loujours vrai , doit toujoursj etre cru , doit toujours etre i'ait. Ces phrases sont les equivalent; du mot infaillibilite ; or, ou les phrases sont inadmissihles or 1'ideede I'infaillinilite doit etre admise. I nc infaillibilite prnhubh est un don probable de ne jamais errer ; 1'acceptation de 1; doctrine dime infaillibilite probable est la foi et 1'obeissance i 1'egard d'une personne , fondees sur la probabilile qu'ell. n'errera jamais dans ses declarations ou ses comma ndements Qu'y a-t-il de contradicioire dans cette idee? (juels (jiie soicn done les moyens particuliers de determiner rini'aillibilite, 1'ob jection abstraite pent etre mise de cote. 5° En outre, on soutient quelquel'ois (jue IVxistence de i infuillibilitc nous cnleverait noire epreuve, parce qu'elle dissi pcrait le doute, exclurait la pratitjue de la foi, et nousobligerai a obeir, que nous le voulions ou non. L'on preiesid qu'un1 voix divine a parle dans le premier siecle, et que rembarr; 1'obscurite ont enveloppe toutes les voix qui se sont fait entendr depuis, commc si rinfaillibilite et le ju,urment personnel etaicr incompatiblcs; mais raisonner ainsi e'est jetcrdela confii-io sur le sujet. Nous devons distinguer entrc une revelation ct I reception de cette revelation , et non entrc ses premieres et sc dernieres periodes. Lne revelation, divine en elle-meme, garantie comme telle, pcut etre rccuc, mise en doute, co battue, pervertie , rejetec , par les homines, suivant 1" d'esprit de chacun. L'ignorance, rinintelligencc , Tincreduli: et autres causes, ne cessent pas tout a coup d'exercer le influence parce que la revelation est vraie en elle-meme que ses preuves sont irrefragables. Nous n'avons done aucu — loo — •iiarantie pour dire qu'une revelation accreditee devra exclure ties doutes et les difficultes , on nous dispenser de tout examen (serieux, quoiqu'elle puisse, par sa nature, tendre a ce resultat. flL/mfaillibilite ne peut etre confondue avec Fepreuve morale ; les 'deux notions sont parfaitement distinctes. Ce n'est done pas faire une objection centre Fidee d'une autorite absolue , telle que je la suppose , de dire que 1'existence de eette autorite diminue la Cache de 1'examen personnel, a moins que ce ne soit une objection aussi contre Fautorite de la revelation tout entiere. jUne Eglise , un Concile , un Pape , un consentement de idoeceurs, un consentement de la chretienle, ne limitent pas ;les rechercbes individuelles d'une autre facon que ne le fait jFEcriture. Ces auxiliaires les abregent ; mais tandis qu'ils llimitent leur portee, ils conservent intact leur caractere proba- itoire: nous sommes aussi reellement mis a 1'epreuve, mais jseulement elle ne s'exercera pas sur un si vaste terrain. Sup- i poser que la doctrine d'une autorite permanence en matieres jde foi contrarie notre libre arbitre et notre responsabilite, c'est . jcomme nous Favons die precedemment, oublicr qu'il y a eu des jmaitrcs infaillibles dans le premier siccle, des heretiques et des schismatiques dans les siecles subsequents. II peut y avoir eu June autorite supreme et un jugement moral du premier siecle jau dernier. De plus, ceux qui souticnnent que Fon doit arriver | a la connaissance de la verite chretienne seulement par des j efforts personnels, sont dans la necessite de prouver que des jmoyens moraux et intellectuels suffisants sont accordes indivi- jduellement aux hommes pour y arriver, sans cela le systeme do preuves par eux invoque, loin d'etre plus parfait, se trouve i 1 etre moins que celui qui s'appurs sur une autorite exterieure. i En somme done , on ne saurait cirer des conditions de notre responsabilite morale aucun argument contre le principe aexamen dans les developpements de la revelation. 4° Peut-cCre pretendera-t-on que Y Analogic (i) de la nature ) Ouvrage de Butler dont nous parlous dans la note de la page 22. (Not* du Traducteur.) — 13G — s'eleve centre noire opinion sur la continuity d'une autoi extericure qui a line fois ete donnee, parcc que, d'apres les ' paroles dn profond penseur deja cite, « nous ignorons absolu- ment quel est le deirre de connaissance nomelle que le irenre liuinain devait attendre de Dieu par la revelation, en supposmr qu'il en donnat une. i\ous nc savons pas comment el de quclle ' maniere 11 pourrait iniervenir miraeuleusement pour ivndre eeux auxqucls il ferait la revelation dans Tontine, eapables do communiquer ce qui ieur aurait ete re\ele. el pour s'assurer l qu'ils le feraient connaitre a Ieur sicelc et le transmettraient a la posterite. » Et ensuile « nous ne sonnnes en aiieune facon : eapables dejuger si Ton devait s'attendre a ee que la revelation ; serait confiee a riu-ritiire on serait transinisc par tradition • orale , ct consequemnient corrompue et perdue sous ecs corruptions (i). » Mais ee raisonnement nc s'a])pli(jue pas iei? conime noiiN 1'avons deja fait observer; car il ne voit que riiypotbese abstrnitc d'une revelation , ct non le fail de IVxislenee d'une revelation i d'un genre particulier, qui pent naturelleinent modifier de diverses manieres 1'etat de nos eonnaissanees , en decidant precisement quelques-uns de ees points (pie nous n'avions aucun i moyen de resoudre avant qu'elle lut donnee. ,Ie pense (ju'on ne| peut non plus nier que 1'argumenl tire de I'Aiuilufjiv. prouvc centre le fait d'anticiper line revelation : car une innovation dans • 1'ordre pbysi(|iie du monde est , par la force nienie des tennes, en contradiction avec soneours ordinaire. Nous ne pouvons alon regler noire premiere vue du earaclere d'une re\elalion par une marque qui, simplement appliquee , renverse la notion meme d'une revelation. De quelque maniere que ce soil . Y Analogic est en quelque sorte violee par le fail d'une revelation, et la question dont nous nous occupons se rapportc seulcment a 1'etcndue de cettc violation. Je hasarderai ici une distinction cntrc les fails de la revelation et ses principes. - I/argument tire de I' Analogic rcgarde phis (1) Anal., n,3. — 157 — les principes de la revelation que ses fails. Les fails reveles sonl, par la nature meme du cas, speciaux et particuliers ; mais il en est autrement des principes reveles. Ceux-ci sont communs a toutes les oeuvres de Dieu, et si rautcur de la nature esl aussi 1'auteur de la grace, on pent attendre, tandis que les deux systemes de fails sont distincts el independents, que les principes devcloppes en eux seronl les memes et formeront entre cux un lien qui les unira. Sur cette idenlite de principes repose I' Ana log ie de la religion naturelle et revelee, dans le sens ou Butler emploie ce mol. La doclrine de I'lncarnation est un fait et ne peut etre mise en parallele de rien autre chose dans la natuiv ; la doctrine de la mediation est un principe, et elle est abon- damment demonlree dans ses applications. Les miracles sont des fails; Finspiralion est un fait ; Fenseignement divin donne une fois pour toutes et 1'enseignement qui se perpetue , sont Fun et I'autre des fails. L'epreuve a laquclle nous soumettenl les difficultes intellectuelles , est un principe dans Fordre de la nature comme dans celui de la grace, et elle pent etre pour- suivie dans le systeme de la grace soit par un ordre stable, soit par un acle definilif d'enseignement, ct cela avec une analogie parfaile dans les deux cas avec Fordre de la nature. Nous ne pouvons non plus reussir a tirer de Fanalogie de cet ordre un argument contre un gardien etabli de la revelation, sans arguer aussi contre le don original de cetle revelation. En supposant Fordre de la nature une fois interrompu par le fait d'une revelation , la continuite de cette revelation n'est plus qu'une question du plus au moins , et la circonstance qu'un ouvrage a commence, rend plus probable Fopinion qu'il continuera, que celle qu'il s'arrelera. Nous n'avons aucune raison de supposer qu'il y ait entre nous et la premiere generation des Chretiens cette grande difference sous le rapport de Fassistance divine , qu'ils aient eu un guide infaillible vivant au milieu d'eux ? tandis que nous en serions prives. La question alors se reduil a ceci : la revelation a introduil une nouvelle loi de gouvernement divin qui domine les lois qui paraissent dans le cours naturel du monde; et de la nous — 158 — concluons a 1'exislcnce d'unc ;'uloriie pennanontc, on maticre de foi, qui s'accorde avec 1'analogie de la nature, ct dmuil'- du fait du Cbristianismc. La conservation cst rcnfermce d; 1'idee de creation. De inemc sesdesM'ins. De ineine ipie la creation indique un gouvernenient perpetnel , de ineine !»•- apolres soul !«•> precurscurs des papes. 5° En outre, on ne doit pas perdre dc \ue que. comiiK I'autorile et robeissanct^ sont l'c<>cncc de lontc religion, d meme la distinction entre la religion nalnrclle et la rcli revelee se trouve en ce (pie 1'nne a line anloritc subjective e( 1'autre line autorite objceti\c. La n''\cla(ion edii^i-te dans 1; manifestation de la puissance divine imisible, on dans la substi tution de la voix d'un legislatenr a la \oi\ de la ronsricnec. La suprcnialic de la conscience c-l |\--s.-nce dc la religion nalurcllc; la suprematie d'un Apolre. d'un Pape, d'une Kgli- d'un Eveijue, esl ressence de la religion revelee: ct quand cctte autorite extericure vient a niaiKjncr, 1'oprit retourne encore ce guide intcrieur qu'il jiossi-dait ineine a\ant que la revclatioi filtaocordee. Ainsi, ce qu'est la conscience dans le -\-leine di la nature , la voix de I'Ecriturc, on de 1'Eglise, on du Saint- Siege, Test dans le sysleine dc la revelation. On pent >ans douti objecter que la conscience n'est pas infaillible : cela ol \rai , mais cependant on ne doit pas nioins lui obeir. Et c'cst ju ment la la prerogative que les controser-i>tc< altribucnt an sic de saint Pierre; il n'est pas infaillible dans ions les i! pent errer, quand il sort de sa spbere speciale: mais il a, numc dans ce cas, un litre a notre oluMssance. « Tons les calboli(pies et heretiqucs, dit Bellarmin , s'accordcnt en deux cboses : la premiere, qu'il est possible pour le p;:pe. memc comme pape assistede ses propres conseiilers ou d'un concilc general, d'errer — 159 — idans des controverses particulieres relatives a des faits qui i dependent uniquement des recherclies et des temoignages jhumains; secondement, qu'il lui est possible d'errer, comme doctcur particulier, meme sur les questions universelles de droit, de foi ou de morale, et eela par ignorance, comme il arrive quelquefois a d'autres docteurs. Ensuite, tous les Catho- liques s'accordent sur deux autres points, non avec les heretiqucs, imais entre eux seulement : le premier, que le pape, avec un :Coneile general , nc pent errer, lorsqu'il formule des decrets sur les matieres de foi, ou qu'il donne des preceptes generaux Ide morale; le second , que quand le pape decide quelquc chose en matieres douteuses , soit par lui-meme ou avec Tassistance ide son conseil prive, quV/ lui soit ou non possible d'errer, tons jlcs fideles dot vent lui obeir (i). i> Comme obeir a la conscience , jmeme en supposant la conscience mal informee, tend a 1'ame- ilioration de notre nature morale , et ulterieuremcnt de nos jConnaissances, ainsi 1'obeissance a notre superieur ecclesiastiqu* pent seconder nos progres dans les lumieres spirituellcs et la isaintetc, alors meme qu'il commanderait ce qui cst excessif , inopportun , ou qu'il enseignerait ce qui est en debors de sa pphere legitime. 6° Le sens commun du genre bumain accepte a peine une conclusion a laquelle nous arrivons par des analogies. II sent que 1'idee meme de la revelation implique la presence d'un guide pour nous instruire et d'un guide infaillible, qui doit nous ionner, non simplement une declaration abstraite de verites auparavant inconnues aux bommes, ou un souvenir historique, PU le resultat des recberches d'un antiquaire, mais un message bt une lecon s'adressant a tons les hommes. Nous voyons cela )ar la notion populaire qui a prevalu parmi nous depuis la reforme, que la Bible clle-meme est ce guide, et que ce guide u reussi a renvcrscr la suprematie de I'Eglise et du pape, par la raison que c'etait une autorite rivale qui non-seulement lui i'esistait, mais qui tendait a le supplanter. Mais alors , a mesure i (1) DeRom. Pont., IT. 2. — 140 — que nous trouvons que le volume inspire n'est pas destine a remplir ce dessein, nous sommes force's de revenir au guide present et vivant, qui, a I'cpoque oil on 1'a repousse, avail etc depuis si longtemps rcconnu pour ses cnfants comme 1'interprcte de TEcriture suivant les temps et les circonstances , comme 1'arbitrc de toutes les vraies doctrines ct saintes pratiques. Nous eprouvons un besoin que 1'Eglise seule , de tout ce qui existe sous le ciel , peut satisfaire. On nous dit que Dieu a parle. Oil ? dans un livre? Nous*avons mis ce livre a I'cprcuve et nous avons cte desappointes. Ce livre beni, le plus saint des dons , nous desappointe , non par sa propre faille, mais paree qu'on veut s'en servir pour un objet auqucl il n'est pas destine. La reponse de 1'Etbiopien, quand saint Pbilippe lni demundu s'il cornprenait ce qu'il lisait , cst comme la voix de la nature : « Comment pourrais-je le comprendre , a moins que quelque hommc ne me guide? » L'Eglise se charge de celtc mission ; elle fait ce que nulle autorite ne saurait faire , et c'est la le secret de sa puissance. « L'esprit humain , a-t-on dit, desire ctre debarrasse de tout doute en religion ; ct un malt re qui se (lit infaillible est promptemcnt cru sur sa simple parole. Nous en voyons des cxcmples constants au milieu de nous de la part de simples individus qui veulent imposer leurs opinions. Dans le Romanismc, c'est 1'Eglise qui pretend a eette infaillibilite; elle se debarrasse de ses rivaux en les devaneant. Et probablement, qu'aux yeux de ses cnfants, ce n'est pas 1'argumcnt le moins persuasif dc son infaillibilite , que dc la voir, elle seule entre toutes les Eglises , avancer cette pretention , comme si mi instinct secret et un presentiment involontaire retenaient les communions rivalcs qui vont presque jusqu'a 1'alTectcr (i). » f~i i tes phrases, quelles que soient les erreurs que renferment les mots dont elles se composent, cxpriment surement une grande verite. La reponse la plus pcremptoire, done, a la demande, pourquoi nous nous soumettonsal'autorite de I'Egli dans les questions de foi et leurs devcloppements , c'est qu'il doit y avoir une autorite s'il y a une revelation, et qu'il n'exi^te (1) Proph. Offic., p. 141. — Ul — d'autre aulorite que 1'Eglise. Nous le voyons dans les paroles de saint Pierre a son clivin Maitre et Seigneur : « A qui irons- nous?" On ne doit pas non plus oublier que I'Ecritnre, en confir mation de ce que nous disons , appelle expressement 1'Eglise « le pilieret lefondement de laverite, j> lui promet par une sorte de traite « que 1'esprit de Dieu est sur elle , et que les paroles qu'il a mises dans sa bouche ne sortiront pas de sabouche, ni de la bouche de sa posterite, ni de celle de la posterite de sa posterite, dans la suite de tous les siecles. » 7° Si 1'existence d'un arbitre infaillible dans les disputes religieuses est d'une si grande importance et d'un interet si majeur dans tous les ages du monde, cet arbitre doit etre sur- tout bien venu dans un temps comme le notre, oil {'intelligence humaine se montre si active, la pensee si fertile, et oil 1'opinion est divisee a I'infini. Le besoin absolu d'une suprematie spiri- tuelle est a present le plus fort argument en faveur de son existence. Surement, ou une revelation objective ne nous a pas ete donnee, ou elle a ete pourvue des moyens necessaires pour faire connaitre au monde son caractere objectif. Si le Christianisme est une religion sociale , comme il Test certai- c^ / / nement, et s'il est base sur certaines idees reconnues comme divines, ou sur une croyance, que nous supposons icij si ces idees ont des aspects varies , font des impressions diverses sur differents esprits, et mencnt en consequence a une multiplicite de developpements vrais ou faux, ou tenant de Tune et de 1'autre, ainsi que nous 1'avons expose, quelle influence sera assez puissante pour examiner les pretentious opposees et pro- noncer entre elles, si ce n'est une autorite supreme reglant et conciliant les jugements individuels en vertu d'un droit divin et d'une sagesse reconnue? Dans les t^mps barbares, on se rend maitre de la volonte par les sens- mais dans un siecle ou la raison, comme on 1'appelle, est devenueFe"tendard du droit et dela verite, ilest d'une evidence surabondante pour tout homme, quelque rares que soient ses rapports avec le monde, que si les choses sont abandonnees a elles-memes, chaque individu aura sa maniere personnellede les voir, et suivrala route qu'il jugera — 142 — convenable. Deux ou trois porsonnos s'entendront aujourd liui ctseseparcront domain ; rEeriture sera interpreteedai differents; 1'histoirc sera analyso'e avee sublilite , de manic: a en tirer des applications dilTorenlcs : la philosophic, le gout, les prejuges, les passions, les partis, It- r;- prices, ne trouveront pas de regie commune , a moins qu'il n'e\i>te un pouvoir supreme qui excrce son controls sur 1'esprit et commando ! cord. line saurait y avoir de eomhinaisou hiisec sur la verite, sans un organe de la vcrUe. De memo quo la culture inline sur lacouleur des flours, et la domcsticiie Mir le teint des animaux, ainsi 1'education produit nccessaireincnt des differences d'opi- nions; et tandis qu'il est impossible de poser les premiers principes sur lesquels tons les homines d«>i\ent s'aci-ordor, il cst tout a fait de'raisonnable d'altendre <|n"un homme acceptors telle chose qu'on vondralni imposer, ou (jue tons se smmieltront a Tun d'entre eux. Je ne dis pas qu'il n'y ;ii( (his vc'-riles eier- nelles, comme cellos dont parle le poete ^i), (pie Ions les hoinm> rcconnaisscnt en particnlier, inais dont aticune n'a ime auto- rite qui en impose assez pour devenir la baso de I'linion et de la conduite publiques. Le soul guide peiMinsif en matiere de conduite est 1'autoritc, c'esi-a-dirc qu'il nous iauf avoir un jugemcnt quenous regardions comme supei'ieur au notrp, quand la verite est en question. Si le Christianisme e^i •; 1;» ibis so'-wl et dogmatique et qu'il soitdesline a tousles sieeles.il me. La doctrine de Tinfaillibilite est une hypothese moins violente que ce sacrifl- (!) Ou yap T« vw y — 145 — de la foi ou de la charite. Elle atteint le but desire, sans, pour ne pas dire davantage, violer la lettre de la revelation. 8° J'ai appele la doctrine de I'infaillibilite une hypothese; considerons-la ainsi pour faciliter 1'argumentation , c'est-a-dire regardons-Ia comme une simple supposition qui n'est appuyee par aucunc preuve directe , mais qui est necessitee par les fails de la cause pour les concilier les uns avec les autres. Cette hypo these a, en fait, ete soutenue dans la plus vaste partie de ia chretiente , de temps immemorial , et Ton a agi d'apres elle j neanmoins laissons a la necessite le soin de rcndre compte de cette coincidence. De plus, ce n'est pas un fait nu et isole, c'est le principe vivifiant d'un vaste systeme de doctrine que le besoin lui-meme ne saurait creer ; mais laissons ce systeme etre sim- plemcnt appele son developpement. Cependant, meme comme hypothese acceptee par une communion entre des communions diverses , elle ne saurait etre ecartee legerement. II faut que les partis , les controversistes , les historiens , adoptent quelque hypothese, s'ils veulent trailer du Christianisme. Le Text Book de Gieseler pretend etre comme une seche analyse de I'histoire chretienne; etcependant, en Fexaminant de pres, on decouvrira qu'il a ete ecrit d'apres une theorie positive et precise , et que ies fails sont exposes de maniere a venir en aide a cette theorie. Un incredule comme Gibbon se cree une hypothese, et un ultra- montain comme Baronius er.jadopte une autre. L'ecole de Kurd et de Newton pense que le Christianisme a dormi de siecle en siecle, exceple parmiceux que les historiens appellentheretiques. D'autres parlent comme si le serment de suprematie et le conge d'elire pou\ aient etre regardes comme la regie de saint Ambroise, et ils appuient les trente-neuf articles sur I'ardent Terlullien ; la question est de savoir laquelle de ces theories est la plus simple, la plus naturelle, la plus persuasive. Certainement , 1'idee d'un developpement sous une autorite infaillible, n'est pas une hypothese moins grave, moins persuasive que celle tiree du hasard ou de la coincidence des evenements , ou de la philosophic orientate, ou du travail de 1'antechrist, quand il s'agit de rendre compte du commencement du Christianisme et de la formation de sa theologie. CHAPITRE TROISIEME. SUR LA NATURE DE I/ARGUMENT EN FAVEUR DBS DEVELOPPEME1MS EXISTAST DAKS LE CHKISTIAMSME. SECTION PREMIERE. [.-* CARACTERE PR^SOMPTIF DE LA PREUVE. En nous disposant a considerer le caraotere de rargument a apporter en favour do la verile des dc'\eloppemcnts existant dans le Chrisliaiiisinc, nous deM>ns d'abord donner noire atten tion a la force preponderante do la probability anlerieure dans toutes les affaires pratiques ou cello probabilile c\Ne. Si ccttc probability est grande, olio remplace prosque enliorement la preuve; ceci est domontre par {'experience journaliere. It n'e>t pas question ici de savoir si une conclusion particuli&re , dans tel ou tel cas, est vraie ou ne 1'tst pas : rexacliludo memo du precede est demontreo par son adoption gcnc'ralc. « Des baga telles legeres comme 1'air, » nous dit le poolo, « sont pour rhomme prevenu , des confirmations aussi lories (juo ck»s preuves de droit divin. » la etranger, dans une foule, nous dit-il de faire attention a notre bour>e , nous le croyons , quoique, par la suite, il se trouve qu'il est lui-meme le voleur, et qu'il nous a donne cot avis afin d'attoindro son but. Un soul texte suffit pour prouver une doctrine a celui (jiii est bien dispose ou qui a des prejuges en sa favour : « n'oubliez pas Fusage de vous reuriir, » sullit pour decider le cbretien a observer les devoirs du culte social; et la defense du manage, faite par Rome a son clerge, est, pour ceux (jui ont etc olo\oi — US — dans ces prejuges , une preuve suffisante que Rome est 1'ante- i christ. En outre, pour choisir un exemple clans un aulre sujet , quand nous sommes pleinement convaincus qu'une demarche •importante, proposee par quelqu'un , est juste, nous n'insis- tons quc d'une maniere generate sur la necessite de 1'examiner nous-meme, d'attendre, de voir, et autres considerations de ce genre; mais, suivant que nous doutons plus on moins de sa justice et de sa convenance, nous elevens plus de difficultes, nous differons d'approuver, nous suseitons des obstacles pour ; retarder son accomplissement. En outre, il est evident que la I conduite bonne ou mauvaise d'une personne explique les mots saillants et les actions obscures de ses premieres annees. L'eve- nemcnt devicnt alors une interpretation presomptive du passe , des premieres traces de son caractere, d'abord trop pen nom- breuses et trop indecises pour qu'on put s'y arreter ; 1'essayer cut paru ridicule. iVous trouvons que la probabilite anterieure triomphe de la preuve qui lui est contraire , aussi Lien qu'elle appuie ce qui s'accorde avec elle. Cbacun connait des cas dans lesqucls une accusation plausible centre un individu est ren- versee sur le champ par 1'autorite de sa reputation , quoique la reputation n'ait'rien a faire avec les circonstances qui ont fait naitre le soupcon," et n'eiit pas de force dirccte pour le detruire. D'un autre cote, on dit quelquefois, et meme si ce n'est pas litteralement vrai , nous pouvons tout de meme nous en servir comme d'un exemple , qu'un certain nombre des accuses qui comparaissent dans nos cours criminellcs ne sent pas legalement coupables du crime particulier sur lequel porte le jugement rendu centre eux , parce qu'ils sont condamnes non pas tant sur la preuve particuliere a ce fait que sur la presomption s'elevant contre eux par suite de leur mauvaise reputation et du souvenir de leurs crimes anterieurs. Mais j'ai signale, dans d'autres publications, ce caractere presomptif de la croyance, de la conviction et surtout de la foi. "La foi est le raisonnement d'un esprit religieux on de ce que 1'Ecriture appelle un cceur droit et rcnouvele, qui agit BlBLIOTH. HIST. 6e ANN^E. Ier OfVR. 15 - : ; — piutol d'apres des preemptions que des preuves, qui sp* COITlf ;T IV il fj preridre I'exemple d» I ii riit . auditeurs qu il '. Jimae messa^r adoraienl deja . quoiqu'il- ... rasserit , el dont part poetes. II s'adressa a la r . ^urlaj nature .spirit uelle f:t ! unite de Dieu - exliorta a pei<-. fie^safc quil apfx>rtij tie j l^it i eepencJaDlll f. quelqoe eFiosc, rion pa* un rni . [>ropre| p:r i reanuc .-t rJ'entreles n. Ceae f/ : resseifibi-jit licaueoup it ne •ajourd'hoi a la maste des hornnies , on < moias encore, j lira q da. fut asscx : •- fKJUt • i'- I raogele et de son HDprobabilit^, -i on la P-.L inv- :jfin ^iu U-inoijrrr r-onrn-l ;u'r ahililes exilian t M . » £ : L> :ji!i,Uf,.'/u» nf ;(ppo. -jr prou tit pas eu c|le*-nj(:ine- . in. i':rquelle» nous I jj,- *ont t\ •-lif. Klles ur jjotre i-piit un ;TaniJ ou j ^jivant r: u no -ion *amerieures, riont pi --difficile.s -. rir Serrooof de 1 1 1 i ,5. — 147 — et a analyser. Unc personne, par example, est convaincue par I'argument que Paley tire des miracles et ime autre ne Test pas. Pourquoi cela? parce que la premiere admet qu'il y a un Dieu, •qu'il gouverne le monde , qu'il desire le salut des homines , que la lumiere de la nature ne suffit pas a 1'homme , qu'il n?y a d'autre moyen d introduirc la revelation que de reeourir aux miracles, et que des hommes qui n'etaient ni des cnthousiastes, nt des imposteurs , n'auraient pu agir comme Font fait les apotres, a moins d'avoir vti les miracles par cux attestes. Le | second , au contraire , nie une ou plusieurs de ces choses , on il ne sent pas la force de quelque autre principe plus cache qu'aucun de ceux que nous avons indiques, et cependant neees- saire pour que I'argument nous paraisse peremptoire (i). » Le meme principe s'applique a Fargument en favour des miracles ecclesiastiques. « Le seul point auquel ^attention doive ! s'attacher est la preuve de leur probabilitc antericure :;. ; ce point une foisctabli, la tache est presque accomplie. Si les miracles allegues sont en harmonic avec le cours de la Providence divine dans le mondc et avec 1'analogie de la foi , telle qu'elle esi contenuc dans FEcriture; sril est possible de s'en rendre comptc; s'ils peuvent se rattacher a une cause ou a un systcme connus. et surtout si Foil pent montrer qu'ils sont rcconnus, promis ou predits par FEcriture, les preuves positives deviendront bien peu necessaires pour nous decider a leur preter Foreille ou meme a les accepter, sinon chacun d'eux pris isolcment, du moins vus en corps dans leur ensemble. Dans ce cas, ils ne eont que les effets nalurels d'une action surnaturellc (-2). » En ce qui regarde les developpemcnts cxistants dans k1 Christianisme , nous nous dispenserons de la meme maniere (Finvoquer en leur faveur des arguments formels et historiques en proportion de la raison que nous aurons de presumer leur exactitude. Nous nous contenterons des preuves accidentelles que le cours du temps nous apporte et jette sur notre route . et (1 ) Sermons de 1'Universite , p. 269 , 270. (2) Essais sur les miracles, p. LXXYI. — 1*8 — nous avons vu plus haul qu'il y a une tres-forte raison do les supposer (idelcs, s'il est ruisonnablc d'alteudrc des developpe- ments du Cbristianisme. C'est done le second point sur lequel nous dcvons insistcr. J'obsene done quo, si nous sommes convaineus que 1'idec du Christianisnio, telle qu'elle a etc r6v£lee originairement , ne pent que so developper, el si nous sa\ons. d'autre part, quo de grands devcloppcments existent en la it qui so disent vrais et legitimcs, notre premiere impression doit etrc naturellement (jue ces developpcments sont ee qu'ils pretendent etre. Kn outre, le plan meme sur lequel ils se >ont operes, leur Ijaute antiquitc et leur application presente, leur formation graduelle et cepcndant leur precision , leur ordre barnionieux , disposent avec une tres-iirande force I'imaginaUon a eroire (ju'nn ensci- gnement si jeunc et si vieux, que !<•> sierlcs n'ont pas rendu suranne, niais qui est an eontraire viirourcux et progressif, est le veritable developpement preinedite dans les desseins de Dieu. \ous avons a eonsiderer ensuite (|u'a Texcejition des develop- pements t[ui sont en possession de la ebrelienle, il n'y en a pas un parmi tons les anlres, du premier an dernier d'entn1 eux, <{iii7 par sa preeminence et son earaelrre permanent, soil di- de ce nom. Dans les premiers temps, les doctrines heretiques etaient ouvertement reeonnues eomme sterilcs et eondamnres a n'avoir qu'une eourte existence; elles ne pou\aient pas main- tenir leur terrain conlre le catholieisme. (x)uant a la periode du moyen age, je ne saelie pas (jiie les (irecs aient 1'ait aux Latins plus qu'une opposition neiiative. Maintenant , nous voyons de la memo manin'e, qne le sunbole du eoneile de Trenle ne rencontre aueun developpement anta^ouiste ; il n'existe pas de systeme rival. L'on trouve partout des critiques en abondance, mais bien pen d'enseignemenl positif. II a rare- ment etc tente de la part d'une eeole rivale de se rendre maitresse de ses propres doctrines, de reebereher leur sens et leur portce, de determiner leur eloiiiiiement d(4s decrets de Trente ou leur rapport avcc eux, et quand, par basard, de temps en temps, cette tentative est faile en quelque mesuiv . — 149 — alors s'eleve une guerre de principcs, des contradictions sans remede entre les diverses parties de la theologie ainsi deve- loppee. On voit , en outre , Fimpossibilite de concilier cette theologie avcc la disposition generate des formulaires dans lesquels se trouvent ses elements. II en resulte qu'une appa- rence de mauvaise foi ct de sophisme plane sur les personnes aventureuses qui ont tente de les mettre d'accord. De plus, 1'intelligence de la ve'rite de cette situation devient generate. On voit Fautorite qui garde le silence et fuit une entreprise sans esperance ; elle decourage ceux qui voudraient la tenter. Le peuple laisse voir clairement qiril regarde la doctrine et la pratique , leur antiquite et leurs developpements comme des choses de fort peu d'importance. Enfin , le desespoir des hommes les plus recommandables devient evident ; on les voit . s'ils mettent en avant un grand projet , comme celui , par exemple , de la conversion du monde pa'ien , etre effrayes d'agiter la question des doctrines auxquelles ce monde doit etre convert!, de peur, en ouvrant une porte, de laisser echapper ce qu'ils ont au lieu de gagner ce qu'ils n'ont pas. A la force de recommandation que ce contraste donne aux developpements communement appeles catholiques , doit s'ajouter 1'argument tire de la coincidence de leur caractere consequent et de leur permanence avec leur pretention a une sanction infaillible , pretention dont la realite dans tclle ou telle partie de la loi divine s'appuie 7 ainsi que nous Favons deja vu , sur des proba- bilites anterieures. Toutes ces choses etant bien considerees . [ je pense que peu de personnes nicront la forte presomption qui existe en faveur de cette opinion , que s'il y a des develop pements dans le Christianisme , les doctrines fixees successive- ment par les papes et les conciles , dans le cours des siecles . sont preciscment ces developpements. Une autre presomption en faveur de ces doctrines vient de Fopinion generate qu'en a le monde. Le Christianisme etant un, toutes ses doctrines sont naturcllement des developpements d?un tout , et s'il en est ainsi , elles sont necessairement en harmonic les unes avec les autres et doivent former un ensemble. Or, c'est — ISO — sous oc point do vuo quo lo niondo em is s devcloppcmcn hien oonnus qui pro'tendent an 110111 do eatholiques. 11 lour aooordooo titro: il los regardecommeappar tenant a uno famillo. ot il los rapporte a un >}>leine theoloiziqne. 11 nVsi pas no. sairo do so mettre on peine do prou\or re qni cM xiutonu par 1< adversaires do ees de\eloppeinents a\ee plus deforce quo par lours defenseurs. Lours adxersaires a\ouent iju'ils proteMent . non oontro oolto doctrine-ci ou cello-la , inais a la 1'ois oontro uno ot toutos. oi ils somhlent Irappcs d'etonneinent ot do per- plexite . pour no pas diro do ropect . on laoo do crlto unito qu'ils sontont otro surhuinaino . ijuoujif ils no vouillont pas oonvonir qu'ollo ost divino. Do tiuis cotes, on a\ouo (jiio c -\stomo porto avoo lui. taut a la pronn'oro MIO quo Ton on proud qu'apros oxaiiion. un oaraotore d'intriiritr ot d'indivisibilite. J la, dos paroles oonnno lo tola jacct 7>V////o/> du distiijuo. Luthor n'a fait qu'uno partio do l'(ou\ro do la rofonuo : (laUin on a aooompli unc autre. 1 1 So. in 1'a linio. Prondro Luther ot rojotor ("alvinot Sooin. oo sorait. scion uno epigram me oonnno. vouloir >o fairo uno niaisou sans toituro. Co qn«' jo di> ioi n'ost pas le jugomont partionlier do tol honnno ou do tol antro, inais 1'opi- nion commune ot lo rosnltat do rr\porienoo do tons los pa; Los catholiques romains ot los protestant*. ces deux iii-andes fractions qui divisont lo ('.hri^tianisinr . lo sontont : c'o^t outre ( ux qu'est eniiairoe la controverse : lo- sooptiques ot los lib; pcnsours. oux (jui sont simples speriatonrs du oonfiit . lo sontont aussi. ot il on ost do memo dos philosophes. II oxi-io nno . do thoologions, chore a noire monioiro. qni. i-llo . no 1'a pas sonti, et I'exception qu'ollo 'brine aura son poids jusqu'a oo que nous nous rappolions <|ue la thooloiiio partioulirre -outenuo par ootto ooolo n'a pas la sanction du succes, quVlIe n'a jamais . realisee on-fait. on quo si olio 1'a etc un moment, olio n'a ] ou do dnree. Do phis . lors(juo ootto theolodo a oto sanolionii par I'autorite humaine. olio o>t a poino alloo an dola du papier surloquelollo otait imprinieoot dos form des dans loxjnollos ello otait circonsciite. Mais, on olovant aussi haul quo possible los noms reveres de ses auteurs, ils no formont autre chose r'u'iine exception a la regie generate, exception pareille a celle? I que Ton rencontre dans tous les sujets soumis a une discussion (1). Ce te'moignaize general en faveur de 1'unite du Catbolicisine -Vtend a son enseignement passe, mis en regard de son ensei- gnement present, aussi bien qu;aux diverses parties de son efhseignement actuel , les unes avec les autres. Personne ne doute, en laissantcle coteTexception que nous venonsde signaler, que la communion catholique romaine actuelle n'ait succede a 1'Eglise du moycn age et ne la represente, ou que 1'Eglise du mo} en age ne soil Fheritiere legitime de celle de jVicee , meine en admettant que ce soit une question a decider de savoir si Ton peut tirer une ligne de demarcation entre 1'Eglise de jVicee et 1'Eirlise qui l"a precedee. Tous les partis s'accorderont a recon- naitre quede tous les systemes existants, la communion romaine est, de nos jours, celui de ces systemes qui? en realite , se rapproche le plus de 1'Eglise des Peres , quoiqu'il soit possible, comme quelques-uns le pensent, d'en imaginer un qui en tbe'orie lui ressemble davantage. Supposons que saint Athanase ou saint Ambroise revienne subitement a la vie , on ne pent douter quelle est celle des communions chretiennes que 1'un ou 1'autre de ces saints prendrait pour la sienne. Tout le monde assurement conviendra que ces Peres, malgre, si Ton vent, quelques differences d'opinions et qnelques protestations , ne se trouvassent plus cbez eux avec des bommes comme saint Bernard, saint Ignace de Loyola, le pretre solitaire dans sa clemeure, la sainte sceur de charite, ou encore au milieu de la foule illettree prosternee devant Taulel , qu'avec les docteurs ct les membres de toute autre communion religieuse. Supposons que les deux saints qui sejournerent jadis a Treves en exil ou en ambassade , une fois revenus a la vie, voulussent pousser leur voyage plus avant dans le Xord. Faisons-les arriver jusqu'a une autre belle ville, assise au milieu de bocages, de vertes prairies et de ruisseaux tranquilles, et demandons-nous si les (t) L'auteur a en vue dans ce passage 1'Ecole d'Oxford a laquelle il a lui- meme appartenu, (Xole du- Traducleur.) deux saints ne se detourneraient pas do plus (rune eglise impo- sante ct dim cloitre a 1'aspect solennel qu'ils trouveraient sur leurs pas, pour s'informer du chemin dr qiiclquc petite chapclle ou Ton dit la mcsse au fond d'une rui'lle populcusc ou d'un faubourg isole? D'un aulrc cote, celui (jui a enlendu pronorurr le nom ou parcouru rapidement riiistoire d'Athanase , pcut-il douter, pour un soul instant, comment, en rctour, le peuple d'Anglcterre, « nous, nos princes. DOS pretresetnosprophetes. > les lords et les communes, les univcrsites, les cours ccclesias- tiques , les marches du commerce , les grandes villes et les paroisses de village, agirions avec ce saint, lui qui a passe M-< longues annecs a lutter centre les rois pour unc simple expres sion theologique ? SECTION II. CARACTERE DE I/ETIDENCE. Suivant une rcmarquc Lien connue d'Aristote : « Admettrc les probability d'un mathematician et dcmander des demon strations a un orateur, c'est absolument la meme chose. » II est des questions qui sont susceplibles d'etre traitees d'une manicre plus concise et plus minutiouse que d'autres, ct nous devons , dans tons les cas, exiger des preuves suivant la nature du sujet en discussion, et ne pas aller au dela. L'evidence peut avoir un air naturel , meme dans ses defauts , et olle se recommandc a DOUS quand ellc porte avec clle 1'explication du pourquoi elle est ce qu'elle est, et non pa.6 plus peremploire ou plus exaete. Quelquefois, il est vrai, nous ne pouvons deeouvrir la loi du silence dont, dans ce cas, on ne pent rendre compte. Ainsi Lucien, quelle qu'en soit la raison, parle a peine des auteurs ou des affaires de Rome (i). Maximus Tyrius, qui a ecrit a Rome plusieurs de ses ouvragcs , nc fait pas la moindre allusion a I'histoire romaine. Aucun ecrivain ancien ne fait mention de (1) Lardner's Heath. Test., p. 22. Paterculus 1'historien, si cc n'est Priscien. Pour choisir des exemples qui se rapportent da vantage a notre sujet, Seneque , Pline Faneien et Plutarque gardcnt un silence complet sur le Christianisme , et peut-etre aussi Epictete et 1'empereur Marc- Aurele. La Mishna juive, compilee vers Fan 180 de Jesus- Christ, ne dit rien du Christianisme ; les Talmuds de Jerusalem et de Babylone font presque de meme, quoique Tun ait ete compile vers Tan 500 de Jesus-Christ et Fautre vcrs Tan 500 (i). Eusebe encore est tres-inexact dans la citation des fails : il ne parle ni de saint Methode , ni de saint Antoine , ni du martyre de sainte Perpetue , ni de la puissance de faire des miracles ck saint Gregoire Thaumaturge, et il ne mentionne pas la croix luniineuse de Constantin dans son Histoire ecclesiastiquc , ou ce fait devait naturellement trouver place, mais il en parle dans la vie de 1'Empereur. De plus, ceux qui admettent ce fait extraordinaire, qui cst, comme en convient un auteur qui k repousse (2) , « si inexplicable a 1'historien , » ont a resoudre la diiliculte que presente le silence universel gardt3 a ce sujet par tous les Peres des quatrieme et cinquienie siecles , excej)te Eusebe. t De la meme maniere, TEcriture a ses omissions inexpliquees. Aiicune ecole religieuse ne trouve ses propres doctrines et pratiques inscrites a la surface de son textc. La remarque s'applique aussi bien au contexte de TEcriture qu'a Tobscurite qui enveloppe Nathanael et la Madeleine. Lne circonstance remarquable , c'est qu'on ne trouve aucune indication directe dans toute FEcriture , que le serpent dont il est question dans la tentation d'Eve, etait le mauvais esprit, avant d'arriver a la vision de la femme, de Fenfant et de leur adversaire, le dragon, dans le douzieme chapitre de F Apocalypse. Des omissions, absolucs ou particulieres, presentent naturel lement des difficultes quand elles se rencontrent dans Fevidence des fails et des doctrines. D'un autre cote, elles sont frequem- (1) Palev's Evid., p. I, prop. I, 7. (2) Milman , Christ. , vol. II , p. 352 . — 154 — nient susceptibles d'explication. Ainsi, Ic silence garde sur certains fails pent vonir er qirun ecrivain ou un siecle. demitf avoir poric tcinoiirnagc de telle et telle chose, */ cc n'cnl etc pour eeei on eela, eeci et ccla etantde simples accidents de sa position, on pent dire alors qua cet ecrivain ou ee sieele tcml rcrs ee trinoiirnaiic. C/ot dans ee sensque les premiers sieeles tendent. \ers le cinqniemc. Knvi- sagcant le sujet eoinme snseeptihle d'tme evidence morale, nous scmblons voir dans le temoiiinai;e du cinM pleincment developpee et aussi unanimement adoptee dans 1 Peres du quatrieme sieele qnc dans les Peres dn cinquicnie. Kt (vneore, iln'y avail en precedemment de donte ji-rave sur aucnne de ses doctrines, eoinme il yen a en sur 1'Epitre aux Hehreux ou I' Apocalypse. S'il en a etc souleve, ils 1'ont etc par de simp! individns, comme le fit Origene sur I'Eternitedes peines. et non pas par des Eglises particulieres; ou hieu ils 1'iirent tout d'ahord eondamnes par 1'Eglise generale, ainsi que eela avail lieu pour les heresies. Mais il ne s'eleva de cloutes sur aucune doctrine fondamentale, telle que rincarnation ou la rehabilitation, et eela malgre le manque de ces libres raj)porls (jui elaient I'occa- sion de donles sur cerlaines parlies du Canon, dependant, dan> 1'un et 1'autre cas, nous avons d'abord une iiiegalite dans 1'evi- — Io7 — dcnce , car cc qui fut rccu plus tard comme divin : les doctrines de la sainte-Trinite, dc FEpiscopat, et encore les quatre Evan- gilcs , ont eu des tcmoignages en leur faveur des le premier siecle. Mais certaincs autres doctrines etaient d'abord plutot adoptees et pratiquees qu'imposees : ainsi la necessite du bap- teme des cnfants; et nous voyons quo certains livres, comme FEpitre aux Ilebreux et I'Apocalypse, etaient, dans certains pays , mis en dome, on Ton refusait absolumenl de les recevoir. De meme que I'unanimitedu cinquieme siecle, en ce qui regarde le Canon , cclaircit ct fait evanouir toutes les differences ante- rieures, ainsi 1'abondance desmateriaux que fournit le quatrieme siecle, quant aux interpretes dc la croyancc, developpe et har monise tout ce qui est cache ou incomplet dans les siecles prece dents touchant la doctrine. Ce resultat nous est offert non pas d'une maniere embrouillee , comme le ferait, pour le Canon, le commentaire d'un texte epincux ct confus, mais celui d'un texte precis. Dans les deux cas, le siecle qui vicnt apres ne fait que presenter le complement du temoignage porte par le siecle precedent (i). » Si cela est vrai , dans un cas ou Ton nc suppose pas le deve- loppement de la doctrine, il en sera a plus forte raisori ainsi quand la doctrine en question grandit; un accroissement d'evi- dence ne fait que representer fidelemcnt 1'etat de Tevidence primitive sur laquelle elle s'appuie. Ainsi il peut arriver d'avoir trop d't3vidcncej cfest-a-dire une evidence si concluante et si exacte qu'elle jette du doute sur le fait en faveur duquel elle est invoquee. Les lettres authentiqucs de saint Ignace ne conliennent aucun de ces termes ecclesias- tiques, tels que Pretre ou Siege, qui plus tard deviennent d'un usage frequent, et 1'Ecriture y estcitee avec reserve. LesEpitres interpolees au contraire la citent frequemment; c'est-a-dire qirelles sont trop scripturaires pour etre apostoliques. Pen de personnes familieres avec la theologie primitive pourront, a la (1) Tracts for the Times, vol. V, prop. 102-104. BlBLIOTH. HIST. 6e A^NEE. Ier OL'VR. 1 4 — 158 — premiere lecture, accepter sans suspicion le plus long symbole de saint Gregoire Thaumaturge on le Traite de saint Hippolytc centre Beron, par suite de la precision du langajre tbeologique. L'influcnce des circonstances sur 1'expression de 1'opinion ou le temotenaare fournitune aulre forrnc de la nieme loi d'ouiissioii. t-* t-> « Jesuis pret a admettre, dit Palcy, que les anciens defenseurtj du Christianismc, dans leur argumentation, n'insistaient pas sur les miracles aussi ff^quemment que je 1'aurais jail. Lcur taclie etait de combattre les* notions d'ur.e intervention niagiqur. contre laquelle la simple production des foils ne pouvait suflire pour convaincrc leurs adversaires; jc ne sais pas si eux-menn la regardaient comme decisive dans la controverse. Mais depuis qu'il est prouve, je pense, d'unemaniere certaine, que la reserve avec laquelle ils en appelaient aux miracles ne sauraii ctre attri- buee, ni a leiir ignorance, ni a ce qu'ils doutaient des i\\\\^. c'est tout au plus line objection a faire, non contre la \erile de 1'histoire, mais contre le jugemcnt de ses defenseurs (i). » De la meme maniere, les premiers Cbivtiens ne s'oecupaient vrai- semblablemcnt pas de la question dc la leijalile abstraite d images dans le culte catbolique. en presence des superstilions et des immoralites du paganisme. II n'est pas vraisrmblabli'wm plus qu'ils cbercbasscnt a detei'miner la place que la sainie \'ierge devait occuper dans noire veneration , avant d'avoir convenablement rafl'ermi la gloirc supreme et le cultc du Dieu Incarne, son Fils et Seigneur, dans 1'affection des fideles. Ils n'avaient pas non plus a reconnaitre le purgatuire coinnie lai- sant partie de la nouvelle loi, avant que IVsprit du monde se fut glisse dans TEglise , ct que des babitudes de corruption y eussent ete introduites. La liberte eeelesiasticjue ne pouvait pas etre defenduc avant d'avoir ete altaquee. Un pape ne pouvait s'elever qu'en suivant la puissance qu'acquerait 1'Kglise. On rvavait aucun besoin de monasteres a Fcpoque ou Ton marty- risait. Saint Clement ne pouvait pas prononeer un jiiirenieiit sur la doctrine de B«h*enger, ni saint Denys refuter les I'biquisles, (1) Evidences, in, 5. — 159 — ni saint Irene'e denoncer 1'opinion protestantesur la justification, ni saint Cyprien poser line theorie de persecution. II y a « sous le ciel un temps pourchaque chose; » «un temps pour garder le silence et un temps pour parler. » Quelquefois, quand le manque d'evidence sur line serie de faits on dc doctrines est inexplicable , il arrive que le cours du temps fait decouvrir une explication relativcment a line partic de ces faits ou de ces doctrines, explication qui nous fait prendre patience sur Fobscurite historique de ce qui reste inexplique. Nous trouvons deux examples du silence accidentel d'un temoi- gnage primitif et precis sur dcs doctrines importantes qu'il est a propos de citer ici. Au nombre des articles de croyance catho- lique auxquels la reformation a surtout resiste, e'taient la messe et lavcrtu sacramentelle del'uniteecelesiastique. Depuis Fepoque ou commenca la re'forme, on a clecouvert les plus courtes epitres de saint Ignacc, et on a verifie les anciennes liturgies. Ces deux circonstances ont mis fin, pour la plupart des theologiens, aux contro verses sur ces deux doctrines. Ce qui est arrive pour ces deux points pent arriver pour d'autres ; et quoique cela ne soit pas encore realise, par ccla seul que nous avons un precedent sur ces deux doctrines, nous avons une sorte de compensation a Fobscurite dans laquelle continue a etre enveloppee Fhistoire primitive d'autres doctrines. SECTION III. MfeTHODE POCR CONDUIRE NOS RECHERCHES. II semble, d'apres ce qui precede, que le sujet dont nous nou? occupons se presente a nous a peu pres de la maniere suivante : Certaines doctrines, qui pretendent etre apostoliques , nous arrivent ; elles remontent a une si haute antiquite que , quoique nous puissions fixer la date de leur etablissement formel au quatrieme, cinquieme, huitieme ou treizieme siecle, cepen- dant, d'apres ce qu'il parait , elles peuvent, dans leur substance, — 1GO — ctre contemporaincs des apotres, ct so irouvor clairemcnt expri- inccs on simplcmcnt impliquccs dans Ics texles de 1'Ecrilure- Sainte. En outre, ces doctrines aetuellement en existence, sonl imivcrscllcmcnt rcgardees, sans aucune contestation, eomme ayant rcprescnte dans chaque siecle les doctrines des temps qui Ics ont precedecs. et on les fait remonter ainsi a line date inde- fmiment reculec, alors nicmc que Ton nie lenr union ulterieure avec lesymboledes apotres. DC phis, on avoue quc ees doctrine- formcnt corps Tune avoci'autre, de sorlcquVn rejeter une, c'csl troublcr 1'unite des autres. Elles reni'ennent dans lenr propre unite ineme ces articles de 1'oi clcmentaircs, tels quc celui do I'lncarnation, que plus d'unantagoniste du systeme de doctrines, comme system e , fait profession d'admettre, et, quoi qn'il fassc, (ju'ilnepeut raisonnablemenl separer, soil dans la preuvc soil dans le fond, des doctrines qu'ildesavoue. De plus, crs doctrines occupent tout le champ de la iheologie, et ne laissent. snui'ijuel- (jues details, rien a remplir a aucun autre systeme. D'ailleurs, en fait, aucun systeme rival nc se presente, de sorte quc nous n'avons pas a choisir entre cettc theologic el une autre. (lette theologie, en outre, reunittout ccqui est necessaire a la direc tion de Topinion etde la conduite, direction qui, exterieurement, semble elre 1'objet special de la revelation. Cettc theologie remplit les promesscs de TEcriture en s'adaptant aux divers problemes de la pensec ct des choses pratiques, que nous renconlrons dans la vie. Elle cst, en outre, pour ne pas dire plus, ^approximation la plus voisine de la religion de 1'Eglise primitive, de celle des apotres ct des prophetcs. Tout le monde conviendra qu'Elic, Jeremie, Jean-Baptiste et saint Paul, rcs- seinblent, dans leur histoirc et leur maniere de vivre (je ne parlc ni des mesures de la grace , ni de la doctrine , ni dc la conduite, points qui sont en discussion; mais seuleincnt de ee qui est cxtericur et frappe les ycux, ct ce ivest pas une petite ressemblance quand les choses sont vues dans leur ensemble et a une grandc distance), ces saints et heroTques personnages, dis-je, rcsscmblent davantage a un predicatcur dominicain, a un jcsuite missionnairc, a un frere dc 1'ordre des Carmes: ils — 161 — ressemblent plus a saint Toribio, a saint Vincent-Ferier; a saint | Francois-Xavier , a saint Alphonse de Liguori , qu'a alien n autre individu, on, pris ensemble, a aucune classe d'hommes que Ton pourrait choisir clans les autres communions. Enfin, nous pouvons aj outer, en faveur de cette doctrine , la haute probability anterieure que la Providence doit avoir vcille sur son ouvrage en dirigeant et en ratifiant les developpements qui etaient inevitables. En dernier lieu , il resulte de ce que nous avons expose que , dans les questions pratiques , nous en sommes reduits a nous conduire surtout par des presomptions telles que cclles enoncecs plus haul , et, d'une maniere secondaire seulement . par des recherchcs sur Fevidence et des preuves directes. En cas de developpements, nous devons nous attendre a 1'insuffisance, a la variation, a Fintcrruption des preuves, et meme au silence. Ces choses quelquefois sont meme necessaires, et une trop • grande exactitude, une trop grande force d'evidence peut nuire a la doctrine en faveur de laquelle elle est invoquee, parce que cette exactitude et cette force n'entrent pas dans les probability's. Si c'est la, en un mot, ic veritable aspect de la forme generate sous laquelle se presente a nous Fensemble des developpements communement appeles catholiques, avant que nous ayons minu- tieusement examine la preuve particuliere sur laquelle ils reposent , je pense , en ce qui regarde leur acceptation , que nous n'aurons pas de peine a preciser ce que la verite logique et le devoir nous prescrivent. II va sans dire que nous les traiterons, comme nous sommes dans 1'habitude de trailer d'autres verites, d'autres faits mis en avant sur des preuves qui portent avec ellesune forte presomption en leur faveur. Quand, tous les jours, de tels faits se presentent a nous, comment agissons-nous avec eux? Nous les aborclons, non avec suspicion et avec Fintention I de les critiquer, mais avec une franche confiance. Nous ne fai- sons pas d'abord usage de notre raison sur des opinions recues. mais de notre foi. Nous ne commencons pas par douter de ces opinions; nous les recevons de confiance et nous les mettons ensuite a 1'epreuve, non de proposdelibere, mais spontanement. — 1G2 — Nous les meltons al'eprcuve ennousen servant, en les appliquant a Icur sujet, a leur preuvc, a I'ensemblc des circonstances aux- quellesellesappartiennent. Nous voyons si elles donnrnt naturelle- mcnt leur interpretation on leurcouleur, et c'est settlement quand elles eehoucnt dans 1'eprcuvc, soil pour etablir un phenomenc on liarmoniser les fails, quc nous decouvrons quenous devonsiv- jeter les doctrines on les assertions quc nous avions d'abord recucs comme admiscs. De plus, nousacccptons residence enfaveurde ces opinions, quelle qu'cHesoit, comme un tout, cornmc formant une preuvc combinee, et nous interpretons re (ju'il y a d'obseur on clles paries parties qui en sont claires. En outre, nous 1 traitons suivant la force de probabilite anterieure qui existe en leur favcur. Nous accueillons avec patience les ditllcultcs (jue presentc leur application , les objections apparenles que Ton tire contrc elles de certains fails, leur manque de clarle et de nettete, si ces opinions ont des litres imporlants a notrc attention. Ainsi, tons les pbysiciens acceptent comme vraic la tbeorie de la gravitation de Newton , parce qu'elle est generalement rocuc, ct ils s'en servent sans la soumcttre d'abord a uncoprouvc I'igoureuse. Cliacun I'applique pour son propro usaiie. et s'il survient des pbenomenes dont cette tbeorie ne donne pas la solution, les homines de science s'en in qui e tent peu , car ils sont surs qu'il doit y avoir une maniere de les e\pli([uer, confor- nicment a celte tbeorie, quoi({ue cette explication ne se presentc pas a eux. De memc, si nous trouvons un passage concisou obscur dans une des lettres de Ciceron a Atticus, nous ne nous ferions aueun 7 serupule d'adinettre comme son explication veritable un pass;; plus explicate de scs lettres ad familiarcs. Le langai^c d'Escbylc est eclairci parSopbocle, et Tbucydide est explique par Aris- topbane sous le rapport de 1'bistoire. Horace, Perse, Suetonc , Tacite et Juvenal s'eclairercntles unslesautres. Platon lui-meme pent trouvcr un commentatcur dans Plotin , et saint Anselme est interprete par saint Thomas. Nous pouvons savoir que deux ecrivains different, ct alors nous ne les rapproclions pas comme — 165 — (.'O-tcmoins d'unc verite : Luther a pris sur lui d'expliquer saint Augustin, et Voltaire Pascal, sans persuader le mondc qu'ils cusscnt ledroit de le faire. Dans aueun cas, nousnecommencons par douter qu'un commentaire soil en desaccord avec son texte, quand il y a, a premiere vue, conformite entre eux. Nous eclai- rons Tun parFaulre quoique, ou mieux, parce que le premier est plus complet et plus clair quc le dernier. Nous faisons de meme avec FEcriture-Sainte quand nous avons a interpreter les passages prophetiques et les types de FAncien Testament. L'evenement qui est le developpement d'une prediction sert aussi a Finterpreter ; il fournit un aecom- plisscmcnt en imposant un sens. Nous acceptons certains e'vene- ments comme Faccomplissement des propbe'ties, a cause dc« points nombreux de ressemblance qui existent entre eux, et en depit des difficultes incidcntcs qui peuvent se presenter. La difficulte, par exemple, de rendre compte du fait que la disper sion des Juifs suivit leur attachement a la loi et non pas son abandon, ne nous empeehe pas d'insister sur leur etat actuel comme un argument contre les incre'dules. De plus , nous soumettons facilement notre raison a une autorite competence , et nous acceptons certains evenements comme Faccomplisse- inent dc predictions qui en scmblent fort eloignees ; ainsi ce passage : « J'ai appele mon fils bors d'Egypte. » Ne rencontrons- nous pas une difficulte quand saint Paul en appelle a un texte deTAncien Testament, rapporte differcmment dans nos versions hebraiques, et que voici : «MJas-tu prepare un corps. » La foi accepte ccs difficultes, et nous les abandonnons a elles-memes. Encore moins regardons-nous la surabondance et Tetrangete d'une interpretation comme une raison suffisante pour priver le texte ou le fait auqucl elles se rapportcnt des avantages qu'ils peuvent en lirer. Que les expressions restent au-dessous de ce qu'elles veulent dire, que Fecrivain sacre ne Fait pas en en vue ou qu'un accomplissement anterieur ait eu lieu , nous ne tirons pas de la des objections. Le lecteur qui lirait seul le texte de lEcriture, en dcliors de Finfluence de la tradition rec,ue qui heureusement Fentoure , serait bien surpris si on lui disait que — 164 — les paroles du prophete : « Unc vierire conccvra , » et ccllos-ci : « Quc tous Ics anges dc Dicu 1'adorent, » sc rapportent a IVotre- Seigneur; mais, en tenant eompte de la liaison intime qui existe cntre le Judaismc et le Christianisme et de 1'inspiration du Xouveau Testament, nous y ajoutons foi sans scrupule. \ous scntons avcc raison quc nous pouvons accepter sans inconve nient la prophetic de Balaam dans son sens chretien, tout CM pensant qu'ellc a etc fidelement rcmplie en la pcrsonne de David. II nous est pej'mis de croire que 1'histoire de Jonas porte avcc cllc sa moralite, et quc la rcnconlre d' Abraham et de Melehisedcc est trop simple pour significr grand'chosc en elle-meme. Butler corroborc ces observations , quand , en parlant de residence particuliere du Christianisme, il nous dit : « Qu'une partie d'une prophetic soit obscure on inintelligible, eela n'inva- lide en ricn la prcuve de prevision qui nail de la realisation apparentc de ses autrcs portions qui sont comprises ; car le cas est alors evidemment le meme (jue si les parties non comprises etaient perdues , ou n'etaient pas ecrites , on etaient cerites dans une langue inconnue. One Ton tienne eompte ou non de cette observation, elle est d'une verite si evidente qu'il parait inutile pour le demontrcr de donncr un exemple pris dans les choses ordinaires (i). » II continue ainsi : « Onoiqu'un homme soit incapable, par ignorance, parcc qu'il manque des moyens de rechcrches ou parce qu'il n'a pas domic cette direction a ses etudes , de juger si dcs propheties particulieres out etc entierement accomplics, il peut voir cependant, d'une maniere gencrale, qu'clles sont arrivces a un tel dcgrc d'accomplissc- ment qu'il acquerra la conviction d'une prevision plus qu'hu- mainc dans ces propheties, et il croira que ces cvenements sont arrives en vue de 1'accomplissement de ce qui avail etc predit. Pour la meme raison aussi , quoique par suite des lacunes de 1'histoire et des differences quc prescntent les ver sions des historiens , 1'hommc le plus instruit nc saurait deter- (i) Awl. ,11, 7, — 165 — miner d'une manicre satisfaisantc que telles parties do I'histoire prophetique ont etc eompletement remplies, bien que cependant il puisse s'elever de leur accomplisscment .general une forte | preuvc de prevision , preuve de prevision aussi forte pcut-etre que Celui qui a donne la prophetic desirait la fournir pour telle jou telle de ses parties. » Butler appuie ees remarques sur le parallele de la fable et de la satire deguisee : «Un homme peut etre assure d'avoir compris la pcnsee dim autcur dans une fable ou une parabole racontee sans aucune explication ou sans que la moralite en soit tiree, simplement parce qu'il la voit susceptible de telle application , ci que Ton peut naturellement en tirer telle moralite. II peut etre pleinement convaincu que tel ecrit satirique a eu en vue telles personnes et tels evenements , simplement parce que la i satire peut leur etre appliquee , et d'apres Fobscrvation que ! nous avons faite, il sera satisfait de la satire, quoiqu'il ne soit i pas assez verse dans les affaires ou I'histoire de ccs personnes pour en comprendre la moitie. Sa satisfaction d'avoir saisi le sens qui etait dans Fintention de Fautcur, serait plus ou moins grande en proportion que la portee generate de la satire lui i paraitrait susceptible de telle application et suivant le nombre ! de cboses particulieres auxquelles il pourrait la faire. » Butler conclut de la que si une serie d'evenements ou Fhistoire d'une personne comme Notre-Seigneur, par exemple, repond dans Fensemble au texte prophetique, elle devient de suite la veri table interpretation de ce texte , en depit des difficultes de detail. On peut appliquer cettc regie d'interpretation au cas parallele de passages de FEcriture relatifs aux doctrines , quand une certaine crovance nous est donnee comme tiree de la reve- w lation, qirelle nous est recommandce par de fortes presomptions et ne presente aucune opposition frappante avec le texte sacre. Le meme autcur observe qu'un premier accomplissement d'une prophetic n'est pas une objection a opposer a un second accomplissement , quand ce qui ressemble a un second develop- pemcnt s'est accompli. Et ainsi une interpretation des textes relatifs aux doctrines peut etre lilteralc, exacte, suffisante. et — 166 — ccpcndant, en depit de tout cela, clle pcut nc pas cinbrasser j toute la portee de leur signification. I/interpretation plus com plete , si on la dccouvrc , pent etre moins satisfaisante et moins precise, commc interpretation, que le sens etroit donne d'abord. * Dans ces cas, la justification d'une plus large interpretation repose sur quelque probability antericure, telle qu'un conscn- tement catholique, et les bases de Interpretation la plus etroitc sont le contcxte et les regies de la Grammaire. Tandis qu'un commcntatcur critique pretend que le Livrc sacre n'a pa* hcxo'in. de signih'cr plus que ne dit sa Lettre , ccux qui I'interpreteni d'une maniere plus large soutienncnt, comme Butler dans le cas des propheties , que nous n'avons aucune raison de liniiter le sens de mots qui ne sont pas bumnins, mais divins. Par un exercice scmblablc de raisonncment Ton interprete I les premieres pbases dim developpement par les dernieres. Le memo esprit ergoteur ct jaloux qui refuse d'etendre la signification du tcxte sacre, quand il s'agit d'enseignement et de prophetic, s'oceupera a poinlillcr sur les temoignages ante- niceens, pour les doctrines et les usages qui datent du concilc de Niece ou du moyen age. Quand ces mots : « Mon pere ct moi ne faisons qu'un , » sont avances comme preuve de 1'unite de Notre-Seigneur avec le Pere , les controversistes heretiques disent qu'ils ne voient pas pourquoi on croirait que ces mots indiquent plus qu'une unite de volonte. Quand « ceci cst mon corps » est cite comme une garantie du changement du pain en corps dc Notre-Seigneur , ils expliquent ces mots commc une figure, parcc que tellc cst leur interpretation la plus frappante. De la memc maniere , quand les Catboliqucs remains citent les invocations dc saint Gregoire, on leur dit que ce sont des figures de rhetorique; quand ils en appellent aux allusions que saint Clement fit au ptirgatoire , on leur repond que c'etait peut-etre du platonismc ; quand ils invoquent le langage d'Origene sur les Priercs aux Angcs et les Merites des Saints, on soutient que ce n'est qu'un exemple dc son beterodoxie. A 1'exaltation de la Cathedra Petri par saint Cyprien, on repond qu'il n'avait en vue qu'un siege figuratif ou abstrait : au temoi- — 167 — gnage general rendu dans les temps primitifs a Fautorite spiri- tuelle de Rome , qu:il s'explique par sa grandeur temporelle ; au langage de Tertuliien sur la Tradition et FEglise, qu'il ienvisageait ces choses comme legiste. Au lieu de proceder ainsi, i on devrait logiquement interpreter 1'etat primitif et la preuve de chaque doctrine respectivement a Faide de la doctrine elle- meme qui a ete fixee en dernier lieu. Ceux qui se refusent a voir le commencement d'un develop- pement sous le jour que lui donne son resultat , ne veulent pas non plus que 1'ensemble eclaire les parties. Les doctrines catho- iiques , ainsi que j'ai deja eu occasion de Fobserver , sont membres d'une meme famille ; elles s'appuient, se corroborent, se confirment, s'eclairent Tune par Fautre; en d'autres termes , Fune fournit la preuve de Fautre, et toutes fournissent des preuves acbacune d'elles. Sicelle-ci est prouvee, celle-la devient probable ; si celle-ci et celle-la sont toutes deux probables , mais par des raisons differentes, cbacune d'elles donne a Fautre sa probabilite propre. Llncarnation est Fantccedent de la doctrine de la mediation et Farcbe'type tout a la fois du principe sacra- rnentel et du merite des saints. De la doctrine de la mediation decoulent Fexpiation, la messe, le merite des martyrs et des saints, leur invocation et leur culte. Du principe sacramentcl viennent les sacremcnts proprement dits, Funite de FEglise et le Saint-Siege comme son type et son centre , Fautorite des eonciles, la saintete des rites, la veneration des lieux saints, les chasses, les images, les vases sacres, Fameublement et les vt'tements d'eglise. Des sacrements, nous avons le bapteme qui, d'une part, est developpe dans la confirmation; de Fautre, dans la penitence , le purgatoire ct les indulgences. Nous avons le developpement du sacrement de FEucharihiie dans la presence reelle , Fadoration de 1'bostie , la resurrection des corps et la vertu des reliques. De plus , la doctrine des sacrements conduit a la doctrine de la justification ; celle de la justification a celle du peche originel ; celle du peche originel au merite du celibat. Ces developpements separes ne sont pas independants Fun de 1 autre ; mais ils se lient par des rapports intimes et granclissent — 1G8 — * ensemble, tandis qifils viennent do 1'un d'cux. La mcsx' ct la j presence reclle font parlie d'un dcvcloppement ; la veneration des saints et de leurs reli([ues fail parlie d'un autre; leur puis sance dlntereession, 1'eiat du purgatoire, et en outre la mcsse et le purgatoirc , soni des deVeloppements correlatifs. Lecelibat est la marque caracicristique de la vie monastique et sacer- dotale. Vous devc/ accepter le tout on rejeier le tout; la reduc tion ne fait qu'afl'aiblir et 1'amputation inutile. II est vain de tout accepter , moins'quclquc chose cepcndant qui forme une partie aussi intc^rante de ['ensemble (jue le resie ; et d'autre part, c'est uno chose serieuse que d'accepter line partie d'un tout, car, avant de sau>ir on vous en etcs, vous pouvez etrc entraine par line neces.Mle logique, indexible, a accepter le tout. D'aillcurs, puisquc les doelrines reunics font line religion; integrate, il s'ensuit que les diverses preuves, cjui appuient respectivement ces doctrines, apparticnnent a un tout, doivent etre miscs en bloc, et que Ton pent les invoquer toutes en defense de Tune d'ellcs. Une reunion de |)reuves faibles donne une prcuve forte, ci en outre un argument fort donne de la consistence aux arguments collateraux qui sont faibles en eux- memcs. Par exeinple, en ce qui reirarde les miracles, soit de IKcriture, soit de I'Eglise : «c Le nonibre de eeux qui portent leurs preuves avec eux, et qui sont cms pour cnx-memcs. est j>etit, mais ils nous fournissent les l>ases sur Icscpielles nous acceptons les autres (i). j» De plus, personne ne s'imairinerait (pfil est neeessaire , avant d'accepter 1'Kvaniiile scion saint Mathieu , de trouver d'abord des temoiirnaijfes a Tappui de cliacun de ses ehapitres el. de ses versets. Kn prouvant ([u'une de ses parties a existe dans les temps aneiens, le tout se trouve prouve, car cetje parlie n'est (jue la fraction d'un tout, et quand le tout est prouve, il met a convert telles panics qui, par des raisoris acciden telles , n'ont pas en leur faveur la j)reu\e de leur antiquite. II sullirait, pour prouver (jue saint Aujrusiin a connu la version italique des Kcritures , de rnontrer qu'il 1'a cit;'-e une (1) Kssni sur Ics miracles, p. ci. — 169 — ou deux fois. Et, de la meme maniere, on admettra generale- ment que la preuve de Fexistence d'une seconde personne dans la divinite diminue demesurement le poids qu'il serait sans cela necessaire de donner a la -preuve avancee pour croire en une troisieme personne. On conviendra aussi que la doctrine de Fexpiation etant en quelque sorte correlative de celle du chatiment eterncl, la preuve dela premiere fortifie virtuellement la preuve de la seconde. Ainsi, lesprotestantssentiraient qu;il importe peu, # moms que ce ne fut comme presage de victoire, de reduire un adversaire a nier la transsubstantiation, si cet adversaire persiste a adherer fermement aux doctrines de Finvocation des saints , du purgatoire, des sept sacrements et du merite des bonnes ceuvres. Us sentent qu'il serait insignifiant qu'un de leurs core- ligionnaires condamnat Fadoration de Fhostie , la supre'matie de Rome, la convenance du celibat, la confession aurieulaire , la communion sous une seule espece et la tradition , s'il etait en meme temps plein de zele pour la doctrine de Fimmacule'e Conception. Le principe sur lequel reposent ces observations a la sanction de quelques-uns des plus profonds theologiens anglais. L'eveque Butler, par exemple/que nous avons cite si souvent, argumente ainsi en faveur du christianisme , tout en avouant, en meme temps, le desavantage qui par suite pese sur la revelation. « En re'unissant des preuves probables , dit-il , non-seulement on fortifie la preuve principale, mais on la multiplie. Je ne dissua- derais personne de rapporter ce qu'il pense de favorable a f opinion contraire... La verite de notre religion, comme la verite des choses ordinaires , doit etre jugee par toutes les preuves en sa faveur prises ensemble. A moins que la serie des choses qui peuvent etre alleguees dans le cours de cet argument et chacune de ses particularite's ne puissent etre raisonnable- ment supposees avoir etc accidentelles , sa verite sera prouvee (Fimpossibilite de cette supposition fait la force de Fargument en faveur du christianisme). II faut proceder de la meme maniere que si , dans une affaire ordinaire , de nombreux BlBLIOTH. HIST. 6e ANIS'fiE. Ier OUVR. 15 — 170 — cvenements admis devaicnt el re avanccs pour prouvcr un autrc evenement conteste. La verite de revcneinent conteste serait prouvee , non-sculcmcnt si quclqu'un des evencments admis rimpliquait claircinont ; mais elle Ic scrait aussi , quand Lien memo aucun d'eux ne Ic ferait separcment , s'il n'etait pas permis raisonnablement de supposer quc la totalite des evenc- mcnts admis , pris ensemble, fusscnt arrives, a moins (juc celui qui est conteste ne fut vrai. « II est evident que k nature de cette preuvc donnc un grand avantagc aux personnes qui attaquent lechrislianisme, surtout en conversation. Car il est faeile de montrer bri&vement et a la legerc que Ton pcut clever des objections contre telle ct teile chose, que telles et telles aulres cboses out peu de poids en elles-mcmes ; mais il est impossible, dc cette maniere, de montrer la force de 1'cnscmble d'un argument quaud les preuves sont reunies sous un seul point de vuc (i). » C'est ainsi que M. Davison condamne « cette maniere vicieusc de raisonner » qui rcpresente « tous les defauts d'une preuve, dans scs diverses brandies, comme autant d'objections ; 5> Sur quoi done rcccvons-nous le Canon tel qu'il vient a noi; si ce n'est sur I'autorite de 1'Eglise des quatrieiue et cinquicnie siecles? L'Eglise de cette cpoquc decida • elle ne porta pus seulement temoignagc, mais elle jugea les te'moignagcs ante- rieurs- -elle decida, disons-nous. que certains livrcs faisaiem autorite. Nous rcccvons eette decision connne vnu'c, c'est-a-dire que nous appliquons a un cas particulier la doctrine de son inl'ail- libilite. En proportion que les cas dans lesquels nous sommcs obliges de nous en rapporler a ses dcciMons se myltiplient, nous approchons, en fait, de la croyanee qu'elle est iniaillible. 