LES TROIS LIVRES DES COMMENTAIRES DE SAINT EUSÈBE JÉROME PRÊTRE DE STRIDON STJR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS S’il est quelque chose dans cette vie, Paul et Eustochium, qui puisse maintenir l’homme sage et lui persuader de rester calme et toujours égal à lui-même au milieu des afflictions et des agitations de ce monde, c’est en premier lieu à mon avis, la méditation et la science des Écri¬ tures. En effet, puisque nous différons surtout des autres êtres animés, en ce que nous sommes un animal raisonnable et doué de la parole; et que d’un autre côté, toute raison, toute parole sont contenues dans les livres divins, ou nous apprenons ce que c’est que Dieu, et la raison pour laquelle nous sommes créés, je suis étonné qu’il se soit trouvé des hommes qui s’abandonnent à l’oisiveté et au sommeil, négli¬ gent d’apprendre des vérités aussi belles, ou bien croient devoir blâmer ceux qui se livrent avec ardeur à cetto étude. Je pourrais leur faire une réponse courte et sévère qui les ren¬ verrait ou mécontents, ou convaincus et leur prouver] qu’il vaut beaucoup mieux lire les Écritures que d’appliquer tous ses désirs à augmenter, à entasser des richesses. Mais j’aime mieux leur dire tout simplement, ce qui me fera trouver grâce devant le juge le moins équi¬ table, que je suis charmé de mes loisirs, et que la solitude me paraît plus agréable que toute la cé¬ lébrité possible. Je ne blâme ni ne condamne ce qu’ils font ; qu’ils me laissent également satisfaire mes caprices si déraisonnables qu’ils paraissent. Je suis peu éloquent, que vous importe? cherchez en un plus disert. Je ne traduis point convena¬ blement le grec en latin; lisez les auteurs grecs, si vous connaissez cette langue; ou si vous ne savez que le latin, ne jugez pas si sévèrement ce qui vous est offert gratuitement, et suivant un proverbe vulgaire, n’examinez pas les dents d’un cheval qui vous est donné. Est-ce que je vous saisis et vous amène devant les tribunaux, parce que vous ne transcrivez pas (peut-être, parce que vous ne lisez pas) mes écrits. Beau¬ coup , d’autres, moins habiles, me liront; pour vous, si vous écrivez vos discours, Cicéron lui-même sera dans l’admiration. Est-ce que le bienheureux martyr Cyprien a été détourné d’écrire par Tertullien, ou Lactance par Cyprien ou Hilaire par Lactance? Je ne dis rien des autres insectes qui font du bruit avec moi dans leurs livres. 11 faut commencer par de petites choses si l’on veut s’élever jusqu’aux grandes. Un chapitre n’est le premier qu’à la condition d’être suivi d’un second et d’un troisième. Nous ne gravissons les hauts sommets, qu’après avoir marché dans la plaine. Je vous supplie donc autant vous qui êtes ici que sainte Marcelle, modèle unique de viduité, de ne point commu¬ niquer facilement mes modestes ouvrages aux médisants et aux envieux, et de ne point donner les choses saintes aux chiens, ni jeter les perles devant les pourceaux, Malth. vu. Dans l’impuissance où ils sont d’imiter les bons exem¬ ples, ils font la seule chose dont ils soient capables, ils sont envieux, et ils s’imaginent avoir toute science et toute tradition, par là même- qu’il flétrissent la réputation des autres. Répondez-leur, je vous en supplie, qu’ils prennent eux-mêmes la plume, qu’ils réunissent comme on dit trois mots ensemble, qu’ils se donnent tant soit peu de peine, qu’ils éprouvent ce dont ils sont capables, et que leur propre travail leur apprenne à être indulgents pour les travaux des autres : « Car vous savez vous- mêmes que ce travail d’exposition, je l’ai entrepris malgré moi, et parce que vous m’y avez forcé. Ce n’est pas que j’ai cessé dès ma première jeunesse ou de lire, ou de m’instruire auprès des hommes doctes et savants des choses que j’ignorais, et que comme la plupart, je n’ai eu d’autre maître que moi-même. Enfin c’est surtout pour cela que tout récemment encore, je me suis rendu à Alexandrie, pour voir Didyme et lui demander la solution des questions douteuses que j’avais sur toute l’Écriture. Car c’est une toute autre, chose de composer des ouvrages, fruits propres de l’esprit d’un chacun, par exemple, sur l'avarice, sur la foi, sur la virginité, sur les veuves; et sur chacune de ces matières, joindre aux témoi¬ gnages de l’Écriture, recueillis ça "et là, les efforts d’une éloquence tout humaine, et revêtir des lieux communs d’un style emphatique et prétentieux ; autre chose d’entrer dans le sens du prophète et de l’Apôtre, comprendre la raison qui les a déterminés à écrire, quelles preuves ils donnent à l’appui de leur sentiment, et ce qui est particulier dans l’ancienne loi aux Iduméens, aux Moabites, aux Ammonites, aux Tyriens, aux Philistins, aux Égyptiens, aux Assy¬ riens, et dans lenouveau Testament aux Romains, aux Corinthiens, aux Galates, aux Philippiens, aux Thessaloniciens, aux Hébreux, aux Colossiens, et quelle est cette épître aux Éphésiens que nous avons maintenant entre les mains ? Car il est nécessaire que la diversité des temps, des lieux et aussi des personnes, auxquels ces écrits étaient adressés, entraînent une différence dans les mots dans les preuves, et dans les origines. Ainsi, à l’exemple de saint Jean qui, écrivant dans l’Apocalypse à sept Églises, reprend dans chacune des vices qui lui sont propres, ou bien loue des vertus qui lui sont particulières, l'apôtre saint Paul guérit dans chaque Église les blessures dont elle ést atteinte, et ne cherche pas comme un médecin ignorant à guérir tous les yeux avec un seul et même collyre. Et puisque, cédant à vos prières, nous avons il y a peu de jours, expliqué ce que nous pensions de l’Épître aux Galates, il nous faut passer mainte¬ nant à l’épître aux Éphésions qui tient le milieu, autant par le rang qu’elle occupe que par les vertus qu’elle renferme. Je dis qu’elle tient le milieu, non parce que, venant après les premiè¬ res, elle soit au-dessus des dernières; mais parce qu’elle est au milieu comme le corps de l’être animé, ce qui doit vous faire comprendre de quelles grandes difficultés et de quelles questions profondes elle se présente environnée. Il écrivait aux Éphésiens adorateurs de Diane, non de Diane la chasseresse, mais de la Diane qui a plusieurs mamelles et que les grecs argumenta, et origines habeant. Et quomodo beatus Joannes in Apocalypsi sua ad septem scribens Eccle- sias, in unaquaque earum specialia, vel vitia repre- hendit, vel.virtutes probat; ita et sanctus apos- tolus Paulus per singulas Ecclesias vulnaribus mede- tur illatis, nec ad instar imperiti medici uno collyrio omnium oculos vult curare. Et quia jam ad Galatas orantibus vobis, ante paucos dies quid nobis vide- retur, expressimus ; nunc ad Ephesios transeundum est, mediam Àpostoli epistoïam, ut ordine ita et sensibus. Mediam autem dico, non quo primas se- quens, extremis major sit; sed quomodo cor anima- lis in medio est; ut ex hoc intelligatis quantis diffi- cultatibus, et quam profundis quæstionibus involuta sit. Scribebat ad Ephesios Dianam colentës non hanc venatricem, quse arcum tenet, atque suc- cincta est sed illam multimammiam quam Græci TroXuacctfTOV (1), vocant, ut scilicet ex ipsà quoque effigie, JÉROME appellent 7roXup.a> comme s’il s’agissait d’une chose passée et non d’une prômesse pour l’avenir, et qu’il dit : « Il a béni » et non il bénira, on demande comment Dieu nous a bénis d’une bénédiction céleste, alors que nous sommes encore sur la terre. Lors donc que nous vivons déjà dans le ciel, et que nous ne sommes plus du monde, lorsqu’ayant dépouillé l’image de l’homme terrestre, nous portons l’image de l’homme céleste, par-dessus tout, que nous ne vivons plus dans la chair, mais dans l’esprit, et que nous thésaurisons pour le ciel où nous avons notre cœur. Alors, il est vrai de dire que nous som¬ mes bénis de toutes sortes de bénédictions célestes; ou bien on peut dire encore que toute bénédiction spirituelle en Jésus-Christ, bien que donnée sur la terre, est cependant comptée parmi les béné¬ dictions célestes. « Il nous a bénis, dit l’Apôtre, de toutes sortes de bénédictions spirituelles pour les choses célestes, en Jésus-Christ, dans la parole de Dieu, dans la sagesse, dans la vérité et dans les autres vertus. Il est à remarquer qu’on peut lire de deux manières ces paroles : « Béni soit Dieu et le Père de Notre-Seigneur Jésus- Christ, c’est-à-dire : « Béni soit Dieu, le créateur de toutes choses, » première proposition, et ensuite : « et qui est le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ » ou bien en rapportant tout ensemble, Dieu et' Père à Notre-Seigneur Jésus- Christ. Béni soit le Dieu de celui qui s’est fait quæritur quomodo aclhuc in terra nos positos, cœles- ti benedictione benedixerit. Sive igitur quod conversa- tio nostra in ccelis est, et non sumus de mundo isto ; sed deposita imagine choici, portamus imagi¬ nera superccelestis ; et in carne non vivimus, sed in spiritu ; et thesaurizamus nobis in cœlis ubi et cor habemus, dicimur nunc cœlesti benedictione bene- diçti; sive certe, quod omnis bénedictio spiritualis in Cbristo, licet in terra sit, tamen de cœlestibus computetur. « Benedixit nos, » inquit, « in omni béné¬ diction e spïrituali in cœlestibus in Chris to ; » in sermone Dei, et sapientia, et veritate, cæterisque virtutibus. Dupliciter autem legend-um : « Benedictus Deus et Pa¬ ter Domini nostri Jesu Ghristi ; » ut sit benedictus Deus, qui universorum conditor est, et hucusque distinctio; deinctps interatur : «. qui est et Pater Do¬ mini nostri Jesu Christi, « vel ita ; ut Deus et Pater, ad Doinkmm nostrum, in commune referatur. Benedic¬ tus Deus ejus qui assumptus est hominis, ,et Pater ejus, qui in principio apud Deum luit Deus Verbum. Non quo alius assumptus homo, et alius sit sermo JÉRÔME homme, et le Père de celui qui au commence¬ ment était en Dieu, Dieu le. Verbe. Non pas que celui qui a été fait homme, soit différent du Verbe qui s’est revêtu de l’humanité, mais parce que le seul et même Jésus-Christ nous est représenté suivant la diversité des sujets, tantôt dans l’élévation, tantôt dans l’humiliation. « Comme il nous a élus en lui, avant la créa¬ tion du monde, afin que nous fussions saints et sans tache en sa présence. » Au lieu de la créa¬ tion du monde, le texte grec porte 7rpo xaxo xdap-oo, or le mot xara6oX^, n’a pas le même sens que constitutif), création. Ainsi donc la pau¬ vreté de la langue et la nouveauté des choses, et comme l’a dit un auteur, le caractère de la langue grecque plus riche et plus expressive,, nous forcent, non de traduire littéralement' cette. . expression, mais d’en expliquer la force par une périphrase. Le mot KaTcdxAv] se dit, ou de celui qui est jeté du haut en bas, et qui tombe d’une sphère plus élevée dans une sphère inférieure, ou bien lorsqu’une chose commence d’exister. Ainsi pour exprimer l’action de ceux qui jettent les premiers fondements d’un édifice, on emploie le verbe xaTaSeQvjxévai, c’est-à-dire jeter en bas les premières ■ assises des fondations. ■ Saint Paul voulant donc montrer que Dieu a tout créé de rien, ne lui attribue point la forma¬ tion, la création, la fabrication du monde, mais xaTaêoXTjv, c’est-à-dire le commencement de la ■ qui assumpserit; sed quo unus atque idem pro va- . rietate causarum, nunc subliinis, nunc humilis, præ- dicetur. « Sicut elegit nos in ipso ante constitutionem mundi; ut essemus sancti et iminaculati coram ipso. » Pro constitutione mundi, in Græco scriptum habet, 7tpo xaTaêoXvjç xogulou ; non ici ipsum autem xaxaêoXv] quod « constitutio » sonat. Unde et nos propter paupertatem linguœ, et rerum novitatem., et sicut quidam ait, quod si Græcorum et sermo latior et lingua felicior, conabi mur non tam verbum trans- ferre de verbo, quod impossibile est, quam vim verbi quodam explicare cire ui tu. KaTaêoX7j proprie dicitur, ciim qui deorsum jacitur, et in inferiovem locum mittitur de sublimi, vel cum aliqua res sumit exoT'dium. Unde et bi qui ædium futurarum prima jaciunt fundamenta xaTaêsêXTjxsvat, id est, deorsum initia fund a mentor uni jecisse dicuntur. Volens itaque Paulus dstendere quod Deus universa sit' machinatus ex ’ nihilo, non « conditionem, » non « creaturam » atque « facturam, » sed xaTaêoXvjv, id; est, « initium funda- < 383 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPïIÉSIENS fondation, afin qu’on ne puisse supposer, comme le font les Manichéens et les autres hérésies (qui admettent un créateur et une matière), qu’il existait une matière ^ntépédente d’où les créatures ont été faites, mais qu’il soit bien entendu que toutes choses ont été tirées du néant. Quant à ce qu’il atteste que nous avons été choisis afin d’être saints et immaculés devant lui, c’est-à-dire devant Dieu, avant la création du monde, c’est un acte de la prescience divine, par laquelle toutes les choses futures sont déjà faites, toutes sont connues avant leur accomplissement. C’est ainsi que Paul est pré¬ destiné dans le sein de sa mère, que Jérémie est sanctifié avaiit sa naissance, et qu’il est envoyé aux nations comme prophète et figure de Jésus- Christ. Un autre auteur qui s’efforce de mon¬ trer que Dieu est juste, parce qu’il choisit chacun de nous non en vertu de sa prescience divine, mais par suite du mérite des élus, affirme qu’avant les créatures visibles, le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’elles contiennent, il a existé d’autres créatures invisibles parmi lesquelles des âmes, qui pour des causes à Dieu seul connues ont été jetées dans cette vallée de larmes, sur cette terre d’affliction,- dans ce lieu de notre pèlerinage du milieu duquel un saint demandait à Dieu son retour dans sa première demeure en lui disant : « Malheur à moi, car mon exil a été prolongé, j’ai habité avec le peuple de Gédar, mon âme y a été trop longtemps errante, » Ps. cix, 5. Et dans un autre endroit : « Malheureux homme que je suis, qui me dé¬ livrera de ce corps de mort? » Et encore : « 11 vaut mieux retourner et être avec le Christ. » Et ailleurs : « Avant d’être homme j’ai péché, » Ps. cxvm, 67, et d’autres témoignages sem¬ blables. Ainsi donc, avant que les âmes -fussent précipitées dans le monde et que ce monde, jeté lui-même au plus bas degré de la création, existât avec les âmes qui devaient l’habiter, Dieu a choisi Paul et ceux qui lui étaient sembla¬ bles devant lui, qui étaient saints et immaculés. Or, on ne choisit quelqu’un que parmi plusieurs, et le choix n’a de raison d’être, que là où il existe quelques infériorités. Ainsi de même que dans la captivité de Babylone, lorsque Nabucho- donosor eut emmené le peuple juif en Ghaldée, "Dieu envoya Ézéchiel, Daniel, les trois enfants, Aggée, Zacharie, non qu’ils eussent mérité les rigueurs de la captivité, mais pour être les con¬ solateurs des captifs; ainsi dans cette chute du monde, ceux qui avaient été choisis de Dieu, avant l’existence du monde, furent envoyés, pour menti » ad eum retulit; ut non juxta Maniohæum, et cæteras hæreses (quæ facto rem et materiam ponunt) aliquid \AÎ . aliud] unde creaturae factæ sint, ante- cesserit creaturas ; sed omnia ex nihilo substiterint. Quod .autem electos nos, ut essemus sancti et imma- culati covam ipso, hoc est, Deo, ante fabricam mu'ndi testatus est, àd præscientiam Dei pertinet; cui omnia futura jam facta sunt, et antequam fiant universa sunt nota. Sicut et Paulus ipse prædesti- natur in utero ma tris suæ, et Jeremias in vulva sanctificatur Jerem. i, eligitur, roboratur, et in typo Ghristi propheta gentibus mittitur. Abus (i) vero qui Deum justum conatur ostendere, quod non ex præ- jhdfcio scientiæ suæ, sed ex merito electorum unum- quemque eligat, dicit, ante visibiles creaturas, cœ- lum, tefram, maria et omnia quæ intra ea l 'Al. in eis] sunt, fuisse alias invisi biles creaturas, in quibus et animas, quæ ob quasdam causas, sôli Deo notas, dejectæ sint deorsum in vallem istam lacrymarum, in locum affliction) s et peregrinationis nostræ, in quo sanctus constitutus orabat ut ad sedem pri$ti- nam reverteretur, dicens : « Heu mihi, quia incolatus meus prolongatus est! habitavi cum habitantibus [Al. habitationibusj Cedar, multum peregrinata est anima mea Ps . cxix, 5. Et in alio loco : « Miser ego homo : quis me liberabit de corpore mortis hujus? » Et : « Melius est revérti, et esse cum Ghristo. » Et alibi: « Antequam humiliarer ego peccavi Ps. cxvm, 67, et cætera his similia. Jtaque priusquam animæ, inquiunt, præci- pitarentur in niundum, et mundus ex animabus [Al. animalibus] fleret cum habitatricibus suis, in infimum ipse dejectus, elegit Paulum Deus et ei si- miles coram se, qui eraht sancti et immaculati. Nemo autem eligitur nisi de plurïbus; et ubi sunt aliqui vihores, ibi electio perpetratur. Quomodo au¬ tem in Babylonia captivitate, quando a Nabuchodo- nosor in Ghaldæam -abductus est populus, missi sunt proplietæ Ezechiel, Daniel, très pueri, Aggæus, Zacha- rias, non quo et ipsi meruerint captivitatem, sed ut essent in solatio captivoriun; ita et in ilia deje- ctione mundi eos, qui antequam mundus fleret, electi erant a Deo, missos esse in eruditionem et' (1) Hune alium, cujus hic dissimulât nomen, Origcnem esse non diffitetur S. Pater in Apologie contra Rufinum ; soque ita, quod nornen «jus tacuerit, excusât : Quia Commentatoris officium est, multomm sententias ponere. et hoG me faclurum in præfatione promiseram , eliam Ofigenis absque invidia nominis e jus Explanationem posuit, dicens : Alius vero qui Deum justum conatur ostendere, oie. Ed. Mig. .384 SAINT l’instruction et l’enseignement des âmes péche¬ resses, afin que leur prédication les aidât à retourner vers le séjour d’où elles étaient tom¬ bées ; et voilà ce qui fait dire à Moyse clans le psaume quatre-vingt-neuvième : « Seigneur, vous avez été notre refuge de génération en géné¬ ration. « Avant la formation des montagnes, avant la création de; la terre et du monde, » Ps. lxxxix, 1. C’est-à-dire que avant que le monde fût créé, et que toute génération eût commencé son existence, Dieu a été le refuge de ses saints. Quant à ce que l’Apôtre ajoute : « Afin que nous fussions saints et sans tache, il y a cette différence entre celui qui est saint, et celui qui est sans tache, qu’on peut dire du saint qu’il est sans tache, tandis que celui qui est sans tache, n’est point par là même élevé jus¬ qu’à la sainteté. Ainsi les petits enfants sont sans tache, pàrce que leur corps n’est souillé d’aucun péché; et cependant ils ne sont pas saints, parce que la sainteté s’acquiert par la volonté et de grands efforts. Ainsi encore nous pouvons appeler sans tache celui qui n’a point commis de péché, et saint celui qui est plein de vertus, suivant ce qui est écrit dans un psaume : « Celui qui marche sans tache, et pratique la justice, » Ps. xiv, 2. Et dans le Cantique des cantiques : « Vous êtes toute belle, mabiop-aimée, et il n’y a point de tache en vous, Cant. iv, 7. On demande comment quelqu’un peut être saint magisterium animarum peccatrieium, ut ad prædi- cationera eorum reVerterentur ad eum locum unde corruerant; et hoc esse quod a. Moyse in octogesimo nono psalmo dicatur : « Domine, refugium factus es nobis in generatione et generationem; antequara mon¬ tes firmarentur, et fieret terra, et orbis terrarum » Psal. lxxxix, 1. Quod scilicet antequam mundus fieret, et_ universa generatio principium sumeret, sanctis suis Deus refugium fuerit. Quod autem ait, « ut essemus sancti et immaculati coram ipso, » inter sanctum et immaculatum hoc interest, quod sanctus et immaculatus quoque intelligi potest, immaculatus vero non statim et sanctus. Parvuli quippe immacu¬ lati sunt, quia integro corpore nullum fecere pecca- tum;; et tamen non sancti, quia sanctitas voluntatô et studio comparatur. Et quod immaculatus dici po¬ test ille qui peccata non fecit, sanctus autem is qui virtutihus plenus sit, juxta illud quod in quodam psalmo scribitur : « Qui ambulat sine macula, et ope- ratur justitiam » Psal. xiv, 2. Et in Cantico cantico- rura : « Tota speciosa es, proiiraa moa, et macula JEROME et sans tache devant Dieu, alors que le Prophète nous atteste « que tout homme vivant ne sera point justifié devant Voüs. » Car où les Éphé- siens sont saints et sans tache devant Dieu, et alors il est faux de dire, « que tout homme vivant ne sera point justifié devant Vous, » ou si personne n’est justifié devant Dieu, il n’est point vrai de dire comme l’Apôtre l’a fait précé¬ demment, qu’il y en a qui sont saints et sans tache en présence de Dieu. Nous ferons à cette difficulté une double réponse. En effet, Paul n’a pas dit : « Il nous a choisis avant la création du monde, alors quo nous étions saints et' sans tache; mais il nous a choisis pour que nous fus¬ sions saints et sans tache, c’est-à-dire, il nous a choisis nous qui n’avions été auparavant,, ni saints, ni sans tache, afin que nous puissions le devenir en vertu de ce choix. C’est ce qu’on peut appliquer 1 aux pécheurs convertis à une nouvelle vie et ainsi est-il vrai de dire : « Tout homme vivant ne sera point justifié en votre présence » c’est-à-dire pendant, toute sa vie, durant tout le temps de son existence dans co monde. Cos paroles ainsi entendues sont tout' à fait contraires à ceux qui disent qu’avant la création du monde, des âmes ont été choisies à cause de leur sainteté et de leur exemption do tout péché. Car, encore une fois, Paul et ceux qui lui sont semblables sont choisis non parce qu’ils étaient saints .et immaculés, mais ils sont non est in te Canï. iv, 7. Quæritur quomoclo sanctus quis et immaculatus sit coram Deo, cum propheta testetur, dicens : « Non justificabitur in conspectu tuo omnis vivens, » Àut enim sancti et immaculati coram Deo Ephesii sunt, et falsum est hoc quod dicitur :■ .« Non justificabitur in conspectu tuo omnis vivens. » Aut si nemo jusiificatur in conspectu Dei, falsum est quod præcessit, sanctos et immaculatos esse in conspectu Dei, ad quod bifariam est respondendum. Non enim ait Paulus : Elegit nos ante constitutionem. mundi, cum essemus sancti et immaculati; sed, ele¬ git nos. ut essemus sancti et immaculati, hoc est, qui sancti et immaculati ante non fui mu s, ut postea es- semus. Quod et de peccatoribus ad meliora conversis dici potest, et stabit ilia sententia : « Non justifica- bitur in conspectu tuo omnis vivens, » id est, in tota vita sua, iniomni quo in mundo isto conversatus [Al. versatus] -est tempore. Quod quidem ita intellectum,et adversum eum facit, qui -antequam mundus fieret, animas dicit electas esse propter sanctitatom et nul¬ lum vitium peccatorum. Non enim, ut ante jam dixi- COMMENTAIRES SUR' L’EPITRE AUX ÉPHESIENS 386 choisis et prédestinés, afin que dans la vie qui doit suivre., ils deviennent par leurs bonnes œuvres et leurs vertus, saints et sans tache. Enfin uaè autre raison de l’entendre ainsi, c'est que le prophète n’a point dit : « Quelqu’un des hommes vivants, ne sera point justifié devant vous, » mais « tout homme vivant, » c’est-à-dire tous ne seront point justifiés, mais quelques-uns le seront. « Lui qui nous a prédestinés dans sa charité, pour être ses enfants adoptifs par Jésus-Christ. » On peut lire ce texte de deux manières, en réunissant le mot charité, ou à ce qui précède, ou à ce qui suit, avec ce qui précède de cette manière : « Afin que nous soyons saints et sans tache devant lui dans la charité; » et ensuite : « Lui qui nous a prédestinés pour être ses enfants adoptifs par Jésus- Christ. » Ou bien avec ce qui suit, en lisant : << Lui qui nous a prédestinés pour être ses enfants adoptifs par Jésus-Christ. » La version latine n’explique pas la différence qui existe entre ces deux mots grecs Trpoopfoaç et opurO^VToç. Ce que l’Apôtre dit plus haut se rapporte à ceux qui n’étaient pas autrefois, à qui Dieu a pensé avant qu’ils fussent, et qui ont existé ensuite. Ce qui suit, au contraire, a pour objet celui que nulle pensée, nulle volonté n’a précédé, mus, eliguntur Paulus, et qui ei similes sunt, quia erant sancti et immaculati; sed eliguntur et præde- stinantur, ut in consequenti vita per opéra atque virtutes sancti et immaculati fiant. Deinde ‘ et sic sentiendum est, quia non dixerit : « Non justificabitur in conspe'ctu tuo quispiam vivens; » sed, omnis vivens, id est, non justificabuntur omnes; justificabuntur vero aliqui. « In charitate prædestinans nos in adoptionem filiorum per Jesnm Christum in ipsum. » Duplici- ter legendum, ut charitas vel cum superioribus, vel inferioribus copuletur. Cum superioribus ita : « Ut essemus sancti et immaculati coram ipso in chari¬ tate, » et postea sequatur : « prædéstinâns nos in adop¬ tionem filiorum per Jesurn Christum in ipsum [Al. ipso\* Cum inferioribus autem sic : « in charitate prædesti¬ nans nos in adoptionem filiorum per Jesum Christum in ipsum. » Dilferentiam vero Græci sermon.: s Trpo- opieocç et opurOsvTog. Latinus sermo non explicat. Superior quippe sermo ad eos refertur, qui antea non fuerunt, et priusquam fierint, de his cogitatum est, et postea substiterunt. lnferior vero de eo quem nulla cogitatio, voluntas nulla præceSsit, sed semper Tom.x. mais qui a toujours été et qui n’a Jamais eu de commencement d’existence. Pour ceux donc qui n’existaient pas auparavant, et qui n’ont reçu l’existence que plus tard, saint Paul se sert du mot 7rpoopiff0evT£ç. Mais en parlant du Fils, c’est- à-dire, deNotro-Seigneur Jésus-Christ, Remploie lô mot opiffÔévTocr, parce qu’il a toujours été avec le Père, et jamais la volonté du Père n’a précédé pour qu’il existât. Nous concluons de là, que le Père a toujours existé, ainsi que le Fils, et qu’ils ont la même nature, comme ils sont en possession de la même éternité. Une autre vérité sort de là, c’est que, lorsque Dieu nous prédestine ou nous réserve d’avance à devenir ses enfants adoptifs par Jésus-Christ, nous ne pouvons cependant devenir ses enfants, qu’à la condition de recevoir la foi et la connaissance de Jésus-Christ son Fils. Il est son Fils par nature, nous ne le sommes que par adoption. 11 n’a jamais cessé d’être son Fils; pour nous, nous avons été prédestinés à l’être avant notre exis¬ tence, et nous avons reçu l’esprit d’adoption, lorsque nous avons cru au Fils de Dieu. « Selon le décret de sa 'volonté. » Le mot EuSostiav, que la version latine a traduit par « placitum » est composé de deux mots grecs pris dans leur entier, de Eu et de Aoxstv, c’est-à- dire, en latin de bene et de placitum , ce que fuit, et numquam ut esset, accepit exordium. Unde recte nunc de his qui cum ante non essent, postea substiterunt, dicitur TTpooptcQévTeg. De Filio vero, hoc est, de Domino nostro Jesu Christo, in alio loco scriptum est bp'.aOévToç, quia semper cum Pâtre fuit, et numquam eum ut esset, voluntas paterna præ- cessit. Ex quo cohigitur eemper Patrem, semper fuisse Filium, et in quibus æternitas coæqualis est, eamdem esse naturam. Nec non etiam hoc inferen- dum, quod cum prædestinet nos, sive prsefiniat [Al, defmiat] Deus, in adoptionem filiorum per Jesum Christum; tamen non ante filii esse possumus [Al, possimus], nisi Filii ejus Jesu Christi fidem et in- telligentiam læcipiamus. Et ille quidem natura Filius est; nos vero adoptione. 111e num quam Filius non fuit : nos antequam essemus, p’rædestinati sumus et tune spiritum adoptionis accepimus, quando credidimus in Filium Dei. « Secundum placitum voluntatis suæ. Verbum euboxlav quod Latinus sermo interpretatus est, « pla¬ citum, » apud Græcos compositum est ex duobus inte- gris,. aub tou Eu, xca tou Aoxeïv, a « bene, » et a « placito, » quod nos possumus dicere « beneplacitum, » 25 SAINT JEROME 386 nous pouvons exprimer par beneplacitum . En effet, ce qui plaît, ne plaît pas toujours avec raison, et on. ne peut employer le mot euSoxfa, c’est-à-dire, «beneplacitum,» que lorsque ce qui plaît a l’approbation de la raison. Les Septante ont traduit ce mot de l’hébreu resony inventant un mot nouveau pour exprimer des choses nou¬ velles. Ceux qui pensent qu’avant la création du monde, les âmes ont habité avec les anges ot d’autres puissances spirituelles, la Jérusalem céleste, prennent occasion de ce passage, pour dire qu’il n’est point conforme au bon plaisir deDieu,nipourla louange et la gloire de sa grâce, d’admettre que les uns seront privés de tout, barbares, esclaves, faibles ; les autres riches, romains, libres, robustes, et que des gens d’illustre ou de basse condition naîtront dans les diverses parties du monde, si des causes . n’avaient précédé pour mériter à chacune de ces âmes le sort qui lui est fait. Ils pensent également comprendre, mais ne comprennent pas, en effet, ces paroles de l’épître aux Romains : « Le potier n’a-t-il pas le pouvoir de tirer de la même masse d’argile un vase de gloire et un autre destiné à l’opprobre? » Num. ix, 21, en leur donnant le même sens, c’est-à-dire, que de même qu’une vie bonne ou mauvaise, labo¬ rieuse ou facile n’a aucune raison d’être en ce monde, si nous ne croyons au jugement futur de Dieu, ainsi les conditions différentes de ceux quia non statim omne quod placuit, et bene placere potest, sed ibi tantum eù§ox.ux hoc est, « beneplacitum » dicitur, ubi quod placuit, recte placitum compro- batur. Hune autem sermonem deHebraico heson, Septna- ginta interprètes transtulerunt, rebus novis, nova verba fingentes. Invadunt itaque in hoc loco occasionem, qui ante conditionem mundi, animas putant cum angelis et cæteris virtutum nominibus in cœlesti Jérusalem fuisse versatas, quod nec beneplacitum Dei, nec in laudem gloriæ ejus, et gratiæ possit intelligi, alios nudos, barbaros,servos, debiles; alios divites, Romanos, liberos,. sanos, ignobiles, vel nobiles in diversa orbis'parte gene- rari, nisi causæ præcesserint, quibus ex meritis hæc animaruin unaquæque sortita sit. Et illud quod ad Romanos scriptum se quidam putant nosse, nec norunt : « An non habet potestatem figulus de eadem massa fa- cere aliud vas in honorent, aliud in contumeliam » Rom. ix, 21? ad eumdem sensum referunt; ut quomodo vita bona, sive maJa, laboriosa, vel facilis, frustra in isto mundo agitur, nisi credainus Dei futurum judicium esse; itn et diversilas in hoc mündo nascentium justiliam qui naissent en ce monde, accusent la justice do Dieu, si les mérites précédents de ces âmes n’en donnent l’explication. Car, disent-ils, si nous ne l’entondons pas dans ce sens, ce ne sera ni le bon plaisir de la volonté de Dieu, ni pour la louange et la gloire de sa grâce, que Dieu ait choisi les uns avant la création du monde, pour être saints et sans tache, et avoir part à l’adop¬ tion par Jésus-Christ, tandis qu’il a prédestiné les autres à une condition misérable et à des peines éternelles. « Pour la louange et la gloire de sa grâce, par laquelle il nous a justifiés en son Fils bien- aimé. » Quelle est, disent-ils, cette louange et cette gloire de la grâce de Dieu, qui consiste à justifier les uns en Jésus-Christ, de réserver les autres à d’éternels supplices; d’aimer Jacob avant qu’il sorte du sein maternel; de haïr Esaü avant qu’il ait pu mériter cette haine par ses actions, à moins d’admettre des causes antécédentes qui justifient la justice de Dieu? Donc, toute la grâce que nous obtenons pour la louange et la gloire de celui qui nous a justifiés: reçoit son accomplissement dans son Fils bien- aimé, c’est-à-dire, en Notre-Seigneur et Sau¬ veur, car en dehors de la sagesse, de la vérité, de la justice, de la paix, de la rédemption et des autres vertus, aucun bien ne peut se concevoir. Il ne faut pas regarder comme' authentique l’addition qu’on lit dans les manus- Dei arguat, nisi animarum mérita præcesserint. Si enim, inquiunt, hæc non ita accipimus, nec beneplacitum voluntalis Dei erit, nec in laudem gloriæ et gratiæ ejus, alios elegisse ante cunstitutionem mundi, ut essent sancti etimmaculati, et haberent adoptionem per Jesum Christum; alios ultimæ conditioni, et pœnis perpeluis destinasse. « In laudem gloriæ gratiæ, suæ, in qua gratificavit nos in dilecto. » Quæ laus, inquiunt, gloriæ gratiæ Dei est,, alios gratificare in Cliristo, alios æternis præparare sup- pliciis ; arnâre Jacob, antequam oriatur ex utero ; odisse Esau priusquam cligna odio perpetraret, nisi causæ præ¬ cesserint quæ justitiam Dei probeul? Omnis ergo gi atia quam conssquimur in gloriam, et laudem ejus qui nos justificavil [AL gratificavit] in dilecto, hoc est, in Domino nostro, et Salvatore completur; quia absque sapientia, veritate, justitia, pace, redemptione, cæteris-* que virtutibus, nullum bonum intelligi potest. Nec putan- dum quod in Latinis codicibus habetur scriptum esse, « in dilecto filio suo, » sed simpliciter, « in dilecto; » et si quidem esset additum, « dilecto Dei, > vel « dilecto COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 387 crits latins « dans son Fils bien-aimé; » le texte véritable est simplement « clans son bien- aimé. » Si l’autour sacré avait ajouté « dans le bien-aimé de Dieu, » ou « dans le bien-aimé du Père, » le sens naturel et admis de tous serait quo Notre-Seigneur Jésus-Christ serait aimé du Père, mais nous n’aurions pas accordé une grande prérogative à sa nature de Fils, en disant qu’il est aimé comme le sont les autres créatures. En effet, l’auteur de la sagesse dit à Dieu : « Vous aimez tout ce qui est, et vous ne rejetez rion de tout ce que vous avez fait, car vous n’avez rien créé, rien établi avec haine » Sag . xi, 25. Si le texte portait : « par laquelle il nous a justifiés dans son bien-aimé par-dessus tous les autres, » tout scrupule disparaîtrait, parce que nous savons que les patriarches et les prophètes et tous les saints ont été aimés de Dieu. Mais comme nous lisons simplement et absolument « dans son bien-aimé, » il faut, pour avoir le vrai sens, sou s-enten cire : « par tous. » En effet, si Jésus-Christ, comme nous l’avons dit souvent, est la sagesse, la justice, la paix, la joie, la continence et toutes les autres vertus, ces noms seuls des vertus sont aimés de ceux qui ne veulent point les imiter, et il n’est point de scélérat si avéré qui ne dise qu’il aime la sagesse et la justice. De même que l’opinion de tous les hommes s’accorde à reconnaître que la substance de Dieu est divine, et qu’elle ne peut Patris, » esset simplex mtelligentia, et omnium "opinione vulgata, quod Dominus noster Jésus Christus diligeretur a Pâtre ; sed non magnum aliquid proprietati Filii conce- deremus, cum sic Filius diligeretur, ut cœtera. Dicitur quippe ad Deum [Al. eumj ; « Diligis omnia, et nihil abjicis eorum quæ fecîsti :Neque enim odio quid habens condidisti » Sap. xi, 23. Àut si esset oppositum, « in qua gratificavit nos in dilecto præ omnibus, » uni versus scru- pulus fuisset ablatus, quia et patriarchas et propbetas, et omnes sanctos viros scimus a Deo fuisse dilectos. Nunc vero in eo quod absolute locutus est, dicens : « in dilecto, » ita mibi intelligendum videtur, ut subaudiatur, « ab omni¬ bus. » Si enim Christus, ut seepe jam diximus, sapientia est, justitia, pax, gaudium, continentia, et èsetera, hreo virtutum vocabula etiam bi qui sequi nequeunt dili- gunt, et nullus tam confessi sceleris est, ut non sapien- tiam et justitiam amare se dicat. Quomodo et de substautio Dei omnium hominum consentit opinio, quod divina sit, et nullius sensu facile comprehendatur, errât vero unusquisq.ue, dum talem, vel talem eam putat ; ita et Christian, socundum id qnod diversas être comprise par aucune intelligence, et qu’on tombe dans l’erreur en affirmant qu’elle est de toile et telle forme, ainsi tous aiment Jésus- Christ considéré comme la réunion de toutes les vertus, bien qu’un grand nombre ne puissent prouver par des faits ce qui est l’objet de leur affection. C’est le bien-aimé qu’fsaïe, je pense, avait en vue lorsqu’il disait : « Je chanterai à mon bien - aimé le cantique de son proche parent pour sa vigne » et l’auteur du psaume vingt-huitième : « Lo Seigneur brisera les cèdres du Liban et les mettra en pièces comme le jeune taureau du Liban, ou comme le faon, chéri de la licorne, » Ps. xxvm, 6. « Dans lequel nous trouvons la rédemption par son sang, et la rémission de nos péchés. » On ne rachète que celui qui est captif, et qui, tombé au pouvoir de ses ennemis, a cessé d’être libre. C’est ainsi que nous sommes, dit-on, captifs en ce monde, asservis à"des principautés, à des puissances qui font peser sur nous le joug de la servitude, et nous ne pouvons étendre les mains, ni lever les yeux au ciel, si un rédempteur ne vient nous délivrer. Mais quel est celui dont la puissance sera assez grande pour payer la rançon de tout l’univers? Jésus-Christ, Fils de Dieu, a donné son propre sang et après nous avoir arrachés de la servi¬ tude, nous a gratifiés de la liberté. En effet, si nous en croyons le récit des historiens pro- virtutes sonat, omnes diligunt, licet plures factis non possint probare quod diligunt. lste est dilectus quem æstimo et in Isaia significai’i : « Cantabo dilecto canti- cum dilecti vineæ meæ » Isai. v, 1 ; et : « Vinea facta est dilecto; » et in vigesimo octavo psalmo : « Conteret Dominus cedros Libani, et comminuet eas, ut vitulum Libani, et dilectus sicut filius unicornium » Psal. xxvni. 6. « In quo babemus redemptionem per sanguinem ipsius, remissionem peccatorum. » file redimitur qui captivus est, et in hostium veniens potestatem liber esse desivit : ita et nos quidam dicunt in hoc mundo esse captivos, et sub principibus et potestatibus jugo servitutis teneri, nec ante vinctas catenis explicare manus, et oculos sursum attofiere, nisi redemptor advenerit. Sed quis iste, aiunt, tantus et talis, qui possit pretio suo totum orbem redimere? Jésus Christus Filius Dei proprium sanguinem dédit, et nos de servitute eripiens libertate donavit. Et révéra si bistoriis gentilium credi- mus, quod Codrus, et Curtius, et Decius Mures pestilen- tias urbium, et famés, et bella suis mortibua rëpresserint SAINT JÉROME 388 fanes, Codrus, Curtius et des Decius Mures ont conjuré par leur mort, les pestes des villes, les famines et les guerres; combien plus devons- nous juger possible que le Fils de Dieu ait puri- ' fié par son sang, non pas une ville seulement, mais tout l’univers? Or, on peut entendre dans un double sens la chair et le sang de Jésus- Christ; ou la chair spirituelle et divine dont il a dit lui-même : « Ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment un breu¬ vage « Jean vr, 56 ; et encore : « Si vous ne mangez, ma chair et ne buvez mon sang, vous n’aurez pas la vie éternelle. » Ibid. 54; ou bien la chair qui a été crucifiée, et le sang qui a été répandu par la lance du soldat* Conformément à cette division, on peut entendre la chair et le sang de deux manières. Dans les saints, la chair qui doit voir le salut de Dieu, et la chair et le sang qui ne peuvent pos¬ séder le royaume de Dieu. Une conséquence de notre rédemption par le sang de Jésus-Christ, c’est, ajoute l’Apôtre, que nous avons reçu la rémission de nos péchés. Car, si nous n’étions préalablement rachetés, c’est inutilement que nos péchés nous seraient pardonnés. Et nous ne pouvons recevoir le pardon de nos péchés, et cesser d’être esclaves, si le vainqueur, qui n’a quanto magis hoc in Dei Filio possibile judicandum est, quod cruore suo, non urbem unam, sed totum purgarit orbem ! Dupliciter vevo sanguis Clnusti, et caro intelli- gitur, vel (i) spiritualis ilia atque divina, de qua ipse dixit : « Caro mea vere est cibus, et sanguis mçus vere est potus » Joan. vi, 56 ; et : « Nisi manducaveritis carnem meam, et sanguinem meura biberitis, non habe- bitis vitara æternam » Ibid.} 54 ; vel caro et sanguis, quæ crucifixa est, et qui militis effusus est lancea. Juxta hanc divisionem et in sanctis ejus diversitas sanguinis et carnis accipitur, ut alia sit caroquæ visura est salutare Dei ; alia caro et sanguis quæ regnum Dei non queant possidere. Consequenter autem post redemptionem sanguinis Christi, remissionem accepisse scribimur peccatorum; quia nisi redempti fuerimus, frustra nobis peccata donantur. Nec ante veniam accipere possumus delictorum, et servi esse cessamus, nisi pretium pro nobis cruentus quondam victor acceperit. triomphé autrefois que par son sang, n’en reçoit la rançon. « Selon les richesses de sa grâce qu’il a ré¬ pandues sur nous avec abondance. » Celui qui comprend ces paroles do l’Écriture : « C’est .par la grâce que vous avez été sauvés, et non par les œuvres » Ephès. îr, et les débiteurs de l’Évangile qui devaient cinquante ou cinq cents deniers Luc . vr, et où nous voyons que celui à qui on remet davantage, aime aussi da¬ vantage, peut également comprendre que la grâce' de Dieu s’est répandue sur nous avec 1 abondance et selon l’étendue de ses richesses, surtout dans l’Église, qui a été formée des * f gentils, qui était étrangère aux alliances et aux promesses d’Israël par la chute duquel nous avons obtenu le salut. Quelle abondance de grâces dans saint Paul encore, et dans les autres saints dont il est dit : « Né savez-vous pas que nous jugerons les anges?;» I Cor. v, 3, et dans un autre endroit : « Que les anges désirent contempler » Pier. r, 12. et ailleurs : « Mou Père, faites que comme vous et moi nous sommes un, ainsi ils soient eux-mêmes un en nous, » Jean, xvir, 21. Les . richesses de la grâce ne sont pas venues en vain pour celui qui selon la mesure de la fragilité humaine, s’efforce, travaille, se donne de la « Secundum divitias gratiæ ejus qua [Al. quœ\ * abundavit in nobis, » Qui intelligit hoc quod dictum est : « Gratia estis salvati, et non ex operibus » Ephes. n, et quinquaginta et quingèntorum denariorum in Evangelio debitorem Luc. vu quod qui plus dimittitur, plus diligat ; iste potest scire quod secundum divitias suas Dei gratia abundarit in nobis ; maxime in Ëcclesia de gentibus congregata, quæ aliéna fuit a testamentô et promissionibus Israël, cujus delictonos salutem consecuti çumus. Annon est magnitudo gratiarum in Paulo, et in cæteris sanctis, de quibus dicitur : « Nescilis quoniam Angelos judicabhnus » I Cor. v, 3? et in alio loco : « In quem desidecant angeli considerare » I Petr . i, 12 : et rursum : « Pater, da ut quomodo ego, et tu.unum sumus, sic et ipsi in nobis unum sint » Joan. xvn, 21. Has divitias gratiarum ille in se non facit vacuas, qui quan¬ tum valet humana fragilitas, nititur, laborat, atque contendit, et cum Apostolo loquitur : « Gratia ejus in (4) Divinam hic et spirilualem carnem Christi vocal Hieronymus, quia iu sacromento Eucharistie® divina vinuto consecraïur ; spiritualis et misibilis existit in eo j ac denfque invisihiliter et spiriiuoliier sub specie yisibili sumitur et mauducatur. Quamvis autem bis omnibus xnodis sit divina cero et spiritualis ; vera tamen ac substantiels est juxta oomparationem quam consequenter instituit idem Hieronyxnus, do diver.-îitate sanguiuis et carnis in bouline Clirisliano. Mart. — Atque boc rursus notalum ante nos Martianæo, spiritualera abs Jlieronjmo carnem dici, quod in Eucharistiæ saemmonto spiritualis, atque inyisibills sit, diyina tomen et vera caro, ut ex ipso contenu liquet. E d. Mig. ■ COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS peine et peut dire avec l’Apôtre : «; sa grâce n’a pas été stérile en moi, » I Cor. xv. Mais pour celui qui oublie la grandeur du bienfait, et se laisse entraîner vers le mal, il réduit à la pau¬ vreté la grâce de Dieu si riche et si abondante. « Nous faisant connaître en toute sagesse et en toute prudence le mystère de. sa volonté. » Les Stoïciens eux-mêmes, pensent que la sagesse et la prudence sont différentes et disent : La sagesse est la connaissance des choses divines et humaines, la prudence est la connaissance des choses humaines et mortelles seulement. D’après cette division nous pouvons dire que la sagesse a pour objet les choses invisibles et visibles, et la prudence les choses visibles seulement. On demandé donc comment Dieu nous a fait con¬ naître le mystère de sa volonté en toute sagesse et , en toute prudence. Il nous faut d’abord entendre que le mystère de sa volonté, c’est notre rédemption par le sang de son Fils, et la rémission des péchés selon les richesses de sa grâce qui s’est répandue sur nous, il nous, faut encore admettre qu’en croyant à la passion du Sauveur, (laquelle est une folie pour les incré¬ dules), nous faisons profession de sagesse et de prudence. Eusuite, que par les Écritures il nous a fait connaître tous les mystères, comment il a créé d’abord le ciel et la terre, donné la forme, l’ordre, la disposition à tout ce qu’ils renfer¬ ment; Comment il a formé l’homme et rempli me non fuit vacua » 1 Cor. 15. Qui vero beneficii magnitudinem non recordans, ad détériora delabitur, in isto clives gratia Dei, et opulenta largitio paupertate tenuatur. « In omni sapientia et prudentia notum nobis faciens mysterium voluntatis suæ. » Sapientiam et prudentiam esse diverses, Stoici quoque opinantur, dicentes : » Sapi¬ entia est rerum divinarum humanarumque cognitio; prudentia vero tantum mortalium. » Juxta liane divisio- nem possumus sapientiam invisibilium, et visibilium accipere; prudentiam vero tantum visibilium. Quæritur itaque quomodo nobis Deus, in omni sapientia, et prudentia notum fecerit mysterium voluntatis suæ. Et quidem primum simplioiter accipiendum, quod myste¬ rium voluntatis ejus, redemptio nostra sit, per sanguinem Filii ipsius, et remissio peccatorum, secundum divitias gratiæ ejus qua f Al. quæ] abundavit in nobis. Quod scilicet nos in Domini passione credenles (quæ est stul- titia non credentibus) sapientiam possideamus atque prudentiam. Doinde quod per Scripturas suas nobis nota fecerit uni versa mysteria ; quomodo primum cœlum, ■389 le monde jusqu’à la passion de Jésus-Christ; comment les choses visibles nous aident à connaître les choses invisibles.. Enfin, que les créatures qui sont sur la terre exigent elles- mêmes l’usage de la sagesse et de la prudence. Quel est en effet celui d’entre nous qui sait pourquoi les oiseaux sont suspendus dans les airs, et les poissons dans les fleuves, qu’est-ce qui met en mouvement les pieds de l’homme, et excite la fureur des bêtes féroces? Mais nous prévoyons une objection que va nous faire aus¬ sitôt un lecteur attentif. Si Paul avoue ne con¬ naître qu’imparfaitoment, ne prophétiser que d’une manière imparfaite, et ne voir que comme dans un miroir et sous des images obscures I, Cor. xrrr, comment le mystère de Dieu lui a-t-il été révélé et aux;Éphésiens, en toute sagesse et en toute prudence? Nous sommes forcés par la nécessité de changer l’ordre suivant lequel on doit lire le texte de cette manière : « Selon le décret de sa volonté pour la louange et la gloire de sa grâce, par laquelle il nous a justifiés en son bien-aimé; dans lequel nous trouvons la rédemption par son sang, et la rémission de nos péchés selon les richesses de sa grâce qu’il a répandues sur nous avec abondance en toute sagesse et en toute prudence, et après avoir ainsi rattaché à ce qui précède ces paroles : « en toute sagesse et en toute prudence; » noua reprenons la suite : « Pour nous faire connaître et terram machinatus sit, et omnia quæ intra ea sunt, . fecerit, ordinarit atque distinxerit ; ut plasmatus homo, et usque ad passionem Gliristi mundus impletus sit, quo¬ modo ex visibilibus ea quæ sunt invisibilia cognoscan- tur. Ad extremum, quod etiam ea quæ in terra sunt, sapientia indigeant atque prudentia. Quotus enim quisque nostrum scit quid sit illud quod aves in aéra suspen- dat, pisces in fluctibus, nec non hominum gressus promoveat, et rabiem incitet bestiarum? Sed qui diligens lectoc est, statim nobis illud opponet : Si ex parte cognoscit Paulus, et ex parte prophetat, et nunc videt per spéculum in æuigmate I Cor. xm, quomodo vel ipsi, vel Epliesiis, in omni sapientia atque prudentia Dei mysterium revelatum est? Hac itaque necessitate com- pellimur. mutare ordinem lectionis, et facere : « Secun¬ dum placitnm voluntatis suæ, in laudem gloriæ gratiæ tuæ, in qua gratiâcavit nos in dilecto; in quo habemua redemptionem per sanguinem ipsius, remissionem pecca- toruni, secundum divitias gratiæ ejus, quæ abundavit in nobis in omni sapientia et prudentia, » ut cum hucus- que distinxerimus, quo scilicet, « omni sapientia e 390 SAINT JÉROME le mystère de sa volonté selon sa bienveillance. » Tout en admettant , comme vraies ces paroles, qu’ils ne -vivent et ne prophétisent que d’une manière imparfaite, on peut dire que ce mys¬ tère leur a été révélé en toute sagesse et toute prudence. Non pas qu’ils aient appris ce mystère en toute sagesse et en toute prudence, mais Dieu leur a révélé ce mystère en toute sagesse et en toute prudence selon la mesure de leur intelligence. « Selon le dessein par lequel il avait résolu en lui-même, dans la dispensation de la pléni¬ tude des temps. » L’Apôtre avait dit précédem¬ ment : « selon le dessein de sa volonté » ici il dit simplement : « selon son dessein, » sans parler de la volonté. D’un côté le texte porte : 7cpoopiq/.bv c’est-à-dire « la prédestination à l’adoption des enfants par Jésus-Christ, » de l’autre, 7rpd9E<7tv, c’est-à-dire le dessein. Or, ceux qui ont coutume de discuter la propriété des termes, établissent cette différence entre la prédestination et le dessein, que la prédestina¬ tion d’une chose signifie que cette chose existe longtemps auparavant dans l’esprit de celui qui arrête que cette chose existera ; tandis que le dessein est bien plus rapproché de l'action, et que l’effet suit de près la pensée. Quant à co qui suit : « et avait résolu en lui » il faut le rapporter au mystère, dont il a dit précédem- prudentia, » ad superiora jungantur, deinceps infera- mus : « notum faciens nobis mysterium voluntatis suæ secundum placitum suurn. » Potest autem et hac ma- nente sententia, quod ex parte videant, et ex parte pro- phetent, nunc in omni sapientia et prudentia, dici revelatum eis esse mysterium. Non quo ipsi in omni sapientia et prudentia mysterium didicerint, sed Deus in omni sapientia sua atque prudentia, juxta quod consequi poterant, eis mysterium revelaverit, * Secundum placitum suum quod proposuit in eo in dispensatione plenitudinis temporum. » Supra dixerat, « secundum placitum voluntatis suæ; » nunc, « secun¬ dum placitum suum, voluntate detracta. Ibi 7rpoopi<7f/.ov, id est, « prædestinationem in adoptionem fiiiorum per Jesum Cbristum » posuit : hic vero TcpoOemv, id est, « propositionem. » Inter prædestinationem autem, et propositum, hi qui soient inter verba discutere, hoc asserunt intéresse, quod prædestinatio alicujus rei mul- to ante in mente ejus qui destinet quid futurum sit, præfiguret : Propositum autem, cum jam vicina sit machinatio, et pene cogitationem sequatur effectus. Quod varo ait, « proposuit in eo, » ad mysterium re¬ ment : « pour nous faire connaître le mystère de sa volonté, » lequel mystère était dans la dispensation cle la plénitude des temps, afin que toutes choses fussent accomplies au temps marqué. Car, de même que l’héritier, tant qu'il est petit, n’a aucun droit à l’héritage, quoiqu’il soit propriétaire de ses biens, Galat. iv ; ainsi le mystère que Dieu avait prédestiné pour nous adopter comme ses enfants, n’a pu avoir son accomplissement qu’à la condition de venir en son temps. C’est ce que dit ailleurs saint Paul en employant le singulier : « Lorsque la plénitude des temps fut arrivée, alors Dieu envoya son Fils ; » Ibid . iv, 4, qui n’a pu venir avant que le temps mystérieusement marqué fût arrivé. « De résumer dans le Christ tout, ce qui est dans les cieux, et tout ce qui est sur la terre. » (Des manuscrits ajoutent « en lui. » Au lieu du mot recapitulare , les manuscrits latins portent ; instaurare, (d’autres restaurare.) Et je m’é¬ tonne que les traducteurs ne se soient pas servi du mot grec, alors que la dialectique et la philosophie ont fait usage de ce mot tel qu’il est dans le texte grec. En effet, les orateurs da'ns leur péroraison, ou avant leur péroraison, lorsqu’ils terminent leur plaidoyer, pour aider la mémoire des juges et de ceux qui ont enten¬ du les débats, ont coutume de faire un résumé, ferendum est; siquidem supra dixerat : « ut notum faceret nobis mysterium voluntatis suæ, » quod myste¬ rium dispensati > est plenitudinis temporum, ut statuto tempore omnia compleantur. Quomodo enim hæres quamdiu parvulus est, licet ipsius bona sint, tamen necdum ei debetur hæreditas Galat. iv ; ita et myste¬ rium quod prædestinatum fuerat a Deo in adoptionem fiiiorum ejus, ante non potuit dispensait, nisi suo veni- ret tempore. De quo et alibi numéro singulari Panlus ait : « Ut autem venit pleniturlo temporis, misit Deus Filium suum » Ibid., iv, 4 : qui ante veniro non potuit, nisi mysterium temporis impleretur. «. Recapitulare omnia in Cbristo, quæ in cœlis, et quæ in terra » [Al. addit sunt], « in ipso. » Pro « recapitulare » in Latinis codicibus scriptum est, * instaurais » [Al. restaurarc]. Et miror cur ipso vérbo Græco non usi sint translatores, cum istiusmodi licentia, dialectica et philosophia sicut in Græco haben- tur, assumptæ sint. Nam et oratores in.-epilogis,.vel ante [Al. inter] epilogos, in fine causarum propter me- memoriam judicum et eorum qui audiere negotia, « re- cordationem, » id est, àvaxE'fftXaûomv soient facere, ut 391 COMMENTAIRES. SUR L’ une récapitulation, avaxecpodaffuTiv pour renfermer dans un court exposé les longs développements dans lesquels ils viennent d’entrer, et pour que chacun des auditeurs se rappelle facilement ce qu’il a entendu. Voici donc le sens de ce passage: toute la dispensation des créatures visibles et invisibles qui a eu lieu avant et après la créa¬ tion du monde promettait l’avènement du Fils de Dieu. Ainsi Adam qui a été chassé du Paradis terrestre venait d’y être ramené par le Sauveur Gen. ni. L’unité du langage qui a été brisée dans la construction de la tour Gen, xi, était une figure du don des langues, tel qu’il est rap¬ porté dans les Actes des apôtres, Act. n. C’est comme figure du Seignour, qu’Isaac a porté lui- même l’instrument de son supplice. Samson laissant croître sa chevelure consacrée à Dieu, aime. Dalila, qui était pauvre, et lui découvre tous les secrets de son cœur, Jud. xvi, et en cela il figurait le mystère de l’union du Sau¬ veur avec l’Église pauvre et dénuée de tout bien. Tout se trouve donc résumé dans la passion et la croix du Seigneur, c’est-à-dire, tout se trouve compté dans cet abrégé. Pour rendre cette vérité plus évidente, prenons un exemple dans les choses habituelles de la vie. Supposons que j’aie prêté à différentes époques vingt deniers, puis après cinq, et puis quinze, et encore trente trois fois dix. Si je veux addi¬ tionner toutes ces différentes sommes, le chiffre quæ prîus latius disputarant, brevi postea sermone comprehendant, et unusquisque recordari eorum incipiat quæ audivit. Sensus itaque in præsenti Ioco iste est : Omnis dispensatio quæ et ante mundum, et postea esse cœpit in mundo, tain invisibilium quam visibilium creaturarum, adventum Dei Filii pollicebatur. Quod Adam qui de paradiso ejectus est, per Salvatorem revocandus erat Genes. m. Quod in fabrications turris, linguarum unitas scissa est Gen. xi, in Àctibus aposto- lorum portendebat dona linguarum Actor. n. Quod Isaac in typoDomini, crucem suam ipse portavit Genes. iii. Quod Samson sanctam comam nutriens, Dalilæ pauperis dilexit amplexus, et omnia cordis sui sécréta confessus est Judic. xvi. Salvatoris et Ecclesiæ ex Gentibus vere pauperis et egenæ mysterium signiûcabat JJoan. xix. In cruce itaque Domini, et in passione ejus recapitulata sunt omnia, id est, universa in hac àvaxecpa- Aanocei supputata. Quod ut manifestius fiat, quotidia- næ consuetudinis aliquod ponamus exempluin. Verbi causa : Viginti denarios erogavi, rursum quinque, et alios quindecim; triginta quoque et ter decies, per ÉPJTRE AUX ÉPHÉSIENS montera jusqu’au nombre cent et dans un seul . nombre j’aurai toutes les sommes énumérées précédemment. C’est ainsi que tous les mys¬ tères, et toute la dispensation des faits anciens qui ont eu lieu non seulement sur la terre, mais dans le ciel, se trouvent accomplis dans la pas¬ sion de Jésus-Christ. Jésus-Christ a souffert une seule fois, il a été enseveli, il est ressuscité ; il est remonté vainqueur vers son Père; cela me suffit, je n’ai pas besoin des anciens nombres, je les ai tous dans un seul; considérez attentive¬ ment, que non seulement tous les faits histo¬ riques desÈcritures, que l’Esprit Saint rapporte comme ayant eu lieu sur la terre, mais encore les événements cachés qui se sont passés dans le ciel, se trouvent résumés dans la passion de Jésus-Christ. « C’est en lui que nous avons été appelés par le sort, ayant été prédestinés selon le décret de celui qui fait toutes choses suivant le conseil de sa volonté. » Les mots d’héritages et de sort par lesquels nous entrons en participation des biens du Christ, nous montrent que nous avons été affranchis d’une puissance pour passer sous une autre, et que suivant ce qui est écrit : « Quand le Très-Haut divisait les nations, quand il séparait les enfants d’Adam » nous avons cessé d’être soumis aux anges pour devenir la part du Seigneur. Ceux-ci étaient en possession de ce qui leur était étranger et de ce qui leur diversa tempora dedi. Hæc si in unum voluero supputare, centenarii mihi numeri surama succres- cit, et in uno numéro habebo omnia quæ ante des- cripsi. Sic itaque universa mysteria et omnis dispen¬ satio vetustatis non solum quæ in terris, sed etiam quæ in cœlis gesta est, in Ghristi passione completur. Gum enim semel mihi Ghristus passus fuerit, et sepultus, et resurrexit, et ad Patrem victor ascenclerit ; non necesse habeo veterem numerum, quia in uno omnia teneo. Diligenter attendite, quod non solum omnes historiæ Scripturarum, quas in terra gestas Spiritus sanctus enumerat ; sed etiam in cœlestibus quæ nobis occultæ sunt, in Ghristi recapitulata passione teneantur. «In quo et sorte vocati sumus; prædestinati secun- dnm propositura ejus qui universa operatur secundum cons ilium voluntatis suæ.