LES TROIS LIVRES DES î COMMENTAIRES DE SAINT EUSÈBE JÉROME PRÊTRE DE STRIDON SUR L’ÉPITEE AUX GA1ATES PRÉFACE Peu de jours s’étaient écoulés depuis qu’ayant terminé l’interprétation de l’épitre de saint Paul à Philèmon, j’avais entrepris celle de l’épitre aux Galates, en laissant de côté beaucoup d’autres épitres intermédiaires, et voici que je reçois tout à coup une lettre de la ville de Rome, m’apprenant que la vénérable matrone Albine est allée jouir de la présence du Seigneur, et que la pieuse Marcelle privée du doux commerce de sa mère demandait plus que jamais d’être consolée par vous, Paule et Eustochie. Et comme il est impossible de satisfaire immédiatement à ce désir à cause de l’étendue immense de mer et de terre qui vous séparent, la pensée m’est venue Pauci admodum dies sunt, ex quo epistolam Pauli ad Philemonem interpretatus, ad Galatas transcenderam, multis retrorsum in medio præîermissis; et ecce subito litteræ mihi de Urbe allatæ sunt, nuntiantes et Albinam venei'abilem anum præsentiæ Domini redditam, et sanc- tam Marcellam ma tris contubernio destit^utam, magis mine vestrum, o Paula et Eustochium, flagitare solatium. Et quia boc intérim fieri non potest, pr opter grandia maris in medio spatia atque terrarum, repente vulnus impressum saltem Scripturarum vellem curare medica* de chercher à guérir cette vive blessure par le remède des Écritures. Je connais sa ferveur, je connais sa foi, je sais de quel feu son cœur est toujours embrasé, je sais quelle est au-dessus de son sexe, qu’elle oublie tout ce qui est humain et qu’au son éclatant des divines Lettres, elle traverse hardiment la mer rouge de ce siècle.' Oui; je peux le dire, lorsque j’étais à Rome; si rapidement qu’elle m’ait vu, elle m’a toujours adressé quelque question sur les Écritures. Et suivant la règle de Pythagore, elle n’admettait pas comme vraies toutes mes réponses, l’auto¬ rité n’avait aucun poids pour elle, sans des rai¬ sons évidentes; elle examinait toutes ces rai- mine. Scio equidem ardorem ejus, scio fidem, quam flammam semper habeat in pectore, superare sexum, oblivisci hominis, et divinoi’imx voluminum tympano concrepante, rubrum hujus sæculi pelagus transfretare. Gerte cum Romæ essem, numquam tam festina me vidit, ut nob de Scripturis aliquid interrogaret. Neque vero more Pythagorico quidquid respondei'am, rectum pu- tabat; nec sine ratione præjudicata apud eam valebat auctoidtas; sed examinabat omnia, et sagaci mente universa pensabat, lit me sentirem. non tam discipulam SAINT JEROME 222 sons, elle les pesait avec tant de sagacité que je sentais que j’avais en elle un juge plutôt qu'un élève. J’entreprends donc un travail que je pense devoir être fort agréable à celle qui est absente, et très utile à vous qui êtes ici près de nous, travail qui n’a pas encore été essayé avant nous par des écrivains de notre langue, et que peu d’écrivains grecs ont traité comme le demandait la dignité du sujet. Je n’ignorepas, il est vrai, que Caius Marius Victorinus qui enseignait la rhéto¬ rique à Rome lorsque j’étais encore enfant, a publié des commentaires sur l’Apôtre. Mais tout préoccupé qu’il était par l’étude des lettres pro¬ fanes, il ignorait complètement les saintes Écritures, dont personne quelle que soit son éloquence, ne peut parler comme il fdut, s’il ne les connait point. Quoi donc, ne suis-je pas un insensé ou un téméraire, moi qui promets ce que celui-ci n’a pu faire? Nullement, il me sem¬ ble au contraire, devoir être plutôt coupable de trop de défiance et de timidité, puisque dans la conscience de ma faiblesse, j’ai suivi ici les commentaires d’Origène. Ce grand homme a écrit cinq livres uniquement sur l’épitre aux Galates et a terminé son dixième livre des Stromates par une courte exposition de la même épitre. Il a encore composé divers traités et des extraits qui seuls auraient pu suffire. Je ne dis rien de Didyme mon voyant, ni d’Apol¬ linaire de Laodicée qui est sorti récemment de l’Église, et Alexandre, ancien hérétique, Eusèbe d’Émèse, et Théodore d’Héraclée qui ont laissé aussi des commentaires abrégés sur cette épitre. Si je recueillais quelques explications de ces écrits, il en résulterait un ouvrage qui ne serait pas entièrement à dédaigner. Mais pour l’avoiier en toute simplicité, j’ai lu tous ces écrits^et en faisant dans mon esprit un recueil abondant, j’ai fait venir un. secrétaire et lui ai dicté soit mes pensées, soit celles des autres, sans m’as¬ treindre à conserver ni l’ordre, ni les expressions, ni même le sons. Mais c’est à la miséricorde de Dieu seul, que nous sommes redevables, si, les sages explications des autres ne viennent pas à disparaître par notre peu de science, et si ces explications, qui sont si goûtées de ceux à qui elles s’adressent, ne le sont point parmi- les étrangers. Pour résumer en peu de mots le sujet de cette épitre, je dois vous avertir que l’Apôtre traite dans l’épitre aux Galates la même matière que dans l’épitre aux Romains, avec cette différence toutefois, que dans l’épitre aux Romains le sens est plus élevé et les raisonne- * ments plus profonds, ettandis que dans cette épi¬ tre, écrivant à ceux qu’il apostrophe ainsi dans la suite : « O Galates insensés, » et encore : « Êtes- vous si insensés? »>il a, employé un langage plus simple, le langage du reproche plutôt que de renseignement, langage que les insensés eux- mêmes pussent comprendre; et il a revêtu d’une habere, quam judicem. Itaque quod et illi absenti per- gratum fore, et vobis quæ in præsentiarum estis, utile existimo, aggrediar opus intentatum ante me linguæ nostræ scriptoribus, et a Græcis quoque ipsis vix paucis, ut rei poscebat dignitas, usurpatum. Non quod ignorem Caium Mariura Victorinum, qui Romæ, me puero, rhe- toricam , docuit, edidisse Commentarios in Apostolum; sed quod occupatus ille eruditione sæcularium litte- rarum, Scripturas omnino sauctas ignoraverit; et nemo posait, quamvis eloquens, de eo bene disputare, quod nosciat. Quid igitur, ego stultus aut temerarius, qui id pollicear quod ille non potuit? Minime. Quin potius in eo, ut mihi videor, cautior atque timidior, quod imbe- cillitatem virium mearum sentiens, Origenis Commen¬ tarios sum secutus. Scripsit onim ille vir in epistolam Pauli ad Galatas quinque proprie volumina, et decimum Stromatum Quorum librum commatico super explanatio- ne ejus sermone complevit. Tractatus quoque varios, et Excerpta, quæ vel sola possint [Al. possent\ sufficere composuit. Prætermitto Dklymum, videntem meum, et Laodicenum (Appollinarem) de Ecclesia nuper egressum, et Alexandrura vèterera hæreticum, Eusebium qüoque Emesenum, et Theodorum Heracleoten, qui et ipsi non- nullos super hac re Commentariolos [Al. commentarios] reliquerunt. E quibus si vel pauca decerperem, fieret aliquid quod non penitus contemneretur. Itaque ut sim- pliciter fatear, legi hæc orania, et in. mente mea pluri- ma coacervans, accito notario, vel mea, vel aliéna dicta- vi, nec ordinis, nec verborum interdum, nèc sensuum memoriam retentans. Jam Domini tantum misericordiæ est, ne per imperitiam nostram ab aliis bene dicta dis— pereant, et non placeant inter extraneos, quæ placent inter suos. Argumentum itaque Epistolæ hujus breviter comprehendens, hac præfatione commoneo, ut sciatis eamdem esse materiam et Epistolæ Pauli ad Galatas, et quæ ad Romanos scripta est. Sed hoc differre inter utram- que, quod in ilia altiori ' sensu et profundioribas usus ést argumentis, hic quasi ad eos scribens, de quibus in consequentibus ait : «O inseiisati Galatæ » ; Et «Sic insipientes estis, » taü se sermone moderatus est, quod PRÉFACE 223 élocution commune des pensées ordinaires, do manière à ramener par L’autorité ceux que la rai¬ son ne pourrait persuader. Il n’y a pas un seul discours de l’Apôtre, soit écrit soit parlé, où il ne s’applique à enseigner que tous les fardeaux de la loi ancienne sont supprimés, que tout ce qui a précédé en images et en figures, c’est-à-dire, le repos du sabbat, l’opération humiliante delà circoncision, le retour des Calendes et des trois grandes fêtes annuelles, l’abstinence scrupu¬ leuse des aliments, et les ablutions si souvent répétées dans le jour ont cessé à l’arrivée de la grâce de l’Évangile, qui reçoit son accomplisse¬ ment non du sang des victimes, mais de la foi de l’âme qui croit en Jésus-Christ. Mais partout •ailleurs, ce n’est qu’en partie et suivant que l’occasion s’en présente au milieu d’un sujet tout différent que l’Apôtre parle indirectement et très sommairement de cette vérité. Dans ces épitres, au contraire, il traite directement de l’abrogation de la loi ancienne et de l’introduc¬ tion de la nouvelle loi. Mais l’épitre aux Galates à cela de propre, que l’Apôtre n’y écrit pas à ceux qui avaient quitté le judaïsme pour croire en Jésus-Christ, et qui croyaient qu’on devait observer tous les rites et cérémonies de leurs pères; mais à ceux d’entre les gentils qui avaient reçu la foi de l’Évangile et qui, retournaient en arrière, sur l’autorité de quelques docteurs qui assuraient que Pierre lui-même, Jacques et toutes increpar^t potius, quam doceret; et quem possent stul- ti intel.ligere, ut communes sententias, communi oratio- ne vestiret, et quos ratio suadereriion poterat, revoca- ret auctoritas. Nullus quidem Apostoli sermo est, vel , per Epistolam, vel præsentis, in quo non laboret docere antiquæ Legis onera deposita, et omnia ilia quæ in typis et imaginibus præcesserunt, id est, otium sabbati, cir- cumcisionis injuriam, Kalendarum et trium per annum solemnitatum recursus, scrupulositatem ciborura, et per dies singulos lavacra iterurn sordidanda, gratia Evange- lii subrepente cessasse, quam non sanguis victimarum, sed fides animæ credentis impleret. Verum alibi pro partout ut se aliud agenti hæ; quæstio obtulerat, ex la- tere disputatum est, et pene perstrictum. In his autem duabus, ut dixi, Epistolis, specialiter antiquæ legis cessa- tio,,et novœ introductio continetur. Sed ad Galatas hoc proprium habet, quod non scribit ad eos qui ex Judæis in Ghristum crediderant, et pateruas putabant cœre- monias observandas, sed ad eos qui ex gentibus fidem Evaugelii receperant, et rursum rétro lapsi, quorumdam fuerant auctoritate deterriti, asserentium Petrum quo- les Églises de Judée avaient fait un mélange do l’Évangile du Christ avec la loi ancienne. Paul lui -même, disaient-ils, prêche aux gen tils d’une manière différente qu’il n’agit parmi les Juifs, et c’est en vain qu’ils croient dans le Crucifié s’ils croient pouvoir négliger ce que les premiers des apôtres observent fidèlement. Saint Paul marche donc avec précaution entre ces deux écueils, il s’applique à ne point trahir èt livrer la grâce de l’Évangile, pressé qu’il est par le poids et l’autorité des anciens; et d’un autre côté, à ne point blesser ceux qui l’ont précédé, en défendant la cause de la grâce. Il marche donc par deux voies détournées et s’avance secrètement comme par des conduits souterrains. Il veut ainsi enseigner à Pierre à se conduire de telle manière vis-à-vis du peuple de la circoncision qui lui est confié, que ce peuple forcé de renon¬ cer tout d’un coup à son genre de vie tradi¬ tionnelle, il n’en prenne scandale, et ne refuse de croire dans la croix de Jésus-Christ. Et pour lui, à qui a été confiée la prédication des gentils, il croit qu’il est juste de défendre dans l’intérêt de la vérité, ce qu’un autre dissimulait dans l’intérêt de son ministère. C’est ce que n’a nullement compris ce Batanéot, ce scélérat de Porphyre qui, dans le premier livre de s6n ouvrage contre nous, objecte que Pierre a été réprimandé par Paul, parce qu’il ne marchait pas droit dans la prédication de l'Évangile, voulant \ que et Jacobum, et totas Judææ Ecclesias, Evangelium Christi cum lege veteri miscuisse. Ipsum etiam Paulum aliud in Judæa facere, aliud nationibus prædicare; et frustra eos in Cruciflxum credere, si id negligendum putarent quod Apostolorum principes observarent. Qua- mobrem ita caute inter utrumque et médius incedit, ut nec Evangelii prodat gratiam, pressus pondéré et auc¬ toritate majorum, nec præcessoribus faciat injuriam, dum assertor est gratiæ; oblique vero et quasi per cu- niculos latenter incedens; ut [AL ef] Petrum doceat pro commissa sibi circumcisionis plebe facere,. ne ab antiquo repente vivendi more desciscens, in cruceum scandaliza- ta non crederet, et sibi prædicatione gentium crédita, æquum esse id pro veritate defendere, quod alius pro dispensatione simularet. Quod nequaquam intelligens i Eataneotes et sceleratus illePorphyrius, in primo operis sui adversum nos libro, Petrum a Paulo objecit esse reprehensum, quod non recto pede incederet ad evan- gelizandum; volens et illi maculam erroris inurere, et huic procacitatis, et in commune ficti dogmatis accusare mendacium, dum inter se Ecclçsiarum principes discre- 224 v SAINT JÉROME infliger à Pierre une flétrissure d'erreur et à Paul une marque d’insolence, et accuser de mensonge, contre tous les deux une doctrine fausse et erronée, alors qu’ils étaient tous deux er\ com¬ plet désaccord. Nous arrivons ainsi, par le secours de vos prières, à l'explication abrégée du sens du pent [Al, discreparent.] Quæ quidem et nunc, orantibus vobis, leviter quo sensu sint dicta, contingimus, et in suis locis plenius exsequemur. Sed jam tempus est, ut texte, comme nous le mentionnerons plus pleine- . ment en sonlieu. Mais il est téftips qu’exposant les paroles.de répitre lui-même, nous cherchions à mettre dans leur jour tout co que renferme cette épitre. ipsius Apostoli verba ponentes, singula qviæque panda- mus. COMMENTAIRES DE SAINT JÉROME R , . SUR f % L’ÉPITRE A.UX GALàTES % ■■ LIVRE CHAPITRE I". « Paul apôtre, non par des hommes, ni par l’au¬ torité d’aucun homme, etc. » — Ce n’est point par orgueil comme quelques-uns . le pensent, mais par nécessité, que saint Paul déclare que ce n’est ni des hommes, ni par l’intermédiaire d’aucun hommôj;qu’il tient son titre et sa mission d’apôtre, mais par Jésus-Christ et par Dieu le ÿ Père. Il confond ainsi par une si grande autorité, ceux qui publiaient partout qu’il était en dehors l des douze apôtres, qu’on l’avait vu paraître su¬ bitement sortant de je ne sais où, ou qu’il avait été appelé à l’apostolat par les chefs de l’Église. On peut dire aussi qu’il fait ici une allusion indirecte à Pierre et aux autres apôtres, en disant que la prédication de l’Évangile lui a été confiée non par les apôtres, mais par Jésus-Christ lui-même qui av^it choisi ces apôtres. Or tout ce préam¬ bule' est comme une, réponse anticipée, faite à peux qui auraient pu opposer à sa doctrine, qui établissait la grâce de l’Évangile contre les far- CAPUT I. « Paulus apostolus, non ab hominibus, neque i-per hôminein ; sed per Je&um Ghristum et Deum Patrem, qui suscitavit eura a mortuis. » Non su¬ perbe, ut quidam putant, sed necessarie neque ab homi- nibus, neque per Rominem, se Apostolum esse proponit ; sed per Jesum Chris Lum, et Deum Patrem, ut eos qui Paulum extra duodecim apostolos ventilabant, et nescio unde subito prorupisse, vel a majoribus ordinatum as- truebant, hac auctoritate confunderet. Potest autem et oblique in Petrum et in cæteros dictum accipi, 'quod non ab apostolis ei sit tradition Evangelium ; sed ab ip¬ so Jesu Ghristo, qui et illos apostolos elegerat. Hoc au¬ tem totum ideo præparatur, ut nemo sibi contra Legis Tom, x. PREMIER deaux imposés par sa loi : mais voilà ce que Pierre a clit, ce que les apôtres ont établi, ce que vos prédécesseurs ont décrété. Ce qu’il ne dit ce semble, qu’à mots couverts en commençant, il I exprime plus clairement dans la suite lorsqu’il affirme qu’il n’a rien reçu de ceux qui paraissaient être quelque chose; lorsqu’il écrit qu’il a résisté en face à Pierre et qu’il n’a été entraîné par aucune nécessité à céder à l’hypocrisie des Juifs. II pourra paraître téméraire à quelques-uns que Paul se soit exprimé, bien qu’en termes voilés, contre les apôtres, lui qui s’était rendu à Jéru¬ salem pour comparer l’Évangile qu’il prêchait avec celui des apôtres, de peur de travailler ou d’avoir travaillé inutilement. Comprenons donc bien que jusqu’à ce jour, les apôtres avaient été envoyés par les patriarches des Juifs. C’était même je le pense, par leurs conseils que les Galates pervertis, avaient commencé de garder les. observances légales, ou bien certainement d autres d’entre les Juifs qui croyaient en Jésus- Christ, étaient allés en Galatie, affirmant que onera pro Evangelii gratia disputant!, possit opponere ; sed Petrus hoc dixit, sed apostoli hoc statuerunt, sed. præcessbres tui aliud decreverunt. Quod quidem in se- quentibus, nunc quasi occulto sermone. præludens, ma¬ nifestais facit ; dum ab eis qui videntur esse aliquid, nihil in se.coJIatum refert, et ipsi Petro zn faciem resti- tisse se scribit, nu)la se dicens necessitate compulsum, ut h j pocrisi cederet Judseorum. Quod si temerarium quibusdam videtur, enm contra apostolos, quamvis oc¬ culte, ] ocntn m ; qui Jerosulymam idcirco perrexerit [Al. perreœerat,] ut cum eis conferret Evangelium, ne forte in vacuum curreret, ; ut cucurrisset, illo intelligentiam transferainus. Usque hodie a patriarchis Judæorum apostolos initti, a quibus etiam tune reor Galatas depra- vatos Legem observai'® cœpïsse, vel certe aliosde Judæia 15 i>' * 226 SAINT JEROME Pierre le prince des apôtres et Jacques frère du Seigneur observaient les prescriptions de la loi. C’est donc pour établir une distinction entre ceux qui sont envoyés par les hommes, et lui Paul qui a reçu sa mission de Jésus-Christ, '"qu’il débute par cet exorde : « Paul apôtre, non pas des hommes, ni par l’intermédiaire- d’aucun homme. » Or apôtre veut dire envoyé. C’est un nom qui est propre aux hébreux et qui a pour synonyme le mot Silas, nom qui fut donné par celui qui envoyait à celui qui était envoyé. Au témoignage des Hébreux, parmi les prophètes et ceux qui font profession de sainteté, il en est qui sont tout à la fois prophètes et apôtres, d’autres qui sont simplement prophètes; enfin lorsque Dieu dit à Moïse : «je t’enverrai à Pharaon, » que répond Moïse? « Veuillez en choisir un autre pour l’envoyer « Exod. ni. Ecoutez encore ce que Dieu dit à Moïse : « Qui enverrais-je et qui ira vers ce peuple?» (Isai), Tous deux, sont donc apôtres et prophètes, c’est aussi ce qui peut nous faire comprendre comment Jean-Baptiste peut être appelé à la fois prophète et apôtre, car l’Écriture dit de lui : « Et un homme fut envoyé de Dieu et son nom ôtait Jean. » Et. dans l’épitre aux hébreux, Paul n’a pris en tête de cette épître, ni son nom propre, ni le titre d’apôtre, parce qu’il allait dire de Jésus-Christ : « Ayant donc Jésus pour souverain Pontife et apôtre de credentibus in Ghristum perrexisse Galatiam, qui àssere- rent Petrum quoque apostolorum principem, et Jacobum fi’atrem Domini, Legis cæremonias custodire. Ad dis- tinctionem itaque eorura qui mittuntur ab hominibus, et sui,qui sit missus a Chris to, taie sumpsit exordium : « Paul us apostolus, non ab hominibus, neque per liomi- nem. » Apostolus autem, hoc est, « missus, » Hebræo- rum proprie vocabulum est, quod « Silas » [Al. Silai,] quoque sonat, cui a mittendo « missi, » nomen hnposi- tum est. Aiunt Hebræi inter ipsos quoque prophetas, et sanetos viros esse quosdara, qui et prophetæ et apostoli sint, alios vero qui tantum prophetæ. Denique Moysen, cui dicitur : « Et ego mittam te ad Pharaonem » Eœod iii, 10, 11 ; et ipse respondeat : « Provide alium quem mittas » : Et Isaiam, cui loquitur Deus : «Quem mittam et quis ibit ad populum istum » Isai, vi, 8 ? esse et apostolos et prophetas. Unde et nos possumus intellige- re Joannem quoque Baptistam et prophetam et aposto- lum appellandum, siquidem ait Scriptura : « Fuit homo missus a Deo, cui nomen erat Joannes » Jocm. i, 6. Et in Epistola ad Hebræos Hebr . ni, propterea Paulum so- ita consuetudine nec nomen suum, nec apostoli vocabuÿ notre confession. ». Il n’était pas convenable en effet, que là où Paul enseignait que Jésus-Christ était apôtrej il se donnât lui-même ce même titre d’apôtre. Or, on peut distinguer quatre sortes d’apôtres. Les uns ne tiennent leur mission ni des hommes, ni par l’intermédiaire des hommes. Les seconds la reçoivent de Dieu, mais par le moyen des hommes. Les troisièmes la reçoivent des hommes et non de Dieu. Les quatrièmes ne tiennent cette mission, ni de Dieu, ni par le moyen des hommes, ni des hommes, mais d’eux-mêmes. Nous pouvons placer dans la première classe Isaïe et les autres prophètes, et l’apôtre saint Paul lui-même qui n’a reçu sa mission ni des hommes ni par le moyen des hommes, mais de Dieu le Père et de Jésus-Christ. A la seconde classe, appartient Jésus fils de Navé que Dieu a établi son envoyé, mais par l’intermédiaire de Moïse. La troisième classe est composée de ceux qui sont appelés par la faveur et la volonté des hommes. Aussi en voyons-nous beaucoup aujourd’hui qui sont élevés au sacerdoce non pas par les jugements de Dieu, mais par les suffrages achetés du peuple. La quatrième classe comprend les faux prophètes et les faux apôtres ; c’est d’eux que l’Apôtre a dit : Ce sont de faux apôtres, des ouvriers d’iniquité qui se déguisent en apôtres de Jésus-Clïrist » Cor . xi. 13. et disent : Voilà ce que dit le Seigneur,. lum præposuisse, quia de Christo erat dicturus :« Ha- bentes ergo principem sacerdotum, et apostolum confes- sionis nostræ Jesum; » nec fuisse congruum, ut ubi Christus apostolus dicendus erat, ibi etiam Paulus apos¬ tolus poneretur. Quatuor autem généra apostolorum. sunt. Unum, quod neque ab hominibus est, neque per hominem, sed per Jesum Christum, et Deum Patrem ; aliud, quod a Deo quidem est, sed per hominem ; ter- tinm, quod ab homine, non a Deo ; quarfcum, quod ne- que a Deo, neque per hominem, neque ab homine, sed a semetipso. De primo genere potest esse Isaias, cseteri- que prophetæ, et ipse apostolus Paulus, qui neque ab ho„ minibus, neque per hominem, sed a Deo Pâtre et Ghris- to missus est. De secundo, J^sus filius Nave, qui a Deo quidem est apostolus constitutus, sed per hominem, Moysen. Tertium genus est, cum horainum favore et studio aliquis ordinatur. Ut nunc videmus plurimos non Dei judicio, sed redempto favore vulgi in sacerdotium subrogari. Quantum est pseudoprophetarum et pseü- doapostolorum, de quibus Apostolus : « Istiusmodi. » inquit, pseudoapostoli, operarii iniquitatis, transfigu¬ rantes se in apostolos Ghristi, qui dicunt : Hsec dicit m COMMENTAIRES SUR L1 alors que le Seigneur ne les a pas envoyés. Tel n’était point l’apôtre saint Paul qui >n’k été envoyé ni des hommes, ni par le moyen dés t hommes, mais qui n’a reçu sa mission que de Dieu le Père par Jésus-Christ. De ce fait nous pouvons tirer une preuve peremptoire contre l'hérésie d’Ebion et de Photin que Notre-Sei- gneur Jésus-Christ est Dieu, puisque l’apôtre qui a été envoyé par Jésus-Christ pour prêcher l’Évangile nie qu’il ait été envoyé par un homme. D’autres hérésies cherchent à se glisser ; ils prétendent que la chair de Jésus-Christ n’était qu’imaginaire, et ils disent que Jésus-Christ était Dieu, mais qu’il n’était pas homme. Une nou- . velle hérésie va jusqu’à enseigner que l’économie de la mission de Jésus-Christ n’a ôté faite qu’à moitié; c’est ainsi que la foi de l’Église se trouve exposée aux naufrages de tant de fausses doc¬ trines. Si elle affirme l’humanité de Jésus-Christ, Ebion et Photin se présentent. Si elle enseigne /TU’il est Dieu, c’est le Manichéen, c’est Marcion l’auteur d’une nouvelle doctrine qu’on voit tout à coup surgir. Qu’ils écoutent tous cette vérité : Jésus-Christ est Dieu et homme, non parce que Dieu soit autre ici que l’homme; mais celui qui était Dieu de toute éternité a daigné se faire homme pour notre salut. Il faut remarquer que dans le texte de Marcion on ne lit point : « Et par Dieu le Père. » Il a voulu insinuer que Dominus : et Dominus non misit eos » II Cor. x, 13. Verum non talis apostolus Paulus, qui neque ab homini- bus, neque per hominem, sed a Deo Pâtre per Jesum Ghristum missus est. Ex quo approbatur, Ebionis et Photini etiam hinc hæresis retundenda, quod Dominus noster Jésus Ghristus, Deus sit; dum Apostolus quia a Gbristo ad prædicationem Evangelii missus est, negat se missum esse ab homine. Subrepunt boc loco cæteræ hæreses, quæ putativam Ghristi carnem vindicantes, Deum aiunt Ghristum esse, non bominein. Necnon et nova hæresis, quæ dimidiatam Ghristi asserit! dispensa- tionem. Atque ita Ecclesiæ Ades inter tanta falsorum dogmatuin nanfragia constitutu, si Ghristum fateatur [Ai. fateretur] hominem, Ebion Photinusque subre¬ punt; si Deum esse contenderit, Manichæus, et Mar¬ cion, nôvelli dogmatis auctor ebulliunt. In commune itaque audiant, Ghristum et Deum esse et hominem. Non quod alius Deus sit, et alius homo ; sed qui Deus semper erat, homo ob nostram salutem esse dignatus est. Sciendum quoque in Marcionis Apostolo non esse scriptum, «; et per Deum Patrem, » volentis exponere Ghristum non a Deo Pâtre, sed per semetipsum ÉP1TRE AUX GALATES JésUs-Ghrist n’avait pas été ressuscité par Dieu le Père, mais par lui-même, conformément à ces paroles : « Détruisez le temple de Dieu et je le rebâtirai en. trois jours, » Jean xi, et à ces autres : « Nul ne m’ôte la vie, mais je la dépose dé moi-même. J’ai le pouvoir de la quitter, et j’ai aussi le pouvoir de la reprendre. « Et tous les frères qui sont avec moi, aux Églises de Galatie. » Dans d’autres épîtres, nous voyons en tête Sosthène et Silvanus, quelquefois Timothée. Dans celle-ci, où l’autorité d’un plus grand nombre était nécessaire, tous les frères se trouvent collectivement nommés. Peut-être appartenaient-ils à la circoncision, et par-là même, n’étaient pas méprisés des Galates. Quand il s’agit de réformer le peuple, l’avis et le consente¬ ment d’un grand nombre contribuent beaucoup au succès. L’Apôtre dit : « Aux Églises de Galatie. » Il nous faut faire remarquer que saint Paul n’écrit pas ici, à une seule Église, mais à toutes les Églises de la contrée, et qu’il s’adresse à des Églises auxquelles il reprochera dans la suite de s’être laissées dépraver par l’erreur. Concluons de là que l’Église peut être entendue de deux manières; de l’Église qui est sans tache et sans ride et qui est vraiment le corps de Jésus- Christ, et de celle qui toute réunie qu’elle est au nom de Jésus-Christ, n’a pas encore toutes les vertus dans leur plénitude et leur perfec- suscitatum, ut est illud : « Solvite templum hoc, et ego in triduo suscitabo illud » Joan. n, 19. Necnon et alibi ; « Nemo toliit animam meam a me; sed ego pono eam a meipso. Potestateni habeo ponendi eam et rursum potestatem habeo sumendi illam » Ibid.y x, 18. «c Et qui mecum sunt omnes Cratres, Ecclesiis [Al. Ecclesiæ] Galatiæ. » In aliis Epistolis, Sosthenes, et Silvanus, interdum et Timotheus in exordio præpo- nuntur; in hac tantum, quia necessaria erat auctoritas plurimoruin, omnium fratrum nomen assumitur. Qui et ipsi forsitan ex circumcisione erant, et a Galatis non contemptui ducebantur. Plurimum quippe facit ad populuin corrigendum, multorum in una r'e sententia atque consensus. Quod autem ait, « Ecclesiis Galatiæ; » et hoc notandum quia hic tantum generaliter non ad unam Ecclesiam unius urhis, sed ad totius provinciæ scribat Ecclesias, et Ecclesias vocet, quas postea errore arguat depravatas. Ex quo noscendum dupliciter Ecclesiam posse dici, et eam quæ non habeat maculam aut rugam, et vere corpus Ghristi sit, et eam quæ in, Ghristi nomme absque plenis perfectisque virtutibus congregetur Epkes. v. Quo modo sapientes bifariam 228 SAINT JEROME tîori. C’est ainsi que nous donnons le nom do sages à deux sortes d’hommes/ à ceux qui pos¬ sèdent la vertu dans toute sa perfection, et à ceux qui ne font que commencer et entrent seulement dans la voie du progrès. Des par¬ faits il est dit : « Je vous enverrai des sages -, » de ceux qui commencent : « Reprenez le sage et il vous aimera », Prov. ix. En effet, celui dont la vertu est pleine et consommée, n’a pas besoin d’être repris. C’est dans le même sens qu’il faut entendre' les autres vertus; parle t’on d’un homme fort, prudent, pieux, chaste, juste et tempérant, il faudra l’entendre tantôt d’une manière complète, tantôt dans un sens restreint et limité. « Que la grâce et la paix vous soient données par Dieu le Père, et par Notre-Seigneur Jésus- Christ. Il ne parle pas comme dans les autres Ôpitres de la, grâce et de la paix de Dieu le Père et de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de cette grâce par laquelle, sans le mérite des oeuvres, les péchés de la vie ancienne sont pardonnés et la paix accordée après la pardon ; mais il défend déjà sa cause avec prudence contre ceux qui étaient prévenus en faveur de la loi, et qui pensaient pouvoir être justifiés par les œuvres afin que bien convaincus que c’est par la grâce seule qu’ils étaient sauvés, üs ne le fussent pas moins de l’obligation de persévérer dans leurs premiers sentiments. imncupantur, tam hi qui sunt plenæ perfectæque virtutis, quam illi qui incipiunt, et in profectu positi sunt. De perfectis dicitur : « Mittam in vos sapientes » Luc. xi, 49. De insipientibus : « Argue sapientem, et diliget te » Prov . vin. 9. Qui enim plenæ consuinmatæque virtutis est, correptione non indiget. Juxta hune sensuin de cæteris quoque virtutibus iiitelligendum : quod scilicet fortis et prudens, pius, castus, justus, et temperans, interdum plene, interdum abusive accipiantur. « Gratia vobis, et pax a Deo Ratre,. et Domino nostro Jesu Ghristo. » Non ut in cæteris Epistolis, Dei Patris et Domini nostri Jesu Ghristi gratiam ponit, et pacem, per quas absque operum merito, et peccata nobis concessa sunt pristina, et pax indulta post veniam : sed prudenter jam causam agit adversum eos qui fuerant a lege præventi, et putabant se posse ex operibus justificari, ut scirent se salvos gratia, in eo perseverare dèbere quod cœperant. « Qui dédit semetipsum pro peccatis nostris, ut eriperet nos de præsenti sæculo malo, secunduzn voluntatem Dei et Patris nostri, cui estgloria in sæculâ « Qui s’est livré lui-même pour nos péchés; » ni le Fils nes’estpas livré pour nos péchés sans la volonté du Père, ni le Père n’a livré son Fils sans la volonté du Fils; mais la volonté du Fils était d’accomplir la volonté du Père, comme il le dé¬ clare dans ce Psaume : « Il est écrit que j’accom¬ plirai votre volonté, je l’ai voulu, ô mon Dieu. » Ps. xxxix, 8. Or, le Fils s’est livré pour détruire, par sa justice, l’injustice qui est en nous. La sagesse s’est livrée pour triompher de la folie. La sainteté et la force se sont offertes pour effacer nos souillures et nos infirmités. Dans ce sens, ce n’est pas seulement pour le siècle futur qu’il nous a délivrés selon l’espérance qu’il nous a donnée et sur laquelle repose notre foi ; il nous a déli¬ vrés même du siècle présent, alors que morts avec Jésus-Christ nous sommes transformés par une sainte nouveauté de sentiments, et nous cessons d’être du monde, qui cesse lui-même avec raison de nous aimer. On demande dans quel sens on peut dire que le siècle présent est mauvais. Les hérétiques prennent occasion de cette qualification pour affirmer que le créateur dé la lumière et dos siècles futurs, est un être distinct du créateur des ténèbres et du siècle présent. Nous disons au contraire, que ce n’est point tant ce siècle qui s’écoule par la succes¬ sion de la nuit et du jour, des années et des mois, qui est appelé mauvais, que les choses qui se font dans le siècle. C’est dans ce sens que l’Évangile sæculorum. A^nen. » Neque Filius se dédit pro peccatis nostris absque vohmtate Patris, neque Pater tradidit Filium sine Filii voluntate ; sed hæc est voluntas Filii, voluntatem Patris implere ut ipse loquitur in psalmo : « Ut facerem voluntatem tuam, Deus meus, volui » Psal. xxxix, 9. Dédit se autem Filius, ut injustitiàm quæ erat in nobis, justitia ipse subverteret. Tradidit se sapientia, ut insipientiam expugnaret. Sanctitas et fortitudo se obtulit, ut spurcitiam, infirmitatemque deleret. Atque ita non solum in futuro sæculo juxta promissam spem qua credimus, sed etiam hic de præsenti sæculo nos Jiberavit : dum commorlui Ghristo transfiguramur in novitatem sensus, et non sumus de hoc mundo, a quo merito nec amamur. Quæritur quomodô præsens sæculum malum di’ctum ■ sit. Soient quippe hæretici hinc capere occasiones. ut alium lucis et futuri sæculi, alium tenebrarumet præsentisasserant conditorem Nos autem dicimu.-;, non tam sæculum ipsum, quod die ac nocte, annis currit et mensibus, appellari malum, quam op.tovup.coc;, ea quæ in sæculo fiant ; quomodo suffleere dicitur diei malitia sua Matth. vi ; et dies COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES 229 dit : « qu’à chaque jour suffit sa malice et que Jacob dit des jours de sa vie qu ils ont été courts et mauvais Gén. xlvii, 9, Ce n’est pas que l’espace de temps dans lequel a vécu Jacob ait été mauvais, mais parce querles choses qu’il a souffertes ont été pour lui autant d’épreuves qui l’ont fortement exercé. Ainsi, dans le /temps oii Jacob servait pour obtenir ses épouses et qu’il avait à lutter contre mille difficultés, Esaü menait une vie tranquille. Le même espace de temps était donc bon pour l’un, et mauvais pour l’autre; et l’Ecclesiaste n’auraït pas écrit : Ne dites pas que mes premiers jours étaient bons en comparaison de ceqx-ci, si ce n’est pour faire la distinction des mauvais. C’est ce qui fait dire à saint Jean : « Tout le monde est sous l’empire de l’esprit mauvais. » Jean . iv. 19. Ce n’est pas que le monde par lui-même soit mau¬ vais, mais le mal se fait dans le monde par les hommes qui disent: «Mangeons et buvons, demain nous mourrons, » Isaï. xxu, 17. Voilà pourquoi l’Apôtre lui-même nous dit : Rachetons le temps parce que les jours sont mauvais. » Eph . v, 16. Les bois sont regardés comme infâmes, parce qu’ils sont pleins de brigandages ; ce n’est ni la terre, ni les forêts qui sont coupables, mais les lieux sont comme souillés par les homicides qui s’y commettent. Nous avons en horreur le glaive qui a servi à répandre le sang humain, et }a coupe dans laquelle on a versé le poison; ce n’est la faute ni du glaive ni de la coupe; mais ceux qui en ont fait mauvais usage, sont dignes de notre haine. C’est ainsi que le siècle consi¬ déré comme espace de temps, n’est par lui-méme ni bon ni mauvais, ce n’est que par la vie de ceux qui sont dans le siècle, qu’il mérite d’être appelé bon ou mauvais. Méprisons donc les folies et les fables de Valentin qui imagina ses trente éons parce que les Écritures parlent des siècles, et prétendit qu’ils étaient animés, et par ses séries, de quatre, de huit de dix et de douze, enfanta autant de siècles que la truie d’Énée mit bas de petits. Examinons encore la différence qui existe entre le siècle et le siècle du siècle ou les siècles des siècles, et dans quelles circons¬ tances cette locution désigne un espace de temps limité ou l’éternité. Dans l’hébreu, le mot siècle, c’est-à-dire olam, avec la lettre vau signifie l’éternité; sans cette lettre il n’exprime plus que la cinquantième année, qu’ils appellent l’année jubilaire. Voilà pourquoi l’hébreu qui aimant son maître, dans l’intérêt de sa femme et de ses enfants consentait à avoir, l’oreille percée et à servir comme esclave, devait servir in secuium c’est-à-dire jusqu’à la cinquantième année Exod. xxi, 5, 6. Ainsi encore les Moabites et les Ammonites ne devaient pas entrer dans l’assem¬ blée du Seigneur même après la cinquième et la dixièmo génération et jusqu’à la fin. du siècle Deut xx, iii. 3. C’est qu’en effet, tout contrat Jacob modici esse scribuntur et pessimi Genes. xlvii. Non quo spatium temporis, in quo vixit Jacob, nialuin fuerit, sed quo ea quæ sustinnit, per varia eum exercue- rint tentamonta. Denique eo tempore quo ille pro conju- o-ibusserviebat, et multis conflïctabatur angustiisGew. xxix^ Ésau in requie erat, atque ita idem temporis spatium, alii bonum, alii maluin fuit; nec scriptum esset in ■Ecclesiaste : « Ne dixeris quia dies mei priores » [Al. pejores] « erant boni super istos » Ecoles, vu, il, nisi ad disorimen malorum. Unde Joannds ait : » Mundus omnis in maligno positus est » I Jocm. v, 19. Non quod mundus ipse sit malus, sed quod mala in mundo liant a b hominibus, « Manducemus ea bibamns, » dicentibus, « cras enim moriemur » Isai1 xxn, 17. Etipse Apostolus: « Redimentes, » inquit, « tempus, quia dies mali sunt » Ephes . v/lô. Infamantur et saltus, cum latrociniis pleni sunt, non quo terra peccet et silvæ, sed quo infamiam homicidii loca quoque traxerint. Delestamuret gladium, quô humanus effusus est cruor, et calicem in quo venenum temperatum est, non gdadii, calicisque peccato; aed quod .odium mereantur illi qui his male usi sunt. Ita et sæculum, quod est spatium temporum, non per semetipsum, aut bonum, aut malum est, sed per eos qui in illo sunt, aut bonum appellatur aut malum. Quaprop- ter ValenLini deliramenta et fabulæ contemnéndæ sunt, qui triginta atwvocç suos, ex eo quod in Scriptum sæcula legantur, affmxit, dicens eos esse aniraalia, et per quadradas et ogdoadas, decadas quoque et duodeca- das, tôt edidisse numéros sæculorum, quot Æneia fétus scropha generavit. Quærendum quoque quid sit inter . sæculum, et sæculum sæculi, sive sæcula sæculorum, et ubi pro brevi temporis spatio, ubi pro æternitate ponatur; quia in Hebræo sæculum, id est, olam, ubi vav litteram positam babuerit, æternitatem significat, ubi vero sine vav scribitur, annum quinquagesimum, quem illi Jubilæum vocant. O b banc causara e^t ille I-Iebræus qui propter uxorein et liberos amans Dominum suum aure perlunsa servitio subjugatur, service jubetur in sæculum Exod . xxi, hoc est usque ad annum quinquagesimum. Et Moabitæ et Ammomtæ Deut. xxm, non ingrediuntur Ecclesiam Domini, usque ad quintam et dechnam génération©:» 230 . SAINT JÉROME onéreux était résolu dans l’année jubilaire. Il en est. qui expliquent cette locution : « dans les Siècles des siècles » comme nous expliquons ces autres : dans le saint des saints, dans les cieux des cieux, dans les œuvres des œuvres, dans les cantiques des cantiques. Ainsi la différence qui existe entre les cieux et ceux à qui appartiennent les cieux; entre les saints, qui en comparaison des autres ont une sainteté plus grande; entre les œuvres plus parfaites les unes que les autres; entre les cantiques qui ont une supériorité mar¬ quée sur tous les autres cantiques; cette diffé¬ rence existerait- entre le siècle et les siècles des siècles. D’après leur sentiment, le siècle présent doit être compté à partir de la création du ciel et de la terre, et se continue jusqu’à la consom¬ mation ' du monde, alors que le Christ doit juger tout ce qui existe. Ils remontent même plus haut, et s’enfoncent dans les siècles qui ont précédé; ils disputent sur les siècles passés et futurs, examinant s’ils ont été bons et mauvais ou s’ils le deviendront, et ils se trouvent entraînés dans des questions si profondes qu’ils ont composé sur cette matière des traités et des livres.