5° Au commencement du qiiin/icme siecle. le concile » Plusieurs des types de la sainte Eucharistie tendent a mener a la meme conclusion : tels sont 1'Agneau pascal, la manne, le painde proposition, les sacrifices dont le sang etait retire, le miracle des pains, figures du pain seulement; tandis que Feau du rocher et le sang s'echappant du cote de Notre-Seigneur correspondent au Vin sans le Pain. Les deux especes sont repre- sentees par d'autres types ; ainsi la fete de Melchisedecb , et le miracle de la farine et de 1'huile d'Elisee. t En outre , il etait certainement d'usage dans FEglise primitive de communier en certaines circonstances sous une seule espece, ainsi que nous Tapprennent saint Cyprien , saint Denys , saint Basile, saint Jerome et autres Peres. Saint Cyprien, par exemple, I parle de la communion donnee a un enfant sous Tespece du Vin, jet a une femme sous cellc du Pain. Saint Ambroise parle de son frere, qui dans un naufrage enveloppa le pain dans un moucboir etl'attacba aiitour de son cou. 11 n'est guere permis de supposer que les moines et les ermites dans le dtisert aient ete jd'ordinaire en possession du Vin cansacre aussi bien que du Pain. D'apres la lettre suivante de saint Basile, il paraitque non- seulement les moines, mais que tous les laics d'Egypte commu- niaient ordinairement sous la seule espece du Pain. La personne — 176 — a qui il repond, scmblc lui avoir demande si, dans les temps d persecution, il etait permis, en I'absence de prelre on de diacre de prendre la communion dans « notre proprc wain, » ce iju indique qu'il s'agit evidemment du Pain. II re'pond, en gardar. un silence complet sur le Calice, quc cela pcut etrc justific pa les faits analogues quc void. « Ce n'cst certainement pas un faute, dit-il, car un long usage nous fournit des examples qi sanctionnent cette pratique. Tous les moincs qui vivrnt dans ! desert ou il n?y a pas de pretres, gardent la communion ck eux et la recoivent d'eux-memes (*?• laurwv.) A Alcxandric et e Egyptc, en general, chaquc la'ic possede la communion dans j maison, et quand il le veut il la rccoit de lui-meme. Lorsque pretre a une fois celebre le sacrifice ct domic la communion celui qui 1'a cmportee et qui cnsuitc s'cn nourrit chaquc jou. doit raisonnableinent penser qu'il la rccoit de celui qui la lui jadis donnee et qu'il y participc avec lui (i).» On pcut ajout( qu'au commencement de la lettre il avail parle de la communic sous les deux especes, en disant que c'est une chose « bonne profitable. » Nous avons ici 1'usagc de Pont, d'Egypte, d'Afriquc ct ( Milan. Nous pouvons y ajoutcr 1'Espagne, si un autcur niodcri nous donned'unemaniere exacte le sens d'un canon espagnol(a la Syrieaussi bien que 1'Egypte, du moins a une epoque ivcont puisque Nicephore (3) nous dit que les Acephales n'ayant pi (1) Ep. 93. (2) Voir Concil. Bracar. ap. Aguirr. Concil.Hisp., t.II, p. 676. II n est pas clair que le Calice ne fut pas administre en meme temps, mais d'apres la tern de ce premier canon dans lesactes du troisieme conciledeBraga, qui condan 1'opinion que 1'hostie doit etre trcmpee dans le calice, nous n'avons auc; doute que le Vin ne fut pas offert aux la'ics. L'histoire n'a pas & s'occuper- certains points de doctrine se trouvent ou non dans 1'Ecriture; lout ce qu'f a a faire est de suivre religicusement ses guides, de ne rien supprimer ni in • mer par partialite. — Dunham, Hist, of Spain and Port., vol. I, p. 2()'i. S ntmplemenlo communionis signifie simplement dans le canon « ponr le Calicr du moins il est parle du Calice comme d'un complement; la meme manh de voir se retrouve dans la « confirmation de 1'Eucharislie » dont il est paf dans la vie de saint Germain. Voir la vie des Saints anglais, n° 9, p. 28. (3) Niceph. , Hist., xvni, 45 Renaudot cependant nous parle de deux cv«'«i * au moment ou le schisme a etc enfin deracine. Pair. Al. Jac., p. 248, M aYaientcle consacres par des pretres, p. 145. — 177 — (feveques, gardaient le Pain qtie leurs derniers pretres avaient consacre, et le distribuaient par mietteschaque annee, a Paques. pour la communion. Mais Ton peut dire quc , « apres tout , c'est une mesure si hasardee et si terrible de priver aujourd'hui les Chretiens de la moitie du sacrement , qu'en depit de ces precedents , Ton a I besoin de quclque garantie pour concilier Fesprit a cet usage. II a pu se rencontrer des circonstances dont nous ne savons rien, qui out amene saint Cypricn on saint Basile, ou, avant eux, les Chretiens apostoliques a retrancher line partie du sacrement ; mais on ne saurait dire qu'il y a securite pour nous a le faire, parce qu'il y avail securite pour eux. » Une garantie est certainement necessaire , et cette garantie se trouve precise- ment dans Finfaillibilite de FEglise. Si nous pouvons avoir implicitement confiance en elle, rien dans cette preuve n'auto- rise a clever d'objection contre sa decision dans ce cas , et notre «i * difficulte diminue en proportion que nous trouvons que nous pouvons davantage nous en rapporter a elle. Ajoutons, nean- i moins , que les plus jeunes enfants , a une certaine epoque , etaient admis a recevoir l'Eucharistie , du moins avecle Calice. Sur quelle autorite les exclut-on maintenant de la reception du Vin et memc du Pain? Saint Augustin regardait cet usage comme ayant une origine apostolique , et il s'est continue dans FOccident jusqu'au douzieme siecle. II est encore en vigueur de nos jours dans FOrient, chez les Grecs, les Grccs-Russes , Ics diverges eglises monophysites , et cela sur la raison de sa prcsque universalite dans 1'Eglise primitive (i). Est-ce une moindre innovation de priver les enfants de participer au Calice que de les eloigner tout a fait de la communion? JNous accep- tons ccpendant sans scrupule la derniere privation. II est plus sur d'acquiescer a un changement avec une autorite que sans elle; plus sur, quand on croit i'Eglise infaillible , quelorsqu'on pense qu'elle peut errer. (l)VoirBingh. Ant., xv, 4, §7, et 1'Hist. de Fleury, xxvi, 50, note 9 (de la traduction angl.). — 178 — 4° Les principatix temoignages qui nous rostont do. 1'exislcncc de 1'autorite papale, dans les trois premiers sieeles, out etc brievement mcntionnes dans le cbapitre qui forme noire intro duction. Le plan de I'omraije nous a force, iri comme dans d'autres cas, a poser tout d'abord cs iseuse et importune. Des parents vivent souvent ensemble ians une hcureuse ignorance de leurs droits respectifs et de leur avoir , jusqu'a ce qu'un pere ou un epoux meure 5 alors ils se jtrouvent, malgre leur volonte, avoir des interets separes, et il eur faut suivre des voies divergentes ; ils r/osent pas bouger ians prendre conscil d'un homme de loi. On concoit encore cet Ptat chez une corporation ou une universite , qui suit pendant ies siecles la routine des affaires qui lui sont soumises ; ses tfiembres conservent entre eux leur bonne intelligence ; leurs ?tatuts sont presque une lettre-morte , sans precedents pour les ?xpliquer. Les droits et les fonctions de ses diverses classes de — 180 — membres pen vent rotor suns ctrcdeCmis, jusqua ecque, rejetee tout a coup par la force : quence ohliizee dc dcNclopper Ics rapports des iiouvcrnants et dt-s £om ernes. Les Jh'f/aliu Pctri pouvaicnt donnir, dc memo quo la puissance d'un chancelier a soinincille , non pas coinme unc chose surannco. car ccs droits n'avaienl janiai- etc cxerces; maiscomnic un pri\ilcf&' imsterienx arraiucutellc ; je parlr. non de sa saintele intrin- 'jue , inais de sea dc\(tii--. Ainsi7 (juand I'l^ulise ful livirea ses jiropres ressourccs, Ics troubles locaux donnerent d'ahonl lieu mix rvtMjucs d'excrccr hnir autorite. ct rnsuitc les trouhle< ^eneraux appelei'ent eel des papo. I/on n'avait pa< et Ton ne pouvait pas dehattrc >'i etait ou non necessaire pour ctre catholique de se trouver «in communion avec le papc avant qu'il se lut presente un • He coininuuion cut etc Mispciuluc. One >aint I-naec n'ecri pas aux(irecs d' \>ie Mir les papes , ce fail ne prcscnk1 j»as u plus grande dilliculte (pie de voir saint Paul ne pas parler rvecjucs en ccmant anx (lorinthions. La dilliculte cjui >'clcvc decoipielasupreinatic paj.ale n'etait pas I'ornielleinentreconnue au deuxieine sicclc . r>l inoindre (jue dc voir la doctrine de la saintc Trinite n'elre fornielleinent rcu'onnue qu'au (|iialrioine. Aucune doctrine nV^i delinie avant d'etre violce. De la incine maniere. il etait naturel pour les Chretiens do se diriirer en malic-re de doctrine par le guide d'une tradition purcment lloUante ct en (juehiue sorte endeinique, tandis que cette iradition etait recent e et forte. Mnis a mesure (pi'elle ci fous quo de pretcndre a line puissance temporelle ; leur part d'eminencc spirituelle les contentait. » Nous lisons dans un autrc passage : u L'etat de la primitive Ki-lise a'admeUait pas faeilement unc pareillc souverainete uni- verselle, car elle consistait en petites congregations liees d'unc maniere incoherente , ct re'pandues ea et la dans des localites tres-eloignees les unes des autres, et par consequent incapablcs d'etre organises en une societe politique on d'etre gouvernees par un chef, surtout a cause de leur pauvrete et des persecu- lions sous lesquclles elles etaient ecrasees. Quel recours eonve- nable pouvaient avoir a Rome, pour leur direction, quclques ehretiens malheureux (|iii vivaient dans 1'lxuypie, 1'Ethiopie, la Parihic , I'lnde , la Mesopotamie , la Syrie , rArmenie, la (lappadocc ct autres pays? » Xilleurs : « II n'etait aucun point de doctrine avoue par les ehretiens qui fut plus propre a offenser les pa'iens et a exciter leur jalousie contre notre religion que celui qui etablit une puissance d'une si \aste etendue et d'une si grande influence. Aucune nouveaute ne pouvait etre plus surprenante et plus sai- sissante que la creation d'un empire universel sur les consciences et les pratiques religieuscs des hommes. Cette doctrine ne pouvait etre que tres-apparente et tres-eelatantc dans la pratique ordinaire; il est prodigieux que les pa'iens ne se soient pas liautement recries contre elle , =» c'osl-a-dire si clle cut etc alors en operation. II dit encore : « II est tout a fait extraordinaire ijue dans les controverses soutenues par les Peres contre les heretiques , les Gnostiques , les Valentiniens , etc. , etc. , ils n'aient pas, memo de prime abord, invoque et presse la sentence du |>asteur ct du juge universel, comme un argument conclusif de la derniere evidence, comme la me'tbode la plus edieace et — 183 — i la plus decisive do Ics convaincre et dc Icur iinposcr silence. > Une dernicre citation : « Les papes eux-memes out modifie lours pretentious et varie leur style suivant les differentes cir- constances de temps et leur diversite de caractere, de dcsscins et d'interets. Dans la prosperite et quand il y avail avantage , lorsqu'ils pouvaient le faire avcc sccurite , les papes allaient jusqu'a parlor haul ct prcnaient beaucoup sur eux; mais lors- I qu'ils etaient fail)les on qu'ils craignaient unc contradiction puissante, les papes, meme les plus hardis, parlaicnt avee moderation et soumission (i). >» Apres tout, en supposant la puissance papalc divinement instituee et ncanmoins , dans le principc , plus ou moins { endormie , il serait impossible de tracer unc histoire plus i probable, qui repondit mieux a cctte hypothese, que cellc qui ressort de la controverse soulcvee de siecle en siecle sur la suprematie papale. On dira quc tout ceci est line theorie. Ccrtaincmcnt , e'en est unc; c'est unc theorie pour rendre comptc dcs fails tels qu'ils se prcscnlcnt dans I'histoire , pour rendre compte de ce qui ! nous est dit de Tatitorite papale dans les premiers temps, et pas davantage. Ccttc theorie est destinee a concilier ce qui a ele constate sur ce sujet avec cc qui nc 1'a pas etc , ct , le point principal , a Her les paroles et les actes de FEglise antcnieeennr avec la probability preexistante d'un principe monarchique dans le plan divin ct sa realisation dans le quatrieme siecle, qui nous fournit unc prcsomption pour les interpreter. Tout depend de I la force de cettc presomplion. En supposanl qu'il y ait d'aillcurs dc bonnes raisons pour dire quc la siij)rematie papale est line panic du Christianisme , il ivest rien dans .1'hislcirc primitive de 1'Eglisc pour le contredire. II reste a rechcrcher en quoi consiste cette presomption? Elle se divise, coinmc je 1'ai dit, en deux parties, la probability precxistante de la papaute, ct letat de I'Eglise apres le concile de Niece. Nous avons inevitablcment louche a la premiere dan< (1) Pope's Suprern., edit. 1836, p. 26, 27, 157, 171, 222. ce (jiii precede. Notre raison pour I'anticiper cst Ic bcsoin absolu (I'lnio puissance mOQ&rchique clans ITljilisc. Ulakstonc a exprime Ic principe, pour ce (jiii regarde le pouvoir royal, en line phrase citee dans ce » et , « Satan a desire vous avoir ; j'ai prie pour vous, et quand vous serez converti, raffermissez vos freres. » Telles sont aussi quelques autres indications du dessein dcDieu en cequi regarde saint Pierre, indications trop faiblesen elles-memes pour qu'on insiste sur chacune d'elles en particulier, mais qui n'en ont pas moins une puissance de confirmation. Ainsi, le nouveau nom qiril a recu? sa marche sur la mer, sa peche miraculeuse dans deux circonstances , la predication de IVotre-Seigneur de dessus sa barque , et le fait qu'apres sa resurrection c'est a lui qu'il apparait le premier. On doit observer, en outre , qu'une promesse semblable fut faites a Juda par le patriarche Jacob : «. Tu es celui que tcs freres glorifieront ; le sceptre ne sortira pas de Juda avant que le desire des nations nf arrive. » Cependant cette prophetic fut peut-etre huit cents ans avant de s'accomplir, et , durant cette longue periode , nous n'entendons dire que peu de choses on rien de la tribu descendue de lui. De la meme maniere, « sur eette pierre je batirai mon Eglise , » « je vous donne les clefs, -» « paissez mon troupeau , » sont non-seulement des preceptes , — 186 — mais encore des propheties et des promcsses; promesses qui devaient etre accomplies par celui qui les a faites, prophetic.** qui devaient etre interpre'tees par I'evencinent, par 1'histoire , c'est-a-dire celle des quatrieme et cinquicme sieeles, quoiqu'elles eussent recn un accomplissement partiel , meme dans la periodc anterieure , et qu'elles aient eu un de'veloppement encore plu> beau dans le moycn age. Par excmple, nous avons vu dans un des chapitres precedents que saint Cyprien donne au Siege de Rome le nom de Cathedra Pctri j ct Firmilien porte meme temoignage que le Siege de Rome revendiquait ce litre. Puis dans Les quatri erne et cinquieme sieeles , ce litre et ses resultats logiques deviennent apparents. Ainsi, saint Jules, qui etait papc durant la persecution de saini Athanase (342) , fait par let t res des remontrances au parli d'Euscbc de ce qu'il « aiiissait sur sa propre autorite comme il lui plaisait. » Et ensuite , ainsi qu'il le dit, « desirant obtenir notre concours dans ses decisions, quoiquc nous n'ayons jamais condamne Athanase. Les constitutions de saint Paul, les tradi- lions des Peres , n'ont pas donne la direction que vous sui\ ez ; c'cst une nouveile forme de procedure, uric nouvelle pratique... Jc vous signifiece que nous avons recu du bienheureiix apotre Pierre , et je ne vous aurais pas cent ceei , jugeant que ces choses sont manifestos a tons les hommes , si ces manieres d'agir ne vous eussent ainsi troubles (i). » Saint Athanase, en conscr- vant cette protestation , lui a donne sa sanction. Nous trouvon> en outre qu'il y est fait allusion par Socratc , et sa version a d'autant plus de force , qu'elle se trouve inexacte dans ses details , circonstance qui montre qu'il ne l"a pas cmpruntee a saint Athanase : « Le pape Jules, dit-il, repondit qu'ils avaicnt agi contre les canons, parce qu'ils ne 1'avaient pas invite a un concile , la regie de 1'Eglise portant que les eglises particulieres ne doivent pas faire des canons contre la volonte de 1'Eveque de Rome. (2). •-> Sozomene nous dit : <; C'e'lait une loi saeerdotale (I) A! ban, Hist. Tracts Oxf. , t. II, 56. — 187 — de declarer nul tout ce qui etait fait centre la volonte de Feveque des Remains (i). » D'un autre cote, les heretiques memcs auxquels saint Jules resiste sont obliges de reconnaitre que Rome etait * TEcole des Apotres et la Metropole de Forthodoxie depuis le commencement ; » et deux de leurs chefs (eveques d'Occident) retracterent quelques annees plus tard leur heresie devant le Pape dans les termes d'une humble confession. Un autre pape, saint Damase, dans sa lettrc aux eveques I'Orient contre Apollinaire (582), appelle ces evequcs ses ills. .'. En payant , dans votre charite , la reverence due au Siege ipostolique, c'est vous-memes, tres-honores fils, qui en profl- erez : car , places , comme nous le sommes , au sein de cette ;ainte Eglise, dans laquelle le saint Apotre a siege et a enseigne, lous avons a diriger le gouvernail auquel nous avons succede. Veanmoins nous confessons que nous sommes bien indigne de ;et honneur; c'est pourquoi nous etudions comme nous le )ouvons, afin de nous rendre capable d'atteindre la gloire de sa aintete (2). » u Je parle , dit saint Jerome au meme saint )amase , avec le successeur du pecheur et le disciple de la ;roix. Ne suivant d'autrc chef que Jesus-Christ , je suis en 'ommunion avec Votre Saintete, c'est-a-dire avec le Siege de }ierre. Je sais que sur cette pierre 1'Eglisc est batie. Quiconque nangera Tagneau hors de cette maison est un profane • celui qui le sera pas dans 1'arche de Noe perira quand le flot Fatteindra (3). )» mint Basile supplie saint Damase d'envoyer des arbitres pour lecider entre les Eglises de 1'Asie Mineure, ou au moins pour aire un rapport sur les auteurs de leurs troubles , et indiquer le !>arti avec lequel le Pape serait en communion. « Nous ric Icmandons en aucune facon quelquc chose de nouveau , ontinue-t-il , mais ce qui etait d'usage avec les homines sages t religieux des premiers temps , et ce qui Test surtout avec jous; car nous savons par la tradition de nos peres, aupres de N nous nous en sommes informes , et par ce quo nous : (1) Hist., in, 10. (2)Theod., Hist., V, 10. $} Constant, Epp. Pout., p. 546. — 188 — apprcnnent les ecrits encore conserves parmi nous , que Den ce bienbcureux eveque, envoya, tandis qu'il brillail parmi vo parson orthodoxie et 1'eclat de scs autrcs verins, des lettres visile a notre eglise de Ccsarce et des let I res de consolatiom nosperes, avec des ranrons pour tirer nos frercsde la captivitt De nieme. Ambrosias! re. pelagien dans sa doctrine, ce qui rv pas en question ici, parle de « I'Eglise, maison de Dieu, du le gouverneur, daus In autre papc s'exprimc ainsi : « Nous consullons avec sr el conveyance Van-ana de la dignite apostolique, dit saint In cent au concile de Mileve (417), la dignite de celui sur qi en debors des autres cboses, pese le soin de loules les Eglis suivanl la forme de 1'ancienne regie que vous connaissez ai (1) Tim., I, in, 14, 15. (2) Constant , p. 624. (3)11, 3. — 189 — bien que moi , ct qui a toujours ete conservee par Ic rnonde entier (i). » Ici le Pape fait appel, pour ainsi dire, a la regie de saint Vincent; tandis que saint Augustin porte temoignage qu'ii n'outrepasse pas scs prerogatives ; car, en rendant conipte de cette lettre ct d;une autre , il dit : « II (le pape) nous a repondu sur toutes ces choses , ainsi qu'il convenait a un eveque clu Siegr- apostolique (2). >» Saint Celestin , pape (425) , dit aux eveques d'lllyrie : <'x3NToiis eprouvons une sollicitude particuliere pour toutes les personnel a qui Jesus-Christ nous a impose , dans le saint apotre Pierre , la necessite de nous interesser, quand il lui a donne les clefs pour ouvrir et former. » Saint Prosper, son contemporain , confirmc ses paroles quand il appelle Rome : « Le Siege de Pierre, qui , etant pour le moncle la tete del'honneur pastoral, possede par la religion ce qu'il ne possede pas par les armes. » Saint Vincent de Lerins les confirme aussi quand il appelle le pape : « Le chef du mondo entier (s). » « Le hienheureux Pierre , dit le pape saint Leon (440) , n'a pas abandonne le gouvernail de 1'Eglise qu'il avait entre les mains Sa puissance est pleine de vie et son autorite est preeminente dans son siege (i). » « Ce caractere inebranlable qu'il a rcc.ii de Jesus-Christ lorsqu'il fut fait Pierre a aussi eu; communique a seshereticrs (5). » De memo que saint Athanase et les Eusebiens, par leurs temoignages contemporains, confirment I'autorite de saint Jules ; saint Jerome , saint Basile et Ambro- siastre cello de saint Damase; saint Optat celle de saint Since : i saint Augustin celle de saint Innocent ; saint Prosper et saint Vincent celle de saint Celestin ; ainsi saint Pierre Chrysoloffue et V tJ le conciledeChalcedoine confirment 1'autorrtede saint Leon. ^Le luenheureux Pierre, dit le Chrysologue, qui vit et preside dans son propre siege , donnc la veritc de la foi a ceux qui la cher- I client ((>). ). Le concile oecumenique de Chalcedoine s'adressant (i) Constant, p. 896, 1064. (2)Ep. 188. 2. (3) De Ingrat. 2, Common. 41. (4) Serin, de Nat., in, 3. (o) Ibid., v, 4. (6) Ep. ad Eutych. fin. — 190 — a saint Leon touehant Dioscorc, eveque d'Alexandrie, s'cxpriim ainsi : «. II pousso sa folio HUM no. contre cclui a (jui la garde dii viirnoble a etc conliee par I*1 Sauvour, c'est-a-dire centre Votrc Saintcte apostolique (i). » L'excmple de saint Leon reviendrs dans un autre chapitro. Los aril's quo nous fournit le quatrieme siccle parlcnt auss: fortenicnt quo les paroles de scs ecrivains. Nous pouvons nous oontenter iei de cc (ju'admet Barrow, auteur que nous avons- deja rile : « La puissance du Pape, dit-il, s'etait beaucoup accrue pai rimportunite dos persoimes condamnees ou rliassros do lourj places, avec raison ou a tort, par IVsprit de faction; car, IK trouvant pas de lieu dc refuse qui lour donnut plus d'esperancc de reparation (pie Rome, elles s'adirssaient souvent au Pape: qifosl-ce quo los honimos no fcraient pas, et ou n'iraient-iL pas quand ils sent dans la poino? Ainsi Marcion alia a Rome. < non commc il les arait preconcues. Suivant le resultat ainsi nbtenu, qu'il vint dc ses proprcs experiences ct observations on de celles d'autrui, il modifiait et cornpletait ses connaissances D'autres fois ce grand pbilosopbe observait les lois les plus strides de 1'induction ; de sorte qu'il semble avoir fait tour a tour usage de toutes sortes de metbodes (i). » •2. II est en outre remarquable que les professcurs meme dc ; sciences profanes, qui montrent souvent unsi grand dedainpour Ttisagc des precedes de raisonnement ou Ton tient compte des anticipations dans les rccbcrcbcs religieuses, ne sc font pas scrupule d'appliquer leurs proprcs conclusions en matiere de science et d'bistoire, comme une interpretation vraisemblable du sujet de la revelation. Les bistoires inspirees ct les doctrines dc 1'Eglisc sont souvent anals sees d'apres des principes, et soumiscs a des systemes tout a Aiit etrangers a TEcriture et a la tbeologie. Certaine tbeorie sur la politique, 1'antiquite, lelangage, la geo logic, est imposee par force a des fails relatifs a la religion, que ces fails soicnt ou non disposes a admettre ccttc tbeorie. Ainsi (i) Vol.V, p. 219. — 197 — M. Dupuis a tourne le Christian! sme enune forme de mithra'isme; ainsi Heeren parle « du plan de Samuel pour rendre la charge de juge hereditaire dans sa famille, » et de « sa politique astu- cieuse dans les elections qu'il ne pouvait empecher ; » il decrit le rear Hernias, le disciple de saint Paul; qu'il est cite par saint Irenee comnu faisant partie de la sainte Ecriture, et qu'il est souvent mentionm- par saint Clement ct antres. 11 dit en outre que, quoiqu'il ait eft' altribue par d'autres a Hennas, frere du pape Pic, « ce n'est la qirune conjecture. » C'est ainsi (ju'il commence a en parler, el cependant, quelques* paires plus loin, il pretend que c'est un t ccrit apocryphe* du deuxiemc siecle (2), un de ceux quiensei- irnaie-nt la doclrine des Chiliasles, comme 1'ont hit tons lesaufm rcrits apocryphes de cette periode. Enstiite ilbasesur ces meme^ ecrits 1'asscrtion, «: qu'on ne pcut hesiter a regarder la doctrine des Chiliastes comme uniNcrselle dans ce siecle, et il corroborc (c conclusion par 1'hypotliese que »c des idees comme ccllc? (|u"elle pivsentait n'elaient pas inutiles pour animer les hommei a souiTrir pour le Christianisme.n II attribue cnsuite cette doc trine a ['Apocalypse , et fait allusion a plusieurs Peres grecs. saint Justin et saint Irenee, qui I'ont partajree. Puis il lie a cettc doctrine, qu'il represente comme universelle, la croyance que jusqifau millenaire , «= les aincs des morts seraient gardees ei enfer, » renvoyant en note (c'est-a-dire pour preuve de ce qu'ii regarde romme une doctrine catbolique du deuxiemc siecle) i des passages de Teilullien ecrits quand il etait montaniste. aii commencement du troisi(%ime siecle. Enfin, il observe «que le: jouissances imaginaires ;> de ce millenaire catbolique, destineij animer les martvrs, «etait a un liaut de^re scnsuel et terrcstre.»! j II donne a entendre dc la meme maniere qu'une certaine doc! trine unitairienne n'etait pas regardec comme beresic a Rome e> dansl'Asie Mineureau commencement du troisieme siecle, parc< que Praxeas ne fut pas tout d'abord condamne ou denonce pai le pape, et que 1'ecole a laquelle appartenait Noet nc fut pa condamnee paries evequcs d'Asic (3). II suggere aussi dans un< (1) Fngl. Tr.. vol. I, p. 07, 08. (2) Ibid., p. 99, 100. (3) Page 127. — 199 — note que Victoria, quc Ton dit, dans un ouvrage anonyme, avoir soutenu Praxeas, est reellement le pape Victor. En outre, il maintient sans hesiter, au sujet clu pape Jules, au quatrieme siecle, 1'authenticite d'une lettre qui lui est attribute par le concile d'Ephese (qu'il eut certainement rejetee s'il eiit airi conformement au caractere critique on plutot sceptique habituel a son ecole), simplement, je dirai, parce que cette lettre a une teinte apollinariste, et que, si elle est authentique dans sa forme actuelle, on pent la regarder comme compromettantrinfaillibilite du pape (i). De plus, il nous dit, en parlant du Christianisme en general au meme siecle, que « le peuple e tait dispose a voir clans chaqite tombe obscure la tombe d'un martyr, » s'appuyant seulement sur un passage de la vie de saint Martin par Sulpicc, oil nous lisons simplement que les paysans barbares des Gaules s'etaient faus- sement imagine qu'en certain lieu, dans un monastere ou Ton disait que d'anciens eveques avaient erige un autel, etait le torn- beau d'un martyr. Telle est la faiblesse de raisonnement et la negligence des faits que Ton rencontre plus ou moins chez tous les ecrivains qui se croient en possession d'une hypothese sure, d'apres laquelle ils interpretent les preuves et font usage des arguments. 4. D'apres ce qui me parait, la faute de Gieseler consiste a torturer les faits pour servir une theorie. Si des controversistes catholiques out, a une epoque quelconque, agi de la meme ma- niere, ils out fait ce que 1'hypothese dans laquelle ils etaient places ne demandait pas : car si I'liypothese catholique est vraie, el!^ n'a pas besoin et elle ne peut tircr aucun avantage de la mauvai.*c foi. Les faits qui lui sont contraircs devraient etre reconnus, expliques, si leur apparence seule lui est hostile, et s'ils lui sont reellement contraires, il faut en tenir compte, ou les laisser isoles et les supporter avec patience, comme etant en plus petit nombre et moins importants que les difficultes que soulevent les autres hypotheses. Comme eclaircissement , je vais reproduire (t! Paere 22$. — 200 — le passage suivant tire d'un ouvrage deja cite, quoique j'ei condamne le ton et le but, et que je regarde ses assertions comm eynii-cives. J'y acquiesce cependant nnttalis -mutandis. Apre avoir rapporte la doctrine grecquedujugeinent du feu, etetab: sa difference aver la doctrine romaine du purgatoire, en ce qu regarde le temps, le lieu et les peirics, I'ecrivain observe qu certains passages des Peres, renfcnnant cette doctrine, sou c'numeres par Bcllarmin, d'abord comme temoignages dans 1 preuve par induction qifil lire en favcur du Purgatoire. < cnsuite comme exceptions a la doctrine etablie par ce moyen Puis il continue : • Maintenant, est-ce que je songe a accuser un bomme anss MTicux et ausM honnete rouver. Ils iiitcrpretentce qui est ebseur dans 1'antiquite, purilient ee (jiii est altere, corrigent ce qui est defectueux, perfectionnent cequi- est incomplet , barmonisent ce qui prcsente des variations. Ils revendiquent tous ces documents, en font usage comme minion et organes de cette seule Kglise infaillible qui jadis. a la verite. .1 xarde le silence, mais qui a parle dcpuis; qui par un don divin doit tonjours etre consequente avec clle-ineme, etqui portcavcc elle la preuve meme de sa divinite (i). >» 5. La maniere dont diverses ecoles envisagent le sens » et « celui du cceur par FEsprit , Jont la gloire ne vient pas des hommes, mais de Dieu (i). » 6. Nous n'avons pas Fintention de mettre ici en question exactitude substantielle de ce que Gibbon , dont le recit a recu (1) Essays, ch. XH, p. 201. — 204 — ['approbation d'eerivains posterieurs , rapportc dos Pauliciens (660); mais ec qu'il dit nous fournira un cxemplc do la necessite qui peso sur los liistoriens de former dos vuos hypothetiques s'ils veulent offrir an lortour uno narration clairc ct logique. Photius et Pierre de Sicile appellant los Pauliciens uno branche des Manicheens, el ontront dans lo detail do leur doctrine en so conformant a cotto imputation; Gibbon accopte ce temoi- j;nage, ainsi (juo Neandcr et d'aulres 1'ont fait dopuis. II y a oopondant cotto dilliculte a 1'admettre, quo (outre, a ce queje erois, Tabsence d'anoun temoignage sur 1'existence du Mani- ohcisme dans leur voisinage, jusqu'au temps ou ils parurent) ees sectaires desavouerent le nom de Manicheens ; ils anathe- matisoront .Manes, abjuroront sa theologie et mcnie celle de Valentin le gnostique. Mais , si nous ne pouvons nous en; rapporter a Pierre do Sicile et a Pbotius sur Forigine des Pauli ciens , comment aurons-nous confiance en eux sur ce qui rogardo lour doctrine, surtout lorscjuc 1'opinion qu'ils s'otaienli fonnoe de leur origine pout avoir influence ces ocrivains dans leur appreciation de leur doctrine? Gibbon resout cette dilliculto par 1'hypothese suivantc. Ii trouve que dans le quatriome sioclo los Gnostiques etaiont reuniii dans les villages et sur les montagnos dos bords de 1 Euphrate, et que Ton trouve , quoiqu'a quolque distance du fleuve , hi trace des Marcionites dans 1'bistoire personnclle de Tbeodore au cinquieme siecle. II ne sait rion d'eux plus tard; mais i, voit que les Pauliciens priront naissance a Samosate, pres d( I'Euphrate. De la, la pensoo s'ost jiresentee a lui que, quoiqu'il ne se dissent pas Manicheens, ils etaient peut-etrc ({iiolque restes des Gnostiques populairemont appolos Manicheens, ei dopit de leur dosaveu de Valentin. Car les Gnostiques rejetaien 1'Ancien Testament et professaient la doctrine des deux prin, eipes que Photius et Pierre de Sicile imputont aux Pauliciens Ils out eu probablement les autres particularites des Pauliciens| tolles que le mopris des images ct des rcliques , Tindiflorenc! pour la sainte Vierge, rincredulite sur le changcment eucha ristique, et cela, vu qu'ils se separerent de 1'Eglise avant es points aient etc formellement arretes. C'est bien jusque-la ; iais il parait quc les fondateurs des Pauliciens n'etaient pas :ien verses clans les e vangiles , ce qui semblerait montrer qu'ils taient des la'ies catholiques; cependant Gibbon reflechit ensuite u'il n'est pas impossible que Fusage des Ecritures fut prohibe ux Ia'ic3 gnostiques. Cela complete sa theorie et le met en etat , ans le passage suivant, remarquable par sa vigueur et sa acilite, de fournir ses raisons et ses explications, qui arrivent abilcment a leurs places a mesure qiril avarice : « Les Gnostiques , qui avaient trouble les premieres annees e 1'Eglise, furent oppresses par sa grandeur et son an tori te. LU lieu de rivaliscr en richesse, en savoir et en nombre avec s catholiques , ou de les surpasser, leur reste obscur fut chasse ies capitales d'Occident et d'Orient et reduit a se renfermer :ans les villages et les montagnes situes le long des rives de Euphrate. On pcut decouvrir dans le cinquieme siecle quelque race des Marcionites , mais ces nombreuses sectes se perdirent inalement sous le nom odieux de Manicheens , et ces here- iques, qui s'imaginaient reconcilier les doctrines de Zoroastre t de Jesus-Christ , etaient poursuivis par ces deux religions vec une haine e'gale et incessante. Sous le petit-fils d'Heraclius, e leva dans le voisinage de Samosate, plus fameuse par la laissance de Lucien que par son titre de royaume syrien , un 'eformateur qui etait regarde par les Pauliciens conime le nessager de la verite. Dans son humble demeure de Mananalis, ]onstantin entretenait un diacre qui etait revenu de la captivite le Syne et avait recu le don inestimable du Nouveau Testa- nent , qui etait deja derobe aux yeux du vulgaire par la )rudence du clerge grec et peut-etre du clerge gnostique. Ces ivres devinrent la mesure de ses etudes et la resale de sa foi: o / 't les catholiques , qui contestaient son interpretation , recon- laissaient que son texte etait autbentique et veridique Dans 1'Evangile et les Epitres de saint Paul , son fidele disciple 'echerchait la croyance du Christianisme primitif; et, quel que BlBLIOTH. HIST. 6e ANNEE. Ier OUVR. 18 — 206 — puisse elre le succcs de cetle tentative, un Iccleur protestant applaudira cet esprit de recherche. •Mais, si Irs Eeriiures tics Paulieicns ('talent pures, dies uYtaicnt pas pariaites. Lcurs iondaleurs rejctaient Ics deux Epiires de .siint Pierre, 1'apotre dc la circoiicision , dont la contestation avcc leur lavori sur I'observation de la loi ne pou- \ai! etre facilcnicnt onblice. Jls ctaicnt d'accord avcc leurs IVeres gnostiqucs dans leur mepris universel pour r.-Vueien Testament, les livro dc Mo'ise et des prophetcs, qui ont etc* eonsacivs par Ics decrcls dc 1'Kiilise catholicjiie. Constanlin, h nouveau S\lvain, rcjcta a\cc line ei;nle hardiesse, et sans aiioun doutc avcc pins de raison , Ics visions qui avaicnt etc puMie par K-s sc'ctcs oricntalcs en (ant dc iiros ct splendides volurm Ics jii-oduelions lal;uleuses des patriarcltcs lichrcux ct dcs satri-s dc ['Ghent; les Evaniulcs ajjocryphcs, Ics Epitrcs ct Ics Actc? (|iii, dans le premier siccle, avaicnt cnvahi le code orthodox la theologie de Manes et les antenrs des heresies de la inci lainille; les trcnte generations ou Eons qui avaient etc on pai1 le caprice fccond de Valentin. Les Pauliciens ont eondamm sinccrenient lanicmoire ct les opinions de la secte manicheenne, ei sc sout plaints de 1'injusticc qu'il y avail a infliger ce nc odieux a de simples disciples de saint Paul et de Jesus-Christ. » Plusieurs anneaux de la chaine ecclesiasticjue avaient (t« rompus par les reformateurs Pauliciens, et leur liherte s'ctendaii a mesure qu'ils reduisaient le nombre des maitres a la vois desquels la raison profane doit s'incliner dcvant le mystcre et 1< miraele. La separation des Gnostiques avail precede lY'tablisse- inent du culte calholique, ct ils etaient aussi fortement |)rcmuni> contre les innovations graduelles en malierc de discipline ct <1< doctrine par 1'habitude ct 1'aversion, que par le silence dc saini Paul ct des Evangelistcs. Les ohjets transformes par la magic di la superstition paraissaient aux yeux des Pauliciens sous Icun couleurs veritables. Une image reprcsentee comme faite san^ le secours des mains etail Touvrage ordinaire d'un artiste inortel, etc. Les reliques miraculeuses ctaicnt un monceau d Os- scments et de cendres ; la croix veritable ct vivifianle e'tait. etc. ; — 207 — le Corps et le Sang de Jesus-Christ, un pain et une coupe de vin , les dons de la nature et les symboles de la grace ; la Mere de Dieu etait abaissee, les Saints et les Anges ivetaient pas plus longtemps invoques, etc. Dans la pratique, on au moins dans la theorie des sacrements, les Pauliciens etaient portes a abolir tons les objets visibles du culte ; et le bapteme et la com- munion des fidcles consistaient pour eux dans les paroles dc Jesus-Christ sur ces deux sacrements. « Un symbole si simple et si spirituel n'etait pas adapte au genie du temps, et le chretien rationnel, qui aurait ete satisfait du joug facile et du fardeau leger de Jesus et de ses Apotres, etait fortement offense de ce que les Pauliciens osaicnt vioier l'unite de Dieu , le premier article de la religion naturclle et revelee Us maintenaient aussi I'eternite de la matiere, sub- stance opiniatre et rebelle, origine d'tin second principe, etc i Les travaux apostoliques de Constantin-Sylvain multiplierent pientot le nombre de ses disciples, recompense secrete de 1'ain- bition spirituelle. Le reste des sectes gnostiques, et speciale- mcnt les Manicheens d'Armenie, etaient unis sous son etendard; plusieurs catholiques furent convertis ou seduits par ses argu- iments, et il precha avecsucces dans le Pont et la Cappadotv, Iqui avaient depuis longtemps ete imbus de la religion de Zoroastre, etc — » Or, je concois qiril ifyait rien dans cette esquisse, quoiqu'elle isemble si vague d'apres une analyse, qui, de bonne foi, soit isujet a objection , si ce n'est que 1'auteur n'a pas iait mention ideson caractere hypothetique. 7. >ous pouvons citer un atitre historien qui se sert des iliypotheses aussi bien que des fails, et des preemptions aussi jbien que des preuves; mais il a soin de distingucr entre les ideux. Une investigation ne peut etre menee d'une maniere logique que dans YHistoire de la Grece, par 1'eveque actuel Saint-David; et cependant elle ne serait pas logique, si, en traitant les premieres parties de son travail, ou les preuves manquent, 1'auteur ne procedait pas a 1'aide de verites gene- rales, et n'en appelait a des generalitcs plus significatives que — 208 — Ics points particulars sur lesquels il a a prononccr. Ainsi, taiulis qu'il discutc 1'oriiiine de la mythologic greeque. il cite un ou deux passages d'Herodote et d'llomcre, qui traitcnt cc sujet ; ensuite il Ics intcrprete ot Ics modific scion sa propro inanicrc do voir, fondee sur des presomptions. II rcnvoic au serment d'Agamemnon, dans 1'Iliade, adrcssc non-sculcmcnt a Jupiter, inais au solcil done d'omniscience, aux rivieres, a la lerrc, et aux dieux% de la vengeance en cni'er; il en appcllei aussi au t&noignftge on a {'opinion d'Herodote, ou plutot a I celle des pretrcs dc Dodone, pour etablir «= (jue Ics Pelages, :• c'est-a-din Ics premiers possessours du pays, « sacriliaicnt jadis seulemcnt a des divinites sans noin. » II s'cn rapporte aussi a 1'assortion du memo auteur, que la religion subit deux chan- ireincnts : Tun par suite de I'introduetion des rites e\u\ptiens, I'autro par rinflucnce des poemes d'Hoinere et d'Hesiode, quij donnei'cnl des noms aux dieux et limit lour liistoire. Cc sont la lc^ (jiiati'c fails sur lesquels il s'appuie, et il Ics souniet a 1'aetion des probabiiites anterieures que voici. II observe que «. le Grec etait forme pour sympathiser fortemend avoc le nionde oxteriour; pour lui, rien n'etait absolumeotj |>assif ct inorle; il trouvait la vie dans tous les objets autour de lui, ou la Icur eommuniqudit en la tirant dc la iecondite de son imagination, do n'etait pas la unc maniere de voir poctique, lei privilege d'esprits extraordinaires, mais le mode populaire de penscr et dc scntir, entrcienu, sans aueun doute, par Ics, formes hardies, les contrastes abruptcs et toutes les mervcillcs naturelles d'un pays montagncux et coupe }>ar la mer. Un, peuple ainsi dispose et situe n'est pas pousse d'une maniere immediate a ehercher une seule source universelle de 1'etrc. La terre fertile, le soleil viviliant, la mcr agitee , la source limpide, la tempete indomptable, ehaque manifestation dc puissance surhumaine (ju'il eontomplo fait naitro en lui un sen timent distinct de erainte religieuse. Partout il trouve des divinitos qui ne peuvent cependant etre distinguees longtemps par un simple nom des objets dans lcs<|ucls leur presence sc manifeste (i). » C'est la, dans ce culte de la nature, que Ton (1) Vol.1, p. 184. — 209 — j trouve, selon Fauteur, le premier degre de developpement de i la religion grecque ; et il lui approprie de suite Invocation d'Agamemnon , qu'il semble ne considerer que comme un specimen de « toutes les traces de la religion primitive, que | Fon peut trouver dans la derniere mythologie grecque. » II ; 1'identifie aussi avec la periode pelasgique d'Herodote, et inter- ! prete ses « divinites sans nom » par « puissances invisibles. =• | Cette interpretation, dit-il, « a en elle-meme unc grande pro- | babilitc, » et il la confirme « par 1'exemple des anciens Perses.;» II continue ensuite d'apres Fexemple , mais non selon la | theorie d'Herodote , « a tracer la marche par laquelle cette ! simple croyance a etc transformed en ce systeme complique i de la mythologie grecque. » Herodote , comme nous Favons 1 vu , en avail appele a la religion de FEgypte et aux poetes. Le docteur Thirwall rejette Fopinion que FEgypte ait exerce | aucune influence directe dans la transformation. II s'appuie i (Fabord sur la bonne raison que le renseignement vint des pretros de ce pays , qui n'etaient ni familiers avec la theologie I grecque ni temoins impartiaux dans line question touchant de si pres leur honneur national ; et ensuite , ce qui est certaine- ment de la nature de la preuve, que la mythologie offre tres- peu d'elements etrangers. Cependant, quoiqiril la considers comme d'origine indigene , il n'accordera pas a Herodote que les poetes aient etc ses auteurs , ni que son objet et ses cere monies fussent allegoriques , ni que Fon puisse trouver son origine et son interpretation cachee dans la philosophie. II regarde cette opinion comme u repugnant a toute analogic aussi bien qu'a toute preuve intrinseque. » II conjecture en conse quence que la mythologie s'est formee par le developpement graduel des idees et des sentiments populaires , qui ont ete revetus d'une forme en ce qui regarde les personnes , h s fonctions et les relations mutuelles des divinites , par plusieurs generations de bardes sacrt3S , et specialement dans le cours de Fage heroique ; et ensuite il met en contraste la periodic heilenique. qui comprend le siecle heroique, avec la pcriodo pelasgique. — 210 — Pen apres il de'bat la question do savoir si los sacrifices huinains cntraient dans la religion des CRTS, point qui a etc contests a cause du silence d'llomcre a re sujet, et il conclut avec raison qu'un pared silence u nr saurail ebranler au plus le'ger dcgre I'autorilc des nombreu^cs legendes qui les con- statent: • que dans 1'lliade meme , douze Troyens sont immolos par Aehille a I'oinhre ou a la memoire de Pat rock1. En outre, 1'idee de rendre propice line divinito oflensee, ou 1'exemple d'autros peuples. pmixaient condnirea eette superstition cruelle, ct I'oflrande non sanglante de pcrsonnes \i\antes, (jui etait d'un usage fort ancicn , pouvait, sans qu'il vent contradiction avec les moeurs de I'age hcronjuc , elre changce en unc offrande Qui niera tajtistegse de ees conclusions? Cependant combien dies soul inde'pendantcs do fails precis! Si res conclusions sont admissible* quand il s'agit de \nes speculatives sans importance, pourquoi ne serait-ec pas un devoir d'accepter cellos auxquelles on arrive en suivant la memo melbode do raisonnement quand il nous cst commando d'agir? 8. Heercn, auteur dont nous avons deja parle, apres avoir passe en revue d'une manicrc minutieuse I'elat . los monuments et le commerce de Meroe, Unit par observer « que les premier* sieges du commerce furont au^si les premiers sieges de la civili sation (i). » Quand nouscxaminons les preuve< de cette <: grande conclusion qui , dit-il , s'impose en quclque sorte a nous , :> nous voyons quYlle consist!* simplement en ceci : que les villes dont il a parle etaicnt tout a la fois des centres de civilisation et do* marcbes do commerce. II n'est mis en avant aucun fait qui puisse nous aider, par le procede quo lord Bacon appellerait nn expwimenfnm cmcis, a savoir si c'est le commerce qni a conduit a la civilisation ou la civilisation qui a conduit nn commerce. II adopte cependant, commejerai dit, la premiere de ees deux assertions , et il 1'appuio sur un argument qni repose purement sur une pre'somption : « recbange des mar- (I) Hist. Re?., vol. IV, p, 475, Oxf. ir. — 211 — ichandises , observe-t-il , conduisit a rechangc dcs idees, et par 'ctte friction mutucllc fut d'abord allumee la flamme sacree dc I'humanite. » Xous n'avons pas a determiner ici si ce raisonnement esl Correct on ne Test pas. On pent avancer avec plausibiiite en sa a veil r que, des besoins auxquels satisfont respectivement le Commerce et la civilisation, ceux que satisfait le commerce sont le beaucoup les plus urgents , et ont vraisemblablement attire a premiere attention. Lcs aliments sc recommandent a nous ;vant les livres. II est neanmoins remarquable qu'Heeren, au ieu de se donncr la peine d'apporter quelque preuve plus lirecle que ce qui se trouve dans les mots que nous avons cites ie lui, nous avail deja suggere unc premiere bypotbese qui lous faisait tout a fait sortir dc cette alternative : a savoir que la eligion a conduit a la fois au commerce et a la civilisation. II usiste , commc sur Tun des trois grands fails qu'il a prouves . lie les principaux marcbes etaienl aussi « des etablissements "une caste sacerdotale, qui, commc race dominante, avail son iege principal a Meroe (i), » d'ou elle envoyait dcs colonies qui leur tour devenaient les fondalrices de villes et de temples , et ;ir suite d'etats ; u casle donl la civilisation se liait a la reli- ion (2), )» donl la reputation de piete et de justice se repandit leme cbez les Grecs (3), « donl les progres en architecture , et ans un certain degre clans les arts de la peinture . sont encore n des plus grands problemes , quoiqu'une des plus grandes ertitudes ; et, d'un autre cote , « qui , en envoyant ainsi fonder es colonies, guida les progres du commerce. » Ici encore , pour prouver que le commerce a dependu de la jligion, quelque ingenieux et satisfaisanl quf1 soil Tauleur, il a galement rccours a des arguments qui s'appuient sur des resomplions, comme quand il a chercbe a prouver que la vilisalion a decoule du commerce. Sa preuve consisle seule- ':(!) Page 471. ': 3) Page 475. $) Page 477. inoiit en ccrtaincs preemptions puissantes, par example , quo le eommoree en Orient doit s'etendre a 1'oinbre de la religion, presumptions conlirmees par des exeinples tires noa de Fanti- quite, mais des temps modernes. (les pays (i), dit-il, sont div deserts samaijes babites par des trilws nomades ; il n'y a d( nrite pour le cominereant quo dans les lieux saere's. La reli gion , en outre, est nn prineipe de joic, et exige, pour etn pratiquee convonablouient, la possession des biens de ee nionde i js loires sont naturolloinont des assemblies tout a la fois devote et commerrantes. Lcs caravanes de pelerins sont des caravanc commerrantes. La Mecque est encore le siege de la religion e dn eommeree. > La rapidile avee laquollo tine localite s'e'lev rn Orient, quand elle a une fois obtenu un sanctuaire qui attir les pelerins, et devient par ee nioyen un lieu de commerce Mirpasse tonte croyance (2), » ainsi que nous avons vu grandi de nos jours Tenta, ville du Delta. JUirkhardt (:>) a trotive u etablissoment do jirelres, de cinq cents maisons , a Darner, dan Tile do Moroe' , qui e'tait aussi un etat eomnieroant. Cos iiomme revet us d'un oaracterc saero sont I'ohjet d'une grande vene ration de la part de lours sauvages voisins , ct deux d'entre euj aeeompngnerent sa caravane comnie gardes. « II serait in saire, ajoute-t-il, d'avoir une force armee, pour passer ici, i! Ton n'e'tait pas assiste par (|uol(jn'un de cos bommes religieux. ; •V 1'aide de ces presomptions et de cos paralleles, il pens arriver avee une force suffisante a la proposition innnediat <]u'il a avancee , s'il pent produire eomnie preuve un on dot' fails distinots, tol que le fait probable que le ce'lebre temp d' Vnnnon otait aussi un lieu de balte pour les caravanes. poursuit sans doute cette metbode de raisonnement , en sraj puyant sur ce prineipe non avone , mais tres-raisonnable , qu e.st absurde de demander ce quo Ton est sans espoir d'obtenii (.). Moshcim nousfournira un dernier exemple dc cette men metliode de raisonnement. II fait preceder sa dissertation : « /| (1) Page Vi8. (2) Page 449. (3j Page 425. — 215 — \tarbata per recentiores Platonicos Ecclesid, >» d'un avertissement ipour dire qu'il nedonne qu'une esquissede la corruption alleguee !et des raisons par lesquelles on doit la prouver ; il songe cepen- dant a donner certainement au moins une esquisse. Ce qu'il a icntrepris de montrer est un fait, le fait d'une vaste influence exercee sur 1'Eglise par la philosophic neoplatonicienne , soil qu'il. arrive a Felablir par des preuves directes , des exemples , dcs lemoignages , des causes existantes qui le renferme , ou par des resullats qui le supposenl, ou par des circonstances qui le I font presumer ou presager. Nous avons besoin de la prcuve lactuelle, s'il est possible, d'une action precise; il nous faut itrouver que certains principes erronnes, qui ctaientd'abord dans ile ne'oplatonisme, out passe , en fait, du neoplatonisme clans FEglise en la corrompant. Voyons maintenant jusqu'a quel point !il repond a notre demande si raisonnable. Nous voyons a la superficie de Fhistoire que Fecleetisme a t lexiste dans 1'Eglise avant qu'il flit question dela secteeclectique. ! Les ouvrages d'Athenagore qui nous restcnt, et ceux auxquels i Mosheim nous renvoie, montrent que ce philosophe etait eclec- 'tique, c'est-a-dire qu'il s'etait approprie, quand il etait chretien, i les meilleures opinions tirees de toutes les philosophies. Saint Clement, encore, donne expressement ie nom de philosophic par excellence, « non a la philosophic sto'icienne, platonicienne, : epieurienne ou a celle d'Aristote, » mais «c a la reunion de tout ce qu'il y avail de bon dans chacune, » ou < a un systcme eclec- 'tique, »'en se servant precisement de ce mot. Tandis que quel- i ques Chretiens parlaient contre la philosophic, lui, au contraire, la representait comme une preparation au Christianisme. En outre, Ammonius, le fondateur de la secte neoplatonicienne ou edectique , contemporain de saint Clement , etait chretien et ! avail etc eleve a 1'ecole des cathechistes d'Alexandrie. Par la i nature meme du cas dont il s'agit , le principe de Teclectisme i doit avoir etc mis en pratique par 1'Eglise des le commence ment, et aucun chretien ne pouvait etre philosophe, a moins \ que ce ne fiit d'apres ce principe : car le christianisme traitant du mcmc sujet que la philosophic pai'enne, ne pouvait eviter de — 214 — jugcr les tentative* do ses diverses SIM les, et do pronoucer jus- qif a quel point tello avail raison et idle autre avail tort. C'est une maniere d'envisager le sujet prtind facie quo nous devons tnwver dans Mosheiin, et il essaie dc le faire en maintenant qu'un certain Potamon , philosophe eclectique, qui vivait a la fin du deuxiemc siecle, etait reellement de 1'epoque d'Auguste, et qu'il preceda le christianisme, supposition que Brucker et an t res out refutee. II observe aussi qu'Athenagore, comnie nous 1'avons vu, etait eclectique apre.s etre entre dans 1'Eglise. en vue apparemmcnt de suggerer qu'il etait eclectique avant d'y entrer. II ajoute quo saint ("lenient a dit que la vraie philo sophic etait reclectisme, connne si cet aveu inipliquait la pre- M-nce d'une ecole d'eclectisine paien7 et que Pantenus ayant ele appele, avant d'etre ehretien, stoicien par un auteur e( pythagoricien par un autre, n'apparlenait prohablement n aticune de ces ecoles, mais qu'il professait les principes eelec- ti(jiies. Puisque les philosophes Chretiens, dit-il eneon elaient dans I'lisaire de suivre les stoiciens en morale, Aris- tole en dialeclique et Platon en iheologie , ils etaient par consequent corrompus par reclectisnic paien; et, en outre, saint Vugustin avouc certainemenl que les philosophes sont entres dans ri^glise sans abandonner leur paganisme, parce qu'il parle des platoniciens qui deviennent Chretiens en elian- «?eant quelques expressions de leurs doctrines et quelques-uos de leurs sentiments; enlin les opinions piatoniciennes d'Origeiu^ elaient bien connucs, et ses disciples furent neanrnoins eleves aux plus hautes digniles de 1'Eglise d'Orient. .\ousavons le droit tie demander quelquc prohabilite ante- rieure, ou quelquc specimen de preuves montrant que certain principe etait dans la secte neoplatonicienne avant de sc irouver dans 1'Eglise calholique, et qu'il est passe de la premiere dansj la derniere. En supposant meme qu'il y cut eertaines antici pations de celte secte dans les deux siecles qui precederent sa naissance, ce qui cst loin d'etre prouve, Mosheim n'avancc aucune preuvc du rapport ou de la corruption dontil est question. II traite ensuite en detail des maux interieurs et exterieurs — 215 — que le neoplatonisme a infliges a FEglise : nous n'avons pas a nous occuper des derniers. En ce qui rcgarde les maux interieurs, il parle de Thistoirede Synesius, an cinquieme siccle, qui, quoique philosophe platoni- ?lcn , fut consacre eveque sans renoncer a ses opinions • et nsuite il renvoie a 1'auteur heretique des Clementines, pour jmontrer « le mal que la sagesse des Alexandrins a cause aux interets Chretiens. » II compare alors les fraudes et les mensonges des pa'iens et des heretiques; la doctrine de pieuse fraude, soutenue par 'ecrivain juif que nous venons de mentionner, par les anciens pretres de 1'Egypte, et par Pythagore et Platon; en outre, les nombreux ecrits apocryphes des premiers siecles et les faux recitsdes miracles, avec le principe de reserve sanctionne par Origene, saint Chrysostome et Synesius, jusqu'au temps de saint Augustin . afin de prouver que le principe de reserve venait des extravagances philosophiques. En dernier lieu , il s'occupe a soutenir que le platonisme a introdifit clans 1'Eglise des opinions erronees sur la liberte humaine , Tetat des morts , Tame humaine , la sainte Trinite et autres doctrines qui se lient a celle-ci , la contemplation chre- tienne et rinterpretalion de TEcriture; des pratiques vicieuses. ien fait de rites et d'usages, comme le jeune , 1'abstinence et la continence ; mais il ne donne neanmoins aucune preuve de ces assertions. II est clair que dans tout ce laborieux essai, il n'y a en lout ique deux assertions qui tiennent de la nature d'un argument en faveur du fait .que 1'auteur se propose de prouver: 1'une, qu'Ori- Igene dit avoir introduit les doctrines platoniciennes dans ses 'ecrits; 1'autre , que Synesius est accuse de n'avoir pas renonce a son platonisme en devenant eveque. De ces deux assertions , 1'exemple de Synesius est un fait isole, tandis qu'Origene n?a ijamais ete soutenu par 1'Eglise , meme de son temps, et n'a pas de liaison directe avec les neoplatoniciens. Si Ton demande comment un esprit si net et si sense que celui !que denotent les ecrits de Mosheim peutraisonnerd'unemaniere — 2-16 — si faible, la reponse cst facile a donncr. II rcgarda commc chose admisc quo les doctrines ctlcs usages eatholiques etaient errones. et , dans ce cas, eommc il y a ressemblance entre les doctrines eatholiques et les doctrines philoFOphiques. il y a certaincmeni une trcs-forte presomption pour penser (jue les doctrines catho- liques etaient tirees des doctrines philosophiques. Dans le cours de sa dissertation, il s'occupe en consequence a arranger et i\ interpreter les faits dcl'liistoirc scion cctte these, el il ne cherc-hc pas a prouver la these par les faits. Ces exemples peuverit sufTire commc eclaircisscments d'un< mcthodc de raisonncmcnt, ordinaire et neccssaire quand les faih sont rares, souvent facile a dinner dans la bonne voie , mai> tres-frequemment dilficile et dangereusc, ouverte a de grands abus, et dont le succos ou la non-irnssitc dependent beaucoup plus de celui qui 1'exerce que des regies que Ton peut poser poui la diriger. Si cette methode est delicate et douteuse quand or s'en scrt pour prouver la croyance catholique, elleest hien moinj certaine et bien nioins satisfaisante dans les cas nombreux 01 estappliquee a des rccbercbes scientifiques et historiques. CHAPITRE QUATRIEME. iCLAIRCISSEMElNTS A I/APPUI DE I/ARGOIENT EN FAVEUR DES DEVELOPPEMENTS DU CHRISTf ANISME. Personne ne pretendra nier que le corps de doctrine qui >orte aujourd'hui le nom de catholique ne soil tout a la fois la 'ontinuation historique et logique du corps de doctrine qui avail v nom dans les dix-huitieme, dix-septieme , seizieme siecles , :t ainsi de suite en remontant successivement de siecle en siecle msqu'au temps des apotres. Que ce soit par suite d'un develop- jpement corrompu ou regulier, dirige d'apres une logique saine pu trompeuse, la religion actuellement nominee catholique a >uccede a la religion appeiee eatholique dans les temps primitifs: elle la represente et est son heritiere. Je pense que personne non plus ne niera, apres avoir suivi 1'enchainement des pensees que nous venons de conduire a une conclusion, que les doctrines qui constituent la religion catho lique actuelle ne soient primd facie les developpements corrects, vrais et fideles des doctrines qui les ont precedees et non pas leurs corruptions. II faut convenir aussi que Ton aurait besoin d'invoquer centre cette religion quelque chose de bien fort pour demontrer qu'elle est materiellement corrompue , et que dans sa substance elle n'est pas apostolique. Nous avons a faire maintenant un pas en avant , a appliquer a ces doctrines dites catholiques, si favorablement recommandees a notre attention , les marques que nous avons deja decrites , et a 1'aide desquelles on peut distinguer entre un developpement et une corruption; c'est-a-dire que nous ferons cette application BlBLIOTH. HIST. 6e A»TEE. Ier OUVR. 19 — 218 — dans la mcsurc juste ct raisonnable qui nous est clemandee p; la ressemblance de fidelite qu'elles out do prime abord av( leurs originaux. II scrait micux dc dire quo nous allons indiqw comment ccs marques doivem etre tppliquees; car c'cst la toi c«- que Ton peut attcndre dans unc entreprise comme celle-ci. SECTION PREMIERE. APPLICATION DE LA PREMlfeRE MARQUE DE FIDELITY DANS LN DEVELOPPEMENT. L'Eglise des premiers siecles. Nous avons (lit qu'un d^veloppement fidele conserve \'id\ i'.wHticllc du sujet d'ou il cmane, ef qifau eontraire une corru; tion la perd. Ouelle esl done la veritable idee du (lliristianismi l^i-ellc eonscrvee dans les dcvcloppements, communeme) * aj»pelrs eatboli(jues, dans TEglise ou ils se coneentrent el qi Ateeigne? Nous devons observer ici, suivant unc remanjue faitc precc demment, que les formes et les types des creations divines i viuraient, strictement parlanf, etre precises : ce sont des fait IVr-oime ne peut definir tin cbene, un aigle, un lion, on tor autre objet qui attire notre attention et excite exterieuremei notre admiration. Nous ne pouvons que les decrire. Nous mull plions les proprietes ou les qualiles qui nous frappent dans c< objeis, et nous imprimons par la stir 1'esprit, aune maniei, anal\ii(pie, une image de ce que nous ne pouvons rendre pbil< >opbiquemcnt. Suivons la meme voie avcc 1'Eglisc. Prenons- telle que lemonde la voit avec ses dix-buit siecles d'existenci ct telle que le monde 1'a vue jadis dans sa jeunesse; examiner ensuite s'il y a une grancle difference cntre la premiere et i derniere description que Ton donne d'elle. L'expose suivant fei comprendre ma pensee. II existe unc communion religicusc qui pretend avoir un mission divine, qui appelle heretiquesou infldeles tous les autn 9IQ A 1 c/ )rps religicux existant autour d'elle. Cette communion est bien rganiscc, bien disciplined ; elle forme line sorte de soeiete crete, dont les membres sont lies ensemble par des influences - des engagements qu?il est difficile a des etrangers de preciser. ,lle est repandue dans tout le monde connu. Elle peut etre lible ou insignifiante dans une localite; mais elle est forte dans i>n ensemble par la cohesion de ses parties. Si elle est plus elite que d'autres corps religieux mis ensemble, elle est plus msiderable qu'aueun d'eux pris isolement. Elle est Fennemie. iaturelle des gouvernements qui lui sont etrangers ; elle est itolerante, usurpatrice , et elle tend a former la soeiete sur un jouveau modele ; elle viole les lois , divise les families. On la ;>presente comme une superstition grossiere ,* on Faccuse des times les plus revoltants; elle est meprisee par 1'esprit clu jour ; 'le effraie 1'imagination du grand nombre. Une seule commu- ion religieuse repond a cette esquisse. Placez cette description devant Pline ou Julien; placez-Ia evant Frederic II ou M. Guizot. « Apparent dirce fades. » haeun d'eux connait tout d'abord , sans faire de question , ce ue Ton veut designer par la. Un objet, un seul objet renferme i)us les details de cette esquisse. I/aspect exterieur du Christianisme primitif, aux yeux des imoins qui lui sont etrangers, nous est presente dans les iescriptions courtes et vives de Tacite, de Suetone, de Pline, j» seuls ecrivains pa'iens qui en aient fait mention dime laniere precise durant les cent cinquante premieres annees de pn existence. Tacite est amene a parler de la religion chretienne a 1'occa- ion de 1'incendie de Rome, que le peuple imputait a Neron. Pour mettre fin a ce rapport , dit-il , il rejeta la culpabilite ur d'autres, et leur infligea les plus cruels chatiments, a ceux j.ommement qui etaient vus avec horreur a cause de leurs pipes (per flagitia invisos) , et qui etaient populairement ppelt3S chre'tiens. L'auteur de cette profession de foi (nominis) ;tait le Christ, qui, sous le regne de Tibere, fut puni de la ;>eine capitale par le procureur Ponce-Pilate. Cette funeste — 220 — superstition (cj-iliabilis super stitio) , quoiquc ivprimee un ins taut, apparut de nouveau, ct cela non-seulement dans la Juclce premier siege du mal , mais dans la ville menie ou les chose atroces ou hontcuses (atrocia aut pudenda) affluaient de toute les parties du inonde et prosperaient. Ouelqucs Chretiens qu furent pris avouerent le crime, et alors, sur leur rapport, ui grand nomhrc d'entre cux furent convaincus, non pas tan d'avoir mis le feu a la ville que de hainc centre le genre huniai; (ocUo hutnani generis). » Apres avoir decrit leurs tortures, i continue : « En consequence, quoiqu'ils fussent coupables, c meritasscnt un chatiinent exemplaire , on commenca a le prcndrc en pitie , comme s'ils etaient tues , moins en vue d I'utilite publique que pour salisfaire la barbaric d'un sei homme. » Suetone rapporte les memes evenements en ces termes « Les chretiens , une classe d'hommes professant une supers tition nouvelle et tenant a la m&$\e (superstitionis novceetmalt /iaa) furent frappes des pcines capitales. » Le contexte ajout encore an caractere de ce passage; car il figure dans renuraej ration des diverses mesurcs de police domestique prises pa Neron, tclles que « le conlrole des depenses privees, la defcns aux auberges de servir de la viande, la repression des conic- tations entre les comediens , et ccrlaines garanties pour assure^ Tintegrite des testaments. » Quand Pline etait gouvcrncur de Pont, il ecrivit a 1'empereU Trajan sa lettre celebre ou il dcmandait conseil sur la maniei dont il dcvail trailer les chretiens qu'il y trouva en gran nombre. Un des points sur lesqucls il hesite cst de savoir si 1 seul fait de professer le Christianisme n'est pas en lui-mem suffisant pour justificr le chatiment; « si le nom meme devra etre puni, quoiquc celui qui le porte soil innocent d'actes con pables (flagitici), ou si c?est sculeincnt lorsqtril les a reellcmei commis. » II dit avoir ordonne qu?on executat ceux qui perse veraient dans leur profession apres avoir recu des avis reiterei «t ne doutant pas, dit-il, quel que soit d'ailleurs le culte qu'i professent, que 1'obstination et la resistance inflexible ne dussei — 221 — ;-tre pimies. ;» II exigeait qu'ils invoquassent les dieux , qu'ils kaerifiassent du vin et de 1'encens devant 1'image de 1'empereur •t qifils blasphemassent Jesus-Christ, « ce a quoi, dit-il, on issurc qu'on ne peut forcer aucun veritable chretien. » Des renegats Favaient informe que « la totalite de leurs fautes ou iJe leurs crimes se reduisait a se reunir avant 1'aurore certains ijours fixes pour cela , a repeter ensemble certaines formules (carmen) en 1'honneur du Christ, commc s'ils s'adressaient a un idieu, eta se Her par serment, non a faire quelque mauvaise action, mais, au contraire, a ne pas commettre d'escroquerie , de vol, d'adultere, a ne pas trahir la confianee et a ne pas nier un depot. Apres ccla, ils etaient dans 1'habitude de se separer, etde se reunir de nouveau pour prcndre un repas tous ensemble d'une manierc inoffensive, n II ajoute et fonctionnaires imperiaux parlcnt encore plus clairement. Ik associaient evidemmcnl le Christianisme aux superstition orientates, soit qu'elles fusscnt propagees par des individu.' isoles, ou reunies en un rite qui, a cette epoque, parcourui i'cinpire, et joua un role sircmarquable en dctruisant les