-> Verbum hæreditatis et sortis, per quas in Ghristi partem venimus, ostendit nos de alia . potes ta te ad aliam transmigrasse ; et secundum illud quod in Deuteronomio scriptum est : « Quando dividebat .AUissimus gentes, cura disseminaret filios Adam »Deut. xxiu, 8, de angelorum djtione ad partçm SAINT JÉROME 392 avait étÔ confié, ou qu’ils avaient usurpé. Lui au contraire est rentré en possession de ce qui était à lui, et en montant aux cieux il a emmené captive la captivité, Ps, lxvii ; c’est-à-dire, ceux ' qui étaieut auparavant captifs pour leur perte, il lés a pris pour leur rendre la vie et les ramener au ciel; et dans un certain sens, la captivité, a été prise alors que par cette seconde captivité, les premiers captifs ont été délivrés. Il faut remarquer encore l’emploi simultané que l’Apôtre fait de ces deux mots upoopic^oç et upoôsariç, c’est-à-dire, prédestination et dessein, d’après lesquels Dieu opère toutes choses suivant le conseil de sa volonté. Ce n’est pas que tout ce qui se fait dans le monde, se fasse par la volonté et le conseil de Dieu, autrement il faudrait imputer le mal à Dieu comme en étant l’auteur; mais tout ce que fait Dieu, il le fait avec conseil et par sa volonté, parce que tous ses actes sont pleins de la raison et de la puissance de celui qui les opère. Nous autres hommes nous voulons faire la plupart de nos actions avec conseil, mais l’effet ne suit pas toujours la volonté. Pour Dieu au contraire, nul ne peut lui résister ni s’opposer à l’accomplissement de sa volonté. Or, il veut toutes les choses pleines de raison et de conseil,’ il veut que tous les hommes soient sauvés, et qu’ils parviennent à la con¬ naissance de la vérité, I Tim . n. Mais comme personne ne peut être sauvé sans le concours Domini esse translata*. Et illi quidem aliéna, et sibi yôI commissausurpatatenuerunt. Iste vero recepit sua ; etas- cendens in altum captivam duxit capti vitatemPs. lxvii, id est,eosqui ante capti fuerantinperditionem,ipsecepitad vitam, ut reduceret in excelsum; et quodammodo est capta captivitas, dum per secundam captivitateirfqui prius capti fuera nt, liberantur. Gonsiderandum quod et hic Ttpooptajxbç et 'rcpdÛsanç, id est, « prædestinatio » et « propositum, » simul posita sint, juxta quæ operatur omnia Deus secundum consilium voluntatis suæ. Non quo omnia quæ in mundo fiant, Dei voluntâte et consilio peragantur ; alioquin et mala Deo poterunt imputari ; sed quo uni versa quæ facit, consilio faciat et voluntâte, quod scilicet et ratione plena sint et potestate facientis. Nos homines pleraque volu- mus facere consilio ; sed nequaquam voluntatem sequi- tqr effectus. Illi autem nullus resistere potest, quin omnia quæ voluerit, faciat. Vult autem ea qusecumque sunt plena rationis atque consilij, vult salvari omnes, et in agnitionem veritatis venire L Tim . n. Sed,, quia nullus absque propria voluntâte salyatur (liberi enim de sa propre volonté, (car nous avons notre libre arbitre), Dieu veut que nous voulions le bien, afin que grâce à cette volonté, il veuille accomplir en nous le conseil de sa volonté. « Afin que nous soyons la louange de sa gloire, nous qui les premiers avons espéré en Jésus*- Christ. » Si l’Apôtre avait dit seulement, « nous qui avons espéré en Jésus-Christ, » nous aurions clairement ce sens, que ceux^qui ont espéré en Jésus-Christ ont été appelés par le sort selon le décret de celui qui fait toutes choses suivant le conseil de sa volonté. Mais maintenant l’addition de ia préposition, nous force d’admettre le sens que avons discuté plus „ haut, en expliquant ces paroles ; « Qui nous a. bénis de toute bénédiction spirituelle, des dons célestes dans le Christ. Comme il nous a élus en lui avant la création du monde, afin que nous fussions saints et sans tache en sa présence, » c’est-à-dire que de même qu’il nous a bénis do toute bénédiction spirituelle, de tous les dons célestes, et qu’il nous a choisis avant la création du monde; ainsi il est dit de nous, que nous avons espéré auparavant en Jésus-Christ, depuis le moment où nous avons été choisis, prédesti¬ nés et bénis de tous les dons célestes. Mais d’autres qui ne peuvent supporter cette doctriue que nous ayons existé et espéré en Jésus-Christ avant que notre âme fût unie à ce corps, don¬ nent cette explication : A l’avènement de Notre- arbitrii lumus), Yult nos bonum Yelle, ut cum Yolueri- mus, velit. in nobis et ipse suum implere consilium, « Ut simus in laudem gloriæ ejus, qui ante speravi- mus in Christo. » Si, « speravimus, » tantum \Al . ante] dixisset, « in Christo, » et non præmisisset, « ante speravimus, » quod Græce dicitur irpo7]À7rL>«ksç, esset manifeslior sensus, eos qui speraverunt in Christo, sorte vocatos esse [Al, et esse] et prædestinatos secun¬ dum propositum ejus, qui universa operatur juxta con¬ silium voluntatis suæ. Nunc vero præpositionis adjectio, ad illam nos intelligentiam trahit, de qua superiüs disputa vimus exponentes hoc quod scriptum est : « Qui benedixit nos in omni benedictione spiritual! , in cœles- tibus in Christo, sicut elegit nos in ipso ante constitutio- nem mundi, ut essemus sancti etimmacuiati coram ipso ; » quod scilicet sicut jam nos beuedixerit omni bene¬ dictione spirituali in cœlestibus, et elegerit ante cons- titutionem mundi; ita etiam nunc sperasse ante dica- mur in Christo, ex eo tempore quo electi et prædesti- nati, et benedicti sumus in cœlestibus, Alius vero hoc dogma non sustinens, quod ante iuerimus et speravimus COMMENTAIRES SUR , L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 393 Seigneur Jésus-Christ lorsque son nom fera fléchir tout genou dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confessera que Notre-Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père Philip . nr, lorsque toutes choses lui seront assujetties, les unes volontai¬ rement, les autres par nécessité; alors ceux qui, avant que sa majesté fût présente, auront espéré en lui, seront la louange de sa gloire et seront appelés a7r^X7ux Lptinus interpres pro « arrhabone » posuit. Non COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX ÉPHÉS1ENS 395 une obligation donnée de l’acquisition qui doit avoir lieu; le gage au contraire, c’est-à-dire en grec èvs/upov est donné et en échange d’une somme prêtée, et lorsque cette somme est rendue, le créancier rend également le gage qu’il avait reçu. De même là ou la version latine porte : « pour le rachat de son acquisition, » le texte grec. n’a point le mot uloQeafav, mais sim¬ plement 7ï£pt7ro^V|(jtv; que nous pouvons rendre par acquisition ou possession, mais sans rendre la force de l’expression. Car il est beaucoup d’expressions qui ne peuvent être traduites ni du grec en latin, ni de l’hébreu en grec; et réciproquement, ni du latin en grec, ni du grec en hébreu. Donc, quiconque aura reçu non seu¬ lement l’Esprit-Saint, mais l’Esprit-Saint de la promesse, recevra en même temps l’arrhe de l’héritage, lequel héritage est la vie éternelle. Et do même que d’après l’arrhe on peut juger de la valeur de l’acquisition et de la possession de ce qu’on a en vue, par exemple une arrhe de dix pièces d’or fait estimer la possession à cent pièces d’or; une arrhe de cent pièces d’or, à mille pièces d’or, ainsi la valeur différente de l’arrhe peut faire connaître la gran¬ deur de l’héritage qu’on doit recueillir plus tard. Quelque saint, quelque parfait que soit un chrétien, fût-il au jugement de tous, digne .de l’éternelle béatitude, il faut nécessai- idipsum autem « arrhabo, » quod « pignus » sonat. Arrhabo enim futur æ emptioni quasi quoddam testi— monium, et obligaraentum datur, Pignus vero, hoc est Evlyupov, pro mutua pecunia opponitur; ut cum ilia reddila fuerit, reddenti debitum pignus a creditore réddatur. Rursum in eo ubi ait ; « In redemptionem » adoptionis, non habet in Græco utoOscnav, sed -jrepi- Tiorqcnv, quam nos « acquisitionem, » sive « posses- sioneru, » possunius dicere ; nec tanien vim sermonis expressimus. Multa enim vei’ba sunt, quæ nec de Græco in Latin uni transferri valent, nec de Hebraico in Grsecum ; et reciproce nec de Latino in Græcum, nec de Græco in. Hebræum. Quicumque igitur non tantum Spiritual sanctum, sed Spiritum sanctum repromissionis acceperit, simul consequetur, et arrha- bonem liæreditatis, quæ hæreditas vita perpétua est. Et quomodo ex arrhabone æslimatur qualis emplio futura sit, et quæ possessio ; verbi causa, ex decem solidis, ceritum solidorum villa, et ex centum solidis mille solidorum possessio; ita ex varietate arrhabonis, bæreditatis, quoque postea seculuræ magnitudo ccgnos- citur. Qnamvi» 'autem sanctus sit aliquis atque perfectus, rement qu’il reçoive l’Esprit-Saint comme arrhe de cet héritage. Or, si l’arrhe est si précieuse, que sera-ce de la possession? Or, de même que l’arrhe qui nous est donnée n’est pas en dehors de nous, mais au dedans de nous, ainsi l’héri¬ tage lui-même qui n’est autre que le royaume de Dieu est au dedans de nous et s’établit au dedans de notre âme. Car quel plus riche héri¬ tage peut-on imaginer que de contempler, que de considérer, de voir par la pensée, la beauté de la sagesse, du Verbe, de la vérité, de ïa lumière, et de contempler l’ineffable et magnifi¬ que nature de Dieu et la substance de toutes les choses créées à son image. Or, cet esprit saint de la promesse qui est l’arrhe de notre héritage, est maintenant donné aux saints pour qu’ils soient rachetés et unis à Dieu pour la louange de sa gloire. Ce n’est pas que Dieu ait besoin de la louange de personne, mais la.x louange de Dieu est utile à ceux qui en sont les instruments ; et en reconnaissant sa majesté et sa grandeur par le spectacle de ses œuvres, ils éclatent et se répandent en sentiments d’admiration et de louange. « C’est pourquoi moi aussi, apprenant quelle est votre foi dans le Seigneur Jésus, et votre charité pour tous les saints, je no cesse de rendre grâces pour vous, faisant mémoire de vous dans mes prières, afin que le Seignour de et omnium judicio beatitudine dignus putetur ; tamen ad futuram hæreditatem mine arrhabonem est Spiritus consecutus. Si autem arrhabo tantus, quanta erit ipsa possessio ? Quomodo autem arrhabo qui nobis tribuitur, non est extra nos, sed intra nos est ; sic et ipsa hære¬ ditas, hoc est regrnun Dei quod intra nos est, in nobis versatur iutrinsecus. Quæ enim potest esse major hære¬ ditas, quam contemplari et videre sensu pulchritudinem ' Sapientiæ, et Verbi, et Veritatis, et Luminis, et ipsius inelïabilem, et magnificam Dei considerare naturam, omnjumque quæ \AL qui] ad similitudinem Dei condita [Al. conditi] sunt, substantiam contueri ? Iste autem spiritus repromissionis sanctus, qui est arrhabo hære- ditatis nostræ, idcirco nunc sarictis datur, ut redi- mantur et copulentur Deo in laudem gloriæ ipsius. Non quod Deus laude alicujus indigeat, sed quo laus Dei laudatoribus prosit, et dum per singula opéra majes- tatem ipsius magnitudinemque cognoscunt, ad laudan- dum eum miraculo stuporis erumpant. « Propterea et ego audiens fidern- vestrain in Domino Jesu, et in omnes sanctos, non cesso gratias agens pro vobis, memoriam vegtri façiens in orationjbus meis ; ut 396 SAINT JÉROME Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Père de la glôiro, vous donne l’esprit de sagesse et de révélation pour le connaître, qu’il éclaire les yeux de votre cœur. » Bien que la traduction littérale de ce passage puisse excuser l’Apôtre aux yeux d’un lecteur attentif, de ce que le contexte de toute cette phrase paraisse sur¬ chargé et qu’il y ait même un solécisme, il faut dire cependant que le texte grec lui-même est défectueux. Aussi, c’est surtout aux Grecs qui nous accusent, que nous répondrons, et nous nous efforcerons d’établir ainsi l’ordre et la suite de toute la phrase : Apprenant votre foi dans le Seigneur Jésus et votre charité pour tous les saints, et voyant la différence de votre foi dans le Seigneur Jésus, et votre charité pour tous les saints, je ne cesse de rendre grâces pour vous, et de faire mémoire de vous dans mes prières, afin que le Seigneur de Notre- Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous donne l’esprit do sagesse et de révélation. Ce qui suit : « qu’il éclaire les yeux de votre cœur,» peut être rendu ainsi par hyperbate. C’est pourquoi, apprenant votre foi dans le Seigneur Jésus, pour le connaître, les yeux illuminés de votre cœur et votre amour pour tous les saints, je ne cesse de rendre grâces à Dieu pour vous, et 'de faire mémoire de vous dans mes prières, afin que le Dieu de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous donne l’esprit de Deus Domini nostri Jesu Christi, Pater gloriæ, det vobis spiritum sapientiæ et revelationis in agnitione ejus, illuminatos oculos cordis vestri. » Licet verbi ad verbum expressa translatio possit Apostolum dilîgenti excusare lectori, quod videatur omnis sententiæ scatere contextus, et solæcismus fieri, tamen et in Græco vitium sonat. Uüde et nos Græcis potius calumniatoribus respondentes, conabimur ita juxta sensum teinperare ; ordinem lectionis, ut dicamus Audiens fidem vestram in Doinmo Jesu, et in ornnes sanctos ejus ; vidensque differentiam fidei vestræ in Dominum, et in omnes sanctos ejus, non cesso. gratias agere, et memoriam vestri facere in orationibus meis ; ut Domini nostri Jesu Christi Deus, Pater autem gloriæ, det vobis spiri- tum sapientiæ et revelationis. Quod autem sequitur : « illuminatos oculos cordis vestri, » ita per byperbaton reddi potest. Propterea et ego audiens fidein vestram in Domino Jesu in agnitione ejus, illuminatos oculos cordis vestri et in omnes sanctos, non cesso, gratias ageiîfe pro vobis, memoriam vestri facere in orationibus meis, ut Deus Domini nostri Jesu Christi Pater .gloriæ sagesse et de révélation pour le connaître, afin que vous sachiez quelle est l’espérance à laquelle il vous a appelés, etc. Or, le Dieu de Notre-Sei¬ gneur Jésus-Christ le Père de la gloire, doit être entendu dans ce sens, que de même qu’il est dit que Notre-Seigneur Jésus-Christ est la parole, la sagesse, la vérité, la paix, la justice, la force, il Soit aussi lui-même la gloire, selon ce qui est dit ailleurs : « La gloire de Dieu apparaîtra; » Levit. ix, 23, et nous voyons presque à chaque page de l’ancienne loi que la gloire de Dieu s’est manifestée sur le tabernacle du témoignage, Nomb. ix. Et le Psahniste chante : Réveillez- vous ma gloire, réveillez-vous Ps. cvii, 3. Cêtte gloire, éclairant le monde de sa splendeur, s’est fait un temple du sein virginal de Marie. C’est de ce temple que le Père de la gloire est rendu le Dieu. Là où il est dit que le Christ est la gloire, on ne fait mention que du Père, mais 1 où le nom de Jésus lui est donné, l’Écriture dit ' qu’il est son Dieu sans aucune addition. Donc, ce Dieu de l’homme qu’il s’est uni, le Père de la gloire, de la sagesse, de la vérité donne à ceux qui croient en son Fils, l’esprit de sagesse et de révélation, afin qu’ils deviennent sages et qu’ils puissent contempler à face découverte la gloire du Seigneur. Lorsque cet esprit de sagesse et de révélation les a rendus vrai¬ ment sages, et que ces mystères cachés leur ont été révélés par une suite nécessaire, ils ont det vobis spiritum sapientiæ, et revelationis in agni- tionem; ut sciatis quæ sit spes vocationis vestræ, etc. Porro Deus Domini nostri Jesu Christi, Pater autem gloriæ, ita intelligendus, ut quomodo, Dominus noster Jésus Christus ipse est sormo, sapientia, veritas, pax, justitia, fortitudo, ipse sit etiam gloria, secundurp hlurî quod alibi dicitur : « Appa rebit gloria Dei » Levit. ix, 23 et in omni pene veteri Lege, scriptum est super tabernaculum testimonii' visam esse gloriam Dei Nty'in. ix. Et Psaîmista canit : « Exsurge, gloria mea, exsurge» Ps. CYii, 3. Quæ gloria illuminans suo fulgore mundum, templum sibi de virginaü utero fabricata est. Cujas templi Pater gloriæ efficitur Deus. Et ubi Christus gloria est, ibi tantum Pater dicitur : ubi Jésus, ibi Deus ejus, absque addi tamen to aliqno nominalùr. Iste igituv Deus assumpti hominis, Pater yero gloriæ, sapientiæ, veritatis, dat credentibus in Filium suum spiritum sapientiæ, et revelationis, ut sapientes fiant, et revelatu facie gloriam Domini contemplentur. Quæ sapientia eî revelatio cum eos sapientes fecerint, et mysteria illis occulta aperuerint ; statim sequitur ut habeant illumi- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHES1ENS , 397 aussitôt les yeux du cœur illuminés. Ces paroles ’ les plus reculés se souviendront du Seigneur et nous font voir que l’Écriture donne des membres à l’homme intérieur par anàlogie avec les membres du corps. Ainsi, évidemment il nomme ici les yeux du cœur, que nous ne pouvons comprendre si nous les séparons de l’èsprit et de l’intelligence. A ces paroles se rap¬ porte ce que dit le Psalmiste : « Éclairez mes yeux, de peur que je ne m’endorme dans la mort »' Ps.- xii, 4. Et dans un autre endroit : « Les yeux du sage sont dans sa tête » Eccle s. n, 14. Car si nous entendons ces paroles des yeux du corps, ce n’est pas seulement le sage, .mais l’insensé qui a les yeux dans la tête. La tête du sage est donc ici son intelligence qui est appelée autrement, l’âme, l’esprit et la partie principale du cœur. L’Apôtre ajoute : « pour le connaître, » c’est-à-dire, eiuyvuxjei cukou lien est qui établissent cette différence entre yvuxnv et emyvoxnv, c’est-à-dire entre la notion et la con¬ naissance que la notion a pour objet les choses que nous ignorons et que nous commençons ensuite à savoir. La connaissance, au contraire, a pour objet les choses que nous savions, q.ue nous avons cessé de savoir, et dont nous nous souvenons dans la suite. Ils imaginent une vie antérieure dans les cieux, et après avoir oublié Dieu lorsque nous avons étéjetés du ciel dans ces corps, maintenant nous le connaissons par révélation selon ces paroles : « Tous les peuples natos oculos cordis. Ex verbis præsentibus approbatur secundum exterioris membra hominis, etiam interioris hominis membra d'ici. Ecce enim manifeste cordis oculos appellavit,quos absque sensu et mente intelligere non possumus. Huic et illud Psalmistæ convenit : « Illumina oculos meos, ne uraquam obdormiam in morte » Ps. xii, 4. Et alibi : « Sapientes oculi in caprte ejus » Ecoles, n, 14. Si enim simpliciter oculos carnis acci- pimus, utique non sôlum sapientis, sed etiam insipientis oculi in capite ejus sunt, Caput itaque sapientis, sensus accipitur ; qnia alio verbo mens, et animus, et prin¬ cipale cordis appellatuv. Quod vero ait, « in agnitione ejus, » id est, i'KiyvtàGti ocutou, quidam sic intelligunt, i\t inter yvtomv et £7rtyv(ucuv, boc est, inter « notionem et « agnitionem, » illud intersit ; quod notio eorum sit quse ante non scivimus, et ea postea scire cœpimus. Agnitio vei’O eorum quæ prius scientes deinceps sciie desivimus, eorumque postea recordamur, et priorem quamdam vitam in cælestibus suspicantur, postquam in corpora isla dejecti et obliti Dei Patris, nunc emn per revelationem cognoviinus, secundum illud : se convertiront à lui » Ps, xxr, 28, et d’autres choses semblables qu’ils racontent. « Afin que vous sachiez à quelle espérance vous avez été. appelés, quelles sont les richesses de gloire de l’héritage destiné aux saints, et quelle est la grandeur sur éminente de sa vertu en nous, qui croyons, selon l’opération de la puis¬ sance de sa vertu, qu’il a exercée dans le Qhrist, en le ressuscitant d’entre les morts. » Celui à qui a été donné, comme le demandait saint Paul, l’esprit de sagesse et de révélation pour voir clairement et sans nuage, connaîtra la récompense réservée à ceux qui sont appelés, ce que doivent espérer les saints de Dieu, et les biens qu’il doit donner en abondance et avec générosité à ceux qui attendent son héritage. Pour arriver à cette connaissance, ceux qui, à la ressemblance de Paul, sont appelés à la foi, doivent être nécessairement aidés par la gran¬ deur de la vertu de Dieu, qu'il a manifestée dans le Christ en le ressuscitant d’entre les morts. Cet héritage peut s’entendre de deux manières, soit premièrement, que le premier-né de toute créature soit l’héritage de l’âme de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et de l’homme qui a été formé d’un corps et d’une âme, et qu’avec l’héritage de l’âme nous héritions Dieu le Verbe : soit que notre héritage soit en Jésus-Christ, c’est-à-dire, la divinité indivisible du Père, du « Reminiscentur et convertentur ad Dominum omnes fines terræ » Ps. xxi, 28, et cætera liis similia repli- cantes \Al. replicantur] . « Ut sciatis quæ sit spes vocalionis ejus, et quæ divitiæ gloriæ hæreditatis ejus in sanctis, et quæ su- , blimis magnitudo virtutis ejus in nos qui credimus [Al. credidimus] secundum operationem potentiæ virtutis ejus, quam operatus est in Christo, suseitans ilium a, mortuis. » Cui semel, juxta oratiouem Pauli, datus fuerit spiritus sapientiæ et révéla tionis, ut aper- tis oculis cordis aspiciat, iste sciet quæ reposita sunt vocatis, et quæ speranda sanctis Dei, quæ abundanter, et large his qui hæreditatem ipsius suslineni, est daturus. Ad quam notitiam magnitudo virtutis Dei est necessaria in his qui juxta similitudinem Pauli, credentes vocantur, per quam operatus est Deus in Christo Jesu, quem a mortuis resuscitavit. Dupliciter autem intelligenda hæreditas sit animæ Domini nostri Jesu Christi, et ejus qui ex corpore et anima assumptns est hominis, nosqne cum hæreditate animæ hæreditemus Deum Verbum ; sive quod 4n Christo hær éditas nostra sit 398 ' SAINT JÉROME Fils et du Saint-Esprit. Dans ce sens, Dieu serait l’héritage des fidèles et des saints comme nous appelons l’héritage des maisons et des cam¬ pagnes les biens que possèdent les héritiers. Il est écrit dans l’ancien Testament : « Vous ne distribuerez pas d’héritage aux enfants de Lévi parmi leurs frères, car je suis leur héritage » Nomb. xvni, 20; et ailleurs : « Le Seigneur est leur héritage » Peut. xvnr, 2, et le saint Pro¬ phète qui déclare ne posséder rien en dehors de Dieu, s’écrie avec confiance : « Le Seigneur est la part de mon héritage » Ps. lxxii, 26; et encore : « Vous êtes la part de mon héritage et de mon calice » Ps. xv, 5. Ce n’est point pour nous une étude de peu d’importance que de savoir l’espérance de notre vocation et quelles sont les richesses de gloire de l’héritage destiné aux saints. Pour arriver à cette connaissance, nous avons besoin de cette vertu que Dieu a déployée dans son Fils en le ressuscitant d’entre les morts, car il le ressuscite non pas une fois, mais toujours, le rend libre au milieu des morts, sans que la contagion de la mort puisse l’atteindre et le souiller. Tous les jours le Christ ressuscite d’entre les morts, tous les jours il ressuscite dans les pécheurs repentants. Ce n’est pas qu’il n’ait pas eu, même selon la chair, le pouvoir de donner sa vie et de la reprendre, (car personne ne peut la lui prendre, et il la donne de lui-même,) mais parce que, d’après Pa tri s et Filii, et Spiritus sancti una divinitas ; ut quomodo vocatur hæreditas domorum atque villarum ea ipsa quæ ab hæredibus possidentur; sic ipse Deus hæreditas credentium sit atque sanctorum. Scriptum est et in veteri Testamento : « Filiis autem Levi non dabitis hæreditatem in medio fratrum suorum ; quia ego pars eorum » Num. xviii, 20 ; et alibi : « Dominus hæreditas eorum est » Peut, xvin, 2 ; et sanctus qui extra Deum nihil habere se novit, audacter loquitur : « Pars mea Dominus » Ps. lxxii, 26 ; et « Tues parshæreditatis meæ et calicismei »Pi^.xv,5. ‘ Non ergo parvi studii est, ut sciamus spem vocationis, et divitias gloriæ hæreditatis Dei in sanctis'; ea quippe indigemus ad hæc cognoscenda virtute, qua etiam in Filio suo Deus usus est suscitando ; quem suscitavit non semel, sed semper a mnrtuis et feoit eum in mnrtuis liberum, nulla mortis contagioné maculatum. Quotidie Ghristus resurgit ex mortuis ; quotidie in pœnitentibus suscitatur. Non quo non habuerit etiam secundum earnem potestatem animæ suæ ponendæ, et iterum resumendæ ejus (nemo quippe tollit eam, nisi ponat illam a semet- l’économie do son incarnation et de sa filiation divine, en tant qu’homme et Fils de Dieu, on, dit qu’il a été ressuscité par Dieu et par son Père, « Et il l’a placé à sa droite dans les cieux, au- dessus de toute principauté, de toute puissance, de toute vertu, de toute domination, et de tout nom qui est nommé non seulement dans le siècle présent, mais aussi dans le siècle futur. » L’Apôtre, à l’aide d’une comparaison prise dans les choses humaines, nous montre la puissance de Dieu. Il ne faut donc point nous figurer qu’un trône soit dressé dans le ciel, que Dieu le Père s’y asseoie, et avec lui son Fils. Mais il ne pouvait nous faire comprendre qu’il est juge et roi qu’en employant notre langage. Nous avons un texte analogue dans le psaume cent- neùvième, où il est écrit : « Le Seigheur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jus- qu’àcequejeréduisevosennemisàêtre l’escabeau de vos pieds » Ps. cix, i. Car si le Fils est assis à la droite du Père avec tous les privilèges de la royauté, il est nécessaire, en poursuivant la même comparaison, qu’il soit supérieur à celui qui est assis à gauche. Mais ces paroles doivent êtro entendues dans un sens différent de celui queprésente la lettre, et c’est ce que nous apprend le même psaume dans ce qui suit : «Vous êtes prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisé- dech; le Seigneur est à votre droite. » Comment peut-il se faire que le Fils étant assis à la droite ipso), sed quo juxta dispensa tionem carnis et filii, homo ot Filius a Deo et Pâtre suscitatus esse dicatur. « Et sedere eum faciens ad dexteram suam in cœles- tibus, super omnem principatum, et postestatem, et virtutein, et dominationem et omne nomen quod nominatur non solum in hoc sæculo, sed etiam in futuro. » Per humanam similitudinem, Dei potentiam demonstrav.it; non quo solium ponatur, et Deus Pater in eo sedeat, secumque Filium habeat resi- dentem ; sed quo nos aliter judicantem atque regnantem, nisi per nostra verba intelligere neque- amus. Ad hoc pertinet, et illud quod in centesimo nono psalmo scriptum est : « Dixit Dominus Domino meo : sede a dextris meis, donec ponam inimicos tuos scabellum pedum tuorum » Psal. cix, i. Si enim juxta regnantis habitum Filius ad Patris dexteram sedet, necesse est ut juxta eamdem similitudinem major sit ab eo qui in læva parte consederit. Quod ut sciamus aliter inteiligi quam littera resonat, idem psalmus in consequentibus docet, dicens : « Tu es sacerdos in æternum secundum ordinem Melchb- 399 COMMENTAIRES SUR L'ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS du Père, le Père nous soit représenté comme assis à la droite du Fils? Ou comment la terre peut-elle être l’escabeau de ses pieds, et le ciel son trône, alors que selon le prophète Isaïe, il tient la terre dans sa main et que de cette main étendue, il mesure , les cieux? isai, xl, 12, Car Dieu ne peut être dans ce qu’il contient lui-même, il ne peut tenir renfermé dans la main ce dont il est environné comme un homme qui est assis? Donc, de même qu’être près de Dieu ou s’éloigner de lui, doit s’estimer et s’entendre non d’après la distance des lieux, mais selon la diversité des mérites, en ce sens que les saints sont près de Dieu, tandis que les pécheurs, dont le prophète dit : « Voici que ceux qui s’éloignent de vous périront » Ps. lxxii, 27, sont éloignés de tout contact prochain avec Dieu; ainsi faut-il entendre cette locution : être assis à la droite ou à la gauche de Dieu; c’est-à-dire que les saints sont à sa droite et les pécheurs à sa gauche, au témoignage du Sau¬ veur lui-même, dans l’Évangile, lorsqu’il dé¬ clare que les brebis seront à la droite, et les boucs à la gauche Matth. xxv. Ajoutons que le verbe s’asseoir lui-même exprime la puissance royale, en vertu de laquelle Dieu comble de ses sedec : Dominus a de x tris tuis. » Quomodo enim cum Filius Patris ad dextram sedeat, rursum Pater a dextris ejus esse perhibetur ? Aut qua ratione terra scabellum est pedum ejus, et cœlum thronus ipsius, cum et terram secundum Isaiam pugillo conti- nere dicatur, et cœlum palmæ extensions metiri Isai. xl ? -Nom enim potest intra îd esse quod ab eodem continetur ; nec in manu inclusum tenere, a quo ipso juxta sedentis habituai circumdetur. Sicut ergo proximun esse Deo, vel ab eo procul recedere, non secundum locorum spatia, sed juxta mérita sentiendum est, quod sancti juxta eum sint ; peccatores vero, de quibvïs ait pvopheta dicens : « Eece qui elongant se a te, peribunt » Ps. lxxii, 27, ab omni ejus vicinia submoveantur ; sic et in dextris vel in sinistris Dei esse, accipiendum est; quod sancti a dextris ejus sint ; peccatores vero a sinistris, Salvatore quoque idipsum in Evangelio comprobante, cum oves a dextris, hædos esse memoret a sinistris Matth, xxv. Sed et ipsum verbum « sedere, » regn.i signifîcat potes- tatem, perquam beneficium eisDeus tribuit, super quibus bienfaits ceux >sur lesquels il daigne s’asseoir; c’est-à-dire qu’il les conduit, qu’il les porte dans son char, et qu’il assujettit à sa volonté ceux qui menaient auparavant une vie errante et sans frein. On demande maintenant comment il faut entendre les paroles qui suivent : « au- dessus de toute principauté, de toute puissance, de toute vertu, de toute domination, et de tout nom qui est nommé non seulement dans le siècle présent mais aussi dans le siècle futur. y> Nous avons expliqué ce que signifie être assis, et être assis à la droite ou à la gauche. Nous avons à examiner maintenant où l’Apôtre a trouvé dans f Écriture ces quatre noms, de prin¬ cipauté, de puissance, de vertu, de domination, et de quel endroit il les a insérés dans son épître. Car il n’est pas permis de supposer que celui qui avait été instruit à l’école des lettres divines, ait pu écrire des choses qu’il n’aurait pas prouvées dans la sainte Écriture. Je pense donc, ou qu’il aura tiré ces noms des traditions secrètes des hébreux, ou plus probablement, l’Apôtre, comprenant que la loi était spirituelle, a reproduit, en les appliquant à des faits plus relevés, les faits consignés dans l’histoire. II a reconnu que ce que les Nombres et les sedere dignatur ; quod scilicet regat eos, et in curru suo habeat, et ad nutum proprium vaga prius, et libéra colla convertat. Post hæc quæritur, quomodo id quod sequitur, possit mtelligi, « super oinnem princi- patum, et potestatem, et virtutem, et dominationem, et omne nomen quod nominatm;, non solum in hoc sæculo, sed etiam in fuluro. » Et quidem de dex¬ tris ac sinistris, et de seesione jam diction est. N une quærendum ubi Apostolus hæc quatuor nominà, « principatum, » loquor, et « potestatem, virtutem, » et « dominationem, » scripta reperit, et in medium unde protulerit. Ne que enim fas est eum qui divina le- clione fuerat instructus, aliquid locntum putare quod in sanctis voluminibus non hahetur. Arbitror itaque ilium aut de traditionibus, Hebræorum ea quæ sécréta sunt, in medium pivtulisse; aut certe quæ quasi juxta historiam (1) scripta sunt, cum in- telligeret legem esse spiritualem, sensisse subli- mius, et quod de regibus atque principibus, ducibus quoque, tribunis et centurionibus, in Numéris, et in Regnorum libris refer tur, imaginem aliorum (1) Facem bæc prætulil Grolio Hicronymi conjectura, ni islbœc dignitalum nomina ad instar earum, quæ in Persnrnm nula primas obtine- bant, fuisse excogilala, perquarn erudite docuerit. JEquidem et numerus septem angelorum, qui præcipua cum dignitale stant coram Doo optime cum septem minislris, qui régi Persidis astabani, cumque ridere, alloqui, et consulere pro lubilu poteranl; nec dubium est, Scriptq- iûm iis possim, quæ ad Hcbræorum concepium, mentemque propiora eront, ipEom ge conformare. Ed. Mig. 400 SAINT JEROME Livres des Rois rapportent des rois, des princes, des chefs, des tribuns et des centurions était l’image d’autres princes et d’autres rois, et qu’il y avait aussi dans les deux des principau¬ tés, des puissances, des dominations, des vertus, et les antres noms de différents ministères que nous ne connaissons pas, et que Paul lui-même, revêtu de ce corps qui appesantit l’esprit, n’a pu énumérer. Or, s’il y a des principautés, des puissances, des vertus, dos dominations, il est nécessaire qu’ils aient des sujets . qui les craignent, qui los servent, et d’autres qu’ils font entrer en participation de leur force. Ces distributions d’offices différents ne se bornent pas au temps présent, elles subsisteront encore dans le siècle futur, c’est-à-dire, que dans une mesure proportionnée aux progrès dé chacun, aux honneurs qu’il mérite, à sa marche ascendante ou descendante, les esprits cé¬ lestes sont élevés en dignité ou descendent et sont assujettis tantôt aux puissances et aux vertus, tantôt aux principautés et aux domina¬ tions. Nous, pauvres petites créatures, qui devons être sitôt réduites en cendre et en pous; sière, si la volonté des hommes nous élève jusqu’à la royauté, nous avons des multitudes si considérables de ministres de toutes sortes, qu’il est plus facile de les imaginer que de les exprimer. Ainsi, par exemple, un préfet pour ce qui est du civil, a des juges, des pro- principum regnumque cognovisse; quod scilicet in cœlestibus sint principatus, sint potestates, sint dominationes atque yirtutes, et caetera ministerio- rum vocabula; quæ nec nos possumus nominare, nec ipsum Paulum,; puto, ut in gravi corpusculo constitutum, ' enumerare yaluisse. Si autem sunt principatus, et potestates, et Yirtutes, et domi¬ nationes, necesse est ut et subjectos habeant, et timentes se, et servientes sibi, et eos qui sua fortitudine roborentur. Quæ distributiones officio- rum. non solum in præsentiarum, sed etiam in futuro s.æculo erunt ; ut per singulos profectus, et honores, et ascensiones, etiam et descensiones, vef ■ crescat aliquis, vel decrescat, et sub alia atque alia potestate, virtute, principatu, et dominatione fiat. Nos homunculi cito in cinerem, et pulverem dissolvendi, si consensu hominum Ievemur in reges, tantashabemusministrorum diversitates et multitudines, quantas facilius possumus sentire, quam dicere : V.erbi causa; quod Præfectus in parte civili, judices, provin- cias, et ordinem suum habeat; rursum militia, in tôt vinces, et des gardes à lui ; la milice, à son tour, . se divise en tant .de comtes, de généraux, de tribuns et d’armées multipliées; et nous pensons que Dieu, le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois se contenterait d’un seul ordre de ministres? * « Et il a mis toutes choses sous ses pieds, et il l’a établi chef de toute l’Église, qui est son corps et la plénitude de celui qui accomplit tout en tous. » Il semble que ce passage soit en contradiction avec ce qui est écrit ailleurs : « Main¬ tenant, nous ne voyons pas encore que tout lui soit soumis » et à ces autres paroles : « Il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il réduise tous ses ennemis sous ses pieds, » I Cor. xv, 25. Car si toutes choses ne lui sont pas encore soumises et qu’il doive, régner jusqu’à co que tout luiv soit assujetti, comment Dieu a-t-il dès mainte¬ nant soumis toutes choses sous ses pieds? D’autant plus que saint Paul ilui-mêmé fait ailleurs cette déclaration : « Lors donc que toutes choses auront été assujetties au Fils? alors le Fils sera lui-même assujetti à celui qui lui aura assujetti toutes choses, afin que Dieu soit tout on tous, » I Cor. xv, 28. Donc, c’est en vertu d’une préscience divine que saint Paul rapporte comme déjà fait, ce qui doit se faire, suivant le sens que nous avons donné plus haut à ces paroles : « Il nous a comblés en ' j Jésus-Christ do toutes bénédictions spirituelles comités, duces, tribunos, et multiplicem scindatur : exercitum; et putamus Deum, Dôminum Dominorunv et regem regnantium, simplici tantum ministerio co'ntentum? « Et omnia subjecit pedibus ejus, et ipsum dedfteaput super oinnia Ecclesiæ, quæ est corpus ipsius; plenitudo ejus qui omnia in omnibus adimpletur. » Huic vide tu r illud esse contrarium, quod alibi scribitur : « Necdum enim ei videmus omnia subjecta. » Sed et illud : Opovtet enim ilium regnare, donec ponat omnes inimi- cos sub pedibus ejus » I Cor. xv, 25. Si enim necdum ei subjecta sunt omnia, et oportet eum regnare, donec ei subjiciantur omrya; quomodo nunc sub pedibus ejus Deus universa subjecit? Maxime cum et in alio.locô Paulus ipse testetur : « Cum autem ei subjecta fuerint omnia, tune et ipse Filius subjicietur ei qui sibi subjecit omnia; ut sit Deus omnia in omnibus? » I Cor. xv,28, Ergo aut secundum præscientiam \À L præsentiamj id quod futurum est, quasi jam factum esse commémorât, juxta sensum quem supra exposuimus, 'übi ait : « Be- nedixit nos in ômni benedictione spirituali in coaléstibnâ COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS pour les biens célestes. » Ou s’il faut entendre ces paroles au passé, nous devons les prendre dans ce sens, que les choses mêmes qui ne lui sont pas volontairement assujetties, lui sont soumises par lour condition naturelle, par exemple, les démons, les Juifs et les Gentils. Car ils ne servent pas Jésus-Christ, ils ne sont point soumis sous ses pieds, et cependant, comme ils ont été créés par lui pour un bon usage, ils sont soumis à sa puissance malgré eux, bien qu’ils lui soient opposés par la volonté de leur libre arbitre. Ce qui suit s’har- 'inonise avec cette explication : « Et il l’a établi chef sur toute l’Église qui est son corps. » Car, de même que le corps a plusieurs membres qui lui sont subordonnés, dont quelques-uns sont défectueux et faibles, ainsi Notre-Seigneur Jésus-Christ, étant chef de l’Église, a pour membres tous ceux que l’Église réunit dans son sein, tant les saints que les pécheurs ; mais les saints lui sont soumis volontairement, la sou¬ mission des pécheurs est forcée. Aussi arrive-t- il, que même ses ennemis soient placés sous ses pieds. Car, quant à ces paroles : << Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que je place vos ennemis sous vos pieds » Ps. cix, 1, et ces autres :'« Il faut qu’il règne jusqu’à ce que le Père ait mis în Ghristo. » Aut certe si de præterito sentiendum est; sic debemus accipere, quod etiam ea quæ non sunt ei voluntate subjecta, naturæ conditiône deser- viant; verbi causa, dæmones, Judæi alque Gentiles. Non enim serviunt Ghristo, nec subjecti sunt pedi- bus ejus, et tainen quia ab eo in bonam partem creati sunt, subditi sunt potestati ejus inviti, tainetsi ad- versum eum répugnent liberi arbitrii voluntate. In hune sensum et illud quod sequitur coaptatur : « Et ipsum dédit caput super omnia Ecclesiæ, quæ est corpus ipsius. » Quomodo enim caput plurima sjbi habet membra subjecta, e quibus sunt nonnnlla vitiosa et debilia; i ta , et Dominus noster Jésus Ghris- tus cum sit caput Ecclesiæ, habet membra eos omnes qui in Ecclesia congregantur, tam sanctos videlicet quam peccatores; sed sanctos voluntate, pecca tores vero sibi necessitate subjectos. Atque ita lit; ut etiam inimici subjecti sint pedibus ejus. Quapr opter in eo quod ait, « omnia, » videtur facere quæstionem. Nam illud quod dictum est : « Sede a 401 tous sos ennemis sous ses pieds » I Cor . xv* 25, elles n’ont pas grand besoin d’interprète pour expliquor que les ennemis du Fils, lorsqu’ils auront été vaincus, seront soumis sous ses pieds et assujettis sous la puissance du vainqueur. Mais pourquoi toutes les créatures, les anges eux-mêmes, les Trônes, les Dominations, les Puissances et les autres Vertus qui n’ont jamais eu opposition avec Dieu lui seront-elles assujet¬ ties? C’est ce qui reste obscur. On peut répondre que nul être n’est sans péché, et que les astres eux-mêmes ne sont pas purs devant Dieu, Job xv, et que toute créature redoute l’arrivée de son créateur. Aussi est-il dit dans l’Écriture, que la croix du Sauveur a purifié non seulement toutes les choses qui sont sur la terre, mais aussi celles qui sont dans le ciel. Un autre interprète explique le mot « toutes » non de l’universalité des êtres, mais de ceux-là seules ment qui sont l’objet de cette discussion, ou d’une autre manière, comme lorsqu’on dit toute la ville a poussé des cris, non pas qu’il n’y ait pas eu un seul habitant gardant le silence, mais parce que dans la grande majorité se trouve comprise la minorité. C’est ainsi que l’Apôtre saint Paul dit lui même ; « Tous cherchent leurs intérêts, non les intérêts de Dieu » Philip, n, 21, ôt dextris meis, donec ponam inimicos tuos sub pedibus tuis » Ps. cix, U Et alibi : « Oportet enim eum regna- re, donec ponat omnes inimicos sub pedibus ejus » I Cor. xv, 25; non magnopere quærit interpretem, ut ea quæ inimica sunt, cum fuerint superata, subjician- tur pedibus ejus, et in victoris transeant potestatem. Gur autem omnia, id est, angeli, throni, domina- tiones, potestates, et virtutes cæteræ, quæ num- quam fuerunt contrariæ Deo, ejus pedibus subjician- tur, videtur obscurum, Pote^t itaque responderi quod absque peccato nullus sit, et sidéra ipsa non sint munda coram Deo, omnisque creatura paveat Greatoris adventnm Job xv. Unde et crux Salva- toris non solum ea quæ in terra, ! sed etiam (1) quæ in cœlis eraut purgasse perhibetnr. Alius vero, « omnia, » non ad nniversitatem, sed ad ea tantum refer t, de quibus disputa tum est; vel hoc modo, omnis civitas conclamavit, non quo aliquis tacens in urbe non fuerit, sed ex parte maxima etiam ea quæ minora sunt appellantur. Et ipse Paulus apostolus : » Omnes, (1) Paria his replicat inferius, cap. 11, vers, 2i, et ïib. n, cap. m, vers. 10, denique et eap. îv. Scilicet in eam concedit ubique sententiam Christi crucem non solum nobis, ped et angelis snpernisquo cœioris virtiuibùs profuisse. NonnuUa et nos attigimus hac super re ad Qrigeni homiliam 23, ubi satis ille absurde prommtiat, angelos, non secus quam hommes, Christi morte ad salutem indiguisse. Verum non usque adeo exaggerat Hieronymus, ejusquo salis commodo sensu exponi mens potest, quidquid contra obganniat Rufinus lib, i, n. 38. Nos hæc Jûtins edissereimis paulo posl ad onpl i, vers. 10, quo loco ipse se luculemius eipticat S, Pater. Ed . Mig* Tgm. x, 26 402 SAINT ■ encore : « Tous m’ont abandonné. » Cependant, ni Timothée, ni les autres disciples qui étaient avec lui dans le temps qu’il écrivait ses lettres ne Pavaient abandonné; mais comme il avait été abandonné par le grand nombre, il se plaint de l’avoir été par tous, c’est-à-dire 'par la plus grande partie de ses disciples. Nous trouvons un passage analogue dans un psaume : « Tous se sont égarés, ils sont devenus inutiles, il n’en est point qui fasse le bien, il n’en est pas un seul, » Ps. xui, 3. Car, si tous se sont égarés, donc celui qui parle s’est égaré lui-même. Et ailleurs : « J’ai dit dans le trouble de mon âme, tout homme est menteur » Ps. cxv, 2. Car ce qu’il dit est vrai ou faux. Si tout homme est menteur, donc celui qui parle l’est aussi. Mais si celui qui parle est lui-même sujet au mensonge, il no dit ;donc point la vérité, lorsqu’il affirme que tout homme est menteur. Si cependant l’affirmation du Psalmiste est vraie, il faut entendre le mot tous dans le sens indiqué plus haut, que la plus grande partie des hommes est sujette au men¬ songe. L’Apôtre écrit encore ailleurs : « Ensei¬ gnant tout homme » Coloss. m, 16; et ailleurs : « Avertissant tout homme. » Est-ce à dire qu’il les ait tous enseignés? Mais combien qui, jusqu’à ce jour n’ont point entendu la. doctrine de l’Apôtre, et ne connaissent pas même son nom? Il veut donc dire qu’il enseigne et avertit ceux JÉROME qui sont dans l’Eglise, et qui désirent connaître les vérités divines. Saint Paul ajoute : « Et sa plénitude de celui qui accomplit tout en tous. » Il faut entendre ces paroles comme ces autres. « Alors le Fils lui-même sera assujetti à celiïi qui lui aura assujetti toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous » I Cor . xv, 28. Car, maintenant Dieu est dans chacun de nous comme partiellement, dans l’un il est la justice, dans l’autre la chasteté, dans celui-ci la tempérance, dans celui-là la sagesse, dans un autre, la force, car il est difficile de trouver, même . dans les saints et les parfaits, toutes les vertus réunies. Mais lorsque pour la ftn de toutes choses et à la consommation du monde, tout lui sera soumis, il se complétera entièrement dans tous; c’est-à- dire que Dieu, étant le centre et la plénitude dë toutes les vertus, il se complétera entièrement dans tous, et tous posséderont alors en totalité les dons qu’ils ne possédaient auparavant qu’en partie. Quant à ces paroles : « Et il l’a établi chef sur toute l’Église, qui est son corps et la plénitude de celui qui se complète entièrement dans tous ses membres, » on peut les entendre non seulement de l’Église composée des hommes, mais aussi de la réunion des anges et de toutes les vertus et créatures raisonnables. Remarquons encore que ces paroles : « qui en toutes choses!- s’accomplit en tous, » ne doivent pas être prises inquit, « sua qnærunt, non ea quæ sunt Dei » Philipp, il, 21; et : Omnes me dereliquerunt. » Non quod Ti- mothæus et cæteri discipuli, qui illo tempore quo Epistolse scribebantur, cum eo erant, ilium relique- rint; sed idcirco, quia a pluribus sit desertus, ab omnibus, id est, a maxima parte, desertum.se esse conqueritur. Simile hnic quid et in psalino sonat : « Omnes declinaverunt, simul inutiles facti sunt : « Non est qui faeiat bonum,' non est usque ad unum Ps. xiii, 3. Si enim omnes declinaverunt; ergo declinavit et îpse qui Ioquitur. Et alibi : « Ego dixi in excessu mentis meæ, omnis homo mendax » Ps. cxv, 2. Aut enim verum est hoc quod dixit, aut falsum. Si omnis homo mendax est, ergo mendax est et ipse qui Ioquitur. Si aut'em mendax est et ipse qui Ioquitur, ne hoc quidem quod ait yerum est, omnern hominem esse m end a ce m, Porrp si ver a sententia est, omnes sic accipiepdi sunt, ut supra diximus, quod magna pars hominum mentiatur. Scribit, et alibi Àposto- us : « Docentes omnern hominem » Coloss . m, 16. Et rursum, « commonentes omnern hominem; » non quod omnes hommes docuerit; quanti enim sunt qui usque JivvJic lltJU uui-uL-jucuii jfi.pucjLu.il auuiere, sed quod eos omnes docéat et admoneat, qui in Ec- clesia sunt, et cupiunt scire quæ Dei sunt. Sequitur f «Plénitude ejus qui omnia in omnibus adimpletur. » Quod quidem sic accipiendum, quemadmodum et iJlud : « Tune subjicietur ei qui sibi subjecit omnia, ut sit De us omnia in omnibus » I Cor. xv, 28. Nu ne enim Deus per partes in singnlis est, in alio justitia, in alio castitas, in alio temperantia, in alio sapientia, in alio fortitudo; et difficile est etiam in sanctis viris atque perfectis omnes pariter esse virtuteS. Cum aui- tem in fiuem rerum, et consummatione mundi, ei fuerint universa subjecta, adimplebitur omnia in om¬ nibus ; ut juxta id quod Deus est cunctis virtutibüs pie nus, omnia in omnibus adimpleatur, et sint uni- versi habentes omnia, quæ ante singula singuli pos- sidebant. Sed et hoc quod ait : « Et ipsum dédit caput saper omnia Ecclesiæ quæ est corpus ipsius; plénitude* ejus qui omnia in omnibus adimplëtur, non solum ho- minum, sed etiam angelorum cunctarumque virtü- tum, et ratio nabilium creaturarum Ecclesia intelligi potest. Nec non et hoc « Qui omnia in omnibus adim COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AU& EPHÈSlENS dans le premier sens qu’elles présentent; car l’Apôtre ne dit point : Qui accomplit toutes choses en tous, mais « qui en toutes choses est accompli en tous. » Car il y a cette différence entre ces deux mots, rempli et être rempli, que l’un exprime un rôle actif, et l’autre un rôle passif. De même donc qu’un empereur reçoit tous les jours son complément, lorsque ses armées s’augmentent, qu’il s’annexe de nouvelles pro¬ vinces, et que la multitude de ses sujets devient plus considérable; ainsi Notre-Seigneur Jésus- Christ, par là même que tous croient en lui, et embrassent do jour en jour la foi chrétienne, s’accomplit dans tous, c’est-à-dire se complète entièrement dans tous1 ses membres, en ce sens que ceux qui croient en lui sont remplis de toutes les vertus, et que selon ce qui est dit dans l’Évangile, il croît en âge, en sagesse et en grâce, non seulement devant Dieu, mais encore devant les hommes, Luc. n. CHAPITRE IL «Et vous qui étiez morts par vos péchés et par vos crimes, dans lesquels vous marchiez autre¬ fois selon l’esprit de ce monde, selon le prince des puissances de l’air, est esprit qui exerce mainténant son pouvoir sur les dis de la défiance, parmi lesquels nous, tous aussi nous avons vécu selon nos . désirs charnels, faisant la volonté de pletür, » nequaquam ita ut resonat, aeeipiendum; non enfin ait : Qui omnia in omnibus adimplet; sed « qui omnia in omnibus adimpletur. » Siquidem aliud est implere, aliud impleri; quia in altero agenda, in altero patientis est verbum. Sicut ergo adimple¬ tur imperator, si quotidie ejus augeatur exercitus, et fiant novæ provinciæ, et populorum multitudo suc- crescat; ità et Dominus noster Jesu Ghristus in eo quod sibi credunt omnia, et per dies singulos ad fidem ejus veniunt, ipse adimpletur in omnibus; sic tamen ut omnia adimpleatur in omnibus, id est, ut qui in eum credunt, cunctis virtutibus pleni sint, et juxta Evangelium faciant eum proficere ætate, sapientia et grath, non solum apud Deum, sed et apud homines Luo. n. CAPUT II. « Et vos cum essetis mortui delictis, et pec- eatis vestris, in quibus aliquando ambulastis, se- rundum sàeculum mundi hujus, secundum pririci- pem potestatis aeris, spiritus qui nunc operatur in fiiiis diftidontiæ, in quibus et nos omnes conversati su- 403 la chair et de nos pensées, ainsi nous étions par nature enfants de colère comme tous les autres. Mais Dieu qui, est riche en miséricorde, par le grand amour dont il nous a aimés, lorsque nous étions morts par nos péchés, nous a rendus tous à la vie en Jésus-Christ. » Avant d’exposer le sens de chaque mot, il nous faut tout d’abord bien établir la suite du texte de cette manière : Et vous, lorsque vous étiez morts par vos péchés et par vos crimes, Dieu qui est riche en miséricorde par le grand amour dont il nous a aimés nous a vivifiés, dans le Christ; et alors que nous étions morts par nos péchés dans les¬ quels autrefois nous avons marché selon l’esprit de ce monde, selon le prince des puissances de l’air, de l’esprit qui agit efficacement à cette heure sur les fils de la défiance, parmi lesquels nous tous aussi nous avons vécu, selon nos désirs charnels, faisant la volonté de la chair et de nos pensées; et par nature enfants de colère comme tous les autres; il nous a rendu la vie en Jésus- Christ, c’est-à-dire qu’il faut sous-entendre comme si elles étaient répétées deux fois : « Et il nous a rendu la vie en Jésus-Christ. » Quant à la conjonction causative que nous lisons dans cette proposition : « Mais Dieu qui est riche en. miséricorde, » nous pensons qu’elle a étéajoutée par des copistes ignorants, et que cette faute a passé insensiblement dans le texte; ou bien mus aliquando in desideriis carnis nostræ, facientes vo- luntates carnis et cogitationum, et eramus natura fiiii iræ, sicut et eæteri. Deus autem qui dives est in mi- sericordia, propter multam charitatem suam qua dilexit nos et cum essemus mortui peccatis, convivi- ficavit nos Ghristo. » Antequam de singulis verborum sensibus disputemus, videtur no bis ita lectionis ordo, reddendus : Et vos cum mortui essetis delictis et peccatis vestris, convivificavit Ghristo Deus, qui dives est in misericordia propter multam charitatem suam qua dilexit nos ; et cum essemus mortui delictis, in quibus aliquando ambulavimus, seeundum sæculum mundi hujus, secundum principem potestatis aeris, spiritus qui nunc operatur in filiis diffidentiæ, in quibus et nos omnes conversati sumus aliquando in desideriis carnis nostræ, facientes voluntates earnis et mentium, et eramus natura fiiii iræ, convivificavit nos Christo, ut kno xoivou, subaudiatur quasi his dictum, « et nos convivificavit Ghristo. » Conjunctionem vero causalem in eo 1 co in quo ait : « Deus autem qui dives est in misericordia, » arbitramur aut ab in- doctis seriptoribus additam, et yitiunl inovelissç 404 SAINT JÉROME, qu’elle a été employée par saint Paul qui était inhabile pour la parole, mais non pour la science. » II Cor. xi . No#'s: voyons ici manifeste¬ ment que le péché est appelé la mort de l’àme : « Et vous, lorsque vous étiez morts par vos crimes et par vos péchés, » ce qui est égale¬ ment attesté par Ézéchiel : « L’âme qui aura péché mourra elle-même, » Ezech. xvm, 4. Comme le mot latin delicta , en grec Tropaurcouara, est proprement suivant l’étymologie du mot grec un mot scripturaire, bien que delicta serait plus justement rendu par TrÀY^jiAicu nous demandons ce que signifie le mot delicta , quelle^ distance les sépare des péchés, et quôlle diffé¬ rence entre TtapaTtTcofjuxTa et à[/.apTâxa. Les auteurs disent que le mot Trapa'irrw^a'rx exprime la nais¬ sance et comme le commencement du péché, lorsque la pensée^se glisse secrètement dans notre âme, à la faveur de notre demi-consentement, mais sans nous entraîner encore à notre ruine. Voilà pourquoi il est écrit dans le psaume xvm : « Qui peut connaître ses fautes? » parce qu’il est difficile on effet de connaître les racines, et l’origine des péchés. Le péché au contraire c’ést l’acte coupable consommé dans son entier. Nous demandons encore ce que signifie ce qui suit : « dans lesquels autrefois vous avez mar¬ ché selon le siècle de ce monde. » Y a-t-il donc 5 un autre siècle qui ne fasse point partie de ce monde et qui soit propre à d’autres mondes? de ces mondes dont Clément a dit dans son épître : « L’océan et les mondes qui sont au delà? » Ou bien n’y a-t-il qu’un seul monde, celui qui depuis le commencement du siècle ou Adam a été créé se poursuit jusqu’à la fin qui lui est marquée et disparaît; ou bien est-ce ce monde qui est appelé d’un autre nom, le prince des puissances de l’air qui agit efficacement à cette heure sur les enfants de la défiance. Saint Paul écrit aux Galates : « Afin de nous arracher à la corruption du siècle présent, » GaL i, 4. Et dans la même épître : « Rachetant le temps, parce que les jours sont mauvais, » Ephes. v, 16. Jacob lui-même déclare que ses jours ont été courts et très mauvais Gen. xlvii, soit que le temps de cette vie durant lequpl nous sommes renfermés dans le siècle, soit laborieux et pénible; soit que Satan lui-même soit désigné par le nom de ce monde et de ce siècle. C’est do lui en effet dont il est aussitôt question dans ce qui suit : « Selon le prince des puissances de l’air, de l’esprit qui agit efficace- paulatim, aut ab ipso Paulo, qui ernt imperifcus ser- mone, et non scientia, superflue usurpatam 11 Cor. xi. ManifesLe autem mors animæ dicitur esse peccat-um, ex eo quod ait : « Et vos cum essetis mortui deliclis et peccatis vestris, » juxta illud quoque quod in Ezechiele Bcriptum est : « Anima quæ peccaverit ips.i mûrie tu r » Ezech. lviii, 4,. Et quia « delicta quæ Græce Ttapowrrto- p.ara nuncupantur. juxta ejusdem linguæ etymolo- giam proprie verbum est Scriplurarum (licet delicta .TrAquoiAiai rectius transterantur) quærimus quid signi¬ fient, quove distent a peccatis, id est, quid intersit inter TrotpccTCTü) pLOtxot , et ap.apxtaç, ;Aiunt enim quod Tcapa-ïr- 'rtouaxa, quasi initia peccatorum sint, cum cogitatio tacita subrepit, et ex ahqua parte conniventibus [Al. cobibentibusj nobis, needum tamen nos irnpaiit ad ruinam. Unde et in uctavo deciino psalino Vers. 13 scribitur : « Delicta, » hoc est, Tcapa^Tcnu-axa, « quis intelligit ? » quia scilicet difficile sit radices, et initia inlelligere peccatorum. Peccatuin vero esse, cum quid opéré consummatum pervenit ad finem. Quærimus quoque quid sit, « in quibus aliquando ambulastis secundum sæculum mundi hujus, » utrumnara et àilud sæculum sit, quod non pertineat ad munduin istum, sed ad mundos alios, de quibus et Clemens in Epistola sua scribit : « Oceanus (1), et mundi qui- trans 'ipsum sunt ? » An unus iste mundus sit, qui ab initio sæculi quo factus est Adam usque ad terminum suum volvatur, et transeat ; vel certe mundus alio nomme appelletur princeps aeris hujus, qui nunc operatur in filiis diffidentiæ ? Scribitur et ad Galatas : « Ut eruat nos de præsenti sæculo nequam » Galat . i, 4. Et in bac eadem Epistola : « Redimentes tempus, quoniam dies mali sunt » Infra, v, 16. Et dies Jacob modici dicunlur etpe;simi Gen. xlvii, sive quod tempus vitæ istius per quod clausi tenemur in sæculo, grave sit et laboriosum, sive quod ipse Satanas mundi hujus, ut supra diximus, et sæculi vocabulo nuncupetur. De quo statim in sequentibus : « Secundum principem, dnquit, i.20 fÜxsavoç àvBpumotç àTcépavroç xal ol (jlst ’ auxiv M) Inicgrius in Grœco babet S. Clementis Episn I, o-l Corinth Quamquom ab Origeno videtur sumpsissc Bieron; nam et bœc ipsa senientia lib, n Ttapt Ap^wv cep. 3, semel atqae iterum toia rouitatur, « Oceanus intransroeabilis est hominibus, et hi mundi qui post ipsum sunt, » Porro dicitur Origenes bine inferi’O voluisse quod Græci aVTt^ôovaç dicuni,et Latini u antichtones, » vulgo « antipodes « vocani, Quamobrem a Pbotio reprehenditur cod, 126, veteres enïm pieriquo omnes, ut notum est, ex Lactoniio, Augustino, aliisque, negabant existera antipodes. S, vero Clemens non plures mundos, sed remolas, ac prius indignités mundi partes ultra Ocoanum dosifcnare fortasse voluit, Ed. Mig, 405 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉS1ENS ment à cette heure sur les fils de la défiance. » Ce 'prince de Pair, et l’esprit des puissances qui est dans Pair, c’est le démon qui agit mainte¬ nant sur les fils de la défiance, car il no peut avoir aucune action sur les vrais croyants. C’est de lui encore que l’Apôtre dit plus bas : Nous n’avons point à lutter contre la chair et le sang, niais contre les princes et les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans les parties supérieures de l’air. » Ce n’est pas que le diable et ses satellites, qui errent ça et là dans ce monde,, qui font entrer par insinuation le péché dans les âmes, puissent habiter le ciel d’où ils ont mérité d’être chassés; mais saint Paul appelle ici le ciel (in cœlestibus) Pair qui ost au-dessus de nous, comme le Sauveur le fait lui-même, lorsqu’il dit' : « Considérez les oiseaux du ciel, » Matth. vi, 26. Car il est évi¬ dent que le vol des oiseaux a lieu non dans le ciel, mais dans Pair. L’Apôtre continue : « Par¬ mi lesquels nous avons élé tous aussi dans les mêmes désordres, vivant selon les désirs de la chair et de nos pensées. » Ces paroles : « parmi lesquels » doivent être rattachées aux offenses. Plus haut, PApôtre avait parlé simultanément des offenses et des péchés : « Et vous, lorsque vous étiez morts par vos offenses et par vos péchés, » et avait rapporté à ces derniers ce qui potestatis aeris, sph’itus qui nunc operatur in iUiis difli- dentiæ. » Princeps quippe aeris, et spiritus ipotestatis, qui in aere isto est, diabolus intelligitur, qui mine operatur in filiis diffidentiæ. In his emm qui Domino credunt, non potest operari. De quo et infra ait : « Non est nobis pugna adversus carnem et sangumeiu, sed advevsum principatus et potestates, adversus recto- res tenebrarum istarum, adversus spirilualia nequitiæ in cœlestibus. » Non quo diaboius, et satellites ejus, qui per mundum istum valantes, peccata hominibus insinuant, in cœlo versari quea-nt, de quo ob sua mérita corruerunt; sed cœlum dicitur, aer iste, qui supra nos est, juda iliud Salvatoris elôquium : « Gonsi- derate volatilia cœli » Mail. vi. 26, et caetera. Mani¬ festa m quippe est, quod vola ti lia non per cœluin voûtent, sed per aerem. Sequdur : « In quibus et nos oinnes conversati sumus uliquando in dosideriis carnis nostræ, facientes voluntates carnis et mentium. », Qu d ait, « in quibust ?> ad delicta referendum est. Superius eniin quia duo pari ter po suera t : « Et vos cum esse lis mortui delictis et peccatis vestris, » et, ad peccata retu- lerat dicens : « in quibus aliquando ambulastis; » ad suit : « dans lesquels autrefois vous avez mar¬ ché, » mais pour les offenses il n’y avait rien danâ ce qui suit qui pût compléter le sens; il dit donc ici : « dans lesquelles offenses nous avons tous aussi vécu, » et de peur de donner à croire que c’était par orgueil qu’il s’était excepté en disant * « et par vos péchés dans lesquels autrefois vous avez marché, » il ajoute ici : « dans lesquels nous tous aussi nous avons vécu. En disant qu’il y a vécu, il . veut parler des péchés passés et non des péchés présents. Nous avons vécu, dit-il, non dans un seul désir, mais dans les désirs de notre chair; car la chair convoite contre l’esprit, et l’esprit contre la chair, » Gai. v, 17. Nous accomplissons non une seule volonté; mais les volontés multipliées de la chair, et non seulement les volontés de la chair, mais aussi les volontés de notre esprit, dans la traduction latine, les volontés de nos pensées. Or, il y a ce me semble, cetto différence entre le péché de la chair, et le péché de l’esprit, que le péché de la chair est l’impudicité, Ja luxure, et tous les crimes qui se servent deda chair pour satisfaire les passions sensuelles. Le péché de l’esprit a plutôt pour objet les erreurs contraires à ia vérité, la perversité des hérétiques. Et ici nous pouvons dire que la plupart des hérétiques (bien que cela soit rare), font les volontés de leur esprit et non les volontés de la chair; delicta vero nihil taie videbatur secutum quod sensum posset explere ; nunc ait : « in quibus deln-tis, et nos omnes conversati sumus; » simulque ne in eo quod (fixerai, « et peccatis vestris in quibus aliquand i ambu¬ lastis, » se per superbiam a peccato videretur excipere adjunxit, « in quibus et nos omnes conversati sumus. » Qui autem conver. atmn esse se dicit, de præteritis delictis, et non de præsentibus co.ititetur. Conversati sumus, inquit, aliquando, non in uno desiderio, sed iu desi- deriis carnis nostræ. « Caro quippe desiderat adversus spiritum, et spiritus adversus carnem » Galat. v, 17. Facientes non unam voluntatein carnis, sed plures ; et non solum voluntates carnis, sed etiam mentium, pro quo in Latinis codicibus habetur, « cogitationum.. » Inter peccatuin autem carnis, et mentium hoc esse put", quod carnis peccatum, est impudicitia atque luxuria, ei ea quæ ministerium ejus io libidinibus ex- plentur. Mentium vero delictum ad d gmata pertinet contraria veritati et hæreticam pravitatem, ita ut possimus dicere plerosque hæreticorum ( quamquam hoc rarum sit ) voluntates mentium facere, et . non voluntates carnis, et multos contra ecclesiasticos, carnis 406 SAINT JÉROME qu’un grand nombre, à l’égard des ecclésias¬ tiques, font la volonté de la chair et non de l’esprit, et qu’il en ost un grand nombre qui accomplissent tout à la fois les volontés de la chair et de l’esprit. Or en parlant ainsi, nous ne voulons pas dire que les hérétiques ne fas¬ sent pas la volonté de leur chair, (car ils sont bien plus sujets aux vices de la chair que les nôtres), mais afin que cet exemple ht plus faci¬ lement comprendre ce que nous voulons. « Et nous étions par nature enfants de colère comme tous les autres. » Que les hérétiques, qui pré¬ tendent qu’il y a diverses natures, nous répon¬ dent ici comment Paul qui sans aucun doute était d’une nature spirituelle, a pu être par nature fils de colère comme les autres qui sont encore dans les ténèbres de l’erreur. Pour nous, nous disons que d’abord tous le^ hommes sont par nature fils de colère, ou à cause de ce corps misérable, de ce corps de 'mort, et parce que dès l’adolescence l’esprit des hommes est porté au mal » Gen. vnr, ce qui a fait dire à Salo¬ mon : « Il n’y a point de juste sur la terre qui fasse le bien et ne pêche point, » Bccl. viit, 21. Ou bien encore, parce que depuis le temps où nous pouvons avoir la connaissance de Dieu, et que nous sommes parvenus à la première jeunesse, nous péchons tous en actions, en paroles ou en pensées. Nous étions donc tous par nature fils de. colère comme les autres, et comme tous les saints qui ont été rachetés de la colère par le sang de Jésus-Christ. Car, si Paul et non mentium facere voluntates, et esse plures qui et carnis, et mentium pariter faciant voluntates. Hæc autem diximus, non quo et liæretici carais non faciant voluntates (plura quippe apud eos corporis sunt vitia quam apud uostros) sed ut, exemplo posito, facilius quod volebamus possit intelligi. « Et eramus, inquit, natura filii iræ sicut et cæteri. » Respondeant hæretici qui diversas naturas esse contendunt, quomodo Paulus, quem utique spiritualis naturæ esse non dubium est, fuerit natura filius iræ, sicut et cæteri qui adhuc in errore sunt positi. Nos vero dicimus esse primum ômnes homines natura filios iræ, vel propter corpus humiJitatis corpusque mortis, et quod ab adolescentia mens hominum apposita sit ad malitiam Genes. vin; unde et Salomon ait : « Non est justus in terra qui faciat bonum, et non peccet » Eccl. vu, 21. Vel quod ex eo tempore quo possumus habere notitiam Dei, et ad pubertatem venimus, omnes, aut opéré, aut lingua, aut cogitatione peccemus. Eramus igitur natura filii iræ lui-même qui avait vécu d’une manière irré¬ préhensible selon la justice de la loi, affirme cependant qu’il était par nature enfant de colère, pourquoi craindrions-nous d’appeler en¬ fants de colère ceux qui ont été saints par la suite? C’est d’eux tous que l’on peut dire en toute vérité ; « Lorsque le commandement est venu, le péché a commmencé à revivre, mais pour eux ils sont morts. » Enfant de colère est synonyme d’enfant de perdition, d’enfant d’iniquité, d’enfant de la mort. Ce n’est pas sans doute que la colère, la mort, l’iniquité, la perdition existent dans une nature qui ait la vertu de produire des enfants; mais on les appelle ici fils de la chose qui agit en eux : comme on appelle fils de la géhenne, ceux qui doivent être consumés par les feux de la géhen¬ ne. D’autres pensent qu’on les appelle fils de colère, comme on dirait fils du diable, car le diable, c’est la perdition, la colère çt la mort. « La mort puissante a dévoré, » Isai. lu, Sel . les lxx. Et : « Le premier ennemi qui sera détruit, c’est la mort, » I Cor. xv, 26; et en s’adressant au démon lui-même : « Tu es devenu la perdition, » Ezech. xxvm, Sel. les lxx. Et : « le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort, '» I Cor. xv, 26, et en s’adressant au démon lui-même : « Tu es devenu la perdi¬ tion, » Ezech . xxvm, lxx. Tu l’es devenu, dit le prophète, par ta propre volonté, tu n’as pas été créé ainsi dès le commence¬ ment. De même donc qu’il est appelé mort, parce sicut et cæteri, et omnes Sancti, qui ab ira sanguine Christiredemptisuat. Sienim Paulus qui juxta justitiam quæ in Lege fuit,irreprehensibiliterestconversatus, dicit se natura fuisse fUium iræ, cur timeamus, etiam rétro sanctos vires filios iræ fuisse testari ? De quibus omnibus vere dici possit : « Cum autem venit mandatum, peccatum. revixit, ipsi vero mortui sunt. » Filius autem iræ sic acci- piendum, utûlius perditionis, filius iniquitatis, filiusmortis. Non quo aliqua ira, mors, iniquitas et perditio subsistât in natura sua, quæ filios liabeat ; sed quo filii dicantur ejus rei quæ operetur in singulis; sicut filii appellantur gehennæ, qui gehennæ ignibus consumendi sunt. Alius iræ filios sic vocatos putat, ut filios diaboli. Diabolüs enim perditio est, et ira, et mors. « Devoravit mors invalescens » Isai. lu, sec . LXX. Et : « Novissimus » [Al. novissime] I Cor., xv « inimicus destruetur mors » I Cor xv, 26; et ad ipsum diabolum : « Perditio factus es » Ezech. xxvm, sec. LXX. Factus, inquit, propria voluntate, non ab initio sic creatus. Quomodo igit-ur' COMMENTAIRES SUR- L’ÉFITRE AUX ÉPHÉSIENS que' c’est par l’envie du démon que la. mort est entrée dans le monde Sag. n, et que c’est par lui que sont morts tous ceux qui vivaient aupa¬ ravant, de même qu’on lui donne le nom de perdition ; parce qu’il perd tous ceux qu’il par¬ vient à tromper, ainsi rappelle-t-on aussi colère, à cause de la cruauté qu’il exerce à l’égard des hommes. Il en est qui pensent que c’est ce qui arriva lorsque selon le récit des livres des Rois, David fit le dénombrement du peuple d’Israël, et1 excita la colère de Dieu contre lui, au témoignage de l’Écriture : « Et la fureur du Seigneur s’alluma de nouveau contre Israël, et David l’excita en lui disant » II Rois . x'xiv, 1. La colère du Seigneur, disent-ils, c’est le démon, car selon la propriété de la langue grecque, l’auteur sacré ne dit pas au féminin, la colère de Dieu Aeyouc a, c’est-à-dire quæ dicoret , mais la colère de Dieu Aiyiov, qui diceret au masculin; car c’est par les plus mauvais anges que Dieu envoie sa colère et sa fureur. Dieu donc qui est riche en miséricorde, et riche à cause du grand amour qu’il a eu pour le genre humain, amour non ordinaire, mais porté à l’excès, lorsque nous étions morts, par suite de nos péchés, nous a rendu la vie, et non seulement nous a rendu la vie, (car .c’étaitpeupour sa bonté et pour sa gran¬ deur), mais nous a rendu la vie avec Jésus-Christ en nous donnant d’avoir avec Jésus-Christ une seule et même vie. Quelques-uns au lieu du texte mors dicitur, ex eo quod invidia diaboli mors introivit in orbem terrarum Sap. n, et per ilium sunt mortui qui ante vivèbant, et pérditio, quod perdat quoscumque deceperit ; sic et ira dicitur propter eam quam exereet adversum'hominem feritatem. Sunt qui itlud in Regno- rnm libris, quando David numeravit populum Israël, iram in se Dei provocans, Scriptura dicente : « Et apposita est ira Dei succendi in Israël, et incitavit David dicens » II Reg. xxiv, 1, iram Dominï, diabolum signiflcare putent ; elenira juxta Græcæ linguæ proprie- tatem non dixit genere feminino, ira Dei Aeyouca, hoc est, « quæ diceret, » sed ira Dei Asytov, id est, « qui diceret, » genere masculino ; rnittit siquidem Dominus iram et furorem snum per augelos pessimos. Deus ergo qui dives est in misericordia, et dives propter chari- tatem suam qua dilexit bominum genus, et charitatem non simplicem, sed multam, cum essemus mortui pro¬ pter delicta nostra, vivificavit nos, et non solum vivifi- cavit (parum qnippe hoc erat honitati et magnitudini ejus), sed vivificavit cum Christo Jesu, unam atqué eamdem nobis tribuens vitam habere cum Christo. Qui- 407 que nous venons d’expliquer : « Et nous étions par nature enfants de colère, traduisent, nous étions tout à fait , absolument enfants de colère, parce que le mot cpuo-si nature leur paraissait offrir de l’ambiguité. QueL que soit le sens qu’il présente à première vue, il feu t l’expliquer sui¬ vant ce que nous avons dit : « Vous avez été sauvés par la grâce. » Si les souffrances du temps présent ne sont pas dignes de la gloire future, qui doit se révéler en nous, » Rom . vm; c’est par la grâce que nous avons été sauvés et non par les œuvres. Car, nous ne pouvons rien rendre au Seigneur pour toutes les grâces qu’il nous a faites. « Et il nous a ressuscités avec lui, et nous a fait asseoir dans les cieux avec Jésus-Christ. » Il avait dit précédemment que Dieu avait ressus¬ cité Jésus-Christ d’entre les morts, qu’il l’avait fait asseoir à sa droite dans les cietfx au-dessus de toute principauté, de toute puissance, de toute vertu, de toute domination, et de tout nom qui est nommé non seulement dans ce siècle, mais aussi dans le siècle futur. Main¬ tenant il ajoute : « qu’il nous a ressuscités avec lui, et qu’il nous a fait asseoir dans les cieux avec Jésus-Christ. » On demande donc comment Dieu, qui nous a sauvés et ressuscités, nous a fait asseoir dans les cieux avec Jésus-Christ. La première et la plus simple réponse qu’on peut faire, c’est que dans la prescience de Dieu, ce dam pro eo quod nunc exposuimus : « Et eramus natura filii iræ, » pro «: natura, prorsus, » sive « omnino, » quia verbum cpuaei, ambiguum est, transtulerunt. Quod etsi sic sonet, juxta ea quæ dixi- mus, exponendum est. « Gratia salvati estis. » Si non sunt dignæ passiones hujus tempons ad futuram gloriam' quæ revelabitur in nobis Rom. vin, gratia magis sumus quam opéré salvati, Nihil enim possumus Domino rétribuera pro omnibus quæ retribuit nobis. « Et coexcitavit, simulque fecit sedere in cœlestibus in Christo Jesu. » Supra dixerat, quod suscitaverit Deus Ghristum a mortuis, et sedere fecerit ad dextram suam in cœlestibus super omnem principatum, et potestatem, et virtutem, et dominationem, et omne nomen quod nominatur non solum in hoc sæculo, sed etiam in futuro. Nunc vero addidit : «: quia et nos suscitaverit cum eo, et sedere fecerit in cœlestibus ad dextram suam. » Quæritur ergo, quomodo Deus qui nos salvos fecit et susci:avit, simul fecerit sedere ' m. Christo ? Et quidem qui simplicius est responsurus, 408 SAINT qui doit se faire est , déjà considéré comme fait. Et encore que c’est la coutume de l’Écriture d’emplqyer le passé pour exprimer les temps à venir; ainsi, par exemple, en parlant de la croix du Seigneur : « Ils ont percés mes mains et mes pieds, » Ps. xxi, 17. Et ailleurs de sa Passion : « Il a été conduit comme une brebis à la boucherie, » Isai lui, 7. Et en parlant des outrages de sa flagellation : « Nous avons été guéris par ses plaies. » Ibid. 5. Et ailleurs : « C’est à cause des iniquités de mon peuple qu’il a été conduit à la mort, » Ibid . 