à l’infini. — Le prologue de l’Apôtre se termine par cette formule hébraïque. Amen , que les Septante ont traduite par yevotro, c’est à-dire ainsi soit-il, et Aquila par ireTutjTtopévoç vraiment ou fidèlement. C’est une expression que le Sauveur emploie souvent dans l’Évangile et usque in sæculum ; quia omnis dura conditio Jubilæi solvebatur adventu. Quidam dicunt eumdein esse sens uni in sæculis sæculorum, quem in sanctis sanctorum, in ’cœlis cœlorum, in operibus operum, in Canticis canti- corum ; et quam habent differentiam cœli ad eos, quorum cœli sunt, et sancta, quæ sanctorum compara- tione sunt sanctiora, et opéra, quæ operum prælatione meliora sunt, et Gantica, quæ inter Cantica universa præçellunt; eamdam habere et sæculum, quæ ssecu- ’lorum collatione sunt sæcula. Præsens i laque sæculum ita edisserunt, ut dicant ex eo tempore illud esse nume- randum, ex quo cœlum et terra suntcondita, et currere usque ad consummationem mundi, quo Christus judica- turus est omnia. Revocant quo'qu ; ultra, et in priora promovent gradum, de præteritis et futuris sæculis disputantes, bona an mala fuerint, seu futura sint; et in tam profundas incidunt quæstiones, ut libros quoque et infinita volumina super hac dissertione condiderint. Quod autem prologus Pauli, amen, Hebræo sermone concluditur : amen, Septuaginta transtulerunt, yevotro, id est, « fiat : » Aquila TcemffTwpivoç, « Vere, » sive - où il affirme par le mot Amen ce qu’il vient de dire. « Je m’étonne que vous soyez transfuges si vite de celui qui vous a appelés à la grâce du Christ, » etc. Nous lisons pour la première fois ce mot translation dans la Genèse, où il est dit que Dieu transféra Énoch et qu’on ne le trouvait plus; Gen. v. 24. Nous le ren¬ controns ensuite dans les livres des Rois lorsqu’ Achab fut entraîné par son épouse Jézabel au culte des idoles et à faire tout ce qu’avaient fait les Amorrhéens que le Seigneur avait exterminés de la . présence des enfants d’Israël, III. Rois xxi, 25, 26. Départ et d’autre c’est une translation, * mais l’une vient de Dieu, l’autre du démon. Celui que Dieu transfère, ne peut être trouvé par des ennemis, et son adversaire ne peut lui dresser d’embûches. Mai$ ce qui est transféré par le démon passe à ce. qui paraît être, mais qui n’est pas en réalité. Les sages du siècle donnent aussi le nom de trans¬ férés à ceux qui passent d’une doctrine à une autre. Ainsi ce Denis qui avait commencé par affirmer que la douleur n’était pas un mal, et qui après avoir été accablé de calamités et de souffrances, déclara que la douleur était le souverain mal, fut appelé transposé ou transféré, parce qu’il avait passé d’une première opinionàunsentimenttout contraire. Paul s’étonne donc que les Galates soient passés de la liberté « fîdeliter. » Quod efciam in Evangelio a Salvatore semper assumitur, sua per amen verba firmante. « Miror, quod tam cito transferimini ab eo qui vos vocavit in gratiam Christi Jesu, in aliud Evangelium quod non est aliud, nisi si sunt aliqui qui vos con- turbant, et volunt convertere Evangelium Christi. » Verbum translationisin Genesipnmumlegimus Genes. v, ubi « Enoch transtulit Deus, et non inveniebatur. » Et in Regnorum postea libris III. Jteg. xxi, quando Achab a cultu Dei ad idolorum venerationem transtulit uxor sua Jezabel, ut faceret juxta omnia quæ fecit Amôr- rhæus, quem disperdidit Dominus a facie fïliorum Israël. Sed cum sit utraque translatio, ilia Dei est, hæcdiaboli. Qui transfertur a Deo, non invenitur ab inimicis suis ; nec ei potest insidiator obrepere. Hoc quippe significare æstimo, « et non inveniebatur. » Qui vero transfertur a diabolo, in hoc transfertur quod videtur esse, sed non est. Sapientes quoque sæculi eos qui de dogmate trans- feruntur ad dogma, « translatas » vocant, ut Dionysius ille (cujusfuit ante sententia, dolorem non esse malum ; postquam oppresgus calamjtatibus et dolore cruciatus, COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX GALATES 231 de l’Évangile à la servitude désœuvrés légales. II s’étonne 'ensuite de ce qu’ils soient passés sitôt. Car le crime n’est pas le même pour celui qui abandonne difficilement un parti, et pour celui au contraire, qui l’abandonne avec une déplorable promptitude. Ainsi dans le supplice des martyrs, on ne peut regarder comme cou- . pable de la mêiffe peine, celui qui sans avoir eu à lutter, à souffrir, s’empresse da nier, et celui qui, torturé sur les chevalets, sur les cordes, sur les bûchers, est comme forcé de nier ce qu’il croyait. La prédication de l’Évangile était encore récente, il s’était écoulé très peu de temps depuis que l’Apôtre avait converti à Jésus-Christ les Galates adorateurs des idoles. Il s’étonne donc qu’ils Paient sitôt abandonné, lui au nom duquel ils étaient récemment devenus chrétiens. Ce passage contient aussi une hyper- bate qu’on peut traduire de la sorte : Je suis étonné que vous ayez sitôt abandonné le Christ Jésus qui vous a appelés dans sa grâce, selon ces paroles : « Je no suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs à la pénitence. » Marc. n. 17. En effet, c’est par la grâce que nous avons été sauvés et non par la loi. « Vous êtes passés, dit-il, à un autre Évangile, lequel n’est point en réalité un autre VÉvangile, car tout ce qui est faux ne subsiste pas et ce qui est contraire à la vérité n’existe pas; comme l’indiquent ces cœpit affh’mare quod dolor esset summum omnium ma- Iorum) ab his appellatus est « Transpositus, » si va « Translatus, » quod scilicet a priori clecreto recedens, in contrarium recidisset. Miratur itaque Paulus, pri-. mum quod translati sunt ab Evangelii libertate, in legaliüm operum servi tutem. Deinde quod tain cito translati : quia non ejusdem reatus est transferri; ab aliquo difûculter, et cito transferri ; ut in mar- tyrio non eadem pœna plectitur, qui absque cohuc- tatione et. tormentis statim prosiluit a:l negandum, et iUe qui inter equiüeos, fidicidas, ignesque distortus, compulsus1 est quod credebat, negare. Recens adhuc erat Evangelii prædicatio, non grande tempus in medio, quo Galatas. Apostolus ab idolis ad Cbristum traduxerat. Miratur itaque quomodo tain cito recesserint ab eo, ad cujus nomen dudum f.cti fuerant Ghristiani. Habet autem et locus ipse urapêaTov, quod ita suo ovdine legi potest. Miror quod tam [Al: addü sic] cito transferi- mini a Ghristo Jesu, qui vos vocavit in gratiam, dicens : « Non veni vocare justos, sed peccatores » ad pœniten- tiam Marc, n, 17. Gratia cfùippe salvi facti sumus, et non per légem Ephes. n, 8. Translati autoin, inquit, paroles : » Ne donnez pas le sceptre à ceux qui n’existent pas, « et ces autres : « Dieu a appelé les choses qui n’existaient pas, pour les faire passer du néant à l’être. Or si l’Apôtre parle ainsi de ceux qui croyaient dans le même Dieu et avaient les mêmes Écritures, et qu’il leur re¬ proche d’être passés à un autre Évangile qui n’est pas un autre Évangile, que devons-nous penser de Marcion et des autres hérétiques qui rejettent jusqu’au Dièu créateur, et enseignent que le Christ vient d’un autre Dieu? Leur égarement et leur chute n’ont point pour cause seulement l’interprétation de la loi, ou une discussion sur la lettre ou sur l’esprit, c’est sur le principe, et le droit fondamental de l’Église qu’ils sont en désaccord avec nous. L’Àpôtre dit avec beaucoup d’à-propos. « Ce sont seulement quelques per¬ sonnes qui sèment le trouble parmi vous et qui veulent changer l’Évangile de Jésus-Christ. Ils i veulent, dit-il, changer, dénaturer, ' troubler l’Évangile de Jésùs-Christ; mais ils ne peuvent y réussir, car sa nature est de ne pouvoir être la vérité. Celui qui interprète l’Évangile dans un autre esprit, dans un autre sens que celui dans lequel il a été écrit, sème le trouble parmi les- croyants, change et dénature l’Évangile de- Jésus-Christ, il rejette en arrière ce qui était en face, et place devant lui ce qui était derrière. S’il veut suivre exclusivement la lettre, estis in aliud Evangelium, "quod non est aliud; quia omne quod falsum est, non subsistit, et quod veritati contrarium est, non est, utillud : « Ne tradas, Domine, sceptrum tuum his qui non sunt » Esther. xiv, 12. Et ea quæ non erant, vocavit Deus, ut faceret esse quod non erat. Si autem hoc de his qui in eumdem credebant Deum, et easdem Scripturas habebant, dicitur, quod translati sint in aliud Evangelium, quod non est Evan¬ gelium, quid de Marcione et cæteris hæreticis, qui Conditorem respuunt, et alterius Dei Christum simulant, æstimare debemus? Qui non interpretatione Iegis et litteræ, vel pugna carnis et spiritus labuntur et cor- ruuut, sed de toto Ecclesiæ jure discordant. Pùlchre autem ait : « Nisi sunt aliqui qui vos conturbent, et volunt convertere Evangelium Ghristi. » Volunt, inquit, Evangelium Ghristi mutare, convertere, turbare; sed nôn valent. Quia bujus naturæ esty ut non possit aliud esse, quam verum est. Omnis qui Evangelium alio interpretatur spiritu et mente quam scriptum est, credentes turbat, et convertit Evangelium Ghristi, ut id quod in facie est, post tergum laciat, et ea quæ post tergum sunt, 1 vertat in faciem. Si qùis 232 SAINT JÉROME il placé en avant ce qui était eir arrière. S’il adopte les interprétations des Juifs, il rejette en arrière ce qui de sa nature était en avant. Il y a ici du reste, une analogie remarquable dans ce mot de translation appliqué aux Galates, car le mot Galates dans notre langue, signifie translation. « Mais quand nous-môme, nous vous annon¬ cerions, ou quand un ange venu du ciel, vous annoncerait un Évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème. » On peut entendre ces paroles comme dites hyperboliquement dans ce sens, non pas que l’Apôtre ou un ange aient pu annoncer un Évangile différent du premier, mais que si, par impossible, les apôtres et les anges venaient à changer de sentiment, ils ne devraient pas cependant abandonner l’Évangile qu’ils ont ■ reçu ; surtout lorsque l’Apôtre lui- même voulant • dans un autre endroit montrer la fermeté de sa foi, s’écrie : Je suis assuré que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les choses présentes, ni les futures, ni la violence, ni tout ce qu’il y a de plus haut ou de plus profond, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans ..Jésus-Christ Notre-Seigneur Rom . vnr, 38, 39. « Je dis la vérité dans le Christ, je ne mens pas, et ma conscience me rend ce témoignage. » Rom . ix, 1. Ce n’est point là le langage d’un tantum litteram sequitur, posteriora ponit in fa- ciem. Si quis Judæorum interpretationibus acquiescit, ,post- tergum mittit ea quæ ex natura sua in faciem constitutà sunt. Necnon et illud congrue, quod transi ati on is verbum GalaLis coaptatum est : « Galatia » enim « translatiouem » in nostra lingua sonat. « Sed lieet nos, aut angélus do cœlo evangelizet vobis, præter quam quod , evangelizavimus vobis, anathema sit. Sicut prædiximus, et nunc iterum dico : si quis vobis evangeliza verit præter id quod accepistis, anathepia sit. » Potest et hyperbolice dictum accipi, non quo aut aposlolus, aut angélus aliter potuerint prædicare quam semel dixerant ; sed etiamsi hoc posset fîeri, ut et apostoli et angeli mutarentur ; tamen non esse [AI. esset] ab eo quod semel acceptum fuerat, recedendum : maxime cum ipse Apostolus in alio loco firmitatem fidei suæ ostendat dicens : « Scio quia neque mors, neque vita, neque angeli, neque principatus, neque præsentia, neque futura, neque fortitudo, neque aititudo, neque profundum, neque alia creatura, poterit nos separare a dilectione Dei. quæ est homme qui puisse jamais renoncer à la foi et l’amour de Jésus-Christ. Ceux qui refuser d’entendre ces paroles dans un sens hyperbo¬ lique, et les prennent au littéral, dans ce sens que les apôtres et les anges puissent se détacher de la vérité et tomber dans l’erreur\ apportent à l’appui de leur opinion cet aveu de saint Paul lui-même, qu’il était exposé à tomber, il 1© savait,, s’il se laissait aller à la négligence. « Je châtie mon corps, disait-il, et je le réduis en servitude, de peur qu’après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé. Il est écrit aussi des anges qu’ils sont sujets au changement, « etqueceuxquin’ontpas conservé leurprimauté, et qui ont abandonné leur propre demeure, sont retenus dans les chaînes éternelles et dans do profondes ténèbres et réservés pour le jugement du grand jour. » Jude . 6. Seule, la nature de Dieu est immuable, lui dont il est écrit : « Pour vous, vous êtes éternellement. » Ps. c r, 27. Et il dit aussi de lui-même : « Je suis votre Dieu et je ne change pas. » Malach. ru, 6. Nous lisons encore que Lucifer, qui s’élevait dès l’aurore, est tombé du ciel et que celui qui envoyait à toutes les nations a été brisé sur la terre. Le savant Tertullien prend occasion de ce passage pour combattre Apelle et sa vierge Philumène inspirée par un ange pervers et d’un esprit diabolique. C’est cet ange, écrit-il, que bien longtemps avant la in Christo Jesu Domino nostro Rom. vm, 38. Veritatem dico, non mention, testimonium mihi perbibente cons- cientia mea » Rom. ix, 1. Hæc quippe dicta non sunt ejus qui possit a Ghvisti fide et dilectione aliquando discedere. Qui autem nolunt xaG’ uuJOeciv hoc dictum esse, sedvere : quqd scilicet possint et apostoli et angeli ad pejora converti, illud opponunt, quod et ipse Paulus scierit posse se labi, si segnius ageret, dicens : .« Subjicio autem corpus meum, et in servitutem redigo, ne aliis prædicans, ipse reprobus inveniar » I Cor. ix, 27. An- gelos quoque esse mutabiles, qui non servaverint prin- cipatum suum; sed relinquentes proprium domicilium, in judicio magni diei vinculis æternis sub caligine reservantur Judœ , vj. Dei solius naturam esse iramu- tabilem, de quo scribitur :.« Tu vero ipse esPs. ci, 28. Et ipse de se : « Ego Deus vester, et non mutov Malach. m. 6. Cecidisse luciferum, qui mane oriebatur; et eum qui mittebat quondam ad omnes gentes, in terra esse contritum. Eleganter in hoc loco vir doctissimus Tertnllianus, ad versus Apellem, et ejus virginem Philu- menem, quam angélus quidam diabolici spiritus et per- ï COMMENTAIRES SUR î naissance d’Apello, l’Eprit-Saint avait frappé prophétiquement d’anathème parla bouche.de P Apôtre. Or le mot. anathème est une expression propre aux Juifs; nous la voyons employée dans le livre de Josué lils.de Nave vi, 18, ,vii, 1, etc. et dans les. Nombres, lorsque Dieu commando de livrer à l’anathème et à la malédiction tout ce qui se trouvait dans la ville de Jéricho et dans le camp , des Madianites. Interrogeons ceux qui affirment que le Christ et Paul son apôtre viennent d’un Dieu bon et ignoré jusqu’alors, l’un comme fils, l’autre comme serviteur qui ne . savent ni. maudire ni condamner personne ; comment l’Apôtre se sert ici d’une expression propre aux Juifs, c’est-à-dire du Créateur, et qu’il souhaite ici la mort à un ange ou à un apôtre, lui qui s’abstenait constamment de la vengeance. En ajoutant : « Comme nous l’avons déjà dit, ainsi je le répète, v> il nous apprend, que craignant ce qui devait arriver, il avait déjà menacé d’anathème ceux qui prêcheraient une doctrine différente; et maintenant que cette doctrine différente a été prêchée, il frappe ses v auteurs de l’anathème dont il les avait menacés. Or il place sous le coup de cet anathème et lui que personnellement les Juifs accusaient de prêcher parmi les Gentils une doctrine contraire à la conduite qu’il tenait dans la Judée; et un ange lui-même, supérieur de l’aveu de tous aux apôtres ses prédécesseurs, afin qu’on n’élevât versus impleverat, hune esse scribit angelum, cui multo antequam Àpelles nasceretur, Spiritus sancti vaticinio sit anathema per Apostolum prophetatum. Porro ava- 0s|/.a, verbum proprie Judæorum est, et positum [Al. propriüm] tam in Jesu Nave Jos . vi, 7, quam in Numéris Num. xxi, quanclo omuia quæ erant in Jéricho et Madianitarmn detestati ni et anathemati habenda Dominus imperavit. Interrogemus eos, qui Christum et apostolum XJaulum, boni Dei et usque ad illud tempus îgnorati, vel filium asserunt esse, ve] servum, qui male- dicere nesciat, nec noverit aliquem condemnare ; quo- modo nunc Apostolus ejus, verbo Judœorum, id est, Creatoris utatur, et periro vel angelum vel apostolum velit, cum ipse non soleat ulcisci. Quod autem adelidit, « sicut praédiximus, et nunc iterum dico, » ostendit se et in principio hoc ipsum caventem, denuntiasse ana¬ thema 'eis qui aliter . pcsedicaturi erant, et nunc post- quam prædicatum est, id anathema decernere qnod ante pvædixerat. Propterea autem et sibi, quem aliud in Judœa facere, aliud docere iu gentibus criininabantur, et angelo quem majorem etiam præcessoribus suis fÉPITRE AUX GALATES 333 pas outre mesure l’autorité de Pierre et de Jean, puisqu’il h’était permis ni à lui qui. les avait enseignés, ni à un ange lui-même de leur prêcher une autre doctrine que celle qu’ils avaient dabord reçue. Il se nomme lui-même, personnellement ainsi que l’ange ; il désigne les autres sans les nommer : « Si quelqu’un vous annonce un autre Évangile. » Il se sert d’une expression générale pour ne point blesser ses prédécesseurs, tout en les désignant d’une manière indirecte. « Car enfin, est-ce des hommes ou de Dieu que je désire maintenant être approuvé? » Nous ne pensons pas que l’Apôtre nous enseigne ici par son exemple à mépriser les hommes, lui qui dans un autre endroit nous dit : « Sachant donc combien le Seigneur est redoutable, nous tâchons de persuader les hommes; mais mW sommes connus de Dieu, » II. Cor. v, ir, et encore : « Ne soyez une occasion do scandale, ni pour les Juifs, ni pour les Gentils, ni pour l’Église de Dieu, comme je m’efforce moi-même déplaire à tous eh toutes choses, ne cherchant point ce qui m’est avantageux en particulier, mais ce qui est utile aux autres pour leur salut.» I. Cor. x, 32, 34. Si nous pouvons à la fois plaire à Dieu et aux hommes, nous devons faire en sorte de plaire aux hommes. Mais si nous ne pouvons plaire aux hommes qu’à la condition de déplaire à Dieu, nous devons chercher à plaire à apostolis esse constabat, anathema denuntiavit ; ut non magna Pétri et Joannis putaretur auctoritas, cum pec sibi liceret qui eos ante do eue rat, nec angelo aliter prædicare, quam semel didicerant. Seitaque et angelum nominatim posuit; alios vero absque nomine. « Si quis, » inquit, « vobis evangelizaveril, » ut in ganerali voca- bulo, nec præcessoribus faceret injuriam; et tamen nomina eorum latenter ostenderet. « Modo enim hominibus suadeo an Deo. ; aut quæro hominibus placere? Si adhuc hominibus placerem, Ghristi servus non essem. » Non putemus ab Apostolo nos doceri, ut exemple suo hominum judicia contenmnmus, qui in alio loco dixerit : « Scientes ergo timorem Domini, hominibus suademus ; Deo autem manifesti sumus » Il Cor. v, 11; et illud : « Sine ofiensione estote, Judæis, et gentibus, et Ecclesise Dei; sicut et ego omnibus per omnia placeo, non quærens quod mihi utile est, sed quod multis, ut salventur » 1 Cor. 10. Sed si fieri potest, ut pariter Deo et hominibus placeamus, placendum est et homi¬ nibus. Si n autem afitér non placemus liominibus,, nisi 234 SAINT JEROME Dieu plutôt qu’aux hommes. L’Apôtre nous indique clu reste pour quel motif il s’efforce de plaire à tous : « Je ne cherche point, dit-il, ce qui m’est avantageux, mais ce qui est utile aux autres pour leur salut. Or, celui qui agissant par cette charité qui ne cherche pas ses intérêts, mais les intérêts des autres, plaît à tous pour les sauver, plaît tout d’ahord à Dieu qui a tant à cœur le salut des hommes. 11 y a ici un mot que l’Apôtre ajoute non sans raison, c’est le mot » maintenant. » Il faut en effet savoir plaire ou déplaire aux hommes suivant les circons¬ tances. Ainsi celui qui ne plaît point à cause de la vérité de l’Évangile, plaira plus tard à cause du salut d’un grand nombre. Paul avait com¬ mencé par plaire aux Juifs, . lorsqu’il se montrait zélateur outré des traditions de ses pères et observateur irréprochable de la loi. Il déployait tant d’ardeur et de foi pour les rites de ses ancêtres, qu’il prit part à la mort d’Étienne, et qu’il partit pour Damas, afin de charger de chaînes ceux qui avaient renoncé à la loi. Mais, lorsque do persécuteur il fut changé en vase d’élection, et qu’on le vit prêcher la foi qu’il s’efforçait auparavant de détruire, il commença en même temps à déplaire aux Juifs, qui l’avaient autrefois pour agréable. C’est ce qu’il veut dire ici : Est-ce que je cherche de nouveau à plaire aux Juifs aux quels j’ai déplu Deo displiceamus; Deo magis quam hominibus placera debeinus. Alioquin et ipse inferl, ' cur omnibus per oinnia placent : « Non quærens, » inquiens, « quod mihi utile est, sed quocl multis, ut salventur. » Qui autem ex ea charitate, quæ non qnærit quæ sua sunt, sed quæ aliéna sunt, placet omnibus ut salventur; utique Deo primum placet, cui salus hominum curæ eèt. Habet autem et verbum, quocl hic specialiter additum est, « modo, » vel placendum esse pro tempore hominibus, vel displicendmn ; ut qui mcdo non placet propter Evangelii veritatem, placnerit quondam ob salutem plurimorum. Placuevat Paulus aliquando Judæis, cuin æmulator existens paternarum traditionum, sine querela ante in lege versatus est; et tantum habuit in majorum cæremoniis ardoris et fidei, ut in Stephani nece particeps fuerit [AL fieret], et Dam asc um perre- xerit ad eos, qui a lege desciveraut, vinciendos Aotor. ix. Sed postquam in vas electionis de peivecutore transla¬ tas est, et cœpit prædicare fidem, quam quondam . expugnaverat, cœpit pariter displicere Judæis, quibus ante placuerat. Hoc est ergo quod ait : Numquid quæro Judæis placere, quibus displicendo, Deo placui? Si enim en cherchant à plaire à Dieu? Mais si je leur plaisais encore, je ne serais plus serviteur de Jésus-Christ. Je serais défenseur de la loi, et je m’efforcerais de détruire la grâce de l’Évangile, Maintenant même, je ne veux même pas simuler l’observation de la loi, parce que je ne veux pas plaire à la fois à Dieu et aux Juifs, aux quels on ne peut plaire sans déplaire à Dieu: Le mot suadere qu’emploie ici l’Apôtre, est emprunté au langage usuel lorsque quelqu’un s’efforce d’inculquer aux autres une idée qu’il s’est rendue propre et dont il. est pénétré. Nous le retrouvons dans plusieurs endroits de l’Écriture, comme dans celui-ci : « Cette persuasion ne vient pas de Celui qui vous a appelés. » Nous lisons encore dans les Actes des apôtres : « Un grand nombre de Juifs vinrent dans la maison qu’il habitait, et il leur expliquait l’Évangile, conférant avec eux du royaume de Dieu, et cherchant à les persuader en leur parlant jusqu’au soir de Jésus, de la loi de Moïse et des prophètes. » Or il agissait ainsi parce qu’on avait répandu le bruit qu’il ob¬ servait secrètement la loi et qu’il s’était mêlé à Jérusalem avec les judaïzants. Car je vous déclare, mes frères, que l’Évangile, que je vous ai prêché n’est point selon l’homme, etc; » l’hérésie d’Ebion et de Photin est mise à néant par ces paroles, qui établissent clairement illis placerem, adhuc Christi servus non essem. Assere- rem quippe legem, et Evangelii gratiam destruerem. Nunc autem propterea nec in simulationem quidom obseryandæ legis adducor; quia non qneo [AL quæro] et Deo placere pariter et Judæis; quibus quicumque placet, Deo displicet. Jpsum quoque verbum, « suadere, » de humano usu snmptum est, cum quis id quod ipse habet, et semel imbibit, etiam cæteris conatur inserere ; et in plurimis Scripturarum locis legitur, ex quibus illud est : « Suasio non est ex eo qui vocavit vos » Gai', v, 8. Necnon et in Actibus apostolorum : « Yene- runt ei'go ad eum Judæi in bospitium multi; quibus exponebat, contestans eis regnura Dei, suadensque eis de Jesu, ex Lege Moysi et Prophetis usqne ad vespè- rum. » Hoc autem totum ideo, quia dissémina tum [AL diffa atum] de eo fuerat, occulte ilium custodire Legem, et in Jerosolymis cum his qui judaiïzabanti consortium miscuisse. ' ’ << Notum enim vobis facio, fratres, Evangelium quod evangelizalum est a me; quia non est secun- dum hominem, neque enimvego ab homme accepi illud neque didici; sed per revelationem Jesu Christi. » Ex COMMENTAIRES SUR L que le Christ n'est pas seulement un homme, mais qu’il est Dieu. Si, en effet, l’Évangile de Paul n’est point selon l’homme, s’il ne l’a ni reçu ni appris d’un homme, mais par la révélation de Jésus-Christ, Jésus-Christ qui le lui a révélé n’est donc pointsimplement unhomme. S’il n’est pas un homme, il est nécessairement Dieu. Nous ne nions pas qu’il ait pris notre humanité, mais nous nions qu’il ne soit qu’un homme. On demande si toutes les églises de l’univers ont reçu l’Évan- .gile de Dieu ou d’un homme. Est-ce que par exemple, chacun de nous a reçu l’Évangile par une révélation de Jésus-Christ? ne l’a-t-il pas reçu par la prédication de l’homme? Nous répondons à cette question que quant à ceux qui peuvent dire : « Est-ce que vous voulez éprouver la puissance de Jésus-Christ qui parle par ma bouche » Cor. xm, 3 ? et encore : « Je vis, non plus moi, mais le Christ qui vit en moi; » Gai. il, 20. Ce ne sont pas eux qui enseignent, mais bien plutôt Dieu qui étant en eux dit aux saints : « J’ai dit : Vous êtes des dieux et les fils du Très-Haut, » et qui dit aussitôt des pécheurs : « Mais vous mourrez comme des hommes, et vous tomberez comme un des rois de la terre. » Ps. lxxxi, 7. Lors donc que Pierre et Paul enseignent, eux qui ne meurent pas comme les hommes, et ne tombent pas comme un des princes, il est évident qu’ils sont les dieux dont hoc loco Ebionis et Photini dogma conteritur : quod Deus sit Ghristus, et non tantum homo. Si enim Evange¬ lium Pauli non estsecundum hominem, neque ab homine accepitillud, aut didicit, sed per revelationem Jesu Christi; non est utique homo Jésus Ghristus, qui Paulo Evangelium révéla vit. Quod si non est homo, consequenter Deus est. Non quo hominem negemus assumptum; sed quo tantum hominem renuamus. Quæritur utrurn totius orbis Ecclesiæ Del acceperint Evangelium, an hominis; quotus enim quisque nostrum per revelationem Christi didicit, et non homine prædicante cognovit? Àd quod respondebimus, eos qui possunt dicere : « An experi- mentum ejus quæritis, qui in me loquitur Christus » II Cor. xin, 3? Et : « Vivo autem jam non ego, vivit autem in me Ghristus » Calat . h, 20, non tam ipsos docere, quam in ipsis Deum, qui ad sanctos loquatur : « Ego dixi, dii estis, et filij excelsi omnes » Ps. lxxxi, 6 ; et statim de peccatori us : « Vos autem ut hommes moriemini, et tamquam unus de principibus cadetis. » Cum igitur Paulus loquitur et Petrus, qui non moriun- (1) !/« texts de la Vulgate porle : « Nonpe verba mea booa sunt oum ’ÉPITRE AUX GALATES 235 il est parlé précédemment. Or ceux qui sont dieux prêchent l’Évangile non des , hommes, mais de Dieu. Marcion et Basilide et ces autres pestes d’hérétiques n’annoncent pas l’Évangile de Dieu, parce qu’ils n’ont point en eux l’Esprit- Saint sans lequel l’Évangile qu’on prêche n’est qu’une œuvre tout humaine. Nous croyons en effet que l’Évangile proprement dit n’est pas dans les paroles de l’Écriture, mais dans le sens ; non dans la superficie, mais dans la moelle; non dans les feuilles qui contiennent les discours, mais dans la racine de la raison. Il est dit de Dieu dans un prophète : «Ses paroles sont bonnes avec lui (1). » Michèe. n, 7. L’Écriture est utile à ceux qui l’entendent lorsqu’elle n’est expliquée qu’avec Jésus-Christ, lorsqu’elle ne s’enseigne qu’avec Dieu le Père, lorsque celui qui prêche, ne la fait entrer dans l’âme de ses auditeurs qu’avec le secours de l’Esprit-Saint. Autrement le démon lui aussi parle le langage des Écritures et toutes les hérésies selon le prophète Ézéchiel so font des Écritures des oreillers qu’elles placent sous les bras des personnes de tout âge. Ezech. xm. Et moi-même qui parle en ce moment, si j’ai vraiment Jésus-Christ en moi, ce n’est pas l’Évangile de l’homme que j’annonce; mais si je suis pécheur, c’est à moi que s’adressent ces paroles : « Dieu dit au pécheur ; Est-ce à toi qu’il appartient de publier mes décrets, pourquoi tur ut homines, neque ut unus de principibus corruunt, deos eos esse, manifestum est. Qui autem dii sunt, tradunt Dei Evangelium, et non hominis. Marcion et Basilides et cæteræ hæreticorum pestes, non habentDei Evangelium; quia non habent Spiritum sanctum, sine quo humanum fit Evangelium, quod docetur. Nec putemus in verbis Scripturarum esse Evangelium, sed in sensu; non in superficie, sed in medulla; non in sermonum foliis, sed in radice rationis. Dicitur in pvopheta de Deo : « Sermones ejus boni sunt cum eo » Mich. n, 7. Tune Scriptura utilis est audientîbus, cum absque Christo non dicitur, cum absque pâtre non pro- fertur, cum sine Spiritu non eam insinuât ille qui prædicat. Alioquin et diabolus qui loquitur de Scriptu- ris, et omnes hæreses secundum Ezechielem Cap. xm inde sibi consuunt cervicalia, quæ ponant sub cubito universæ ætatis. Ego quoque ipse qui loquor, si Christum in me habeo, non habeo Evangelium hominis; si autem peccator sum, dicitur mihi : « Peccatori dixit Deus : Quare tu enarras justitias meas ; et assumis in labiis 0, qui recte çradiiur? SAINT JÉROME. 236 ta bouche annonce-t-elle mon alliance? Tu as la discipline en horreur, et tu as rejeté ma parole derrière toi, » et le reste, Ps. xlix, 16. On est exposé à un grand danger en parlant dans l’Église, lorsque par une interprétation contraire à la vérité, l’Évangile de, Jésus-Christ devient l’Évangile de l’homme, ou ce qui est pire encore., l’Évangile du diable. Or voilà la différence, qui existe entre recevoir et apprendre l’Évangile. Celui-là reçoit l’Évangile auquel il est annoncé pour la première fois et qui est amené à la foi, qui lui fait croire comme véritable tout ce qui est écrit. Celui qui apprend va plus loin; il con¬ naît dans toute leur étendue tout ce qui est présenté dans l’Évangile sous forme d’énigmes et de paraboles, et cette, connaissance il la doit non pas à la révélation de l’homme, mais au Christ qui l’a révélé à Paul, ou à Paul par la bouche duquel parle le Christ. L’expression elle- même d’apocalypse aTroxaAu^euir, c’est-à-dire, de révélation, est une expression propre à l’Écri¬ ture, et n’a été employée chez les grecs par aucun sage du siècle. Aussi, me semble-t-il que comme dans les autres mots que les soixante-dix inter¬ prètes ont , transporté de l’hébreu en grec, ils se sont efforcés également pour celui-ci de faire ressortir la propriété de la langue qu’ils tradui¬ saient, ayant recours à des mots nouveaux pour dés choses nouvelles, et d’exprimer ici une chose qui étant d’abord cachée et voilée, est tuis Testamentum meurn? Tu autem odisti disciplinant, et projeeisti verba mea post te » Ps. xlix, 16, 17* et csetera quæ sequuntur, Grande periculum est in Ecclesia loqui, ne forte interpretatione perversa, de EvangeJio Ghristi, hominis fiat Evangelium ; aut quod pejus est, diaboli. Inter accipere autem, et discere, hoc interest, quod ilie accipit Evangelium, cui priraum insinuatur, et ad fidem ejus adducitur, ut credat vestra esse quæ scripta sunt, Discit autem is, qui ea quæ in illo per ænigmata et parabolas figurata sunt, explanata et dis-: serta cognoscit ; et cognoscit, non homme révélante sed Ghristo, qui revelavit Paulo, ant per Paùlum, in qao loquitur Ghristus. Verbnm quoque ipsum avtoxaAu^swg, id est, « révéla tionîs, » proprie Script ur arum est, et a nullo sapientum sæcu!i apud G'ræcos usurpatum. Unde mihi videntur quemad modem in aliis verbis, quæ de Hebræo p Græcnm Septuaginta interprètes Iranstule- runt, ita et in hoc magnopere esse conatos, ut proprie- tatem peregrini sermônis exprimèrent, nova novis rebus verba fingentes ; et sonore, cum quid tectum et veiatjam, ablato desuper operimento., ostenditur et profertur in dépouillée du voile qui la couvrait et mise dans une lumière manifeste. Voici un exemple qui éclaircira davantage cette pensée. Moïse parlait à Dieu face à face et à visage découvert, c’est-à- dire sans aucun voile ; mais lorsqu’il parlait au peuple qui ne pouvait soutenir l’éclat de son visage, il se couvrait d’un voile Exod. xxm, 3, xxiv, 33, 34. Un voile était également tendu devant l’arche du testament ; lorsqu’on tirait ce -, voile, les choses cachées étaient à découvert, et pour me servir de l’expression propre, étaient révélées. Si maintenant, ceux qui ont coutumo de lire les hommes diserts du siècle, croient devoir nous railler sur la nouveauté et la vulgarité de cette expression, nous les renver¬ rons aux livres do Cicéron, intitulés : des ques¬ tions philosophiques, et ils verront par quelle nécessité il s’est trouvé contraint d’employer souvent des mots souverainement étrangers, quo l’oreille d’un Latin n’avait jamais entendus, et cela en traduisant en latin des mots tirés du grec, langue voisine de la nôtre. A quel travail pénible se condamnent, ceux qui, dans les passa¬ ges difficiles que présente la langue hébraïque, cherchent à exprimer la propriété des termes ; et cependant dans tant de livres qui composent les Saintes Écritures, on trouve beaucoup moins de ces mots qui sentent la nouveauté que n'en renferme l’ouvrage bien moins étendu de cet auteur. On peut, comme nous l’avons dit au . : M lucem. Hoc ut manifestius fiat, accipite exemphinm Moyses cum Deo revelata et aperta facie loquebatur Exod. xxxm, xxxiv, id est, absquo velamine ; ad popu- lum autem loquens, . quia in vultuni ejus attendere non yalebant, velamen ponebat in facie Num. iv. 'Ante Arcarn quoque Testamenli vélum oppansuw erat ; quod cum fuisset reductum, ea quæ ante alxkondita fuerant, prodebantur ; et ut ipsj verbo utar, « revelabantur. » Si itaque hi qui disertos sæculi legere consueverunt. cœsperint nobis de novitate et vilitate serm/nis illudere, mittamus eos ad Cicéron is lïbros qui de quæstionibus philosophiæ prænotantur ; et videant, quanta ibi néces¬ sita te compulsus sit, tanta verborum por tenta proferre, quæ numquam Latini hominis auris audivit ; et hoc cum de Græco, quæ lingua vicina est, transferret in nostram. Quid patiuntur illi, qui de Hebræis difûcultatibus pro- prietates exprimera conantur? et tamen multo pauciora' sunt in tantis volu minibus Scripturaruin quæ novitatem sonent, quain ea quæ ilie in-parvo opéré congessit. Potest autem, sicut in principio diximus, cum expone- reinqs : « Paulus apostolus non ab hominibus, neque COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX CALATES commencement, en expliquant ces paroles : « Paul apôtre, non par des hommes, ni par l’autorité d’aucun homme, » regarder celle-ci comme étant indirectement .à l’adresse de Pierre et des autres' prédécesseurs de l’Apôtre, c’est-à- dire, que celui qui a Jésus-Christ pour précep¬ teur dans la connaissance de l’Évangile, ne doit se laisser ébranler par aucune autorité en faveur de la loi. Or, la révélation dont il veut ici parler est celle qu’il eut sur le chemin de Damas, lorsqu’il mérita d’entendre la voix du Christ, et qu’étant frappé de cécité, il put contempler la vraie lumière du monde. « Car vous avez oui dire de quelle manière j’ai vécu autrefois dans le judaïsme, persécutant à outrance l’Église de Dieu, etc. » Rien de plus utile aux Galates que ce récit, qui leur apprenait comment Paul, auparavant persécuteur de l’Église et défenseur acharné du judaïsme, s’était converti tout d’un coup à la foi de Jésus-Christ, et cela dans un . temps où le crucifié était annoncé pour la première fois dans le monde, ou cette nouvelle doctrine était repoussée à la fois par les Gentils et par les Juifs de toutes les contrées du monde. En effet, ils pouvaient dire : Si celui qui dès son enfance a été instruit dàns la doctrine des pharisiens, qui surpassait tous ses contemporains dans la science des traditions juives, défend maintenant l’Église qu’il persécutait avec tant de violence ; s’il per hominem » " ita et in præsenti loco oblique in Petrum accipi, et in cæteros præcessores ejus ; quod nullius pro Lege et auctoritate moveatur, qui Christian solum Evangelii habeat præçeptorem.Porro, révéla tio- nem illam significat, cum Damascum vadens, in ilinere Ghristi vocem meruit audire, et cæcatis oculiü, verum mundi lumen intuitus est. « Audistis epim conversationem meam aliquando in Judaismo ; qnoniam supra modum pevsequebar Ecclesiam Dei, et expugnabam ; et proficiebam in Judaismo, supra muHx)s coætaneos in genere meo ; abundanlius æmultator existens paternarum mearum traditi num, » Plurinnim prodest Galatis ista narratio, quoinodo Paiilus, vastator quondam Ecclesiæ et Judaisini acerrimus defensator, ad Christi fidem repente conversus sit, Et hoc eo tempore quo crucifixus primum annuntiabatur in mundo ; quo novum dogma et a gentibus et a Judæis totius orbis linibus pellebatur. Dicere enim poterant : Si ille qui a par va ætate Pharisæorum institutus est disciplims, qui omnes coætaneos suos in Judaica traditione superabat* nunc défendit Ecclesiam, quam 237 préfère la grâce de Jésus-Christ et sa nouvelle doctrine, dût-elle lui attirer l’envie et la haine universelles, à la Loi ancienne qu’il enseignait aux applaudissements de tous ; que devons-nous faire, nous qui de gentils que nous étions, avons commencé à être chrétiens? Remarquez l’à-propos de cette expression : « Je persécutais au delà de toute mesure l’Église de Dieu. » C’était un motif de plus d’étonnement de voir converti à la foi non pas un de ceux qui persé¬ cutaient faiblement l’Église, mais celui qui surpassait tous les persécuteurs en haine et en violence. Et tout en racontant un fait d’un autre genre, il trouve le moyen d’insérer cette réflexion qu’il était alors beaucoup moins servi¬ teur de la loi de Dieu que des traditions de ses pères, c’est-à-dire des pharisiens, qui enseignent les doctrines et les commandements des hommes, et rejettent la loi de Dieu, pour établir leurs traditions. Quelle observation pleine de justesse, et quel choix réfléchi d’expressions ! « Vous avez appris, dit-il, quelle était ma vie dans le judaïs¬ me ; la vie, non pas la grâce, » autrefois, non pas maintenant; dans le judaïsme, non pas dans la loi de Dieu, persécutant à outrance et rava¬ geant l’Église de Dieu. Il ne persécutait pas comme les autres, mais au delà de toute mesure. Une persécution violente ne lui suffisait pas, il ravageait l’Église comme un brigand qui veut étendre partout la persécution. Et il ne dit quondam vahdissime persequebatur; et magis Christi gratiam et novitatem vult habere cum invidia omnium, quam vetustatem Legis cum laude multorum ; quid nos lacéré oportet, qui ex gentihtate esse cœpimus Chris- tiani? Pulchre vero adjunxit : « Supra modum perse- quebar Ecclesiam Dei, » ut et hinc quoque admiratio nasceretur, quod non unusquisque de his qui leviter persequebantur Ecclesiam ; sed ille qui cæteros in persecutione vincebat, conversas ad fidem sit. Etpru- denter dum aliud narrât, interserit non tam Dei se servisse Legi, quam paternis, id est, Pharisæorum traditionibus; qui docent doctrinas et mandata hominnra MaUh. xv ; Mare, vu ; et rejiciunt Legem Dei, ut statuant traditiones suas. Quam pulclira autem observatio pondusque verborum : « Auditis, » inquit, « conversationem meam aliquando in Judaismo, . » conversationem, non gratiam : « aliquando, » non modo : « iu Judaismo, » non in lege Dei. « Quoniam supra modum persequebar Ecclesiam Dei; et devastabam illam. » Non persequebatur nt cæteri, sed supra modum. Nec sufficiebat quamvis vehemens persecutio ; sed 288 SAINT JÉROME pas : l’Eglise du Christ, auquel dans sa convic¬ tion, il -croyait ne devoir que du mépris, et qu’il persécutait; mais, comme U le croit maintenant: l’Église de Dieu, professant ainsi ou que le Christ lui-même est Dieu, ou que l’Église avait pour fondateur le même Dieu qui avait autrefois donné la loi. « Et je me signalais, ajoute-t-il, dans le judaïsme au-dessus d’un grand nombre de contemporains au sein de ma nation, me mon¬ trant zélateur outre mesure des traditions do mes pères. Remarquez encore qu’il appelle ce progrès un progrès non dans la loi de Dieu, mais dans le judaïsme. Et il se signale non au- dessus de tous, mais au-dessus d’un grand nombre; non au-dessus des vieillards, mais au- dessus de ceux qui étaient de son âge, pour montrer que son application se portait vers la loi, et décliner tout sentiment de vanité. En rappe¬ lant les traditions paternelles et non les com¬ mandements du Seigneur, il fait voir qu’il était pharisien, né de pharisiens et qu'il avait le zèle pour Dieu, mais un zèle qui n’était point selon la science. Or tous ceux qui jusqu'à ce jour entendent les Écritures dans un sens judaïque, persécutent l’Église du Christ, et la ravagent, pervertis qu’ils sont par les traditions des hommes, plutôt qu’éclairés par l’étude de la loi de Dieu. « Mais lorsqu’il a plu à Celui qui m’a choisi dès le sein de ma mère, etc. » Ce n’est pas seule- quasi quidam grassator Ecclesiam et prædo vastabat. Nec ait, « Ecclesiam Christi, » ut tune putabat \Al. putabatur] ; quein ducebat contemptui, quein perseque- batur; sed ut nunc crédit, « Ecclesiam Dei ; » vel ipsum Christum Deura esse significans, vel ejusdum Dei esse Ecclesiam, qui quondam Legis dator fuit. « Et- proficiebam, » inquit, « in Judaismo supra multos coætaneos in généré meo ; abundantius æmulator existens paternarum mearum traditionum. » Rursum profectum non Legis Dei, sed Judaismi vocat. Nec supra omnes, sed supra plurimos, nee supra senes, sed supra coætaneos, ut et studium suum referret in Lege, et jactantiam declinaret. Paternas autein traditiones, non Domini mandata commemorans, et se Pharisæum ex Pharisæis indicavit, et habuisse quidem zelum Dei, sed non secundum scientiam. Usque hodie autem qui Judaico sensu Scripturas intelligunt, persequuntur Ecclesiam Christi, et populantur illam, nMn studio Legis Dei, sed traditionibus hominum depravati. « Cum autem placuit ei qui me segregavit de litero matris meæ, et vocavit per gratiam suam, ut ment dans cet endroit, mais dans Tépître aux Romains que Paul écrit qu’il a été séparé pour l’Évangile de Dieu. Et Jérémie lui-même nous apprend qu’avant d’être formé dans le sein de sa mère, et conçu dans ses entrailles, il était connu de Dieu et sanctifié par sa grâce Jerem. xv. Et c’est au nom du juste, ou comme le pensent quelques-uns, au nom du Sauveur que le Psal- miste a dit : « Du sein de ma mère, j’ai été jeté dans vos bras, vous êtes mon Dieu depuis que je suis sorti de ses entrailles, » Ps. xxi. 10. Au contraire, le même David parlant des pécheurs dit : « Voici que j’ai été conçu dans l’iniquité, et ma mère m’a enfanté dans le péché, Ps. 4, 6; et dans un aiVtre . endroit : Les pécheurs se sont égaré dès le sein de lesur mère. Ps. lvi],3. Et dans un sens comme dans l’autre, avant que les en¬ fants ne fussent nés, Dieu a aimé Jacob et il a haï Ésaii. Les hérétiques prennent occasion de ce passage pour affirmer qu’il est des natures diffé¬ rentes, l’une spirituelle, l’autre animale et com¬ mune; que l’une est sauvée, tandis que l’autre périt, et qu’une autre réunit les qualités des deux premières; car, disent-ils, jamais le juste ne serait choisi avant d’avoir fait aucune bonne action, jamais le pécheur ne serait haï avant d’avoir fait le mal, si la nature de ceux qui sont sauvés et de ceux qui périssent n’était diffé¬ rente. A cette difficulté nous répondous simple¬ ment que c’est là un effet de la prescience divine; revelaretFilium suum in me, ut evangelizem ilium in gentibus. » Non solum in hoc loco, sed ad Romanos Paulus segregatum in Evangelium Dei esse se scribit. Et Jeremias antequam lormaretur in utero, et concipe- retuv in vulva matris suæ, notus Deo sanctiûcatusque perhibetur Jerem. i. Et ex justi, sive, ut quidam putant, ex Salvatoris persona dicitur Ps xxi, 11: « In te pro- jectus sum ex vulva ; ex utero matris meæ, Deus meus es tu. » Contra de peccatoribus David canit: « Ecce enim in iniquitatibus conceptus suin ; et in delictis concepit me mater mea » Ps. l. 7. Et in alio loco: « Abalienati sunt peccatores a vulva » Ps. lyii A. Et in ütramqne partem antequam parvuli nascerentur: « Deus Jacob dilexit, Esau autem odio habuit » Malach. i, 1, 2. Inve- niunt locum hæretici, qui diversas naturas esse præ- tendunt, spiritualem videlicet et animalem, et ^oïV/jv, et aliam salvari, aliam perire, aliam inter utramque con¬ sister, quod numquam aut justus eligeretur, antequam aliquid boni faceret, aut peccator odiretur ante delictum, nisi esset pereuntium et salvandorum natura diversa. Ad quod potest simpliciter responderi, hoc ex Dei præ- 239 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GARATES celui que. Dieu, sait dans sa prescience devoir pratiquer la justice, ill’aime avant qu7il soit né, et celui qu’il sait devoir être pécheur, il le hait avant même qu’il ne pèche; non pas que dans cet amour et cette haine de Dieu, il y ait de l’iniqui¬ té; mais parce que Dieu ne peut se conduire autrement à l’égard de ceux qu’il sait dans sa prescience devoir être pécheurs ou justes. Nous qui ne sommes que des hommes, nous jugons seulement des choses présentes ; mais Dieu, pour du Judaïsme. Or il faut remarquer que la con¬ jonction mais qui se trouve avant ces paroles : « à cause de quelques faux frères » est superflue* si on la conserve, elle n’a rien qui lui corres¬ ponde ou qui la complète. Voici donc l’ordre et le sens qu’il faut adopter : « Mais Tite, qui m’accompagnait, bien qu’il fût gentil, ne fut pas forcé de se faire circoncire. » Et l’Apôtre donne aussitôt la raison pour laquelle il aurait pu être forcé de recevoir la circoncision malgré: lui : « A cause de quelques faux frères qui s’étaient furtivement introduits pour observer la liberté que nous avons dans le Christ Jésus; et nous veritatem. Quod si dicit se nece^sitate superatum ut circumcideret Titum, quomodo Galatas revocat a cir¬ cumcisione, a qua nec Titum, qui secum fuerat ex gen- tibus, Jerosolymis potuitexcusare? Itaque aut juxta Græ- cos codices est legendum : « Quibus neque ad horam ces¬ simus subjectioni; » ut. consequenter possit intelligi: «ut veritas Evangelii permaneat apud vos.» Aut si Lati- ni exemplaris olicui fides placet, secundum superiorem sensum accipere debemus : ut ad horam cessio non cir- cumeidendi Titi, sed eundi Jerosolymam fuerit. Quo sci- licet idcirco subjectioni cesserait Paulus et Barnabas eundi Jerosolymam, seditione ob Legem Àntiochiæ con¬ stata ; ut per Epistolam apostolorum, sua sententia fir- maretur, et maneret apud Galatas Evangelii veritas, quæ non esset in littera, sed in spiritu ; non in carnali .sen¬ su, sed in intelligentia spirituali; nec in manitesto Judaismo, sed in occulto. Sciendum vero, quod, « au- tem, » çonjunctio quæ in præsenti loco ponitur :-«Prop- ter submtroductos autem falsos fratres, » superflua sit; et si legatur, non