former nationalos du eulte , et en preparant ainsi la route du Chrisiia- nismc. Telle est done la maniere grossiere dont les paiens instruits voyaient le Christianisme , et s'il cut etc , dans son apparenec exterieure, tres-difiercnt de ces rites et de ces curieux , ils ne 1'auraient pas confondu avec eux. Par une disposition providenticlle, les changemcnts sociaux sont ordinairement precedes et facilites par la production dans 1'esprit et les sentiments des homines d'une certaine tondancoi vers le changement qui doit s'operer. De meme qu'avant lai tern pete on voit tourbillonncr en 1'air des substances legcrcs qui Tannoncent, ainsi des paroles et des actes qui presagent, mais ne determinent pas une revolution qui approche , sont par avance en circulation dans la foule, ou passent a travers le; champ des evcnemcnts. C'est surtout ce qui cut lieu avcc lei Christianisme, ainsi qu'il convenaita sa haute dignite. II arriva annonce et escorte d'une masse d'ombres, ombres de lui-meme, impuissantes et monstrueuscs comme le sont des ombres, mais qui d'abord ne pouvaicnf pas etre distinguees de lui par les, spectateurs ordinaires. Avant la mission des apotres , un mou- vemcnt, dont il y avail eu anterieurement des paralleles, qui tcndait a la propagation a travers Tempire de formes de cuke nouvelles et particulieres , avail commence en Egypte, en Syric et dans les pays voisins. II circulait des propheties qui annon- caienl tin nouvel ordre de choses venant de TOrient et qui augmentaient Tindecision existant dans 1'esprit du pcuple. Des prelendants iirent des tentatives pour satisfaire ces besoins de | nouveaute. De vieillcs traditions de la vcritc, incorport3es depuis j des siccles dans les religions locales ou nationales , donnerent a ces tentatives une forme doctrinale et rituelle, qui devint un point de plus de ressemblance avec cette verite qui devait bientot apparaitre aux yeux de tous. Le caractere distinctif des rites en question consiste en ce qails font appel aux sentiments de tristesse plutot qu'a ceux de joie et d'esperance, et en ce qu'ils influencent 1'esprit par la crainte. Les notions de culpabilite et cF expiation , de mal et de bien a venir, de rapports avec le monde invisible , dominaient en eux sous une forme ou sous une autre , et formaient un contraste frappant avec le polytheisme classique , jovial et gracieux comme il etait naturel de Fetre dans un siecle civilise. D'un autre cote , les nouveaux rites etaient secrets ; leurs doctrines etaient mysterieuses ; en les professant on se soumettait a ur>e discipline, qui commencait par une initiation formelle, se ! manifestant par Fassociation et s?exercant dans la privation et la peine. Les inities formaient par la nature meme des circon- 1 stances des societes de proselytisme , puisqirils s'elevaient en puissance; ils n'etaient pas enfermes dans une localite, mais errants, sansrepos; ils envahissaient et usurpaient. La preten- tion de ces rites a etre regardes comme une science surnatu- jrelle les fit facilement confondre avec la magie et Fastrologie, qui ont autant d'attraits pour les gens riches et libertins que les superstitions plus vulgaires en ont pour le bas peuple. Tels etaient les rites de Cybele, dlsis et de Mithra; tels iaussi etaient ceux des Chaldeens7 comme on les appelait com- munement, et ceux des Mages. Ils vinrent d'une partie du monde et se repandirent durant le premier et le deuxieme siecle, avec une active perseverance, jusqu'aux extremites du nord et de 1'ouest de FEmpire (i). On a trouve en Espagne , dans la Gaule et en Bretagne, aussi loin que le mur de Severe, des traces des mysteres de Cybele , divinite syrienne , si le lameux temple d'Hierapolis lui etait dedie. Le culte dlsis etait (1) Voir Muller, de Hierarch. et Ascetic. — Warburton, Div. Leg., 11, 4. — Selden, de Diis Syr. Acad. des Inscriptions, t. Ill, Hist., p. 296, t.V, Mem., p. 63 ; t. XVI , Mem. , 267. — Lucien , Pseudomant. Cod. Theod., IX , 16. — 224 — In plus repandu do toutcs les diviniles pa'iennes; il elail admis dans 1'Ktbiopic , dans la (Jermanie, et meme ['imagination a fait remontcr jusqu'a lui Ic nom de Paris. Les deux eultes avaicnt, comme la science de la magic, lours colleges de prelres et d'aililies, gouvernes par un president, ct qui etaient entivtenus par les reveniisdes Cerines. Lenrs processions allaient de \ilie en ville, mendiant sur leur chemin et faisant des pro- seKles. Apulee racon^e ([u'un pretre de (Xbele saisit un fouet et, s'accusant de quelque faute, se fouetta publiquemenl. (les charlatans , circulutarcs on agyrtw dans le langage classiquc , disaient la bonne avenlure el » sont des expressions familieres aux lecteurs de Tacite. L'empereur Othon, patron avoue d coulumes orientales, prit part aux ceremonies d'lsis, et consulta les astrologues. \ espasien, qui les consulta aussi, est connn en lCp:ypte comme faisant des miracles a Finspiration de Serapis. Tihere, dans un edit, classe ensemhle « les rites egvptiens et juifs; » Taeite et Suetone . en le constatant, parlent des deux religions a la fois , eomnij «; ea supcrstitio (i). » Angnste les avail deja associecs comme des superstitions illicites, en les metlant en contraste a\ce d'aulres scctes qui etaient aussi d'une origine etrangerc. «c Quant aux rites etrangers (peregrince ccre- fwon/o?), dit Snetone, comme il avail plus de reverence pour ceux qui etaient ancicns et presents, aussi meprisait-il tons les autre.s (-2). ;> II dit ensuite , que meine en rendant la justice il (1) Tacit., Ann., ii, 85, Suetone, Tib^re, 30. (2) August. , 93. — 227 — avail reconnu le caractere des pretres d'Eleusis, aux mysteres desquelsil avail ete initie a Athenes; «tandis qu'en voyageant en Egypte il avail refuse de voir le Dieu Apis , el avail approuve son petil-fils Caligula d'avoir passe par la Judee sans sacrifier a Jerusalem. » Plularque parle de la magic comme s'associant aux lugubres mysteres d'Orphee el de Zoroaslre, aux Egyptiens et aux Phrygiens , et dans son Traile sur la Superstition , il reunit dans un meme membre de phrase , comme specimen de cette maladic de 1'esprit, « de se souiller de fange, de se vautrer dans la bone , de chomer les sabbals , d'avoir des tenues mal- seantcs , de faire des proslernalions , d'adorer des dieux etran- gcrs (i). » Ovide, dans une serie de vers, fail menlion des ceremonies « d'Adonis pleure par Venus, » « du sabbat des juifs syriens , » et « du temple d'lo a Memphis , ou la deesse est vetue de ses habits de lin (2). » Juvenal parle des ceremo nies , du langage , de la musique des Orontes syriens , comme ayant envahi Rome; et, dans la description qu'il nous fait des superstitions des femmes romaines , il place les juives grossieres qui disaient la bonne aventure entre les pretres fastueux de Cybele et d'Isis , les sortileges sanguinaires des aruspices arme- niens et Fastrolosde des Chaldeens (3). c \ / Le chretien ayant ete dans le principe regarde comme une espece de juif, etait, a cause meme de ccla, enveloppe dans la haine qu'excitait ce nom , et compris dans toules les mauvaises associalions qu'on reprochail aux enfants degeneres d'lsrael. Mais peu de temps suffit pour faire comprendre clairement qu'il etait tout a fait distincl du peuple maudil, ainsi que les perseculions memes le montrent; le chretien se tint sur son propre terrain. Aux yeux du monde cependant son caractere ne changea pas sitot. Les Chretiens avaient encore part a la faveur et au reproche, comme les partisans des rites secrets et de la magie. L'empereur Adrien, distingue comme il Test par son caractere curieux, et connu pour prendre part a tant (l)De superst., 3. (2) De Art. Am., i, init. (3) Sat., iij, vj. — 228 — de mysteres (i), croyait cependant quc les Chretiens d'Egypte se permettaient le culte de Serapis. Us sont mcles a la magic d'Egypte dans I'histoirc dc la legion communement appelee fulminante, a tel point, quc la pluie providentielle qui vint au secours de 1'armee de 1'empereur et que 1'Eglisc a expliquee par les prieres des soldats chretiens, est attrihucc par Dion- (lassius a un mage egvptien qui 1'obtint en invoquant Mereure et autres esprits. Cotte guerre avail cie 1'occasion d'une dcs premieres reconnaissances officielles dont ITjat ait favorise les rites de FOrient , quoique depuis longtemps les liommcs d'etat etles empereurs } eussent pris part comme simples partieuliers. L'empereur Marc-Aurele avail ete pousse, par la crainte des Marcomans, a recourir a ces innovations etrangercs, et Ton dit; qu'il employa les mages et les Chaldeens afin de prevenir une issue malheureuse de la guerre. II nous faut observer que lej Christianisme cut sa part de protection dans Tappui croissant qui fut accorde a ces ceremonies dans le troisicme sieele. Lai rhapelle d'Alexandre Severe possedait les statues d'Abraham, d'Orpbee , d'Apollonius , de Pythagorc et de Notre-Seigneur. Ici , comme dans le Juda'isme de Zenobie, unc philosophk e^clectiqueaida au rapprochement des religions. Mais immediate ment avant Alexandre, Heliogabale, qui n'etait pas philosophe.i tout en intronisant son idolc syrienne , tout en observant let' mysteres de Cybele et d'Adonis, tout en celebrant ses cere monies de mai^ie avec des victimes humaines , etait aussi danii vJ * 1'intcntion , suivant Lampride , d'unir avec son abominable superstition <'les religions juive ct samaritaine, ainsi que le riu ehretien , de telle sorte que les pretres d'Heliogabale pussen embrasser les mysteres de tous les cultes (2). » De la, plus 01 moins , viennent les recits qui se trouvent dans I'histoire ecc!6 siastique relatifs a la conversion ou au bon vouloir pour \\\ foi chretienne des empereurs, d'Adrien, de Mammee, mer< d'Alexandre, et autres personnes, independamment d'Helio gabale et d'Alexandre Severe. De tels recits ne signifient souvcn (1) Tertul., Ap. 5. (2) Vit. Hel.,3. — 229 — wire chose, sinon que les cmpereurs favoriserent le Christia- risme parmi d'autres formes de la superstition orientale. Ce que nous avons dit suffit pour presenter a Fesprit un fait listorique qui en verite n'a pas besoin de preuves. L'Orient ivait renouvele ses empietements sur les religions etablies de 'Europe, et avail produit une famille de rites qui attirait de iiiffe'rentes manieres 1'attention des hommes politiqucs , des voluptueux, des ignorants, des hommes indeeis, on tourmentes le remords. Suivant le besoin on designait le nouveau culte t ;ous les noms d'Armenien, de Chaldeen, d'Egyptien, de Juif, ie Syrien , de Phrygien , et le monde qualifiait ses ceremonies :le superstition, de barbaric, de jonglerie, de magie. Dans ?ette compagnie apparaissait le Christianisme. Ainsi done , ;juand trois ecrivains bien informes appellent le Christianisme ane superstition et une superstition liee a la magie, ils ne se servaient pas de mots inusites, on d'un langage injurieux; mais ils le decrivaient en termes precis et recus ; ils en parlaient c'omme d'un culte qui etait en parente avec ces religions obs cures , secretes , odieuses , meprisables , qui jetaient tant de trouble dans toutes les parties de 1'empire. L'impression faite sur le monde par les circonstances de la naissance du Christianisme recut apres coup une sorte de con firmation par 1'apparition des heresies gnostiques et autres , qui sortirent de TEglise durant le second et le troisieme siecle. Leur ressemblance en fait de rituel et de constitution avec les ceremonies orientales, et quelquefois leur parente historique iavec elles est incontestable. Certainement c'est une sinsjuliere C-/ ico'incidence que le Christianisme soil d'abord appele une super stition liee a la magie par Suetone , et qu'il se trouve ensuite , is'il n'y avail rien dans cetle religion qui put donner lieu a une pareille accusation , en compagnie intime , et selon les appa- rences, le pere d'une multitude de superstitions se rattachant a la made. c_/ La famille gnostique (i) fait commodement remonler son (1) Voir TillemoDt, Mem., et Lardner's Hist. Heretics. BlBLIOTH. HIST. Ge ANNEE. Ier OIVU. 20 — 250 — origine a une race mixtc qui avail commence son histoire en associant rOrientalisme et la rc\ elation. Apres la captivite des dix tribus, Samarie fut coloniser par des « homines de Baby- lone, de Cushan, d'Ava, de Hamath, et de Sepharvaim, • qui, sur leur dcmandc, furcnt instruits dans « le culte du dicu du pays » par un des pretres de I'eglise de Gcroboam. Ce fait eul pour consequence « qu'ils craignirent le Seigneur et servirent leurs propres dieux.j> Cost de ce pays qu'etait Simon , le pre- tendu patriarche des Gnostiques, et il est represente dans les actes des apotres comme cxcrcant la puissance de la magic, qui emit le caractere principal des mystercs d'Orient. Son heresie, quoique divisee en une multitude de sectes, fut repandue suij If inonde avec une universalite qui ne le cedait pas a celk du (^hristianisme. Saint Pierre , qui se rencontra avec lui originairement en Samarie , semhle Tavoir retrouve a Home. Saint Pohcarpe rencontre a Rome Marcion de Pont, dont le? ^(•ctaircs etaient repandus en Italic, en Egypte, en Syrie, en! Arahie et en Perse. Valentin a preche ses doctrines a Alexandrie, a Rome et a Chypre ; et nous voyons que ses disciples etaient repandus a Crete, a Cesaree, a Antioche et autres parties de rOrient. On trouve Bardcsanes et ses disciples dans la Meso- potamie. On parle des Carpocratiens a Alexandrie, a Rome etj dans la Cephalonie; les disciples de Basilidc etaient repandus dans presquc toute 1'Kgyptc ; et les Ophites etaient , a ce qu'il parait, dans la Bithynie et la Galatie; les Ca'initcs ou Caiensi en Afrique, et les Marcosiens dans la Gaule. On peut ajouter a cellos que nous venous d'enumerer d'autres sectes, qui? sans; etre precisement de la famille gnosti([ue, s'associent cependant a elle par leur date, leur caractere et leur origine. Airisi les Ebionites de la Palestine, les Corinthiens, qui parurent dans: quelques parties de 1'Asie mincurc, les Encratites et les sectesi de cette famille qui s'etendirent de la Mesopotamie a la Syrie, a la Cilicie et autres provinces de FAsie mineure, et qui pas- serent de la a Rome , dans la Gaule , 1'Aquitaine et 1'Espagne ; enfm les Montanistes qui , avec une ville pour metropole dans la Phrygie, se sont etendus de Constantinople a Carthage. — 231 — «Quand (celui qui lit Fhistoire clu Christianisme) arrive au ieuxieme siecle, dit le Dr Burton , il voit que les doctrines des (inostiques etaient professees, sous une forme ou une autre, ians toutes les parties du monde civilise. II trouve ces sectaires Dartages en ecoles frequentees en aussi grand nombre et avec mtant de zele qu'aucune de celles dont la Grece et FAsie pour- •aient se vanter dans leurs plus beaux jours. II rencontre des ioms qui jusque-la lui avaient ete totalement inconnus , et qui ;xcitaient autant de sensation que ceux d'Aristote et de Platon. 1 entend parler d'ouvrages qui ont ete ecrits pour defendre la louvelle philosophic et dont auctm n'a survecu jusqu'a nos ours (i). » Plusieurs des fondateurs de ces sectes avaient ete :hretiens ; quelques-uns etaient d'origine juive ; d'autres etaient blus ou moins affilies aux rites du Paganisme , avec lesquels ieurs propres ceremonies avaient une si grande ressemblance. ilontan semble meme avoir ete un pretre tronque de Cybele ; es partisans de Prodicus declaraient posseder les livres secrets le Zoroastre , et la doctrine du dualisme que professaient un i grand nombre de ces sectes doit remonter a la meme source, tasilide semble avoir reconnu Mithra comme FEtre-supreme, le )rince des anges ou le soleil, si Mithra est le meme qu'Abraxas , lorn inscrit sur ses amulettes. D;un autre cote, on dit qu'il vait etc instruit par un disciple immediat de saint Pierre , et Valentin par un disciple meme de saint Paul. Marcion etait le fils lim eveque de Pont, et Tatien un disciple de saint Justin, martyr. Quelle que soit Fhistoire de ces sectes , quoique ce puisse etre me question de savoir si elles sont proprement appelees des uperstitions , et quoique plusieurs d'entre elles aient compte les hommes instruits parmi leurs disciples ou leurs propaga- ('urs, eiles ressemblaient de tres-pres, du moins dans leur profession et leur rite , a ces mysteres paiens que Fon colpor- - Les Marcosiens etaient surtout adonnes aux curieuses pratiques qui sont aussi iutribuees a Carpocrate et a Appelle. On rapporte que Marcion pi autres se sont sen is de 1'astrologie. Tertullien dit en parlant 1'une maniere generale des sectes de son epoque : « Les here- iques font un commerce infame avec les sorciers , les charla- i;ants , les astrologues , les philosophes , c'est-a-dire des gens ]ui s'occupent de questions curieuses, et se parent de ce nom. ills repetent partout : « cherchez et vous trouverez (4). » Tels furenl les Gnostiques; ils avaient une apparence qui P ressemblait suffisamment a celle de TEglise chretienne , pour jue les spectateurs qui lui elaienl etrangers et qui avaient •'xmtre eux des prejuges, fussent-ils philosophes comme Celse :t Porphyre , ou pris dans la foule , les confondissent avec 'Eglise dans les derniers temps de 1'epoque anteniceenne, de neme qu'ellc fut? dans la premiere partie de cette periode, :onfondue avec les mysteres pa'iens. II peut arriver qu'une appreciation commune touchant une (1) Burton , Bamptori Lect. , note 44. (2) Montfaucon , Ant. , t. II , part. 2 , p. 353. j (3) Haer. , 1 , 20. (4) De Prsescr. , 43. — 234 — : sonne on un corps soil purcmcnt accidentelle ct n'ait aucun fondcincnt; mais clans cc eas elle no dure pas longtemps. Telles furent les calomnics sur les reunions des Chretiens , dans les- quelles on les accusait de eommetlre des inipurrlcs el de manger les enfants , calomnies qui etaient presque eleinles du temps d'Origcne, et qui avaient pu naitre de ce que le monde confon- dait ees reunions avec les ceremonies pa'icnncs et hcreliques. Mais quand line appreciation passe de siecle en siecle, elle de- vient certainement I'indice d'un fait , et correspond a dos ([iialites precises de 1'objct auquel elle se rapporte. Dans ce cas.! les ineprix-s inenies instruisent; car elles s'allient a la verikU et nous pouvons en rendre compte. Souvent ce qui parait unej meprise est simpleinent la facon particuliere dont un temoin; porte son temoignage, ou Hmpression qu'un fait produit sur: lui. Tel homme est naturelleinent dispose a censurer dans iiiie; circonstance ou tel a ut re sera an contraire enclin a donner dosi eloges; la ineme action excite I'enthousiasme d'un esprit, tandisi qu'clle souleve le inepris d'un autre. Ce qui parait de la magna-' nimite a cclui-ci, n'est que du romantisme pour cclui-la; unc1 iroisiemc personne n'y verra que de 1'orgueil; line quatriemd de la prctention ; tandis qu'aux ycux d'unc cinquieme le fait sera! simpleinent ininteliigibie. II y a cependani dans ces temoignagea isoles une certainc analogic qui nous donne unc idee dc ce ai quoi la chose ressemble et de ce a quoi elle ne resscmble pas.j Quand on sait que la superstition est le cote caracterisiique d'un homme, on pent etre a peu pres sur de ne le trouver ni plato- nicien ni epicurien; et les mots meines (jui ont une signification] amhigue, comme atltee ou reformateur, sont susceptihlcs d'une interpretation sure, quand nous savons qucl est 1'homme qui les prononce. II y a de meme un certain rapport general entre la magic et le miracle, 1'obstination ct la foi, Finsubordinationj et le zele pour la religion , le sophisme et le talent del'argumen- tation, la ruse ct la douceur. Occupons-nous a contempler lo reflet, si Ton pent s'exprimer ainsi, du Christianisme primitif dans le miroir du monde. Les troisecrivains. Taeite . Suetone et Pline, 1'appcllenl unc u superstition ; » or, cette imputation n'est pas donnee acci- dentellement, car elle est repetee par un grand nombre d'ora- teurs et d'ecrivains posterieurs. L'accusation relative aux ban quets, dans lesquels on accusait les Chretiens de se nourrir de la chair des enfants ? dura a peine line centaine d?annees ; mais tons les temoins paiens que nous pouvons invoquer, accusent 1'Eglise de superstition. Le controversiste paien dont il est question dans Minutius appelle le Christianisme : « Vmw el demens super stttio. » Le legiste Modestinus parle, en faisant une allusion apparente au Christianisme , « d'esprits faibles qui sont terrifies , super stitione mi-minis. » Le magistral paien demande a saint Marcel si ltd et les autres Chretiens ont laisse* de cote les u vaines superstitions , » et s'ils venerent les dieux qu'adorcnt les empereurs. Dans Arnobe, les paiens parlent dti Christianisme u comme d'une religion execrable et portant mal- heur, pleine dlmpietes et de sacrileges, corrompant les rites etablis anciennement par ses superstititions nouvelles.;* L'adver- saire anonyme de Lactance Tappelle *t tm-pia et vilis superstitio. » L'inscription de Diocletien a Clunie avait etc faite, ainsi qu'elle jleporte, a Toccasion de u 1'extinction totale de la superstition des i chreticns et de Fextension du culte des dieux. » Maximin, dans sa lettre sur 1'edit de Constantin , 1'appelle une superstition (i). Que signifie Tepithete ainsi attachee au Christianisme du consentement unanime des paiens qui font autorite ? Elle ne peut certainement pas avoir pour objet de designer une religion Idans laquellc I'liomme etait libre de penser ce qui lui plaisait, iOtj il se trouvait degage de tout frein, soit de Tignorance, de la Jcrainte, de Tautorite , ou des pieuses fraudes. Quand les ecri- vains paiens appellent les rites orientaux des superstitions , iis emploient certainement ce mot dans son sens moderne; on ne | peut surement pas douter qu?ils ne Fappliquent au Christia- jnisme dans le meme sens. Mais Plutarque nous explique le mot superstition avec etendtie dans le traite qui porte ce nom : - De tous les genres de crainte . dit-il , la superstition est te (1) V. Kortholt, dans PI. el Traj., Epp. , p. 152 ; Comm. dans Minut. F., etc. — 230 — plus fatale a 1'action et a 1'csprit d'cntrcprise. Celui qui ne na- vigue pas ne craint pas la HUT; celui (jiii n'est pas engage dai> le senice militaire n'apprehrnde pas la guerre; eelui qui reste dans son interieur ne eraint pas les volenrs ; le panvre n'a pas a redouter les flattcurs ; I'honimc prive est a 1'abri de 1'envie. I/habitant des (iaules ne eraint pas les trembiements de terre , pas plus et ^cttn'osus Ih'tis :• des stoiciens (i). » Assiuvnient la pensee de Taeite, de Suctonc et de Pline elait la ineinc. Dc la Ic rcproche adivssc si | sou vent aux Chretiens d'etre credulcs ? csprits faibles et pauvres ! d'intelligenee. Leurs asentiment an hasard et sans raison,» en disant: »•- \e vous inlornii'Zpas, inais cro\ez. » II dit ailleurs: « Us ctabli>sent (ju'il nc laut laisser approcher aucnn homme instruit, sage on sense; inais qu'il faut rcccvoir avec coniiancc rhommc ignorant, faible d'esprit, semblable a un enfant. En avnuant que ccux-ci sont dignes dc lour Dieu, ilsdesircn (''\ideniment (parce qifils nc sont pas capables d autrc cliose) eonvcrtir les sots, les csprits vuliiaires , slnpidcs, laches, les fennnes et les cnfants. » 11s « trompcnt les gens simples ct les oondnisent on ils vculent. » Us « s'adrcsscnt aux jcunes gens, aux domestiqucs et aux faibles d'esprit. >» Ils « s'cloigncnt des porsonnes instruitcs connnc de sujets improprcs a leurs impos tures, et les paysans dcvicnncnt leurs dupes (r>). 5, Le magistral (1) Itaque imposuistis in ccrvicibus nostris sompiternum dominum , quern dies et noc'es timeremus; quis enim non timeat omnia provideutem et c^- lantern et animadvertentem ct oinnia ad se pertineve putantem , curiosum , et plenum negotii Deum ? — Cic., de Nat. Deor, i , 20. (2) Min. , c. n. Lact. v, I, 2. Voir Arnob., ij, 8, etc. (3) Origen. contr. Gels. , i , 9 ; m, 4i , 50 ; vi , 44. — 259 — )aien dit an martyr Fructueux : « Toi qui, en qualite d'apotre, •epancls une nouvelle fable , en disant que les jeunes filles nconstantes peuvent quitter les bosquets et abandonncr Jupiter, ondamne, si tu es sage , le symbole des vieilles femmes (i). » Tout cela nous explique les epithetes d'aventurier, de char- atan. d'enchanteur, d'imposteur, de sophiste, de sorcier, jetees ux hommes qui ont enseigne le Christianisme; tantot afin de endre compte du recit ou de Tapparence de leurs miracles; uclquefois pour expliquer letir succes. On disait que JVotre- ieigneur avail appris en Egypte le secret de la puissance miracu- 2use dont il etait done ; les adveraires d'Eusebe (2) lui donnaient 3s epithetes de « magicien, de charlatan, d'irnposteur, d'aven- urier , d'enchanteur • » ils u adorent ce sophiste crucifie , » :it Lucien (3) ; « Paul qui surpasse tons les sorciers et impos- 3urs qui ont jamais existe , » tel est le portrait que Julien nous onne de 1'apotre. Saint Justin dit a Tryphon : « Vous avez nvoye precher dans le monde entier qu'une certaine secte thee et sans lois est venue d'un nomme Jesus , imposteur de Jalilce (4). » « Nous connaissons ? dit Lucien en parlant des lhaldeens et des mages , comment le Syrien de Palestine , qui st le grand sophiste en ces matieres , guerit les lunatiques qui e presentent a lui les yeux contournes , la bouche couverte 'ecume , et les renvoie gueris , en les debarrassant de leurs :iaux, moyennant un grand prix (5). » « Si quelque magicien , lomme habile et sachant mener les choses , venait pres d'eux , [it le meme ecrivain , il obtenait bien vite de 1'argent et faisait nsuite la grimace a ses dupes (e). » L'officier qui gardait sainte }erpetue craignait qu'elle ne s'echappat »' a Faide d'enchante- jients magiques (?). » Quand saint Tiburce eut marche sur des harbons ardents , son juge s'ecria que Jesus-Christ lui avail (1) Prudent, in hon. Fruct. , 37. i (2) Evan. Dem. , m , 3 , 4. (3) Mori. Pereg. , 13. (4) Chap. 108. ; (S)Philop.,16. ; (6) De Mort. Pereg., ibid. (") Ruin., Mart. , p. 100, 594 , etc. — 240 — enseigne la magic. Saintc Anastasie fut jetee en prison comme donnant des rcmcdes secrets. La populace criait contre saintc Agnes : «•• Finissons-en avcc la sorcierc, tulle mayam, tollc ma- leficam ! ;> Ouaud sainl Bonosr et siinl Maximilicn souflrircntla poix brnlante sans sYmouvoir. les Juil's et les (icnlils s'ecrierent: Isti mnyi et male/h'i. « Onelle nonvelle illusion, dit le magistral pa'ien a I'occasioD de saint llomain , a amene cos sophisies a nior le. culte des dieux? Comhien ce chef de sorciers, capable par *on charme (carmen) thessalien de se rire du cliatiinent, se moque dc nous (i). >» Nous pouvons, dc ce qui precede, tirer la signification du mot carmen dans le sens ou Pline I'cmploie. Onand il parlc des (v.hreiiens, « disant ensemble un carmen an (Christ comme a un Dieu, » il cntend a pen pres ce (pie Suetone rend par « niatefuxi supcrstitio (*). » Le< expressions de ce dernier ccrivain et dt; i Tacite sont encore cclaircies avec plus de precision et, je puis dire, d'unc maniere plus particuliere , par certaines clauses du code de Tbeodose, qui seinblent montrer qne ces bistoriens ru faisaient qu'cmployer de- ( \j>ressions et des phrases consaciw en cxprimant 1'idee (jn'ils avaient du Christianisme. Tacite, por exemplc. nous dit : « Qitos per flay it ia inrisos, vulgw cJiristianos oppfUabtt; et la loi contre les sorciers ct les astro-i logues parle dans le code dc ceux, <; quos ob facinorum maym-* tudinem rulyus maleficos appellat (3). j» En outre, Tacite accuse les Chretiens de Yodium humani f/eneris, ce qui etait le trai caracteristique d'nn Iiommc pratiquant la magic; or, les loi; appellent les sorciers, « humani yeneris hostes , » « human (1) Prud. in hon. Rom., v. 404 , 86S. (2) Nous avons dans la Philopairis des eiemples de carmina attribues aur chretiens. (3) Goth, in Cod. Th., t. V, p. 120, ed. 1665 Ailleurs : « Qui malefic vulgi consuetudine nuncupantur. » Leg. 6. Ainsi Lactance : v Magi et ii quo: >ere maleficos vulgus appellat. » Inst. , ij , 17. « Quos et maleficos vulgu1 appellat. » August., Civ. Dei, 1.19. « Quos vulgus mathematicos vocal. > Hieron. in Dan., c. ij. Vid. Gothof. in loc. D'autres lois parlent de ceuxquj etaient : n maleficiorum labe polluti . » et des « maleficiorum scabies. » meris inimici j » « natures peregrini, •<> « conimums salutis istes (i). » Ces passages nous fournissent 1'explication de mots qui ont ;cite une grande surprise chez certains ecrivains modernes , .ii ne s'expliquent pas qu'un historien grave, instruit, comme itait Tacite , ait applique aux Chretiens des epithetes qui jissemblent fort a des injures. Et cependant quelle difficulte lulevent ces expressions , si Ton suppose que les Chretiens ;aient regardes comme des magiciens et des astrologues, et que j'S derniers passaient pour etredes homines intriguant en secret pntre le gouvernement etabli; qu'ils etaient les instruments jhommes politiques perdus, les ennemis de la religion etablie, js propagateurs de fausses rumeurs , les auteurs d'empoison- pments et d'autres crimes? Paley, apres avoir cite quelques-uns jis plus beaux et des plus entrainants passages de saint Paul , i3crie : «Lisez ceci et songez ensuite a «Yexitiabilis super stitio.» \ exprime ensuite le desir , «c en dissertant centre les auteurs juens , d'opposer nos livres aux leurs (2), » comme s'il s'agissait ji de livres. Les hommes publics se soucient fort peu des livres. 2S beaux sentiments , la plus lumineuse philosophie , la plus rofonde theologie, Tinspiration meme, sont choses qui les iuchent peu ; ils s'occupent des faits et ne se soucient que des its. La question pour eux, lors de la propagation du Christia- sme, etait de connaitre la valeur, de savoir quelle etait la f ndance de la communaute chretienne dans 1'Etat? Ils ne nquietaient guere de ce que les Chretiens disaient et pensaient. eux-ci auraient pu exhorter a la paix , a Fobeissance passive ;i ternies aussi forts que possible, sans qu'on en tintcompte; ais ce dont les hommes d'Etat se preoccupaient alors comme jijourd'hui , etait de savoir ce qu'ils faisaient, de connaitre leur )sition sociale. C'est bien peu de chose que de renvoyer les ;(1) Tertullien mentionne aussi 1'accusation de « hostes principum Roma- rum , populi , generis humani , Deorum , Imperatorum , legum , morum , iturae totius inimici. » Apol, , 2 , 35 , 38 , ad Scap. , 4 , ad Nat. i , 17. •(2) Evid. . pan. ij , c. 4. BlBUOTH. HIST. 6eAN^E. Ier OUVR. 21 liommcs du monde aux veriles nl>strnitcs ou aux premiers prin cipes; un hommc d'Etat appreeio les partis, les socles, le ccrivains, seulement par le cote qui le louche. II a pour e genre de jugemcnt 1'a'il exerec, ct il est pen vraisenihlabl qu'il se troinpe. « Qu*est-ce quo la verite? » a demande Pilat en plaisantant. Les justifications , (}ucl<}iie eloquentes et vraie qti'elles fussent, ctaient inutiles auprcs d'un magistral romain mntre I'instinct si $ur qui lui faisait redouter le Christianisme (I'etait en efiet un ennemi dangereux pour toute puissance qi ne s'appuyail pas sur lui ; le magistral le sentait, cl 1'evenemeii ;j justilie son apprehension. Nous ne devons pas perdrc de vue le caractere bien conni| (hk 1'Ktat romain dans ses rapports avec ses sujets. II cut des 1| prineipe uue extreme meiianee des soeietes secretes. II elait prc a conceder une tolerance large et sur une vastc echelle; ninis; ainsi qu'il en est avec les gouvcrnements modernes, il dcsiraij avoir une juridiction et une autorite supremes sur chaqu; mouvement du corps politique et de ses membres : songeon aussi quo ses instilulions ctaienl basees sur sa religion et c de[)endaient cssentiellcmcnl. Toute innovation hostile au pa ^anismc, c'est-a-dire au culte elabli , elait en consequend roprimeo avec rigucur, si elle n'avait pas 1'aulorisaliori de lj loi. C'est pourquoi cetix <[ui pratiquaient des superstitious «m siorcs, des mysteres, la magie, Taslrologie, elaienl mis au ba de la societe, et se trouvaient dans une situalion analogue. Ton peul se permcllre celtc comparaison , a cello qu'occupci chez nous les contrebandicrs et les braconniers , ou peut-eti; menie les voleurs et les brigands de grand chemin. Dans k romans , Ton fait quehjucfois demander au voleur de notr epoque pourquoi la majorite d'un peuple lierait la minorile , < pourquoi il serail justiciable des lois qu'il ivobserve pas. Malgij cola le magistral, quoiqu'il desire en realile que lous les homnu i^agnent leur vie ct prospcrcnt, en suivant toulefois les voi(| l<3galomcnt sanctionnecs? s'appuie sur la puissance de la force: et fait pendrc ou doporter ceux qui cherchent a se soustraire ' son autorite. Les Remains appliquaient cette regie a la rcligior — 243 — ardncr protcste centre Implication quc Pline fait cles mots j opiniatrcte et obstination inflexible , » en parlant cles chre- ensde Pont. « Ce sont la en verite des paroles dures, dit-iJ, jrt mal appliquees a cles hommes cjiii etaient prets a se laisser uivaincre et desireux cle clonner satisfaction a leurs ennemis, s'il •ur eat ete pcrmis de parler (i). » II dit ensuite : u II me semble ue Pline a agi dime maniere arbitraire et injusle dans la laniere clont il a traite las Chretiens de sa province. Quel droit vait Pline cFagir cle la sorte? En vertu cle quelles lois punissait- | les Chretiens de mort ? » Mais les remains avaient toujours rule les sorciers et banni pour la vie les personnes qui les Dnsultaient (2). C'etait line vieille coutume. Les nouveaux ivsteres leur paraissaient plus specialement suspects , parce ue, des qu'ils n'etaient pas acceptes par la religion etablie , ils :ponclaient en realite a ce qui peut etre appele un besoin clu mips. Les Grecs d'une epoque anterieure avaient naturalise licz eux les mysteres d'Eleusis et autres , qui etaient venus de Egypte et cle la Syrie, et ils avaient peu a craindre d'une ouvelle invasion qui clevait venir clu meme cote: cependant, icme dans la Grece , comme le dit Plutarque , les carmina es disciples errants de Cybele et cle Serapis, mirent 1'usage cs vers hors de mode, et par suite les reponses des clieux irent donnecs en prose. Les oracles ne tarclerent pas a cesser )ut a fait. L'incredulite generale, qui prevalait dans toutes les lasses au sujet des fables mythologiques de Caron , de Cerbere t du royaume des chatiments , contribuait aussi a accroitre la -ilousie clans Tesprit des Remains (5). Nous savons quelle opposition rencontra dans Rome m^me h philosophic de la Grece ; il est assez naturel que 1'aversion les hommes d'etat et des legistes qui veillaient sur la consti- ution fut plus grande encore pour les ceremonies cles Barbares. La religion etait le point d'honneur romain. « Les Espagnols . (1) Heathen Test., 9. I (2) Gothof. in Cod. Th., t. V, p. 121, (3) Cic. pro Cluent., 61 ; trad, de Gieseler, vol. I, p, 21, note 5. Acad. Inscr., 34. Hist., p. 110. it Cieeron . pouvoni rivali- \ on nombre. les Gau lois en 1 phys - Carthaginots en adi ilans los arts. K-s ludiens ot los Latins on bon sens: mai- Romains surpassent touti s les nations on | it on devotion Ino de lours lois portait : One porsonne n'ait dos dioux pou son usage personnel . ni n'adore on parlieulier dos dieux nou i moins qn \ no soiont aeeeptes par 1'autorit publiqiu . . i sonat intordit a Lutatius (3), a la fin de 1 niiere cnorro puniquo, do ronsulter h> " • '?$ Prcrnestim iime itant >'a alienigena. •• Qnolques annoos api ce consul prit la baoho ot commonoa a dotruiro los temple d'Isis ot do Serapis. Dans 1 - >ndo iiuerre puniquo. lo sons ordonna la restitution dos //',/•/ n ; ou precatioiies et d tout eerit relatif a Tart dr -. Quand . a uno epoqu posterieure. on deeouvrit une lois etran . aux eonspirations et aux reunion- s& retes (4). « > souffrez pas. ajoute-t-il. que Ton renie los dioux ou que I'oi pratique la soreellerio. • Lo jurisoonsulte Julius Paulus etablit comme un des principes fondamentaux do la loi romaine. qut ceux qui introduiscnt dos rtlii:i«'ii> nouvollos. qui n'ont pas e(< mises a 1'epreuve , doivent etre degrades, et mis a mort appartiennont aux elasses inlerioures de la societe (s). Nou.- (1) Pe Harusp.Resp. 9. _ De Leg., ij. 8. Acad. loser., ibid. Neander, Eccles. Hist, tr., vol. I, p. 81. Muller. p. 21 , 22, 30; Terlull., Oi. tr., p. 12, note p. (\u"il cst formellemeDl ordonne par une loi de iiitin que les aruspices n'exerceraient pas leur art «;n kecret, et il existe une loi de Valentinien pour defendre durant la nuit I- et la luo^ie. Mais ce qui se rapporte plus jlirectement a 1'objet que nous avons en vue , c'est le zele a uel Trajan n>i-tait aux htt&rice ou societes secretes. A tel :it que lorsqu'un incendie devasta la Nicomedie. etque Pline ui proposa en consequence (i; de former un corps de cent {uante pompiers, il fut effraye de ce precedent, et s'y opposa. que nous avons dit fait ressortir un autre point de vue sou? riffjs de 1 Orient devaient deplaire au gouvernement :iain : c'est que ces religions parcouraient le monde et fai nt du proselytisme. II eut pu tolerer des superstitions etran- 5, qui eussent ete profess^t-s par des provinces ou des pt •»lace> sous sa juridiction : mais faire du proselytisme au protit •'uoe religion jusque-la incoonoe, former en son nom un nou- i parti, et propager a travers 1'empire cette religion — qui petait pas seulement locale, mais universelle. — c'etait com- nettre? a la fois un crime contre Tordre et la raison. L'Etat rait avoir la paix partout et redoutait les changemen; *aussi. suivant Lactance. ceux qui avaient en horreur lareligi mblique. transmise par leursancetres. etaient justement punis. t ils 1'avaient merite (2). II est assurement impossible de nier que les Chretiens tn r assemblant dans un but religieux. ne violassent une loi solen- iclle. un principe vital de la constitution romaine. et tel est le our sous lequel les liistoriens et les pbilosopbes de 1'empire en- geaient leur conduite. C'etait la un acte hardi de la part ci lisciples du grand Apotre. qui a commande d'obeir aux pii; Dances etablies. Ils en viennent avec le temps a resister a Tauto- "ite des magistrats . resistance qui presente? d'apres la thi. jiecequ'on appelle aujourd'bui le Principe Volontaire (To/o/<- / Principle) un phenomene inexplicable. La justification < (1; Gibbon . Hist., ch. 16 , note 1 i . •2 Epit. Instil., oo. — 246 — (rite desobeissance s'appuie simplcment sur la necessite dc se soumetlre a rautoritc superieure dc quclque loi divine; maissi le Chnstianisme ctait, dans son essence, simplement un culte prive ct personnel , comine heancoup de gens le penscnt aujourd'hni , il n'y aurait eu aueune espece de necessity a ce que les Chretiens s'assemblassent. Si, au contraire, en se reunissant pour ce'lebrcr leur culte et la sainte communion , ils obeissaient a un commandement indispensable , le Christia- nisnie, dans cecas, impose une loi au monde, et il entre for- mellement dans le champ de la polilique. Gibbon rapporte que par suite de 1'edit de Plinc, * la prudence des ehretiens leur fit suspendre leurs agapes; mais qu'il leur etait impossible de supprimcr 1'cxercice du eulte public (i). » Nous ne saurions tirer nous-memc unc autre conclusion. Trois cents ans plus Uml les ehretiens semblcnt avoir adnih une violation de la loi plus rcmarquable encore. Nous citcrons a ee sujet le docteur Burton. Apres avoir parle dc 1'rdit de Maximin, qui prenait des mesures pour la restitution des terrcs et de tous les batiments qui leur avaicnt ete confisqucs : « II < clair, dit-il , d'ajires les lermes de cet edit, quc les chretir avaient possede pendant quelque temps des proprietes. II s'ru de maisons et de terrains qui n'avaicnt pas appartenu aux indi- vidus, mais au corps entier. II serait impossible que le fait dc ces possessions ait cchappe a I'aUcntion du gouvernement ; mais il semble qu'il ait eu lieu en violation directe d'une loi de Diocletien, defendant aux corporations ou aux associations qui n'etaicnt pas legalenient reconnucs , d'acquerir des propriety Les ehretiens ne fonnaient certainement pas un corps reconnu par la loi au commencement du regne de Dioclcticn, et Ton pourrait presque penser que eel edit fut specialement rcndu centre eux. Mais il est probable que cctte loi centre les corpo rations fut eludec , ainsi qu'il arrive a bien d'autrcs lois fondecs sur la tyrannic et contraircs aux premiers principes de justice. Nous devons supposer que les ehretiens avaient achete des (1) Gibbon , ibid. Orig^ne ndmet et defend la violation des lois : Oux i TX vsvo/xaaeva 7rom n'ait uneconsonnance barbare. de mamais augure , a nioins (jn'il nc soil ineome- nant on indecent. Si Ic Tibiv drhorde, si Ic j\il n'ari'osc pas les champs, si lend reste immobile, si la tcrrc cst ebranlce, s'il arrive une famine ou line pestc , aussitot on entend crier: « Le.s cliivtiens aux lions (i) ! >• Le paien Ceeilins parlc des ehretiens en ccs tcnncs dans le ptissap- auqucl nous avons fait allusion: « Gens d'unc faction perdue, sans lois . sans IVein , qui reunissent la portion la plus ijgnorante de la plus ^ile canaille ct les femmes credules seduites a cause dc la faiblesse de Icur sexe; ils formcnt line foule d'im- purs ooospirateurs, lies ensemble par des assemblies nocturnes,; des jeunes solennels, des aliments contre nature ctdes impure les qui leur tiennent lieu de rites sacres. Ils constituent une tribuqtiij M* ci'.cbe ct bait, la lumiere, it«'1 . do pour qu'il it'ait pour consequence lo raffermissement d'uno superstition do vioillo fonuno ou le ronvcrscmont do toute religion. » I.e Cliristianismo apparaissait ainsi aux youx do coux qui ont toinoins do sa naissanee ot do sa propagation. Us voyaiont en lui 1'un do ees rites saiivairos ot harl)aros venus dos antitjues royaunios do la superstition ot envahissant 1'Empirc. Lc Chris- tianisino otait pour ou\ lo poro d'uno i'ainillo do soolos . fidelcs au typo original tiro do 1'K^Npto ou do la Syrie. Cotte religion pnraissait indiiiiio il'iiuo porsonne hion elevee, paroe qu'elle ' (;iisait appol non a 1'intelltgence , niais aux oraintos ct a la i'ai- l)losse do la nature humaino. parce qu'elle consistait , non dans uno jouissanoo rationnelle rt agreable dos bienfaits do la Provi- donoo, mais un tristo inopris do cos hiens. Cottc rolii^ion paraissait horrible, on ce (ju'cllo infligeait ou ordonnait dcs souffrances oruollos; olio paraissait monstruouso ot degoutante dans son indulgence pour les passions, ot, devant conduire par reaction a rimpiete. C/etait, aux \eu\ dos pa'iens, line religion reeourant a la inagie ot aux arts vulgairos, protondus ot reels, qui aocoinpaiiiiont la inagie; olio ainiait lo secret ct n'osait se montrer au grand jour; cllo otait crrante, zelec, faisait du proselytisme, formait contre 1'Etat uno vastc confederation; resistait a son autorito el \iolait seslois. Cettc impression gene- rale pout offrir quelquea exceptions; ainsi, par exemple, la docouvorto (juo fit Plino du genre do vie innocent ot vcrtuous dos ehretiens do Pont; mais coci prouve seulement quo lo Cliris- tianismc n'otait pas la religion iniame quo los paions lo pensaicnt etre; noanmoins cello exception ne ddtruit pas lour croyancc generale en Topinion contrairo. — 251 — On doit convenir cependant que , sous certains rapports , eette maniere de voir le Christianisme dependait beaucoup du temps, et devaitse modifier avec lui. Quand il njy avail pas de persecution , les martyrs ne pouvaient montrer leur attachement a leur foi, et quand FEglise dcvint prospere, elle n'eut pas plus longtemps besoin de caves. Je crois cependant qu'elle continua a paraitre la meme au jugement du monde qui lui restait exte- rieur , tant qu'il y cut un monde exterieur pour la jugcr. Au Iquatrieme siecle, Julien nous dit, en parlant de Notre-Seigneur j et de ses apotres , « ils se contentaient de duper les femmes , les domestiques, les esclav'es, et, par leur intermcdiaire, les epouses et les maris. » II dit ailleurs : « c'est une invention hurnajne icombinee par la malice, n'ayant rien dedivin, mais exploitant (Fune maniere criminelle le cote faible de Tame, Famour des fables, les enfantillages , et presentant une serie de merveilles pour faire naitre la foi. « « Hommes miserables, s'ecrie-t-il ! encore, vous refusez d'adorer 1'ancile, et cependant vous adorez ;le bois de la croix, vous en faites le signe sur vos fronts, et vous le fixez sur vos portes. Est-ce que pour cela on baira les gens intelligcnts qui sont parmi vous , ou prendra-t-on en pitie jceux d'une intelligence bornee qui, en vous suivant, sont alles ! jusqu'a cet exces de perdition , d'abandonner les dieux eternels pour lui preferer un juif supplicie? » II parle ensuite de ce qu'ils ajoutent d'autres victimes a celle qui etait decedee depuis si long- temps. « Vous avez rempli tous les lieux de sepulcres et de monuments funeraires , quoique votre religion ne vous prescrive nulle part de frequenter les tombes et de leur vouer une sorte ; de culte. » II dit ailleurs qu'ils « laissent les dieux pour des cadavres et des reliques. » D?un autre cote, il attribue ies j progres du Christianisme a son humanite pour les etrangers , ! au soin avec lequel il ensevelit les morts, et a une pretendue ; regularite de vie chez ceux qui le pratiquent. Dans un autre i endroit, il parle du soin des Chretiens pour les pauvres (i). (1) Julien, ap. Cyril., pp. 39, 194, 206,335. Epp. , pp. 305, 429,438, ' ed. Spanh. 9X9 mifjk Libanius, profcsscur de rhetoriquc dc Julien , porte le memc temoignage dans ce qu'il dit des Chretiens. II adressait son Discours en favour dos Temples a un Mmpereur ehreticn, et bien qu'en consequence il dut mcsurer son langage, II so laisse copendant entrainer a une appreciation exclusive. II parle de « ces homines veins do noir, =» voulant dire les moines, « qui mangent plus que des elephants , troublent par lours nom- breuses libations ceux qui lour envoient de quoi boire pendant leur cbant , et cacbent ces exces sous une paleur artiiieiellement acquise. » Us «c ont un embonpoint acquis aux depens des autres, (andis qu'ils pretemlent servir Dieu par la faim. » Ceux qu'ils attaquent « sont comme les abeilles, tandis qu'ils sont eux- iucm.es les bourdons. » Je ne cite pas ce passage pour prouver qu'il y avail des nioines dans le temps de Libanius, ce qui ne fait 1'objet d'un doute pour personnc, mais settlement afin de montrer, autant que ses ouvrages le laissent voir, quelle etait j son impression du Chrislianisme. .\umaiitien , au memo sieele, fait, dans un poeme en vers dont il reste un livre, le reeit de son voyage de Rome dans la : Gaule. II reneontra des cliretiens dans deux des iles qui etaient i sur son ebemin. Voici la description qu'il fait de ceux qiril a • trouves sur Tune d'elles : « L?ile est dans un sale etat, vu qu'elle ; est pleine de gens (jui baissent la lumiore. Us s'appellent moines ' parce qu'ils veulent vivre souls et sans temoins. Us redoutent les dons de la nature parce qu'ils craignent ses revers. Ainsi Ilomere nous dit que la melancolie elait la cause de 1'anxiete de Belleropbon , parce qu'npres avoir etc blesse par la douleur, le monde deplut au jeune homme offense. » Numantien trouva sur 1'autre ile un cbretien , qu'il avail connu jadis, homme riehe et de bonne fflmille, heureux dans son mariage, qui, « pousse par les Furies, avail laisse les homines et les dieux, et, exile credule, vivait dans une retraile obscure. Est-ce que ce vil troupeau , continue-t-il , n'est pas pire que le poison de Circee? alors les corps seuls elaienl iransformes ; aujourd'hui ce sont les esprits. » Dans la Philopotris , ouvrage d'un autcur du quatrieme — 255 — uocle (i). Critias est mis en scene tout pale et defait. Son ami ui demande s'il a vu Cerbere ou Hecate, et il repond avoir ?ntcndu line espece de chant inintelligible d'un certain « sophiste rois fois maudit, » qui, a ce qu'il pense, le rendrait fou, s'il j/cntendait encore line fois , et il ajoute qu'il avail ete sur le boint, dans 1'etat ou il se trouvait, de 1'envoyer tete premiere heurtcr centre quclque rocher. Critias se retire ensuite avec interloculeur pour prendre du repos dans un lieu agreable, Dmbrage par des platanes, ou les hirondelles et les rossignols se faisaient entendre, et ou murmurait un ruisseau tranquille. Triephon , son ami , exprime la crainte qu'il n'ait entendu quel- nue enchantement , et il est amene par le cours de la conver sation , avant que son ami n'ait conte son histoire , a lui donner buelques renseignements sur le Cbristianisme , etant lui-meme iehretien. Apres avoir parle de la creation, telle qu'elle est decrite ipar Moise, il arrive de suite a la doctrine d'une providence par- !ticuli(3re qui repugne tant a Plutarque , a Velleius dans Ciceron, ,a Cecilius , et generalement a tous les incredules. « Dieu est aux cieux, dit-il, vcillanl a ce qui se commet de juste et d'in- juste, faisant enregistrer sur un livre toutes les actions, et il jrecompensera les bommes an jour qu'il a fixe pour cela. » Critias repond qu'il ne pent pas concilier cette theorie avec la doctrine admise sur les destins, « meme quancl il aurait ete egare par les ! instructions de son maitre , et initie a des mysteres indicibles. » 11 demande ensuite si les actions des Scythes sont ecrites dans les cieux; car s'il en est ainsi, il doit y avoir un grand nombre •de scribes. Apres avoir echange quelqucs autres paroles clans le cours desquelles la doctrine de la sainte Trinite revient comme au commencement du dialogue, Critias rend compte de ce qui i lui etait arrive. II rapporte qu'il s'etait trouve dans la rue au milieu d'une foule , et pendant qu'il s'adressait a un ami pour .connaitre la cause du rassemblement, d'aulres personnes (chre- j liens ou moines) se joignircnt a eux , et une conversation souvent (1) Niebuhr croit qu'il datedu commencement du dixieme siecle. BlBLIOTH. HIST. 6e ANNEE. I" Ol'VR. -vsierc on obscure s'enjratjcn au sujct, commc Ic suppose (icsner, do ['oppression que Julien laisnit peser sur leschmicm et surtout sur le cleriic. 1/un des Rilerlocuteurs esl un miserable \ieil!;jrd (1'iui « trim plus pah1 que la uiort; » un autre portani un vetement dechire . sans rien a la tele ni nuxpicds, prclcmi ;.\oir enlendu dire a un hommc inal vein M'nant dcis moniaimes. (jui avail Ic sommet de la tele rasee, quc dans Ic theatre sc iron- sail, inscrit d'unc manierc hi£roglyphique Ic noin d'unc pcrsonm s quitter, inais Crnton le pon^S( en arricrc • a rinstiiration de, ce M'I-UX demon. » On le persuadt iiite d'allcr trouver « ees magiciens, ;• dsyowras avOpcina^, (lit Crnton « 1'initieraient a tousles mysteres. ;• II trouve. dans un batiinent dccrit dans le lanira^e dont Hornerc sc sen en parlant du palais de Menclas, « non pas Ilelcne, non . des homines pales el ahattus, » qui demandent s'il y a quelqud mauvai^e nouvcllc ; » ear ils paraissaieut, dit-il, desircr ce <{u'i y a de pire , et se rcjouir des ealamitcs . (Mtmme les Fmies sin les theatres. » Ils lui demanderent des nouvelles de la ville e du nionde: et sur sa reponsc <|ue les choscs allaient tout douee- nient, et semblaient devoir eontinuer ainsi , ils I'roneerent 1( >ourcil et dirent : « La vi'.lc esi en travail d'un penihlc enfante- incut. » • \ous (pii hahitez en haut, rcpond-il , et qui voyei toute chose d'nn point cleve, vous ctcs sans doute done d'unt1 perception suhtile en ees matieres ; mais dites-moi comment csij le ciel ? Le soleil sera-t-il eclipse? Mars se trouvera-t-il ei quadrat avee Jupiter? etc., etc. » 11 plaisante ensuite sur leiu celihat. C.omme ils persistaieut a predire des malheurs a TEtat il leur dit : « Ces malheurs retomberont sur vos propre teles puisque vous ctcs si durs pour votre pays. Vous n'nvcz paj cntendu ees choses comme des extravagances, ct vous n'etcr jpas partisans de Tart incertain de Fastrologie ; mais si vous avez ii'te seduits par les divinations et les conjurations , votre stupidite !n?en est que plus grande ; car ce sont des decouvertes de vieilles Ifcmmcs et des choses dont on doit rire. » L'entrevue approche jiie sa fin; mais nous avons deja cite plus qu'il n'en faut pour montrer quelle notion 1'auteur avail du Christianisme. Tel etait le langage des pa'iens lorsque le Christianisme avait de expose durant cinquante ans aux regards du monde ; et cin- iquante annees plus tard, saint Augustin avait encore a le jdefendre eontre Faccusation d'etre la cause des calamites de H'Ernpire. Quant a 1'accusation de magie , lorsqu'au cinquieme 'siecle les cveques Ariens etaient en discussion formelle avee les leatholiques devant Gungebald, roi bourguignon de France, !nous voyons ces eveques accuser les catholiques d'etre « Prcesti- mat&res , » et d'adorer plusieurs dieux. Quand les catholiques 'proposerent que le roi se rendit a la chasse de saint Juste ou 'les deux partis pourraient Tinterroger sur leur foi respective . lies Ariens s'ecrierent « qu'ils ne chercheraient pas des enchan- itements comme Saiil ; car ils avaient asscz de TEcriture qui etait [plus puissante que tous les ensorcellements (i). » Ils disaient '•ola non pas eontre des etrangers inconnus , ainsi que cela etait 4 rive a Ethelbert, qui avait pu soupeonner de magie saint Augustin et les missionnaires ses freres, mais centre des C_. s liommes qui vivaient au milieu d'eux. Je ne pense pas que Ton puisse douter, si Tacite, Suetone fet Pline, Celse, Porphyre et autres adversaires du Christia nisme , avaient vecu dans le quatrieme siecle , qu'ils n'eussent porte sur le Christianisme un temoignage semhlable a peu pres p celui qui nous est venu d'eux dans les siecles prectidents. jDans Tun et Fautre cas? un pa'ien, homme du monde ou phi- losophe , en aurait etc degoute a cause de ce que sa profession avait d'obscur et de triste , a cause de son air de mystere, de scs * pretentious aux miracles, du manque evident de bon sens qu il poyait voir dans sa regie de vie, a cause de Fincertitude et (1) Sirm. Opp. , II , p. 225 , ed. Yen. divisions qu'il 1'juvusait d'introdiiirc dans le rnondc social ei politique. DC tout co qui precede , jc tire la conclusion suivante : Y a-t-il maintenant dans le niondc unc forme do christia- nismo accusee dc grossicrc superstition, accusee d'emprunter sw rites et M-S continues au paganisme, d'attaehcr unc verlu occulu aux formes el au\ ceremonies ? Y a-t-il une religion rcgardet; coinme pesan! par ses exigences sur 1'esprit qu'elle rend csclavci cominc s'adrcssant aux csprits faiblcs et ignorants, s'appuyanj sur le sopbisme et 1'imposture , commc ctant en contradiction avee la raison, et comme exaltant une foi deraisonnable?Existej t-il uue religion qui fasse voir aux csprits serieux sous un jou j odicux le crime et Ics consequences du peche ; qui donnc au:| actcs Ics plus minutieux de la journee, pris isolcment, ce qu'il j meritent de blame ou d'elogc , et repaude ainsi unc ombre d: tristesse sur 1'avenir? Y a-t-il une religion qui clove jusqu': radniiration rabandou des riehesses , et rendc Ics personnc scrieuscs ineapahlos d'en jouir si dies le voulaicnt? Trouvc t-on une religion dont Ics doctrines, qu'elles soicnt bonnes 01 mauvaises, sont inconnues de la generalite des liommcs; rcli irion qui est rcgardoc comnie portant sur sa physionomie de sillies de folic et de mensongc si distincts qn'un coup d'oei suffit pour les apereevoir, et qif un cxamen niinutieux devien absurde? Y a-t-il une religion reconnuc commc ctant si evi demment mauvaise (ju'on so permct dc la calomnicr an basar ! ct a plaisir ; religion tollc, qu'on croirait faire aete d'absurdite en chcrcliant a repartir iidelement la part de culpabilite qii revient a cliaeun de ses actcs en particulicr, ou en prcnant I. peine de determiner jusqu'a quel point tel de ses recits cst littc ralement vrai, lesqucllcs descs pretentious peuvcnt etreadmisesi ce qui, chez elle, est invraisemblable, contradictoire , ce (jt1 n'est pasprouve, ce qui pent etre deftMulu avec plausibilite? a-t-il une religion telle, que les homines regardent celui qui s' convertit avec un sentiment quc nc fait pas naitreune conversio a toute autre secte , si cc n'cst au Judaismc, au Socialisinc, a Mormonismc, qui le fait regarder avec curiosite, avec soupoon — 257 — ivec crainte, avecdegout , suivant ies eireonstanees , comme si juelque chose d'etrange lui etait arrive, comme s'il avait etc initie quelque mystere, et etait entre en communion avec des gens ixcrcant des influences redou tables, comme s'il faisait partie Tune confederation qui le revendique, 1'absorbe, le depouille ]e sa personnalite , le reduit a devenir simplement 1'organe ou 'instrument d'un systeme ? Y a-t-il une religion que Ies hommes lai'ssent et a laquelle ils reprocbent de faire du proselytisme , '1'etre anti-sociale 7 revolutionnaire , de diviser Ies families, de i-eparer Ies amis , de corrompre Ies maximes du gouvernement, lie se moquer de la loi , d'operer la dissolution de 1'empire , il'etre 1'ennemi de la nature humaine « et de conspirer contre os droits et ses privileges (i) ? » Y a-t-il une religion que Ies liomnies regardent comme un instrument de tenebres et une inpurete appelant sur le pays la colere des cieux? Y a-t-il une eligion que Ton associe a Tintrigue et a la conspiration , dorit pn parle a voix basse , qu'on decouvre par anticipation dans put ce qui est mauvais, et a laquelle on attribue tout ce dont pn ne peut rendre compte ; religion dont le nom , repousse mime un mal, est employe comme une epithete injurieuse, oligion que Ton persecuterait si Ton pouvait pour obeir au sen- iment de sa propre conservation? Si une pareille religion '\iste aujourd'bui dans le monde, elle ne differe pas du Chris- ianisme , tel du moins que Ta vu ce meme monde quand il est (Tabord venu de son divin auteur. SECTION II. L'Eglise du quatrieme siecle. Quand le gouvernement imperial fut devenu Chretien , et hue Ies heresies furent renversees par le bras du pouvoir secu- icr, la physionomie de la chretiente presentait generalement presque la rneme apparence que lors de la premiere propaga- (1) Proph, Office , p. 132. — 258 — don clu Chiistianisme, Ce quo I'lien'-sie des (inostiqucs, i Montunisme , le Judalsme, ct, je puis ajouter, les rnysteres d rOrient, claient a 1'Eiilise nai>sante , d'apres la description qu nous en avons donnce dans la Section qui precede, les beresit dos Manicbeens , dcs Donatistes , dcs Apollinaristcs et dcs seek eontemporaines, lc furent an quatrieme sieele. Ala premier vue, 1'Eglise apparaissait dans cbaqne endroit commc une con inunion religiousc jm milieu d'un grand noinhre d'autres n'ayant qnc liien pen do caraeteres distinctifs 9 si ce n?cst pou I'observateur minulieux. DCS marques exterieures laissaiei voir cepondanl des dillercnccs essenticlles qui existaient a dedans; el do memo quc nous avons deja compare 1'Eglisc dc premiers sieeles aux eor]»s religieux scs rivaux avec lestjuels o la confondait , de memo nous pouvons maintenant la mettre e contraste, dans le cours du quatrieme sieele, avec les sectes qi i'entourenl. (lominont riiomme cjui desirait entrer en commu nion do doctrine et de conlVaternite avec le< apolrcs, devait- proeeder au temps dc saint Athanase, de saint Basile etdcsaii Augustin? Alors, comme a I'opocjue antcniceenne, il y ava bien pcu de parties de Yorbis terranuit qui nc presentassent son choix un certain nombre de, syndtoles et de communions On dit que la Gaule elait alors parfaitement libre d'heresics du moins nous n'en trouvons auenne mentionnee commc a[ partenant a ee pays dans le code Theodose. Mais en Egypte nous voyons que dans la premiere partie du quatriome siecle 1 sehismo des Meleciens com|)tait un tiers de plus d'eveques qu' no s'en trouvait dans tout le patriarcat. En Mrique, vers la fi de ce sieele , tandis ijuc les e\ eques catholiques etaicnt en totf lite 4GG, les Donatistes rivalisaient pres(jiie contre eux en leu1 en opposant 400. En Espagne, le Priscillianisme etait repand des Pyrenees a I'Ocean. Cette heresie semhle avoir etc la rel gion des habitants de la province de Galicie, tandis quo son ai tcur Priscillien , dont la mort avail ete trainee par les Itliaciens etait bonore comme martyr. La sectc detestable desManieheen.' qui so eacbait sous unc variete de noms dans diverses localites n'etait pas dans une condition moins florissante a Rome qu'ail — 259 — j leurs. Rome et FItalie etaient le siege des Marcionites. Les ; Origenistes , aussi , sont mentionnes par saint Jerome comme « amenant line eargaison de blasphemes dans le portde Rome. » i Rome etait le siege d'un eveque Novation , d'un eveque Dona- i tiste, et d'un eveque Luciferien , independamment du pos- i sesseur legitime du siege de saint Pierre. Les Luciferiens, ainsi i qu'il etait naturcl dans les circonstances oil se produisit leur schisme, etaient repandus sur toute la chretiente, de FEspagne | a la Palestine et de Treves a la Libye ; tandis que dans le pays qui lui avail donne le jour , la Sardaigne, centre de cette vaste ramification, Lucifer semble avoir recu les honneurs d'un saint. Quand saint Gregoire de Nazianze commenca a precher a Constantinople, les Ariens etaient en possession de ses cent eglises ; le pcuple leur etait favorable , et apres leur expulsion legale , des edits etaient Fun apres Faulre lances centre eux sans obtenir aucun effet. Les Novatiens y abondaient aussi , et les Sabathiens qui s'etaient separes d'eux, avaient une eglise oil ils prechaient sur la tombe de leur fondateur. En outre , les Apollinaristes, les Eunomiens et les semi-Ariens s'etaient reunis en grand nombre a Constantinople. Les eveques semi-Ariens etaient aussi populaires dans les provinces voisines que la doc trine Arienne Fetait dans la capitale. Ils etaient en possession de la cote de FHellespont et de la Bilhynie , et on les trouvait dans la Phrygie, FIsaurie, et les parties voisines de 1'Asie mineure. La Phrygie, quarticr general des Montanistes, etait couverte par les Messaliens qui, de la Mesopotamie, etaient arrives jusque-la en se repandant , chemin faisant ? a travers In Syrie, la Lycaonie, la Pampbilie, la Cappadoce. Dans FAsiV mineure, les memes heretiques avaient penetre dans les monas- teres. La Phrygie et la Paphlagonic etaient le siege des Novatiens, qui , en outre , etaient en force a Nicee et dans la Nicomedie j ils se trouvaient aussi a Alexandrie , en Afrique , en Espagne , et avaient un eveque rneme dans la Scythie. Toute la partie du pays qui sc trouve situee dc FHellespont a la Cilicie etait a peu pres tombee dans 1'heresie des Eunomiens, et la portion qui setend de la Calicie jusqii'a la Phenicie avait embrasse FApolli- — 260 — narisme. On oonnait bien les desordres do 1'oglise d'Antiochc : nous y voyons la succession d'un eveque Arien disputee par deux pretendants orihodoxes ot un evequc Apollinaristc. La Palestine cnmptah un grand noinbre d'Origenistes , si Ton JKJIH a eette cpoquc les appeler proprement une sccte; la Palestin< 1'Egyple el 1' Arabic etaicnt cou\crtcs de Marcionitcs. Osrhoene elait occupee parlesadeptes de Bardesanesetd'Harmonius, dont leshymnes s'ctaicnt (elleinent substilues aux airs nationaux que saint Ephrem ne trouva pas de nieilleur nioyen de resister a HicivMe (pie d'appliquer ces airs a de nouvelles paroles. Dans neclesuivaat, Tbeodorei parle dans Comagene de reclamer buit villages de Marcionitos, un d'Eunomiens ct un d'Ariens. ( ies avaient des earaeteres Ires-diilerenls. La seiem i'elixjueni'c et le talent raraclerisaicnt les Apollinarislcs, les Manicheeos et les Pelagiens; Tiebonins le donatiste se dislin- • it par ses interpretations de la Bible. Les chefs des seim- Ariens et des Apollinaristes etaient des honimes graves ctd'une eonduite irreproehable ; les Nnvaliens s'elaient ranges du cote des Orthodoxes durant la persecution aricime; les Monlanistes ct les Alessaliens s'adre.ssaient a une population presque })a'ienne. II serait difiieile d'exagerer le fanatisme atroce des Priscillia- nistes, la furie des fennnes ariennes d'Alexandrie et de Constan tinople, et la cruaule sauvagc des Circoncellions. Us avaient k'urs ordres de clerge , desev^ques, des pretres et des diacn lours lecteurs et ministres ; leurs celebrants et leurs ante! leurs byinnes et leurs litanies. Us preebaient publiquemcnt a la foule, et leurs lieux de reunion resseinblaient a des eglises. Us avaient leurs sacristies et leurs cinictieres; leurs fernies, leurs1 professeurs , leurs docteurs , leurs eeoles. On altribuait des miracles a 1'arien Theophile, a Gregoire d'Elvire, le Lueiierien, a un Macedonicn dans Cysiquc, et aux Dona tistes en Afrique. Comment celui qui cherchait la verite pouvait-il arriver a la trouver an milieu de ces enseignemcnts rivaux, et comment le chretien qui la possedait pouvait-il la conserver? Les malbeurs ou les perils des homines vertueux et des saints nous montrent • ombien cette difficulte etait grande. Saint Augustin a etc neuf — 261 — iins Manieheen ; saint Basile a ete durant un certain temps dans ll'admiration des semi-Ariens; saint Sulpice a donne un appui Imomentane aux Pelagiens ; sainte Paule a prete Foreille , et sainte Melanie a donne son adhesion aux Origenistes. La regie (pour se diriger dans le droit chemin etait cependant bien simple, et dans ce siecle du moins , personne ne pouvait sans sa faute jerrer pendant longtemps. L'Eglise est partout, mais elle est une; les sectes sont partout , mais elles sont plusieurs; elles sont independantes les unes des autres et en disaccord. La catho- jlicite est 1'attribut de TEglise, comme Findependanee celui des sectaires. II est vrai que quelques sectes ont pu paraitre presque ;catholiques par leur vaste propagation; les Novations ou les iMarcionitcs se trouvaient dans toutes les parties de FEmpire. et i cependant ce ir etait guere que leur nom ou leur doctrine generate ou leur philosophic qui etait universelle. Les diverses eommunautes qui professaient leurs erreurs semblaient n'avoir ete liees ensemble par aucun lien precis ou determine. L:Eglise pouvait s'effacer ou se perdre pour un temps dans un pays en particulier ; elle pouvait etre mise au niveau d'autres sectes , ou etre confondue an milieu d'elles , quand 1'ceil se bornait a consi- ; derer un point special ; elle pouvait etre attaquee en face clans divers cndroits par une seule et meme heresie ; mais en regar dant autour de Yorbis terrannn , il n'y avait pas lieu de se meprendre sur la communion , qui seule etait en possession de la verite. L'Eglise est un royaumc; une heresie est une famille plutot qu'un royaume. Une famille va en se divisant continuel- I lement ; elle porte ses rameaux au dehors , fonde de nouvelles ! maisons, se propage dans les colonies; chacune de ses branches devient aussi independante que Tetait leur chef : les choses se passaient ainsi avec 1'heresie. Simon le magicien , le premier I heretique, avait etc Patriarche des Menandriens, des Basilidiens, i des Valentiniens et de toute la famille des Gnostiques. Tatien fut celui des Encratites, des Severiens, des Aquariens, des Apotactiques et des Saccophores. Les Montanistes etaient disse- mines sous les noms de Tascodrugites, Pepuziens, Artotyrites i et Quartodecimans. Eutyches, a une epoque posterieure ? donna naissmre aux Discoricns. aux Gaianiles , aux Tlieoilo au\ Aiiuoeios. aux Thcopasrhite>. aux Urphales , aux Semidulites, aux .\ai;raniles . aux Jacobites el autres. (Tost la I'liistoirc unilbrme do 1'heresie. Le patronage de la puissance civile a pu pour un certain temps cnntraricr la loi de sa nature, mais elk reparaissnit aussitot que ('obstacle etait enlev(f>. Lcs Aricib a\aient a peine etc dcpouilles des egliso de Constantinople ci abandonnes a eux-iuemes . (pi'ils se diviserent dans cette vilk «'M i>orotheens , Psahrien< el (/n'licns. i't les Eunoiniens en Theophronieos et r^ui\cliiens. I n ipiart des Donatistcs ne tar- derent pas a devenir .Maxiniiaiii-ics : et il y avail en outn llogatistes, les Priscillianisies . les I rhanistes el les Claudia* nistes. Si le principe heretique Tut si lecond stir un point, on nr doit pas Mippo*cr (pie les .NOvatii'ns ou les Marcionites. Airiquc ou dans rOrient, se crurent obliiiVvs de penser ou d'agii <'onnnc leurs co-sectaires dt: Home ou de Constantinople , ci tu'la explique les variations el les contradictions que presi -ntcni it-s rapports \enus jus(ju'a nous touchant les croyances de CL^ sn-(ts. La memo chose elait arrivee avec les rites pa'iens, l()cr,u> ou erranls, auxijiiels suceeda 1'heresie. Les fonctions des pn (iu cuite etabli etaient des proprieies locales, theologiquemeni anssi independantes 1'une de I'autre qu'elles 1'etaicnt geographi quemont; les compagnies ianaliques cpii se repandaient sur toui! IT^inpire, se dissolvaient et se lonnaient de nouviuui suivam (jue i'exigeaient les circonstances. II en fut ainsi avcc 1'heresie par sa nature ineine , elle elait son propre inaitre, lilirc d I'lianiror, se suilisanl a elle-inenic; il etait pen probable quV; pres avoir secoue le joug de I'Kiilise, elle se souniit a un;1 auto. rite douteuse ou usurpee. Le Monlanisine et le Manichcisim pourraient peut-ctre lournir en quelque sorte une exception a cette reiile generale. Les heresies semblent s'etreaccordees universelleinent sur ui seul point : la haine de 1'Kglise. On pent rcirardcr cette haint .