8, Sel. les lxx. Or, c’est afin que l’incertitude inhérente à ce qui est futur, ne donne lieu à l’espérance des hommes d’hésiter, de vaciller, que ,Dieu, (pour lequel il n’y a rien d’incertain,) nous présente comme déjà faits les événements dont il prévoit l’accomplissement dans l’avenir. Car, comme d’après les philosophes, ce qui est passé ne peut pas n’avoir été, ceux qui entendent l’Écriture s’exprimer de la sorte, regardent comme déjà accomplis les événements des temps à venir. D’autres, qui entendent dans un sens spirituel la résurrection et le règne de Jésus-Christ, n’hé¬ sitent pas à dire que dès maintenant les saints sont assis et régnent avec Jésus-Christ. En effet, comme celui qui est saint est entièrement dégagé de la chair, bien que vivant dans un corps charnel, qu’il a sa vie dans le ciel, bien qu'il .marche encore sur la terre, et que, cessant ) hoc asserit, quod juxta præscientiam Dei, id quod futurum est, quasi factum esse jam dixerit. Et quia mos iste,sit Scripturarum, ut interdum futura tempore præterito declinentur ; verbi causa, de cruce Domini : « Foderunt manus meas et pedes » Ps. xxi, 17. Et alibi de passione ejus : « Quasi ovis ad victimamductus est » Isai. un, 7. Et adhuc de injuriis flagellorum ; Livore ejus nos sanati sumns » Ibid., 5. Et alibi f Al. ibidem] : « Ab iniquitatibds populi mei ductus est in mortem » Ibid., 8. sec. LXX. Hoc autem ideo, ne quia futura semper incerta sunt, hominum spes flu- ctuet et vacillet, ea quæ Deus futura cognovit (apud quem n'ihil ambiguum est) quasi jam facta memorantur ; ut quia præterila secundum philosophes quoque fieri infecta non possunt, qui audierint, quasi jam facta habeant quæ futura sunt. Alius vero qui resurreclionem, et regnum Christi spiritualité!' intelligit, non deli- beravit dicere, jam sanctos sedere, et regnare cum Christo; quomodoenimneqaaquam in carne sanctus est, cum vivat in carne, et habet conversationem in cœles- tibus, cum gradiatur in terra, et caro esse desistens, totus JÉROME d’être chair, il soit tout esprit; ainsi peüt-on dire qu’il est assis dans les deux avec Jésus- Christ, car le royaume de Dieu est au dedans, de nous, Luc. xvn, 21 ; et où notre trésor, là est aussi notre cœur, fylatth. vi, 21; et nous sommes assis fermes, et immuables avec Jésus- Christ, avec la sagesse, le Verbe, la justice, la vérité. On peut dire encore que comme eux, nous avons reçu les arrhes de l’Esprit-Saint, sans avoir encore reçu toute sa plénitude; nous sommes dans cette mesure assis, et nous régnons avec Jésus-Christ, sans avoir encore obtenu le ^ règne parfait qui nous attend dans les cieux. « Pour manifester dans les siècles à venir les richesses abondantes de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. » Une preuve des plus frappantes de la grandeur des bienfaits de Dieu à notre égard, et les grâces multipliées et si variées par lesquelles le Seigneur, après nous avoir délivrés des agitations de ce siècle, nous a fait asseoir et régner avec Jésus-Christ, c’est que dans les siècles futurs, ce n’est pas à un seul, mais à toutes les créatures raison¬ nables qu’il manifestera les richesses de sa grâce et de sa gloire à notre égard. C'est-à-dire, que nous, qui étions asservis sous la loi de l’enfer, par suite de nos vices et de nos péchés, qui étions livrés aux œuvres de la chair, et'par une conséquence nécessaire, aux supplices, nous régnons maintenant avec Jésus-Christ et nous vertatur in spiritum : ita eum in cœlestibus sedere cum Christo -, regnum quippe Dei intra nos 'est Luc. xvii, 21; et ubi fuerit thésaurus noster, ibi erit et cor nostruni Matth. vi, 21; firmique et stabiles se- demus cum Christo, sapientia, Verbo, justifia, verita- te. Potest autem et hoc dici, ut quomodo arrhabonem Spiritus sancti accepimus, needum totam ejus pleni- tudinem consecuti : sic et sedere nos cum Christo atque regnare, needum perfectam . sessionem in . cœ- lestibus obtinentes. « Ut ostenderet in sæculis super venientibus abon¬ dantes divitias gratiæ suæ in bonitate super nos in Christo Jesu, Quanta sit beneficii magnitudo, et quam multiplex gratia qua nos Dominus de sæculi istius perturbationibus liberatos sedere fecit, et re¬ gnare cum Christo, hinc vel maxime comprobatur, quod in futuris sæculis non uno, sed omnibus suam cunctis rationabilibus creaturis super nos osten- surus est gloriam, suasque divitias monstraturus. Quod nos qui quondam lege tenebamur inferni, et propter vitia atque peccata; ut operibus carnis, ita COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 409 partageons son trône. Or, nous sommes assis sur ce trône, non pas dans . un endroit quel¬ conque, mais au-dessus de toute principauté, de toute puissance, de toute vertu, de toute domi¬ nation et de tout nom qui est nommé non seu¬ lement dans le siècle présent, mais dans le siècle futur. Car, si Jésus-Christ ressuscité des morts 'est assis à la droite.de Dieu dans les cieux, au-dessus de toute principauté, de toute puissance, de toute vertu, etc.; et que nous partagions le même trône, le même royaume avec Jésus-Christ, il faut nécessairement que nous soyons assis au-dessus des choses sur les¬ quelles son trône est placé. Mais un lecteur attentif me fera aussitôt cette question : Quoi donc, l’homme est-il donc plus grand que les anges et les autres puissances célestes? Comme la réponse ne laisse pas d’offrir quelque danger, on peut prendre non en bonne, mais en mau¬ vaise part ces principautés et ces puissances, ces vertus et ces dominations et tout nom qui est nommé non seulement dans le siècle présent, mais dans le siècle futur, (d’autant plus que toutes choses sont assujetties sous les pieds de Jésus-Christ,) et dire que ce sont les anges rebelles, le prince de ce monde, Lucifer, qui se levait dès l’aurore au-dessus desquels les saints seront assis avec Jésus-Christ à la fin des temps, en répandant leurs bienfaits sur ceux qui mainte¬ nant marchent sans frein et par un déplorable n eramus et suppliciis destinati, nunc in Ghristo re- gnemus sedeamusque cum eo. Sedeamus autem non in humili quocumque loco, sed super omnein princi- patum, et potestatem, et virtutem, et dominationem, et onrme nomen, quod nominatur non solum in hoc sæculo, sed etiain in futuro. Si enim Ghristns susci- tatus a mortuis1 sedet ad dextram Dei in cœlestibus supra omnem principatum, et potestatem, et ^irtu- tem, et cætera ; et nos sedemus regnamusque cum Ghristo ; necesse est ut super his quæ sedet iile, sedeamus. Sed qui diligens iector est, statim requirit et dicit : Quid ergo, major homo angelis et cunctis in cœlo potestatibus? Quod quia periculosum est res- pondere : principatus et potestates, et virtutès, et dominationes, et omne nomen quod nominatur non solum in hoc sæculo, sed etiam in futuro (maxime quia omnia Christi \subjecta sunt pedibus) non ad bonam partem, sed ad contrariam referet ; ut dicat eas esse angelos réfugas, et principem mundi istius, et Luciferum qui raane oriebatur, super quibus sancti cum Christo in fine sessuri sunt, illis quoque trj* abus de leur libérté, s’égarent et tombent dans les précipices des péchés. Lorsqu’ils auront au- dessus d’eux de semblables cavaliers, ils com¬ menceront à être conduits selon la volonté de ceux qui sont assis au-dessus d’eux. D’autres expliquent ainsi ces paroles : « Pour manifester dans les siècles à venir les richesses abondantes de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. » C’est que ce n’est point à nos mérites, mais à la grâce que nous devons d'être sauvés; que Dieu manifeste une plus grande bonté en mourant pour les pécheurs, qu’en mourant pour les justes, et qu’il sait nous don¬ ner des biens que l’œil de l’homme n’a point vus, que son oreille n’a point entendus, et que son cœur n’a point compris, I Cor. rr. Ef ces biens, il nous les a déjà communiqués en partie dans le Christ Jésus, parce qu’on ne suppose aucun bien en dehors de Jésus-Christ. « En effet, c’est la grâce qui vous a sauvés par la foi, et cela ne vient pas de vous, car c’est un don de Dieu; ni des œuvres, afin que nul ne se glorifie., » La raison, dit-il, pour laquelle il doit manifester dans les siècles futurs les richesses abondantes de sa grâce, par sa bonté pour nous, c’est que c’est la grâce qui vous a sauvés par la foi et non les œuvres. Et cette foi même ne vient pas de vous, mais do celui qui vous a appelés. Or cette doctrine a pour but de prévenir1 cette pensée qui pourrait buentes beneficium, qui nunc infreni et male libeftate sua abutentes passim vagantur [A/. vagentur], et per præeipitia covruunt [Al. corruantj, peccatoruin. Cum autem taies habuerint sessores, juxtasedentium voluntatem incipient gubernari. Alius vero hoc quod ait : « ut ostenderet in sæculis supervenientibus abun- dantes divitias gratiæ suæ in bonitate supra nos. in Ghristo Jesu, » ad illam intelligentiam transferet, quod non simus merito nostro, sed gratia ejus salvati, et ma- joris bonitatis indicium sit pro peccatoribus, magis quam pro justis mori : « Pro bono enim forsitan quis audeat interire ; » et daturus nobis sit, quæ nec ocuhis vidit, nec auris audivit, nec in cor hominis ascenderunt I Cor, n. Quæ omnia ex parte jam dederit in Christo Jesu ; quia nullum absque Ghristo bonum dici potest. « Gratia enim estis salvi facti per fidem, et hoc non ex vobis : Dei enim donum est, non ex operibus, ut ne quis glorietur. » Ideo, inqùit, abundantes divitias gra¬ tiæ suæ, in bonitate in superventuris sæculis ostensürus est, quia gratia salvi facti estis per fidem, non per opé¬ ra. Et hæc ipsa fides non, est ex vobis, sçd ex éo qui m 410 SAINT JÉROME se glisser secrètement dans l’esprit : Si nous n’avons pas été sauvés par nos œuvres, au moins avons' nous été sauvés par la foi, et sous un autre rapport la cause de notre salut est en nous. L’Apôtre ajoute donc que la foi elle-même ne vient point de notre volonté, mais qu’elle est un don de Dieu. Ce n’est pas que le libre arbitre de l’homme soit entièrement détruit, et que cela rie dépende ni de celui qui veut, ni de celui qui court Rom . ix, mais parce que le libre arbitre de la volonté a Dieu pour auteur, et que nous regardons comme un bienfait de sa part qu'il nous permette lui-même de vouloir le bien/ Et la grande raison de toute cette conduite, c'est afin que nul se glorifie que son salut vient non de Dieu, mais de lui-même. « Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés dans le Christ Jésus pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées, afin que nous y marchions. » Saint Paul a donné les raisons pour lesquelles nous avons été sauvés par la grâce, au moyen de la foi, et comment cela ne vient pas de nous, mais de la libéralité de Dieu, en 'disant : « Car nous sommes son ouvrage, » c’est-à-dire/ notre vie, notre respiration, notre intelligence, la faculté que nous avons de croire, viennent de lui, parce qu’il est notre créateur. Et remarquez attentivement qu’il n’a pas dit : « nous avons été formés, façonnés par" lui, » mais : « nous sommes son ouvrage. » L’action vocavit vos. Hoc autem ideo, ne forsitan nobis cogitatio occulta subreperet ; si per opéra nostra salvati non su¬ rnus, certe vel per fidem salvati sumus; et alio genere nostrum est quod salvamur. Addidit itaque et dixit, fi¬ dem quoque ipsam non nostræ voluntatis esse, sed Dei muneris. Non quod liberum homini tollatur arbitriuni, etsecundum illud Àpostoli ad Romanos, non sit currentis neque volentis; sed miserentis Dei Rom . îx; verum quod arbitrii ipsa libertas Deum habeat auctorem, et ad illius boneficium cuncta referantur, cum etiain bonum nos vëUe ipse permiserit. Hoc autem totum propterea, ne quis glorietur a semetipso, et non a Deo se esse sal- vatum . « Ipsius enim sumus factura, creati in Christo Jesu in operibus bonis, quæ præparavit Deus, ut in illis ambule- mus. » Reddidit causas, quare gralia salvati sumus per fidem, et hoc ipsum non ex nobis sed ex inunere Dei, dicens : « Ipsius enim factura sumus, » hoc est, quod vivimus, quod spiramus, quod intelligimus, et credeve possnmus, ipsius est, quia ipse conditor noster est. Et diligenter observa, quia non dixerit : « ipsius figuratio \ . ' de façonner, tire sqn origine du limon de la terre, mais la création nous fait remonter jus¬ qu’à la ressemblance, jusqu’à l’image de Dieu, Nous voyons clans le psaume cent dix-huitième ces deux mots employés simultanément avec cette signification différente : « Vos mains m'ont; , fait et façonné, » Ps. cxvnr, *Ï3. L’action dé 1 créer, cle faire, vient la première, l’action de façonner, en second lieu. Et comme le nom de créer, de fonder, n’est employé que pour de grandes choses, par exemple : cette ville a été fondée; au commencement, le monde a été créé, et que chacun des saints par la réunion. ,, des vérités qu’il croit, des vertus qu’il pratiqué est en lui-même un monde tout entier, saint Paul, pour cette raison, dit que nous avons été créés en Jésus-Christ, et créés pour les bonnes œuvres ou que nous,, avons faites, ou que nous devons faire, en nous -mêmes ou dans les autres . créatures auxquelles doivent se transmettre les exemples do notre vie, afin que nous marchions dans les bonnes œuvres que Dieu a préparées avec cette grande espérance qui nous est don¬ née, à nous qui devons marcher dans ces œuvres objet de l’éternello préparation de Dieu. Et puisque nous venons de parler du nom de créature, et que la Sagesse dans le livre des Proverbes de Salomon dit qu’elle a été. créée comme le commencement des voies de Dieu, » ' Prov . vnr, et que par suite il en est beaucoup sumus atque plasmatio ; sed, ipsius factura sumus. » Plasmatio quippe origiuem de terrse lirao trahit; factu¬ ra vero juxta simiJitudinem et imaginera Dei sumpsil exordium. Quod in centesimo quoque oc-tavo decimo psahno simul positum diversa significat : « Manus t -use fecerunt me, et plasmaverunt me » Psal. xvm, 73. Factura prinium locum tenet ; deinde plasmatio. Et quia creationis, et conditionis nomen ad magna sem- per solet opéra copulari, verbi causa : ilia urbs con- dita est, et ab initio creatus est inundus, et unusquisque sancloruin per varia dogmata atque virtutes, in semetipso mundus est totus; propterea nunc creati in Christo dicimur, et creati in operibus bonis sive quæ ipsi fecimus, vel facturi sumus, sive in aliis creaturis, ad quæ nostra conversatio trans- ferenda est, ut quæ præparavit Deus, in illis ambu- lemus, spe magna jam nobis data, dum in his ambù- laturi sumus, quæ Deus’ magnopere præparavit. Et quia semel ad nomen creaturæ vebimus, et Sapientia in Proverbiis Salomonis dicit se creatam initimn viarum Dei Prov. vin, multique timoré, ne Christüm COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 411 qui dans la crainte d’être forcés de dire quelle Christ est une créature, nient le mystère tout entier du Christ, et prétendent que ce n’est point le Christ, mais la sagesse du monde qui nous sont figurés dans cette Sagesse; nous pro¬ clamons sans aucune difficulté qu’il n’y a aucun danger d’appeler créature celui que toute la confiance de notre espérance confesse être un ver de terre, un homme, un crucifié, la malé¬ diction; surtout alors que d’après les deux versets qui précèdent, la Sagesse permet d’an¬ noncer ce qui doit arriver après les siècles. Or, comme c’est le Christ qui a fait les siècles et que ce qui suit sont les choses qu’il a promis de dire après les siècles, c’est au mystère de l’incarnation et non à la nature de Dieu qu’il faut rapporter ce qui suit, bien qu’on ne lise point dans les manuscrits hébreux : « Le Seigneur m'a créée comme le commencement de ses voies, » mais : « Le Seigneur m’a possédée. » Or il y a une grande distance entre la possession et la création, car celui qui est possédé, subsiste, est une existence propre pour être possédé. Au con¬ traire, ~ celui qui est créé est celui qui n’existait pas avant d’être créé, ou du moins, qui sort de ce qu’il était pour devenir ce qu’il n’était pas; c’est ainsi que l’Apôtre dit que nous avons été créés en Jésus-Christ. Nous avons été créés, non pas que nous ne l’ayons pas été aupara¬ vant, mais nous avons été créés pour les bonnes creaturam dicere compellantur, totum Christi mys- terium- negant, ut dicant, non Christum in hac sa- pientia, sed mundi sapientiain significari ; nos libéré proclamamus, non esse periculum eura dicere crea- turara, quem vermem, et hominem, et crucifixion, et maledictionem, tota spei nostræ fiducia profitemur ; maxime quod ex duobus versiculis qnæ præcedunt, ipsa sapientia promittat se esse dicturam quæ post spé¬ cula sunt Prov. xxii. Cum .autem sæcula Christus fece- rit, et quæ deinceps loquitur, ea sint quæ.post sæcula dicturum se esse promiserit, ad incarnationis mysterium, non ad naturam Dei referenda sunt quæ sequuntur : licet in Hebreis codicibus non habeatur ; « Dominus creavit me initium viarum suaruin; » sed,'« Dominus possedit me. » Inter possessionem autem, et creationem multa distantia est; quia qui possidetur, is utique est atque subsistit, et est proprius, qui possidetur. Creator vero iile qui non erat antequam fieret; aut certe de eo quod erat, translertur in aliud, sicut et nos nnnc creati dicimur in Ghristo Jesu. Creati utique, non quia ante non fuimus, sed creati in operibus bonis. Quod David quoque in œuvres. C'est ce que David lui-même demande dans le psaume cinquantième, lorsqu’il dit à Dieu : « O Dieu, créez en moi un cœur pur, » Ps. l, 11. Et certes il avait eu un cœur pur avant son péché, lorsque le Seigneur disait de lui : « J’ai trouvé David le fils de Jessé selon mon cœur. » Act. xnr, 22. Mais de même qu’ici, créer signifie réparer, ainsi on peut appeler création, formation, les progrès qui se font en nous et en Jésus-Christ dans les bonnes œuvres ; c’est de cette manière que tous les jours Jésus- Christ est créé, qu’il naît, qu’il est formé dans les croyants, qui selon leurs divers mérites sont appelés des montagnes, des vallées, des collines, des plaines. « C’est pourquoi souvenez-vous qu’autrefois, vous gentils selon la chair, vous étiez appelés incirconcision, par ce qu’on appelle circoncision, à cause de la circoncision dans la chair faite do main d’homme ; parce que vous étiez en ce temps-là sans le Christ, séparés de la société d’Israël, étranger aux alliances, n’ayant point l’espérance de la promesse et sans Dieu en ce monde. » En appelant les Éphésiens gentils selon la chair, l’Apôtre fait voir qu’ils n’étaient point païens selon l’esprit, tandis qu’au contraire, les Juifs étaient païens selon l’esprit, et Israélites selon la chair. Les Juifs aussi bien que les gentils peuvent se diviser en quatre classes. Les uns sont circoncis selon la chair, et seloq psalmo quinquagesimo deprecatur, dicens : « Cor mundum créa in me, Deus » Psal. l, 11. Et certe mundum cor ante peccatum habuerat, quand o de eo Dominus loquebatur : « Inveni David filium Jesse secundum cor meum » Act. xin, 22 ; sed ut ibi ereatio instaurationem sonat, ita et in nobis et in Chris to per singula opéra et protectus, creatura atque conditio accipi potest ; ut quotidie in credentibus, quia varie secundum mérita diversa montes dicuntur, et valles, et colles, atque cam- pestria, Christus creatus, natus et conditus sit. « Propter quod membres estote, quia aliquando vos gentes in carne, qui dicebamini præputium, ab ea quæ appellalur circumcisio in came manu facta ; quoniam eratis illo tempore sine Christo, alienati a conversatione Israël, et peregrini testamentorum pvomissionis \Al. re- promissionis], spem non habentes, et sine Deo in mün- do. ». Gentes Ephesios in carne vocans, ostendit in spi- ritu esse non gentes; sicut econtrario Judæi in spiritu gentes sünt, et in carne Israelitæ. Quadrifariam igitur Judæi dividuntur et gentes. Alii sunt in carne cireum- cisi, et in spiritu, qualis fuitMoyses et Aaron, Apostoli et SAINT JÉROME 412 l'esprit, comme étaient Moïse, Aaron, les Apô¬ tres et Nathanaël, dont Notre Soigneur voyait l’esprit intérieur du Judaïsme, lorsqu’il disait : « Voici un vrai Israélite en. qui il n’y a point de ruse, » Jean, v, 47. Les uns ne sont circoncis ni de chair, ni d’esprit, tels que Nabuchodonosor et Pharaon, et aujourd’hui la multitude des païens, barbares et romains qui ne croient pas en Dieu. Les troisièmes sont ceux qui ne sont circoncis que dans la chair, et dont l’esprit est incirconcis; c’est à eux que le Prophète dit : « Recevez la circoncision du Seigneur, et non la circoncision de la chair, » Jerem. iv, 4. Et ailleurs : « Tous les peuples sont circoncis de corps, mais tous les enfants d’Israël sont incir¬ concis de cœur, » Jerem . ix, 26. Les derniers sont ceux dont il est dit ici : « Vous autrefois, gentils selon la . chair, vous étiez appelés incir¬ concision par ce qu’on appelle circoncision, à cause de la circoncision dans la chair faite de main d’homme; » telle est aujourd’hui la multi¬ tude des croyants, et le monde tout entier est rempli de ces gentils convertis. C’est donc pour établir la distinction des gentils qui sont Juifs spirituellement, que les Éphésiens sont appelés gentils selon la chair, parce qu’ils sont Israélites selon l’esprit. En effet, dans un autre endroit, l’Écriture voulant parler des Israélites charnels, dit : « Voyez Israël selon la chair, » I Cor. x, parce qu’en effet il ne l’était pas selon l’esprit. Nathanaël, cujus occultum Judaismum Dominus intuens ait : « Ecce vere Israélites, in quo dolus non est » Joan . i, 47. Alii qui nec carne nec spiritu circumcisï sunt, qualis fuit Nabuchodonosor et Pharao, et hodie Barba rarum. et R manarum gentium inultitudo, quæ non credun^in Deum. Tertii, qui tantum in carne sunt circumcisi, et spiritum incircumcisum habent, ad quos propheta dicit : « Circumcidimini Deo vestro, et nolite circumcidere carnem præputii vestri » Jerem . iv, 4. Et alibi : « Omnes gentes incircumcisi \AL incircumcisa] carne ; domus vero Israël incircumcisi sunt corde Je¬ rem. ix, 26. Extremi de quibns nunc dicitur : Quia ali- quando vos gentes in carne, qui dicebamini præputium ab ea quæ dicitur circumcisio in carne manu facta, » qualis hodie uni versa est turba credentium, et totns e gentibus muudus est plenus. Ad distinctionem igi- tur spiritualium gentium Judæorum, Ephesii gentes vocantur in carne, quia secundum spnlitum Israelitæ sunt. Nam et in alio loco carneum Israelem Scriptura -commemorans ait : « Videte Israël secundum carnem » I Cor. x ; quia in spiritu non erat Israël. Pulchre au- L’ Apôtre modère ici son langage avec prudence m « Vous qui étiez appelés incirconcision. » Vous étiez appelés incirconcis, mais vous ne l’é’iez point, par ceux qu’on appelle circoncis, h cause de la circoncision dans la chair, faite de main d’homme. Ce n’est point que ce soit la vraie cir? concision, mais parce qu’elle en prpn'd le nom, et qu’elle soit une circoncision faite de main d’homme, et non 'en esprit. Il faut encore remar¬ quer que nous, qui étions autrefois sans lo Christ et séparés de la société d’Israël, et étrangers aux promesses et aux alliances, comme l’Apôtre le rappelle, maintenant que nous avons embrassé ■ la foi, nous avons part aux promesses et à l’alliance divine, et par une conséquence néces¬ saire, nous participons à la vie d’Israël,; de même aussi que toutes les observances légales se trou¬ vent accomplies en nous, parce que la loi est spirituelle, que nous sommes circoncis et que nous observons le sabbat dans un sens bien plus vrai, c’est-à-dire en esprit, en offrant des vic¬ times spirituelles, alors que leur temple et leur autel est détruit; nous offrons à Dieu la dîme de nos fruits, nous immolons l’agneau sans tache, et les reins ceints, nous mangeons la Pâquêsans être embarrassés par quoi- que ce soit. Car, dé même qu’il y a une circoncision dans la chair faite de main d’homme, il y en a une autre toute différente, qui n’est pas, comme nous l’avons dit, faîte de main d’homme, mais en esprit. tem etiam verba moderatus est : « qui dicebamini præ¬ putium. » Dicebamini, inquit, præputium, nec eratis, ab ea quæ dicitur circumcisio in carne manu facta. Non quo sit circumcisio, sed quo ipsa sibi hoc nomen assumai, / et sit vere circumcisio manu facta, non spiritu. Simul et illud est attendendum quocl nos quos sine Christo alienatos quondam a conversati ne Israël esse mempra- vit, et peregrinos a promission i bus et Testameato Dei ; nuuc postquam in Christum credidimus, sicut repromis- siones et testamenta ejus accepimus, ita conversationem quoque habere dicamur Israël; quomodo conversatio universa legalis expletur in nobis, quia videlicet lex spi¬ ritual is est, et magis circumcidamur, et sabbatizemus in spiritu, spirituales victimas offerentes ; illorum tem- plo altarique destructis; nos Deo fructuum nostrorum décimas o (fera mus ; nos immolemus agnum immaculatum, et accincti lumbos, expediti Pascha comedamus. Sicut eniin circumcisio dicitur in carne manu facta : ita ad distinctionem ejus întelligitur aliaesse circumcisio., quæ non sit ]Àl. sicut], ut diximus, manu facta, sed spi¬ ritu. Quod. autem ait : « Spem non habentes/et sine Deo COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX ÉPHÉSIENS 413 Quant à ce que dit l’Apôtre : « N’ayant point l’espérance, et sans Dieu en ce monde, » ce n’est pas que les Éphésiens, avant de croire en Jésus-Christ, n’aient eu et adoré plusieurs dieux, mais\parce que celui qui ne connaît point le vrai Dieu, n’a aucun Dieu. Et c’est avec inten¬ tion qu’il ajoute, « sans Dieu en ce monde. » Car ils avaient un Dieu qu’ils devaient un jour adorer comme Dieu ï’avait prévu longtemps auparavant ; et dans la prescience de Dieu, ils n’étaient pas sans Dieu, mais ils étaient sans Dieu en ce monde. « Mais maintenant que vous êtes dans le Christ Jésus, vous qui étiez autrefois éloignés, vous avez été rapprochés par le sang de ce même Christ; car c’est lui qui est notre paix. » Dieu est partout, et il est partout tout entier; comment peut-on être séparé de lui, puis¬ que toutes choses sont on lui, et que lui- même nous dit par son prophète : « Penses-tu que je sois le Dieu de près, et que je ne sois 'plus le Dieu de loin? » Jerem . xxm, 25. Et le Psalmiste atteste la même vérité : « Si je monte dans les deux; vous y êtes; si je descends dans les enfers, jê vous y trouve présent, » Ps. cxxxvm, 8. Mais bien qu’en lui soient toutes choses, l’Écri¬ ture le présente cependant comme étant éloigné des impies. « Le Seigneur, dit-elle, est loin des impies, » Prou, xv, 29. Or, celui dont les impies sont éloignés est près des saints. Il était éloigné des Éphésiens, il s’en est rapproché par le sang in munclo : » non quo plures deos, antequam in Chri- stum crederent, Ephesii non habuerint, atqne ve- nerati sint; sed quo qui absque Deo vero sit, nullum deum habeat. Et significanter additum est, « sine Deo in mundo. » Habebant quippe Deum, quem eoshabituros Deus ante cognoverat, et apud præscientiam Dei non erant sine Deo, sed in mundo erant absque Deo. « Nunc autem in Cbristo Jesu vos qui aliquando ez'atis longe, iacti estis prope in sanguine Christi; ipse e t enim pax nostra » Deus ubiquoest, et totusubique est, a quo quis potest separari, cumin eo sint omnia? et ipse per prophetam loqnatur : « Ego Deus appropinquans, et non de longe » Jer. xxm, 23. Et Psalmista testa- tur : « Si ascendero in cœlu n. tn illic es : si descen¬ des in infernum, ad es » Ps. cxxxvm, 8. Cutn igîtur in eo spnt omnia, procui tamen esse ab impiis dicitur jnxia illud : « longe est . Dôminus ab im¬ piis » Prov. xv, 29. Iste a quo impii longe sunt, vicipus est -sanctis. Denique cum et ab Ephesiis esset procul, in sanguine Jesu prope eis factus est. Et dili- de Jésus-Christ. Et il faut remarquer soigneuse¬ ment que personne ne peut approcher de Dieu que par le sang de Jésus-Christ, parce qu’il est notre 'paix et qu’il a dit : « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix, » Jean xrv, 27. Car* de même que la sagesse nous rend sages, la justice justes, la sanctification saints, et que la vie nous rend vivants, ainsi la paix fait que nous sommes pacifiques, et que nous pouvons dire : « J’étais pacifique avec ceux qui haïssaient la paix, » Ps cxix, 7. Or, si Jésus-Christ est la paix, de ceux qui croient, ceux qui n’ont point la paix en partage, par une conséquence nécessaire, n’ont point Jésus-Christ. « C’est lui qui des doux choses en a fait une seule, détruisant dans sa chair le mur de sépa¬ ration, leurs inimitiés; abolissant par sa doc¬ trine la loi des préceptes, pour former en lui- même, un seul homme de ces deux peuples, mettant la paix entre eux; les réconciliant à Dieu par sa croix, et les réunissant tous deux en un seul corps, détruisant en lui leurs ini¬ mitiés.. Ainsi il est venu annoncer la paix, et à vous qui étiez loin, et à ceux qui étaient près, parce que c’est par lui que nous avons accès les uns et les autres auprès du Père, dans un seul esprit. » C’est là ce mur de séparation qui divisait les deux peuples l'un de l’autre. C’est de ce mur que dans la Genèse, la sage-femme lors de la naissance des 'tleux enfants dit : « Pourquoi le mur de séparation a-t-il été rom- gentius intuendum, quod absque cruore Domini Jesu, nemo appi'opinquet Deo, quia ipse e*t pax nostra, dicens : « pacem meam do vo ûs ; pacem rneam relinquo vobis » Joan, xiv, 27. Quomodo enim tapientia sapien- tes facifc, et justitia justos, et sanctificatio sanctos, ut dicamus : « cum his qui oderunt pacem, eram pacificus » Psal. cxix, 7. Si autem Christus credentmm pax e^t, quicumque sine pace est, consequenter non habet Chris- tum . « Qui fecit utraque unum, et medium parietem ma- cei'iæ solvens immicitiain in oarne sua, legem manda- toi’um in dogmatibus eyacuans, ut duo conderet in seipso in unum novum hominem, faciens pacem, ut reconciliaret uti'umque in uno corpore Deo, per crucem interficiens inimicitiam in ea, et veniens evangeiizavit pacem vobis qui longe eratis, et pacem his qui prope ; quoniam per ipsum habemus accessum uterqoe in uno spintu ad Patrem. » Iste est médius paries et maceria, quæ utrumque' a se populum dividebat. De quo et in Genesi in partu gemmornm, obstetrix loquitur : « Ut- SAINT JÉROME 414 pu à cause do toi? » Gen. xxxvin, 29. Donc, après que le Sauveur eut détruit dans sa chair la sagesse de la chair qui est ennemie de Dieu, Rom. vin, et qu'il eut remplacé les préceptes de la loi par les vérités évangéliques des doux peuples, juifs et gentils ne faisant plus qu’un seul peuple, le peuple chrétien, en nous évan¬ gélisant la paix et la concorde, à nous qui étions loin, et aux restes des juifs qui avaient cru par le moyen des apôtres ; alors, par lui nous nous sommes approchés de Dieu, et nous avons connu que nous n’avions qu’un seul Père, dans un seul esprit. Alors a été accomplie cette parole du Seigneur dans son évangile : « Et il n’y aura plus qu’un seul pasteur et un seul troupeau, » Jean, x, 16; et ces autres : « J’ai encore d’autres brebis qui ne sont point de cette bergerie, » c’est nous qu’il avait en vue, et qu’il devait réunir alors de la gentilité : Or, l’inimitié qui a été détruite dans la chair du Sauveur, a été mise à mort par sa croix. Car il est écrit : « Pour réconcilier à Dieu les deux peuples réunis en un seul corps, détruisant par la croix leurs inimitiés sur elle-même. Car le texte ne porte pas comme dans les manuscrits latins : « en lui-même » in semetipso. Il est vrai que par suite de l’ambiguité du pronom grec : èv et contra Marcionem cæterosque veteres hæreticos, qui alium Legis, alium Evangelii prædicant Deum, uti possumus. Si enim neqnaquam peregrini et accolæ, sed cives sanctorum et domestici Dei superædificati suât fundamento apostolorum et prophetarum, ipso summo angulari lapide Christo Jesu; in quo omnis ædificatio compaginata, crescit in templum sanctum in Domino . in quo et Ephesii coædilicantur in tabernaculum Dei in spiritu, unus est Deus, unius ædificationis et templi, quod superædificatum est fundamento apostolorum et prophetarum. Quod si universa ædificatio compaginata^ crescit in templum sanctum in Domino, omni laüore ni- tendum est, ut fiamus illi lapides, de qnibus scriptum est : «Lapides sancti vol v un tu r super ter ram » Zack. ix. 16. Et cum fuerimus vivi lapides, ex omni parte do- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 417 pour devenir la demeure de Dieu. Renfermons en nous-mêmes l'arche de l’alliance, la gardienne de la loi du Seigneur, et que les chérubins (qui . signifient la multitude de la scion ce), et que toutes les parties les plus secrètes de notre cœur prennent un nouveau nom; soyons appelés dabir que nous pouvons traduire par oracle ou par réponse, et pour exprimer plus rigoureuse¬ ment et littéralement ce que signifie le mot ÀaÀYjT7]piov l'endroit où Von par/e, afin que nous puissions nous écrier aussi avec l’Apôtre : « Est-ce que vous voulez éprouver celui qui parle en moi, le Christ? » I Cor . xm, 3. On peut entendre aussi que cette construction bâtie sur le fondement des apôtres et des prophètes, comprend non seulement les hommes, mais encore les vertus célestes, de manière que tous ensemble deviennent une demeure de Dieu par le Saint-Esprit. Car il serait inconvenant, disent des partisans de cette explication, qu’une demeure compacte et unie dans les pierres, c’est-à-dire dans les hommes qui la composent s’élevât comme un temple sacré dans le Seigneur, et devînt la demeure de Dieu par le Saint-Esprit, tandis lati, læves \ Al. leves], politi nullam habentes scabredi- nem, ædificemur in templura, et fiamus habitaculum Deo; condaturque innobisarca testamenticustos LegisDomi- ni, et Cberubim, « scientiæ multitude), » et interiora pectoris nostri in novum vocabulum transeant : dicamur- que dabir, quod nos « oraculum, » sive « responsum » possumus appellare, et ut contentiosius vei'bum exprim⬠mes e verbo, ÀaXTprqpiov, id est, « locutorium » dicere : ut cum Apostolo erumpamus in vocem : « Anexperimentum quæritis ejus qui in me loquitur Christus » I Cor . xm, 3? Potest autem omnis sedificatio super fundamentum apostolorum prophetarumque constructa, non solum nos, sed et cœlestes significare virtutes, ut univers! pariter fiant habitaculum Dei in spiritu ; iucongruum quippe esse aiunt, ex hominibus sedifîcationein compactam at- que concordem crescere in templum sanctum in Domino, fieriquo habitaculum Dei in spiritu; angelos autem et qu’on croirait devoir exclure de cette félicité les anges et les esprits bienheureux dont l’emploi est de servir Dieu dans les deux. Or, la pierre principale de l’angle, qui réunit les deux peuples (selon la seconde interprétation, qui relie la terre au ciel), est Jésus-Christ Notre-Seigneur, cette pierre qui a été détachée de la montagne sans le secours d’aucune main et dont le Psalmiste rend ce témoignage : « La pierre qu’ont rejetée les architectes, est devenue la pierre de l’angle, c’est l’œuvre du Seigneur, » Ps . cxvu, 22. 11 a été en effet rejeté par les Pharisiens qui parais¬ saient avoir la connaissance de la loi et construire le temple de Dieu par l’observation des prescrip¬ tions légales; et Dieu l’a choisi pour être la pierre de l’angle, pour être le point d’intersec¬ tion et de jonction des deux murailles, et afin de donner par lui aux deux peuples accès auprès do Dieu. Cette pierre angulaire pour ceux qui ne croient pas, est une pierre d’achoppement, une pierre de scandale; quiconque heurtera cette pierre s’y brisera, et elle écrasera celui sur qui elle tombera, » Luc . xx, 17. beatas quasque virtutes, quæ in cœlestibus Deo serviunt, ab bac felicitate aliénas existimari. Summus autem an- gularis lapis, quipopulumutrumque contineat (sive juxta secundam interpretationem cœlestia jungatatque terre- na) Christus est Dominas noster, lapis præcisus de monte sine manibus, de quoet Psalmistatestatur, dicens : « Lapidem quem reprobaverunt æclificantes, hic fac-tus est in caput anguli. A Domino factum est istud » Ps, cxvii, 22. Reprobatus quippe est a Pliarisæis, qui vide- bantur Legis habere notitiam, Deique templum legalibus ædiûcare mandatis ; et assumptus a Deo in angularem lapidem, ut duos parietes ipso médius contineret ; et per ilium uterque populus ad Deum haberet accessum. Iste angularis lapis, non evedentibus lapis offensionis est, et petra scandali; super quem qui ceciderit, quassa- bitur ; super quem vero ipse corruerit, comminuet eum Luc, xx i LIVRE SECOND . Nous abordons, avec le secours de vos prières, ô Paule et Eustochium, le second livre sur l’épître aux Éphésiens, faible et nouveau présent que nous devons faire parvenir à Rome. Ce n'est pas que le Sénat des savants daigne lire ces explications et leur donner place dans les bibliothèques des anciens, mais je satisfais au désir que Marcelle, cette sainte femme, m’exprime par ses lettres. Toutes les fois que je me représente son application à l’étude, son esprit, son travail, autant de fois je me con¬ damne comme coupable de paresse, moi qui, confiné dans la solitude d’un monastère, ayant squs les yeux cette crèche où les bergers s’em¬ pressèrent de venir adorer l’enfant qui vagis¬ sait dans cette crèche, ne puis faire ce qu’une . femme de haute condition, au milieu du bruit et de l’agitation d’une nombreuse famille et de l’administration de sa maison, accomplit tous les jours, par des œuvres dérobées aux occupa¬ tions domestiques. Jo la prie donc et simultané¬ ment tous ceux qui me liront, de bien se péné^ trer de cette pensée, que mon style n’est le fruit ni d’une longue méditation, ni d’un travail étudié, mais que pour expliquer les mystères des Écritures, je me sers d’un langage presque vulgaire, et que souvent je parviens à expliquer Seoundum orationibus vestris, o Paula et Eusto¬ chium, ad Ephesios aggredimur Jibrum; nova quoque Romam munuscula transmissuri. Non quod hæc di- gnetur legere ductorum senatus, et bibliothecis ve- terum ascrihere; sed quod sancta Marcella idipsum fieri per Epistolas flagitet. Cujus ego quotiescumque Studiorum, ingenii, laboris recordor, toties me damno iuertiæ, qui in monasterii solitudine constitutus, et illud præsepe contra videns, in quo vagientem parvu- lum festini adoravere pastores Luc , n, id facere non possum, quod mulier nobilis inter strepentem familiam, et procurationem domus explet operis succisivis, Qua . propter et illam et vos, et si quis forte lecturi sunt, in commune precor, ut sciatis me non cogitation diu lima- tumque proferre sermonem ; sed ad revelanda mysteria Scripturarum, uti verbis pene de trivio, et iaterdum per singulos dies usque ad numerum mille versuum pérvenire, ut coepta in Apostolum explanatio, ipsius mille versets par jour, de manière que l’explica¬ tion quo j’ai commencée sur les épîtres de saint Paul puisse être menée à bonne fin, grâce aux prières de ce grand apôtre. CHAPITRE III. « C’est pour cela que moi, Paul, je suis :le prisonnier de Jésus-Christ, pour, vous, Gentils, Car vous avez sans doute appris do quelle manière Dieu m’a fait le dispensateur de sa grâce envers vous, après m’avoir découvert par révélation ce mystère dont je viens de vous parler en peu de mots; en sorte que vous pourrez voir en me lisant l’intelligence que j’ai du mystère de Jésus-Christ. » En examinait avec la plus grande attention comment, pour la suite ot l’enchaînement du discours, ces paro¬ les : « C’est pour cela que moi, Paul, je suis le prisonnier de Jésus-Christ, pour vous, Gentils, »■ se rapportent à ce qui précède, nous n’avons pu trouver rien qui s’y rattache. En effet, saint Paul ne dit pas : C’est pour cela que moi, Paul, j’ai fait ceci ou cela; mais il laisse sa pensée comme suspendue et passe à autre chose. Faut-il ici tenir compte de l’aveu qu’il a fait : Et si je suis inhabile pour la parole, je ne le suis point pour la science, » et chercher ici plutôt la suite du Pauli, cujus Epistolas conamur exponere, orationibus compleatur. CAPUT III. « Hujus rei gratia, ego Paulus vinctus Jesu Christi pro vobis gentibiis; si tamen audistis dispensationem gratiæ Dei, quæ data est mihi in vobis. Quoniam se- cundum revelationem cognftum factum est, mihi myste- rium, sicut præscripsi in modico; prout potestis Iegen- tes intelligere sensum meum in mysterio Christi. » Quantum ad consequentiam sermonis textumque eloquii pertinet, ad id quod præmisit ; « Hujus rei gratia, ego Paulus vinctus Jesu Christi pro vobis gentibus, » diligentissime perquirentes, nihil quod ei reddiderit, potuimus invenire. Neque enim dixit, hujus rei gratia ego Paulus hoc vel hoc feci vel illud et illud docui; sed suspensa manente sententia, transgressus ad alia est. Nisi forte ignoscentes ei, quod et ipse confessus est COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPIIÉSIENS lens que des paroles? On pourrait alors établir e sens de ‘cette manière : C’est pour cela que moi, Paul, prisonnier de Jésus-Christ, et pri¬ sonnier pour vous, qui êtes sortis des Gentils, j»ai connu ce mystère pour vous l’enseigner, comme je' vous l’ai dit un peu plus haut dans cette même épître. Car vous devez avoir appris de quelle manière Dieu m’a fait le dispensateur de sa grâce pour vous, qui êtes sortis des Gentils et pour lesquels aussi je suis prisonnier. Or, cette captivité de Paul pour les Gentils, peut s’entendre de son martyre, car c’est lorsqu’il était jeté dans les fers à Rome, qu’il écrivit cette épître, en même, temps que les épîtres à Philé- mon, aux Colossiens et aux Philippiens, comme nous l’avons montré dans un autro endroit. Voici une autre explication. Comme nous lisons en plusieurs endroits que ce corps est le lien par lequel l’âme est retenue comme dans une prison, nous, pouvons dire q4ue la raison pour laquelle Paul est retenu dans les liens du corps, c’est afin que la prédication de l’Évangile aux Gentils reçoive son plein et entier accomplisse¬ ment. D’autres donnent encore un autre sens et prétendent que Paul, prédestiné et sanctifié dès le sèin de sa mère avant sa naissance, afin d’évangéliser les Gentils, a été ensuite enchaîné dicens : « Et si imperitus sermone, non tamen scientia », I Cor, xi, 6, sensuum magis in eo quæramus ordinem, quam verborum. Qui sic reddi potest ; hujus rei gratia, ego Paulus vinctus Christi Jesu, et vinctus pro vobis qui estis ex gentibus, cognovi mystei'ium, ut vobis quoque illud traderem; sicut in hac eadem Epistola ante paululum sum locutuS. Debetis autem audire dis— pensationem gratis© Dei, qnœ data est mihi in vobis qui estis ex gentibus, pro quibus et vinctus sum Jesu Christi. Vinctum autem Jesu Christi Paulum esse pro . gentibus, potest et de martyrio inteUigi; quod Romæ in vincula conjeetus, banc Epistolam mise¬ nt eo tempore' quo ad Philemonem, et ad Colossenses, et ad Philippenses in alio loco scriptas esse manstravi- mus. Vel certe (1) quia in pluribus locis lectum est, vinculum animæ corpus hoc dici, quo quasi clausa teneatur in carcere; dicimus propterea Paulum corporis nexibus coerceri, nec rever ti et esse cum Christo, ut perfecta in gentes per eum prædicatio compleatur. Licet quidam alium sensum in hoc introducant, quod 419. des liens dé ce corps. Quant à moi, je pense que le texte est ici défectueux. Car, au lieu de dire comme il le devait : C’est pour cela que moi, Paul, prisonnier, de Jésus-Christ pour vous Gentils, j’ai connu ce mystère, comme je vous l’ai écrit en peu de mots, de sorte qu’en lisant, vous pouvez comprendre; il leur dit : C’est pour cela que moi, Paul, prisonnier j’ai connu ce mystère par la révélation qui m’en a été faite, et le reste. Si cependant quelqu’un pou¬ vait, d’après la teneur et le contexte du discours, prouver que l’Apôtre a été des plus corrects et n’a commis aucune faute grammaticale, c’est à ce sentiment surtout qu’il faudrait se ranger. Quant à nous, toutes les fois que nous décou¬ vrons des solécismes ou d’autres fautes sem¬ blables, nous n’en faisons pas, comme certains critiques malveillants, un titre d’accusation contre l’Apôtre, mais nous sommes bien plutôt ses défenseurs, en affirmant qu’étant hébreu d’origine, n’ayant, comme les rhéteurs, ni la pureté du langage, ni l’heureux assemblage des mots, ni l’élégance du style, il n’aurait jamais pu amener le monde tout entier à la foi de Jésus-Christ, s’il ne l’avait évangélisé non avec les paroles de la sagesse humaine, mais dans la vertu de Dieu. Car il écrit lui-même aux Paulus prædestmatus, et sanotificatus ex utero matris suse, ad prædicationem gentium antequam nasceretur, postea vincula carnis acceperit; Puto autem quod et vitiosa in hoc loco elocutio sit. Pro eo enim quod debuit dicere : hujus rei gratia, ego Paulus vinctus Jesu Christi pro vobis gentibus, cognovi mysterium, sicut et præscripsi in modico, prout potestîs legentes intelligere, ait: hujus rei gratia ego Paulus vinctus secunduin reve- lationem, cognitmn factum est mihi mysterium, et reliqua. Si vero quis potest etiam juxta sermonis et eloquii contextum docere, Apostolum fuisse perfectum, et in artis grammaticæ vitia non incurrisse, ille potius auscullandus est. Nos quotiescumque solœcismos, aut taie quid annotavirnus, non . Apostolum pulsamus, ut malevoli criminantur, secl magis Aposto^Li asser tores sumus, quod Hebræus ex Iiebræis, absque rhetorici , nitore ?ermonis, et verborum compositione, et eloquii venustate, numquam ad fidem Christi totum mundum transducere valuisset, nisi evangelizasset eum non in sapientia verbi, sed in virtute Dei. Nam et ipse ad (t) Quasi Origenîanœ sententieè teneat manifesto reum S. Doctorem, Rufinus hoc loco exsultot lib. num. 40. Verum quod illi reponit S. Pat or lib, l Apologies, lotum eludit adversarii impclum, ubi suam cuique reddit auotori doclrinam : Et in hoc, inquit, ut supra triplicem Oipositionem posui. ïn prima, quid mihi viderelur ; in seconda, quid Origenes assereret; in ténia, quid Apollinarius contra illius vadens dogma, sentirot. bege Gvœcoa Commenlanos, et nisi ita ropereris criaicn fatebor. Edt Migt 420 SAINT JÉROME Corinthiens : « Pouf* moi, mes frères, lorsque je suis venu vers vous, je ne suis point venu vous annoncer le témoignage de Jésus-Christ dans la sublimité du discours et de la sagesse, » I Cor. iq 1. Et encore : « Et mon discours, et ma pré¬ dication ont été, non dans les paroles persua¬ sives de la sagesse humaine, mais dans la mani¬ festation de l’esprit et de la vertu; afin que votre foi ne soit pas établie sur la sagesse des hommes, mais sur la vertu de Dieu, » ibid. 4 et 5. Celui donc qui fait des solécismes, qui ne peut rendre une hyperbate, et terminer une proposition, s’attribue hardiment la sagesse et dit : « J’ai connu ce mystère par révélation, comme je l’ai écrit en peu de mots. » Si, en effet, on considère attentivement les commence¬ ments de cette épître, on verra que Dieu lui a révélé des mystères dont il n’effleure qu’une légère partie, et qu’il a moins exprimé ce qu’il en savait que fait voir ce qu’il taisait par ce peu qu’il en disait. De sorte, dit-il, que vous pouvez, en lisant, comprendre ma pensée ou ma sagesse dans ie mystère du Christ. C’est co que nous avons dit dans la préface; aucune épître de saint Paul ne renferme de si grands mys¬ tères, n’est enveloppée de sens plus profonds que l’Apôtre se glorifie de savoir, et qu’il nous indique en peu de mots, afin que nous relisions plus attentivemment ce qu’il en a écrit. Corinthios ait : « Et ego cum venissem ad vos, fratres, veni non in eminentia verbi aut sapientiæ, annuntians vobis testimonium Dei » I Cor. n, 1. Et rursum : « Et verbum. meum, et prædicatio mea, non in suasoriis sapientiæ ver bis, se.d in ostensione spiritus et virtutis, ut fides vestra non sit in sapientia hominum, sed in virtute Dei » Ibid., 4 et 5. Iste igitur qui solœcismos in verbis facit, qui non potest hyperbaton reddere, sen- tentiamquë concludere, audacter sibi vindicat sapien- tiam, et dicit : « Quoniam secundum revelationem co^nitum est mihi mysterium, sicut præscripsi in mo- dico. » Vere enim si quis superiora hujus epistolæ con- templetur, videbit ei revelata mysteria, quorum partem quamdam modicam suo sermone perstrinxit; non tam totum quod noverat proferens, quam ostendens, ex modico quid taceret. Prout potestis, inquit, legentes intelligere sensum meum, sive. sapientiam in mysterio Cbristi. Hoc est illud qnod in præfatione diximus; nul- lam Epistolarum Paula tanta habere mysteria, tam re- conditis sensibus involutam, quos et Apostolus nosse se gloriatur, et nobis indicatos breviter ostendit, ut atten- tius quæ sunt scripta, relegamus. « Mystère, qui dans les autres générations n’a pas été découvert aux enfants des hommes, comme il est maintenant révélé par l’Esprit aux saints apôtres et aux prophètes; que les Gentils sont cohéritiers, membres d’un même corps, et participants avec eux de sa promesse en Jésus- Christ par l’Évangile, dont j’ai été fait lo ministre, en vertu du don de la grâce de Dieu, qui m’a été donnée par l’opération de sa vertu. » Ce mystère de Jésus-Christ que l’Apôtre a exposé plus haut en partie, comment a-t-il été inconnu des autres générations? c’est ce qu’il faut trai¬ ter plus à fond. Ainsi, a-t-il été connu ou ignoré d7 Abraham, de Jacob, de Moïse, d’Isaïe et des autres prophètes qui, au témoignage de l’Écriture, ont prédit l’avènement de Jésus- Christ et la vocation des Gentils? Abraham a vu son jour et s’en est réjoui, Jean vm, 56, et il ■ lui fut dit : « Toutes les nations seront bénies dans celui qui naîtra de toi, » Gen. xxir, 18. Jacob dans son langage prophétique sur celui qui devait sortir de Juda, dit : « Et il sera l’attente des nations, » ibid. xux, 10. Moïse lui- même a jugé que l’opprobre de Jésus-Christ était un plus grand trésor que toutes les richesses de l’Égypte, Hebr. xi, 26. Entendons Isaïe : «Voici, dit-il, qu’une vierge concevra et enfantera, » ïsai vn, 4. Et ailleurs : « Lo rejeton de Jessé sera élevé pour régner sur les nations, « Et [Àl. quod] aliis generationibus non fuit notum filiis hominum, sicut nunc revelatum est sanctis ejus apostolis et prophetis in Spiritu, esse gentes cohæredes, et concorporales, et comparticipes promissions in Christo per Evangelium, cujus factus sum minister secundum donum gratiæ Dei, quæ data est mibi juxia operationem virtutis ejus. » Mysterium Christi quod ex parte supra Apostolus exsecutus est, quomodo aliis generationibus fuerit ignotuin, plenius retractandum videtur ; utrumne Abraham, Jacob et Moyses, Isaias, et cæteri prophetæ illud ignoraverint, an mon, a qui- bus esse prædictum adventum Christi et vocationem Gentium Scriptura commémorât? Abraham quippe vidit diem ejus, et lætatus est Joan. vm, 56, et dicitur ei : « Benedicentur in sémine tuo omnes gentes» Gen. xxn, 18, Et Jacob de eo qui oriundus esset ex Juda prophe- tice loquitur : « Et ipse erit exspectatio gentium » Ibid, xux, 10. Moyses quoque majores clivitias Ægypti thesauris, opprobrium Christi arbitratus est. Et Isaias : « Ecce, » inquit, « virgo in utero concipiet, et pariet » Isui. vu, 14. Et alibi ; « Erit virga Jesse, et qui sur- ,get ad regnandum gentibus; in ipso gentes sperabunt» COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS et' les peuples espéreront bu ;lui, » Ib. xr, 10. Et pour éviter d’être long, qu’il nous suffise de citer quelques textes des Psaumes : « Toutes les familles des nations se proster- . neront en sa présence, » Ps. xxr, 28. Et encore : . « Toutes les nations le serviront, » Ps. xvn, 2. . Mais voici une prophétie plus claire encore sur le peuple d’Israël et sur le Dieu Sauveur : « Visitez cette vigne, multipliez la vigne que votre droite a plantée, souvenez-vous du Fils de l’homme que vous avez affermi pour vous, » Ps. lxxix, 15, 16. Et l’économie de son incarna¬ tion se trouve indiquée dans le verset suivant : « Que votre main repose sur l’homme de votre droite, sur le Fils de l’homme que vous avez affer¬ mi pour vous, » Ibid. 18. Il faut donc dire avec Montan que les patriarches et les prophètes ont parlé en extase, et n’ont pas connu ce qu’ils prédi¬ saient; ou si une pareille interprétation est une impiété, (car l’esprit des prophètes est soumis aux prophètes,) ils ont compris ce qu’ils prophé¬ tisaient. Mais, s’ils l’ont compris, comment Paul peut-il dire maintenant, que ce qui a été inconnu des autres générations a été maintenant révélé aux apôtres de Jésus-Christ? Il faut donc ..répondre, ou bien que .saint Paul affirme dans un langage à la fois prudent et expres¬ sif, que ce mystère a été inconnu des enfants des hommes, mais non des enfants de Dieu à qui Dieu s’adresse dans le psaume lxxxi, 6 : Idem, xi, 10. Et ne longum fiat, pauca de Psalmis dixisse sufficiat : « Et adorabunt in conspectu ejus ornnes familiæ gentium Psal. xxi, 28. Et iterum : « Omnes gentes servient ei Psal. xvn, 11. » Et ad hue inanifes- üus de populo Israël, et de Domino Salvatore : « Visita vineam istam, et perfice eam quam plantavit dextera tua, et super filium queni confirmasti tibi » Psal. lxxix, 15, 16. Cujus etiam corporis dispensatio in consequenti- bus indicatur : Fiat manus tua super virum dexteræ tuæ, et super filium hominis quem confirmasti tibi » Ibid., 18. Aut igitur juxta Montanum, patriarchas et prophetas in eestasi locutos accipiendum, et nescisse ■quæ dixerint; aut si hoc impium est (spiritus quippé prophetarum prophetis subjectus est) intellexerunt uti- que quæ locuti sunt. Et si intellexerunt, quæritnr quomodo nu ne Paulus dicàt, quod al iis generationibus non fuit notum, fuisse Ghristi apostolis revelatum. Aut igitur ilhid est respondendutn , quod caute Paulus signanterque testa tus sit, fil iis hominum ignotum fuisse mysteriorum, non filiis Dei, ad quos 'loquitur : « Ego dixi; dii êàtis, et filii Exoelsi omnes » Psal. lxxxi, 6. 421 « J’ai . dit, vous êtes des dieux, vous êtes tous les enfants du Très-Haut; » c’est-à-dire que ceux qui ont reçu l’esprit d’adoption, du nombre desquels sont les patriarches et les prophètes ont connu le mystère de Dieu. Or, si l’on ne veut point de cette explication, et qu’elle paraisse forcée et faire violence au texte, nous donnerons cette autre : que saint Paul n’a point dit d’une manière absolue et générale que le mystère du Seigneur a été complètement inconnu des autres générations, mais que les anciens patriarches et les prophètes ne l’ont point connu comme il est maintenant révélé aux saints et aux apôtres. Car, autre chose est de ■ connaître en esprit les événements futurs, autre chose est de les voir accomplis. Voilà .pourquoi Jean est proclamé plus grand que tous les prophètes; Luc vu, parce qu’il a vu .de ses yeux et montré de la main Celui que les autres avaient prophétisé, lorsqu’il a dit : « Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui efface les les péchés du monde, » Jean i, 29. C’est dans le même sens qu’on peut expliquer ces paroles : « Beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont point vu, entendre ce que vous entendez, et ‘ne l’ont point entendu, » Luc x, 24. C'est-à-dire qu’ils .désiraient voir et entendre ce qu’ils savaient devoir s’accomplir dans la suite des siècles. Car s’ils ne connaissaient pas ces choses, com- Quod scilicet hi qui spiritum. adoptionis acceperint, de quibus patriarchæ, et prophetæ fuerint, Dei sciërint sacramentum. Aut si hoc non recipitur, et nimium violentum et coactum videtur, illuc sermo transibit, ut dicat non definite et généralité!* dixisse Paulum aliis generationibus ignotum fuisse omnino Domini sacra¬ mentum; sed sic quomodo nunc revelatum est sanctis ejus efapostolis, nescisse patriarchas veteres,et prophe¬ tas. Aliud est enim in spiritu ventura cognoscere, aliud ea cernere opéré compléta, llnde et Joannes propterëa ;major prophetis omnibus dicitur Luc. vn; quia quem cæteri prophetaverunt, ipse conspexerit, et digito demonstrarit dicens : « Ecce Agnus Dei; ecce qu tollit peccata mundi » Joan: î, 29. Juxta quem sensum et illud exponi potest : « Mülti prophetæ et justi cupie- runt videre quæ videlis, et non viderunt, et audire quæ auditis, et non audierunt » Luc. x, 24. Hæc utique videre et audire cupiebant* quæ futura cognoverant. Quod si nesciebant ventura, quomodo desiderare pote- rant, quæ penitus ignorabant? Legimus in Regnoruin libris, Doininum Salomoni in somnio pollicentein atque SAINT JÉROME 422 ment pouvaient-ils désirer ce qu’ils ignoraient complètement. Nous lisons dans les Livres des Rois, que Dieu fit à Salomon cette promesse, pendant son sommeil : « Parce que tu m’as fait cette demande, et que tu n’as point désiré pour toi de longs jours, de grandes richesses, ni la mort de tes ennemis, mais que tu m’as demandé l’intelligence pour discerner ce qui est juste, voilà que j’ai fait selon tes paroles, et je t’ai donné un cœur sage et intelligent, en sorte qu’il n’y a jamais eu d'homme avant toi sem¬ blable à toi, et qu’il ne s’en élèvera point après toi, » III Rois ni, 11, 12. Et comment quelques auteurs peuvent-ils penser que les apôtres de Jésus-Christ ont connu par révélation un mys¬ tère qui serait resté inconnu à Salomon, alors que cet oracle divin promet à Salomon une sagesse plus grande que celle de. tous les apôtres <^t des patriarches? alors que Salomon, parlant de lui-même dit ouvertement : « Dieu m’a enseigné la , sagesse, et j’ai connu l’intelli¬ gence des saints, » Sag . vu, 21. David lui- même §e glorifie d’avoir eu la science des mys- ' tères cachés : « Vous m’avez, dit-il à Dieu, manifesté les secrets et les mystères de votre sagesse, » Ps . 