habeat quod ei respondeat, illamque concludat; sed esse ordinem lectionis et sensus : Sed COMMENTAIRES SUR I réduire en servitude. t> Bien qu’ils nous, effrayassent par leurs menaces, et qu’ils voulussent par leur multitude nous entraîner de la liberté de Jésus-Christ dans la servitude de la loi, nous ne leur avons pas cédé un seul instant pour que Tite fût circoncis ; alors que la paix de l’Église aurait pu être une raison de nécessité qui nous excusait; et le but unique de toute notre conduite a été dé ne vous donner aucune occasion de vous éloigner de la grâce de l’Évangile. Si donc, bien que nous fussions à Jérusalem, au milieu 'd’un si grand nombre de Juifs, environnés et menacés par des faux frères, et ceux qui étaient les premiers ne s’opposant qu’en partie, nous n’avons pu être amenés par aucune force ni par aucune violence à observer la circoncision que nous savions n’être plus en vigueur. Vous qui êtes Gentils, vous habitants de la Galatie, vous à qui nulle violence ne peut être faite, vous vous séparez de vous-mêmes de la grâce pour passer à l’observation de l’ancienne loi qui est abrogée. « Mais quant à ceux qui paraissaient être quel¬ que chose, quels ils furent autrefois, peu m’importe,» etc. Bien que le Seigneur, dit-il ait eu avec lui Pierre et Jean pour apôtres, et qu’ils aient été témoins de sa transfiguration sur la montagne, et que le fondement de l’Église ait été neque Titus qui mecum erat, cum essetex gentibus, com- pulsus est circumcidi. Statimque subjungat quse causa fue- rit, ut ad circumcisionera impèlleretur invitus : « Prop- ter subintroductos, » inquit, « falsos fratres, qui subin- troierunt explprare libertatem nostram quam habemus in Christo Jesu, utnos in servitutem redigerent. »Quicum minis terrerent, et multitudine vellent nos a libertate Christi in Legis traducere servitutem, ne ad tempus quidem eis cessimus, ut circumcideremus Titum ; ma¬ xime cum et aliqua ob Ecclesiasticam pacem potuerit nos nécessitas excusare ; et hoc totum feciinus, ut vobis huila fiefet occasio ab Evangelii gratia recedendi. Si igitur nos Jerosolymis inter tantos Judæos imnlinenlibus hinc inde falsis fratribus. ethis qui majores erant aliqua ex parte cohibentibus, nulla potuimus vi ac ratione con> pelli, ut observaremus circumcisionem quam sciebamus esse finitam ; vos. ex gentibus, vos in Galàtia, vos qui- bus vis nulla infern potest, ultro a gratia recedentes, ad Legis jam abolitæ transcendistis vetuslatem. « Ab his autem qui videbantur esse aliquid, quales . aliquando fuerint, nihil mea interest; Deus persônam hominisnon accipit.» Licet, inquit, Petrum et Joannem Dominus secum aposMos habuerit, et transfi- guratum eum in monte Vidôrint Matth. xn ; Marc, ix, ‘ ÉPITRE AUX GALATES 249 placé sur eux, cela ne m’importe çn rien; car je ne parle point contre ceux qui suivaient alors le Seigneur, mais je parle Contre ceux qui placent la loi avant la grâce; je ne dis rien de mal de ceux qui m’ont précédé, je n’accuse en rien les anciens, mais ce que je dis c’est que Diôu ne fait point acception de la personne de l’homme. Il n’en a point fait acception, ni pour Moïse, ni pour David, ni pour d’autres, il ne le fera donc point davantage pour ceux qui . paraissent se soumettre aux exigences de quelques-uns, bien qu’ils partagent mes sentiments, puisque Pierre lui-même a dit : « En yérité, je vois que Dieu ne fait point acception de personnes, mais qü’en toute nation, celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable, » Ad. x 34, 35. Ce raisonnement que l’apôtre saint Pierre fait contre ceux qui prenaient scandale de ce que Corneille qui était Gentil recevait le baptême sans être circoncis, et par lequel il leur fait voir pour les calmer qu’il ne pouvait refuser l’eau du baptême à ceux qui avaient reçu l’Esprit-Saint, l’apôtre saint Paul le tourne maintenant contre Pierre lui-même, Dieu dit-il ne fait point acception de personnes, mais il juge chacun selon la vérité. C’est ainsi qu’il marche avec précaution et pru¬ dence entre la louange qu’il donne à Pierre et la réprimande qu’il lui fait, rendant à celui qui et super ipsos Ecclesiæ sit positum fundamentum ; mihi tamen nihil refert, quia non adversum eos loquor qui eo tempore Dominum sequebantur, sed adversum eos lo¬ quor qui nunc legem prseppnunt gratise ; nec detraho præcessoribas, nec in aliqua parte accuso majores, sed hoc dico, quia Deus persônam hominis non accipit, Non enim accepit Moysi, non accepit David, non accepit alio- rum, nec eorum ergo accipiet, qui cedere quibusdam vi- dentur ad tempus, tametsi ipsi mecum sentiant, Petro quogue dicente : « Inveritate cognosco, quia non estac- ceptorpersonaruin Deus; sed in omni loco qui timet.eum, et operatur jusiâtiam acceptables ei est » Act. x, 34, 35. Quo itaque argurnento ipse sanctus apostolus Petrus ad¬ versum eos qui in Gornelio ex gentibus baptizato, nec circumciso, scandaium sustinebant, utitur, et plaçât eos . se non potuisse negare aquam his qui Spiriturâ sanctum acceperant ; eodem nunc sanctus apostolus Paulus ad¬ versum ipsum Petrum disputât, quod personarum non sit acceptor Deus, sed unumquemqüe pro veritate judi- cet. Et ita caute et pedetentim inter laudem et objurga- tionem Pétri médius incedit, ut et præcessori apostolo déférât, et nihilominus audacter ei résistât in faciem, veritate corapulsus. , ' 7 « Mihi enim qhi videbantur, nihil contulerunt. » Ipse 250 SAINT JEROME le précède Fhoilneur qui lui est dû, et cependant /osant lui résister en face avec hardiesse, parce que..la.vcritary. contraint., - - - - _ . _ ... « Ceux dis-je, qui paraissaient être quelque chose, ne me communiquèrent rien. » Il a dit précédemment qu’il avait conféré avec eux, qu’il leur avait communiqué toutes les choses qu’il avait faites parmi les nations. Pour eux, ils ne lui communiquèrent rien, ils se contentèrent d’approuver tout ce qu’il leur avait dit, et lui donnèrent la main en signe de communion, et attestèrent ainsi que leur Évangile et celui de Paul ne faisaient qu’un. Remarquons une seconde fois que le mot ^pucravéOevro/ c’est-à-dire commu¬ niquèrent, est ce même verbe grec dont nous avons parlé précédemment. « Au contraire, ayant vu que l’Évangile de l’incirconcision . m’avait été confié, etc. » Il y a ici hyperbate, et en supprimant tout ce qui est entre parenthèse, voici comme on peut lire en abrégeant : « Ceux qui paraissaient être quelque . chose ne m’ont rien communiqué; mais au con¬ traire ils nous donnèrent la main à Barnabe et à moi en signe de communion. On peut entendre aussi que Paul, sans se vanter outre mesurerais c’est un sens moins obvié, veut dire : Ceux qui paraissaient être quelque chose, ne m’ont rien communiqué; mais au contraire, c’est moi qui leur ai donné en les rendant plus fermes dans la grâce, de l’Évangile. Or tout ce qu’il dit ici se résume dans cette vérité, c’est un seul et même superius cum illis contulit, et multa ad eos retu'lit, quæ in gentibus perpeti’arei : ihi nihil contulerqnt ei, s ed tantummodo quæ ab eo dicta sunt comprobantes, dexte- ras dederunt consortii, et urium suum Paulique Eyan- gelium ürmavef unt;' Rursum notandum, quod « eontu- lerunt, » verbum ipsum sit in Græco, de quo ante trac- tavimus. - . - « Sed contra cum vidassent quod creditum est mihi Evangelium præputii, sicut Petro circumcisionis. Qui enim operatus est Petro in apostolatuin circumcisionis, opérât us est et mibi inter gentes. Et cum eognovicseivt gratiam quæ data est mihi, Petrus et Jacobn.-i, et Jcan- nes, qui videbantur co’umma- esse, dextraf dederunt mihi et Rarnabæ, socictatis ; ut nos in gentes, ipsi autem in circumcisioricvn. Muqinatov est, et multis quæ in medio smit interjecta subîatis, siebreviter legi potest1: Mihi enim qui videbantur esse nihil ccntuie- runt ; sed econtra dexteras dcderur^ mUd evBai'uaoæ, societaiis. Aut cérte ille absque jaetntione sui, oc- : cultus est sensus : Mihi qui videbantur . esse ali— Dieu qui m’a confié l’Évangile de l’incirconcision, et qui a confié à Pierre l’Évangile de la circonci- si ou ♦JLmdamvoyé vers les.Ænations^ .iL,a_établi Pierre dans la Judée. Ni les gentils arrivés à un certain âgé ne pouvaient se soumettre . à la dou¬ leur vive de la çirconcision qui ne devait leur servir de rien, et s’abstenir des aliments dont ils avaient coutume de se nourrir, et que Dieu avait créés pour l’usage de l’homme; ni ceux des, Juifs qui avaient embrassé la foi et qui étaient circoncis, et qui par suite d’une habitude devenue comme une seconde nature pensaient qu’ils étaient bien supérieurs aux Gentils ne pouvaient mépriser facilement les privilèges dans lesquels ils mettaient leur gloire. C’est donc par un des¬ sein providentiel de Dieu qu’un apôtre fut donné aux circoncis, lequel paraissait favoriser les ombres de la loi, et qu’un autre fut destiné aux incirconcis pour leur annoncer que la grâce de l’Évangile n’était pas une servitude, mais une foi libre; double mission qui prévenait, tout obstacle à la foi, et qui empêchait que soit à cause de la circoncision, soit à cause de. l’incirconcision on ne crût pas en Jésus-Christ. Nous ne voulons pas dire cependant que Pierre qui, dans les Actes des apôtres, atteste qu’aucun homme n’est impur ni souillé de par la loi, et à qui Dieu par cette forme de vase suspendu par les quatre coins et descendant du ciel jus¬ qu’à terre,, enseigne qu’il n’y a point à ses yeux de différence, entre un Juif et un Gentil Act. x, quid, nihil coniulerunt; sed econtra a me eis col- îatum est, dum fhmfc in Evangelii gratia firmiores. Totum aucem quod uicit, hoc est : unus atque idem mihi Evangelium præputii, et Petro circumcisionis credidii. Mc misit- ad gentes, ilium posuit in Judæa. Nec gentes noterait adulta jam ætaie non profuturo circum¬ cisionis dolore emeiari, et absti nere se ab escis, qui bus se mp eï assua venant, et quas Deus creaverat ad utendum ; nec hi qui ex Jiakeis erediderant et circumcisi erarit, et. ex eonouetue.nG quasi secumlà mxtura, putabant se a cæ Levis gontlbus plus habere, hlcik ccnteranere poterant \n quMus gioîvubantur. JAovidsntia itaqiie Dei, ali us apenioka oirctancisia dadas est/ qui Lêgis umfcVis videré- fcu f acquies ce ne., ali ■. s i n ç. /æpuiio eonsliiutis, oui E van- geîii non patacet esse servi tiu m , sed'liberam U- dem. Ne su b ad qu a occasions impedimentifmâdei na$- cevetur, ei pr opter circumcisionem sive præputinm, noi: eroderekir in Ghrisham. Pee -hcc üicimus quod Pe- trus, qui et ipso in Aciihus apoktolorum nullum homi- . nçm communem esse testatus est, Âctor, x, et in illo COMMENTAIRES SUR L'EPITRE AUX GALATES 261 avait oublié ces premiers enseignements, et croyait qu’à la grâce de l’Évangile il fallait joindre l’observation de la loi. Mais cela se faisait pour que Pierre, en paraissant extérieurement garder la loi, détachât insensiblement les Juifs de leurs anciennes coutumes. En effet, ils ne pouvaientpas tout d’un coup regarder comme actes dommagea¬ bles leurs observances strictes de la loi, et leur fidélité (scrupuleuse pour le passé aux moindres détails qu’elle prescrivait'. Nous voyons donc ici la raison pour laquelle Pierre, Jacques et Jean donnèrent la main à Paul et à Barnabé en signe de communion ; c’était afin qu’uno manière d’agir différente dans l’observation de la loi, ne fît croire à une différence dans l’Évangilè de Jésus-Christ et qu’il y eût communion parfaite entre les circoncis et ceux qui n’avaient pas reçu la circoncision. Aussi est-ce avec un à pro¬ pos merveilleux que Paül commence par dire : « Car celui qui a opéré en Pierre pour l’apostolat de la circoncision. »I1 a craint qu’on ne l’accu¬ sât de diminuer l’autorité de Pierre, et ces louanges qu’il commence par lui donner, nous font comprendre que Pierre se montrait favo¬ rable en partie à la circoncision, pour gagner ceux des Juifs qui lui avaient été spécialement confiés, et pour les faire persévérer dans la foi et l’Évangile de Jésus-Christ. Il nous laisse aussi à entendre, que si Pierre pouvait sans faute agir de la sorte, en observant pour un temps ce vase, quod quatuor angulis de cœlo missum viderat, edocetur nihit intéresse, Jud^eus sit aliquis, an gentilis, quasi oblitus priorum, super Evangelii gratia, Legem putaverit observandam ; sed ut ipsc quoque Legem cus- todire se simulans, paulatim Judæos ab antiquo vivendi more deduceret. Non emni poterant tantum observatio¬ ns laborem, et veteris vitæ cautissimamconversationem quasi purgamenta subito et damna contenmere. Ex quo perspicinuis, propterea de x ter a s datas Paulo et Barnabæ .societatis, a Petro, Jacobo et Joanne; ne observatione varia, diversum Christi Evangelium putaretur ; sed et ciroumeisorum et habentium præputium esset una com- munio. Pulchre autem præstruxit, dicens : « Qui enim operatus est Petro in apostolatum circumcisionis ; » ne quis eum putaret detrahere Petro, sed ut laudibus ejus ante præmissis, intelligeretur Petrus ideo cir- cumcisipnem aiiqim ex parte suscipere, ut eos qui sibi ex Judœis crediti fuerant lucrifacerot, et in Christi fide et Evangelio custodiret. Subintelligit etiam quod si ille absque culpa faceret, et ad tempus ob¬ servance, quod non licet, m sibi creditos perde- qui cessait d’être permis, pour ne point perdre ceux qui lui étaient confiés, il devait lui faire beaucoup plus pour la vérité de l’Évangile à l’égard des incirconcis vers lesquels il était envoyé, de peur que les Gentils effrayés à la vue des charges et des difficultés de la loi ne vins¬ sent à se séparer de la foi avec laquelle ils avaient reçu l’Évangile de Jésus-Christ. Ce que nous venons de dire soulève indirectement cette question : Quoi donc, si Pierre eût eu à faire à des Gentils, il ne les aurait pas amenés à la foi ? Ou si Paul eût eu devant lui quelques-uns de la circoncision, il ne les aurait pas pressés de recevoir le baptême de Jésus-Christ? Cette ques¬ tion se résoud en disant que tel était le com¬ mandement donné à l’égard des Juifs et des Gentils, que ceux qui défendaient la loi eussent un maître qu’ils pussent suivre et que ceux qui mettaient la gr;âce au-dessus de la loi eussent aussi un docteur et un guide, et toutefois le but commun de ces deux Apôtres était d’aihener à Jésus-Christ l’Église composée de toutes les nations. C’est ainsi que, d’après le récit des Actes, saint Pierre baptisa le .centurion Corneille qui était païen, et que saint Paul prêcha souvent dans les synagogues des Juifs. « Pierre, Jean et Jacques qui paraissaient être les eolqnnes. » Nous lisons plus haut trois fois que Paul dit des apôtres : « et en particulier à ceux qui paraissaient être quelque chose, » et, « par ceux qui paraissaient ret, se magis pro Evangelii veritate facere debere quod sibi ereditum est iu præputio, ne gentes Le- gis onere et difficulté deterritæ, a Christi fide et creduiitat'e discederent. Occulta hic oritur quæstio : Quid igitur? Petrus si‘ invenisset ex gentibus, non eos adducebat ad fid ra ? Aut Paulus si ex circum- cisione aliquos/ reperisset, non eos ad Christi baptis- mum provocabat? Quæ ita solvitur, ut dicamus princi¬ pale singulis in Judæos et gentes fuisse inandatum, ut qui defendebant Legem, haberent quem sequerentur ; qui Legi graliam præferebant, non doesset eis doctor et prævhis. In commune vero hoc eos habuisse propositi, ut Christ) ex cunctis gentibus Ecclesiam congr.egarent. Legimus enim et a sancto Petro geïitilem baptizatum fuisse Cornelium, et a Paul > iu synagogis Judæorum, Christum sæpissime prædicatum. « Petrus, et Joannes, et Jacobus, qui videbantur coïumnæ esse » Açtor. x, xm, xvm. Ter supradictum de apostolis legimus : « Seorgum autem his qui videbantur. » Et : Àb his qui videbantur esse aliquid. » Et : « Mibi enim qui vide- bantùr esse aliquid, nibil contulerunt. » Sbllicitus it.aque. 252 SAINT JÉROME être quelque chose ; ceux qui paraissaient être quelqûe chose ne me communiquèrent rien. » Je cherchais avec une certaine sollicitude ce que signifiaient ces paroles :« qui paraissaient être quelque chose; » mais saint Paul éclaircit ici tous mes doutes, en ajoutant : « qui paraissaient être les colonnes.» Les Apôtressont donc les colonnes de l’Église, et surtout Pierre, Jacques et Jean, dont deux ont mérité de suivre le Seigneur sur la montagne, et dont l’un dans l’Apocalypse pré¬ sente le Sauveur disant : « Celui qui sera vain¬ queur, j’en ferai une colonne dans le temple de mon Dieu, nous enseignant par là que tous les croyants qui auront triomphé de l’ennemi du salut, peuvent devenir les colonnes de l’Église. Saint Paul écrivant à Timothée dit encore : afin que vous sachiez comment vous devez vous conduire dans la maison de Dieu qui est l’Église du Dieu /vivant, la colonne et le fondement de la vérité, I yTim. m, 15. Ces témoignages et d’au¬ tres nous apprennent, que l’Écriture donne aux apôtres et aussi aux fidèles et à l’Église elle- même le nom de colonnes, et qu’il n’importe en rien que ce nom soit donné au corps et aux membres, puisque le corps se divise en membres, et que les membres appartiennent au corps. Pierre, Jacques et Jean qui paraissaient être les colonnes, donnèrent donc la main à Paul et à Batnabé, mais ils ne la donnèrent pas à Tite qui les accompagnait. 11 n’était pas encore parvenu requirebam, quidnam esset quod diceret, « qui vide¬ bantur; » sed nunc me omni scrupulo liberavit, adji- ciens, « qui videbantur columnæ esse. » Columnæ igitur sunt Ecclesiæ apostoli, et maxime Petrus, Jacobus, et Joannes, ex quibus duo cum Domino ascendere meren- tur in montem, quorum unus in Âpocalypsi Salvatorem introduit loquentem : « Qui vicerit, faciam eum colum- nam in temploDeimei » Apoc. m, 12, docens omnes cre- dentes qui adversarium vicerint, posse columnas Ecclesiæ fieri. Ad Timotbeum vero Paulus scribens ait : « Ut scias quomodo oporteat te in domo Dei conver- sari, quæ est Ecclesia Dei vivi, columna autem et firma- mentum veritatis»I Tint, n,15.His etcæterisinstruimur, tam apostolos omnesque credentes, quam ipsam quoque Ecclesiam columnam in Snnpturis appellari, et nihil interesse de corpore quid dicatur, an membris, cum et corpus dividatur in inembra, et membra sint corporis. Dederunt itaque Petpus, et Jacobus, et Joannes, qui videbantur columnæ esse, dextras Paulo et Barnabæ, societatis; sed Tito qui cura eis erat, dextras non dede¬ runt. Necdum quippe\ad eàm mensuram pervenerat, à ce degré qu’on pût lui confier les intérêts du Christ au même titre que les anciens, et qu’il pût être chargé à l’égal de Paul et Barnabé de ce sublime commerce. « Ils nous recommandèrent seulement de nous souvenir des pauvres etc. » Ces pauvres chré¬ tiens, qui étaient recommandés à Paul et à Bar¬ nabé étaient ceux d’entre les Juifs qui ayant embrassé la foi, apportaient le prix de leurs biens aux pieds des pauvres pour être distribués aux indigents, ou parce qua leurs compatriotes, leurs parents et leurs proches les avaient en horreur et en abomination comme déserteurs de la loi et parce qu’ils croyaient en un homme crucifié. Les épîtres de l’apôtre saint Paul aux Corinthiens et aux Thessaloniciens et à toutes les Églises des gentils, attestent avec quelle, sollicitude, quelle fatigue il a rempli ce ministère, et fait recueillir les aumônes qui devaient être portées à Jérusalem ou par lui ou par d’autres qu’ils auraient eux-mêmes choisis. Aussi, est-ce avec une pleine confiance qu’il dit ici : « Co que j’ai eu aussigrand soin de faire. » On peut encore entendre ces pauvres dans un autre sens, comme ceux dont il est dit dans l’Évangile : « Bienheu¬ reux les pauvres d’esprit, parce que le royaume des cieuxest à qux. » Matth. v, 3. Ces pauvres méritaient d’être présents au souvenir des apôtres. De même que ces pauvres, doiit il est écrit dans les proverbes de Salomon : « Les ut possent [ Al. possint] ei Christi mercimonia ex æquo cum majoribus credi, et euradem tenere negotiationis locum quem Barnabas tenebat, et Paulus. « Tantum ut pauperum memores essemus, quod etiam sollicitas fui hoc ipsum facere. » Sancti pauperes, quo¬ rum præcipue a b apostolis Paulo et Barnabæ cura mandatur, hi sünt, qui ex Judæis credentes, pretia possessionum suarum ad pedes apostolorum deferebant egenbbus largienda, vel quia contribulibus, cognatis et parentibus suis, quasi desertores Legis, et in cruci- fixum hominem credentes, detestationi et piaculo du- cebantnr. In horum ministerio sanctus apostolus Paulus quanto labore sudaverit, Epistolæ ejus testes sunt, scri- bentis ad Corinthios, et ad Thessalonicenses, ad omnes gentium Ecclesias, ut præpararent munus hoc per se vel per alios qui eis placuissent, Jerosolymam defereo- dum. U.nde nunc confidenter dicit, « quod etiam solli¬ citus fui facere hoc ipsum. » Possuut autem et alio genere pauperes accipi, de quibus in Evangelio dicitur: « Beati pauperes spiritu, quoniam ipsorum est regnum cœlorum » Mdtth.vt 3. Merentur quijipe taies in mémo- 253 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES richesses de l’homme sont la rançon de son âme, mais le pauvre ne peut supporter la menace » Prou, xm, 8. En effet, celui qui est pauvre dans la foi, pauvre dans la grâce, dépourvu de richesses spirituelles, sans aucune science des Écritures, toutes choses qui s’achètent au prix de. l’or, de l’argent, des pierres précieuses, nepeut entendre les menaces terribles des châti¬ ments futurs. Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais ceux qui sont malades; voilà pourquoi il parut convena¬ ble aux apôtres en donnant la main en signe de communion à Paul et à Barnabé que les pauvres ne fussent pas négligés, mais qu’ils fussent tous présents à leur souvenir, comme l’incestueux de Corinthe l’était au souvenir de Paul. Après l’avoir consulté pour un temps dans sa première lettre, afin que la pénitence corporelle à laquelle il était soumis devînt un principe de salut pour son âme, dans sa seconde épître, il le fait rentrer dans le sein de l’Église, de peur qu’il ne fût accablé par une trop grande tristesse. Et il leur demande à tous de le confirmer dans la charité et d’accor¬ der le pardon à leur frère, comme il l’a lui- même accordé à chacun d’eux : accomplissant ainsi la promesse qu’il avait faite à Jérusalem de se souvenir toujours des pauvres. « Or Pierre étant venu à Antioche etc, il man- . geait avec les Gentils » etc. Par là même que Pierre avant l’arrivée des fidèles de Jérusalem, ria esse apostolorum. Nec non et illi pauperes, de qui- bus in Salomone scribitur : « Redemptio viri animæ, propriæ di vitiæ,pauper vero non sustinet comminationem.» Prov. xm. 8. ^on enim potest futurum [Al. futura- rum ] pœnarum audire terrorem, pauper in fide, pauper in gratia,* non habens divitias spirituales, nec scientiam Scripturarum, quæ auro et argento, et pretioso lapidi comparantur. Quoniam igitur non egent sani medico, sed bi qui male habent, propterea et apostolis in dexte- rarum communicatione convenit, ne spernerent pau¬ peres, ne despicerent peccàtores; sed semper meminis- sent eorum, sicut Paulus Gorinthii illius meminit, quem cum in priore Epistola contristasset ad tempus, ut corpore per pœnitentiam laborante, spiritu salvus fieret, I Car. v. In secunda, ne majori tristitia absorberetur, revocat ad EcClesiam. Petitque cunctos, ut confirmant in eum charitatem, et douent fratri sicut ipse unicuique eorùm in facie Ghristi donaverit, implens pactum quod Jeros lymis fecerat, ut semper pabperum recordaretur. « Cum autem yenisset Petrus Antiochiam, in faciem ei restiti, quia reprehensibilis erat. Prius enim quam ; mangeait avec les gentils, il montrait qu’il n’avait pas oublié l’ordre du Seigneur : qu’il ne fallait dire d’aucun homme qu’il était impur et souillé. Mais à cause de ceux qui croyaient encore à la nécessité de l’observation de la loi, il s’était retiré de la manière de vivre des gentils, de sorte que ceux des fidèles qui étaient Juifs d’ori¬ gine imitaient sa conduite, et que Barnabé, qui prêchait avec Paul l’Évangile aux gentils, fût en¬ traîné dans cette même dissimulation. Ceux d’en¬ tre les gentils qui avaient embrassé la foi à Antio¬ che, et qui n’avaient pas été circonsis, étaient for¬ cés de se soumettre aux prescriptions onéreuses de la loi, parce qu’ils ne comprenaient pas le but de la conduite de Pierre qui désirait amener ainsi les Juifs au salut, et qu’ils croyaient qu’ainsi l’ordonnait l’Évangile. Lors donc que l’apô¬ tre saint Paul eut vu que la grâce de Jésus- Christ était en danger, il eut recours, lui son défenseur, à une nouvelle manière de combat¬ tre, qui consistait a redresser la conduite de Pierre par un nouveau genre de contradiction, ét à lui résister en face, non pas en condamnant le but qu’il se proposait, mais en le .condamnant en public, afin de sauver par cette résistance faite en public ceux qui avaient cru d’entre les gentils. Si quelqu’un prétend que Paul a résisté à Pierre en réalité, et que pour défendre la vérité de l*Éyangile, il n’a pas craint de faire cette injure à celui qui était apôtre avant lui, comment venirent quidam a Jacobo, cum' gentibus edebat. Guiü autem venissent, subtrahebat et segregabat se timens eos qui ex circumcisione erant, et simulation! ejus con- senserunt et cæteri Judæi ; ita ut et Barnabas duceretur ab eis in ilia simulatione. » Ex eo quod Petrus antequam quidam de Jerosoîyinis Antiochiam venirent, edebat cum gentibus, ostenditur non eum fblitum fuisse præcepti : nullum hominem communem et immundum dicere; sed quia propter ebs, qui adhuc Legem observandam putabant, paululum se a convictu subtraxerat gentium (ita ut etiam cæteri qui ex Judæis erant, similiter facerent, et Barnabas qui cum Paulo in gentibus Evangelium prædicabat, hoc facere cogeretur), hi qui Antiocbiæ crediderant ex gentibus, nec fuerant circumcisi, compellebantur ad Legis onera transcendere , non intelligentes dispensationem Pétri, qua Judæos salvari cuperet ;.sed putantes ita se Evangelii habere rationem. Cum itaque vidisset apostolus Paulus periclitari gratiam Ghristi, nova bellator vêtus usus est arte pugnandi, ut dispensationem Pétri, qua Judæos salvari cupiebat, nova ipse contradiction^ dispensatione 254 SAINT expliquer alors que Paul se soit lui-même fait juif avec les juifs, pour gagner les juifs. Il se sera rendu, coupable de la mémo dissimulation quand il se rasa la tête en Cenchrée, et que la tête com¬ plètement chauve, il fit son offrande dans le tem¬ ple de Jérusalem* circoncit Timothée, marcha pieds nus, autant de prescriptions cérémonielles des Juifs. Si donc celui qui a été envoyé pour prêcher l’Évangile aux gentils a cru nécessaire de dire : « Ne donnez point occasion de scandale ni aux Juifs ni à l’Église de Dieu ; comme je m’efforce moi-même de plaire à tous en toutes choses, ne cherchant point ce qui m’est avantageux, mais ce qui est utile à un plus grand nombre pour leur salut, si ce même apôtre s’est permis quelques actions contraires à la liberté de l’Évangile pou rue point scandaliser les juifs; de quelle autorité et de quel front ose-t-il reprendre dans Pierre qui était l’apôtre delà circoncision, ceque lui, apôtre des gentils* est convaincu d’avoir fait lui-même? Mais, comme nous l’avons dit plus haut, il a résisté à Pierre en public par l’exterieur, afin que cette observance simulée de la loi qui était nuisible à ceux des gentils qui croyaient en Jésus-Christ, fût corrigée par une réprimande également simulée, et que les deux peuples fussent ainsi sau¬ vés ; ceux qui étaient partisans de la circoncision en suivant Pierre, ceux qui ne voulaient pas s’y corrigeret,^ et resisteret in faciem ; non arguens pro- positum; sed quasi in publico contradicens, ut ex eo quod Paulus eum arguens, resistebat, hi qui crediderant ex gentibus, servarentur. Quod si putat aliquis, vere Paulum Petro apostolo restitisse, et pro veritato Evan- gelii intrépide fecisse injuriam præcessori, non ei staüt illud quod et ipse Paulus Judæis Judæus factus est, ut Judæos lucrifaceret, et ejnsdem sinnilatiônis tenebitur reus, quando caput totondit in Cencris, et facto calvi- tio, oblationem obtulit in Jérusalem, Actor. xvm, et Timotheum circumcidit, Ibid., xvi, et nudipedalia exercuit, quæ utique manifestissime de cæremoniis Judæorum sunt. Si itaque ip^re qui ad prædicationem gentium rqissus erat, non putavit abs re dicere : « Sine offeudiculo estote Judæis et Ecclesiæ Dei»ICor. xin; quomodo et ego omnibus per omnia placeo, non quæ- rens quod mihi utile est, sed quod muftis, ut salventur; et fecit aliqua quæ contraria essent Evangelii libertati, ne sçandalizaret Judæos ; qua anctoritate, qua fronte audet hoc in Petro reprehendere, qui circumcisionis apostolus erat, quod ipse apostolus gentium arguitur commisisse? Sed ut ante jam diximus, restitit secun- dum faciem publicam Petro et cæteris, ut bypocrisis JEROMÏÎ , soumettre en approuvant publiquement la liberté d’agir de Paul. L’Apôtre ajoute « parce qu’il était répréhensible, >> en s’abstenant de manger, pour mieux faire comprendre que c’était moins pour Paul que Pierre était répréhensible, que pour les frères avec lesquels il avait d’abord mangé et dont il s’était ensuite séparé. Il y a des dissimulations utiles et qu’on peut se permettre dans certaines circonstances, Jéhu roi d’israol nous en donne un exemple. Comme il ne pouvait mettre à mort les prêtres de Baal qu’en feignant d’adorer leur idole, il donna cet ordre : « Appe¬ lez à moi tous les prêtres de Baal ; si Achabarendq à Baal quelque honneur, moi je veux lui en ren¬ dre davantage, » IV Rom . x, 18. Il en est de même de David, lorsqu’il changea son visage en présence ü’Abimelech, qui le renvoya et qui s’en alla. Ps. xxxm. 11 n’est "point surprenant que les hommes, même justes et vertueux, usent do quelque dissimulation suivant les circonstances, pour leur salut et celui des autres, puisque Notre-Soigneur lui-même qui était sans péché, et n’avait pas la chair du péché a voulu cependant en porter l’apparence, afin de condamner la chair du péché et de nous rendre en lui justice de Dieu. Saint Paul avait certainement lu dans l’Évangile ce précepte du Seigneur : « Si votre frère a péché contre vous, allez et repre- observandæ Legis, quæ nocebat eis qui ex gentibus cre¬ diderant, correptionis hypocrisi emendaretur, et uterque populus salvus fieret, dum et qui circumcisionem lau- dant, Petrum sequuntur; et qui circumcidi n'olunt, Pauli prædicant libertatem. Quod autem ait,, « (repre- hensibilis erat, » propterea inediæ temperavit, ut intel- liganius non tam Paulo eum fuisse reprehensibilem, quam bis fratribus cum quibus ante edens, se ab eis , postea séparabat. Utilem vero simulationem, et assu- mendam in tempore, Jehu regis Israël nos doceat exemplum, qui non poluisset interlicere sacerdotes Baal, nisi se finxisset velle idolum colere, dicens : « Congre- gote [Al. congrega] mihi omnes sacerdotes Baal ; si enim Achab scrvivit Baal in paucis , ego serviam in multis, » IV Reg. x, 18. Et David quando muta vit faciem suam coram Abimelech, et dimisit eum, et abiit I Reg. xxi. Nec mirum, quamvis jüstos hommes, tamen aliqua simulare pro tempore, ob suam et aliorum salu- tem, cum et ipse Dominus noster non habens peccatum, . nec carnem peccati, simulationem peccatricis carnis as- sumpserit, ut condemnans in carne peccatüm, nos in se faceret jnstitiam Dei. Legerat utique Paulus in Evan- gelio Dominum præcipientem : « Si autem peccavent in 255 COMMENTAIRES SUR Ï/EPITRE AUX GARATES nez-le entre lui et vous/ S’il vous écoute, vous aurez gagné votre frère »Matt h. xvm. 15. Or puis¬ que Notre-Seigneur a commandé d’en agir ainsi à l’égard des plus petits d’entre nos frères, com¬ ment Paul a-t-ilpu[reprendre publiquement le pre¬ mier des apôtres avec tant de hardiesse et d’opi¬ niâtreté? A moins qu’on ne dise que cotte répri¬ mande était agréableà Pierre, et que Paul n’a blessé en rien celui dont il avait dit précédemment : « Je suis venu à Jérusalem pour voir Pierre, et je demeurai avec lui près de quinze jours. Mais je ne vis aucun autre apôtre. » Et plus loin : « Celui qui a opéré en Pierre pour l’apostolat de la circonci¬ sion. Et plus bas : «■ Pierre, Jacques et Jean qui paraissaient être les colonnes de l’Église ; » et tout ce qu’il dit encore à la louange de Pierre. Lors- qu’étant à Rome dans ma première- jeunesse, je déclamais des sujets de contronverse et que j’étais exercé à de vrais combats avec des troupes simulées, je courais aux tribunaux et je, voyais les orateurs les plus diserts lutter entre eux avec tant d’aigreur,, qu’oubliant sou¬ vent le fond du débat, ils s’adressaient personnel¬ lement des injures et se déchiraient mutuellement par des railleries mordantes. S’ils agissent ainsi pour ne laisser aux prévenus qu’ils défendent aucun soupçon de prévarication, et s’ils trompent ainsi la multitude qui les entend, que devaient faire à notre avis ces grandes colonnes de l’Église, ter frater tuus, vade corripe eum inter te et ipsum solum. Si te audierit, lucrifeceris fratrem tuum Luc.xviijS. Etquoniodocumetiam de minimisfratribns hoc faciendum jusserit, ausus est àpostolorum maximum in publica fa oie tam procaciter, tam constanter arguere; nisi et Petro sic placuisset argui, et Paulus non ei faceret injuriant de quo ante dixerat : « Yeni Jerosolymam videre Petrum, et mansi apud eum diebus quindecim ; alium autemapostolorumvidineminem. » Et rnrsiim: « Qui enim operatus est Petro in apostolatum circumcisionis. » Et infra : « Petrusjet Jacobuset Joannes, qui videbantur columnæesse, » et cætera quæ inejus lau¬ des pérorât. ÀliquotieS’ cum adolescentulus Romæ con- troversias declamarem, et ad vera certamina fictis me litibus exercerem, curvebam tribunalia judicum, et disertissimos oratorum tanta inter se videbam acerbi- tate contendere, ut omissis sæpe negotiis, in proprias contumelias verterentur, et joculari sé invicem dente morderent. Si hoc illi faciunt, ut' apud reos nullam sus- picionem prævaricationis incurrant, et fallunt populum circumstantem ; quid putamustantas Ecclesiæ columnas, Petrum et Paulum, tanta vasa sapientiæ inter dissi- Pierre et Paul, dont la sagesse était si grande entre les juifs et les gentils divisés entre eux, sinon de recourir à cette discussion simulée qui devait rétablir la paix entre les fidèles et â un saint désaccord qui devait produire l’unité de foi dans l’Église. Il en est qui pensent que'Gephas auquel Paul résista ici en face n’est point l’apôtre saint Pierre, mais un des soixante-dix disciples qui portait oe nom. Pierre, disent-ils, n’a jamais pu se séparer de la manière de vivre des gentils, lui qui avait baptisé le centurion Corneille. En effet, lorsqu’il fut arrivé à Jérusalem, les fidèles circoncis disputaient contre lui disant : Pourquoi êtes-vous entré chez les hommes incirconcis, et avez-vous mangé avec eux ? » A et. x. 23. Or, après leur avoir rapporté la vision qu’il avait eue, il termine son récit par ces paroles : « Si Dieu leur a fait la même grâce qu’à nous qui avons cru au Seigneur Jésus-Christ, qui étais-je moi pour m’opposer à Dieu? A ces paroles, ils se turent et glorifièrent Dieu en disant : Dieu a donc aussi donné la pénitence aux gentils pour les conduire à la vie? » Ils insistent particulière¬ ment sur co que saint Luc qui a écrit l’histoire des Actes des apôtres, ne fait aucune mention de cette dispute et ne dit nulle part que Pierre se soit trouvé à Antioche avec Paul, et qu’on donne lieu ici au blasphème de Porphyre si l’on croit ou que Pierre s’est trompé ou que Paul a auda- dentes Judæos atque gentiles facere debuisse? nisi ut eorum simulata contentio, pax credentium fieret, et Ecclesiæ fides sancto inter eos [Alt se] jurgio concor- daret. Sunt qui Gephan, cui hic in faciem Paulus restitisse se scribit, non putant apostolnm Petrum, sed alium de septuaginta discipulis isto vocabulo nuncupatum. Et dicunt nequaquam Petrum a convictu gentium se potuisse subtrahere, qui et centurionem Cornelium baptizarat. Et cum ascendisset Jerosolymam, disce- ptantibus adversus se qui erant ex circumcisione, et dicentibus : « Quare introisti ad viros præputium ha- bentes, et manducasti cum illis Act. xi,' 3? post narra- tionem visionis, tali responsionem suam fine conclu- serit : « Si ergo eamdem gratiam dédit iliis Deus, sicut et nobis qui credidimus in Doiniryim ' Jesum Christum, ego quis e.ram qui possem prohibere Deum? Quibus auditis, tacuerunt, et glorificaverunt Deum, dicentes : ergo et gentibus Dens pœnitentiam ad vitam dédit; » , maxime cum Lucas scriptor historiæ, nullam hujus dis- sensionis faciat mentionem; nec dicat umquam Petrum Antiochiæ' fuisse cum Paulo, 'et locum dari Porphyrio blasphemanti ; si autem Petrus errasse, aut Paulus pro- 256 SAINT JÉROME cieusement confondu le prince des apôtres. Nous répondons premièrement que nous ne connais¬ sons pour avoirporté le nom de Céphas que celui qui dans l’Évangile comme dans les autres épl- tres de saint Paul est appelé tantôt Céphas, tantôt Pierre. Ce n’est pas que Pierre signifie autre chose que Céphas, mais ce que nous appelons Pierre en latin et en groc, les hébreux et les syriens, à cause de l’affinité des deux langues l’appellent Cêphan. D’ailleurs le sujet tout entier de l’épître où il est question indirectement de Pierre, de Jacques, de Jean, s’oppose à cette argumentation. Riend’étonnant que saint Luc aitpassé ce fait sous silence, puisqu’en vertu de la liberté que pren¬ nent les historiographes, il n’a rien dit non plus de beaucoup d’autres épreuves que saint Paul raconte avoir supportées. On ne peut donc aussitôt crier à la contradiction, si ce que l’un a jugé digne d’ôtre rapporté est passé sous silence par un autre. Nous savons , que Pierre a été le premier évêque de l’Église d’Antioche, et qu’il fut ensuite transféré à Rome. Cependant saint Luc n’en a rien dit. Enfin si à cause du blas¬ phème de Porphyre, il nous faut admettre un autre Céphas pour netre point forcé de dire que Pierre s’est trompé, il nous faudra assurer également une foule de choses des diverses Écritures, que Porphyre attaque, parce qu’il ne les comprend pas. Mais nous engagerons la lutte caciter apostolomm principem fconfutasse credatur. Quibus primum respondendum, alterius nescio cujus Cephæ nescire nos nomen, nisi ejus qui et inEvangelio, et in aliis Pauli Epistolis, et in hac quoque ipsa modo « Céphas, » modo « Petrus, » . scribitur. Non quod aliud significet Petrus, aliud Céphas; sed quod quam* nos Latine et G1 æce « Petram » vocemus, hanc Hebræi et Syri propter ■inguæ inter se viciniam, « Cephan » nuncupent. Deinde totum argumentum epistolse quod oblique de Petro, Jacobo, et Joanne dicitur, huic intel¬ ligente repugnare. Nec mirum esse si Lucas hanc rem tacuèrit, cum et alia multa quæ Paulus sustinuisse se replicat, historiographi licentia prætermiserit; et non statim esse contrarium, si quod abus ob causam dignum putavit relatu, alius inter cætera dereliquit. Denique primum episcopum Antiochenæ Ecclesiæ Petrum fuisse accepimus, et Romam exinde translatum, quod Lucas penitus oinisit. Ad extremum si propter Porphyrii blasphemiam, alius nobis fingendcs est Gephas, nè Petrus putetur errasse, inJfinita de Scripturis ernnt radenda divinis, quse ille, quia non intelligit, cri- minatur, Sed et adversum Porphyrium, in alio, si contre Porphyre, dans un autre ouvrage, si Jésus- Christ nous en fait un devoir ; expliquons main¬ tenant la suite de I’épître. « Mais quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit, etc.. De même que lorsque ceux qui marchent droit feignent par hasard de boiter, la cause n’en est point dans quelque vice des pieds, mais dans quelqu’autre raison qui les porte à boiter; de même Pierre, bien convaincu que la circoncision et l’incirconcision ne sont rien, mais qu’il n’y a d’important que l’observation des commandements de Dieu, mangeait d’abord avec les Gentils, mais il se retirait d’eux suivant les circonstances, pour ne point séparer les Juifs de la foi de Jésus-Christ. Saint Paul use donc pour résister en face à Pierre du même artifice dont Pierre se servait dans sa conduite exté¬ rieure et il lui parle devant tous, moins pour réprimander Pierre que pour corriger les idées de ceux en faveur desquels Pierre usait de cet artifice. Si quelqu’un désapprouve cette inter¬ prétation qui excuse Pierre de toute faute et nie que Paul ait réprimandé avec hardiesse son supérieur, il devra nous expliquer comment Paul reprend dans un autre la conduite qu’il a suivie lui-même. « Si vous, étant Juif, vous vivez à la manière des Gentils et non en Juif, comment forcez-vous les Gentils à judaïser. » Il presse Pierre par um Christus jusserit, opéré pugnabimus ; nunc reliqua prosequaraur. « Secl cum vidissem quod non recto pede incedunt ad veritatem Evangelii, dixi Petro coram omnibus. » Sicut hi qui sanis gressibus claudicare se simulant, non vitium habent in pedibus, sed est aliqua causa cur claudicent, ita et Petrus sciens circumcisionem et præ- putium nihil esse, sed observationem mandatorum Dei, edebat quidem ante cum genlibus, sed pro tempore ab eis se, ne Judæos a fide Christi perdèret, subtrahebat. XJnde et Paulus eadem arte qua ille simulabat, ei resti- tit in faciem, et loquitur coram omnibus; non tam ut Petrum arguat, quam ut hi, quorum causa Petrus simulaverat, corrigantur, vel ut etiam Judæis super bia, gentibus desperado tolleretur. Quod si cui iste non placet sensus, quo nec Pqtrus peccasse, nec Paulus procaciter ostenditur arguisse majorem, debet exponere qua consequentia hoc Paulus in altero reprehendat, quod ijfëe commisit. « Si tu, cum Judæus sis, gentiliter, et non judaice.. vivis; quomodo gentes cogis judaizare? » Indissolubili argumento ccnstringit Petrum, immo per Petrum, eos COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES argument invincible et bien plus, par ■ Pierre tous ceux qui le forçaient de tenir une conduite contradictoire. Vous qui êtes Juif d’origine, Pierre, lui dit-il, circoncis dès votre plus tendre enfance, ^fidèle observateur de tous les préceptes de la loi, vous savez par la grâce de Jésus-Christ que toutes ces observances n’ont aucune utilité, mais qu’elles étaient seulement les figures et les symboles des choses futures. Si donc vous man¬ gez avec les Gentils, sans être retenu comme auparavant par un motif superstitieux, et vivant avec eux en toute liberté et en toute indifférence, comment forcez-vous maintenant de judaïser ceux cl’entre les Gentils qui ont embrassé la foi, en vous retirant d’eux, et en vous séparant complètement d’eux, comme s’ils étaient souillés? Car si ceux dont vous vous séparez sont impurs, et si vous rompez avec eux, parce qu’ils n’ont pas reçu la circoncision, ■ vous les forcez de se faire circoncire, et de devenir Juifs, alors que vous, Juif d’origine, vous vivez comme les Gentils. Et Paul lui indique en termes couverts la cause pour laquelle il engage cette discussion avec lui, c’est que, par cette conduite si peu franche, il forçait les Gentils à judaïser dans le désir qu’ils avaient de l’imiter. « Nous, de naissance nous sommes