•inninc elant a cette epoque un des signes les plus surs et Ic; plus manifestos de 1'erreur. L'l^lise elait ce corps dont toutt- les secies, quelque divisees qu'elles fussent entre ellcs, parlaieni — 265 — nal , conformemenl a cette prophetic : « S'ils ont appele Beel- '.ebtit le maitre du logis, combien plus les gens de la maison. » Giles detestaient et craignaient FEglise ; elles firent leur pos- ible pour surmonter leurs dissidences mutuelles afin de s'unir ontre elle. Mais leur puissance collective se reduisait a peu de >hose , car Findependance etant la loi de leur existence, elles ne )ouvaient se mettre a 1'ceuvre sans soulever de nouvelles que- lles entre elles et dans le sein de chaque secte en partieulier. Belluni hcereticorum pax est Ecdesice » etait passe en proverbe; nais les sectes sentaient combien etait desirable leur. union -outre le scul corps qui etait 1'antagoniste naturcl de tons les '.utres. Lllistoire eeelesiastique fournit divers exemples de ten- atives de coalitions entre lesheretiques. Les Meleciensd* Afrique 'unissent avec les Ariens centre saint Atbanase. Les serni- \riens du concile de Sardique correspondent avec les Donatistcs lAfrique; Nestorius recut et protegea les Pelagiens : Aspar, ninistre arien de 1'enipereur Leon , favorisa les Monophysites i Ei?\pte: les Jacobites d'Esrvpte se mirent du cote des Maho- C. v 1 C^ «/ 1 netans , qui sont accuses sur certain point de Nestorianisme. (i fn avail ete ainsi depuis le commencement : « Us font la paix e tout le monde et en tons lieux, quoiqirils aient des doc- rines differenles , dit Tertullien, peu leur importe, pourvu ju'ils conspirent ensemble dans leur attaque contre une seule •hose, la Verite (i). » Bien qu'une coalition active fui impra- pcable , du moins les paroles dures ne coiitaient rien , et pou- aient, dans tons les temps, exprimer cette haine commune. ^es catholiques etaient en consequence appeles ucharnels» par cs Montanistes , « apostats » par les Novations , «c mondains » >ar les Valentiniens , «c simples » par les Monicbeens, « ephe- neres » par les Aeriens (2), «c adorateurs d'un homme » par les ^pollinaristes , « amoureux de la chair » par les Origenistes . Egyptiens » par les Nestoriens, « Chalcedoniens » par les flonophysites , « irailres, pecheurs et serviteurs de 1'Anle- (!) DePrspscr. Haer. 41, Oxf . I. (2) Xpovtrat. — 264 — ebrist » par les Donatistcs. La chairc de saint Pierre etai nommec « le siege de pestilence; » 1'Eglise etait appelee par le. Luciferiens < line maison de debauebe, » « la prostituee di demon, :> « la synagogue de Satan. ;> Les gens occupes de lour afl'aires ct les ignorants pouvaient reconnaitre 1'Eglise a ce signe] qu'elle etait d'un cote, et que toutes les secies se trouvaien ensemble de 1'autre. .Neanmoins. quelque et range que cela puisse paraitre j rEgUse possedait un litre bien diflcrcnt de ceux quo nousavon' deja enumeres. un titre d'honneur (jue tons les heretiques s'acj cordaient a lui reconnaitre, et qui fournissnit aux gens oceupej et ignorants une direction encore plus simple que les autre siinies. et dont les Peres se senaient dans ce but. Les seek1 ne revendiquaient pas pour elles ce titre , qifelles ne pouvaieni neanmoins s'einpecber de donner a celle qui en etait en posses! sion leiiitiiue, bien cjue cette concession parut trancber loute 1; controverse entre elles et 1'Eglise. Balaam ne put s'empechd de benir Tancien peuple de Dieu ; et le mondc entier, les here tiques compris, etait irresistiblement contraint d'appeler pai son titre prophelique d'Kglise «; eatholique » celle qui fut cboisij de Dieu comme Tavait ete jadis le peuple fidele. Saint Paul nouj dit que rhereti<[ue cst « condamne par lui-rneme; » et 1'Eglis n "avail pas besoin, centre les sectes des premiers siecles, (f autre temoignage que du leur propre touebant le fait de leu position et de la sienne. Les sectes, disent les Peres, soi appelees du nom de leurs fondateurs ou de celui de la localii qui les voit naitre, ou de celui de leur doctrine particuliere. en fut ainsi des le commencement : « Je suis disciple de Paul et moi d'Appollos, et moi dc Cepbas; » mais il avail etc prom a TEglise ([u'elle n'aiirait pas de maitre sur la terre , el qu'elli « rassemblerait les cnfants de Dieu, repandus au loin. » Soj nom de tous les jours , nom qui etait compris dans les marched dont on se servait dans le palais des grands, que le premu venu connaissait , que les edits officiels admetlaieht , etait ccli d'Eglise eatholique. Telle etait la description que Ton faisait (1 Christianisme dans les temps que nous sommes encore occup' — 265 — \ etudier. II avail etc reconnu comme catholique des le com- nericcment; le nom ou le fait est avance par saint Ignace, saint Justin, saint Clement ; par 1'Eglise de Smyrne, par saint Irenee, (Ihodon ou un autre, Tertullicn, Origcne, saint Cyprien, aint Pacicri, saint Optat, saint Epiphane, saint Cyrille , saint Basile, saint Ambroise, saint Chrysostome, saint Jerome, saint Augustin et Facundus. Saint Clement 1 invoque comme un argu ment eontre les Gnostiques ; saint Augustin s?en sert contre les Donatistes et les Manieheens ; saint Jerome contre les Lucife- tiens, et saint Pacien contre les Novations. Get argument etait a la portee des gens simples et des per- bonnes qui avaient reeu de ^education. Quand saint Ambroisc voulutconvertir Augustin, il Fengagea a etudier le livre d;Isaie, qui est aussi bien le prophete du Messic que celui de la voca tion des Gentils et de la puissance imperiale de 1'Eglise. Quand saint Cyrille voulut donner une regie a la foule de ses catechu- y jmenes, il leur dit : « Si jamais vous sejournez dans quelque ville, ne vous informez pas simplement ou est la maison du Seigneur (car les sectes essaient aussi d'appeler leurs lieux de reunion des maisons du Seigneur), ni simplement ou est 1'eglise, mais demandez ou est 1'eglise catholique ; car c'est la le nom !particulier de cette communion sainte, notre mere a tons, (jui est Tepouse de Notre Seigneur Jesus-Christ (i). >» « Dans 1'Eglise catholique, dit saint Augustin en s'adressant aux Mani eheens , sans parler de cette sagesse pure a la connaissance de laquelle un si petit nombre d'hommes spirituels avancent assez duns cette vie pour la connaitre , meme dans sa moindre me- 'sure, parce qu'ils sont homines, bien qu'ils n'aient cependant |aucun doute — (car la foule des chretiens trouve plus de secu- •rite, non pas a comprendre avec promptitude, mais a croire javec simplicite); sans parler, dis-je , de cette sagesse que vous |ne croyez pas etre dans 1'Eglise catholique, il est plusieurs (l)Cat. xviij,26. BlBI.lOTH. HIST. 6e ANN^E. I" OL'VR. — 266 — autres considerations plus quc suffisantes pour me faire rcstc (Inns son sein. J'y suis retenu par le conscnlcmcnl des peupk r{ des nations, par cette autorite qui a commence dans les mi raclcs, qui a ete nourrie dans I'esperance, qui s'est accrue pa ia charite , ctqui s'est ralTennie parl'age; par cette successio de pretres qui ibnnent line chaine depuis 1'apolre Pierre, a qi Notre Seigneur, apres sa resurrection, a recommandc de pain- son troupeau , et qui s'est continuee jusqu'a 1'episcopat actuel Eniin j'y suis retenu par le litre ineine de calholique que cett K;disc seule, et non sans cause, possede an milieu dc tant d socles, litre oblcnu de telle sorte que, alors inenie que tousk horcliqucs desireraient etre aussi appelcs catholiques, personri ••(•pendant n'imliqucrait leur basilique on leur maison a 1'etrar qui demanderait ou trouver 1'eglise calhoUque. Ces liens « rhers el si nombreux du noni chretien retiennent avec just r.iison un homine dans la foi au sein dc 1'Eglise catholiqiie inenie alors que, par suite de la paressc de noire intelligence o de i iot re solitude, la verite ne sc soil pas encore manifestcc nous parses signes les plus clairs. Mais parmi vous, qui ri'avez pour m'altirer el me retenir, aucune de ces raisons, jc n'en lends qu'une vague promesse de la verite. Suremenl si ecu '.erite devait se produire d'une maniere si manifesle qu'un mej)rise a son sujcl ne fut plus possible , elle devrait alors etr preferee a toutes les choses qui me retiennent dans 1'Eglise ct tholique; mais si cctte verite est seulement a 1'etat de promesse el qu'on ne la produise pas , rien ne me separcra de cette fc qui attache mon esprit a la religion chretienne par des liens $ nombreux et si Torls (i). » Quand Adamantius demanda a so: antagoniste marcionite comment, etant chretien, il ne portai pas meme ce nom , et se faisait appeler d'apres cclui d Marcion , il lui repondit : « Et vous , vous etcs appcles d'apre TEglise calholique, par consequent vous n'etes pas chreticns. • Adamantius repliqua : « Votre reponse serait juste si nou etions designes par le nom d'un liomme,* mais quel mal y a-t-; (1) Contr. Ep. Man. 5. — 267 — , ce qu'on nous appelle catlioliqucs de ce que nous somme* cpandus dans le mondc cnticr (i) ? » « De memc, dit saint Clement , qu'il n'y a qu'un Dieu el jii'un Seigneur, de meme ce qui se trouve au plus haul dcgre lo la veneration est venere comme etant unique , conforme- ncnt au modele du Principe Un. L'Eglise , qui est une , trouve lone dans la nature de celui qui est Un sa proportion , que les icretiques diviseraient forcement en plusieurs heresies. Ainsi in idees, en principe, en preeminence, nous appclons Tan- ?ienne Eglise catholique unique, en vue de 1'unite de la foi , bi suivant ses propres alliances, ou plutot suivant cetle alliance une dans differents temps , qui , par la volonte d'un Dieu et par 'intcrmediaire d'un Seigneur, unit ensemble ceux qui sont deja :hoisis , que Dieu a predestines , aj ant su des le commence ment du monde qu'ils seraient justes... Mais quant aux here sies, quelqucs-unes sont appelees d'apres le nom de leur fonda- • cur : ainsi celles de Valentin , de Marcion et de Basilide quoiqu'ils pretendent professer 1'opinion de Mathias, parce que jtous les apotrcs avaicnt un memc enseigncment comme une meme tradition); d'autres sont nommecs cFapres une localite, :ommc cclle des Peratiques. Les heresiarques sont tantot aj>- peles d'apres une nation, comme les Phrygiens; tantot d'aprcs curs actes , comme les Encratites ; quelques-uns d'apres leurs loctrines particulieres, comme les Docetes et les Hematites; les ^ainites et les Ophites, d'apres leurs hypotheses et ce qu'ils ont lionore ; d'autres enfin , d'apres leurs desseins pervers ct leurs atrocites , comme ces Simoniens qui sont appeles Enti- ichistcs (-2). » « II y a et il y a eu, dit saint Justin , des hommes qui se sont presenters au nom de Jesus, ct qui ont cnscigne des iparolcs et des ehoses athees et hlasphematoires , et nous les desifmions en les appelant du nom de celui d'ou est venu et par ;qui a commence chacune de ces doctrines et opinions. Les tins sont appeles Marciens: d'autres, Valentiniens ; d'autres, Basili- ; Marcionites ou Anlliropions, ils ressent d'etre chretiens; caril ont perdu le nom du Christ, et ils sc parent do litres liumain et etrangers. L'Kglise catholique scule conserve le veritabl culto (i). » « Nous n'avons jamais entendu parler, dit sail. Kpiphane, de Pierristes, do Paulistcs , do Bartholomistcs o do Thadeistes; inais des ie prineipc il y out unc predication oint il so soparait d'olle; ct il sc vantait d n'avoir jamais trouve personne qui put Ie convaincre de s verite. Saint Pacien observe qu'ii est un point quo Sympronie ne pent pas contester, et qui tranche la question : c'est le nor de catholiquc. II suppose alors que Sympronien lui objector que « sous les apotres, personne n'ctait appcle catholiquo , » ot (1) Instit. 4,30. (2) Haer.,42, p. 366. (3) In Lucif. fin. — 269 — ,lui repond : « Que cela soit(i) j qu'il en ait ete ainsi , accordons iineme cela. Quand, apres le temps des Apotres, les heresies eclaterentet s'efforcerent, sous des noms divers , de rnettre en piece ct de divisor la colombc et la reine de Dieu , est-ce que le pcuple fidele n'avait pas besoin d'un nom qui lui fut propre, a 1'aide duqucl il put marquer Funite du peuple qui e'tait reste pur, de pcur que Ferreur de quelqu'un ne decbirat membre parmembre/fl Vierge sans tache de Dieu? N'etait-il pas conve- nable que la tete qui s'elevait au-dessus des autres fut distinguee par une designation particuliere ? Supposez qu'aujourd'hui meme j'cntre dans une ville populeuse. Apres avoir trouve les Marcionites , les Apollinaristes , les Cataphrygiens , les Nova tions ct autres sectaires du meme genre qui s'appellent chre- (iens. a quel nom reconnaitrais-je la congregation de mes propres freres, s'ils n'etaient pas appeles catholiques?... D'ou c-c nom m'a-t-il ete transmis? Certainement ce nom , qui a resiste a travers tant de siecles , n'a pas ete tire drun homme. Ce nom mcatholfque ne parait venir ni de Marcion, ni d'Apelles, ni !dc Montan, et il ne reconnait pas les berctiques pour ses auteurs. » Saint Pacien clit dans sa scconde Icttre : « Ce n'etait certaine- ment pas un nom aceidentel que eelui qui a traverse tant de siecles; et en verite je suis heureux pour vous, quoique vous ayez pu lui en preferer d'autres, que vous eonveniez que le nom de catholique nous appartient. Si vous osiez le nier , la nature n'aurait qu'un cri centre vous. Si vous avez encore des doutes, laissez-nous jouir de notre paix. Nous serous Fun et Fautre ce que notre nom dira que nous sommes. » Apres avoir fait allu sion a une remarque de S} mpronien , que quoique Cyprien fut saint , « ses disciples porterent les noms d'Apostaticum . de Mlpitalinum, ou de Synedrium, » qui etaient quelques-uns des titres donnes a FEglise par les Novations, saint Pacien repond : " Mon frere, interrogez un siecle et toutes les anne.es qui Font reropli, poursavoirsi ce nom nous a appartenu, si les disciples jde Cyprien ont ete appeles d'un autre nom que de celui de (1) L'auteur fait usage de la traduction d'Oiford. — 270 — catholique? Ouant a nioi, je Q'aijemais cntendu prononcer It? noms quc \ous cite/. » II suit de la (juc cos de.M'i;nalions ctaien • drs railleries, ct nou pas dcs noms . n et par consequent de qualifications inconvenantes, D'autre part, il semble que Sym pronien n'aimat pas a etre appele ]\ON alien, (pioi(ju"il ne pu s'appeler eatholique. « Ditcs-moi vous-ineme, dit saint Pacien comment Ton votis appelle? \ie/-\ous as u: in. inbi-e. Le corps se compose de plusieiirs parties et d incnibres lies en i;n seul, comme le dit 1'Apotre, cor le corp h'i'st JHIX forme d'un incHibw, niais de plmicurs . Par consr quentlEglise est le corps entier, b'e dans st>s parties el repand' partout le monde; je veux dire qu'elle esl semblable a une vill. dont loules les parties sont unies. et non comme vous clcs, IVovatiens, une petite fraction isolee, une simple endure qi s'est formce et s'est M-paree ensuite du reslc du corps (irand esi la posterite de la ^ ienje et ses enfants sont innombrablesj le monde en est rempli, les cssaims populeux se pressen toujours aulour de la ruche. :• Saint Paeien etahlit ce trai caraetei>isti<|ue de 1'Kglisc sur les prophelies : «: Enfin, frer Sxmpronien, u'a\e/ pas honte de vous trouvcr avcir distinctcincnt etabli ct re connu :qne, dans les temps anoicns, 1'Eiiliscetait hicncc corps qu ctail repandn sur Yorbis tcrrunun. et <|tic Ics scctcs formnicn dcs corps (|ui n'avaicnt qu'une existence locale ou transitoire • Ouelle est, dit saint Optat, cette Kglisc unique qne Jesus- (llirist appclle Colombc ct .Kjx>ns<>? die nc pent pas st trouvcr dans la foulc des herctiques ct des schisniatiques S'cnsnit-il cju'cllc soil dans nn soul lieu? Cependant . iron Pannenien, vons avc/ dit quVllo cst avec vous scul; a moins peut-ctre, quo vous u'ayoz la pretention de rcvendicjuer poui vous-inrine nnc saintelc spccialc a cause de votre orijneil. d(| sorte (pie 1'Eglisc soil ou vous \ouloz bicn qu'cllc soit, ct qifell(; ne se trouve pas oil vous ne la voulcz pas. Doit-ellc ctrc alor dans une portion liniitec dc I'AlVijpic, panni vous, dans le coii d'un petit nnaume, et non avce nous dans une autre partic di inenie pa>s? nc scra-t-clle ni en Kspagne, ni dans la (iaulc. n en Italic oil vous n'ctcs pas? Si vous voulez Tavoir scnlcnien panni vous, clle nc sera pas dans les trois provinces dc la Pan nom'e. dans la Dacie, la Mo-sie, la Thrace, I'Achaic. la Mnoc doine. ni dans loutc la (i-rce, oil vous n'ctes pas? Vous pome: done la jianlcr parmi vous, ct rcinpccher d'etre dans le Pont la Galalie, la Cappadocc, la Painph\Iic, la Phrygie, la Cilicic les trois Syrics, Ics deux AniKMiies, dans toute I'Egypte ct (Inn la Mesopotamia, pays oil vous n'ctcs pas? Kile n'est pas dan les lies innombrables et Ics autrcs provinces qu'on ne saurai compter, oil vous n'ctes pas? Oue devicndra alors la signifi cation du mot Cathollque , donnc a 1'Eiilise, commc otari eonibrme a la raison (i) ct repandu partout? car, si YOU (t\ Rationabilis : c'est apparemment une allusion a 1'oftjcier civil Calholicut ou Rationalis, receveur-generol. — 275 — recluiscz ainsi 1'Eglise selon votre plaisir, si vous retircz d'ellc toutcs les nations, que gagncra le Fils de Dieu? ou so trouvera ce que Dieu le Pere lui a si largement accorde en disant, dans le second Psaume : « Je vous donnerai les nations pour votre heritage, et les parties les plus reculecs dc la terre seront votre possession, etc. (i)? » La terre entiere lui est donnee avec les nations ; toutc son etendue (orbis) est la possession unique de Jesus-Christ. >• Un ecrivain de 1'Afrique , contemporain de saint Augustin . si ce n'est saint Augustin lui-meme, demande, apres avoir enumere les mesquines portions de la secte Donatiste en Afrique et au dehors , si ees scctaircs peuvent s'imaginer offrir en eux raceomplissement des promesscs que 1'Ecriture a faites a 1'Eglise. u Si les saintes Eeritures ont donne 1'Eglise a 1'Afrique seule, aux rares Cuzupites ou rnontagnards (Montenses) de Rome, a la maison ou an patrimoine d'une fomme espagnole, quoi que Ton puisse tirer d'autres ecrits, admcttons que les Donatistes seuls sont en possession de 1'Eglise. Si la sainte Ecri- ture dit que 1'Eglisc sera limitee a quclques Maures de la pro vince de Cesaree, nous devons passer aux Rogatistcs; si c'est aux quelques habitants de Tripoli, de Byzacene ct autres provinces, les Maximianistes y sont arrives; si elle a etc donnee sculcment aux Orientaux, nous devons la chercher parrni les Ariens, les 'Eunomicns, les Macedoniens , et autres seetaires qui peuvent se trouver la; car, qui est capable d'enumerer les heresies de toutes les nations? Mais s'il est etabli sur des temoignages divins let des plus certains, tires des Eeritures canoniques, que 1'Eglise embrassera toutcs les nations, quoi que puissent invoquer et de quelque endroit que tirent des citations ceux qui disent : Voyez, Jesus-Christ csticiet U est /«, ecoutons plutot , si nous sommes son troupcau , la voix de notre Pasteur qui nous dit : Ne les croyez pas. Chacun d'cux, en effet ne se trouve pas dans toutes les nations ou est 1'Eglise; mais elle qui est partout se trouve ou ils sont (a) » (1) Ad Farm., II, init. (2) De Unit. Ecclcs., C. — 27-4 — En tin, ecoutons saint Auguslin lui-meme dans ccttc contro- verse : « Coinmc vous le elites, observe-t-il a Creseonius, les Novations, les Ariens, Ics Patripassicns, les Valentiniens, let Patrieicns , les Apelliles, les Mareionites, les Ophites, et It restc des soctaires portanl ees noms sacrileges, eoiume vous les appelez , qui sont plulot (les pestes abominables (pie des seetcs. ne oommuniquent pas avee nous. IVeaninoins enquclque emlroii qu'ils se t rouvent, la est aussirEglisecatholique; ainsi en AfriquCj olio est ou vous eles. D'un autre cole, ni volrc heresie, ni au- eune autre, (juelle (pi'elle soil, no so trouve pnrlout ou cs 1'Kiiliso ealholi«pie. D'ou il parait (pie 1'K^Iise est cot arbre don los raineaux s'etemlent sur toute la terre par la richesse do s< focoudite, taudis (pie les seetcs sont los branches cassees qui ni possedent plus la vie do la raeino, mais qui rostent isoleos i lour place ets'y dosseehent (i). >• On insinuera peut-etre (pie cettc univcrsalite , attribucc ; rHi^lise catholi(|iie par los Peres, repose dans sa succession apod lolique on encore dans son episcopal; qu'cllo etait une, noii eoinine . otant 1111 roNauino ou unc ville, « uncavcc clle-inemc, ?| ayant une soulc ct memo intelligence dans chactinc do ses p;tr ties, une synipatliie, un prineipo r^gnlatcur, unc organisation une communion; mais parce (pie, bion quc consistant en ui certain nombre do communautes independanlcs, difloranl (ei supposant qu'il en ail etc ainsi) 1'uno do 1'autro jusqu'a la nip Hire de communion, neamnoins, toutes etaicnt on possessioi d'un olorjso dont la succession etait lei>ilime, ou toutes e'taicn irouvcrnoos par des e\e(jues, des pretres et des diacres. Mai qui soutiendra serieusemcnt quo la parente ou la resscmblanc roduise deux corps en un? L'An^leterre ct la Prussc sont l'un et I'auirc des monarchies ; est-ce qu'elles formont pour cola ui soul ro\aumo? L'Aniiletorre et les Ktats-Unis ont une souchj commune; peuvent-ils pour ccla otre appelos un memo Etat L'Anjjlolerro et I'lrlande sont peuplees par des races differences et cependant ne forment-elles pas encore un soul royaume .J (I) Contr. Cresc., IV, 75; aussi iii, 77. — 275 - lunite se trouve dans le fait de la succession apostolique , un acte de schisme devicnt par la nature meme des choses tout a fait impossible; car, de meme que personne ne peut changer son extraction, ainsi aucune eglise ne peut detruire le fait que son clerge est venu en ligne directe des Apotres. Ou le pech e de schisme n'existe pas, ou 1'unite ne repose ni dans la forme ni dans Fordination episcopates. Les controversistes auxquels je fais allusion savent bien ccla , cux qui se trouvent en conse quence obliges d'inventcr un peche, et de regarder comme schisme, non pas la division dime eglise qui se scpare d'une autre, mais 1'empietement d'une eglise sur la juridiction d'une autre, comme si les limitations diocesaines et les restrictions im- posees aux eveques etaient, bien que sacrees, autre chose que des arrangements ecclesiastiques, et des lois de 1'Eglise . tandis que le schisme est un crime centre son essence. Ainsi , ils re- jettent un moucheron et ils avalent un chameau. La division constitue le schisme, si schisme il y a, et non pas rempietement d'une juridiction sur une autre. Si rempietement est un crime, la division, qui en est la cause, est un crime encore plus grand : mais ou la division est un devoir, il nc saurait y avoir peche dans le fait d'empietement. Le tableau que nous presente Tancienne Eglise differe cntie- rement de cette theorie. Elle etait, il est vrai, gouvernee par des eveques, et ces eveques etaient les successeurs des Apotres ; mais elle formait en outre un rovaume , et comme Fexistence •> / d'un royaume suppose la possibilite de sujets rebelles, de meme oncomprend qu'il y ait dans 1'Eglise des sectaires etdesschisma- tiques, mais pas de portions independantes. Ecoutonsla descrip tion qu'en donne Gibbon, temoin qui, quoique etranger, vieni a Tappui de notre dessein et a qui nous pouvons emprunter les fails qu'il signale, tout en repoussant ses imputations : « ITlspagne, dc la Thrace et de Pont, re'gnaient sur un large ter ritoire, ct dclcguaicnt leurs sunVaganls dans les campagnes pou remplir les devoirs de la charge pastorale. Un diocese chrctiei pouvait s'etendre sur toute une province ou el re rcduit a u: ullage; niais tons les eveqncs posscilaient un caractcre egal c indelebile; ils tiraient lous les nicincs pouvoirs et privilege des Apotres, du peuple et des lois » Le corps du elerge eathoKque, plus nomhreux peut-etr que les legions romaincs . etait dispense par les empereurs d tout sen ice prive ou puhlie , de toules les charges inunieipales (I.1, toutes les taxes ju'i'sonnelles et de tous les iinpots (jui pesaier sur leurs coneii(i\eiis d'un poids intolerable; les devoirs de let sainte profession etaient aeeeptes eonnne un accomplissemei sullisant de leurs ohligaiions envers la r^publique. Chaqu •'•veque acquerait un droit absolu et imprescriptible a 1'obeif sance perpetuelle des elero (ju'il ordonnait ; le clerge dc chaqu e^Iise, episcopale formait avcc cclui des paroisscs qui en deper daient une socie'le reguliere et pcrmancnte ; les cathedral. Constantinople et de Carthage maintenaient leur e'tahlissemcr particulier de cimj eent^ ininistres ecclesiastiques. Leur nonibi se multipliait, et leurs rangs grossiuite dti la superstition de ce temps, qni introduisit dans 1'Kgli: his ceremonies splendides d'un temple juifou pa'ien; une longi suite de pretres. de diacres, de sons-diacrcs, d'acolytcs, d'exo eistes, de leeteurs, de eliantres , de bedeaux, contrihuaienl «:hacun dans ses attributions, a grossir la pompe et 1'hannon du culte religieux. Le nom de clerc et leurs privileges Cure ctendus a plusieurs confrerics pieuses, qui defendaient avecd Aouement le trone ecelesiasticjue. Six cents parabolins, ou avc tnriers, visitaient les malades n Alexandric; onze cents copiati ou fossoyeurs, entcrraient les morts a Constantinople, et 1 t-ssaims de moines , qui se leverent des hords du Nil, ouvrire et obscurcirent la surface du monde chretien — 277 — » Sous tin gouvcrnement despotique , les eveques seuls jouis- .uient du privilege inestimable d'etre juges seulement par leurs )airs , privilege qu'ils ne manquaient pas d'invoquer ; et meme, ians le cas d'une accusation capitale, leurs freres reunis en eiice La juridiction domestique des eveques etait a la fois in privilege et une restriction de 1'ordre ecclesiastique dont les •nusesciviles etaient convenablement retirees de la connaissance fun juge seculier.... L'arbitrage des eveques etait ratifie par jne loi positive , et des instructions etaient donnees aux juges lour qu'ils cxccutassent sans appel ni delai les decrets episco- mix , dont la validite avait jusque-la dependu du consentement les parties. La conversion des magistrals eux-memes et de out J'Empire pouvait ecarter graduellement les craintes et les crupules des Chretiens; mais , neanmoins, ils recouraient ncore aux tribunaux des eveques dont ils appreciaient les alents et 1'integrite ; et le venerable Augustin avait la satis- action de se plaindre que ses fonctions spirituelles etaient per- )ctuellement interrompues par le travail ennuyeux de decider intre des pretentions opposees , de prononcer sur la possession le 1'or et de 1'argent , de terres et de bestiaux. L'ancien privi- ege du sanctuaire fut transfere aux temples Chretiens La ie ou la fortune des sujets les plus e'minents pouvait etre pro- egee par la mediation de 1'eveque. » L'eveque etait le censeur perpetuel de la morale de ceux >laces sous sa juridiction. Les regies de la penitence furent redi- :ees en un systeme de jurisprudence canonique qui definissait oigneusement le devoir de la confession publique ou privee, les egles de la preuve, les degres de culpabilite et la mesure du hatiment Saint Athanase excommunia un des ministres f Egypte , et Tinterdit du feu et de Feau qu'il prononca fut olennellement envoy- e aux eglises de la Cappadoce [Syne- ?us de Ptolema'is] vainquit le monstre de Libye , le president ^ndroniciiSj qui avait abuse de Tautorite d'une charge venale, .ivente de nouveaux modes de rapine et de torture, et aggrave BlBLIOTH. HIST. 6e ANNEE. Ier OUVR. 24 — 278 — If crime de 1'oppression par cclui du sacrilege. Apres unc tei lativoinrruetucuse pour rammer le lier magistral par des ave lissements doux et religieux , Synesius se deride a infliger sentence supreme de la justice ecclcsiastique, et il vow Andn nicus. avec ses associes et leurs families, a la malediction de lerre et des cieux... L'Kglisc de Ptolemais, quclqu'obseiire insignifiantc (ju'elle puisse paraitre, adresse cette declaration toutcs les eglises du monde, scs soeurs; et 1'impie qui rejet - decrets sera cnveloppe dans le crime ct le chatinienl d'Ai dronicus et de ses partisans impies » Tout gouvernemcnt populaire connait par experience I (rflets de I'eloquence grossiere ou artificielle Lv\cquc c quelquc pretre distingue a (jui il deleguait prudemment le pot voir de prcclier, haranguait, sans craindre le danger des inte ruptions ou des repliques, une foule soumise , dont 1'esprit au e(<; prepare ou suhjugue par les ceremonies imposantes de religion. La subordination dc 1'Eglise catbolique etait si rigoi reuse , que les memes accents pouvaient s'ecbapper a la fois ( 'cut chaircs de 1'Italie et de 1'Kgyptc avec la plus parfaite hai monie, si elles etaient mises a 1'unisson par le primal de Ron ou d' Alexandria Les representants de la republique chn lienne s'assemblaient rrgulieremcnt au printemps et a 1'automr de ebaque annee; et ces synodes propagcaicnt Tcsprit de discipline ct de la legislation eccl&iastiques a travers les cci virigt provinces de 1'Empire romain A une epojjue ant< rieure, quand Constantin etait le protecteur plutot quo proselyte du Christianisme . il soumit la controvcrse africnii * au concile d'Arles, auquel les eveques dTork , de Treves, c' Milan et dc Carthage se rencontrerent commc des amis et d< trercs pour discuter dans leur langue indigene sur les intere communs de TEglise latine ou occidentale. Onze annees ph tard, une assembler plus nombrcusc ct plus celebre fut reunie \icee, en Bithynie, pour eteindre, par sa sentence definitive, 1< disputes subtilcs qui s'etaient elevecs en Egypte sur la questio de la Trinite. Trois cent dix-huit eveques obeirent a la convc cation dc leur maitre indulgent; les ecclcsiastiques de divoi — 279 — rangs, de diverses sectes (i) et denominations qui s'y rendirent, ont ete evalues a 2048 ; les Grecs se presentment en personne, i-t les legats du Pontife remain exprimerent le conscntcmcnt des Latins. » II y a la assurement preuve surabondante de la nature de ('unite, par laquelle 1'Eglise deces sieeles recules etait distinguee des sectes au milieu desquelles elle se trouvait. Elle formait une vaste association bien organisee , s'etendant aussi loin que I'Empirc remain et le debordant ; ses eveques n'etaient pas •seulemcnt des officiers locaux, mais ils possedaient une puissance bssentiellement generale qui s'etendait partout ou Ton pouvait jtrouver un chretien. « Pas un chretien, dit Bingham, n'eut :ntrepris un voyage sans prendre avec lui des lettres de recom- mandation de son propre eveque , s'il avait Tintention de com- amniquer avec 1'Eglise chretienne dans un pays etranger. Telle Hait dans ces temps Fadmirable unite de 1'Eglise catholique , ''heureuse harmonic et le parfait accord de ses eveques entpe jeux (2). j> Saint Gregoire de Nazianze appelle saint Cyprien un 'veque universel presidant , ainsi que le meme auteur le dit ici . j« non-seulement sur TEglise de Carthage et d'Afrique, mais |aussi sur tous les pays du monde : a 1'Occident , a 1'Orient , an Midi et au Nord. » C'est la la preuve d'une unite qui consistait pon-seulement dans 1'origine ou la succession apostolique, mais pne unite de gouvernement dans toute TEglise. II poursuit linsi : « [Gregoire] dit la meme chose d'Athanase qui, en ';tant nomme eveque d'Alexandrie , etait fait eveque du monde ptier. Chrysostome appelle, de meme, Timothee eveque de f'univers Le grand Athanase, en retournant de son exil , be se fit aucun scrupule de faire des ordinations dans plusieurs villes le long de sa route , quoiqu'elles ne fussent pas situees pans son propre diocese. Le fameux Eusebe de Samosate fit la (1) L'historien fait apparemment allusion el ce que 1'empereur avait appele j|u concile 1'eveque Novatien Acesius. Gibbon pretend aussi que le nombre -048 doit avoir compris les sectaires. Si cette opinion est deduite de la force de sa description generale, t-aleat quantum. (2)Autiq.,II,4,§5. — 280 — meme chose dans Ic temps de la persecution des Ariens, sou Valens Epiphane (it usage de la meme puissance et di meme privilege dans un cas serablable, en ordonnant Paulinicn frere de saint Jerome, d'abord diacre, et puis pretre, dans ui monastere situe en dehors de son diocese de Palestine (i). » D meme en ce qui regarde I'enseigneinent, avant que des coneile ne se reunissent sur une vaste echelle, saint Ignace d'Antioch* avail adrcsse des lettres aux eglises situees sur la cote de 1'Asi mineure, en se renclant a Rome ou 1'attendait le martyre. Sain Irenec, alors disciple de 1'Eglise de Smyrne, se rend dans 1; Gaule et repond , ctant a L) on , aux heresies de Syrie. D< meme que s'il cut apparlcnu a toutes les parties de Yorbi termnim, on ne pent dire ou ctait situe le siege de saint Hip polyte , et on le place diversemcnt dans le voisinage de Rom< et en Arabic. Hosius, evecjue espagnol, est arbitre dans uni controverse soulevee a Alexandria. Saint Athanast1 , ehasse d« son Eglise , prit toute la chretiente pour domaine, de Treve, a rEthiopiCj et il introduisit en Occident la discipline de sain Antoine d'Egypte. Saint Jerome est ne dans la Dalmatic- ij etudie a Constantinople ct a Alexandrie ; il est secretaire (hi saint Darnase a Rome; il s'etablit ensuite et meurt en Palestine Par-dcssus tout , le siege de Rome lui-meme est le centre dt renseignement aussi hien que de Faction ; les Peres et les here-! tiques s?y rendent comine devant un tribunal qui doit decidei dans les controvcrscs, et qui envoic, par unc ancienne coutumc. ses aumones aux })auvrcs chretiens de toutes les Eglises d'Achaiej de Syrie, de Palestine, d' Arabic, d'Egyptc et de Cappadoce. En outre, cette Eglise univcrselle n'etait pas seulement unc: ellc etait encore exclusive. L'encrgie avec laquelle les chretiena de IVpoijue anteniceenne avaient denonce les idolatries et lc« crimes du paganisme , et proclame les chatiments qui seraienl leurs consequences, cxplicjuc en grande mesurc pourquoi ils etaient regardes dans le monde pa'ien commc les « ennemis tlu genre humain. » Saint Cyprien dit a un magistral pa'ien : « C'est (1) Antiq.,5, §3. — 281 — a juste litre que Dieu frappe de ses verges et de ses fleaux ; et puisque cela sert a si peu de chose, et que 1'horreur de ces chatiments ne convertit pas les hommes a Dieu , il y a au dela de ce monde la prison eternelle et les flammes inextinguibles du chatiment sans fin Pourquoi vous humilier et vous courbcr devant de faux dieux ? pourquoi incliner votre corps csclave devant des images qui ne peuvent vous porter aucim secours , et de la terre moulee ? pourquoi ramper dans la pros tration de la mort comme le serpent que vous adorcz ? pourquoi vous precipiter dans la chute du demon dont la faute est la cause de la votre, et qui devient votre compagnon? Croyez et vivez- vous avez etc dans le temps nos persecuteurs ; soyez dans 1'eternite les compagnons de notre joie (i). >» « Ces senti ments austeres, dit Gibbon, qui avaient ete inconnus de 1'anti- quite, paraissent avoir repandu un esprit d'amertume dans un systeme d'amour et d'harmonie (2). « Tel etait cependant le jugement des premiers Chretiens sur tous ceux qui n'entraient pas dans leur societe , et tel fut le jugement de leurs successeurs sur ceux qui ont vecu et qui sont morts dans les sectes sorties du Christianisme. Le Pere dont nous venons de citer la denon- ciation centre les paiens, le declarait dans le troisieme siecle : « Celui, disait-il? qui abandonne 1'Eglise de Jesus-Christ n'ob- tiendra pas la recompense de Jesus-Christ ; il est etranger, un objet de rebut, un ennemi. Celui qui n'a plus Dieu pour pere, n'a plus FEglise pour mere. Si un homme , reste hors de 1'arche de Noe , a pu echapper au deluge , celui qui reste hors des portes de PEglise pourra se sauver. Quel sacrifice peuvent celebrer ceux qui sont les rivaux des pretres? Si ces personnes etaient tuees pour confesser le nom chretien , cette tache ne serait pas meme lavee par leur sang. Le peche de discorde est grand, inexplicable, et aucune souffrance ne le lave. Ceux qui ont refuse d'etre d'un seul esprit dans FEglise de Dieu ne peuvent habiter avec Dieu; un pareil homme peut etre tue, (1) Ad Demetr., 4, trad. d'Oif. (2) Hist. , ch. XT. mais il no saurait etre couronne (i). » Saint Chrysostome, dan, le siecle suivant , fait allusion an sentiment do saint Cyprien •t Quoiqnc nous ayons accompli dix millc actions irlorieib eopendant, si nous motions on pieces I'mute do 1'Kiiliso. souf frirons-nons un cbatimcnt moins torriblo quo si nous deebirion: lo corps do Jesus-Christ (i)? » Saint Angnstin semble pcnsci qu'une conversion do 1'idolatrie a uno eonnnunion schisnintiqut n'cst pas un avantage. « Ceux (pio los Donatistcs baptisen guerissent do la plaie do 1'idolatrie on do riniidclite, mais il: ivnuu'nt un coup plus cruel par la blcssure du schisme; oai 1'epee detruisail los idolatrcs dans lo ponplo do Dicu, tandisqw !«•- scliismatiquos olaienl oniilontis par la torro hoanto (3). » I parlo aillours du <; sacrilege du schisino qui surpassc tons lor crimes (4). » Saint Optat sVtonno do 1'inconsequence du Dona- tisto Parmonion qui maintiont (ce qui cst la vraic doctrine) quc •- los schismasiquos sont, commc los cops coupes do la via destines anx cliatiments ct reserves commo du bois see poui alimontor le feu do 1'cnfer (5). » «« Haissons , dit saint Cyrillo . ceux qui sont dij:nes de haine; rot irons-nous de ccux dont Dieu so retire: et discus a Dion on touto hardiVsse a Toward des hero- / c2 titjiios : »t 0 Seigneur, cst-ce que je ne hais pas ceux qui voue haissent (o)? » «« Croyoz fonnomont , dit saint Fulgonce , et nc| doutcz en aucune facon quo tout lioroti(jue ou sehismatique ,1 quol qu'il soil, baptise an nom du Pore ? du Fils et du Saint-i Ksprit , (|uel(|iie grandos quo soicnt ses aumones, alors mome qu'il aurait verse son sang pour le nom do Jesus-Cbrist , ncj pout on aucune maniore etre sauve, a moins qu'il ne rcvicnnej a 1'Kiiliso catlioliquc (7). » Los Peres fondont cotte doctrine sur los paroles de saint Paul, que quoique nous donnions nos bions (1) DeUnit., 5, 12. (2) Chrys. , in Eph., IV. (3) De Baptism., 10. (4) C. Ep. Parm.,1, 7. (5) De schism. Donat. , 1 , 10. (6) Cat. , xvi, 10. (7) DC Fid. ad Petr. 39. aux pauvres, et que nous livrions notre corps aux flammes, nous ne sommes rien sans 1'amour. Nous ferons line derniere remarque : c'est que les Peres, loin ' pr, ni a votre argent , ni a vos terres , ni a vos fermes ; il ne s'agit pas de savoir si votre sante corporelle est en peril ; mais uons nous adressons a vos ames pour vous engager a obtenir la vie eternelle et a eviter la mort de I'eternite. Levez-vous en consequence Vous le voyez tous, vous le savez et vous en ^emissez • Dieu sail qu'il n'existe aucune cause pour vous retenir dans une separation pestiferee et sacrilege , si , afin il'echapper a un jugement eternel , vous surmontez votre affec tion charnelle pour obtenir le royaume spirituel, et vous secouez •la crainte de blesser des amities qui ne vous serviront de rien jau jugement de Dieu. Allez, reflechisscz a cela, examinez ce que Ton peut repondre Personne n'efface du ciel la loi de Dieu ; personne n'efface de la terre TEglise de Dieu. Suivant sa promesse, elle a rempli tout le monde. » « Quelques intimites 'harnelles, dit-il a son parent Severin , vous retiennent ou vous 'tes A quoi servent la sante et la parente dans ce monde, ;i avec cela nous negligcons 1'heritage eternel de Jesus-Christ , H notre salut eternel? » II dit a Celer, personnage qui exercait ie Tinfluence : « Je demande que vous pressiez vivement vos pbordonnes, dans le pays d'Hippone, d'entrer dans Funite -atholique. » « Pourquoi, dit-il, au nom de 1'Eglise a toute la — 284 — population Donatiste , pourquoi ouvrcz-vous vos oreillcs au paroles des homines qui disci it des choses qu'ils n'ont jamai pu prouvcr, et les fermez-voua a la parole de Dieu qui dit « Demandez-moi et je vous donncrai les nations pour votr heritage?" A une autre epoque, il leur dit : uQuelqucs pretres d votre parti out envoye vers nous pour nous dire : «Retirez-voui du milieu de nos troupeaux, autremcnt nous vous tuerons. > Nous leur repomlons , nous , avcc beaucoup plus de raison « Non, ne vous retirez pas de nos troupeaux ; mais venez ei paix vers les troupeaux de celui a qui nous appartenons tous i ou si vous ne voulez pas , et n'etcs pas disposes a la paix , alor inieux vaut vous retirer des troupeaux pour lesquels Jesus Christ a verse son sang. » u Jc vous conjure pour 1'amour d Jesus-Christ, dit-il a un aneien proconsul, de me faire reponse et de presstT avec inslance et bonte tous vos administres dan, le district de Sinis ou d'llippone, d'entrer dans la comrnunio! de 1'Kglise catholique. » Dans une autre circonstance, il publi! une adresse aux Donatistes pour leur apprcndre la defaite d; leurs eveques dans une conference : « Celui, dit-il, qui e* • separe de 1'Eglise catholique, par cela seul qu'il est separe d| Tunite de Jesus-Christ , alors meme qu'il vivrait d'une manier digne d'eloges, ivohtiendra pas la vie eternelle; mais la coler de Dieu demeure sur lui. '> II ecrit a quelques convcrtis au suj( de leurs amis qui sont encore dans le schisme : « Qu?ils s'e rapportent a 1'Kglise catholique , c'est-a-dire a 1'Eglise repandu dans le monde entier; qu'ils croient plutot a ce que disent It l^eriturcs qu'a ce quc halhuticnt les le\ res d'hommes calomn'u tcurs. '> L'idee d'agir sur les Donatistes settlement comme corp; et par rintermediaire de leurs eve(jues, ne parait pas s'eti jamais presentee a Tcsprit de saint Augustin (i). De tout ce qui precede, nous avons done raison de conclui' quo s'il existe aujourd'hui une forme du Christianisme qui s distingue par son organisation admirable et par sa puissance; elle est repandue dans le monde entier ; si elle sc fait remarqw (1) Epp 43, 52, 57, 76, 103, 112, 141 144. — 285 — par son zcle a maintenir sa croyance • si ellc cst intolerante pour ce qu'elle rcgarde comme 1'erreur ; si ellc nc cesse de faire la guerre aux autres corps religieux qui s'appellent Chretiens ; si elle, et elle seule, est appelee catholique par le monde et par les sectes memcs qu'elle combat • si elle se prevaut de ce litre ; si ellc nomme les autres communions beretiques, les avertit dcs malheurs futurs , et les invite a venir isolement a elle sans egard pour aucun autre lien; et si, d'un autre cote , ccux qu'elle appelle beretiques la nomment seductrice, prostituee, 1'accusent d'apostasie, d'etre 1'antechrist et le demon; si les sectaires , differant tous les uns des autres, s'accordent pour la regarder comme leur ennemie commune ; s'ils s'efforcent dc s'unir centre : die et ne peuvent y reussir; s'ils ne sont que dans une localite; I s'ils vont en se subdivisant continuellement, tandis qu'elle reste 1 une • s'ils succombent 1'un apres Tautre , et ouvrcnt la route a de nouvelles sectes tandis qu'elle reste toujours la meme , cette ! forme de religion ne differe guere du Cliristianisme de Fepoque I de Nicee. CIIAPITRE CINQUIEME. SCITK DE L' APPLICATION DE LA PREMIERE MARQUE DE FIDELITY DANS UN DEVELOPPEMEXT. L'Eglise des cinquitime et siiieme siecles. Le. patronage que les premiers cmpercurs Chretiens accor- derent a I'Arianisme, 1'adoption de cctte heresie par les barbares qui succederent a leur puissance, 1'expulsion postericurc dc toute hcrc'sie an dela des limites de {'Empire, sont , ainsi que I«'s tendances Monophvsites de I'EiiApie ct dime partie dela Syrie, des circonstances qui elianiierent en quelque mesure la physionomie de 1'Eglise, ct qui rcelamcnt notre attention. L/Eglise continue a etrc un corps en pos-r-sion ou presque en possession de Yorbis tvrmrnin; mais elle nc se trouvc pas tout a fait au milieu des sectes, dans la position ou nous 1'avons vuc? ; dans les premieres pcriodcs dc son existence ; elle est plutot placee cntre ou en dehors des seliismes que parmi eux. Cettc meme vastc association dont Texistencc rcmontait au principe du Christianisme , qui avail ete idcntiiiee avec lui par tons les , partis, qui avail toujours etc appelec catholique par le peuple et par les legislateurs, prit alors line forme difiercnte. Elle se rassembla sur certains points dc son vastc territoire avec um1 plus grande force que sur d'autres ; elle posseda des royauim entiers ou elle rencontrait a peinc un rival • cllc en perdit d'aulrcs d'unc manicrc partielle ou entiere, d'unc manicre temporaire ou pour tout dc bon ; elle fut arretee ca ct la dans son cours par des obstacles cxterieurs ; et cllc fut regardee en face par rher6sic, venue des pays ctrangcrs sous unc forme — 287 — imposante et en masse , avec 1'appui de la puissance temporelle. Ainsi , sans faire mention , au quatrieme siecle , de FArianisme de 1'empire d'Orient, tout 1'Occident etait, au cinquieme siecle, imbu de la meme heresie, et presque toute 1'Asie a Test de PEuphrate , du moins sa partie chretienne , etait, dans le siecle suivant, envahic par les Ncstoriens- tandis que les Monoph) sites avaient a pen pres pris possession de FEgypte, et avec le temps s'emparerent de toute FEglise d'Orient. Je ne pense pas qu'il y ait de la presomption a appeler I'Arianisme, le Nestorianisme et FEutychianisme des heresies , on a identifier I'Eglise catholique contemporaine avec le Christianisme. Considerons maintenant les rapports mutuels du Christianisme et de Fheresie dans les circonstances que nous venous de signaler. SECTION PREMIERE. LES AR1ENS DE LA RACE DES GOTHS. Aucune heresie ne s?est procluite avec une plus grande energie ou un succes plus prompt que celle d'Arius; et les i traits qui la caracterisent sont pour 1'observateur d'autant plus remarquables qu'ils se sont manii'estes parmi des barbares et Inon dans un monde civilise. L'Arianisme a meme montre chez les Grecs un certain esprit de propagande. Sous le regne de Constance, Theophile avail introduit 1'heresie populaire chez ;les Sabeens de F Arabic, non sans obtenir des resultats pro- mettants ; mais, sous Valens, Ulphilas devint Fapotre d'une race entiere. II enseigna la doctrine arienne, qu'il avail malheu- reusement connue a la cour imperiale, d'abord aux pasleurs iMoesogoths qui, contrairement aux autres branches de leur Ifamille, se multiplierent sous les montagnes de la Mesie, sans iobtenir de triomphcs militaires ou religieux. Les Visigoths tturent corrompus ensuite sans que Fon sache par qui. Un des traits singuliers de Fhistoire de cette vaste famille paienne, c'est iqu'elie adopta si instinctivement, communiqua si promptement !et maintint si opiniatrement une heresie qui, en exceptant — 288 — Constantinople, rfavait excite dans tout FEmpirc que fort pcu d'interet dans la masse du peuplc. On dit que les Visigoths avaient etc eonvertis par rinflucnec de Valcns; mais Valens n?a regne que quatorze ans, et la population barbare admise dans I'Kmpire s'elevait a pres d'un million de personnes. II est aussi difficile d'indi(juer la trace qifa suivie riieresic en passant de die/ eu\ anx autres tribus barbares. Gibbon semble supposer \ isigoths onl reinpli le role de mission- naires dans leur course guerroyantc et devastalrice de la Tbracc aux Pyrenees. Mais quelle soil la maniere dont la propagation ^ Vst accomplie , le fait est que la conversion a I'Arianisme des Ostrogoths, des Mains, des Sueves, dcs Yandalcs et des Bour- guignons, et leurs succes militaires, sc presentent dans 1 histoire du temps comme des evenements merchant ensemble; et vers la fin du eiiHjiiieme siccle les \ isigoths avaient etabli riieresieen France et en Kspagne; les Sueves en Portugal; les Vandales en Afrique, et lesOstrogotbs en Italic. Le litre de catholique donne a FEglise parut pour un temps une qualification inexacte ; car non-seulement elle etail ensevelie sous ces populations bere- tiques, mais I'Arianisme etait un , et maintenait integre , soit a Cartbage, a Seville, a Toulouse ou a llavenne, la foi qui le caracterisait. II n'cst pas permis de supposer que ces guerricrs du IXord ' eussent atteint un haul deiire de culture intellectuelle ; mais ils comprenaient assez leur religion pour hair les calholiques, et leurs eveques etaient asscz instruits pour soutenir dcs discus sions neeessaires a sa propagation. Ils pretendaient s'appuyer sur la foi du concile de Rimini; ils administraient le bapleme en alterant la forme des paroles , et rebaptisaient les catboliqucs qu'ils gagnaient a leur secte. On doit ajouter, quelle que fut leur cruaute ou leur tyrannic, que les Goths et les Vandales etaient des homines moraux et qu'ils faisaient honte aux catbo- liques qu'ils depossedaieiH. « A quoi peut nous servir la prero gative d'un nom religieux, dit Salvien; qu'importe que nous nous appelions catholicjues , que nous nous vantions d'etre les fideles, que nous raillions les Goths et les Vandales en leur — 289 — >eprochant leur nom heretique, si nous vivons dans la perversite les heretiqucs (i)? » Lcs barbares etaient chastes, sobres ? justes t picux. Theodoric, chef des Visigoths, se montrait tons les natins avec les officiers de sa maison a sa chapelle ou des metres ariens celebraient le service divin. On rapporte un jxemple singulier de la defaite d'un corps de Visigoths par les roupes imperiales un jour de dimanche , lorsqu'au lieu de se jreparer au combat , ils s'occupaient des offices religieux du aint jour (2). Plusieurs de leurs princes furent des hommes I'une Jmhiiete tres-grande, entr'autrcs les deux Theodorics, i']uric et Leovi^ild. o II n'est pas vraisemblable que des guerriers victorieux, animes »ar un esprit fanatique de religion, se contentassent de pro- jesser purement et simplement leur croyance ; ils avaient soin le placer leurs propres pretres clans les etablissements religieux fu'ils trouvaient dans les pays conquis, et d'exercer une vive >ersecution centre les catholiques vaincus. On s'est souvent eerie contre les cruautes sauvages du Vandale Hunneric en ifrique ; 1'Espagne fut le theatre de persecutions reiterees ; p Sicile eut aussi ses martyrs. Voler aux catholiques leui's glises et aux chasses leurs tresors, etait peu de chose compa- ativement a ces enormites. Les terres, les immunites et la juri- liction qui avaient ete accordees par les empereurs a TEglise j'Afrique , furent transferees au clerge de ceux qui en firent la j (1) De Gubern. Dei, VII, p. 142. II dit ailleurs : Apud AquitaDicos quae Sviias in locupletissima ac nobilissima sui pane non quasi lupanar fuit? Quis otentum ad divitum non in luto libidinis vixit? Baud multum matrona abest yilitate servarum, ubi paterfamilias ancillarum maritus est? Quis autem |iquitanorura divitum non hoc fuit? (p. 134, 13o.) « Offenduntur barbari ipsi npuritatibus nostris. Esse inter Gothos non licet scortatorem Gothura ; soli iter eos praejudicio nationis ac nominis permittuntur impuri esse Romani.» '. 137.) «Quid? Hispanias nonne vel eadem \el niajora forsilan vitia perdi- jerunt?... Accessit hoc ad manifestandam illic impudicitia? damnationem, ut NTandalis potissimum , id est, pudicis barbaris traderentur. » (p. 137.) II dit p 1'Afrique et de Carthage : « In urbe Christiana, in urbe ecclesiastica... viri p semetipsis feminas profitebantur, » etc., p. 152. I (2) Dunham, Hist. Spain., vol.1, p. 112. BlBLIOTH. HIST. 6e ANNEE. Ier OUVR. — 290 — conquete ; et du temps dc Belisaire , Ics eveques catholiqiu avaicnt etc redtiits au-dcssous du tiers de Icur noinbrc priniitil En Espagne comme en Afrique , les cveques etaient chasses d leurs sieges; les eglises etaient detruites, les cimctiercs pro fanes et les martyrs enlcves. Quand il etail possible de le faire les catholiques cachaient les reliqucs dans des caves, en consei vant le souvenir fidele de leurs eachettes provisoires (i). Lc proprietes de 1'Eglise etaicnt 1'objet de spoliations repetees Leovigild employs ses tresors (2) en partie a aceroitre 1 splendeur de son trone , et en partie a des travaux nationain A d'autres epoques , les membres du clerge arien cux-memc doivcnt avoir tire profit du pillage; ear quand Childebert, n des Francs, fut amene en Espagne par les cruautes exercec contre sa scrur , la reinc catbolique des Gotbs, il emport ;j\ec lui, des eglises ariennes, ainsi que Gregoire de Tours )| raeonte, soixante calices, quinze patcncs, vingt boites dar| lesquelles ctaient renfermes les Evangiles, le tout en or mass; orne de pierres precieuses (3). En France et surtout en Italic , le gouvernement de la puu, sance heretique etait bien moins oppresseur. Tbeodoric, n| des Ostrogoths, regnait des Alpes a la Sicile, ct accorda jusqu la fin d'un long regne une large tolerance a ses sujets cathc liques. II respecta leurs proprietes, permit que leurs eglises < leurs lieux sacres restassent entre leurs mains, et il cut a J. cour quelques-uns de leurs eveques eminents , canonist depuis : saint Cesaire d'Arles et saint Epiphane de Pavie. avait amene cependant dans le pays une population etrangen devouee a 1'Arianisme ou, ainsi que nous le disons maintcnan a une eglise nouvelle. « La marche des Goths, dit Gibbon (4 doit etre considered comme Temigration d'un peuple entier leurs fcmmes et leurs enfants, leurs vieillards et leurs effets 1< plus precieux etaient transported avec soin , et Ton peut : (t) Aguirr. Concil., t. II, p. 191. (2) Dunham, p. 125. Hist. Franc., Ill, 10. Ch. 39. 9Q1 4tvm ormer quelque idee du lourd bagage qui suivait leur camp , >arle fait de la perte de deux mille waggons, perte essuyee dans me seule action durant la guerre d'Epire. » Theodoric assigna ses soldats un tiers du sol de 1'Italie , et les families barbares 'y e'tablirent avec leurs esclaves et leurs bestiaux. Les conque- ants Vandales de FAfrique n'etaient d'abord que cinquante nille homines; mais les colons militaires de FItalie s'eleverent jientot a deux cent mille, nombre qui, suivant le calcul adopte >ar le meme auteur dans un autre passage , comprenait une jopulation d'un million d'individus. Le moins que Fon put ittenclre etait qu'une suprematie arienne etablie sur toute 'etendue de FItalie, pourvoirait suflisamment a la celebration lu culte arien , et nous apprenons que les Ariens eurent une !;glise meme dans Rome (i). Le gouvernement des Lombards iucceda clans le nord de FItalie a celui des Goths. Us etaient Vriens comme leurs predecesseurs; mais ils n'avaicnt pas leur ole'rance. Le clerge qu'ils avaient amene avec eux semble avoir Reclame sa part clans la possession des eglises catholiques (2) ; }t quoique, apres trente ans, la cour se eonvertit, plusieurs illes furent pendant quelque temps encore en Italic disputees 3ar les eveques heretiques (3). L'autorite de FArianisme dura jiiatre-vingts ans en France, cent quatre-vingts en Espagne, :cnt en Afrique , environ autant en Italic. Ces pcriodes ne furent pas contemporaines j mais elles s'etendirent dans leur Ensemble du commencement du cinquicme siecle a la fin du Nons dirons par avance que la duree de cette suprematie de J'erreur n'avait pas la moindre tendance a priver Fancienne lEglise cFOccident du titre de catholique ; et il est inutile de jprocluire la preuve d'un fait que Fhistoire nous montre si appa- Irent. Les Ariens ne semblent pas avoir jamais revendique pour eux le nom de catholique. II est tres-remarquable que durant cite periode les catholiques etaient designes par le titre acldi- (1) Greg. Dial., Ill, 30. (2) Ibid., 20. (3) Gibbon, Hist., ch. 37. — 292 — tionnel de u Roniains. » On trouve plusicurs preuvos do ce fa dans los bistoires do saint Gregoire do Tours, de Victor do Vit et des concilcs Espagnols. Ainsi s;iint Grci»-oirc parle do Tlieo degisid, roi do Portugal, qui exprimait son ineredulile an suj( d'une guerison miracnlcuse on disant : « C'est la eonstitutio dcs Romains (car, observe raiitcur, on appcllo roniains ecu qui professont noire religion), et non la puissance do Diou (i) « L'beresie est parhmt onnoniio dos catholiques, > dit lo mem saint Gregoire dans un autre pa^sauv , et il va 1'etablir c racontant I'liisioii-o d'une fcninic c aiin d'avoir a la 1'ois dans sa inaison los pretrt des deux rolii^ions. •> Pendant qu'ils niangoaiont, lemaridita protro arion : »: Aniusons-nons un pen do ce pretro d( Roniains (*>). j» Lo coinlo nrien (ioinaobar, qui s'otait oriijiai dos terres do 1'Kglise d'Agdo en France, avait ete pris d'ur iiovro ardente; lors(jiio. aux priei-es do revenue, il so fut re'tabl il so repenfit d(* les avoir domandoos et obsorva : « cjue diroi rnaintonant cos Itmnains? ()\w ma Iiovro ost venue pour in'etr oinpare do lours terres (3). » Quand le roi des Vandales, Tboi doric, apros avoir torture en vain Arniogasies, qui olait catlu Ii(|iie, afin d'obtonir line retractation, so disposait a lo tuer. so! protro lo dissuada, «; de pour quo les Roniains nc rappcla>sei un niarhr (i). » Cello denomination avait deux sens : Tun, qui se preseni; de lui-mome, e'tait employe en opposition au mot « barbaro, '. comme denotant la foi do 1'Kinpire; on lui donnait la signif' eation que saint Paul, dans sos Lpitres, donnait au mot « Groc. Dans ce sens, il doit ctre plus nalurollemont emplo}o par l(t Romains eux-memes (jno j>ar d'aulros. Ainsi, nous trouvor dans Salvicn que « prcscjuc tons les Romains sont do pli (1) DeGlor. Mart , I, 25, (2) Ib.80. (3) Ib. 7<>. (4) Viet. Vit., 1, 14. — 293 — grands pecheurs que les barbares (i); » et il parle dcs « here- tiques remains dont il y avail une multitude innombrable (2), • voulant dire les heretiques qui se trouvaient dans FEmpire. C'est ainsi que saint Gregoire-le-Grand se plaint d'etre « devenu Feveque des Lombards plutot que celui des Remains (s). •> Evagre met en opposition, en parlant meme del'0rient,« les Remains et les Barbares (4), » dans ce qu'il dit de saint Simeon. Auneepoque posterieure, et meme aujourd'hui , la Thrace et une partie de 1'Asie mineure tirent leur nom de Rome. Nous trouvons aussi des ecrivains syriens qui parlent quelquefois de la religion des Remains ou des Grecs (s) , employant ces mots comme synonymes. Mais cette denomination contient certainement aussi une allusion a la foi et a la communion du Siege remain. C'est dans ce sens que Fempereur Theodose, dans sa lettre a Acace de Beree , la met en contraste avec le Nestorianisme qui etait repandu dans FEmpire comme le Catholicisme. Durant la controverse soulevee par cette heresie, il Fexhorte, lui et les autres, a se montrer « comme des pretres approuves de la religion romaine (e). » En outre, quand les nobles Liguriens persuaderent a Ricimer Farien d'entrer en accommodement avec Anthemius, le representant orthodoxe de Fempereur grec (?), ils lui proposerent d'envoyer comme ambassadeur saint Epiphane , homme « que sa vie rend un objet de vene ration de la part de tout catholique remain, et qui est au moms un homme aimable aux yeux d'un Grec (Grseculus), s'il me'rite de le voir (s). » On doit se rappeler aussi que les Eglises espa- gnole et africaine etaient, a Fepoque dont nous nous occupons, dans la plus etroite communion avec le Siege de Rome , et que (1) De Gub. D., iv, p. 73. (2) Ib., v, p. 88. (3) Epp.,1,31. (4) Hist., VI, 23. (5) Cf. Assem., 1. 1, p. 351. not. 4, 5, 93, p. 393. (6) Baron., Ann., 432, 47. (7) Gibbon, Hist., ch. 36. (8) Baron., Ann., 471, 18. — 294 — cette communion etait la distinction ecclesiastique visible cntre dies et la communion rivalc des Ariens. La cause prineipale do la persecution des Catboliques d'Afrique, par le vandale Ilunneric , scmble avoir etc Icur liaison avec leurs freres d'outrc-mcr (0, liaison qu'il \oyait avec jalousie comme intro- duisant une puissance etrangere sur son territoire. Avant celte persecution, il avail public un edit invitant les cveques « Homoousiens » (car dans cette occasion il ne les appela pas catholiques) a se remiir avec ses propres eveques et a trailer la question de foi, disant (jue « leurs assemblies, pour la seduction des ames cbretiennes, ne pouvaient etre tenues sur le territoire des Vandales (2). » Eugene de Cartilage replique cette invitation que tons les eveques de la communion orthodoxe qui se trouvaient au dela de la mer devaient etre convoques, « j)our cette raison parliculiere que la question inleressant le mondc entier et pas seulement les provinces d'AlYique, ils ne pouvaient cntivprendre de resoudre un point de foi sans uni- rct'sildtis assensu. » Ilunneric repondit que si Kugene le faisait souverain de Ywbis tvminitn , il se rendrait volontiers a sa requete. Celte reponse amena 1'eveque a dire que la foi orlho- doxe etait « la seule foi vraie ; » que si le roi desirait la connaitre, il devait s'adresser a ses allies a 1'etrangcr, et que lui-meme ecrirait a ses freres, alin d'avoir des eveques clrangers « qui? dit-il, peuvent nous assister pour fixer devant vous la vraie foi, qui leur est commune avec nous, ct specialemcnt avec 1'Kglisc romaine , qui est la tele de Unites les Kglises. » i\ous voyons en outre que dans leur exil en Sardaigne, les eveques d'Afritjue, au nombre de soixante, avec saint Fulgence a leur tete, citent, en les appprouvant, les paroles du pape Ilormisdas pour etablir qu'ils eroicnt, «c sur la question du libre arbitre et de la grace divine, ce que 1'Kglise romaine, c'est-a- dire catholique, suit et present (3). » i\ous voyons encore (jue • I'Eglise d'Espagne etait, durant les persecutions, sous la sur- (1) Viet. Vit., IV, 4. (2) Ib, II, 13-15. (3) Aguirr., Concil., t. II, p. 262. — 295 — itcndancc d'un vicaire du pape (i), dont le devoir etait de revenir, dans Fetendue de 1'Empire , tous les empietements nr « les decrets apostoliques ou les limites tracees par les .aints Peres. » La liaison du GathoJicisme avec le Siege de Rome n'etait pas ne innovation de ce siecle. L'empereur Gratien, au qualrieme iecle, avait ordonne que les eglises usurpees par les Ariens assent restituees, non a ceux qui professaient la « foi catho- que » ou « le symbole de Nicee, » on qui etaient « en com- uinion avec Yorbis terrarum, » mais a ceux « qui etaient en ommunion avec Damase, » pape qui regnait alors (2). G'etait ussi la regie tracee par saint Jerome dans quelques passages lien connus de ses ecrits. II dit? en combattant Ruffin, qui avait >arle de « notre foi , » Saint Jerome n'a aucun doute a ce sujet. II dif , II efFet , en ecrivant a saint Damase : « Puisque FOrient met n pieces le vetement de Notre Seigneur ? je dois consulter p chaire de saint Pierre et cette foi que ioue la bouche de Apotre Quoique votre grandeur m'intimide, votre boni^ ependant m'engage a venir a vous. Comme pretre, j'implore i victime du salut; comme brebis, je reclame la protection du ! (1) Aguirr., Concil. , t. II, p. 232. '; (2) Theod., Hist,, v, 2. ! (3) C. Ruff., 1,4. — 296 — pastcur. Parlons sans blesscr personne. Je n'aimc pas la hau teur romaine ; mais jc parlc au successcur du pecheur et at disciple de la Croix. Moi , qui no reconnais d'autrc chef qm Jesus-Christ, je suis en communion avec Votre Saintcte, cV>t- a-dire avec le siege de Pierre. Je sais que 1'Eglise est batie sui cetle pierre : « Quiconque mangera I'agncau hors de la rnaisoi, est un profane » Je ne connais pas Vitalis (I'apollinariste): je repousse Melece; je ne sais qui est Paulin. Quiconque ne s'unit pas a vous s'igare; c'est-a-dire celui qui n'est pas poui Jesus-Christ est avec ranteclmsi (i). » II dit ailleurs : « L;an- cienne autorite des moiiics, habitant autour de moi, s'eleve eontre moi ; et en meme temps je m'ecrie : Je suis avec cclui qui s'unira a la chaire de Pierre (2). » II y avail la ce que Ton peut regarder comme un dignm vindicc nodus, car 1'Eiilise se irouvait divisee, ct un arbitre etait necessaire. In cas scmblable s'etait presente en Afriquei dans la controverse avec les Donatistes. Quatre cents eveques J quoique dans un seul pays , formaient la cinquieme partie de! la totalite de Fepiscopat chretien; ils pouvaient paraitre trop nombrcux pour faire un schisme, et former un corps trop considerable pour etre retranches de 1'heritage de Dieu par une simple majorite, en supposant qu'ellc cut etc triomphante. En consequence , saint Augustin, lui qui en appelle si souvcnt a Yorbis terrarum , adopte quelquefois un criterium beaucoup plus prompt. II dit a certains Donatistes, auxquels il ecrit, que l'ev(M[ue catholique de Carthage «c n'avait pas a s'inquieter de la multitude de scs cnncmis, (jnand il se trouvait, par lettres d'adhesion , uni tout a la fois a 1'Eglise romaine , dans laquelle avail toujours fleuri la principaule du Siege apostoliqtie, et aux autres pays d'ou FAfriquc elle-meme avail recu TEvangile (3). » II y a done de bonnes raisons pour expliquer Tusage que les Ariens et les Goths faisaient du mot « Remain » en 1'appliquant a 1'Eglise et a la foi catholiqucs , dans ce sens qu'ils y attachaient (1) Ep. 15. (2) Ep. 16. (3) Aug., Epp., 43, 7, — 297 — une signification qui allait au dcla des simples rapports de eettc Eglise et de eette foi avee FEmpire que les barbares attaquaient. Le mot « Remain » ne serait pas non plus Fexpression la plus claire pour designer la foi ortbodoxe, dans la bouche d'un peuple qui avail recu son lieresie d'un empereur remain el de sa cour, el qui pretendail suivre la foi fixee par le grand concile j latin de Rimini. De meme done que le quatrieme sieele nous a presente dans sa physionomie exterieurc FEglise catholique au milieu d'une multitude de sectes qui loutes etaicnt ses ennemies, ainsi voyons- nous, dans les cinquieme et sixieme siecles, la meme Eglise accablee en Occident sous 1'oppression d'une communion schis- matique puissante et repandue au loin. L'hcresie n'est pas plus longtemps un ennemi domestique s'entremelant aux enfanls de 1'Eglise ; mais elle occupe le terrain qui lui csl propre , et elle s'eleve centre elle , en s'etendant meme sur son propre terri- toire ; elle est plus ou moins bien organisee 7 et ne peut etre si promptement refutee en lui opposant la simple marque do catholicite. SECTION II. LES NKSTORIENS. Les Eglises de la Syrie et de FAsie mineure formaient la partie la plus intelligente de la chretiente primitive. Alexandrie fivetait qu'une metropole dans une vaste region, et renfermait i la philosopbie de tout le patriarcat; mais la Syrie abondait en i villes ricbes et luxueuses, creations des Seleucides, qui four- : nissaient toutes les facilites de cultiver les arts et les ecoles de la j Grece. Pendant un certain temps aussi ? durant deux cents ans, i com me quelques autcurs le pensent, Alexandrie fut le seul i siege episcopal de FEgypte, comme elle en possedait la seule iecole. La Syrie, au contraire , elail divisee en petits dioceses, dont cbacun avail d'abord une autorite propre et qui , meme • apres le developpement de la puissance patriarcale , recurent ! leurs eveques respeclifs, non pas du siege de Constantinople, — 208 — mais de Icur proprc melropolitain. Dans la Syrie, en outre, Ics e^oles etaient privees, circonstance qui tcudail a fairo naitrc dcs diversites dans 1'opinion religiouse , el occasionnait des inad- vertances dans la manicrc de 1'expriincr; mais 1'ecole seule des catechistes d"E$r\pte elail 1'organe de 1'Eglise, et son eveque pouvait hannir Oriiiene pour des theories spcculatives qui sc developpcrent et murirenl avec impunile en Syrie. La celebre ccolc dcs cxci^cies de Syrie fut la source imme diate de cettc fertilite pour riicrcsie, qui etait le trait caractc- ristique et malhcurcux dc 1'Kidisc de ce pays. Nous ifavons pas besoin de discuter Ics causes du rapport qui existait entre rette ecole el IVrreur doctrinale ; nous \ reviendrons plus loin. Nous nous bornons iei a nieutionner le fait, d'une part, qu'elle se voua a I'inlcrpretation litirrale et critique de I'Kcriture, et de 1'autre iju'elle donna naissancc d'abord a 1 Arianisme et ensuitc au >cl>e ou la doctrine, c Via it la pratique (i). » Ainsi Eusebe de Cesare'e , soil qu'on le regarde comme commentateur ou controversiste. esl comnmnc'inent un ecrivain faisant preuve do sens ot dejllgement; el il doit etre rattache a I'ecole de Syrie,; quoiqu'il n'entre pas^assez avant dans ses doctrines pour exelurei rinterpretation inystiijue ou pour nier rinspiralion de la lettrei de 1'Ecriture. Nous voyons aussi dans saint Chrysostome unej inanierc directe et hardie de trailer le lexte sacre et d'cn fairej ['application directe aux personnes et aux choses. Theodoret aj des manieres de penser et de raisonner qui peuvcnt, sans unej tropgrande inexactitude, etre appelees anglaises. De plus, saint! Cyrille de Jerusalem nous montre le caraclere de son eeole,j quoiqu'il ne s'abstienne pas de 1'allegorie, par la grande impor tance qu'il attache a 1'etude de 1'Ecrilure, et, je puis ajouter. par les traits caracterisliques de son style, qui sera apprecie du let -tour moderne. Tout cut etc bien, si le genie de la theologic syrienne se fut toujours rencontre chez des hommes siirs comme saint Cyrille, saint Chrysosiomeet Theodoret; mais chcz un homme comme j Theodore de Mopsueste, et meme, comme Diodore avant lui, ce genie poussa au developpcment de ces erreurs, dont Paul de Samosate avail etc 1'augure a la naissancc de cette theologie. j Comme son atlenlion se port ail cxclusivement sur 1'elude des sainles Ecrilures, on decouvritsoncaraoterc heretique dans 1'in- terpretalion qu'il en donnail. Bien quel'on puisse faire de 1'alle gorie un moyend'eluderla doctrine del'Ecriture, la critique peut, plus facilemenl encore servir a delruiretout a la fois la doctrine, et le tcxte sacre. Applique a en donner le sens litteral, Theodore j fut naturellement porte vers le lexle hebreu au lieu de suivre celui des Septanle, et de la pousse vers les commentateurs juife. ("es derniers insinuaient tout naturellement des evenements et (i) De Ephrem. Syr., p. 61. — 501 — t >s fails qui n'etaicnt pas ccux dc FEvangile, comme etant Fac- (mplissement de cc qu'annoncaient les prophelies, et quand il ait possible, ils donnaient a ccllcs-ci un sens moral au lieu un sens prophetique. En suivant ce systeme, le huitieme cha- itre dcs Proverbes cessait d'avoit un sens chretien , parce que , tnsi le soutenait Theodore , Fecrivain de ce livre avail recu . ;on pas le don de prophetic, mais le don de sagesse. D'aprcs Hi les Canliques doivcnt etre intcrpretes litteralcment ; et par jjite Ton arrivait a cette consequence facile ou plutot neccssaire, ju'il fallait cxclure ce livre du Canon. Le livre de Job avail ussi la prevention d'etre historique ; cepcndant etait-ce autre hose qu'un drame des Gentils?!! abandonnait encore les livrcs es Chroniques et d'Esdras, et, chose etrange, 1'Epitre de saint acques, quoiqu'elle se trouvat dans la version Peschito de son !glise. II niait quc les xxne et Lxixe psaumes s'appliquassent a [otre Seigneur, ou plutot il limitait a quatre les passages qui, ans tout le livre, sont relatifs au Mcssic; dans ce nombre etaicnt b xnie psaumc et le XLVC. II expliquait les autres comme se apportant a Ezechiel et a Zorobbabel, sans nier qu'on put leur •ouver un sens evangclique (i) . II expliquait les paroles de lint Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu, » comme etant ne exclamation de joie, et celles de Notre Seigneur : « Reccvez i Saint-Esprit, » comme une anlicipation du jour de la Pente- 6te. Ainsi qu'on peut s'y attcndre , il niait 1'inspiration de la 'lire de FEcriture. II pretcndait aussi que le deluge ne couvrit as la terre, etfut, comme d'autres Favaicnt etc avant lui, hc- jrodoxe sur la doctrine du peche originel ; il niait en outre etcrnite despeines. Theodore, en pretendant que le sens reel de FEcriture n'etait as Fobjet qu'avait voulu atteindre FIntelligence Divine , mais intention seulement de Forgane purementhumain d'inspirations, at conduit a soutenir que non-seulement ce sens etait un pour haque texte, mais qivil etait suivi et scul dans un contexte. II (1) Lengerke, de Ephrem. Syr , p. 73-75. BlBLIOTH. HIST. 6e ANNEE. I?r OUVR. 26 — 302 — pretcndait quc Ic sujet dc la composition dans un vcrset do: etre Ic sujet du vcrset suivant, ct que si un psaumc cst histo rique on propheiique dans son commencement, il cst 1'uri 01 Tautre a sa fin. II scnihle meme qu'il ait voulu exclure de Title qu'il avail d'une composition sacree, la plenitude du sens, 1 rnffinement de la pensee, la mohilile subtile du sentiment, h reserve delicate ou I'insinuation respectueusc qu'emploient le poetes. Consequemment, si un psaumc renfermait des passage! ne pouvant s'appliqncr a Notre Seigneur, il en lirait la conclu! sion que cc psaumc ne pouvait lui etre convenablement applique en ricn , si ee n'est en i'orcant Fanalogie. Telle est du moins 1; doctrine de Cosmas, ccnvain de 1'ecole de Theodore, qui, er s'appuyant sur cette raison, laisse de cole !es xxn°, Lxvicet autre; psaumes, et limite ccux qui s'appliquent au Messie au second. au troisicme, au quarantc-cinquiemc ct au cent dixicme. «lo un teinoignaiio (jiii remonte presijue la (in dudeuxieme siccle, constatant qu'il y avail dans la Parthie Medic, la Perse e( la 1>actriane, des chreliens qui < n'avoien, }>as a soulVrir do lois ol do eoutumcs mauvaises (e). » Dans L premiere partie du qualrieme sieelc, un eveque do Perse s> rendit au coneile de Niece , et Ton dit quo vers le memo temp; (1) August., Huseb. Em. , Opp. (2) Assem. , p. oixxv. f3) Hoffman , Gram. Syr., prolcp., g 4. (4) Les Perses qui avaient re<;u de 1'educalion t avaient un grand nombre de sieges episcopaux ; car on a conserve les noms de vingt-sept eveques qui ont souffert dans a premiere persecution. Un d'entre eux fut arrete avec seize )rctres, neuf diacres, des moincs et des religieux de son diocese: m autrc fut pris avec vingt-huit de ses compagnons, tons cccle- iastiques seculiers on reguliers ; un troisieme fut arrete avec ;ent membres de son clerge appartenant a differcnts ordres ; m quatrieme, avec cent vingt; un cinquiemc, avec son chor- 'veque et deux cent cinquante membres de son clerge. Tclle •tail cctte Eglise , consacree par le sang de tant de martyrs, ct jui, immediatement apres avoir confesse si glorieusement sa bi, devint la proie de la tlieologie de Theodore. Dans une oiigue suite de siecles, elle inontra 1'energie des saints, alors fu'elle en avait perdu la purete. Les membres de 1'ecole persanne, qui avaient etc expulses 1'Edcssc par Rahbula , trouvcrent un large champ ouvcrt a leur :ele sous le gouvernement pa'ien , chez lequel ils s'etaient 'efugies. Les monarques persans, qui , par des edits (2), avaient ouvent defendu a TEglise , placee sous leur domination , i'entretenir des rapports avec les pays situes vers rOccident , iccorderent volontiers leur protection a des exiles dont la )rofession de foi renfermait les moyens de detruire la Catho- •> icite de cette Eglise. Barsumas, !e plus energique d'entre eux. ; (t)Tillemont , Mom. , t. VII , p. 77. ! (2) Gibbon , ch, 47. — 306 — fut place sur le siege metropolitan! de IVisibis, ou 1'ecole fugitiv s'etait ctablic sous la direction d'un autre chef de leur part Maris, de son cole, fut eleve au siege d'Ardachir. La primnii de 1'Eiilise avail appartcnu, dans une cpoque reculee . au >k'» de Seleueic dans la Babylonie. On donnait a celui (jui 1'oceupa le litre de Catholiquc, aussi bien qu'au Primal persan, comm deputes du patriarche d'Antioche. Ce litre etait apparemmcr tire de la charge imperiale qui j)ortait ce nom. Celui (jui etji; revel u de cette (krniere (lignite rcinplissait les fonctions d proeureur general ou d'officier superieur dans les pays eonfiO n son administration. Acacc, autre chef du parti dEdesse, fu place sur ce siege important , el tolera , s'il ne fit pas davantagc les innovations de Karsumas. J^a maniere a 1'aide de laqucll ce dernier elleelua ses plans nous a ete conser\ee jtar ui remain ennemi. « IJarsninas aeeusa liabuec, le Catbolique j devanl le roi Pberozes . en disanl : « Ces gens-la prolesscnl I f«»i d(.i< Remains Ct sent leurs espions. Donnez-rnoi conliv eu: le pouvoir de les arrelcr(i). » On dit tju'il obtinl, par ce moyen'; la moil de Habuee, aiupiel succeda Acacc. Si une minoritcosai- rc'sister (a) a 1'action du scbismc, une persecution suivait. DC '•cri\ains inonopbysites rapportcnl quc la morl de sept millij M'jjt cents calholiques, fut le prix de la separation des Egliscj de la Chaldec, du reste de la cbretiente (•&). Leur j>erle fu! <'onipen«r aux yeu\ du gouvernenient par la multitude cl<' fngilifs nestoriens qui se refugiaicnt dans la Perse • la plupar elaient des artisans industrieiix qui cbercbaienl un pays ou leun propre religion dominat. Comme nous 1'avons deja dit, cette religion s'appuyr.it sun 1 interpretation litierale des Ecritures, dont Theodore de Mop-; sueste fut le principal maitre. La doctrine qui la coi^tiluai formellement porte le nom de Nestorius ; elle consiste dan; 1'ascription a iVotre Seigneur d'unc personnalile humaine aussi bien (pae divine; ct elle se manifesto par le refus du litre • mais il n'accorda pas qu'il fut en conse quence, comme bomme, consubstantiel avee nous , pensant apparcmment quc 1'union avec la Divinite avail change cc qui. sans elle, cut etc simplement la nature bumainc. Cependant, se trouvant presse par sesjugcs, il dit que, quoi(jue jus(pi'alors il ne se fut }>as permis de discuter la nature de Jesus-Christ ou d'allirmcr (jue • le corps de Dieu esl le corps dc rhnmriic, biei;! qu'il ful hiunain, >» cependanl il elait pret, si on le lui coni- mandail, a reconnaitrc la consubstantialite dc Notrc Seigneur! 