4, 8. Et Dieu dit par son pro¬ phète à ce roixqui s’applaudissait de sa sagesse : « ïlst-ce que tu es plus sage que Daniel? » Ezèch, xxviii, 3. Il faut donc s’en tenir au sens que nous avons discuté plus haut, que les patriarches et les prophètes ont ignoré le mys- dicentem : « Pro eo quod petiisti a me verbum istud, et non petiisti tibi dies multos, nec postulasti divitias, nec animas inimicorum tuorum, sed petisti ut intellige- res, et audires judicium; ecce feci verbum tuum, et dedi tibi cor prudens et sapiens sicut tu [Al. tui] non fuit ante te, et post te non surget similis tibi » Il Reg. m, 11, 12. Et quomodo quidam putant apostolis Christi revelatum esse mysterium, quod ignotum fuerit Salo- mini, cum apostolis omnibus sapientiorem fuisse Salo- moriem, et rétro patriarchis vox divina pollicita si t ? qui de. se quoque ipse loquitur cqnûdenter : « Deus docuit me sapientiam, et intellectum sanctorum cognovi Sap. vii, 21. Necnon et David de^ scientia occulti mysterii gloriatur, dicens : « Incerta et occulta sapien- tiæ tuæ manifestasti mihi » Psal . l, 8. Et ad eum qui sibi de sapientia supplaudebat, Deus loquitur per pro- phetam : « Numquid tu sapientior es Danieie » Ezeck. xxviii, 3. Àut ille igitur de quo jam supra dîsseruimus, tenendus est sensu s, ita patriarchas et prophetas, ut nunc apostolis revelatum est, Christi ignorasse myste- tère du Christ, toi qu’il est révélé maintenant aux apôtres, parce qu’il est tout différent de tenir une chose dans la main ou de la prévoir en esprit comme devant avoir lieu. Ou' bien il faut dire que la dissemblance qu’on remarque dans les visages, existe également pour les esprits, et que, selon la doctrine de l’Apôtre, les dons sont divers. Ainsi, l’un a le don de prophétie, l’autre le don des langues, un autre la grâce de guérir, un autre l’assistance et le don de gouverner; celui-ci a en partage la science, celui-là la fidélité, un autre est supé¬ rieur par la connaissance des mystères, un autre se contente de la foi pure et simple, I Cor. xii. Car tous n’ont point, à. l’exemple de Salo¬ mon, parlé des différentes natures des animaux, des oiseaux et des plantes, ni disserté sur tous les arbres, depuis le , cèdre du Liban, jusqu’A l’hysope qui sort de la muraille, III Rois ix. Salomon, au contraire, n’a peut-être, pas connu comme Moïs'e toutes les espèces de victimes et tout ce qui avait rapport au culte divin, le Seigneur ne lui a point non plus parlé face à face, il n’a pas eu ni connu une si grande multi¬ tude de vases et d’objets consacrés au culte, et que Dieu avait montrés en figure à Moïse sur la montagne, Exod . xxxm, xxxv. De même donc que les patriarches et les prophètes oqt connu des choses qui sont restées ignorées des apôtres, ainsi, selon l’opportunité du temps et en vue de la prédication de l’Évangile, les apôtres ont eu rium, quia aliud sit tenere qujd manibus, aliud futurum in spiritu prævidere. Aut dicondum, quomodo non sunt similes faciès faciebus, sic nec corda esso cordibus ; et, juxta Apostolum, diversa esse charismata, alium habere prophetiam, alium généra linguarura, alium dona cura- tionum, alium opitulationes et gubernationes, ilium esse sapientem, hune fidelem, istum pollere ecientia secretorum, ilium simplici tantum fide esse contentum I Cor. xii. Neque enim omnes in exemplum Saloiuonïs de naturis bestiarum et volucrum, et herbarum simili- ter sunt locuti, ut disputarent a cedi'o Libani, usque ad hyssopum, quæ exiit per parietem. Econtrario Salo¬ mon non ita forsitan vider it, ut Moyses o innés spedes victimarum, et culturæ Dei; nec ei facie ad faciem sit locutus Dominus,. nec vasorum tantam vel habuerit, vel intellexerit supellectilem, quorum typum illi in monte Dqminus ostendit III ïteg. îv; Exod. xxxiii, xxxv. Et quomodo paU'iarchæ, et propbetæ habuerunt aliqua quæ apostolos non habuisse credendum esl; sic econtrario pro opportunitate temporis, et pro COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX ÉPHÉSIENS 423 une connaissance plus grande du mystère du Christ. Les saints des temps anciens l’ont égale¬ ment connu, mais moins parfaitement que les apôtres, à qui était imposé le devoir de la prédi¬ cation. Or, quel est co mystère qui n’a pas été révélé aux autres générations comme il l’est maintenant? C’est ce que nous disent les paroles qui suivent : « Que les Gentils sont cohéritiers, membres d’un même corps, et participants avec eux de la promesse en Jésus-Christ par l’Évan¬ gile, » dont saint Paul a été fait ministre en vertu du don de la grâce de Dieu qui lui a été donnée par l’opération de sa vertu. Je sais que cette conjonction, ajoutée aux mots cohæredes , concorporales et comparticipes , rend la pensée peu élégante dans le texte latin. Mais comme elle existe également dans le grec, et que dans les Écritures, toutes les proposi¬ tions, les syllabes, les points, les moindres signes sont pleins de sens, nous aimons mieux encourir des reproches pour la composition et la structure des mots que pour l’intelligence du texte. Les Gentils sont donc cohéritiers d’Israël, ou ce qui nous parait préférable, il sont cohéri¬ tiers de Jésus-Christ, c’est-à-dire que Dieu lui- même est notre héritage et que nous sommes . cohéritiers de Jésus-Christ. C’est ce qui est écrit dans un autre endroit : « [Héritiers de Dieu, et cohéritiers de Jésus-Christ, » Rom . vm, 17. Ce n’est pas qu’on doive nous partager un héritage Evangelii prædicatione', habuerint apostoli magis notum mysterium Christi . Quod scierunt quidem et sancti antiquitus viri, sed non ita ut apostoli, quibus prædicandi nécessitas incurhbebat. Quod est autem hoc mysterium, quod, sicut nunc, allia ge- nerationibus non fuit revelatum? Utique illud quod sequitur, « esse gentes cohæredes, concorporales, et comparticipes promissionis in Christo Jesu por Evangelium, » cujus factus est Paulus minister, secundum donum gratiæ Dei, quæ data est ei juxta operationem virtutis ejus. Scio appositicnem conjunctio- nis ejus, per quam dicitur, « cohæredes, et concorpora¬ les, et comparticipes, » indecoram facere in Latino ser- mone sententiam. Sed quia ita habetur in Græco, et singuli sermones, syllabæ, apices, puncta, in divinis Scripturis plena sunt sensibus, propterea, magis volumus in corupositione structuraque verborum, quam intelligen- tia periclitari. Gentes igitur cohæredes sunt Israeli, sive quod melius arbitramur, Christo cohæredes sunt, ut hæ- reditas nostra De us sit, et cohæredes Christi. Quod et in alio loco scriptum. est. « Hæredes Dei, cohæredes autem quelconque, mais le Seigneur lui-même doit être notre héritage et notre possession. « Le Seigneur est votre héritage, » ost-il dit dans le Deutéronome xvm, 2; et ailleurs : << Le Seigneur est mon partage et mon héritage, » Ps. xv, 5. Voici co que signifie le mot concor - porales , membres d’un même corps : De même que dans un corps il y a plusieurs membres, par exemple, les yeux, les mains, les oreilles, les pieds, le ventre et les genoux, et que, bien que faisant partie d’un même corps, ces membres ont cependant des différences mar quées, et qu’ils éprouvent les uns pour les autres des sentiments de compassion ou de joie mutuelle; ainsi ceux qui ont cru en Jésus- Christ ont sans doute reçu des grâces diffé- rentos, mais ils ne laissent pas d'être tous étroi¬ tement unis dans un seul et même corps, qui est l’Église. Remarquons encore que les deux plots précédents cohéritiers, membres d’un même corps, pouvaient laisser soupçonner quelque différence entre les membres de ce seul et même corps. » Mais ce qui suit : «et partici¬ pant avec eux de la promesse en Jésus-Christ, » fait disparaître toute différence. Car une même participation fait que tous les biens sont com¬ muns. L’Apôtre ajoute cette réflexion pleine de justesse : « par l’Évangile, dont j’ai été fait le ministre en vertu du don de la grâce de Dieu, qui m’a été donnée par l’opération de sa Christi » Rom . vin, 17. Non quod aliqua inter nos pos- sessio dividatur; sed quod ipse Dominus sit hæreditas nostra atque pcssessio. « Dominus » quippe, ait, « hære¬ ditas vestra est. » Deut. xvm, 2; et alibi : « -Dominus pars mea, et hæreditas mea » Psal. xv, 5. Concorpora- lesautem illud significat, utquemadmodum in uno corpore plura sunt membra : verbi causa, oculi, manus, $ures, pedes, venter, et genua, et cum in uno sint corpore ka béant différentes suas, et pro se invicem lætentur, et doleant : sic licet diversas" habeant gratias, hi qui in Christo credidere, in uno tamen sint Ecclesiæ corpore conglohati. Et in superioribus quidem duobus verbis, id est, in eo quod ait, « cohæredes et concorporales, » poterat in uno corpore diversum aliquid suspicari. Ex eo autem quod addidit : « et comparticipes promissionis in Christo Jesu, » omnis penitus diversitas amputala est. IJbi enim una comparticipatio est, Çuniversa communia sunt. Pulchreetiam addidit, «per Evangelium cujus factus sum minister secundum donum gratiæ quæ data est mi- hi juxta operationem virtutis ejus;» ut Dei gratiam,- non suum meritum demonstraret. Sciebat se namque per- SAINT JEROME 424 vertu* » pour faire ressortir ainsi l’action de la grâce et non son propre mérite. Il savait, en effet, qu’il avait été persécuteur, qu’il avait dévasté l’Église de Dieu, et la conviction de son humilité bannissait entièrement de son cœur tout sentiment d’arrogance. Quelques auteurs voudraient ici lui faire un reproche de ce qu’il affirme que Dieu lui a révélé un mystère qui avait été inconnu aux patriarches et aux pro¬ phètes. Mais jamais le disciple de l’humilité ne laisserait enfler son cœur par d’orgueilleuses prétentions, lui qui déclare que l’Évangile dont il est le ministre, lui a été confié non en vertu de ses mérites, mais par un effet de la grâce de Dieu. Ceux qui prétendent que les prophètes n’ont pas compris ce qu’ils ont prédit, ét qu’ils ont parlé comme en extase, outre le texte dont il s’agit, cherchent à confirmer leur opinion. par ce qu’on lit dans la plupart des manuscrits de l’épître aux Romains : « Et à celui qui est puissant pour vous affermir dans mon Évangile et la prédication de Jésus-Christ, selon la révé¬ lation d’un mystère, qui étant resté caché dans tous les siècles passés, a été maintenant découvert par les écritures des prophètes, suivant l’ordre du Dieu éternel, et par l’avènement de Notre-Sei- gneur Jésu^-Ciirist, etc, » Rom. xvi, 25, 26. Nous leur répondrons en peu de mots, que dans les temps passés, le mystère de Jésus-Christ a été inconnu, non de ceux qui en prédisaient l’accomplissement dans l’avenir, mais de toutes \ secutorem fuisse, et Christi Ecclesiam dévastasse, ex qua humilitate, arrogantiæ penitus crimen excluditur. Super qua nonnulli eum reprehendendum putaut, quia sibi dixerit mysterium revelatum, quod patriarchis et pro- phetis fuerit ignotum. Numquam enim humilitatis dieci- pulus, verbis arrogantiæ inturaesceret, Evangelium cujus minister est, non sui meriti dicens fuisse, sed gratiae Dei. Qui volunt prophetas non intellexisse quod dixeri-nt, et [Al. sed] quasi in ecstasi locutos, cum præeenti testimo- nio, illud quoque quod ad Romanos in plerisque codici- bus invenitur, ad confirmationem sui dogmatis trahunt, legentes : « Ei autem qui potesfc vos roborave juxta Evan¬ gelium meum, et prædicationem Jesu Christi secundum revelationem mysterii temporibus æternis taciti, raani- festati autem nunc per Scripturas propheticas, et adven- tum Domini nostri Jesu Christi, » et reliqua. Quibus breviter respondendum est, temporibus præteritis taci- tum Christi fuisse mysterium, non apud eos qui illud fu- turum pollicebantur, sed apud universel gentes quibus postea manifestatum est. Et pariter anuotandum, quod les nations auxquelles il fut révélé dans la suite. Il faut également remarquer que ce mys¬ tère, objet de notro foi, ne pouvait être mani¬ festé que par les écrits des prophètes et par l’avènoment de Jésus-Christ. 'Que ceux donc qui ne connaissent point et ne désirent point con¬ naître les prophètes, sachent bien qu’en affir¬ mant que l’Évangile seul leur suffit, ils ignorent , le mystère^ de Jésus-Christ, qui est resté inconnu à tous les peuples dans les temps anciens. « A moi, le moindre des saints, a été donnée cette grâce d’annoncer parmi les Gentils les ri¬ chesses incompréhensibles du Christ, et d’éclairer tous les hommes touchant la dispensation du mystère caché, dès l’origine des siècles, en Dieu qui a créé toutes choses. » Je ne pense pas que l’apôtre saint Paul ait été d’accord avec sa pensée intime, en affirmant qu’il était vraiment le plus petit de tous les saints, par exemple, de ceux qui étaient dans les églises d’Éphèse, de Corinthe, de Thessalonique, ou qui avaient em¬ brassé la foi dans les différentes partiel de l’uni¬ vers. C’est un acte et une preuve d’humilité, de se reconnaître le moindre de tous les saints, mais c’est un mensonge de parler contrairement à ce que l’on pense. Il faut donc trouver une raison* qui tout en maintenant que saint Paul était vraiment le moindre de tous les saints, ne lui ôte rien de sa dignité d’apôtre. Notre-Soigneur dit à ses disciples dans l’Évangile : « Que celui sacramentum fidei nostræ, nisi per Scripturas propheti¬ cas, et adventum Christi non valeat revelari. Sciant igi- tur qui prophetas non intelligunt, nec scire desiderant, asserentes se tantum Evangelio esse contentos, Christi nescire mysterium, quod temporibus æternis gentibus cunctis fuerit ignoratum. « Mihi infimo omnium sanctorum data est gratia, hæc, in gentibus evangelizare investigabiles divitias Christi, et illuminave omnes quæ sit dispensatio myste¬ rii absconditi a sæculis in Deo qui universa creavit. » Non puto apostolum Paulum cum mentis suæ concor¬ dasse secreto, ut vero omnibus [Al. ex omnibus] Sanc- tis infimum esse se dixerit1; verbi causa, his qui erant in Epheso, qui in Corintho, qui in Thessalonica, vèl qui in toto orbe crediderant. Quod cum humilitatis indicium sit, se omnibus Sanctis infimum dicere, mendacii est reatus aliud in pectore clausum habere, aliud in lingua promere. Reperiendum ergo est argumentum, quo et Paulus vere omnibus sanctis [Al. omnium, sanctorum] infimus fuerit* et tamen de apostolica non ceciderit COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 425 d’entre vous qui veut être le plus grand se fasse le plus petit de tous, et que celui qui veut être le premier, soit le dernier de tous, » Mcttth . xx, 26, 27. C’est ce que saint Paul pra- tiquait par son exemple lorsqu’il disait : « Il semble que Dieu nous traite comme les derniers des apôtres, comme des hommes condamnés à mort, » Cor. iv. 9. « L’apôtre saint Paul était donc plus faible que tous ceux qui désiraient être faibles et petits pour Jésus-Christ, et par cela même il était plus grand. » En effet, disait- il, j’ai travaillé plus qu’eux tous, non pas moi .mais la grâce de Dieu qui est avec moi. » C’est en récompense de cette humilité, alors qu’il se reconnaît le moindre d’entre les Saints, que cette grâce lui est donnée d’annoncer parmi les Gentils les richesses incompréhensibles du Christ et d’enseigner sa dispensation du mystère caché dès l’origine des siècles, en Dieu qui a créé , toutes choses. Mais si les richesses du Christ sont incompréhensibles, comment les annoncer parmi les peuples? Si ce mystère a été caché en Dieu dès l’origine des siècles, par quel moyen Paul le fait-il connaître aux Gentils? Ces mots : incompréhensibles et cachés doivent s’entendre de deux manières. C’est-à-dire, que les richesses du Christ ont été d’abord incom¬ préhensibles, mais qu’elles ont été manifestées par la Passion du Seigneur; ou bien encore que ces richesses incompréhensibles à l’homme par leur nature, lui ont été connues par la révélation dignitate. Loquitur Dominus in Evangelio ad discipulos : « Qui vült in vobis major esse, fiat omnium minor, et qui vult esse primus? sit omnium novissimus » Matth. xx, 26, 27. Quod Paulus opéré complebat, dicens : « Pu- to enim quia Deus nos apostolos novissimos ostendit, quasi morti destinâtes I Cor. iv, 9. Omnibus igitur qui se propter Gljristnm infirmos esse cupiebant, apostolus Paulus infirinior erat, et idcirco major. « Omnibus enim, » inquit, « illis plus Iaboravi, non autem ego, sed gratia Dei, quæ mecum est. » Propter quam humilita- tem dum omnium sanctorum est inûmus, data est ei gratia hæc in gentibus ut evângelizaret ininvestigabiles divitias Christi, e* doceret dispensationem mysterii absconditi a sæculis, in Deo, qui universa creavit. Si ininvestigabiles divitiæ Gbristi sunt, quomodo evan- gelizantur in populo? Si absconditum est a sæculis mysterium in Deo, qua ratione per Paulum profertuv in gerites? Sed ininvestiRtaniies et absconditum dupliciter sentiendum. Quod ininvestigabiles ante divitiæ fuerint, divine. Il y a ici en effet deux choses différentes? ou d’arriver à connaître par ses propres efforts des vérités cachées, lesquelles étant découvertes, cessent d’être incompréhensibles, ou dans l’im¬ puissance des efforts naturels de l’esprit pour les comprendre, de les connaître par l’effet de la grâce de Dieu. Or, quand vous les avez connues, et même enseignées aux autres, elles restent cependant incompréhensibles, puisque quant à ce qui est de vous, elles sont demeurées cachées tant qu’elles ne vous ont pas été découvertes. C’est de ces richesses incompréhen¬ sibles du Christ que parle le Psaimiste en s’adressant au Christ lui-même : « Qu’ils sont grands, qu’ils sont multipliés les biens que vous avez réservés à ceux qui vous craignent! » Ps. xxx, 20. Ces richesses de la bonté divine ont été dès l’origine des siècles cachées en Dieu, qui est le créateur de tout ce qui existe. Où sent Marcion, Valentin, et tous les hérétiques qui affirment l’existence d’un Dieu créateur du monde, c’est-à-dire des choses visibles, et d’un autre créateur des choses invisibles, l’un qu’ils disent juste, et l’autre, je ne sais lequel qui est resté toujours inconnu, et un seul bondes deux,' c’est-à-dire, le Père du Christ. Voici que le Dieu dans lequel le mystère du Christ a été caché dès l’origine des siècles est ici proclamé le Créateur de toutes choses, ce qui prouve ardemment que le Nouveau et l’Ancien Testament n’ont qu’un seul et même Dieu. On peut encore entendre et nunc post Domini apertæ sint passionem. Aut certe quæ natura sua homini ininvestigabiles erant, hæ, Deo révélante, sunt cognitæ. Quia aliud est ad secretum curiositato propria pervenire, quod postquara inventum fuerit, desinit esse ininvestigabile ; aliud propria diligen- tia illud nequaquam posse comprehenclere, sed per gra- tiam cognoscere Dei, quod cum scieris, et cæteris quo- que ostenderis, nilùlominus ininvestigabile persévérât, dum tibi quantum in te est, fuit antequam ostenderetur occultum. Divitias Christi ininvestigabiles, ad ipsum quoque Ghristum loquens Psalmista testatur, dicens : « Quam infinita multitudo bonitatis tuæ, quam abscon- disti timentibus te » Ps. xxx, 20. Hæ bonitatis ejus divi¬ tiæ ab omnibus rétro sæculis absconditæ fuerunt in Deo qui creator est omnium. Ubi sunt Marcion et Valentinus, et omnes hæretici, qui alterum mundi, id est, . visibili— um, et alterum asserunt invisibilium conditorem? Hune, justum e^-se dicentes, ilium nescio quem semper igno-. tum : tantum bonum; qui pâter- Christi siU Ecce Deus, SAINT JÉROME 426 autrement que ce mystère a été caché dès l’ori¬ gine des siècles, dans ce sens que les siècles eux-mêmes l’ont ignoré, c’est-à-dire, toutes les créatures spirituelles et raisonnables qui ont existé dans le cours des siècles. Car, souvent le mot siècle est pris pour ceux qui vivent dans la durée du siècle. C’est dans ce sens que saint Paul écrit aux Galates : « Pour nous retirer de la corruption du siècle présent, » Gai. i, 4. Et dans un autre endroit : « Pour montrer dans les siècles à venir, » Ephes. il, 7, c’est-à-dire pour montrer à tous ceux qui devaient exister dans les siècles à venir. « Afin que les principautés et les puissances qui sont dans les doux connaissent par l’Église la sagesse de Dieu si diverse dans ses opéra¬ tions, selon le décret éternel qu’il a accompli dans le Christ Jésus Notre-Seigneur. » En vertu de la grâce de Dieu qui a été donnée à l’Apôtre, pour annoncer les richesses incompréhensibles de Jésus-Christ, et enseigner parmi les nations le mystère inconnu dès l’origine des siècles, ce même mystère lui a été révélé poiir que non seulement le gentils mais les principautés et les in quo mysterium Christi ab omnibus rétro sæculis (1) absconditum fuit, Creator esse omnium prædicatur. Ex quo oslenditur idem esse Deus novi et veteris Testa- meriti. Potest autein mysterium a sæculis absconditum et aliter intelligi, quod ipsa illud sæcula ignoraverint, hoc est, omnes spirituales, et rationabiles creaturæ quæ in sæculis fueruut. Sæculum quippe fréquenter pro his quæ in sæculo versantur, accipitur. Sicut Paulus ad Galatas loquitur dicens : « Ut eriperet nos de præsenti sæculo nequam » Galat. i, 4. Et in aüo loco : « Ut os- tenderet in venturis sæculis » Ephes. n, 7, pro eo quod est, his omnibus quæ in superveuientibus sæculis futura erant. « Ut innotesceret nunc priucipatibus et potestatibus in cœlestibus per Ecclesiom multiplex sapientia Dei se- cundum propositum sæculorum, quam fecit in Ghristo Jesu Domino nostro. » Juxta donum gratiæ Dei, quæ data est Àpostolo, ut evangelizaret ininvestigabiles di- puissances connaissent par l’Église, la sagesse: multiforme de Dieu qui a été préparée selon le décret éternel des siècles, et qui. est maintenant consommée en Jésus-Christ. Or, si les princi¬ pautés et les puissances des doux que nous devons considérer comme saintes et comme Les ministres de Dieu, (bien que quelques-uns voient ici le prince de l’air et ses anges), ont ignoré cette sagesse multiforme de Dieu qui leur a été maintenant révélée par l’Église, combien plus a-t-elle du être inconnue des patriarches des prophètes, lesquels comme nous l’avons démon¬ tré n’ont point ignoré le mystère du Christ, mais n’ont été privés de sa connaissance que comme les apôtres eux-mêmes l’avaient été. Eu effet, cette sagesse multiforme de Dieu qui est appelée en grec ^ xokwKoUikbs; et pour ainsi parler, d’es¬ pèces variées, a été maintenant révélée par l’Église de Dieu aux principautés et aux puis¬ sances. Cette sagesse dont Dieu avait décrété l’accomplissement dans son esprit, nous la con¬ naissons maintenant dans sa perfection d’après ce que nous voyons de nos yeux. La croix de Jésus- Christ a donc servi non seulement à nous, mais vitias Christi, et doceret in gentibus mysterium quod a sæculis fuerat ignoratum; idcirco idipsum sacramentum ei est rcvelatum, ut non solum gentibus, sed et principa- tibus et potestatibus per Ecclesiam manifesta lieret mui- tiplexsapientiaDei, quæ juxta propositum veterum sæculo¬ rum olim destinata, nunc consummata videtur in Chris- to. Si autein principatibus et potestatibus in cœlis, quas sanctas ministrasque Dei accipere debemus (licet quidam princîpem aeris istius et angelos ejüs interpretentur), ignota Cuit multiplex sapientia Dei, quæ nunc eis per Ecclesiam revelata est, quanto magis patriarchis et pro- phetis ignota fuit, quos supra non ignorasse mysterium Christi sed ita ut apostolos, nescisse moustraviinus Multiplex quippe sapientia Dei, quæ sermone Græco, tcuÀU7 ïoUIXoç, et ut ita dicam, « multifaria, appellutur, per Ecclesiam Dei nunc et principatibus et potestatibus revelata est. Quam olim Deus futuram in sua mente de- creverat, et nunc esse perfectam ex eo quod videmus, (1) Nimirum ci yestustiorum aliquot Ecclesiœ Patrura sonsu loquilur, quibus ut pridem Huetius animadvertit, locus iste Apostoli in cnisa luit, crcderent, pleraque Del mysteria angelos per Ecclosiam didicisse : non ea quidem, quæ diyinæ naturœ necessario insunt (Ula siquidom cognoyoro, curn semel illis contuendl Dei facultas conccssa est), sed quæ libéré Deus et forinsecus operatur, Nysscnus homil. 8 in Cant. cogno- yisse eos per Ecclesiam incarnationis, rodemptionis, crucis, et mortis Christi mysteria.docet. Cbrysostomus prælorea liquido déclarât, angelos rerum sibi antea occuttarum, et ignotarum nolitiam ex ipso apostolorum ore comparasse : prœcipue vero confversionis gentium ad Christi fidem cumantea ignorarent. Sod in commodiorem accipi sensum Hieronymi iiæcpossunt verba siquidem erudiios per Ecclesiam angelos quasi rerum testes at conscios, non quasi discipulos assere videatur. In quo et ab Origenis placito, quod impugnavimus ad homil. ejus 23, jure movitoque dissentit. Pugnat onimvoro cum Scripturæ sacræ tesiimoniis puiare prias bominibus quam ongolis revelalum Incarnationis mysterium; quaquum bono- rum, quæ ex eo consequi debobant, ut est conversionis gentium od fidem, fere nullam cognitionem babuisse illos liceat opiuari : idque gonus ea esse, in quibus per Christi moriem profecerint. Ed , Mig. COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE. AUX ÉPHÉSIENS aux anges et à toutes les vertus des cieux, et ' leur a découvert le mystère qui leur était inconnu auparavant. En effet, lorsque Dieu remonte dans le ciel avec son corps ressuscité, ils sont dans l’admiration et s’écrient : « Quel estvcelui qui vient d’Édom, et de Bosor avec des habits teints de sang, il est beau dans sa parure? » Isai, lxiiï, 1. Et dans un autre . endroit : « Quel est ce roi de gloire ? Le Seigneur des vertus est lui-même le roi de gloire, » Ps. xxiii, 10. Ne croyons donc pas qu'il n’y ait dans l’Église que la foi simple ; il y a encore la sagesse multiforme et d’espèces différentes, c’est-à-dire qu’elle est non seulement variée, mais très diverse dans ses nombreuses opéra¬ tions. Vous considérez le berceau de Jésus- Christ, considérez également le ciel. Vous con¬ templez l’enfant qui pousse des vagissements dans la. crèche, mais écoutez en même temps les anges qui chantent sa gloire. Hérode le per¬ sécute, mais les Mages viennent l’adorer, Matth. i. Les pharisiens le méconnaissent, mais une étoile le découvre. Il est baptisé par son serviteur, mais la voix de Dieu retentit du haut des cieux. Matth. ni. Il est plongé dans les eaux; mais un colombe descend, ou plutôt l'Esprit-Saint dans cette colombe, Ibid . 16. Le temps de sa passion arrive, il craint de souffrir, il voudrait que ce calice s’éloignât de lui, et il reproche à Pierre de craindre de boire ce calice. agnoscimus. Crux itaque Christi non solum nobis, sed et angelis çunctisque in cœlo virtutibus profuit, et ape- ruit sacraméntuin quod antea nesciebant, Denique ad coelum cum corpore Deum revertentem mirantur, et dicunt : « Quis est iste qui ascendit de Edom, fulvida vestimenta ejusex Bosor, sic [Al. hic. formosus in sto- la candida » Isai. lxiiï, 1, Et in alio loco : « Quis est iste rex gloriæ ? Dominus virtutum ipse est rex gloriæ » Psal. xxni, 10. Non putemus igitur in Ecclesia esse simpïicem fidem, sed multiplicem et multifaviam esse sapientiam, ut non solum varia sit, sed multa va- rietate distincta. Respicis cunas Christi : vide pariter et cœlum. Vagientem in prsesepe intueris infantem ; sed angelos simul ausculta laudantes. Herodes per- seqüitnr ; sed adorant Magi Matth. n. Ignorant Pharisæi ; sed Stella demonstrat. Baptizatur a servo; sed vox de- super Déi intonantis auditur Matth . m, Àquis mergitur; sed columba descendit, imino Spiritus in columba Ibid , 16 Àd passionem venit,' etpati timefi vult transire calicemj et Petrum quia calicem timebat, accusât. Quid hac stultitia prudentius, varietate distinctius, sapientiu obs- 427 Qu ’y a-t-il de plus sage que cette folie, de mieux ordonné que cette variété, de plus caché que cette sagesse que Dieu a fait paraître en Notre-, Seigneur Jésus-Christ? Car, bien que selon la plupart des auteurs, l’ordre et l'enchaînement du discours permettent d’entendre ces paroles de la formation de l’Église et de la résolution en grec 7cpo0s in coelo terrdque vocatür. Ed, K%, * COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS plus' dire qu'ils sont chauds. C'est dans ce même sens que dans l’Évangile, le Sauveur fait cette réponse à celui qui le regardait, non comme Le Fils de Dieu, mais comme un bon maître : « Pourquoi m’appelez-vous bon? Nul n’est bon, si ce n’est Dieu, » Luc xvm, 19. Cependant nous lisons de la terre qu’elle est bonne, Luc vu r, aussi de l’homme Matth. xir, aussi du bon pasteur, Jean, x; mais .nul n’est bon par nature, que Dieq seul. Les autres êtres ne sont bons que par un effet de sa bonté. De même donc que le seul bon peut rendre les autres bons, le seul immortel, communiquer l’immor¬ talité, le seul vrai, accorder le nom de vérité; ainsi le seul Père, parce qu’il est le créateur de toutes choses et la cause originelle de la subs¬ tance de tout ce qui existe, accorde aux autres de pouvoir porter le nom de pères. Considérons les choses du ciel par comparaison avec ce qui se passe sur la terre. Adam, le premier que Dieu a créé, a eu Dieu pour créateur et pour père, et il sait certainement qu’il doit son exis¬ tence à Dieu le Père. Ceux qui ensuite sont nés d’Adam, savent qu’ils ont pour père celui dont ils tirent leur origine. Aussi, dans l’Évangile selon saint Luc, lorsque l’Évangéliste poursuit la génération en remontant du Christ à David et Abraham, arrive à la fin, il dit : « Fils de Seth, fils d’Adam, fils de Dieu, » Luc iu,38, pour montrer que le nom de père sur la terre vient suam, et nequaquam calida nuncupantur. Juxta hune sensum et in Evangelio dicitur ad eum qui Salvatorem non quasi Dei Filium, sed quasi magistrum bonum puta- bat : « Quid me appellas bonum? nemo est bonus, niai unus Deus » Luc. xvm, 19. Et certe terrain bonaralegi- mus Luc . viii, et hominem Matt. xn, et pastorem bonum Joan. x; sed nemo juxta naturam bonus, nisi solus Deus. Cetera ut dicautur bona, bonitate illids con- séquuntur. Sicut ergo solus bonus, bonos facit, et solus immortalis, immortalitatem tribuit, et solus verus, veri- tatïs nomen impertit ; ita et solus Pater, quia Creator est omnium, et universorum causa subsLantiæ, præstat cæteris ut patres esse dicantur. De terrenis cœlestia contemplemur : Adam quem priinum plasmavit Deus, et Creator ipsius, et Pater fuit, certe Deo Patri scit se debere quod snbstitit. Bursum hi qui geniti sunt ex Adam, patrem ilium jntelligunt, ex quo orti sunt. Unde et in Evangelio secundum Lucam, cum paulatim a Chri" sto David et Abraham retrorsum esset generatio sup¬ puta ta, ad extremum Script ura ait : « FilÜ Seth, filii ■Adam,fllii Dei » Luc, m, 38; ut pateruitatis in terri* Tom. Xi 1 433 premièrement de Dieu. Mais on demande pour quelle raison toute paternité tire son nom de Dieu au ciel et sur la teiTe. De même que nous, qui ne sommes point de la race d’Abraham, nous sommes appelés enfants d’Abraham, si nous avons sa foi, et que nous appelons nos pères les patriarches et les prophètes, si toute¬ fois nos péchés ne nous en séparent; ainsi, je pense que les anges et les autres vertus ont dans les cieux des esprits au-dessus d’eux, et do même nature qu’eux, qu’ils sont heu¬ reux d’appeler leurs pères, 1 L’archange, . en effet, n’est ainsi appelé que parce qu’il est au- dessus des anges; et les dominations, les princi¬ pautés, les puissances ne portent ces noms que parce qu’ils ont au-dessous d’oux des esprits inférieurs. On peut donc dire aussi que par là même que Dieu le Père est substantiellement le Père de Notre- Seigneur Jésus-Christ, et que son Fils unique est vraiment son Fils par nature et non par adoption, ainsi les autres créatures ont mérité, par adoption, le nom de paternité. Or, tout ce que nous disons du Père et du Fils, n’oublions pas qu’il faut le dire de l’Esprit-Saint. Car notre Sauveur sait qu’il est Père, lorsqu’il dit : « Mon fils, vos péchés vous sont remis, » Marc ti, 5, et encore : « Ma fille, votre foi vous a sauvée, » Matth. ix, 22; et ailleurs : « Mes petits enfants, je suis avec vous pour peu cio temps, » Jean xm, 13; et c’est par l’Esprit- Yocabulum, a Deo prima m ortum esse monstraret. Quæritur vero quarn ob causam, et in. cœlis abeo om- nis paternitas appelletur. Quomodo nos, qui non sumus de geneve Abraham, si fidem illius habuerimns, hlfi vo- camur Abraham; patriarchas quoque et prophëtas (si tamen nos ab eis peccata non séparent) nostros patres dicimus ; ita puto et angelos, cæterasque virtutes habere principes sui generis in cœlestibus, quos patres gaudeant appellare. Àrchangelus enim, nisi angelorum dici non potest, et dominatio, etprincipatus, etpotestas, nisi inferiores subjectos habeant, non vocantur. Potest ergo et hoc dici, ex eo quod Deus Pater Domini nostri Jesu Clrristi juxta substantiam Pater est, et Unige¬ nitus non est adoptione Filius, sed natura ; cæteræ quo¬ que créature paternitatis nomen adoptione merueruut. Quidquid autem de Pâtre et Filio dicimus, hoc sciamus aictum esse de Spiritu sancto. Nam et Salvator noster Patrem esse se novit, dicens : « Fili, dimittuntur tibi peccata » Marc, n, 5; et : « Filia, fkles tua te salvam fecit » Matt. ix, 22 ; et « Filioli mei, adhuc modicum vQbisQum fium « Joan,, xm, 13; et per Spintum sano- as 434 SAINT JEROME . Saint que les justes deviennent les fils adoptifs de Dieu. Valentin croit pouvoir appuyer surtout ses créations et ses unions sur ce texte, et il 11e comprend pas, comme nous l’avons dit plus liaut, que la paternité emprunta de Dieu le Père son. nom, mais non ses actes, dans le ciel et sur la terre. « Afin qu’il vous accorde, selon les richesses de sa gloire, que vous soyez puissamment fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur; que le Christ habite par la foi dans vos cœurs, et qu’enracinés et fopdés dans la charité, vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la hauteur ot la pro¬ fondeur, et connaître aussi la charité du Christ, qui surpasse toute' science, afin que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu. » Voici la raison, dit l’Apôtre, pour laquelle je fléchis les genoux devant le Père à la ressemblance duquel toute paternité tire sou nom dans le ciel et sur la terre, je le prie et le supplie de vous accorder la puissance de sa gloire, c’est-à-clire, de vous faire entrer en participation de sa majesté, de vous fortifier, de vous confirmer par l’Esprit- Saint, car nulle force ne peut se concevoir en dehors de l’Esprit-SainL, et de vous fortifier, de vous confirmer dans l’homme intérieur. Car cè ne sont point les forces du corps, mais les forces de l’âme que nous cherchons; ce n’est pas t’homme extérieur, mais l’homme intérieur tum, justi quique adoptantur in filios. Valentinus stecu- lorum suorum probolas atque conjugia, ex hoc vel ma¬ xime loco confirmandas putat; nequaquam intelligens, ut supra diximus, ad siinilitudinem Dei Patris, et iu cœlo, et in terra, paternitates non fie'ri, secl appellari, « Ut det vobis, secundum divilias gloriæ suæ, virtute confortari per. spiritum ejus in intsriorem hominem ; hàbitare Christum per fidem in cordibus vestris; in charitate radicati et fundati ; ut possitis comprehendere çum omnibus sanctis quæ sit latitudo, et longitudo, et profundum, et altitudo : scire etiam supereminentem scientiæ charitatem Christi, ut impleamini in omni ple- nitudine » [Al. omnem plenüudinem] « Dei, » Propte- rea, inquit, curvo genua mea ad Patrem, ad cujus similitudinem’iOmnis in cœlo et in terra paternitas nomi- natur, deprecans eum atque obsecrans, ut tribuat vobis virtntem gloriæ suæ, ici est, majestatis suæ liabere con¬ sortium ; vosquè roboret atque conCrmet per Spiritum sanctum ; quia nulla fortitudo absque Spiritu sancto est; roboret autem atque confirme t in inter iorem hominem. Non enim corporis vires, sed animre quærimus ; nec que nous désirons voir fortifié, afin que lorsque Jésus-Christ aura fixé sa demeure dans l’homme intérieur, il habite dans la partie principale de cet homme intérieur, c’est-à-dire, dans nos cœurs, ne se répandant point dans les divers membres, mais' habitant dans la partie princi¬ pale, et y fixant son domicile et sa résidence. Or, tout cela s’accomplira par la foi, si nous croyons en lui. C’est pourquoi l’Apôtre dit : « Que le Christ habite par la foi dans vos cœurs. » Or, cette demeure qui se construit d’abord à l’aide de la foi, a ses racines et son fondement dans la charité; c’est-à-dire que comme nous sommes le champ que Dieu cultive, la maison qu’il bâtit, I Cor . m, tout doit croître et s’élever sur fa racine et le fondement de la charité. Lorsqu’après avoir été enracinés et fondés dans la charité Ephes. m, nous aurons reconnu clans toute la confiance de notre âme que lé Christ habite dans l’homme intérieur, nous commencerons alors avec les saints à tendre vers un but plus élevé, c’estrà-clire, à comprendre dans toute la pénétration de notre esprit quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur; ce n’est pas assez, nous désirerons connaître aussi la charité du Christ qui surpasse toute science, et lorsque toutes ces choses $e seront accomplies en nous, ' selon les lois de l’ordre et de la raison, alors nous serons remplis de toute la plénitude de exteriorem, sed in ter iorem hominem cupimus roborarî, utpostquam habitaverit Christus iu interiore homme, in ipsius interiori hominis habitet principali, id est, in cordibus nostris; nequaquam per cuncta ejus membra discurrens, sed in rationabili ejus habitans; et in çq domicilium, sedemque suam ponens. Hoc autem totum per fidem fiet, si credamus in eum. Quamobrem ait : « Habitave Christum per fidem in cordibus vestris. » Habita tio autem ista quæ per exordium fidei fabricatur, radices et fundamentum in charitate habet; ut quoniam Dei agricultura sumus, Dei ædificatio I Coc . m, omuia in charitate suocrescant atque ædificentur. 1 Cum autem radicati et fundati in charitate Ephes. m, in interiore homine hnbitare Christum tota mentis fiducia noverimus. ; tune incipiemus cum cseteris sanctis etiam ad ilia nos tendere; ut sagaci animo comprehendamus quæ sit latitudo, et longitudo, profundum, et altitudo ; et non solutn hoc, sed etiam supereminentem scientiæ charita¬ tem Christi scire cupiemus; ut postquam hæc oniuia fuerint in nobis ordine et ratione compléta, tune imple- amur in omnibus plenitudino Dei. Latitudinem etlongi- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHËS1ENS 43.5 Dieu. Cette largeur, cette longueur, cette pro¬ fondeur et cette hauteur, nous commencerons par les comprendre dans les choses corporelles, pour passer plus facilement de là aux choses spiri¬ tuelles. Prenons par exemple la largeur du ciel et de la terre, c’est-à-dire du monde tout entier, depuis l’Orient jusqu’à l’Occident; la longueur du Midi au Septentrion; la profondeur dans les abîmes et dans l’enfer, la hauteur dans la partie qui s’élève au-dessus des cieux. Il en est plu¬ sieurs, je le sais, qui, s’appuyant sur l’Ecclésiaste, affirment que le ciel est rond et qu’il a dans son mouvement . circulaire^ la forme d’une sphère. Or, aucune forme ronde n’a de largeur, de lon¬ gueur, de hauteur et de profondeur, elle est égale dans toutes ses parties. Nous sommes donè' forcés par la nécessité d’entendre par la hauteur les anges et les autres vertus des cieux, par la profondeur, les enfers et ce qui est au-dessus d’eux; par la .longueur et la largeur la partie intermédiaire comprise entre les cieux et les enfers. Et comme on doit supposer que tout homme est ou près des cieux, ou voisin de l’enfer, tous ceux qui commencent à faire des progrès, qui s’élèvent vers les hauteurs des cieux, désigné'ns-les sous le nom de longueur. Ceux qui sont plus voisins des parties infé¬ rieures et glissent sur la pente des vices, don¬ nons-leur le nom de largeur. « Car la voie qui conduit à la mort est largo et spacieuse ; » tucïinem, profundum et altitudinem, de corporalibus ante discamus, ut per ea ad spiritualia transire valea- mus. Verbi gratia, sit latitudo cœli istius et terræ, id est, totius mundi, ab Oriente usque ad Occidontem; longitudo, a Meridie ad Septentrionem; profundum, in abyssis, et in infernoî altitudo, quæ supra cœlestia sublimatur. Sed quoniam a plerisque juxta Ecclesiasten Cap. I, coelum affirmatur rotundum, et in spheræ mo- dum volvi; nulla autem rotunditas, latitudinem et lon- gitudinem kabet, altitudinem, quoque et profundum ; se l ex universis partibus coæqualis est, necessitate compelli- mur, altitudinem angelos intelligere superasque \Al. su- pernasquej vîr tûtes. Profundum vero inferos, etquæ infra eôs sunt. Longitudinem autem et latitudinem, media quæ inter superos inférosque consistunt. Et quia conse- quens est, aut super is aliquem, aut inferis esse vicinnm, guæcumque incipiunt ad meliora proficere, et ad cceles- tia, et àd ait a consurgere, longitudo appellentur. Quæ vero inferiori parti proxima sunt, et ad vitia delabun- tur, his latitudinis nomen impositum sit. « Lata quippe et.spatiosa via, quæ dueït ad mortem » Mat f. vn, 13. Matth. Vu, 13. Toutes ces dimensions peuvent aussi, so comprendre dans la croix de Notre- Seigneur Jésus-Christ : Car en montant dans les cieux, il a emmené captive la captivité, Ps. Lxvir, 19, et il est descendu dans les parties inférieures de la terre. Et après la hauteur et la profondeur, la prédication - de la croix s’est répandue par toute la terre; elle 'a donc ainsi la hauteur, la profondeur, la longueur et la largeur. Il n’est pas étonnant que la croix soit ainsi en possession de toute la terre, puisque celui qui est crucifié avec Jésus-Christ partage le même pouvoir. Il saura d’abord la largeur en commençant par les choses inférieures, et en ayant la connaissance des vérités ordinaires. Ensuite la longueur, c’est-à-dife ceux qui, placés qu’ils sont sur la terre, cherchent à s’élever vers les choses plus sublimes. Puis profondeur, c’est-à-dire les vertus qui nous sont ennemies et contraires, et qui nous font la guerre en ce monde. Et en dernier lieu, la hauteur; en effet, lorsque nous aurons acquis la connaissance des dimensions qui précèdent, et que nous les aurons mises sous nos pieds, nous mériterons de mon¬ ter dans des sphères plus élevées et plus sublimes. Et ne croyons pas que nos efforts doivent se borner, lorsque nous serons, enraci¬ nés et fondés dans la charité, à pouvoir com¬ prendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, si nous Hæc universa, et in cruce Domini nostri Jesu Ghristi intelligi queunt. Ascendens quippe in altum, captivam duxit captivitatem Ps. Lxvn,i9? et descendit in inferiora terræ. Et post altitudinem et profundum, in omnera terram exiit prædicatio crucis. Atque ita et altitudinem, et profundum, et longitudinem, et latitudinem tenet. Nec mirum si crux Ghristi universa possideat, cum etiam si quis crucifixus fuerit cum Ghristo, eamdem habeat potestatem. Sciet quippe primum latitudinem ab inferio- ribus incipiens, et minora cognoscens. Deinde longitii dinem, eos qui in terra positi, ad sublimia et al ta fest nant. Post hæc profundum, adversarias contrariaque virtutes, quæ contra nos ih hoc mundo bellum geruht. Et ad extremum altitudinem; quia postquam riotUiam earum habentes, fecerimus nobis eas esse sub pedibus ; tune merebimur ad alla et excelsa conscendere. Nec putandum in hoc fmem laboris nostri esse, ut radicati. et fundati in char ita te, pes sim us comprehendere cum omnibus sanctis, quæ sit latitudo, et longitudo et profun¬ dum, et altitudo, nisi etiam omni fetudio nosse cupia- mus, eminentem sçientiæ charitatem Ghristi, ut non SAINT JÉROME 436 ne désirons pas ardemment connaître la charité du Christ qui surpasse toute science; ce n’est pas la charité simple, c’est la charité surémi¬ nente qu’il nous faut connaître. Ce n’est pas encore assez d’avoir la connaissance de la charité suréminente de Jésus-Christ, si nous n’ajoutons encore la charité éminente qui surpasse toute science. Nous voyons par cette doctrine que Jésus-Christ a une grande, une immense charité au-dessus de toute science, charité qui embrasse ceux qui ont le désir de le connaître, qui médi¬ tent dans sa loi nuit et jour, qui traduisent ses paroles dans leurs actions, et aeomplissent par leurs œuvres ce que leur bouche a médité. Or, celui qui s’est rendu digne par sa science d’avoir la charité suréminente du Christ, ne doit plus penser à autre chose qu’à cette science. C’est ainsi qu’il sera rempli de toute la pléni¬ tude de Dieu, non seulement dans les siècles présents, mais encore dans les siècles futurs, et qu’après avoir été ici rempli par son applica¬ tion/ à la lecture, il sera rempli bien plus par¬ faitement de Dieu lui-même qui ost la plénitude de tout ce qui existe. « Mais à celui qui est puissant pour tout faire au-delà de ce que nous demandons et concevons selon la vertu qui opère en nous, à lui la gloire dans l’Église et dans le Christ Jésus, dans toutes les générations du siècle des siècles. » Saint Paul avait dit précédemment : « C’est pour cela que je fléchis les genoux devant le Père, simplex charitas, secl supereminens nota sit nobis ; nec iste sit terminus habere notitiam supereminentis chari- tatis Ghristi, nisi addamus et aliud, ut supereminentem charitatem scient iæ consequamur. Ex quo ani . adver- tendum, qui grandem et immensam Christ us scientiæ habeat charitatem, id est, eorum qui se scire desiderant, qui in lege ejus meditantur die ac nocte, qui verba vertunt in opéra, et quod ore meditantur, consummant manu. Quiautem talis est, ut dignus sit per scientiam suam habere Ghristi supereminentem charitatem, ille nihil debet aliud præter scientiam cogitare. Atque ita implebitur in ornai plenitudine Dei; non solum in præ- senti sæculo, sed etiain in futuro ; ut qui nunc plenus esse cœpit jn studio per lectionem, postea perfectius impleatur Deo, qui est plenitudo omnium, se complente. « Ei.autem qui potest super omnia facere abundan- tiua quam petimus aut intelligimus, secundum virtutem quæ operatur in nobis, ipse gloria in Ecclesia, et in Christo Jesu, in omnibus generationibus [Al. omnes gcnerationes] seeouli sæoulorum. Amen, » Ad id quod de qui toute paternité tire son nom, au ciel et sur la terre; afin qu’il vous accorde selon les- richesses de sa gloire que vous soyez puissam¬ ment fortifiés, etc. » Il ajoute maintenant comme conclusion : « A celui qui est puissant pour tout faire bien au delà de ce que nous demandons et concevons. » En parlant ainsi, il fait voir qu’il a demandé dans la mesure de la faiblesse humaine ce qui paraissait devoir leur être utile; mais que dans la vérité, Dieu peut accorder bien au-dessus de ce qu’on lui demande, que. notre espérance est dépassée par les effets de sa bonté, parce que nous ne savons comment nous devons prier, et quo souvent nous demandons des choses nuisibles tout en pensant prier dans notre intérêt. Combien était-il préférable pour ce fornicateur d’être malade, d’être tourmenté par les infirmités, plutôt que de faire du temple de Jésus-Christ les membres d’une prostituée? Dieu est donc puissant pour nous accorder non seulement au delà de ce que nous demandons, mais même au delà de ce que nous concevons. Il arrive quelquefois que nous n’exprimons pas verbalement notre prière y que les paroles ne traduisent pas la pensée de notre esprit, et que cette prière, renfermée dans le secret de notre cœur, s’adresse à Dieu par des gémissements ineffables, comme dit l’Apôtre, en lui demandant je ne sais quoi que notre bouche est impuissante à formuler. Dieu nous accordera donc au delà de ce que nous , deman¬ dons ou de ce que nous concevons, selon cette supra dixerat : « Propterea curvo genua mea ad Patrem, ex quo omnis paternitas in cœlis et in terra nominatur, ut det vobis secundum divitias suas virtute confortari, » et reliqua, nunc in fer t : « Ei autem qui' potest super omnia facere abundantius quam petimus, aut intelligi¬ mus, » hoc ostendeus, se quidem juxta imbecillitatém hominis postulasse, quse eis conducibilia videbantur ; cæterum quantum ad .rei ipsius pertinet veritatera, plus Deum valere tribuere, quam rogatur, et spes nostras vinci effectibus; quia secundum id quod oportet orare, nescimus, et sæpo contra nos petimus, æstimantes esse pro nobis. Quanto enim melius erat fornicatori ægro- tare, et debilitate torqueri, quam Ghristi templum facere membra meretricis? Potens est ergoDeus, non solum su¬ per id quod petimus, sed etiam super id quod intelligi¬ mus, tribuere. Evenit interdum, ut sensum nostrum non expriraamus in vocem, et mentem verba non explieent, tacitoque cogita tu gemitibus menarrabilibuisf ut ipse Apostolus ait, nescio quid, quod dicere non possumus, deprecemur. Prsestabit igitur super quam petimus, aut COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉS1ENS 437 vertu qui opère en nous, c’est-à-dire que de même qu’il nous accorde maintenant non selon nos mérites, mais bien au delà de nos vœux, des grâces , que nous n’avons osé lui demander et que nous n’aurions pas cru mériter si nous les avions demandées; ainsi nous accorde-t-il d’autres faveurs, que l’esprit ne peut concevoir, ni la langue exprimer. Gloire donc à ce Dieu, d’abord dans l’ÉgUse qui est pure, sans tache, ni ride, et qui à cause de cette pureté peut recevoir la gloire de Dieu, parce qu’elle est le corps de Jésus- Christ. Ensuite gloire dans le Christ Jésus, parce que dans le corps de l’homme dont il s’est revêtu et qui a pour membres l’uni¬ versalité des croyants, toute divinité habite corporellement. Et cette gloire n’est point seu¬ lement limitée au temps présent pour se termi¬ ner dans les siècles futurs, mais elle demeure, elle s’accroît, elle s’augmente dans toutes les générations, dans les siècles des siècles, ayant pour durée l’ineffable éternité. CHAPITRE IV. « Je vous conjure donc, moi chargé de liens pour le Seigneur, de marcher d’une manière digne de la vocation à laquelle vous avez été ■ appelés. » Un homme dans les fers pour Jésus- Christ, et’ emprisonné pour souffrir ensuite le nîartyre peut s’exprimer ainsi en écrivant; mais il vaut mieux entendre cette expression « chargé intelligimus, secundum eatn virtutem quæ operatur in nobis; ut quomodo nunc non juxta.meritum nostrum; sed supra vota dat nobis aliqua, quæ nec petere ausi fuimus, nec si petissemus, æstimavinius nos mereri ; ita et cætera tribuat, quæ nec mens potest cogitare, nec lingua proferre. Ipsi itaque Deo sit gloria ; primum in Ecclesia quæ est pura, non habens macula m neque ru- gain, et quæ propterea gloriam Dei recipere potest, quia corpus est Christi. Deinde in Christo Jesu, quia in cor- pore assumpti hominis, cujus sunt universa membracre- dentium, omnis divinitas inhabitet corporaliter. Quæ quidem gloria non in præsens tantum tempus extendi- tur, et-futuris sæculis terminatur; sed in omnes gene- ratïones, et sæculum sæculorum, ineffabili æternitate permanet, crescit, augetur. CAPUT IV. « Obsecro ïtaque vos ego vinctus in Domino, ut digne ambuletis vocatiohe qua vocati estis. » Potest et in Christi vinculis, et in carcere pro martyrio constitutus hæc scri- . bere ; melius autem est, si vinctum Domini f Al. addit de liens pour le Seigneur de la charité de Jé¬ sus-Christ. » Nous pouvons à l’appui citer le témoignage de Clément écrivant aux . Corin¬ thiens : « Qui pourra dire le lien de la charité qui nous unit à Dieu? » I Cor. xnu Nous lisons encore dans le premier livre des Rois : « Or, il arriva, lorsqu’il eut achevé de parler à Saül que le cœur de Jonathas lut comme lié au cœur de David, » I Rois . xvm, 1. Et le Psalmiste dit, en parlant des apôtres : « Us vous suivront les mains chargées de chaînes, » Ps. cvi. Car, ceux qui aiment Jésus-Chfist, le suivent enchaî¬ nés par les liens de la charité. Il y a sune autre explication qu’on peut admettre ou non, au gré du lecteur. Le lien de l’âme ce- serait ce corps, et comme Paul avait été revêtu de ce corps pour le ministère évangélique, il se dit enchaîné pour le Seigneur. Que ce corps soit appelé une chaîne, et que ceux qui sont emprisonnés dans ce corps soient appelés les captifs de la terre, c’est ce que Jérémie atteste dans le second chapitre alphabétique, Thren . ni, 34: « Afin de fouler aux pieds tous les captifs de la terre. » Et dans un autre endroit, nous voyons la même expression dans la personne du Christ qui parle ainsi par le prophète : Pour dire aux captifs, vos « fors sont brisés, » à ceux qui sont dans les ténèbres, « voyez la lumière, » ïsai , xux, 9. On peut dire que le prophète a* voulu nous montrer ici que le lien du péché, et les ténèbres nostrij in Christi charitate dicamus. Cujus rei et Clemens, ad Corinthios testis est scribens : Vinculuni chari- tatis Dei quis poterit enarrare I Cor. xni ? Et in primo Regnorum libro legimus : « Factum est pôst verba hæc, colligata est anima Jonathæ cum anima David » I Reg. xvm, 1. Et propheta de apostolis: « Post te, » inquit, « sequentur vinctis fero manibus, » Ps. cvi. Qui enim Christum diligunt, sequuntur eum charitatis vinculis colligati. E;t et alia expositio, qyæ recipienda sit, necne, erit in potestate lectoris. Vincu- lum animæ, corpus hoc dici, et quia Paulus ob minis- terium Evangelii corpus hoc acceperit, consequenter Christi vinctus sit appellatus. Corpus hoc vinculum dici, et eos qui in corpore vincti sunt, vinctos terræ appellari, Jeremias quoque in secundo alphabeto tes- tatur, diceus : « Ut humiliaret sub pedibus suis omnes vinctos terræ » Thren. ni, 34. Et alibi hoc ipsum legi¬ mus ex Christi persona , dicentis : « His qui erant in vin¬ culis, exite, et qui in tenebris, révéla ini ni » ^ Isai . xlix, 9. Potest quidem vinculum hic peccati, et tenebras ignorantiæ, adventu et prsedicatione Christi propheta 438 . SAINT JEROME de Tignorance avaient été brisés èt dissipés par l’ avènement et la prédication, du Christ. Mais le sens donné précédemment peut ici trouver sa place, ce lien en effet figure le corps, les ténèbres, cette demeure terrestre, qu’habitent les princes des ténèbres et ces montagnes téné¬ breuses contre lesquelles il nous est défendu de nous heurter. L’Apôtre ajoute : « De marcher d’une manière digne de la vocation à laquelle vous avez été appelés. » Celui-là marche d’une manière digne de sa vocation qui. entre par celui qui dit : « Je- suis la voie, » Jean, xrv, 6 et'Jsaï. xxx, ne s’écarte ni à droite ni à gauche, détourne ses pieds de toute voie mauvaise, et fait voir en lui l’accomplissement de ces paro¬ les : « Les pas de l’homme sont, dirigés par le Seigneur, » Ps. xxxvi, 22. « Avec toute humilité, toute mansuétude, et toute patience. » Celui, qui sait qu’il est terre et cendre, et qu’il doit dans peu de temps retourner en poussière, ne se laissera jamais soulever par l’orgueil. Et celui qui, les regards fixés sur l’éternité de Dieu, réfléchit sur la durée si courte, si fugitive de la vie humaine, aura toujours la mort devant les yeux, et par là même sera humble et modeste. « Car ce corps sujet à. la corruption appesantit Pâme, et cette demeure terrestre abat l’esprit préoccupé de mille soins, » Sag. ix, 15. Disons donc en toute humilité : « Seigneur, mon cœur ne s’est point ostendere dissolutas. Sed et superior sensus habet locum; quod vinculum, corpus sit, et tenebræ, ter- rena hæc habitatio, ubi sunt rectores tenebrarum, et montes tenebrosi, ad quos pedes prohibemur offen- dere. Quod autem ait : « Ut digne ambuletis vocatione qua vocati estis, ». digne vocatione ambulare credendus est, qui ingreditur per eum qui dicit : « Ego sum via » Joan. xxv, 6, et Isai . xxx, et non déclinât, neque ad dexterain, neque ad sinistram, avertit pedem suum ab omni via mala Prov. xv, completurque in eo : « A Do¬ mino gressus hominis diriguntur » Ps. xxxvi, 22. « Gum omni humilitate et mansuetudine, cum pa- ternitate. » Qui terrain et cinérem esse se novit, et post paululum in pulverem dissolvendum, numquam euperbia elevatur . Et qui . Dei œternitate pers- pecta, bx'eve et pene ad puncti instar humanæ vitæ spatium cogi tarit, ante oculos suos semper habebit interitum, et erit humilis. atque dejectus. « Gorruptibile enim corpus aggvavat animam, et terrenum boc taber- naculum, sensum opprimit .multa curantem » Sap,_ xx, 15. Propter quod cum omni humilitate dicamus : Do- enorgueilli, et mes yeux ne se sont point éle- vés, » Ps. cxxx, 1. Or, toute humilité consiste, non point dans les paroles, mais dans les senti¬ ments de l’âme, notre conscience seule doit savoir que nous sommes humbles et nous ne devons jamais nous arrêter a cette pensée que nous savons, ou que nous comprenons, ou* que nous sommes quelque chose. La douceur est cette vertu qui n’est troublée par aucune pas¬ sion, et qui en particulier ne se laisse vaincre ni par la colère, ni par la fureur. Celui qui pos¬ sède cette vertu, obtiendra la béatitude promise par le Seigneur, il possédera la terre, c’est-à- dire, commandera à son corps et aura l’empire sur lui, et son premier héritage, sera de ne point vivre d’une manière charnelle quoi- qu’étant dans la chair. Il en est qui , avec un front plissé, des sourcils abaissés, et un langage composé s’arrogent l’autorité de docteurs et de juges ; non qu’ils reconnaissent rien en eux qui motive cet orgueil, mais parce qu’ils voient leurs frères plus simples ignorer certaines choses qu’ils s’imaginent savoir. « Vous supportant mutuellement avec cha¬ rité. Si quelqu’un comprend le sens de ces. paroles : « Vous supportant mutuellement en charité, » il doit croire que cette recommanda¬ tion est faite non pour les saints, mais pour ceux qui sont encore aux éléments des vertus. Les saints en effet n’ont rien entre eux qui mine, non est exaltatum coi* meum, neque elati sunt oculi mei » Ps. cxxx, 1. Omnis autem humilitas, noix, tam in sennone, quam in mente est, ut. humiles non esse conscientia, noverit, numquam nos vel scire, vel intelligere, vel esse aliquid sestimemus. Mansuetudo quoque ilia . est, qüae nulla passione turbatux*; et specialitôr ira et furore non rumpitur. Quam qui habuerit, beatitudinem, quæ Domini voce promissa est, consequetur; ut possideat terrain,. id est, imperet cor- pori suo, domineturque subjecto; et hæc sit ej us .prima hæreditas, in çarne non carnaliter vivere.'Nonnullisru- gata front e, demisso supercilio, ver bisque trutinatis., auctoritatem sibi doctorum, et judicium vindicant. Non quo ipsi dignum aliquid arrogantia noverint; sed quo simplices qucsque fratrum, sui quædam. videant compa- ratione nescire. « Sufferentes invicem in charitate. » Si quis intelligit quid sit, « sufferentes invicem in cbaritate, non puta- bit in sanctos viros . hoc convenire mandatum ; verumin eos qui sunt in virtutum initiis consti- tuti. Sarxcti quippe non.habebunt [Al. habent] quod 439 COMMENTAIRES SUR L’ÈPITRE. A.UX ÉPHÉSIENS puisse être matière au support, mais bien ceux qui comme des hommes sont encore dominés par les passions. Il n’est pas étonnant que les Éphésiens reçoivent cet avertissement, car dans la multitudo des croyants, il y en avait quelques- uns qui avaient besoin do pratiquer ce support mutuel. C’est dans le même sens qu’il faut entendre la recommandation que saint Paul fait aux Galates, : « Portez les fardeaux J es uns des autres, » Gai. vi, 2. Nous pouvons donner une autre explication de ce double témoignage en disant que porter les fardeaux les uns des autres, ou de se supporter mutuellement avec charité, se trouve accompli par ceux qui sont riches et qui soulagent l’indigence des pauvres. Si un chrétien donne ses soins à son frère qui est malade, il le supporte dans la charité. Qu’un homme menant une vie heureuse dans le célibat, vienne en aide à un autre qui a femme pt enfants et peut à peine subvenir à sa subsis¬ tance, qu’il lui donne toutes les consolations possibles, il sera loué de porter lo fardeau des autres, il en est qui sont condamnés à voir une mère, une sœur veuve, dépérir dans l’indi¬ gence, sans pouvoir les secourir; si quelqu’un lui ouvre la . main, il l’a supporté dans la cha¬ rité. Du reste, qu’on adopte le premier sens ou le second, il restera toujours vrai que ne pas consoler son frère qui pèche ou qui est dans le besoin, c’est n'avoir point la charité, et mépriser inter .se invicem sufferant; sed hi qui quasi homi- nes aliqua adhuc passione superantur . Nec inirum si Ephesi hæc audiant, cum in multitudine credentium sint aliqui qui adhuc invicem sufferro se debeant. Hoc ipsum mihi videtur significare et illud quod ad Galatas scribitur : « Àlteru- trum onera vestra portate » Galat . vi, 2. Possumus ergo utrumque testimonium et aliter interprelari, ut vel alterutrum onera portare, vel sufferre invicem in charitate, et eos complere dicamus, qui divites sunt, et inopiam pauperum sublevant. Si quis segrotanti fra- tri præbet obseqüium, suffert eum in charitate. Si quis in cœlibatu beatam transigeas vitam, alium qui et iixorem liabet et liberos, et sëipsum vix potest pascere, adjuverit, et utcumque potest, fuerit consolatus, alienum omis portasse laudabitur. Est qui matrem vel sororem viduam cernons egestate, tabescere, non potest adjuvare ; huio .si quis porrcxerit manum, sustinnit eum in charitate. Sive autem; superiorem sensum, sive posteriorem sequa- mur; nec peccantem fratrem, nec inôpem- consolatur, qui non habet charitatem,. et contemnit verba Apostoli cet avertissement de l’Apôtre : « Nous devons nous qui sommes plus forts, supporter les fai¬ blesses des infirmes, et ne pas nous complaire en nous-mêmes, Rom. xv, 1. « Travaillant avec soin à conserver l’unité d’esprit par le lien dé la paix. Soyez un seul corps et un . seul esprit comme vous avez été appelés à une seule espérance dans votre voca;- tion. » Les Éphésiens avaient déjà cette unité de l’Esprit-Saint, c’est donc avec raison que saint Paul leur dit : « Appliquez-vous à conserver l’imité d’esprit dans le lien de la paix. » Celui en effet, qui possède quelque chose, oli peut lui recommander de le garder avec soin. Mais s’il n’a rien, on lui commande de consacrer tous ses efforts pour acquérir ce qu’il n’a pas. Ce texte est surtout contre les hérétiques, qui après avoir rompu et brisé le lien de la paix, préten¬ dent conserver encore l’unité d’esprit, puisque l’imité de l’esprit no se conserve que par le lien do la paix. Quand, en effet, nous tenons tous un langage différent, que l’un dit : « Je suis à Paul, l’autre je suis à Apollon, à Cëphas, » I Cor. i, 12, nous divisons l’unité de l’esprit nous la déchirons et la mettons en pièces. Et qu’on ne se hâte pas de me dire : Comment admettre dos grâces diverses, et des dons diffé¬ rents, avec l’obligation de gardor l’unité de l’es¬ prit? Il y à en effet des grâces diverses, mais dans le même! esprit; il y a des ministères divers, commonentis : « Debemus autem nos, qui fortiores sumus, infirmitates imbecilliorum portare,. et non nobi&- metipsis placere.» Rom. xv, 1. « Solliciti servare unitatem spiritus in vinculo pacis. Unum corpus, et unus spiritus, sicut et vocati estis in una spe vocationis vestræ. « Ephesiis qui jam nnitatem Spiritus sancti fuerant consecuti, recte dicitur: « solli- citi servare unitatem spiritus in vinculo pacis. ».Qui enim quid habet, servandi illi sollicitudo præcipitur. Qui autem non habet, studium illi ut .habere valeat, impe- ratur. Hic locus vel maxime adversum hæreticos facit, qui, pacis vinculo dissipato atque corrupto putant se tenere spiritus unitatem ; - cum imitas spiritus in pacis vinculo conservetur. Quando enim non idipsum omnes loquimur, et abus dicit : « Ego'sum Pauli, ego Àpollo, ego Gephœ » I Cor. i, 12, dividimus spiritus unitatem, et eain in partes ac membra discerpinms. Nec statim aliquis illud. opponat : Quomodo ergo diversæ sunt gratke, et varia charisma ta, cum imitas enstodienda sit spiritus? Sunt quidem variœ donationes, sed in eodem spiritu; et diversa ministeria, sed idem, Dominus; e^ SAINT JÉROME 440 mais c’est le même Seigneur, il y a des opéra¬ tions différentes, mais c’est le même Dieu qui opère toüt en tous. I Cor. xii, 4 et suiv. Quant à ce qui dit l’Apôtre : « Un seul corps, un seul esprit » il faut l’entendre du seul corps de Jésus- Christ qui est l’Église, ou du corps qu’il a daigné prendre dans le sein d’une Vierge; gardons-nous en effet de croire qu’il a pris un corps toutes les fois qu’il a apparu dans l’ancien Testament. Il n’y a aussi qu’un Esprit-Saint, un seul qui répand ses dons, et sanctifie tous les hommes. Gn pourrait encore entendre ce seul corps de la vie et des œuvres que les grecs appellent 7rpaxTtxVjç 6to nus loquitur : « Baptisma habeo baptizari » Luc . xn, 50; et alibi : « Baptismate meo baptizabimini » Marc, x, 39. Diversitas autem præpositionum in quibus dicitur : « Unus Deus, et Pater omnium, qui super omnes, et per omnes, et in omnibus, » diversam intelligentiam sapit. Super omnes enim est Deus Pater, quia auctor est om¬ nium. Per omnes Filius, quia cuncta transcurrit, vadit- que per omnia. In omnibus Spiritus sarwtus, quia nihil absque eo est. Nec vero putandum, unum Deum, et Patrem omnium esse communiter, ut scilicet ad ir- rationabilia jumenta, nomen Patris possit aptari ; sed quomodo si in decem liominibus, quinque filiis, et quinque servis, pariter diceremus.; horum decem, unus est dominas, et unus est pater; non utique omnium patrem, nec dominum omnium vocaremus; sic et ih eo quod ait ï « Unus Deus et Pater omnium, » oJiorum Seigneur de tous, "ainsi, lorsque L’Apôtre dit : « Il y a un seul Dieu et Père de tous, » il faut entendre qu’il est le Dieu des uns et le Père- des autres. Telle est la doctrine de Zénon et des Stoïciens sur les créatures et sur Dieu. Virgile a suivi cette doctrine lorsqu’il a dit : «/que Dieu se répand par toutes les terres et tous les les espaces delà mer, etc., » et encore : « Dès l’origine, un esprit nourrit et entretient le ciel, la terre, les plaines humides de la mer, le globe lumineux de la lune et l’astre brillant du soleil ; une âme répandue dans toutes les parties de la création met en mouvement toute cette masse et s’unit à ce grand corps, » Eneid. vu Quel¬ ques-uns pensent qu’il faut rapporter ces paroles : « Au-dessus de tous, au milieu de toutes choses, et dans tous, » au. Père, au Fils, au Saint-Esprit, en ce sens : que le. Père est au- dessus de tous, parce qu’il est l’auteur de tous ; que le Fils est au milieu de toutes choses, parce que tout a ôté créé par lui; et que l’Esprit- Saint est dans tous, parce qu’il est donné à ceux qui croient, et que nous sommes le temple de l’Esprit-Saint, et que le Père et le Fils habitent en nous. « Or, à chacun de nous a été donnée la grâce, selon la mesure du don de Jésus-Christ. » Bien que Dieu le Père soit au-dessus de tous, au milieu de tous et dans tous, cependant la grâce est donnée selon la mesure à ceux qui Pater, aliorum Deus accipiendum est. Taie quid de crealuris, et de Deo etiam Zeuo cum suis Stoicis sus- picatur. Quem secutus Virgilius ait ( Æneid . vi) : Deum namque ire per omnes Torrasque tractusque maris, etc.; et : Principio ccelum ac terras, composque Hquentes, , Luceulemque globurn lunce, Titoniaque aslra, Spiritus inius alit, totamque infusa per artus Riens agitai molom, et