Juifs, et non pécheurs d’entre les Gentils. » Les hérétiques cherchent à s’insinuer à la faveur de ce passage, leur cerveau enfante des- choses ineptes et ridi- qui pugnantia ilium inter se facere cogebant : Si, in- quit, o Petre, tu natura Judæus es, circumcisus a par va ætate, et universa Legis præcepta custodiens, mmc ob gratiam Glxvisti sois ea nihil per se habere utilitatis, sed exempiaria esse et imagines futurorum, et cum his qui 'ex gentibus sunt, cibum capis, nequaquam ut ante superstitiose, sed libéré et indifferenter victitans; quo- modo eos qui ex geutibus crediderunt, nunc recedens ab eis, qt quasi a contaminatis te separans et secernens, compellis judaizai'eî* Si enim immundi sunt a quibus recedis, idcirco autem recedis, quia non habent circum- cisïonem, compellis eos circumcidi et Judæos fieri, cum tu ipse natus Judæus, gentiliter vixeris. Et lætanter ôstendit caiisam quare adversum.eum disputaverit; quia scilicet gentes simulatione sua judaizare compel- leret, dum'eum cupiunt æmulari. « Nos natura Judæi, et non ex gentibus peccatpres. » Subrepunt hoc loco Hæiælici, qui ridicula quædam et inepta fingentes, aiunt, neo spiidtualem peccare posse Tou. x. 257 cules, et ils disent que la nature spirituelle ne peut pécher, et que la nature terrestre ne peut faire aucune œuvre de justice. Nous leur demanderons pourquoi donc alors les branches de l’olivier franc ont été rompues ; et pourquoi des branches de l’olivier sauvage ont été gref¬ fées sqr l’olivier franc, si celui qui est bon ne peut déchoir en rien de sa bonté; si celui qui est mauvais ne peut s’élever à la hauteur* d’aucune bonne action. Ou bien encore, comment Paul a-t-il d’abord persécuté l’Église, si sa nature était spirituelle; ou comment est-il ensuite devenu apôtre, si elle est d’une origine terrestre? Si nous prétendons qu’elle n’était point terrestre, écoutons ses propres paroles : « Nous étions par nature des enfants de colère, comme les autres. » Un homme est juif de nature qui est de la race d’Àbraham, et qui a été cir¬ concis par ses parents le huitième jour. Mais on ne peut appeler juif de nature celui qui, gentil d’origine, a embrassé ensuite le judaïsme. Pour résumer en peu de mots toute cette argumenta¬ tion, en voici le véritable sens : Nous, c’est-à- dire, vous Pierre et moi, car il ne se sépare point de lui pour ne point paraître lui faire injure; étant juifs de naissance, accomplissant les préceptes de la loi, et non pécheurs d’entre les gentils, pécheurs en général, parce qu’ils adorent les idoles, ou pécheurs parce que nous les regardons comme impurs; nous donc sachant que l’homme n’est pas justifié par les œuvres de iiaturam, nec juste aliquid facere terrenam. Quos in- terrogemus quare de bona oliva rami fracti sunt, 'et' cur de oleastro in radicem bonæ olivæ inserti sint, si nec de bono cadere quidquam potest, nec de malo surgere ! Aut quomodo ve] Pau] us persecutus sit ante Ecclesiam, si de natura spirituali fuit; aut postea Apostolus factus, si de terrona fæce generatus est. Quod si terxænum eum non fuisse contenderint, ipsius verba ponamus : « Eramus Jfilii natura iræ, sicut et cæteri » Ephes. n, 3. Natura Judæus est qui de geriere est Abraham, et a parentibus die octavo circumcisus est. Non nàtui>a Judæus, qui postea est factus ex gentibus. Ut autem totum argumentum brevi sermone comprehendam, sen- sus est iste qui texiiur : Nos, id est, egox et tu, Petre (miscuit enim personam suam, ne illi facere videretur irijuriam), cum essemus, inquit, natura Judæi, ea fa-/ cientes quæ. lege præcepta sxmt, et non ex gentibus peccatores, qui vel . generaliter, quia idolis serviunt peccatcres sunt, ve] quoa nun6 putamus immundoe, , n 258 saint Jérome; la loi, mais qu’il est sauvé par la foi en Jésus- Christ, nous avons ,cru en Jésus-Christ, afin que cette foi que nous avions en Jésus-Christ nous donne ce que la loi ne pouvait nous donner. Si donc, en nous séparant de la loi, incapable de nous sauver,' nous avons passé sous le . règne de la foi, qui exige non la circoncision de la chair, mais la religion d’un cœur pur; et si maintenant, en nous séparant des Gentils, nous faisons croire que tout homme non circoncis est impur, donc la foi en Jésus-Christ par laquelle nous pensions être sauvés, est bien plutôt le ministre du péché que de la justice qui supprime la circoncision sans laquelle tout homme est impux; et souillé. Mais à Dieu ne plaise que je rétablisse ce que j’ai détruit, et ce que je savais ne m’être utile en rien. En me séparant une fois de la loi, je suis mort à la loi pour vivre en Jésus-Christ; j’ai été cloué sur la croix, je suis devenu un nouvel homme, afin de vivre bien plus par la foi que par la chair et de sortir de ce monde avec Jésus-Christ. Je reste fidèle au parti que j’ai pris. Cen’est point inutilement que Jésus- Christ est mort pour moi, et c’est en vain que j’ai cru en lui, si je crois qu’en dehors de la foi je puis être sauvé par la loi ancienne. « Sachant donc que l’homme n’est point justifié par les œuvres de la loi, mais par la foi en Jésus-Christ, nous croyons nous-mêmes au Christ Jésus pour être justifiés par la foi du scientes quod non possimus ex Legis opéré, sed ex Christi salvari fide, credidimus in Christum, ut quod Léx nobis non dederat, fides tribueret quam habebamus f AL habemus] in Christo. Quod si recedentes a Lege, in qua salvari non potuimus, transcendimus ad fidem, in qua non carnis quæritur circumcisio, sed cordis pundevotio; et nunc a gentibus recedendo hoc agi- mus, ut quicumque non sit circumcisus, immundus sit; ergo fides in Christum, in qua nos putabamus ante aalvari, magis peccati est ministra, quain justitiæ, quæ aufert circumcisionem, quam qui non habuerit, immun¬ dus est. Sed absit, ut quod semel destruxi, et scivi mihi non profuisse, rursum vindicem. Semel a Lege discedens, Legi sum mortuus, ut in Christo viverem, crucique ejus affixus, et in novum renatus hominem, fide magis quam carne subsisterem, et cum Christo egrederer e mundo. Quod semel adorsus sum, teneo. Non mihi gratis Christus est mortuus, in quo frustra credidi, si potui absque fide ejus in veteri Lege salvari « Scientes autem quod non justificatur homo ex ope- ribufl Legis, niai per ûdem Jesy Cbri&tiv et üos in Christ et non par les œuvres de la loi. » Mais, disent quelques-uns, si ce que saint Paul affirme est vrai, c’est-à-dire que personne* n’est justifié par les œuvres de la loi, mais par la foi en Jésus-Christ, les patriarches, les prophètes et les saints qui ont vécu avant Jésus-Christ sont donc restés dans un état d'imperfection? Nous leur ferons ici observer que ceux dont il est dit ici qu’ils ne peuvent être justifiés sont ceux qui croient que les œuvres seules de la loi suffisent pour les justifier, or, les saints de l’ancienne loi ont été justifiés par la foi en Jésus-Christ. Ainsi Abraham a vu le jour du Christ et a tressailli do joie. » Jean viii; 56. Moïse a jugé que l’opprobre de Jésus-Christ était un plus grand trésor que toutes les richesses de l’Égypte, parce qu’il envisageait la récompense, Hebr . xi, 26; Isaïe a vu la gloire du Christ, comme l’atteste l’évan¬ géliste saint Jean Isai vi, et l’apôtre Jude dit de tous en général : « Je veux vous avertir, vous qui avez su tout cela autrefois, que Jésus ayant sauvé le peuple de la terre d’Égypte, il fit périr ceux qui étaient incrédules Jude , 5. Ce ne sont donc pas tant les œuvres de la loi qui sont ici condamnées, que ceux qui prétendent être sauvés exclusivement par les œuvres de la loi, d’après ces paroles du Sauveur à ses disciples : « Si votre justice n’est plus abondante que celle des Scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. » Matth. v, 20. Il Christo Jesu credidimus, ut justificemur in fide Christi, et non ex operibus Legis. » Aiunt quidam : si verum hoc sit quod Paulus affirmât, ex operibus Legis nemi- nem justificari, sed ex fide Jesu Christi, patriarchas et prophetas, et sanctos, qui ante Christi adventum fue- runt, imperfectos fuisse. Quos admonere debemus eos bic dici justitiam non consecutos, qui tantum ex operi¬ bus justificari posse se credunt. Sanctos autem, qui antiquitus fuerint, ex fide Christi justificatos. Siquidem Abraham\idit diem Christi, et lætatus est. Et Moyses majores Idivitias æstimavit thesauro Ægyptio^m, im- properium Christi. Aspiciebat enim in rémunéra tionem. Et Isaias vidit gloriam Christi Isai. vi, ut Joannes evangelista commémorât, et Judas de omnibus genera- liter : « Gommonere, » inquit, « vos volo, scientes semel omnia ; quoniam Jésus populum de terra Ægypli salvans, secundo eos qui non crediderunt, perdidil » JuâH v. XJnde non tam Legis opéra damnantur, quam hi qui tantum ex operibus justificari se posse confidunt, Salvatore quoque ad discipülos loquente, « Nisi supera- fcundaverit jusüti^ vestra plus quam Scribarum et P ha- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES 259 faudrait réunir les préceptes difficiles de la loi que nul ne peut accomplir, et dire au, contraire, qu’il est certains préceptes qui sont observés par ceux qui ne connaissent pas la loi; et cepen¬ dant ces observateurs de la loi ne peuvent être justifiés, parce qu’ils accomplissent ces préceptes en dehors de la foi.. Ainsi par exemple, il s’abs¬ tiennent entre eux des péchés contre nature, ils ne sont ni adultères ni ravisseurs, ils honorent leurpèreet leur mère, et observentencored’autres préceptes de la loi. Que si on cite les exemples de saints personnages qui, versés dans la con¬ naissance de la loi, ont accompli tout ce que la loi commande, nous répondrons que la loi n’est point établie pour le juste, mais pour les injustes, les rebelles, les impies, les pécheurs, les scélé- ■rats, les profanes Tim. i, 9. Celui qui a Dieu pour maître, n’a pas besoin d’être enseigné même sur la charité, au témoignage de saint Paul : « Quant à la charité, vous n’avez pas besoin que je vou.s en écrive, puisque vous-mêmes avez appris de Dieu à vous aimer les uns les autres» thess . iv, 9. « Attendu que par les œuvres de la loi aucune chair ne sera justifiée. » Que si cherchant à être justifiés dans le Christ, nous sommes nous- mêmes trouvés pécheurs, le Christ n’est-il pas ministre du péché? Nullement; car si je rétablis ce que j’ai détruit, je me constitue moi-même risæoruin, non intrabitis in regnum cœlorum » Matth, v, 20. Congreganclum \Al. considerandumj hoc in loco quanta in Lege præcepta sint, quæ explere nul- ïus queat. Et econtrario dicendum, quædarn Legis etiam ab his fieri qui ignorent eara. Sed ideo nonjusti- ficari operatores ejus, quia absque fide Christi fiant; verbi gratia, non dormire cum viro dormitatiône mulie- ris, non adulterari, non rapere, sed magis honorare patrem et matrera, et cætera, quæ imperata sunt, facere. Quod si de sanctis viris nobis exempla protule- rint; quod in Lege versati, ea quæ Legis fuerant,- perpétraient, dicemus ; Quia justo Lex non est posita, sed iniquis et non subditis, impii s et peccàtoribus, con- taminatis et immundis X Tim. i. Qui autem a Deo doc- tus sit, non habere eum necesse, ut vel de charitate doceatur, Paulo dicente : « De charitate autem non necesse habeo scribere vobis; ipsi enim vos a Deo.docti estis, ut diligatis invicem » XV Thess. iv, 9. « Propter quod ex operibus Legis non justificàbitur omnis caro. Quod si quærentes justificari in Ghristo, inventi sumus et ipsi peccatores; numquid Christus peccati minister est? AbsiL Si enim quæ destruxi, hæo prévaricateur.1 » Cette chair, ne sera point justifiée par les œuvres dA la loi dont il est écrit : « Toute chair n’est que de Therbe, et toute sa beauté ressemble, à la fleur des champs. » Isai, xl, v. Mais au contraire,’ cette chair sera justifiée par la foi de Jésus-Christ, dont il est dit dans le mystère de la résurrection : « Toute chair verra le salut de Dieu, Luc, ni. 6. Dans un sens même élevé, toute chair n’était pas autrefois justifiée par la loi, . mais seulement les hommes, qui étaient dans la Palestine. Mais maintenant, toute chair est justifiée par la foi en Jésus-Christ, parce que son Église s’établit dans tout l’univers. « En effet, moi-même par la loi, je suis mort â la loi, afin de vivre pour Dieu. » Autre chose est de mourir par la loi, autre chose de mourir à la loi. Celui qui meurt à la loi vivait pour la loi avant de mourir, et observait le sabbat, les néoménies, les jours de fêtes, le sens figuratif des victimes, les fables juives et les généalogies; mais aussitôt que le Christ fut venu, et avec lui la loi dont.il est écrit : « Nous savons que la loi est spirituelle, Rom vu, 14, il mourut à la loi ancienne parla loi évangélique, et l’âme, qui selon ce que saint Paul écrit aux Romains qui eût été appelée adultère si pendant la vie de son mari elle avait commercé avec un autre homme; quand son mari fut mort, c’est-à-dire iterum reædifico, prævaricatorem me constitue». » Non justificabitur [Al. justificatur] ex operibus Legis caro ilia, de qua scribitur : « Omnis caro fenum; et omnis gloria ejus, quasi flos agri » Isai. xu, 6. Justificatur autem ex fide Jesu Christi caro ilia, de qua in resurrec- tionis dicitur sa crânien to : « Omnis caro vide bit salu- tare Dei » Luc. ni, 6. Sed et juxta humiliorem intellec- tum, justificabatur quondam ex Lege non omnis caro, sed tantum hi homines qui in Palæstina . erant'. N une autem ex fide Jesu Christi justificatur omnis caro, dum Ecclesia ejus in toto orbe fundatur. ^ « Ego enim per Legem Legi mortuus sum,. ut Deo vivam. » Aliud est per Legem mori, . aliùd Legi mori. Qui Legi moritur, vivebat ei antequam moreretur, observans sabbata et neomenias, et dies festos, et victimarum typicam curiositatem, et fa¬ bulas Judaicas, et geneal'ogias. Postquam autem venit Christus et Lex, de qua scriptum est : « Scimus autem quia Lex spiritualis est » Rom. vn, 14, per Evangelicam legem. Legi pristinæ mortuus est, et anima, quæ secundum id quod scribitur ad ïtomanos : Viro vivente, si nupsisset, adultéra vocabatur; mortüo 260 SAINT JÉROME la loi ancienne, s’ünit à la loi spirituelle afin de porter des fruits pour Dieu. C’est ce que Dieu' lui dit dans le prophète Osée : « on a trouvé sur toi le fruit que je t’ai fait produire, » Osée xiv, 9. C’est à cette divine opération que se rapporte cet oracle mystique : « Qui est assez sage pour comprendre ces choses, qui a l’intelligence pour les connaître? » Celui donc qui, par la loi spirituelle, meurt à la lettre de la loi, vit pour Dieu, puisqu’il n’est pas sans la loi de Dieu, soumis qu’il est à la loi du Christ. Celui au contraire qui meurt à la loi à cause de ses péchés, est mort à la vérité, mais on ne peut lui appliquer ce qui suit « afin de vivre pour Dieu. » Or, qu’il y ait une autre loi spirituelle en dehors de la loi de la lettre, c’est ce que l’Apôtre enseigne clairement dans un autre endroit : « Et cependant la loi est sainte, et le comman¬ dement est saint, juste et!bon, » Rom . vu. 12. Et Ézéchiel parlant au nom de Dieu : « Je les ai retirés, dit-il, c’est-à-dire le peuple juif, de la terré d’Égypte et je les ai conduits dans le désert. Je leur ai proposé mes lois et mes ordonnances, afin que celui qui les observe ÿ trouve la vie. » Ézech, xx, 10. Mais parlant ensuite de la loi qui opère ia colère, et à laquelle l’Apôtre estanort, il dit ensuite : « Je les ai livrés, à des préceptes imparfaits, à des or¬ donnances où ils ne trouveront pas la vie » Ibid. 25. C’est cette même vérité qu’exprime le Psal- viro suo, id est, lege veteri, nupsit Legi spirituali, ut fructificaret Deo. Unde et in Osee ad eam dicitur : « Ex me fructus tuus inventus est » Osee xiv, 9. Cui pulchrè mysticum illud infertur : « Quis sapiens, et intelliget ista ; intelligens, et cognoscet ea? » Qui per legèm igitur spirituaiem, Legi litteræ moritur, Deo vivit, cum non sit sine lege Dei, sed in lege sit Christi. Qui vero legi moritur ob peccata, mortuus quidem est; sed non potest de eo dici quod sequitur, « ut vivat Deo. » Esse autein legem aliam spirituaiem extra Legem litteræ, et alibi Apostolus docet, dicens : « Itaque lex quidem sancta, et mandatum sanctum, et justum, et donum » Rom. vu, 12. Et Ezechiel ex persona Dei : «c Eduxi, » inquit, « eos, » id est, populum Judæorum, « de terra Ægypti, et adduxi eos in desertum’; et dedi ois præcepta mea, et justificationes meas ostendi illis, quas faciet homo, et vivet in eis Ezech. xx, 10. » De ea vero lege quæ iram operatur, cui et Apostolus mortuus est, postea infert ; « Et ego dedi eis præcepta non bona, et justificationes in quibusnoû vivent in eis » Jbïd:, 25. Idfpsura signiûcatur et in Psalterio :«Quoniam miste, lorsqu’il dit : « Parce quo je n’ai pas connu la science humaine, j’entrerai dans les puissances du Seigneur, » Ps. lxx, 51. « Je suis cloué à la croix avec Jésus-Christ. » Il venait de dire qu’il était mort à la loi par la loi, il indique maintenant comment ii est mort : « Je suis cloué à la croix avec Jésus-Christ » en portant sa croix, en suivant Jésus-Christ et en faisant cette prière au milieu des souffrances : « Souvenez-vous de moi, lorsque vous serez dans votre royaume. » Luc xxia 42, 43. Lors¬ qu’un chrétien, par la mortification de ses membres sur la terre et par sa mort au monde, est rendu conforme à la mort de Jésus-Christ, il est crucifié avec Jésus, et il cloue le trophée de sa mortification sur le bois de la passion du Sauveur. « Et je vis, non plus moi, mais Jésus-Christ vit en moi. » Celui qui vit maintenant n’est plus celui qui vivait autrefois dans la loi, et qui per¬ sécutait l’Église. Mais c’est le Christ qui vit en lui, c’est-à-dire la sagesse, la force, la parole,, la paix, la joie et les autres vertus sans lesquelles nul ne peut dire : « le Christ vit en moi. » Saint Paul personnifie ici en lui toute cette discussion entreprise contre Pierre et au sujet de cet apôtre. « Car si je vis maintenant dans la chair. » Autre chose est d’être dans la chair, àutre chose de vivre dans la chair. « Car ceux qui sont dans non cognovi litteraturam, introibo in fortitudinem Domini Ps. lxx, 51. « Christo confixus sum cruci. » Quia dixerat se per legem legi mortuuiu, quomodo mortuus fuerit, ostendit : « Christo confixus sum cruci, » tollens crucem suam, et Ghristum sequens, et in ipsa obsecrans passione : « Memento mei, cum veneris. in regnum tuum » Luc. xxni, 42, 43. Statimque audiens : « Hodie meçum eris in paradiso. » Si quis mortificatis membris super terram, et mundo mortuus, configuratus fuerit morti Jesu Christi, cruciûgitur cum Jesu, et tropæum mortification^ suæ, in ligno Dominicæ passionis afûgit. « Vivo autemjam non ego; vivit autem in me Chris- tus. » Non vivit ille qui quondam vivebat in Lege, quippe qui persequebatur Ecclesiam. Vivit autem in èo Christus, sapientia, fortitudo, sermo, pax, gaudium, cæteræqüe virtutes;. quas qui non habet, non potest dicere : « Vivit autem in me Christus, » hoc autem totum sub sua persona adversum Petrum de Petro disputât. « Quod autem nuno vivo in carne. » Aliud est in carne êsee, et in carné vivere. « Qpi enim in Carne supt, Deé COMMENTAIRES SUR L la chair ne peuvent plaire à Dieu, » Rom. vin, 8, 9. Aussi l’Apôtre s’adressant à ceux qui vivent selon les règles du bien, leur dit : « Pour vous, vous n’êtes point dans la chair. » « Je vis dans la foi du Fils de Dieu, qui m’a aimé, et qui s’est livré lui-même pour moi. » Dans son épître aux Romains, il dit que Dieu n’a pas épargné son Fils, mais qu’il l’a livré pour nous. 11 dit maintenant du Christ, qu’il s’est livré lui-même. « Il m’a aimé, dit-il, et il s’est livré lui-même pour moi. » Dans l’Évangile où se trouvent énumérés les noms des apôtres, on lit : «Et Judas Iscarioth (ou Scarioth), qui le livra, » Luc vi, 16. Et encore : » Voici qu’approche celui qui doit me trahir, » Matth. xxvr, 46. En parlant du prince des prêtres, et des anciens du peuple, l’Évangéliste rapporte qu’ils condamnèrent Jésus, et que l’ayant enchaîné, ils le conduisirent et le livrèrent à Pilate, Ibid, xxvir, et Marc , xv. Enfin il dit de Pilate : « Il leur délivra Barabbas et après avoir fait flageller Jésus, il le leur livra pour être crucifié, » Jean vt xrx. Ainsi donc le Père a livré son Fils, le' Fils s’est livré lui-même; Judas et les prêtres l’ont livré aux princes; en dernier lieu Pilate lui-même a livré celui qu’on lui avait remis entre les mains, ^ais le Père l’a livré pour sauver le monde qui était perdu; Jésus s’est livré pour accomplir la volonté de son Père et la sienne; Judas, les prêtres, les anciens placere non possunt » Rom. vin, 8, 9. Unde ad bene viventes dicitur : « Vos autem non estis in carne. » « In fide vivo Filii Dei, qui dilexit me et tradidit seme- tipsum pro me. » Ad Romanos de Deo loquitur, quod Filio suo non pepercit, sed pro nobis tradiderit eum. Nunc vero de Christo, quod se ipse tradidit : « Qui dilexit me, » inquit, « et tradidit semetipsuin pro me. » ln Evangelio vero ubi Apostoli enumerantur, infertur : « Et Judas Iscariotis [Al. Scarioth ] qui et tradidit eum » Luc . vi, 16. Rursum in eodem : « Ecce appro- pinquavit qui tradet me » Matth . xxvi, 46. De principi- bus vero sacerdotum, et seuioribus populi Scriplura commémorât, quod condemnâverint Jesum mortï, et ligantes eOm, duxerint et tradiderint Pilato præsidi Ibid,, xx vu, et Marc. xv. Et deinceps de Pilato : « Dimisit eis Barabam, Jesum autem flagellatum tradi¬ dit eis, ut crucifigerent -ilium » Joan. xix. Igitur et Pater tradidit Filiuin; et .Filius ipse se tradidit; et Judas et sacérdotes èum principibus tradiderunt, et ad extremum traditum sibi, tradidit ipse Pila tus. Sed Pater tradidit, ut ealvaret perditum muûdum; Jesue •ÉPITRE AUX 0ALATE3 m du peuple çt Pilate ont livré la vie à la mort sans savoir ce qu’ils faisaient. Or, comme cette, vie s’est livrée aussi pour notre salut, heureux et mille fois heureux celui qui, sentant vivre en lui Jésus-Christ, peut djre par toutes, ses pensées et par toutes ses œuvres, : « Je vis dans la foi du Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi. » « Je n’ai garde de rejeter la grâce de Dieu; car si la justice vient de la loi, c’est donc en vain que Jésus-Christ est mort. Rejeter la grâce de Dieu est le propre de celui qui aprè£ avoir reçu l’Évangile, vit encore dans la loi, aussi bien que de celui qui après le baptême, souille de nouveau son âme par le péché. Mais celui qui peut dire avec l’Apôtre: « Sa grâce n’a pas été stérile en nous, I Cor. xv, 10; celui-là peut dire aussi avec confiance : « Je n’ai garde de rejeter la grâce de Dieu. » Ce qui suit est de la plus grande importance contre ceux qui, après avoir cru en Jésus-Christ, pensent qu’ils doivent observer les préceptes delà loi. C’est à eux qu’il faut dire : « Si c’est par la loi que vient la justice, c’est donc en vain que Jésus-Christ est mort. » Ou alors qu’ils nous démontrent comment ce n’est pas en vain que Jésus-Christ est mort, si les œuvres justifient. Mais quelqu’obtus que soit leur esprit, ils n’oseront pas dire que Jésus- Christ est mort inutilement. A la première pro* position du syllogisme que saint Paul énonce içl, ipse se tradidit, ut Patris suamque faceret voluntatem ; Judas autem et sacerdotes et seniores populi, et Pilatua vitam morti nescii tradiderunt. Quse cum ipsa quoque se pro nostra salute tradiderit, beatus multumque felix, qui vivente in se Ghristo, per singulas cogitationes et opéra potest dicere : « In fide vivo Filii Dei, qui dilexit me, et tradidit semetipsum pro me. » « Non abjicio gratiam Dei ; si enim per Legem justi- tia, ergo Ghristus gratis mortuus est. » Abjicit gratiam Dei, tam ille qui post Evangelium vivit in Lege, quam ia qui peccatis post baptismum sordidatur. Qui autem potest juxta Apostolum dicere : « Gratia ejus in me non fuit vacua » 1 Cor . xv, 10, iste et hoc loquitur c'onfi- denter : « Non abjicio gratiam Dei. .» Quod autem sequitur, valde necessarium est adversum eos qui post fidem Christi putant Legis præcepta servanda. Dicendum quippe eis : Si per legem justitia est, ergû \aï . quodj Christus gratis mortuus est [Al. sit]. Aut certe doceant, quomodo non Christus gratis mortuus sit, si opéra justi- ficant [Al. justificent]. Sed quamvis sint hebete», dicore noo audebuût Christum sine . causa mortuum. Ad. jjÿarti* 262 SAINT JÉROME c’est-à-dire : « Si c’est par la loi que vient la justice, c’est donc en vain qtfe Jésus-Christ est mort, nous « devons joindre cette proposition qui en est la conséquence. Or, ce1 n’est pas en vain que .Jésus est mort, et conclure : Donc ce n’est point par la loi que vient la justice. Jusqu’ici l’Apôtre a discuté contre Pierre, il revient maintenant jlux Galates. CHAPITRE III. « O Galates insensés, qui vous a fascinés? » Cette apostrophe peut s’entendre de deux manières. Saint Paul appelle les Galates insensés, ou parce que des choses les plus élevées ils sont descendus aux choses les plus basses, c’est-à-dire qu’ayant commencé par l’esprit, ils ont fini par la chair; ou bien, parce que chaque province a des qualités particulières. L’Apôtre approuve ce que le poète Épiménide a dit des Crétois : Crétois toujours menteurs, bêtes méchantes, ventres paresseux. Les Maures sont vains, les Dalmates sont féroces au témoignage de l’historien latin. Tous les poètes insultent aux Phrygiens comme à des hommes timides. Les philosophes se glori¬ fient qu’ Athènes donne le jour à des esprits plus vifs. Cicéron, dans un discours prononcé devant César, flétrit la légèreté, des Grecs, en disant : « C’est le fait des Grecs légers ou des barbares féroces. » Et dans son discours pour Flaccus : Ils ont la légèreté innée, et la vanité étudiée. culam itaque syllogismi, quæ hic proponitur, id est : « Si enim per Legem justitia, ergo Christus gratis rnortuus est, » debemus illucl assumete quod coiisequen- ter infertpr, et negari non potest ; Christus autem non est gratis mortuus ; et concludere : Nod igitur per Legem justitia. Hucusque contra Petrum, nunc ad Gala- tas revertitur. ; CAPXJT III. « O Insensati Galatæ, quis vos fascinavit? » Dupliciter hic. locus intelligi potest. Vel ideo insensatos Galatas appellatos, a majoribus ad minora venientes, quia cœpe- rint spirjtu, et carne consummentur ; vel ob id, quod unaquæque prôvincia suas .habeat proprietates. Greten- ses semper mendaces, malas bestias, ventres pigros, vere ab Epimenide poeta dictos, Apostolus comprobal. Yanos Mauros, et feroces Dalmatas, Latinus puisât histo- ricus. Timidos Phrygas, omnes poetæ lacérant. Àthenis expeditiora nasci ingénia, philosophi gloriantur. Græcos levés, apud C. Cæsàrem suggillat Tullius, dicens : « Aut UviifarGræcorum, aut immanium barbarorum. » Et pro Dans toute l’Écriture, Israël est .accusé d’avoir le cœur appesanti et la tête dure. C’est donc dans ce sens que l’Apôtre aurait à mon avis, ici relevé un des caractères des habitants de la Galatie. 11 en est qui, se plongeant dans des questions profondes, sous le prétexte apparent d’éviter l’hérésie qui détermine des natures différentes, disent que les habitants de Tyr et de Sidon, les Moabites et les Ammonites, les Iduméens, les Babyloniens, les Égyptiens et toutes les nations qui sont nommées dans l’Écri¬ ture ont certains caractères particuliers, par suite do causes antérieures et en vertu d’œuvres qui ont précédé, et cela pour qu’aucun doute ne soit soulevé sur la justice de Dieu, puisque cha¬ que peuple a des qualités bonnes ou mauvaises que n’a pas un autre peuple. Pour nous, nous fuirons ces hauteurs, et nous suivrons les expli¬ cations qui précèdent, en disant que l’Apôtre les accuse d’être insensés parce qu’ils ne peuvent distinguer l’esprit de la loi de la lettre de la loi, ou qu’il leur reproche un vice particulier à leur nation, c’est-à-dire d’être indociles et stupides, et d’un esprit lent pour les leçons de la sagesse. Quant ¥ ce qui suit : « Qui vous a fascinés? » nous devons l’expliquer d’unejnanière digne de Paul, qui « bien qu’inahabile pour la parole, ne l’était pas pour la science. » Ce n’est pas évi¬ demment qu’il crût à un maléfice nuisible, il a fait simplement usage d’une expression usitée Flacco : « Ingenita, » inquit, « levitas, et erudita vani- tas. » Ipsum Israël, gravi corde, et dura cervice, omnes Scripturæ arguunt. In hune ergo modum arbitror et Apostolum Galatas règionis suæ propriétate puisasse, Licet quidam . profundis se quæstionibus inserentès, quasi sub obtentu vitandæ hæreseos, quæ diversas natu- ras infert, dicant, Tyrios quoque et Sidonios, Moabitas et Ammonitas, et Idumæos, Babylonios et Ægyptios, eni- nesque Gentes, quæ in Scripturis nominantur, habere quædam idiomata ex causis præcedentibus, et merito operum pristinorum, ne justitia Dei veniat in dubium : cum unaquæque gens vel bonum, vel malum habere asseratur, quod alia non habeat. Nos istas altitudines déclinantes, superiôra sectabimur ; aut stultitiæ eos argui, dicentes, per quam spiritum legis et litteram dijudicare non possint; aut vitio [Aï. via] gentis corripi, quod indociles sint et vecordes, et ad sa- pientiam tardiores. » Quod autem sequitur : « Quis vos fascinavit » I Cor. xi, digne Paulo (qui etsi imperitus est sermone, non tamen scientia) debemus exponere; non quo scierit esse fascinum, qui vnlgo putatur nocere; COMMENTAIRES SUR L'EPITRE AUX GALATES 263 et ici, comme dans d’autres endroits, s’ést servi du langage habituel de la conversation journa¬ lière, Nous lisons dans les proverbes : « Les dons affligent les yeux de l’envieux . » Celui que nous appelons envieux, porte dans le Grec le nom plus expressif de fascinateur, ainsi que dans le livre de la sagesse attribué à Salomon : « La fascination du mensonge obscurcit les biens. « Sag. iv, 12. Ces exemples nous appren¬ nent ou que le bonheur d’autrui est un supplice pour l’envieux, ou que celui qui possède quel¬ ques avantages est en butte à la malveillance du fascinateur ou de l’envieux : Ce charme malfai¬ sant est, dit-on, particulièrement nuisible aux enfants, au premier âge et à ceux qui ne mar¬ chent point encore d’un pas assuré. Ce qui a fait dire à l’un des poètes païens : « Je ne sais qui a fasciné les tendres yeux de mes agneaux, Virg. Eclog . 3. Cela est-il vrai, cela est-il faux, nous laissons à Dieu de le décider; car il peut se faire que les démons soient les instruments de ce maléflce et qu’ils détournent des bonnes oeuvres ceux qu’ils voient entrer ou faire desprogrès dans la voie du bien. Maintenant, lepoint qui est en dis¬ cussion, c’est que nous pensons que cet exemple est emprunté à l’opinion commune, c’est-à-dire, que de même que le maléfice serait nuisible, dit-on aux enfants en bas âge, ainsi, les Galates nouvellement nés dans la foi de Jésus-Christ, nourris de lait et non d’une nourriture subs- sed usus sermone sit trivii [Al. trilo], et ut in cæteris, ita et in hoc quoque loco, verbum quotidianse sermoci- nationis assumpserit. Legimus in Proverbiis : « Donum invidi cruciat oculos. » Qui apud nos « invidus, » in Græco signifiçantius'ponitur, « fascinator ; » et in Sapien- tia quæ Salomonis scribitur : « Fascinatio malignitatis obscurat bona » Sap. iv, 22. Quibus doceinur exemplis, quod vel invidus aliéna felicitate crucietur; vel is in quo bona sint aliqua, alio fascinante, id est, invidente noce- âtur. Dicitur fascinus proprie infantibus nocere, et seta- ti parvulæ, et his qui necdum firmo vestigio figant gra- dum, Unde et quidam e Gentibus : Nescio quis teneros oculus mihi fascinât agnos. Virgil. Eclog. 3. Hoc utrum verum, necne sit, Deus viderit; quia po- test fieri, ut et dæmones huic pencato serviant; et quoscumque in Dei opéré vel cœpisse, vel profecisse cognoverint, eos a bonis operibus avertant. Nunc illud in causa est, quod ex opinione vulgi sumptum putamus exemplum : ut quomodo tençva ætas npoèri dicitur fas- tantielle, ont été atteints par un charme fascina¬ teur, qui, excitant des nausées dans l’estomac do la foi, leur ont fait vomir le céleste aliment de l’Esprit-Saint. Si quelqu’un est contraire à cette interprétation, qu’il nous dise comment nous voyons d’après l’opinion commune la vallée -des Titans dans les livres des Rois, IV.. Kofs, xxm ; les Sirènes et les Onocentaures dans îsaie) xxxiv ; l’Ourse, l’Orion et les Pléiades dans Job , ix, 9, et beaucoup d’autres citations semblables où nous voyons des noms qui ont leurs causes et leur origine dans la- mythologie païenne. Interrogeons donc ici Marcion qui rejette les prophètes, et demandons-lui comment il inter¬ prète, ce qui suit : «: Vous, aux yeux desquels Jésus-Christ a ôté dépeint, comme s’il eût été crucifié au milieu de vous. » Jésus-Christ a été en réalité dépeint sous nos yeux, lui dont l’instrument de sup^ plice, la passion, les soufflets, les coups de fouet ont été prédits par le chœur tout entier des prophètes, et sous des traits si frappants, que nous avons connu sa croix non seulement par l’Évangile qui rapporte son crucifiement, mais bien longtemps avant qu’il éût daigné, descendre sur la terre et prendre cette humanité qui a ôté crucifiée. Ce n’est pas un faible mérite pour les Galates que d’avoir cru dans un crucifié, juste¬ ment , comme on le leur avait dépeint sous les yeux, c’est-à-dire d’être venus à la foi par le cino ; sic etiam Galatæ in Christf fide nuper nati, et nutriti lacté, et non solido cibo 1 Cor. nr, veluti quo- dam fascinante sint nociti ; et stomacho fidei nauseante [Al. nauseantes].Spiritus sancti cibum evomuerint. Quod si aliquis contra dicit, exponat quomodo de communi opinione sit sumptum, vallis Titanorum, in Regnorum libris IV Reg. xxm, Sirenæ et Onocentauri in Isaia Cap. xxxiv, Arcturus et-Orion, et Pléiades in Job Cap. ix, et cætera his similia, quee utique vocabula, Gentilium fabularum et causas et origines habet. Interrogemus ergo hoc loco Marcionem, qui prophetas répudiât, quo¬ modo interpretetur id quod sequitur. « Ante quorum oculos Jésus Ghristus proscriptus est, in vobis crucifixus est. » Nobis enim recte præscriptus est Gliristus, de cujus patibulo et passione, alapis et fla- gellis, omnis prophetarum prædicit chorus, ut crucem ipsinsnon de Evangelio tantum, in quo crucifixus refer- tur ; sed multoantequam descendere dignaretur ad terras, et hominem qui est crucifixus assumeret, noverimus. Nec par va la us Galatarum est, quod ita crediderint in cruci- fixupa, ut ante fuerat éis præscriptus* quo ecilicet leq SAINT JÉROME 264 .chemin et 'dans Tordm par Dieu, en lisant attentivement les prophéties, et en cher¬ chant à connaître toutes les figures de l'ancienne loi. On lit dans quelques manuscrits : « Qui vous a, fascinés pour ne pas obéir à la vérité? » Mais comme cette addition ne se trouve pas dans los exemplaires d’Adamantius, nous l’avons omise. « Je veux savoir seulement de vous ceci : Est-ce par les œuvres de la loi que vous avez reçu l’Esprit, ou par l’audition de la foi? » Il est, semble-t-il leur dire, beaucoup d’autres questions par lesquelles je pourrais vous forcer .de répondre que l’Évangile doit être préféré à la loi ; mais comme vous êtes des insensés, et que vous ne pouvez entendre ces questions, je me sers avec vous d’un langage simple, je vous pose une question qui se présente d’elle- même. « Vous avez reçu l’Esprit-Saint; or, est-ce par los œuvres de la loi, par l’observa¬ tion du sabbat, par la pratique superstitieuse de la circoncision et des néoménies que vous l’avez reçu, ou plutôt, n’est-ce point par l’audi¬ tion de. la foi que vous, précédemment Gentils, vous avez cru en Jésus-Christ? Et si vous^ne pouvez nier que l’Esprit-Saint et les dons qui, dans les commencements de la foi chrétienne, accompagnaient, la réception du Saint-Esprit, viennent non des œuvres de la loi, mais de la foi. en Jésus-Christ, il est évident, qu’après ti tantes prophetas, et omnia veteris Legis sacr ameuta noscentes, via et ordine venerint ad credendum. Legi- tur in quibusdam codicibus : « Quis vos fascinavit non credere veritati? » Sed hoc quia in exemplaribus Àda- mantii non habetur, omisimus. « Hoc solum a vobis volo disceiæ éx operibus Legis spiritum accepistis, an ex auditu fidei? » Sunt quidem, ait, multa quæ possunt interrogatione vos cogéré, Legi Evangelium præferendum, sed quoniam insensati estis, et nequaquam ea potestis audire, simplicr vobiscum ser- mone loquor, et de eo quod promptum est, sciscitor : SpL ritum sanctum quem accepistis, utrum yobis Legis opé¬ ra, sabbati observatio, circumcisionis, et neomeniarum superstitio dederint, an auditus fidei, p^r quam ex gentibus credidistis? Quod si negari non potest, Spiritum sanctum. et virtutes, quse in principio fidei acceptum Spiritum sequebantur, non ex operibus Legis, sed ex fide Christi datas, manifestum est, vos a meliori- busexôrsos [AL exosos], in pejoracorruere.Cpnsideremus ' autem diligenter, quia non dixerit : « Volo a vobis disçere utrum ex operibus spiritum accepistis; » sed avoir commencé par ce qui était bon, vous êtes tombés dans ce qui est mauvais. Or, remar¬ quons attentivement que saint Paul ne leur dit, pas : « Je veux savoir de vous si c’eât par les œuvres que vous avez reçu l’Esprit-Saint, mais qu’il a soin d’ajouter : « Par les œuvres de la loi. » Car il n’ignorait pas que le centurion Cor¬ neille avait reçu TEsprit-Saint par suite de ses œuvres, Act . x, mais non des œuvres de la loi qu’il ne connaissait pas? Si l’on nous fait cette objection : Donc on peut recevoir l’Esprit-Saint sans l’audition de la foi, nous répondrons que Corneille a reçu l’Esprit-Saint, mais moyen¬ nant l’audition de la foi et la loi naturelle qui nous dit dans nos cœurs quo nous devons faire le bien et éviter le mal. Dans les temps anciens, nous voyons Abraham, Moïse et les autres saints personnages justifiés moyennant l’obser¬ vation de cette loi naturelle. Cette justification .peut être augmentée ensuite par la pratique des œuvres et la justice de la loi, non pas de la loi charnelle qui est passée, mais de la loi spiri¬ tuelle, carlaloi est spirituelle. Cependant, tout en mettant la foi au-dessus de la loi, nous ne détrui¬ sons pas les œuvres de la loi Rom. m; et nous ne disons pas avec quelques-uns qui sont jus¬ tement condamnés : Faisons le mal afin qu’il en arrive du bien; mais nous préférons la grâce à la servitude. Nous disons que ce que les Juifs font par un sentiment de crainte, nous le fai- adjecerit « ex operibus Legis. » Sciebat enfin et Cornelium centurionem Spiritum ex operibus acce- pisse Actor. x; sed non ex. operibus Legis, . quam nes- ciebat. Si autem econtrario dicitur; ergo et sine au- ditione fidei accipi Spiritus potest. Nos responde- bimus, accepisse quidem eum Spiritum, sed ex au¬ ditu fidei, et naturah lege, quæ . loquitur in cordibus. nostris, bona.quæque facienda, et vitanda. mala; per, quam dudum quoque Abraham, Moysen, et cæteros sanctos justificatos retulimus, quam augere deinceps potest operuni observatio, Legisque [Al. Legis quoque.] justilia; non tamen carnalis legis, quæ præteriit, sed spiriCualis, quia Lex spiritualis est. Neque vero, quia fidem præferimus, Legis opéra destruimus Rom . ni, nec dicimus secundum quosdam : « Faciamus ma la, donec veniant bona » (quorum damnatio justa est), sed servituti gratiam anteponimus. Diciuiusque, quod Judæi propter metum faciunt, ,id nos facere propter charitatem, Illos servos esse, nos filips ; illos cogi ad bonum, nos bonuirt sponte suscipere. Non igitur ex- fi.de Ohristj liccntia nascitur delmqucndi; sed ex COMMENTAIRES SUR L'EPITRE AUX GALATES Î65 sons sous l’impulsion de là charité. Ils sont, esclaves, nous sommes enfants; ils Sont forcés à faire le bien, nous le faisons librement et de nous-mêmes. La foi en Jésus-Christ ne produit donc pas la licence du mal, mais la charité qui naît de la foi augmente la volonté de bien faire, alprs que nous pratiquons le bien non par la crainte du juge, mais parce que nous savons que nos bonnes œuvres plaisent à Celui en qui nous croyons. Mais si la foi vient de ce qu’on entend, dira-t-on peut-être, comment ceux qui sont sourds de naissance peuvent-ils devenir chrétiens? Dieu le Père peut être connu par la grandeur et la beauté des créatures, et le créa¬ teur se manifeste nécessairement, dans ses œuvres. Mais la naissance du Christ, sa croix, sa mprt, sa résurrection ne peuvent être con¬ nues que par ce que l’ouïe en apprend. Donc les sourds ne sont pas chrétiens, ou s’ils sont chré¬ tiens ou est la vérité de ce que l’Apôtre dit ailleurs, : « La foi vient de ce qu’on entend, et Ton entend par la prédication de la parole de Jésus-Christ. » Celui qui se contente d’une réponse simple, fait observer que l’Apôtre n’a pas dit généralement : La foi de tous vient de ce qu’on entend, mais la foi vient de ce qu’on entend, ce qui peut s’entendre en partie et en totalité, c’est-à-dire la foi vient de ce qu’on entend pour ceux qui entendent et qui croient. Celui au contraire, qui veut satisfaire pleinement dilectione £dei voluntas boni operis augetur, dum bona. ideo facimus, non ç[uia judicem formidamus, sed quia scimus ea ei placer© in quem credimus. Quærat quispiam, si fides non . est nisi ex auditu, quomOdo qui surdi nati sunt, possuut fieri Chrisliani. Deum quippe Patrem ex magnitudine et pulchritudine creaturarum potest quis inteliigere, et a conditionihus conditor conséquente? agnoscituv. Chrisli aute'm nativitas, crux> mors, resurrectio, nisi ex auditu sciri non potest. Aut surdi igitur Christian i -non sunt, aut si surdi sunt Christiani, faisùm est quod alibi ab apostolo dicitur : « Itaque. fides ex auditu, audhus autem per verbum Dei, » Ad quod. qui simplici responsione contentus est, dicit,. nop eum generaliter dixisse^ fides omnium ex auditu est; sed fides ex auditù, quod et in parte, , et in to.to accipii potest, eorum scilicet fides ex auditu, qui audiunt, qm cr.edunt, Qui autem huic scrupulo satisfacere conatur, prius .illud tentabit asserere, quod nutibus quoque et, quotidiana conversatione, et ut ita dixerim, totius corporis loquente gestu, surdi possunt Evangelium discere; deindô etiam hoc, quod Dei sermo cui; nihil à cette difficulté, commencera par affirmer .que les sourds peuvent apprendre" l’Évangile par. gestes, par le commerce de la vio /journalière, et pour ainsi dire par la gesticulation parlante de tout le corps. Il ajoutera que la parole de Dieu pour laquelle nul n’est sourd, s’adresse surtout à ces oreilles dont le Sauveur lui-même dit dans l’Évangile : « Qui a des oreilles pour entendre, entende, » Luc . virr, 8. et saint Jean dans l’Apocalypse : « Que celui qui a des oreilles, entende ce que l’Esprit dit aux Églises, » Apoc. n, IL Et Isaïe : « Le Seigneur a donné une oreille pour l’écouter, » Isai. l, L C’est là cet homme différent du premier, à qui Dieu parle dans le secret, et qui crie dans le cœur du vrai croyant : « Abba, Père. » Rom . yrri, 15. Et comme nous l’avons souvent exposé, de même que le corps a ses membres et tous les sens qui lui sont propres, l’âme a des membres, des sens qui' lui sont également propres, et en particulier dès oreilles. Or, celui qui a ces oreilles n’a pas grand besoin des