7 ** avec nous. Saint Flavien nbserva alors que « le concile n'intro- duisait pas unc nouvelle doctrine, mais ne faisait que declared la foi des Peres. » Sur le premier point, Eutyches maintinl qut; Notre Seigneur n'avait , apres son incarnation , qu'une scult nature. Qua ml on lui exposa la doctrine catholique, il repondit: « Lisez saint Athanase, ct vous n'y trouvcrez rien de pareil. • Sa conclamnation fut en consequence prononcee ; elle fuij signee par vingt-deux evwjues et vingt-lrois Abbes (i). Parmi leM cucs etaicnt Flavien, dc Constantinople; Basile, melropo-i (I/ Flcury, Hist. — 3H — litain de Sclcucie en Isaurie; les metropolitains d'Amasie dans le Pont ct de Mareianopolis dans la Mcesie, ct Feveque de Cos, ministre du Pape a Constantinople. Eutyches en appcla a saint Leon, Pape alors regnant, qui , an premier rapport, se rangea de son parti. II ecrivit a Flavien. que,, « jugeant par Fexposition d'Eutyches, il ne voyait pas qu'il ait etc juste de le separer de la communion de FEglise. » ! .: Envoyez-moi done , continue-t-il , un recit complet de ce qui is'est passe , et faites-nous connaitre quelle est la nouvelle jerreur. >» Saint Flavien , qui s'etait conduit avec une extreme indulgence dans les deliberations du concile , n?eut pas grand'- jpeine a cxposer au Pape la controverse sous son veritable jour. Eutyches fut soutenu par la cour imperiale et par Dioscore , jle patriarche de Constantinople ; mais on ne permit pas que la (decision du concile de Constantinople terminal la question. Un .concile general fut convoque pour 1'cie suivant a Ephese , ou avail etc tenu , vingt ans auparavant , centre Nestorius , le jtroisieme concile cecumenique. Soixante metropolitains , dix de phacune des grandes divisions de FOrient, sry rendirent; les pveques etaient , en totalite, cent trentc-cinq (i). Dioscore fut iomme president par rempereur, ct Ton annonca que Tobjet de I'asseniblee e'tait de decider une question de foi qui s'e'tait elevee •ntre Flavien et Eutyches. Saint Leon n'approuva pas la convo cation du concile • il y envoya neanmoins des legats , mais avec [a mission , ainsi que le portaient leur message et une lettre ^.dressee au concile , de « condamner 1'heresie et de reinstaller Eutyches , s'il se retractait. » Les legats du Pape prirent rang ipres Dioscore et avant les autres patriarches. C'est a cette •poque que saint Leon publia son celebre Traite sur Tlncarna- iion, sous forme de lettre adressee a Flavien. Les discussions qui s'eleverent dans cette assemblee furent \\m caractere si violent, que le concile a ete de'signe a la pos- erite sous le nom de Brigandage d'Sphese. Eutyches fut hono- ablement acquitte , et sa doctrine accepte'e ; mais les : (I) Gibbon, ch. 47. — 512 — assembles montrercnt do la repugnance a deposcr saint Flavien. Dioseorc s'elail fait acconipagncr de la forec amice el d'une multitude de moines 7 partisans furieux de la doctrine IHOIUJ- physite, qui etaicnt venus de 1'Ejj^pio et dc la Syrie. A son appel, tous se precipiterenl dans 1'Eglise. Flavien, jete a terra et foule aux pieds, mourut trois jours apivs des suites dcs hlessures qu'il avail rcoues. Lcs legats du Pape se sauvercm comine ils purent , et les eveques furent obliges de signer en blanc un papier, quo Ton remplit cnsuite avcc la condamnation de Flavien. (,es outrages ne vinrent cependant qu'apres raecep- tation synodale de la doctrine d'Eiihchcs , acceptation ({iii soluble avoir etc I'acte spontanc des Peres assembles. Les actcs du concile se lerminereiit par 1'excommunication du Pape , prononeee par Dioseorc , et par un edit de rompereur, npprou- vant la decision du concile. Avan t de continuer ee rooit, arretons-nous un moment pour eonsiderer les fails deja exposes. Xous trouvons un bomm age et d'une vie irreprocbable, Tami d'un saint, et lui-memele grand champion dc la foi centre I'lieresic de son temps , qui croit et soutient une doctrine , qu'il declare etre la doctrine meme quo ce saint avail enseignoe en opposition a rhoresif nestoricnnc. Pour la prouvcr, lui ct ses amis en appellent aux paroles menus de saint (lyrille. Kustacbe de Ba'iroul (Berytusi cite ainsi ce Pore an concile d'Ephese : « Xous ne dcvons done, JKIS concevoir deux natures , mais unc nature du Vcrbc in- earne (i). « II semble, en outre , quo saint Cyrillc ait oto invite a expliqucr cctle phrase, et qu'il on ait appele plus d'une fois a un passage d'un ouvragc de saint Athanasc, qui cxiste tel (ju'il le cite (-2). II cst trcs-douleuv que le passage en question soil authentique; mais cola nous importe pen, car la phrase qu'il renferme csl aussi attribute a d'autres Peres par saint Cyrille, et a etc admise genera lenient par les catholiques : ainsi par sainl Flavien, qui a depose Eulyches, et meme elle a etc adoptee] indirectement par le concile dc Chalcedoine lui-meme. <1) Condi. Hard., t. II. p. 127. (*2J Petau. de Incarn., IV, 6, § 4. — 515 — Mais Eutyches n'insistait pas settlement sur line phrase , il en ppelait en faveur de sa doctrine a tous les Peres en general ;uand il disait : « J'ai lu le bienheureux Cyrilie , les saints }eres et saint Athanase. » A Constantinople, il s'exprimait ainsi : I Qu'ils parlaient de deux natures avant 1'union , mais (Tune eulemcnt apres 1'union (i). » Dans sa Ictrrc a saint Leon , il en ppelle en particulier a saint Jules , an pape Felix , a saint iregoire Thaumaturge, a saint Gregoire de Nazianze, a saint tosile, a Atticus et a saint Proclus. II n'en appclait certainement las a eux sans reserve, comme nous le ferons remarquer bientot. 1 convcnait qu'ils avaient pu errer, et avaient peut-etre erre !;ms leurs expressions; mais il est clair, meme d'apres ce que tous avons dit , qu'il ne pouvait y avoir centre lui de consensus, lans le sens ou ce mot est communement entendu. II est aussi neontestable, quoique le mot « nature » soit applique a 1'hu- nanite de Notre Seigneur par saint Ambroise , saint Gregoire le Nazianze et autres , que cependant , en somme , les Peres nterieurs avaient evite , pour quelque raison , de s'en servir. ftaint Athanase 1'a certainement elude, lui qui emploie les mots ' humanite , » « chair, » «t 1'homme, » « economic, » ou tin ecri- ain posterieur se serait servi du mot « nature. » On pourrait •n dire autant de saint Hilaire (2). De meme , le symbole J'Athanase , ecrit , ainsi qu'on le suppose , une vingtaine 1'annees avant 1'epoque de la discussion soulevee par Eutyches, \Q renferme pas le mot « nature. » II y atirait beaucoup a dire ur la plausibilite de la defense, tiree de Fhistoire et des docu- f jnents de 1'Eglise avant son epoque , qu'Eutyches aurait pu presenter en faveur de sa doctrine. De plus, Eutyches pretendit adherer de bon cceur aux decrets les conciles de Nicee et d'Ephese , et ses amis en appelaient ti dernier de ces conciles et aux Peres anterieurs pour prouver jjue rien ne devait etre ajoute au Symbole de TEglise. « J'ai ppris de ceux qui m'ont precede, dit-il a saint Leon, et j'ai ! (1) Concil. Hard., t. II. p. 167. I (2) Voir Athan. , Ar., tr. d'Oxford, p. 345 , note g, p. 480 , note d. BlBLIOTH. HIST. 6e ANN'EE. Ier OUVR. 27 — 514 — ele instruit des ma jeunesse, a reorder le saint concile ceci meniquc U'liu a Nicer par Irois cent dix-lmit vcncrablcs c\cqiK .01111. u- ayant iixe la foi, i'oi (juc le saint concile tcnu a fcplie a maintcnne et delinie de nouvcau conniH1 la scnle i'oi; jo n janiais voulu dire mitro cli<»e quo cc quo la seule vraio foi prcscrit. -.> II dit an Brigandage' d'Eph6se : « Ouand j'ai dccla quo ma I'oi etait conlbrino a la decision du concile do .Nice conlirmee a Kplioso, ils in'onl demande d'y ajouler quclqu mots; mais , craiunant d'aiiir CODtrairement au\ dccrets ( premier concile d'Kplicsc et du second ooncilc do JNicee. j desire (jne \olre saint concile en out connaksince, c'tant pr a me soumettre a ce quo \ons approuvorio/ (i). » Dio>cd oxposo la (jiieslion a\oo plus de force : «= .Nous avons oulomli dit-il, ce (jne ce concile d'Kpliesc a dooroto, (juo si quoiqu'i allirme, emcl une opinion, ou soulove tine ([uoslion qui ailj an dela du symhole >u>dii do Niece, il doit etrc condamne 11 est remarquable (jue le concile d'Mphose ole cles expressions extra-scripturaires. « Je n'ai jamais trouve ans FEcriture, dit-il, » rapporte un des pretres qui lui fut nvoye, « qu'il y ait deux natures. » Je repliquai, ajoute-t-il : On ne trouvera pas dans les saintes Ecritures la doctrine de i consubstantialite , ni le Homoousion de Nicee , mais seule- icnt dans les saints Peres , qui les ont bien comprises et jxposees avee fidelite (i). » D'apres cela, dans une autre cir- onstance , on rapporta de lui « qu'il etait pret a accepter exposition de foi faite par les saints Peres des conciles de Nicee t d'Ephese, et qu'il s'engageait a souscrire a leurs interpreta- ons. Mais cependant s'il y avail quelque faute ou erreur acci- cntelle dans quelques-unes des expressions dont ils s'etaient ervis, sans les blamer ni les accepter , il aurait recours aux fcritures , comme etant une source plus sure que les traites |es Peres. » On ajoutait » que dcpuis le temps de FJncarnation e Dieu le Verbe il adorait une nature : mais que les piles des Peres ne lui avaient pas appris la doctrine que fotre Seigneur Jesus-Christ venait de deux natures personel- ement unies 7 et qiril iracceptait pas non plus les passages I'auteurs qui pourraient lui etre lus pour prouver ce point . jarce que la sainte Ecriture, comme il 1'avait dit, etait prefe- jible a renseignement des Peres (2). j» Ce recours aux Ecritures jous rappelle ce qui a ete dit naguere de 1'ecole de Theodore Jans Fliistoire du Nestorianismc , et du defi des Ariens a saint ^vite en presence du roi des Goths (3). Cette maniere de pro- tier avait aussi ete le trait caracteristique de 1'heresie dans la leriode precedente. Saint Hilaire reunit sur ce point un certain jombre d'exemples qu'il tire de 1'histoire de Marcel, de Photin , b Sabellius , de Montan et de Manes , et il ajoute : « Ils par- ;ient tous de 1'Ecriture sans en avoir le sens, et ils professaient pe foi sans foi (4). » | Le concile du Brigandage, quoique, repetons-le, tyrannise 1) Fleury, traduction d'Oxford, xxvn, 27. j(2) Conci].Hard.,t. II, p. 142. (3) Voir plus haul, p. 255. Ad Const., II, 9. Voir Athan., Ar. , trad. d'Oxford, p. 386, note. — 316 — par Dioscore dans 1'alTaire do saint Flavien , acquitta certaim ment Eutyches, acccpta canoniquement sa (lot-trine, ct, a( qu'il parait, ce Tut dc tout onuir; bien quo lo changemei d'opinion do sos mombros a Chalcedoine ct les variations sul sequentes dc 1'Orionl. rendcnt lour decision do pou d'iinpoi tanco. Los actos du concile do Constantinople fnront lus at Pores du jLofrocinmm. Quand ils arri vomit au passage o Eus&be de Doryleum, raccusatour d'Eutyches, lui domain - il eonfossait j)ou\ Natures on J&us-Christ apres I'lnoarnatioi 01 la (Innsiihstantialitc suivant la chair, les Pores s'ecrierent i to looUiro : « \ has Eusebe; qu'il soil hrule et brule vil qu'il soil coupe on deux; do inoiuo (ju'il a divist3 la nature c Notre Seigneur, qu'il soil partake (i). » Le concile, a l'excc| lion dos logats du Papo, soinhle avoir ete unanirne sur le poii do la re'inte'gration d'Eutyches; on no saurait guere iniagim une decision plus complete. 11 est vrai (|ue cent huit signatun peuyent paraitre un nomhre hien petit sur un millier dc siogi opiscopaux ([lie Ton comptait en Orient; niais les concilcs 01, toujours ou un rai-acloro roprosentatif. Les eveques do toute j chrotionte otaient environ dix-hnit cents, et oopendant cei, ciiujiiante seulement, c'est-a-dire la douziomo partie, se rendcii au second concile oH-umenique. Au troisieme concile , il y t avail environ deux cents, c'est-a-dire un neuvieme; le conci, do iVieee lui-inemo no comptait quo trois cent dix-huit evequei En outre, quand nous examinons do pros les noms apposes la decision synodale, nous trouvons que la faussc croyanct; rinintolligonce, la faihhsse, a laquelle on peut attrihuer cet: Brando i'aute, n'etait pas un phonomonc local, mais le crin de tous les patriaroats et do toutos les ecoles d'Orient. Sr quatre patriarchies, trois otaient favorahlcs a rheresiarque, et i (jiiatriomo otait lui-meme en proces. Dos trois, deux, Domm d'Antiochc et Ju\onal do Jerusalem, acquitterent Eutychos si le motif qu'il confcssait la foi de Nicee et d'Ephese. Domni etait un homme du plus beau et du plus pur caractere , q (l)Concil.Hard.,t. II, p. 162. — 517 — Ivait etc disciple de saint Euthyme, quoiqu'il se soil montre iconsequcnt dans cette circonstance , et qu'il ait ete mal pnseille dans les premiers pas de sa carriere. Dioscore, homnie iolcnt et mediant, ainsi qu'il s'est montre, avait ete arehidiacre |e saint Cyrille , qu'il avait accompagne au concile d'Ephese. jl etait appuye dans cette occasion par ces memes Eglises qui vaient si noblement soutenu leur patriarche Anastase, dans la rande luttc cles Ariens. Ces trois patriarches etaient appuyes jar les exarques d'Ephese et de Cesaree dans la Cappadoce ; et eux d'entre eux , aussi bien que Domnus et Juvenal , etaient outenus par les metropolitains qui leur etaient subordonnes. es sieges memes places sous 1'influence de Constantinople , ui formait la Sixieme division de FOrient, prirent parti pour ]utyches. Ainsi 7 parmi les signataires de son acquittement , se •ouvent les eveques de Dyrrachium, d'Heraclee en Macedoine, c Messene dans le Peloponese , de Sebaste dans FArmenie , de arse, de Damas, de Ba'irout, de Bostra en Arabic, d'Amida ans la Mesopotamie , d'Himeria dans TOsrhoene , de Baby- one , d'Arsinoe en Egypte , et de Cyrene. Les eveques de a Palestine, de la Macedoine, et de FAchaie, chez lesquels 'oeil penetrant de saint Atbanase avait decouvert FApollina- lisme dans son germe, lorsque cette doctrine commencait a leine a prendre une forme determinee, etaient ses partisans. Barsumas , Abbe Syrien, ignorant le arec, se rendit au Latro- ' v * C^ t^ / '•inium , comme representant des moines de sa nation ; il en ivait forme un corps de mille hommes , force materielle on norale dont il disposait , et qu'il poussa dans cette infame issemblce au meurtre de saint Flavien. Tel etait en i'annee 449 1'etat de la chretiente en Orient. Une leresie qui en appelait aux Peres, au Symbole et, par-dessus tout, 1 1'Ecriture, fut adoptee comme vraie en la personne de son pro- nulgateur par un concile general pretendant etre oecumenique. Certainemcnt si FOrient pouvait, independamment de 1'Occi- ient , flxer un point de foi , Fheresie monophysite fut admise *omme verite apostolique dans toutes les provinces situees de a Macedoine a FEgypte. — 318 — II y a cu dans 1'liistoire du Cbristianisme , une epoque & nous vimes \tbanaso soul contre le monde, et le mondc contn Athanasc. Los besoins ct I'cmbaiTas do 1'Eglise nvaient et< grands : un hommc fut emo\e pour sa delivranoe. Dans cettt sccondc crise, qui otait destine a etre le champion do celle qu ne pcut pas succomber? D'ou viut-il, ct qucl elait son nom II arriva premie d'un aujuire do victoirc quc saint Athanast nieme nc pouvait avoir : o'etait Leon, eveque de Home. La garantie de succos que saint Athanase menu1, n'avait pas. efait d'etre assis sur la chaire de saint Pierre, et d'etre 1'Iierilin de ses prerogatives. Tout au commencement de la controvcrso. saint Pierre Chrysologueavait soumis cette grave considrratioi a Eut\elies lui-meme, en tennes que nous avons dt^ja cites : « Jt vous exhorte, nion venerable trere , lui avait-il dit, a vous sou- ineltre en toutes elioses a ee qui a ete ecrit par le venerable papi dc Home, car saint Pierre, qui vit et preside dans son siege. donnc la veritable foi a ceux qui la eberchent (i). » Cette \di> venue de Havennes, trouva de 1'ecbo, apres le Latrocinium, dans les profondeurs de la Syrie par la bouche du savant Then doret. <; Ce siege tres-saint, » dit-il dans unc lettre a Tun di\« legats du pape, « a pour plusieurs raisons mission de guidci! (v/^ovcav) toiites les Kglises du monde, et entre autres pam| qu'il est reste libre de tout rapport avcc 1'bervsie; que pas ur; scul sentiment beterodoxe ne s'e^t assis sur ee siege; mais qu'i a preserve de toute souillurc la grace apostolique (2). ?• Un troi sieme tenioignage pour rencouragement dcs fideles emana, er ee moment tenebreux, de la cour iinperiale d'Occident. «(Noti: sommes tenus, dit Valentinien a 1'empereur d'Oricnt, de main tenir inviolable dans notrc temps la prerogative de veneratior partieulierc qui cst due au saint apotre Pierre, afin que le bien heureux eveque de Rome a qui Fantiquitc a assigne le sacerdon sur tous (xara Trivrwv) , ait I'opportunite de juger en cc qui touch* la foi et les prilres (:.). » Leon lui-meme n'avait pas manqm (1) Floury. (2) Ep. 116. (3) Cone Haid., t. II. p. 36. — 519 — dans cette circonstancc du sentiment de confiance obtenu du bienheureux Pierre , cbcf des apotres , qui lui disait qu'il avail 1'autorite de defendre la verite pour la paix de FEglise (i). » Sur ces paroles, arrivons au concile 'de Chalcedoine. Le concile se reunit le 8 octobre 4ol. On y comptait le plus grand nombre d'eveques qui, avant et depuis, se soil jamais rendu a un concile. Quelques auteurs clisent qu'ils etaient six cent trente. De ce nombre , quatre seulement elaienl venus d'Occident : deux legals remains et deux eveques d'Afrique (2). Les deliberations furent ouvertes par les legats du pape qui dirent avoir mission de la part de Feveque de Rome, « tete de f toutes les Eglises , » de demander que Dioscore ne siegeat pas , pour la raison qu'il « avail eu la lemerile de tenir un concile sansyetre autorise par le siege apostolique, ce qui n'avait jamais etefait auparavant, et cequ'on ne pouvait faire legitimement(3).» Cette demancle fut aussilol accordee. Le second acte du concile fut d'admettre Theodoret qui avail ete depose au Latrocinium. Les officiers imperiaux presents insisterent pour qu'il ful admis, en s'appuyant sur ce motif que «i exprimo aiusi par 1'organe deLeon; ainsi les apntres nous ont instruits! » On lut cnsuitc des passages d'autres Peres, ct quclques jours furcnt consacre's a la discussion avant de redder la profession de foi. Durant Fintenallo , Dioscore fut traduit et condamne. La *« ntcnce fut prononcee contre lui par les legats du pape: elle portait : » Le tres-saint archev^que dc Rome, Leon, par notre intennediaire et celui de ee concile, assiste de 1'apotre Piern t rocheret fondement de I'Eglise catholique ct de la foi ortho- doxc, le prive de sa dignite episcopate et lui interdit tout minis- tere sacerdotal. » Dans la quatrieme session , rcvint la question relative a la ! delinilion de foi. Le concile se horna a declarer qu'il rccevait la definition des trois conciles antericurs ; mais il ne voulut rien y ajoutor. ("cut soixantc eveques adhererent ccpendant a la lettre de saint Leon. Dans la cinquieme session, la question fut agilee de nouvcau. Les fravaux du comite ahontirent a une definition de foi qui fut acceptee par la majorite des mcmhres du concile. Les eveques s'ecrierent : «tNous sommes tous satisfaits de cette defini tion ; elle renfermela foi des Peres ! anatheine a celni qui pcnse autrcmcnt; chassez les Nestoriens! » Quelques-uns voulurenl soulcvcr des ohjections, mais Anatole, le nouveau patriarchs de (Constantinople , demanda : « Est-cc qu'hier chacun n'a pas consenti a la definition de foi proposee? » Les eveques repon- dirent : « Chacun y a consenti ; nous ne pcnsons pas autrement; la foi des Peres ; qu'il soit ctahli que la sainte Vierge est la — 321 — mere de Dieu ; ajoutons-le an Symbole; chassez les IVesto- riens(i)! » Ceux qui soulevaientdes objections etaient les legats du pape, appuyes par quelques eveques Orientaux. Ces Latins clair voyants et esprits fermes, comprirent parfaitement bien qu'elle ctait la seule expression vraie de la doctrine orthodoxe contre 1'he- resiedontil s'agissait. Us avaient recu des instructions pour deter miner le concile a declarer que Jesus-Christ etait non-seulement de deux, mais en deux natures. Us n'entrerent pas en discussion sur cc point ; mais ils eurcnt recours a un argument plus intelli- ; gible : « Si les Peres n'adheraient pas a la lettre du saint eveque j Leon, » ils abandonnaient le concile, et s'en retournaient chez jeux. Les officiers imperiaux prirent le parti des legats. Le i concile neanmoins persista a dire : « Chacun a approuve la de- | fmition ; que Ton y souscrive : celui qui refuse d'y souscrire est heretique. » Les membres parlerent memo de s'en rapporter a Tinspiration divine. Les officiers demanderent s'ils avaient accepte la lettre de saint Leon; ils repondirent qu'ils y avaient ad here; mais qu'ils n'introduiraient pas son contenu dans letir definition de foi. « Nous ne desirous aucune autre definition . dirent-ils; celle-ci ne laisse rien a desirer. Nonobstant cette opposition , les legats du pape obtinrent ce qu'ils voulaient par 1'assistance de 1'empcreur Marcien qui avait j succede a Theodose. Ils firent nommer un nouveau comite sous la menace, si les Peres resistaient, de transferer le concile en Occident. Quelques voix s'elevercnt contre cette mesure. On entendit crier contre le parti romain : « Ils sont Nestoriens; qu'ils aillent a Rome! » Les officiers imperiaux firent observer : Dioscore a dit « de deux natures; » Leon dit «i deux natures; » \ lequel suiv rez-vous de Leon ou de Dioscore? » Sur leur reponse | qu'ils suivraient «« Leon , » les officiers reprirent : « Alors , i ajoutez a la definition, suivant le jugement de notre tres-saint ; Pere Leon. » II n'y avait plus rien a dire. Le comite s'occupa ; immediatement de son travail , et peu apres les membres ' revinrenta I'assemblee avec la redaction que le pape exigeait. (i) Fleury. Lc comite repeta Ic Symbols do .\ieee ot do Constantinople ajouta : u Ce Symbole c'tait sullisant pour la connaissance par- faite do la religion; inais los ennemis do la \eritc out invente des oxprossions nouvollos : •> ot il formula onsuitc la foi en tonnes plus explicitcs. Quand toutes los pieces oiirent ete lues, los cheques s'ecrierenl : « C'est la la foi dcs Pores; nous la suivrons tous! » Ainsi so tormina unc Ibis pour toutes cotte controverse. Lo concile, apres sa clnlure. adrossa a saint Leon unc loltre dans Ia((ucllc los Pores lo reoonnaissaient comme « rinterprcle ctabli do la voix du bienheupeux Pierre (i), » en faisant allusion a la Confession do saint Pierre dans saint Mattbicu (xvi), et ils en parlont cnnnnc « do colui qui a rccu mission do voillor sur \c viiinohlo du Seigneur. » Telle osi la pliNsionoinio oxterieure dos luttes par lesquelles I la foi catholique a olo olahlio dans la eliretiente conlre les monophysites. On doif croire fennoinont, par la foi en eelte Providence, (|ui, on \er!u (rune pi'oinosso spooiale, s'otoiul sur \ los actes do 1'Kglise, quo la definition, adoptee an concile de (ilialcedoinc cst la vorito ajiosioliipio, jadis annoncee aux saints. iNoanmoins, il deviendra evident pour colui qui etudie la tlu-o- logie , a inosuro qu'il sc familiarisera avec les ouvrages des Peres, (juo cello definition cst lout siinplement d'aceord avec la foi de saint Athanase, de saint Gregoire de IVazianzc et dc tous les aulros Pores de TK^liso. Mais an point do vue histo- riquc, quo s"o; les hereti(jues prirent en Egypte et en Syrie un norr tire de leur eroyance, et fonnrrent la communion monophysitc Leur theologic ctait a la fois simple et specieuse. Ils la hasaien sur des paroles / / ;i fait , par une sorte de fatalit^ cachee , leurs partisans se ortaient toujours vers le parti extreme qui etait anathematise, u formaient alliance avcc lui. Ainsi Pierre-le-Foulon, le lieopaschite (Eutychien), est a une epoque allie avec Pierre-Ie- jlegue qui defendait la Formule d'Union (iv&m/.sv) monophysite. es Acephales , quoique separes du dernier Pierre a cause de tte defense , et accuses par Leonce d'etre Gaianites (i) (Euty- jhiens), sont regardes par Facundus comme des monophysites (2). Timothee le Chat , que Ton dit avoir ete d'accord avee Dios- ore et Pierre-le-Begue , qui signa YHenotique , c'est-a-dire vec les deux patriarches monophysites , aurait neanmoins )utenu , suivant Anastase , la doctrine que « la divinite est la ?ule nature de Jesus-Christ (3). » Severe accepta le symbole es Phantasiastes (Eutychiens) , et cepcndant , suivant Leonce , doit , en realite , etre plutot regarde comme le principal jocteur et le chef des monophysites. A une certaine epoque, il ristait une union , bien que temporaire , entre les Theodosiens nonophysites) et les Gaianites. | Ce n'etait pas un phenomene nouveau clans 1'histoire de |Egiise qu'une pareille division d'un parti heretique range en |eux fractions, dont Tune soutenait une opinion extreme, et lautre une opinion moderee , qui , bien qu'elle parut nette et !:aisemblable sur le papier, etait en fait cependant sans realite, inpraticabie , et n'avait aucune esperance. De meme qu'Eu- rches emit une doctrine cxtravagante, qui fut d'abord modifiee pns la croyance monophysite, et qui retomba ensuite inconsi- ^rement dans la doctrine des Phantasiastes et des Theopas- uites , ainsi Arius , qui avail d'abord ete supplante par les jiisebiens , prit une nouvelle vie dans Eunomius. De meme jje les Eusebiens moderes avaient forme au concile de \icee (1) Leont. de Sect, , vn , p. b2l , 2. j(2)Fac., I, 5, circ. init. (3)Hodeg. 20, p. 319. BlBLIOTH. HIST. 6e ANN^E. Ier OUVR. 28 — 32G — le grand corps dcs dissidents, les Monophysites se composaie, dt1 la masse do ceux (jui avaicnt proteste cm it re Ic concile c Chalcedoine. Si lo Eusehicns avaicnt etc modcres dans lei eroyancc, ct Dependant san< scrupule dans lours actes. les M< nophysites nous prescntcnt les monies caracteres. Comnie I Euscbions , qui se precipitaient individucllcnicnt vcrs 1" Ari; nisine pur, It's Monophysites temlaient vcrs 1'Eutychianisn priinitif. De memo que les Monophysites se souleverent com Ic papc Leon, les Eusebiens s'etaient. quoiqu'y a\ant ele moil provoques, souleves contro le j>ape Jules, ct s'etaient plaints < lui. Les Apollinari^ics - 'ctaiont dmses en deux sectes : Turn poussant jus(|u'a leur derniere liinitc les inductions tiroes de emyance de leur inaitre, avail sui\i Tiinothee, ct le parti pli prudent ou plus tiinide a\ait ctmtracte line alliance inintelligib a\ec \ alentin. Dans 1'histoire du Aestorianisme encore, quoiqi eette heresie prclat inoins aux divergences d'opinions , noi \oyons le Siege de Rome avec saint Cyrille a line extreinite, \ •>torius a rcxtrcmite opposee ; entre eux etait le grand pai oriental, a la tote diujuel sc trouvaient Jean d'Antiot-he Theodoret, parti qui n'etait pas heretique, inais qui fut poi un temps mecontcnt du concile d'Ephese. L'heivsie nestorienne , ai-jedit, olTrait moins d'occasion ai variations doctrinales que riie'resie d'Eutyches. Son esprit oti rationalise, et elle possedait les qualites qui vont avcc Ic rati< nalisme. Quand elle fut chassee de 1'Eiupire remain , cl s'enipara , commc nous 1'avons vu , d'un champ riclie nouvcau qui s'offrit a son zele; elle prit possession d'unc Egli etablie , entra en cooperation avcc le gouvcrnemcnt civil adopla dcs usages seculiers , et, par des moyens quelconqud sc poussa justju'a former un empire. A en juger d'apres 1, apparcnces, bicn qu'il soit ncccssaire de posseder une connai, sance trcs-intime de son histoire })our en parler autrcmcnt qi d'une manicre conjccturale , cette heresie t3tait une puissam |K)litiquc plutot qu'un dogmc ; elle meprisait la science thcol« gique. L'Eutychianisme, d'autre part, etait mystique, seven enthousiaste. Si nous exccplons Severe ct un ou deux autrcs < — 327 — es partisans , il n'etait soutenu que par un tres-petit nombre 1'habiles controversies. II eut peu de prise sur les Grecs intel- 'igents de la Syrie et de I'Asie mineure ; mais il fut florissant , )«irmi les Syriens indigenes, et dans FEgypte , qui etait bien oin en arriere de FOrient en fait de civilisation. Le Nestoria- lismc, comme FArianisme avant lui, etait une religion froide, ljui convenait mieux aux ecoles qu'a la foule (i) ; mais les Mono- )hysites entrainaient le peuple avec eux. Les Monophysites , nomine les Jansenistes modernes , et contrairement aux Nesto- •iens, etaient fameux par leurs austerites. Us ont ou avaient ?inq caremes dans Fannee, durant lesquels les la'ics aussi bien jue le clerge s'abstenaient, non-seulement de viande et d'ceufs, nais aussi de vin , d'huile et de poisson (2). La vie monastique ?ormait un des caracteres de leur systeme ecclesiastique : leurs deques et leur Maphrien ou Patriarche etaient toujours pris )armi les moines, qui, dit-on, portaient une chemise de fer, )u sur la poitrine, une plaque qui faisait partie de leur vetement :cclesiastique (3). Nous avons deja dit de Severe, patriarche d'Antioche a la fin 3u cinquieme siecle, que son savoir et son habilete font regarder •omme le fondateur de la theologie de cette secte, qu'il offrait me exception au caractere general des Monophysites. Avant ui, la defense de leur cause avait, d'ailleurs, ete entreprise par es empereurs eux-memes. Durant les trente ans qui suivirent e concile de Chalcedoine , FEgiise cFEgypte , qui avait proteste , ut le theatre de desordres et de massacres continuels. La muni ficence de Dioscore Favait rendu populaire dans les rangs nferieurs de la societe, en depit de Fextreme relachement de sa noraie , et pendant un certain temps le gouvernement imperial to put reussir a faire elire son successeur. Enfin Protere , (1) A savoir, en Grece : « Sanctiores aures plebis quam corda sunt sacer- potum. » S. Hi!, cont. Auxent. 6. Quelques recherches sont necessaires pour lie rendre compte de son influence sur les Barbares. Voir plus haul , p. 289 bt 290. ('!} Gibbon, ch. 47. (3) Assem., B. 0., t. II. de Monoph. circ. fin. — 528 — lionimc d'tin beau caractcre , et vieairc general de Dioscore fut, pendant quo celni-ci etait a Chalcedoine , elu , consacre ( installe. Le pcuplc se souleva a cette occasion contrc les autorhi chiles, et les soldats, (jtii vinrent a lour aide, furcnt aUaqut a coups de pierres , et pourchasses dans unc egliso , ou 1 populace les brula vil's. Les mencurs populaires se disposerei ensuite a interecpter les approvisionnements do grains destine a Constantinople , et , a la suite d'unc represaillc defensive Alexandrie fut reduite a la famine. Deux milles homines d troupes, alors envoy's pour retablir 1'ordre, se livrerent a dc execs scandaleux sur les feinmes d'AIcxandrie. On attenta a 1 \ie de Protere, qui fut oblige de s'entourer d'une garde. Lc eve(}iies dT'gyple ref'userent de reconnaitre son autoi'ite. Dcu inembres de son clerge, qui plus tard lui succedorenl, Timotlic et Pienv, se separerent de lui: ils rallierent a cux quatre o eiiKj evequcs d !a masse du peuple (i). Le palriarcbc catlioliqu fut laisse i! ins Alexantlric sans troupeau. II tint un concile condamna les scbismatiques; Fempereur secondant ses efforts les cbassa du pays, et mil en vigueur les lois centre Irs Euty chiens. I n calme exterieur succeda a ces desordres. Marcie. niourut , et Ton vit alors paraitre de nouveau Timothee 1 Chat, d'abord en Kiivptc, et ensuite a Alexandrie. Le paipl se souleva en sa favour, et porla en triomphc a la grande eglis son champion persecute , qui fut consacre palriarche par dcu eveques eondanmes, ({iii avaient ete depossedes de leurs siegej par un concile d'Egypte ou de Palestine (i). Timothee. line foii eleve a la dignite patriarctle, commenca par creer une nouvell succession episcopate; il ordonna des eveques pour toutes lr t • Egliscs d'Egypte, et envoya en exil les prelats qui etaienl ci possession des sieges episcopaux. Les troupes imperiales, qui avaient stationne dans la haute Eirvnte , retoui'nerent a Alexani c^. * l drie. La populace se souleva, penetra dans 1'eglise ou sn\ raises populaires eomme le Pa~ radisus utiiihd' de Jiorsiins, des exeiuplos d'uue rede (jni esl trop manifesto pour avoir Iiesoin de preuvc. formelle. EII-. appliquoe dans les decisions thcoloiriqiics de saint Athanase an quatrieme siecle , el de saint Thomas dans le treizicme; nous la troiiums au>si dans la structure du droit eanon, dans k-s Indies et dans les hrel's des papes. .N'ous en avons un e\emple dans 1'opinion qui a prevalii si louru;teiups dans 1'Kirlise, et quo l«-.s pbiiosophea de eetle epo(|iie ne nous permettent pas d'on- hlier : (jue toute verite, lonie science doiveut venir du Volume inspire, (let!,1 reiile il>t reeonnne anssi lu'en (pTappliquee; die rerounue nussi distinelement par les eerivnius 'aeeordent avee les saintes Ecritures, ou du moins qu'ils ne sont 3 en disaccord avee elles; inais on les repousse ou les re- prouve s'ils en different, meme de la maniere la pluslegere(i).» meme auteur dit encore : « Le sujet de rEe,riture est sim- pleinent de trailer, non-seulement dans le Aouveau Testament. qui nous est ouvert, mais dans 1'Ancien, du Dieu-IIomme ou de Ihornme-Dieu Jesus-CJirist. Car la sainte Ecriture ne contient (|ue des preceptes de croyance et dc conduite , ou la foi et les . la lin et les moyens d'y arrivcr, le Createur et la crea- (1) Opp., t. I, p. 4. — oo7 — • re, 1'amour de Dicu et du prochain, la creation et la rcdcmp- )ii; et , puisque toutes ces choses se trouvent en Jesus-Christ, 'suit de la que Jesus-Christ est le sujet de FEcriture canonique: r tons les points de foi, qu'ils concerncnt le createur ou les eatures, sont resumes en Jesus-Christ, que chaque heresie nie suivant ce texte : Tout esprit qui rcnie Jesus-Christ riest is de Dieu. Comme hommc il est uni a la divinite, et comnic icu a Fhumanitc , an pore dont il precede, an Saint-Esprit qui •ocede a la fois du Pere et de Jesus-Christ, a Marie, sa tres- inte Mere, a FEglise, aux Ecriturcs , aux Sacrements , aux iiints, aux Anges, aux Bienheureux, a la Grace divine, a Fau- rite et aux ministres de FEglise; de sorte qu'il est vrai de dire lie toute heresie nie Jesus (i). » II dit dans un autre passage : La sainte Ecriturc est eomposee et arrangee de telle sorte par Saint-Esprit , qu'elle convicnt a tous les lieux , a tous les mps, a toutes les personnes, a toutes les difficultes, a tous les ingers, a toutes les maladies, a 1'expulsion du mal, a Fobtcn- )ii du bien, a Fextirpation des erreurs, a Fetablissement des )ctrincs, au raffermissement de la vertu , a la fuite du vice. C'est pourquoi elle est justement comparee par saint Basile, un dispensaire qui fournit des remedes divers pour chaque aladie. C'est d'elle que FEglise a tire sa fermele et sa force a jpoque des martyrs, sa sagesse et sa lumiere a celle des Peres, foi pour renverscr les heresies lorsque les heretiques se sont \es , Fhumilite et la moderation dans les temps de prosperite, ferveur et Fact i vile aux epoques de tiedeur, et, dans les temps ;j depravation et d'abus, la puissance pour reformer les habi- des de corruption et revenir au premier etat (2). » « La sainte Ecriture, dit Corneille de la Pierre, renferme les !>rnmenccments de toute theologie • car la theologie ivest que science des conclusions tirces de principes certains a la foi ; ;le est par consequent la plus auguste aussi bien que la plus (1) Opp., l. I, pp. 4, 5. (2) Opp., t. I, p. 9, BlBLIOTH. HIST. 6e ANNJiE. I" OUVR. 29 — 558 — certainc do tonics Ics sciences. Mini's l»riturc conticnt Ics prin eipes de la i'oi ct la foi elle-meme. IVou il suit (juc la saint Kerilure pose Its principes do la theoloijio , a 1'aide dosquols 1 iliooloixion fail naitre sos demonstrations du raisonnemem d lesprit. Cclui done qui pense pouvoir fa ire do la scolustiqu j»ans a\oir sericuscmenl elndie I'Ecriture-Sainte, attondra vairn nionl la naissanct do cello progcniture sans more (i). » Cornoill do la Pierre dit encore : « Qnol est lo snjoi do 1'Kcriture? Doi> jo repondre en un mot? Son objet esl dc omnv srilnli; el! einbrasse dans son >oin tonics Ics etudes, lotitoe quo Ton pei (•(•nnaitro, ct forme ainsi nne sorte d'uniyersile des scieneos renfermanl toutes les sciences , d'une maniere formelle ou ru tuellemeiti (2). » Jo no saclie pas quo los thenlogions ])osterieurs an coneile (ii T rente niont (jue la foi oatholique tout enliere puis die est le souffle de la puissance de Dieu; » enfin, « sa puis- jance eternelle et sa dhinite. » D'autre part, Fecole d'An- loche, qui adoptait 1'interpretation litterale, etait le foyer meme e Theresie. Sans parler de Lucien, dont 1'histoire n'est connue iue d'une maniere imparfaite, — un des premiers maitres de jette ecole, le maitre d'Arius et de ses principaux partisans, — :)iodore et Theodore de Mopsueste, les deux maitres les plus ::niinents del'interpretation litterale dans la generation suivante, j'taient , comme nous 1'avons vu , les avant-coureurs du Nesto- pianisme. II en avail ete de meme dans un siecle encore plus 'ccule. Les juifs s'attaclierent au sens litteral de 1'Ancien Tes- jiament ct rejeterent 1'Evangile 5 les apologistes Chretiens prou- jverent sa clivinite a 1'aide de 1'interpretation allegorique. Le jrapport formel de ce mode d'interpretation avec la iheologie ichrelienne est signale par Porphyre , qui parle d'Origene et d'autres comme 1'ayant emprunle a la philosophic pa'ienne, tant pour expliquer 1'Ancien Testament que pour defendre leur ipropre doctrine. On pent prcsque etablir comme un fait histo- jrique que 1'interpretation mystique et 1'orthodoxie se soutien- jdront ou succomberont ensemble. Un ecrivain a clairement vu i cela en ce qui louche la iheologie primitive, dans le cours d'une I dissertation recente sur saint Ephrem. Apres avoir observe que — 34-0 — Theodore d'Heraelec . Kusehe et Diodore, out fait unc oppo sition systematique a ['interpretation im>tii!»!r. ('-loiuiirs dr la foi dr.- roiH'ilrs... D'nn auli-r r;)l(-, (oils rrn\ (jiii out conserve la fo' dcl'Eglise nr sr snni janiais entieremcril dispenses dr ,>ui\rcK sens spiriluel di-s Keriinres. Lex eoiirilrs \rillairni snr la loi or- thodoxr, rt il n'rtail pas pnidrnl, dans rr> sirrlrs, ainsi (juenou^ ravdiix specialcment appris par I'exeinph1 dr Theodore do Mop- sueste. d'abafldonner h inelhode spiritueile pour se li\rer a un- -\-irnir d'intcrpretation exclusivement liitei'ale. Ln outre, on tionservail ['interpretation allcgoriquc, alors memo quo le scn> liltrral n'rlail pas 1'roisse. paree <|u'a rrltr rptxpie, (juand, (hill:- la conlroNer.xe. Irs herr(i(|U< -s rl !/-. fail's s'obslinaienl dans Irurs objections ronire la doctrine clnvtienne, en maintenant (jiic le Messir d"\;iii eneoir arriscr. en niant ['abrogation dn sabhat, tie la loi des crrrmoim s , rn (onrnant en ridicule la doctrine1 cbretienne dr la Trinite, et surtout crllr de la nature divine do Jesns-dbrisl, les ecri>ains ecclesiastiqucs troiiNaient utilr dans res circonstaneed, en reponse a dr pareilles objections, dr rap- porter bnisqoement, \r.\r allegoric, chaipir [>artir dr ; 1'Keriluro a Jesu<-(!hrixi et a son l^lise ^i). • V cote de ce passage d'un savant Allemand , (jui nous fait connaitre la porlee de la inelhode allegorique sur les contro- \erses a\rr Irs .hnfs rt erllrs auxtpirllrs on prut donner le nom de saint Athanase , nous plarri'ous la citation suivnntc, dirigec rontre la tlieoloiiir roinaine, dc ron\r;ii;e (inldvn Remains, fa Hales, qni r>l latitudinairien : «c Lr sens litteral , simple et incontestable de 1'Keritnre, dit-il, sans addition ni supplement par voie ({'interpretation , est le seul que nous soyons neces- (1) Lcngerkc , de Ephr. S., p. 78-80. j c-ircmcnt obliges d'acceptcr commc base de foi, a moins quelle ! no sc trouvc la oil le Saint-Esprit iui-meme nous Imdiquera ! par une autrc voie. Je ne regarde pas ce que j'avanee commc | une opinion qui m'cst particuliere , mais celle a laquelle notrc I Eglise est necessaircment lice. Quand nous nous separames de ! I'Eglise de Rome, une des raisons alleguees futqu'elle ajoutait i a* FEeriture des gloses , en pretendant qu'elles etaient cano- H soin, copondanl. quelques-uns dr< prinoij)os d'apivs los(|uol> il sV>l do\oloj»pr si' >ont on (jiichjuo sorlo pivscntos a nous, ot nou< los avons inoiitionnos d'uno inanioro inoidonto. Tol ost? par cxoiiiplc , lo rojot do ['interpretation pumnont littoralo do I'Ecriturc dont j'ai parlo; lollo ost ouoor-o la proloronoo spooialo do la foi a la raison, proloronoo dont C.olso ot Julion ont taut plaisanlo. Si nous voulons fonnulor co dernier prinoipo , voici a (juoi il sc irduit : la foi, on elle-menie, vauf inioux (jtio rinerodulito; il ost plus sur do oroiro ; nous do\ons oonunonoor par croirc , ft la oon\iction \iondra ensuite ; quant au\raisons quo nous 24-26. (2) Pago 27. — 543 — ovens do croirc , clles sont pour la plupart implicates , ct trcs- peu co-mines de 1'honimc qui est sous leur influence; elles consistent plutot en presomptions et en conjectures , en tcnta- lives faites pour connaitre la verite, qu'cn preuves solides ; les raisons probables suffisent aux conclusions que nous embrassons memo comme tres-certaines , et clont nous tirons la plus grande jtilite. D'un autre cote ? les heretiques out toujours eu pour mncipc de preferer la raison a la foi , ct de pretendre qu.e iious ne devons considerer les cboses comme vraies , qu'autant ju'elles sont prouvees. (Test ce que nous allons montrcr par les Daroles suivantes de Locke, qui, par voie de contraste, nous jerviront a expliqucr le principe ecclesiastique de la foi. Void •e que dit ce philosophe : « Tout ce (|iie Dicu a revele est certainemcnt vrai ; nous ne liouvons en doutcr ; c'est la 1'objct particulier de la foi; mais, u'il y ait line revelation divine ou non, la raison doit juger (i). >• faintcnant, si ce philosophe vent simplement dire que Ton peut ionner des preuves en faveur de la revelation, mais que, selon sordre logique, la raison doit marcher avant la foi, une telle octrine n'est en aucune facon contraire aux principes catho- ques ; mais il pretend , sans aucun doutc, qu'il y a pour liomme, enthousiasme et absurdite , d'agir par la foi sans la ilson, ou de prendre a priori la foi comme principe de sa boduite , sans attendre qu'il ait des raisons solides et capables } lui servir clans la controverse. «c Savoir si riiomme aime la 'rite pour 1'amour de la verite, est une question digne de cherches. Je pense qu'il y a pour ccla une marque infaillible, savoir, qu'il ne croie aucune proposition avec une certitude us grande que ne lui permettent les preuves sur lesquelles e s'appuie. Quiconque va au dela de cette mcsure d'adhesion , recoit pas, cela est evident , la verite par amour pour elle, |Hme pas la verite par amour de la verite , mais bicn pour Wqu'autre motif. A 1'exception des propositions evidentes par 'cs-memes, ce qui etablit qu'une proposition est vraie , ce 1)Essai surl'Entendement humain,IV, 18, 19. — 344 — sont Ics prcuvcs dont I'hommc pent I'appuycr, qucl que soil 1( de-re d'asscnlimcnt qu'il lui domic; au (Ida de ce que per mclienl les prcuvcs , il cst clair qu'on nc doit 1'allribuer qu'; (juelqirautre alleetion, ct 11011 pas a Tamour dc la verile. I serait aussi impossible (pie 1'amour de la verite entrainat moi adhesion au (Ida de la preuve qui me dcmontrcrait quill] proposition est vraie, qu'il serait impossible que lamour de 1; \eriie me fit adherer a line proposition par amour de celt. preuve dont die manque pour etablir qu'clle cst vraic; cc qu est la meine chose qu'aiiuer eetle proposition commcune verite parce qu'il est possibleouprobablcqu'ellene soil pas vraie (i)...' ... Je siis par la preuve qu'il portc avcc lui-meme , que 1'objt que je vois (*) cst lei (pie je le vois; cVst sur Ic tcmoignag dmilruiquej'admets quc les eboses que je crois sont telles qu je le< crois; mais jc dois savoir que ce lemoiiinai;e d'aulrui C5 red. ear sans cela (pid motif aurai-jc dc croirc? L'cntbousiasm esi prive de la preuve dont il se pretend en possession; car 1( ,-nlhousiastes se Nantent (rune lumicrc dont iis sc discnt eclair® et prelendent clre favorises de la connaissance de idle verite o de telle autrc. Mais s?ils savcnt quc cc qu'ils possedent csl ! viM-iie . ils doivcnt le savoir, soil par sa proprc evidence a rai 1,'ne tcllc disposition est clone une marque de la sagesse et de la misericordc de Dicu. De mcmc, aprcs avoir observe que les Juifs avaient le temoignage des prophetes, temoignage dont les Gentils etaicnt prives ; apres avoir remarquc que c'etait un enseignement etrangcr et une doctrine nouvclle pour ces dcr- nicrs, quc d'entendrc dire que non-sculcmcnt les dieux des Gentils if etaicnt pas des dicux, mais qu'ils n'etaient que les images dti demon, circon stance qui rendit leur conversion plus dillicile a saint Paul ,<> parcc qif ils avaient un plus grand besoin destruction, saint Irenee ajoute : « D'un autre cote, la foi des (I) C. Gels., I, 9. — 346 — lentils se montre par la plus oenereuse , pnrce qu'ils se rcn daient a la parole do Dini sans ctre aides du tcmoignage dcs Ecriturcs. -• Croire sur un temoii>nai>e plus faible, fut , do la port dcs Gcntils, faire prcrnv d'unc t'oi i>enciruse, et non d'cn- tbousiasnie. Ainsi encore, quand Eusebe soutient que lescbre- j ticus sont influences par « line foi raisonnablc, » c'cst-a-dire | ,,:„• nne foi capable dc partir d'tin prinripe logique, il avoue | compleleinent quc die/ rindividu la foi n'est ni necessairement i ni ordinaircnient basre >ur la raison, et il soutient qn'elle est j liee a cettc « esperance, « et inelusiveinent a ee desir dcs cboses j ainuVs, que Locke, dans le passa-e cilc plus haul, considcrc j coininc incoinpatibles avec 1'ainour dc la vcrite. « Que trouvons- | nous , » dit-il , « si cc uVsi que toute la vie de rhomme cst , xHilcnuc ]>ar ccs deux elites, 1'cspcrancc ct la foi (i). » Saint : Clement appclle la foi • uue presomption. » La tendance natu- n-!le dc la doctrine bereti• (Ic sont la des examples del'enseignement dc, rancicnne Kijlisc au snjct de la Foi et dc la liaison. D'un aulrc cote, si nous vou- lons sa\oii' cc (pii a etc cnsei^ne sur cc ineinc snjet dans Ics ecoles inodcrnes. etconnaitre (picllea elc la inarcliesnhsnjuentc dcs dcvcloppenicnts de la docirine callioliquc, nous n'a\ons (ju'a eonsullcr Ics eMraits (pic lluct a lait des autenrs inodcrnes, ct qu'il a insi'rcs dans son /L.S.SY// snr FEntendement Innnaht ; inais en les parcourant, nous ne nous preoccuperons pas de la thcoric particulierc , \raie on 1'aussc, en fau'ur dc hujuellc il les ;i rcunis dans son ouvraiic. Huct dit en parlant dc la faiblesse de rKntcndeinent huinain : « Dicu , dans sa bonte, reparc ce dcfaut dc la nature liuinainc, en nous accordant rinesliinal)le don dc la Foi. (jiii alTerinit notre liaison cliancclante , ct corrigc ccltc pcrplcxite du doutc (pie nous apporto.is dans la connaissancc des cboses. Par exeniple. nia raison nVst pas ( ap;ible de nfapprendre avcc une evidence absolue, avcc unc certitude parlaito, s'il cxistc des corps, (picllc 1'ut 1'originc du inondc, et bicn d'auli'es cliost* semblablcs; inai.s loixpie j'ai rccu la Foi, tons cos doutcs s'eva- nouissentj cornme Ics tcncbrcs an lever du soleil. (1'est ce (jui fait dire a saint Thomas d'Aquin : « (jii il cst necessairc (ju'iin ' hoinme recoive commc articles de Foi , non-seuleincnt les (1) De Ulil. cred. init. — 549 — H choses qui sont au-dcssus de la Raison , mais encore celles » dont la certitude pent etre acquise par la Raison. Car la Raison »humaine est tres-defectueuse en ce qui concerne les choses '» divines; les philosophes nous en donnent une preuve, eux qui, » dans la recherche des choses humaines a 1'aide de methodes » naturelles , se sont egares et se sont trouves en opposition les »uns aux autres sur tant de points. Afin done que les hommes »pussent avoir une connaissance ccrtaine et indubitable de v Dieu , il etait necessaire que les choses divines fussent »enscignees par la Foi revelee de Dieu lui-meme, qui ne peut 5> raentir (i). •» » Saint Thomas , dit Pluet , ajoute encore : « Toutes les re- »cherches par la Raison naturelle son insuffisantes pour don- » ner a Thomme la connaissance des choses divines , et meme »de celles que nous pouvons prouver par la Raison. » Dans un autre endroit, ce saint s'exprime ainsi : « Des verites qui »peuvent etre prouvees par la demonstration, comme 1'exis- "tence de Dieu, Tunite de Dieu, et autres, sont rangees parmi »les articles que nous devons croire, parce qu'elles sont ante- « rieures a d'autres points de foi : elles doivent etre presup- »posees, au moins par ceux qui n?en ont pas la demonstration. * » Ce que saint Thomas dit de la connaissance des choses divines, continue Huet, s'etend aussi a la connaissance des i choses humaines, scion la doctrine de Suarez. « Nous corri- » geons souvent, dit ce dernier, la lumiere de la nature par cello »de la foi, meme quand il s'agit deces axiomes que Ton met au nnombre des premiers principes, comme on le voit dans ce I » principe : les choses qui sont identiques a une troisieme sont »identiques entre elles , principe que nous restreignons aux » choses finies quand nous traitons de la sainte Trinite. Dans »d'autres mystercs, et particulierement dans les mysteres de » rincarnation et de rEucharistie, nous restreignons beaucoup "d'autres principes afin qu'ils ne repugnent pas a la foi. C'est (1) P. 142, 143, trad, de Combe. BlBLIOTH. HIST. 6e ANN^E. I" OUYR. 50 — 350 — • done un signc quc la lumiere dc la foi est plus certaine, pare » qirelle est fondec sur hi verite premiere, qui est Dieu, a qui i • est impossible de tromper on d'etre trompe, tandis que 1: • science naturelle dc Phomme petit se me*prendre et errer(i)...; » Si nous ne nous altachons pas a la raison, dites-vous, nou | renversons le grand fondement de la religion que la raison ;j rtabli dans notre intelligence, a savoir, 1'existence de Dieu Pour repondre a eette objection , on doit vous dire que le: honimcs connaissewt Dieu de deux manieres. Par la raison i avec une entierc certitude bumaine, et par la foi, avec unecer) titude absolue et divine. Quoiquepar la raison nous ne puissiomi acquerir aucune eonnaissance plus certaine que celle que nou<| avons de Fexistence de Dieu, au point que tous les argument (jtie les impies opposent a cette verite sont aise's a refiner et m! sont pas solides, neanmoins, eette certitude n'est pas nhsolu-j inent parfaite (2)... • Maintenant, quoique, pour prouver Fexistence de Dieuj nous puissions apporter des arguments qui, reunis et lies entrd •MIX. n'ont pas moins de force pour convaincre les hommesqud les principes geometricpies et les theoremes que Ton en deduhJ et qui sont d'unc cntierc certitude bumaine, neanmoins, parce que de savants pbilosopbes se sont ouvcrtement opposes, memi'1 a ces principes, il est clair quc ni dans la connaissance naturellr que nous avons de Dieu, et qui est acquise par la raison, ni dans' la science fondee sur les principes et les theoremes geome- triques, nous ne pouvons trouver une certitude absolue et par faite, mais seulement cette certitude bumaine dont j'ai parle, et a laquelle neanmoins tout hoiume sage doit sotuneltre soni intelligence. Cela ne repugne pas a ce que disent le Livre de la. Sagesse et 1'Kpitre de saint Paul aux Remains, qui declarent insenses et inexeusablcs les bommes qui n'arrivcnt pas par 1'or- £fanisation de 1'univers a reconnailre la puissance et la divinite de son auteur. (1) P. 145, 145. (2) P. 219. *" v' I — ool — i) Aous dirons, continue Huet, pour nous servir des expres- ions de Vasquez : « Par ces paroles, la sainte Ecriture veut simplement indiquer que la structure du monde et les autres ouvrages de Dieu out toujours fourni une preuve suffisante de son existence, pour le faire connaitre aux hommes; mais elle ne s'inquiete aucunement si cette connaissance est evi- dente; ou d'une tres-grande probabilite ; car ces expressions , prises et entendues clans leur signification commune et usuelle, signifient toute la connaissance de Fesprit, jointe a un assentiment determine. » Vasquez ajoute : « Car si quel- >qu'un reniait aujourd'hui Jesus-Christ , ce qui le rendrait • inexcusable , serait , non pas d'avoir pu obtenir une connais- • sance et une raison evidentes pour croire en lui , mais parce !>qu'il aurait pu croire en lui par la foi et par une connaissance i'eonforme aux principes de la prudence. » » C'est done avec raison que Suarez enseigne que Fevidence baturelle de ce principe : Dim est la premiere verite et il ne veut etre trompe, n'est ni necessaire, ni suffisante pour nous faire croire, par la foi infuse, ce que Dieu nous revele. II iprouve, par le temoignage de Fexperienee, que cette evidence jn'est pas necessaire; car les Chretiens ignorants et illettres ne noivent pas moins croire a Fexistence de Dieu , quoiqu'ils ne jconnaissent ce qui concerne Dieu , ni avec clarte , ni avec cer- Ititude. Et meme les Chretiens qui ont de Finstruction croient a I'existence de Dieu, ainsi que Fa observe saint Thomas, avant de connaitre cette verite par la raison. Suarez montre ensuite que Pevidenee naturelle dece principe n'est pas suffisante, parce que la foi divine qui a penetre dans noire intelligence ne peut elre fondee sur la foi humaine seule, comme sur un objet formel, quelque claire et quelque solide qu'elle soit, attendu que Fas- sentiment le plus ferme, d'un ordre le plus noble et le plus eleve, ne peut tirer sa certitude d'un assentiment plus faible(i)... » Quant aux motifs de credibilite, qui, preparant Fhomme a recevoir la foi, devraient, suivant vous, etre non-seulement (1) Pages 221, 223. — 552 — certains dc la certitude humninc la plusgrande possible, mnis encore de la certitude absolue, je vous opposerai Gabriel BielJ qui dit que. pour reccvoir la 1% il sullit que les motifs de ere-l dibilite quc Ton nous propose soient probables. Croyez-vous quc les enfants, quc les ijens illcttrcs, grossiers et ignorants, qui out a peine 1'usni-e de la raison, ct qui neanmoins ont reeu le don de la foi, concoivent clairement c( fcrmcment ces motifs de credibilite dont OK vicnt de parler? Non, sans doute; mais la grace de Dieu Icur vient en aide et souticnt la faiblcsse de leur nature et de leur raison. » Telle cst 1'opinion commune des theologiens. La raison a bcsoin de la sjraee de Dicu , non-seulement chez les pcrsonnes iiTossiercs et illettrees, mais encore cbez les bommes qui ont de ('instruction; car qnelqu'£ciair& ({tie puisse etre cette raison, die. ne peut nous procurer la foi? si la lumierc celeste ne nous cclaire pas interictirement , parce quo, comme nous Tavons deja dit, la foi divine etant dun ordre superieur, elle ne pent tirer son cllicacite dc1 la foi luuuaine (i) Cette doctrine est egalement celle de saint Thomas d'Aquin, qui dit : « La lumiere de la foi fait voir les verites que Ton croit. » II dit en outre : « Ccux ([ii i croient ont la connaissance des choses de la foi. »non pas d'unc maniere demonstrative, mais de telle facon ijue? par la lumiere de la foi, il leur parait quc ces verites "doivent etre crucs (2). » On apercoit d'unc maniere evidente quelle influence parti- culiere cette maniere de voir cxercera sur la metbode de controversy de ceux qui I'adoptent. Leurs arguments doivent ('•tre considei'es comme des remontrances et des nmyens de per suasion plutot que comme des preuves loiiiques ; ct leurs developpemenls, comme des deductions d'opinions existante qui sont spontanecs, graduees, morales, et non calculees et arbitral res. (1) Pages 229, 230. (2) Pages 230, 231. SECTION II. APPLICATION DE LA SECOXDE ET DE LA TROISlfeME MARQDE DE FIDELITE DANS UN DEVELOPPEMENT. Des principcs dogmatique et sacramentel, et de la formation de la theologie par leur moyen. Puisque les systemes religieux , vrais on faux , ont un seul et meme grand objet, ils se rencontrent necessairement comme des rivaux , tant sur les points ou ils s'accordent , que sur ceux ou ils different. Que le Christianisme , a sa naissance, ait ete I dans ces conditions de rivalite et de eontroverse , c'est un fait ' etabli d'une maniere assez evidente , meme par un des chapitres precedents. II etait entoure de rites , de sectes et de philosophies iqui s'occupaient des memes questions que lui, soutenaient quelquefois les memes verites, et presentaient, exterieurement, a un degre assez sensible, la meme apparence. II ne put se tenir calme, pareourir sa route et laisser les autres systemes suivre la leur. Ces derniers se rencontrerent sur sa route , et un conflit fut inevitable. Relativement aux autres systemes , la jnature de la vraie philosophic est d'etre^ polemique , eclectique jet unitive. Le Christianisme fut polemique ; il ne put etre qu'e- jclectique; mais fut-il aussi unitif? Tout en conservant son jidentite , eut-il le pouvoir d'absorber ses antagonistes , comme la verge d' Aaron , suivant {'explication de saint Jerome , eut celui de devorer les verges des magiciens d'Egypte? Pul-il se les jincorporer, ou bien se fondit-il en eux? Les assimila-t-il a sa ipropre substance ? ou , tout en conservant son nom , en fut-il simplement infecte? En un mot, ses developpements furent-ils fideles ou corrompus ? Cette question n?a pas simplement j rapport aux premiers siecles; car, lorsque nous considerons le 'profond interet des controverses que souleve le Christianisme , les divers esprits qu'il a domines , le vaste cercle des matieres qu'il embrasse, les nombreuses contrees ou il a penetre, les | philosophies profondes qu'il a combattues? les vicissitudes qu'il a subies , ct la longuc periods durant laqucllc il s'est soutcnu , il faul quo nous donnions une raison admissible, pour nc pas lc regarder comme modifie et altere , c'est-a-dire commc cor- rompu, (Irs lc commencement, par les influences sans nombrc aux(|iielles il a etc expose. II cxistait cette distinction fondamentale entre le Christia- nisme et les sytemes do religion el de philosophic qui 1'entou- raient, sans en excepter mci.ie le Judaisme de I'epoque, quc le premier rapportait tonic \erite et toute revelation a line seule source, a un Dieu supreme et uni(jiie. Les rites dn paganisme qui honoraicnt line divinitc enlre dix mille. les philosophies qui indi(|uaieiU a peine une sourco queleonque de revelation, les heresies dcs (inostiques qui a\aient pour base le dualisme , adoraient les angcs, et. atlribuaient les deux Testaments a dc* autcurs distinets, nc pouvaicnt regarder la verite comme une, inalterable, eoibc»|ucnic a\cc elle-meme, ayant une autorittj imperative, el conduisjin! ;tu saint. Mais lc Christianisme partil de ee prineipe : il n'y a « qu'un seul Dieu et un seul mediateur, »| c'est ceDicu " qui, a plusieurs repi-ises et de diverses nianiei a parle a nos prres , par les prophetcs, dans les temps anciens., el (jui, dans ces derniers tenij)s, nous a parlr par son ills. « Dt| la, le Christianisme, et le Christianisme seul , reverait et pr« geait comme sacree ct sancti(i;:nle la parole divine qu'il avaii| rcrue. II avail la grace et la verite. En d'autres lermes, le Christianisme a eu en MIC, du com mencement a la fin , des prineipes fixes dans le cours de sesj develo[)pements, et c'< ur rela ({lie, sans rien perdre de ct1 qui lui etait proprc, il a etc capable de s'incorporer les doctrind qui lui etaient etrangeres. I ne pareille continuite de principe:- et un sembla!)le pouvoir d'assimilation sont 1'im et 1'autreincom patibles avec 1'idee de corruption telle que nous 1'avons expose* dans la premiere partie dc cet ouvrage. Les deux prineipes parti1 culicrs auxquels le paragrapbe precedent sert d introduction I peuvent etrc appeles 1'un Dogmatique, et I'autre Sacramentell Nous allons maintenant faire connaitre leur puissance d'assi milation. 