magno se corpore miscet. Quidam hoc quod est scripturu : « Super omnes, et per omnes, et in omnibus, » ad Patrem, et Filium, et Spiri- tum sanctum sic æstimant esse referendum, « ut super omnia » Pater sit, quia auctor est omnium' : « per omnes, » Filius, quia per Filium créa ta sunt omnia : « in omnibus, » Spiritus sanctus, ipse enim credentibus datur, et templum su mus Spiritus sancti : et Pater et Filius habitant in nobis. « Unicuîque autem nostrum data est gratin secundum mensuram donationis Christi. » Licet Deus Pater super COMMENTAIRES' SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉS1ENS 443 croient. Cela ne veut pas dire que Dieu donne sa grâce et, son esprit avec inesure, (car sa magnificence n’a -point de bornes,) mais qu’il verse cette liqueur précieuse selon la capacité des vases, en accordant autant de grâces que peut en recevoir celui qui est l’objet de ses faveurs. Car encore une fois, Dieu ne peut donner l’esprit avec 'mesure, et ne l’on ne peut admettre de mesure dans co qui est également répandu partout. Pour rendre cette vérité plus claire, prenons un exemple imparfait sans doute, qui ne remplit point toute l’étendue de la comparaison, mais qui fera cependant mieux comprendre ce que nouS\ disons. La .mer est immense, c’est un fait certain, et sa capacité est connue de Dieu seul. Or, si quelqu'un vou¬ lait en distribuer à un grand nombre d’hommes autant qu’ils en peuvent goûter, il serait néces¬ saire qu’il en donnât à chacun avec mesure, et qu’il établit une mesure dans les parties de la mer dont le fond est incommensurable. Ainsi l’Esprit-Saint est immense, il n’est renfermé par aucune limite,, cepondant il est donné à chacun selon ce qui lui est convenable. Et il faut remarquer en même temps que cette même grâce qui nous est accordée, nous est donnée selon la mesure du don de Jésus-Christ. « C’est pourquoi l’Écriture dit : -Montant au ciel, il a conduit une captivité captive, et il a omnia si tt et per omnes,* et in omnibus; tamen gratia juxta mensuram credentibus datur. Non quod ad men- suram spiritum, et gratiam tribuat Deùs (magnificentiæ enim ejus non est finis), sed quod juxta mensuram vasculorum, infundat liquorem, tantum muneris lar- giens, quantum potest ille oui donatur, accipere. Nec enim ad mensuram dat Deus spiritum; aut potest habere mensuram, quod æqualiter u bique diffusum est. Quod ut manifestais fiat, imperfectum licet et non im- plens similitudinem, tamen per quod possit intelligi quod dicitur sumamus exemplum. Mare certe immensum est, et capacitas ejus Deo soli nota; ex hoc si quis velit multis hominibus secundum id quod gestare quount, tradere, necesse est ut ad mensuram unicuique tribuat, et partes ejus mensuram recipiant, cujus solidum iin- mensurabile est. Ita et Spi.ritus sanctus imxnensus qui- dem est et, nullo fine concluditur ; tamen unicuique datur secundum quod expedit.. Et simul notandum, quod hæc eadem gratia, quœ nunc al tribu ta perhibetur, secundum mensuram donationis Christi data sit nobis, « Propter quod dicit : Ascendens in altum, captivam.. donné des dons aux hommes. » Saint Paul venait de dire : « A chacun de nous a été donnée la grâce, selon la mesure du don de Jésus- Christ, » pour confirmer que ces dons, dont il fait peu après rémunération, en disant : « C’est lui qui a fait les uns apôtres, les autres prophètes, d’autres évangélistes, d’autres pas- ' teurs et docteurs, etc., » ont Jésus-Christ pour auteur, il emprunte un témoignage du psaume soixante-septième, afin de nous apprendre que ce sont là les dépouilles que le Christ victorieux de ses ennemis a distribuées aux hommes. En effet, en montant au ciel, il a emmené captive la captivité. Nous, qui avons été rassemblés des Gentils et qui croyons en Jésus-Christ, lorsque nous étions les créatures de Dieu, nous avons été faits captifs par le démon, et partagés entre ses satellites. Notre-Seigneur Jésus-Christ est donc venu, comme le dit le prophète Ézéchiel, chap . ix et xn, transportant avec lui les ins¬ truments de la captivité, et la tête couverte, pour ne pas être reconnu par ses ennemis, il a prêché à ceux qui étaient captifs le . pardon, à ceux qui étaient dans les fers la délivrance et nous a délivrés des chaînes et des liens qui nous retenaient captifs, comme cette femme de l’Évangile dont lo Sauveur lui-même dit : « Et ne fallait-il pas délivrer de son esclavage au jour du sabbat cette fille -d* Abraham dont Satan duxit captivitatem, cleclit dona in hominibus. » Quia supra dixerat : « Unicuique autem nostrum data est gratia secundum mensuram donationis Christi, » ut confirmaret hæc ipsa dona, quso post paululum quoque enumerat, dicens ; « Et ipse dédit quosdam quidem apostolos, quosdam autem prophetas, alios evangelistas, alios pastores et magistros* » et reliqua, a Salvatore esse donata, testimonium de sexagesimo septimo psalmo assumpsit, ut sciainus illas esse manubias hominibus distri bu tas, quas Christus victor emeruit. Ascendens quippo in altum, captivam duxit captivitatem. Nos qui nunc in Christo credimus de gentibns congregati, cum essemus crealura Dei, a diabolo capti sumus, et ejus satellitibus distribué. Venit igitur Dominus noster . Jésus Christus secundum 1 Ezechielem Cap. ix et xn, vasa secum captivitatis apportans, et operto capite, ne ab adversariis cognosceretur, prædicavit his qui cdpti erant remissionem, et qui tenebantnr in Yinculis, solutionem, et nos de catenis hostium, et de compedibus hberavit, sicut illam in Evangelio mulierem, de qua ipse commé¬ morât : « Hanc autem filiam Abraham, quam ligavit SatanaS jam decem et ooto annisv.non ôportuit solvi de 4 44 SAINT JEROME s’était emparé il y a dix-huit ans? » Luc xnr, 16. Et après nous avoir délivrés et tirés de l’ancienne captivité par une captivité nouvelle, 11 nous a conduits avec lui dans le ciel et il a distribué des dons et des grâces diverses à ceux qu’il avait arrachés des mains des ennemis. L’expression dont il se sert ici : « Il a donné des dons aux hommes, » est pleine de justesse, alors cependant que nous lisons dans le Psaume, « 11 a reçu des dons pour les hommes, » Ps. lxvii, 19. Gomme dans ce temps ce n’était pas un fait accompli, mais une simple promesse, le Psalmiste dit « qu’il avait reçu. » Ici, au contraire, lorsque l’Apôtre écrit cette lettre, le Sauveur avait déjà donné ses dons, les Églises étaient fondées dans tout l’univers, il a pu donc dire : non pas que le Sauveur avait reçu, mais qu’il avait donné. Il en est d’autres qui expliquent ce passage dans ce sens, que Notre- Seigneur Jésus-Christ est monté vainqueur dans le ciel, pour envoyer les anges et les autres vertus des cieux à la garde des Églises. Et comme ce séjour terrestre est indigne de jouir de la présence de ces puissances sublimes, elles sont en quelque sorte comme captives ici-bas. C’est pour cela, disent-ils, qu’il est monté dans les cieux, afin que, faisant la captivité captive, il répandît ses dons sur les hommes. Or, l’Apôtre insiste sur cette vérité, comme conséquence de ce qu’il avait dit plus haut : Vous supportant vinculo hoc in die sabbati » Luc xm, 16? Liberatosque nos, et per novam captivitatem de captivitate veteri erutos, secum duxit in cœlum ; et his ipsis quos de inimicorum manu victor eripuit, diversa gratiarum dona largitus est. Et eleganter hic posait, « dédit dona in hominibus, » cum in Psaltevio scriptum sit : « accepit dona in hominibus » Psal. lxvii, 19. Verum ibi, quia necdum factum erat, sed futur uni promittebatur, prop- terea dicitur, « accepisse. » Hic vero cum Apostolus scribit, qua jam dederat, et in universo orbe Ecclesiæ f'undatse erant; idcirco non « accepisse » scribitur, sed « dédisse. » Alii hune locum ita edisserunt, quod ob id Dominus noster Jésus Ghristus ad cœlos victor ascen- derit, ut inde angelos cæterasque virtutes ad custodiam Ecclesiarum suarum mitteret. Et dum indignus sit locus iste terrenus, soblimium potestatum habere prœsentiam, quodammodo illæ sustinuerint captivitatem. Ideo enim (inquiunO ascendit in altum, utcaptivans captivitatem, dona noininibus largiretur. Hoc autem totum ideo Apostolus replicat, ut quia superius dixerat : « Suffe- rentes invicem in charitate, solliciti servare unitatem mutuellement en charité, travaillant avec soin à conserver l’unité, l’esprit par le lien de la paix, pour nous apprendre que x dans ces dons divers, l’Église reste toujours unie, et que cette diversité de grâces qui est accordée à chacun, selon la mesufe du don de Jésus-Christ, ne doit pas devenir une occasion de schismes et de dissensions; que malgré cette différence dans les dons, nous sommes tous appelés à ne former qu’un corps et qu’un esprit, c’est-à-dire, que de même qu’il n’y a qu’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême et un seul Dieu le Père, ainsi nous devons vivre dans la charité en con¬ servant l’unité de l’esprit par le lien de la paix. Mais qu’est-ce : « Il est monté, sinon, qu’il est descendu auparavant dans les parties inférieu¬ res de la terre? » Celui dont il est dit qu’il est monté, n’est monté que parce, qu’il était d’abord descendu. C’est le sens de ces paroles : « Qu’est- ce qu’il est monté, sinon qu’il est descendu aupa¬ ravant? »I1 nous faut donc rechercher à l’occa¬ sion de cet autre témoignage : « Nul ne monte au ciel, si ce n’est celui qui descend du ciel, le Fils, de l’homme, » Jean, m, 13, comment il monte au ciel après en être d’abord descendu. Car lorsque le Sauveur s’exprimait de la sorte, il prouvait qu’après être descendu des cieux, il devait un jour y remonter. Il nous faut égale¬ ment examiner comment il faut entendre qu'il est descendu et qu’il est monté; est-ce par spiritus in vinculo pacis, » doceret in diversis charis- raatibus Ecelesiam esse concordem, et non statim sebis- matum et dissensionum occasionem dari, quia secundum mensuram donationis Ghristi unusquisquô nostrum ac- cepisset dona ; non eadem, sed in unum corpus, et in unum spiritum omnes vocatos esse, id est, ut sicut unus Dominus est, et una fides, et unum baptisma, et unus Deus Pater ; ita et nos in charitate idipsum simus, in pacis vinculo servantes spiritus unitatem, « Quod autem ascendit, quid est, nisi quia et descendit in inferiora terne? » Qui ascendisse nunc dicitur, prop- terea ascendit, quia ante descendent. Hoc enim sonat f « Qnod autem ascendit, quid est, nisi quia et descendit. » Requirendum itaque super eo quod alibi scriptum est : « Nemo ascendit in ccelum, nisi qui de cœlo descendit, Filius hominis » Jocm. m, 13, quomodo ascenderit ante descendens? Quando enim hæc loquebatur, post cles- censionem e cœlis, se quondam ad cœlos nscendisse monstrabat. Necnon et illud pariter retrac tandum, quomodo ipsa descensio et ascensio sentienda sit. Utrum- nam secundum corpus localiter, an supra corpus spi- COMMENTAIRES SUR L’ÉPÏTRE AUX ÉPI-IÉS1ËNS exemple, corporellement, ou d’une manière incorporelle et spirituelle, ou sous l’un et l’autre rapport ? Puis les parties inférieures de la terre désignent l’enfer,, c’est-à-dire les limbes ou Notre-Seigneur et Sauveur est descendu pour emmener victorieusement au ciel les âmes des saints qui s’y trouvaient détenus. Voila pour¬ quoi, après sa résurrection un grand nombre de corps des justes apparurent dans la sainte cité Matth. xxvn. Que Penfer soit dans les par¬ ties inférieures de la terre, c’est ce que le Psal- miste atteste lorsqu’il dit : « La terre s’entrou¬ vrit et engloutit Dathan, et elle se referma sur les. révoltés d’Abiron, » Ps. cv, 17. Ce fait se ' trouve expliqué plus au long dans le livre des Nombres, xvi. Nous lisons encore dans un autre endroit : « Que la mort vienne sur eux, et qu’ils descendent tout vivants dans Penfer, » Ps. civ, 16. « Celui qui est descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin qu’il remplit toutes choses. » Est-ce à dire que tra¬ versant corporellement tous les cieux, toutes les hauteurs des cieux, les cercles célestes auxquels les philosophes donnent le nom de sphère, et s’élevant au-dessus, il s’est tenu au plus haut, et pour me servir du mot propre au centre de la voûte des cieux? Ou bien suivant une autre interprétation que je préfère, doit-on entendre que méprisant toutes les choses corpo¬ relles et concentrant tous ses regards sur les ritualiter, vel certe utroque. modo. Inferiora autem terræ, infernus apcipitur ad quem Dominus noster Sal- vatorque descendit ut sanctorum animas, qiue ibi tene- bantur inclusse, secum ad cœlos victor abdueeret. Unde et post resurrectionem ejus, plurima corpora jastorum in sancta civitate visa sunt Matth. xxvii. Quud autem infernus in inferiori parte terræ sit, et Psalmista testa- tur dicens : « Aperta est terra, et devoravit Dathan, et opeihut super congregationem Abiron » Ps. 105, 17. Et ipsum in Numerorum libro Gap . 16 plenius explicatur. Alio quoque Ioco légimus : « Veniat mors super eos, et descendant in infer num vi ventes » Ps. liv. 16. « Qui descendit, ipse est qui ascendit supra omnes cœlos, ut impleret omnia. » Numquid corporaliter omnes cœlos, et universas sublimitates, et cœlorum circulos, quos philosophi sphæras vocant, transiens atque trans¬ cendons, stetit in summo cœli fornice, et ut ipso verbo utar, apside? An cerfe omnia corporalia contemnens atque despiciens, et eeterna oonteinp]ans, super cœlos, id est, super uivisibilia stetisse credendus est? quod ego 445 choses éternelles, il’ s’est tenu au-déssus des cieux, c’est-à-dire au-dessus des choses visi¬ bles. Le Fils de Dieu est donc descendu dans, les parties intérieures de la terre, et il est monté au-dessus de tous les cieux, non seulement pour accomplir la loi et les prophètes, mais d’autres économies secrètes que lui seul connaissait avec son Père. Ainsi nous ne pouvons savoir comment le sang de Jésus-Christ a été utile aux anges et à ceux qui étaient dans l’enfer, et cependant nous ne pouvons ignorer qu’il n’ait été dune grande utilité. Il est donc descendu dans les enfers et il est monté aux cieux, pour remplir ceux qui étaient dans ces régions selon qu’ils étaient capables de le recevoir. Une conclusion à tirer de ces paroles, c’est qu’avant que le Christ descendît des cjeux et y remontât, toutes choses étaient vides et avaient besoin qu’il les remplît. Ce passage condamne surtout Ebion et Photin. Car si celui qui monte aux cieux est le même qui en était d’abord descendu, comment dire que Notre-Seigneur Jésus-Christ n’a point préexisté à Marie, mais que son exis¬ tence est postérieure à celle de Marie ? Il con¬ damne également *■ ceux qui par une erreur insensée imaginent deux fils, le Fils de Dieu et le Fils de l’homme. L’Apôtre dit ici dans les termes les plus clairs, que celui qui monte est le même qui est descendu. Et en parlant de la sorte, nous1 ne donnons lieu en aucune façon ‘à une autre hérésie qui divise l’économie de melius puto. Descendit ergo in inferiora terræ, et as¬ cendit super omnes cœlos Filius Dei, ut non tantum legem prophetasque compleret; sed et alias quasdam occultas dispensationes, quas solus ipse novit cum Pâtre. Neque enim scire possumus, quomodo et angelis, et his qui in in fer no erant, sanguis Ghristi profuerit, et tamen quin profuerit nescire non possumus. Descendit quoque ad inferos, et ascendit ad cœlos, ut impleret eos qui in illis regionibus erant, secundum id quod se capere poterant. Ex quo sciendum, quod antequam Ghristus descenderet et ascenderet, vacua fuerint omnia, et ple- nitudine illius indiguerint. Hic locus adversum Ebionem, et Photinum, vel maxime facit. Si enim ipse est ascen- dens in cœlos, qui de cœlis ante descenderat, quomodo Dominus nosler Jésus Christus non ante Mariam est, sed post Mariam? Necnon et contra eos, qui duos filios insano errore confingunt ; Filium videlicet ‘ Dei, et tilium hominis. Ecce hic apertissime dicitur, quod ipse sit ascendens atque descendens. Neostatim ista dicentes, locum altoi-i Jaæresi damue, qu evertere nitebantur, men îlli » Zach. vq 12. Et Joannes Baptista comme- videbat non facile posse superari, et omni calliditate morat Joan. q 30 : « Post me venit [Al. veniet] vir plenas, dialecticæ quoque, immo diaboli art© contextas, qui ante me factus est, quoniam ante me erat), tune sperabat Dei auxilium, ut omnem deliberationem de in occursu unius fidei, et unius agnitionis Filii Dei, Tom. x. v 450 SAINT JÉROME même foi et , d’une môme connaissance, tout le corps qui était auparavant séparé et divisé en plusieurs parties, sera ramené t\ son assemblage naturel et à l’union de ses membres. C’est ainsi que par une seule et même fonction, par une seule opération, par la perfection consommée d’un seul âge, le corps tout entier croîtra d’une manière égale, et quêtons les membres recevront leur accroissement, chacun selon leur mesure. Or, cet accroissement par lequel le corps de l’Église s’augmente dans ses parties, recevra son complément de la charité mutuelle des membres entre eux. Jugeons ici de toutes les créatures raisonnables par l’exemple d’un seul être animé, doué de raison, et tout ce que nous dirons des membres et des parties de son corps, sachons le rapporter à chaque créature raison¬ nable. Supposons que les membres, les veines, les chairs de cet être animé soient tellement déchirés que les os ne tiennent plus aux os, que les nerfs soient disjoints des nerfs, que les yeux soient jetés d’un côté, les narines d’un autre, que les mains soient dans un autre endroit, que les pieds soient étendus plus loin, et que les autres membres soient séparés et divisés de la même manière. Supposez maintenant qu’il arrive un médecin si savant que, selon la mythologie païenne, il puisse imiter Esculape, quem nunc pro varietate mentium, non una nec eadera fide et agnitione cognoscimus, totum corpus, quod prius dissipatum fuerat, et in diversa laceratum, in suam compagem juncturamque redigetur ; ita ut una subministratio eademque operatio, et unius ætatis con- suminata perfectio, totum crescero facial corpus æqua- liter, et oinnia merabra juxta mensurain suam incre- mentuin ætatis accipiant. Hæc autem tota ædificatio, per quam Ecelesiæ per partes corpus augelur, mutua in se charitate complebitur. Totas rationabiles creaturas sub unius rationabilis animalis mtelligamus exemple, et quodeumque de hujus membris dixerimus et partibus, hoc sciamus esse referendum ad unamquamque rationa- bilem creaturam. Putemus hoc animal ita per artus, ve- nas, carnesque laceratum, ut nec os ossi liæreat, nec nervus jungatur ad nervum; separatim oculi jaceant, seorsum nares, manus alium locum teneant, aliu projecti siiit pedes, et veliqua niembra in hune modum inter se dispersa sint, et divisa. Finge aliquem venire tanlæ et ressusciter Virbius avec une nouvelle figure et un nouveau nom; il lui faudra replacer chaque membre en son lieu propre, rattacher les jointures aux jointures, et de toutes les parties ainsi reliées ensemble, ne faire qu’uu seul corps. Nous avons jusqu’ici développé le terme d’une seule comparaison, apportons maintenant un autre exemple similaire pour mieux faire comprendre ce que nous voulons. Voici un enfant qui croît, et qui, par le travail secret des années, arrive h l’âge parfait; ses mains s’allongent, ses pieds s’accroissent, le. ventre s’arrondit sans que nous le remarquions, les épaules s’élargissent, sans que nos yeux s’en aperçoivent; tous les membres croissent ainsi par tellement selon la mesure proportionnée à cha¬ cun d’eux, mais de telle sorte que cet accroisse¬ ment paraît se faire non pour chacun d’eux en par¬ ticulier, mais pour le corps tout entier. Ainsi, lors du rétablissement de toutes choses, quand le vrai médecin, Jésus-Christ, viendra guérir le corps de l’Église tout entière, maintenant dispersé et déchiré, chacun selon la mesure de sa foi et de la connaissance du Fils de Dieu, (saint Paul emploie le mot a gnoscere, reconnaître , parce que l’oubli avait succédé à une première con¬ naissance,) reprendra sa place, et commencera d’être ce qu’il avait été. Gardons-nous de scientiæ medicum, qui juxta fabulas ethnicorum, Æscu- lapium possit imitari, et in novam figurant novumque no- men, Virbium suscitare ; hic necesse habebit unumquod- que inembrum suo loco restitueve, et compagem copulare compagi, et quodam giutino partibus restitutis, unum corpus eflicere. Hue usque nobis una simili tudo proces- serit; aune in eamdein similitudinem ad id quod intelligi volumus, aliud trahatur exempluin. Parvulus crescat, et occulto ævo, in perfectam adolescat setateni; suum manus augmentum liabebit, sua pedes sentient incre- menta; venter dum nescimus, impletirr; humeri, dum fulluntur oculi,. dilatantur; et omnia membra per partes juxta mensuram suam sic crescunt ut tamen non sibi, sedeorpori videantur augeri. Ita (il) igitur et in restitu- tione omnium, quando corpus totius Ëcclesise nunc di- spersum atque laceratum, verus medicus Christus Jesua sanatvirus adveuerit, unusquisque secundum mensuram fidei, et agnitionis Filii Dei (quem ideo agnoscere dici- tur, quia prius noverat, et postea nosse desivit) suum (1) Non suo liic se loqui sonsu, sed ex Adamoniii persona, Hieronymus significat in Apologies lib. i., num. 26, ubi do hoc Pauli loco . Ln- tissimam, inquit, Origenis expositionem et eosdem sensus per diyorsa verba volvornem brevi sermons coristrinximus, nihil examplis, et as. sertionibiis illtus auferontes, Cumqùo pervenissemus ad linem, hœo subjeoimus : Igitur et in vesiiuuionom omnium, elo. Ed. Mig< 451 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS croire cependant, d’après une antre hérésiç, que tous^soient ramenés au même âge, c’est-à-dire que tous soient transformés en autant d’esprits angé¬ liques, que chaque membre reçoive une perfec¬ tion proportionnée à sa mesure et à son office ; par exemple, .que l’ange fugitif revienne à l’état dans lequel il a été créé, et que l’homme qui avait ôté chassé du. paradis, soit replacé de nouveau dans ce paradis pour le cultiver. Or, toutes ces choses s’accompliront dans l’union produite par la charité entre tous les membres, et tandis que chaque membre se réjouit et s’applaudit du bonheur et de l’élévation d’un autre -membre, l’Église des premiers-nés habi¬ tera dans la céleste Jérusalem, que saint Paul appelle dans un autre endroit, la mère des saints, GaL iv. Ces vérités, (comme je l’ai dit plus haut), sont pour nous plus obscures, parce qu’elles sont exprimées métaphoriquement dans le texte grec. : Or, toute métaphore traduite littéralement d’une, langue dans une autre, étouffe comme par autant de ronces, le sens et les1 germes du discours. « Je vous le dis donc, et je vous conjure par le Seigneur, de ne plus marcher comme les Gentils, qui marchent dans la vuiiité de leurs pensées, qui recipiet locum, et incipietid esse quod fuerat. Ita tamen ut non juxta (1) aliam hæresim, omnes in una ætate sint positi, id est , omnes in angelos retormentur; sed unum- quodque membrum juxta mensuram et officium suum perfectum sit; verbi gratia, ut angélus- refuga id esse incipiat quod creatus est; et homo, qui de paradiso fuefat ejectus, ad culturam iterum paradisi restituatur. Ista autem univérsa sic lient, ut invicem inter se chari- tate jungantur ; et dum congaudet membrum membro, et in alteriüs provectione iætatur, Ghristi corpus, Ec- clesià primitivorum habitet in cœlesti Jérusalem, quam in aiio loco Apostolus mat rem sanctorum vocal Galat. iv. Idcirco (ut supra diximus) hæc apud nos obscuriora sunt, quia jxsTacpoptxtoç dicuntur in Græco. Et omr>is metaphora, si de alia in aliam linguam transferatur ad verbum, quibusdam quasi sentibus, orationis sensus et ger mina su ffocan tur . « Hoc ergo dico, et contestor in Domino, ut non amplius ainbuletis, sicnt et gentes ambulant in vanitate sensus ^ui, obscurati mente, abalienatia via Dei propter ont l’intelligence obscurcie de ténèbres, entière¬ ment éloignés de la vie de Dieu, par l’ignorance qui est en eux, à cause de l’aveuglement de leur cœur; qui, ayant perdu tout espoir, se sont livrés à l’impudicité, à toutes sortes de dissolutions, à l’avarice. » Je vous ledis,.:ô. Éphésiens, et je vous en conjure, puisque vous 'devez vous rencontrer dans la mesure de l’âge de la plénitude du Christ, ne marchez point comme marchent les Gentils qui, adorant les idoles,: font un abus coupable de leur esprit et de leur cœur. Ils ont reçu l’âme et l’intelligence pour connaître Dieu, et ils se sont détournés de la voie de Dieu, (et nous n’en con- , naissons point d’autre hors de Jésus-Christ,) et ils marchent dans l’aveuglement de leur cœur. Et plût à Dieu qu’il leur suffît d’avoir péché, qu’ils pussent faire pénitence, .même tar¬ divement,. et condamner les vices qui ont fait, l’objet de leurs ardents et continuels désirs. Mais, maintenant, s’abandonnant au désespoir, et à l’exemple des animaux sans raison, se plongeant dans la fange et l’abîme du mal, ils se sont livrés à l’impudicité et à la dissolution, obéissant à tous les instincts vicieux du corps, à tous les désirs du cœur, à toutes les sugges¬ tions de la volupté. Et en s’abandonnant ainsi ignorantiam, quæ est in illis, propter cæcitatem cordis eorum. Qui desperantes, semetipsos tradiderunt impu- dicitiæ in operatione iuununditiæ omnis in avaritia. » Hoc ergo, ait, dico vobis, o Ephesii, vosque contestor, ut qnia occnrsuri estis in mensuram ætatis plenitudinis Christi, non ambuletis sicut ambulant gentes, quæ ido- lis servientes, et sensu et mente abutuntur in prava. Quæ cum ideo acceperint arîimam et intellectum, ut cognoscerent Deum, abalienati sunt a via ejus (quam aliam absque Ghrislo non novimus) et in sui cordis am- > bulant cæcitate. Àtque utinam peccassc sufficeret, et vel sero agerent pcenitudinem, damnârentque vitia in quibus jugiter inhiarunt, esset remedium resipiscere pôst errorem. Nun.; vero desperantes se, et in ritum irrationabilium besbarum, cœno voraginique mergentes, tradiderunt impudicitiæ atque luxuriæ, opérantes quid- quid corpus voluit, mens desideravit,' libido suggessit. Et cum nibii omnino prætermiserint quod immunduin sit, hoc totum fecere in avaritia, dum numquam luxu- riando satiantur, nec eorum terminum habet voluptas. (D Hoc salis abunde erat ad purgandam in Hieronymo Origenismi suspicionem, quod hœc omnia ei bæreticorum profecta ingenio pro- nuntiot. lia enimvero ipse reponit Rufino : Quando dico : lia lamen, ut non juxla aliam hæresim omnes in una relaie sint positi, oslendo et ea, de quibus dispulo, esse hæretiça.et ab alia îiæresi dîsbrepare. Quæ sunt ergo .dut» bœresos ? XJuai quæ dioit omnes raliônabiles creaiu- ras in angelos reformari : altéra, quæ asserit unumquodque in restitutiono mundi id (ore quod conditum est, cto. quæ consul nisso juvabit. Ed, Mig. 452 ' SAINT et sans exception à tout ce qu’il y a d’immonde, ils ont commis tous ces crimes, comme l’avare, en n’étant jamais rassasiés de leurs' infâmes plai¬ sirs, et eu ne donnant aucun terme à leurs voluptés. Disons plus, indépendamment de l’union légitime de l’homme et do la femme, ils s’élèvent bien plus haut dans le crime, les hommes commettant des infamies avec des hommes, et recevant ainsi en eux- mêmes la récompense qui ôtait due à leur éga¬ rement. La vanité des pensées et l’aveuglement de l’esprit s’appliquent à deux objets, aux affaires de ce siècle et à la sagesse du monde, lorsque nous sommes retenus par les biens pas¬ sagers et fragiles du ■ monde, ou lorsque nous ne connaissons pas ce qui peut nous être utile. Ne vous jparaît-il pas, en effet, marcher dans la vanité de ses pensées et dans l’aveuglement de l’esprit, celui qui se torture jour et nuit dans l’étude de la dialectique; cet investigateur du monde physique, qui veut étendre ses regards au delà des deux et qui, au delà des profondeurs de la terre et de l’abîme, tombe dans je ne sais quel vide effrayant; ce poète qui met un ïambe sur pied, qui amasse et classe au prix d’efforts inouïs une multitude de vers dans son esprit; et pour passer à un autre genre, celui qui cherche les richesses par tout moyen, bon ou mauvais; celui qui flatte les rois, qui convoite les héritages, et amasse une fortune immense qu’il laissera dans un moment, à qui? il l’ignore. — L’Apôtre Aut carte ultra concessam viri ad feminam conjunctio- nem, ad majora conscendunt, masculi in masculos tur- pitudinem opérantes, et mercedem erroris sui in semet- ipsis rccipientes. Vanitas sensus, et mentis obscuritas, bifariam dividitur, in sæculi hujus negotia, et in sapien- tiam sæculai-em; quando aut in his quæ mundi hujus sunt, et cito transeunt, detinemur, aut non profutura cognoscimus. Nonne nobis videtur .in vanitate sensus et obscuritate mentis ingredi, qui die bus ac noctibus in dialectica arte torquetur; qui physicus perscrutator ocu- los trans cœlum levât, et ultra profundnra terrarum et abyssi quoddam inane demergit [AL demergitur], qui iambum struit, qui tantam metrorum silvam in suo stu- diosus corde distinguit et congerit; et (ut alteram par- tein transeam) qui divitias per fas et nefas quærit; qui adnlatur regibus, hcereditates captat aliénas, et opes congregat, quas in inumento oui sit relicturus, igno¬ rât? Quod autein ait, « qui desperantes semetipsos, » id est, ct7i:7iXY^X(b:£ç Éàuroùç, multo aliud in Græco si- gniôcat quam in Latino : « desperautes » quippe ccTr/jX- JÉROME ajoute : « qui, s’abandonnant au désespoir, c’est-à-dire dans le texte grec aTrqAYYiJwÎTÊç sauvoùç et le grec est beaucoup plus expressif que le latin ; ceux qui désespèrent sont appelés. à7U7]ÀYV]XQT:&ç; c’est-à-dire qui après avoir péché, n’ont aucune douleur; qui, insensibles à leur ruine prochaine, so portent au mal, et sem¬ blables aux animaux, à la vue du fer qui les menace, se précipitent dans la mort. Supposez deux hommes, tous deux surpris dans le même crime, l’un qui comprend et pleure le crime qu’il a commis, l’autre qui se réjouit de l’avoir commis et qui, loin de s’en repentir, s’cn glori¬ fie et s’imagine avoir remporté la palme et la victoire de l’infamie; n’est-il pas vrai que l’un a de la douleur, et que l’autre est d’une insen¬ sibilité absolue? Traduisons, s’il est possible, mot à mot, et disons que le mot àTnrjAY^x&'rEç signifie insensible à la douleur, indolentes , indolorios . Cette absence de douleur en grec ava^Y^motv, a été enseignée par un philosophe. Que ceux qui veulent introduire la pluralité de natures, apprennent ici que les Gentils marchent dans la vanité de leurs pensées et dans l’bbscu- rité de l’esprit, parce qu’ils se sont livrés à l’ignorance et à l’aveuglement. Nul, en effet, ne mérite d’être traité d’ignorant et d’aveugle que celui qui peut connaître et voir. Ainsi, nous ne disons pas qu’une pierre est aveugle, qu’un ani¬ mal sans raison est dans l’ignorance, parce qu’on ne leur demande pas, et qu’il n’est pas. Y^xéTSg nommantur ; àTïYjAY'qxoTEÇ autem bi sunt, qui postquam peccaverint, non dolent ; qui nequaquam sentientes ruinam suam, feruntui* in pronum, et tam- quam bestise ferrum videntes, in mortem vuunt. Pone mihi duos in uno vitio deprehensos ; alterum qui intelligat, plangatque quod fecit ; alterum qui delec- tetur in scelere, et non solum non doleat, verum etiam glorietur, et putet se quamdam turpiludinum palmam et victoriam consecutum ; nonne tibi videtur ille dolere, et hic penitus non dolere ? Exprimamus, si possimus, verbum de verbo, et dicamus > Gomment expliquer, soit dans le passage que nous venons d’apporter en exemple, soit dans celui de l’épltre aux Éphé- siens, que nous nous efforçons d’expliquer, qu'eu parlant de l’impureté et de la luxure, de la chasteté et de l’amour conjugal* l'Apôtre fait en dehors de la suite du discours, mention de l’avarice?. Ne trouvez pas mauvais si nous nous arrêtons plus longtemps sur ce qui est plus obscur, car nous avons déclaré au commence¬ ment, que de toutes les épi 1res de saint Paul, celle-ci était la plus difficile à comprendre quant à l’expression et quant au sens. « Pour vous, ce n’est pas ainsi que vous avez été instruits touchant le Christ, si cependant vous l’avez écouté, et si vous avez appris de lui selon la vérité de sa doctrine. » Si tous ceux qui paraissent écouter Jésus-Christ, l’écou¬ taient véritablement, jamais l’Apôtre, s’adressant aux Éphésiens et surtout à ceux à qui il avait révélé les mystères du Christ, ne dirait : « Si cependant vous l’avez écouté : » Or, apprendre Jésus-Christ est synonyme de connaître la vertu, ot l’écouter est la même chose qu’écouter la sagesse, la justice, la force, la tempérance et in Græco legitur, jcai 7rÀ£OvsxTeiv sv irpay^aTt. tov àSeÀcpov aÙTOU. IIÀEOveÇia autern « avaritia » nuncupatur, quam nos possumus, vim verbi transfe- rentes, sic in præsenti loco exprimera : « ut ne quis supergrediatur, et avarus fraudet in negotio fratrem suuru. » Quæ enim consequenlia est, vélin illo capitulo qnod nunc et exemplum vocavimus, vel in hoc quod principaliter ad Ephesios conam ui’ exponere, inter iinpudicitiam et immunclitiani, castitatem quoque et affectuin conjugalem, extraordinaire repente avari- tiam nominari ? Non vobis molestuin sit, si diu in obseurioribus immoremur; causati enim in principio sumus, inter om nés Pauli Epistolas, hanc vol maxime et verbis, et sensibus involutam. « Vos autern non ita didicistis Christum; si tamen ilium audjstis et in illo docti estis. » Si onmes qui Christum audire videntnr, audirent, nninqnain ad Ephesios, et certe illos quibus sacramenta Cliristi reve" larat Apostolus diceret : « Si tamen ilium audistis. » Discere autem Christum, idipsum est, quod nosse virtu- teni; et audire ilium, non differt ab eo si diceret, audire sapientiam, justitiam, fortitudinem, tempe- 454 SAINT JÉROME toutes les autres vertus personnifiées en Jésus- Christ. Si donc quelqu’un a écouté et appris Jésus^Christ, il ne marchera pas dans la vanité de ses pensées,, ni dans l’obscurité de l’esprit, et ne sera pas étranger à la vie de Dieu, mais il aura la science qui dissipera l’ignorance, répan¬ dra la lumière au miiieu des ténèbres, et fera disparaître tout aveuglement des yeux du cœur*. Celui qui marchera à cette lumière, ne se livrera point à l’impureté, ne s’abandonnera pas à toute sorte de dissolution dans l’avarice, en franchis¬ sant les limites imposées à l’union des époux. S’il lui arrive parfois d’être vaincu par la passion, il s’affligera de sa blessure, il sera en proie aux remords de la conscience, parce qu’il a perdu la liberté de marcher la tête levée et la pureté d’une âme sans tache. Apprenons donc Jésus-Christ, et écoutons-le. S’il est quel¬ qu’un qui puisse dire : « Est-ce que vous voulez éprouver celui qui parle en moi , ,1e Christ? » II Cor. xui, 3. courons vers lui nuit et jour, restons suspendus à ses lèvres et à ses discours; c’est Jésus-Christ qui nous parle, ce sont les paroles de l’Esprit-Saint qu’il fait entendre. Car Dieu a établi dans son Église d’abord des apôtres, ensuite des prophètes, troisième¬ ment des docteurs. Nous ne devons pas même désespérer que le Christ nous parle quelquefois au fond de notre âme, et nous enseigne par lui¬ ra ntiam, et cætera quibus Christus vocatur. Si quis ergo Christum audivit et didicit, non ambulabit in vanitate sensus sui ; nec obscuratus mente gradietur ; neque erit abalienatus a vita Dei ; habebit etiam scien- tiam, ignoratione discussa, et immisso tenebris lamine, omnis de ocalis cordis ejus cæcitas auferetur. Quod cum habuerit, non se tradet impudicitiæ ; nec operabitur omnem immunditiam in avaritia, concessos fines prætergrediens nuptiarum. Si autem aiiquando conti- gerit ut aliqua passione superetur, dolebit super vulnere suo, et conscientiæ tonnenta patietur ; quia liberam frontem, et puritatem immaculatæ mentis amiserit. Discamus igitur Christum, et audiamus ilium ; si quis est qui potest dicere : « An experimentum quaeritis ejus qui in me loquitur Christus » I Cor . xm, 3 ? Curramus ad eum diebus ac noctibus, ad os ejus et ad eloquium pendeamus. Christus nobis loquitur ; Spiritus sancti sunt verba quæ promit. Statuit enim Deus in Ecclesia primum apostolos, secundo prophetas, tertio doctores. Sed nec illnd est desperandum, quod aiiquando ipse in mentibus nostris Christus loquatur, et per semetipsum nos cloceat, et organum oris non quserat alieni ; tan- même, sans chercher l’organe d’une bouche étrangère. Appliquons-nous seulement à n’ètra pas les esclaves du péché, que notre corps ne soit pas assujetti au vice, et la sagesse se hâtera d’y entrer. « Solon la vérité de la doctrine de Jésus : » Le nom de Jésus signifie tantôt l’homme que le Dieu Verbe s’est uni dans le soin de la Vierge, selon ces paroles : « Vous l’appellerez du nom de Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés »i Luc. v. 31. Et ailleurs : «Jésus, fatigué de la route, etc. » Jean iv, 6. Tantôt lp même nom signifie le Dieu Verbe, car il n’y a pour nous qu’un seul Seigneur Jésus-Christ, par lequel toutes choses ont été faites. Lors donc que Jésus dit : «Je suis la vie et la vérité, » Jean, xrv, 6, il parle comme Fils de Dieu. Mais lorsque saint Paul écrit : « Selon la vérité qui est en Jésus, » il parle du temple de son corps dans lequel habite le Verbe divin; « car le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, » Jean , 14. On pourrait peut-être aussi entendre ces deux passages du Dieu Verbe, on ce sens que de même que la vie habite on lui, et qu’il est lui- même la vie, « car comme le Père a la vie en lui, ainsi il a donné au Fils, d’avoir la vie en lui- même » Jean, v, 20; ainsi le Fils soit appelé la vérité, et que l’Apôtre enseigne qu’elle habite en lui. En nous exprimant de la sorte, nous ne tum non simus subditi peccato ; nec corpus nostrum delicta possideant, et ingredietur in illud sapientia. « Sicut est veritas in Jesu. » Vocabulum, « Jésus, * interdum eum hoininem significat, qui a Deo Verbo est assumptus ex Virgine, juxta illud : « Vocabis nomen ejus Jésus ; ipse enim saivabit populum a pecca- lis ejus » Luc. i, 31. Et alibi : « Jésus ergo fatigatus de via » Jocm. iv, 6, et reliqua. Interdum vero Deum Verbum ; nobis enim anus Dominus Jésus Christus per quem orania. Si quando ergo dicit Jésus : « Ego sum via, et veritas » Jo et alius est qui corrumpit templum Dei, aliud quod corrumpitur. Quærenduni quis sit ille qui templum comunpat Dei. Si inveneris hostes Jérusalem, corrumpentes atque violantes templum ex lapidibus exstructum ; videbis pariter omnem corrumpentem, et violantem templum Dei, quem corrumpet et violabit Deus, ulciscens corruptionem templi sui. Verumtamen et templum quod se præbuit (vivens quidem est atqué sensibile) insidiis corrumpentis, luet pœnas, per, hoc ipsum quod corruptum atque violatum, spiritum incor- ruptionis amisit. « Renovàmini autem spiritu sensus vestri ; et induite novum liominem, qui secundum Deura creatus est, in justitia et sanctitate veritatis. » Nec in sensu renovamur COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX EPI1ES1ENS 457 tout ensemble dansTesprit de notre âme. Ainsi, de même que nous chantons d'esprit des can¬ tiques, et que nous chantons du fond de l’âme, de même que nous prions d'esprit et que nous prions aussi dans l’intérieur de notre âme; de même il faut nous renouveler dans l’esprit de notre âme, afin que lorsque notre âme aura été purifiée, nettoyée, et. quelle ne présentera plus la moindre souillure, elle puisse s’unir à l'esprit et qu’en vertu cîe cette union étroite qui existe entre eux, ce ne soit plus simplement l’esprit, mais.. qu’on puisse l’appeler l’esprit de notre âme. Or, lorsque nous serons renouvelés dans l’esprit qui est l’esprit de notre âme, alors nous revêtirons l'homme nouveau qui a été créé selon Dieu, c’est je pense la même vérité qu’exprime ailleurs l'Apôtre en d’autres termes : «Revêtez- vous de Jésus-Christ, » Rom . xni; 14. Car c’est lui qui est le nouvel homme dont nous tous qui croyons devons nous couvrir et nous revêtir. En effet, dans l’homme que le Sauveur s’est mis, qu’y a-t-il qui ne soit nouveau ? Sa conception, sa naissance, son enfantement, ses premières années, sa doctrine, sa vie, ses vertus et à la fin de sa vie, sa croix et sa passion par lesquelles il a triomphé des principautés et cou¬ vert d’ignominie les puissances ennemies, enfin sa résurrection et son ascension dans les deux. Il a été vraiment créé dans la justice et la saihteté de la vérité, parce qu’il est le vrai Dieu, le Fils du vrai Dieu, et que la religion tout entière et la justice de Dieu ont été accomplies en lui dans la vérité. Celui donc qui peut imiter sa vie et repro¬ duire en lui toutes ses vertus, qui s’applique à devenir doux comme il a été doux, et humble de cœur, à donner sa vio pour ses amis comme il l’a donnée pour ses brebis, à ne point répondre quand on le frappe, à ne point rendre malédic¬ tion pour malédiction, mais à vaincre l’orgueil par l’humilité, celui-là a vraiment revêtu le nouvel homme et peut dire avec l’Apôtre : « Je vis, non plus moi, mais c’est Jésus-Christ qui vit en moi, » Gai. n, 10. ; et ailleurs : « Soyez mos imitateurs comme je l'ai été. de Jésus-Christ » I Cor. xr, 1. Il peut aussi s’appliquer ces paroles de saint Jean : « Celui qui dit qu’il demeure en Jésus-Christ doit marcher lui-même comme Jésus-Christ a marché » I Jean n, 6. Quant à ces paroles : « Qui a été créé selon Dieu, » elles ne présentent pas dans le grec le môme sens que absque spiritu, nec in spiritu absque sensu ; sed reno- vântur conjuncte in spiritu sensus nostri ; ut quomodo psallimus spiritu, psallimus et sensu, oramus spiritu, oramus et sensu ; sic in spiritu sensus nostri reno- vemur ; ut cum sensus mundus fuerit atque purgatus, et ab omni macula sordidæ concretionis aliénas ; tune ei-jungatur et spiritus, et ita quodam inter se unitatis glutino copulentur, ut nequaquam simplex spiritus, sed spiritus sensus esse dicatur. Cum autem renovati füeri'mus in spiritu, qui nostri sensus est spiritus ; tune induemur novum hominem, qui secun- dum Deum creutus est. Quod quidem aliis verbis idipsum puto esse,, quod in alio loco dicitur : « Induite vos Christum Jesum » Rom. xm, 14. Iste quippe est novus homo, ,quo univers! credentes debemus indui atque vestiri. Quid enim in homme qui a Salvatore nostro assumptus est, non novum fuit? Conceptus, nativitas, par tus, infantia, doctrina, vita, virtutes : et ad extremuin, crux et passio, exspoliantis. in ea principatus, et contrarias fortitudines ostentui kabentis ; resurrectio quoque et ascensus ad cœlurn. Hic ergo vere creatns est in justitia et sanctilate veri- tatis ; quia Deus verus, Dei veri Filius fuit, et tota in illo religio atque justitia Dei veritate compléta est. Qui igitur conversationem . illius imitari potest, et uni versas in se exprimere virtntes, et sit man- suetus, sicut fuit ille mansuetus et bumilis corde, et ponat animam suam pro amicis, ut ille posuit pro ovibus suis ; verberatus non repondeat : male- dictus non remaledicat, sed vinç.at in Tiumilitate su- perbiam ; iste indutus est novum hominem et dicere cum Apostolo potest : « Vivo autem jam non ego. vivit vero in me Christus » Galat. n, 10. Et : « Imita- tores mei estote, sicut et ego Chris ti » I Cor. xi, 1. Potest quoque verba Joannis assumere : « Qui dicit se in Christo credere, debet sicut ille ambulavit, et ipse ambu lare » I Joan. ii, 6. Quod autem ait : « Qui secun- dum Deum creatus ost, » non (1) idipsum sonat in Lati- (1) Hue refe rendus S. Aufioisiinus Hb. r contr . Advcrs. Leg. et Propbct., cap. 23, qui tamen îaetum œque creoium in ipsiti Scripturis dici nsaerit de rebus indifTerenter, sive quæ ex moieria aliqua, sivc ex nulle prodierunt. Ex eibnicis nimis mulil landandi esaeni. Virg. Æneid. x : Silvicolco Founo Hryopc quem Nymplio crcaraL 1SI Ctaudianus, i de llaptu : Quidquid ubique filgnii materies, faoo, le douante t croatur. Ed. Mig. 458 SAINT dans le latin. La création chez nous signifie génération ou naissance, mais les Grecs pour exprimer l’idée de création emploient un mot qui signifie action de /aire, de fonder . C’est là quo l’hérésie prenant occasion d’atta¬ quer la naissance du Christ s’appuie sur ces pa¬ roles de Salomon ; « Le Seigneur m’a créé au commencement de ses voies, » Prov. vnr, 22. Il faut donc observer que les mots de création , de fondation , ne sont jamais employés que pour exprimer des œuvres importantes. Ainsi, par exemple, on dit que le monde a été créé, une ville a été fondée, on dit d’une maison, au con¬ traire, quelles que soient ses dimensions, qu’elle a été construite, plutôt que créée ou fondée, et on réserve pour des œuvres supérieures, pour des choses plus grandes, le nom de création. Concluons donc que ce nouvel homme qui a été créé en Dieu selon Jésus-Christ est une grande œuvre de Dieu, bien supérieure à toutes celles qu’il a créées puisque l’Écriture enseigne qu’il a été crée comme le monde, comme le commence¬ ment des voies de Dieu, et avant la création de tous les éléments. « C’est pourquoi, quittant le mensonge, que chacun dise la vérité avec son pro¬ chain, parce que nous sommes membres les uns des autres. » Ce n’est point dans le sens obvie, comme quelques-uns le pensent, ni dans le sens moral, que l’Apôtre commande que, no sermone quod Græco. Creatio quippe apud nos, « generatio, » vel « nativitas » (licitur ; apud Græcos vero sub nomine creationis, verbum « facturas » et « conditions » accipitur. Et quod apud nos *c conditio, » h jc apud Grsecos « creatio » sonat. Dnde et hseresis nativitatera Christi calumnians, Salomonis usurpât exemplum : « Dominus creavit me initium viarum suarum » Prov . vin, 22. Considerandum igitur, quia creatio atque conditio numquam nisi in magnis ope- ribus nominentur. Verbi causa, mundus creatus est ; urbs conditn est ; domus vero quamvis magna sit, ædificata potius dicitur, quam condita, vel creata. In magnis enim operibus atque facturis, verbum crea¬ tionis assumitur. Es quo animadvertendum istum no- vum hominem, qui juxta Deum in Ghristo creatus est, magnum Dei opus esse, et eminere ultra cæteras crea- turas ; cum sic conditus esse dicatur, ut 'mundus, et initium viarum Dei, et in exordio elementorum omnium sit creatus. « Propter quod déponentes mendacium, ioquimini veritatem unusquisque cum proximo suo; quoruam su- JEROME renonçant au mensonge, nous parlions selon la vérité avec notre prochain. Car si c’est seule¬ ment avec le prochain que nous devons parler selon la vérité, quiconque ne sera point notre prochain devra s’attendre à des paroles de men¬ songe. Il en sera de même de ce commandement de la loi : « Vous ne commettrez point d’ adul¬ tère avec l’épouse de votre prochain » Exod. xx, 17. Si par le prochain, il faut entendre seule¬ ment un parent, un ami, alors les adultères sont permis à l’égard des étrangers. Le prochain . signifie donc ici tout homme qui est comme nous d’un seul et même père. C’est ce que nous enseigne cette parabole de l’homme qui descen¬ dait de Jérusalem à Jéricho, qui tomba dans les mains des voleurs, près de qui passèrent sans s’arrêter un lévite et un prêtre et qui fut pansé par un samaritain et porté dans une hôtellerie, Luc . x. Or, après ce récit, le Seigneur affirme que le prochain de cet homme est celui qui a eu compassion de lui, youlant nous montrer par là . que tous les hommes sont prochains à l’égard' les uns des autres. Cette proposition ainsi com¬ prise est de nature à édifier ceux qui l’enten¬ dent. Quant à ce qui suit : « Parce que nous sommes les membres les uns des autres, » elles me paraissent renfermer un sens mystérieux, et s’appliquer à ceux qui sont notre prochain par la foi et par la vertu. Car les fidèles seuls peu¬ vent être les membres des fidèles, les chrétiens, mus alterutrum membra. » Non simplicités, ut quidam putant, nec moraliter Apostolus præcepit, mendacio derelicto, cum proximis veritatom loquendam. Alioqui si tantum cum proximis loquimur veritatem, . quicumque non fuerit proximus, debet audire mendacium. Quod quidem et in Lege præceptnm est : « Non adulterabis uxorern proximi lui » Exod . xx, 17. Si proximus tan¬ tum propinquus vel amicus accipitur, adulteria iu alienos jure permittit ; sed proximum vocat omnem hominem, qui ex eodem nobiscum parente généra tus est. Quod quidem et parabola ilia significat, de Jérusalem Jéricho hominis descende nti s, qui incidit in latrones ; et sacer- dote et Levita prseterenntibus a Samaritano curatuâest, et ad stabularium revectus Luc. x. Affirmât autem post hsec Dominus eum esse proximum, qui illi misericordi- am fecerit, volens ostendere omnes hommes, omnibus esse proximos. Et hoc quidem sic intelloctum ædiûcat audientes. Cæterum id quod sequitur : « Quoniam sumus alterutrum membra, » magis videtur mihi significare mysterium, et de his dicere, qui nobis fide et- virtute sunt proximi. Membra quippe alterutrum non sunt, nisi 'COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX EPHÉSIENS les membres des chrétiens, et les parfaits, les membres de ceux qui sont d'une vertu pleine et consommée. C’est ce qui faisait dire à saint Paul dans une autre épître : « Nous parlons le langage de la sagesse au milieu dos parfaits, » i Cor. ,n, 6. Il commande donc ici que chaque fidèle ne traite qu’avec son prochain des vérités mystérieuses ■ et cachées et de celles qui sont pleines de la vérité de Dieu, que le jour en parle au jour et que la nuit en donne connais¬ sance à la nuit, Ps. xvm, c’st-à-dire qu’il n’expose les vérités claires et lumineuses, qu’à ceux qui méritent de les entendre : « Vous êtes la lumière du monde, » Matth. v, 14. Quant à ce qui est obscur, enveloppé de ténèbres et voilé sous la nuit du mystère, qu’il en parle à ceux qui sont eux-mêmes la nuit, les ténèbres ou l’obscurité et dont il est dit : « Et les ténèbres étaient sous ses pieds, » Ps. xvii, 10, sans aucun doute sous les pieds de Dieu. C’est ainsi que sur le mont Sina, Moïso entre dans l’obscu¬ rité profonde d’une nuée où était Dieu Exod. xix; et il est écrit de Dieu lui-même : « Il s’est fait une retraite au milieu des ténèbres, » Ps. xvn, 12. Que chacun donc parle de la vérité et des mystères avec son prochain, qu’il ne donne point les choses saintes aux chiens, et ne jette point les perles devant le pourceaux Matth. vu, mais que celui qui a l’huile de la vérité, les fasse entrer dans la chambre nuptiale de fideles fidelium, et Christiani Christianorum, et perfec- ti, eorura qui sunt plenæ, consummatæque ’virtutis. Propter quod Paulus ipse perfectus, in Epistola alia loquebatur : « Sapientiam autem loquiraur inter perfec- tos i» I Cor . ii, 6. Ergo lioc jubet, ut unusquisque mystica quæque atque sécréta, et ea quæ Dei veritate sunt plena, loquatur cum proximo suo, et dies diei eructet verbum, et nox nocti indicet scientiam Psal. xvm, hoc est, clara quæque et lucentia his indicet, qui merentur audire : « Vos estis lumen mundi » Matt. v, 14. Porro tenebrosa etinvoluta, et oinni sacramentorum nocte velata,. his référât, qui et ipsi nox, tenebræ, vel caligo sunt, de quibus dicitur : « Et caligo sub pedibus ejus » Ps. xvii, 10 ; liaud dubium quin Dei. Nam et in monte Sina Moyses ihgreditur in turbinem et caliginem, ubi erat Deus P.vod. xix, et de ipso Deo scriptum est : « Posuit tenebras latibulum suum » Ps. xvii, 12. Loqua- tür itaque veritatém atque mysterium unusquisque cum proximo suo, et non det sanctum canibus, neque miltat margaritas suaB ante porcos Matth. vu ; sed quicumque olëùm habuerint veritatis,. illos in tbalainum sponsi et 459 l’époux et dans le sanctuaire du roi. Or, il nous faut savoir que ces paroles : « Que chacun de vous parle le langage de la vérité avec son prochain, » sont empruntées au prophète Zacharie, Zachar . vin, 10. « Irritez-vous et ne péchez point. » Cette recommandation, chacun le sait, est tirée du psaume quatrième, et elle parait contredire, ce que' l’Apôtre dit ailleurs : « Maintenant, renpncez tous à la colère, à l’aigreur, à la malice, à la diffamation, et qu’aucun discours déshonnête ne sorte de votre bouche, » Cotoss. ni, 8. Entendue littéralement, cette recomman¬ dation est dangereuse parce qu’il semble que toute liberté est laissée à la colère. Mais le nom de colère a deux acceptions non seulement parmi nous, mais aussi chez les philosophes. Ainsi lorsqu’on butte aux injures, nous ressentons naturellement les aiguillons de la colère, ou bien lorsque l’emportement s’apaise, que la fureur s’éteint et que l’esprit pouvant juger avec calme, désire cependant se venger de celui dont il croit avoir été offensé. Je crois donc qu’il est question ici de ce premier genre de colère et qu’il nous est accordé comme étant des hommès, d’être émus quand nous sommes témoins d’une action indigne,’ et de sentir la tranquillité de notre âme troublée comme par un vent léger, mais il ne nous est pas permis pour cela de nous laisser soulever par les flots mena- penum regis inducat. Porro quod ait : « Loquimini ve- ritatem unusquisque cum proximo suo, » sciaraus de Zacharia propheta sumptum Zach. viii, 16. . « lrascimini, et nolite peccare. » De quarto psalmo hoc usurpatum, nulli dubium est, et videtur ilH esse contrarium quod alibi dicitur : « Nunc autem deponite et vos omnes iram, et ijudignationem, et malitiam, et blaspkemiam, et turpem sermonem ex ore vestro » Coloss m, 8. Sed et simpUciter intellectum nocet, dum putantur iræ frena laxata. Duplex autem non solum apud nos, verum etiam apud philosophos iræ nomen accipitur. Vel cum injuria lacessiti, naturalibns stimulis concita- mur ; vel cum, requiescente impetu, et furoro restincto, potest mens habere judiciuru, et nihilominus/ super eo qui putatur læsisse, desiderat ultionem. Arbitror itaque do priori ira nunc dictum, et nobis quasi hominibus es¬ se concessum, ut ad indignæ alicujus rei faciem movea- mur, tranquillitatemque mentis, velutlenis quædam aura conturbet ; nequaquam tamen in tumentes gurgites fu- roris impetu sublevemur. Firmianus noster librum de Ira Dei, docto pariter et eloquenti sermone conscripsit* * SAINT JEROME 460 gants de la fureur. Notre Firminien a écrit fun traité aussi docte qu’éloquent sur la colère de Dieu, et je pense que celui qui l’aura lu y trou¬ vera l’intelligence suffisante de ce qu’il faut entendre par colère. << Que le soleil ne se couche point sur votre colère. » Si nous prenons au sens littéral ce soleil que nous apercevons de nos yeux, nous péchons, lorsque nous nous mettons en colère, et que notre colère persévère après le coucher du soleil ; tandis que nous ne péchons point si par exemple, de la première heure à la onzième, nous faisons tout ce que nous suggère l’indigna¬ tion, la fureur et la colère. Rien de plus absurde à mon avis que cette explication, 'Comme si un homme,, du lever du soleil à son coucher, ne ^pouvait s’emporter à de si grands crimes que tout le reste de sa vie, ses larmes seraient impuissantes à les expier. Et n’est-ce pas plutôt pendant le jour que la colère se donne car¬ rière, car la nuit au contraire, est un temps de repos pour la fureur, et le sommeil survenant, lors môme que nous sommes irrités, nous force de renvoyer au lendemain ce que nous inspire la colère. Disons donc que le soleil véritable, de meme qu’il se couche sur les mauvais pro¬ phètes selon qu’il est écrit : « Le soleil s’est couché pour vos prophètes en plein midi, » Arhos, vnï, 9, ainsi se couche-t-il sur tous les pécheurs, en leur refusant la lumière éclatante de son lever. L’Apôtre donc nous recommande quem qui legerit, puto ei ad h'æ intellectum satis abun- deque posse sufficere. « Sol non occidat super iracundiam vetram. » Si sim- püciter hune solem intelligimus, qui oculis carnis aspi- citur, peccamus, quando iraacimur, et occidehte sole, iracundia persévérât. Non peccamus autem, quando (verbi gratia) a prima hora usque ad undeeimam irascen- tes, facimus quod indignatio, luror, ira suggesserint. Quo sensu nihil mihi videtur absurdius, quasi non queat quispiam ab ortu solis usque ad odeasum, in tanta scelera çlebacchari, quanta tota vita sua non possit la- crymis expiare? Aut non magis ira locum in die habeat, cum utique nox requies sit furoris, et succedente sornno, etiam si irascimur, in diem iracundiam differa- mus. Quia igitur verus sol, sicut occidit super malos prophetas, juxta illud quod scriptum est : « Occidit sol super proplie tas vestros meridie » Amos vin, 9 : ita etiam super omnes occidit peccatôres, nequaquam eis ortus sui lumen indulgens ; præcipit nunc Apostolus, ne taliâ faciamus furore superati, per quæ nobis sol occidat, de ne point commettre dans l'entraînement de la colère de ces actes qui forcent le soleil de se coucher pour nous, en laissant la partie principale de notre cœur enveloppée de ténèbres. Il en est cependant - qui pensent qu’il faut entendre ces paroles littéralement, comme ces autres du psaume quatrième, auquel elles paraissent empruntées : « Repassez en silence dans le lieu de votre repos, les pensées de votre cœur, » Ps. îv, 5, c’est-à-dire tous les péchés d’actions, de paroles, de pensées que vous avez commis dans la journée, purifiez-les pendant la nuit par un repentir sincère; que votre colère soit de courte durée, et qu’elle ne soit pas différée jusqu’au lendemain. « Ne donnez point lieu au diable. » Le mot diable est un mot grec qui veut dire accusateur; dans la langue hébraïque il s’appelle Satan , c’est-à-dire adversaire, ennemi; l’Apôtro lui donne le nom 4e Belial, Il Cor. vi, c’est-à-dire sans joug , parce qu’il s’est affranchi du joug de la servi¬ tude de Dieu; Aquila le traduit par le mot d’apostat. Or, il est à remarquer que partout où dans les livres de l’ancienne loi, il est question des fils de pestilence, comme dans ce passage : « Les fils d’Héli étaient des fils de pestilenco, » I Rois n. Nous trouvons le mot Reliai , c’est-à- dire le démon au lieu du mot pes££/ence; bien qu’un grand nombre, au lieu de Bélial, lisent par altération du textô de l’Apôtre : Beliar. Ne donnez donc pas, dit l’Apôtre, lieu au démon et principale cordis, tenebris involvatur. Quidam putant sic accipiendum hoc esse simpliciter, quomodo et illud quarti ps^lmi, unde idipsnm -sumptum videtur : « Quæ dicitis in cordibus vestris, et in cubilihus vestris com- pungimini » Psal. iv, 5, id est, quæcumque in die, vel opéré, vel sermone, vel cogitatione peccatis, hæc succe¬ dente pœnitentia pur gâte per noctem ; et ira sit Jure vis, nec in diem crastinum difïecatur. « Neque locum detis diabolo. » Diabolus Græcupi ver- bum est, quod Latine dicitur « criminat.or ; » lingua vero Hebræa « Satan » appellatur, id est, « adversa- rius, » sive « contrarius : » et ab Apostolo « Belial » II Go>\ vi, hoc est, « absque jugo » quod de collo suo Dei ahjecerit servitutem; quem Aquila « apostatam » Iranstulit. Et sciendum ubicumque in veteri Lege « filii pestilentiæ » scribantur, sicut ibi : « Filii autem Heli, filii pestilontiæ » I Reg. n, ibi in Hebraicis volumiuibus « Belial, » hoc est, « diabolum » pro .« pestilentia » no- minari; Jicet plurimi pro « Belial » corrupte in Aposto¬ lo « Beliar » legant. Nolite itaque, ait, dare locum dia- 461- COMMENTAIRES SUR L'ÉPITRE AÜX ÉPHÉSIENS qui, commo un lion rugissant, cherche une entrée par laquelle il puisse faire irruption dans votre âme. En effet, do même que le Père et le Fils se tiennent à la porte et frappent pour entrer et y souper avec celui qui les aura reçué, ainsi notre adversaire est toujours prêt à faire invasion dans notre âme, et à y entrer si nous lui donnons occasion. Or, il a coutume avant de se présenter lui-même, de lancer d’abord quelques traits et de faire de la pensée le précurseur de son avènement. Si donc lorsqu’elle est entrée dans notre cœur, nous l’entretenons intérieurement, nous la fortifions, lorsque le démon que cette pensée, dont il est lo père a pris de l’accroisse¬ ment, son audace le fera entrer lui-même. C’est ainsi qu’il lança une première flèche dans le cœur de Judas Iscariot, pour le porter à trahir le Sauveur; si ce misérable n’avait pas nourri et entretenu cette pensée, jamais après le mor¬ ceau de pain trempé dans le plat, Satan ne serait entré en lui. Et remarquez encore avec attention que le démon ne trouva occasion d’entrer dans Judas, dont il avait déjà frappé le cœur, que dans ce banquet avec le Sauveur, Jean. xm. Car nous sommes surtout livrés à sa puissance, lorsque nous restons insensibles à l’humanité, à la clémence, à la douceur de celui que nous avons l’indignité de haïr. A cette recommandation : « Ne donnez pas entrée au démon, » répond cette autre de l’Ecclésiaste : « Si l’esprit de celui qui a la puissance s’élève sur vous, ne lui cédez pas votre place, »Eccle$. x, 4. Co superbe, ce téméraire veut monter, il veut s’introduire, mais crut-il vous avoir opprimé et triomphé de votre faiblesse, ne lui cédez point la place; car ce qui fait la puissance du démon, ce n’est ni son audace ni son arro¬ gance, mais votre volonté. « Que celui qui dérobait ne dérobe plus, mais plutôt qu’il s’occupe, en travaillant de ses mains, à ce qui est bon, -pour avoir de quoi donner à qui souffre du besoin. » Comme ceux qui sont mêlés pendant leur vie 'aux affaires de ce monde sont forcés d’acheter et de vendre pour se procurer les aliments et les choses néces¬ saires et rechercher le profit qui résulte de ce commerce, il est difficile à ceux qui ont su s’affranchir de autres passions, de la fornication, de l’idolâtrie, de l’adultère et de l’homicide, de n’ôtre pas esclave de ce dernier vice. L’Apôtre recommande donc aux Éphésiens de ne point, sous le prétexte d’un gain quelconque, com¬ mettre de vol. Il appelle vol, tout ce qu’on cherche à se procurer au détriment d’un autre, et enseigne qu’il est juste que chacun travail¬ lant de ses mains et se procurant de quoi vivre par son travail, de donner à qui souffre du besoin. Et il no dit pas : « Mais plutôt qu’il s’occupe, en travaillant de sos mains à ce qui est bon et utile pour se préserver de d’indigence bolo, qui, tàmquam leo rugiens, quærit aditum per quem possit irrumpere. Quomodo enim Pater et Films stant ante ostium, et puisant, ut introeant, et coenent cum eo qui se receperit Apoc. ni ; ita et adversariua sçmper in nos est paratus irrumpere, et cum locum de- derimus, iugreditur. Solet aufcem, antequam veniat, quædam jacula præmittere, et præcursorem adventus sui facere cogitationem ; hanc si nos in corde nostro su- sceptam nutrierimus intrinsecus, et crescere fecerimus, cum in nobis prolem suam auctam viderit, et ipse aude- bit intrare. Denique in Judæ Iscariot cor, primam jecit sagittam, ut traderet Salvatorem, quam si exceptam ille mishrabilis non fovisset, numquam post intinctum panem in paropside, intrasset in ilium Satanas. Simulque et hoc diligenter attendite, quod non iuvenerit diabolus locum intvceundi in Judam, cujus pectus jam ante percusserat, nisi in convivio Salvatoris Jo:>n. xm. Quia tune vel maxime in potestatem ei damur, quando nec huraanitate, nec clementia, nec mansuetudine ejus vincimur, quem odpnus indigne. Huic quod nunc preocepit, « neque locum detis diabolo, » illud de Ecclesiastico comparatur : « Si spiritus potestatem hâbentis ascenderit super te, locum tuum ne dederis ei » Eccli. x, 4. file superbus et teme- rarius vult ascendére, vult subire ; sed etiam. si te op- pressum putaverit, et se extulerit, tu ne dederis locura. Potestas quippe diaboli, non in temeritate illius atque jactantia, sed in tua est voluntate. « Qui furabatur, jam non furetur ; magis autem labo- ret, operando manibus suis quod bonum est, ut haboat communicare ei qui indiget, » Quia hi qui in vitæ. istius negotiis conversantur, propter alimenta et usus necessa- rios coguntur aliqua vel emere, vel vendere, et lucra d© negotiatione sectari ; et difficile est etiam eos qui a cæ- teris passionibus liberati sunt, fornicatione videlicet, idololatria, adulterio, et homicidio, hoc vitio non teheri. Propterea nunc Ephesios monet, ne sub occasione emo- lumenti, furti crimen incurvant. Furtum nominans, om- ne quod alterius damno quæritur; justum autem esse, ut manibus suismnusquisque operans, et victum labore coriquirens, impertiat non habenlibus. Neque vero ait : Magis autem laboret, operando manibus suis, quod bo¬ num est, ut non indigeat, et habeat victum, et nulli 462 SAINT JÉROME et avoir de quoi manger, et n’ètre à charge à. personne; mais qu’il travaile de ses mains à ce qui est bon, pour avoir de quoi donner à ceux qui sont dans le besoin. Celui donc qui travaille uniquement pour ne point tomber dans l’indigence, et qui tient la main fermée aux autres, peut s’applaudir lui-même, mais il n’ac¬ complit point le précepte de l’Apôtre. On peut encore entendre dans un sens plus élevé ces paroles : « Que celui qui dérobait, ne dérobe plus, etc. » en les rapprochant de ce qui est écrit des faux prophètes : « Qui dérobent les paroles à leurs frères, » Jerem, xxm, 30, et de ces autres de l’Évangile : « Tous ceux qui sont venus avant moi, ont été des voleurs et des larrons » Jean, x, 8, et encore de celles de ï’épître aux Romains : « Vous qui enseignez qu’il ne faut pas dérober, vous dérobez vous- mêmes, » Rom . n, 21, c’est-à-dire les appliquer à la défense des larcins spirituels. Car ce qui suit : « mais qu’il s’occupe plutôt, en travaillant de ses mains à ce qui est bon, » ne peut guère être dignement rapporté aux nécessités de cette vie, ce qui. nous obligerait d’appeler bon, tout ce qui est périssable, et se rattache aux richesses d’iniquité. Qu’un homme possède des richesses acquises par un travail légitime, il suffira qu’on ne dise pas qu’elles sont un mal, mais elles ne peuvent être appelées un bien. Celui-là donc fait molestiam exhibeat, sed, laboret, inquit, manibus suis quod bonum est, ut habeat unde communicet iudigenti- bus. Qui igitur ad hoc tantum laborat, ut ipse non egeat, et a cæteris contrabit manum ; quamvis applaudat sibi, tamen Apostoli præceptum non fecit. Potest autem et. aitius intelligi : « qui furabatur, jam non furetur, » et reliqua, propter illud quod scriptum est, de pseudopro- phetis : « Qui furantur serinones unusquisque a proximo suo » Jerem . xxm, 30. Et. in Evangelio : « Omnes qui venerunt ante me, fures fuerunt et latrones » Joa/n. x,8. Et ad Romanos : « Qui prædicas non furandum, furaris » Rom . n, 21'; quod fur ta prohibeamur facere spiritualia. Neque enim hoc quod sequitur : « magis au¬ tem laboret, operando manibus suis quod bonum est, » ad vitæ hujus necessaria digne referri potest ; ut bonum dicatur quodcumque periturum est, et ad mammonam iniquitatis pertinet. QuamvÎ3 enim justus labor opes habeat absque tergiversation© quæsitas, satis habebit si non dicantur malum ; cæterum bonum non valent appella- ri. Igitur bonum oporatur, qui déclinât a malo, et facit bonum, et operatur in agro animæ suæ, ut spirituali¬ tés ^anibus impleatur, et possit, commodare esurienti, ce qui est bon, qui so détourne du mal et pra¬ tique le bien, qui travaille dans le champ de son âme pour se remplir de pains spirituels, afin de pouvoir en distribuer à celui qui a faim, qui est dans le besoin, et donner la nourriture à ses frères dans le temps convenable. Si tel est celui qui travaille à ce qui est bon, donc celui qui dérobe, dérobe les paroles et les dogmes, il vit de ses larcins, il s’en fait des oreillers, il ramasse çà et là des lambeaux des Écritures pour s’en faire une tunique déchirée qui est faite par le bas et non par le haut. Car la tuni¬ que de l’Église, c’est-à-dire le corps de Jésus- Christ, est tissée en partant du haut; elle est de toute part sans couture, et ne peut être déchi¬ rée même par ses ennemis. « Qu’aucun discours mauvais ne sorte de votre bouche, mais que toutes vos paroles soient propres 4 édifier en temps opportun, et à donner la grâce à ceux qui l’écoutent. » La parole qui est bonne est celle qui édifie en temps convenable, donne la grâce à ceux qui écoutent, enseigne à pratiquer les vertus et à fuir les vices. Au lieu du mot opportunitatis , en grec tï)ç xpeiaq, le traducteur latin a traduit pour l’euphonie, « pour l’édification de la foi. .» Toutes les fois que nos discours sont utiles à quelqu’un, et que, eu égard aux circonstances favorables de lieu, de temps, de personne, ils et necessitatem sustinenti, dans in tempore cibaria con- servis suis ; si autem talis est qui operatur bonum, ergo et is qui furatur, consequenter verba 'furatur et dog- mata, de furto vivens, de furto sibi cervicalia consuens, et Scripturarum pannos hinc iude colligens, ut possit tunicam facere conscissam, quæ deorsum est non dèsur- sum. Tunica enim Ecclesiæ, hoc est, ( corpds Christi, desuper contexta est, et nulla ex parte consutilis, quæ ne ab inimicis quidem scindi potest. « Omnis sermo malus de ore vestro non procédât. Sed si quis bonus, ad ædificationem opportunitatis, ut det gratiam audientibus. » Bonus sermo e.