oreilles du corps pour connaître l’Évangile de Jésus-Christ. Remarquez encore,, qu’ici l’Esprit sans aucune addition, signifie encore l’Esprit-Saint que nous recevons par le don de Dieu et non de l’homme, et dont il est dit ailleurs ; « L’Esprit est pur en toutes choses, » Sag . xrrr. Et dans un autre endroit : « L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit, » Rom . vin, 16. Et ailleurs : « Nul ne sait ce surdum est, ad eas magis loquatur aures, de quibus et ipse ait in Evangelio : « Qui liabet aures audiendi, audiat » Luc . vin, 8. Et in Apocalypsi : « Qui habet aur.em, audiat quid spiritus dicat Ecclesiis » Apoc. ïi, 11. Et Isaias : « Dominus addidit mihi auriculam » Isai. vi, 33 et 35. Iste est alius homo, cui Deus loquitur in occulto, qui clamai in corde credentis : « Abba, Pater » Rom. vin, 15 : et (ut fréquenter exposuimus) quomodo corpus omnia membra, et sensus habet ; ita animant quoque universos et sensus, et membra habere, et inter cætera aures etiam ; quas qui habuerit, non magnopere indigebit his auribus corporis ad Christi Evangelium cognoscendum. Simul autem etiam illud attendite, quod hic Spiritus ahsque ullo additamento Sanctus intelligatur, quem ex dono Dei consequimur, et non hominis; de quo alibi scribitur : « Incorruptus Spiritus est in omnihus » Sap. Xn, L Et. : « Ipse Spiritus testimonium reddit » [AI. reddet] « spifitui nostro » Rom . vin, lô. St in alio loco : « Nemo scit ea quæ in homine sunt, nisi spiritus hominis qui est in êo » I Co** i n, ü. Et in Daniele : Bénédicité, SAINT JEROME qu’il y a dans Thomme, si ce n’est Ëesprit de l’homme qui est en lui. » I Cor. ir, 11. Et dans Daniel : « Esprits des âmes des justes, bénissez le Seigneur, » Dan. m, 86, « Êtes-vous si insensés, qu’ayant commencé par l’Esprit vous finissiez maintenant par la chair? » Si les Galates avaient reçu l’Esprit- , Saint, comment étaient-ils devenus insensés? Cette difficulté se résoud facilement en disant qu’ils avaient d’abord reçu l’Esprit-Saint, mais qu’ayant fini par la chair, PËsprit-Saint leur fut enlevé. Et c’est pour cela que c’est en vain qu’ils ont tant souffert. C’est dans la crainte que ce ne fût pour lui la juste punition de son péché que David fait cette prière : « Ne retirez pas de moi votre Esprit-Saint, » Ps. 4, 13. Remarquez iciavec soin que ceux qui finissent par la chair, d’après l’Apôtre, sont ceux qui interprètent les Écritures selon la lettre. Aussi la meilleure interprétation qu’on puisse donner de ces paroles de saint Paul aux Corinthiens : « Tout en vivant dans la chair, nous ne combattons pas selon la chair, » il. Cor . x, 3, c’est que ceux qui combattent selon la chair, sont ceux qui expliquent l’an¬ cien Testament dans un sens trop peu relevé; beux au contraire qui suivent l’intelligence spirituelle sont il est vrai dans la chair, parce qu’ils ont la même lettre que les Juifs; mais ils ne combattent point selon la chair, parce qu’ils passent de la chair à l’esprit. Lorsque vous verrez un d’entre les Gentils qui a embrassé la spiritus et animæ justorum, Dominum » Dan. m, 86. « Sic stulti estis, ut cum Spiritu cœperitis, nunc . carne consummemini? » Si sanctum Spiritum acceperant Galatæ, quomodo stulti erant? Verum statim solvitur, cœpisse quidem eos Spiritum, sed cum carne consummarentur, Spiritum ab eis fuisse sublatum. Unde sine causa passi sunt tanta quæ passi sunt. Quod ne sibi post peçcatuxn eveniret, David precatur, dicens : « Spiritum sanctum tuum ne auferas a rne » Ps. l, 13. Diligenter attendite quod qui Scripturas juxta litteram sequitur, consummari carne dicatur. Quamobrem iUud quod ad Gorinthios scriptum est : « lh carne viventes, non juxta carnem militamus » Il Cor. x, 3, melius sic intelligi potest, ut hi militare dicantur in carne, qui vêtus Testamentum hu militer edisserunt. Qui vero sequuntur intelligentiam spiritualem, sint quidem in carne, quia eamdem habeant litteram quam Judæi, sed non juxta carnem militent, a carne ad spiritum transcendantes. Quando vider itis eu ni qui primum crédit ex ' Gentibus, et ad Christi aratr\uu foi, qui a mis la fnain à la charrue du Christ et- qui sous la conduite d’un docteur prudent, a parcouru le chemin de la loi pour arriver à l’Evangilè, de manière à entendre dans un sens digne de Dieu tout ce que les Écritures rapportent du sabbat, des azymes, de la circoncision, des victimes, et qui ensuite, après la lecture de l’Évangile, se laisse persuader par un Juif ou par un partisan des Juifs qu’il faut abandonner les ' ombres et les nuages de l’allégorie, et expliquer les Écritures comme elles ont été écrites, vous pouvez dire de cet homme : « Êtes-vous si insensé, qu’ayant commencé par l’esprit, vous finissiez maintenant par la chair? « Est-ce en vain que vous avez tant souffert; si cependant c’est en vain. » Considérons ces Juifs infortunés, dans quelles superstitions, à quelles observances pénibles sont-ils condamnés à vivre au milieu des autres peuple^, ne cessait de dire : gardez-vous de toucher, de goûter, de vous approcher, et nous comprendrons la vérité de ces paroles : « Est-ce en vain que vous avez tant souffert. » Mais l’Apôtre n’adoucit pas immédiatement ce reproche qu’il leur adresse, ille revet de la forme du doute, parce qu’il a ici en vue ceux qui des observances de la loi peuvent revenir à l’Évangile. Cependant le sens plus vraisemblable de cette proposition est que les Galates qui avaient cru d’abord en Jésus crucifié, ont souffert toute sorte d’opprobres de la part des Juifs et des Gentils, et ont été en butte à de mittit manum, prævio aliquo doctore prudente, sic per Legis iter ad Evangelium pergere, ut omnia ilia quæ ibi scripta sunt, de sabbato, de. azymis, de circumcisione, de victimis, digne Deo intelligat, et deinceps post Evangelii lectionem a Judæo aliquo, aut Judæorum socio persuaderi, ut umbras.et allegoriæ nubila derelin- quens, sic Scripturas inter pretetur, ut scriptæ sunt. de hoc potestis dicere : Sic stultus es,‘ ut cum spiritu cœperis, nunc carne consummeris? « Tanta passi estis sine causa, si tamen sine causa. » Considéremus infelices Judæos, quanta superstitione et observationis labore vivant inter cæteras nationes, dicentes, ne tetigeris, ne gustaveris, ne attrectaveris, et probabimus verum esse quod dicitur Tanta passi estis sine ‘ causa ; » sed non statim ad eos sententia temperatur, et dubia fît, « si tamen sine causa ; » quia de his dicitur, qui posSunt post Legem ad Evangelium reverti. Melius autem sic intelligi potest; quod primum credentes Galatæ in Crucifixum, et a Judseis* et a gentibus/ opprôbria multa perpeasi. sint, COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATE8 267 grandes persécutions. Saint Paul leur re¬ proche donc d’avoir souffert en vain, s’ils abandonnent la grâce de Jésus-Christ pour laquelle ils ont tant souffert. En môme temps, reste cette espérance à celui qui a souffert pour la foi de Jésus-Christ, et qui est ensuite tombé dans le péché; c’est que bien qu’au témoignage de l’Apôtre, ses souffrances soient rendues inutiles par le péché, cependant il n’en perd pas le fruit s’il revient à la^foi et à sa première ferveur. Voici encore une autre sens : si vous croyez que la circoncision soit encore nécessaire après la grâce, donc, jusqu’à ce jour où vous vivrez dans la circoncision, tout ce que vous avez souffert, est complètement inutile. Quant à moi, ce n’est pas en vain que vous avez souffert cette épreuve, parce que je sais que la loi n’a aucune force après l’Évangile,. Ou bien encore : ce n’eût point été pour vous un léger dommage de perdre par l’observance de la circoncision tout ce que vous avez souffert autrefois pour la foi, mais mainte¬ nant à ce dommage vient s’ajouter la peine de votre prévarication qui vous fait perdre le fruit de vos souffrances passées, et vous ménage d’autres souffrances pour l’avenir. Quelques-uns entendent ces paroles dans ce sens un peu forcé : considérez la liberté dont vous jouissiez autre¬ fois sous la grâce, et le fardeau que fait peser sur vous maintenant l’observance de la loi, et vous verrez que de vains efforts pour n’aboutir persecutïones non minimas sustinuerint. Quas frustra arguuntur fuisse perpessi, si a gratia Ghristi recedant, propter quam tanta perpessi sunt. Simul et ilia spes, quod Jquicumque ob Ghristi ûdem laboraverit, et postea lapsus fuerit in peccatum, sicut priora sine causa dicitur passus fuisse dum peccat, sic rursum non perdat ea, si ad pristinam fidem et ad antiquum studium revertatur. Aliter : Si circumcisionem, inquit, putatis Sequendam esse post gratiam, ergo usque ad præsens tempus sine circumcisione viventes, omnia quæ passi estis, in irritum sunt deducta. Qnse quidem rnihi videmini non frustra sustinuisse, qui scio Legem post Evangelium non valere. Vel certe sic : Non leve erat damnum, si circumcisionem sequentes, tantum pristirium fidei perdidissetis laborem ; nunc vero ad hoc detrimentum etiam prævaricationis poena sociatur, ut et præterita sine causa perpessi sitis, et in futuro cruciemini. Quidam coactius ita intelligunt : Considerate pristinam gratiæ libertatem et præsentis onera observa- tionis in Lege, et videbitis quam multa casso studio feceritis; liCet non penitus fructus. erroris istius à rien, bien que le fruit de cette erreur ne soit point entièrement perdu sans espoir, puisque c’est le zèle pour Dieu qui vous y a entraînés. Votre ignorance, en effet, peut être digne de par¬ don pourvu qu’en revenant de vos erreurs, vous prouviez que c’est la science qui a hésité et non la volonté. « Celui donc qui vous communique l’Esprit, et qui opère parmi vous des miracles, le fait-il par les œuvres de la loi ou par la parole de la foi. » Le mot tribuit , donne, c’est-à-dire administrât , administre, doit être lu au présent, pour nous montrer qu’à toute heure et à chaque moment, le Saint-Esprit se communique à ceux qui en sont dignes, et que plus on fait de progrès dans les œuvres de Dieu et dans son amour, plus aussi on a en soi les vertus de PEsprit-Saint qui sont communiquées dans leur plénitude par la parole de la foi et non par les œuvres de la loi. Ce n’est pas qu’il faille mépriser les œuvres de la loi et désirer exclusivement le don de la foi; mais il faut que les œuvres soient relevées par la foi de Jésus-Christ. On connaît en effet cette maxime d’ün homme sage : Le fidèle ne vit pas de là justice, mais le juste vit de la foi; Ce passage prouve encore que les< Galates, avec PEsprit-Saint qu’ils ont reçu après avoir embras¬ sé la foi, ont eu aussi les dons des vertus, c’est- à-dire les dons de prophétie, le don des langues, celui de guérir les malades et les autres que desperandus sit, dura zelo Dei ad hoc ipsum estis adducti. Ignorantibus enim concedi venia potest, si ad meliora conversi, scientiam in vobis doceatis fluctuasse, non studium. « Qui ergo tribuit vobis spiritum, et operatur virtutes in vobis, ex operibus Legis, an ex auditu fidei? Tribuit, » hoc est, « administrât, » præsentis temporis est Iegendum, ut ostendatur per singulas horas atque momenta semper dignis sanctum Spiritum ministrari ; et quanto quis in Dei opéré et amore profecerit, tanto magis sancti Spiritus in se habere virtutes, quas auditus fidei, et non Legis opéra consummant. Non quo Legis opéra contemnenda sint, et absque eis simplex fides appetenda ; sed quo ipsa opéra fide CbrisLi adornentur. Scita est enim sapientis viri ilia senteutia : « Non fidelem vivere ex justifia, sed justum ex fide. » Simul ostenditur Galatas, accepto post fidem sanoio Spiritu, dona habuisse virtutum, id est,’prophetiam, généra linguarum, morborum curationes, et cætera, quæ ad Corinthios in donis spiritualibus enumerantur ï Cor, vu. Et tamen post tanta (quia / SAINT JÉRÔME 268 saint Paul, écrivânt aüx, Corinthiens, énumère parmi les dons spirituels I. Cor. vu. Et cepen¬ dant après de si grands dons, parce que pro¬ bablement ils n’avaient pas la grâce du discer¬ nement des esprits, ils ont été enlacés par de faux docteurs. U faut remarquer aussi que.ce pouvoir d’opérer des miracles, est ici attribué à ceux qui ne sont point attachés à la vérité de l’Évangile; comme l’avaient été ceux qui sans marcher à la suite du Seigneur, ne laissaient pas de faire des miracles en son nom, comme Jean surtout, s’en plaint hautement au Sauveur: «Maître, nous avons vu un homme qui chasse les démons en votre nom, et nous nous y sommes opposés, par¬ ce qu’il ne vous suit pas avec nous, » Marc . ix? 37. C’est une réponse aux hérétiques qui s’ima¬ ginent que les miracles, s’ils en font quelqu’un, sont une preuve de leur foi. Ils mangent et boivent, il est vrai au nom du Seigneur, (car ils ont eux aussi, leur autel sacrilège), iis se vantent d’opérer un grand nombre de miracles par l’invocation du nom du Sauveur; mais au jour du jugement, ils mériteront d’entendre cette sentence : « Je ne vous connais point, retirez- vous de moi, vous qui opérez l’iniquité, » Matth , vu, 12, « Ainsi qu’il est écrit : Abraham crut à Dieu, et ce lui fut imputé à justice. » Tout ce qui se trouve depuis ces paroles jusqu’à ces autres: « Ceux donc qui s’appuient sur la foi seront bénis avec le fidèle Abraham; seront bénis de forsitan gratiam discernendorum spirituum non habe- bant) a falsis doctoribus irretiti sunt. . Observandum etiam, quod operari virtutes dicantur in his, qui non tenent .Evangelii veritatem; sicut in illis qui Dominuin non sequentes, in nomme ejus signa faciebant, Joanne vel maxime conquerento : « Præceptor, vidimus quemdam in nomine tuo ejicientem dæmonia, et prohibuimus eum quia non sequitur nobiscum » Marc . ix, 37. Hoc adversum hæreticos, qui probationem fidei suæ ex eo si signum aliquod fecerint, arbitrante*. Qui cum manducaverint et biberint in nomine Domini (habent quippe et ipsi altare sacrilegum), et signa milita, invocato Salvatore, fecisse se jactent, in die judicii merebuntur audire : « Non novi vos, discedite a me qui operamini iniquitatem Matth. vu, 23. « Sicut Abraham credidit Deo, et reputatum est illi ad justitiam. » Ab hoc-loco usque ad eum ubi scribitur : « Qui ex fide sunt, benedicentur cum fideli Abraham, » Marcion de suo Apostolo erasit. Sed quid profuit hoc tulisse, cum caetera queô reliquit, insaniæ ejus.âdyersa Dieu » a été supprimé par Marcion de l’épître de saint Paul. Mais à quoi leur sert cette sup¬ pression, puisque le reste qu’il a laissé n’en est pas moins opposé -à sa folie. « Or, Abraham crut à Dieu en quittant sa patrie pour venir dans une terre qu’il ne connaissaitpas, » Gen. xiiet suiv. ; il crut que Sara qui avait; quatre-vingt-dix ans et qui était stérile deviendrait mère, et après avoir reçu la promesse que Dieu lui fit: « c’est en Isaac que comptera ta race, » .il offrit lui-même Isaac en sacrifice, sans douter un instant que -Dieu tiendrait sa promesse. C’est donc à bon droit que sa foi lui. fut imputéé à justice, à lui qui s’éle¬ vant au-dessus des oeuvres.de la loi se rendit agréable à Dieu non par la crainte, mais par l’amour. « Reconnaissez donc que ceux qui s’appuient sur la foi, ceux-là sont les enfants d’Abraham. » L’Apôtre développe plus longuement dans l’épître aux Romains cette vérité : que la foi d’ Abraham lui a été imputée à justice, non pas en vertu de la circoncision, mais alors qu’il était incirconcis, Rom. iv. Et il faut remarquer avec soin que ceux-là sont enfants d’Abraham qui ont eu le même esprit de foi qu’avait Abraham, lui qui tressaillit pour voir le jour du Seigneur, et qui fut rempli de joie en le voyant, Jean vm. Voilà pourquoi Jésus disait aux Juifs infidèles : « Si vous étiez les enfants d’Abraham, , vous feriez les œuvres d’Abraham, » Ibid. 39. Or, dans le temps où le Sauveur leur adressait ces sint? Credidit autem Abraham Deo, exiens de patria' sua in terram quam nesciebat Gen. xii et seqq ; Sara nonagenariam, et sterilem conhdens esse parituram ; et audita repromissione Dei, quod in Isaac vocaretur semen ejus, ipsum Isaac offerens victimam, et tamen de Domiui repromissione non dubitans. Recte tali reputatur fides ad justitiam, qui Leÿs opéra supergressus,. Deuna non inetu, sed dilectione promeruerit [Al. promeruit]. « Cognoscitis ergo, quia qui ex fide sunt, hi filii sunt Abraham. » Plenius de hoc in epistola ad Roma- nos disputât, quod fides reputata sit Abrahæ ad. justitiam, non in circumcisione, sed in præputio Rom. iv. Et diligenter observans, docet eos filios esse Abrahæ, quicumque hac mente crediderunt, qua incircumcisus credidit Abraham, qui exsultavit ut videret diem Domini, et vidit, et lætatus est Joan . viii. Unde et qd infidèles Judæos dicitur : « Si filii essetis Abrahæ, opéra Abrahæ faceretis » Ibid . 39. Quæ autem alia (illo in tempore cum hæc dicebantur) ab eis . .opéra Dominus expetebafc, nisi credulitatem iû.,Filiun3. Dei, ) COMMENTAIRES' SUR L’ÉPITRE AUX GALATES 269 paroles, quelles autres œuvres leur demandait-il, sinon de • croire au 'Fils de Dieu que le Père avait envoyé, pour dire : « Celui qui croit en moi, ne croit point en, moi, mais en celui qui m’a envoyé, » Jean xir, 44. Aussi dans un autre endroit oü ils s’applaudissaient de l’antiquité et de la noblesse de leur nation, il leur répond : « Et ne dites pas, nous avons Abraham pour père; car, de ces pierres mêmes, Dieu peut susciter des enfants d’Abraham, » Maùth. ni. 9. Ces pierres, nul ne peut dire le contraire, signifient les cœurs' durs des Gentils, qui ont été ensuite ramollis, et ont reçu le sceau dé la foi. Énumérez avec soin les vertus qui rendirent Abraham agréable à Dieu avant qu’il reçut la circoncision; et tous ceux que vous trouve¬ rez pratiquant les mêmes œuvres, dites qu’ils sont enfants d’Abraham, justifié avant d’avoir été circoncis, et qui a reçu la circoncision non à cause du mérite de ses œuvres, mais . comme le sceau de sa foi précédente. En effet, comme c’était de la race d’Abraham que devait naître le Christ, dans lequel selon la promesse de Dieu, toutes les nations devaient être bénies, et qu’un grand nombre de siècles devaient s’écouler d’Abraham à Jésus-Christ, Dieu, dans sa Provi¬ dence, voulut que la race de son bien-aimé serviteur Abraham ne fût pas mêlée avec les autres nations, et afin que sa famillo ne finît peu à peu par devenir incertaine, il marqua la nation Israélite de ce signe de retranchement quem Pater miserat loquentem : « Qui crédit in me, non crédit in me, sed in eum qui me misit » Joa/n. xn, 44, Unde et in alio' loco de generis sibi antiquitate, et nobilitale plaudentibns respondetur : « Et ne dixeritis, quia patrem habemus Abraham. Potest enim Deus de lapidibus istis suscitare filios Abraham » Matth. ni, 9. Lapides ibi nemo ambigit dura significari corda Gentilium, quæ mollita sunt postea, et fidei recepere signaculum. Vir tûtes Abraham in quibus ante circum- cisionem Deo placuit, diligens leetor enumera, et quoscuraque in simili opéré repereris, dicito filios esse Abraham, justificati in prseputio, qui circumcisionem non ob meritum operum, sed in signum fidei prioria accepit. Quia enim ex semine ejus erat Christus oriundus (in quo universarum Gentium fuerat benedictio repro- missa, et ab Abraham usque ad Christum mnlta erant sæcula transitura), providens Deus, ne soboles dilecti Abrahso cæteris nationibus miscerentur, et paulatim familia ejus fieret incerta, gregem Israeliticum quo dam circurocisionis ôanteriô denotavit, ùfc viventea inter qui devait la distinguer des Égyptiens, des Assyriens, des Babyloniens, et des Chaldéens au milieu desquels ils vivaient. Pendant les qua¬ rante ans qu’ils passèrent dans le désert, nul. ne fut circoncis, car ils étaient alors à l’abri de tout mélange avec les Gentils. Mais aussitôt que le peuple juif eut traversé le Jourdain, et qu’il se fut répandu comme un essaim sur la terre de Palestine, la circoncision devint nécessaire pour prévenir l’erreur qui résulterait du mélange avec les Gentils. Ce fait, que ce fut sous la conduite de Jésus que le peuple fut circoncis pour la seconde fois Jos . v, nous apprend tout ensemble que la circoncision qui avait sa raison d’être dans l’Égypte, n’avait pas été pratiquée dans le désert, et que Notre-Seigneur Jésus- Christ devait purifier les fidèles parla circon¬ cision spirituelle. L’Écriture prévoyant que c’est par la foi que Dieu justifierait les nations, l’annonça d’avance à Abraham : « Toutes les nations seront bénies. en toi. Ceux donc qui s’appuient sur la foi seront bénies avec le fidèle Abraham. » Ce n’est pas que l’Écriture, c’est-à-dire l’encre et les feuilles de parchemin qui sont insensibles de leur nature puissent avoir la science de l’ave¬ nir ; c’est l’Esprit-Saint, et le sens caché sous la lettre qui bien des siècles auparavant ont prédit les événements futurs. Voici le texte littéral du passage emprunté à la Genèse : « Et toutes les nations de la terre seront bénies dans celui qui Ægyptios, inter Assyrios, Babylonios atque Chaldeeos, hoc signaculo distinguerentur. Denique per quadraginta annos in eremo nullus est circumcisus, soli quippe sine Gentis alterius admixtione vivebant; statim ut Jordanig ripam transgressus est populus, et in. Palæstirùe terrain Judæum se examen infudit, circumcisio ne- cessaria futuro ex commixtione Gentium providit errori* Quod autem a Jesu duce, secundo scribitur populus cir¬ cumcisus Jos . v, significat et in eremo cessasse circumci¬ sionem, quæ in Ægypto rationabiliter exercebatur; et a Domino Jesu Christo spirituali circumcisione credentes esse mundandos. « Providens autem Scriptura, quia ex fide justificat gentes Deum, prænuntiavit Àbrahæ, quia benedicentur in te omnes gentes. Igitur qui ex fide sunt, benedicentur cum fideli Abraham. » Non quo ipsa Scriptura, atra- ■ mentum videlicet et membranæ, qüæ insensibiles sunt, possint futura prænoscere; sed quo Spiritus sanctus, et sensus, qui in littera latet, multis post1, sæculis ventura prædixerint. Porro exemplum quod de Genesi sùmptum 270 SAINT JÉROME naîtra de toi, y> Gen. xxvi, 4. Et l'Apôtre inter¬ prétant ce texte de Jésus-Christ dit : Il n’est pas écrit : à ceux qui naîtront, comme parlant de plusieurs; mais, Comme d’un seul : « Et à celui qui naîtra de toi, c’est-à-dire au Christ. » Or, il nous faut observer que dans presque tous les témoignages empruntés à l’Ancien Testament, et cités dans le Nouveau, les Évangélistes et les Apôtres les ont confiés à leur mémoire, et que se contentant de donner le sens, ils ont souvent changé l’ordre des paroles, et quelque¬ fois en ont supprimé ou ajouté. Il ne fait doute pour personne que toutes les nations de la terre n’ont point été bénies dans Isaac ni dans Jacob, ni dans les douze patriarches ni dans les autres qui descendent de la postérité d’Abraham, mais qu’elles ont, ré, té bénies en Jésus-Christ par lequel toutes les nations louent Dieu et bénis¬ sent un nom nouveau sur la terre. On peut dire encore que l’Apôtre a emprunté cette citation à est, ita in proprio volumine continetur : « Et benedicen- tur in semine tno omnes gentes terras Gen . xxvi, 4. Quod apostolus super Ghristo interpretatus, ait : « Non est scriptum ex seminibus, qnasi in multis; sed quasi in uno, et semine tuo, qui est Ghristus. » Hoc autem in om¬ nibus [AZ.novis] pene testimoniis, quæ de veteribus libris in novo assumpta sunt Testamento, observare debemus, quod memoriæ crediderint evangelistæ vel apostoli; et tantum sensu explicato, sæpe ordinem commutaverunt, nonnünquam vel detraxerint verba vel.addiderint, Nulli vero dubium quod in Isaac et Jacob, sive in duodecim patriarchis, et cæteris qui de Abraham stirpe descen¬ dant, non fuerint benedictæ universse nationes; sed in Christo Jesu, per quem omnes gentes laudant Deum, et benedicitur novum nomen super terram. Potest autem un autre endroit de la Genèse où nous lisons : «Il le fit sortir -de sa tente (il est évident que c’est Abraham), et lui dit : Regarde le Ciel et compte les étoiles, si tu peux. Il en sera ainsi de ta postérité. Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice » Gen. xv, 5, 6. Tous ceux donc qui croient, seront bénis avec le fidèle Abraham qui, à cause de la foi admirable qu’il eut en Dieu, nous est représenté comme le pre¬ mier qui crut en lui. De même que la Genèse raconte qu’Énos, à cause de l’espérance toute particulière et suréminente qu’il avait en Dieu, commença d’invoquer le Seigneur, Gen. iv. 26. Ce n’est pas sans doute qu’Abel dont le Sei¬ gneur dit : « La voix de ton frère crie vers moi » Ibid, iv, 10, et d’autres après lui n’aiént eu la confiance d’invoquer Dieu, mais chacun est ici désigné par la vertu qui a brillé en lui d’un plus vif éclat. inteiligi apostolus et de alio Geneseos loco exemplum seminis usurpasse, ubi scribitur : « Eduxit autem foras « baud dubium quin Abraham » Deus, et dixit ei : Aspice in coslum et nmnera stellas, si poteris dinumerare eas. Et ait illi : Sic eritsemen tuum; et credidit Abraham Deo, et reputatum est ei ad justitiam Gen. xv. 5. 6. » Qui- cumque igitur credunt, benedicentur cum fideli Abra¬ ham, qui ob egregiam in Deum fidem prius in eùnri credidisse narratur. Sicut Enos ob principalem in Deum spem, et inter cœteros eminentem, sperasse scribi¬ tur invocare Dominum Deum Gen. iv, 26. Non quo et Abel de quo Dominus ait : « Vox sanguinis fratris tui clamat ad me Ibid. iv. 10; et cæteri deinceps, Deum non speraverint invocare; sed quo ex ea parte unus- quisque appelletur, quam vel maxime habet. LIVRE SECOND Je dois maintenant aborder une question que je n’ai point traitée dans le premier livre des commentaires sur l’Épître aux Galates, lorsque j’exposais les caractères distinctifs des différentes nations, c’est-à-dire que sont les Galates, où se sont-ils établis et d’où sont-ils venus. Sont- ils originaires de la contrée qu’ils habitent, ou sont-ils venus s’y fixer; ont-ils perdu en se .mêlant leur langue primitive, ou en ont-ils appris une nouvelle sans perdre leur propre langue. Marcus Varon qui a fait des recherches approfondies sur toutes les antiquités, et ceux qui ont marché sur ses traces ont beaucoup écrit sur ce peuple, et ont laissé des documents dignes d’être conservés. Mais comme nous lï’avons pas le dessein d’introduire les incir¬ concis dans le temple, et que, pour l’avouer simplement, il y a bien des années que nous »,|vons cessé de lire ces ouvrages, nous nous contenterons de rapporter ce que Lactance a écrit sur ce peuple dans son troisième livre à Probus. Les Gaulois, dit-il, étaient aütrefois appelés Galates à cause de la blancheur de leur corps, et c’est ainsi que la Sybille les appelle : C’est ce qu’a voulu exprimer le poète, lorsqu’il dit : « Alors ils entourent de chaînes d’or leurs cous blancs comme le lait, » Virg. Œneid . vnr, Quod in primo Commentariorum ad Galatas libro, cum de Gentium proprietatibus disputarem, intactum reliqueram, nunc in secundo reddendum videtur, qui sint Galatæ, vel quo, et unde transierint. Utrum indige- nas eos fuderit, an advenas quam nunc incolunt, terra susceperit; et utrum linguam connubio perdiderint, an et novam didicerint, et non amiserint suam. Marcus Varro, cunctarum antiquitatum diligentissimus perscru- tator, ôt cseteri qui eum imitati sunt, milita super hac gente, et digna memoria tradiderunt. Sed quia nobis proposition est, incircumcisos hommes non introducere in tempIum.Dei ( et ut simpliciter fatear, multi jam anni sunt quod hæc legere desivimus, » Lactantii nostri quæ in tertio ad Probum volumine de hac gente opinatus sit, verba popemus:) Galli, inquit, antiquitus a candore corporis Galatæ nuncupabantur ; et Sibylla sic eos ap¬ pelle Quod significare voluit poeta, cum ait : « Tum lactea colla — auro innectuntur » Virg, Jib; vin lorsqu’il eut pu employer l’oxpression candida blancs. C’est de là aussi que tire son nom la province de Galatie, dans laquelle les Gaulois sont venus se mêler aux habitants grecs d’ori¬ gine. Aussi fut-elle d’abord appelée Gallogrèce et ensuite Galatie. Il n’est pas étonnant que Lactance parle ainsi de l’origine des Galates, et que, malgré l’espace immense qui sépare dé l’Orient les peuples occidentaux, il affirme que ces derniers sont venus se fixer dans les contrées orientales, puis qu’il est certain d’ailleurs que des essaims nombreux de l’Orient et de la Grèce sont parvenus aux extrémités de l’Occident. Marseille a été fondée par des Phocéens, que Varron appelle le peuple à trois langues parce qu’ils parlent le grec, le latin et le gaulois. Unev colonie de Rhodiens est venue s’établir à Rhodes, qui a donné son nom au fleuve du Rhône. Je passe sous silence les Tyriens, fondateurs do Carthage et de la ville d’Agenor, je ne dis rien également de Thèbos que Bacchus fonda en Afrique et qui porte maintenant le nom de Thèbeste. Je laisse cette partie de la Lybie qui est parsemée de villes grecques; je me transporte en Espagne; est-ce que Sagonte n’a pas été fondée par des Grecs partis de l’île de Zacynthe? La ville de Tartesse, qui porte Æneid, : Cum posset. dicere, candida. Hinc u tique Galatia provincia, in quam Galli aliquando venientes, cuin Græcis se miscuerunt, Unde primum ea regio Gal- logreecia, post galatia nominata est. » Nec mirum si hoc ille de Galatis dixerit, et Occidentales populos tan- tis in mediô terrarum spatiis prætermissis, in Orientis plaga consedisse memorarit : cum constet Orientis contra et Græciæ examina, ad Occidentis ultima per- venisse. Massiliam Phocæi condiderunt, quos ait Varro trilingues esse, quod et Græce loquantur, et Latine, et Gallice. Oppidum Rhoda, coloni Rhodiorum locaverunt ; unde amms Rhodanus nomen accepit. Prætermitto Car- thaginis conditores Tyrios, et Agenoris urbem; prætereo Thebas Liberi, quas in Africa condidit ; quæ çivita* nunc Thebestis dicitur. Relinquo eam partem Libyæ, quæ Græcis urbibus plena est. Ad Hispamas trans- gredior; nonne Saguntum Græcis ex insula Zacintho profecti condiderunt; et oppidum Tartesson, quod nunç / 272 SAINT JÉROME maintenant le nom de Gartéia, ne reconnaît-elle point pour fondateurs des Grecs partis des îles Ioniennes? Les montagnes de l'Espagne, Calpé, Idrus, Pyrène, les îles Aphrodisiades et Gymnésiôs qu’on appelle Baléares n’offrent- elles pas des indices de la langue grecque. L’Italie elle-même, envahie par des peuples venus de la Grèce, s’appelait autrefois la Grande Grèce. Ce que du reste on ne peut nier, c’est que les Romains sont sortis de la race d’Énée qui était originaire de l’Asie. Voilà ce qui explique comment on rencontre souvent dans l’Occident la vivacité de l’esprit grec, et dans l’Orient, la stupidité des peuples barbares. Nous ne prétendons pas pour cela que ces contrées ne présentent quelquefois desphénomèmes tout différents ; mais on applique même aux parties qui sont dissemblables, la dénomination qui convient à la majorité de la nation. Il n’est donc pas surprenant que les Galates aient été traités d’insensés, d’esprits lents à comprendre, alors qu’Hilaire, le Rhône de l’éloquence latine, né lui-même à Poitiers, appelle dans son livre des Hymmes, les Gaulois des gens sans instruction. Si la Gaule est fertile en orateurs, ce n’est point à l’heureuse nature de cette région, mais aux leçons publiques des rhéteurs qu’elle v en est redevable. Ajoutons que l’Aquitaine se glorifie de tirer son origine des Grecs et que les Galates ne sont point sortis de cette contrée, vocatur Carteia, Iones Græci homines locasse referuntur? Montes quoque Hispaniarum, Calpe, Idrus, Pyrene ; item insulæ Aphrodisiades, et Gymnesiæ, quæ vocantur Baléares, nonne Græci sermonis indicia demonstrant? Ipsa Italia a Græcis populis occupata, Major quondam Græcia vocabatur. Certe quod negari non potest, Ro¬ mani de Æneæ Asiani hominis stirpe generati sunt. Ex quo evenit, ut et in Occidente Græci sæpe acuminis reperiantur ingénia, et in Oriente stoliditatem barbaram redoleanl. Nec hoc dicimus, quod non e regione utro- bique diversa nascantur; sed quod ex magna parte etiam cætera quæ non sunt similia, nuncupentur. Itaque non mirum est stultos, et ad intehigentiam tardiores Galàtas appellatos; cum et Hilarius Latinæ eloquenitæ Rhodanus, Gallus ipse et Pictavis genitus, in Hymnorum Carminé Gollos indociles vocet. Et quodnunc oratorum fertiles sunt, non tam ad regionis diligentiam, quam ad rheto^ricorum [Ai. rhetoricu.m] clamorem pertinet; maxime cum Aquitania [Al. Aquitanica] Græca se jactet origine; et Galatæ non de ilia parte terrarun?, *ed de fefocioribus OaJÎis sint profecti. Vultis Scire, o mais des régions les plus barbares de la Gaule. Voulez-vous savoir, ô Paule et Eutochie, sous quelles propriétés distinctives l’Apôtre désigne chaque région? Nous retrouvons aujourd’hui les mêmes traces de vertus ou d’erreurs. Il loue la foi du peuple Romain Rom . i. Où voit-on un concours plus empressé et plus nombreux dans les Églises et autour des tombeaux des Martyrs ? Où entend-t-on l’Amen comme le tonnerre qui se fait entendre du haut des cieux? Où voit-on s’ébranler les temples vides des idoles? Ce n’est pas, que les Romains aient une foi autre que celle de toutes les Églises de Jésus-Christ, mais leur ferveur est plus grande, et ils croient avec plus de sim¬ plicité. D’un autre côté on leur reproche leur . caractère faible et de l’orgueil, un caractère facile et faible : « Je vous en prie, mes frères, prenez garde à ceux qui causent parmi vous des divisions et des scandales, en s’éloignant de la doctrine que vous avez apprise, et évitez- les. Car de tels hommes ne servent point Jésus- Christ Notre-Seigneur, mais sont esclaves deleurs sens, et par des paroles douces et flatteuses, , ils séduisent les cœurs innocents. Votre obéis¬ sance est devenue célèbre par tout lé monde, et je m’en réjouis à cause de vous ; mais je désire que vous soyez sages dans le bien et simples dans le mal. » Rom. . xvi, 17 et suiv. L’Apôtre leur reproche aussi leur . orgueil ; Paula et Eustochium, quomodo . Apostolus unam- quamque provinciam suis proprie tatibus denotarit. Usque hodie eadem vel virtutum vestigia permanent, vel errorum. Romanæ plebis laudatur Mes Rom. i. Ubi alibi tanto studio et frequentia, ad Ecclesias et ad Mar- tyrum sepulcra concurritur? ubi sic ad similitudinem cœlestis tonitrui « Amen » reboat, et vacua idolorum templa quatiuntur? Non quod aHam habeant Romani fidem, nisi hanc quam omnes Christi Ecclesiæ; sed quod devotio in eis major sit, et simphcitas ad cre- dendum. Puirsum facilita tiâ et superbiæ arguuntur. Fa¬ cilitais, ut ibi : « Rogo vos, fratres, ut observetis eos qui dissensiones et offendicula, præter doctrinam'quam vos didicislis, faciunt; et declinate ab illis; hujusmodi enim Christo Domino [Al. addit nostro J non serviunt, sed suo ventri ; et per dulces sermones et benedictiones seducunt corda innocentium. Vestra enim ôbedienta in omnem Jocum pervulgata est. Gaudeo igitur in vobis, et volo vos sapientes esse in bono, et. simplices itL malo Rom. xvi, 17, seqcp Superbiæ vero : « Noli altnmm^ere, sed time » Rom . ii, 20 et 25, Et : « Nolô vos ignoïore,. COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX GALATES 2?3 « Ne vous élevez point, mais craignez... Je ne veux pas, mes frères, vous laisser ignorer ce mystère, afin que vous ne soyez pas sages à. vos propres yeux, » Rom. xi, 20, 25. Et plus loin : «Je ‘vous exliorte donc tous par la grâce qui m’a été donnée, de ne point être sages plus qu’il ne convient, mais d’être sages avoc sobriété, » Rom. xu, 3. Et plus ouver¬ tement encore : « Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent, pleurez avec ceux qui pleurent. Soyez tous unis dans un même esprit, ne vous élevez pas à des pensées trop hautes, mais consentez à ce qu’il'y a de plus humble. Ne soyez point sages à vos propres yeux, » Rom . xu, 15, 16. L’Apôtre reproche aussi aux Corinthiens que les femmes marchent la tête découverte, et que les hommes nourrissent leur chevelure Cor . x, qu’ils mangent indiffé¬ remment de toute sorte d’aliments dans les temples II. Cor. xi, 20 ; et qu’enflés par une science toute mondaine, ils nient la résurrection de la chair. Que ces abus se soient perpétués en partie jusqu’à ce jour, c’est ce que ne peut ,v révoquer en doute celui qui parcourra l’Achaïe, 1. Cor. iv. Les Macédoniens sont loués pour leur charité et l’hospitalité qu’ils exercent envers leurs frères. Aussi saint Paul leur écrit-il : « Quant à la charité fraternelle, vous n’avez pas besoin que je vous en écrive, puisque vous- mêmes avez appris de Dieu à vous aiiper les uns les autres. Ainsi le faites-vous à l’égard de tous nos frères qui sont dans la Macédoine, » I. Thess. iv, 9. Mais il reproche en même temps à quelques-uns de promener leur oisiveté de maison en maison, d’attendre des autres leur nourriture, en cherchant à leur plaire, et en courant de côté et d’autre pour voir et rapporter ce qui s’y passe : Cependant nous vous conjurons, mes frères, d’avancer de plus en plus dans cet amour, de vous appliquer à vivre en paix, de faire chacun ce qui lui est propre, de travailler de. vos mains comme nous vous l’avons ordonné ; enfin de vous conduire avec honneur envers ceux du dehors, et de ne rien désirer de ce qui est aux autres, » Thess. iv, 10, 11. Et de peur qu’on n’attribue cet avertissement au zèle du maître plutôt qu’au vice de la nation, dans la seconde. lettre qu’il écrit, il revient de nouveau sur cette matière : « Aussi lorsque nous étions avec vous, nous vous déclarions que celui qui ne veut point travailler ne doit point manger, Or, nous avons appris qu’il y en a quelques-uns qui jettent le trouble parmi vous, ne faisant rien et se mêlant de tout. Nous ordonnons à ceux- là, et nous les conjurons par Notre-Seigneur Jésus-Christ, de manger leur pain en travaillant en silence, » II Thess. ni, 10 et suiv. Il serait long de reproduire, d’après l’Apôtre et d’après les Écritures, les appréciations sur les vertus ou sur les vices de chaque nation; il suffit qu’après ce que nous avons dit, nous soyons fratres, mysterium hoc, ut non sitis ipsi vobis sa pi entes. » Et in sequentibus : « Dico enim per gratiam quæ data est mihi, omnibus qui sunt inter vos; non plus sapere quam oportet sapere; sed sapere ad sobrietatem » Rom. xh, 3. Et apertius : « Gaudere cum gaudentibus, flere cum flentibus. Idipsum invieem sentientes. Non alta sapienles; sed humillibus cousentientes. Nolite esse pru¬ dentes apud vosmetipsos » Ibid, xv, 16. Corintliios, quoque, notât quod mulieres eorum intecto capite sint et viri comam nutnant I. Cor. x; et indifférente*' ves- cantur in templis [Al. tempus] IL Cor. x, 20; et ^nflati sapientia sæculari, resurrectionem carnis negent. Hsec ex parte usque liodie permanere, non potest dubitare, qui Acbaiam viderit I. Cor. iv. Macedones in charitate laudantur, et hospitalitate ac susceptione fratrum. Un de, ad eos scribitur « De cliaritate autem fraternitatis non necesse habemus scribere vobis. Ipsi enim vos a Deo cjirîicistis, ut diligatis invieem. Etenim facitis :llud in omnes fratres in universa Macedonia » I. Thess . iv, 9. Sed Eeprehenduntur quod otiosi domos çircumeant et Tom. x. alienum exspectantes cibum, dum singulis placere desî- derant, et liuc illncque discurrant, quid apud singulos agatiu*, enuntient. Sequitur enim : « Rogamus autem vos, fratres ut abundetis magis, et operam detis ut quieti sitis ; nt et vestrum negotium agatis, et opéré- mini manibus vestris sicut præcepimus vobis; ut et honeste ambuletis ad eos qui foris sunt, et nullius aliquid desideretis Ibid., x, 11. Quod ne quis putet officio magis docentis, quam vitio gentis admonitum, in secunda ad eosdem inculcat ac replicat, dicens : « Nam et cum essemus apud vos, hoc denuntiabamus vobis, quoniam si quis operari non vult, nec manducet. Aüdivimus enim inter vos quosdam ambulare inquiété, nihil opérantes, sed curiose agentes. His autem qui ejusmodi sunt, de- nuntiamus et obsecramus in Domino Jesu Cliristo, ut cum silentio opérantes, suum panem manducent » II. Thess. in, 10 seqq. Longum est si velim de Apostolo, et de Scripturis omnibus singularum gentium, vel vir- tutes observare, vel vitia; cum ad hæc ipsa quæ dixi- mus, inde devoluti simus quod Galatse stulti et vecordes 18. SAINT JÉRÔME 274 arrivés à dire que les Galates étaient insensés et stupides. Celui qui a visité Ancyre, ville métropole de la Galatie, sait comme moi par combien de schismes, elle est déchirée jusqu’à ce jour, par combien d’opinions diverses elle est déshonorée. Je ne dis rien des Cataphrygiens, des Ophites, des Borborites, des Manichéens, ces noms qui expriment autant de calamités, sont maintenant connus. Qui a jamais entendu parler dans quelque partie.de l’empire Romain des Passaloryncites, des Ascodrobes, dos Arto- tyrites, et d’autres sectes qui sont pultôt des monstruosités que des noms. Les vestiges de leurs anciennes folies se sont perpétués jusqu’à ce jour. Nous rappelons une seule chose, et nous accomplissons la promesse faite au commencement, c’est que les Galates, outre la langue grecque que parle tout l’Orient, ont une langue propre qui est 'à peu près la même que celle des Trévères. Et peu importe, s’ils l’ont tant soit peu corrompue, car nous voyons que les Africains ont également dénaturé en partie la langue phénicienne, et que la langue latine elle-même subit chaque jour quelque chan¬ gement eu égard aux contrées où elle est parlée, ou par la force du temps. Mais revenons au sujet que nous devons traiter. « Et tous ceux qui s’appuient sur les œuvres do la loi, sont sous la malédiction, » car il est écrit : « Maudit quiconque ne persévérera point dans tout ce qui est écrit dans le livre de la pronuntiati sint. Scit 'raecuin qui vidit Ancyram [Al. Anchiram] metropolim Galatiæ civitatem, quot [Al. qucdj nunc usque schismatibus diiacerata sit, quot [Al. quod] dogmatuin varietatibus constuprata. Omitto Calaphrygas, Ophitas, Borboritas, et Mani- chæos; nota enim jain hæc huinanæ calamitatis vocabula sunt. Quis umquam Passaloryncitas, et Ascodrobos, et Artotyritas, et cætera magis por- tenta quain nomina [Al. mwnina] in aliqua parte Romani orbis aurlivit? Antiquæ stultitiæ usque hodie manent vestigia. Unum est quod inferiraus, et promis- sum in exordio reddimus, Galatas excepto sermone Græ- co, quo omnis Oriens loquitur, propriam linguam eam- dem pene habere quam Treviros, nec referre, si aliqua exinde corrüperint, eum et Aphri Phoonicum linguam tonnulla ex parte mutaverint, et ipsa Latinitaset regioni- bus quotidie mutetur et tempore. Sed jam ad proposi- tum revertamur. ■ « Quicumque enim ex operibus Legis sunt, sub male- dicto fiant. Scriptum est enim : Maledictus omnis qui loi pour l’accomplir, » J’ai pour habitude, toutes les fois que les apôtres font une citation de l’Ancien Testament, de recourir aux originaux et d’examiner attentivement comment cette citation est écrite dans le texte primitif; j’ai donc trouvé dans le Deutéronome traduit par les Septante : « Maudit celui qui ne demeure pas dans les préceptes de cette loi et qui ne les accomplit pas dans ses œuvres, et tout le peuple dira : Ainsi-soit-il, » Deut. xxvii, 26. La version d’Aquila porto : « Maudit celui qui n’aura pas établi dans son esprit les paroles de la Loi pour les accomplir, et tout le peuple dira : c’est vrai. » Celle de Symmaque : Maudit celui qui n’a pas affermi les paroles de la loi pour les accomplir, et tout le peuple dira : Amen. Théodotien a ainsi traduit : Maudit celui qui n’aura pas relévé les paroles de la loi pour les accomplir, et tout le peuple dira : Amen. Nous voyons par là que l’Apôtre, ici comme en d’autres endroits, a donné le sens plutôt que le texte littéral, et nous ne pouvons dire si les Septante ont ajouté : << Tout homme, » et « dans tous, » ou bien si ces mots se trouvaient primitivement dans le texte hébreu et si les Juifs les ont ‘ ensuite effacés. Ce qui excuse et appuie en moi ce soupçon, c’est que l’Apôtre si versé dans la langue hébraïque et si savant dans la loi n’eût jamais produit s’il ne les avait trouvés dans le texte hébreu, ces mots : « tout, » et « dans tous, » sous le prétexte qu’ils étaient nécessaires au sentiment non permanserit in omnibus quse scripfa sunt in libro Legis, ut facial ea. » Hune morem habeo, ut quoties- cumque ab Aposlolis de veteri Instrumente aliquid su- mituri, recurram ad originales libros; et diligenter ins- piciam, quomodo in suis locis scripta sint. Inveni itaque in Deuteronomio hoc ipsum apud Septuaginta interprètes ita positum : « Maledictus omnis homo qui non perman- serit in omnibus sermonibus Legis hujus, ut faciat illos: et dicet [Al. dicit] omnis populus, fiat » Deut. xxvii, 26. Apud Aquilam vero sic : « Maledictus, qui non sta¬ tuent verba Legis hujus, ut faciat ea, et dicet omnis populus, vere. » Sy mina chus : « Maledictus qui nen fir- maverit sermones [AI. addit istos] Legis istius, ut fa¬ ciat eos, et dicet omnis populus, amen. » Porro Theodo- tio sic transtulit : « Maledictus qui non suscitaverit ser¬ mones Legis hujus, facere eos, et dicet omnis populus. Amen. » Ex quo intelligimus, Apostolum, ut in cælerfs, sensum magis testimonii posnisse quam verba; et incer¬ tum habemus, utrum Septuaginta Interprètes addid^rint, « omnis homo, » et, € in oinnihus, » an in veter$He- COMMENTAIRES SUR 1 qu’il défendait, c’est-à-dire, pour prouver que tous ceux: qui s’appuient sur les œuvres de la loi sont sous la malédiction. J’ai donc relu pour cette raison le texte hébreu des Samaritains et j’ai trouvé le mot Chol qui signifie tout, ou bien à tous, et ce texte concordait avec la version des Septante. C’est donc inutilement que les Juifs ont supprimé ce mot afin de ne point tomber sous le coup de la malédiction, s’ils ne pouvaient accomplir tout ce qui est écrit, puisque les exemplaires beaucoup plus anciens d?une autre nation attestent que ces mots se ■ trouvaient dans le texte primitif. Or, que nul ne puisse accomplir la loi, et faire' tout ce qu’elle commande, c’est ce que l’Apôtre déclare ailleurs en ces termes : « Ce qui était impossible à la loi rendu faible par la chair, Dieu envoyant son Fils en la ressemblance de la chair de péché, a convaincu et condamné le péché dans la lt chair, »Rom . vrn. Mais s’il en est ainsi, on peut nous objecter : Donc Moïse, Isaïe et les autres * prpphètes qui ont été sous les œuvres de la loi sont sous la malédiction? Nul ne fera difficulté de l’accorder dès qu’il aura entendu ces paroles de l’Apôtre : « Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, en se faisant lui-même malédiction pour nous; » et il ré¬ pondra que chacun des saints s’est fait dans braico ita fuerit, et postea a Judæis deletum sît. In liane me autem snspicionem ilia res stimulât, quotl ver- bum , « omnis, » et « in omnibus » quasi sensui suo ne- cessaripm, ad probandum illud, quod quicumque ex operibus Legis sunt, sub maledicto sint, Apostolus vir Hebrææ peritiæ, et in Lege doctissimus, numquam pro- tulisset nisi in Hebræis voluminibus haberetur. Quamob causam Samaritanorum Hebræa volumina relegeos, in- veni chol, quod interpretatur, « omnis, » sive, « omni¬ bus, » scriptum esse, et cum Septuaginta interpretibus con^ordare. Frustra igitur illud tulerunt Judæi, ne vide- rentur esse sub maledicto, si non possent omnia com- plere quæ scripta sunt, cum antiquiores alteriusquoque gentis litterœ id positum fuisse teste n tu r, Quoniam autem nemo possit implere Legem, et cuncta facere quæ jussa sunt, et alibi testatur Apostolus, dicens : « Quod enim erat impossibile Legi, ip quo infirmabatur per carnem, t Deus Filium suum mittens in similitudinem carnis pec- cati, de peccato condemnavit peccatum in carne » Rom. ■viu. Quod si verum est, potest nobis objici : Ergo et Moyses, et Isaias, et cæteri prophetæ, qui sub operibus Legis fuerunt, sub maledicto sunt ? Quod non timehit ânnuere, quidicentem Appstolum legerit : « Quia Chris- fËPITRE . AUX GÂLATES 275 son temps malédiction pour son peuplé. Et on accordant ce privilège aux hommes justes, il n’affaiblit en rien le mérite du Sauveur, comme s’il n’avait fait rien de particulier et d’extra¬ ordinaire en se rendant malédiction pour nous, alors que d’autres se sont également soumis à la malédiction. En effet, aucun de ces per¬ sonnages, quoique s'ôtant rendu malédiction, n’a délivré personne de la malédiction. * Il n’y a que Notre-Seigneur Jésus-Christ qui ait racheté par son sang de la malédiction de la loi, nous tous, Moïse et Aaron, ainsi que tous les prophètes et les patriarches. Et ne croyez pas que je parle ici d’après mon sentiment particulier, l’Écriture affirme que le Christ « par la grâce de Dieu, » ou comme on lit dans quelques manuscrits « sans Dieu, est mort, pour tous, » Il Cor. v. 14. Or, s’il est mort pour tous, il est mort pour Moïse et pour tous les prophètes, dont nul n’a pu effacer la cédule du décret porté contre nous, et l’attacher à la croix Colos . n. « Tous ont péché et ont besoin de la gloire, c’est-à-dire de la grâce de Dieu, » Rom . ni, 23. L’Écclésiaste lui-même confirme cette vérité : « Il n’y a point d’homme juste sur la terre qui fasse le bien et ne pèche point, y> Ecoles . vir, 21. -Enfin ce que va dire l’Apôtre, enseigne clairement que ni Moïse, ni aucun tus nos redemit de maledicto Legis, factus pro nobis maledictum ; » et respondere unumquemque sanctorum suo tempore maledictionem factum esse pro populo. Nec statim hoc tribuens et justis viris, videbitur detrahere Salvatori, quasi nihil præcipuum et excellens habuerit, factus pro nobis maledictum, cum et cæteri pro aliis maledictum facti sint. Nemo enim illorum quamvis factus fuerit ipse maledictio, de maledicto quempiam liberavit, absque solo Domino Jesu Christo, qui pretioso sanguine suo, et nos oinnes, et ipsos; Moysen dico et Aaron, pro- phetasque cunctos et patriarchas, de maledicto Legis re¬ demit. Nec hoc ex meo sensu dictum putetis, Scriptura testisest : quia « Ghristus gratis Dei, » sive ut in qui- busdam exemplaribus legitur, « absque Deo, pro omni¬ bus mortuus est » II Cor . v. Si autem pro omnibus, et pro Moyse, et pro universis prophetis, e quibus nullus potuit delere chirographum vêtus, quod adversum nos scriptum erat, et affigere illud cruci Colos. n : « Omnes peccaverunt, et indigent gloria [id est, gratia ] Dei » Rom. ni, 23. Ecclesiaste quoque hanc firmante sentent tiam : « Homo non est justus in terra, qui [Al. qua] fa- ciatbonum et non peccet » Ecoles . vu, 21. Denique et inferius Apostoli dictum manifeste docet, nec Moysen 276 SAINT JÉROME personnage illustre parmi les anciens, nTa pu être justifié par la loi. Cependant, que nul ne soit justifié par la loi, cela est manifeste, puisque lo juste vit de la foi. Or, la loi ne s’appuie pas sur la foi, puisqu’elle dit au contraire : « Celui qui observera ces pré¬ ceptes vivra par eux. » L’exemple par lequel il est prouvé que le juste vit de la foi et non des œuvres est tiré d’Habacuc, que les Septante ont traduit de la sorte : « Mon juste vit de la foi, » Hab. il. 4. Aquila et Théodotion traduisent : « Le juste vit de sa foi, c’est-à-dire de la foi de Dieu. » Il faut remarquer ici que le prophète n’a pas dit : l’homme vit de la foi, pour ne point donner occasion de mépriser les actes'de vertu; mais « le juste vit 'de la foi » afin qu’il fût bien entendu que tout homme fidèle qui devait vivre de lla foi, ne pût parvenir à la foi, ou vivre dans la foi, avant d’être juste et de s’élever jusqu’à la foi, par la pureté de la vie, comme par autant de degrés. 11 peut donc se faire qu’un homme soit juste, et cependant qu’il vive sans la foi de Jésus- Christ. Si le lecteur a ici quelque scrupule, qu’il écoute ce que dit saint Paul en parlant de lui- même : « Quant à la justice de la loi ayant vécu sans reproche, Philip . ni. Paul était donc alors uste dans la loi, mais il no pouvait pas encore avoir la vie, parce qu’il n’avait pas en lui le Christ pour lui dire : «Je suis la vie, » Jean xi. Lorsqu’ensuite il crut en lui, il commença nec illustrera aliquem de antiquis virum, apud Deum justificari potuisse per Legem, Sequitur enim : ■ « Quoniam autem in Lege nerao justificatur apud Deum, manifestum est, quia' justus ex fuie vivit. Lex autem non est ex fide, sed quifecerit ea, vivet in illis. » Exemptum quo probatur justus ex Me vivere, et non ex operibus, de Âbacuc tuli(, quod itâ Septuagiuta interprè¬ tes ediderunt : « Justus autem ex fide mea vivit » Abac. n, 4. Aquila et Theodotio : « Justus autem ex fide ejus vivit, » id est, « Dei. » Gonsiderandum itaque quia non dixerit, homo aut vir ex fide vivit, ne occasionem tri - bueretad virtutumopera contemnenda ; sed, « justus ex fide vivit ; » ut quicumque fidelis e3set, et per fidom vic- turus, non aliter posset [ Al . possit] ad fidera venire, vel in eavivere? nisi prias justus fuisset, et puritate vitæ quasi quibusdara ad fidem gradibus ascendisset. Potest ergo fieri, ut sit aliquis justus, et tamen vivat absque fide Ghristi. Si legenti scrupulus coinmovetur, Pauli verba suscipiat, in quibus de se ait : « Secundum justi- .tiam, quæ in Lege est, sine reprehensione » Philip, m. Erat igitur. Paulus tune justus in Lege, sed necdum de vivre. Faisons nous-mêmes quelque chose de semblable à ce que dit le prophète : « le juste vit de la foi’; et disons : l’homme chaste vit de la foi, le sage vit de la foi, le fort vit de la foi, et par les autres devoirs qu’imposent les vertus, prononçons une sentence apologue contre ceux qui, sans croire en Jésus-Christ s’imaginent, se flattent d’être forts, sages, tempérants ou justes, afin qu’ils soient bien convaincus qu’aucun homme ne peut avoir la vie en dehors de Jésus- Christ, sans lequel toute vertu est défectueuse. Ce témoignage du prophète peut être lu de la sorte : « Car celui qui est juste par la foi » et ensuite : « aura la vie. » Or, saint Paul en disant : « La loi ne s’appuie pas sur la foi, » puisqu’elle dit au contraire : « Celui qui observera cespréceptes, vivra par eux » démontre clairement qu’il ne s’agit point ici d’une vie simplement dite, mais d’une vie qui se rapporte à quelque chose. « Le juste vit de la foi » et le prophète n’ajoute pas : dans ces choses ni par ces choses. Celui au con¬ traire qui vit dans la loi, vivra dans les œuvres de la loi, c’est-à-dire dans les œuvres qu’il a cru bonnes; il aura seulement pour récompense les œuvres qu’il a faites, ou une vie longue (comme le pensent les Juifs), ou il évitera la peine qui condamne à mort le transgresseur de la loi. Ne croyons pas toutefois, que ces paroles : « vivre dans ces œuvres » viennent de l’Apôtre; elles sont du prophète Ézéchiel qui s’exprime vivere poterat, quia non habebat in se Ghristum loquen- tem : « Ego sura vita » Joan. xi, 25. In quem credens postea cœpit et vivere. Eaciamus et nos aliquid simile huic quod dicitnr, « justus ex fide vivit; » et dicamus • castus ex fide vivit, sapiens ex fide vivit, fortis' ex fide vivit, et a cæteris virtutum partibus vicinam sententiam proferaraus adversum eos, qui in Ghristum non creden- tes, fortes et sapientes, tempérantes se putant esse, vel justos; ut sciant nullum absque Ghristo vivere, sine quo ornais virtus in vitio est. Potest præsens testimo- mumet siclegi : « quia justus ex fide, » ut deinceps inferatur, « vivit » [Al. vivet], Quod autem ait ; « Lex non est ex fide, sed qui fecerit ea, vivet in illis, » manifestissime demonstratur non siraplicem dici vitam, sed eam quæ referatur ad aliquid. « Justus » quippe « ex fide vivit : » et non additur, in bis, sive in illis. Vi- vens autem in Lege qui fecerit ea, vivit in illis, hoc est, in bis quæ fecit, quæ putavit bona ; mercedera laboris sui liabens ea tantum opéra quæ fecit, sive longitudinem vltæ (ut Judæi putant) sive declinationem pœuse per quain transgrëssor Legis occiditur. « Vivere autem in 277 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES ainsi : «Je les ai. conduits dans le désert, je leur ai proposé mes lois et mes ordonnances afin que celui qui les , observe y trouve la vie, » Ezech. xx. 10; 11. Après avoir dit que ceux qui observeraient les préceptes et les ordonnances auraient la vie, il ajoute : « Et je leur ai donné des préceptes imparfaits, des ordonnances où ils ne trouveront pas la vie, Ibid. 25. Quelle signifi¬ cation différente dans les expressions! Lorsque le prophète dit : « Je leur ai proposé mes lois et mes ordonnances, afin qu’ils y trouvent la vie, » il n’a point ajouté l’expression bonne. Mais lors¬ qu’il leur dit qu’ils n’y trouveront pas la vie, il ajoute : « Et je leur ai donné des préceptes qui ne sont pas bons, et des ordonnances dans lesquelles ils ne trouveront pas la vie. » Mais nous donnerons une explication plus complète de ces paroles dans les commentaires sur Ézéchiel; revenons à la suite de l’épitre. « Jésus^-Clirist nous a rachetés de la malédic- tioh de la loi, s’étant rendu lui-même malédic¬ tion pour nous. » Marcion cherche à l’occasion de ce passage à combattre le pouvoir du Créateur, qu’il accuse d’être sanguinaire, cruel et vindicatif, et qui prétend que nous avons été rachetés par Jésus-Christ qui serait le fils d’un autre Dieu bon. S’il comprenait quelle différence existe entre acheter et racheter (car celui qui achète, achète une chose qui ne lui appartient pas ; celui au con¬ traire qui rachète, achète ce qui a été autrefois illis, » non putemus Apostoli verba esse, sed Ezechiolis prophetæ, qui ait : « Et eduxi eos in desertum, et cledi eis præcepta mea et justificationes meas clemonstravi eis quas faciet homo , et vivet in eis » Ezech. xx, 10, 11. Qui cum illos qui in præceptis et justilicationibus ambu- lassent, vivere dixisset, adjecit : « Et dedi eis præcepta non bona, et justificationes in quibus non viverent in eis » Ibid. 25. Quanta in verbis consideratio ! ubi di- xit : « Dédit eis præcepta et justificationes in quibus vi¬ verent in eis, » non adjunxit bona. Ubi vero posuit, «in quibus non viverent in eis, » addidit : « Et ego dedi eis præcepta non bona, et justificationes in quibus non vi¬ vent in eis. » Sed hæc plenius in Ezechiele ; nunc ad ordinem Epistolæ revertamur. « Chris tus nos re démit de maledicto Legis, factus pro nobis maledictum. » Subrepit in hoc loco Marcion de po- testate Creatoris, quem sanguinarium, crudeiem infamat et vindicem \Al. judicem], asserens nos redemptos esse per Chris tum, qui alterius boni Dei Filius sit. Qui si in- telligeret quo differunt [Al. dififerrent] emere, et redi- mere quia qui émit, aliènum émit; qui autem redi- en sa possession, ot a cessé de lui appartenir), il ne. détournerait pas le sens si simple des Écritures pour établir son système sans aucun fondement. Jésus-Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi qui a été portée contre les pécheurs que Dieu reprend par son prophète en leur disant : « C’est à cause de vos crimes que vous avez été vendus, et c’est à cause de vos iniquités que j’ai rejeté votre mère, » Isai. l. 1. L’Apôtre rappelle cette même vérité, lorsqu’il dit : « Pour moi, je suis charnel, vendu pour être assujetti au péché Rom . va 14. Les malédictions de la loi qui sont écrites dans le Lévitique et le Deutéronome ne s’accomplissent point par le fait même de Dieu; c’est une simple prédiction faite dans un esprit prophétique, des châtiments qui doivent arriver aux pécheurs. Si l’on veut nous presser par ce témoignage de l’Apôtre : « Tous ceux qui s’appuient sur les œuvres de la loi sont sous la malédiction, car il est écrit : Maudit quiconque ne persévérera pas dans tout ce qui est écrit dans le livre de la loi pour l’accomplir Deut. xxvit, 26, et en conclure que tous ceux qui ont été sous la loi ont été maudits; nous demanderons si ceux qui sont sous l’Évangile de Jésus-Christ, et n’observent pas ses préceptes sont maudits ou non. S’il dit qu’ils sont maudits, il aura dans l’Évangile ce que nous trouvons sous la loi. S’il nie qu’ils soient maudits, c’est donc en vain que les préceptes de l’Évangile ont ôté mit, ici émit proprie quod suum fuit, et suum esse de¬ smit numquam Scripturarum verba simplicia in calum- niam sui dogmatisTdetorqueret. Redemit ergo nos Chris- tus de maledicto Legis, quod peccantibus constituera est, quos ipse increpat per prophetam, dicens : « Ecce peccatis vestris venditi eslis, et in iniquitatibus vestris dimisi matrem vestram » Isai. L, 1. Et Apostolus hoc ipsum replicat, dicens : « Ego autem carnalis sum, ve- nundatus subpeccato » Rom. vu, 14. Maledicta quoque Legis quæ in Levitico et Deuteronomio scriptasunt, non Deo auctore coinplentuv, sed prophetico spiritu his qui peccaturierant, ea quæ eis ventura sunt, nuntiantur. Quod si apostoli voluerit nos testimonio coarctare dicen- tis : « Quicumque ex operibus Legis sunt, sub maledicto sunt, scriptum est enim : Maledictus omnis qui non permanserit in omnibus quæ scripta sunt in libro Legis, ut faciat ea » Deut. xxvn, 26, et as'serere omnes qui snb Lege fuerint, fuisse maledi ctos, interrogera us eum, utrum hi qui sub Evangelio Christi sunt, et ejus præcep¬ ta non faciunt, maledicti sint, an non. S: maledictos di- xerit, id habebit in Evangelio, quod nos habemus in Le- 278 SAINT donnés, et ceux qui les auront observés seront privés de toute récompense. Voici la solution de cette double difficulté : de même que le Christ nous a délivrés de la malédiction de la loi, en se rendant malédiction pour nous, ainsi nous a-t-il affranchis de la malédiction portée dans l’Évangile contre ceux qui n’accomplissent pas ses préceptes en devenant pour nous malédiction, sachant qu’il doit ne remettre aucune partie du talent confié et exiger jusqu’à la dernière obole. « Car il est écrit : Maudit quiconque est pendu au bois! Afin que la bénédiction donnée à Abraham fut communiquée aux gentils par le Christ Jésus pour que nous reçussions par la foi la promesse de l’Esprit. » Avant d’examiner le sens et les parolos de l’Apôtre, il nous paraît juste de reproduire brièvemeiit le texte du Deutéronome xxi, 25, auquel saint Paul a emprunté cette citation, et de le comparer aux autres éditions. Voici la traduction qu’en ont donnée les Septante : « Lorsqu’un homme aura commis un crime digne de mort, et qu’ayant été condamné à mort, il aura été attaché à une potence, son corps mort ne demeurera pas à cette potence, mais il sera enseveli le même jour, parce que celui qui est pendu au bois est maudit de Dieu. Et vous prendrez garde de ne point souiller la terre que le Seigneur votre Dieu vous aura'donnée en héri- ge. Si maledictos negaverit, frustra ergo Evangelii præ- cepta sint posita, etabsque mercede erunfc hi qui ilia compleverint. Solvitur itaque utrumque hoc modo : quomodo Christus Jésus ex maledicto nos Legis libera- vit, factuspro nobis maledictum; ita de maledicto quo- que Evangelii quod statu tum est super eos ,qui ejus præ- cepta non fecerint, eruit nos, factus pro nobis ipse ma¬ ledictum, sciens talenti quoque minimum non dirnittere portionem, et novissimum exiger e quadrantem Matth. v, et Marc . xn. « Quia scriptum est ; Maledictus omnis qui pendet in ligno, ut in gentibus benedictio Abrahæ fieret in Christo Jesu, ut pollicitationem spi— ritus accipiamus per fidein. » Antequam de sensu et verbis Apostoli disputemus, justum videtur Deuteronomii testimonium, de quo et apostolus hæc sumpsit Deut . xxi, 22, 23 , paucis replicare, et componere illud cœte- ris editionibus. Septuaginta ergo interprètes ita hune locum transtulere : « Si autem fuerit in aliquo peccatum et judicium mortis, et mortuus fuerit, suspenderitis eum in ligno, non dormiet corpus illius super lignu'm, sed sepelientes sepelietis eum in die ilia; quia maledictus a Deo omnis qui pendet in ligno, et non contaminabis JÉROME tago. » Aquila a de son côté traduit de la^sorte : «Lorsqu’un homme aura commis un crime digne de mort et qu’il aura été mis à mort, et que vous l’aurez attaché à un gibet, son corps ne demeu¬ rera pas sur ce gibet, mais vous l’ensevelirez le jour même, parce que celui qui est suspendu à une potence est la malédiction de Dieu ; et vous ne souillerez pas votre terre que le Seigneur Dieu vous donnera en héritage. » Symmaque : « Si un homme commet un crime digne de mort, et qu’il soit mis à mort et attaché à une potence, son cadavre ne restera pas la nuit sur cette potence, mais vous l’ensevelirez ce jour-là même, parce qu’il a été attaché à cette potence à cause du blasphème de Dieu,* et vous ne souillerez pas votre terre que votre Dieu doit vous donner en héritage. » Théodotion : «Et lorsqu’un homme se sera rendu coupable d’un crime digne de mort, et qu’il sera exécuté et attaché à une potence, son cadavre ne passera pas la nuit sur cette potence, vous l’ensevelirez ce jour-là même, parce que celui qui est attaché est la malédiction de Dieu, et vous ne souillerez pas votre terre que le Sei¬ gneur Dieu doit vous donner en héritage. » Or adama en hébreu, signifie terre, poussière. Dans ce même endroit qu’Aquila et Théodotien ont traduit : parce que celui qui est attaché est la malédiction de Dieu, on lit dans l’hébreu Chi terrain tuara quam Dominus Deus tuus dabit tibi in hæ¬ reditatem. » Aquila : « Et cum fuerit in viro peccatum in [Al. etj judicium mortis, et occisus fuerit, et stispen- deris eum super lignum, non commorabitur mortici- niura ejus super lignum, sed sepeliens sepelies eum in die ilia, quia maledictio Dei est, qui suspensus, et non contaminabis humurn tuam quam Dominus Deus tuus da¬ bit tibi hæreditatem. » Symmachus ; « Si autem fuerit homini peccatum ad judicium mortis, et occisus fuerit, et suspenderis eum super lignum, non pernoctabit cada- ver ipsius super lignum, sed sepultura sepelies eum \M. illud] in die ipsa, quia propter blasphemiam Dei suspensus est; et non contaminabis terram tuam quam Dominus Deus tuus dabit tibi ad hæreditatem. » Theo- dotio : « Et quia erit in viro peccatum in [Al. taeet in] judicium mortis, et morietur, et suspendes eum in ligno, non dormiet morticinium ejus super lignum, quia sepul¬ tura sepelies eum in die ipsa, quia maledictio Dei est suspensus, et non contaminabis adama [Al. adamam] tuam quam Dominus Deus tuus dederit tibi hæreditatem. Porro adama terra sive humus, lingua Hebræa appella- tur. In eo autem loco ubi Aquila et Theodotio similiter transtulerunt, dieentes : « quia maledictio Dei est sus- 279 COMMENTAIRES SUR .L’ÉPJTRE AUX GALATES Calalath Eloin Thalui : paroles qu’Ebion cet hérésiarthe moitié chrétien moitié juif a traduites ainsi : « Parce que celui qui est attaché est l’outrage de Dieu. » Je me souviens d’avoir lu dans la dispuste de Jason et de Papiscus quia été écrite en grec : « Celui qui est attaché est l’outra¬ ge ou la malédiction de Dieu. » L’Hébreu qui m’a instruit en partie dans la science des Écritures m’a dit qu’on pouvait lire ainsi : « Parce que Dieu a été honteusement attaché. » J’ai reçu tous ces témoignages, parce que c’est là une question très célèbre, et que les Juifs ont coutume de nous reprocher comme une chose infamante que Notre Sauveur et Seigneur a été sous la malédic¬ tion de Dieu. Il nous faut donc d’abord consi¬ dérer que ce n’est pas tout homme attaché à une potence qui est maudit de Dieu, mais celui qui s’est, rendu coupable et que ses crimes ont fait condamner à mort et attacher à une croix. R n’est point maudit parce qu’il est crucifié, mais parce qu’il a commis un crime digne du supplice de la croix. On peut ensuite opposer que la cause de ce châtimentest parfaitement exposée plus bas, puisque l’Écriture 'dit : que c’est à cause de la malédiction et du blasphème de Dieu qu’il a été crucifié. Symmaque a traduit plus clairement encore : parce qu’il a été attaché à la potence de Dieu à cause du blasphème de Dieu. Et pour ter¬ miner, demandons-leur si Ananias, Azarias, Misaël qui refusèrent d’adorer l’idole de Nabuchodono- pensus, » in Hebræo ita ponitur cm calalath eloim thalui. Hæc verba Ebion ille hæresiarclies semichristia- uus, et semijudseus ita interprétâtes est, oti uêpiç ©sou 6 xpsj/.ài/.evoç, id est, « quia injuria Dei est suspensus. » Memini me in altercatione Jasonis et Papisci, quse Græco sermone conscripta est, ita reperisse : XoiSopfa ©eou 6 xpeuau.svoq, id est, « maledi ctio Dei qui appensus est. » Dicebotmihi Hebrseus qui me in Scripturis aliqua ex parte instituât qu d possit et ita Jegi : « quia contume- liose Deus suspensus est. Hæc idcirco congessimus, quia famosissima quæstio est, et nobis soleat a Judseis pro infamia objici, quocl Salvator noster et Dominus sub Dei fuerit mâledicto. Primum igilur intuendum est, quocl non quicumque iu ligno pependerit maledictus sit apncl Deum, sed qui peccaverit, et propter scelus morti fuerit adjudicatus sublatusqnè in crucem, non ideo maledictus quia crucifixus est, sed quia in talem inciderit reatum, ut meruerit crucifigi. Deinde illud opponendum, quod inferius causa patibuli plenius exponatur, Scriptura re- lerente, ob maledictum et blasphemiam Dei eum esse crucifixum. Quod aper.tius Symmachus transtulit, dicens : sor, avaient été attachés à une potence Dan. m aussi bien qu’Éléazar, ce vieillard nonagénaire qui mourut sous/Antiochus roi de Syrie, et cette mere héroïque avec ses sept fils, Il Mach. vii, les aurait-on regardés comme maudits, ou comme souverainement dignes de bénédiction? Certainement si Aman n’avait pas été attaché, comme il le méritait, au gibet qu’il avait préparé pour Mardochée, Esthèr vu, ce n’est pas comme maudit, mais comme un homme juste et saint que Mardochée y serait monté. Ces exemples et d’autres semblables prouvent abondamment que celui-là est maudit qui a commis un crime digne du supplice de la potence, non pas celui qui a été crucifié par l’iniquité des juges, par la puissance de ses ennemis, par les clameurs du peuple, par l’envie qu’excitent ses vertus ou par la colère du roi. Naboth a été autrefois, sur une lettre de Jézabel, condamné à mort par toute la ville de Jézraël III Rois xxi, mais son sang, figure de celui de Jésus-Christ est vengé bien des siècles après, lorsque le Seigneur dit à Osée : « Nommons-le Jézraël, car dans peu de temps, je tirerai vengeance du sang de Jézraël sur la maison de Jéhu, » Osée i, 4. Voilà ce que j’avais à dire contre les Juifs. Pour rentrer dans la discussion qui nous concerne, je ne puis savoir pourquoi l’Apôtre a ou ajouté ou ôté quel¬ que chose à ces paroles : « Maudit de Dieu tout homme qui est attaché à une potence, Deut. « quia propter bJasphemiam Dei suspensus est. » Ad ex- tremum infcerrogemus eos, si Ananias et Azarias et Mi- sael, nolentes adorare idolum Nabuchodonosor, fuissent in ligno suspensi Ban. m; Eleazarus quoque nonagena- rius sub Autiocho rege Syriæ, et cum septem filiis glorio- sa mater, utrum maledictos eos æstimaturi fuerint, II Mach. vu; an omni benedictione dignissimos? Certe si crucem quam Aman para ver at Mardochseo Esther vu, non ipse pro suo merito conscen disset, ‘puto Mardo- chæus in eam, non ut maledictus, sed ut vir sanctus ascenderet \Al. ascenderat]. His et cœteris simiJibus comprobantur ilium esse maledictum, qui dignum faci- nus patibnlo perpetrarit; non eum qui iniquitate judi- cum, et inimicorum potentia, vel clamore vulgi, aut vir- tutum invidia, aut regis ira fuerit crucifixus. Et Naboth [Al. Nabutham] quondam, ad Jezabel litteras, tota Je¬ zrael civitas morte damnavit, Il I Reg. xxi; sed sanguis ejus in typo Cbristi, multa post ssecula vindicatur, di- cente Domino ad Osee : « Voca nomen ejus Jezrael, quia adhuc modicum, et ulciscar sanguinem Jezrael su¬ per domum Jehu. » Osee i, 4. Hsçç afiversum Judpeos, 280 SAINT xi, 2* S’il a suivi l’autorité des Septante, il a dû, comme ils l’ont fait, ajouter le nom de Dieu. Si au contraire, comme étant hébreu d’origine, il regardait comme plus conforme à la vérité ce qu’il lisait dans le texte hébreu, il ne devait prendre ni le mot « tout, » ni ces autres : « à la potence, » qui ne sont pas dans l’hébreu. Je pense donc ou que les anciens exemplaires des hébreux n’étaient pas sur ce point ce qu’ils sont maintenant, ou que l’Apôtre, comme je l’ai déjà dit, a cité le sens plutôt que les paroles de l’Écriture, ou bien enfin, ce qui est plus vraisemblable, qu’après la passion du Christ, quelqu’un aura ajouté dans les exem¬ plaires hébreux comme dans les nôtres le nom de Dieu, pour nous couvrir d’infamie, nous qui croyons, dans le Christ maudit de Dieu. J’entre donc dans la lice avec' hardiesse, et je porte le défi qu’on trouve écrit dans aucun endroit des Écritures qu’un homme a été maudit de Dieu, et je soutiens que là où la malédiction est portée, jamais le nom de Dieu ne s'y trouve joint : « Tu seras maudit entre tous les animaux, » Gen. ni. 14, dit Dieu au serpent. Et à Adam : « La terre sera maudite dans ton crime, » Fbid. 17. Et à Caïn : « Tu seras maudit sur la terre, » Gen. iv, 11. Et ailleurs : « Que Chanaan soit maudit, qu’il soit l’esclave 'de ses frères, » Gen. rx, 25. Et encore dans un autre endroit : « Maudite soit leur fureur, Cæterum lit ad nos redeat disputatio, scire non possum quare apostolus in eo quod scriptum est : « Maledictus a Deo omnis qui pendet in ligno » Deut. xxi, 2, vel subtraxerit aliquid vel addiderit. Si enim semel auctori- tatem Septuaginta interpretum sequebatur, debuit, si- cut ab illis editum est, et Dei nomen adjungere. Sin . vero ut Hebræus ex Hebræis, id quod in sua lingua le- gerat, putabat esse verissimum, nec « omnis, » nec « in ligno, » quæ in Hebræononliabentur, àssumere[AZ. assu- meretj. Ex quo mihi videtur, aut veteres Hebræorum libros aliter habuisse, quam nunc habent; aut Aposto- lum ut ante jam dixi sensum Scripturarum posuisse, non verba ; aut quod magis est æstimandum, post passionem Christi, et in Hebræis et in nostris codicibus ab aliquo Dei nomen appositum, ut infamiam nobis inureret, qui in Christum maledictum a Deo credimus. Audaci itaque pede ad hoc procedo certamen, ,ut ad libros provoeem, nulJo loco scriptum, a Deo quemquam esse maledictum. et ubicumque maledictio ponitur, numquam Dei nomen adjunctum. « Maledictus tu ab omnibus bestiis » Genes. in, 14, dicitur ad serpentem. Et ad Adam : « Maledicta terra in operibus tuis » Ibid., 17. Et ad Gain : « Male- dietus tu. super terram » Gen, iv, 11. Et alibi : « Male- JÉROME r parce qu’elle a été audacieuse; maudite soit leur colère, parce qu’elle a été cruelle, » Gen. xux, 7. Il serait long d’énumérer ici toutes les malédic¬ tions contenues dans le Lévitique, dans le Deuté¬ ronome et dans le livre de Josué ; mais dans aucune d’elles, le nom de Dieu ne' se trouve ajouté. Cela est tellement vrai que Satan lui- même, lorsqu’il assurait que Job opprimé par de plus grandes souffrances se laisserait aller au blasphème, a pris le mot opposé pour l’exprimer, en disant : «S’il ne vous bénit enface, » Job. i, 11. Et dans le livre des Rois, il est dit que Naboth a été lapidé parco, qu’il a béni Dieu et le roi III Rois. xxr. Or personne ne doit s’étonner outré mesure que le Christ ait été fait malédiction pour nous, car Dieu : qui au témoignage de l’Apôtre, l’a fait malédiction, l’a fait lui-même péché, alors que le Christ ne connaissait pas le péché. Le Sau¬ veur qui sortait de la plénitude du Père s’ést anéanti, en prenant la forme d’esclave, la vie est morte, et la sagesse de Dieu a été traitée de folie? afin que ce qui paraît en Dieu folie fut plus sage que les hommes I Cor. 3. 25. Et dans le Psaume soixante-huit, le Christ dit en parlant de lui- même : « O Dieu ! vous connaissez ma folie, et mes péchés ne vous sont point inconnus, Ps. lxviiï) 7. Le déshonneur du Seigneur devient donc notre gloire. Il est mort afin de nous donner dictus Chanaan puer, famulus erit fratribus suis » Gen. ix, 25. Necnon et in alio loco : « Maledictus furor eo- rum, quia audax, et ira eorum, quia dura » Gen. xlix, 7. Longum est si universas raaledictiones, quæ in LevJ- tico, et in Deuteronomio, et in Jesu Nave scribuntur, enu- merem; et tamen in nulla earum, Dei nomen est addi- tum ; intantum ut etiam ipse Satanas, cum de Job polli- ceretur, quod si grandibus pressus fuisset angustiis, blas- phemaret, a meliori parte hoc significaverit,' dicens « Nisi te benedixerit in faciem. » Job i, 11. Et in Regno- rum libris, Naboth \Al. Nabutliam] propterea lapidatus refertur : « quia benedixerit Deum et regem, III Reg. xxi. Nullum autem debet movere quod Lhristus pro nobis maledictum factus sit, quia et Deus’ qui eum dicitur ie- cisse maledictum, ipse (cum nesciret Christus) peccatuin pro nobis eum peccatum fecit, et Salvator de plenitudine Patris exinanivit se, formam servi accipiens Philip, ii : vita mortua [Al. mortuus] est, sapientia Deffatuitasæst appellata, ut quod stultum erat Dei sapientius fieret ho<- minibus I Cor. i. Et in sexagesimo octavo psalmo de se loquitur : « Deus, tu scis insipientiam meam, et de- licta mea a te non sunt abscondita, Psal . lxviii, 7. In¬ juria itaque Domini, nostra gloria est. Ille mortuus est, COMMENTAIRES SUR I la vie. Il est descendu aux enfers afin que nous puissions monter au ciel. Il s’est fait insensé, pour que nous puissions devenir sagesse. Il s’est comme dépouillé de la pléni¬ tude 'et de la forme de Dieu pour que la pléni¬ tude de la divinité habitât eri nous, et que nous devinssions maîtres, d’esclaves que nous étions. Il a été attaché à l’arbre de la croix pour effacer ainsi par son crucifiement sur cet arbre le péché que nous avions commis sur l’arbre de la science dû bien et du mal. Sa croix a changé les eaux amères en douceur, et il a retiré du fond des eaux où elle était plongée, la hache qui était perdue et qui avait été dans le fleuve du Jourdain, IV Rois, vi, Enfin il s’est fait maudit, il s’est fait dis-je, car il ne l’était point de naissance, afin que les bénédictions promises à Abraham, fus¬ sent communiquées aux Gentils par lui et sous sa conduite, et qûè la promesse de l’Esprit-Saint fût accomplie en nous par la foi que nous avons en lui, ce que nous pouvons entendre de deux manières ou des dons spirituels des vertus ou de l’intelligence spirituelle des Écritures I Cor. ix. « Mes frères, (je parle à la manière des hommes), quand le testament d’un homme est ratifié, personne ne le rejette ou n’y ajoute. Or, les promesses ont . été faites à Abraham et à celui qui naîtrait de lui. Il ne dit pas : A ceux qui naîtront, comme parlant de plusieurs, mais comme d’ un seul: Et à celui qui naîtra de toi, c’est- ut nos viveremus. Ille descendit ad inferos, ut nos ascenderemus ad cœlum. Ille factus est stultitia, ut nos sapientia fieremus. Ille se de plenitudine et de forma Dei evacuavit, formam servi accipiens, ut in nobis habi- taret plenitudo divinitatis, et Domini fieremus e servis. Ille pependit in ligno, ut peccatum quod commiseramus in ligno scientiæ boni et mali, ligno deleret appensus. Grux ejus amaras aquas vertit in dulcem saporem, et securiin perditam, in profundumque demersam, missa in fluénta Jordanis levavit, IV Reg. vi. Ad postremum factus est ille maledictio, factus, inquam, non natus; ut benedictiones quæ promissæ fuerant Abrahæ, ipso auc- tore etprævio transferrentnr ad gentes, et spïritus re- promissip per fidem illius compleretur in nobis ; quam dupliciter debemus a'ccipere, aut in virtutura spirituali- bus donis, aut in Scripturaruin intelligentia spirituali I, Cor. ix, « Fratres, secundum hominem dico : tamen hominis testamentum co'nfirmatum nemo spernit, aut superordi- nat; Abrahæ dictæ sunt repromissiones, et semini ejus. Non dicit, et seminibus, quasi in multis, sed quasi in fÉPlTRE AUX GALATES 281 à-dire au Christ. Voici donc ce que je dis : Dieu ayant ratifié une alliance, la loi qui a été faite quatre cent trente ans après, ne la rend pas nulle au point d,e détruire la promesse. Car si c’est par la loi que l’héritage est donné, ce n’est pas en vertu de la promesse. Cependant c’est par la promesse que Dieu l’ a donné à Abraham . » L’Apôtre qui s’est fait tout à tous pour les sauver tous, qui s’est déclaré redevable aux Grecs et aux Bar¬ bares, aux sages et aux.insensés, s’est aussi rendu insensé pour les Galates qu’il venait d’appeler insensés. En effet, il n’emploie point ici les mêmes raisonnements que dans l’épître aux Romains, ils sont beaucoup plus simples, presque vulgaires et accessibles aux esprits les moins ouverts. Et afin qu’on n’attribuât pas à l’ignorance ce qu’il faisait ici de dessein prémédité, il se rend d’abord favorable l’esprit du lecteur,fVet il adou¬ cit ce qu’il doit dire par ce préambule : « Mes frères, je parle à la manière des hommes, » car ce que je dois dire, je ne le dis pas selon Dieu, je ne le dis pas selon la sagesse qui a été cachée, et pour ceux qui peuvent se nourrir d’aliments substantiels, mais pour ceux qui, à cause de la faiblesse de leur estomac, ne peuvent encore se nourrir que de lait, et ne sont pas encore capables d’entendre les vérités plus élevées, I Cor . v. C’est ainsi qu’écrivant aux Corin¬ thiens, chez qui c’était un bruit constant qu’il se commettait des impudicités, et de telles impudi- uno, et semini tuo, qui est Christus. Hoc autem dico' testamentum confirmatum a Deo, quæ post quadringen- tos et trigiuta annos facta est Lex, non irritum facit ad evacuândam repromissionem, quia si ex Lege bæreditas, jam non ex promissione, Abrahæ autem per promissio- nem dohavit Deus » Àpostolus, qui omnibus omnia fac¬ tus est, ut omnes lucrifaceret, debitor Græcis ac Barba- riSjSapientibus elinsipientibus, Galatis quoque qfuos paulo ante stultos dixerat, factus est stultus.Non enim ad eos bis usus est arguments quibus ad Romanos, sed simplicio- ribus ; et quæ stulti possent intelligere, et pene de trivio. Quod ne videretur imperitia et non arte fecisse, prud en- tem plaçât ante lectorem et qoæ dicturus est, temperat præfatione præmissa : « Fratres, secundum hominem dico, » Quod enim dicturus sum, non dico secundum Deuin, non dico secundum reconditam sapientiam, et \eos qui solido possunt vesci cibo, sed secundum eos qui ob tene.ritudinem'stomachi lacteo rore pascuntur, et ne- quaquam valent audire quæ grandia sunt I, Cor. v. Uncle et ad Gorinthios in quibus audiebatur fornicatio, eFhalis fornicatio quæ ne inter gentes quidem, ait : « Ego SAINT JEROME 282 oités qu’^1 n’en est pas de semblables parmi les païens, il leur dit : C'est moi qui parle, ce n’est pas le Seigneur, I Cor. vu, 12. Et dans la seconde épître qu’il leur écrit : « Ce que je dis, je ne le dis pas selon Dieu, mais c’est une folie, » IL Cor . xi, 17. Il en est qui pensent que l’Apôtre s’exprime ainsi : Mes frères, je parle à la manière des hommes, parce qu’il va parler du testament que font les hommes, de la mort du testateur, et d’autres exemples empruntés à ce que font les hommes. Quant à moi, je crois que saint Paul emploie cette locution et pour la raison qu’ils donnent, mais surtout à cause de ce qui suit : « IL ne dit pas : A ceux qui naîtront, comme parlant de plusieurs, mais comme d’un seul : Et à celui qui naî,tra de toi, c’est-à-dire au Christ. » En parcourant toutes les Écritures, par l'a pensée et .de mémoire, je n’ai jamais ren¬ contré le mot semence au pluriel; mais soit en bonne, soit en mauvaise part, je l’ai toujours trou¬ vé au singulier. De même encore pour les paroles qui suivent : « Voici donc ce que je dis : Dieu ayant ratifié une alliance. » Si quelqu’un examine attentivement le texte hébreu et compare les autres éditions avec la version des Septante, il trouvera que là où se trouve le mot testamen - tum, ce mot ne signifie pas testament, mais alliance, en hébreu bèrith . Il est donc évident que l’Apôtre a fait ce qu’il a promis, et qu’en s’adres¬ sant aux Galates, il fait usage non pas de pen- dico, et non Dominus »I Cor. vu, 12. Et ad eosdem in sècunda : « Quod loquor, non secundum Dominum lo¬ quor, sed quasi in insipientia II Cor. xi, 17. Putant aliqui quod de testamento hominis, et de testatoris, mor¬ te, et cæterishumanæsimilitudinis disputaturus exemplis, dixerit : « Fratres, secundum hominem dico : » mihi autem videtur, et propter hoc quidem quod illi ai’bi- trantur, sed maxime propter illud quod sequitur esse præmissum [Aï. promissum, id est : « Non dicit, et semi- nibus, quasi inmultis, sed quasi in uno, et semini tuo, qui est Christus. » Omnes scripturas sensu ac memo- ria peragrans, numquam plnrali numéro semina scripta reperi, sed sive in bonam partem, sive in malam, sem- per in singulari numéro. Necnon et illud quod infert : * Hoc autem dico testamentum confirmatum a Deo, » si quis diligenter Hebræa volumina, etcreteraseditiones cum Septuaginta interpretumtranslatione contulerit,inveniet ubi testamentum scriptum est, » non « testamentum » sonare, sed « pactum, » quod Hebræo sermone dicitur beiuth. Unde manVestum est, id fecisse Apostolum quod promisit, nec reconditis ad Galatas u.sum esse séos profondes et relevées, mais dépensées ordi¬ naires, communes, et qui sans ce. préambule : « je parle à la manière des hommes » eussent pû choquer les esprits sages. Il faut ici compter les années qui se sont écoulées depuis le temps où le Seigneur dit à Abraham : « Toutes les nations seront bénies dans celui qui naîtra de toi, » Gen< xxm, 18, jusqu’au législateur Moïse. S’est-il écoulé quatre cents ans, ou com¬ ment le Seigneur promet-il à Abraham qu’après quatre cents ans, ses enfants sortiront de la terre de servitude. Ce n’est pas une questionne peu d’importance, elle a été l’objet de beaucoup de recherches, et je ne sais si la solution en a été trouvée. Ce que nous lisons encore dans le même livre de Thamar et de ses deux enfants Gen. xxxvin, 27, 30, dont l’un, le premier, qui s’appelait Zara, présenta sa main à laquelle la sage-femme mit un ruban d’écarlate, et la retira ensuite, et dont l’autre, le second, qui fut nommé Pharès, présenta la main à son tour, s’applique au fait qui nous occupe, c’est-à- dire qu’Israël a montré sa main dans les œuvres, de la loi et l’a retirée après l’avoir souillée dans le sang des prophètes et du Sauveur lui-même. Ensuite on vit sortir le peuple des Gentils, pour lequel l’Écriture dit souvent que la muraille qui séparait les Juifs des Gentils a été détruite et renversée, afin qu’il n’y eût qu’un seul troupeau et un seul pasteur, et que la gloire, l’honneur