000 i . Un principe cFapres lequel la foi evangelique s'est devc- loppee tout d'abord, et a continue a se developper, c'est qu'en religion les opinions ne sont pas choses indifferentes , mais qu'elles out, clans les vues de Dieu , line portee determinee sur la position de ceux qui les professent. Je suppose que ce prin cipe put a peine etre mis en pratique sous Fancienne loi; le zele et Fobeissance du peuple cFIsrael etant employes a main- tenir le culte divin, a renverser Fidolatrie, et ne consistant pas dans Fassertion cFunc opinion. La foi est en cela, comme sous d'autres rapports , la marque caracteristique de FEvangile , quoiqu'on Fait employee a Favance, a mesure que son temps approchail. Elisee et les autres prophetes , jusqu'a Esclras , resisterent a Baal on retablirent le service du Temple ; les Trois Enfants refuserent de se prosterner dcvant la statue d?or ; j Daniel voulut tourner le visage vers Jerusalem , et les Macha- bees repousserent avec mepris le paganisme de la Grece. Dim autre cote, les philosophes grecs userent, il est vrai, de 1'au- torite clans leurs enseignements. Us invoquerent le u Magister dixit, » et exigerent la foi de leurs disciples: mais ils ne purent donner a leurs opinions ni saintete , ni realite , ni les voir sous un jour religieux. Notre Sauveur fut le premier qui « temoigna de la verite » et mourut pour elle, lorsque, « devant Ponce- Pilate , il lui renclit un bon temoignage. » Saint Jean et saint Paul , suivant son exemple , prononcerent anatheme contre ceux qui reniaient « la verite , » ou qui < annoncaient un autre Evangile. » La tradition nous apprend que Fapotre bien-aime appuya ses paroles par ses actes, et qu'un jour il quitta promp- tcment le bain, parce qu'un beresiarque de Fepoque y etait entre. Saint Ignace, son contcmporain, comparait les faux apotres a des chiens enrages ; et saint Polycarpe , disciple de saint Ignace , usa contre Marcion de la meme severite que saint Jean avail montree envers Cerinthe. Apres saint Polycarpe, saint Irenee met en pratique la meme doctrine. « Je t'ai vu , dit-il a Fheretique Florin , lorsque , jeune encore, j'etais clans FAsie mineure avec Polycarpe, [et que tu vivais dans les splendeurs de la cour imperiale; tu essayas dc tc rccommandcr a lui. Kn verile, jc me rappcllc bcaucoup niioux Ics evencmenls d'alors que ceux qui so sonl passes reccm- mcnl: car Ics loeons de 1'enlance i»Tandissent avec 1'esprit, et ne font plus (ju'un avec lui. Ainsi jc puis nomincr Ic lieu oil le bienheureux Polycarpe s"a*seuut et conversait; je puis dire sos alloos el u'lines, sa facon de vivre, ses manieres, ses dis- cours au pen pie, la familiarite avec laquelle il parlait de Jean et de ceux qui avaient vu le Sciiineur; je puis dire comment il repclait leurs paroles, ct cc qifil en avail aj)pris toucharit le Seigneur... Je puis done attester, en presence dc Dieu, que si ee bienhcurenx Pere, eel homme apostolique cut entendu precher la doctrine que tu enscii;nes, il se serail Louche Ics oreillcs, en sYcriant scion sa coutnme : « 0 bon Dieu! dans (jiicls temps m'avez-vous fail vivre, pour que je sois oblige de soull'rir cela? Puis en enlendant tcs discours, il aurait fui loin du lieu oil il se fut troine. :> Tout cbretien de la primitive r.iilise scmhle avoir cm qu'il etait de son devoir de protester, parlout oil il se trouxait, contre toutes Ics opinions contraircs •) (••-!!( - (ju'on lui avail ensconces dans les catecbismes prepa- ratoires a son bapteme, ct dc 1'uir la sociele de ceux qui soute- naienl des opinions nouvellcs. Apres avoir fail son recil sur saint Polycarpe . saint Irence dit que « les apotres et leurs disciples elaient si religieux, qu'ils ne conversaient pas meme a\cc ccu\ qui falsiiiaient la veritc (i). >» .\eanmoinSj un tel principc aurait eu bicnlol aneanti I'Eglisc, en la rcduisant aux individus qui la composaient, si la veritc, a laquelle ils devaicnt nkndrc temoignage, n'eut pas etc quelque chose de deiini , de formel et d'independant deux. Les cbre- liens etaient tenus de dcfcndre ct dc IransmcUre la foi qu'ils i avaient recue , et ils 1'avaicnt recue des pasteurs de 1'Eglise. D'un autre cote, le devoir dc ces pasteurs etait de veiller sur cette foi iradilionnclle, el de la deiinir. II n'esl pas necessaire de revenir sur le terrain qui a ete si souvent explore dans ces dernieres annecs. Sainl Irenee met ce sujet sous nos yeux dans (11 Euseb., Hist., IV, 14, v. 20. — 5o7 — son recit sur saint Polycarpe, recit dont nous avons deja cite June partie, et nous pouvons nous borner la. « Polycarpe, dit-il en ecrivant centre les Gnostiques, que nous avons vu dans notre jeunesse, a toujours enseigne les lecons qu'il avait recues jdes Apotres, que 1'Eglise nous a transmises , et qui sont seules vraies. Toutes les Eglises de 1'Asie temoigneht de ces verites, ainsi que les successeurs de Polycarpe jusqu'a nos jours. Poly- icarpe est tin temoin de la verite plus sur et plus cligne de confiance que Valentin, Marcion ou leurs disciples pervers. II se trouvait a Rome au temps d'Anicet , et convertit a FEglise de jDieu un grand nombre d'heretiques , dont on a parle plus haut , Jen leur prechant qu'il avait recu des Apotres cette seule et unique verite qui avait ete transmise par 1'Eglise (i). » (1) Contr. Haer., iii, 3, § 4. Tout ce morceau, soft dit en passant, fournit june reponse a ce qui a ete quelquefois avance, que dans les Peres, tradition etangcliqueel tradition aposiolique signifiaient proprement, non pas la Tradition comme on 1'entend aujourd'hui, mais bien les Evangiles et les Epitres. Au con- itraire, saint Irenee, qui parle ici de la tradition selon le sens qu'on luiattribue jcommunement, s'exprime ainsi : « Traditio qua? est ab Apostolis; » « Neque IScripturis neque Traditioni consentire;»«Traditio Apostolorum;»To wpw/fjux, ITWV stTroffToAwv xxi r/;v nxpz^OTty f,v OLTIO TWV airooriX&tv TtocpdSootv eu.r.yst. i« Apostolicam Ecclesiae Traditionem ; » « Veterem Apostolorum Traditionem.w jTheodoret dit que le mot flsoroxos etait employe, xara T/JV xKoyroitxkv •ny.py.- \Soiu. Haer. IV, 12. Saint Basile etablit un contraste entre T* Ix- T-/;? syyaayow ! I. Voyez aussi , t. IV, p. 696, jet de Princ. prsef. 2, et Eusebe, Histor., v. 23. Nous lisons aussi dans saint 'Anathase (de Synod. 21 , fin.) : « La Tradition et 1'enseignement apostoliques Iqui sont admis par tous. » Un peu plus loin . il parle de croire conformement , jr/; euayyeAcx-^ xca aTTOffToAtxvj ity.py.OQazt. ft 23, init. . O1'1 *Kpa.$QGl$ signifie doc trine et non pas litres, car le grec serait T-/J euoyyeiddS xxi r/i aTrcffTo/tx-/j ou il |etait question des Epitres et des Evangiles. (Ainsi parle encore saint Leon, j«Secundum evangelicam apostolicamque doctrinam. » Ep. 124 , I.) Puis il fait feyDonymes YI euayysitx^ TtoipoiSottis, et v ixx}Li}euloincnt , qui pomait ignorcr la philosophic. Les Peres d'Alexandrie, d'un esprit si < nllive, quo Ton dit si redevables a la science du Paicanisine, ne montrerent certainement ni res- j>eet ni reconnaissance envers celle que Ton disait les avoir instruiis, niais ilsniaintinrent la suprematiede la tradition catho- lique. Clement dit do ccux qui prechent 1'heresic (i), qu'ils porvei-iissent 1'Kcriturc, et (jn'ils cssaient d'ouvrir la porte du eiel avee une fansse clef, no levant pas, comine Ini et les siens le voile a 1'aide do la tradition de Jesus-Christ, inais pcrcant le murdel'Kidise d sel'aisant lesimsiagoguesdefaussescroyances: near, continue-t-il, il sudit de quelques mots j)our prouver qu'ils ont forme leurs asscmhlees humaines plus tard que TKirlise eatholique; » et « par le fait seul de la preexistence de 1'Kiilise, qui est le centre de la Ncritc, il est tres-clair (|ue ccs dernieres heresies, ainsi que les anlres qui ontparu depuis, sont des conlrefacons et des inventions nouvclles (a). )• « Lorsquc les Mareionites, les Valentiniens et lours paroils en appellcnt aux livres apocn plies, » ohserve Origene, *t ils disent : Le Christ est dans /(/ (ti'scrt; et quand ils en appellent a rEcriture canonique, ils disent : Vuyez, il cat dans lex clunnfjrcn; mais nous ne devons pas nous separer de cette tradition primitive ceclesiastique , ni * croire autrc chose que ce que les Eglises de Dieu nous ont trans- mis par succession. » On rapporte de lui que dans sa jeunesse Tradition et les ecrits apostoliques. De Bapt. contr. Don., ii, 7, v. 23. II appelle le bapteme des enfants une Tradition apos(olique. De Peccaf. IMer.. 1 , 26. Saint Cyprien parle, non-seulement du vin , mais du melange du Calirf dans la sainte Eucharistie. comme « d une vcritc o\angolique et d'une tradition du Seigneur.» Epit. 63. D'un autrecotc, qnelquefois la phrase est presque synonyme avec la sainte Ecriture, E. g. « La Tradition apostolique enseigne, le bienheureux Pierre dit, etc.. el par les ecrits de Paul, etc. » Athan. ad Adelph., 6. Suicer renvoic a Gregoire de Nysse, de Virg. , XI Cyril, in I? LXVI, 5. Balsamon, ad Can., vi. Nic. , 2. Cyprien, epit. 74. etc. Un contro- versiste moderne a aussi invoque ces memes [>assages, ainsi qu'un ou deux autres, pour expliquer une phrase de saint Anathase, cont. Apoll. , I, 22. Get ecrivain a compris que ces passages s'entendaient de la Tradition; la maniere dont il presente cela ne merite pas ici plus d'attention. (1) Ed. Potter, p. 897. (2) Ibid., p. 899. — 559 - il n'avait jamais pu se decider a assister aux prieres d'un here- tique qui demeurait chez sa protectrice, a cause cle 1'abomina- tion de sa doctrine, « observant en cela? ajoute Eusebe, la regie de I'Eglise. » De son cote, Eusebe, quelque peii satisfaisante que soit sa theologie, ne pouvait se departir de cette regie fon- damentale; il parle toujours dcs propagateurs des erreurs I gnostiques, les principaux heretiques de son temps (du moins avant rapparition de 1'Arianisme), en termes qui expriment la | plus grande horreur et le plus profond degout. Les e'coles d'Afrique, de Syrie et d'Asie nous fournissent d'autres temoignages. A Carthage, Tertullien defendit avec energie le principe dogmatique , meme apres avoir abandonne celtiide la tradition. Les Peres deTAsiemineure, qui excommu- nierent Noet, reciterent le Symbole et ajouterent : «Nous de- I damns ce que nous avons appris. » Les Peres d'Antioche, qui I deposerent Paul de Samosate, consignerent par ecrit les articles de foi d'apres 1'Ecriture, « articles que nous avons recus, disent- ils? des le commencement, et que nous avons eus, par tradition et en depot, jusqu'a ce jour, dans la sainte et catholique Eglise, par voie de succession , tels qu'ils ont ete preches par les bien- iheureux Apotres, qui furent temoins oculaires et ministres Idu Verbe (i). » II est aussi clair, on meme plus clair encore, que les Chretiens des premiers siecles anathematisaient aussi bien les fausses de ductions des articles de foi, c'est-a-dire leurs developpements , que les articles de foi eux-memes quand ils etaient errones; car la raison qu'ils donnaient communement pour user de 1'ana- I theme , c'est que la doctrine qu'ils repoussaient etait etrange ! et alarmante. II suit de la que la verite, qui etait opposee a la doctrine condamnee, leur avait aussi ete inconnue jusqu'a cet instant; c'est ce que demontrent encore leur perplexite momen- tanee et leur difficulte pour decouvrir 1'heresie dans certains cas iparticuliers. « Qui n;a jamais jusqu'ici entendu pareille chose , (1) Clem., Strom., vii, 17. Orig., in Math., Com. Ser.,46.Euseb., Hist., VI, 2, fin. Epiph., haer. 57, p. 480. Routh, t. II, p. 46o. — 560 — disait saint Athanasc en parlant tic rheresie d'Apollinairc ; qu 1'a preehce rt <|iii 1'a entendue? La Ini de Dieu nous vicndra d( Sion, et la Parole du Seigneur, do Jerusalem. Mais d'ou cetU doctrine csl-elle venue? (juel enfer a-t-elle entraine aprej elle(i)?» Los Peres du eoneile de >icoe se boucherent le oreilles 5 saint Irencc, eomine il est menlionne plus haul, di quc si saint Polycarpe out entendu les blasphemes des (inos liqucs il se serail houche les oreilles, on dcplorant le temps dan; lequel Dieu 1'avait fait >ivre. 11s anathemalisaient unc doetrine non parce qu'olle elail ancicnnc, mais parcc qu'elle elait nou- velle. L'analheme out etetout-a-lait inellieace, si Ton n'avait pi I'etendre aux propositions non analheinatisees des le conimen- cement; ear cotte nouvoaute et eetlc originalite d'apparition son la verilahle inanjuo caracteristique de I'lioresie. 2. Exposons le prineipe dogmatique, (jui a dc la force : L£ verite oxisto done; ellc osl une; rerreur religicuse est en die- ineine d'unc nature immoralc; ceux (jui la soutiennent se ren- dent coupahles en a^issanl do la sortc, a moinsqu'ils nc le fassen involontairenient; Ton doit la minuter; la recherche dc la vorit< n'est pas une adaire de curiosile; ralteindrc nc doit pas pro duirc rcxeitation d'une deeouverte; notre esprit ost inlcricur i la verite, el mm au-dcssus d'elle, et il est tenu, non pas dc fain sur cllc dc longs conmientaires, mais dc la vcncrcr ; la verite e 1'erreur sont placecs devant nous pour cprouvcr nos cccurs notre ohoix est un tirade redoutahlc des lots sur lesqucls sonj inserits notre salut ou notre condamnation; cavant loules chosesj il est necessaire d'avoir la foi catholiquc ; » «i cclui qui veut etn| sauve doit croirc ainsi, et non autrement; » «« si vous dcmandeJ actre eclaires, ct ele\ez votrc voix pour obtcnir rinlelligcnce ^i vous courcz aprcs la verite commc aprcs 1'argent, si vous lr recbcrcbcz commc un tresor cache, alors vous comprendrd la craintc du Seigneur , ct vous obticndrcz la connaissand dc Dieu. » Exposons maintenant le prineipe des philosophies ct de: (1) Ad Epict., 2. — 561 — 'icresies, qui rrest que faiblesse : La verite et Ferreur en religion ie sont quune affaire d'opinion ; une doctrine est aussi bonne ju'une autre; le Maitre de 1'univers ne pretend pas que nous soyons obliges d'aequerir la verite; il nV a pas de verite; nous ic sommes pas plus agreables a Dieu en croyant ceci qu'en J3royant cela; personne n'est responsable de ses opinions; les opinions sont une affaire de necessite ou d'accident; il suffit de proire sincerement ce que nous professons; notre merite consiste ii chercher et non a posseder ; notre devoir est de suivre ce qui lous semble vrai , sans nous inquieter que ce soil la verite ou ,-ion ; il pent y avoir un avantage a deeouvrir la ye rile , mais il 'try a pas de mal a ne pas y reussir ; nous avons le pouvoir de prendre et de laisser la nos opinions , selon notre bon plaisir ; la foi est seulement du ressort de intelligence , et non pas de ^elui du coeur; nous pouvons avec securile nous en rapporter a nous-mcmes en matiere de foi , et nous iVavons pas besoin Id'autre guide. ° Deux opinions se presentent ; chacune d'elles peut etre abs- tractivement vraie; ou bien encore, chacune pent renfermer une doctrine delicate, large, vigoureuse, flexible, variee et expansive; Tune est regardee comme une chose indifferente, et 1'autre comme une affaire de vie ou de mort; Tune est saisie ipar Fesprit, et 1'autre par le coeur. II est facile de voir celle qui puccombera a Fautre. Tel fut le conflit du Christianisme avec le vieux Paganisme, qui n'avait presque plus de vie quand le Chris tianisme apparut ; avec les mysteres de FOrient, qui fuyaient ca et la comme des spectres affreux; avec les Gnostiques, qui klisaient que la science est toute dans tout , dedaignaient le grand nombre , et appelaieat les catholiques des enfants dans lla verite. Tel fut le conflit qu'il eut a soutenir avec les Neo- jPlatoniciens, litterateurs pedants, visionnaires ou courtisans; avec les Manicheens , qui faisaient profession de chercher la sverite par la raison, et non par la foi; avec les inconstants doc- iteurs de Fecole d'Antioche; avec les Eusebiens, qui s'accom- jmodaient au temps; avec les Ariens, changeant sans souci ; BlBLIOTH. HIST. 6e ANN^E. Ier OUVR. 51 — 502 — enlinavee les fanatiques Montanistcs ct les austeres \ovati <{ui ha'issaient la doctrine catholique sans aimer la lour. (].| •los n'avaicnt ni stahililo, ni eonsistanee; olios renfermaioij cependant (Ics elements de vcrile moles a lours erreurs ; ot lo Christianisme out etc commc olios, il aurait pu so dissoudi en olios. Mais il posscdait oollo puissance do \erite qui donna ;t sea enseignements uuo iira\ite, uuo rectitude, uno oc tance, line se\erile et uuo force (juo cos socles n'a\aicnt pas. ; no poinail donnor au uial lo noin do bion, ui an hion lo IK»I do uial, paroo tpnl otahlissait uno dinV-ronoo oulro oux : il r poll vail pas so jouor dc oo <|iii otait si solonnol, ni so sopan d»- co (|iii otait si solido. Par suito, dans oetto collision. Chnstianisme init on pieces ses antagonistes , d s'onipara c lours depouillos. C'est le memo esprit, sous uno autre forme, ion de la foi otait, dans la pratique, oc qu la uiotliodo dofuinati(jue otait dans ['enscigDemeDt. (Ihacun oll'rit. sous un asj)oot diirerent, le memo principede ^io, distill i-uant la foi deplo\cc on lui dos philosophies du montle d'u cole, ot dos religions du monde do 1'autro. Los socles paioinu! • I |.-s hero>i.'< dont fait mention 1'histoire du Christ ianisra fu rent dissipees par lo soullle do ('opinion tpii los a\ait formeea lo J5aijanisine tremhla ot expira a la simple Mie do 1'epee dti persecutions qu'il avait deiiainoo. [/intelligence et la force fui'ej employees I'lino ot 1'auiro pour oprouver I'o'uvre do Diou (j cello do riiommo. lilies pre\alui'ent a\oo la derniere ; mais cntro los mains do Dion, olios no furont ([no pour fa ire triomphor son onivro. < Porsonno . dit saint Justin n'a cm Socrate au jjoint do inourir pour la doctrine qu'il ava' enseiii'iiee. » «; Jamais on n'a vu personne endurer la niort pou temoigner do sa foi on rexistenoe du soloil (i). » Le Christianism e>t arrive a sos proportions on tirant aliment et reinedo de tor ce qui 1'approohait, el noanmoins en conservant son t\j>e ori i;inal par sa connaissance ct son amour dc cc qui avait etc re\eli Justin , Apoll. , ii , 10, Tryph. 121. i" /"» •» 000 une fois pour Unites; il ne pouvait par consequent etre le pro- puit d'une imagination particuliere. II est des ecrivains qui regardent les premiers siccles cle I'Eglise comme un temps ou les opinions etaient librcs , et la •onscience, exempte de 1'obligation ou de la tentation de rece- voir de confiance ce qui n'avait pas etc prouve. lis se fondent, apparemment , sur ce que I'cpoque des grandes decisions tlieo- logiqucs ne date que du quatricme siecle. C'est ce queM. Guizot parait vouloir dire quand il avance que le Ghristianisme , « dans les premiers siecles, etait une croyance, un sentiment, une conviction individuelle (i) ; » que u la societe chrctiennc parait avoir etc, a cette epoque, une simple association d'hommes , lanimes des memes sentiments, et professant la meme foi. » « Les premiers Chretiens, continue-t-il , s'assemblaient pour jouir des memes emotions et des memes convictions religieuses; car on ne pent trouver qu'il y cut alors aucun systeme de doctrine etabli , aucune forme de discipline ou de lois , ni aucun corps de magistrals (a). » Que pretend M. Guizot en disant que le ,Christianisme n'avait pas de magistrals dans les premiers siecles? • Mais , de quelque maniere que ce soit , lors meme que les choses auraient existe comme le pretend M. Guizot, il iretablit Iproprement, dans ses assertions , aucune distinction entre un Iprincipe et ses developpements. II est vrai que le principe dogmatique s'est developpe dans les conciles avec le cours du temps; mais ce fut dans toutes les parties de la cliretiente un principe actif , et qui meme fut tout d'abord absolu. Cela prouve I d'une maniere convaincante que la verite etait une; qu'elle etait un don d'en baut , un depot sacre et un bien inestimable ; que Ton devait la reverer , la garder , la proteger et la transmettre; que son absence etait une privation enorme, et sa perte, un malheur indicible. Tout cela s'accorde parfaitemeut avec la per- plexite et Tignorance ou Ton etait dans certains cas pour savoir ce qui etait la verite, la maniere dont on deciderait les questions (1) Lemons sur la Civil. Europ. (2) Ibid. — 564 — doutcuscs, ou quelles e'taient les limites dc hi revelation. Les conciles et les papes sont les gardieus ct les instruments du prin- eipe dogmatiquc, mais ilsne sont pas eux-mcmes le principe; ils presupposent le principe ; ils sont pousses a agir quand on invoquc le principe; mais, avant qu'ils n'occupassent leur place Jegitime, le principc pouvait agir et excrcer une puissance rcconnuc dans le mouvement du corps cbretien. L'exemplf de la conscience, qui nous a dc'ja scrvi comme eclaimssemenl, pcuUcncore ici nous vcnir en aide. La conscience est a 1'histoire d'un individu ce qu'etait le prineipe dogmatique a I'liistoirc du Christianisme. Dans Tun et 1'autre cas, on voit sc former, par dcgres, une puissance qui dirige en vertu d'un principe. La voix naturelle de la conscience a bien plus de puis sance pour etablir et pour sanctionner un principe de morale (juc pour determiner avec succes ce qu'il faut faire dans certains ras particuliers. Kile ap^it comme un ruessap;er d'en haul , et nous dit qu'il v a bien et mal , et qu'il faut suivrc le bien; mais elle recoil des impulsions variees, suivant la difference des per- sonnes, et c'est pour cela (ju'elle tombe dans 1'erreur. Ellc prcnd 1'erreur pour la vc'rile, et neanmoins nous croyons que dans Unites les circonstances, menic dans celles oil la conscience a etc mal formec , si 1'on obeissait scrupuleusemcnt a sa voix , elle s'eclairerait par dcgres, se simplifierait et se perfection- nerait de facon , que si les csprils etaient honnetcs, ils fmiraicnt, (Mioifju'en partant d'un point different, par arrivcr a une seule et menu; verite. Ce n'est pas a dire qu'il y cut une incertitude aussi grande que celle-la dans 1'c'tat de connaissance des pre miers siecles ; car il est bien manifeste que dans la primitive Eglise, les Peres exercaient plutot les fonctions dc pasteursque celles dc docteurs : c'etait le siecle des martyrs, 1'epoque de 1'action , et non celle de la pensee. Les docteurs vinrent apres les martyrs , de meme que la lumiere ct la paix suivent notre soumission a la voix de la conscience. Cepcndant, 1'Eglisc ctait enracinee dans ses principes avant me me que sa doctrine eut recu tout son developpcment. Nous pouvons neanmoins accorder a 31. Guizot qu'au com- f ft it» ooo menccmcnt du Chrisdanisme les principes nc furent ni si bien compris , ni manies avcc autant de soin qu'ils le furent dans la suite. Dans les premiers siecles de i'Eglise, nous voyons des traces de conflit et de variations dans les elements de la theo- logie • ces elements etaient en voie de combinaison , mais ils avaicnt besoin d'etre coordonnes et arranges avant que Ton put s'en servir avec precision comme dim tout. Dans mille exemples de pen d'importance ? les traites des premiers Peres nous prouvent les nombreuses decouvertes que 1'csprit de I'Eglise faisait dans le tresor de la verite, decouvertes rcelles, mais incompletes ou irregulieres. De plus , les doctrines memes des heretiques sont les indices et les anticipations de la pensee de PEglise. De meme que le premier pas pour etablir un point de doctrine est de le soulever et de le discuter, nous pouvons considerer les heresies de cbaque siecle , comme la mesure de 1'etat intellectuel de I'Eglise a ces diverses epoques, et de la marche de sa theologie; elles nous indiqucnt dans quelle voie se dirigeait le courant, et Fabondance avec laquelle il coulait. Ainsi saint Clement peut etre appele le representant de 1'ele- ment eclectique , et Tertullien celui de 1'element dogmatique. Peut-etre que saint Clement alia trop loin dans ses applications a la philosophic, et que Tertullien adlrma avec trop d'exa- geration 1'immutabilite du symbole. De plus, on trouve dans Tertullien meme les deux principes opposes du dogme et du de- veloppement, quoiqu'il lespresente un pen amalgames Tun avec 1'autre , et qu'il ait une tendance plus prononcee pour le prin- cipe dogmatique. Quoique les Montanistes fissent profession de nedmer la doctrine, neanmoins c'est surtout dans les livres o o / montaniste^ de Tertullien que se trouvent ses plus fortes asser tions sur rimmutabilite du symbole; ei son exageration a ce sujet est non-seulement en harmonic avec le temperament se vere et ardent de cet ecrivain, mais encore avec Pausterite et Faprete generale de sa secte. D'un autre cote , la veritable base du Montanisme est un developpement , non , il est vrai , de doctrine , mais bien de discipline et de conduite. On dit que son fondateur se donna pour 1'esprit consolateur qui avail etc — 5GG — i promis, ct par lequel I'Eglise devait etrc roncluc parfaitc. I! prepara des prophetes pom- etre les organcs do la nouvcllc revdation, ct appcla les catholiques ferrestres ou cliarnels. Tcrtullicn reconnait distinetement meme la marche dn develop- pcmcnt dans un do ses ouvrages montanistes. Aprcs avoir mcn- tionnc un usage sur lequel la nomelle revdation dont il parlait demandait unc derogation, il continue : «= Puisque rinlirmite humainc nc pouvait pas saisir toutcs choscs d'nn soul coup, c'est pour ccla quc le Seigneur a envoye Ic Paraclct, afin quo la discipline put etre graduellenient ctablie , regularised ct conduite a sa perfection par 1'Esprit saint, le Yicaire du Sei gneur. J'ai encore bicn des choscs a vous apprendre, disait Jesus-Christ a ses apotrcs. inais vous..., etc. One signifie cctte distribution du Paraclct , si cc n'cst quc la discipline est en- scignee, les Ecriturcs cxpliquecs, ['intelligence reformec et les ameliorations cfTcctuecs ? Chaquc cbosc subit les vicissitudes c!e IVigi1, et ne vicnt qu'en son tenips. Bref, ily a temps pour tout, dit rEeelesiaste. Contemplez la nature , qui se devcloppe gra duellenient jusqu'a ce qu'elle ait pork'1 ses fruits. D'abprd, nous avons une grainc qui pousse une tige; la tige, a son lour, forme un arbrissc.au; ensuite, les branches H l(\s feuillages de ce dernier grandissent , sc fortifient , ct devienncnt cc quc nous ontendons par un arbre developpe ; le bouton sc gonfle alors; bientot il en eclot unc flcur, qui cllc-menie f;ti( place a un fruit. Cchii-ci, pendant un certain temps, restc informe, et nVst. pour aiusi dire, quo 1'elemeiU du fruit, jusqu'a ce quc. arri- vant par dcgrcs a son temps, il murissc ct devienne d'unc saveur douce ct agreable. ("est le meinc Dieu qui cst 1'aiitcur de la vertu et dc la nature : la vcrtu fut done aussi, ^>ut d'abord et dans son principe , une nature sous 1'cmpire de la crainte dc Dicu; de cet etut, par le moycn dc la Loi ct des Propbcfes , cllc a passe a Tcnfance ; puis , a 1'aidc dc TEvangile, die < arrivee a la jcuncsse; ct enfin, die attcint aujourd'hui 1'age mur par le developpomcnt quc lui donnc le Paraclet (i). • (1) Dc Virg. Vci , I. — 567 — Ce n'cst pas seulement dans un principe ou une doctrine, ids bien dans son systeme tout entier, que le Montanisme fut ne anticipation remarquable ou un presage des developpe- lents qui commencerent bientot a se manifester dans TEglise , uoiqu'ils n'aient ete completes que plusieurs siecles plus tard. toils venons de voir dans la personne de Tertullien un exemple u rigoureux maintien de la foi primitive , en meme temps que admission de ses developperaents , an moins dans son rituel. A plupart dcs autres particularites des Montanistes etaient ega- 3ment catholiques dans leur principe, soit en fait, soit par nticipation : ainsi leurs jeunes rigoureux, leurs visions, leur ecommandation du cclibat et du martyre, leur mepris des •iens de ce monde, leur discipline penitentiaire et leur centre 'unite. Les decisions doctrinales et les coutumcs ecclesiastiques u moycn aa;e sont le veritable accomplissement de ces tenta- •TV* 1. jives opiniatres et infructueuses pour accelerer le developpe- lent de 1'Eglise. La faveur momentanee que le pape Victor ccorda a cette secte , est une preuve de sa ressemblance exte- jieure avec Forthodoxie. Les celebres saintes Perpetue et Feli- jite, qui souffrirent le martyre en Afrique, au commencement j!u troisiemesiecle, presenterent , du moins dans leurs Actes, ie genre particvdier de religion qui degenera bientot en heresie, iorsque, quelques annees plus tard , 1'Eglise ie repoussa de son icin. Les Donatistes nous ont offert un exemple semblable. Us vaient, sur le bapteme, une doctrine pareille a celle de saint Cyprien : « Vincent de Lerins, dit Gibbon, en rapportant les lemarques de Tillcmont sur cette ressemblance, a explicjur wurquoi les Donatistes bruleront eternellement avec les de- wons dans 1'enfcr, tandis que saint Cyprien regnera dans le ciel vec Jesus-Christ (i). » Et sa raison est facile a saisir : c'est que, jouta Tillemont, « comme saint Augustin Ta dit souvent, les ponatisies ont rompu le lien de la paix et de la charite avec les jutrcs Eglises, tandis que saint Cyprien l"a conserve avec le plus !Tand soin (2). » (1) Hist., t. Ill, p. 312. Mem. Ecc)., t. VI, p. 83. — 5G8 — Tcls sont les malcriaux informcs, ainsi qu'on pent Ics app lor, quo I'KixIise, par lo moycn do la continuilc el dc la fornu do sos principcs , a eu Ic pomoir dc convcrtir a son prop usairc, soi( qu'cllc Ics ail frouvcs dans dcs Pores parliculicrs rj • 'taieni dans son "-iron, soil qu'elle Ics ait rencontres chcz J lieretiques qui lui elaient cl rangers. Kilo sculc est parvcnm roj'otor ainsi Ic mal sans saerilior Ic bicn, ct a tcnir rcunies d choses (jui dans toutcs Ics aulrcs ceolcs claicnl incoinpr.tihk l/on Irouvc dans 1ft llioolojjic inspircc dc saint Joan, Ics cxprc sions dont so si-rvaicnt Ics (inosli(pics ct Ics IMalonicicns. L ocrivains I nitairicns attribuent aux Platoniciens la doctrine la divinitc du Seigneur, ct (iihhon atirihuo aux (inosliqu I'idco do rincarnation. I.cs (inostujues paraissonl anssi Ics pi iniors (jni aicnt oxoroo d'nnc inanioro systematicjue rintolliixon sur Ics inalioros dc la ioi: ct Ic tonne dc « Gnostique, > at cinplt»\c par saint (IN'MUont pour designer son chrotion parfa (hioitju'il oxistat di's Ascctcs dos Ic commencement, ccpcndai fidoo d'unc religion pins rolcvoo <|nc le christianisme do ' masse, Tut d'altoid misc en avant d'unc manicro sensible p. Ics (Jnostiques, Ics .Montanisics. Ics >ovalions ot Ics Maniclieel Tandis (pic Ics proplictcs dcs Monlanistcs figuraicnt a ravanj Docicnrs dc TEiiliso, lour inspiration, son infaillibilitc, lours revelations, scs dovcloppcmcnts, I'liorosianjuo Mont' n'olait lui-mcmc qu'nno lirossicrc anticipation dc saint Franc/; d'As^i>'\ .Nous dccouvrons aussi, dans \ovat, une aspiration ; la nature a cos elections do graces, tcllcs qu'on Ics veil (hi- saint Bcnoit ot saint JJrnno. Ainsi encore, Sabcllius echoua dju ses cll'orts pour oxpliqucr Ic nnstciv dc la Sainlc-Trini; \ / Nous voyons ici la difference qu'il y a entre Toriginalite d?es- (1) Galland, t. Ill, p. 673, note 3. (2) Voyez la Preface de la trad, anglaise de Tertull. (Oxford), ou la trempe dc son esprit est admirablement depeinte. — r>70 — prit, le talent ol la vocation d'un Doeteur do 1'Mglisc; les sail Pores dont nous venous de parlor apportaient la plus grande ationtion a cc (jii'ils enseignaient; ils s'attachaient do plus on plus a lour sujel, roxann'naiont sous sos diderentes faces, s'assu- raient qu'il no renfonnait pas do oontradiclions, ot posaiont sopareinent Irs oxprossions dont ils so sorvaient. Si done, on eertnins cas , ils furenl laisscs dans I'ignorance, la generation do Dootours ([iii vim oiisuilo complela lour travail ; oar la pensee continua sa niaroho inj'aliguahlc ol inquiole. Saint (iregoire do IVysso complete los in\esligah'ons do saint Athanaso ; saint Loon ronlirmo lr< abortions polemiques do saint Cyrille. Saint ("16- inont pout admetlre un purgaloire. ol noauiuoins otro onolin a (:onsidoror touto poine coiimio expiatoire; saint (Ixprion pout oroiro a Total insanotiiio dos horotiquos, ot , dans sa doclrin refuser d'adnietlre lour haptoino : saint Ilippolytc pout oroiro a l'o\i- -lence porsoiinollo du \Crho do touto etornito, ot noaninoins parlor conliisemeiitdesa filiation otornello; le oonoilo d'Antioohe pout ropudier lo mot eonsubstantiel (homoousiori) , ot eelui de Niooo riinposor; saint Ililairo pout oroiro an purgatoire, ot ocpendant le roiiNoyor an jour du jugement; saint Atlianase ot les autres I^TOS pcuvent traitor la doctrine de 1'Inoarnation <\c .Notre Seiiiiiciu- a\ee une exaotitude prostjuo surnalurelle, et on nioino temps fa ire entendre, aulant (ju'on pent s'on rapporter aux mots, (ju'il elait sujol a I iiiiioraneo dans 1'otat de son hunia- nito. Le s\nd)olo do saint Athanase pout adinottre 1'eclaircissq mcnt tiroderunionderainect du rorps, ol les Peres quiviennent apros lui. no |>as I'approuNer; saint Auiiii.-lin petit d'aboi'd ^"op- poser a i'cmploi do la lore* en niatioro do religion, puis ensuite 1'approuvor. Les premieres lilui'i;ies peuvont renferincr des prioros pour les lideles decodes, dans losquellcs la sainte A ierge ct les martyrs sont iiidisliin'toinent places au memo rang que les Chretiens imparl'ails dont les peches n'otaient pas encore oxpios: ot dans les temps postoriours, on a pu conserve!1 ce qui elait exact, ct suppleer a ce qui etait del'ootueux dans cos liturgies. Aristote a pu otre repousse par certains Peres do la primitive Eglise, et fournir, dans la suite, la phraseologie des definitions — 57-1 — theologiques. Enfm, pour passer a un autre sujet, saint Isidore et d'autres Peres ont pu prendre ombragc de la decoration des eglises , et saint Paulin avec sainte Helene pousser a les orncr. II y a en verite dans TEvangile line certaine vertti et une cer- taine grace qui change la qualite des doctrines, des opinions, des usages, des actions et des earacteres personnels qui lui sont in- corpores ; cette vertu rend justes et agreables a son divin auteur les choses qui auparavant etaient ou contraires a la verite , ou n'en etaient tout au plus que les ombres. C'est la le second prin- cipe dont j'ai parle plus haut, et que j'ai appele le principe sacramentel. « Nous savons que nous venons dc Dieu, et que tout le monde est sous Fempire de la faiblesse, » voila 1'enoncia- tion dti principe ; ou bien encore, tirons-la de la declaration de 1'apotre des Gentils : « Si quelque homnie appartient a Jesus- Christ, il devient une nouvelle creature ; les choses anciennes ont passe; voici que tout se renouvelle. » Ainsi les rites exte- rieurs, qui, par eux-memes, sont sans merite, perdent sous 1'Evangile leur caractere propre, et deviennent des Sacrements. La circoncision , comme le dit saint Paul , est charnelle , et est arrivee a sa fin, tandis que le bapteme doit durer toujours, comme ayant etc greffe sur un systcme qui est la grace et la verite. Le meme saint Paul, etablissant ailleurs un parallele, met en contraste « la coupe du Seigneur, et la coupe des de mons, » afin dc montrer, que pour avoir part a Tune ou a 1'autre, il faut communiquer avec la source a laquelle elles puisent; il ajoute ensuite que « nous avons tous etc fails pour participer a un meme esprit. » II dit encore que personne n'est justifie par les oeuvres de la Loi; puis il fait entendre, et saint Jacques le declare aussi, que les Chretiens sont justifies par les oeuvres de I'Esprit. Plus loin, il met en contraste Ics exercices de Fintelli- gence chez les pa'iens et chez les Chretiens. « Cependant, dit-il , apres avoir condamne la sagesse des paiens , nous parlous le langagc de la sagesse parmi ceux qui sont parfaits, mais ce n'est pas celui de la sagesse de ce monde; » il est clair que nous n'avons pas besoin de chercher ailleurs que dans les ecrits de 1'Apotre, pour trouver une eloquence plus chaleureuse, une — 372 — mnniero de raisonncrplus precise, ef une exposition deprincipes plus soignee. De meme, quand Ics exorcistes Juifs essayerent • d'invoquer le nom du Seigneur Jesus sur eeux qui elaicnt possedes dcs inalins csprits, » le demon avoua (|u'il ne les eonnaissait pas, et lour iit un mal corporel. D'un antre cote, ce qui les avail pon a ees e>sais. ctait , dans la persoiuie andrc; c'elail unu induence comme ccllc que renlliousiasme, les usages et les prin- eipes moraux, les gouts, la science, peincnt excrccr dans un ordre dillcrent. Des exemples parallclcs de 1'operalion de ce prineipe se prc- >entent dans I'liistoire de 1'Eglise aussitot que les apotres lui eurenl etc enlc\cs. Saint Paid hh'une les distinctions etaldics dans les viandes ct les lioissons; il Maine Pobservation du sab- bat, des jours de fete, des ordonnances de la Loi , el le cuke des aiiircs. dependant, des que la persecution eut cose, et des ('instant on ils I" purent, les clireliens ohsenerent rigourcuse- ment lesjeuncs ctahlis, \enercrcnt l(is anges, ainsi (jiienous 1'ap- prend saint Justin (i), el retablirent I'observation du Dimanchc. De meme encore, Celse ohjecte (jtie les Chretiens ne «•- sup- poi'laient la vue ni dcs Icirples, ni dcs anlcls. ni des statues: • Porphyre 1cm1 ivprochc « dc blamer les rites du culte, lcs\ic- times et Tencens (jue Ton offrait aux dicux; »» et le conlro\er- siste pa'ien dcmande, dans ^linulius, • pourquoi les cbrelicns n'onl ni temples, ni autcls, ni images ostensible^, ni sacrifices?* Cependanl. d'ajires Tcrtullien, il est evident que les chrctiens avaienl des autcls. dcs sacrifices et des pretres; ils avaicnl aussi des cidises, comme ccla est surabondamment prouve par le (i) Voir plus loin pages 304-395. — 575 — emoignage d'Eusebe, qui, pendant la persecution de Diocletien, vu « renverser les maisons de la priere; » le fait est aussi irouve par Fhistoire de saint Gregoire le Thaumaturge et par aiot Clement (i). De plus, saint Justin et Minutius parlent du igne de la croix en termes de respect tout a fait en disaccord vec la doctrine qui enseigne que 1'on ne peut pas venerer les mblemes exterieurs de la religion. Tertullien parle des chre- iens qui faisaient le signe de la croix dans toutes leurs entre- >rises , soit qti'ils sortissent , qu'ils prissent leurs repas , ou se ivrassent au sommeil. Dans la vie de Constantin, par Eusebe, image de la croix occupe une place tres-apparente ; Fempereur a vit dans le ciel, et se convertit; il la placa sur ses etendards; il la porta a la main quand il se fit clever une statue. Toutes les ois que la croix fut deployee dans les batailles , il remporta la , ictoire. II designa cinquante hommes pour la porter ; il la fit •craver sur les armes de ses soldats ; et Licinius redoutait sa tuissance. Peu apres , Julien accusait les Chretiens d'adorer le )ois de la croix, quoiqu'ils refusassent d'adorer les anciles. une epoque posterieure, on introduisit le culte des images (2). Le principe de distinction, d'apres lequel les pratiques furent )ieuses chez les Chretiens et superstitieuses chez les pa'iens , se rouvc dans certains passages de Tertullien , de Lactance et le divers Peres, ou il est parle des malins esprits places en em- )uscade sous les statues pa'iennes. Origenele fait aussi entendre {iiand, apres avoir dit que TEcriture «c defend si expressement es temples , les autels et les images , » que les Chretiens sont ;« prets a endurer la mort, si cela est necessaire, plutot que de ouiller, par aucune transgression de ce genre, la notion qu'ils mt tous de Dieu, » il clonne pour raison « qu'ils doivent, autant ijiie possible , ne pas tomber dans 1'erreur, que les images sont iles dieux. » Saint Augustin, en repondant a Porphyre, est plus (1) Orig. c. Cels., vii,63: viii, 17. (Voir not. Bened. in loc.) August., Ep. ;-02, 16. Minut. F., JO et 32. Tertull., de Oral. fin. ad Uxor., i, fin. Eusebe, Hist., viii, 2. Clem., Strom., vii, 6, p. 846. (2)Tertull. de Cor., 3; Just. Apoll., i, 35; Minut. F., 29; Julien ap. Cyr. vi, ?. 194, Spanh. BlBLIOTH. HIST. 6e ANNEE. I" OLVR. 52 — 574 — explicite encore : « Ceux, dit-il, qui connaissent bien FAncien < le JVouveau Testament, ne blamenl pas, dans la religion paieim< Fercction des temples , ni ('institution des pretrcs, mais seulc ment d'avoir consacre les temples et les preires aux idoles ( aux demons.... La vraie religion condamne, dans les supcrsti lions des paiens, non pas prcciscmcnt les sacrifices, puisque It saints de Fantiquite sacrifiaient au vrai Dieu, mais les sacriim oflerts aux faux dieux (i). » II repond au Manicheen Fauslns \oiis avons quelque chose de connnun avcc les paiens, ma< notre but est different (s). » Saint Jerome, en refutant les ob jections de Vigilance sur les cierges et sur Fhuilc, dit : « Pare qu'autrefois nous a\ons adore les idoles, est-ce une raison qi doive nous empeeher d'adorcr Dieu, de peur de paraitre It rendre des honneurs semblables a ceux qui etaient rendus au idoles, et qui alors etaient dctestables? C'est de la memo ma niere (pie nous honorons les martyrs, et c'est pour cola (jue cc honneur doit etre permis (3). » Des les premiers temps, ceux qui furcnt appeles au gouver nement de FEglise , plcins dc confiance dans la puissance di Christianisme pour resistor a Finfection du mal, et pour appro prior a Fusage du culte evangelique les objets et les apanage du culte du demon, scntaient aussi que ces usages venaient dans lour origine, d'une revelation primitive et d'un instinct d la nature, quoiqu'ils eussent ete corrompus. Convaincus qu'ilj devaicnt inventor cc dont ils avaient besoin, s'ils no so servaien pas de co qu'ils trouvaient, et d'aillours, ayant avcc eux le archetypes de cc dont le Paganisme n'avait que les ombres, le Pasteurs de FEglise etai< nt disposes, aussitot quo Foccasion s presenterait , a adopter, a sanctionner ou a imiter les coutume et les rites populaires, aussi bien que la philosophic des classe instruites dc la sociote. Saint Grogoire le Thaumaturge donn le premier exomple do cctte maniero d'agir, qui soil consigne (1) Epp. 102, 18. (2) Contr. Faust., 20, 23. (3) Lact., ii, 15, 16; Tertull., Sput. 12; Orig., c. Cels., vii, 64-66. Aug. F|> 102, 18; Contr. Faust., xx, 23. Hieron. c. Vigil., 8. j ftit Fapotre de Pont, dont les habitants paraissent etre re- •mibes dans le paganisme au temps de Pline. Voici comment lint Gregoire de Nysse rapporte Tune des methodes employees ar saint Gregoire le Thaumaturge pour gouverner une popu- jition opiniatre dans ses erreurs : « En revenant de la ville, it-il, et en visitant ses environs, il s'occupait d'aecroitre la jievotion du peuple en instituant partout de joyeuses fetes en 'honneur de ceux qui etaient morts pour la foi. Les corps des 'nartyrs etaient dissemines en divers lieux, et au jour anniver- aire de leur mort , le peuple s'assemblait , se livrait a la joie , et aisait des fetes en leur honneur. Cela prouve, en verite, la ;rande sagesse du Saint — ; car, s'apercevant que des popula- ions enjouees et ignorantes etaient retenues dans les erreurs le 1'idolatrie par des agrements sensuels , et voulant , a quelque )rix que ce fut , leur assurer ce qui etait de la premiere impor- ance, a savoir, qu'elles se tournassent vers Dieu et laissassent leurs vaines idoles , il leur permit de se rejouir et de se conso ler aupres des tombeaux des saints martyrs, comme si leur onduite devait, avec le temps, eprouver un changement spon- tane, et comme si la foi devait les conduire a plus de gravite et a une regularite de moeurs plus severe. Heureux resultat qui ifut obtenu sur ces populations , chez qui les rejouissances chan- gerent la satisfaction des sens en douceurs spirituelles (i). » II inV a pas de raison pour supposer que la concession dont on ivient de parler passat les bornes d'une fete innocente , quoique grossiere ; car il est digne de remarque que la meme raison , c'est-a-dire le besoin des jours de fetes pour la multitude, est assignee par Origene , maitre de saint Gregoire , pour expliquer !l institution du Dimanche, de la fete de Paques et de celle de la Pentecote, ce qui n'a jamais ete regarde comme illicite. II est arrive, en outre, que par cette indulgente politique, les peuples se sont depouilles de leurs grossieres habitudes , heureux re sultat qui n'aurait pu ^etre la consequence d'une concession cri- minelle. (1) Yit. Thaum.,c. 27. ; — r>76 — l/exemplc donne par saint (m'goire dans un temps do perse rutiou i'ut suivi avec cmpressement quaud arrisa Ic moment d] la paix. Dans Ic cours du quatrieme siecle, deux mouvememl ou developpementa s'opererent sur tome 1'etendue de la dire! tiente , avee unc rapidile qui caraelerise 1 Kglise : Tun ctait ascc'i ti(jvie, et 1'autrc rituel ou eeremoniel. Kusebe (i) nous dit das neeessairc d'ahorder un sujet que les ecrivaiiij protestants ont ou soin de rendre 1'amilier a la plupart d'entr<| nous. L'usage des temples, les eglises dediees a des saints parti cullers, et orneVs de hranelies d'arbres dans eertaines occasions! Teneens, les lampes, les oiorjivs, les offrandes votives faitei pour la liuerison d'une nudadie, 1'oau bouite, les asiles, lc:j jours de ieles et les ( apitaines sont inoonnns. memo do num. do la plupart dos homines : mai* It - nums dos mart\rs sont phis lamiliors aux ohrotions quo ootix dos porsonnos qui lour sont los plus oho font un point d'honikiir do donnor oos noms a lours onlants on vuo tio lour ohtonir par la saint ot protootion DC plu>. lc-s domouros saoroos do cos >oi-di.-ant dioux ont o( 9 hion dotruitos, (ju'il n'on rosto pas memo la lr;:ro : la forme de lours aiilols c-t inconnuo aux honnnos do oolto ^ '-neration , tandis que lours inatoriaux ont oto consaoros a dovonir 1« s oha-M'v dos luumrs. Lo Soiiinour a mis ooux qui sont morts pour lui a la plaoo do vos dioux : il >'oxt doharra»o dos derni* i 5, ot los honncur> « mples pau'iis ont olo transi'oros a d'autros --ours. An lieu n-- VOI pandies, de vos diasios, do \os dionysiaijih de \o- autros lotos, nous avons los fetes de Pierre, do Paul, de Thomas, do Si-riiius. do Marcol, de 'lice, de Pantaloon, d'Antoino, do Maurioo et dos autros martyrs. An lieu de I'ancienne prooes>ion , ot do rindeconce de paroles ot d'aotions lamilioro aux pa'iens, nous celi'l.rons dos lotos modostos , sans intomperanoo , sans orjiies ot >ans rires bruyantSj nous chantons dos hunnes tin ins, nou- orniitons do pieux disoours. ot nous offrons des prioros qui sont aooompa- gnoos do saintos larmos. :• ^*oila 1'expose d« > Promos du Christianisme • qu'un c^oquo du einquioino sioele oft^rait aux lideles pour los eon vert ir. L'adoption dos iiii;;go.> cut lieu plus tard encore, et rencontra — 379 — line opposition plus vive en Occident qu'en Orient. Get usage les images est fonde sur le grand principe que je mets en umiere- et, de meme que j'ai donne des extraits de Theodoret, pour prouver les de\ eloppements du quatrieme et du cinquieme -iecle , je citerai maintenant saint Jean Damascene pour la de- jfense des developpements posterieurs qui eurent lieu dans le mitieme siecle : « Quant aux passages allegues par vous, disait-il a ses adver- ;aires, ils ne condamnent pas le culte rendu a nos images, mais vlui des Grecs, qui en faisaient des dieux. Parce que 1'usage les Grecs etait absurde, ce n'est pas une raison d'abolir le notre, (iii est si pieux. Les enchanteurs et les sorciers font des conju- T.iions, de meme que FEglise le fait pour ses catechumenes ; iiais ceux-la invoquent les demons, tanclis que FEglise invoque 'Dieu contre les demons. Les Grecs consacrent des images nux lemons , et les appellent des dieux , tandis que nous en consa- ;Tons an vrai Dieu incarne, aux serviteurs et aux amis de Dieu, jui chassent les demons (i). » II ajoute : u De meme que les aints Peres ont renverse les temples el les reliquaires des de- nons pour clever a leur place des reliquaires au nom des saints i qui nous rendons un culte, de meme aussi iis ont detruit les images des demons pour les remplacer par celles de Jesus- ilirist, de la Mere de Dieu et des Saints. Sous Fancienne illiance, Israel n'elevait pas de temples sous Finvocation des lomines, etn'instituait pas de fetes pour honorer leur memoirej .bar alors la nature de Fhomme etait sous Fempire d'une male- lietion; la mort etait un chatiment, et par suite tin sujet de amentation; un cadavre etait regarde comme une chose im- )ure, ainsi que celui qui le touchait ; mais aujourd'hui que la )ivinite s'est unie a notre nature, pareille k un remede qui fend la vie et qui same , elle Fa giorifiee et Fa renclue incor ruptible. Par suite , la mort des Saints se change en une fete ; |>n leur eleve des temples et Fon peint leurs images — • car ! image est un triomphe et une manifestation, un monument i (1) Delmag., 1,2-1. — 580 — qui rappcllo Ic souvenir de la victoire do ccux qui se son conduits nohlcment et avee grandeur d'ame, aussi bien que 1. honte des demons qui out etc defails et renverscs (i). » II pour suit encore : « Si vous prohibe/ les images a cause de la Loi vous devrez hientot observer le sabbat et vous faire circoncire car la Loi recommande ces choses coinnie indispensables; di plus, vous devrez obsener toute la Loi, et nc pas celebrer hors de .Jerusalem, la fete de Paques. Mais sachez que, si vou observez rancienne Loi , Jesus-Christ ne vous a profile n rien — Arriere done cette doctrine; car quiconque d'cntrj vous est justilic selon la Loi, a perdu la grace. » II est tout a fait conlbrme a la teneur de ces observations d< faire rcmarqiier, ou d'admettrc, que des superstitions reellc- se soul quelquefois glissees dans quehjiies parties de 1'Eglise par suite de ses rapports avec les pa'iens ; ces superstition: furent admises ou presque admises nialgre la resistance ireiic- rale des autorites ecclesiasticjues, a cause de la ressemblanc< qui existe entre les rites pa'iens et certaines parties du rituel di 1'Eglise. De nieme que la philosophic corrompit, a une epoque ses theologiens. ainsi les superstitions du Paganisme eorroni pirent ses lideles; de ineme que les plus spirituels se sont laisst emrelopper dans les reseaux dc I'heresie, ainsi les ignorants st laisserent corrompre par la superstition. Nous voyons saint Jear Chrysostome s'elevei1 avee vehemence centre les usages super- stitieux cjue les Juifs ct les Gentils introduisaient parmi les clin- tiens d'Antioehe et de Constantinople. «•. Que dirons-nous demande-t-il dans un endroit, des amulettes et des eloclietle; suspendues aux mains, des (isstis d'eearlate et autres chose; d'une extreme folie, quand on ne devrait entourer I'enfantqiu di1 la protection de la croix? Mais aujourd'hui on meprisc ct qui a convert! le monde entier, ce qui a cause une blessurt mortelle au demon, et renverse toute sa puissance, tandis qu< Ton confie la surete des enfants a des fils, a des tissus et autre amulettes de ce genre. » Apres avoir mentionne d'autres su- (t) ii, II. — 381 — perstitions, il continue : « Que pareilles choses se passent main- tenant chez les Grecs , cela ivest pas etonnant ; mais que de telles ineonvenances puissent prevaloir parmi ceux qui adorent la croix , qui participent a cles mysteres ineffables ? et qui pro- fessent une grande purete de moeurs, voila ce qu?on ne saurait trop deplorer (i). » De meme saint Augustin supprime les fetes appelees agapes, qui avaient etc permises aux Chretiens d'Afrique, dans les premiers temps de leur conversion. « II est temps, dit-il, pour des hommes qui osent s'avouer Chretiens, de commenccr a vivre conformement a la yolonte de Jesus- Christ, et de rejeter, maintenant qu'ils sont Chretiens, ce qu'on leur a seulement accorde pour qu'ils pussent le devenir. » Le peuple s'appuyait sur Texemple de Feglise clu Vatican, a Rome, ou ces sortes de fetes avaient lieu tons les jours; et saint Au gustin lui repondait : « J'ai entendu dire qu'on 1'a souvent defendu • mais ce lieu est eloigne de la demeure de Feveque (le palais de Latran), et cFailleurs, dans une si vaste cite, il y a un grand nomdre de personnes charnelles , et surtout d'etran- gers, qui y affluent tous les jours (a). » Ainsi il est certainement possible que le sentiment de la puissance sanctifiante du Chris- tianisme ait agi comme une tentation au peche, soit de ruse, soit de violence, comme si Tetat de grace detruisait la culpabilite de certains actes, ou que la fin justillat les moyens. Dire que la distribution des graces a etc confiee a TEglise . c'est enoncer en d'autres termes le principe que nous esquis- sons. Car si elle a pu transformer les ceremonies paiennes en rites et en usages spirituels, qu'est-ce autre chose que d'etre en possession d'un tresor , et d'exercer un pouvoir illimite sur son emploi? DC la viennent les variations nombreuses et les change- ments que presentent depuis le commencement du Christia- nisme , les moyens Saeramentels dont s'est servie TEglise. Tandis que les Eglises de 1'Orient et de FAfrique baptisaient les heretiques quand ils se reconciliaient , TEglise de Rome, (1) Horn, n'i, in Cor. I, trad. d'Oxf. (2) Fleury, Hist., xx, II, trad. d'Oxford. ainsi quc 1'Eglise catholique 1'a fait depuis, maintenait quc Tim- position des mains etait sullisante, si la forme avail etc exactc- ment observer dans lour premier bapteme. La cercmonie d<> rimposition des mains fnl employee dans diverses circonstanct avec une signification disiinelc : dans 1'admission des calecbu- menes, dans la reconciliation des licretiqncs, dans la Confirma tion, I'Ordination et la benediction. L'Eglisc d'Oricnt semblait croire quo la consecration des elements dans le Bapteme ct I'Eucharistie reposait sur la priere invocatoirc. Les Latins la placnient dans la recitation des paroles inslituees j)our le sacre- ment. Le Bapteme lut quelquefoifl admintstre par immersion, el qtielqm Ibis en versant 1'eau sur la tcte. Lc Baplemc des enfants n'etail pas obligatoire commc il 1'a etc dcpnis. Les en- fanls, meme ccnx a la mamelle. etaicnt admis an sacivment do rEucharistie dans 1'E^lisc d'Afrinse des o'uvrcs ou des periodes de penitence avail une signification dilTcrente snivant les circonstances. De inemc le signc de la croix lut un des pr(uniers instruments de grace; nous avons cu ensnite les epoques de sanctification, les saints lieux el les pelerinages, Tcau benite, les prieres ou autres |)rati(jues prescritcs. les vet-'ments, comme le scapulaire; puis, le rosaire et le crucifix. El dans quehpie sage intention , sans doute, comme cellc de inonlrer la puissance de I'Eglise dans la distribution de la grace divine, ainsi (jue la spiritualite et la perfection de la Presence Eucbaristique, la communion sous I'especc du vin a etc interdite a tous les fideles, exce])te au prelre qui offre la sainte Eucbaristie. Dans 1'esquisse qui precede j'ai trace rafTermisscment graduc de la doctrine ct des rites dans 1'Eglisc cbretienne, et j'aidecrit > principes d'apres lesqucls ee travail a etc dirige. — 583 — 1 . Les principes Dogmatique et Sacramentel ont , en conse quence, etc traites dans cette Section, tandis que les autres avaient ete precises dans celle qui precede : ainsi Tinterpretatton mystique de 1'Ecriture , et la substitution de la foi a la raison , cornme principes de conduite. 2. La continuite de ces divers principes jusqu'a nos jours, et la vigueur de leur operation, sont deux garanties distinctes que les conclusions theologiques qui en ont ete tirees, sont, d'apres la promesse divine, de veritables developpements et non des corruptions de la revelation. 3. De plus, s'il est vrai que les principes de 1'Eglise actuelle soient les memes que ceux de la primitive Eglise , alors , quelles que soient les variations de croyance entre les deux epoques, 1'Eglise primitive s'accorde , en realite, plus qu'elle ne differe avcc I'Eglise de ces derniers temps, car les principes sont garants des doctrines. Par suite, ceux qui affirment que le systeme moderne de I'Eglise romaine est une corruption de la theologie primitive , sont obliges de signaler quelle difference de principes existe entre 1'une et 1'autre • ils doivent prouver , par exemple, que le droit du jugement prive etait admis dans la primitive Eglise, et qu'ils'est perdu dans 1'Eglise denos joursj ou bien encore, que I'Eglise moderne raisonne , tandis que I'Eglise primitive ne se guidait que par la foi. 4. Sur ce point, je ne ferai que la remarque suivante. On ne peut revoquer en doute que 1'borreur de I'lieresie , la loi (te Tobeissance implicite a Tautorite ecclesiastique , et la doctrine de la vertu mystique de Funite , aient ete aussi fortes et aussi actives dans I'Eglise du temps de saint Ignaceet de saint Cyprien, que dans I'Eglise du siecle ou vecurent saint Charles et saint Pie V, quoi que 1'on pense sur la theologie particuliere ensei- gnee dans son sein al'une ou 1'autre de ces epoques. Nous avons maintenant sous les yeux 1'effet de ces principes clans 1'exemple de I'Eglise moderne ; ils ont completement reussi a empecher, durant trois cents ans, toute innovation sur la doctrine du concife de Trente. Avons-nous quelque raison de douter que le meme respect pour ces principes ait produit les mcmes resultats dans — 584 — Ics trois siecles qui ont precede le concile de Tronic, on toute autre periode antericure? On etait clone Foceasion dc corruption dans Ics trois cents ans qui ont separc saint Ignacc dc saint An- gustin? Ou dans la periode (jui s'cst econlee cnlrc saint Bede et >aint Pierre Dainicn? Ou encore dans cclles qui separcnt saint Irenee cl saint Leon, sainfCvprien et saint Gregoire-le-Grand, saint Athanasc ct saint Jean Damascene? La tradition de dix- huil sicclcs dcvient ainsi unc chaine former d'un nombrc inde- fini de liens se croisanlles uns les antres, ct chaque annee qui arrive, cst garanlie dans des degres dilferenls de force par clia- eune de cclles qui 1'a precedee. 5. De plus, les diverses heresies (jui ont surgi a des epoquo ditTerentes, ont toutes, sous un rapport ou 1'autre, violc Ics principes a 1'aidc desquels 1'Kiilisc a grandi, et (ju'clle conserve encore. Ainsi les ccolcs Arienne et iNesinricnne ont repousse la inethodc nllei-oritjne d'interpr^ter les Saintes-Ecritures ; les (inostiques et les l^unoinicns voulaient suhstiiucr la science a lafoi; c'est cc (juc fircnt aussi les Manichccns, comme saint Augustin le declare au commencement dc son ouvragc de L'ti- litatp credciuli. \.<\ Regie Dogmfttique, du moins en cc qui louche son caractcrc tradilionnel , etait rejctcc, connne Tertnl- lien nous Tapprend, par toutcs Ics secies, qui revendiquaicnt le droit de jnger pour elles-inenies d'apres les Saintes-Ecritures. Le Principe Sacrainentel etait, ijwt facto, viole par lous ceux qui se scparaicnt de I'Kglise ; il etait nic par le IManiehecn Kaustus, quand il arginnentait contrc le ceremonial catholique; par \ igilance. dans son opposition aux rcliques, ct cnfin par Ics Iconoclastes. Dc ineinc , le niepris du mystere, le manque rlc reverence, de devotion, de saintctc, sont d'a litres marques de I'esprit hereti(jue. On sail de combicn de manieres le Protestan- tisme a renverse les principes de la thcologie catholique. 6. En outre, ces principes de developpements catholiques sont cux-memes susceptiblcs de dcvcloppcment, ct en fait ils se sont developpes, ainsi que nous Tavons siiggcrc plus haut, bicn que ce ne soil pas au prejudice de ridentile manifestc qu'ils ont toujours cue. Par cxcmple , le Principe Dogmatique implique — 385 — a philosophic , ainsi qu'on pcut 1'appcler, de la manifestation intcllectuclle des mysteres, et le principe de Finfaillibilite. II ••st clair , en outre , que des ecrivains comme saint Thomas et Juarez parlaient avee plus de precision sur la foi et la raison jju'Origene ou Eusebe. De meme, pour 1'assertion du Principe Bacramentel , nous aurons recours non pas a saint Gregoire le Thaumaturge qui s'y est confprme , mais a saint Augustin ou a '«aint Jean Damascene. 7. Enfin , on pouvait attendre queles principes catholiques |se developperaient plus tard que les doctrines catholiques, 'comme etant plus profondement places dans Fesprit, et comme jetant leurs suppositions plutot que leurs professions objectives. iC'est ce qui est arrive. La contro verse protestante a seulement roule ou roule encore sur run ou Fautre des principes de Catho- •licite; et jusqu'a ce jour la regie d'nterpretation de TEcriture 7 !Ia doctrine de 1'inspiration , la relation de la foi a la raison , la jresponsabilite morale , le jugement prive, la grace inherente , jle siege de 1'infaillibilite ? sont des questions qui restent , je suppose, plus ou moins sans etre developpees ou ? du moins, sans etre definies par TEglise. BlBLIOTH. HIST. 6* ANN^E. I" OUVR. 53 CHAPITRE SEPTlEMi:. APPLICATION DE LA QUATRIEME MARQCE DE FIDELITt DAXS ITH DEVELOPPEMEST. Nous avons avance preredeimnent . , commc un quatriem .•injuinent en favour do la fideliie cles developpemcnts morau on politiques, qu'il faut que la doctrine d'ou ils sont dccouk presenle, dans les premieres phases de son histoire, les tract des opinions et des pratiques auxquelles elle a ahouti. Snppc *ant done que les doctrines et les pratiques appelees catholiqut soient dos ddveloppements vrais t-t Ifii'itiine s. et non des corrup lions, nous pouvons nous attendre a en trouver des traces dan les premiers siecles. Voici comment je concois la chose : Lc doeuments de ces temps sont rares, a la verite, et nous avon pen de moyens de preeiser quelle etait la vie quotidiennc do ehreticns d'alors; nous connaissons pcu les pensecs, les prieres les meditations et les discours des premiers disciples de Jesus Christ , a une epoque ou ces developpcmenls n'etaicnt ni re eonniis , ni dumcnt classes dans le systemc th^ologique; il parai neanmoins, a en juger d'apres le peu que nous possedons, qu I atmosphere de 1'Kglise etait, en quelque sortc, chargee tou d'ahord de ces developpemcnts, et qifclle s'en est degagee d le nips en temps, d'unc maniere ou d'une autre, en divers lieux et a Faide dc diflerentes personnes , scion que 1'occasion 1 demandait, attestant ainsi qu'elle posscdait un vaste corps d pensees qui devaient un jour revetir line forme et prendr- place dans son systeme. — 587 — S I- Resurrection et Reliques. Comnie exemple principal de ce que j'aurais a dire, j'appel- 'lerai 1'attention sur un principe earacteristique du Christia- jnisme, qui pent etre pour ainsi dire considere comme line modification ou une application du grand Principe Sacramentel sur lequel j'ai insiste en dernier lieu ; je'veux parler de la ma- jniere clont le Christianisme envisage la Matiere, en tant qu'elle est susceptible de grace, ou en tant que capable d'union avw ila Personnc divine et son influence. Ce principe, comme nous jle verrons, se manifesto avec force dans le premier siecle du ! Christianisme, en meme temps qu'il se developpa de diverse* imanieres, et cela surtout a cause de la doctrine diamelrale- tment opposee des ecoles et des religions de ce temps. L'appa- rition de ce principe a cette epoque primitive clevient aussi un exemple a 1'appui d'une assertion souvent mise en avant dans I la controverse : que la profession et les developpements d'une I doctrine sont en harmonic avec les besoins des temps, et que le silence garde a une certaine epoque sur cette meme doctrine : prouve , non pas qu'on ne la croyait pas , mais qu'elle n'etait : pas mise en question. Le Christianisme commenca par considerer laMatiere comme \ une creation de Dieu. et comme « tres-bonne'> en elle-meme. | II enseigna que la Matiere, aussi bien que TEsprit, avail ete ! corrompue par la chute d'Aclam , et il songea a sa rehabilitation. ; II enseigna que le Tres-Haut s'etait lui-meme uni a une portion , de cette masse corrompue , afin de la sanctifier. II enseigna que | Dieu, comme premier fruit de son dessein, avail purifie de tout peche cette meme portion de maliere a laquelle sa Per- I sonne divine s'etait unie, et qu'il avail prise dans le sein d'une Vierge , qu'il avait remplie de 1'abondance de son Esprit. Le Christianisme enseigna, en outre, que, durant son sejour sur la terre , 1'Homme-Dieu a ete sujet a toutes les infirmites natu- — 388 — relics a I'liommc, ct qu'il a souflert tons les niaux dont la ehai est riicritiere. II cnseigna quo le Tres-IIaul, revetu dc cctt chair, est niort sur la croix, ct que son sanii a unc vcrtu expia toirc; de plus, qu'il cst ressuscite dans ccttc chair, qu'il 1' transport6e avcc lui dans le ciel , ct que jaiuais il nc se separer dc cc corps, iiloriiic el deiiie en lui. La resurrection des cord dcs saints de Dicu, ct Icnr "-loriiieation future avcc Lui, sont un- preiniere consequence de ees iinposantes doctrines. Vienncn ensuile . connne autres consequences, la sain tele, des rcliqucs la presence rcclle dans I'Eucharistie, le inerite de la virginite. ' ct enlin. les premium cs de Marie, mere dc Dicu. Par la natun du snjet, tonic- ces doctrines se de\eloppercnl plus ou inoins I quoiqu'a dcs deirres hien diilcrcnts, dans le laps dc temps qtl preceda le coneilc de Mcee. Tons ccs de'veloppcments I'lireni 1'ohjet du scandale ou dii niepris des phil:)-ni?hcs , des pretres ct de la populace don eternellc cnncmic; qu'cllc e>l la source dc toute souiH lure, et qu'cllc est ii'ivlormahlc. Telle ctaif la doctrine de: IMatonieiens , des (inostitjucs ct dcs Manichccns. Ainsi, parcc que saint Jean a ecrit quo « lout esprit qui nc confesse pas qut Jcsus-('hrist est vcnti dans la chair cst IVsprit dc l'Antechrist,» les (jiiostiqucs nicrcnt ohstincmcnt rincarnation, pretendireni que Jesus-CJirist n'ctait qu'un ianlome, ou qu'il ctait vcnu er Jesus lors de son haptcnic, ct 1'avait quitte a sa passion. Lt iirand sujel de la predication des Apolres ct des Evan gel istes ctait la resurrection dc Jcsus-dlmst et cclle dc tons les hommes aprcs lui. Mais quand les philosophes d'Athencs entcndircnt saint Paul, «t quelques-nns se inoqucrent de ccttc doctrine, > et d'autres la rejctcrciH avec niepris. La naissancc du scin d'unc Vicrii'c impliquail (jue non-sculcmcnt la Matiere n'est pas man- vaise de sa nature, inais qu'ellc j>cut sc trouvcr dans tel etat plus saint > De plus, le Cliris- lianisinc ensoiprno le respect dos corps inonie ilos pa'iens. Lr soin dos niorts cst un dos oloi^os arraclios on lour favour a c^/ I'omporour Julion , ainsi <[iio nous I'avons doja vu ; ot ils don- nercnt dos oxomplos do ce soin pendant ropidoniie qui ravairea riv.npire romain an toni|)s do saint Cyprion. Kn parlant dos Chretiens de Carthage, Ponce disail : « Dans 1'ardeur de lours cruvrcs surabondantos, il font du hien a tons, et non pas scule- inent a lours Irons dans la Ibi. Ils font qnclque chose de plus quc ee qui est rapporie dans ['incomparable bienveillance de Tobio. (lar los porsonno^ tu«'ios par ordro du roi ct cellos jotees dans les rues, quo Tobie onsevolissait, otaiont sculement do famiile (*i\. • Mais a regard dos corps dos saints, ils inonlroront line vene ration hien plus Brando quc eo respect qu'ils avaient en general pour los inorls. Ils attrihuaiont une vertu aux tombeaux de lours martyrs; ils se laisaiont un tresor dolour saiiir. dolours osse- inents ot do lours cendres, coinmo do quelqne chose de surna- turol. Quand saint Cyprienfutdeoapih rreresapporterentdes rviettes pour les imbiber de son sang. Les Actes do saint Ignace, qui fut expose aux betes dans I amphitheatre, nous rapportcnt »•• qu'il ne rosta quo la portion la plus solide des saintos reliques, qu'elles furent transportoos a Antiochc, deposees dans une toilo. • ot loguoos a cotte sainto Kglise, connno un tresor inestimable, a (1) Act. Arch., p. S5.A(lian..c. Apoll. ii,3. — Adam. Dial. ii'Unit. Minut.. Dial. IF Apul., Apoll., p. 53o. Kortholt. Cal., p. G3. Calmet, Diet., t. II, p. 736. Bas.. in Ps.lto. 1. (2; Vit. S. c.ypr., 10. — 591 — cause de la grace qui e'tait dans le martyr. » Les Juifs essayerent de priver les Chretiens du corps de saint Polycarpe, « de peur qu'ils nc se missent a Fadorer, apres avoir quitte le Crucifie, » disent les Actes de ce saint martyr ; « ignorant, continuent-ils, que nous nc pouvons abandonner Jesus -Christ; » puis ils ajoutent : « apres avoir enleve ses os qui nous sont plus chers que les picrres preeieuses, et qui sont plus epures que Tor, nous les avons deposes dans un lieu convenable ; et la , quand nous pouvons nous reunir, le Seigneur nous fait la grace de ce'lebrer avcc joie et allegresse le jour anniversaire de son martyre. » En Palestine , dans une circonstance , les autorites imperiales prent exhumer les corps etles jeterent a la mer, «dans la crainte, dit Eusebe, que leur renommee venant a se repandre, il n'y en cut qui les considerassent dans leurs sepulcres et Icurs monuments comme des dieux , et qui leur rendissent le culte divin. » Julien FApostat, qui avail etc chretien, et qui connaissait 1'histoire du Christianisme , beaucoup mieux qu'un simple infldele ne pourrait la savoir, fait remonter la superstition, ainsi qu'il 1'appellc, au temps oil vivait saint Jean, c?est-a-dire aus- sitot qu;il y cut des martyrs a honorer • il reconnait que le? honneurs renclus aux martyrs datent de la meme epoque que le culte rendu a Notre Seigneur, et qu'il etait aussi precis et aussi formel; il declare de plus, que ccs honneurs furent d'abord secrets, et differentes raisons autorisent a croire qu;il en fut ainsi. « ISi Paul, dit-il, ni 3Iatthieu, ni Luc, ni Marc, ne furent assez hardis pour donner a Jesus le nom de Dieu; mais 1'honnete Jean s'etant apercu qu'un grand nombre de personnes avaient ete saisies de cette maladie dans plusieurs villes de la Grecc et de FItalie, et apprenant, je presume, que les tombeaux de Pierre et de Paul etaient reellement honores, quoiqiren secret, il fut le premier qui osat le lui donner. » « Qui pcut se sentir assez indigne de cette abomination? dit-il ailleurs; vous avez rempli tous les lieux de tombeaux et de monuments , quoiqu'il ne vous ait ete present nulle part de vous prosterner sur ces tombeaux et de les honorer Si Jesus dit que ces sepulcres sont remplis d'impuretes, pourquoi venez-vous y invoquer Dieu?» — 392 — Le Manieheen Fauslus parle sur le lueiiic ton. « Vous avcz rcui- place, dit-il a saint Augustin. les idoles des paiens par vos mar tyrs, (jiic vous honorez (colitis) en leur adressant les memes prirres (rotis) (i). => 1. no circonslaiiec dijnie d'etre ohservee, e'est que ies chre- tiens, aiissi i)icn quo lours advcrsaircs, passcrcnt des roliques dit Tertullicn. La dignite et la puissance des martyrs linmdisscnt a mesure qu'ils approchent de plus pros lour souverain jniio. Saint Denys dit qu'ils regncnt avec Josus-Clirisl; Origene pcnse (jue «fde meme <[iie nous sommcs par le sang procieux de Jesus, ainsi il en cst (jiielques- uns qui sont raohotos par le sang preeicux des martyrs. » Saint (Aprien semlile e\pli(juer sa pensee quand il dit : « jVous (Toyons que les meriies dos martyrs et les ceuvrcs dcs justes seront tres-prolitables aupres du souvcrain jugc, » e"cst-a-dirc pour ceux qui ont peclie, «= quand, apres la fin dc cette vie et de ce monde, le peuple de Jesus-Christ se trouvera devant son juge. » Conformement a celte doctrine, on croyait que dans (1) Act. Proconsul. .o.Ruinart, Act. Mart., p. 22, 24. Euseb., Hist, viii, 6. Julien, ap. Cvr.. p. 3'27, 335. Aug. contr. Faust., xx, 4. (-2) (.1cm., Strom, iv, 12. — 393 — t leur etat do gloire , ils interce'daient en faveur de 1'Eglise d'ici- bas, et des personnes qirils avaient connues. Sainte Potamienne d'Alexandrie, qui vivait dans les premieres annees du troisieme siecle, promit , au moment ou on Tenlevait pour 1'execution , d'obtenir, apres sa mort , le salut de Fofficier qui la conduisait • et, suivant Eusebe, elle lui apparut trois jours apres, et lui pro- phetisa que bientot il serait martyrise. Sainte Tbeodosie, en Palestine, vint trouver des confesseurs de la foi qui etaient charges de cbaines , « pour les prier , ainsi qu'Eusebe nous 1'apprend, de se souvenir d'elle, quand ils seraient en la pre sence de Dieu. ;> Tertullien, devenu Montaniste, nous ap- prend , en protestant eontre cette doctrine, qu'elle existait dans 1'Eglise (i). 