>t ad ædificar- tionem opportunitatis, dans gratiam audientibus, qui docet vir tûtes sequendas, vitia fugienda. Malus, qui ad peccata pfovocat, et pronos magis incitât ad ruinain. Pro eo autem quod nos posuimus, « ad ædificationem opportunitatis, ■« hoc est quod dicitur Græce,T7jç ^pefoç, inLatinis côdicibus propter euphoniam muta vit interpres, et posuit, « ad ædificationem fidei. » Quotiescumque ex sermone nostro aliquis proficit, et juxta opportun itatem loci, temporis et personæ ædificataudientes bonus, de ore nostfo sermo processit. Quoties vero loquimur, aut non COMMENTAIRES SUR -L’EPITRE AUX EPHESIENS 463 édifient coux qui les écoutent, une bonne parole est sortie de notre bouche. Au contraire, toutes les fois que nous parlons, sans tenir compte du temps, du lieu ou des personnes, la parole qui sort de notre bouche est mauvaise, et ne peut qu’être pernicieuse pour ceux qui l’entendent. Disons donc attentivement ce que nous disons, car au jour du jugement, nous rendrons compte de toute parole oiseuse, Matth . xn. Et quand même nous ne blesserions personne, si nous n’édifions, pas, nous subirons la peine réservée aux paroles mauvaises. Et ne contristez point l’Esprit-Saint dont vous avez reçu le sceau pour le jour de la rédemption. » Il faut entendre cette tristesse de l’Esprit-Saint, comme nous entendons la colère, le sommeil de Dieu et les autres passions comme des comparaisons empruntées à la nature hu¬ maine. Ce n’esf donc pas que l’Bsprit-Saint puisse ressentir de la tristesse, ou que la divi¬ nité soit accessible à aucun trouble ; mais notre manière de parler nous fait comprendre les dispositions de Dieu, qui s’attriste toutes les fois que nous péchons, et verse des larmes sur les pécheurs : C’est ainsi que notre Sauveur, durant sa vie mortelle a pleuré sur Jérusalem Luc. xix, in tempore, aut importuno loco, aut non ut convenit audientibus, toties sermo malus procedit de ore nostro, ad destructionem eorum qui audiunt. Gonsideremus itaque quid loquamur, quia pro omni otiosoverbo, red- dituri sumus rationem in die judicii Matth . xii. Et etiam sinon lædamus, non tamen ædificemus, mali verbi nobis luenda sit pœna. « Et nolite conlristare Spiritum sanctum Dei, in quo signali estis in die redemptionis. » Mœror sancti Spiri¬ tus sic intelligeudus, quomodo ira Dei et somnus, et - caiteræ in liumanam similitudinem passiones. Non quo contristetur Spiritus, et ullam perturbationem clivinitas sentiat ; sed quo ex verbis nostris, Dei discamus . aftectus, quod mœreat quotiescumque peccamus, et de- fleat peccatores. Nam et Salvator in corpore constitutus, flevit Jérusalem Luc. xix, et omne hominum genus in propbeta déplorât, dicens : « Heu mihi, anima, quia et qu’il déplore le sort do tout le genre humain en disant par la bouche du prophète : « Malheur à moi, ô mon âme, parce qu’on ne trouve plus de saint sur la terre; il n’est personne parmi les hommes qui redresse leurs voies, tous tendent des pièges pour verser le sang, »Mich. vu, 2, 3'. Et lorsque dans le prophète Ézéchiel il énumère les œuvres de la ville autrefois sainte, il s’écrie : « Ils sont tous pour moi un sujet de trouble. » Ezech. xx. Or, nous avons reçu le sceau de l’Esprit-Saint, afin quo notre esprit et notre âme soient marqués du sceau do Dieu, et que nous reproduisions cette image et cette ressem¬ blance selon laquelle nous avons été créés. Ce sceau de l’Esprit-Saint, d’après la parole du Sauveur est imprimé par Dieu lui-même dans nos âmes. « Car Dieu le Père, dit-il, a mis sur lui son signe, » Jean, vi, 27. Tout homme donc qui par la foi qu’il a en Dieu, atteste qu’il est le vrai Dieu, est marqué par le Père du sceau, de l’Esprit-Saint. Or, il est marqué de ce sceau afin qu’il le conserve et qu’il le représente au jour de la rédemption dans toute sa pureté, dans toute sa sincérité et sans aucune altération, et qu’il mérite ainsi d’être mis au nombre de ceux qui sont rachetés. periit rcvertens [Àl. reverens\ a terra. Et ç[üi ccrrigat, inter homines non est, omnes in sanguine judicantur » Mich. vu. Et in Ezechiele opéra quondam sanctse civi- tatis enumerans, ait : «c In omnibus i.stis contristabas me » Ezech. xx. Signati autem sumus Spiritu Dei saucto, ut et spiritus noster, et anima imprimantur sigüaculo Dei, et illam recipiamus imaginera et similitudinem ad quam in ex u’dio conditi sumus. Hoc signaculum sancti Spiritus, juxta eloquiuin Salvatoris, Deo imprimente, signatur. « Hune enim, » ait, « signavit Pater Deus » Joan , vr. 27. Signatur ergo, a Pâtre, Spiritu sancto, omnis qui ex eo quod credidit Deo, signavit, quia verus est Deus. Qui idcirco signatur, ut servet signaculum et ostendat illud in die redemptionis, purum atque smee- rum, et nulla ex parte mutilatnm, et ob id numerari cum bis valent qui redempti sunt. — 2. LIVRE TROISIÈME Je me suis étendu suffisamment, ô Paule et Eustochium, sur le sujet de l’épître de saint Paul aux Éphésiens dans la préface du premier livre, et dans le cours de cette explication, toutes les fois que l’occasion s’est présentée, j’ai rappelé en peu de mots, il est vrai, que le saint Apôtre n’avait écrit à aucune autre Église dans un sens plus relevé, et révélé les mystères inconnus aux siècles qui ont précédé. Aujourd’hui que, fort du secours de vos prières et de celles de sainte Marcelle, j’entreprends le troisième et dornier livre sur cette épitre, il. me paraît juste de vous montrer que l’étymologie même du nom se rap¬ porte au sens que j’ai exposé plus’haut. Le mot Éphèse dans la langue latine signifie, mon con¬ seil dans elle , ou mon âme dans elle . La volonté, le conseil et l’âme de Dieu sont dans celui qui peut dire : « Il m’a donné la connaissance de toutes choses, » Eccl. i, et Jean . v, et lors¬ que les secrets et les mystères de la sagesse de Dieu lui auront été révélés, il méritera que Dieu lui-même- lui rende ce témoignage : « j’ai trouvé David de Bethléem, fils de Jessé ; c’est un homme selon mon cœur, qui agira selon toutes mes volontés,.» Act. xm, 22. C’est ce même homme que le Prophète Osée a en vue, lorsqu’il dit : « Où est le sage, et il comprendra ce que je Satis abundeque, o Paula et Eustochium, do argumen- to Epistolæ Pauli ad Ephesios, in primi libri præfatione disserui; et sparsim ubicumque occasio data est, licet breviter, ostendi quod beatus Apostolus ad nuIJam Ecclesiarum tam mystice scripserit et absçon- dita sæculis revelaverit sacrameuta. Nunc ergo quoniam orationum vestrarum et sanctæ Marcellæ fui tus auxilio, tertium, id est extremum, iu eamdem Epistolam dicto iibrum, mihijustum videtur, ut nominis quoque ipsius etymologiam cum sensu quem supra exposui, congruere doceam. « Ephesus » in Latinam linguam interpretntuf « voluntas, » sive « consilium meuiriân ea, » velcerte « anima mea in ea. » Voluntas et consilium, et anima Dei in eo est, qui potest dicere : « Ipse enim mihi dédit notitiam omnium » Eccl. i, et I Joan. v et, cum incerta occulta sapientiæ Dei, illi fuerint revelata, testimonium conse- quetûr loquentis : « Inveni David de Betkleem filium Jesse, virum secundum cor meum, qui faciet [Al. faciat] dis; l’homme prudent, et il pénétrera mes paro¬ les, » Osée xiv, 10 ? Or, voulez-vous savoir la distance qui sépare le simple juste, de celui qui joint la sagesse à la justice, considérez la gloire qui attend chacun d’eux au jour de la résurrec¬ tion des morts : « Plusieurs de ceux qui dor¬ ment dans la poussière do la terre s’éveilleront; les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l’opprobre et uno honte qui n’aura point de fin. Or, ceux qui sont intelligents brilleront comme la splendeur du ciel, et un gi^and nom¬ bre de justes brilleront dans l’éternité comme lés étoiles du firmament, » Dan . xii, 2. Les jus¬ tes, dit-il, brilleront éternellement comme les étoiles du firmament, et ceux qui sont intelli¬ gents, c’est-à-dire qui ont la science des Écri¬ tures, brilleront comme la splendeur du ciel. Ge n’est pas, sans doute, que l’homme docte et savant ne soit aussi obligé d’être juste, mais le prophète nous apprend que le juste, s’il n’a en même temps la science, est aussi éloigné de l’homme juste et sage que la clarté des étoiles diffère de la splendeur du ciel. D’un autre côté, celui qui s’applique exclusivement à la médita¬ tion de la loi de Dieu, sans s’occuper de régler sa vie, et qui ne peut dire : « J’ai acquis l’intel¬ ligence par la pratique de vos préceptes, c’est omnes voluntates meas » Act. xm, 22. Iàtiusmodi vi¬ rum et Osee propketa significat, dicens : « Quis sapiens et intelliget [Al. intelligit et agnoscit\ h sec, prudens et agnoscet ista * Ose . xiv, 10? Porro ut sciatis multam esse distantiam justi simplicis, justique sapientis, qualem in resurrectione mortuorum singuli gloriam consequan- tur attendite. « Et mufti dormientium de limo terræ exsurgent : ki in vitam æternam et bi in opprobrium et confusionem æternam. Et intelligentes fulgebunt sicut splendor ûrmamenti, et .ex justis nmlti sicut stellæ in æternum » Dan. xn, 2. Fulgebunt, inquit, justi' sicut stellœ in æternum; et intelligentes, id est, habentes scientiam Scripturarnm, sicut splendor ceeli. Non quo doctus vir justus quoque esse non debeat; sed quo qui justus est, nisi fuerit eruditus, tam procul sit a sapiente justo, quam est stellarum fulgor a lumine firma- menti. Quod si quis meditatione tantum legis instruc¬ tifs, vitam suam negiigit, neque audet dicere : « A man- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 465 pour cela que j’ai haï toute voie d’iniquité, » Ps. cxvm, 104, est semblable à un airain son¬ nant, à une cymbale retentissante, à un sel affadi qui sera jeté sur le fumier et foulé aux pieds, If-or. xii, Matth. v, 13; Luc. xiv. Mais si l’on me donnait le choix çntre les deux, ( en mettant de côté celui qui réunit la sagesse et la justice), je préférerais 'l’ignorance du juste à la science de Thomme mauvais. Car à l’un est réservée une gloire moindre il est vrai, mais égale cependant à la clarté des étoiles, à l’autre, au contraire, des châtiments d’autant plus grands que sa science aura été plus grande. « Car les puissants serohi puissamment tourmentés, » Sag. vi, 7. et : « Et le serviteur qui a connu la volonté de son maître, et qui ne l’a point exécutée sera . frappé d’un grand nombre de coups, » Luc. xii, 47. Je suis entré dans ces détails, pour vous expliquer pourquoi l’âme, le conseil et la volonté de Dieu, se trouvent exprimés par le nom des Éphésiensqui, abandonnant les prestiges de la magie, ont transporté à l’amour do la vérité le zèle qu’ils avaient manifesté pour l’er¬ reur; et leur salut coûta tant de peines et do sueur à saint Paul qu’il écrivait aux Corin¬ thiens : « Que me, sert (humainement parlant), d’avoir combattu contre les bêtes à Éphèse, si les morts ne ressuscitent point? » I Cor. xv, 32. Quelles sont ces bêtes? Sans doute celles dont le Psalmiste .demandait' d’être délivré en disant datis tuis intellexi, propterea ad omnia mandata tua dirigebar » Ps. cxvm, 10, iste quasi æramentum sonans, et cymbalum tinniens, et infatuatum sal, in stercore conculcandus est I Cor. xm, Marc . ix, et Luc. xiv. Si autem detur optio singulorum (seposito eo qui habet sapientiam atque justitiam), magis ego velim rusticitatem justam, quarn doctam malitiam. Quia in alte- ro licet minor, tarnen gloria est, stellarum esse lu mini coæ- qualem : in altero juxta scientiæ profectum, majora supplicia sunt. « Potentes patieutur tormenta » Sap. vq ■ 7; et : « Servus qui scierit voluntatem Domini sui, et non fecerit eam, vapulabit multis » Luc. xii, 47. Hæc idcirco, ut docerem quare animam et consilium, et vo- luntâtem Dei, Ephesiorum vocabulum sonet; qui, ar- tiiun magicarum præstigiis derelictis, erroris zelum ad veritatis studium transtulerunt. Ob quorum salutem tanto Paulus sudore pugnavit, ut ad Corinthios scribe- ret :« Si secundum hominem ad bestias pugnavi Ephesi, ,quid mihi prodest si mortui non resurgunt » I Cor . xv, 32? Quæ sunt istæ bestiæ? Nempe illæ de quibus Psal- mista precatur dicens ; «Netradas bestiis animam oon- Tom. x. à Dieu : « Ne livrez pas aux bêtes l’âme qui confesse votre gloire, » Ps. lxxiii, 19, et dans un autre endroit : « Jette l’épouvante parmi les bêtes des roseaux, » Ps. lxviii, 31. En effet, le diable notre ennemi, tourne autour de nous, comme un lion rugissant, I Pier. v, 8. Comme il voyait que la métropole de l’Asie était, arrachée de ses serres et embrassait la doctrine prêcbée par saint Paul; réunissant toutes les légions de ses satellites, il s’efforçait de l’écraser, et dans son orgueilleuse prétention, il voulait comme l’aigle placer son nid au-dessus de lui, Isai xiv, Prov . iv. L’Apôtre pressentit ses desseins, et mettant tous ses soins à conserver son cœur, (car il n’ignorait pas les ruses ,du démon) il disait après la victoire sanglante qu’il avait remportée : « Nous ne voulons pas, . mes frères, que vous ignoriez, touchant la tribulation qui nous est survenue en Asie, que le poids en a été. excessif et au-dessus do nos forces, au point que nous étions las de vivre, » II Cor. i, 8. Cette épître est envoyée par Tychique, ce qui est en rapport avec les mystères qu’elle renferme. Le psaume neuvième à pour titre : « Pour les secrets du fils, car Tychique veut dire qui se tait , qui ne jette point les perles devant les pourceaux, ne donne point les choses saintes aux chiens, et peut dire à Dieu en toute confiance : « J’ai caché vos paroles dans mon cœur pour ne point vous offenser, » P$. cxvm, n. fitentem tibi » Psal. lxxiii, 13. Et in alio loco : « Increpa feras calami » Psal. lxvii, 31. Àdversarius enim noster diabolus, tamquam leô rugiens circuit IPetr. v, 8. Qui cum cerneret principem Asiæ civitatem ad doctrinam Pauli de faucibus suis eripi, totis satellitum suorum ag- minibuscongregatis,eumoppi'imerenitebatur, etimprôbe se extollens, volebat quasi aquila ponere super ( ilium nidum suum Isai. xiv, Prov. iv. Quod Apostolus sen- tiens, et omni custodia servans cor suum (quippe qui ejus non ignoraret astutias), post victoriam quidem, sed non incruentam victoriam loquebatur : « Non enim volu- mus vos ignorare, fratres, de' tribulatione nostra quæ facta est nobis in Asia; quoniam supra modum gravati sumus, supra virtutem, ita ut tæderet nos etiam vivere » 31 Cor. i, 8. Quod autem per Tycbicum Epistola mittitur, valde ejusdem Epistolæ congruit sacramentis I Thess. iv. De quibus et noni psalmi titulus preenotatur, « pro arcanis filii. Tychicus » enim « silens » interpretàtur : non projiciens margaritas ante porcos, nec dans sanctum canibus; et libéré ad Deumloquens. ^ In corde meo ab- scondi eloqüia tuà, ut non peccera tibi » Ps. cxvm, Tl. , * 30 SAINT JÉROME 466 « Que toute amertume, toute colère, tout èmpôrtement, toute clameur et tout blasphème soient bannis du milieu de vous, avec toute malice. » L’amertume est opposée à la douceur, ce qui fait dire dans le langage ordinaire, les amers et les doux. G’est de cette amertume que Jérémie veut parler quand il dit : « Et votre amertume est montée sur moi, »Jerem. xv, 17. La fureur est une colère qui commence et une indignation qui bouillonne dans l’âmo. La colère (dont l’amertume et la fureur sont des espèces ) alors que la fureur est calmée désire se venger, et veut punir celui qu’elle croit, avoir cherché à lui nuire.. Quoique bien souvent ces mouve¬ ments de Pâme soient appliqués à Dieu comme dans ces paroles : « Seigneur, ne me reprenez point dans votre fureur, et ne me châtiez . pas dans votre colère, » Ps. vi, 1, elles n’ont rien de semblable à ces troubles de l’âme que nous ressentons, car en Dieu tout est modéré et suivant l’ordre, et nous sommes obligés d’ex- primor dans notre langage le châtiment dont il frappe les péçheurs. Pour nous, au contraire, sommes-nous en colère, notre âme est aussitôt dans le trouble, et emportés par la fureur, nous cessons d’être maîtres de nous-mêmes. Il faut donc éloigner de notre âme toute amertume, toute fureur, toute colère. Car c’est inutilement qu’à ces paroles de l’Évangile : « Quiconque se > mettra en colère contre son frère sans raison, « Omnis amaritudo, et furor, et ira, et clamor, et blasphemia auferatur a vobis cum omni malitia. » Amaritudo contraria est dulcedini, unde amari vulgo appellantur, et dulces. De qua et Jereraias loquitur, dicens : « Et amaritudo tua ascendit super me » Jerem . xv, 17. Furor vero incipiens ira est, et ferves- çens in animo indignatîo. Ira autem est (cujus amaritu- do et furor species sunt,) quæ furore restincto desiderat ultionem, et eum quem nocuisse putat, vult lædere. Quæ quidem licet in Deo sœpe dicantur, secundum illud ; « Domine, ne. in furore tuo arguas me, neque iu ira tua corripias me » Psf . vi, 1, non sunt perturbaliones animi computandæ sicut in nobis, quia in îlb moderata et ordinata sunt omnia, et pœna qua peccatores corrigun- tur, nostris vocibus appellatur. Nos vero si irascimur, perturbamur, et, furore rapti, nostri esse desinimus. Unde a nobis omnis amaritudo, et furor, et ira penitus auferenda sunt. Nam ad illud Evangelii : « Quicumque irascitur , fratri suo sine causa,, reus erit judicio » ' Matth. v, 12, frustra est addltum, « sine causa, » quia nec cum causa nobis irasci Conceditur, manifestissime sera condamné par le jugement, » Matth . v, 22, on a ajouté sans raison, puisqu’il nous e^t défendu de nous mettre en colère même avec raison, aux termes si clairs de l’Apôtre : « Que toute amertume, toute colère, tout emporte¬ ment soit bannis du milieu de vous, » et d,u Psalmiste, qui dans le psaume trente-sixième défend toute commotion de l’âme par ces paro¬ les : « Réprimez votre colère et contenez votre fureur. » Car si la colère désire ia 'vengeance, si toute vengeance tend à rendre le mal à celui dont elle croit avoir été offensée, et si le chrétien de son côté ne doit point rendre le mal pour le mal,, mais vaincre le mal par le bien, I Pier . m, et Rom. xii, 19, puisqu’il ( est écrit : « G’est à moi qu’appartient la vengeance, et je la rendrai, dit le Seigneur, » Deut. xxxrij 35, tout homme, qui se met en colère pèche, » Jacq . i, 20. Après l’amertume, la fureur et la colère, l’Apôtre nous défend avec raison toute clameur et tout blasphème. Celui en effet qui se laisse une fois dominer par la fureur, en vient nécessairement à éclater en cris, en frémisse¬ ments confus, emporté en tout sens comme la feuille par le vent, et à, s’écrier : ô iniquité qui règne partout! ô jugements de Dieu marqués au coin de l’injustice! et autres choses qui sortent de la bouché de ceux qui, par l’excès de leur indignation, ont perdu comme l’usage de la rai¬ son. Quant au blasphème, il n’y a pas seulement Apostolo nunc dicente : « Amaritudo, et furor et ira tollatur a vobis : » Et tricesimo sexto psalmo univer- sam commotionem animi generaliter' auferente : « Quies- ce ab ira, et dimitte furorem. » Si enim ira desiderat ul¬ tionem, omnis autem ultio renendere cupit ei ma- lum a quo se læsam putat, et Ghristianus non debet malum pro malo reddere, sed vincere in bono ma- lum I Petr. m, et ,Bom. xii, 19. Et : « Mihi vindf- ctam, et ego retribuam, d i ci t Dominus » Deut. xxxii, 35 ; omnis qui irascitur, peccat : « Ira quippe viri justitiam Dei non operatur .» Jacob, i, 20. Post amà- ritudinem, furorem et iram, recte clamor quoque et blasphemia prohibentur in nobis. Quia qui semel fuèrit furore superatus, necesse est ut prosiliat in clainorem, et turbide fremens, hue atque illuc in modum folji ven- tiletur, et dicat : O rerum iniquitas! o, injusta judicia Deil et cætera quæ soient loqui, qui per indigna tionis furorem mentis judicium perdiderunt. Porro blasphemia non solum aperta est, et de ira nascitur, sed et absque ira, sedata mente, profertur, si aut de mundi istius quispiam gubernatione causetur, et dicat : Illud sie esse COMMENTAIRES SUR V que celui qui se produit ouvertement et qui naît de la colère, il y a le blasphème que F on. profère a froid sans colère, et dans le calme de Fesprit. Je suppose par exemple, qu’en parlant du gouvernement du monde, quelqu’un vienne à dire : Telle chose 1 n’aurait pas du être, telle chose, au contraire devait se faire. Supposons encore qu’un . chrétien, élevé en dignité dans FÉglise et qui croit en Dieu, commette des erreurs dans des vérités dogmatiques qu’il n’est pas permis d’ignorer, qu’il ait sur le Père, le Fils et le Saint-Esprit des opinions contraires à la vérité, qu’il ne croie point la résurrection telle que l’enseignent les. Écritures; ou bien que, portant envie à la sagesse d’autrui, il impute . de. mauvais sentiments à celui qui tient à la foi catholique, ou qu’au contraire, ^.sensible à la flatterie dont il est l’objet, il affirme qu’un héréti¬ que est un bon catholique,, cet homme appelle doux ce qui est amer et amer ce qui est doux. Il faut donc nous appliquer avec toute l’ardeûr possible à la lecture de la sainte Écriture, et méditer nuit et jour la loi du Seigneur, afin que, comme des banquiers éprouvés, nous sachions distinguer la pièce de monnaie qui est vraie de celle qui est fausse. Or, bannissons du milieu de nous toute amertume, toute . fureur, toute colèrè, toute clameur, tout blasphème, ainsi que toute malice ; et par malice, .il faut entendre ou ce qui est contraire à là vertu: et que nous appe¬ lons le vice, ou la malignité et la méchanceté non debuit, hoc vero esse sic debuit ; aut certe in Ecclesia constitutus, et credens in Deum, labatur in dogmatibus quæ ignorare non licitum est; aliter de Pâtre, et Filio, et Spiritu sancto sentiens, quam rei ipsius veritas habet; non ita credens in resurrectione mortuorum., ut Scriptüræ docent; vel certe alienæ^nvi- dens sapientiæ, euin male sentire commenioret, qui ca- tholicæ fidei est, et rursum bæreticum pro adulatione qua sibi obsequitur, catholieum esse contestans; qui d'icit dulce amaruin, et amarum dulce. Unde omni stu¬ dio legendæ nobis Scriptüræ sunt, et in. lege Domini meditandumdie ac nocte ut probati trapezitæ, scia- mus quis nummus probus sit,. quis adulter. Porro ama- ritudinem, furorem, iram, clamorem, atque plasphemiam sic tollamus a nobis, ut cüm. omni malitia aiiferantur. « Malitia » autem vel contraria virtuti intelligenda est, quam alio nomine « vitium » nominamus ; vel « malig- nitas, » et « nequitia, » quæ in tergiversatione et calli- ditate sentitur. ÉPITRÉ AÜX ÉPHÉSÏËNS 467 qui met à son service les subterfuges et là fourberie. CHAPITRE Y. « Soyez donc bons les uns envers les autres, miséricordieux, vous pardonnant mutuellement, comme Dieu lui-même vous a pardonnés en Jésus- Christ. » Nous avons dit plus haut qu’à l’amer¬ tume était opposée la douceur, à laquelle l’Apô¬ tre donne maintenant un autre nom, celui dé Xp-qo-TOT-qTa, qUi signifie suavité plutôt que bénignité . Il nous recommande donc qu’après avoir condamné toute amertume, toute fureur, toute colère, toute clameur, ~tout blasphème, tout mouvement qui porte le trouble dans l’âme, et une certaine austérité du visage, nous soyons cléments et doux, que nous invitions les hommes à notre intimité, que nul ne craigne d’approcher de nous, or cette intimité a surtout pour principe , là miséri¬ corde. Et en faisant du bien aux autres, nous 11e cessons pas d’avoir nous-mêmes ce que nous leur avons donné, car saint Paul ajoute : « Vous pardonnant mutuellement. » En effet, le bien que l’on fait à un autre, est plus profitable à celui qui l’a fait, qu’à celui qui en est l’objet. Colui qui a compassion du pauvre sera rassasié, et celui qui lui donne, prête avec usure à Dieu. On. peut encore donner cette explication : que si nous sommes pleins de dou¬ ceur et de miséricorde, et que, renonçant à ces CAPUT V. « Estote autem mvicem benigni, miséricordes ; don¬ nantes vobismetipsis, sicut et Deus in Christo donavit vobis. » Supra amaritudini contraria m dulcedinem dixeramus, quam nunc Apostolus alio verbo^p7](7T Qui intelligit quomodo dictum sit « Estote perfecti, sicut et Pater vester cœlestis perfectus est » Matt. v, 48, iste sciet quomodo et nunc dicatur : « Estote imitatores Dei » I Cor. iv, 16. Et Gorinthiis quidem scribens ait : « Imitatores mei estote, sicut et ego Christi » J Cor. xi, 1. Non enim poterant statim imitatores Christi fieri; sed grande illis erat. si imitatores possent imitatorls existere. Ephesiis vero quasi his quos jam mysteria tanta . docuerat, non ait : imitatores mei estote, nec, imitatores Christi; sed, imitatores Dei. Non quod minus COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX ÉPHËSIENS 469 imitateurs de Diéu. Ce n’est pas que ce soit une tâche moindre d’imiter le Christ que d’imiter Dieu, (car le Christ est Dieu,) mais autre chose est de' l’imiter comme homme, autre chose de l’imiter dans sa nature divine. Car, bien que nous ayons connu auparavant Jésus-Christ selon la chair, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Le Sauveur voulant nous montrer lui- même l:humilité de l’économie divine de son incarnation dit : « Tout ce que le Fils voit faire au Père, il le fait pareillement, » Jean. v. 19. Ces paroles ne signifient pas que le Père a fait ujn autre ciel et une .autre terre, et qu’à leur ressemblance, un autre ciel, une autre terre, d’autres éléments ont été faits par le Christ, mais que tout ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement. Or, l’Apôtre nous a enseigné plus haut en quoi nous pouvons devenir semblables à Dieu, lorsqu’il nous a dit : « Vous pardonnant mutuellement, comme Dieu lui-même ' vous a pardonné en Jésus-Christ. » Car je ne pense pas que l’homme puisse imiter Dieu dans les ^autres oeuvres qu’il a faites, mais à l’exemple de cette clémence qui lui fait répandre la pluie sur les bons et les mauvais avec d’autres faveurs, ainsi devons-nous répandre les effets de notre bonté sur tous les hommes. Lorsque nous aurons ac¬ compli ce devoir, nous serons les enfants hien- aimés, ou de saint Paul lui-même, ou ce qui me paraît plus vraisemblable, de Dieu lui-même. sit imitatorem Christi esse, quam Dei. (Deus quipp© Christus est, sed quod aliud sit secundum hominem imitari, aliud secundum Deum. Nam etsi Christum ^secundum carnem antea noveramus; mmc jam nequa- quam eum novimus secundum carnem. Loquitur et ipsa Salvator, linmilitatem dispensationis ostendens : « Quæ- cumque viderit Patrem facientem, hæc eadem Filius facit similiter Joan. v, 19. Non quo aliud cœlum et aliam terrain Pater fecerit, et ad similitudinem eorum, aliud cœlum et alia terra, et elementa a Christo facta sint cætera, sed quo quæcvimque operetur Pater, hæc eadem et Filius operetur. In quo autem similes Deo possumus fieri, supra testatus est, dicens : « Donnâtes vobis, sicut et Deus in Christo donavit vobis. » Non enim puto quod in cæteris quoque quæcumque Deus fecit, home Deum possit imitari ; sed verbi causa, ut quemodo ille clemens est, et pluit super bonos et malos, et reliqua; sic etiam nos bonitatem nostram super omnes domines effundàmus. Quod cum fecerimus, erimus filii f Ai. sicut fdii] dilecti, sive ipsius Pauli, sive, quod melius puto, Dei» « Et marchez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous en s’offrant à Dieu comme une victime d’agréable odeur. » Celui qui pour le salut de ses frères combat contre le péché jusqu’au sang, jusqu’à donner sa vie pour eux, celui-là marche dans la chasteté, et imite Jésus-Christ qui nous a tant aimés, qu’il a souffert- le supplice de la croix pour ie salut de tous les hommes. De même en effet, qu’il* s’est livré pour nous, ainsi le chrétien qui fait le sacrifice volontaire de sa vie pour Ses frères, deviendra l’imitateur de celui qui s’est offert à son Père comme une oblation, comme une victime d’agréable odeur, et il deviendra lui-même cette oblation, cette hostie faisant monter jusqu’à Dieu une odeur de suavité. ' « Que la fornication et toute impureté, ou l’a¬ varice ne soient pas même nommées parmi vous, comme il convient à des saints; qu’on n’y entende ni parole deshonnête, ni futilité, ni bouffonnerie, ce qui ne convient point à votre état, mais plutôt des actions de grâces. » Si un philosophe cynique ne s’était rencontré pour enseigner qu’on ne devait point s’interdire à l’occasion toute sensation charnelle, toute pollution venant d’un frottement ou d’un attouchement quelconque, et si quelques sages du siècle n’avaient donné leur approbation à cette hérésie honteuse et infâme, jamais le saint Apôtre, écrivant aux « Et ambulate in charitate, sicut et Christus dilexit nos, et tradidit semetipsum pro nobis oblationem, et hostiam Deo in odorem suavitatis. » Qui pro aliorum salute usque ad sanguinem contra peccatum dimicat, ita ut et animait) suam tradat pro eis, iste ambulat in charitate, imitans Christum,. qui nos in tantum dilexit, ut crucem pro salute omnium sustineret. Quomodo enim ille se tradidit pro nobis, sic et iste pro quibus potest libenter occumbens, imitabitiu* eum qui oblatio¬ nem et hostiam in odorem suavitatis se Patri tradidit, et fiet etiam ipse oblatio et hostia Dei in odorem suavi- tatis. « Fornicatio autem et omnis immunditia, aut avari- tia, nec nominetur in vobis, sicut decet sanctos; et turpitudo, et stultiloquium, aut scurrilitas, quæ ad rem non pertinent; sed magis actio grat.iarum, * Nisi phi- losophorum quidam Cynicus extitisset, qui doceret omnem titillationem carnis, et fluxum seminis ex quali- cumque attritu tactuque venientem, in tempore^ non vitandum, et nonnulli sapientes sæculi in hanc turpem et erubescendam hæresim consensissent, numquam 470 SAINT JEROME Éphésiens, n’aurait joint à la fornication toute impureté, et à l’impureté l’avarice, non pas celle qui nous, fait désirer d’amasser de l'ar¬ gent, mais celle dont nous avons parlé plus haut : « Et , que personne n’opprime, qu’aucun avare ne trompe en cela son frère » I. Thessal. iv, 6. C’est une espèce d’avarice qui, n’étant jamais rassasiée, jamais assouvie, se jette dans tous les genres de turpitudes et de désordres. << Comme il convient à des saints. >> Donc on ne peut donner le nom de saint à celui qui en dehors de la fornication, se laisse entraîner au plaisir coupable de l’impureté quelle qu’elle soit, et de ce qu’on peut appeler l’avarice insatiable des voluptés. Si quelqu’un pense que l’avarice ne doit pas être prise dans le. sens que nous venons de donner, qu’il nous dise pourquoi l’Apôtre donne une. place tout à fait extra¬ ordinaire à l’avarice au milieu de la fornication, de l’impureté, de la turpitude, des folles paroles, de la bouffonnerie. Or, par folles paroles ou futilités, je m’entends pas seulement le langage cle ceux qui racontent des choses indécentes pour exciter le rire, et qui .simulent la sottise pour tromper plus facilement ceux à qui ils veulent plaire, mais encore les discours de ces sages du siècle qui, disputant sur les choses physiques, prétendent avoir compris les grains de sable des rivages de la mer, les gouttes d’eau de l’Océan et les vastes espaces des cieux. sanctus Apostolus scribens ad Ephesios, ad fornicatio- nem etiam omnem immunditiam copulasset, et ad im- munditiam junxisset avaritiam ; non hanc qua pecuniam cupimus congregare, sed illain de qua supra diximus : « ne supergrediatur, et avarus fraudet in negotio fra- trem suum. » Quod scilicet . insatiabilis et. inexpletus, per omnia turpitudinum généra,, lasciviæque discurràt. « Sicut decet, » inquit, « sanctos. » Ex quo sanctus non potest appedari, quicumque extra fornicationem in aliqua immunditia et avaritia voluptatura, quæ se delec- taverint, invenitur. Si quis autem arbitratur avaritiam non in illo sensu accipiendam esse quo diximus, reddat causas, quare inter fornicationem, et immunditiam, et , turpitudinem, et stultiloquium, et scurrilitatem, mediam avaritiam extraordinarie posuerit. Porro stultiloquium es^e existimo non solum eorum qui aliquâ narrant tur- pia, ut risum moveant,ret fatuitate simulata magis illu- dant eis, quibus placere desiderant; sed etiam eorum qui sapientes sæculi putantur, et de rebus physicis disputantes, dicunt se arenas Iittorum, guttas Oceani, st cœlorum spatium, terræque punctum liquido compre- On rencontre aussi ces folles paroles dans l’Église, dans celui par exemple qui, trémpé par les paroles d’Isaïe qu’il ne comprend pas, s’imagine que le ciel est courbé en forme de voûte, qu’il, y a dans le ciel un trône sur lequel Dieu est assis, et que semblable à un empereur, à un juge, il voit les anges rangés autour de iqi prêts à obéir à ses. ordres et auxquels il assigne divers offices, Isa i. v. Mais comme après les folles paroles, saint Paul place les bouffon^ neries, il vaut mieux voir dans ces folles paroles des fables ou L’absurdité se mêle à l’ineptie. Or, on peut établir cette différence entre les folles paroles et la bouffonnerie, que les folles paroles n’ont rien de raisonnable et de digne du cœur de l’homme, tandis que la bouffonnerie peut sortir d’un esprit intelligent .qui cherche à dessein certaines expressions polies ou gros¬ sières, obscènes ou facétieuses que nous pouvons appeler d’un autre terme, des plaisanteries propres à faire rire ceux qui les entendent. Or, les saints doivent éviter soigneusement toutes ces choses; la tristesse et les larmes, voilà ce qui leur convient beaucoup mieux selon ces paroles du Seigneur à ses disciples que nous lisons dans l’Évangile en langue hébraïque « Ne vous livrez jamais à la joie, que lorsque vous verrez votre frère dans la charité. .» Jusqu’ici, tout estconforme au sujet,, tout s’enchaîne et suit un ordre Rigoureux. Mais les paroles qui suivent hendisse. Est, et in Eçclesia stultiloquium. Si quis cœ- lum putet fornicis more curvatum, Isaiæ, quem no.n intelligit, sermone deceptus ; solium quoque i'n cœlis positum, et super eo sedere Deum, et in ritum impera- toris et judicis, angelos stare in circuitu, qui verbis jubentis obtempèrent, et in diversa mittantur officia lsai. vi. Sed quia sequitur stultiloquium scurrilitas : magis stultiloquium ad fatuas et iueptas fabulas transfe- rendum. Inter stultiloquium autem et scurrilitatem boc interest, quod stultiloquium nihil in se sapiens et corde homiuis dignum habet. Scurrilitas veru de pvudenti mente descendit, et consulto appétit quædam vel urbana verba, vel rustica, vel turpia, vel faceta, quam nos jocularitatem alio verbo possumus appellare, ut risum moveat audientibus. Verum et hæc a sanctis viris peni- tus propellenda, quibus magis conveuit flere atque lu- gere, ut in Hebraico quoque Evangelio legimus, Domi- num ad discipulos loqueutem : « Et numquam, » inquit, « læti sitis, uisi cum fratrem vestrum videritis in cha- ritate. » Videtnr bucusque nihil extra propositum et extra consequentiam,. textumque ordinis intulisse. Ve- COMMENTAIRES SUR L’È PITRE AUX ÉPHÉSIENS 471 et qui terminent cette proposition : « mais plutôt des actions de grâces » donnent lieu de demander ce que vient faire l’action de grâces après que l’Apôtre vient de défendre la forni¬ cation, l’impureté, la dissolutiofi, les turpitudes, les folles paroles et ' la bouffonnerie. Car s’il avait à parler d’une vertu quelconque, il devait dire : mais plutôt la vérité, la justice, la charité. Mais il n’y aurait pas eü plus de suite et d’en¬ chaînement que dans le premier cas, et il serait difficile de rattacher ces dernières paroles à ce qui précède. Il est donc probable que l’action de grâces dont il est ici question n’est pas celle par laquelle nous rendons grâces à Dieu, mais celle qui nous mérite de la part des hommes, le nom d’agréables,, de gracieux, de spirituels et d’ingénieux. La futilité et la bouffonnerie ne conviennent point à un chrétien, mais il est bon que ses discours soient assaisonnés de sel et qu’il soit agréable à ceux qui l’écoutent. Et comme ce n’est' pas l’usage, si ce n’est parmi les savants dans la langué grecquo d’employer le mot eéxapmTrf'av autrement que pour exprimer PEucharistis; et dans le sens d’être gracieux et de rendre grâces, l’Apôtre, je pense, hébreu de naissance, s’est servi d’un mot connu, et a voulu exprimer sa pensée sous une autre expression; d’autant plus que les hébreux expriment par un seul mot, être rum hoc quod sequitur, et in fine positum est : « Sed îpagis gratiarum actio, » quærat aliquis, et dicat quid sibi velit post fornicationera prohibitam, et immundi- tiam, et lasoivjam, et turpitudinem, et stultiloquium, et scurrilitatem, àctio gratiarum. Si enim. semel.ei liberum fuit ponere quaracumque virtutem, potuit dice- re, sed magis justitia, veritas, dilectio. Quomoclo autem hoc inconsequens est : ita etiam ilia inconsequentia esse potuissent, et eadem licentia ordinem non habe- rent. Forsitan igitur gratiarum actio in hoc loconon ista est nominata ; juxta quam gratias agimus Deo, sed juxta quam grati sive gratiosi , et falsi apud ho mi nés appellamur. Stultiloquium enim et scurram non decet esse Christianum. Decet autem sermo- nem ejus sale esse conditum, ut gratiam apud au- dientes habeat. Et quia non est consuetudinis, nisi inter/doctos quosque apud Græcos eu^apum'av, ad dis- tinotionem Eucharistiæ dicere, hoc est, gratiosum esse, et agere gratias.; propterea puto Apostolum quasi Hebræum ex Hebræis, verbo usum esse vulgato, et sensum suum alterius significatione verbi explicare voluisse; maxime ôum apud Hebræos gratiosus et gracieux, et rendre grâces. Aussi je crois que c’est dans ce sens qu’il est écrit dans les proverbes : yuvvj eu^apurr oç eyst'psi otvSpi la femme pleine de grâce attire de la gloire à son mari Prov. xi, 16, grata au lieu de gratiosa. Nous paraîtrions faire violence à l’Écriture, en traduisant hardiment la femme qui rend grâce, par la femme gracieuse, si les autres éditions n’étaient favorables à ce senti¬ ment. Eu effet, Aquila, Théodotien et Symmaque ont ainsi traduit yuWj xotpnrog, c’est-à-dire, une femme qui a de la grâce et non eu^apnrroç, qui a rapport à l’action de grâces. Car sachez qu’aucun fornicateur, ou impu¬ dique, ou avare, ce qui est une idolâtrie, n’a d’héritage dans le royaume du Christ et de Diou. » Remarquez qu’après avoir 'défendu plus haut six espèces de vices, saint Paul n’en nomme ici que trois, la fornication, l’impureté, l’avarice, qui rendent indignes, ceux qui en sont coupables, do l’héritage dans la royaume de Jésus-Christ et de Dieu. Car si les futilités et les bouffonneries rendaient indignes du royaume de Dieu, comme les trois vices qu’il vient d’énuméror, la sentence paraîtrait cruelle, elle serait sans indulgence pour la fragilité humaine, en nous condamnant même pour des ^paroles de plaisanteries. « Car celui qui ne pèche point en paroles est parfait » Jacq . ni. 2. -En gratias agens, uno, ut aiunt, sermone dicatur. Unde et in Proverbes puto ita scriptum : y uyq suyotpmToç éyet'pst 7.vSpiS$;av, « mulier grata suscitât viro gloriam » Prov. x i, 16, pro eo quod est, « gratiosa ;» vide- remur vim faeere Script uræ, et gratias agentem mulie- rem, pro gratiosa audacter accipere, nisi etcæteræ editio- nes nostræ opinioni congruerent. Aquila enim et Theodo- tio, et Symraachus ita posuerunt, yuvq '/ol ptToç, id est, mulier gratiosa, » et non eù^apmx oq, quod ad actionem pertinet gratiarum. « Hoc autem scitote, quia omnis fornicator aut im- mundus, aut avarus, quod est idolis serviens, non habet hœreditatem in regno Christi et Dei. » Notandum quod sex vitiis supra prohibitis, fornicatione, immunditja, avaritia, turpitudine, stultiloquio, scurrilitat.e, nunc tan¬ tum tria posuerit, fomicationém, immunditiam,avaritiam; quibus qui fuerit obnoxius, hæred.itatem in regno Christi et Dei habere non pogsit. Si enim ita stultilpquus et scurra alieni essent a regno Dei, quomodo très quos spécial i ter sépara vit, videretur sententia esse orudelis, non ignoscere imbecillitati fragilitatis humanæ; cum etiam per jocum nos dicta damnavent. « Qui. enim in 472 SAINT JÉROME parlant de la sorte, nous ne prétendons point autoriser les futilités et les bouffonneries parce qu’elles n’excluent pas du royaume des cieux. Mais nous disons que de même que chez le f Père il y a diverses demeures, et qu’une étoile diffère d’une étoile en clarté Jean xiv, I. Cor, xv; il en est de même de la résurrection des morts. Ainsi un chrétien n’est coupable ni de fornication, ni d’impureté, ni de débauche; cependant s’il se permet des futilités et des bouffonneries, il n’aura pas dans le ciel la place qu’il aurait eue, s’il avait été affranchi de ces vices. On me dira, soit, les folles paroles et les bouffonneries n’ont pas le même caractère de gravité que la fornication, l’impureté et l’avarice; l’Apôtre n’aurait-il pas dû au moins joindre la turpitude aux trois vices qu’il vient d’énumérer? Nous répondons que par turpitude il faut entendre ici une pensée secrète, lorsque les premières flammes de la passion se font sentir à nous, et que notre cœur est comme embrasé par le feu des sensations de la chair, et que cependant nous étouffons ce feu à l’aide du jugement de la raison et de la crainte de Dieu. Disons enfin que l’Apôtre s’était déjà borné à énumérer plus haut trois sortes de vices, sans y joindre la turpitude en disant : « Que la fornication ou l’impureté ou toute . avarice ne soient même pas nommées parmi vous. » Et immédiatement après il met la turpitude avec les folles paroles et les bouffon- sermone non labitur perfectus est » Jacob, ni, 2. Ne- que vero ista dicentes, lccum stultiloquio et scurri- litati damus, dum non excluduntur a regno, sed quo- modo apud Patrera divers» sunt mansiones, et Stella a Stella differt in gloria Jocm. xiv; I Cor. xv; sic et re- surrectio mortuo'rum; quamvis aliquis a fornicatione, immunditia, atque lascivia alienus sit; tamen si stulti- loquus et scurra fuerit, non tenebit eum locura quem possessurus erat, si hæc vitia non haberet. Respondeat quis : Esto stultiloquium et scurrilitas non eumdem habeat reatum, quem fornicatio, immunditia et avaritia; numquid non et turpitudinem cum tribus superioribus debuit nominare? Ad quod dicendum, turpitudinem bic significare absconditam cogitationem, cum inflammatur sensus noster ad libidinem, et carnis titillationibus anima ignita succenditur, et nibilominus Dei timoré et mentis judicio refrenatur. Denique etiam supra absque turpitudine, tria pari ter appellavit, dicens : « Fornicatio autem et omnis immunditia et avaritia, nec nominetur in vobis; et deinceps turpitudo cum stul- neries. Or, pas plus que les folios paroles et les bouffonneries, la turpitude n’exclut éter¬ nellement du royaume des cieux. Or, comme dans ce qui précède, en citant ces paroles d’une autre épître : « Que personne n’opprime en delà son frère, et qu’aucun ne le trompe dans l’avarice, » I. Thess. iv, 6, nous avions dit que l’avarice signifiait l’adultère, nous deman¬ dons si ce que dit ici l’Apôtre, « ou l’avare, ce qui est une idolâtrie, » doit s’entendre dans le sens que nous venons d’indiquer, ou bien selon l’interprétation commune. Nous trouvons dans beaucoup d’endroits des prophètes, que l’idolâtrie est appelée une fornication : « Ils commettaient la fornication avec leurs idoles; » et encore : « l’esprit de fornication les a déçus, Osée. iv. On peut donc entendre la' forni¬ cation dans le sens d’idolâtrie. Mais si l’on est convenu d’appeler avare celui qui amasse [de l’argent n’importe comment, qui désire faire fortune par tous les moyens bons et mauvais, qui met toute sa joie à voir ses coffres pleins, on peut dire aussi de cet homme que c’est un idolâtre, parce qu’il adore l’image empreinte sur la pièce d’or, et qu’il vénère les idoles qui s’y trouvent gravées : De même en effet que pour h\s intempérants leur dieu c’est leur ventre, ainsi peut-on dire dans un sens très juste que l’argent est le dieu des avares, d’autant plus que dans un autre endroit l’Apôtre appelle l’avarice une véritable idolâtrie. Mais tiloquio et scurrilitate numerata est. Et quomodo sLul- tiloquium et scurrilitas ; sic et ista turpitudo non perdit, nec in perpetuum excludit a regno. Quia vèro in supe¬ rioribus ex eo quod alibi legeramus : « Ne supergre- diatur, et avarus fraudet in negotio fratrem suum » I Thess. iv, 6, dixeramus avaritiam pro adulterio posi- tam; quærimus id quod nunc dicitur, «, aut avarus, quod est idolls serviens, » utrum cum ilia, an cum vul- gata interpretatione consentiat. Invenimus in locis.plu- rimis prophetarum idolatriam, fornicationem appella- tam. « Fornicabantur; » inquit, « post idola sua » Ose. îv, 12. Et : « spiritu fornicatio ni s seducti sunt. )> Potest itaque fornicatio et super idololatria intelligi. Sin vero avarus ille accipitur, qui pecuniam utcumque con- quirens, nummos per fas et nefas babere desiderat; e t pleno sacculo delectatur, iste idololatres in eo est, quia sculpturam ipsius nummi colit, et idola in eis cœlata veneratur. Ut voracium deus venter est, ita cupidorum quoque justissime pecunia deus dici potest; maxime cum in alio loco Apostolus cupiditatem idoîatriàra vocet 473 COMMENTAIRES SUR L/ÉPITRE AUX ÉPHÉS1ENS quelle e,st la pensée de 'l’Apôtre lorsqu’il dit : « Dans te royaume du Christ et de Dieu » (. Cor. x. Est-ce que le royaume du Christ est autre que celui de Dieu, ou bien n’y a-t-il qu’un seul royaume à \a fois, celui du Père et du Fils. Si en effet, il avait dit : « dans le royaume du Fils et du Père, » par le Fils nous parviendrions jusqu’au Père, et malgré la diversité des personnes, il n’y aurait pour régner qu’une seule majesté. Mais comme l’Apôtre a dit : « Dans le royaume du Christ et de Dieu, » il nous faut entendre que ce Dieu c’est le Christ, car, quand il aura remis le sceptre du royaume à Dieu et à son Père, ce n’est pas lePère qui sera tout en tous, mais Dieu qui sera tout en tous. Or, là ou nous trouvons le mot Dieu, il faut entendre le Père aussi bien quë le Fils; et ce que nous disons du Père et du Fils, il faut le dire également du Saint- Esprit. « Que personne ne vous séduise par de vains discours, car c’est pour ces choses que la colère de Dieu est renue sur les fils de la défiance. » Les paroles qui trompent et font tomber dans le piège, sont des paroles vaines et vides de sens. Celles au contraire qui édifient ceux qui les entendent sont pleines, nourries et pressées. Or, comme il en’est beaucoup qui nient Ad hæc videndum quid sentire voluerit, dicens : « In regno Christi et Dei » I Cor. x ; utrumnam aliud regnum Christi sit, et ahud Dei; an idem regnum sit Patris et Filii. Et siquidem dixisset, in re- gno Filîi et Patris, per Filium veniremus ad Patrem; et licet esset diversitas personarum, tamen esset regnan- tium una majestas; tune vero cnm dixerit : « In regno Christi et Dei, > ipsurn Deum, et Christum intelligamus, quia et cum tradiderit regnum Deo et Patri, non erit Pater onmia in omnibus, sed Deus omnia in omnibus. Ubi autem Deus est, tara Pater quam Filius intelligi potest. Porrc quod de Pâtre et de Filio dicimus, hoc idem et de Spiritu sancto sentiamus. « Nemo vos decipiat i.nanibus verbis, propter hæc enini. venit ira Dei in filios diffidentiæ. -p Verba quæ decipiunt atque supplantant, mania cunt et vacua. Quæ vero ædificant auditores, plena, cumulata, concerta. Quia igitur sunt plerique (1) qui dicunt, nen futura l’existence des supplices vengeurs1 des péchés aussi bien que des châtiments extérieurs, et qui prétendent que le péché et la conscience du péché trouvent en eux-mêmes une peine suffisante, dans ce ver qui ne meurt pas dans le cœur, dans ce feu qui ne s’éteint pas dans l’esprit, à l’exemple d’une fièvre qui ne tour¬ mente pas extérieurement celui qui en est atteint, mais fait souffrir le corps sans l’appli¬ cation extérieure d’aucun tourment; l’Apôtre appelle ces discours séducteurs, ces pièges trompeurs, des paroles vaines et vides de sens; elles ont une apparence fleurie, pour flatter les pécheurs, mais en leur inspirant de la confiance, elleles entraînent bien plus sûrement dans les supplices éternels. Car rien n’excite autant la juste colère de Dieu que de voir le pécheur orgueilleux, marcher la tête levée et fière, et sans vouloir se réduire à pleurer ses fautes, et à implorer la miséricorde pour ses péchés. « Car c’est pour ces choses que la colère de Dieu est venue sur les fils de la défiance, » ou qui ne. peuvent être persuadés, car le mot doit être entendu dans un sens 'opposé, plutôt comme venant du mot, persuasion, que du mot confiance . Or, les fils de défiance, ou qui 11e se laissent point persuader sont ainsi appelés, cpmme on dit pro peccatis esse supplicia, nec éxtrinsecus adbibenda tormenta; sed ipsum peocatum, et conscientiam delicti esse pro pœna. dum verrais in corde non moritur, èt in animo ignis accenditur, in similitudinem febris quæ non torquet [Al. torqueat] extrinsecus ægrotantem, sed cor- pora ipsa corripiens punit, sine cruciatuum forinsecus adbibitione quod possidet. Has itaque persuasiones et decipulas Iraudulenôas, verba inania appellavh e:; vacua, quæ videntur fiorem quemdam habere sermonum, et blandiri peccantibus; sed dum ficlucian: tribuunt, magis eos ferunt ad æôerna supplicia. Quia .de nolla re sic irascitur Deus, quomodo si peccator superbiat, et erec- tus ac rlgidus non fiectatur in fletum, nec misericor- diam postulet pro delicto. « Propter hæc enim venit ira Dei super filios dii'fidentiæ, » sive, « insuasibilitatis ; » cbrT]0st:: enim magis a « suasione » quam a « fiducia » e diverso intelligi. potest. Insuasibilitatis autem, sive diffidentiæ, filii sic dicuntur, quomodo filii perditionis, (1) Facile Origonistas Impugnat, qui hocce delirium ex îpse idomantio lib. II de Principiis, cap. 9, didicerint. Proditum id quoquo ob Orosio in Comment, ad S. Augustinum ubi Origenistas inter alia, ait, solitos jactarc in ^ulgus : « Ignem œternum: qno peccatores puniontur, non osse :.gnem verum» dicenies dictum esse ignem propriœ conscienûce punilionem ; ac si peccalorum animus post purgationem consciontice in unitalem corporis Christi redituras. » Ed. Mig. SAINT JÉROME 474 (Tailleurs _ les fils de perdition, les fils de fornication, les fils de mort, les fils de géhenne, et d'autres dénominations semblables, qu'il est facile de trouver dans divers endroits de l'Écriture. « N’ayez donc point de commerce avec eux. » On est en commerce ou en participation avec les enfants de défiance, lorsqu’on est coupable de fornication, d’impureté, d’avarice, crimes pour lesquels la colère est venue sur les fils de la défiance. Celui-là entre en participation avec eux qui prend une part à ce qu’ils font, et qui entre en communion de leurs mauvaises œuvres, et on appelle coparticipant celui qui prend part avec d’autres, et dans , lo coparticipant se trouve compris celui qui participe. Mais dans celui qui participe n’est pas compris néces¬ sairement le coparticipant. Considérez atten¬ tivement le mot coparticipant et participant. Je crois que dans les Écritures le mot participant est pris en bonne part, et le mot coparticipant presque toujours en mauvaise part. Ainsi, par exomple : «C’est pourquoi Dieu, votre Dieu vous a sacré d’une onction de joie qui vous ' élève au-dessus de tous ceux qui doivent y parti¬ ciper, » Ps. xliv, 8; et dans un autre endroit : « Nous avons été faits participants de Jésus- Christ, mais à condition de conserver véritable¬ ment jusqu’à la fin ce commencement de son être, » Hebr . iti, 14. Or, je ne me souviens pas d’avoir lu ailleurs, si ce n'est dans cet endroit et filii fdrnicationis, et filii mortis, et filii gehennæ, et cætera his similia, quæ in variis Scripturarum locis invenire perfacile est. « Nolite ergo effici comparticipes eorum. » Particeps sive comparticeps fit diffidontiæ filiorum, qui in fbr- nicatione, et in immunditia, et avaritia, propter quæ venit ira Dei super filios diffidentice, reperitur. Et particeps quidem eorum est, ab eo quod participa- tur, et communionem habet malorum operum; compar¬ ticeps vero ei appellatur, qui cum aliis est particeps; et in comparticipi intelligitur et particeps. ïn participi vero non statim tenetur et comparticeps. Diligenter observa verbum comparticipis atque participis. Puto enim in Scripturis participem in bonam partem, comparticipem in malam semper accipi. Verbi gratia : « Propter quod unxit te Deus Deus tuus, oleo exsultationis præ parti- cipibus tuis Ps. xliv, 8; et in alio loco « Parti¬ cipes enim Christi facti snmus, si tamen principium substantiæ usque ad fmem firrmun tenuerimus » Heb . ni, 14. Porro non memini alibi melegisse, excepto præsenti le mot coparticipant, ou participant avec; et cependant il est évident qu’il est pris ici non en bonne, mais en mauvaise part. « Car autrefois vous étiez ténèbres, maïs maintenant vous êtes lumière dans le 'Seigneur. > S’il est possible que les ténèbres se changent en lumière, on ne peut donc dire avec certains hé¬ rétiques, qu’il y a une nature destinée à périr et qui ne peut recevoir le salut? Interrogeons donc ceux qui inventent cette erreur. Tous les im¬ pies sont-ils ténèbres ou ne le sont-ils pas? Or, il en est. quelques-uns qui étaient d’abord1 appelés ténèbres à cause de leur malice, et qui, con¬ vertis à de meilleurs sentiments, sont mainte-: nant. appelés lumière dans le Seigneur. Ainsi, de même que les justes sont la lumière du monde, ainsi les impies sont appelés ténèbres par une conséquence contraire; et les justes, par cela même qu’ils sont lumière, verront la lumière dans la lumière, les pécheurs au contraire, étant ténèbres, sont le peuple assis dans les ténèbres, et qui ne voit rien. La différence qui existe entre eux, la distance qui les sépare nous est rendue sensible par leurs fruits. Car tout homme qui fait le mal, hait la lumière, et comme il ne se produit pas à la lumière, il est ténébreux, fils de la nuit et des ténèbres. Mais pour celui qui opère la vérité, et qui vient à la lumière, il est lumière et le fils de la lumière et du jour, » Jean itj, 20, 21. Or, c’est par la lumière ou les ténèbres du cœur que se distinguent ceux qui loco, « comparticipem; » et tamen manifestum est hic. non in bona parte, sed in contraria positnm. « Eratis enim aliquando tenebræ ; mine autem lux in Domino. » Si possibile est verti in lucem teuebras non est secundum quosdam hæret.icos natura quæ pereat, et recipere neqneat salutem; ïntorrogemus ergo eos qui ilia confmgunt : utrunmam omnes impii termbræ sint, neene ; de quibus quidam cum propter malitiam tenebræ vocarentur, ad meliora conversi, nunc lux appellantur; in Domino. Sicut autem jnsti sunt lumen mundi, sic impii consequenter tenebræ vocabuntur ; et justi quidém cum sint lumen, videbunt lumen in lumine; injusti au¬ tem cum sint tenebræ, populus Snnt sedens in tenebris, et nihil videns. Quorum dilïerentiam inter se atque dis- tantiam, ex fructibus intelligimus. Omnis enim qui ope- ratur malum, odit lucem, et non veniens ad lucem, tenebvosus est, et filius noctis atque tenebrarum. Qui vero operatur veritatem, et in lucem venit, lux est, et filius lueis et diei , Joan. m, .20, 21. Lucentes autem sive tenebrosi, de cordis vel lumine. COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉS1ENS sont appelés ici. lumière ou ténèbres. A ce sujet vous demanderez si c’est comme caractère dis¬ tinctif de ceux qui sont lumière, mais qui ne sontpas lumière dans le Seigneur, qu’il est écrit : « Maintenant vous êtes lumière clans le Seir gneur. » Il était de toute convenance qu’en écri¬ vant aux Éphésiens parvenus au sommet le plus élevé de la science, il leur dit : qu’ils étaient lumière dans le Seigneur. Ce n’est pas qu’à pro¬ prement parler les ténèbres se changent en lu¬ mière, eu que la lumière se transforme en ténèbres, mais ceux qui reçoivent de l’état où ils sont, le nom significatif de la vertu ou du vice, s’ils passent de cet état à un autre, reçoivent égajementen vertu de l’état où ils sont le nom de ténèbres ou de lumière. « Marchez comme des enfants de lumière. » Si Dieu, est lumière, et qu’il n’y ait point de ténè¬ bres en lui, les enfants de Dieu sont des enfants de lumière. Pour la même raison, si leChristest la vraie lumière, ses enfants auxquels il dit « Mes petits enfants, je suis pour peu de temps avec vous, » Jean xiri, 33, sont les fils de la vraie lumière. D’où nous concluons que les enfants de Dieu le Père, sont les mêmes que les enfants de Jésus-Christ. « Or, le. fruit de la lumière consiste en toute bonté, justice et vérité. » C’est contre Marcion (qui sépare le Dieu juste du Dieu bon, affirme que le Créateur est juste, et qu’un autre, jenesais ! ' vel tenebris cognoscuntur. Super hæc quæres, ne forte ob distinclionem eorum qui lux sunt, sed non sunt lux in Domino, de justis dicafcur : « nunc aulein lux in Domino. » Decenter quoque Ephesiis, qui ad scientiæ, snmmam conscenderaut, scribitur quod sint lux in Do¬ mino. Neque vero tenebræ ipsæ verluntur in lu. cm; aut lux in tenebras commutatur; sed bi qui ab eo quod sunt, nomen quoque vel virtutis meruere, vel vitii; si eonversi fuerint de alio in aliud, opuovutjuog his rebus a quibus possidentur, vel tenebrarum, vel lucis vocabu- lum sortientur. « Ut filii lucis ambulate. , » Si Deus lux est, et tene¬ bræ in eo non sunt, filii Dei, filii lucis suut. Necnon $i Christuslux vera est, filii quoque ejus ad quos loquilur, dicens : « Filioli mei, adhuc modicum vobiscum sum, » Joçm, xni, 33, filii ver æ lucis sunt. Ex quo colligitur eosdem filios esse Dei Patris, qui sunt filii Christi Jesn. « Fructus eniin lucis est in ,omni bonitate et justitia et veritate. » Adversus Marcionem (qui justum Deum a bono separat, et putat Creatorem esse justum; alium vero nescio quera, çujus Ghristus iste qui venit, filins 475 lequel, dont Jésus-Christ venu sur la terre serait le fils, est exclusivement le Dieu bon,) que nous produisons ce témoignage. Car le fruit de la lu¬ mière n’est pas seulement dans la bonté, mais dans la justice et la vérité. Donc là où est la bonté, là aussi estla justice, et là où est la justice, là aussi est la vérité. Donc, comme ils sont for¬ cés de l’avouer, la vérité et la bonté se trouvent réunies en Dieu le Père. Or, l’Apôtre nous ensei¬ gnant que la bonté et la vérité se trouvent en lui et non pas dans un autre, là aùssi se trouve la justice. Que Marcion comprenne également que Jésus-Christ est aussi appelé la bonté, la vérité, la justice; la bonté en ce qu’il donne la grâce non selon les oeuvres, mais par un effet de sa miséricorde, la justice en ce qu’il rend à chacun ce qu’il mérite ; enfin la vérité parce que seul il connaît les causes de toutes les créatures et de toutes choses. , « Examinant ce qui est agréable à Dieu. » Nous devons faire toutes' nos actions avec conseil, usant de toute attention et précaution pour ne faire que ce que nous savons être agréable à Dieu à l’exemple d’un changeur plein de pru¬ dence qui juge de la bonté d’une pièce, d’or non seulement à l’œil, mais au poids et au son. Mais comme la suite du discours paraît tant soit peu troublée et l’abondance des pensées jaillir tout ensemble, voici comment l’ordre peut y être rétabli : N’ayez donc point de commerce avec sit, bonum tantummodo esse Deçm) hoc testimonium proferamus. Siquidemi fructus lucis, non solum est in, bonitate; sed in justitia et in veritate. Ubi itaque boni- tas est, ibi et justitia ; ubi justitia, ibi consequenter et ve¬ ritas. Apud bonum ergo Christi