et sensibus,sed quotidianis, et vilibus, et quæ possent (nisi præmisisset, « secundum hominem dico ) prudentibus displicere. Supputandi in hoc loco anni ab eo tempore quo Dominus ad Abraham locutus est, dicens : « Et m semine tuo benedicentur omnes gentes » Genes. xxm, 18, usque ad legislatorem Moysen ; utrum quadringenti triginta sint, vel quomodo in Genesi ipsi Abrahæ Domi¬ nus polliceatur, quod post quadringentos annos de terra servitutis hlii ejus exituri sint. Non enim parva res est, et a multis quæsita, nescio an ab aliquo sit inventa. Illud etiam quod in eodem libro de Thamar et duobus ejus parvulis legitur Genes. xxxvm, quod scilicet primus qui dicitur Zara, misent jooanum suam, et obstetrix liga- verit ei coccinum, et dehinc illo manum intvinsecus retrahente, manum posterior, qui Phares vocatur, porrexerit, præsenti loco congruit, quod ostenderit Israël in Legis opéré manum suam, et eam prophetaruin, et ipsius Sah’toris pollutam cruore contraxerit. Postea vero prornperit populus Gentium, propter quem dicitur sœpius esse destructa, et médius paries qui inter Judæos et Gentiles fuerat dissipa tus, ut fier et unus grex COMMENTAIRES SUR ] la paix fussent le partage de tout homme qui fait le bien, le Juif premièrement et puis le Gentil. Le sens qui résulte ici' de l’enchaînement des paroles de l’Apôtre a pour fin de nous enseigner que la loi qui a été donnée après les promesses n’a pu rendre nulles les promesses faites bien avant à Abraham; que ce qui est venu en second lieu n’a pu préjudicier à ce qui était plus ancien, puisque Dieu avait promis à Abraham quatre cents ans auparavant que toutes les nations de la terre seraient bénies en lui; et qu’au contraire, l’observation de la loi qui pro¬ mettait àceuxquilapratiqueraient qu’ils y trouve¬ raient la vie, fut donnée à Moïse sur le mont S inaï, quatre cents ans plus tard. Mais on pouvait faire ici cette objection : . quelle nécessité donc de donner la loi tant d’années après la promesse, alors que la promulgation de la loi pouvait faire naître le soupçon que la promesse était annulée, ou que la promesse subsistant, la loi donnée ne gérait d’aucune utilité? L’Apôtre a prévu cette objection, il se la propose et la résoud dans ce qui suit. « Pourquoi donc la loi? Elle a été établie à cause des transgressions jusqu’à ce que vînt le rejeton pour lequel Dieu avait fait la promesse; et ce sont les anges qui l’ont donnée par l’entre¬ mise d’un médiateur. Or, le médiateur n’est pas pour un seul, et Dieu est seul. » Si la promesse faite à Abraham subsistait, la loi donnée ensuite et unus pastor, et esset gloria,et honor, et pas omni opéra nti bonum, Judæo primura et Græco. Simplex autera sensus qui in hoc loco texitur hanc vim habet, ut doceat Apostolus, non posse per Legem, quæ postea data est, repromissiones quæ ante factæ sunt ad Abraham destrui, et posteriora prioribus præjudicare, cum repromissiones ad Abraham ante quadringentos triginta annos datæ sint, quod benedicerentur in illo universæ nationes. Legis autem observatio, quod qui feçisset eam,viveret in ea,post quadringentos triginta. annos Mo y si data sit in monte Sina. Econtrario hic dici poterat: Quid ergo necesse fuit Legem post tantum tempus repromissionis dari, cum et data Lege, suspicio destructæ sponsionis potuerit [A l. putaverit] oboriri, et inanente repromissione non profu- tura Lex data sit?’Quam prævidens Apostolus quæstio- nem, in sequei\tibus ipsesibi proponit et explicat, dicens: « Quid igitur? Lex propter transgressiones posita est, doiiec veniret semen cui promissum erat; ordinata per angelos in manu mediatoris, mediator autem unius non est, Deus autem unus est. » Quia mauente repromissione, quæ facta fuerat ad Abraham*. Les postea data per ;ÉPITRE AUX GALATES 283 par Moïse paraissait inutile, l’Apôtre explique donc pourquoi elle fut établie :« C’est à cause des transgressions. » Elle fut donnée en effet après, quelepeuplese fut rendu coupable dans le désert, après l’adoration du veau d’or, après les mur¬ mures contre le Seigneur. La loi succéda à la promesse pour i s’opposer aux transgressions. « Car la loi n’est point établie pour le juste, mais pour les mjustes, les rebelles, les impies, . les pécheurs. » I Tim. i, 9. Et pour remonter plus haut, après l’idolâtrie à laquelle les Israé¬ lites s’étaient abandonnés dans l’Égypte, au point d’oublier le Dieu de leurs pères, et de dire ensuite : « Voici tes dieux, Israël, qui t’ont fait sortir de la terre d’Égypte, » tout ce qui con¬ cerne le culte de Dieu, et le châtiment à infliger aux transgresseurs fut réglé par la main du médiateur, le Christ Jésus. Car tout a été fait par lui, et rien n’a été fait sans lui, non seulement le ciel, la terre, la mer et tout ce que nous voyons, mais aussi ces prescriptions que Moïse imposa comme un joug à ce peuple à la tête dure, Jean i. L’Apôtre, dans son épître à Timo¬ thée, dit aussi : « 11 n’y a qu’un seul Dieu, un seul médiateur, entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, Tim. n, 5. Après que Jésus-Christ homme médiateur entre Dieu et les hommes, eut daigné prendre naissance du sein d’une Vierge, il reçut le nom d’arbitre. Avant qu’il prît un corps sem- blable au nôtre, alors qu’il était au commence- Moysen frustra videbatur ilia ta, cur data sit explicat : « propter transgressiones, » inquit. Post offensam enira in eremo populi, post adoratum vitulum, et murmur in Domiuum, Lex transgressiones prohibitura successit. « Justo quippe lex non est posita, iniquis autem et non subjectis, impiis et peccatoribus » I Tim. n. 9; et ut altius repetam, post idololatriam , cui in /Egypte fuerant mancipati, ita ut Deum patrum suorum obliviscerentur, et deinceps dicerent : « Isti sunt dii tui, Israël, qui edu- xerunt te de terra Ægypû, » ritus colendi Deum et de- linquentium pœna sancita est in manu mediatoris Christi Jesu, quia omnia per ipsum facta sunt, et sine ipso factum est nihi), non solum cœlum, terra, mare et uni- ver sa quæ cernimus, sed etiam ilia quæ per Moysen duro populo quasi jugum Legis imposita sunt Joan. î. Scribitur et ad Timotheum: « Unus enim Deus, unus et mediator Dei et hominum, homo Christus Jésus » I, Tim. n, 5. Postquam ob nostram salutem de Vjrginis utero dignatus est nasci mediator Dei et hominum homo Christus Jésus, sequester est d ictus. Antequam wo humanum corpus assumeret, et esset apud Patrem 284 SAINT JÉROME ment Dieu le Verbe dans le sein de son Père, il est appelé simplement médiateur sans qu’il soit fait mention de la nature humaine qu’il ne s’était pas encore unie, à l’égard de tous les saints auxquels la parole de Dieu est adressée, Énoch, Noé, Abraham, Isaac et Jacob, et ensuite Moïse et tous les prophètes dont parle l’Écriture... Quant à ces paroles : « La loi a été donnée par les anges, » l’Apôtre veut dire que toutes les fois que dans l’Ancien Testament, nous voyons paraître un ange et que l’auteur sacré fait ensuite parler Dieu, c’est vraiment un des anges choisi dans la multitude de ces esprits célestes, mais c’est le médiateur qui parle par sa bouche et dit : « Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, » ExocL. iri, 6. Et il n’y a rien d’éton- nant que Pieu parle dans la personne des anges, puisqu’il parle également par les anges qui sont dans les hommes, dans les prophètes, par exemple, ainsi que le dit Zacharie : « Et l’ange qui parlait en moi dit;Zac/i. n, 3; et il ajoute ensuite : « Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant. » En effet, jamais l’ange qui était dans les prophètes, au 'témoignage de l’Écriture, n’aurait osé dire en parlant de lui-même : « Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant. » Par la main du médiateur, nous devons entendre sa'puis- sance, et sa vertu. Considéré dans sa nature divine, il est un avec son Père; dans l’office de médiateur qu’il remplit, il est distinct du Père. in principio Deus Verbum, ad omnes sanctos ad quoa factus est sermo Dei, Enoch videlicet, Noe, Abraham, Isaac, et Jacob, et postea Moysen et cunctos Prophetas, quos Scriptura commémorât, sine additamento hominis, quem necdum assumpserat, mediator tantuminodo nuncupatur. Quod autem ait : « Lex ordinata per an- gelos, » hoc vult intelligi, quod in omni veteri Testa- mento, ubi angélus primum visus refertur, et postea quasi Deus loquens inducitur. Angélus quidem vere ex minjstris pluribus quicuraque sit visus, sed in illo me¬ diator loquatur qui dicat : « Ego sum Deus Abraham, Deus Isaac, et Deus Jacob » Exod. ni, 6. Nec mirum si Deus loquatur in angelis, cum etiam per angelos qui in hominibus sunt, loquatur Deus in prophetis, dicente Zacharia : « Et ait angélus qui loquebatur in me» Zach . n, 3; ac deinceps inferente : « Hæc dicit Do- minus omnipotens. » Neque enim angélus qui esse dic- tus fuerat in propheta, ex sua persona aude^at loqui :s « I-Iœc dicit Dominus omnipotens. Manum mediatoris, potentiam et virtutem ejus debemus accipire. Qui cum secundum Deum, unum sit ipse cum Pâtre, secunduifr Comme l’ordre des pensées a été confondu et troublé par un hyperbate, voici selon moi l’ordre dans lequel il faut lire : La loi a été don¬ née par les anges, par l’entremise d’un média¬ teur, à cause des transgressions, jusqu’à ce que vînt le rejeton à qui les promesses avaient été faites. Or, ce rejeton ost sans aucun doute Jésus-Christ, que saint Matthieu en commençant son Évangile, déclare être le fils d’Abraham : « Livre de la génération de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham. » « La loi est-elle donc contraire aux promesses de Dieu? Nullement; car si nous avions reçu une loi qui pût donner la vie, il serait vrai de dire que la justice viendrait de la loi. Mais l’Écriture a tout renfermé dans le péché, afin que ce que Dieu avait promis fût donné par la foi en Jésus-Christ à ceux qui croiraient. Or, avant que la foi fût venue, nous étions sous la garde de la loi qui nous tenait renfermés, en attendant cette foi qui devait être révélée. » De même que le médiateur de Dieu et des hommes, fut l’intermédiaire entre celui qui donna la loi et celui qui la reçut; ainsi la loi qui fut donnée après la promesse, vint se placer comme intermédiaire entre la promesse et son accom¬ plissement. Et il ne faut pas croire qu'elle annulle la promesse, parce que, venant après, elle paraît détruire la promesse qui l’a précédée. Mais, par là même qu’elle n'a pu donner ni la mediatoris officium alias ah eo intelligitur. Quia vero lectionis ordo confusus est, et hyperbato perturbatur, sic nobis reddendus videtur : Lex’posita est per angelos in manu mediatoris propter trangressiones ordinata per angelos, donec veniret semen cui repromissum erat. Semen autem haud dubium quin Christ um gignificet, qui ex Matthæi quoque principio comprobatur . esse filius Abraham, Scriptura refe rente : « Liber generationis Jesu Christi lilii David, filii Abraham. » « Lex ergo adversus promissa Dei? Absit. Si1 enim data esset Lex quæ posset vivificare, vere ex Lege esset justitia. Sed conclusit Scriptura omnia sub peccato, ut promissio ex Me Jesu Christi daretur credentibus. Prius autem quam veniret Mes, sub lege custodiebamur, con- clusi in eam Mem quæ revelanda eràt. » Sicut mediator Dei et hominum, inter dantem et accipientem Legem médius fuit. : ita Lex ipsa, quæ post repromissionem data est, inter repromissionem et completionem ejus media subrepsit. Quæ non idcirco arbitranda est pro- missionem exoludere, quia postea subsecuta eam, quæ prius fuit, videtur abolere; sed ex eo quod non COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GÂLATES vie, ni ce que contenait la promesse, il est évi¬ dent qu’elle a été donnée pour garder la pro¬ messe et non pour la détruire. Si en effet, la loi qui fut promulguée pouvait donner la vie, et accomplir tout ce que renfermait la promesse, on pourrait dire que la promesse a été annulléepar la loi. Mais comme elle est établie à cause des transgressions, ainsi que nous l'avons dit, elle reprend avec d’autant plus de force les pécheurs auxquels elle a été donnée avec la promesse pour les garder, et comme pour les emprisonner, c’est-à-dire que n’ayant pas voulu attendre l’effet de la promesse dans l’innocence par l’usage du bon arbitre, ils étaient enchaînés par les liens des prescriptions légales, réduits sous la servi¬ tude des commandements, et gardés pour l’avè¬ nement de la foi future en Jésus-Christ par laquelle la promesse devait recevoir son accom¬ plissement. Et ne croyons pas que l’Écriture soit l'auteur du péché, parce qu’elle est représentée comme ayant tout renfermé dans le péché; car le commandement fait en vertu d’un droit légi¬ time fait connaître et condamner bien plutôt le péché qu’il n’en est la cause. C’est ainsi que le juge n'est pas l’auteur du crime lorsqu’il fait enchaîner les scélérats, mais il les renferme et les déclare coupables en vertu de son autorité, sauf à user ensuite d’indulgence en leur faisant grâce de la peine capitale qu’ils ont méritée. Ainsi la loi a été notre pédagogue dans le Christ, potuit vivificare, nec id tribuere quod repromissio prima pollicita est, manifestum est in cnstodiam eam repromis- sionis, non in snbversionem datam. Si enim data esset Lex quæ posset præstare vitam, et id quod repromissio spoponderatexhihere, verepromissio per Legem putaretur exclusa. Nunc autem propter transgressiones, ut supra dixiinus, posita, magis arguit eos peccatores, quibus post repromis s ionem in custodiam, et ut ita dicam, in carce- rem data est, ut quia per arbitrii libertatem noluerant innocentes exspectare promissum, legalibus vinculis præpeditf et in servitutem mandatorum redacti, custo- direntur in adventum futuræ in Christo jidei, quæ finem repromissionis afferret. Nec vero æstimandum Scripturam auctorem esse peccati, quia omnia sub peccato conclu- sisse dicatur, cum mandatum quod ex jure præcipitur, ostendat potius arguatque peccatum, quam sit causa peccati. Quomodo et judex non est auctor sceleris, ne- quara , hommes vineiendo : sed concludit eos, et nocentes 285 pour que nous fussions justifiés par la foi. Mais la foi étant venue, nous ne sommes plus sous le pédagogue. Car vous êtes tous enfants de Dieu par la foi qui est dans le Christ Jéàus. On donne un pédagogue aux enfants pour refréner la viva¬ cité pétulante de leur âge, retenir leurs cœurs portés vers le vice par les études auxquelles on applique leur enfance, et en les préparant par la crainte du châtiment aux études plus élevées de la philosophie et du gouvernement de la chose publique. Cependant, le pédagogue n’est ni le maître, ni le père de l’enfant; son élève n’attend ni l’héritage ni la science de celui qui l’instruit, mais le pédagogue a la garde d’un enfant qui lui est étranger, et dont il doit se séparer lorsque cet enfant sera parvenu à l’âge légal pour entrer en possession de son héritage. C’est du reste ce que signifie le nom de pédagogue, composé de deux mots qui veulent dire faire avancer, conduire les enfants. La loi de Moïse a donc été donnée comme un pédagogue sévère à ce peuple sans retenue, pour le garder, et le préparer à la foi future qui, dès qu’elle fut venue, et que nous eûmes cru en Jésus-Christ, nous affranchit du pédagogue aussi bien que du tuteur et du curateur qui cessent d’être près de nous; parvenus à l’âge légal de la majorité, nous recevons le nom de fils de Dieu pour lequel nous sommes engendrés non par la loi qui est abrogée, mais par notre mère la foi qui est dans le Christ Jésus. Or, si quel- fide justificaremur. At ubi venit Mes, jam non sub pæ- dagogo sumus. Omnes enim filiï Dei estis per fidem, quæ est in Christo Jesu. » Pædagogus parvulis assigna- tur, utlasciviens refrenetur ætas, etprona in vitia corda teneantur, dum tenera studiis eruditur infantia, et ad majores philosophiæ ac regendæ reipublicæ disciplinas, metu pœnæ coercita præparatur. Non tamen pædagogus magister et pater est, nec hæreditatem et scientiam pædagogi is qui eruditur, exspectat; sed alienum cus- todit hlium pædagogus, ab eo postquam ille ad legiti- mum capiendæ hæreditatis tempus advenerit, recessurus. Denique et nomen pædagogi hoc ipsum sonat, et est compositum ab eo quod pueros agat,id est, ductet.Itaque et Moysi lex, populo lascivienti, ad instar pædagogi se- veriorisapposita est, ut custodireteos, etfuturæ Meipræ- pararet, quæ postquam venit et credidimus in Christum, jam non sumus sub pædagogo, tutor a nobis curatorque discedunt, et legitimum ætatis tempus ineuntes, veri Dei hlii nominamur, qui nos générât, non Lex abolita, sed mater JFides, quæ est in Christo Jesu. Quod si quis sententiæ suæ auctoritate pronuutiat, ut debitos pœnæ indulgentia postea si voluerit, princfpalis absolvat. « Itaque Lex pædagogus nostev fuit in Christo, ut ex post consummatum ætatis, suæ tempus, quando jam i 286 SAINT qu’un., après qu’il est parvenu à l’âge de la majo¬ rité,, après qu’il est devenu héritier libre, et qu’il porte le nom de fils, veut être encore sous le pédagogue, qu’il sache qu’il ne peut plus vivre soumis aux lois de son enfance. Dans quel endroit peut s’accomplir cette prescription : « Trois fois dans l’année, tous les mâles paraî¬ tront en la présence du Seigneur votre Dieu, » Exod. xxin. Maintenant que Jérusalem est détruite, et le temple réduit en cendres, où sont les victimes salutaires pour le péché? Où est ce feu des holocaustes brûlant perpétuellement à l’imitation des astres célestes maintenant que l’autel est entièrement détruit. Quel châtiment pourront-ils prononcer contre les coupables, selon le précepte de l’Écriture : « Vous ôterez le mal du milieu de vous, » Dent: xm. 5, mainte¬ nant que les Juifs sont esclaves sous le sceptre des Romains? Ainsi arrivera-t-il qu’ils ne vivront ni sous l’autorité du père, ni sous celle du péda¬ gogue, puisque la loi ne peut plus être accom¬ plie après que là foi a pris sa place, et qu’on ne peut vivre sous le règne de la foi, tant qu’on désire la loi pour pédagogue. « Car tous vous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez été revêtus du Christ. Il n’y a plus ni Juif, ni Grec, plus d’esclave, ni de libre, plus d’homme ni de femme, car vous n’êtes tous qu’une seule chose dans le Christ Jésus. » Com¬ ment nous naissons fils de Dieu par la foi qui JÉROME est dans le Christ Jésus, l’Apôtre nous l’ensei¬ gne lorsqu’il dit : « Vous tous qui avez été baptisés dans le. Christ, vous avez été revêtus du Christ. » Que le Christ soit un vêtement, c’est ce que prouve non seulement ce passage, mais cet autre du même Apôtre, adressant aux Romains cette exhortation : « Revêtez-vous de Notre- Seigneur Jésus-Christ, » Num. xm, 14. Si donc ceux qui ont été baptisés en Jésus-Christ ont revêtu le Christ, il est évident que ceux qui n’ont point revêtu le Christ n’ont pas été bapti¬ sés dans le Christ. Car c’est à ceux qui se croyaient fidèles et qui pensaient avoir reçu le baptême du Christ qu’il est dit : Revêtez-vous de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Celui qui n’a reçu que ce baptême corporel et qui peut être aperçu des yeux de la chair ne s’est point revêtu de Jésus- Christ. Ainsi par exemple, Simon dont il est parlé dans le livre des Actes, avait reçu le bap^ tême d’eau, mais comme il n’avait pas l’Esprit- Saint, il n’avait pas revêtu le Christ, Act. vin. Il en est de même des hérétiques ou des hypocrites et de ceux dont la vie est souillée par le péché, ils paraissent recevoir le baptême, mais je ne sais s’ils ont le vêtement du Christ. Considérons donc s’il ne s’en trouverait point parmi nops qui, n’ayant point le Christ pour vêtement, serait convaincu par là de n’avoir pas été baptisé dans le Christ. Maintenant, lorsqu’un chrétien a une fois revêtu le Christ, et que jeté dans la flamme, hæres et liber et filius appellatur, voluerit esse sub pæ- dagogo, sciât se non posse legibus parvuli vivere. Ubi enim nunc compleri potest illud: « Ter in anno appa- rebit ^mne masculinum tuum in conspectu Domini Dei ,tui » Ebcod. xxiii, 17, subversa Jérusalem, et templo usque ad cineres dissipato? Ubi salutares et propeccato hostiæ? Ubi ad simulacrum eœlestium siderum, holo- caustorum æternus ignis, altari omnino destrncto? Noxiis vero quæ poterit pœna decerni, Scriptura dicente: « Aüferetis maluni de medio vestrum » Deut, xirr, 5, servientibus Judæis, et Romanis regnantibus? Atque ita fiet, ut nec sub pâtre, nec sub pædagogo vivant; dum et Lex impleri non potest post successionem fidei, et ûdes dum pædagoga Lex appetitur, non tenetur. « Quicumque enim in Christo baptizati estis, Christum induistis. Non est Judæus, neque Græcus. Non estservus, neque liber. Non est masculus, neque femina. Omnes enim vos unum estis in, Christo Jesu, » QuornodoFilii per fidem, quæ est in Christo Jesu, nascamur, ostendit dicens: « Quicumque enim in Christo baptizati estis, Cbristum induistis. » Quod autem Cbristus sit indiimenr tum, non solum de præsenti loco verum etiam de aliocom- probatur, Paulo eodem cohortante : « Induite vos Dominum Jesum Christum » Rom . xnr, 14. Si igitur qui in Christo baptizati sunt', Chri stum inrluërunt, manifestum est eos qui non sunt induti Christum, non fuisse baptizatos in Christo. Ad eos enim qui fidele^ et baptisma Christi consecuti putabantur, dictum est : Induite vos Dominum Jesum Christum. Si quis hoc corporeum et quod oculiscamis aspicitur, aqnæ tantum accipit lavacrum, non est indutus Dominum Jesum Christum. Nam et Simon ille de Actihus apostolorum acceperat lavacrum aquæ; verum quia sanctum Spiritnm non habebat, indutus non erat Christum Actor. vin. Et hæreticia vel hypocritæ, et }ii qui sordide victitant, videntur quidém accipere baptismtim, sed nescio an Christi habeant indumentum. Itaque consideremus ne forte et in nobis aliquis deprehendatur, qui ex eo quod Christi non habet indumentum, arguatur non baptizatus in Christo. Cum autem quis seme] Christum indutus fuerit, et missus in flammam, Spiritus sancti nrdore canduerit, non intelligitur aitrnrn sit an argen- COMMENTAIRES SUR L EPITRE AUX GALATES 287 il rougit à blanc dans los ardeurs de l’Esprit- Saint, on ne distingue plus si c’est de l’or ou de l’argent. Tant que la chaleur pénètre la masse, il n’y a qu’une seule couleur de feu, et toute différence de race, de condition et de corps disparaît sous cette enveloppe ; car il n’y a ici ni Juif, ni Grec. Sous le nom de Grec nous devons comprendre le Gentil, parce que le mot grec " EXXïjv, signifie à la fois Grec et Gentil/ Ainsi lo Juif n’est pas meilleur, par cela seul qu’il est circoncis.; le Gentil n’est pas plus mau¬ vais parce qu’il est incirconcis; c’est par la qua¬ lité, de leur foi seule que l’un et l’autre est bon ou mauvais. L’esclave et l’affranchi eux-mêmes ne sont pas séparés par leur condition, mais par la foi; ainsi un esclave peut être meilleur qu’un affranchi, et un affranchi devancer un esclave par la perfection de sa foi. Il en est de même d’un homme et d’une femme, ils diffèrent par la force et la faiblesse de leurs corps ; mais la foi s’estime d’après le sentiment religieux de l’âme, -et il arrive souvent que la femme devient une cause de salut pour son mari, et que l’homme soit supérieur à sa femme sous le rapport reli¬ gieux. Puis donc qu’il en est ainsi, et que .toute la différence de race, de condition, de corps disparaît par le baptême sous le vêtement du Christ, nous sommes tous dans le Christ Jésus; et comme le Père et le Fils sont un en eux, ainsi nous sommes un en nous tous. tu'm. Quamdiu calor massam sic possidet, unus igneus Oolor est, et omnis diversitas generis, condilionis et corporum ‘aufertur istius modi vestimento. Non est enim Judæus, neque Græcus. Pro Græco Gentilem acçipere debemus,quia ’EXXyjv et Græcuni et Ethnicum utruinque significat. Nec Judæus idcirco raelior est, quia cn’cumcisus est; nec Geutilis ideo deterior, quia præputium habet; sed pro qualitate fidei, vel Judæus, vel Græcus melior, sivo deterior est. Servus quoque et liber, non conditions separantur, sed fide, quia .potest et servus libero esse meiior, et liben ' servumin fidei qualitate prævertere. Masculussimiliter et lemina, fortitudine et imbecillitate corporum separan¬ tur. Cæterurn Mes pro mentis devotione censetur, et sçepe evenit ut et millier viro causa salutis fiat, et mulierem vir in religîone præcedat. Cum autem ita s ù res babeat, et tota diversitas generis, condition is et corporum, Ghristi baptismate, et indumento illius aufe- ratur, omnes unum sumus in Ghristo Jesu, ut quorno- do, Pater et.Filius in se unum sunt, ita et nos in ipsis unum ôimus. « Et si vous ôtes tous au Christ, vous êtes donc la postérité d’Abraham, héritière selon sa promesse. » Comme les promesses ont été faites à Abraham et à celui qui devait naître de lui, c’est-à-dire au Christ, par une conséquence nécessaire, ceux qui sont enfants du Christ, c’est- à-dire qui sont nés de lui, sont aussi la postérité d’Abraham, ils sont nés de celui qui est né de lui. Mais toutes les fois que Notre-Seigneur Jésus est appelé la race d’Abraham, il faut l’entendre dans ce sens corporel qu’il est engendré de la race d’Abraham. Mais toutes les fois qu'après avoir reÿu la parole du Sauveur nous avons cru en lui, et que nous sommes devenus participants de la race d’Abraham à qui la promesse a été faite, nous devons alors rece¬ voir spirituellement la semence de la foi et de la prédication. Il faut encore remarquer que lorsque l’Apôtre parle du Seigneur : « Or, les promesses ont été faites à Abraham et à Celui qui naîtrait de lui, c’est au Christ JésuvS, il met les promesses au pluriel. Mais quand il parle de ceux qui sont la race d’Abraham par le Christ, la promesse est mise au singulier comme dans cet endroit : « Vous êtes donc la postérité d’Abraham, héritiers selon la promesse; » Il était convenable en effet que ce qui était dit au pluriel pour le Christ seul, fut mis au singulier lorsqu’il s’agissait d’un grand nombre d’hommes. « Si autem vos Chpsti, ergo Abrahæ semen estis, secundum promLsionem hæredes. » Quia repromissiones ad Abraham et ad semen ejus factæ sunt, quod est Christus Jésus, consequenter lii qui Christi filii, id est, semen ejus sunt, semen quoque dicuntur Abraham, cujus sunt semen ex semine: Verum quotiescumque Dominus ncster Jésus semen Abrahæ nominatur, cor- poraliter sentiendum est, quod ex ejus stirpe generetur. Quoties autem nos, qui Salvatoris sermone suscepto, credidimus in eum, et nobilitatem generis Abrahæ, ad quem est promissio . facta, suscepimus, tune spiri¬ tualité!' semen fidei et prædicationis accipere debemus. Deinde etiam hoc considerandum, quod. quando de Domino loquitur : « Abrahæ autem dictæ sunt promis¬ sions et semini ejus, » hoc est; Christo Jesu, repro¬ missiones pluraliter ponat. Quando vero de lus qui per Christum semen sunt Abrahæ, singulariter repromissio nuncupetur, ut in præsenti loco : « Ergo Abrahæ semen estis, secundum promissionem hæredes.» Decens quippe erat ut quod in Christo uno pluraliter dicebaturid in multis hominibus singulariter poneretur. Sequilur ; 288 SAINT JEROME CHAPITRE IV. « Je dis de plus : Tant que l'héritier est enfant, il ne diffère point d’un serviteur, quoi¬ qu’il soit maître de tout, mais il est sous des tuteurs et des curateurs jusqu’au temps marqué par son père. » Cet héritier encore enfant qui ne diffère point d’un serviteur tout en étant le maître de tout, qui est sous des tuteurs et des curateurs jusqu’au temps marqué par son père, c’est le genre humain tout entier jusqu’à l’avè¬ nement du Christ; et pour donner à ma pensée toute son étendue, jusqu’à la consommation du monde. De même en effet, que tous meurent avant même d’être nés dans Adam, notre pre¬ mier père, ainsi tous, même ceux qui sont nés avant l’avènement du Christ, sont vivifiés dans le second Adam. Ainsi arrive-t-il que nous avons été les serviteurs de la loi dans la per¬ sonne de nos pères; et que ceux-ci sont sau¬ vés par la grâce dans leurs enfants. Cette inter¬ prétation est digne de l’Église catholique qui reconnaît et affirme une seule et même provi¬ dence sous l’Ancien et le Nouveau Testament, et qui ne distingue point dans le cours du temps ceux qu’à unis une même condition. Tous nous avons été comme un édifice bâti sur le fonde¬ ment des apôtres et des prophètes, dont Jésus- Christ Notre-Seigneur est lui-même la princi¬ pale pierre de l’angle; lui qui des deux peuples CAPUT IV. Dico autem, quanto tempore hæres parvulus est, nihil differt a servo, cum sit Dominus omnium, sed sub tuto- ribus est et actorihus usque ad præfmituin tempus a pâtre. Hæres iste parvulus, qui nihil differt a servo cum sit Dominus omnium, sed sub tutoribus et actori- bus est, usque ad prsefimtum tempus a pâtre, totum humanum genus usque ad adventum Christi, et, ut amplius dicam, usque ad mundi consummationem significat. Quomodo enim omnes in protoplasto Adam, necduni nati moriuntur ; ita et omnes efciam hi, qui ante adventum Christi nati sunt, in secundo Adam vivificantur. Atque ita fit, ut et nos Legi servierimus in patribus ; et illi gratia salventur in filiis. Iste intel- lectus Ecclesiæ catholicæ convenit, quæ et veteris et novi Testamenti unam asserit providentiam; nec dis- tinguit in tempore, quos conditione sociavit. Omnes ædificati sumus super fundamentum apostolorum et prophetarum, continente nos angulari lapide Jesu Ghristo Domino nostro, qui fecit utraque unum, et n’en a fait qu’un en détruisant dans sa propre chair le mur de séparation, a détruit leurs inimi¬ tiés dans sa chair et a remplacé les difficultés de l’ancienne loi par le magnifique ensemble des dogmes évangéliques, Ephes. u. 20. Nous som¬ mes vraiment tous un seul pain et nous mar¬ chons tous deux dans une parfaite union sur la terre. Et de même que nous étions fondés sur les prophètes, ainsi les patriarches ont été pla¬ cés sur le fondement des apôtres. Dans les tuteurs et les curateurs on peut voir les pro¬ phètes dont les oracles nous instruisaient tous les jours jusqu'à l’avènement du Sauveur, de même que la loi de Moïse était un pédagogue pour le peuple juif avec les anges des petits qui voient tous les jours la face du Père et intercè¬ dent pour eux. C’est d’eux qu’il est dit : « Il enverra les anges du Seigneur autour de ceux qui le craignent, et il les délivrera de tout péril, » Ps. xxxiii, 8. On peut encore entendre les prê¬ tres et les princes qui dominaient alors le peu¬ ple et qui maintenant lui donnent la règle qu'il doit suivre. C’est avec raison que saint Paul dit de ce peuple qu’il est sous des tuteurs et des curateurs, parce qu’étant conduit par/l’esprit de crainte, il n’a pas encore mérité l'esprit de liberté et d'adoption. L’enfant en effet, tremble lorsqu’il est en faute, il craint le pédagogue, et ne croit pas être libre de ses actions, bien qu’il soit le maître de tous. Dans quelque sens qu'on medium parietem dissipans, inimicitiam utriusque populi iu sua carne deslruxit, et antiquæ Legis difficul- tatem, Evangelicorum dogmatum integritate mutavit Ephes. ii, 20. Vere in Christo omnes unus panis sumus, et duo consensimus, super terràm. Et quomodo nos super prophetas fundati sumus ; ita et patriarches in apostolorum fundamine constiterunt. Tutores autem et actores, possunt et prophetæ accipi, qurrum verbis quotidie in adventum Salvatoris erudiebamur; sicut pædagoga Moysi Lex supra disserta est; et angeli par- vulorum qui quotidie vident faciem Pafris, et inter¬ pellant pro eis. De quibus dictum est : « Immittet angelos Domini in circuitu timentium enm, et eruet eos Ps. xxxni, 8. Possunt intelligi et Sacerdotes et prin¬ cipes, qui tum populo doininati, nunc formam præ- bere censentur. Et recte hi sub tutoribus et actoribus esse dicuntur, qui habentes spiritum timoris, necdum meruere spiritum libertatis et adoptionis accipere. /Etas enim infantiæ ad peccata formidat, pædagogum metuit, non confidit esse se liberam, licet pèr natu- ram domina sit. Et secundum utramque intolligen- 289 COMMENTAIRES SUR entende les tuteurs et. les curateurs, que ce soit comme nous l'avons dit, les prophètes ou les anges, l’enfant est sous ces tuteurs,, sous ces curateurs, jusqu’à ce qu’il ait atteint l’âge légal de l’homme parfait. Or, cet âge légal qui est atteint à vingt-cinq ans révolus d’après les lois romaines, c’est l’avènement du Christ qui le consomme pour la perfection du genre humain. Dès qu’il est arrivé, et que nous sommés par¬ venus à l’âge1 de l’homme parfait, le pédagogue et le tuteur se séparent de nous. C’est alors que nous entrons en possession et de l’autorité du maître et de l’héritage clans lequel nous étions nés et qui semblait jusqu’alors nous être étranger. « Ainsi nous aussi, quand nous étions enfants, nous étions asservis aux premiers éléments du monde. » Il appelle ici éléments du monde, ce qu’il avait appelé plus haut du nom de tuteurs et de curateurs; c’était sous leur direction que nous étions d’abord placés et parce que nous ne pouvions encore comprendre l’avènement du Fils de Dieu vers nous, nous étions instruits par ces moyens intermédiaires. Quelques-uns pensent que ces. éléments sont les anges qui président aux quatre éléments du monde, à la terre, à l’eau, au feu, à l’air; et il est nécessaire avant que quelqu’un croie en Jésus-Christ, qu’il soit sous la . direction de ces maîtres. Par ces élé¬ ments du monde, la plupart entendent le ciel et tiam qua tutores et adores, vel prophetas, vel angelos diximqs, parvulus iste tamdiu sub actoribus est atque tutoribus, donec legitimum perfecti viri tempus im- pleverit. . Legitimum autem tempus, sicut romanis ■legibus, viginti quinque annorum spatio terminatur; ita ad humani generis perl'ectionem Christi reputatur adventus. Statim ut iile venerit. et omnes in virum perfectum creverimus, pædagogus a nobis lutorque discedunt. Tune auctoritat Domini et hæreditatis possessione perfruemur, in qua prius nat quodam- modo putabamur alieni. Ita et nos, cum esseinus parvuli, su elemen- tis hujus mundi eramus servientes. Elementa mundi, eosdem quos supra tutores et ac tores dixerat, appel- lavit ; quod sub ipsis primum præsidibus constitué, quia needum Dei Filii capere ad nos poteramus ad- ventum, erudiebamur in inedio. Nonnulli eos esse angelos arbitrantur, qui quatuor mundi elementis præsideant : terree videlicet, aquæ, igni, et aeri ; et necësse esse, ut priusquam quis credat in Christo, illis arbitris gubernetur. Elementa mundi cœlum et Tom. x. L’ÉPITRE AUX GALATES la terre, et tout co qu’ils renferment, parce que le soleil, la lune, la mer, les forêts, les divinités, les "montagnes ont été l’objet du culte des sages de la Grèce, des peuples barbares et des Ro¬ mains, quii étaient la sentine de toutes les su¬ perstitions. Mais aussitôt l’avènement du Christ, nous sommes affranchis de cette servitude, parce que nous comprenons que ces éléments ne sontpas des dieux, mais de simples créatures. D’autres croient que ces éléments du monde signifient la loi de Moïse, et les oracles des prophètes, parce qu’ils sont comme les commencements, comme les préludes des saintes lettres qui nous ob¬ tiennent la crainte de Dieu, commencement de la sagesse. Enfin voici ce que l’Apôtre écrivait dans son épître aux Hébreux, à ceux qui auraient dû être parfaits et qui, pour avoir négligé l’étude de la vérité, étaient encore attachés aux pre¬ miers éléments de la perfection. « Car, vous qui devriez être maîtres depuis le temps qu’on vous parle, vous avez encore besoin qu’on vous apprenne les premiers éléments de la parole de Dieu, » Hebr. v, 12. On peut nous objecter au contraire que l’apôtre saint Paul écrivant aux Colossiens, donne une signification différente à ce qu’il appelle les éléments du monde : « Prenez garde, dit-il, que quelqu’un ne vous séduise par ’ la philosophie, et par de vains sophismes, selon la tradition des hommes, selon les éléments du monde, et non selon Jésus-Christ, » Goloss. ir, 8. terrain, et ea quæ intra hæc suut, plerique appellata putant ; quod videlicet solem, lunam, maria, silva- rum et montium deos, et sapientes Græciæ, et Bar- barae nationes, Romanique, omnium superstitionum sentina, venerentur ; quibus cum Christus venerit, liberamur, intelligentes ea creaturas esse, non nu- mina. Alii elementa mundi, Legem interpretantur Moysi et eloquia prophetarum ; quod per hæc quasi initia et exordia litterarum, Dei timorem, qui”sapien- tiæ principium est, suscipiamus. Denique ad eos qui jam deberent esse perfecti, et yeritate neglecta, adhuc disciplinarum principiis inhærebant scribit in Lpistola ad Hebræos, Apostolus : « Etenim cum de^ beretis esse magistri pr opter tempus, rursum necesse habetis ut doceamini quæ sint elementa principii ser- monum Dei » lièbr, v, 12. Econtrario nobis objici po- test, quod ad Golossenses Paulus apostolus sciubens, elementa mundi alia nuncuparit : « Videte, dicens, ne quis vos deprædetur per philosophiam, et inanem de- ceptionem, secundum traditionem hominum, secundum elementa mundi, et non secundum Christum » Coloss . 19 290 SAINT JEROME Mais par cela seul que l’Apôtre ajoute : selon la tradition des hommes, et par de vains so¬ phismes, il montre qu’il ne donne pas le même sens aux éléments du monde dans l’épître aux Golossiens, et dans l’épltre aux Galates. Bien que la plénitude des temps soit arrivée, nous sommes affranchis de la servitude de ces élé¬ ments, ot en marchant vers un but plus élevé, nous recevons l’adoption des enfants. Mais ces auteurs ne disent rien qui fasse suite à leur interprétation, ils prennent simplement ces éléments pour les Écritures. On peut donc, comme nous l’avons dit, entendre la loi de Moïse et les prophètes pour les éléments des lettres, parce qu’elles nous servent à joindre les syllabes et les noms, et qu’on les apprend moins pour elles que pour procurer un autre avantage, c’est-à-dire afin que nous puissions lire un dis¬ cours parfaitement enchaîné où nous considé¬ rons beaucoup plus le sens et l’ordre des paroles que les éléments des lettres. En admettant que nous prenions ces éléments du monde pour la loi et les prophètes, il faut remarquer que le monde s’entend ordinairement de ceux qui sont dans le monde, comme dans ces paroles de saint Paul: « Dieu était dans le Christ, se réconciliant le monde; » II, Cor. v, 19, et dans ces autres de l’Évangile : « Et le monde a été fait par lui, et' le monde ne l’a point reçu, » Jean x. Quelques autres se donnent encore ici plus de liberté; n,. 8. Sed ex eo quod addidit, secundum traditionem hominum, et inanem deceptionem, ostendit non eadem eïementa ad Golossenses et ad Galatas nominari. Ab his cjuippe elementis postquam venerit temporis plenitudo redimimiir, et ad majora gradientes adoptio- nem recipimus filiorum. Ab illis vero nihil taie dici- tur quid sequatur; sed simpliciter eïementa pro litte- ris accipiuntur. Potest igitur, ut diximus, Moysi Lex et prophetæ pro elementis accipi litterarum, quod per eas syllabæ jungantur et nomina, et non tam sui, quam alterius rei utilitate discantur; ut possimus orationem ïegere contextam, in qua sensus magis et ordo verbo- rum quam litterarum principia considerantur. Quod autem Legem et prophetas, eïementa mundi interpré¬ tât! sumus, mundus pro his qui in mundo sunt, accipi solet, eodem Paulo dicente : « Deus erat in Ghristo, mundum reconcilians sibi II Cor. v, 9. Et in Evange- lio : « Et mundus per eum factus est, et mundus eum non recipit » Joan. x. Quidam etiam in ilia liberius eva- gantur, ut quia Lex umbram habet futurorum bonorum, requirant utrum in alio mundo, de quo Salvator ait : comme la loi à l’ombre des biens à venir, ils demandent si dans un autre monde auquel le Sauveur fait allusion lorsqu’il dit : « Je né suis pas de ce monde, » Jean vrrr, 23, nous commençons par être petits, et que, placés sous ces éléments rudimentaires, nous avancions peu à peu vers le sommet de la perfection, et que nous recevions l’adoption des enfants que nous avions perdus. « Mais lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils formé d’une femme, soumis à la loi, pour racheter ceux qui étaient soumis à la loi, afin que nous devinssions enfants adoptifs. » Considérez attentivement que l’A¬ pôtre ne dit pas : formé par une femme, comme l’expliquent Marcion et les autres hérésies qui n’admettent qu’une chair imaginaire du Christ, mais « formé d’une femme, » pour que nous soyons bien convaincus qu’il est né non par elle, mais de sa propre substance. S’il donne le nom de femme plutôt que celui de vierge à la sainte et bienheureuse Mère du Seigneur, c’est cç qu’a fait avant lui l’évangéliste saint Matthieu, lors¬ qu’il l’appelle l’épouse de Joseph, Matth.; ce qu’a fait le Seigneur lui-même lorsqu’il la reprend comme une simple femme; car il n’était pas nécessaire de lui donner toujours avec une prudence timide le nom de vierge, lorsque d’ailleurs le nom de femme exprime plutôt le sexe que l’union maritale, et que, dans le sens qui lui est donné dans la langue grecque, « Ego non snm de mundo isto Joan. vtii, 23, primum parvuli simus, et sub elementis initiorum constituti, paulatim procedamus ad summum, et recipiamus adop¬ tion is locum quem quondam amisimus. « At ubi venit plenitudo temporis, misit Deus Filium sunm factum ex muliere, factum sub Lege; ut eos qui sub Lege erant, redimeret, ut adoptio- nem filiorum reciperemus. Diligenter attendite quod non dixerit, factum per mulierem, quôd Marcion v et cæteræ hæreses volunt, quæ putativam Ghristi carnein simulant; sed « ex muliere, ut non per il- lam, sed ex ilia natus esse credatur. Quod autem sanctam et beatam Matrem Domini, mulierem, non Virginem nominavit, hoc idem et in Evangelio xaxi MaxQcaov scriptum est : quando uxor appeila- tur Joseph Luc. n, et ab ipso Domino quasi mulier increpatur Jouai, ii. Non enim necesse erat semper quasi caute et timide Virginem dicere, cum mulier sexum magis significet quam copulam viri ; et secun¬ dum intelligentiam Græcitatis, yuvyj tam uxor, quarh mulier valeat interpretari. Sed ut cuncta præteream, 29 1 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES le mot Yuv'^ signifie aussi bien femme qu’épouse. Mais laissons toutes ces difficultés, et disons que de même qu’il s’est, soumis à la loi, pour ra¬ cheter ceux qui étaient sous la loi, de même il a voulu naître d’une femme, à cause de ceux qui eux aussi étaient nés de la femme. C’est ainsi que, bien qu’il fût exempt de péché , il a voulu recevoir comme pénitent le baptême dans le fleuve du Jourdain, pour enseigner aux hommes qu’ils devaient être purifiés par le baptême et naître fils de Dieu par une nouvelle adoption de l’Esprit-Saint. C’est ce que ne comprenait pas encore Jean-Baptiste lorsqu’il défendait à Jésus d’approcher 7du baptême en lui disant : « C’est moi qui dois être baptisé par vous, » Matth. 