2. Culte des Saints et des Anges. / Quelque peu connue que soit 1'Eglise primitive d'Espagnc, elle nous fournit sur elle-meme un point de detail qui semble etre un de\ eloppement progressif de la doctrine de 1'intercession des saints. II existc des canons d'un concile d'Elvire, tenu tres- peu de temps avant celui de Nicee, et qui represente par conse quent la doctrine du troisieme siecle. Parmi ces canons, se trouve le suivant : < II est ordonne qu'il ne doit pas y avoir de tableaux dans les eglises, de peur que Ton ne peigne sur les murailles les objets de notre veneration ou de notre adora tion (2). » On regarde communement aujourd'bui ces parole* comme decisives eontre Fusage des peintures dans les eglises d'Espagne de cette epoque. Admettons-le ; admettons que toute peinture fut defendue, non-seulement 1 usage des images de Notre Seigneur et des emblemes sacres de FAgneau et de la (1) Tertull.. Apol., fin. Euseb., Hist. vi,42. Origen ad Martyr., 50. Ruinard, Act. Martyr., p. 122, 323. (2) Placuit picturas in ecclesia esse non debere, ne, quod colitur aut ado- ratur, in parielibus depingatur. Can. 36. — 394 — Colombo, mais atissi celni des pcinturcs dcs saints et dcs anges. 11 n'ost pas lo\al de restreindre le sms dcs rnots, ct Ton ne ren contre pas dc eontroverstste <[ui veuillc le faire; car ils avouent tons que ces paroles designent les images des saints. « Lc canon du concile cFKlvire, tenu en Espagne vers le regnc de Con- stantin-le-Grand , pour del'cndre les peinturcs dans 1'Eglisc, est on no pent pins clair(i)»dit l>her; i! parle des< representations de Dieu, de Jesus-Christ, des anives et des saints^). » Le concile d'Klvire est tres-ancien, c! ircs-iY'lrhrc, dit Tin lor, en ce qu'il de!'< nd oxprossemont de peindre sur les murailles les objels du eulte; c'est done pour cela qu'il ne doit pas y avoir de pein- tnres dans les eglises (s). • II parle anssi des saints. Accordons eela hardiment. La conclusion a tirer de ce canon , c'est que * I'Eglise d'Espagne considerait les saints comme devant etre au noinbre des objets « de veiu'ration ou d'adoration ; near c'est de ces objets-la qu'on defendait la representation. Voiei le veritable but de cetto prohibition : De peur que ce qui est en soi un objet de culle (quod cutihir) nc soil adore en peinture; or done, a moins que les saints et les anges ne fusscnt des objets de culte, il eut etc permis de les peindre (4). Le regnc glorieux dcs saints et des martyrs avcc Jesus-Cbrist. nous conduit a un sujet qui s'cst oflert a nous, d'une maniere incidente , dans I'lntroduetion de cet Essaij je veux parler de la societe de ses anges avcc Lui, quoique ce soit une digression aux recberebes dont nous nous occupons que de parler d'etrCvS incorporels. Saint Justin , dit le docteur Burton , «t repondant a Taccusa- tion d'atbeisme lancee contre les cbretiens de son temps, ct faisant observer qu'on les punissait parce qu'ils n'adoraient pas les demons, qui n'etaient reellcmcnt pas des Dieux, « sV\- (1) Reponse a un .les., 10, p. 437. (•}.} P. 430. I e « colitur aui adoratur » marque une difference de culte. (3) Dissuasive, i , 1 , 8. (4) Le canon dit: «ne quod colitur... depingatur. » S'il cut voulu dire : «de peur que ce qui pcui dccenir un objet dc culte, etc., » il eut mis : « ne quod colatur.» — & t/0 — prime ainsi : « mais nous honorons et nous adorons Dicu , et le Fils qu'il nous a envoye et qui nous a appris ces verites, et 1'armee de ces autres bons anges qui les scrvent et qui leur res- semblent , et 1'Esprit prophetique ; nous leur rendons un honneur raisonnable et vrai , et nous ne refusons pas de com- muniquer a tous ceux jqui desirent s'instruire, ce que Ton nous a appris a nous-memes (i). » On ne peut exiger un temoignage plus formel du ciilte des anges, et cette question se place tout naturellement ici; car saint Justin a parle du culte que les pa'iens rendaient aux de mons, ce qui 1'a par consequent conduit, sans peine, a faire mention, non-seulcment de Fadoration incommunicable rendue au Dieu unique , qui « ne donnera pas sa gloire a un autre , » mais encore de 1'honneur moins grand qui peut etre rendu aux creatures sans peches , tant en ce qui regarde celui qui le rend que celui qui le recoil. La construction de la phrase n'est pas plus difficile dans Foriginal grec que dans d'autres auteurs ou on la trouve; et nous n'avons pas a nous etonner si, chez un ecrivain dont le style n'est pas soigne, deux mots peuvent etre employes pour exprimer rendre un culte , mots dont Tun re- garde les anges, et Fautre pas. Voici comment le docteur Burton explique ce passage : « Dans sa Medulla theologies Patrum, qui parut en 1605, Scultet, theologien protestant de Heidelberg, a donne un sens tout a fait different a ce passage ; au lieu de faire rapportcr le mot « armee » aux mots u nous honorons, » il le joint avec « nous a appris. » Voici done comment ces paroles seraient rendues : u Mais nous adorons Dieu et le Fils qu'il nous a en voye et qui nous a aussi appris ces verites , et 1'armee des autres (1) Exstvov re , xat TOV Trap* aurou ucbv i\B6vra. xat £i$a£&'nct fipy.s T«UT« , !*ac TOV TWV «A/wv STTOyWlvwv xat e|o/xo£Ou/AiVWV ccya.Quv ayyiiwv a-rpatov] , TTVSU/JCK re TO xai Trpoffxyvou^sv , ).6yw xat a).yj6ct'a T J/^-WVTS? , xai iravrt i£i£4xto/w») aipQovwj 7ra^«(?£(?6vTcs. Apoll., i, 6. Le pas sage repond a la priere du Breviaire : « Sacrosanctse et individual Trinitati, Crucifixi Domini Nostri Jesus Christi humanitati, beatissimae et gloriosissimae semperque Virginis Maria? fecundae integritati, et omnium sanctorum univer- sitati, sit sempiterna laus, honor, virtus et gloria obomni creatura, etc. » — 506 — t>on? anges q tie nous honorons, » etc... Ccttc interpretation est adoptee ct deTendue assez longuement par l'£v£queBull, par Etienne Le Moyne, et ineine Ic bcncdictin Lc Nourry suppose que saint Justin vent dire que Jesus-Christ nous a appris a rie pas adorer les inauvais anges, en memo temps qu'il nous a in- struit delexMem r ele... On pouvait bien penser que Langus, qui a public une traduction latinc de saint Justin, en 15GS, adopterait Tune de ees interpretations, ou au moins lierait le mot armce avcc «« a appris ces veriles. » Ces deux interpreta tions sont ccrtainement ingenieuses, et nc sont peut-etre pas opposees a la construction litterale des mots grccs; mais je ne puis dire qirclles soient salisfaisantcs , ct je ne serais pas surpris que des ecrivains catholiques remains les regardassent comme des tcntatives foreees, faites pour eluder une difliculte. Si les mots cnfermes dans les crochets etaient supprimes, tout le pas sage renfermerait certaincmcnt un fort argument en faveur de la Trinite; mais tels (pi'ils sont places, les ecrivains catboliques romains les citeront naturelleinent pour prouvcr le culte des anges. II se presente neanmoins une difliculte j c'cst que le passage, construit de cettc faeon , prouvc trop. En reunissant les anges aux trois personnes de la Trinite , comme objcts d'ado- ration religieuse , il semblc aller memc au dela de ce que les ruthnliqucs romains cux-memes soutiennent toucbant le culte des anges. Leur distinction si connue entrc le culte de Latric et celui de Dulie disparaitrait cntierement , et la difliculte sentie par 1'editcur benedictin semble avoir etc aussi grande , que sa tentative pour 1'cxpliqucr est vaine, quand il ccrivitcc qui suit : « C'est en vain que nos advcrsaires nous objectent la double expression : nous lenerons ct nous adorons; car la premiere s'applique aux anges memes , eu egard a la difference qui existc — 597 — entre le Createur et la creature; mais la derniere ne pcut aucu- incmcnt s'appliquer aux anges. » Cctte phrase dcmandc des 'concessions, que Ton ne doit attendre d'aucun adversairc; car si Tun dcs deux termes nous venerons etnous adorons peut s'ap- ipliquer aux anges, il est deraisonnable de soutcmr que Fautre |nc doive pas s'y appliquer aussi. Cepcndant il est possible que 'ec passage puisse s'expliquer de facon a admettre une distinction ide ce genre. Les interpretations de Seultet et de Grabe n'ont [pas rencontre beaucoup de partisans, et, en somme, je serais jassez porte a conclure que le membre de phrase qui se rapporte jaux anges a une liaison particuliere avec ces mots : nous leur irendons un honneur raisonnable et vrai (i). On a propose deux grandes alterations du texte ; 1'une consisterait a transporter apres les mots : nous leurrendons un \Jwnneur, le membre de phrase qui cree la difficulte, et Fautre, a substituer ^p^-^m (commandant) a arpxfbv (armee). Le docteur Burton continue ainsi : « Saint Justin, comme |je Fai fait remarquer, defend les Chretiens contre Faccusation d'atheismej apres avoir dit que les dieux qu'ils refusent d'adorer ne sont pas des dieux, mais des demons, il fait connaitre les letres qu'adorent les Chretiens. II nomme le vrai Dieu, qui est j la source de toute vertu , le Fils , que Dieu a engendre , les bons jesprits, qui executent les ordres de Dieu, et le Saint-Esprit. Nous rendons a ces etres, dit-il, tout le culte, Tadoration et i I'honneur qui leur sont dus , a savoir, Tadoration ou Fadoration est due , et Fhonneur ou I'honneur est du. Les Chretiens etaient i accuses de ne pas adorer de dieux, c'est-a-dire de ne pas recon- | naitre d'etres superieurs. Saint Justin demontre que cela est si ! loin d'etre vrai , qu'ils reconnaissent meme plus d'un ordre j d'etres spirituels. Us rendent au vrai Dieu un culte divin, et I ils croient aussi a Fexistence de bons esprits qui ont des titres a i leur honneur et a leur respect. Si le lecteur veut examiner le I passage dans son ensemble , il verra peut-etre qu'il nV a rien (1) Test. Trin. , pp. 16 , 17, 18. BlBLIOTH. HIST. 6e A33EE. I" OUTR. — 398 - de force'1 a restreindre ainsi le sens des mots vcnerer, adorer et hnnorvr, a certaincs do scs partic^ respectivement. II pent sem- hler etrange (juc saint Justin ait cite les csprits. mcssagers de Dicu, avant de parlcr du Saint-Ksprit ; mais lexplicalion de ci'ite ditliculte pese sur les callioli(|iies remains aussi bicn que sur nous. i>ous poinons peut-etre adopter ['explication de 1 'eV-quc de Lincoln , qui dit : «; J'ai quelquefois pense que dans iv passage les mots et Vannvc Equivalent a arcc runnvi>, et que saint Justin pensait [\ 1'etat glorieux de Jesus-Christ, lors(jue, enloui'e de 1'armec des cieiix . il viendra jujror le monde. » L'eve(|iie de Lincoln cite ensuite plusieurs passages de saint Justin, oil il est parle du Fils de Dieu eoinme etant servi par une cmnpagnic d'anges. Si done cette idee etait dans Tesprit de saint Justin, elle pent e\j»li(pier pourquoi il-a parle des anges imniediatcment apres le Fils de Dieu plulot qu'apres le Saint- Kspril, eomme 1'aurait demande un ordre plus naturel et plus rle (i).» (]e passage cst d'autant plus remarquable qu'il ne perrnet pas de nier qu'il y eut, a cet epoque, un cultc des anges . dont parle saint Paul, culte juif ct gnostique, que 1'Eglise a entiere- ment reprouve. § 3. Du Merite de la Virginite. Apres les prerogatives des souflrances corporelles ou du mart) re, venaient dans ['appreciation de la primitive I^glise eelles de la purcte du corps ou de la virginite, autre forme du principe general que je mets ici en lumiere. «c La premiere recompense, dit saint Cyprien en s'adressant aux vicrges, est pour les martyrs, qui ont le centuple; la scconde est pour vous, qui aurez soixante pour un (-2). » Les ecrivains anterieurs an concile de Nicee reconnaissent d'un consentement unanime 1'ctat et le merite de la virginite. Athenagore , 1'un d'eux . lui (1) Page 19-21. (2) De Hab. virg. , 12. — 599 — jaccorde , sans hesiter, le privilege d'etre en communion avec Dieu : « Vous en trouverez beaucoup parmi nous, disait-il a ll'empereur Marc-Aurele , vous en trouverez de Fun et Taut re sexe, qui ont vieilli dans 1'etat de virginite, esperant par la etre Idans unc plus etroite union avec Dieu (i). » Parmi les nombreuses autorites quc Ton pourrait citer, je me jbornerai a un seul ouvrage, parfait en lui-meme, et recomman- |dable par son auteur. Saint Methode fut eveque et martyr dans les dernieres annees de la periode qui preceda le concile de Nicee ; on le regarde comme le theologien de son siecle done du jtalent le plus varie. Son instruction , 1'elegance de son style, son eloquence, sont bien connus (2). L'ouvrage en question, le IConvh'ium Virginum , est un entretien auquel dix vierjre.*- [prennent part successivement pour louer 1'etat de vie auquel elles ont ete specialement appelees. Je ne nierai pas que cet jentretien ne contienne certaines choses qui choquent etrange- jment les sentiments d'un siecle forme sur des principes dont le manage est la base. Mais le seul point qui nous inte'resse ici , c'est la doctrine de cet entretien. Parmi les interlocuteurs de ce kolloque, trois au moins sont des personnes reelles, qui vivaient avant le temps de saint Metbode : sainte Thecle, que la tradi- Ition associe a saint Paul, est rune d'elles, ainsi que Marcelle , regardee , dans le Breviaire romain , comme ayant etc servante |de sainte Marthe. On rapporte que ce futcettefemme qui s'ecria: « Bienheureux le sein qui t'a porte, » etc... Elle est conside'ree komme ayant etc servante de Jesus-Cbrist avant de servir sainte Martbe. Marcelle ouvre 1'entretien en parlant du developpe- |ment gradue de la doctrine de la virginite , scion les dispensa tions divines; Theophile, qui prend ensuitc la parole, s'etend sur la saintete du mariage, alaquelle la gloire particuliere de Tetat de virginite ne nuit pas. Thalie disserte sur 1'union mys- jtique qui existe entre Jesus-Christ et son Eglise, et sur le jseptieme chapitre de la premiere Epitre aux Corintbiens ; (l)Atbenag., Leg., 33. (2) Lumper, Hist. , t. XIII, p. 439. — 400 — Tbeopatre parlc du me rile do la virginitc • Tlialusc cxhortc a garder cc don avec soin; Agathc montrc la necessite dcs autrcs verliis ot des bonnes OMIM-OS , en vue de la gloire de leur pro fession particuliere ; Procille vante la virginitc conimc le moven parlieulier de devenir eponse dc Jesus-Cbrist ; Tberle en park comme du grand guerrier qui combat dans la lutte entre le cie et 1'enfer, entre le bicn et le mal, el Doinnine expliqne la para- bole de Joiitham an ebapilre IX des Juges. Vertue, qui, dcs k commencement , a joue le role principal dans 1'entretien, cloi la discussion en exbortant a la pnrete de 1'amc; apres quoi, les autres lui repondent par un In nine a \otre Seigneur, TEpoun de scs saintes. II est di«rne de reinanjtie que saint Mcthodc parle claircmen! de la profession de virginite eomine d'un \ccu. «c J'expliquerai. (lit Time de ses sainles leininos, comment nous soinmes consa- rives an Seigneur, (le qni est ordonne au livre des Nombres, I'ni re tin yraml run . dtMiiontrc le point sur lequel j'insistc •e elendue, que la ehastete est le plus grand de tons lei \ Saint Melhode n'est pas le seul des Peres qui ail tenu ce langage avant le coneile de Meee. «: Que Ton mctte au nombre des bigames , dit le coneile d'Ancyre an coniinenceinenl du quatrieme sieele, ccux cjui ont fait vuju de virginite et qui renonccnt a leur profession. » Tertullien parlc de ceux qui sont « maries a Jesus-Cbrist, n et dit que le mariage renfermc un VUMI; puis il ajoute : « Vous lui avez proniis (xponsasti) le temps de Tage inur. » Avant d'avoir traite (rune maniere expresse du ru'ii dc continence 7 Origene parle de « vouer son corps a Dicu » par la cbastrle; et saint Cyprien fait mention u dcs vicrgcs dc Jesus-Cbrist, qui lui sont consacrees et sont destinees a sa sain- tete. !• II dit aillcurs : «c Des membrcs consacrcs a Jesus-Cbrisl et voues a jamais par une vertueusc cbastete a la continence. » Eusebe enfin parle dc ceux »= qui se sont consacres corps et anie a une vie pure et simple (-2). » (l)Galland, t. Ill, p. 700. (2) Routh. Rcliq., t. Ill, p. 414.— Tertull, de Vir^., vol. XVI et II.— Orig., in Num., Horn. 24 , 2. — Cyprian.. Ep . 4, p. 8; cd. Fell., Ep. fi2, p. 147. - Euseb., V. - Const., IV, 26. — 401 — § 4. De la Mediation de la saicle Yierge. Les prerogatives speciales de sainte Marie, la Vierye cles I Vierges , sont intimement liees a la doctrine de 1'Incarnation [elle-meme , dont nous nous sommes d'abord occupes. On sail j bien que ees prerogatives ne furent pleinement reconnues que posterieuremeut dans le rituel catholique ; cependant elles n'etaient pas chose nouvelle dans 1'Eglise, et n'etaient pas etran- igeres a ceux qui les premiers out enseigne 1'Evangile. Saint Justin , saint Irenee et autres ont avance dune maniere precise, que non-seulement la sainte Merge remplii une charge, mais qu'elle a ete agent volontaire , et qu'elle a eu sa part dans 1'oeuvre de la redemption , de meme qu'Eve avail agi comme instrument et avec sa responsabilite clans la chute d'Adam. Ces Peres ont enseigne que comme la premiere femme aurait pu fuir le demon et ne 1'avait pas fait , ainsi 1'Economie Divine eut ete entravee, si Marie se fut montree desobeissante ou incredule .au message de 1'ange Gabriel. On peut certainement etablir un parallele entre « la mere des vivants » et la mere du Redemp- teur, en comparand les premiers chapitres de 1'Ecriture avec les derniers. Nous avons fait observer precedemment que le seul passage ou le serpent soit directement identifie avec le malin esprit, se trouve dans le douzieme chapitre de FApocalyse. Eh bien, il est digne de remarque, que cette identite, quand on 1'admet, se presente dans le cours d'une vision ou « line femme a le soleil pour vetement, et la June sous ses pieds. » Ainsi deux femmes sont mises en contraste 1'une avec I'autre. En outre, de meme qu'il est dit dans FApocalypse : « Le dragon fut irrite centre la femme et s'en alia faire la guerre au restc de sa posterite, ainsi la Genese renferme cette prophetic : « J'etablirai rinimitie entre toi et la femme, entre sa race et la tienne. Elle fecrasera la tete, et tu chercheras a la mordrc au talon. » L'inimitie devait done exister , non-seulement entre le serpent — 402 — el la posterile tie la fenmie, inais aussi entre le serpeni el la femme elle-memc ; el iei encore il y a concordance cntrc passage el In vision tie 1' Apocalypse. S'il y a done quelque raison tie penser que le mystere donl il est question a la fin tic I'Apocalyse se rapporle a celui donl parlenl les premieres pages de I'Ecriture, ct que la /ennui' donl il est i'ait mention dans Jo deux passages soil line sculeet meme femme, elle ne pent etre autre que la sainte \ ierge, qui nous fill ainsi dcsignee d'unc maniere propbelique«ussit6t apres la transgression tPEve. Nous devons ccpcndanl moius nous appliquer a interpreter I'EtTiture sur ce sujet, qu'a examiner ce qu'en disenl les Per< Voici conuuent parle saint Justin : « Eve elant vierge el pure, a produil la desobeissance el la mort, pour avoir ecoule les discours du serpent; mais la vierge Marie, pleine de foi ct d'allegresse , repondit, quand Hinge Gabriel vint lui annonccr rincarnalion : u Ou'il me soil fait scion votre parole (i). » Ter- tullicn dil : attcndu (ju'Eve crut le serpent, el Marie Tan^1 Gabriel, « le mal qu'Evc a prodnit par sa credulite, Marie 1'a rcpare par sa foi (-2). » Saint Irenee parle d'une maniere plus explicate encore : «; De meme qu'Eve, dit-il, fut seduile par les discours de I'ange au point de s'cloigner de Dieu, apres avoir transgrc- es ordres, ainsi Marie, s'etant morilree soumise a la parole divine, accepla le discours d'un ange jusqu'a possedcr Dieu dans son sein. De meme que i'une se laissa seduire ou poinl de s'cloigner de Dieu, Tautre se laissa persuader d'obeir a Dieu ; de maniere que la vierge Marie put devcnir 1'Avocate (Consolatrice) de la vierge Eve , el ainsi le genre bumain , condamnc a la mort a cause dime Vierge, put etre sauve par une Merge. La desobeissance d'une Vierge fut contre-balancee par l'ol)eissance d'une Merge. II dil ailleurs : De meme qu'en desobe'issant, Eve devint unc cause de mort pour elle el pour tout le genre bumain, ainsi en obeissant el en mcttant au monclc niomme predestine, tout en demeurant vierge, Marie devint (1> Tryphon.. H)0. (2} Rcsurr. C'arn., IT. — 403 — une cause du salut, non-seulement pour elle, mais encore pour tout le genre humain... Le noeud forme par la desobeis- sance d'Eve , fut delie par Fobeissance de Marie , car ce qui avait ete lie par Fincredulite d'Eve fut delie par la foi de Marie (i). » Telle est la doctrine qui fut recue dans FEglise apres le concile de JVicee. L'histoire du troisieme siecle nous fournit tin exemple bien connu de Intervention de la sainte Vierge, remarquable par les noms des deux saints qui furcnt, Fun Foccasion, et Fautre Fhistorien de cette intervention. Saint Gregoire de Nysse, ne en Cappadoce, dans le quatrieme siecle, rapporte que dans le siecle precedent, son homonyme, Feveque de Neocesaree, surnomme le Thaumaturge, recut dans une vision, tres-peu de temps avant d'etre appele a la pretrise, un symbole qui existe encore, des mains de la sainte Vierge . assistee de saint Jean, qui le lui communiqua. Voici comment le fait est raconte. Saint Gregoire le Thaumaturge examinait avec une attention profonde la doe- trine theologique que les heretiques de Fepoque travaillaient a corrompre : « II passait la nuit a mediter, dit son homonyme de Nysse , quand un etre lui apparut qui semblait avoir une forme humaine; il paraissait age, et portait des vetements qui lui donnaient un air de saintete ; son maintien gracieux et Fen- semble de sa tenue avaient quelque chose de venerable. Etonne a cette vue, saint Gregoire sortit promptement de son lit, lui demanda qui il etait, et pourquoi il venait ; mais ce personnage, calmant d'une voix douce le trouble de son ame, lui dit qiril lui apparaissait par ordre de Dieu au sujet de ses doutes, aliu de lui reveler la verite de la foi orthodoxe; a ces mots saint Gregoire prit courage et le regarda avec un melange de crainte et de joie. Le personnage etendit la main en avant, et montra du doigt quelque chose qui etait de cote; saint Gregoire suivit la main dc ses regards, et vit en face de la premiere personnc. uneseconde apparition, sous la forme d'une femme, qui avait quelque chose de plus qu'humain Ses yeux ne purent (1) Haer. iii, 22, § 4, v. 19. — 404 — hientot plus supporter lY'dat de cede apparition ; il cntcndit alors les deux personnages converse!* sur 1'objct de scs doutes. II ac(juit ainsi non-seulement uno conOfiifiSfence exacte dc la foi, nmis il apprit aussi (jui etaient los deux interlocud-urs , car ils s'adrcssaicnt 1'un a lY.ulrcen s'appelant par leur noni. On rap- porte (jue saint Grcgnire entendit la pcrsonne ([iii avail 1'appa- renee d'une leinnie ordonner a saint Jain /'/>r///f/e//sfc dc (ieeoinrir au jenne liomnic le myslcre dc sainted'1. Celui-ci, apres avoir rcpnndu otre Seigneur. » cnonca line for- mule de foi nette et complete : puis la vision disparut. Saint Gregoire, de son cod'1, mil aiissitot par ecrit cet enseigneinent des nic»ai;rrs tli\ins, s'y conibrma a 1'avenir dans ses predica tions, et legna a la posterite, eonnne un heritage, eel enseigne- inent di\in par leqnel son penple a ele instruit jusqn'a ce jour, et preserve de toute atteinle de lliereVie. » L'historien continue a faire connaitre le symbole revele a saint Gregoire. « II y a un sc-nl Dieu, pere du \ erbe >ivant,»etc. (i)... Bull, apres 1'avoir cite dans son ouvrage sur la foi de iNieee, fait allusion a cette histoire de son origine, et ajoutc : « Personnc ne croira impos sible qifunc pareille fortune ait pu arriver a un homme dont toute la vie est rcmarquable par des revelations et des miracles, ainsi que tons les ecrivains eeelesiastiques qui ont parle de lui (et qui n'eu a pas parle?) 1'attestent d'une voix unanime (2). » II est remanjuable (jue saint Gregoire de Nazianzc rapporte un exemple de lintereession de la sainte Merge, plus frappant encore (jue celui-ci, et du nieme temps que la vision de Gre goire le Thaumaturge. : mais le recit de ce fait est accompagne de meprises qui allaiblissent sa force comme preuve de la croyanee, non pas du qualrieme siecle on \i\ait saint Gregoire le Thaumaturge, mais du troisieme. 11 parle d'une femme cliretienne qui avail eu recours a la protection de la sainte Vierge, et avail obtenu la conversion d'un pa'icn qui avail (1) Nyss . Opp., 1. ii, p. 977. Def F, N., ii, 12. — 405 — cssaye de 1'infiuencer par Tart de la magie. Tous les deux furent martyrises. Dans ces deux examples, la bienheureuse vierge Marie nous apparait particulicrement avec le caracterc de Patronne ou de Consolatrice, que saint Irenee et les autres Peres lui attribuent, et sous lequel FEglise du moyen age nous la montre. — C'est une mere pleine d'amour qui est invoquee par ses enfants. § 5. Specimens de Science Theologique. On observera que dans tout ce que nous avons cite jusqu'ici de FEglise anteniceenne, il n'existe pas de preuve qu;il y cut alors une theologie , e'est-a-dire une suite de propositions deduites les unes cles autres, et dont on avait forme un systeme de doctrines. Quoique la serie des verites divines partit de Fin- carnation et de la Resurrection pour arriver an merite du Martyre, a la saintete des Reliques, a Intercession des Saints, a Fexcellence de la Virginite, et aux prerogatives de la Sainte Vierge, il n'y avait cependant pas de preuve bien elaire, que ceux qui enseignaient ces doctrines entendissent etablir entre elles une connexite rigoureuse. Ainsi, je ne connais aucun passage ou le culte religieux des reliques soil lie d'une maniere precise a la doctrine de la Resurrection , qui lui sert indubita- blement de point de depart. Cela pent faire naitre une objec tion. On pent dire que, dans une intention particuliere, nous lions ensemble certaines opinions ou certaines pratiques, qui, bien que melees a d'autres dans la primitive Eglise, ne se trouvent ensemble qu'accidentellcment et sans qu'il existe de liaison entre elles. On peut pretendre en outre , qu'il y a dans les documents ou Fhistoire de cette epoque, beaucoup de choses qui ont une portee contraire; que les Peres parient aussi centre les idoles, et contre ('invocation des anges; que quelques-uns d'entre eux ont avance des propositions qui sentent 1'heresie ou la philosophic pa'ienne j et qu'en les reunissant toutes , nous — 400 — pourrions former contro Irs doctrines eatholiques tin encbainc- nient do tcmoignages aussi iinposant quo cclui invoque en leur faveur. Mais c'est mal comprendre la portee de notrc argument, qui ne se. propose que de determiner si ceriains de" veloppements , qui se h'rent par la suite et qui existent, ne trouvent pas, dans temps primitifs, un appui Miilisaiit pour qu'il nous soil permis de declarer qu'ils sont de vrais developpcments et non dcs corruptions. Quand on pourra invoqucr des developpe- inenls existunls ([iii leur sont opposes, et qu'il s'agira de savoir s'ils sont aussi de vrais de*veloppement8 ou dcs corruptions, alors il sera temps, alors il sera juste de tenir compte des exemplcs conlrndicloires qui apparailront. De [)lus, s'il ne s'agit que d'une h\potliese (jni n'a jamais etc realisee, et a laquelle on ait recours pour expliquor d'une maniere plus logique quo us le fail le symbole eatholique, toule la masse des tenmignages qui precedent le concile de .Niece, (vitc Inpothesc aura son poids, quoiqu'elic ne repose sur aucun document liistorique. Mais ce n'est pas la le cas. Des expressions heterodoxcs re- eueillies ca et la, a 1'usage des Sabelliens ou des Lnitairicns, ou qui passcrent plus lard au\ Ariens ou aux Platoniciens, des arguments ad homiin'tn, des assertions de controverse, des omissions de pratique, le silence dans I'enseignemcnt public, et autres choses semblables, les seules que Ton puisse alleguer, ne formeront pas un s>steme. lilies sont, pour me scrvir d'une expression familiere , « une corde faite avec du sable, » et non un enchainement de temoignages; cbacune d'elles se soutient par die-memo, et a une independence qui exclut toute chance dissimilation ou de rennion. J)'un autre cote, les anticipations catboliques dont nous avons donne des exemplcs font partie d'un tout ; dies ont des attractions innecs les unes pour les aulros, et IVvenemcnt a prouve que ces attractions sont reelles. Ainsi, ce n'est j>as un parndoxe de dire, lors memes qu'ellcssc trouvoraient en plus petit nombre que cellcs qui leur sont opposees, qu'elles serjiient la regie, et que le grand nombre formerait {'exception; car die ont un principc d'bomogeneite — 407 — ot fcndcnt a etre quclque chose; tanclis que les autres doivent etre simplement des accidents et des erreurs, parce qu'clles n'ont pas de sens, et n'aboutissent a rien. Gependant il y a en realite line preuve evidcnte de la forma tion , des le commencement, d'une theologie dans le Christia- nisme , theologie fondee sur les vues memes du rapport de la Matiere a la Dispensation Evangelique, que nous avons mis plus haut en lumiere , quoique cette theologie ne s'etcndit pas , dans les premiers siecles, a tous les developpements qui ont deja ete signales sous leur aspect populaire et religieux. Pour montrer ceci clairement, je citerai un article qui a paru dans une Revue il y a quelques annees (i) sur les epitres de saint Ignace. «Des controversistes s'imaginent, y est-il observe, que, quoiqu'ils n'aient jamais lu ni saint Clement, ni saint Ignace, ni aucun autrc Pere avant cux, il sont tout aussi en etat d;in- terpreter les mots ^Toupyta ou npo^opx que s'ils connaissaient Lien ces Peres ct les autres. Combien ils jugent differcmment dans les autres sujets ! Qui n'admettra , le cas de la theologie excepte. que F experience ne soit une condition importante pour faire comprendre la distinction des choses , ou pour decouvrir leur force et leur tendance? En politique, Fhomme d'Etat qui a de la sagacite louche a un evenemcnt , insigniflant en appa- rence , ou dont on n'avoue pas Timportance ; il s'empresse de declarer qu'on ne doit pas le regarder comme une petite affaire, et on le croit. Pourquoi? Parce qu'on sait qu'il est instruit dans le langage de I'liistoire politique, et qu'il est verse dans les evenemcnts du monde. De meme, celui qui fait de 1'anatomie comparee trouve un petit os, et, a sa vue, il decide sans hesiter la forme , les mceurs et Fage de 1'animal auquel cet os a appar- tenu. Que dirions-nous a 1'auditeur ignorant qui contesterait Fexactitude de son assertion, et voudrait argumenter centre lui? Cependant, n'est-ce pas precisement ce que font les demi- savants, ou moins encore que des demi-savants en theologie? Quand des personnes qui ont consacre leur temps a 1'etude des (1) British Critic, Janvier 1839, p. 57-71. — 408 — Peres reconnaisscnt line doctrine catholiquc dans line phrase ou un mot de s;iint Clement ou de saint Ignace, ces controvcr- sistes objectrnt que le rapport cut re la phrase et la doctrine nV.st pas clair pour nix, et nc veulent accorder au jugement du theologien experimente rien de plus qn'a eelui d'un honime ordinaire. On encore, il ivest assurement pas ]>esoin tie prouver d'une maniere I'onnelle (jne la sympathic et la meme tournure d'esprit contribuenl a rendre capable de penetrcr la pensee d'un remain. Ses expressions el le ion de son style, qni ne sont rien pour lei homine , dironl beaucoup a tel autre ; Tun passcra dessus sans y faire atteniiim; 1'autre s'y arretera, et ne les ouhliera jamais. Voila la difference qu'il y a cntre lire ce Pere des temps apostolitjuea avec ou sans la connaissancc dulangage theologique. :> Apres avoir cite dim'1 rents passages de saint Ignace, Fecrivain continue : «I1 y a dans ces extraits un grand nomhre depressions remarquablcs que celui qui etudie la theologie catholique re- connaitra seul? et tout de suite, commc appartenant a cette theologie, et comme ayant un rapport particulier anx heresies qui en sont les corruptions. II comprendra des phrases et des mOtS COmme yiwirros xou aysvwjros, — gv Prenons un autre excmplo : saint Ignacc parle de ceu\ qui Masphement Jesus-Christ en ne coufcxsunt jia* qu'il s'cst fan clmir (yxpxoftpov). Ce mot a un caractere dogmatique qui ressorl a la premiere lecture de ec passage, et 11 fut employe d'unc maniere notoire avcc Ic meme sens, dans les controversy qui enrent lieu par la suite. Saint ("lenient d'Alexandric, saint Atlianase, et les cmpereurs >'aloutiuieu, Valcns et Graticn, dans lours confessions, Pemptoyerent avec la memo significa tion. On s'cn scrvit ojjalomout dans les contro verses contre les Apollinaristefl ct les Ncstoriens; les calholiques 1'employerenj juissi contre Nestorius, qui affirmait que Notre Seigneur n'etai pas 6*1; axpxotfopos, mais av0^w^o« 6-o?6oos ; enfin les Apollinaristcs s'en servirent dans le meme sens en vue d'imputer aux eatho- liques une croyance qui etait roolloment cello de iVestorius. » De plus , iNestorius soutenant , apres les Cerinthiens et autres Gnostiqucs primitifs , quo le Fils de Dieti etait distinct de Jesus-Christ, en taut qu'hommc, comme si Jesus-Christ avail une existence ou une pecsonnalite separee , les catho- liques , entr'autres arguments conelusifs contre 1'herosie , se servirent de cette phrase : que Dieu est ne el a sovffert aur la t-ro'u-j et que la bienheurcuse Vierge cst 0£OT6xc5, la Merc de />/>//. D'un autrc cote, nous avons a pcine besoin de dire que de telles phrases, au jugement de la religion de notre temps, sont considerees a la • fois comme incorrectes et malseantes. — 411 — Nous n'avons pas a faire ici 1'histoire dc la controverse , et a inontrcr Inexactitude et la necessite de ccs expressions. La der- niere se trouve dans Origene ; ct de plus , ce Pere se livre a des recherches pour decouvrir sa signification reelle , circonstance reraarquable qui montre que, a cette epoque, ce mot etait usite; car nous ne faisons pas de recherches sur ce que nous avons invente. Saint Alexandre, saint Gregoirc de JVazianze, saint Athanase , et , ainsi que plusieurs auteurs le pcnsent , saint Denys, s'en sont servis. Quant a la premiere phrase, saint Irenee parle de la Descensio in Mariam de Notre Seigneur; Tertullien , de sa venue in mdcam de vulva carncm participa- turus; ou des Dei passiones, Dei interemptores. Saint Athanase parle du laquelle saint Ignacc a cent ses Epitres. » Nous n'avons qu'a ajoutcr, toucliant une phrase qui est prcsquc au commencement de ee dernier extrait, quc quoiquc Ton trouvc dans saint Ignace certaines doctrines catholiques , « non pas a lour e'tat de gcrmc, a lour aurore doutense , dans leurs tendances, dans leur enseignement implicite, dans leur esprit, dans leurs prenotions , mais dans une forme precise, complete et dogmatiqtie, » ccpondant ses Epilres nous offrent aussi d'autrcs doctrines qui sont lout au plus a leur e'tat rudi- mcntairc, telles, par exemple, que la doctrine de la saihte Trinite, colic du peche originel ou de la regenoraiion baptis- male , commc nous 1'avons exprcssement enonce dans tin des passages ci-dcssus. Nous aurions pu faire mention, dans ce que nous aurons a dire en traitant de la prochainc marque de distinction entre un devcloppement vrai ou faux, de 1'aptitude, si je puis 1'appeler ainsi , du texte dcs Epitres de saint Ignace au travail d'un de- veloppement subsequent, aptitude qui est aussi des plus frap- pantes dans les e'crits d'aulrcs Peres , tcls que saint Athanase et saint Auguslin; mais il nous semble plus naturel de 1'avoir fait ici. Voila done des preuves que ces developpcments de doctrines , qui fircnt plus tard partie du Symbolc de TEglise , existaicnt dans les premiers temps du Chrislianisme, soil dans la pense'e de certains bommes, soil dans la croyance populairej CHAPITRE HUITIEME. SEGTIOIS PREMIERE. APPLICATION DE LA CINQC1EME MARQUE DE FIDELITY DANS UN DEVELOPPEMEM1. Dans le premier chapitre de cet Essai , nous avoas designe la Suite Logique comme line quatrieme marque de fidelite dans un developpement, et maintenant nous allons la mettre en lumiere d'une maniere succincte par 1'histoire de la doctrine ehretienne; c'est-a-dire, que je veux donner des examples d'une doctrine conduisant a une autre, de telle sorte que si Ton admet la premiere., on puisse difficilement nier la seconde, et qu'on soil dans Fimpossibilite d'appeler la seconde unc corrup tion sans que cette imputation rejaillisse sur la premiere. J'em- ploie les mots « suite logique » par opposition a ce travail d'incorporation et d'assimilation que nous avons dernierement passe en revue pour indiquer un developpement interieur de doctrine et de pratique par voie de raisonnement. En conse quence, la Suite logique comprendra touts marche de la pensee qui va d'un jugement a un autre, comme, par exemple, par voie de convenance morale, dont les premisses et la conclusion ne peuventadmettrel'analyse. Ainsi, dansl'exemple de Corneille et de ses amis, saint Pierre dit : « Quelqu'un peut-il refuser de Teau pour empecher de baptiser ceux qui ont re^u le Saint- Esprit aussi bien que nous? >» — 416 — § 1- Developpenicnts qui naissent dela question de la divinitc de Notre Seigneur. II nVst personnc, si pen qiron nit etudie Ics ouvragcs theolo- giques de la primitive Kijise, c a\ee Mo'isc au milieu du buisson ardent, comnie ayant apparu a Josue a\ant la chute de Jericho (i); il en parle comme d'un ministre ct d'unange, ct commc numeriquement distinct du Pere. De son cote, saint Clement parle du Verbe (*) eonime de « 1'instrument de Dieu , » comme de eelui « qui i approcbe le plus de 1 Etre-Supr^me,>» commc «du ministre dc la volonte du Pere tout -puissant (s),» comme « d'unc cnergie . pour ainsi dire, ou d'unc operation du Pere (4) , » cU etabli comnie 1'autcur dc tout hien par la volonte du Pere tout-puis sant. • Le concile d'Antioche, qui condamna Paul dc Samosate, dit que> le Fils apparut aux Patriarches, ct conversa avcc eux; que quelquefois il est atteste qu'il cst ange, d'autrcs fois Sei gneur, et d'autrcs fois encore Dieu; » quc tandis qu'il « e>t impic de penser cjue le Dieu de 1'univers soil appcle un ange, le Fils est range du Pere (»). » Toutefois les preuves formelles ne sont pas necssairesj si le fait n'eut pas etc tel que jc 1 ai elal)H, Sandius n'aurait pas attaque les Peres posterieurs au eoneile de Niece, et Bull n'aurait pas eu a defcndre ceux qui I'ont precede. \ oici Tun dcs principaux changcments qui curent lieu avec (1) Kaye's Justin, p. 59, etc. (2) Kaye's Clement, p. 335. (3) Ibid., p. 341. (4) Ibid., p. 342. (5) Reliq. Sacr.,t.ii, p. 469,470. — 4-17 — le temps : Les Peres anterieurs au concile de Nicee, comme OH le voit dans quelques-uns des extraits qui precedent, parlent des visions d'anges que Ton trouve dans FAneien Testament . comme etant des apparitions du Fils de Dieu ; mais saint Au- gustin introduisit la doctrine explicite reeue depuis son epoque, quc c'cst par Fintermediaire des anges quc le Fils, qui est present partout, se manifeste aux hommes. C'etait la la seule interpretation que Ton put donner de ce que disent les Peres d'avant le concile de Nicee , des que la raison commenea a exa miner la pensee qu'ils avaient voulu rendre. Us n'avaient pu vouloir dire qu'il etait reellement possible de voir le Dieu eternel avec les yeux du corps ; or si Ton avail vu quelque chose, ce ne pouvail etre que quelque gloire creee, ou quelqu'autre emblems sous Icquel il plaisait au Tres-IIatit de manifester sa presence. Ce que Ton avait entendu etait un bruit aussi cxlerieur a son essence et aussi distinct dc sa nature, quc les coups de tonnerre oule son de la trompette qui retentissaient autour du niontSina'i. Jusqu'a saint Augustin, on ne discuta pas sur ce que pouvaient etre ces visions • la question et la reponse etaient restees sans etre dcveloppees. Les premiers Peres avaient parle comme s'il nV avait pas eu de medium interpose entre le Createur et la creature, et ils scmblaient faire ainsi du Fils eternel le medium; mais sans avoir determine ce que e'etait reellement. Saint Au gustin pensa , et son opinion fut recue dans la suite ; que ce n'etait pas un simple pbenomene atmospherique , ou une impression faite sur les sens , mais la forme mater'elle particu- liere aux anges pour manifcster leur presence , ou bien Fappa- rition d'un ange sous la forme matericlle dont les esprils bienheureux se revelent pour se montrer aux hommes. Par suite de cette explication, Fange du buisson ardent, la voix qui parla a Abraham, et Fhomme qui lutta contre Jacob, ne furent plus regardes comme le Fils de Dieu, mais comme des anges dont il avait employe le ministere, et au moyen desquels il avait manifeste sa presence et sa volontc. Ainsi la controverse aveage CD lui-nieme , connne occupant- cettc place tout a fait subordonucc. (ju'il a\ait cue anlrel'ois dans la pens des ebretien-. mais connne line char. -umec, par cclui (jui , qiloique (fevenu bonnne pour la rcmplir, ctait ncanmoins lou- jours demcure Dieu. Les d ks aUributs qui a\aient i'l'- jus(pjcs-lu rapporlcs a^'Kcoiioniiu oil a la qualile de Fils de Dicu, furciit simplemenl allrihuc's a son liuinanitc. Au fur ct a incsure (ju'a\anra la conlro\cr>c. il sc inaiiii'csta uuc tendance a ronteinpler \ulre Seigneur dans Btt perfections absolucs, plulot i, taudis que leS\in!)olc de \icee parle du •; Perc Tout-PuissftOt, • de -«Mi Filx unique, Notre Seigneur, Dieu dc Dieu , Lnniiere de Jjiniierc', vrai Dieu de vrai Dicu, • ct du iiut-Ksprit, • le Seigneur qui domiii la vie, » le S\ml)ole de saint Albanase nous dit tjue ^ le Pere est cternel, le Fils elernel, «!t le Saiut-Kspril c'terncl, ;• (jiie « 1'un n'a pas c\i>u'' a\aul ou apres 1'autre, ct n'e>l ni j»lus in moiiis t-i'and (jue I'autre. » Les conH-o\< raes eon! in; les Apollinaristes ct contre les Mono- pbysites, (jni enrenl lieu dans le conrs dn sieele sui\aut, ten- ions eurent pour efl'et immcdiat de lain: appliquer a son Imnianite des textes (jue Ton avail pins commiiiicinenl allribucs jus(jiie-la a sa tjuaiilc de Fils de, Dieu. Ainsi , par cxcmple, ces paroles, « moil Pere est plus '^rand (jue moi , • qui a\aient etc appliquees, ineme par saint Atbanase , a .Noire Seigneur connne Dieu , i'ureiit pins cnminu- nemeni applique^ea a M>,I humauilc par les ecrivains posterieurs; • •t, de relic inauicre, la do( trine de sa subordination au Pere eternel , (jni apparait d'nne maniere si pro^minente dans la theologie d'avant le concile de Meee, loniba , pour ainsi dire. — 419 — dans 1'ombrc, en comparaison dc ce qu'elle avait e'te au- paravant. On decouvre un resultat remarquable qui coincide avec ecs changcmeuts. La maniere dc traitor les erreurs des Arions et des Monophysites, ayant cc meme earactere, conduisit nalurel- lemcnt au cults des Saints; car on fit place aux mediateurs (Tees dans la proportion ou Ton cessa d'appliquer a Notre Sei- gneur Ics paroles qui designent line mediation do creature. De plus, en ce qui regardc les visions d'anges, si. comme 1'explique saint Augustin, ces apparitions etaient des creatures, ces crea tures recurent certainement des Patriarehes un culte qui, a la ve'rite , ne s'adressait pas a elles-memes , mais a celui qui ettiit au dessus d'elles, et dont clles tenaient la place. Lors done que ••• .Moise se cacha le visage parce qiril etait effraye de regarder Dieu, »il se cacha le visage dcvant une creature; quand Jacob (lit : < J'ai vu Dieu face a lace, et j'ai cu la vie sauvc, » c'etait le Fils de Dieu qui etait la ; mais ce que vit Jacob , ce avec quoi il lutta , etait un Ange. Quand « Josue tomba le visage centre terre, et adora le chef de 1'armce du Seigneur en lui disant : Que dit mon Seigneur a son serviteur? » ce qu'il vit et ce qu'il entcndit . si Ton pent adopter 1'explication de saint Augustin , etait une creature giorifiee et le Fils de Dieu etait en die. L'Ancien Testament fournit des precedents bicn precis qui montrent la piete d'une tclle adoration. Lorsquc « les enfants d'Israel virent la colonne de mice se tenir a la porte du taber nacle , tons se leverent et adorerent, cbacun se tenant a Tentree de sa tente (i). » Quand Daniel aussi vit « un bomrne vetu d'habits de lin, » « il nc resta plus de force » en lui , car sa « beaute se cbangea en laideur; » il tomba le visage contre terre. se mil ensuite sur ses genoux et siir ses mains, puis enfin • se releva tout tremblant, » et dit : « 0 Seigneur, cette vision a renouvele mes chagrins, et il ne me reste plus de force, car comment votre serviteur pourra-l-il vous parler, mon Seigneur (-2) ? » On objectera peut-etre contre cet argument ; (1) Ex., xixiii , 10. (2) Dan., x.5-17. — 420 — qu'un eulle legitimc, dans un systeme elemcntaire , pent ei illegitime quand »> la grace ot la \erite nous sont venues par Jesus-Christ. » Mais assurement on pent repondre acela, quo co systeme elemcntaire ctait i'orlement oppose a 1'idolatrie, ct s'etait montre on ne pent |)lus ombrageux de tout re qui pouvait f*n approelier ou la lavoriser. De plus, la preeminence donnee dans le Pentateuqtie a la doctrine d'un Crealeur et la reserve comparative avee laqucllc ee livre parle de la creation des anges. niises en regard de la place apparcntc donnee, dans les der- niers Prophctes, a la creation des Angcs, sont, rigoureuscment parlant, line inanpie de eette jalousie ombrageuse, et de sa cessation dans la suite des temps. On ne peut rien conclure du blame de saint Paul eontre le culte des anges, puisque le peehe qu'il signalc etait « de ne pas tenir an culte de Dieu, » ct d'adorcr coinme source de tout bien les creatures a la place du Createur. La incme explication s'applique aux passages semblables a ceux-ei (jiie Ton trouve dans saint Athunase et Tbeodoret, et qui r^prouvenl le culte des anges. La conlroverse contrc les \riens avail conduit a un autre de- veloppcment, qui confinnait, par anticipation, le culte auquel visait la doctrine de saint Augustin. En repondant a 1'objection laite eontre la divinite de Notre Seigneur, d'apres des textes ou il est parle de son exaltation, saint Atbanasc est conduit a in- sister longueinent sur les a\ antages que I'homme en a retire II dit qu'en ye" rile ce n'est pas Jesus-Cbrisl, mais celle nature bumaine qu'il a prise, qui a etc clevce et iiloridee en lui. Plus 1'argumcnt que les heretiques liraient de ces textes centre sa divinite paraissait plausible, et plus saint Albanasc, en expli- quanl ees textes , mettait d'empbase a inontrcr 1'exaltation de noire nature rc^Mieree. Mais 1'union entre Jesus-Christ et s< freres doil etre bien inlime, et la gloire de ces derniers doit etie bien grande, si le laiiiiage qui semblail apparlenir au Verbc incarne s'appliquail reellemenl aux bonimcs. Ainsi , sous la pression de la conlroverse , apparut et se developpa une yerite que les chreticns avaient crue, il est vrai, jusqu'alors, mais qui se trouvait a un etat moins parfait , et qui n'etait pas reconnuf — 421 — publiquement. La sanctification , ou plutot la deification de la nature de Ihomme , est un ties principaux sujets de la theologie de saint Athanase. Jesus-Christ, en s'elevant, eleve avec lui ses saints au plus haut degre de la puissance j ils vivent de sa vie; Icur corps ne fait qu'un avec sa chair: ils deviennent des fils de Dieu, des rois et des dicux. II est en eux parce qu'il s'est uni a la nature humaine; et cette nature, qui a ete cleifiee en s'unissant a lui ? il la communique pour qu'elle puisse les deifler eux-memes. II est en eux par la presence de son esprit, et il se manifeste en eux. II les admet a la participation des litres d'honneur qui lui appartiennent en propre. Nous pouvons leur appliquer sans hesiter le langage le plus sacre du Psalmiste et des Prophetes. On pent dire de saint Polycarpe et de saint Martin , aussi bien que de Notre Seigneur : « Tu es le pretre eternel. » Saint Laurent a accompli ces paroles : u II repand sur les pauvres ses dons et ses liberalites. » « J?ai trouve mon sen iteur en David , » a ete dit d'abord du roi d'Israel , mais ces paroles regardent reellement Jesus-Christ, et s'appliquent ensuite par la grace a ses Vicaires sur la terre. « Je t'ai donne les nations pour heritage, »est la prerogative des papes. « Tu as accompli le desir de son cceur, » est 1'histoire d?un martyr. « Tu as aime la justice et tu as ha'i 1'iniquite , » est la louange des vierges. « De meme que Jesus-Christ mourut , dit saint Athanase , et fut exalte conime homme , de meme on dit que, comme homme, il prend ce qu'il a toujours eu comme Dieu , de maniere , a nous faire participer a un don si eleve de la grace. Car le Verbe, en recevant un corps , ne fut pas abaisse au point de chercher a obtenir une grace , mais , au contraire, il deifia plutot le corps qu'il prit , et de plus , il accorda gracieusement a la race hu- maine de la defier aussi. II etait de la gloire du Pere que Hiomme, cree par lui et dechu ensuite, fut de nouveau reha- bilite, et que, dcvenu la proie de la mort, il put etre rendu a la vie , et devenir le temple de Dieu. Car, vu que les puissances celestes , les anges et les archanges avaient toujours adore le BlBLlOTH. HIST. G° A.NNKE. I°r OLVH. 36 — 422 — Seigneur, conime ils Fadorent inaintenant sous Ic nom dc Jesus, e'e^t pour nous line bien grande l'a\eur et unc bien grande exal tation . quc le Fils do Dieu soil adore, ineine apres s'etrc fait homme, et que les puissances celestes ne soient pas surprises de voir entrer dans leur royauine uu grand nombre d'entre nous, (jui ue faisous Jqu'un corps avec Jesus-Christ (i). ;>Ce passage dit presque quc les saints glorifies partageront Fhom- mage que les anges rcndent a Jesus-Christ, le Veritable Objet de lout le culte; il nous sugurre du nioins unc raison qui nous cxplique pourquoi Faiigc refuse, dans I* Apocalypse, Fbominage de saint Jean, le theolngicn et le prophele de FKglise. Mais saint Alhanase s'exprinie d'une maniere plus explieite encore : « De ce (|ue le Seigneur, ineine apres avoir pris un corps bumain el avoir reeu le nom de Jesus, fut adore et roconnu pour etre le Fils de Dieu, et que le Pore est connu par lui, il est clair, eoinme nous Favons dit, que cc n'est pas le Verbc, considere eoinine Verbc, qui a reeu cette grace si extraordinaire, mais n Ce passagt* parait etablir bien claircment, quc ceux (•minus comme adoptes de Dieu, ses ills en Jesus-Christ, sont dignes d'un culte a cause de celui qui est en eux; doctrine qui intcrprele et explique a la fois Finvocalion des saints, le respect pour les rcliques et la veneration religieusc que Fon a cue quel- quefois menie pour des vivants, qui, etant saints, furent doues du don des miracles (3). Le culte est done une correlation ne- ressaire dc la gloire; de menie que les natures creees peuvent etre admises a partager la gloire incommunicable du Createur, ainsi clles ont part au culte qui n'eslpropremcnl du ([u'a lui seul. La controverse contre les Ariens cut, sur un autre sujct. (t) Athan. , Oral, i, 42, trad. d'Oxf. (2) Ibid. (3) Euseb., Vit. Const., iv, 28. une influence plus intime , quoiqu'elle ne fut pas immediate. Nous avons deja signale sa tendance a donner une nouvelle interpretation aux textes qui parlent de la subordination de Notre Seigneur; ceux qui etaient admis furent plus particu- lieremeni expliques comme se rapportant a son humanite plutot qu'a sa qualite de fils. Mais il y avail d'atitres textes qui n'ad- mettaient pas cette interpretation, et qui, sans cesser d'appar- tenir a Jesus-Christ, pouvaient paraitre s'appliquer plus direc- tement a une creature qu'au Createur. A la verite, il etait reellement t: la Sagesse en qui le Pere s'etait complu eternelle- ment, » et cependant, dans les circonstances ou se produisit Fheresie des Ariens , il cut etc nature! que les theologiens cher- chassent a faire a un autre qu'au Fils eternel 1'application im mediate de ces paroles. Ainsi, la controverse souleva une question qu'elle ne resolut pas. Elle decouvrit, si nous pouvons parler ainsi, dans le royaume de lumiere une nouvelle sphere, a laquelle 1'Eglise n'avait pas encore assigne ses habitants. L'Arianisme avail admis que Notre Seigneur etait a la fois le Dieu de 1'alliance evangelique et le Createur reel de 1'univers. Mais ccla meme ne pouvait suffire? parce qu'il ne reconnaissait pas Jesus-Christ comme 1'Etre Unique ? Eternel , Infini et Su preme, en soutenant qiril avail etc fait par Dieu. Ce ir etait pas assez que cette heresie proclamat que Jesus-Christ avail ete engendre d'une maniere ineffable avanl tout le monde; ce n'etait pas assez de le placer au-dessus de toutes les creatures comme le type de toutes les oauvres sorties des mains de Dieu ; ee n'etait pas assez d'en faire le Seigneur de ses saints , le Me' - dialeur enlrc Dieu el Fhomme, 1'Objel de Fadoration, 1'Image du Pere : cela ne suffisait pas , parce que ce n'etait pas tout , et qu'entre le tout et ce qui n'est pas le loul il y avail une dis tance infinie. La plus elevee des creatures est de niveau avec la plus humble en comparaison de Funique Createur lui-meme. C'est-a-dire que le concile de Nicee reconnul le principe fe'cond, que quand nous croyons et enseignons qu'un etre est une crea ture , cet etre n'est reellement pas Dieu pour nous, de quelque* litres eleves que nous Thonorions , et quels soient les horn- — 424 — mages que nous lui remlions. Arius et Aslcrius confessaient lout, si ce n'cst la toute-puissanee de Jesus-Christ ; ils accor- daient beaucoup plus a la sainte Viergc que saint Bernard ou saint Alphonsc ne 1'ont fail depuis; cependant ils consideraient Josus-dhrist commc une creature, et ils furent trouves en de- faut. Ainsi, il y cut « un prodige dans le eiel ; » on vil un trone eleve bien au-dessusde toutes les puissances creees, mediatrice et qui intercedent ; on vit un litre modele , une couronnc bril- lante commc 1'etoile du matin, une gloire emanant du trone eteniel. des vctements purs comme les cieux, un sceptre eleve au-dcssus de tous les autres. Et quelle etait I'lieritiere presomp- tivc de toute cettc majesle? quelle etait cctte Sagesse, ct qucl etait le nom de cclle dont il a ete dit : «c La .Mere du pur amour, iK' la erainte et de la sainte esperance, •> » exaltee comme un palmier dans Engaddi, et comme un rosier dans Jericho, » *. en-re des le commencement, avant le mondc, ;» dans les consi-ils deDieu, et « son pouvoir etait dans Jerusalem? » On trouve cette vision dans l? Apocalypse, qui depeint une femme ayant pour vetement le soleil, la lime sous ses pieds, et sur sa tete une couronne de douze etoiles. Ceux qui out de la devotion pour la sainte Vierge ne vont pas au dela de la vraie foi , a moins que les hlasphemateurs de son Fils n'en soient en posses sion. L'Eglise de Rome n'cst pas idolatre, a moins que 1'Aria- nisme ne soil Torthodoxie. Je ne pose pas des conclusions arrachees a la controverse , mais celles qui ont ete tiroes de premisses posees d'une manierc large et profonde. II fut done dcmontre, il fut decide qu'cxalter une creature n'elait pas reconnaitre sa divinite. Je ne parle pas des Scmi-Ariens, qui, en admettant que Notre Seigneur tirait sa substance de cclle du Pere, et en mart sa consubstantialite, prelaient reellement a 1'accusation de soutenir qu'il existait deux Dieux, car ils ne presentaient pas un parallele aux defen- seurs des prerogatives de la sainte Vierge. Mais je parle des Ariens qui ont enscigne que la substance de Notre Seigneur avail etc creee; et il est vrai de dire que saint Athanasc, en cohdamnant la theologie de ces here'tiques, vengea celle du — 425 — moyen age. Quand on voit combien les Sociniens , les Sabel- liens, les Nestoriens et autres sectaires de ce genre, abondent aujourd'hui sans qu'eux-memes le sachent , il ne faut pas s'etonner si ces homines, dont les idees sur la Divinite de Notre Seigneur ne se sont jamais elcvees assez haul pour le considerer autremcnt que comme un hommc en qui Dicu manifests sa presence d'une maniere particuliere, c'est-a-dire comme dans un saint eatholique, il ne faut pas s'etonner, disons-nous, si ces hommcs reconnaissent, dans les honneurs rendus par 1'Eglise a la sainte Vierge, les honneurs memes, et les honneurs seuls, qu'ils offrent a son Fils Eternel. J'ai dit que dans les premiers siecles , la place occupec par la sainte Vierge dans 1'eeonomie de la grace n'etait pas reconnue d'une maniere publique et canonique- il etait reserve an cin- quieme siecle de determiner ce point, comme la definition de la divinite propre de Notre Seigneur avail ete le travail du qua- irieme. Une controverse contemporaine de celles dont nous avons deja parlc, je veux dire celle centre les Nestoriens, achcva de completer le developpement dont les premieres avaient ete I'occasion, et fournit, si je puis m'exprimer ainsi , le sujet de la proposition auguste dont les Ariens avaient prepare la defini tion. Afin d'honorer Jesus-Christ, afin de defendre la veritable doctrine de 1'Incarnation, afin d'assurer Fexactitude de la foi sur rimmanite du Fils eterncl, le concile d'Ephese decida que la bienheureuse Vierge Marie est la Mere de Dieu. Ainsi, toutes les heresies de cette epoque , quoique opposees les lines aux autres, tendirent d'une maniere etonnante a Texaltation de la sainte Vierge; et FEcole d'Antioche, cette source du rationa- lisme primitif, conduisit I'Eglise a preciser d'abord la grandeur a laquelle on concoit qu'une creature puisse etre elevee, et a definir ensuite la dignite incommunicable dela sainte Vierge. Mais le sentiment spontane ou traditionnel des Chretiens avail, comme nous 1'avons vu dans le chapitre precedent, de- vance, en grande mesure , la decision formelle de I'Eglise. Ainsi, le litre de Theotocos ou de Mere de Dieu , etait fami- lier aux Chretiens des les premiers temps, et il est employe, — 426 — entr'autres ecrivains, parOrigene, Eusebe, saint Alexandi saint Athanase, saint Ambroise, saint (iregoire do Nazianzc saint Gregoire do Nysse ct saint Nil. Saint Epiphane, Didymc et autres encore l'a\aient appelee Toujours-Viergc ; plusieurs avaient dit qu'elle est « la Mere de tous les viumts, « comine etant I'antitype d'Eve; car, ainsi que 1'observe saint Epipham . < c'est en verite, • et non en figure, « que la Vie clle-memc est venue en ce mondc de Marie, quo Marie a pu porter des fruits de vie, et devcnir la mere des vivants (i). » « Nous avons tous pec-he, dit saint Augustin, excepte la sainte Merge Marie, dont je souhaite, pour 1'honncur de Notre Seigneur, qu'il ne soil pas du tout question quand nous traitons du peche. » «EIl-> etait seule, et elle opera le salut du monde, « dit saint Ambroise. en faisant allusion a la maniere dont elle concut le Redemp- teur. Suivant ce meme Pere, elle a etc figuree par cctte colonne de nuee qui guida les Israelites dans le desert, et elle recut line si grande grace, que non-seulernent elle cut elle-meme la vir- ginite, inais encore elle put la communiquer a ceux qu'elle visi- tait. » Elle le fut aussi par « le Uejeton de la tige de Jesse, » dit saint Jerome, et •< la Porte de TOrient, par laquelle le Grand- Pretre seul peut entrer et sortir, quoiqu'ellc soil toujours 1'inee ; > — par la feinnie sage , dit saint Nil, qui « a vetu tous les croyants de In toison de FAgneau a qui elle a donne neti - nee, avec la robe d'incorrupti!)ilite, ct les a delivres de lei:: nuditc invisible; » — ^ par la Mere de la Vie, dc la beaule et de la mojeste, 1'Etoilc du matin, » suivant Antiocbusj par « les nouveaux cieux mystiques. » Elle fut encore figuree par < les cieux qui portent la Divinite, » par « le vin fecond qui nous a fait passer de la mort a la vie, » suivant saint Ephrom : — enfin, suivant saint Maxime, par « la manne delicate, ecla- tante, douce et vierge, qui, quoique venue du ciel, u repnndu sur tous les membres des Eglises une nourriture plus agreab.V <]ue le miel. » Saint Proclus Tappelle « la coqtiilie intacte qui contient la (1) Mar. ,78, 18. — 427 — perle precieuse, » « la chasse sacree cle I'innocence, » « Tautel d'or clc 1'holoeausle, » « 1'huilc sainte de 1'onction, » « la riche boite d'albatre contenant le spicanard , » « 1'archc cloree cu dehors et en dedans, » « la gcnisse, dont les cendres, c'est-a-dire le corps que Notre Seigneur a pris d'elle, purifient ccux qui sont souilles de la tache clu peche , » « la belle epouse des Can- tiques, » « 1'appui (91*^1*.*) des croyants, » « le diademe de I'Eglise, » « 1'expression de i'orthodoxie. » Ce sont la des peri phrases oratoires, mais nous ne les employons que pour les grands sujets, et non pour les petits. Aillcurs, ce saint Fappelle encore « le seul pont de Dieu a rhommc. » Dans un autre enclroit, il va plus loin : « Parcourcz, dit-il, toute la creation dans vos pensees , et voyez s'il est rien d'egal ou de superieur a la sainte Vierge, Mere de Dicu. >• Voici en quels termes en parle aussi Tlieodote , 1'un des Peres d'Ephese, ou tout autrc quel qu'il soil, dont les Homelies furent donnees a saint Amphiloque : « En qualite de debiteurs et d'affectionnes serviteurs de Dieu , faisons autant que nous en sommes capables hommage a Dieu le ^rerbe , et a sa Mere , du don de la parole... Salut, Mere revetue de lumicre, de cettc lumicre qui ne s'eclipse jamais ; salut , Mere de saintete sans tache j salut , source limpide du fleuve de vie ! » Apres avoir parle dc 1'Incarnation, il continue : « La divine Vierge Mere nous presente toujours de tels paradoxes dans ses saintes splen- deurs; car d'elle s'echappe la Source de Vie; c'est elle qui possede ces mamellcs pleines de lait spirituel etpur; et nou> devons, meme des a present, y courir avec ardeur pour en sucer la douceur, non afin d'oublier ce qui est passe, mais de desirer ce qui est a venir. » Saint Fuigence, Pere de la meme epoque, dit : u Marie est devenue la fenetre du ciel, car c'est par elle que Dieu a repandu la vraie Lumiere sur le monde; elle est 1'echelle celeste, car c'est par elle que Dieu est descendu sur la terre — Vous qui etes vierges, venez a une Vierge 5 vous qui concevez, venez a celle qui a coneu ; vous qui etes enceintes, venez a celle qui a porle dans son sein : vous qui etes meres , venez a une Mere , — 428 — NOUS qui allaitcz. vcncz a cclle qui a allailc; vous qui etcs jeune* femines, vcncz a cellc qui cst jcunc fcinmc. » Enfin, « vous avcz trouve grace, dit saint Pierre Chrysologue, clans quclle proportion l'a\ez-vous trouvee? II avail dit plus haul, dans sa plenitude. Et vraininil, c'etaitsa plenitude, puisquc, d'unc forte ondee, cllo pom ait se repandrc sur et danstoutc la creation (i). » Teletait, au sujct de la sainte Merge, le sentiment que l^s heresies des Aricns, des Nestoricns ct des Monopliysitcs trou- verent dans 1'J^Iise, et anqtiel les decisions doctrinalcs dont elles 1'urcnt ['occasion imprimerenl line forme et une homo- gnicite qui out etc transmises dans FEglise dc sieele en siccle jusqu'a cc jour. §2. Developpements decoulant de la doctrine du Bapteme. i . II n'cst pas neeessaire de s'etcndre ici sur les hienfaits com muniques a 1'amc , dans 1'opinion de la primitive Eglise, par le ^aerement du Uaptemc. Le point a constatcr, c'est (jue le don distinctif du Bapteme etait d'eflaeer entierement les peches passes. On eroyait aussi (juc le sacrcment ne pouvait pas etre Hdministrc unc seeonde fois. De la naissait immediatement la question dc savoir comment on pouvait effacer la souillure des peelies commis apres le Bapteme. Les premiers Chretiens sentaient si vivcmcnt et si inlime- (1) Aug. de Nat. et Grat.,42. — Ambros. , Ep. i, 49, §2, in Psalm., 118; v. 3 . de Instil. Virg. , oO. — Ilieron. in Is. , xi , 1 , conlr. Pelag , ii , rt. — Nil. , Kp. i , p. 2()7. — Anlioch. ap. fyr. de Rcct. Fid., p. 49. — Ephr. Opp. Syr. , t. Ill, p. GOT. - - Max. Honu, 45.— Prod. Orat. , vi. p. ^5-228, p. GO, 1T9. 180, edit. 1G30. — Theodot. ap. Amphiloch. , p. 39, etc. — Fulgent. , Serm. 3, p. 125. — Chrys., Serm. 142. On peut ajouler un passage frappant tire d un autre sermon du dernier auteur sur ces paroles : « Elle pesa dans son esprit quelle maniere de saluer, etc. » « Quanlus sit Deus satis ignorat ille, qui hujus Virginis mentcm non stupet, animum non miralur. Pavet ccelurn , tremunl Angeli , crealura nonsuslinet , natura non suflkit; et una puella sic Ik'um in sui pecloris capit , recipit , obleclat hospitio , ut pacem terris , calis ploriani, salutem perdilis, vitam inorluis , terrenis cum coelestibus parcn- lelam, ipsius Dei cum carne commercium . pro ipsa domus cxigat pension*1 . pro ipsius uteri mercede conquiret, etc. » Serin 140. — 429 — ment combien cette question touchaitachacun, qu'ils differaient de recevoir le Bapteme comme on differe aujourd'hui de rece- voir la sainte Eucharistie. Ilest certainement difficile pour nous, aujourd'hui, de penetrer Fensemble des motifs qui determi- naicnt ce delai. Independamment du sentiment des avantages que procurait le privilege du Bapteme, il y avail d'autres raisons qui le faisaient differer; ainsi, par exemple, la repu gnance de se soumcttre a une regie de vie, et la crainte de la rcsponsabilite que Ton s'imposait par le Bapteme. C'etait au point que la necessite du Bapteme des enfants, qui, fort heu- reusement, est rcgardee aujourd'hui comme line regie fonda- mentale du devoir des Chretiens, etait appreciee avec moins d'cxactitudedans la primitive Eglise. Auquatriemesiecle meme, saint Gregoire de Nazianze, saint Basile et saint Augustin y qui avaicnt des meres chretiennes, ne furent pas baptises avant d'etre adultes. Saint Gregoire fut consacre a Dieu par sa mere immcdiatcment apres sa naissance; il le fut de nouveau apres avoir atteint Fage de raison , par la ceremonie qui consistait a prendre les livres sacres dans ses mains comme moyen de consecration. II cut de picuses dispositions des sa jeunesse, et s'etait voue au celibat. Cependant son Bapteme n'eut lieu qu'apres qu'il eut frequente les ecoles de Cesaree, de Palestine, d'Alexandrie, et qu'il se fut mis en route pour Athenes. S'etant embarque durant les vents de novembre, il fut en danger de perir pendant vingt jours. II se presenta pour recevoir le Bap- terae aussitot apres son debarquement. Saint Basile etait fils de confesseurs de la foi, du cote patcrnel ct du cote maternel. Sa grand'mere Macrine, qui Feleva, avail vecu pendant sept ans avec son mari dans les forcts de Pont, durant la persecution de 1'empcreur Dece. On disait que son pere avail fait des miracles. Sa mere, orpheline d'une grande beaute, se trouvant sans pro tection , fut forcce de renoncer a Tespcrance de vivre dans le celibat. Pendant son manage, elle se fit remarquer par Ic'* soins qu'elle prodiguait aux etrangers et aux pauvres, et par ses offrandes auxeglises. Le singulier bonheur d'avoir quatre de ses enfants, sur dix, mis au nombre des saints, prouve avec quel — 450 — M>in religicux elle Ics eleva. Saint Basilc fut du nombre. de pendant co ills do parents si rcliiricux no fut pas baptist' avaut d'etre arrive a 1'elat d'liomino fait, avant d'avoir aUcint, suivant 1'edileur bencdietin , sa viniit-itnioinc ct peut-ctre sa vingf- neuvieme anneo. La mere de saint Augustin, qui est elle-mcnie uno sainto. etait cbretienne (jnand son lils vint au mond- quoi Le scbisme s'etendit dans tout 1'Orient, et aboutit a faire nommer des penitenciers dans les eglises catholiques. A la fm du troisieme siecle, il existait quatre degres de peni tences , par lesquels les pecheurs devaient passer pour obtenir leur reconciliation. La longueur et la severite de la penitence varierent selon les temps et les lieux. Quelquefois , dans le cas de graves offenses, elle durait, comme nous Tavons vu, pendant toute la vie, et jusqu'a la mort, sans que les pecheurs obtinssent de reconcilia- (1) Gieseler, Text-book , vol. i, p. 108. 