Pafcrem, ut ipsi quoque fatentur, est veritas et bonitas. Ubi autèm bonitas et veritas, apud ipsum, et non apud alium, ut nunc Apos- tolus docet, justitia est. InlcDigat quoque Marcion ipsum Cbristum, bonitatem, veritatem, et justitia m nuucupari. Bonitatern in eo quod non secundum opéra, sed secun¬ do m miser icordiam det gratiam credentibus in se. Jus¬ tifiant in eo, dum unicuique retribuit quod meretur. Porro veritatem, dum ipse solus causas creaturarum omnium, rerumqne cognoscit. « Probantes quid sit beneplacitum Deo. » Omnia façienda cum consilio, ut cauti atque solliciti, ea tan¬ tum quæ scimus Deo placere, faciamus; in morem pru- dentissimi trapezitæ, qui sculpturri mimisma non solum. oculo, sed et pondéré, et tinnitu probat. Quia vero, in hoc loco contextus eloquii. videtur esse turbatus, et tota «caler e sententia, sic ordini sermo reddendus. est ■ Np^ 476 SAINT JÉROME eux, examinant ce qui est agréable à Dieu, car bien que vous fussiez autrefois ténèbres, vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur; marchez donc comme les fils de lumière, en montrant ces fruits de lumière en toute bonté, justice et vérité. « Et ne vous associez point aux œuvres infruc- . tueuses des ténèbres. » Dans l’épltre aux Galates, l’Apôtre emploie le nom de fruit pour l’esprit et le nom d’oeuvre pour la chair lorsqu’il dit : «: On connaît aisément les œuvres de la chair, qui sont : la fornication, etc; » Gal&t. v, 19. « Au contraire les fruits de l’esprit sont : la charité, la joie, la paix, etc. Ibid., 22. Or, dans cette épître, il appelle infructueuses, les œuvres des ténèbres, et tous ceux qui s’en rendent cou¬ pables forment une société commune. « Mais plutôt réprouvez-les. » Entre tous les autres commandements, c’est un acte de coura¬ geuse' liberté que de pouvoir reprendre ceux qui pèchent. Mais celui-là seul peut le faire qui ne craint pas de s’entendre dire : « Hypocrite, ôtez premièrement la poutre de votre œil, et alors vous verrez à ôter la paille de l’œil de votre frère, » Luc vi, 42. Voilà pourquoi les prophètes qui n’étaient souillés d’aucun péchés et dont la conscience n’était pas cautérisée, pouvaient reprendre en toute liberté les prévaricateurs. « Car ce qu’ils font en'secretest honteux même à dire. » Je ne vois pas ici que le discours se lite ergo fieri comparticipes eorum, probantes quid sifc beneplacitum Deo; etsi enim eratis aliquando tenebræ, nunc autem lui estis in Domino; quasi filii lucis ambu- late, fructus luminis oatendentes in omni bonitate, efc * justifia, et veritate. « Et.nolite communicare operibus infructuosis tene- brarurri. » Et ad Galatas nomen iïuctus, in spiritu, operis vero posuit in carne, dicens : « Manifesta autem sunt opéra carnis, quæ sunt fornicatio » Gaïat. v, 19, et reliqua. « Fructus vero spiritus est chaeitas, gau- dium, pax >> Ibid., 22, et cætera. Porro in præsentia- rum, opéra tenebrarum infructuosa appellavit; quibus qui ea fecerint, communione sociantur. « Magis autem et arguite. » Inter cætera mandata, etiam peccantes posse arguere, maiimæ libertatis est. Sed hoc ille potest facere qui non meretur audire : *: Hypocrita, ejice primum trabem de oculo tuo, et tune poteris ejicere festucam de oculo Iratris tui » ^ Luc. vi, 42. Quamobrem et prophetæ, nulia ipsi peccato- rumsordepolluti, neccauteriatàm, habentesconscientiam poterant cæteros arguere delinquentes. Es quo animad- suive, et que ce que vient de dire l’Apôtre : « Car ce qu’ils font en secret est honteux même à dire, » se rattache à ce qui précède immédiate¬ ment, à moins ..que l’inversion ne remonte plus haut et serve aux enfants de la défiance, et tel serait alors le sens ; « Ce qu’ils font en secret est honteux même à dire, c’est-à-dire la fornication, l’impureté et toute avarice. » « Or, tout ce qui est répréhensible se découvre par la lumière, car tout ce qui se découvre est lumière. » s; sed qqod estis, omni tempore reservate. AliquOd de Scripturis ponamus exemplum, ut quod dicimus ma- nifestius fiat. Joseph unum habebat propositum, placere Deo. Hoc nullà varietate temporis immutatum est; nec fratrum invidia, nec conditione' servitutis, nec ætatis illecebris, nec dominée repromissis, nec squalore car cé¬ ria, nec postea turnore Ægyptiæ potestatis; sed semper puissance égyptienne; mais il fut toujours le même et en rachetant dans son intérêt cette di¬ verse face des temps, comme nous l’avons dit-il rendit bons les jours mauvais. Il en fut de même de Job qui, eh- butte à mille épreuves diverses, resta inébranlable dans la bonne comme dans la mauvaise fortune; devant la perte de ses ri¬ chesses, les plaies dont il était couvert, les reproches de ses amis, et plus tard lorsque tous ses biens, lui furent rendus. J1 avait racheté le temps et il avait rendu bons les jours mauvais. « Ne soyez donc pas imprudents, mais com¬ prenez quelle est la volonté de Dieu. » Puisque le temps est mauvais, et qu’il faut le racheter, comme nous l’avons dit, il faut avant tout désirer et rechercher la sagesse, afin que par elle nous puissions comprendre quelle est la volonté de Dieu. Car nous ne pouvons marcher avec circonspection, si préalablement nous ne comprenons la volonté do .Dieu. Donc, dans toutes nos actions, considérons tout d’abord ce que. Dieu veut, et après mûre réflexion, faisons ce ce que nous .savons devoir Lui plaire. « Et ne vous enivrez point de vin, d’où naît la luxure, mqis remplissez-vous de l’Esprit- Saint. » De même que nous ne pouvons servir deux maîtres, Dieu et l’argent Malt h. vi, ainsi nous ne- pouvons être remplis à la fois de l’Esprit et du vin. En effet, celui qui est rempli de l’Esprit-Saint se fait, remarquer par sa pfu- unus fait, et varietatem, ut diximus, temporum sibi redimens, malos dies vertit in bonos. Hoc idem et de Job senti.endum est, quod per varia tentaménta vexa- tus, nec divitiis, nec damnis, nec orbitate, nec vulnere, nec exprobatione amicorum, nec solitudine, nec postea bonorum omnium restitutione mutatus est. Redemerat enim sibi tempus, et dies malos fecérat .bonos. « Propter quod nolite effici imprudentes; sed întelli- gite quæ sit voluntas Dei. » Quia tempus malum est, et, sicut supra diximus, redimendum, appetenda ante sa- pientia est, ut per illam intelligere valeamus quæ sit voluntas Dei. Non enim possumus caute ambulare, nisi prius . intellecta voluntate Dei. In omni ergo opéré primum considerandum quid velit Deus; et habito judicio,. id postea faciendum, quod illi placeie fuerit comprobatum. « Et nolite inebriari vino,.in quo est Iuxuria; sed impleamini spiritn. >> Quomodo non possumus duobus dominus servira, Deo .et mammonæ Matth . vi; sic non possumus. spiritu. impleri pari ter, et vino. Qui énim spiritu impletui*, habet prudentiara, et mani- 480 SAINT JEROME dence, sa douceur, sa pudeur, sa chasteté. Celui, au contraire, qui est rempli de vin, affiche l’imprudence, la fureur, l'effronterie, la dissolution. Tous ces vices me paraissent ren¬ fermés dans un seul, la luxure. Si quelques-uns m’avaient bien compris, ils ne m’auraient jamais accusé de témérité ou d’hérésie, lorsque dans mon traité sur la manière de conserver la vir¬ ginité, j’ai conseillé aux jeunes personnes de ne poin^ faire usage de vin, de ne point- jeter de l’huile sur le feu, et de ne point accroître la chaleur naturelle de la chair par ce qui peut exciter la volupté. On peut aussi entendre ce vin d’où naît la luxure, de celui dont Moïse a dit : « Leur vin est l’écume des dragons et le venin mortel des aspics, » Deut. xxxn, 33, parce que tous ceux qui sont enivrés des pensées de ce siècle, boivent de ce vin, perdent la rai¬ son, le vomissent, tombent la tête la première dans le précipice; et, selon le récit fabuleux des Lupithes et des Centaures, sont entraînés dans une ruine commune. A ce vin, est opposé le vin que Notre-Seigneur a promis de boire avec nous dans son royaume Marc xiv. Nous avons fré¬ quemment fait la remarque que le nom d’esprit sans addition, est employé en bonne part, et nous croyons devoir la renouveler ici. « Vous entretenant entre vous de psaumes, d’hymnes et de cantiques spirituels, chantant et psalmodiant du fond de vos cœurs à la gloire du suetudinem, verecundiam, castitatera. Qui vino, habet insipientiam, furorem, procacitatem, libidinem. Hoc quippe æstimo uno verbo signiflcare Iuxuriam. Quod si quidam intelligerent, numquam me temeritatis et hæ- reseos arguissent, quod in virginitate servanda dixerim vinum adolescentulis declinandura, et non mittendum super flàmmam oleum, nec naturalem carnis ardorem fomentis voluptatis augendum. Potest autem vinum, in quo est luxuria, et illud accipi, de quo in cantico Moysi dicitur : « Furor draconum vinum eorum, et furor as- pidum insanabilis » Deut. xxxn, 33; quod omnes qui sæculi istius cogitatione sunt ebrii, bibunt et insaniunt, et vomunt, et prœcipites corruunt. Et juxta Lapitba- rum, Centaurorumque fabulam, in mutuum feruntur exitium. Huic vino illud vinum contrarium est quod Dominus se nobiscum in regno suo bibilurum esse pro- mittit Mare . xiv. Fréquenter annotavimus, nomen spi- ritus absque additamento, in bonam positum partem; quod quidem-etiam nunc observandum videtur. « Lo'quentes vobismetipsis in psalmis, et hymnis, et canticis spiritualibus, cantantes et psallentesin cordibus Seigneur. » Celui qui a^su s’abstenir de l’ivresse du vin d’où naît la luxure, et qui pour cela même a été rempli de l’Esprit— Saint, peut tout prendre dans un sens spirituel, les psaumes, œs hymnes et les cantiques. Or, en quoi diffèrent entre eux le psaume, l’hymne et le cantique? C’est ce que nous apprenons parfaitement dans le Psautier. Disons maintenant en peu de mots que les hymnes ont pour objet de proclamer là force et la majesté de Dieu, de louer et d’admi¬ rer toujours ses bienfaits ou ses actes. C’est aussi ce que contiennent les psaumes qui sont pré¬ cédés ou suivis de V alléluia. Les psaumes ont pour sujet propre une vérité morale, et c’est ainsi que nous connaissons, par l’organe, du corps, ce que nous devons faire ou éviter. Celui, au con¬ traire, qui discute sur des matières supérieures, et qui disserte en homme subtil sur le concert du monde, sur .l’ordre et l’harmonie qui régnent dans toute la création, celui-là chante un can¬ tique spirituel. Ou bien, (pour rendre plus clair aux esprits simples ce que nous disons,) le psaume se rapporte au corps, le cantique à Pâme. Nous devons donc. chanter, psalmodier et louer Dieu bien plus de l’esprit que de la voix. C’est la recommandation que fait l’Apôtre : « Chantant et psalmodiant du fond de vos cœurs à la gloire du Seigneur. » Que les jeunes gens recueillent cet avertissement; qu’il soit aussi entendu de ceux à qui incombe le devoir vestris Domino. » Qui se abstinuerit ab ebrietate vini, in quo est luxuria, et pro hoc spiritu fuerit impletus, iste omnia potest accipere spiritualiter, psahnos, hym- nos, et cantica. Quid autem' intersit inter psalmum et hymnum et canticum, in Psâlterio plenissime clisci— mus. Nunc autem breviter hymnos esse dicendum, qui fortitudinem et majestatem prædicant Dei, et ejusdem semper, vel bénéficia, vel facta mirantur. Quod omnes psalmi continent, quibus alléluia, ve) præpositum, vel subjectum est; psalmi autem proprie ad ethicum ' locum pertinent, ut per organum corporis, quid facien- dum, et quid vitandum sit, noverimus. Qui. vero de superioribus disputât, et concentum mundi omniumque creaturarum ordinem atque concordiam subtilis dis- putator edisserit, iste spiritüale canticum canit. Vel certe (ut propter simpliciores manifestius quod vo- lumus, eloquamur) psalmus ad corpus; canticum re- ^fertur ad riientem. Et canere igitur et psallere, et ■ laudare Dominum magis animo quam voce debe- mus. Hoc est . quippe quod dicitur : « Gantantes et psallentes in cordibus vestris Domino. » Audiant hæc 481 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS de psalmodier dans l’Église. C’est non point de la voix, mais du cœur, qu’il faut chanter en l’honneur de Dieu. Il ne s’agit point d’enduire le gosier et la gorge avec des préparations onc¬ tueuses, pour faire entendre dans l’église des modulations et des chants de théâtre, mais de chanter dans la crainte, dans les œuvres, dans la science des Écritures. Qu’uq homme, comme on dit, soit cacophone , ait une voix discor¬ dante, s’il est un homme de bonnes œuvres, son chant est doux à l’oreille de Dieu. Que le serviteur de Jésus-Christ chante de telle manière que les paroles qu’il chante soient agréables à Dieu plutôt que la voix qui les exprime; c’est ainsi que l’esprit mauvais qui était dans Saül sera également chassé de ceux que cet esprit possède, et qu’il n’entrera point dans ceux qui ont fait de la maison de Dieu un théâtre populaire. « Rendant grâces toujours et pour toutes choses, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ à Dieu et Père. » L’Apôtre fait une recomman¬ dation semblable dans la première épître aux Thessaloniciéns : « Soyez toujours dans la joie, priez sans cesse, rendez grâces en toutes choses. » I Tfiess. v, 16. 17. Ce précepte est observé par celui-là seul qui sait que le gouver¬ nement de la Providence divine s’étend jusqu’à adolescentuli; audiant hi quibus psallendi in eccle- sia officium est, Deo non voce, sed corde cantan- dum ; nec in tragoedorum modum guttur et fauces dulci medicamine colliniendas, ut in ecclesia thé⬠trales . inoduli aucliantur et canlica, sed in timoré, in opéré, in scientia Scripturarum. Quamvis sit aliquis ut soient illi appellare xaxocptovog, si ,bona opéra ha- . buerit, dulcis apud Deum cantor est. Sic cantet sèr- vus Christi, ut non vox canentis, sed verba placeant quse legnntur; ut spiritus malus qui erat in Saule 1 Reg. xvi, ejiciatur ab bis qui similiter ab eo possi- dentur, et non introducatnr in eos qui de Dei domo (1) scenam fecere populorum. « Gratias agentes semper pro omnibus, in nomine Domini nostri Jesu Christi Deo et Patri. » Huic quid simile et in Epistola ad Thessalonicenses prima scri- ptum est : « Semper gaudete, sine intermissione orale, in omnibus gratias agite » I Thess. v, 16, 17. Quod præceptum ille solus custodire potest, qui providentia Dei novit étiam quinque passeres, qui venduntur di- cinq passereaux qui se vendent au marché, et dont pas un seul ne tombe dans le piège sans la volonté de Dieu Luc xn. Saint Paul dit : « Rendant grâces toujours et pour toutes choses, » c’est-à-dire qu’il recommande, deux choses, que nous rendions grâces à Dieu en tout temps, et pour toutes les choses qui nous arrivent, non seulement pour les événements que nous regardons comme favorables, mais pour ceux qui sont pour nous un sujet de peine, qui arrivent contre notre volonté, et que notre âme pleine de joie laisse échapper ce cri à la louange de Dieu : Je suis sorti nu du sein ,de ma mère et j’y rentrerai nu, comme il a plu au Seigneur, il a été fait : que le nom du Sei- ' gneur soit béni, » Job T, 21. Nous trouvons . chez les .hommes prudents la pratique de cette action de grâces, tant générale que particulière; elle est générale lorsque nous rendons grâces à Dieu de ce que le soleil se lève pour nous, de "ce que le jour s’écoule, de ce que la nuit fait place ■ au repos, de ce que les ténèbres sont tempé¬ rées par la clarté de la lune, de ce que les évo¬ lutions du temps sont mesurées par le lever et le couchor des étoiles; de l’utilité des pluies et de la fécondité de la terre, de ce que tant d’ani¬ maux divers nous ont été donnés, soit pour nous porter, soit pour travailler, soit pour la nourri- pondio, gubernari ; quorum unus non cadit in laqueum sine Patris voluntate Luc . xn. Quod autein ait : « Gratias agentes, et semper, et pro omnibus, » dupliciter intuendum, ut et in omni tenipore, et pro omnibus quse nobis accidunt, Deo gratias referamus ; ut non tantum pro bis quæ bona putamus, sed etiam quæ nos coarctant, et contra nostram veniunt volun- tatem, in Dei præconium mens læta prorumpat, et dicamus : « Nudus exivi de utero matris meæ, nudus et redeam ; sicut placuit Domino, ita factum est ; sit nomen Domini benedictum » Job. i, 21. Hæc actio gratiarum apud prudentes viros, et generaliter et speci- aliter observatur. Generaliter ut gratias agamus Deo, quod nobis sol oritur, dies currit, nox mutatur in requiem, splendore lunæ tenebræ temperantur, et ortu occasnque slellarum tempora mutantur, et redeunt ; quod nobis serviunt pluviæ, terra parturit, elementa famulantur ; quod tantse animalium varietates, vel ad vehendum, vel ad operandum, vel ad vescendum, vel ad tegmen, vel ad exemplum, vel ad miraculum datse ecclesiis nostris, ubi audipntur théâtrales moduli ot dulcia Opéra » - (1) Velus hœc damnaiaque licet a Patribus consuetudo viget hodie in cantica, quue de domo Dei scenam faoiunt populorum convenLeritium ad mulcendas auros vocibus et modulis tragoedorum, quos vulgo « 'Vocant. Èdt'Mig. Tom. x. 31 482 SAINT cure et le vêtement, soit pour l’exemple et comme un prodige, et enfin de ce que Dieu nous a donné la vie, de ce qu’il nous la conserve, de ce que nous sommes comme les administra¬ teurs de ce très puissant père de famille, dans sa propre maison et que tout ce qui existe dans le monde a été, nous le savons, créé pour nous. Elle est particulière, quand nous remer¬ cions Dieu des bienfaits qu’il nous accorde. Mais c’est ce que font également le gentil, le juif, le publicain et le païen. La vertu propre des chré¬ tiens, c’est de rendre grâces à Dieu, même dans les choses que l’on regarde comme contraires. Si, par exemple, notre maison s’écroule, si une épouse bien-aimée, si des enfants nous sont enlevés par la captivité, par le poison ou par un naufrage, si notre santé se trouve atteinte et brisée par d’innombrables maladies, ou par l'a goutte débilitante, toujours en perspective aux malheureux. Ceux qui pensent être parvenus à un certain degré de sainteté, ont coutume de rendre grâces à Dieu de ce qu’il les a délivrés ou de grands dangers ou de grandes misères. Mais d’après l’Apôtre, la vertu consommée est de rendre grâces à Dieu au milieu même des dangers et des misères, et de tenir toujours ce langage : Béni soit Dieu, je sais que je souffre beaucoup moins que je ne mérite, ces épreuves sont bien faibles en comparaison de mes péchés, je suis digne de bien plus grands châtiments. Eiirit ; et ad extremum, quod nati sumus, quod subsistimus, quod in mundo quasi in quadam domo potentissimi patrisfamilias procurationem gerimus, et totum quidquid in mundo est, nostri causa intelh- gimus procreatum, Specialiter vero, quando in Dei beneficiis quæ nobis accedunt, gratulamur. Sed hoc et gentilis facit, et Judæus, et publicanus, et ethnicus. Christianorum propria virtus est, etiam in his quæ adversa putantur, referre gratias Greatori. Si domus corruerit, si amantissima uxor et filii vel captivitate, vel veneno, vel naufragio intercepti sint, si divitias proscriptione perdidimus, si sanitatem innumerabiles morbi, et semper exspectanda miseris podagræ débilitas f regerit. Qui sibi sanctiores videntur, soient Deo re ferre gratias quod de periculis, vel de miseriis liberati sunt. Sed juxta Àpostolum hæc virtus est maxima, ut in ipsis periculis atque miseriis, Deo gratiæ referantur, et semper dicamus ; Benedictus Deus, minora me scio sustinere uam mereor ; hæc ad mea peccata parva sunt ; nihil mihi dignum redditur. Hic animus Ghristiani est, hic Cracem suam tollons, sequitur Salvatorem, quem nec l JÉROME Voilà l’esprit du chrétien, il prend sa croix et marche à la suite du Sauveur, sans que les pri¬ vations et les pertes lui fassent perdre courage. Il est celui dont Horace a dit : Si l’univers brisé vient à tomber sur lui, il restera inébranlable et sans crainte au milieu de ' ses ruines. Or, celui qui, comme nous l’avons dit, rend grâces à Dieu et au Père, doit le faire au nom du médiateur de Dieu et des hommes, Jésus-Christ, car ce n’est que par lui que nous pouvons approcher du Père. « Vous soumettant les uns aux autres dans la crainte de Jésus-Christ. » Que les évêques écoutent ces paroles, que les prêtres, que tout l’ordre des docteurs entendent cette vérité, qu’ils doivent se soumettre à leurs inférieurs et imiter l’Apôtre qui disait : « Lorsque j’étais libre à l’égard de tous, je me suis fait- l’esclave de tous pour en gagner un plus grand nombre, » I Cor. rx, 19; et dans , un autre endroit ; « Soyez par la charité les serviteurs les uns des autres, » Gai. v, 13. C’est dans ce même esprit de charité qu’il s’est lui-même rendu le serviteur de toutes les Églises des Gentils. Le Sauveur aussi a pris la forme de serviteur, pour se mettre au service de ses disciples et il leur a lavé les pieds, Jean xur. Il y a cette différence entre les princes des nations et ceux des chrétiens, que les premiers dominent sur leurs sujets, tandis que nous, au contraire, nous sommes leurs ;serviteurs, et orbitas, nec damna débilitant. . Quem, ut Flaccus in lyrico carminé ait : Si fractus illabatur orbis, Impavitlum ferient ruinæ. Qui autem, sicut diximus, gratias agit Deo et Patri, in mediatore Dei et hominum référât eas Chris to Jesu ; quia nisi per ilium accedere non vaiemus ad Patrem. « Subjecti invicem in timoré Christi. » Audiant hæc episcopi, audiant presbyteri, audiat omnis ordo doc- torum ; subjectis suis se esse subjectos, et iniitentur dicentem Apostolum : « Gum enim essem liber ex omnibus, omnibus meipsum servum feci, ut omnes lucrifacerem » I Cor , ix 19. Et in alio ]oco ; « Per charitatem servite invicem » Galat. v, 13. Unde et ipse eadem charitate omnibus gentium servivit Ecclesiis. Salvator quoque formam servi accepit, ut serviret discipulis suis, et pedes eorum lavit Jocm. xm. ^Hoc interest inter Gentium principes et Christianorum, quod iili dominantur subditis, nos servimus, et in eo majores sumus, si minimi omnium fueriraus. Sed et hoc COMMENTAIRES SUR I nous sommes d'autant plus grands que nous nous faisons les plus petits de tous. L’Apôtre ajoute : « dans la crainte de Jésus-Christ, » c’est-à-dire que nous devons nous soumettre, non en vue do la gloire des hommes, mais dans la crainte de Jésus-Christ, parce que nous craignons de l'offenser. Un autre interprète ces paroles : « Soumis les uns aux autres dans la crainte de Jésus-Christ » comme une proposition générale qui se divise et se subdivise dans ce qui suit : << Que les femmes soient soumises à lours maris, » et : « Enfants, obéissez à vos parents ; » et encore : « Serviteurs, obéissez à vos maîtres selon la chair avec crainte et tremblement, » c’est-à-dire que ce n’est pas seulement l’épouse qui doit obéir à son mari, les enfants à leurs parents, les serviteurs à leurs . maîtres, mais aussi les maris à leurs femmes, selon le com¬ mandement qui leur en est fait; et' les pères aux enfants, en ne les provoquant pas à la colère; et les maîtres à leurs serviteurs, en leur épargnant les menaces et en leur donnant ce qui leur est nécessaire; qu’ils soient soumis les uns aux autres, et cela dans la crainte de Jésus-Christ et que de même qu’il s’est soumis à ses serviteurs, ainsi que ceux qui paraissent plus élevés, soient soumis à leurs inférieurs en leur rendant les offices qui sont proscrits. Nous pou¬ vons aussi entendre ici la crainte dans le sens d’euAaêefo, c’est-à-dire de respect, sentiment qui est plus rapproché de la charité. Car il ne quod ait : « In timoré Ghristi, » sic accipiendnm, ut ipsa subjectio non propter hominnçû gioriam, sed propter timorem Christi fiat, dum ilium timemus offendere. Alius vero sic interpretabitur : « subjecti invicem in timoré Christi ; » ut ha ne sententiam gene- ralem in consequentibus dividi dicat atque partiri : « Mulieres viris suis subditæ sint ; » et : « Filii, obedite parentibus ; » et : « Servi, obedite dominis carnalibus cum timoré et tremore ; » ut non solum uxor viro, et filii parentibus, et servi dominis ; sed etiam viri mulieribus, juxta officium quod præceptum est ; et patres filiis, ne illos ad iracundiam provocent ; et domini servis, ut remittant minas, et præbeant his quæ habent necessaria, invicem Sint subjecti ; et hoc ex Christi timoré faciant ; ut quomodo servis suis fuit ille subjectus ; , sic et hi qui majores videntur, subjiciantur minoribus suis reddendo officia quæ jubentur. Pos- sumus hic timorem et pro euAaëeAx, id est, « reve- rentia » accipere, quæ magia vicina est charitati. ËPITRE AUX ÉPHËS1ENS .483 convient pas que les Éphésiens agissent par un motif de crainte et non sous l’inspiration . de la charité de Jésus-Christ. « Que les femmes, soient soumises à leurs maris comme au Seigneur, parce que l’homme est le chef de la femme, comme le Christ est le chef de l’Église. » Ces mots : « soient sou¬ mises, » qui ont été ajoutés dans les manuscrits latins, ne se trouvent pas dans le texte grec. En effet, cette proposition so rapporte à la pré¬ cédente que l’on sous-entend : « Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte de Jésus- Christ, » et de cette proposition générale résulte comme conséquence, la soumission des femmes à leurs maris, comme au Seigneur. Mais ce sens est plus clair dans le grec que dans le latin. De même' donc que' l’Église est soumise à Jésus- Christ, ainsi que la femme soit soumise à son mari. Car l’autorité et la soumission qui conviennent à Jésus-Christ et à son Église sont des obligat/ons imposées au mari et à la femme. Mais considérons que l’union de Jésus-Christ ot de son Église étant sainte, l’union de l’homme et de la femme doit revêtir ce même caractère de sainteté. De même donc que toute réunion d’hérétiques ne peut être appelée TÉgiise de Jésus-Christ, et que Jésus-Christ n’est point leur chef, ainsi tout mariage qui n’est pas contracté selon les préceptes du Christ, ne peut être appelé légitimement un vrai mariage, c’est bien plutôt un adultère. Nous voyons ailleurs que i Nequaquam enim convenit Ephesiis, ut timoré quid faciant, et non dilectione Ghristi. « Muljeres viris suis subditæ sint sicut Domino- quoniam vir capnt est mulieris, sicut et Christus caput Ecclesia}. » Hoc quod in Latinis exemplaribus additum est, « subditæ sint, » in Graecis codicibus non habetur ; siquidem ad superiora refertur, et subauditur : « Subjecti invicem in timoré Christi, » ut xotvoG resonet subjecUe, « et mulieres viris suis sicut Domino. » Sed hoc magis in Græco intelligitur, quam in Latino. Quomodo itaque Cliristo subjecta est Ecolesia ; sic sub- jecta sit uxor viro suo. Quem enim habet prinoipatum et subjectionem Christus et Ecclesia, huic eidem ordini maritus et uxor astringitur. Sed videndum, ut quo¬ modo in Christo, et in Ecclesia sancta sit copula. Sicut autem non omnis congregatio hæreticorum Christi Ecclesia dici potest, nec caput eorum Christus est ; sic non cmne matrimonium quod non viro 'suo secun’dum Ghristi præcepta conjungitur, rite conjùgium appellari / 484 SAINT JÉROME l’épouse est soumise à son mari comme là son maître, parce que. c’est vers lui qu’elle se tourne, et qu’il a l’empire sur elle. C’est ainsi que Sara appelait Abraham son maître Gen. xvni. Cette servitude spontanée établit d’autant plus l’égalité entre les époux, qu’elle est le fruit de la volonté, et je dirais plus, par son obsé¬ quiosité, elle réduit en servitude celui qui a l’autorité. Il en est qui interprètent ces paroles dans un sens anagogique; i’épouse, disent-ils, c’est le corps, l’homme c’est l’âme. Et de même que l’Église est soumise à Jésus-Christ, ainsi les corps doivent être soumis à l’âme, et être réduits en un seul esprit, s’ils sont unis au Sei¬ gneur. « Car celui qui s’attache au Seigneur devient un même esprit avec lui. « Et il est le sauveur de son corps. » L’Égliso par sa nature, est plus rapprochée do, la nature de Jésus-Christ, en même temps qu’elle lui est inférieure. C’est pour cela, je pense, que l’Apôtre l'appelle le corps du Christ, corps dont le sauveur est Jésus-Christ, c’est-â-dire le Verbe, la sagesse et les autres vertus qui nous font comprendre le Verbe de Dieu. Cherchez avec soin, si vous pourrez trouver dans les divines Écritures, un seul endroit où le mot chair soit employé comme signifiant l’Église; nulle part l’Église n’est appelée la chair de Jésus-Christ, mais bien le corps de Jésus-Christ. Comme donc l’Église est soumisoà Jésus-Christ, potest, sed magis adulterium. Alias autem subjicitur uxor viro ut domino ; quia ad ipsum conversio ejus est, et ipse illius dominabitur Gen. ni. Nam et Sara dominum vocabat Abraham 6r en. xviii. Quæ spontanea servilus, quanto magis fuerit voluntate subjecta, tanto esse incipit coæqualis ; quinimmo, obsequiis suis in servitutem redigere dominantem. Quidam hune locum secundum anagogen ita interpretantur, ut dicant uxorem in corpcre, virum accipi in animo. Et sicut Chris to subjecta est Ecclesia ; ita corpora subjici debere sensui, et in unum spiritum redigi, si Domino fuerint copulata. « Qni enim adhæret Domino, unus . spiritus est» I Cor, vi, 17. Selon le sens littéral de fces paroles, l’Apôtre après avoir fait un précepte de la charité mu¬ tuelle entre les deux époux, nous commande maintenant de nourrir nos épouses, d’en pren¬ dre soin, de leur procurer le vivre, le vêtement et les choses nécessaires. Mais on peut nous objecter que la proposition de l’Apôtre : « Per¬ sonne n’a jamais haï sa propre chair n’est point vraie, puisque nous voyons ceux qui sont atteints de la jaunisse, d’un cancer, d’un ca¬ tarrhe préférer la mort à la vie, et avoir de la haine pour leurs corps. Expliquons donc ces paroles dans un sens tropologique, et disons que l’âme doit aimer cette chair appelée à voir le salut de Dieu, qu’elle doit la nourrir, la com¬ bler de soins en l'instruisant et la disciplinant, en l’engraissant du pain céleste, en l’armant du sang de Jésus-Christ, afin que fortifiée et puri¬ fiée tout ensemble, elle puisse en toute liberté suivre son mari sans être appesantie par aucune infirmité, ni surchargée par aucun poids. Disons encore que par une heureuse imitation de Jésus-Christ qui nourrit et comble l’Église de prévénances,. et dit à Jérusalem : < Combien de Qui uxorem suam diligit, seipsum diligit, nemo enim umquam carnem suam odio habuit, sed nutrit et fovet éam, sicut et Christus Ecclesiam. Quantum ad sirnplicem intolligentiam pertinet, sancta iuter virum et uxorem cbaritate præcopta, nuncjubemur ut nutriamus, et foveamus conjuges, ut scilicet eis victum atque vesti- tum, et ea quæ sunt necessaria præbeamus. Sed opponi nobis potest, quod non sit vera sententia dicentis Apos- toli : « Nemo euim umquam carnem suam odit, » cum morbo regio laborantes^et ptysi, et cancere, et distilla- tiouibus, mortem vitæ præferant, et sua oderint corpo- ra. Magis itaque ad tropicam intelligentiam serino refe- ratur, et dicamus, quod illam carnem quæ visura sit salutare Dei, anima diligat, et nutriat et foveat, eam disciplinis erudiens, et cœlesti saginans pane, et Cbristi sanguine irrigans, ut refecta et nitida possit liboro cursu virum sequi, et nulla debilitate, et pondéré [Al. nullo debilitatis pondéré] prægravari. Pulchre etiam in simili- tudiuem Christi nutrientis, et foventis Ecclesiam, et di¬ centis ad Jérusalem : « Quoties volui congregare ûliqs 488 SAJNT JEROME fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses petits sous- ses ailes, et tu ne l’as pas voulu? les âmes soignent et protè¬ gent leurs corps, afin que cette nature corrupti¬ ble revête l’incorruptibilité, et qu’entraînée dans les airs par la légèreté de ses ailes elle puisse plus facilement être élevée dans les airs. Maris, prodi¬ guez donc de tendres soins à vos épouses, âmes, agissons de même à l’égard de nos corps, afin que les épouses deviennent des hommes, et les corps des âmes. Qu’il n’y ait plus de différence de sexe, mais que de même que parmi les anges il n’y a ni homme ni femme, nous qui devons être un jour semblables aux anges, nous com¬ mencions d’être ce que nous serons un jour dans le ciel d’après la promesse divine. « Parce que nous sommes les membres de son corps, formés de sa chair et de ses os. » Gomme nous sommes les membres du corps de Jésus- Christ, et quo Jésus-Christ nourrit et soigne l’Eglise, nous devons donc, nous aussi, nourrir et soigner notre chair que personne n’a jamais haïe. Or, nous sommes les membres du corps de Jésus-Christ, non selon la nature divine et éter¬ nelle, mais selon la nature humaine à laquelle il a daigné s’unir. Disons cependant que l’homme . auquel il s’est uni, a bien la même mature que nos corps, mais non pas la môme origine, car -nous sommes le produit du sang de l’homme; tandis que le Christ est né de l’Esprit-Saint. On peut encore donner cette autre explication : tuos sicut gallina congregat puUoa suos sub alas, et no- luisti ? » animæ quoque fovent corpora sua, ut corrupti- vum hoc induat incorruptionem, et alarum levitate sus- pensum, in aerem facilius elevetur. Foveainus igitur et vin uxores et animæ nostra corpora, ut et uxores in vi- ros, et corpora redigantur in animas. Et nequaquam sit sexuum ulla diversitas ; sed quomodo apud angelos non est vir et mulier; ita et nos, qui similes angelis futuri Bumus, jam nunc incipiamus esse quod nobis in cœlesti- bus repromissum est. « Quoniam membra sumus corporis ejus, ex carne ejus, et ex ossibus ejus. » Quia membra sumus corporis Christi, et Christus nutrit et fovet Ecclesiam ; ideo et nos nutrimus, et fovemus carnem nostram, quam nemo unquam odio habuit. Membra autem sumus corporis Christi, non secundum naturam divinitatis æternæ, sed juxta id quod hominem est dignatus assumere. Quam- quam et homo ipse qui assumptus est, habe'at naturam nostrorum corporum, sed non habeat originem. Nos enim ex humano seminé ooagulamur, ille de Spiritu Comme l’Église est le corps de Jésus-Christ, et que l’Église est la réunion de tous ceux qui croient, saint Paul et les Éphésiens sont membres de ce corps, c’est-à-dire qu’ils sont l’Église de Jésus-Christ. « A cause de cela, l’homme laissera son père et sa mère, et ils seront deux dans une seule chair. » Les apôtres et les évangélistes ne se sont pas .servis des mêmes expressions, nous en avons fait souvent la remarque, en les compa¬ rant aux textes de l’ancien Testament tels qu’ils sont contenus dans les livres divins, nous en avons encore une preuve ici. En effet, voici ce témoignage tel que nous le lisons dans la Genèse : « A cause de cela l’homme laissera son père et sa mère, ot s’attachera à son épouse; . et ils seront deux dans une seule chair» Gen. n, 24. L’Apôtre, au contraire, au lieu de : eve^ev toutou c’est-à-dire, « à cause de cela » dit : avril toutou qui ne peut être rendu autrement en latin. Ensuite, au lieu de « son père et sa mère, » il a supprimé les pronoms, en disant seulement : « père et mère. » Enfin ce membre de phrase du milieu : « Et il s’attachera à son épouse, il l’omet entièrement, et rattache immé¬ diatement à ce qui précède la fin de la proposi¬ tion ; « Et ils seront deux dans une seule chair. » , Nous avons fait ici cette remarque afin que dans les autres endroits où nous voyons cités par les apôtres des témoignages empruntés aux prophè¬ tes et à l’ancien Testament et qui ne se trou- sancto natus est. Potest autem et aliter dici : Quoniam corpus Christi Ecclesiæ est, et Ecclesia de cunctis credentibus congregatur, Paulus et Ephesii membra sunt corporis, id est, Ecclesia Christi. « Propter hoc relinquet liomo patrem et matrem, et erunt duo in carne una. » Quod fréquenter annotavimus, apostolos et evangelistas non ei&dem verbis usos esse, Testamenti veteris exemplis, quibus in propriis volumi- nibus continentur, hoc et hic probamus, siquidem tes- timonium islud ita in Genesi scriptum est : « Propter hoc reliuquet homo patrem suum et matrem suam, et adhærebit axori suæ, et erunt duo in carne una » Gen. n, 24. Nunc autem Apostolus pro eo quod ibi habetur, £V£Xsv toutou, id est, «■ propter hoc, » posuit (xvtltoutou, quod Latine al.iis verbis dici non potest ; deinde. pro « pâtre suo et matre sua, » pronominà abstulit, et « pa¬ trem » tantum posuit « et matrem, » et quod in medio dicitur, « et adhærebit uxori suæ, » hic penitus præter- misit, et tantum quod sequebatur hoc dictum, superio- ribus copulavit, et posuit* « et erunt duo in Canu ' COMMENTAIRES SUR L'ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 489 vent pas dans nos manuscrits, nous ne nous hâtions pas de les traiter d’inepties ou .d'extra¬ vagances des. apocryphes; il faut bien plutôt nous rappeler que ces témoignages se trouvent dans l’ancien Testament, mais qu’ils n’ont pas été ' cités textuellement par les Apôtres, ils ont rendu bien plutôt surtout le sens, et il n’y a que ceux qui sont exercés, qui puissent trouver l’endroit d’où ils sont tirés. L’Apôtre a donc pris l’exemple d’Adam et d’Ève pour exhorter l’homme et la femme à un amour mutuel. De même donc que Dieu a ôté une côte à Aaam, et en a formé la femme, et que la femme, à son tour, en vient à ne faire qu’une seule chair avec son mari, parce que celui qui aime son épouse s’aime lui-même, ainsi devons-nous aimer nos épouses. Le même exemple s’explique dans le sens allégorique de Jésus-Christ et de l’Égliso, c’est-à-dire qu’Adam figure le Christ,- et qu’Ève figure l’Église; car le dernier Adam a été fait esprit vivifiant, 1 Cor. xv. Et de même que d’Adam et de sa femme sort tout le genre humain, ainsi c’est de Jésus-Christ et de l’Église que toute la multitude des croyants a été engen¬ drée. Dès qu’elle est devenue le corps unique de l’Église, elle est de nouveau placée sur le côté de Jésus-Christ; elle remplit le vide laissé par la côte, et devient un seul corps avec son époux, una. » Hoc autem totum nuric idcirco observavimus, ut etiam in cæteris locis, sicubi testiinonia quasi de pro- phetis, et de veteri Testamento ab apostolis usurpata sunt, et in nostris codicibus non habentur, nequaquam statim ad apocryphorum ineptias, et deliramenta cur- ramus, sed sciamus scripta quidem ea esse in veteri Testamento, sed non ita ab apostolis édita, ei sensuin rnagis usurpatum ;■ nec facile nisi a studiosis posse ubi scripta sint, inveniri. Igitur ad exhortationem mutui affectus inter uxorem et virum, Adam et Evæ sumpsit exempt um. Ut quomodo Costa tollitur de Adam, et ædi- iicatur. in.conjugem, et ipsa rursum conjux in unam viri carnem redigitur, quia qui lixorem diligit, seipsum diligit; ' sic et nos nostras amemus uxores. Idipsum au- dem per allegoriam in Christo interpretatur, et in Eccle- sia, ut Adam Christum, et Eva præfiguraret Ecclesiam. Factus est enim novissimus Adam in spiritum vivifican- tem' I Çùr. xv. Et quomodo de Adam et uxore ejus omne hominum nascitur genus; sic de Christo et Ec¬ clesia omnis credentium multitudo generata est. Quæ unum Ècclesiæ corpus effecta, rursum in latere Christi ponitur, et costæ locum replet, et unum viri corpus effi- citur, ipso Domino id in Evànjgelio postulante ; « Pater, au témoignage du Sauveur qui dans l’Évangile fait à Dieu cette prière ; « Mon Père, faites que comme vous et moi nous sommes un, ils soient de même un en nous, » Jean, xvn, 21. Deman¬ dons à Marcion en . vertu de quelle raison ce passage emprunté à l’ancien Testament, peut s’appliquer à Jésus-Christ et à l’Église; puisqu’il prétend que l’ancien Testament n’a absolument aucun rapport avec Jésus-Christ. « Ce sacrement est grand, je dis dans le Christ et dans l’Église. » Toute l’histoire d’Adam et d’Ève, telle qu’elle est racontée dans la Genèse, ne peut, comme beaucoup le pensent, se rappor¬ ter facilement à Jésus-Christ et à son Église, mais seulement la citation faite ici par l’Apôtre : « À cause de cela, Thomme laissera son père et sa mère, et s’attachera à son épouse, et ils seront deux dans une même chair. » En effet, le pre¬ mier homme et en même temps le premier pro¬ phète, Adam a fait cette prophétie du Christ et de son Église, que. Notre-Seigneur et Sauveur a laissé Dieu son Père et sa mère la Jérusalem céleste, qu’il est venu sur la terre pour son corps qui est l’Église, qu’il Ta formée de son côté, et . que pour elle le Verbe s’est fait chair. -Et comme tous les sacrements ne sont pas égaux, mais que l’un êst plus grand, l’autre inférieur, l’Apôtre dit : « Ce sacrement est, grand» et il donne une da, ut quomodo ego et tu unum sumus : sic et ipsi in t nobis unum sint » Joan. xvn, 21. Interrogemus Marcio- nem qua consequentia locum istum qui de veteri usurpa- tus est Instrumente, in Christum et in Ecclesiam in- terpretari queat, cum juxta ilium Scriptura vêtus om- nino non pertineat ad Christum. « Sacramentum hoc magnum est, ego autem dico, in Christo et in Ecclesia, » Non, ut plerique existimant, omnjs historia quæ de Adam et de Eva in Genesi scri¬ pta est, ad Christum et ad Ecclesiam facile referri po- test, sed tantummodo quod in pïæsenti loco poniturj id est : « Propter hoc relinquet homô patrem suum et matrem suam, et adhærebit uxori suæ, et erunt duo in carne una. » Primus enim homo, et pcimus vates Adam, hoc de. Christo et Ecclesia prophetavit : quod reliquerit Dominus noster atque Salvator Patrem suum Deum, et matrem suam coelestem Jérusalem, et venerit ■ ad terras propter suum corpus Ecclesiam, et de suo eam latere fabricatus sit, et propter illam Verbum caro fac¬ tum sit. Et quia non omnia æqualia sacramenta sunt, , sed est aliud sacramentum inajus, et aliud minus, pro- pterea nunc dicit : « Sacramentum hoc magnum est; » simulque humilitatis ejus indiciub est inferentis : « Ego 490 SAINT JÉROME preuve de son humilité en ajoutant : « Je le dis dans le Christ et dans l’Église. » Grégoire de Nazianze, homme éloquent et profondément instruit dans les Écritures, discutant avec moi ce passage, me disait : Voyez combien est grand le sacrement dont il est question dans ce cha¬ pitre, -à ce point que l’Apôtre, l’expliquant de Jésus-Christ et de l’Église, n’affirme point en avoir donné une interprétation en rapport avec, la dignité du témoignage, mais semble dire : Je sais que ces paroles sont pleines d’ineffables mystères, et qu’elles demanderaient un cœur divin pour les interpréter. Quant à moi, eu égard à la faiblesse de mon intelligence, je crois devoir les expliquer en Jésus-Christ et en son Église, non pas que rien puisse être plus grand que le Christ et l’Église, mais parce qu’il est difficile que tout ce qui est dit d’Adam et d’Ève soit expliqué de Jésus-Christ et de l’Église. « Que chacun de vous donc aime sa femme comme lui-même. » Quelqu'un estimera peut- être que l’amour dont l’Apôtre fait un précepte au mari et à la femme est le même que nous sommes obligés d’avoir pour le prochain; car il est écrit : « Vous aimerez le prochain comme vous-même » LèviL xix, 18 et il est dit ici : « Que chacun de vous aime son épouse comme lqi-même, » donc l’amour pour le prochain et pour la femme est le mémo. Or, si le prochain, ' selon l’interprétation du Sauveur est tout homme autem dico in Christo et in Ecclesia. » Gregorius Na- zianzenus, virvalde eloquens, et in Scripturis apprime eruditus, cura de hoc mecura tractaret loco, solebat di~ cere : Vide quantum istius capituli sacramentum sit, ut Apostolus in Christo illud, et in Ecclesia inter pretans, non se ita asserat, ut testimonii postulabat dignitas, ex- pressisse; sed quodamraodo dixerit : Scio quia locus iste ineifabilibus plenus sit sacramentis, et divinum cor quærat interpretis. Ego autem pro pusillitate sensus mei, in Christo intérim illud, et in Ecclesia intelligen- chun puto ; non quo aliquid Christo et Ecclesia ma lus sit; sed quod totura quod de Adam et de Eva dicitur, in Christo et in Ecclesia interpréta ri posse, difficile sit. « Verumtameft et vos singuli uuusquisque suam uxo¬ rem sicut se diligal. » Æstimet aliquis eamdem inter raaritum et uxorem juberi ab Àpostolo charitatem, quæ in proximum ' præcepta est: sic enim scriptum est:. « Diliges proximum tuuui sicut 'teipsum » Levit. xix, 18, et nunc dicitur : et IJnusquisque suam uxorem sicut se diligat. » Ergo eadem in proximum et in uxorem cbari- tas erit. Quod si proximus, juxta interprefcationem Sal- pour son semblable, il n’y a donc aucune diffé¬ rence entre l’amour qu’on doit à son épouse et celui dont om doit aimer les autres hommes, ce qui est souveraiment absurde. A l’égard du pro¬ chain la particule est comparative, c’est-à-dire que vous devez aimer le prochain et désirer qu’il soit sauvé comme vous-même. Mais quand il , s’agit de l’épouse, l’adverbe comparatif « Comme » n’exprime pas une ressemblance, mais bieu plutôt une approbation, une confirmation qui donne du poids à la pensée. C’est ainsi que nous disons d’un homme : il s’est conduit comme un homme, et il est écrit du Sauveur : « Nous avons vu sa gloire, comme la gloire du Fils unique, » Jean, t, 14. Ce n’est pas que le Sauveur ait eu une gloire par comparaison avec un. autre Fils unique, puisqu’il est le seul Fils unique, et s’il y avait un autre Fils unique, il ne pourrait plus être appelé Fils unique. Il n’aŸait donc pas besoin de l’exemple d’un autre Fils unique, mais il a possédé la gloire comme un Fils uni¬ que, c’est-à-dire comme il lui convenait de la posséder. Lecommencement du psaume soixante- douze présente le même sens au moins dans la version grecque : èç àyaOoç b Qebç etc. ce que nos interprètes ont traduit par : « Quo le Dieu d’Israël est bon à ceux qui ont le cœur droit, » Ps . lxxii, 1. car dans le grec, le mot wç, c’est-à-, dire comme, paraît' exprimer plutôt une ressem¬ blance que l’affirmation de ce qui est dit, si on ne vatoris, ornais homo est homini ; nulla ergo erit inter uxorem et quorumlibet hominum dilectionera differentia charitatis, quod dicere valde absurdum est. Iq proximo enim similitudo ponitur, ut sic eum diligas sicut te, et cupias esse salvatum. lu uxore autem comparution is ad- verbium, « sicut, » non similitudinem, sed approbatio- tionem et confirmationem, cu:n quodam pondéré sonat. Quomodo dicimus de viro : quasi vir fecit, et de Salva- tore scriptum est : « Vidimus gloriam ejus, quasi glo- riam unigeniti » Joan. i, 14. N un quo ipse Salvator glo- riam habuerit ad comparationem alterius unigeniti : ipse est enim unigenitus. Et unigenitus si et alter tuerit, uuigenitus non potest appellari. Unde alterius unigeniti non indigebat exemplo, sed quasi unigénitum, hoc est, ut semetipsum decebat gloriam habere, posse- dit. Hoc idem et septuagesimi secundi psalmi, juxta Græcos tamen, exordium sonat : (bç Lyvtihq b Bebq tco Iap(X7|X xotç euÔécxL t7) xapSia, quod a nostris trans¬ latum est : « Quain bonus Deus Israël rectis corde » Puai, lxxii, .1. Alioquin juxta Græcos (bç, id est, « si¬ cut, » similitudinem magis videtur, quam firmitatem COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS veut pas y voip uno particule affirmative, mais comme un exemple. Il faut remarquer en même temps qu’il est commandé à l’homme d’aimer sa fournie, et à la fèmme de craindre son mari. L’amour, en effet, conviént à l’homme, comme la crainte à la femme; mais pour le serviteur, ce D’est pas seulement la crainte, mais le trem¬ blement, comme l’Apôtre lo leur recommande dans ce qui suit : « Serviteurs, obéissez à vos maîtres selon la chair, avec crainte et tremble¬ ment. » « Mais que la femme craigne son mari. » Si la crainte de Dieu qui a pour motif la crainte du châtiment, ne permet pas à celui qu’elle domine d’être, parfait, combien moins sera parfaite la femme qui craint non pas seulement Dieu, mais encore son mari? Examinons donc, s’il faut entendre ici dans le sens littéral, la femme et la crainte de la femme, d’autant plus que souvont il se rencontre des épouses bien meilleures que leurs maris, qui leur commandent, dirigent leur maison, et l’éducation de leurs enfants, et font régner la discipline dans leur famille, tandis que les maris courent, se livrent au désordre et à la débauche. Ces femmes doivent-elles diriger ou craindre leurs maris? Je laisse la réponse à la volonté du lecteur. Si au contraire, dans le sens allégorique, comme nous l’avons dit, l’épouse signifie le corps, et le mari l’es¬ prit, il n’y a rien d’inconvenant que la femme, significare dictorum, si non ut conûrmationem audieris, sôd quasi [Al. tacet quasi] exemplum. Simul et hoc at,- tendendum, quod Av diligere juhetur uxorem, mulier vero timere virum. Congruit enim viro dilectio, mulieri timor ; servo vero non solum inetus, sed et tremor jun- gitur. Unde et in consequentibus ait : « Servi, nbedite dominis carnalibus cum timoré et tremore. Mulier autem tirneat virum, » Si in Deum inetus propter timorem supplicii, nonsiniteum qui metuit esse perfectum ; quanto magis imperfecta erit mulier, non so¬ lum Deum, secl etiam virum metueus? Propter quofire- quirendum an carnaliter uxor intelligenda sit, et uxoris timor : cum fréquenter multo meliores maritis invenian- tur uxore^ et eis imper en t, et domum regant, et educent liberos, et fâmiliæ teneant disciplinam ; îllis luxuriantibus et per scorta currentibus. ïïæ viros suos utrum regnare debeant, an timere, lectoris arbitrio derelinquo. Quod si juxta allegoriam,' ut supra diximus, uxor in corpore accipitur, vir in animo, nihil jncongruum est timere eam ut ancillam virum, in secundo gradu et in viliori substantia constitutam. Animi quippè, ut ait Grispus, 491 placée au second rang et d’une nature infé¬ rieure craigne, son mari, comme une ser¬ vante, car l’esprit comme dit Grispus, est fait pour commander, le corps pour obéir. Celui qui tient à expliquer simplement ces paroles du mari et de la femme, fora ressortir la double signification du mot crainte; l’une dont saint Jean a dit : « La crainte est accompagnée de peine, ainsi celui qui craint n’est point par¬ fait, » I Jean, tv, 18. C’est dans, ce même sens que les esclaves ont l’esprit de servitude dans la crainte que Dieu exige d’eux lorsqu’il dit : « Et sï je suis votre père, où est ma gloire; et si je suis votre Seigneur, où est la crainte que vous me devez? » Malach . i, 6; l’autre qui est appelée par les philosophes euAàêeta, et par nous, sans rendre absolument le sens, respect . Le roi prophète sait qu’il y a aussi la crainte des âmes parfaites, qui est comme la marque de la perfection, et dont il dit dans le psaume trente-troisième : « Rien ne manque à ceux qui le craignent, » Ps. xxxm, 9. Si l’on entend la femme dans le sens littéral, on peut lui faire un précepte de craindre, c’est-à-dire de respec¬ ter son mari. CHAPITRE VI. i « Enfants, obéissez à vos parents dans le Sei¬ gneur, car cela est juste. Honore ton père et ta mère (c’est le premier commandement fait avec imperio, corporis servitio magisutiinur. Qui vero simpli- cem intelligentiam mulicris sequitur et mariti, duas significantias in verbo timoris esse monstrabit. Et dicet una de qua Joannes ait : « Qui'timet, pœnam habet, et qui timet, non est perfectus » I Joan. iv, 18, Juxta quam et servi spiritura servitutis habent in timoré, quem exiguntur a Domino dicente ad eos : « Et si pater sum ego, ubi est gloria mea : et si Dominus sum ego, ubi est timor meus » Malach. i, 6? Alteràm vero quæ apud philosophos nominatur eùAdêcia, et apucl nos, licet non plene sonet, « reverentia » dici potest. Soit quoque et prophètes perfectorum timorem, quem qui timuerit, perfectus est, iu tricesimo tertio psalmo dicens : « Non est inopia timentibus eum >> Psal. xxxm, 9. Potest igi- tur uxori simpliciter intellects© hic imperari metus, ut timeat, hoc est, revereatur virum suum. CAPUT VI. « Filii, obedite parentibus vestris in Domino ; hoc enim est justum. Honora patrem tuum et matrem tuam (quod est mandatum primum in promissione) nt bene sit SAINT JEROME 492 une promesse), afin que tu sois heureux et que tu vives longtemps sur la terre. » IL y a ici une ambiguité, les enfants doivent-ils obéir à leurs parents dans le Seigneur, ou obéir dans le Sei¬ gneur à leurs parents? Ils doivent faire l’un et l’autre, c’est-à-dire que nous devons obéir aux parents qui nous ont engendrés dans le Seigneur, tels qu’étaient saint Paul et les apô¬ tres, et faire tout ce qu’ils nous commandent et obéir dans le Seigneur à nos parents dont nous sommes nés selon la chair, en accomplis¬ sant tout ce qui n’est pas contraire a la volonté 'de Dieu. Par là, en môme temps, nous presserons les hérétiques qui ne veulent pas que l’ancien Tes¬ tament vienne du Dieu bon dont le Christ est le Fils, de nous dire parque! motif l’Apôtre duChrist, fils du Dieu bon ferait usage de l’Écriture du Créateur, et appuierait l’obéissance des en fan ts sur des témoignages de l’ancien Testament. Voici ce témoignage tel que nous le lisons dans l’Exode d’où il est tiré : « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours soient longs sur la terre que le Seigneur ton Dieu te donnera, Exod . xxx, 12. C’est le cinquième commandement du Décalogue dont l’Apôtre a supprimé les dernières paroles. Il nous faut donc examiner pourquoi il dit ici « que c’est le premier commandement, » alors que le premier commandement est ainsi conçu : « Tu n’auras point d’autres dieux que moi. » C’est pourquoi quelques-uns lisent : « c’est le tibi, et longævus sis super terram. » Ambiguë dictum, •utrumin Domino parentibus suis filii debeant obedire, an certe parentibus suis filii obediant in Domino. Quod utrumque faciendum, ut et his parentibus qui nos in Domino genuere, qualis fuit Paulus et apostoli, obedia- mus et ea faciamus quæcumque præceperint, et paren¬ tibus nostris, de quibus secundum carnem nati snmus, obtemperemus in Domino, implentes ea quæ non sunt Domini contraria voluntati. Simulque et hæreticos coarc- tabimus, . nolentes vêtus Testamentum esse Dei boni, cujus filius Christus sit. Qua ratione Apostolus Christi, boni Dei filii, Scriptura Creatoris utatur, et obedientiam filiorum de veteri Lege præsumat. Quod testimonium de Exodo sumptum, ita ibi contexitur : « Honora patrem. tuum et matrem tuam, ut bene sit tibi, et sis longævus super terram, quam Dominus Deus tuus dabit tibi > Exod. xx, 12; de quo nunc ultima verba subtraxit, quod mandatum in Decalogo quintum est. Un de quæ- rendum quare nunc dixerit, « quod est mandafum pri¬ mum ; » cum primum mandatum sit: « Non erunt tibi dii alij præter me. » Quamobrem nonnulli ita legunt, premier commandement fait avec une pro¬ messe, » comme si les quatre autres commande¬ ments qui précèdent, n’avaiéntpas de promesses, et que celui-là seul fut accompagné d’une pro¬ messe : « afin que tu sois heureux, et que tu vives longtemps sur la terre que le Seigneur ton Dieu te donnera. »Mais ces auteurs me parais¬ sent n’avoir pas observé assez exactement que le second commandement est aussi accompagné d’une promesse. Car il est dit : « Tu ne feras point d’idole taillée, ni aucune image de ce qui est en haut dans le ciel, ni de ce qui est en bas sur la terre, ni dans les eaux sur la terre. Tu ne les adoreras point, et ne les serviras point; car je suis le Seigneur ton Dieu, le Dieu fort, le Dieu jaloux, recherchant l’iniquitév.des pères sur les enfants en la troisième et la quatrième génération, l’iniquité de ceux qui me haïssent, et faisant miséricorde mille fois à ceux qui m’aiment et gardent mes commandements, » Exod. iv, 5, 6. Remarquez en effet, les paroles de la promesse : « faisant miséricorde mille fois à ceux qui m’aiment et gardent mes commande¬ ments. » Peut-être, comme le Décalogue est la première Loi qui ait été donnée au peuple, après sa sortie de l’Égypte, chaque pré¬ cepte du Décalogue est appelé le premier, par comparaison avec les autres préceptes qui ont fait ensuite partie de la loi; Celui qui cherchera à défendre l’explication donnée précédemment « quod est mandatum primum in promissione ; » quasi quatuor aïia mandata, quæ ante dicta sunt, non habeant promissiones, et in hoc solo pollicitatio feratur adjunc- ta, « ut bene sit tibi, et sis longævus super terram quam Dominus Deus tuus dabit tibi. » Sed videntur mi- hi non observasse snbtilius, et in secundo mandato repromissionem esse sociatam. Ait eniin : « Non . faciès tibi idolum, neque omnem similitudinem eorum quæ in cœ'o sursum, et quæ in terra daorsum, et quæ in aquis subtus terram; non adorabis ea, et non imnaolabis illis ; Ego eüim sum Dominus Deus tuus, Deus zelotes, qui reddo peccata patrum in ûlios usque àd tertiam et quar- tam generationem, his qui me oderunt, et facïo miseri- cordiam in miliia his qui diligunt me, et custodiunt mandata mea » Exod. iv, 5. Observa enim quod verba sint sponsionis : « Faciens misericordiam in miliia his qui diligunt me, et custodiunt mandata meâ . » FôrSitan ergo quia Décalogus exeunti de Ægypto populo, prima Lex data est, unumquodque mandatum Deealogi, primum mandatum est appellandum, ad comparationem eorum præceptorum, quæ postea in Lege conscripta sunt/ Qui COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 493 basée sur cette distinction : « c’est le premier commandement fait avec une promesse, » dira que le commandement est d’abord formulé séparé¬ ment : « Honore ton père et ta mère » et q ue la promesse vient ensuite : « afin que tu vives longtemps sur la terre que le Seigneur ton Dieu te donnera. » Àü contraire dans ce commande¬ ment : « Tu no feras point d’idole en aucune image, » il n’ÿ a point de séparation, c’est une seule et même proposition, et la fin est moins une promesse qu’une louange à Dieu qui fait miséri¬ corde mille fois à ceux qui l’aiment, et gardent ses commandements. » Quant à celui qui prétend qüe tous les préceptes du Décalogue sont désignés sous le nom de premier commande¬ ment, il devra montrer que cette -promesse ; « afin que tu vives longtemps sur la terre que le Seigneur Dieu te donnera, » ne concerne pas seulement ceqx qui obéissent à leurs parents, mais s’étend à d’autres préceptes innombrables; et il lui faudra énumérer tous les commande¬ ments auxquels sont mis ce prix et cette récom¬ pense, de vivre longtemps sur la terre que le Seigneur Dieu leur donnera. Et un interprète différent aura le droit d’exiger de lui qu’il prouve que les préceptes qu’il a énumérés ont été écrits avant ce commandement. S’il lui est impossible de le prouver, c’est inutilement qu’il affirmera qué cette promesse se trouve jointe aux autres commandements. Ajoutons après vero expositionem superiorem tenere conabitur, in eo quod, distinxerat, « quod est raandatum primum in repromissiona, » dicet separatim esse mandatum : « Honora pati’em tuuniet matrena tuam ; » et postea repromissionem suo loco positam, « ut sis longæ^us su¬ per lerram, quam Dominas Deus tuus dabit tibi. » In lioc vero mandato, id est : « Non. faciès tibi idolum, ne- que omnem similitudinem, » non seorsum, sed sub uno textu atque sermone, non tam promissionera datam, quam sententiam in laudes Dei esse finitam, facientia misericordiam in millia his qui eum diligunt, et custo- diunt mandata ejus. Rursum is qui tota Decalogi man¬ data, primum mandatum esse contendit, repromissionem in qua scriptum est : « ut sis longævus super terram, qiiam Dominus Deus tuus dabit tibi, » non solumadeos pertinere monstrabit, qui parentibus obsequantur, sed etiam ad alia innumerabilia præcepta ; et necesse habe- bit cuncta replicare mandata, in quibus merces hæc et præmium promittantur, ut sint longævi super terram, quam Dominus Deus tuus dederit eis. À quo diversus ille exigere debebit interpres, ut doceat ante hoc man- cela, qu’il ne faut pas entendre dans un sens judaïque et charnel la promesse faite aux enfants qui honorent leur père et leur mère, de vivre longtemps sur la terre que Dieu leur donnera. Car il faut admettre qu’un grand nombre de ceux qui ont été obéissants à leurs parents sont morts prématurément, et que des enfants déna¬ turés pour leurs parents sont parvenus à une extrême vieillesse. Si la promesse a pour objet une vie longue ici-bas, et si c’est un bonheur de vivre de longues années dans ce corps; que les juifs et ceux qui leur ressemblent, nous disent ce que signifient ces paroles du Psalmiste : « Malheur à moi, car mon exil a été prolongé, j’ai habité avec les habitants de Gédar, » Ps. cxix, 7, et ces autres de Salomon dans l’Ecclé- siaste : « Et j’ai loué les môrts plus que les vivants et que ceux qui vivent dans le temps présent; et j’ai estimé plus heureux que les uns et les autres, celui qui n’est pas encore né, et n’a pas vu les maux qui arrivent sous le soleil » Eccles. îv, 2, 3; et plus bas : « Quand un homme aurait engendré cent enfants, et qu’il aurait vécu beaucoup d’années, et que son âme eût été comblée de biens, et qu’il manque de sépulture, je dis de cet homme qu’un avorton lui est préférable, car c’est en vain qu’il est venu, et il va dans les ténèbres, et son nom est effacé par l’oubli, et il n'a. pas vu le soleil, Ibid . vi, 3, 4, 5 etc. Car si les morts sont loués datum, ilia quæ ab eo prolata sunt, scripta esse mandata. Quod si non potuerit approbare, frustra et in aliis præ- ceptis hanc repromissionem adjunctam esse memorabit. Post hæc relractandum, pro honore patris et matris, non Judaicum et carnale esse promissum, ut longævi sint filii super terram, quam Dominus Deus suus dederit eis. Multos enim fuisse credendum qui et paren¬ tibus obsequentes cito mortui sint, et in paren¬ tes impii usque ad extremam venerint senectutem. Respondeant enim Judæi et similes Judæorum, si vitæ istius longitudo est in repromissis, et diu in cor- pore permanere félicitas est, quid sibi vult iilud in Psalmis : « Heu mihi, quia incolatus meus prolongatus estl habitavi cum habûantibus Cedar » Ps . cxix, 7. Et hoc Salômonis in Ecclesiaste : « Laudavi ego omnes mortuos qui olim mortui sunt, super viventes qui vivunt usque in præsens, et mélior est super hos duos, qui necdum natus est, et non vidit omne opus malum quod factum est sub sole » Eccles. îv, 2, 3 ; et post paulu- lum : « Si genuerit vir centum, et annos plures vixerit et multi fùerint dies annorum ejüsj et anima illius re- 494 SAINT JEROME plus que les vivants, et si d’après quelques-uns qui pensent que les âmes vivent dans les cieux avant de descendre dans ces corps, on déclare plus heureux que les uns et les autres celui qui n’est pas encore né, si cotte vie tout entière n’est que tentation, si selon Job : « La mort de l'homme est un repos,.» Job. ni, 13, et que selon le même et Jérémie : Maudit doit-être le jour où nous naissons Jerem. xx, 14, comment peut-on promettre ici à ceux qui honorent leur père et leur mère, qu’ils vivront longtemps sur la terre que Dieu leur donnera? Il nous faut donc chercher la terre que le Seigneur promet et donne à ceux qui sont sortis spirituellement de l’Égypte, qui ont traversé en toute patience les vastes et terribles déserts de cette vie, qui . ont triomphé de rois puissants, que le Seigneur a frappés, qui sont entrés dans la Judée où coulent le lait et le miel, et où sous la conduite de Josué, ils ont vu crouler la ville de Jéricho, détruire la ville d’Haï, bâtir un temple sous lé roi Salomon, et où ils possèdent vraiment la terre qui a été préparée à ceux qui sont doux : « Gomme il est dit dans l’Évangile : Bienheureux ceux1 qut sont doux, parce qu’ils posséderont la terre, » Matth. v, 4, la terre qui est vrai¬ ment la terre des vivants, comme l’appelle aussi le Psalmiste : « Je suis sûr de voir les biens du Seigneur dans la terre des vivants, Ps. xxvi, 13. Cette vie longue, la sagesse l’a dans la main droite, tandis qu’elle tiont dans la gauche, les richessses et. la gloire. « Et vous pères, ne provoquez pas vospnfants à la colère, mais élevez-les dans la discipline et . la correction du Seigneur. » , Le péché des enfants, c’est de ne pas obéir à leurs paronts, et, comme les parents pourraient commander quelque chose de contraire à la règle, l’Apôtre ajoute : « dans le Soigneur. » Le péché des parents, c’est de provoquer à la colère leurà enfants en bas âge et presqu'encore à la ma¬ melle, ou quand ils sont adolescents et , d’un âge plus mûr, de leur commander des choses trop dures. De même donc, qu’il fait voir dans les enfants la nécessité^ et la récompense ' de l’obéissance, ainsi commande-t-il d’autre- part aux parents, d’être modérés dans leur comman¬ dement, et de se rappeler qu’en étant à leu?; tête, ils ont en eux non pas des serviteur; ,'"; mais des enfants. Et il ne s’est pas contenir d’indiquer cette fin du précepte, mais il ajoute ; « élevez-les dans la discipline et la corretion du Seigneur. Au lieu de correction, le texte grec a un mot plus juste vouOecca qui exprime plutôt l’idée d’avertissement, d’enseignement que de sévérité. Qu’ils lisent ces paroles : les évêques et les prêtres qui élèvent leurs enfants dans les lettres profanes, qui leur font lire les comédies et pleatur bonis, et sepultura sit ei ; dixi melius est super eum abortivum, quia in vanitate venit, et in tenebris nomen ejus operietur ; et quidem solem non vidit » Ibid. j 6, et cætera. Si enim laudantur super vivos mor- tui (et jiixta quosdam qui, antequam in corpora ista descendant, animas degere in ccelestibus arbitrantur, melior esse dicitur duobus, qui necdum natus est, et omnis ista vita tentatio est-;, et secundum Job : « Mors vin » [AI. viro] requies » Job. m. 13; et juxta eum- dem et Jeremiâin, Maledicta est dies in qua nascimur, Jerem. xx, 14, quomodo nunc reproinittitur honoranti- bus patrem et matrem quod longævi sint super terrain, quam Dominus Deus suus dederit eis? Quærenda est er- go terra, quam Dominus repromittit et Iribuit bis qui spiritualem Ægyptum reliquerint, et cum oinni patien- tia, magna et terribilia vitæ istius deserta transierint et vicerint reges magnos, quos percutit Dominus; et transierint in Judæam quæ lacté et melie Huit, et sub 'Jesu duce, Jéricho corruente, atque vaslata Hai, quæ interpretatur, « abruptum, » Jérusalem venerint, et sedificetur eis templum sub . Salomone rege pacifico Jos. vi, 8, et possideant terrain, quæ mansuetis est prœ- parata : « Beati » quippe « mites, quoniam ipsi possi- debunt terrain » MoAth. v, 4, quæ vere est terra viven- tium, Psalinista quoque dicente : « Credo videré bona Domini in regione viventium » Ps.xxvi. 13. Hujus vitæ longitudinem et sapientia habet in manu dextera, in sinistra tenens divitias et gloriam. « Et patres nolite ad icac'undiam provocare filios ves- tros ; sed educate illos in disciplina et conversatione Domini. » Peccatum filiorum est non obedire parentibus, et quia poterant parentes aliquid imperare perversum, adjunxit, « in Domino. » Peccatum vero parentum, parvulos filios atque lactentes ad iracuncliàm provocare aut certe jam adolescentibus 'et maturioris ætatis, ea imperare quæ gravia sunt. Sic ut igitur in filiis obseqni- um, et subjectionis merces est demonstrata ; i ta paren¬ tibus moderatum jubetur imperium, ut non quasi servis , sed\ quasi filiis præesse se noverint. Neç hoc præcepti fine contentu.s est; sed et il! ud adjunxit: « Educate illos in disciplina et correptione Domini,' » Quam correptionem nos. legimus, melius in Græco dicitut vouOeafct, quæ « admonitionem » magis et « eruditionem » quam « aus- teritatem. » sonat. Legant episcopi atque preshyterï, qui COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS chanter les écrits honteux des acteurs de théâtre, alors que Jeur éducation se fait peut-êlre aux frais de l’Église, et que les offran¬ des expiatoires d’une vierge ou d’une veuve, le don entier de sa fortune qu’un pauvre fait à Dieu, sont appliqués aux cadeaux du jour de l’an, à remplir la corbeille des Saturnales ou à payer les Grammairiens et les Rhéteurs, qui emploient cet argent à leurs dépenses inté¬ rieures, à entretenir les temples des idoles, ou, à des trafics infâmes. Héli, le' grand prêtre, était personnellement saint, mais parce qu’il n’éleva point ses enfants dans la discipline et la correction, il tomba de son siège à la renverse et mourut I Rois 11. Il ne pouvait s’étendre en avant, et il tomba à la renverse et frappé d’une affection nerveuse et incurable, il tourna les yeux comme Ja femme de Loth vers la ville de Sodome. Il avait cependant réprimandé ses enfants, en leur disant : « Pourquoi faites-vous de pareilles, choses, des œuvres abominables, ainsi que je l’apprends de tout le peuple? Cessez mes enfants; car il n’est pas bien qu’on dise de filios suos sæcularibus litteris erudiunt, et faciunt co- mœdias legere, et miraorum turpia scripta caatare, de Ecrlesiastici forsitan sumptibus ernditos; et quod in corbonam pro peccato virgo vel vidua, vel totam subs- tantiam suarn effundens quilibet pauper obtulerat, hoc (1) kalendariam strenam, et Saturnaliliam sportulam et Minervale munufe Grammaticus, et Orator, aut in sump- tus domesticos, aut in tempii stipes, aut in sordida scorta convertit. Eli sacerdos sanctus fuit, sed quia filios suos non erudivit in omni disciplina et correptione, su- pinus cecidit, etmortuus est 1 Reg. n. Non enim pote- rat ad priora extendi, sed retrorsum ruit, et opisthotono insanabili lapsus in tergum, ad Sodomam, cum Lot uxo- re respexit. Et certe corripuerat filios suos, dicens, : « Quare facitis verba hæc quœ ego audio de vobis mala ab omni populo ? Nolit.e, filii mei, « quoniam non est bona fama, quam ego audio de vobis » I Reg. 495 vous ce que j’entends, » I Æoîsmi, 23, 24. C’est en gémissant sur de semblables pères qu’Isaïe dit : « Et des fils des étrangers leur sont nés, » Isai. n. Si en parlant, aux simples fidèles d’Éphèse, qui pour la plupart, comme il arrive pour les gens du peuple, étaient préoccupés des affaires de cette v}e, l’Apôtre leur fait un devoir d’élever leurs enfants en toute discipline, et dans les enseignements du Seigneur, que doit-on penser des obligations des prêtres dont saint Paul écrit à Timothée : « Qu’ils tiennent leurs enfants soumis en toute chasteté, » Thyi . ni, 4. Il renouvelle et répète les mêmes avertissements à Tite : « Ses enfants doivent être fidèles, non accusés de débauche ou indisciplinés, Tit. i, 6; et comme si les vices des enfants étaient impu¬ tés à leurs parents, il emploie cette conjonction causative : « Car l’évêque doit être irrépro¬ chable, comme dispensateur de Dieu, » I Tira. nr. L’évêque n’est donc point irréprochable, s’il a des enfants indisciplinés et accusés de vivre dans le désordre. « Serviteurs, obéissez à vos maîtres selon la H, 23, 24. De istiusmodi patribus etlsaias lacrymabili voce' causatur, dicens : « Et filii alienigenarum nati sunt eis » Isai . n. Quod si hoc Ephesiis laicis, et plerisque, ut in populo solet, vitæ hujus negotiis occupatis, præcepit, ut filios suos erudiant in omni disciplina, et adinonitione Domini ; quid de sacerdotibus æstimandum est,de quroum ordine ad Timotheum scribit, dicens : « Filios habentem in obsequio, cum omni honestate » I Tim. in, 4. Et idipsum ad Titum inculcat et repetit : « Filios haben¬ tem fidèles, non in accusation© ïuxuriæ, aut non subditos » TU. i, 6, 7 ; et quasi vitia filiorum parenti- bus imputentur, conjunctionem causaient interserens, ait : « Oportet enim episcopum sine crimine esse, , tamquam Dei dispensatorem » I Tim . ni. Non est ergo sine, crimine episcopus, cujus filius non fuerit subditus, et in accusatlone luxuriæ. « Servi, obedite dominis carnalibus, cura timoré et (I) Hune locum non salis intelligentes Erosmus et Morionns diverse deprnvant ; Erasmus addendo præposllioncm «in» ante » kalendariam strenam, » et Marinnus mulando/» aut in tempii stipes : » legit enim, «oui in sumplus domesticos, tempii stipes, » Mss. codices retinent puram lectionem quam nos edidimus, cujus hic est sensus r Legnnt ista epifcopi et presbyteri qui Glios suos de ecclesiastiris sumptibus for¬ sitan eruditos tradunt gvammaticis gentilibus, et videant ne quod virgo vidua, vel pmi per ohtulil, hoc grammaticus et orator occipiens pro kalendaria slrena, et Salurnolitia sportula, etc,, convertnt in sumplus domesticos aut in deorum suorum tempii stipes, et dcnique in sordida scorta. Kalendaria porro strona, aut Soturnolilia sportulo, sicut et Minervale munus, antiquîtus munera erant data prœcoptoribus, in kalendîs Jannarii, et in festis diebus Saturni et Minervœ. Tiberius imperalor prohibuit edicto strènarum commercium, ne ultra kalondas Jonuarias exercerenuir. Vide Sueton. in Tiherio. Mari. Notum, kalendorium strenam illud esse munus, qiiod boni ominis gratia iniiio dabatuv anni, Suetonius in Coio, cap. 42 : « Edixit strenas ineunte anno se recepturum, stetitque in vestibulo ædium kolendis Jonuarii, ad captondas stipes. » Hujusmôdi et Saturnolilia erat sportulo quœ tamen ad Decembrera mensem pertinebat : Minervale autem proprie illud erat munus, quod mogislris discipuli persolvebant. Pro eo quod moi sequitur, » « aut in tempii stipes, « et Mnrtionæus de idolorum tcmplis explicot, Victorius roi us de tcmplrs dici .Christianorum, voculi « autjn, » sublatis, commodius sono, si mss. suffrogorontur, locum restituit, ut sensus esset, presbytoris tempii stipes darp grammotiois ethni* cis, qui aut in sumptus domesticos, out in sordida scorta conrerlorent, Ed. Mi<}. 