12) Ibid. , p. 164. (3)Socrat., Histor., i, 10. lion; d'autres ibis, elle so terainait settlement par le Viatique, el si Ics coupables vcnaient a guerir apres lour reconciliation, ils etaient encore soumis a lour penitence ordinaire durant toute lour vie ou pom- un certain temps. D'autres fois elle durait dix, quinzc ou vingt ans. Mais , dans tous les cas , les cheques eurent, des le oommoncement , le pouvoir d'abreger la peni tence, de changer la nature et la qualite do la peine. Ainsi, dans 1'exemple de I'empereur Theodose, quo saint Ambroise retraneha do la communion a cause du massacre commis a Thessalonique, u cortformement aux regies les plus douces de la discipline eeclcsiastique qui etaient on vigucur dans le qua- trieme siecle, le crime d'homicide, dit Gibbon, elait expie par une penitence de vingt ans ; mais comme il etait impossible , dans le cours de la vie humaine, d'efl'accr le crime multiple d'un massacre..., le meurtrier cut etc cxclu de la sainte com munion jusqu'a I'heure de la mort. » Get historien dit ensuite quo redification publique resultant de riiumiliation d'un peni tent si illustre ful une raison pour abrcgcr la j)eine. «t U sufTit que Temporcur des Remains , depouille des insignes du pou voir, se montrat dans la triste attitude d'un suppliant, et qu'au milieu de 1'oglise de Milan il sollicitat humblcment, avcc soupirs et avec larmes, le pardon de ses peches. » Sa penitence fut reduite a un intervalle d'environ huit mois. De la vint la phrase : « Pwnitentia Ivyitiiha, plena vt jusla, =• qui signilic une peni- tonce sufiisanle , peut-etre par la longueur du temps, peut-etre pour la nature de la peine. 2. Ici une question serieuse se prosentait d'elle-meme a 1 'es prit du chretioii, et il lallait la resoudre : — ces peines etaierit- elles simplement des signet- do contrition, ou, de quelque facon, des satisl'actions pour le pcche? Dans le premier cas, 1'Eglise, scion sa discretion , pouvait absolument en faire la remise aussitot qu'elle apercevait que le repentir etait veritable. La fin etant une fois attcintc, il ne fallait rien de plus. Ainsi parle saint Jean Chrysostome dans une de ses homelies (i) : « Je ne dcmande pas la duree du temps, mais la correction de Fame; (l)Hotnel. 14, in 2 Cor. fin. — 455 — montrez-vous contrits , montrez-vous corriges, ct tout cst fini. > Cependant, qiioiqu'il put y avoir une raison momentanee pour abreger la penitence imposee par 1'Eglise , cela ne decidait pas du tout la question de savoir si cette penitence ecclesiastique ne faisait pas partie d'une expiation due an Juge tout-puissant pour le pe^he ; et, en supposant qu'il en soit reellement ainsi , une nouvelle question se presente : comment obtenir le comple ment de cette satisfaction que 1'Eglise a suspendue sur de justes raisons de convenances temporelles? Quant a ce dernier point , on ne pent douter que les Peres aient considere la penitence, non pas comme une simple ex pression de repentir, mais comme un acte fait directement pour Dieu, et comme un moyen de detourner sa colere. « Si le / V pecheur ne s'epargne pas lui-meme, il sera epargne de Dieu, » dit I'ecrivain connu sous le nom de saint Ambroise. « Que le pecheur se couche sur la toile grossiere, dit saint Jerome, et que par 1'austerite de sa vie il s'amende pour 1'offense de scs plaisirs passes. » «De meme que nous avons grandement peche, dit saint Cyprien, pleurons avec abondarice; car une blessure profonde exige des soins longs et actifs, et le repentir ne doit pas etre moindre que 1'offense. » « Ayez soin, dit saint Basile, de tirer du remede une reparation proportionate a la faute (i). « S'il en est ainsi , une autre question decoule de ce que nous avons dit plus haut. Si par suite demort, ou de 1'exercice du pouvoir discretionnaire de 1'Eglise , la pcenitentia plena n'a pas ete accomplie selon la forme de la discipline ecclesiastique , comment et quand s'acquittera-t-on du restant? Suivant 1'eveque Kaye, saint Clement d'AlexandrJe repond d'une maniere bien precise a cette question., quoiquc sur quel- ques autres points il ne s'exprime pas d'une maniere conforme a la doctrine qui fut recue plus tard. « Saint Clement, dit cet auteur, distingue entre les peches commis avant et apres le bapteme ; les premiers sont remis par le bapteme ; les autres (1) Voir Tertull., tr. d'Oxf., pp. 374, 5. BlBLIOTII. HIST. 6e ANNEE. I" OL'VR. 57 — 434 — effaces pnr la penitence La necessity dc cctte penitence purifiante e^t telle, qne si on nc 1'accomplit pas en eette vie, il faut la faire dans Tanfre ; el alors c'est par le inoyen dn feu, non par un fen destrueleiir , mai< pnr nn feu intelligent qui pcnelre 1'aine qui passe a travers (i). » li y a dans saint Cyprien , sur la question de la penitence des Chretiens qui rechutent, un passage cclebre qui semble cer- lainement exprimer la memo doctrine. "Ce saint soutient qu'il laut recevoir de nouveaju ceux qui ont succombe, quand ils sont rcpcntants, et seinble dire qu'il ne suit pas du simple fait de la readiuission dans 1'Kii'lise ([lie Ton soil absous. II ecrit a Vntonien : « Lne chose cst de sollieiter le pardon , et une autre "d'arriver a la gloire; une chose cst d'etre envoye en prison )»(M/.s-x»fw in Cfu'ccrctn) pour n?en pas sortir que le dernier denier nc soit paye, ct une autre dc recevoir la recompense le la foi et de la vcrtu ; une chose est d'etre tonnnente a cause • du peche par une longue pcine? d'etre ainsi lave et purge • lontemps par le feu (pwyari din it/nc) , et une autre d'etre purifie de tout peche par les souffranccs : href, une chose est d'attcndre la sentence du Seigneur au Jour du Jugcment, et ••line autre d'etre couronnc parLui.» Quelques auteurs pre- tendent que cc passage a rapport a la discipline penitcntiairc de 1'Kiilise qui etait imposee au pccheur; ct, en tant qu'on s'en tient au conlextc, il ne peut certaincment y avoir de sens plus exact, dependant... les mots eux-memcs semblent designer au dela d'une censure purement ceelesiastique , bien que eette derniere soit virtuellcinent divine ; surtout les expressions Hiisxum in carccron et jmrf/Hri (fin igt9t(*). » Les Actes des martyres sainte Perpetue et saintc Felicite, qui vivaicnt avant saint Cyprien, confirmcnt eette interpretation. Dans le cours de la narration , sainte Perpetue prie pour son frere Dinocrates qui etait mort a 1 age de sept ans; elle apercut, dans une vision, un endroit tenehreux, pres d'un reservoir (1) Clem., ch. 12. (2) Tracts for the Timet, n° 79, p. 96. d'eau que son frere ne pouvait atteindre . parce qu'il n'etait pas assez grand. Elle continua de prier, et vit, dans une seconde vision, 1'eau descendre jusqu'a lui ; il put boire, el se mil ensuite a jouer a la maniere des enfants. « Je connus alors, dit-elle, qu'il avail ete retire du lieu oil il subissail sa peine(i). » Les prieres de la JVIesse pour les fideles decedes , indiquent . du moins suivanl la eroyance du quatrieme siecle, la meme doctrine , c'est-a-dire que les peches des ames agreees el elues de Dieu , mais qui n'onl pas expie leurs fautes iei-bas , doivent subir un chatiment dans 1'aulre monde. Telle fut certainement la eroyance de saint Cyrille. « Je sais, observe-t-il, qu'un grand nombrc de personnes disent : quelle utilite une ame qui quid; ce monde, qu'elle soil coupable ou non? retire-t-elle , de tr qu'on se souvienl d'elle au Sacrifice de la Messe? Si , quand un roi a exile certains de ses sujets qui 1'ont offense, les amis de ees derniers faisaient une couronne et venaient I'oflrir au roi en faveur de ceux qui sont sous le poids de sa vengeance , n'ac- eorderait-il pas un adoucissement a leur peine? De meme, quand nous offrons a Dieu nos prieres pour les morts , lors meme qu'ils scraient pecheurs, nous ne faisons pas de cou ronne, mais nous offrons Jesus-Cbrist, qui s'est sacrifie pour nos peches, en implorant la misericorde de noire Dieu en meme temps pour eux et pour nous (2). » Nous voyons ainsi de quelle maniere, avec la suite des temps, la doctrine du Purgatoire fut devoilee a 1'esprit de 1'Eglise , eomme faisant partie ou offrant une forme de la penitence due pour les peches commis apres le bapteme. C'est ainsi que la eroyance en cette doctrine et la pratique du bapteme des enfants se developperent et furent recues simullanemenl. Le iravail de la pensee, donl ce developpemenl esl le resultat, est trace dans le passage suivant, qui peut convenablement etre cite iei; mais j'eprouve le besoin de dire que mes opinions dif ferent, sur certains points incidentels, de celles qui y sont (l)Ruinart, Mart., p. 96. :? Mys'.agog., p. 5, — 4,16 — < \primees. l:n point de difference important, Lien qu'il n'atten •MI lien I'minie quo nous pouvons lircr dc cello citation, c'est (juc 1'ecrivain considcre le developpement de la doctrine comine nn exeniple de 1'aclion du jugcinont prive, landis (jue je rappcllerais tin exemple de 1'espril do 1'Kglise tirant les xeriles dogmatiquefl de senliinenls implicites, sons tine direction secrete snrnalnrelle. Voici ce passage : a Clierchcr comment le Toul- Puissant traitera la masse des elm-liens, tons Irs homines qui ne soul ni tres-mauvais, ni Ircs-bon, est nn prohlcme (jue i.ou.s ne sonunes pas appcles a resondre , (ju'il est de noire sagessc, el peul-clrc do noire devoir, d'eloigner de nos pensecs. Mais lorsqu'une 1'ois ee probleme s'csl enipare de noire esjiril, nous soiinnes eoiulnits, dans 1'inleret do noire propre salut, afin do ne pas rosier dans tine daniierense seenrite stir des cas qui presentenl a nous el nous toimnenleiil, a inuiiiiner non pas les modes doul Dieti a Los toxics (}iii scmhlont avoir surtout fixe Tattontion dos proiniors chretiens, ot sur los/v7 saint, ct du fen. Cos lr\(fs. avoc los<[uols on irouvo (ju'iiu grand nombre d'aulros s'acoordont ., dojiuoronJ a lours ponsoos uno (ondanoo a <'onsid(-ror /c fi>n, quol (juo puisso o(ro lo sens do oc mot, coinin.- rinstrumont do la purilicalion, ct a lour 1'airo ponsor quo ootto oprouvo aurait lieu a uno opoquo quoloonque entre le temps prosont ot le jugeraent, ou biou an dernier juiiomont. En conse- quonoo, sans donnor pout-olro uno signification detorniinoo ou uniforme a oo (jn'ils disaionl, sans pouvoir jircciscr s'ils parlaiont lidoraleinont ou an figure, s'ils appliquaienl vagucinent oes toxtos a cotto M'C aussi hion qu'a 1'otat inlorniodiairo, ils nom- inaiont quelquel'ois lo i'ou oomnie instroment do rehabilitation pour coux qui avaiont peolie aj>ros lour baptomc. Les oircons- ranccs suivantos me font conclure quo tollo cst rorigino do la notion du foil du pnrgatoire : d'abord, los premiers Chretiens insistent iYequemmont sur los toxtes on question, et cnsuitc, ils no s'accordcnt pas sur lo sons parlioulier qu'ils lour donnem. Dos qu'ils Ics citent, cola montro (ju'ils s'appuient sur eux ; dos qu'ils variont dans 1'oxplication qu'ils on donnont, c'ost qu'ils n'avaionl pas tin sons cadiolique pour los guider. Si cos fails sont exacts, il cst bion clair quo la doctrine du feu du pnrgatoire dans lc sons qu'on lui donne, en taut qu'ello olait plus qu'uno pronotion ct qu'ollo rcposait sur dcs arguinenls, fut lo resultat du travail quo le jngement particulior lit sur le tcxte do 1'Ecri- turc, a defaut do tradition — 439 — jt La manicre dont cette doctrine, ainsi suggeree par certains textes frappants, devint populaire, se precisa et tendit vers la forme qu'elle a aujourd'hui dans 1'Eglise romaine, presents un travail qui semble nous donner la clef cle plusieurs autres developpcments. Une grande partie des livres des Psaumes , de Job, ct des Lamentations, qui expriment les sentiments d'hommes religicux dans les souffrances, recommanderaient fortement cette doctrine par la signification puissante, toti- chante et solennelle qu'ils en ont reeue. Quand une fois cette signification cut ete suggeree, toutes les autres semblerent impropres et pen exactes. »A ces textes on peut encore ajouter divers passages tires des Prophetes, ainsi, par exemple, eelui qui commence le troisieme chapitre de Malachie, et qui parle du feu comme de rinstrument dont Jesus-Christ se servira pour juger et purifier, quand il viendra visiter son Eglise. » De plus, d'autres textes d'un sens obscur et sans precision reccvaient clans cette hypothese une signification utile; telles sont ees paroles de Notre Seigneur dans son Sermon sur la Montague : En verite, je vous le dis, vous ne sortirez pas de ce lien que vous n'ayez paye jusqu'd la derniere ohole; ainsi que celles de saint Jean dans FApocalypse : Personne, ni dans le del, ni sur la terre, ni sous la terre, ne fut capable d'ouvrir le Livrc. »En outre, cette circonstance qu'apres le bapteme il n:exis- tait pas un second moyen, pareil au bapteme, pour effacer pleinement et entierement le peche , conduisit les Chretiens a croirc que ? si Dieu accordait un moyen inconnu pour les purifier du peche, il serait d'une nature plus penible que ceiui qu'ils avaient recu si facilement dans 1'enfance. Cette maniere de voir confirma non-seulement le texte que nous avons deja cite : // vous donncra le bapteme du Saint-E sprit et du feu, mais aussi ce que dit saint Paul du jugement et de ^indignation ardente qui attendent ceux qui pechent apres avoir ete une fois eclaires, et Tavertissement de nc plus pecher, que donna Jesus- Christ a 1'homme impotent, dans la crainte qu'il ne lui arrival quelque chose dc pire. — 440 — >Enlin, la couluine uijivcrselle et apparcmmcnt apostoliquc de prior pour crux (jui nieurcnt dans le scin de 1'Eglise do .IcMis-dbrist, domandait line explication, attendu quc le motif de c» -lie continue innait pas passe avec elle a la posterite. On pourrait donner a eette doctrine diverses raisons tout a fait plau- sihles; inais la croyanee an puriiatoire fournit un inotil'des plus justos ot des plus pressants do 1'observer aceux qui ncscconlcn- toraiont pas do la pratiquer dans 1'ignoranoo (i). » La doctrine relalhe an pcche cominis a pros le bapteme , surtout (juand olio csl realisce dans cello du Purgatoire, conduit eelui (jui 1'adinet a do nomeanx developpeinems. Elle a pour oilot de convertir on nne \orite universello et oternelle une assertion de 1'Eeriture, (jui pouvait no paraitre quo d'une appli cation temporaire. (x)uand saint Paul et saint Barnabe voulurent 11 russiirt't* It's umt's (A'x disriple$,» ils leur onsoignorcnt >: quc nous dvi'onx cntrcr dtu,* le nti/anaie de Dieu en trawrsatit dc nontfifi'ux's tribulations. » On voit clairement quels resullats prali(|iies un paroil avertisseinent devait avoir cboz ceux ([ui aeeeptaient pureinent et siinpleinent la decision apostolique. De memo, quols puissanls ellets no dovra pas avoir la convic tion quo io pocbo doit olro puni dans cette vie ou en I'autrc, et que nous devons tons soull'rir ! Ouelle lumiere nouvellc nejet- tera-t-elle pas sur 1'bistoiro de 1'anie ! Qucl cbangcinent n'aine- nera-t-olle pas dans lejugeinent que nous portons sur le inonde oxterieur ! Qnel froin n'opj)(isera-t-olle pas a nos penebants naturels ot a nos desseins pour 1'avenir! Pout-on concevoir une doctrine (jni olo\o ainsi Tanie au-dessus de 1'otat present, qni lui enseii»ne avee plus do succos a oser des cboses diilicilo> ct a so mettre an-dossiis dn danger H dr la poine? Los impies. ot inome nos propres eorivains, ont longueinent traite de 1'in- flucnce qu'elle pout oxercer; et, bicn qu'ils exprimcnt cctte pensee dans les termcs do la pbilosophie qui leur est propre , nous pouvons tircr nn grand avantage de lour temoignagc. «. Les .Vscetcs, dit Gibbon, qui obeirent aux rigidc^s precepted (1) Prop. Office , pp. 213-220. — 441 — de 1 Evangile et qui en abuserent, furent inspires par le sauvage enlhousiasme qui represente 1'homme comme un criminel , et Dieu comme un tyran. Us rcnoncerent serieusement aux affaires et aux plaisirs du moncle ; ils repousserent 1'usage du vin , de la viande et du manage , chatierent leurs corps , mortifierent leurs affections, et embrasserent une vie miserable , comme prix du bonheur eternel. Sous le reajne de Constantin , les Ascetes O 7 fuirent loin dim moncle profane et degenere vers une solitude perpetuelle ou une societe religieuse. Les moines purent le disputer aux Sto'iciens pour le mepris de la fortune, des peiries et de la mort. Le silence et 1'obeissance dcs Pythagoriciens se re- nouvelerent dans leur servile discipline, et ils dedaignerent avec autant de fermete que les Cyniques les formes et les biensearices de la societe civile (i). » Qu'est-ce que cela signifie, sinon que celui qui se croit condamnc a souffrir, et qui est persuade que le ciiatiment differe sera plus grand, se mettra au-dessus du monde, n'admirera rien , ne craindra rien, et ne desirera rien? II a clans son propre sein une source de grandeur, d'abnegation et d'heroisme. C'est le ressort secret des efforts courageux, de la perseverance dans les fatigues, du sacrifice de la fortune, des amis, de 1'aisance, de la reputation et du bonheur. II y a , il est vrai , une classe de motifs plus eleves qui seront sentis par celui qui est saint ; ce dernier fera par amour ce que tous les chretiens, qui agissent cependant d'une maniere agreable a Dieu , font par la foi. De plus, la mesure ordinaire de charite que les chretiens possedent suffit pour assurer 1'attention et le respect aux devoirs religieux que demandent les exigences ordinairesde I'Eajlise. Mais , si nous voulions lever une armee d'hommcs O 7 devoues pour resister aumonde, pour combattre le peche et Terreur, pour soulager la miserc ou pour propager la verite. nous devrions faire valoir des motifs capables de toucher vive- inent le grand nombre. La charite chretienne est un don trop rare , et la philanthropic un mobile trop faible pour atteindre ces divers objets. On ne saurait trouver, pour repondre a not re (1) Hist., ch. 37, init. — 442 — dessein, dautro mobile quo eette conviction solennclle qui proud sa source duns los elements do la theologie chretienne, ct qui ost enseiiinee par so plus aneiens maitrcs, — jo voux dire le sontiniont do la oraintc du peclie apros le bapteme. Sans la doc trine du Purjraloiro, on cherchera -en vain a avoir le nonibre sullisanl de inissionnaires pour la Chine ou 1'Afrique, de cale- e.histcs pour los grandes ullos , d'infirmiers ehreliens pour sooner Ics inalados, ot do inailros pour instruire los ignonmls. Car, ainsi , par nne penitence salnlairc failo dans l'age mur, les pcchcs de la jeunesse tournont a nolro a\anlairc, ot los terrours quo lo philosophe tournc en ridicule chez de simples particu- liers procuront des bionl'aitours anx nations et nioritont lour reconnaissance. 3. Mais il existo une forme do penitence qui a ote plus re- j>andue el plus unifonno (ju"aucuno auiro, sur hupidlo out etc ijroilVies, on d'ou sont sorties collet quo nous venous de signaler, jo veux parlor de la Jleiilo Monaslique. Dans los premiers siecles, on n'avait iiiiere a s occupor do la doctrine du chaliniont du poclio, soil on cette\ie, soil dans 1'autre. La discipline M-vere do 1'K^lise naissante otait un pi'osorvatif centre lesgrandes oflensos , et les persecutions serviront de penitence pour les faules connnisos; mais (juand les Canons so relacherent, et que la persecution oossa, il I'ut alors noo*i>saire d'y substituor quolque chose de tel que I'inslimtion des monasteres, qui permit de conlinuera vivro dans 1 innocence primitive, et qui dovint on memo temps une ocole de chatiment volontaire. De niomc qu'un grand piincipe de la science economique et politique est (^ue tout doit elre utilise el qu'on ne doit rien laisscr perdre , ainsi, dans 1'exemple que nous prcscnte le Christianisine, les penitences indhiduelles , qui s'etablirent necessaircincnt sur une grande echelle a mosure que le nombrc des penitents s'ac- orut, prirent la forme d'ceuvres, soil pour la defense de 1'Egliso, soil pour lo bien spirituel ou toinporel de, Ihurnanito. Le systeme divin ne nous ofl're , sous aucun rapport, des doveloppcments plus frappants (jue dans le sort qu'eprouvercnt successivemont les ordres monastiques. — 445 — Quand le jeune Antoine se leva pour combattre le demon dans le desert , il prevoyait peu quelle histoire sublime et variee il allalt ouvrir , histoire qui recut ses premiers developpements meme de son temps. II etait ermite dans le desert ; mais quand d'uutres suivircnt son exemple, il fut oblige de leur donner une direction , et il se trouva ainsi successivement a la tete d'une norabreuse communaute de solitaires , dont cinq mille etaient rcpandus dans le seul district de Nittrie. Saint Antoine vecut assez pour voir une seconde phase de ce developpement. Les cabanes qui servaient de demeure aux solitaires furent rap- prochees les unes des autres , quelquefois autour d'une eglise ; et une sorte de communaute, subordonnee a un chef, s'orga- nisa parmi un certain nombre d'entre eux. Saint Pacome fut le premier qui donna a ses freres une regie generate de discipline, un habillement commun , et qui leur mil sous les yeux les objets que devait se proposer la vie religieuse. Le travail ma- nuel , 1'etude , la devotion, les mortifications corporelles, etaient alors les objets particuliers qirils avaient en vue, et institution monastique ainsi presentee , se repandit et s'etablit parmi les Chretiens d'Orient et d'Occident. Le caractere penitent de la vie monastique ne ressort pas encore chez saint Antoine , quoique Pline en parle d'une maniere distincte dans la description qu'il donne des Esseniens de la mer Morte , qui , au commencement du Christianisme , ariticiperent la \ie monastique. Sous saint Basile, cependant , ce caractere devint son cachet distinctif , a tcl point que la pro fession monastique rendit incapable de remplir la charge pas torale (i), et impliqua, entheorie, une separation absolue du reste des hommes, bien que les disciples de saint Basile, aussi bien que ceux de saint Antoine, aient rempli la mission de hitter centre Fheresie. Les monasteres qui avaient d'abord ete des eglises particu- lieres sous la direction dim Superieur ou Abbe , devinrent ensuite des ecoles pour 1'education du clerge (2). (1) Gieseler, vol. ii , p. 288. (2) Ibid., p. 279. — 444 — Les siecles s'ccoulerent . et aprcs que ccttc institution cut suhi des modifications hi/arrcs. et cut soufl'crt cle rinsuhordinn- lion df scs inemhrcs. saint Beuoit lui donna un nouveau dfve- loppement. Kevisanf ft cnordonmuit Ics reiiles de saint Antoinc. df saint Pacoine ft df saint Basile, il lia scs inoincs par un \ieeles apivs. I'ordi'c des JJcnedietins fut partagc en plusieurs congregations distinctcs. et se propajica sous forme de soeieles iiionasti(pics separees. ])anni les pi'cinicrcs , hi congregation dc (lluni fut la plus celehre, ct parnii Ics dcr- nicrcs, I'ortlrc des (lainaldulcs et celui dcs (listcrcicns. On rcinanpic dans lc< j)hases succcssixes sous Icsqucllcs s'cst montrec rinstitution monastique, Tunitc et roriginalitc ; tandis quf scs dcM-loppc infiJls In font cntrcr dc j)lus en plus dans le systcme ccclesiasiique . et la soumettcnl an pouvoir regulateur , ils rcstcnt iideles a Icur idee j>reinicre . cl dc noinhrcux rcjetons pousscnt dc la souche-mcic , qui tie temps immemorial avail prospere en S\rie ct en |-]ii\ptc. La peau de inoulon ct le desert dc saint Antoinc ne lirent epic rcnouvclcr « le manteau (2) •> ct ia niontairnc du premier Carme, ct les excrcices de penitence dc saint Basilc avaicnt deja etc pratiques par les Therapeutes. De rncinc . le prineij>c dcs congregations qui est attribue a saint Bcnoit, avail etc anticipe |)ar saint Antoine ct par saint Pacomc : et apres des siceles de confusion, Ics ordrcs rivaux dc Saint- Ou plutot ses successeurs , comme saint Beno!t d'Aniane, furent les fondateurs de 1'Ordre ; mais 1'exactitude minutieuse n'est pas necessaire sur ces points dans une simjile esquisse hisiorique. (2) M/i/'^rr^, 2 Rois ii , Sept. Voycz aussi : « Ils erraient ca et la couverts de neaui de mouton et de peaux de cheue. » Hebr. , xi , 37. — 445 — Dominique et de Saint-Francois, en preriant en mains la de fense de la verite catholique, exercerent 9 avee un succes particulier, line autre fonction des premieres institutions monas- tiques, fonction dont on avail pu se passer duraiH plusieurs siecles. Saint Benoit etait venu comme pour conserver un principe de civilisation, et offrir un refuge a 1'instruction , dans un moment ou 1'ancienne charpente de la societe succombait et se trouvait remplacee par de nouvelles creations politiques. Quand la jeune intelligence de ces dernieres commenea a poindre et qu'un changement nouveau se manifesta, alors apparurent saint Francois et saint Dominique pour I'instruire et la corriger , et a mesure que les moines s'attribuerent cette charge publique, le principe de penitence qui avait surtout caracterise les premiers temps de la vie monastique , occupa une place moins preemi- nentc. A la verite, les membres du tiers-ordre de Saint-Francois et de Saint-Dominique etaient des penitents : mais le frere , an lieu de vivre en penitent ? fut ordonne pretre, et fut autorise a quitter le cloitre. De plus, ces religieux prirent le caractere de ce que Ton pent appeler un Ordre cecumenique , vu qu'ils etaient entretenus par des aumones, et non par des fondations, et qu'ils etaient places sous la juridiction , non de Feveque dime localite, mais du Saint-Siege. Les Dominicains se presenterent aussi avec le caractere special d'un corps savant, et comme e'tant charge de la predication , a une epoque ou 1'esprit de 1'Europe semblait tendre a se developper dans 1'impiete. Us remplirent les chaires des universites , tandis que la force des Franciscains s'appuyait sur les ordres inferieurs. Enfin , avec la derniere revolution ecclesiastique , nous avons vu apparaitre d'une rnaniere preeminente, dans 1'histoirc des Jesuites , un autre principe de la vie monastique primitive , qui jusqu'alors n'avait etc developpe qu'en partie. « L'obeis- sance, dit un ancien abbe, est le devoir du moine ; avec elle il sera exauce dans ses prieres , et pourra paraitre avec confiance en presence de Jesus-Christ ; car c'est par elle que le Seigneur BlBLIOTH. HIST. 6e ANiS'EE. I" Ol'VR. 58 — 446 — est arrive a la croix, s'elant rendu obeissant jusqu'& la mort(i).» Maisil etaitresene au\ temps modernes deinetlre celte vertu en himicre d'une maniere parlaitc, et de reeevoir les benediction! abondantes qui L'accompagnent. La grandc socicte (jui portc le noin de Jesus, plus seeuliere encore dans son organisation , et plus dependante de la chaire de S. Pierre, qu'aucune des insti tutions qui Tavaient precedee, s'est aussi disliiiiiuee plusquetout autre ordre reliiiieux par la reiile de I'ob&ssance, en meine ieni|>s qu'elle a compense le danger du lihre commerce (ju'elle (Mitretient avee le nmnde en traitant scienlilitjucmcnt les excr- cices de devotion. L'ermitage , le cloitre , 1'inquisiteur et le moine convenaient a d'atitres etats de la societe ; mais les .lignites, aussi bien que les coininunaules relii:ieuses cjui vinrent apres eux, se sont propose pour objcts principaux de se rendre utiles d'une maniere seeuliere el rcliiiieuse, de s'occupcr de litterature, d'education? de confession , de predication, de la surveillance des pauvres, des missions et du soin des malades. I -landes ^lles ont ete le theatre de Icurs travaux j les auste- riies eorporelles et les formes extericures de devotion sont devenues pour eux d'une importance sccondaire. On peut cependant fort bicn se demander , dans un siecle eclaire , quand la liberte de la pensee et de 1'aetion cst inise a un si baut prix, si le soldat de Jesus-Christ peut imaginer unc plus grande peni- (jue la resignation absoluc de son jugement et d< \o!oitle au commandement d'un superieur. SECTION II. APPLICATION DE LA SIXlfeME M\RQUE DE FIDELITE DANS UN DEVELOPI'EMENT. Le pretexte generalemcnt invoque p.nr les heretiques. c'e> cepcndanl apres la moisson ils ill encore •= chagrins. :>qnoiqnc " se rc'jonissant tonjonrs. II en a etc aiusi avec 1 I^lise en iivneral. Kile a commence dans la sonilrance, ct celle-ci s'cst clianiiee en ^i(•(oire: inais »|uand elle a cle misc en liherle de sa prison , (ille en a fail plutol nne cellule (pt'elle ne 1'a (piiltec. La douceur lierita de la tcrre; la force soriil de la faiblesse; la panvrele fit des riches, et • •pendant la douceur et la panvrele out demeure. Les homines (jiii donnaient des regies an inonde devinrent moincs quand ils ue pnrent plus etre marlM's. 2. Innnedia lenient apres le remersement de la ptiissai paienne. deux mnmcuicnls simultanes parcournrent le monde de rOrient a rOccideut, aussi prompts que 1'eclair dans la pro phetic, je venx parlci1 dn developpenient du culte ct de l"a tisme. De la, tandis (pie le moiide dans les temps pa'iens avail adrcssc au Chris! ianisme eommc premier reproehe d'etre une magie obscure ct pernieieuse, le second reproehe qn'illuiatlressn fut d'etre un pagamsme joyeux et charnel, conformemcnt a cc passage : « Nous vous a\ons joue de la flnle, et vous ivavcz pas danse; nous avons plcure stir vous, et vous ne vous ctcs pas lamenle. Car, (jnand Jean est venn , ni il ne mangcait ni il nc buvait, ct Ton dit qu'il etait possede du demon. Le Fils de niomme est venu, qui buvait ct mangcait, et ils ont dit, voila un homme glouton et buvcur dc vin , un ami des publicairis et des pecheurs. > Notre Seigneur ccj)cndant fut, durant tout — 449 — le temps de sa vie, un homme cle douleur • mais il adoucit son austerite par sa gracieuse amabilite. 3. Le mystere de son Incarnation offre aussi la meme marque earacteristique. II etait Dieu d'abord, et il devint homme ; mais Eutyches et les heretiques de son ecole refuserent d'admettre qu'il fut homme , a moins de nier sa divinite. En conse quence, les Peres catholiques protestent frequemment et d'une maniere unanime que « le Verbe » s'est fait chair , non en perdant sa qualite premiere, mais en y ajoutant. — - Chaque Nature est distincte, mais la Nature creee vit dans la nature eternelle et par elle. « Non amittendo quod erat, sed sumendo quod non erat » est le principe de 1'Eglise. De la, quoique la marche du dcveloppement, ainsi que nous 1'avons observe dans un chapitre precedent, ait etc de faire ressortir la preeminence du cote divin de la mediation de Notre Seigneur , elle a ete accompagnee par une manifestation meme plus apparente de ses souffrances expiatoires. La Passion de Notre Seigneur est un des sujets les plus puissants et les plus feconds de 1'ensei- gnement catholique. (Test le grand sujet des meditations et des prieres. II est sans cesse rappele a notre souvenir par le signe de la croix. II est preche au monde par le crucifix; il est honore de diverses manieres par les nombreuses maisons de prieres , les associations d'hommes religieux , les institutions et entre- prises pieuses qui , d'une maniere on d'autre , sont placees a 1'ombre et sous la protection des noms de Jesus, du Sauveur, du Redempteur ; sous ceux de sa croix, de sa passion ou de son sacre coeur. 4. Nous pouvons parler ici d'un singulier developpcment de la doctrine de la croix que quelques auteurs ont regarde comme contraire a sa signification primitive (i) , au point d'en etre une corruption manifeste. Je veux parler de l'introduction du signe du doux Jesus dans les armees humaines, et de I'usage d'un embleme de paix comme signe de protection dans les batailles. Si la lumiere n'a aucun rapport avec 1'obscurite, ou si Jesus- (i)Voir plus haul, p. 78-79. — 450 — Christ n'a aucunc parente avcc Belial, qu'a-t-il a fa ire avce Moloch, celui qui nc voulait pas appeler le feu sur ses ennemis, et qui est venu non pour dctruire niais pour sauver? Cependant eetle anomalie apparenle n'csl qifiin exeniple cle cette Brando loi aperctic dans les deYeloppemerits en general : que les chan- gements qui seinhlcnt a premiere vuc en contradiction avcc le principe d'ou ils precedent, sont en rcalite son application ei le protegent. Notre Seigneur lui-meme est represent^ par les prophet es sous la liguie d'un combattant falsant des Measures apres en a>oir recu, eonime venant de Bozrah convert de vel»- inents teints en rouge avec le sang de ses enneinis. Puisqu'au- eune guerre n'est li-iiilinie si elle u'est juste, il convient sure- inent que ceux qui sont engajres dans la terrible mission d'en- lever la vie d'autrui aux prix de la leur, aient au nioins dans une cause juste 1'appui de sa presence, el (ju'ils comhattent sous 1'influence inystiipie du nom de celui qui a rachele ses elus, cominc mi combattant. avec le sang d'expiation par le massacre de 868 rnncniis , le renverscment subil des J nil's et la chute lente et terrible de I'empire pa'ien. Si les tiiierrcs des nations chretiennes out soment ete injusles, c'est la une raisou qui attaque heaucoup plus que le simple usage des symboles reli- gieux de la part de ceux qui s'y engagent, bicn que le pretexts de religion puisse accroitre le peche. '). La nieinc regie dc developpement a ete observee touchant la doctrine de la sainte Trinite. L'objection de Tecolc de Socin est que la croyanee en la sainte Trinile est destructive de la vraie foi en Tunite divine, quelle que soil la force avec laquelle on professe cette unite; mais le P. Pctau , eonime nous 1'avons vu (i), la pose au contrairc comme une confirmation particu- liere de la doctrine catholiquc, qui vient appuyer ec-tle verite premiere qu'elle scmble au premier aspect ne 1'aire qu'obscurcir et compromettre. 6. M. Guizot a mis en contrastc rhomogeneite dc 1'Egli^ de Rome ct rinconsequence des hercliques, ses adversaires, sur les (1) Voir plus haul, p. 73. — 451 — points controverses entre elle et eux. On fait ce reproche aux reformateurs, dit-il : « Vous provoquez la licence, vous la pro- »duisez; mais cependant, quancl vous Fapercevez, vous desirez • la contraindre et la reprimer. Et comment la reprimez-vous? > Par les mo} ens les plus durs et les plus violents • vous perse- » cutez aussi Fheresie en vertu d'une autorite illegitime. » Ces reproches , continue-t-il , embarrasscnt beaucoup les refor- mateurs. Quand on leur a objecte la multitude de leurs diffe- rentes sectes. au lieu de reconnaitre la le^itimite de leur libre ' {—j developpement, ils ont voulu anathematiser les dissidents; ils ont etc contraries de leur existence, et ont cherche a s'en excuser. Quand les fils de la reforme et non ses ennemis ont reproche ses persecutions au parti dominant parmi les refor- mateurs; quand les sectes qu'ils anathematisaient s'ecriaient : « Nous ne faisons que ce que vous avez fait; nous nous separons « de vous comme vous vous etes separes de Rome, » ils se trou- vaicnt encore plus embarrasses , et trop frequemment ils n'ont repondu a ces reproches qu'en redoublant de severite. La raison de cette contradiction, c'est que la revolution religieuse du seizieme siecle n'cst jamais remontee a la cause premiere, et n'est jamais descendue aux dernieres consequences de son ceuvre. Les droits et les pretentions de la tradition n'ont jamais etc reconcilies avec ceux de la liberte , et Ton doit indubitablement en chercher la cause dans ce fait que la reforme ne comprit et n'accepta jamais pleinement ni ses propres principes ni leurs effets » M. Guizot oppose a cette conduite inconsequente I'ensemble harmonieux et la precision de la theologie catholique romainc. «Les adversaires de la reforme, dit-il, savaient tres-bien ce qu'ils faisaient et ce qu'ils exigeaient ; ils auraicnt pu indiquer leurs premiers principes, et admettre hardiment toutes les conse quences qui pouvaient en decouler. Jamais gouvernement ne se montra plus systernatique et plus consequent que celui de 1'Eglise romaine. En fait, la cour de Rome fut beaucoup plus accommodante, et ceda davantage aux circonstances que les reformateursj mais en principe elle mointint son systeme d'une manierc bcaucoup plus complete, ct tint unc conduite bcaucoup plus consequente. 11 y a une puissance immense dans cetle confiancc absolue en ce que Ton fait, dans cette connaissance parfaite de ce cjui e<( mVessaire, dans ccttc coincidence com plete el rationnclle cntre un systeme et uu syinhole. » M. Guizot fail ensuile, eonime application de ce qu'il a dit, 1'histoire de la societc de Jesus. « Tout, dit-il, ctait defavorahle aux Jesuites, la fortune et les apparenees; la deslinee no leur donna ni le sens prafKjiie qn'exiiie le succes , ni {'imagination qiii vise a la splcn- denr. II est certain ncanmoins qu'ils posscdaient les elements de la grandeur ? une irrande idee est altachee a leur nom, a Icur influence, a leur histoire. Pourquoi? Parce qu'ils out agi d'aprcs des principcs fixes, qu'ils coinprenaient pleinernent, clairemenf . et dont ils saisissaient entiemncnt la tendance. Dans Tosuvre de la reformation an contraire, a inesure (jiie 1'evenement a depasx- sa conception, elle est n-stee quelque chose d'incomplet, d'in- conscMjuent, d'etroit, ar leur devotion envers la sainte Vierge ne sont pas les Egliscs qui ont ccsse d'adorer son Fils eternel , tandis que le culte du Divin Sauveur a ele abandonne par celles qui ont renonce a cette devotion. Le pretextc dc n'avoir en vue que la gloirc du Fils, pretcxte que Ton invoquc dans tin sentiment — 455 - de jalousie centre 1'exaltation de sa Mere, n'a pas ele confirme par les fails. Ceux qui furent accuses d'adorer une creature a la place de Jesus-Christ, adorent encore le Sauveur, et leurs accusateurs, qui csperaicnt 1'adorer avec tant de puretc, quand les obstacles ati developpement de leurs principes auraient ete ecartes , out completement cesse de 1'adorer. En second lieu , on doit remarqucr que le ton de la devotion envers la sainte Vierge est tout a fait distinct de celui du culte rendu a son Fils eternel et a la sainte Trinite , ainsi que nous serons forces de 1'avouer en examinant les offices du culte catliolique. L'adoration supreme et veritable rendue au Tout- Puissant est severe , profondc et solennelle. Jesus-Christ est adore comme vrai Dicu , en meme temps qu'il est vrai homme j il est adore comme Createur et comme Juge , en meme temps qu'il est tres-aimant, tres-tendre et tres-clement. D'autre part, le langagc que Ton adresse a la sainte Vierge est affeclueux et ardent, comme envers une simple fille d'Adam, bien qu'il soil humble , parce qu'il est sur les Icvres de ses parents coupables. Combien , par exemple , le ton du Dies irce differe de celui du Stabat Mater. Dans le « tristis et afflicta Mater unigeniti, » le « Mater fons amoris , » le « Sancta Mater, » le « Virgo vir- fjinum pnedara Mihi jam non sis amara , Pcenas mecum divide , •-> le « Fac me vere tecum flcre , » nous avons 1'ex- pression des sentiments que nous adressons a celle que nous regardons comme une creature et comme un etre purement humain. Mais dans le«f Rex tremendce majestatis, qui salvandos salvas gratis, salca me Fons pietatis, » le « Ne me perdas ilia die , " le « Juste judex iiltionis , donum fac remissionis, » le « Oro supplex et acclinis, cor contritum quasi cinis, » le «t Pie Jesu Domine, dona eis requiem, »nous entendons la voix de la creature qui s'eleve avec espoir et avec amour, quoiqu'avec une crainte profonde , vers son Createur, son Bienfaiteur infini et son Juge. Ou bien encore , quelle difference de langage dans Foffice du Breviaire pour la fete de la Pentccote ou de la sainte Trinite et celui du jour de 1'Assomption ! Quel langage inef fable , majestueux , solennel et aimant dans le « Vetii Creator Spiritu*. » le ••• Altixsiitii -.Maria Viryo assittHpla cat ad wthc.rv.inn thulaniutn in quo Rv.v. region stctlato sedct solio , » et le « Gav.dent anycli, landanlca benedicunt Dominuin! » Quclle affection dans ees paroles de 1'antienne : « Ad tc ela- inantux e. rules filii Era1, ad fe suspiraniHs yeni^nfes et flentes in hiic lucri/nntrnnt rallc ! » dans le < Eia cryo, adrocata no.stra, illos tuo* wiserinirilcx ocitlos ad nos coiirertc , » Ct le « 0 ele- '/.s, o pia , o dnlcix Viryo Maria! » ou dans 1'liymne : « Are Man's at el la , Dei Mater alma, » ct le «t Viryo sinyularix, inter oinnes mitis , nos culjiis sol u ton , mites fac ct cantos ! » En vain on objeeterail que, dans ce contraste d'exereiees de devotions, riiumanite, a cause de rinfinnite de sa nature, se substitucra a la Divinite; car, jelerepete, il s'agit d'une ques tion de 1'ait, il s'agit de savoir si la chose s'est ainsi passee. On doit rechercher cnsuitc si la devotion protestante cnvers >otre Seigneur a eu reellenicnt le caractcre d'un culte, ct n'a pas resscmble plutot au rcs|»cct quc nous avons pour un simple mortel (jui se montre bomme excellent, c'est-a-dire, si Ics pro test ants out cu pour iNotre Seigneur une devotion qtii s 'clove au-dessus de celle dont les catboliques bonorcnt la sainte Vrierge, avcc cette difference, toutefois, qu'ils lui rendent un culte familier, grossier et terrestre. DCS esprits chamois se creeront toujours un culte cbarnel , et leur interdire d'bonorer !«••« saints ne tendra pas a leur fairc connaitre le culte de Dieu. De plus, il est tres-important d'observer que quelque grande — 457 — et constantc que soil la devotion dcs catholiques covers la sainte Vierge, ellea une sphere speciale, et un rapport bien plus grand avec les offices publics, les fetes du Christianisme, et certaines fonctions extraordinaires qu'elle remplit, qu'avec ce qui est dans la religion strictement personnel et elementaire. Deux exemples, choisis entre plusieurs autres, serviront a eclairer ce point (i). (1) Les Exereices spirituels de saint Ignace sont au nombre des methodes de devotion les plus approuvees dans 1'Eglise catholique moderne. Ce petit livre est 1'oeuvre de 1'un de ses saints les plus celebres, et il a etc recommande par des papes et par les maitres les plus eminents de la vie spirituelle. Une bulle de Paul III « approuve, loue et sanctionne tout ce qui y est contenu ; le meme pape, ainsi qu'Alexandre VII et Benoit XIV? a accorde des indulgences a ceux qui pratiquent ces Exercices. Saint Charles Borromee a declare qiril avail plus appris dans ce livre que dans tous les autres. Saint Francois de Sales 1'ap- pelle « une sainte methode de se reformer. » C'est un modele qui sert a diriger toutes les devotions extraordinaires des hommes ou des corps religieux, aussi bien que le cours des missions. S'il existe un document qui fasse connaitre avec autorite la com munion intime des membres de 1'Eglise catholique moderne avec leur Dieu et Sauveur, c'est certainement cet ouvrage. Dans ses Exercices spirituels , saint Ignace se propose d'eloi- gner tous les obstacles qui s'opposent a ce que Fame receive les dons.de Dieu et en profile. II essaie d'arriver a cetle finde trois manieres : en eloignant lous les objels de ce monde, et en conduisant , en quelque sorle , Tame « dans la solilude ou Dieu peut lui parler au coeur ; » secondement en mettant sous les yeux de Thomme sa fin derniere, ses deviations de cetle fin, la beaule de la saintete, et 1'exemple de Jesus-Christ; enfin, en lui don- nant des regies pour se corriger. Ces Exercices consistent dans (1) Je pourrais invoquer aussi {'Imitation de Jesus-Christ, I' Introduction a la Vie devote, le Combat spiriluel, YAnima devota, le Paradisus Animce, leRegula Cleri, le Jardin de i'Ame, le Journal des Meditations, etc.i etc. BlBLIOTH. HIST. 6e AN>'KE. Icr OUVR. 39 — 458 — une suite do priercs, dc meditations, d'examcns particulicrs, et autres choses sernblables, qui. en somme, durent trentc jours. Us >ont divises en trois degres : la voie purgative, od le pcche est le principal sujet d'examcn; la roic iUuimnatwe, (jui est consacree eontcmpler la passion de Notre Seigneur et a determiner noire vocation ; enfin la voie unit ice, oil nous nous elevons a contenipler la Resurrection el ['Ascension de Notre Seigneur. II if est pas necessaire d'en dire davantage avant d'en venir a la remarque a 1'oecnsion de laquclle j'ai parle de ces Exerciccs, a savoir, (pie dans un ouvrage revet u dime si haute sanction, reeu si universcllement, et rcposant d'une maniere si intime sur Irs points les plussacres de la religion individuelle, il est a peine parle de la devotion a la bienheurcuse Vierge, mere de Dicu. (I est fait d'ahord mention d'elle dans la regie donnee pour la premiere preparation, dans laquelle la pcrsonne qui medite est invitee a se repivscnter une eglise, ou un autre endroit dans Icquel se trouve Jesus-Christ , la sainte Vierge, ou un autre ohjet (jui porte a la meditation. II en est de nouveau question e trouve une formule pour nous offrir a Dicu en la presence de « son intinie bonte, » ct ayant pour temoins «t Marie , sa glo- rieuse A ierge mere , et toute 1'armee celeste. » A la fin de la meditation sur la mission de 1'angc Gabriel a la sainte Vierge , est une priere a chaque pcrsonne divine, « au Verbc incarne ct .') sa mere. » Dans la meditation sur les Deux Etendards, se trouve une priere prescrite pour s'adresser a la sainte Vierge, afin d'obtenir par son canal les graces de son Fils ; apres quoi il est dit de reciter YAve Maria. L'exercice j>rescrit au commen cement de la troisieme scmainc, est une priere a Jesus-Christ, ou trois, si la devotion y porte : une a la Mere, une au Fils, et une au Pere. Dans la description des trois differentes manieres de prier, il est dit que si nous voulons imiter la sainte Vierge, nous devons nous recommander nous-memes a elle, comme a — 459 — celle qui est toutc puissante aupres de son fils ; et il est present de reciter YAve Maria, le Salve Rcgina, et autres formules, eomme cela est usite apres toutes les prieres. Voila a pen pres toutela devotion s'il est permis de 1'appeler ainsi, qui est recom- mandee envcrs la sainte Vierge , dans le cours d'environ cent einquante meditations qui roulent principalement sur lesevene- ments de la vie terreslre de Notre Seigneur, tels que PEcrilure nous les rapporte. II parait done, quelle que soit ('influence des doctrines qui se rattachent, dans PEglise calholique, a la sainte Vierge et aux saints , que du moins ces doctrines n'ern- pechent pas ou n'obscurcissent pas le libre exercice ct Pentiere manifestation des sentiments de devotion envers Dieu et envcrs Jesus-Christ. (2) L'autre exemple que je veux eiter pour mettre ee point en lumiere est d'un autre genre, mais il convient d'en l';ire mention. J'ai en ma possession environ quarante petits livres qui sont en circulation parmi les la'ics de Rome, et qui repondent aux petites publications que repand parmi nous la Societc des Connaissances Chretiennes. Us ont ete pris pour ainsi dire an hasard parmi un grand nombre d'ouvrages de ce genre, et ils sont de differentes longueurs. Quelques-uns ont de deux a trois cents pages; d'autres en ont a peine une douzaine. On peut les diviser en quatre categories : — Un tiers de ces livres s'oeeupe de pratiques pieuses; un autre tiers traite de Plncar- nation et de la Passion. Quant aux autres, ils parlent pour la plupart de la sainte Vierge; quelques-uns cependant traitent des sacrements et surtout de la sainte Eucharistie. II y en a en outre deux ou trois pour Pusage des missions. Ceux de la premiere classe roulent sur les sujets suivants: «£a Consolazione degF Infer mi ;» «Pensieri di una donna sul restirc moderno • » « L' Inferno Aperto ; » « II Pu ryaiorio Aperto;» « Mas - mne eterne de saint Alphonse de Liguori. » Autres Maximes de saint Francois de Sales pour chaquc jour de Pannee; «Prac- tica per ben confessarsi e communicarsi, » et autres semblables. Voici les litres de ceux de la seconde classe : «Gesudalla Croce al cuore del pcccatore;-* « Nocena dell SS. Natale di G. €.;••* — 460 — < Associazionc pel culto perpetuo del dirhi more ; » « Compendia delta Passions. » Dans la troisieme categoric sont « // J/c.vr Kucarixtico, » ct quelques aulros. Ces livrcs, ainsi quo rindiqucnt meme les litres do quclqucs~un» d'entre eux, sc composent en grando partie dc meditations; tels sont le«< Breve e pie Ifaftftmont » dii P. Crassct; les «; Medita- zioni per ciaxcun tfiornn del mese snlla Paxxiune; » les « Mcdila- zioni- per I'ora Encan'stica. • On peut dire generalcmeril de tous ces livrcs, qu'ils font a peine mention de la sain to Vicnje dans le corps des mediations. Parexemple. le noni de la saintc N'ierge n'est pas cite INK! seule fois dans les meditations sur la Passion, livre destine a etre distril)iie? et qui contient deux cent Mtixante-dix-sept paizes. Dans les prieres pour la messe, qui 56 trouvent a la iin de ces livres, on parle ainsi de la sainte Vierrue : •Je pi'ie la sainU1 \ ierge, les ani-cs, les apotres et tons les saints dn eiel, d'inlcrirder, • etc. Dans la preparation au saeremcnl de Penitence, on s'adrcsse a elie line seule Ibis, apres Notre Sei- jrneur, coinme au refuge des pecheurs, en meme iemj>s quc Ton invoquc les saints et lani^e uanlien ; et a la fin de I'exer'cice. trouve une priere semhlahle de ({iiatre ligncs pour dcmander Tintercession de la sainte Vierge, des anges ct des saints du ciel. J/exercice pour la communion parle des merites des saim>. et surtout de ceux de la sainte \ ierge, dans une priere a Notre Seigneur, union unique hien, nioii hien inlini, inon tresor, ma vie, mon paradis, mon tout. > A la iin il est aussi question d'elle avec les anises et les saints. t_x Dans uii recueil deCantique* sphitncls a 1'usage des missions, sur trente-six canti Rec/ina; Tun d'eux roule sur 4a confiance du peeheur en Marie. • (Dependant cinq de ces cantiques, composes sur le repcntir, s?oc- eupent entierement de \otre Seigneur et du peclie, sauf que deux d'entre eux ont a la fin une priere a la sainte Vierge. Sept autres qui parlentdu peclie, du eruciliement et des Quatre Fins Dernieres, ne renferment pas le nom de la sainte Vierge. — 461 — Au manucl pour 1' Adoration perpctuelle du Divin Creur do Jesus, on a ajoute un chapitre sur I'lmmaculee Conception. Le plus important de la premiere categoric est le livre Fran- cais Pcnsez-y bien , qui semblc un livre favori, puisqu'on en a fait deux traductions, dont 1'une est a sa quinzieme edition ; on distribue ce livre dans les missions. Dans les reflexions de cet ouvrage, il est a peine dit un mot de la sainte Vierge. A la Tin se trouve une methode pour reciter la couronne des sept dou- leurs de la vierge Marie; elle contient sept prieres adresses a la sainte Vierge, ainsi que le Stabat Mater. L'un des livres les plus longs de cette collection, renferme principalement des meditations sur la sainte Communion, sous le litre de « Mois Eucharistique, » comme nous 1'avons deja indique. Dans ces« Preparations, » « Aspirations, >etc., il n'est qu'une seule fois question de la sainte Vierge, et cela, dans une priere adressee a Notre Seigneur. « 0 le plus tendre des freres,:» y est-il dit par allusion au Cantique des Cantiques , « vous qui vous etant fait homme pour mon salut, avez suce le lait du sein virginal de celle qui est ma mere par la grace, » etc. Dans une courte Instruction donnee aux enfants sur leur premiere Com munion , se trouvent les questions et les reponses suivantes : « Est-ce Notre-Dame qui est dans Thostie? Non. Sont-ce les Anges et les Saints? Non. Pourquoi non? Parce qu'il ne leur appartient pas d'y etre. » Parmi les livres de la quatrieme categoric, qui se rapportent a la sainte Vierge , tels que « Esercizio ad onore dell 'adolorato cuore di Maria,* « Novena di preparazione allafesta dell'Assun- zione, » « Li Quindid Mister i del santo Rosario, » le livre prin cipal est un ouvrage remarquable du Pere Scgneri, intitule « II divoto di Maria, » qui demande une attention particuliere. Je suis loin par ces observations de vouloir nier le haul rang que la sainte Vierge occupe dans la devotion des catboliqucs; je veux seulement mettre en evidence que cctte devotion ne trouble pas le rapport incommunicable et auguste qui existe entre ie Createur et la creature. De meme que les exempies suivants montrent, a en juger par eux, que ce rapport est' — 462 — conserve inviolable par cits bonncurs tels quo ceux rcndus a lainlc \ 'icrgc, tu'nsi ce traite jettera do la lumiere sur la balance a 1'aide de laqucllc on conserve1- la distinction enlrc le culte de Dieu ct I'lionneur d'unc creature elevco; el eela d'une manii tout a fait conformc aux remarques 1'aites dans la Section prc- ce*denie. Get ouvraire de Seirnori est eerit centre les personnes qui continucnt a \ivre dans le peobc, sous prelexle de lenr devotion Clivers la sainle Vierp1. iit. dans son conrs. 1'aiileur esl amene a developper 1'idee qu'ontd'elle les bons ealboliques. (lelle idee eonsiste a roomier la sainte \ ici'tro eomme riant absolumcnt la premiere des creatures. Ainsi le trailedit. que • Dieu aurail aisemcnt pu fa ire un ciel plus eclatant de beautc, une tcrre plus verdoyante, inais qu'il ne lui otait pas possible d'eleverplus une mere qtic la sainte \ ieri-e Marie: el (jue par sa formation, il a etc con fere a de simples creatures, toute In gloire qu'elle< peuvent recevoir. (^n denieuranl simple^ creatures, » p. 54. (]c livre ajoute (jue Marie, reunissant en elle toutes les perfcctio creees. possede tons les atfributs (juc les Ariens et les autre^ beretiques accordaient a ^()tre Seigneur, ainsi qu'on 1'a re- niarque plus baut. et que TEglise lui refusait, comme etant infinimcnt au-dessous de sa supreme majeste. Ainsi clle esl • 1'idee creee an commencement du monde, » p. 20, 1'idee (jui, etant une copie d(^ 1'idee incarnee plus fidelc que tout ce qu'on aurait pu trouvcr ailleurs, fut employee comme 1<- type du rcstc de la creation, » p. 21. (Test a clle (jue sont appliquees les paroles < V.ffo }>rimof/cni(a prodiri c.r ore Altis- .s?/w/, » paree (pie. dans la Pensee eternelle. c^lh4 fut predestinee en memo temps que Dieu arreta ('Incarnation de son divin Fils. Mais a lui scul est reserve le titre de Sagcsse Incarnee, p. 2;j. IA\ outre, si Jesus-dbrist est le premier ne par nature, la sainte Vicrgc Test dans un ordre moins elevo. celui de I'adoption. De plus, si on lui attribue la loute-puissance, c'est une toute-puis- sance de participation (de memo qu'elle et tous les saints ont une iiliation, une divinite, une gloire, une saintete, ct un eultc de participation), ce qui est explique par cos paroles : •< Quod Deus iwpcrioj lu prcce, Virgo, potcs. » — 463 — En outre, on assigne a la sainte Vierge une fonction parti- euliere, c'est-a-dire particuliere sculement par rapport a tous les autres saints ; mais cette fonction est distinguee. avec la precision la plus grande de celle qui est attribute a Notre Seigneur. Ainsi, on clit qu'elle a ete etablie u Tarbitre de tous les effets qui proviennent de la misericorde de Dieu. » Parce qu'elle est la Mere de Dieu, on dit que le salut du genre humain est accorde a ses prieres plus terrihles dangers. La foi calholique fut placee dans uuo succession de perils, et balaneee eonnne un navire battu par ia tempete. Do \astes parties de la chrotiento sont lomhees I'mic a pros 1'autre dans Iheresie ou le schisme; los principals eidises ot les erolesqui junient le plus d'autorile out cuseiuue dc teiiij.^ eu temps dcs erreurs iira\e<. Trois papcs, Libere, \ i^ile et ro out laisse a la pttsterite le fardeau dc lour defense; ruais s d»;sordres u'elaieul pas des interruptions dans la man-lie ^oiitenue rl iVrme «le la science .sicree. qui passait de la foi implicate a son euoueiation lonnelle. La M'rie dos decisions ecclesiastiqnes , j^ar h^ijuelles st^ manifestaient dc tnnps en temps ses d^veloppcmenU, penchaienl tautot d'uu cote du doi^mo theologique (jui i'lail speeialt'iucnt eiKjuestion, ct tan! de 1'auliv , comnn1 si la \erite cut e(e faconnee par dos coii},s doniu's en sens contraires. l,a coulrovorsc commenca a\ec • Apolliuairc qui confondit ou ilia les Dcu\ Natures en Jesu>- (llirist, ot fut condamno par le j)ape Damasc. I ne reaction suivit, et Theodore de Mopsuosle s'aventura a cnsciiiner la doc trine des Deux Personnes. La controvorsc clianirea encore sa direction , apivs (pie >eslorius cut appele ratteiiliou puMique sur eette Iii're>ie. el encouru en consequenee I'ana theme du troisieme (rcumenitpie ; ear Kulu'hes parut, soutiut (pi'il n'y avail (ju'une nature, et I'ul condamne par le eoneile de Chalce- doinc. Quelque chose etait encore neeessaire cependaut pour renverser la doctrine nesioriennc des Deux Personnes, el le ciuquieme concile sc pron-mea loi'inellement eontrc les cents de Theodore el de son parti. Vint cnsuite I'lieresie monothelite qui etail en rivalil*'1 avee riieresie d'Kutyches ou des Monophy- sitcs, el qui ful condamneo par le sixiemc eoneile. Enfln, le Nestorianisme fit une nouvelle apparition dans les Adoptions d'Kspairne. et donna lieu a la reunion du eoneile de Franefort. Le moindre faux pas out jete toute la theorie de la doctrine dai^ une confusion inextricable; mais tout se passait comme si une — 467 — intelligence perspicacc, pour parler humaincment , cut da commencement a la fin dirige toute la discussion theologique. Que TEglise , dans une longue suite de siecles , et en depit de Fegarement, sur des points de detail , des Peres et des savants les plus eminents , ait ainsi produit la seule et unique theorie consequente que Ton puisse adopter sur le point de doctrine en discussion , cela montre combien la perception qu'elle avail de cette doctrine etait claire, simple et exacte; mais cela prouve plus encore. N'est-il pas tout a fait incroyable qu'avec cette profonde intelligence d'un si grand mystere , en tant que 1'in- telligenee humaine peut le connaitre , elle fut tombee au meme moment dans les plus grossieres erreurs en fait de culte reli- gieux , et qu'elle cut cache derriere une nuee d'idoles le Dieu et mediateur dont elle contemplait rincarnation avec une intel ligence si nette? L'integrite des developpements catholiques est encore plus evidente quand on les met en contraste avec 1'histoire desautres systemes de doctrines. Les philosophies et les religions du monde ont chacune vecu leur temps , et se sont succede. Elles se supplantent successivement, et sont supplantees a leur tour. JXotre religion catholique seule continue a subsister; elle seule ,-i loujours ete au-dessus des circonstances hnprevues, eta pu faire ce que les autres systemes ont ete impuissants a realiser. Si elle etait un mensonge ou une corruption comme les sys temes humains, elle serait faiblc comme eux? tandis qu'au contraire elle est capable de leur cornmuniquer une force qu'ils n'ont pas ; elle s'en sert pour ses desseins , et les place sur son propre terrain. L'Eglise peut tirer le bien du mal, ou du moins elle est a Fabri des atteintes de ce dernier. Elle herite de la pro- messe faite aux disciples de Jesus-Christ qu'ils prendraient des serpents avec la main , et que s'ils buvaient quelque chose pou- vant causer la mort , ils n?en eprouveraient aucun mal. Quand le serpent s'est attache a elle, ceux qui lui etaient etrangers attendaicnt avec curiosite ou malice qu'elle se corrompit et rnourut subitement, mais elle a secoue Tanimal venimeux, 1'a jete au feu et n'a eprouve aucun mal. — 468 — Kusebe. dans nn passage do son bistoire, nous a expose ect attribut du catholicisme. • (!c< tentaiives, dit-U en pariant dea notes de ses ennemis, ne leur fureut pas loiiiitemps utiles. In \ erite, so OODSoUdant toujours da\aiitai;e, et brillaut d'un plus vif eclat a incsun1 (pic lr temp> avancait. (lar taiulis que les stra- tagemes de >«•> ennemis etaierit subilement detruits, rciivcrses par leur impetnosiie meme, — a inesiire que les bcresies ve- naieiit Tune apres 1'autre ofl'rir leur propre nuiiveaute. leurs premiers rlriiienls Be dissoJvaicnl sans ei-sse et sc jjerdaient >oiis des i'onncs varit'-es ct nonibreu>rs, — - 1'eelat de 1'K^lise oatholiqne et M-ule vraic necessait d'augmenter et de s'rtendre . et ccpendant toujours dans les menus choses ct de la mcme manierc, ri'pandant a vet- nmjolr. simplicity, noblesse, so- briete, purele , les rayons dc la politique ct dc la pbilosopbie divines sur toute la race des Grecs ct des barbares. Ainsi les Ctlomnies OOOire toutc noire eroyance s\'\aiiouvrraine parnii toutcs les disciplines, reeouuue commc su- [M'rieurc sous le rapport de IVxcellcncc, de la retenue, des doctrines divines et pbilnsopbiqucs: de sorte e a travcrs le feu ct I'eau, » cl il u'e^i pas possible d'imaginer des enrenves plus tcr- ribles et plus variccs quc celles dout le catholieisnie est sorti san- alteintcs, comme de la mer Hoiiirt; on de la lournaisc de Habylouc. Nous avons cu d'abord les cruelles persecutions de 1'empire paien dans les premiers siecles ; puis sa conversion subite, la liberte du culte cbieiien, le developpcment du cultc $ saints, ct ['introduction de la vie monastique dans le sys- teme ecclesiasiique. Arriva ensuile 1'irruption des Uarbares, et 1'occupation dc YOrbis tvrrannn , d'abord par cenx qui venaient du Nord , puis par les SaiTa>ins du Midi. Pendant ce temps, (t)Euseb., Hist . iv. 7. — 469 — hi controvcrsc inquiete et engourdie sur 1'Incarnation etait atta- chee commc unc plnie terrible sur la foi de 1 Eglise. Vint en- suite I'cpoquc de profondes tenebres qui fut suivic par deux grandes luttes: Tune contrc la puissance materielle du monde, I'autre contrc son intelligence, luttes qui aboutirent a la monar- ehie ecclesiastique ct a la theologie scolastique. Enfm arriva le grand cbangement qui suivit Ics controverses du seizieme siecle. Concoit-on que quelqu'une des heresies dont 1'histoire ecclesiastique abonde, cut supporte la centieme partie de ces e'preuves, et en fut sortie en restant cequ'elle etait auparavant fomme Fa fait le catholicisme ? Est-ce qifune theologie comme 1'Arianisme cut pu resistor a la lutte scolastique? Est-ce que le Montauisme cut pu possedcr le monde sans arriver a une crise et succomber? Est-ce que la sottise du systeme manicheen, romme religion, eut manque d'etre signalee, s'il avail etc mis en conflit avec les Barbares de 1'Empire on lo systeme feodal? Un contraste semblable se montre dans les effcts et le sort de certains principcs ou usages influents qui out ete introduits dans le systeme catholique, et que Ton voit nussi a 1'oeuvre hors de son scin. Quand un systeme est rccllcment corrompu, les reactifs puissants qu'on lui applique ne font que developper eette corruption, et le conduire plus promptement a sa fin. 11s le stimulent d'une maniere surnaturelle; il donne alors toute sa force, et meurt dans quelque action d'eclat. L'histoirc du catholicisme a etc bien differente quand il s'est abandonne a de si redoutables influences. II a supporte ct il peut supporter des principes ou des doctrines qui dans d'autrcs systemes rcligieux nuraient promptement degenere en fanatisme ou en impiete. C'/est ce que Ton montrerait tres au long par 1'histoire de la philosophic d'Aristote. au sein ou en dchors de 1'Eglise, par relle de 1'institution monastique ou encore par celle du mysti- cisrne. Je nc dis pas qu'il n'y ait eu d'abord un conflit entre c es elements puissants et desordonnes et le systeme divin dans lequel ils etaient introduits ; mais seulement que la lutte finit par la victoire du catholicisme. La theologie de saint Thomas. BlBLFOTH. HIST. 6e AN!H££. I" OUVH. 40 • je pourrais dire do I'Eglise do son cpoquc, csi appuyee sur eette meme philosophic d'Aristote, (jut1 les premiers Peres tienoncent comme la source do toule incrcdulitc , ct en parliculicr ties licre-ies Arienne ct Monophysite. Les exciviees d'ascetismo (jui MM;; >i uracieux dans saint Antoine, si toucbauts dans saint * ' Hiisilc. si imposants dans saint (iermain, ne devienncnt qu'une iri-ie a sombre superstition , memo cbez les porsonnes les plus picnics qui sont retranobees de la communion catholique. Tandis (pie la devotion m\sli(|ue est dans TK^lise la de\otion la plus ele\ee. et i[\w la contemplation a ele la favour aecordee au\ saints les plus particuliercment favorises . nous n'avons j)as besoin do Ibuiller bien profondement dans riiistoirc des series modi-rues pour IWUUT la [HTUVC des exees de eonduite el des erreurs de doctrines on sont tombes le< m\>ii(jues . qui se sont \an(e> de p-t-i'-der la \erite rel'ormee? et qui out rejete ee (ju'ils out appele les corruptions du catbolicisme. 11 esl viai qu'a la suite de laetion exeicee par des cause- extt'-riiMires et inlerienres, I'Kglisc a ete jetee dans tin etat voisin de la defaillance; mais ses puissantes reactions, lorsque le monde semblait triompber d'elle. sont une iiou\elle preuve de 1'absenee de corruption dans le systeme de doctrine et de oidte, (pii est le resultat de son de\eloppement. Si la corrup tion est une disorganisation a son |>rincipe? un retour absolu et soudain a un pareil etat, apres un tejnps de suspension, esl encore moins concevable que le simple soulien de son existence, (lest co qui est arrhe avcc les reactions dont je parle. Spies de rudes eflbrls, les bommes sont ejjuises et tombent eudormis ; ils se reNeillent lels ({u'ils et;,ient aupai^^ant. I'airaicbis par la Niispension temporaire de leur activite : tel a etc 1'assoupisse- inent. tel a ete le reveil de 1'Eglise. Elle se repose dans sa course et Mispend prestjue ses functions; die se n^leNi1 ensuite et redc- \ient de noineau elle-meme; tout iisl a sa place, ct j)rct a 1'action. La doctrine est oil elleelait: il en est ainsi de ses pra tiques, de sa prtseance, de ses principes cl de sa politique. S'il fcurvient des chahgements, ce ne sont les pensees d'un homme dont 1'incessante priere avait ete que le Dieu des misericordes ne dedaignat pas Fouvrage de ses mains, et ne 1'abandonnat pas a lui-meme; et cela lorsque sa vue rtnit encore obseurcie, son coeur appcsanti, et qu'il ne pouvait a\; T recours qu'a la lumiere de la Raison dans les choses de la loi. Maintcnant, cher lecteur, songez que le temps est court et que 1'etcrnite est longue. Ne repoussez pas loin de vous ce que vous avez lu dans ce livre; ne regardez pas ce volume comme un simple travail se rattachant a la controverse actuelle ; ne le fermez pas avec 1'intention de le refuter; ne vous trompez pas en vous imaginant que c'est le produit du desappointement, du degout, de 1'inquietude , de la susceptibilite, d'une sensibility mal placee ou de toute autre faiblesse. Ne vous croyez pas en surete au sein des associations formees dans des annees passees: ne decidez pas que la ve'rite est la ou vous desirez la voir, et ne vous faites pas une idole des previsions que vous cberissez. Le temps est court, reternite est longue. M.N'C DIMITT1S SERVUM TUUM , TM)MINE , SECUNDUM VERBUM TUUM IN PACE : QUIA VIDERUM OCULI MEI SALUTARE TUUM. TABLE DES MATIERES. Avant-propos du Traducteur. 1 Avertissement de 1'Auteur. Introduction. CHAP1TRE I. DU DEVELOPPEMEM DES IDEES. Section I. — Du precede de developpement des idees. 43 II. — Des diffcrentes sortes de developpement dans les idees. 57 III. — De la corruption d'unc idee. 71 § 1. Marques distinctives entre un developpemenl et une corruption. Ibid. § 2. Premiere marque d'un vrai developpement : Conservation de 1'idec. 78 § 3. Seconde marque : Goniinuite des principes. 80 § 4. Autrcs observations sur la seconde marque d'un vrai developpement. 83 § 5. Troisieme marque : Puissance d'assimilation. 87 § 6. Quatrieme marque : Anticipation. 91 § 7. Cinquiemc marque : Suite logique. 94 § 8. Sixieme marque : Additions conservatrices. 100 § 9. Septieme marque : Continuation chronique. 104- CHAPITRE II. DU DEVELOPPEMEM DES IDEES CHRfcTIEXNES CONSIDEREES PRECEDEMMEXT. Section I. — De la probabilite des dcveloppcments dans le Chris- tianisme. 107 II. - De la probabilile dans le Christianisme d'une auto- rite qui developpe. 128 n <7 A/ WA , ' / n » i */ tl .» • I ' „ 'l ' . •• " • ^*r * • M. >i Vi .11* NkVrl ^'* .*! - L?^ /* K>|VW/Av 1 »/ • .4/1 1 1* / / 1 - /4 * * 4 f ' 'IV /' I * « » ' ' f ' M • Vl * ' » I it K- it, F».4iF I * » • f. i » *