496 SAINT JÉROME chair, avec crainte et tremblement, dans la simplicité de votre cœur, comme au Christ même, les servant non à l’œil, comme pour plaire aux hommes, mais comme dos serviteurs du Christ, accomplissant de cœur la volonté de Dieu, faisant votre service de bon cœur, comme pour le Seigneur et non pour les hommes, , sachant que ■ chacun recevra du Seigneur la récompense de tout le bien qu’il aura fait, qu’il soit esclave ou libre. » Le prophète dit en par¬ lant à Jérusalem : « Qui es-tu pour craindre un mortel, 'le fils de l’homme? » Isai 41, et saint Pierre dans son épttre : « N’ayez donc aucune crainte d’eux, et ne vous en troublez point, .mais glorifiez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur Jésus-Christ » I Pier. m, 14, 15; Notre-Seigneur lui-même tient le même langage : « Ne craignez point ceux qui peuvent tuer le corps, et qui ne peuvent rien au-delà; mais craignez celui qui peut perdre l’ame et le corps dans l’enfer, » Matth. s, 28; et Salomon atteste la même vérité : « Mon fils, honorez le Sei¬ gneur, et vous serez fortifié, mais n’en craignez point d’autre que lui, » Prov. va. L'Apôtre paraît donc imposer des préceptes tout diffé¬ rents, en commandant aux serviteurs d’obéir à leurs maîtres selon la chair, avec crainte et tremblement, et à l’épouse de craindre son mari. Celui qui voudra répondre le plus sim¬ plement, dira que ce n’est point aux serviteurs parfaits et à ceux qui ont connu les secrets de tremore, et simplicitate cordis vestri, sicut Ghidsto : non ad oculum servientes, quasi hoxninibus placentes; sed ut servi Christi, facientes voluntatem Dei ex animo; cum fidelitate servientes sicut Domino, et non homini- bus : scientes quod unusquisque quod fecerit boni, hoc. recipiet a Domino, sive servus, sive liber. » Propheta loquente ad Jérusalem : « Qualis tu limuisti ab homine mortali, et a filiobominis » Isai. ni? et Petro in Epis- tola sua : « Timorem eorum ne timeatis, sed Dominum Jesum Christum sanctificate. in cordibus vestris » I Petr. m, 14, 15; et Salvatore eadera concinente : « Nolite timere eos qui possunt occidere corpus, et plus non babent quod vobis faciant; sed timete eum qui potest et an imam et corpus occidere in gehennam » Matth. x, 28 : Salomone quoque paria testante. « Fili, honora Dominum, et confcrtaberis; præter ilium aùtem ne timeas alium » Prov. vu : videtur Apostolus diver- sa præcipere ut servi cum timoré et tremore ohediant dominis carnalibus, et uxor [Al. uxorij ut timeat virum. Atque qui simplicius respondabit, hsec dicefc : la sagesse, que ces préceptes ont été donnés, mais à ceux qui avaient les principes de la foi, et qui avaient besoin d’un enseignemont moins relevé. Un autre affirmera que celui, qui n’a point l’esprit de servitude dans la crainte, n’est point soumis au précepte d’obéir aux maîtres selon la chair avec crainte et tremblement, et il donnera la même explication pour la femme à laquelle il est commandé de craindre son mari. Un troisième prendra la crainte dans le sens de respect, tant pour le serviteur que pour la femme, mais se trouvera embarrassé parce que l’Apôtre ajoute à la crainte, c'est-à-dire le tremblement. En effet, le respect peut convenir à la femme qui mêle à la crainte de mari un sentiment de respect.. Mais là où tremble, la crainte n’aura plus le sens de respect, mais de crainte véritable. L’Apôtre a donc pour les serviteurs fait cette addition nécessaire, afin, qu’avec la crainte de leur maître ils aient atissi le tremblement, et pour distinguer leurs maîtres du maître spirituel, il les apppelle les maîtres selon la chair, de manière que pour un serviteur qui croit en Dieu, et qui n’est point encore parvenu à la sagesse parfaite, il n’est point inconvenant de servir un maître selon la chair avec crainte et tremblement, dans la simplicité de son cœur, et de le servir ainsi fidèlement comme à Jésus-Christ. Il ne doit point les servir à l’œil, comme font ceux qui désirent plaire aux hommes, mais faire de la non perfectis servis et eis qui sapientiæ sécréta cogno- verint hæc præcepta constituti, sed his qui principia habebant fidei, et doctrinis humilioribus indigebant. Abus vero asserat eum qui non habeat spiritum servi- tutis iterum in timoré, nequaquam huic subjacere sententiæ, ut cum timoré et tremore obediat dominis carnalibus, hoc idem et de uxore dicturus, quæ jubetur ut timeat virum. Porro tertiusin hoc quoque locp, sicut in muliere, timorem pro reverentia dictum putabit; sed arctabitur ex eo quod additus est timori tremor. Potest enim uxori reverentia convenire, ut reverens timeat vi¬ rum. Ubi autem tremor est, metus non sonabit reveren- tiam, sed timorem. Necessario itaque in servis additum est, ut post timorem Domini habeant et tremorem, et ad distinctionem Domini spiritualis, nunc carnalis dominus appellatur; ita ut servo quicumque crediderit in Deurn, et necduin ad scientiæ summam pervenerit, non indecens sit domino servire carnali cum timoré et tremore, in simplicitate cordis sui, et sic ei servira üdelitor ut ChrÎBto. Non ad oculum servions, ut hi faci- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉS1ENS 497 nécessité un acte volontaire et de la servitude une matière de récompense ; surtout lorsque le maître selon la chair ne commande pas des choses contraires à ce que commande le maître selon l’esprit. C’est ce que dit l’Apôtre : « Les servant nom à l’œil, comme pour plaire aux hommes, mais comme dos serviteurs du Christ, accomplissant la volonté de Dieu. » Mais que cette fidélité même ne soit, point forcée dans le serviteur, qu’elle soit spontanée et parte du cœur; qu’il serve son maître comme Jésus-Christ, dont il doit recevoir le prix de ses services, non moins que s’il les eût rendus volontairement en étant libre. Il faut encore . remarquer que l’Apôtre ajoute des choses différentes à l’obéis¬ sance des enfants et à celle des servireurs. Il dit aux enfants : « Obéissez à vos parents dans le Seigneur, » tandis qu’il dit aux serviteurs : « Obéissez à vos maîtres selon la chair avec crainte et tremblement. » Ainsi de même que la crainte du serviteur et de la femme diffère, l’obéissance aussi des enfants et des serviteurs est différente. Et voyez comme l’Apôtre, en commandant aux serviteurs d’obéir à leurs maîtres ajoute avec beaucoup d’à propos : « comme à Jésus-Christ, » et encore : « comme les serviteurs de Jésus-Christ,' accomplissant la volonté de Dieu, » c’est-à-dire que le serviteur ne doit pas écouter son maître selon la chair, s’il veut lui commander des choses contraires à la loi de Dieu. En écrivant aux Corinthiens unt' qui hominibus placere desiderant, sed ut necessita- tçm in voluntatem vertat, et faciat de servitute merce- dem, maxime cum dominus carnis a domino spiritus divérsa non imperet. Hoc est enim quod ait : « Non ad oculum servientes, -ut hominibus placentes, sed ut servi Christi, facientes voluntatem Dei. » Sed et ipsam fide- litatem non coactam servus babeat, sed spontaneam et ex animo ; sic serviens domino suo sicut Christo, a quo recepturus est fidelis præmium servitutis, non minus quam si liber voluntate servisset. Simul et hoc notan- dum, quod obedientiæ filiorum atque servoruin diversa subjunxerit, Ad fiiios enim dicit: « Obedite parentibus vestris in Domino; » ad servos vero, « Obedite, dominis carnaîibus cum timoré et tremore. » Ut sicut inter ser- vum et uxorem habet metus diversitatem ; ita et inter fiiios et servos obedientia discreparet. Et pulchre im- perans servis ut obediant dominis, adjecit, « quasi Christo » et iterüm, « ut servi Christi, facientes volun¬ tatem Dei ; » ut scilicet non audiat servus carnalem dominum, si contraria Deo prseceptis voluerit imperare. Tom. x. il leur avait recommandé, eu égard au temps) de ne point faire de la foi en Jésus-Christ un prétexte pour autoriser les divorces entre les maris et les femmes, si l’un d’eux consentait à -embrasser la foi, I Cor. vii ; de même en écri¬ vant aux Éphésiens et aux Colossiens, comme un grand nombre croyaient dans les commen¬ cements de l’Église, qu’on pouvait s’affranchir de l’obéissance, due aux maîtres payens, saint Paul établit avec modération les obligations pro¬ pres à chaque condition, de manière à ne point paraître exciter les esclaves contre leurs maîtres, ni enseigner qu’il faut obéir aux maîtres, s’ils viennent à commander des choses vicieuses ou criminelles. « Et vous, maîtres, faites de môme envers eux, leur épargnant les menaces, sachant que le même Seigneur, le leur et le vôtre, est dans le ciel, et qu’il n’y a pas chez lui acception de personnes. » Quelles sont donc les recommanda¬ tions qu’il a faites précédemment aux serviteurs, et dont il dit aux maîtres qu’ils doivent faire de même? Je pense qu’il veut parler de ce qu’il a dit : « dans la simplicité du cœur, » et « accom¬ plissant la volonté de Dieu, » et « de cœur, » et encore « avec fidélité, » où avec bienveillance à l’égard dés serviteurs, car le mot effvoia a ces deux significations. Car chacun recevra du Sei¬ gneur la récompense du bien qu’il aura, fait, qu’il ait servi dans la condition d’esclave, comme il a été dit, ou qu’il ait exercé l’empire comme Quomodo autem ad Corinthios secundum tempus rescri- pserat I Cor. vu, ne per occasionem fidei in Cbristum inter maritos, et uxores divortia fièrent, . si e duobus unus credere voluisset : ita ad Ephesios et ad Colossen- ses, quia plurimi inter initia fidei putabant Gentiles dominos contemnendos, nunc conditionum mo dératé præcepta constituit ; ut et servitia non videatur contra dominos conoitare ; et rursum nequaquam dominos doceat audiendos, si vitiosa et nefanda præcipiant. « Et domini, eadem facile ad illos, rémittentes minas, Bcientes quia et ipsorum, et vester Dominus est in cœlis, et personarum non est acceptio apud eum. » Qu.ænam sunt hæc quæ servis superius imperavit, ut diceret dominis eadem facienda ^quæ servis? Puto ilia quæ dixerat, « in simplicitate cordis, » et, « facientes volun¬ tatem Dei; » et, « ex animo; » et, « cum fidelitate » sive benevolentia in servos,- quia euvoiot utrumque sona- re potest. Unusquisque enim quod fecerit boni, hoc reci- piet a Domino, sive famulus servierit, sicut dictum est, sive liber dominatus fuerit, ut oportet; ut non ait terribilis» Z> SAINT JÉROME maître. Il ne doit être ni terrible, ni prompt à châtier, sachant qu’il a lui-même un maître dans es doux, chez qui il n’y a pas d acception de personnes, qui seul juge les volontés et selon la connaissance qu’il en a, préféré le bon au mau¬ vais en tenant compte des actions, et non des hommes. « Du reste, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans la puissance de sa vertu. » Je sais que dans le texte grec, au lieu de vertu , on lit force , c’est-à-dire lâ'/ùv, parce que la vertu chez les Grecs s’appelle àpedp Mais c’est la coutume des Écritures de traduire indifférem¬ ment par vertu les mots t^uv et ap£T/], surtout parce que la force du corps est considérée comme un signe de la vertu de l’âme. Du reste, chez les philosophes, la force est placée pa^mi les quatre vertus, et il s’agit ici, évidemment de la force non du corps, mais de l’âme. Ces paro¬ les donc : « Fortifiez-vous dans le Seigneur, et dans la puissance de sa vertu doivent s’entendre tout entières dans le Christ, en ce sens que tous ceux qui croient soient fortifiés dans toutes les vertus dont le Christ est la personnification. Et c’est avec sagesse qu’après avoir tracé dans des préceptes spéciaux, ce que doivent faire les maris et les femmes, les pères et les enfants, les maîtres et les serviteurs ; l’Apôtre recommande maintenant à tous en général qu’ils se fortifient npn promptus ad verbera ; sciens quia et ipse habeat Dominum in cœlis, apud quem non est acceptio pevso- narum, et qui solus tantum judicet voluntates, et juxta eas deteriori præferat meliorem, eligens iacta, non .hommes. « De cætero confortamini in Domino, et in potentia virtutis ejus. » Scio in Græco pro virtute, fortitudinem positam, id est, la'/yv, quia virtus apud eos àpedj appellatur. Sed hæc apud nos consuetudo est Scriptu- rarum, ut indifférée» ter uj/Jjv et Diem malam/ demment : « Rachetant le temps, parce que les jours sont mauvais. » Mauvais en effet, à cause des angoisses et des travaux de cette vie qui ne permettent point de parvenir à la palme dé la victoire sans beaucoup de sueurs et de grands combats. Ou bien c'est le jour de la consommation de toutes choses et du jugement, alors que le démon respirant la haine et la vengeance cherchera à nous retenir dans son parti, jour mauvais dont sera délivré celui qui aura eu l'intelligence de l’indigent et clu pauvre; « carie Seigneur le délivrera au jour mauvais, » Ps. xr, i. C'est ce jour dont il est écrit dans un autre endroit : « Voici que vient le jour de la colère du Seigneur, » Isaï xiii, 9, et ailleurs : « Le jour mortel du Seigneur viendra, jour de fureur et de colère, » et ailleurs encore : « Malheur à vous qui désirez le jour du Seigneur! De quoi vous servira le jour du Seigneur? Ce jour sera les ténèbres et non la lumière. Il se présentera à vous comme à cet homme qui évite un lion pour rencontrer un ours; comme à celui qui entrant dans sa maison appuie sa main sur la muraille, et un serpent le mord. Le jour du Sei¬ gneur ne sera-t-il pas un jour de ténèbres, et non de lumière, une sombre nuit sans clarté?» Amos. v, 18 etc. Comment ce jour ne serait-il pas mauvais, enveloppé qu’il sera de ténèbres et d’obscurité? C’est de ce jour que Joël dit aussi : « Sonnez dans Sion, jetez des cris sur la monta¬ gne sainte, que tous les habitants de la terre aut præsens tempüs ostendit, de quo supra dixerat : « Redimentes tempus, quia dies mali sunt, » propter angustiam et vitæ hujus ïaborés, quia non absquç sudore ét certamine pervenimus ad palmam ; aut certe consum- mationis atque judicii, quando diabolus, iuimicus et vin-' dex, in sua nos cupiet parte retinere, de qua liberabitur qui intelligit super egenum et pauperem : « In die enim mala liberabit eum Dominus » Ps. xl, 1. Hæc est dies, de qua et in alio loco scriptum est : « Ecce venit, dies iræDomini » Isai. xiii, 9; et alibi : « Dies enim Domini insanabilis veniet, furoris et iræ » Isai. xxu, 6; et rursum : « Væ desiderantibus diem Domini : Ut quid vobis.dies Domini? et hæc est tenebræ, et non lux. Que- madmodum si fugiat homo a facie Ieonis, et incurrat in ursum : et introeat in domum suam, et reclinet manus suas super pariotem, et mordeat eum coluber. Nonne tenebræ dies Domini, non lux : et caligo non habens splendorem » Amos. v, 18? Quomodo enim non mala est hæc dies, quse tenebris et caliginoinvolvitur? De qua Joël quoque propkéta commémorât dicens; Canjtetubain Siop ! 506 SAINT JÉROME soient dans répouvante, le jour du Seigneur vient, voilà qu’il s’approche, jour de ténèbres et d’obscurité, jour de nuée et do , tempête, » Joël. il, 1. Sophopie prédit ce même jour en ces ter¬ mes : « Le grand jour du Seigneur est proche, il- est proche, il s’avance rapidement. Voix amère du jour du Seigneur, voix; dure et forte ; jour de colère, ce jour, jour d’oppression et d’an¬ goisse, » Soph. i, 14. et suiv. Et il ajoute ensuite : « Et j’affligerai les hommes, ils mar¬ cheront comme des aveugles, parce qu’ils ont péché contre le Seigneur. » Si donc quelqu’un veut résister en ce jour au démon qui est l’accusateur àe ses frères, Apoc. xii, qu’il se révête de l'armure de Dieu tout entière, (c’est ce que signifie le mot 7ravo7rVa, dont le latin ne rend pas entièrement le sens en le traduisant simplement par le mot armes, et que muni de tous les javelots et des armes énumérés dans les versets suivants il sache qu’il pourra se tenir debout contre l’ennemi, s’il se propose dans toutes ses actions, de se remplir de toutes les vertus afin de se tenir ferme sans perdre pied dans le combat, et d’être du nombre de ceux dont le Seigneur dit : « Il y a quelques-uns de ceux qui se tiennent ici, » Matth. xvr, 28; et dans un autre endroit : « Car vous vous tenez fermes dans la foi, » Il Cor. i, 23, et le Psal- miste dit aussi : « Il a établi mes pieds sur la pierre, » Ps. xxxix, 5. Il en est qui donnent de prædicate-in monte sancto meo; et eonfundantur omnes qui habitant terram; quoniam adest dies Doinini; quia prope est dies tenebrarura et , turbinis, dies nubulæ et, caliginis » Joël, n, 1. Et Sophonias de eadem die loqui- tur dicens : «ç Prope est dies Domini magna, prope et velox nimis. Vox diei Domini amara, et dura, et fortis : dies, iræ dies ilia, dies, angustiæ et necessitatis » Soph . i, 14, et seqq et reliqua, Post quæ infert : « Et affligam homines, et ambulabunt ut.cæci ; quia Domino peccaverunt » Apoc. xu. Ut igitur possit quis in hac die diabolo resistere-: quia ipse est accusdtor fratrum nostro- | rum, assumât omnia arma Dei (hoc enim sonat7ravorcVa non ut in Latino simpliciter « arma » translata sunt), et omnibus telis armisque succinctus, de quibus in se- quentibus explicatur, sciât tune se stare posse, si universa fuerit operatus, ut pie nus cunctis virtutibus, stabilem figat gradum, et non moveatur de acie, sitque ex his de quibus Dominus ait : « Sunt quidam dè hic stantibus » Matth. xvi, 28; et in alio loco : « Etenim fide statis » Il Cor. i, 22; et Psalmista : « Statuit, » in- quit, « supra petram pédes meos » PsaL xxxix, 5. Ter- ce passage une troisième interprétation. La mort, disent-ils, ne met point 'fin à. tous nos combats contre le démon, mais lorsque: nous sommes sortis de ce monde, nous avons a soutenir une lutte plus forte et pour ainsi dire corps à corps et à découvert contre des ennemis pré¬ sents et découverts eux-mêmes. C’est dans ce sens qu’ils expliquent le texte que nous avons cité un peu : plus haut : « ni les choses présentes, ni les choses futures; » ces choses futures sont, disent-ils, les combats , qui nous attendent après cette vie. Ils expli¬ quent de même ces paroles : « C’est pourquoi, soit absents, soit présents, nous faisons tous nos efforts pour lui plaira, » Il Cor. v, 9, c’est- à-dire que le temps présent est cette vie, et lé temps futur, celui qui suit la mort. Ils expli¬ quent dans le même sens la fin de la, phrase : « Afin qu’ayant tout accompli, vous demeuriez fermes. » D’après cette interprétation, nul ne pourrait accomplir en cette vie tout ce qui lui est commandé, il ne le peut qu’en partie, de même qu’il ne voit et ne prophétise qu’en partie, et il ne pourra se tenir ferme parfaitement que lorsqu’il aura accompli toute justice, D’autres donnent cette explication plus simple : L’Apôtre, disent-ils, voyant on .esprit prophétique les tentations futures et les persécutions qui devaient assaillir les Éphésiens- après l’envoi de cette lettre les exhorte et les avertit de tout tia quoque a quibusdam interpretatio spbinducitur, di- centibus : non omne adversum diabolum prælium morte fini l' i ; sed cum de isto sæculo exierimus, tune nobis for- tius et apertius, præsentibus contra præsentes futur um esse certamen; et sic illud quod paulo ante posuimus, exponent, neque præsentia, neque futura ; ut ’ïutura hæc dicant esse quæ post vitàm istarasint ineunda certa- mina. Necnon et illud : « Quapropter contendimus, sive in præsenti, sive in futuro, placere illi » II Cor. v, 9, ut præsens tempus, banc vitam, futurnm, post mortem significari putent. Hoc quoque quod nuuc diçitur : « Et omnia operati, stare, » ad eumdern sensum referent : quasi non possit aliquis omnia in præsenti vita operari, sed ex parte quid faciat, sicut ex parte videat, et ex . parte prophetet, et tune perfecte stare valeat, cum uni- .versa fuerit operatus., Alius vero simplicius hæc exponit dicens, Epbesios ad futur as tentationes, et persecutiones quas eis Paulus apostolus post hanc epistoiam propbe- tico videbat spiritu produire, cobortari et moneri, ut omnia. faciant, per quæ possint in fide stare Evangelii, nec in persecutione cox'ruere. Diern autem malam, pro- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 507 faire pour pouvoir demeurer fermes dans la foi de l’Évangile et ne pas succomber au fort de la persécution. Quant à ce jour mauvais, nous croyons que cette locution est empruntée au psaume quarante-huit. « Soyez donc fermes, ceignant vos reins de la vérité. » Que récriture donne à l’âme les mêmes membres dont est composé lé corps, c’est ce dont personne ne doute, et c’est un de ces membres de l’âme, les reins que l’Apôtre nous ordonne de revêtir de la vérité; nous lisons aussi dans l’Évangile selon saint Lac : « Que vos reins soient ceints et ayez dans Vos mains des lampes allumées, » Luc. xir, 35. Comme les reins sont toujours nommés lorsqu’il est ques¬ tion de génération et de propagation, par exem¬ ple, dans ces paroles : « Je placerai sur votre trône un fils qui sortira de vos reins, » Ps . cxxxi, 11, et ailleurs : « Lévi était encore dans les reins de son père Abraham* lorsque Melchisé- dec vint' au-devant de lui, » Heb. vin, 10, celui- là nous paraît avoir ceint ses reins, qui ne rend pas à son épouse ce qu’il lui doit, qui n’est pas esclave delà volupté, mais qui imite le Dieu non engendré, en s’abstenant de tout ce qui a rap¬ port à la génération. C’est encore ce que signi¬ fiait, à mon avis, Jean-Baptiste qui avait autour des reins une ceinture de cuir, et n’était pas de ces immondes qui étaient chassés hors du camp à cause de leur incontinence, et ne pouvaient prie de quadragesimo octavo psalmo arbitramur esse nunc sumptam. « State ergo succincti lumbos vestros in veritate. » Quod juxta membra carnis et corporis, omnia membra animes in Scripturis vocentur, nulli dubium est, de qui- bus unum puto esse nunc membrum « lumbos, » quos ut accingamus veritate, præcipitur. Scriptum est quoque inEvangelio xaraÀouxav : « Sint lumbi vestripræcincti, et lucernse ardentes in manibus vestris » Luc . xn, 35. Quia igitur lumbi in generatione semper accipiuntur et semine, secundum ilïud : « De fructu lumbi tui ponam super thronum tuum » Ps. cxxxi, 11. Et alibi : « Adhuc in lumbis erat Levi patris sui Abraham, quando obviavit ei Melehisedec » Hebr. vin, 10, videtur nobis accinxisse lumbos s nos, qui nequaquam uxori debitum reddit, nec servit Ubidini ; sed imitatur ingenitum Deum, genera- tionis negotiis non ministrans. Hoc idem, reor, et illud signifieare quod Joannes zonam pelliceam habebat circa lumbos suos Matth. in, et non erat de immundis, qui propter fluxum seminis extra castra projecti, cum àrca Domini babitare non possunt Levit. xm; nec ex liis de habiter près de l’arche du Seigneur; ni de ceux dont il est écrit dans le livre des Nombres : « Que ses vêtements soient déchirés, » Noinbr . vin. Mais celui qui est ceint de Jésus-Christ, comme de la vérité, relève ses vêtements et lès porte haut, il couvre du bouclier spirituel la nudité honteuse de ses côtés, il les tient serrés, il les renferme, pour se préparer au combat, et il a des œuvres lumineuses signifiées par les lampes allumées. « Et revêtus de la cuirasse de la justice. » Celui qui est recouvert, surtout aux endroits qui sont le siège de la vie, d’une cotte de mail¬ les serrées, et d’üne cuirasse d’anneaux de fer fortement entrelacés, sera difficilement blessé ; ainsi celui qui est entouré du vêtement de la justice comme d’une cotte de mailles, ne rece¬ vra pas comme le cerf la flèche dans le cœur, il ne sera accessible ni aux désirs, ni aux passions furieuses, mais il aura le cœur pur, sous cette cuirasse dont Dieu est l’artisan, lui qui fabrique toutes les armes. pour chacun de ses saints, et ne le laisse point percer ni par le trait qui vole pendant le jour, ni brûler par les flèches enflam¬ mées, « Et chaussant vos pieds pour vous préparer à l’Évangile de la paix. » Considérez attentivement que saint Paul donne à une certaine force de l'âme (le nom de pieds avec lesquols nous entrons dans celui qui dit : « Je suis la voie, » quibus in Numéris scribitur : « Sint vestimenta ejus dissuta » Num. vni. Qui autem Ghristo accinctus est veritate, bæc vestimenta in altum colligit, et sursum tra¬ hit : et nudorum laterum fœditatem , balteo spirituali velat, stringit, et includit, et paratus adprælium est, et opéra habet lucentia, quæ lucernse dicuntur ardentes. « Et induti loricam justitiæ. » Sicut difficile vulnera- tur, in his vel maxime locis quæ vitam tenent, qui con- fertam hamis, et fei\reis invicem circulis se tenentem lo¬ ricam virtutis indutus est ; ita qui est circumdatus mul- tiplici veste justitiæ, nec ad similitudinem cervi inje- ur accipiet sagittajn, nec in desideria corruet et furores, sed eritmundo corde, habens artificem hujus loricæ Deum, . qui unicuique sanctorum omnia arma fabricatur, et. non sinit eum a jacuto volante per diem, et a sagittis arden- tibus percuti pariter et exuri. « Et calciati pedes, ni præparatione Evangelii pacis. » Diligentius observato, quod virtutem quamdam animæ appellaverit pedes, quibus ingredimur in eo qui dicit : « Ego sum via » Joan. xiv, 6, et quos nos opor- tet calciare præparatione Evangelii pacis. lu ho- 508 SAINT JEROME Jean , xiv, 6, et que nous devons chausser pour nous préparer à l’Évangile de la paix. C’est comme symbole de cette chaussure que nous voyons bien longtemps auparavant dans l’Exode, les chaussures que devaient porter ceux qui mangeaient la Pâque, aussi bien que ceux qui sont près à se mettre en route. « Car c’est ainsi que vous le mangerez, leur est-il dit; vous cein¬ drez vos reins, vous aurez votre chaussure^ à vos pieds et un bâton en vos mains, et vous mangerez à la hâte, car c'est la Pâque, >> Exod. xii, il. C’est un signe de préparation de le man¬ ger à la hâte et les pieds chaussés, afin que, fortifiés par l’aliment pascal, ils puissent tra¬ verser les vastes et horribles solitudesdu désert. Que celui qui marche encore ait donc les pieds chaussés, mais que celui qui après avoir tra¬ versé le Jourdain est entré dans la terre pro¬ mise, découvre ses pieds. « Dénouez la chaussure de vos pieds, dit Dieu, le lieu dans lequel vous vous tenez, est une terre sainte, » Exod. ni, 5. Mais celui qui n’est ni Jésus, Fils de Marie, ni Apôtre, doit chausser ses pieds pour se préparer à l’Évangile de la paix. Mais s’il est apôtre et qu’il puisse être compté parmi les douze, qu'il ne prenne pas sa chaussure pour marcher, qu'il ne couvre pas son talon pour le garantir contre les scorpions et los serpents, mais qu’étant con¬ sommé dans la perfection, il se tienne debout dans la terre sainte, qu’il vive en Jésus-Christ, rum , calciamentorum figuram, et ilia calciamen- ta in Exodo præcesserunt, quæ habere Pascha vescentibus imperatur et bis, qui ad faciendum iter pa- rati sunt. « Sic » .enim ait, « mauducabitis illud rlum- bi vestri accincti, et calciamenta vestra in pedibus ves- tL'is, et baculi vestri in manibus vestris ; et comedetis illud ciuri festinatione, . Pascha est enim Domini » Eceod . xii, 11. Signum siquidem præparationis est, cum festinatione, et calciatis pedibus comedere; ut, corrobo- rati pascbàli cibo, latam et horribilem possint eremum pertransire. Qui ergo ad hue ambulat, calcietur ; qui vero jain Jordane transmissio, terramrepromissionis intravit, nudet pedem. « Solve, » ait, » calciamentum de pedibus tuis, locus enim in quo tu stas, terra sancta est, » Exod. m, 5. Si quis non est Jésus Ngve Gap. v, nec Àpostolus, calciet pedes suos in præparatione Evangelii pacis. Si quis autem Apostolus est, et inter duodecim numerari potest, nequaquam tollat in via [calciamentum suunrï, nec ad scorpiones, et colubres declinandos calca¬ néum tegat; sed jàm consummatus atque perfectus, stet jn terra sancta, et vivat in Ghristo , et sequatur Agnum et suive l’Agneau partout où il va. On demande si c’ost comme signe distinctif d’un autre Évan¬ gile que l’Apôtre l’appelle ici l’Évangile de la paix? Ou est-ce une qualité propre et inhérente à l’Évangile d’être appelé l’Évangile de la paix ? Celui donc qui possède la paix est chaussé pour l’Évangile de la paix, et lorsqu’il est chaussé, il est préparé; mais que cette préparation ne lui donne pas l’idée qu’il est parfait, mais qu’il se prépare pour marcher, et eh marchant pour arriver au terme du voyage. « Prenant surtout le bouclier de la foi, afin de pouvoir éteindre tous les traits de l’esprit malin.» Il semble dire : Dans toutes vos œuvres, portez . le bouclier de la foi, afin que, couverts et abrités sous ce bouclier, vous puissiez recevoir toutes les flèches lancées contre vous, et les éviter de côté et d’autre par les moyens que suggère la science de la guerre. C’est cette foi en vertu de laquelle Abraham après tant de bonnes œuvres t de vertus a pu mériter à peine que l’Écriture dît de lui : Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice, » Gen. xv, 6. On connaît du resteles traits que le malin esprit veut jeter dans les cœurs par les pensées criminelles. C’est un de ces traits qu’il a langés dans le cœur de Judas pour1 le porter à trahir le Seigneur. L’ennemi ne pourra même pas commencer à blesser notre âme, si nous tenons au-dessus de nous le bouclier de la foi, contre lequel non seulement les traits quocumque vadit. Quæritur utrumnam ad distinctionem Evangelii altérais, nunc dixerit, pacis Evangelium? An certe proprium sit hoc Evangelii, ut pacis Evange¬ lium nominetur? Qui igitur habet pacem, calciatus est Christi ‘ Evangelio; et cum calciatus fuerit, præparatus est, et præparatus non se putet esse.perfec- tuni., sed ad hoc præparetur, ut pergat, et pergens veniat ad finem. « Super omnia accipientes scutum fidei, in quo possi- tis omnia jacula maligni ignita exstingucre. » Quasi di¬ xerit : In omni opéré portate clypeum fidei, ut possitis tecti atque muniti excipere venientes sagittas, et bue atque illuc arle eas bellica declinare. Hæc est fides super qua et Abraham post multa opéra atque virtutes vix po- tuit promereri, ut de eo Scriptura diceret « Credidit autem Abraham Deo et reputatum est illi ad justitiam » Gen. xv, 8. Perspicua sunt autem iacula maligni, quæ vult miltere in corda nostra per cogitationes pessimas : de quibus unum jecit in cor Juplæ, ut traderet Salvato- rem. Itaque ne principium quidem habere poteritinimi- cus animæ vulnçrandæj si tenuerimüs scutum fidei-; in 509 COMMENTAIRES 'SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS lancés viennent se briser, mais le feu même clés traits vient s’éteindre, c’est ce feu dont le pro¬ phète dit en gémissant : Ils sont tous adultères, semblables à cet âtre où l’on a porté la flamme, Osée, vii, 4. Celui qui tient fortement à la main ce bouclier do la foi et qui mettant toute sa con¬ fiance en Dieu, sait qu’il est à l’abri dès traits lancés contre lui, pourra dire hardiment : « J’ai mis ma confiance dans le Seigneur, pourquoi donc dites-vous à mon âme : Passereau, fuis vers la montagne. Voilà que les impies ont tendu leur arc, ils ont préparé leurs flèches sur la corde pour percer dans les ténèbres ceux qui ont le cœur droit, » Ps. x, 1, 2. Puisque je mets toute ma confiance en Dieu, pourquoi donc me donnez- vous le conseil de ne point tenir ferme contre l’attaque de mes ennemis et contre les traits qu’ils ont préparés dans leurs carquois dans l’in¬ tention d’en percer non seulement moi, mais tous ceux qui ont le cœur droit. Voici que je me tiens debout sur la pierre, je ne fuis, pas vers les montagnes couvertes de ténèbres, et tous les traits de l’ennemi sont repoussés . et retournés contre ceux qui les ont lancés. « Prenez aussi le casque du salut. » C’est à cause de ce casque du salut que tous les sens qui ont leur siège dans la tête persévèrent dans leur intégrité, et surtout les yeux dont Salomon dit dans l’Ecclésiaste : « Les yeux du sage sont dans sa tête, » Ecoles, n, 14. ïï savait en effet quelle quo non solum venientia tela franguntur, sed etiam teloruifi ipse ignis extinguitur, de quo et propheta com- .plorat dicens : « Omnes adultérantes, quasi clibanus cor¬ da eorum » Ose. vu, 4. Qui hune umbonem fidèi manu forti tenuerit, et confisus in Domino, scierit se a venien- tibus jaculis esse securum, loquetur intrepidus : « In Domino confido, quomodo dicilis animæ meæ : Trans¬ migra in montem sicut passer? Quoniam ecce peccatores intenderunt arcum , paraverunt sagittas suas in pharetris, ut sagittent in obscur o rectos corde » Psal. x, .1, 2. Gum ergo, inquit, confidam in Domino, qua mihi datis ratione consilium, ut non stem adversum inimicorum impetus, et jacula quæ contra me in pharetris præpara- runt, volontés non solum me, sed etiam omnes rectos f Al. recto corde percuteré? Ecce sto super petram,:et non transmigro in montes tenebricosos; et omnia tela hostium repuisa, in ipsos qui dirigunt, .convertuntur. « Et galeam salutis accipite, » Propter banc galeam salutaris, omnes in capite sensus integri persévérant et maxime oculi, de quibus in Ecclesiaste Salomon ait ; « Sapientis oculi in capite ejus » Ecoles, n, 14. Sciebat était la tête de l’homme, et quels sont ces yeux placés clans la tête du sage. Car si la tête de l’homme, c’est Jésus-Christ et que les yeux du sage soient clans sa tête, il s'en suit que tout notre esprit, notre âme, nos pensées, nos dis¬ cours, nos conseils (si toutefois nous sommes sages), sont en Jésus-Christ, clans le Christ Verbe ' qui est la lumière, la justice, la vérité, et la réunion de toutes les vertus. « Et le glaive de l’Esprit (qui est la parole de Dieu), priant en esprit en tout temps, par toute sorte de prières, de supplications, et dans le même esprit veillant en toute instance et sup¬ plication pour les saints et pour moi. » La parole de Dieu coule de la source de l’Esprit-Saint; la parole de l’homme vient de la terre et tire de là son origine. « Car celui qui est sorti de la terre parle de la .terre; celui qui est venu du ciel est au-dessus de tout; et il rend témoignage de ce qu’il a vu et entendu, » Jean iii, 31. Or la pa¬ role de Dieu, c’est le glaive de l’Esprit comme sait Paul le dit : « Le glaive de l'Esprit qui est la parole de Dieu. » Car la parole de Dieu est vivante et efficace, ' et plus pénétrante qu’un glaive à deux tranchants et elle entre et atteint jusqu’à la division de Pâme et de l’esprit jusque dans les jointures et dans les moelles. Cet esprit coupe et divise, et fait de grands progrès par la prière, et les supplications de ceux qui en tout temps prient le Seigneur, en esprit selon ce que enira quod esset viri cap ut, et quinam isti oculi in vir capite collocati. Si enim caput viri Gbristus est, et oculi sapientis in capite ejus sunt : sequiturut omnis noster sén- sus, mens, cogitatio, sermo, consilium (si tamen sapién- tes fuerimus) in Ghristo sint. In Christo autem Verbo, lumine justitia, veritate, cunctisque virtutibus. « Et gladium spiritus, quod est verbum Dei. Per om- nem orationem obsecrationem, orantes in omnitempore in spiritu : et in ipso vigilantes in omni instantia et prece, pro omnibus sanctis et pro me. » Dei sermo de Spiritu sancto Huit; contrafius vero de terra loquitnr» et inde sumit exordium. « Qui ènim de terra est, de terra loquitur. Qui de cœlo venit, super omnes est : Et quod vidit et audivit hoc testatur » Jo an. iii, 31 Porro sermo Dei, gladiüs spiritus est, de quo nunc Paulus ait : « Gla- dius spiritus, quod est verbum Dei » Iîebr. iv. Vivens quippe sermo Dei et efûca-x, et acutus super omnem gladium ancipitem, et penetr ans usque ad artus animæ» et ossium, etmedullarum. Qui spiritus præcidit et di vidit, multum prohciens per orationem, et obsecrationem eo¬ rum, qui in omni tempore Dominum deprecantur in spi- 510 SAINT JÉROME dit saint Paul, « je prierai d’esprit, je prierai de cœur, » I, Cor. xiv, 15; et le fruit de - ce pro¬ grès, c’est que grâce à ces veilles, à ces prières instantes, l’Apôtre s’enrichit de plus en plus dans la parole et la doctrine de Dieu. Or, toute cette richesse profite également pour le salut des autres et elle est utile à ceux-là mêmes qui prient pour lui. Admirez en même temps, l’humilité do l’Apôtre qui demande aux Éphésiens d’adresser pour lui des prières à Diou. Écoutez en effet ce qu’il dit : « En toute instance .et supplication pour tous les Saints e( pour moi, » il fait une mention séparée pour les saints, une mention séparée pour lui. « Afin que lorsque j’ouvrirai la bouche, des paroles me soient données pour annoncer avec assurance le mystère de TÉvangile, dont j’exerce la légation dans les chaînes et qu'ainsi j’ose en parler comme je dois. » Ce qu’il dit ici : ,« afin que Dieu m’ouvrant la bouche; » et ailleurs : « Ma bouche s’ouvre pour vous, ô Corinthiens, » II. Cor. vi, 11 ; et ces autres paroles :« Ouvrant 'la bouche, il enseignait ses,, disciples et disait, » Matth . v, 2. et encore : « J’ai ouvert la bouche et attiré l’esprit, » Ps. cxvm, 13, et ailleurs : « J’ouvrirai ma bouche en paraboles, » Ps. lxxviii 2, et d’autres paroles semblables doivent être entendues comme si l’Apôtre disait : Que les trésors soient ouverts, que les mystères cachés depuis les siècles soient révélés, et que l’Esprit- ritu, juxta illud : « Orabo spiritu, orabo et mente » I Cor. xiv, 15. Et in hoc praticiens, at per vigilias, et instantem precem Apostolus in Dei verbô . doclrinaque ditetur. Et hæc omnis opulentia ad aliorum proficiat sa- lutem, nt eis quoque ipsis, prosit, qui pro eo obsecrant. Simulque Apostoli humilitas admiranda pete.ntis Ephesios ut pro se faciant obsecrationes. Ait quippe : « In omni instantia et prece pro omnibus sanctis et pro me. « Ut se- orsum sanctorum, et seorsum sui faceret mentionem, « Ut mihi detur sermo in apertione oris mei, in con- fidentia notuin facere mysterium Evangelii, pro quo le- gatione fungor in catena; ita ut in ipso audeam ut oportet meloqui. » Hoc nunc quod ait : « In apertione oris mei ; » et alibi : « Os meum ad vos apertum est, o Corintlûi » II Cor. vi, 11; et « Aperiens os suum, docebat discipulos suos dicens » Matth, v, 2; et : « Os meum aperui et attraxi spiritum » Psal> cxvm, 13 ; et : « A- periam in parabolis os meum » Psal. lxxvii, 2, et cae¬ tera his simiiia, sic accipiendum quasi dixerit : aperian- tur tbesauri, et abscondita a sæculis sacramenta pan- dantur, qt Spiritus sanctus introeat ad ea proferenda Saint vienne pour enseigner' tout ce qui est enveloppé d’obscurité. Que tel soit le sens de ces paroles : « Afin que Dieu m’ouvrant la bouche, me donne des paroles » la suite le prouve. « Pour annoncer avec confiance, dit-il , le mys¬ tère de l’Évangile. » Ce n’est plus en paraboles ni en proverbes comme faisaient les prophètes, mais comme le Seigneur lui-même pendant sa vie mor¬ telle, lorsqu’il disait : « L’heure est venue où je ne vous parlerai plus en paraboles, mais je vous parlerai ouvertement de mon Père, » Jean, xvi, 25. Il n’est permis de parler avec cette confiance qu’à celui-là seul qui n’a point à craindre les reproches de son cœur : « Car si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons ,de la confiance devant Dieu, et tout ce que nous demanderons nous le recevrons de lui. I, Jean. m. Il en est bien peu qui annoncent l’Évangile avec cette confiance, parce qu’il en est bien peu qui aient, cette confiance devant Dieu. « Car qui pourra se glorifier d’avoir un cœur pur, ou qui pourra dire qu’il est exempt de tout péché? » Examinons maintenant en peu de mots ce que signifient ces paroles : « Dont j’exerce la fonction d’ambassa¬ deur dans les chaînes. » C’est-à-dire en faisant connaître le mystère de l’Évangile. Le sens le plus simple de ces paroles, c’est que Paul était emprisonné pour le témoignage de Jésus-Christ et qu’il a écrit cette lettre de Rome . où il était dans les chaînes. D’autres prétendent que saint quæ latitant. Nam quod hujus testimonii, id est, « ut detur mihi sermo in apertione oris mei,» iste sit intel- lectus, sequentia probant. « In confidentia , » inquit, « notum facere mysterium Evangelii. » Nequaquam in ‘ parabolis et proverbiis, sicut et prophetæ, et ipse Do- minus adhuc constitutus in corpore loquebatur dicens : « Venit hora quando nequaquam vobis in proverbiis lo* quar, sed conûdenter de Pâtre annuntiabo vobis » Joan . xvi, 25. Hune conûdentiæ sermonem, solus poterit ob- tinere, qui non habuerit cor se reprehendens : « Si enim cor . nostrum nos non reprehenderit, confidentiam haberaus ad Deum, et quodeumque pétierimus, accipie- mus ab eo » Joan . m. Rarus itaque est qui in confiden¬ tia notum faciat mysterium Evangelii, quia rarus est qui confidentiam babeat ad Deum. « Quis enim gloria- bitur enstum se habere cor; aut quis stabit dicens mundum se esse a peccatis » Prov. xx, 9, Post hæc quid sit hoc quod ait : « Pro quo legatione fungor in catena, » ut notum videlicet facerem mysterium Evan¬ gelii, breviter perstringendum. Et quidem qui simplici- ter intelligit, dicet propter testimonium Christi eum de COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX EPHESIENS T 511 Paul s’exprime ainsi à cause de ce corps d’hu- ' milité, de cette chaîne dont nous sommes en¬ tourés, ne sachant pas encore comme nous devons savoir; ne voyant les choses qu’en énigme et comme dans un miroir. Il ne pourra donc annoncer l’Évangile avec confiance et découvrir les mystères, que lorsqu’il sera déchargé de ses chaînes et délivré de sa prison ; à moins qu’on ne dise qu’il est libre au milieu des chaînes, parce que sa vie est déjà dans les cieux et qu’on peut dire de lui : «Pour" vous, vous n’etes pas dans la chair, mais clans l’esprit si toutefois l’esprit de Dieu habite en vous » Rom. vm, 9. Et pour que vous sachiez les circonstances ou je me trouve, et ce que je fais, Tychique, notre frère, et fidèle ministre du Seigneur, vous . apprendra toutes choses. Je l’ai envoyé vers vous exprès, pour que vous sachiez ce qui nous concerne, et qu’il console vos cœurs, » On peut expliquer ces paroles de deux manières : Pre¬ mièrement; j’ai envoyé Tychique à Éphèse pour annoncer aux Éphésiens que les liens de l’apôtre Paul sont devenus célèbres dans tout le prétoire, et que ses chaînes ont servi à un plus grand progrès dei’Évangilt, dans ce même temps où il écrivait aux Colossiens : « Pour ce qui me concerne, Tychique, notre frère bien- aimé, fidèle ministre et' mon compagnon dans le service du Seigneur, vous apprendra toutes carcere, et de cAtenis hsec Romæ positum scripta misis- se. Alius vero propter corpus humilitatis, et catenam is- tam qua circumdarpur, et hecdum scimus secundum quod oportet nos scire, et per spéculum videmus in ænigmate, ista eum dixisse contendet, et tune vere pos- se in confidentia Evangelii, aperire mysteria, curn catè- nam deposuerit, et de carcere liber exierit nisi forte et in vinculis absque vinculis computandus est, qui conver- sationem habet in cœlis, et de quo dici potest : « Vos autem non estis in carne, sed in spiritu ; si tamen spi- ritus Dei habitat in vobis » Rom . vm, 9. « Ut autem sciatis et vos quæ circa me sint, quid a- gam, omnia nota vobis faciet Tychicus dilectus frater, et fidelis minister in Donino ; quem misi ad vos in hoc ip¬ sum, ut cognoscatis quæ circa nos sunt, et consoletur- corda vestra. » Dupliciter accipite : Vel ideo Tychicum missum Ephesum, ut nunfiaret eis vincula apostoli Pau¬ li nota facta esse in omni r-rætorio, et catenam illius ad fidem Evangelii profecisse, eo tempore quo et ad Golos- senses scripsit dicens : « Quæ circa me sunt, omnia no¬ ta vobis faciot Tychicus frater dilectus, et minister, et conaervus in Domino; quem misi ad vos ob hoc ipsum, choses. Je l’ai envoyé vers vous exprès, afin que vous sachiez ce qui nous concerne et console vos cœurs; de même qu’Onésime, notre fidèle et bien-aimé frère, qui est votre concitoyen. Pour tout ce qui se passe ici, ils vous le feront con¬ naître, » Coloss. rv, 7 et suiv. C’était pour eux, en effet, une grande consolation d’apprendre que Paul triomphait de sa prison et de ses chaînes dans Rome, la reine maîtresse des villes, et dans la capitale de l’empire romain. Secondement, Tychique a pu être envoyé, pour leur faire connaître la vie et la manière d’être de saint Paul, ce qu’ils ignoraient, et pour, don¬ ner un exemple et un modèle à ceux qui appren¬ draient les actions et les vertus de l’Apôtre, et qui auraient le désir de les imiter. « Paix à nos frères et charité avec la foi, par Dieu le Père et par le Seigneur Jésus-Christ. » Parmi les autres dons qui nous sont accordés par Dieu le Père et par Notre-Seigneur Jésus- Christ, la paix n’occupe pas la moindre place, cette paix qui surpasse toute pensée, qui garde les cœurs et les intelligences des saints, cette sérénité, cette tranquilité d’une âme calme et dans le repos, et qui fuit toutes les tempêtes et les tourmentes qui agitent et troublent le monde. Un don semblable, c’est la charité avec la foi que Dieu le Père donne aussi conjointement avec le Fils, afin que nous aimions Dieu de tout ut cognoscatis quæ circa nos sunt ; et consoletur corda vestra cum Onesimo charissimo et ûdeli fratre, qui est ex vobis, qui omnia quæ hic aguntur, nota faciet vobis » Coloss. îv, 7 seqq. Grandis enim consolatio erat, audi- re Paülum Romæ in domina urbium, et in arce Roma¬ ni imperii, de carcere et' de vinculis triumphantem. Vel certe ob id Tychicum missum esse, ut vitam et conver- sationem Pauli, quam ignorabant, annuntiaret eis, et quasi quoddam exemplar vivendi daret discentibus gesta Apostoli atque virtutes, et eum imitari volentibus. Nec parva esse poterat consolatio æmulari cupîentium, quæ Apostolum egisse cognoverant, « Pax fratribus, et charitas cum fide, a Deo Pâtre et Domino Jesu Ghristo. » Si qua alia dona sont quæ tri— buuntur a Deo Pâtre, et Domino Jesu Ghristo, inter hæc pax non minimum possidet locum, quæ superat omnem sensum, et custodit corda intellectusque sanctorum, se- renitas quædam atque tranquillitas animæ quiescentis, et universam tempestatem et turhinem perturbationum fu- gans. Huic similis est charitas cum fide, quam et ipsam simul Deus Pater donat et Filius, ut diligamus Deum de toto corde, et proximos sicut nosmetipsos, et pro inimi- 512 SAINT 'JEROME notre cœur et notre prochain comme nous- mêmes, et que nous priions Dieu pour nos enne¬ mis. Cette paix, cette charité que l’Apôtre sou¬ haite à ceux qui croient, ne sont données qu’à ceux qui méritent d’être appelés du nom de frères. « Paix à nos frères, dit-il, et avec la'1* paix la charité avec la paix. » La charité et la foi sont donc un don du Père comme du Fils, et l'hérésie qui ne veut que le Fils ait la même puissance que le Père est ici réduite au silence. « La grâce soit avec tous ceux qui aiment Notre-Seigneur Jésus-Christ dans l’incorruptibi¬ lité. Amen. » Quelques-uns ont interprété ces paroles en ce sens, que pour aimer Notre- Seigneur Jésus-Christ, il faut être étranger, pensent-ils, aux œuvres de la corruption, et pour eux, ces œuvres de la corruption, c’estl’acte du mariage. D’où vient, disent-ils, la coutume dansle langage actuel, d’appeler incorruptibles et vierges ceux qui n’ont aucun rapport de ce genre avec les femmes. Au contraire, on appelle corrompus ceux qui ont goûté ce plaisir des sens, et ils apportant à l’appui ce, témoignage : « Si quelqu’un- corrompt le temple de Dieu, Dieu cis nostris precemur. Hanc pacem et charitatem, quam credentibus Apostolus imprecatur, hi tantum habent, qui fratrum nomme merentur vocari. « Pax » quippe « fratribus, et charitas cum fide etpaee. » Igitur et cha¬ ritatem et fidem sic Pater prsestat ut Filius : et hæresis obmutescit, quæ non vult eadem Filium posse quse Pa- trem. « Gratia cum omnibus qui diligunt Dominum Jesum Christum in incorruptione. Amen. » Nonnulli hoc ita interpretati sunt, ut eum putarent ffiligere Dominum nostrum^Jesum Christum, qui ab operibus corruptionis alienus sit, opéra corruptionis in coitu sentientes. Unde et consuetudo et sermo vulgaris incorruptos, virgines vocatj eosque qui coitum nesciant feminarum.Corruptos vero eos,qui istiusmodi degustaverint voluptatem. Illud quoque testimonium coaptantes : » Si quistemplum Dei corrumpit, corrumpet ilium Deus » I Cor. ni, 17. Sed le perdra, » I Cor . ni, 17. Mais je ne sais si ces interprètes pourraient facilement expliquer ces autres paroles de l’Apôtre : « Chacun reçoit de Dieu son don particulier, l’un d’une manière et' l’autre d’une autre, » Ibid, vu, 7. Voyons donc s’il n’est pas mieux d’entendre par corruption tout péché, et d’appeler incorruptibles ceux qui sont libres de tout péché. En aimant ainsi Notre-Seigneur Jésus-Christ, ils sont dans l’in¬ corruptibilité, affranchis qu’ils sont des liens du péché et possédant en eux-mêmos la grâce de Dieu. Je crois aussi que c’est pour distinguer ceux qui aiment Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais non dans l’incorruptibilité, que l’Apôtre dit que ceux-là ont la grâce de Dieu qui l’aiment d’un amour sans tache. Combien en est-il, en effet, qui aiment le Seigneur, qui sont prêts à aller en exil, prêts à souffrir le martyre, prêts à supporter les privations et toutes sortes d’ou¬ trages, et qui cependant se laissent encore vaincre par les passions de la chair! A ceux-là, l’Apôtre ne souhaite point la grâce, parce que la grâce est le partage de tous ceux qui aiment Notre-Seigneur dans l’incorruptibilité. . nescio an hoc valeant explanare quod scribitur ; «Unus- quisque proprium habet donum a Deo : aliùs quidem sic, et alius sic y>'Ibid. vn, 7. Videamus igitur ue forte ’melius sit omne peccatum corruptionem animæ intelli- gere, et eos qui a peccato liberlsunt, incorruptos vocari : ita ut diligentes Dominum Jesum Cbristum, in incorru¬ ptione sint, dum peccati vinculis non tenentur, et cum eis est gratia Dei. Simulque arbitror ad distinctionem eorum qui diligunt Dominum Jesum Christum, sed non in incorruptione nunç positum, eos gratiam habere Christi, qui diligant eum in incorruptione. Quanti enim diligunt Dominum, parati exsilia, parati martyria, para- tiinopiam, et omnia pro eo contumeliarum généra sus- tinere, et -nihilominus carnis passione superantur ; sed his non imprecatur Apostolus gratiam, quia gratia Domini est cum omnibus qui diligunt eum in incor¬ ruptione. FIN DU TOME DIXIÈME Librairie Ecclésiastique L. VIVÈS, eue Delambre, 13, a PARIS, S. Augustin, Œuvres complètes. Traduction inté¬ grale du texte et des notés de l'édition des Bénédictins, par MM. Pèronne, chanoine de Soissons, Vincent, archiprêtre de Vervins, Charpentier, traducteur des Œuvres de S. Bernard , Ecalle, professeur au grand Séminaire de Troyes, et H. Barreau. Edition avoc le texte latin, terminée par une Table générale analyti¬ que y une Table à V usage des prédicateurs et une Table cC Écriture sainte . 34 vol. in-4°. Papier vélin . 340 fr. Papier vergé . . . 420 fr. S. Jean Chryso3tôme, Œuvres complètes, tradui¬ tes intégralement du grec en français par M. l’abbé J. Bareille. Ouvrage terminé par une Tanle générale et analytique. Texte grec avec traduction en regard. 21 vol. in-4° sur papier vergé . 420 fr. Traduction française seulement, 21 vol. in-S° 126 fr. il vol. in-4° 88 fr. Cette traduction est la seule qui ait été publiée avec le texte en regard , et la seule qui soit couronnée par V Académie française. S. Bernard, Œuvres complètes, traduites en fran¬ çais par les abbés Charpentier et Dion, Terminées par uns Table générale analytique . Edition avec texte latin. 9 vol. m-4° . _ 81 T. Notre traduction est la seule qui soit publiée avec le texte en regardy et qui reproduise intégralement V édition des Bénédictins. B. Bonaventuræ Opéra omnia, Sixti V, ponlifieis max. jussu diiigentissime emendata cuni Indice analy- tico et alphabetico rerum et verboruin locupletissimo, ad usum Theologorum et Prædioalorum, cui acoeditvita sancti Doctoris. — Editio accurate recognita, ad pùram et veriorem testimoniorum biblicoi'uin emendatioueni denuo reducta, cura et studio A.-G. Peltier. 15 vol. in-4°, papier vergé . . . . 400 fr. D. Thomee Aqulnafcls Opéra omnia, ex editionibus vetnstia et decimi tertii sæculi codicibus rcligiose castigata; pro authoritaMbus ad fidem Vulgatæ versionis accuratiorumque Patrologiæ textuum, nunc primuin l'evocata; notis historicis, critieis, pbilosophicis, theologicis, cunctas illustrantibus conP'oversias occa- sione dogmatum sancti authoris exortas, sollicite or n ata, cui accedunt Index generalis seu Tabula aurea Magistri Pétri de Ber-gomo et Index locorum omnium S. Scripturæ explicàtornm. 34 volumes in-4?. Papier vergé. .... 600 fr. Papier vélin 450 fr, S. Alphonse de Liguorl, Œuvres, traduites de l’italien par les abbés Vidal, Delalle et Bousqüet. Traduction revue, corrigée et augmentée de notes par M. l’abbé Peltier. 20 vol. in-8% papier vergé 140 fr. Pour avoir ■ les Œuvres complètes de notre saint Docteur t il faut ajouter aux 20 volumes ci-dessus y les deux ouvrages suivemts : S. Alphonsi de Ligorio Theologia moralis. Editio recentissima, excerptis e novissimis nioralibus theolo- giis compléta ; decisionibus auctoritatis romanæ rëcen- tioribus locupletata : quoad citationes Sacræ Scripturæ et Traditionis recognita; nulla demum habita textus adidteratione, sed ope tantum intercalationum, aduota- tionuin et appendicum, ad præsentem rerum condilio- nein accommodata, cura et studio Le Noir, presbyt. Editio quarta. 4 forts vol. in-8°. Papier vergé 24 fr . S. Alphonsi de Ugorio Homo apostolicus instruc- tus in sua vocatione ad audiendas confessiones, sive Praxis et instructio confessariorum. 2 vol. in-8° 8 fr. 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Thèmes Aquinatis Catena aurea, seu Expositio continua super quatuor Evangelistas ex latinis et græcis auctoribus, aepræsertim ex Patrnm sententijs et glosais miro ai’tificio quasi uno tenore contexluque conflata. Editio nova, ubi SS. Patrum obscuræ adhuc vel dépra¬ va tæ voce s ad ipsorum et fontium denuo emendatæ ac restitntæ sunt. 3 vol. in-8° . 16 fr. — Traduction française, avec texte latin au bas ' des pages. 8 vol. in-S*’ . 50 fr. D. Thomeo Aqulnati's Commentaria in D. Pauli apostoli Epistolas. 3 vol. in-8° . . . 16 fr. — Traduction française, avec texte latin au bas des pages. 6 vol. in-8° . . . 40 fr. S. Thomæ Aq^iinatis Summa tbeologica, notis historicis, criticis, philosophicis et tbeologicis ornata. 6 vol. in-4°. Pap. vélin . 80 fr. — Saint Thomas. Somme tliéologigue traduite en fran¬ çais et annotée par F. Lâchât. Edition renfermant le texte latin avec les meilleurs commentaires. 4° édition. 16 vol. in-8® . 100 fr. Thomassini, congr. Oratorii presbyt.. Dogmata theo- lo^ica. Indice generale ornata, opéra et studio P. F. Ecalle. in sem. Trecensi sacræ theologiæ prof. 7 vol. in-4°. Papier vergé . 120 h\ Papier vélin . 100 fr. Grande Vio des Saints, par L Collin de Plancy, avec le concours de l’abbé Daras. Augmentée d’une Table géuérale analytique et d’une Table générale alphabético -analytique des matières de Dogme, de Morale, de Liturgie, d’Ilistoire, de Littérature, de Critique, etc., rédigée au point de vue de la prédication par M. l’abbé Lobby. 26 vol., in-80, sur papier vergé, renfermant la matière de 40 volumes in-8° ordi¬ naires.. . . ■ . 106 fr. Cet ouvrage renferme le double de Vies détaillées que l’ouvrage de ce genre le plus complet paru, en français jusqu’à ce jour.