14, Mais aussitôt on lui enseigne . la raison mysté¬ rieuse de cette conduite : « Faites maintenant ce que je dis, car c’est ainsi qu’il nous faut ac¬ complir toute justice » de peur que Celui qui venait sauver les hommes, parût omettre un seul des usages de la vie humaine. Quelqu’un cherchera peut-être à faire cette objection : si le Christ s’est soumis à la loi pour racheter ceux qui étaient sous la loi, par cette raison qu’il était impossible pour coux qui étaient sous la loi d’être rachetés, s'il ne s’était soumis lui-même à la loi, alors il a été fait exempt de la loi pour racheter ceux qui n’étaient pas soumis à la loi, ou s’il n’a pas été affranchi de la loi, il ne peut racheter ceux qui n’étaient pas sous la loi. Que quomodo sub lege factus est^ vit eos qui sub lege erant, redimeret ; sic propter illos qui nati erant ex muliere, ex muliere nasci voluit. Nam et baptismum in Jordanis fluento idcirco quasi pœnitens, cum esset a peccatis liber accepit, ut cæteros edoceret mundandos esse per baptismum, et in filios nova Spiritus adoptione generari. Quod nequaquam intelligens Joannes Ba- ptista, eum ad lavacrum prohibebat accedere, di- cens : « Ego ante debeo baptizari » Mail, m, 14. Et statim sacramentum [Al. saeramento] docetur : « Sine modo ; sic enim decet nos adimplere omnem justitiam, ne qui ob . hominum salutem vcnerat, aliquid de conversatione hominum prætçriret. Quærat quis- piam, et dicat : Si ideo sub Lege factus est, ut eos qui sub Lege erant redimeret, quod videlicet im- possibile fuerit redimi eos qui erant sub Lege, nisi factus fuisset ipse sub Lege ; aut sine Lege factus est, ut redimeret eos, qui sub Lege non erant; aut si non est factus ipse sine Lege, non redimit eos qui sub Lege non fuerant. Quod si possibile erat eos qui sine Lege erant, redimi; ita ut sine Lege ipse non s’il était possible à ceux qui ne sont point soumis à la loi d’être rachetés sans qu’il fût obligé d’être lui-même soumis à la loi, donc c’est, inutilement qu’il s’est soumis à la loi, pour ra¬ cheter ceux qui étaient sous la loi. On peut ré¬ soudre en peu de mots cette objection, au moyen de cet exemple : « Et il a été réputé aveq ceux qui sont sous la loi, » car, bien que dans les manus¬ crits latins, par suite de l’ignorance des inter . prêtes, on ait écrit fautivement : Il a été mis au rang des scélérats Luc . xxn, 37, il faut savoir, qu’en grec le mot àvouov qui se trouve dans le texte, a une signification différente du mot aSixov, qu’on lit dans les exemplaires latins. En effet avop.oç signifie qui est sans loi, et qui n’est lié par aucune obligation légale; aSwcoç au contraire, veut dire inique, injuste. Aussi l’Apôtre dit dans un autre endroit. « Lorsque je n’étais pas sous la loi de Dieu, mais que j’étais sous la loi du Christ, » I Cor. îx; et très certaine¬ ment nous lisons dans cet endroit àvou.oç dans le texte grec, et celui qui en a donné d’un côté une bonne interprétation, pouvait de l’autre l’interpréter de même, s’il n’avait été trompé par l’ambiguïté des termes. Un autre examinera plus subtilement le mot racheter et dira que ceux-là sont rachetés qui ont d’abord apparte¬ nu à Dieu, et qui ont eusuite cessé d’être à lui; et que ceux qui ne sont pas soumis à la loi, sont non rachetés, mais simplement achetés. fieret; ergo superflue sub Lege factus est; ut redi¬ meret eos qui sub Lege erant. Breviter solvet banc quæstionem, si quis illo utatur exemplo : « et cum bis qui sine Lege erant, repu ta tus est, » Nam licet in Latinis codicibus propter simplicitatem interpretum maie editum sit : « Et cum iniquis reputatus est, Luc, xxn, 37; tamen sciendum aliud apud Grmcos significare avopiov, quod hic scriptum est ; aliud a8txov, quod in Latinis voluminihus habetur. VA vojxoç, enim dicitur ille, qui sine lege est, et nullo jure, constrin- gitur. "ABcxoç vero iniquus, sive injustus. Undo et ipse Apostolus in alio loco : « cum non essem, ait, « sine Lege Dei; sed in Lege essem Christi I Cor. ix : et certe in hoc quoque testimonio ctvopLoç in* Grseco scriptum est; et qui hic bene interpretatus est, potuit idem verbum et ibi similiter interpretari • nisi eum ambiguitas fefellisset. Alius vero ipsum verbum, « redimeret, r- acutius intuebitur; et dicet eos signiûcari redemptos, qui primum de Dei parte fue- rint, et postea esse cessaverint; illos voro qui sub Lege non fuerint, non tain redimi, quam emi. Uude SAINT JÉROME 292 Aussi en 'écrivant aux Corinthiens parmi les¬ quels un bruit courait qu’il se commettait au milieu d’eux des impudicités, et de telles impu- dicités qu’il n’en est pas de semblables parmi les païens I Cor. v, leur dit : « Vous avez été ache¬ tés d’un grand prix, et non rachetés » car ils n’avaient pas été sous la loi. Nous recevons donc l’adoption des enfants de Dieu, et rachetés par le Christ, nous avons cessé d’être sous la servitude des éléments du monde et sous la puissance des tuteurs. Or, de même que nous avons montré la différence qui existe entre ache¬ ter et racheter, considérons celle qui existe entre recevoir et reprendre l’adoption des enfants de Dieu. « Et parce que vous êtes enfants, Dieu a envoyé dans vos coeurs l’Esprit de son Fils criant : Àbba, Père. » Il est évident que l’apôtre saint Paul fait mention de trois esprits : l’Esprit du Fils de Dieu, comme dans cet endroit : « Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs; » l’Esprit de Dieu, comme dans cet autre passage : « Tous ceux qui sont mus par l’Esprit de Dieu, sont los enfants.de Dieu, » Rom. vm. 14; et l'Esprit- Saint comme dans cet autre endroit : « Vos corps sont le temple de l’Esprit-Saint qui habite en vous, » I Cor. vr, 19. Or, que l’Esprit-Saint soit autre que le Fils de Dieu, c’est ce qui est prouvé clairement dans l'Évangile : « Celui qui parlera contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné, et ad Corinthios, in quibus audiebatnr fornicatio, et talis fornicatio quæ ne inter Gentes quidem Ibid, v, scribitur : « Pretio empti estis, » non « redempti ; » sub Lege quippe non fuerant. Recipimus igitur ado- ptionem filiorum Dei, et redempti a Christo, sub servitute elementorum mundi et tutorura potestate esse desistimus. Quomodo autem inter redimere et emere quid interesset, ostendimus, sic quid sit inter accipere, et recipere adoptionem filiorum, considere- -mus. « Quoniam autem estis filii Dei, misit Deus spiri- tum Filii sui in corda nostra clamantem, Àbba, Pater. » Manifeste apostolus Paulus très spiritus no¬ mmât, Spiritum Filii Dei, ut in præsenti loco : « Misit Deus Spiritum Filii in corda nostra » Rom . vm, 14, Et Spiritum Dei ut in illo : « Quotquot Spiritu Dei aguntur, hi filii Dei sunt. » Et Spiritum sanctum utibi : Corpora vestra templum sancti spiritus sunt, qui est in vobïs » I Cor. vi, 19. Àlium autem sanctum Spiri¬ tum esse quam Filium Dei, manifeste et in Evange- lio comprobatur : « Qui diierit verbum contra Filium mais celui qui blasphémera contre le Saint- Esprit, il ne lüi sera point pardonné ni dans ce monde, ni dans l’autre, » Luc . xii, 10. Nous affirmons ici cette vérité, parce qu’il en est beau¬ coup qui* par leur ignorance des Écritures, (c’est ce que fait Firmianus dans le huitième livre de ses lettres à Démétrianus,) prétendent que l’Esprit-Saint est appelé souvent le Père, ou le Fils. Et tandis que nous croyons très nettement dans la Trinité; en supprimant la troisième personne, ils rejettent la subs î an ce et ne conservent que le nom. Mais pour ne point tomber dans des longueurs, (car ce n’est pas un dialogue, mais un commentaire que j’écris,) je montrerai en peu de mots que trois esprits sont distinctement nommés dans le Psaume cinquante : « Créez en moi un cœur pur, ô mon Dieu, et renouvelez au fond de mon âme Pesprit de droiture. Ne me rejetez plas de votre face, et ne retirez pas de moi votre Esprit-Saint. Ren- dez-moi la joie de votre salut et fortifiez-moi par votre esprit souverain. » Il appelle le Père l’esprit souverain, parce que le Fils vient du Père et non le Père du Fils. Par l’esprit de droiture’ esprit de vérité et de justice, il veut signifier le Fils Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Car le Père a donné tout jugement au Fils, » Jean, v, 12, comme le dit David : « O Dieu, donnez le juge¬ ment au roi, et votre puissance au fils du roi, Ps. rxxr, 1. Quant à l’Esprit-Saint, il le nomme. hominîs, dimittetur ei. Quicumque autem dixerit con¬ tra Spiritum sanctum, nec hic, nec in futur o dimittetur ei » Luc. xit, 10. Hoc ideo : quia multi per imperi- tiam Scripturarum (quod et Firmianus in octavo ad Demetrianum Epistolarum libro .facit), ass^runt Spiritum sanctum sæpe Patrem, sæpe Filium . nomi- nari. Et cum perspicue in Trinitate credamus, ter* tiam personam auferentes, non substantiam ejus vo- lunt esse, sed nomen. Ne autem longum faciam non enim dialogus, sed commentarius scribitur, de quin- quagesimo psalmo très spiritus nominatos br éviter ostendam, propheta dicento : « Cor mundura créa in me, Deus, et spiritum rectum innova in viscëribus meis. Ne projicias me a facie tua; et Spiritum san¬ ctum tuum ne au feras a me. Redde mihi lætitiam salu- taris tui, et spiritu principali confirma me. » Principa- lem spiritum, Patrem appellat quia Filius ex Pâtre, et non Pater ex Filio, Spiritum autem rectum, ve- ritatis atqùe justitiæ, Christum Dominum significat : « Quia pater omne judicium dédit Filio » Jocm. v, 22, ut David ait : « Deus judicium tuum régi da, et poten- 293 COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX GALATES en termes exprès. Comme ces trois personnes sont distinctes de nqm et de personnalité, tandis qu’elles sont unies en substance et en nature; à cause même de cette communauté de nature, l’Es¬ prit-Saint est appelé indifféremment . tantôt l’Esprit du Père, tantôt l’Esprit du Fils. Or voici la conclusion que l’Apôtre tire du raisonnement par lequel il essaie de prouver, que nous ne sommes plus maintenant sous la loi, mais sous la grâce du Seigneur Jésus. Il avait dit précé¬ demment : « Afin que nous pussions recevoir l’adoption des enfants, » maintenant il prouve que nous sommes les enfants de Dieu par l’Es¬ prit-Saint que nous avons en nous, car jamais, dit-il, nous n’oserions dire : « Notre Père qui êtes dans les çieux, que votre nom soit sancti¬ fié » si nous n’avions conscience de l’Esprit-Saint qui habite en nous et qui crie par la grande voix des pensées et des vérités révélées : « Abba, Père, » Rom. vin, 15. Abba est un mot hébreu qui à la même signification que le mot Père. L’Écriture sainte continue en plusieurs endroits de joindre le mot hébreu avec son interprétation. Ainsi Bartimée, fils de Timée, Aser, « richesses, » Tabitha, « Dorcas, »AcL xi;et dans la Genèse, Mesech, « esclave né dans ma maison » Genes . xv, 3; et de même dans 'd’autres endroits sem¬ blables. Or, comme le mot Abba signifie Père dans l’hébreu et dans le syriaque,* et que Notre- Seigneur dans l’Évangile nous défend de donner tiam tuam filio régis » Ps . lxxi, 1. Porro Spiritum sanctum aperto nomme vocat. Quæ quidem cum vocabulis personisque dîssentiant, substantia natu- raque sociata sunt; et indifferenter idem Spiritus ob naturse societatem, nunc Patris dicitur esse, nùnc Filii. Argumentum autom quo asserere conatur, nos jam non esse sub Lege, sed sub gratia Domini Jèsu, tali fine eoncludit. Su péri us dixerat, « ut ado- ptionem filiorum reciperemus]; nunc Dei esse nos fi- lios, ex spiritu probat quem habemus in nobis. ;Num- qaam enim, inquit, auderemus dicere : « Pater noster qui es in cœfis; ranctificetur nomen tunm, » nisi de conscientia Spiritus habitantis in nobis, et magna sensuum et dogmatum voce clamante : « Abba, Pater » Rom. vm, 15. Abba Hebraicum est, idipsum signi- ficans quod et Pater. Et hanc consuetudinem in plu- ribus locis Scriptura conservât, ut Hebraicum ver- bum cum interpretalione sua ponat. Bartimeus, « fi- lius Timei. » Aser, « divitise. », Tabitha, « Dorcas, » Act . xx ; et in Genesi, Mesech, « vernaculus » Gen. xv, et caetera his sim ilia. Gum autem Abba' Pater Hebrseo à d’autres qu’à Dieu le nom de Père, MaUh. xxn, je ne sais par quelle licence dans les monastères, nous appelons les antres de ce nom, ou nous souffrons qu’on nous le donne. Et cependant, celui qui nous fait cette défense, est le même qui nous a dit qu’il ne fallait pas jurer, Matth. v. Or si nous ne jurons point, n’appelons également personne du nom de Père. Si nous donnons une autre interprétation à cette défense relative au nom de Père, nous serons forcés d’interpréter aussi différemment la défense de jureri II faut remar¬ quer aussi que dans l’Écriture sainte, le mot cri signifie non l’élévation de la voix, mais la grandeur de la science et des vérités qu’on veut exposer. C’est ainsi que dans l’Exode, le Seigneur répond à Moïse : « Pourquoi cries-tu vers-moi? » Exod . xiv, 15. alors que Moïse n’avait prononcé auparavant aucune parole; l’Écriture appelle donc cri un cœur contrit, et qui gémissait avec larmes sur son peuple. De même donc que celui qui a l’Esprit du Fils de Dieu, est lui-même fils de Dieu, ainsi réciproquement, celui qui n’a pas l’Esprit du Fils de Dieu, ne peut être appelé Fils de Dieu. « Ainsi nul n’est plus serviteur, mais fils. Que s’il est fils, il est aussi héritier par Dieu. » .En ayant, dit-il, l’Esprit du Fils de Dieu qui crie en vous Abba, Père, vous avez cessé d’être des serviteurs pour devenir des fils; auparavant, vous ne différiez en rien d’un. serviteur, bien que Syroque sermone dicatur, et Dominus nostor in Evan- gelio præcipiat, nullum Patrem vocandum nisi Deum Mut. xiii, nescio qua licentia in monastei*iis vel voceinus hoc nomine alios, vel vocari nos acquie- scamus. Et certe ipse prœcepit hoc qui dixerat non esse jurandnm, MaUh. v. Si non juramus, nec pa¬ trem quidem quempiam nominemus. Si de pâtre in- terpretabimur aliter, et de jurando aliter sentire co- gemur [Al. cogemus]. Notaudum etiam, quia clainor in Scripturis non magnæ vocis emissio, sed scientiæ intelligatur et dogmatum magnitudo. Nam et in, Exodo respondit Dominus ad Moysen : « Quid clamas ad me » Exod. xxv, 15? cum penitus Moysi vox milia præcesserit. Verum compunctum cor et pro populo lacrymabiliter ingemiscens, Scriptura clamorem vocavit. Quomodo igitur, qui. Spiritum Filii Dei habet filius Dei est; sic in reciprocum, qui spiritum Filii Dei. non habet, Dei filins non potest appeïlari. « Itaque jam non est servus, sed filius. Quod si filius, et hæres per Christum. » Habentes, inquit, spi-, ritum Filii Dèi in vobia clamantem, Abba, Pater 294 SAINT JEROME vous apparteniez à la nature de Dieu ; mais vous viviez comme de petits enfants, sous la puissance des tuteurs et des curateurs. Or, si maintenant vous êtes devenus enfants, l’héritage vous est ' dû par une conséquence nécessaire. En effot, en recevant l’Esprit du Fils de Dieu, vous êtes devenus enfants de Dieu; il faut donc, de même, qu’étant passés de la servitude à la liberté, vous partagiez l’héritage avec l’héritier du Père, le Christ Jésus, qui, dans la nature humaine qu’il avait prise s’exprime ainsi dans le Psaume ; « le Seigneur m’a dit : vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd’hui. Demandez-moi et je vous donnerai les nations pour héritage, et les extrémités de la terre pour empire » Ps. n,7. 8. Or ce que nous disons ici, nous devons l’appliquer à tous les autres endroits semblables; c’est-à- dire, que sous le nombre singulier, il est ques¬ tion de tout le genre humain ; car nous tous qui croyons, nous sommes un dans le Christ Jésus, nous sommes les membres do son corps et amenés à l’état de l’homme parfait, nous avons le Christ pour chef, parce que le Christ est le chef de l’homme. « Autrefois, à la vérité, ignorant Dieu, vous étiez asservis à ceux qui, par leur nature, ne sont pas dieux. Mais maintenant que vous con¬ naissez Diou, ou plutôt que vous êtes connus de Dieu, comment retournez-vous à ces faibles et pauvres éléments auxquels vous voulez de nou- non servi cœpistis esse, sed filii. Quia ante nihil difforebatis a servo cum essetis natura quidem Dei; sed sub tutoribus et actoribus parvuli degebatis; qaod si filii estis, consequenter vobis debetiu' hær éditas, ut quomodo spiritum Filii Dei accipientes, facti estis filii Dei, ita in libertatem de servitute raulati, liæredes sitis cum hærede Patris Ghristo Jesu, qui ex persona hominis assurapti loquitur in psalmo ; « Dominus dixit ad me, Filius meus es tu, ego hodie genui te. Postula a me, et dabo tibi gentes hære- ditatem tuait), et possessionem tuam tenninos terræ » Ps.ui, 7, 8. Quod autem in hoc loco dicimus, in cæteris quoque obsevvare debemus, de toto généré hominum singulari numéro disputari. Oranes euim credentes unum sumus in Ghristo Jesu, et membra corporis ejus, et in perfectum virum redacti, ilium liabemus 1 caput, quia caput viri Christus est 1 Cor. xi. 2. « Sed tune, quidem nescientes Deum servistis his qui natura non erant dii. Nunc vero cognoscentes Deum, magis autem cogeiti ab eo, quomodo convertimini ite- veau vous asservir? » Il reproche aux Galates qu’il avait fait passer du culte des idoles à la foi du vrai Dieu, de ce qu’après avoir aban¬ donné les idoles qui ne sont pas Dieu . de leur nature, après avoir connu Dieu, ou plutôt après avoir été connus de lui, après avoir do plüs reçu , l’Esprit d’adoption, ils ont comme de petits enfants désiré de se replacer sous l’autorité des tuteurs et d’un pédagogue et sont retournés à de faibles et pauvres éléments, qui avaient été donnés dans le désert à un peuple infirme et pauvre d’intelligence, parce qu’il ne pouvait ni en recevoir ni en supporter de plus parfaits. Or ces mêmes éléments qu'il traite de faibles et de pauvres, il les a plus haut appelés lçs élé¬ ments du monde; Et là où il les appelle les éléments du monde, il n’ajoute point la quali¬ fication de faibles et de pauvres. Et lorsqu’il les appelle faibles et infirmes, il supprime le mot < du monde » comme nous l’avons dit plus haut. Je pense donc que tant qu’on est petit enfant et qu’on n’a pas accompli l’âge marqué par le père pour recevoir le nom de fils et d’héritier, on reste sous les éléments du monde, c’est-à- dire sous la loi de Moïse. Mais lorsqu’après avoir été mis en possession de la liberté due au fils, un chrétien retourne à la loi, veut se faire circoncire et suivre à la lettre toutes les obser¬ vances superstitieuses des Juifs, alors les mêmes éléments qui étaient pour lui les éléments du rum ad infirma et egena elementa, quibus rursum !ser- vire vultis? Galatas quos ab idolorum cultu ad fidem Dei veri transtulerunt, arguit, quomodo. idolis derelictis, quæ natura non erant dii, et cognoscentes Deum, ma¬ gis autem cogniti ab ipso, epiritu quoque adoptionis ac¬ cepta, rursum quasi parvuli. et sub tutoribus et pædagogo esse cupientes, ad infirma et paupertina revertantur ele- menta quæ propterea infirmo et pauperi sensu populo data sunt in deserto quia non poterat accipere et sustinere majora. Eadem autem element a, quæ nunc infirma et egena appellavit superius tantum mundi elementa posuit. Et ubi elementa mundi dicta sunt ’ ibi non est additum, « infirma et egena. » Pline rursum ubi infirma vocata sunt, « mundi, » ut supra diximus, - nomen est tacitum. Puto itaque quamdiu quis par- vulus est, nec statu tum a pâtre tempus implevit, ut filius et hæres appellari queat, sub elementis eum mundi, Lege videlicet esse Moysi. Cum autem post libertatem filio debitam rursus reversas fuerit ad Legem, circumcidi vole ns, et tôt ara Judaicæ super- stitionis litteram sequi, tune qcæ prius ei mundi COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRË AUX GALATES 295 mon do sont appelés des préambules faibles et pauvres. Ils sont d’une telle impuissance pour ceux qui les observent, qu’ils ne peuvent même leur donner ce qu’ils pouvaient donner aupara¬ vant, maintenant que Jérusalem,, le temple et l’autel sont détruits. On me répondra et on me dira : Si la loi et les préceptes qui s’y trouvent écrits sont des éléments faibles et pauvres, et si ceux qui ont connu Dieu ou plutôt qui ont été connus de Dieu, ne doivent plus observer la loi (de peur de paraître, moins adorer Dieu dont ils sont connus qüe de retourner à ceux qui de leur nature ne sont pas dieux) il faut en conclure que Moïse et les prophètes ont observé la loi, et qu’alors ils n’ont pas connu Dieu et n’ont pas été connus de lui; ou que s’ils ont connu Dieu, ils n’ont en aucune façon observé les préceptes de la loi. Or il est également dangereux de dire ou qu’ils n’ont pas fait ce que la loi commande, et qu’ainsi ils ont connu Dieu; ou qu’ils n’ont pas connu Dieu, en se soumettant aux élé¬ ments faibles et pauvres do la loi. Voici la solution qu’on peut donner à cette difficulté : c’est de dire que de même que Paul s’est fait Juif avec les Juifs pour gagner les Juifs I Cor. ix, de .même qu’il a fait couper ses cheveux à Genchrée à cause d’un vœu Act . xvm, et qu’il est entré pieds nus et la tête rasée dans le temple de Jérusalem pour calmer Tenvie de ceux qui avaient publié qu’il se posait, en adver¬ saire de la loi de Moïse et du Dieu des prophètes; ainsi ces saints personnages ont fait, il est vrai, ce que la loi commandait, mais ils ont plutôt suivi l’esprit que la lettre de la loi. Avec la même ardeur qu’Abraham, ils ont désiré voir sans aucun voile io jour du Christ, ils l’ont vu et en ont été comblés de joie; ils se sont rendusfaibles avec un peuple faible pour gagner les faibles, et avec ceux qui étaient sous la loi, ils ont été eux-mêmes comme soumis à la loi afin de les déta¬ cher des idoles qu’ils adoraient dans l’Égypte. Car il serait vraiment absurde que Moïse et les autres avec lesquels Dieu .s’entretenait aient été dans une telle condition que nous en soyons réduits à ne pas croire que le temps marqué par le Père est venu pour eux, qu’ils ont été rachetés de la servitude légale, et qu’ils ont reçu l’héri¬ tage avec le Christ; car toutes les grâces que la sagesse de Dieu a départies au genre humain comme à son Fils unique, il les a également accordées à chacun des saints dans l’ordre et suivant les règles de sa Providence. Lorsque nous appelons la loi de Moïse des éléments faibles et infirmes, les hérétiques en prennent occasion de calomnier le Créatëur de ce qu’il a créé le monde et donné la loi. Nous leur répondrons tantum fuerant elementa, infirma quoque et egena dicuntur exordia. Intantum enim nihil prosunt cul- toribus suis, ut ne hoc quidem eis exhibere’ valeant quod ante præstiterant, Jerosolyma, templo, altari- que destructis. Respondeat aliquis, et dicat : Si lex et præcepta quæ in Lege conscripta sont, infirma et egena elementa sunt, et hi qui cognoverunt Deum, magis autem cogniti sunt ab eo, Legem observare non debent, ne incipiant non tain Deum colere a quo cogniti sunt, quam ad eos reverti qui natura non sunt dii, aut Legem observaverunt Moyses et prophetæ, et non cognoverunt Deum, nec cogniti sunt ab eo; aut si cognoverunt Deum, mandata Le- gis minime compleyerunt. Quod utrumque pericu- losu'ni est dicere : Aut illos non fecisse quæ Legis sunt, et sic cognovisse Deum, aut non cognoyisse Deum, dum infirma et egena Legis ; elementa custo- diunt. Quod quidem sic solvi potest, ut dicamus il¬ los, qüomodo Paulus factus est Jujæis Judæus, ut Judseos lucrifaceret 1 Cor. ix, et .in Cencris ex voto comam totondit Act. xvm, et nudipedalia atque çalvitium Jerosolymis in templo exercuit, ut eo- rum sedaret invidiam, qui -catechisati de eo fue¬ rant, quod contra Legem Moysi, et Deum faceret prophetarum; ita et sanctos viros fecisse quidem ea quæ Legis erant, sed sensum magis Legis secu- tos esse quam litteram. Qui non minus quam Abra¬ ham sublato de facie velamento cupierunt yidere diem Ghristi, et vider unt et lætati sunt. Facti infirmo populo infirmi, ut infirmos lucrifacerent I Cor. ix, et his qui sub Lege erant quasi essent ipsi sub Lege, ut eos ab idolis quibus in Ægypto assueverant, separarent. Absurdum quippe est Moy- sen et cæteros confabulatores Dei in ea fuisse com- ditione, ut non credamus, eis et præfinitum tem- pus a Pâtre yenisse, et redemptos eos esse de ser- yitute legali, et adoptionem filiorum/ consecutos et hæreditatem cepisse cum Christo, Quæcumque enim toto generi humano sapientia Dei quasi uni Filio præstitit, hæc eadem unicuique sanctorum semper suo ordine et dispensatione Iargita est. Le¬ gem nobis Moysi infirma et egena dicentibus ele- menfca, occasionem inveniunt hæretici, ut deti'abant Creatori quia mundum condiderit, et Legem san- xerit. ;Qüibüs nos respondebimus, id quod supra diximus infirma his esse et eæena elementa, qui ad 296 SAINT JÉROME ce que nous avons déjà dit plus haut, que ce sont des éléments faibles et infirmes pour ceux qui y retournent après la grâce de l’Évangile. Mais avant que vînt- le temps marquéqpar le Père, ils étaient moins appelés des éléments faibles et infirmes que les éléments du monde. Enfin, avant que l’Évangile du Christ répandît sa splendeur par tout l’univers, les prescriptions légales ont eu leur éclat; mais lorsque la lumière plus vive de la grâce évangélique vint à briller, et que le soleil de justice inonda toute la terre de ses rayons, la lumière des étoiles fut éclipsée, leurs rayons s’obscurcirent à ce point que l’Apôtre a pu dire dans un autre endroit : « Ce qu’il y a eu d’éclatant dans le premier ministère n’est même pas gloire, comparé à la gloire suré¬ minente du second II Cor . n. C’est la même vérité qu’il exprime ici lorsqu’il dit que la loi de Moïse, qui avant l’Évangile était riche et opu¬ lente,,, après la venue du Christ ne fut plus en comparaison que des éléments faibles et infirmes, effacée et réduite à rien par Celui qui était plus grand que Salomon, que le temple et que Jonas. En effet ce qui est écrit : « Il faut qu’il croisse et moi que je diminue, » Joan. ni, 30, a été dit comme s’appliquant moins à la personne de Jean qu’à la loi elle-même; car toujours les choses inférieures le cèdent aux plus élevées, et ce qui est parfait prend le dessus sur de simples ébauches; nous confirmerons du reste ea post Evangelii gratiam rever tuntur. Antequam vero præfinitum tempus veniret a Pâtre, non tain infirma et egena appellata esse éléments, quam mundi. Denique priusquam Christi in toto orbe Evangelium coruscaret, habuerunt suum fulgorem præcepta legalia ; postquam vero majus evangelicæ gratise lumen effulsit, et sol justitiæ toti mundo se prodidit, stellarum lumen absconditum est, et ea- rum radii caligaverunt, ita ut Àpostolus in alio loco diceret « Nam nec glorificatum est, quod glorificatum fuit in bac parte, pr opter excelle ntem gloriam » II Cor. in. Quod aliis verbis nunc loquitur, ut dicat, Leîi Moysi quæ ante Evangelium dives, et opulenta, et clara fuit, post adventum Christi ad compara tionem ejus quasi infirma et egena imminuta, atque .de¬ struc ta est ab eo qui major fuit Salomone, et tem- plo et Jona. Quod enim scriptum est : « Illuin oportet crescere, me antem mi nui » Joan. ni. 30, non tam ex Joannis, quam ex Legis persona dictum . puto, quia semper cedunt minora majoribus, et perfecta ici, en prenant ces paroles dans un sens littéral moins relevé que les éléments faibles et infirmes sont encore les traditions des Juifs, comprenant des moyens imparfaits de justification, et des préceptes défectueux. En effet, l’intelligence spirituelle de la loi est forte et riche Ezeth. xx, et on ne peut l’appeler un élément dans toute l’étendue du mot; ou si elle est un élément, c’est en comparaison du siècle futur et de la vie qui est en Jésus-Christ, vie qui est maintenant celle des anges, et des vertus célestes. Mais si on la compare au sens judaïque, on ne doit plus l’appeler un élément, c’est-à-dire, un commen¬ cement, mais bien plutôt une perfection. L’Apô¬ tre ajoute : « Maintenant que vous connaissez Dieu, ou plutôt que vous êtes connus de Dieu, » et il prouve par là qu’après avoir renoncé au culte des idoles, les Galates ont connu Dieu, ou plutôt ont été jugés dignes d’être connus de lui. Ce n’est pas que le Dieu préateur de tout ce qui existe, puisse ignorer quelque chose, mais nous disons de Dieu qu’il connaît seulement ceux qui abandonnent l’erreur pour suivre les règles de la religion. « Le Seigneur connaît ceux qui sont à Lui, » IL Tim . n, 19. Et le Sauveur dans l’Évangile : « Je suis le bon pasteur, *je connais mes brebis, et mes brebis me connais¬ sent, » Jean. - x, 14. Lorsqu’il s’adresse aux impies, il dit au contraire. « Je ne vous connais pas, retirez-vous de moi, ouvriers d’iniquité, » initiis præponuntur. Alias autem infirma et egena elementa, Judæorum traditiones et secundum lit— teram vilem intelligentiam confirinabimus, quæ, sunt justificationes non bonæ, et præcepta non bon a. Kobusta quippe et dives est Legis intéiligentia spiritualis Ezech. xx, ita ut a ut penitus elementum non debeat appeliari, aut elementum quidem sit comparatione futuri sæculi, et vitæ in Christo Jesu, qua nunc vivant angeii supernæque virtütes. Sensui vero Judaico comparata, non tam elementum, hoc est, initium, quam 'perfectio nuncupetur. Quod au¬ tem ait : « Nunc vero cognoscentes Deum, inagis autem cogniti ab eo, » illud ostendit, quod post idolorum cul- tum, Deum inteUexerint Galatæ, vel potius ipsi co- gnitione ejus digni sint judicati. Non quod Deus Creator omnium aliquid ignoret; sed quod eos tantum scire dicatur, qui errorem pie ta te muta ver int. « Cognoscit Dominas qui sunt ejus» II Tim. u, 19. Et Salvator in Evangelio : « Ego sum, » ait, « pastor bonus, et cognosco meas, et cognôscunt me meæ » Joan i x, 14. Econtra COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES Luc. xm, 27. Et aux vierges folles : « Je ne sais qui vous ôtes, » Matth. xxv, 12. « Vous observez certains jours, certains mois, certains temps et certaines années. Je crains pour vous d’avoir en vain travaillé parmi vous. » Celui qui n’adore point le Père en esprit et en vérité, ne connaît point le sabbat réservé aux saints et dont Dieu a dit : « Ils n’entreront point dans mon repos, » Ps. xciv, 11, et ne se rappelle point ces temps dont il est écrit : « Souvenez-vous des anciens jours,» Isai xlvi, 9. Et dans un autre endroit : « Je me suis souvenu des jours anciens,, et j’ai eu dans l’esprit les années éternelles, » Ps. lxxvi, 6. Il observo les jours judaïques, les néoménies, certains temps et certains mois. Les jours, comme ceux du sabbat du premier jour des mois, comme ceux qui s’écoulent du dix au quatorzième jour du premier mois, où l’agneau matériel est réservé pour l’immolation, et encore depuis le quatorze jusqu’au vingt et un du même mois, lorsqu’on mange les azymes, non de la sincérité et de la vérité, mais avec le vieux levain de la malice et l’iniquité des Pharisiens. Celui qui après la fête des azymes compte les sept semaines sui¬ vant le rit judaïque, observe les jours de la Pentecôte hébraïque; ajoutez encore le son des trompettes, le premier jour du septième mois; ceux qui le dixième jour du même mois prati- ad impios: << Nescio vos, recedite a me, operarii iniqui- tatis » Luc, xiii, 27. .Et ad stultas virgines: « Nescio vos quæ estis, [AI ; süis.] Matth xxv, 12 « Dies observatis, et menses, et tempora, et annos, timeo vos, ne lorte sine causa laboraverim in vobis. » Qui non adora t Patrem in spiritu et veritate, nescit sabbatismum sanctis repositum, de quo loquitur Deus : « Si introierunt in requiem ineaïn, Psal. xciv. il; et non de illis temporibus recordatur, de quibus scriptum est : « Recordamini dierum sæculi » Isai. xlvi, 9. Et alibi : « Memoratus sum dies antiquos, et annos æternos in mente habui » Psal lxxvi, 6. Dies Judaicos observât et menses, et tempora, et annos. Dies, ut sabbati, et neomeniæ, et a décima mensis pri- mi usque ad quartam decimam, quam agnus corporeus victimæ reservatur, et a quarta décima usque ad vice- simam primam ejusdem mensis, quando azyina come- duntur, non . sinceritatis et veritatis, sed in fermento veteri malitiæ et nequitiæ Pharisæorüm. Septem quo- que septimanas, qui ritu Judaico post azyma computat, dies Isrâeliticæ Pentecostes colit. Nec non et clangorem tubarum mense septimo prima mensis. Décima quoque 297. quent l’expiation et le jeûne, et dressent des tentes, observent encore les jours judaïques. Ceux-là' sont observateurs des mois, qui fêtent le premier et le septième mois, sans com¬ prendre le mystère de vérité qu’ils renferment. Ceux-là observent les temps, qui en venant trois fois par an à Jérusalem, pensent accomplir ce pré¬ cepte du Seigneur : « Vous célébrerez des fêtes en mon honneur trois fois l’année, vous garde¬ rez la solennité des pains azymes, la solennité du mois des prémices et la solennité de la fin de l’année; » Exod. xxnr, 14 etsuiv. Et ailleurs : « Trois fois dans l’année, tous les mâles paraî¬ tront en la présence du Seigneur votre Dieu, » Ibid. 17. L’Apôtre ajoute : « Et certaines années» et je pense qu’il veut parler de l’année de la rémission, c’est-à-dire, de la septième et de la cinquantième qu’on appelait l’année jubilaire. Saint Paul explique plus clairement ce passage dans l’Épltre aux Colossiens, lorsqu’il dit : « Que personne donc ne vous condamne pour le manger ou pour le boire, ou à cause d’une partie des jours de fête, des nouvelles lunes et des jours de sabbat, toutes choses qui ne sont que l’ombre de celles qui devaient arriver, » Coloss. u, 16. Il dit : d’une partie des jours de fête, pour les distinguer des fêtes perpétuelles, afin que. nous ne limitions pas ces fêtes à une courte et faible partie de toute notre existence; mais afin que ejusdem mensis, expiationem et jejunium, et sceno- pegias ex more figentes, Judaicos observant dies. Men¬ ses autem custodiunt, qui primun et septimum mensem, non intelligentes mysterium veritatis, observant. Tem¬ pora quoque colunt, qui ter per annos singulos Jeroso- lymam venientes, putant se Domini implere præceptum, . dic.entis: « Tribus temporibus anni diem festum agetis milii, solemnitatem azymorum, et solemnitatem messis primitivorum; et solemnitatem consummationis in exitu anni, » Exod. xxm, li, seqq. Et alibi: « Tribus temporibus anni apparebit mascnlinum tuum in con- spectu Domini Dei tui, » Ibid. xvii. Quod autem ait, « et annos, » puto de septimo remissionis anno dici, et de quinquagesimo, quem illi Jubileum vocant. Plenius hune locum ad Golossenses Apostolus explicat, dicens: « Nemo ergo vos judicet in cibo, aut in potu, aut in parte diei festi, aut neomeniæ, aut sabbatorum, quæ sunt umbra futurorum, Coloss. n, 16. Partem dici festi ad distinctionem perpetuæ festivitatis hic posuit) ut non brevein. et, ut ita dicam, totiüs corporis quamdam partioulam, sed totum vitæ nostræ spatium perpetuæ in ChrisLo solemnitatis habeamus. Et ut 298 SAINT JEROME tout l’espace de notre vie soit une fête conti¬ nuelle en Jésus-Christ. Et pour rattacher ce qui précède à ce qui suit, il ajoute aussitôt l’expres¬ sion- de sa pensée sur la loi de Moïse et sur l’attention superflue dans le choix des aliments : «'Car si vous êtes morts avec Jésus-Christ aux premiers éléments de ce monde, pourquoi encore, comme si vous viviez dans le monde, ces pres¬ criptions : ne touchez point, ne goûtez point, abstenez-vous de tel contact, toutes choses dont l’usage conduit à la mort, et qui ne viennent que d’ordonnances et d’opinions humaines. » Quelqu’un me dira : « S'il n’est plus permis d’observer, les jours, les mois, les temps et les années, nous encourons le même reproche, nous qui observons le quatrième jour de la semaine, le jour de la préparation de la Pâque, le jour du Dimanche, le jeûne quadrajésimal, la fête de Pâques, la solennité joyeuse de la Pentecôte et diverses fêtes établies en l’honneur^des martyrs, suivant la diversité des contrées. Celui qui vou¬ dra répondre simplement à cette difficulté dira : que les jours observés par les Juifs n’étaient pas les mêmes que les nôtres. Car pour nous, nous ne célébrons pas la fête des azymes, mais celle de la résurrection et de la croix. Nous ne comptons pas non plus sept semaines jusqu’à la la Pentecôte, comme le font les Juifs, mais nous vénérons la descente de l’Esprit-Saint. Et pour prévenir dans les réunions du peuple chrétien' posterioNbuspriora connectant, quid de lege Moysi et de superflua ciborum curiositate in hac eadem Epistola sentiat, statim subjungit et loquitur : « Si eniin mortui estis cum Christo, ab elementis mundi hujus, quid adhuc tamquara viventes in hoc niundo decernitis? Ne tetigeritis, neque gustaveritia, neque contrectaveritis, quæ sunt omnia in interitu ipso usu, secundum præcepta et doctrinas hominum. » Dicat aliquis : Si dies observare non licet, et menses, et tempora, et annos, nos quoque simile crimen mcurrimus quartam sabbati observantes, et parasceven, et diem Dominicain, et jejunium Quadragesimæ, et Paschæ festivilatem, et Pentecostes lætitiam, et pro varietate regionum, diversa in honore martyrum tempora constituta. Ad quod qui simpliciter respondebit, dicet : non eosdem Judaïcæ observationis dies esse quos nostros. Nos enim non azyinorum pascha celebramus, sed resurrectionis , et crucis. Nec septem juxta morem Israël numeramus hebdomadas1 in Pentecoste, sel Spiritus Sancti vene- rainur adventum. Et ne inordinata congregatio populi [idem miuueret in Christo, propterea dies aliqui consti- des désordres qui auraient pu affaiblir la foi en Jésus-Christ, on a établi certains jours où tous nous nous réunissons en commun. Cotte réunion ne donne point au jour ( où elle se fait une plus grande célébrité, mais à quelque jour qu’elle se fasse, la consolation de se voir réunis fait naître dans l’âme des chrétiens une joie plus grande. Celui qui s’efforce de répondre plus à fond à la difficulté proposée, affirme que tous les jours sont égaux, que ce n’est pas seulement au jour de la préparation de la Pâque, que le Sau¬ veur a été crucifié, ni le jour du Dimanche qu’il est ressuscité, mais que chaque jour est le saint jour de la résurrection, et qu’il se nourrit tous les jours de la chair du Seigneur. Quant aux jeûnes et aux réunions à certains jours choisis entre les autres, ils ont été établis par des hommes prudents, pour ceux qui sont plus appliqués aux affaires du siècle qu’à Dieu, et qui ne peuvent, disons mieux, qui ne veulent pas être réunis toiit le temps de leur vie dans l’Église, et venir offrir à Dieu avant leurs actions, le sacrifice de leurs prières. Car combien en est-il qui obser¬ vent fidèlement ce petit nombre de- jours qui nous ont été 'prescrits pour être consacrés soit à la prière, soit au jeûne? Ainsi donc il nous est permis ou de pratiquer continuellement le jeûne, ou de prier toujours, de célébrer sans relâche le jour du Seigneur après avoir reçu dans la joie le corps du Sauveur; mais il tuti sunt, ut in ununi omnes pariter veniremus. Non quo celebrior sit dies ilia qua . convenimus, sed quo quacumque die conveniendum sit, ex conspectu [Al. et aspectu mutuo] lætitia major oriatur. Qui vero opposite quæstioni acutius respondere conatur, illud affirmât, omnes dies æquales esse, nec per' parasceven tantum Christum crucifigi, et die Dominica resurgere, sed semper sanctum resurrectionis esse diem et semper eum carne vesci Dominica. Jejunia autem ei congréga¬ tions inter dies propter eos a viris prudentibus consti- tntos, qui magis sæculo vacant, quam Deo, nec pos- sunt, immo nolunt toto in Ecclesia vitæ suæ tempore congregari, et auto humanos actus, Deo orationum sua- rum offerre sacrificium. Quotus enim quisque est, qui saltem hæc pauca quæ statuta sunt, vel orandi tem¬ pora, vel jejunandi semper exerceat ? Itaque sicut nobis licet vel jejunare semper, vel semper orare, et diem Dominicain accepto Domini corpore indesinenter cele- brare gaudeutibus ; non ita et Judæis, fas est omni tempore immolare agnum, Pentecostem agere, taber- naciila figere, jejunare quotidie. Satis vero caute inter \ 299 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES n’est pas permis , aux Juifs d’immoler en tout temps un agneau, de célébrer la Pentecôte, de dresser des tentes, de jeûner tous les jours. Saint Paul parle ici avec assez de prudence, et ses paroles tiennent comme le milieu entre l’autorité de l’apôtre, et la douceur d’un saint : « Je crains pour vous, dit-il, d’avoir en vain travaillé parmi vous. » S’il avait voulu les condamner sans aucun ménagement, il eût dit : « Je crains pour vous, car c’est en vain que j’ai travaillé parmi vous. » Mais il voit que les Galates ont le zèle de Dieu, bien qu’il ne soit pas selon la science, il ne désespère donc pas entièrement du salut de ceux qui ont été trom¬ pés par une pieuse erreur, et en mémo temps il ne les laisse point sans reproche dans la crainte de leur donner occasion de persévérer dans l’erreur, et aux autres d’imiter leur égare¬ ment. Il dit littéralement : « Je vous crains, » pour : « Je crains pour vous. » En effet, c’est en vain que le maître travaille lorsqu’il appelle ses disciples à de grandes choses, et que ceux-ci retournent en arrière et retombent dans les imperfections et les misères de leur vie pre¬ mière. . «Soyez comme moi, parce que moi j’ai été comme vous. » Voici le sens de ces paroles : De même que je me suis rendu faible pour vous qui ôtiez faibles, et que je n’ai pu vous parler comme à des hommes spirituels, mais comme à des personnes encore charnelles et comme à des enfants en Jésus-Christ; de même encore auctoritatem Apostoli,' et sancti hominis lenitatem verba moderatus est, ’inferens: « Timeo vos, ne forte sine causa laboraverim in' ÿobis. » Si enim abrupte condemnare voluisset, dixisset utique : « Timeo vos, sine causa enim laboravi in vobis. » Nunc autem videns eos zelum Dei habere, sed non secundum scientiam, nec penitus eorum desperavit salutem, qui pio fuerant errore decepti, nec rursum irreprehensos reliquit, ne et ipsis perseverandi in errore, et cæteris occasionem simili ter tribueret errandi. « Timeo autem vos, » posuit, pro eo quod est, « timeo de vobis. » Sine causa laborat magister, cum ipse provocat ad majora disci- pulos, et illi rétro lapsi ad minora et humilia revol- vnulur. « Estote sicut et ego, quia et ego sicut vos. » Quod dicit taie est, quomodo ego vobis inûrmis sum factus infirmus, et non potui ioqui ut spiritualibus, sed quasi carnalibus et parvulis iu Christo, et quia necdum pote- ratis solido cibo vesci, Evangelico vos tantum lacté qu’étant incapables d’une nourriture solide, j’ai dû vous nourrir du lait de l’Évangile, parce que je ne voulais pas vous voir rester toujours dans l’âge de l’enfance, mais que je désirais vous conduire peu à peu jusqu’à l’adolescence et la jeunesse, afin que vous puissiez vous nourrir d’une nourriture plus substantielle; ainsi vous devez être comme je suis, c’est-à- dire, goûter les choses plus parfaites, on cessant de faire usage du lait et en vous nourrissant d’une nourriture plus forte et d’aliments plus relevés. Or, l’Apôtre parle ici comme imitateur du Sauveur qui n’a point cru que ce fût pour lui une usurpation de s’égaler à Dieu, et qui s’est cependant anéanti lui-même en prenant la forme d’esclave, ayant été fait semblable aux hommes, et reconnu pour homme par tout ce qui a paru de. lui; et cela pour que nous devinssions des dieux, d’hommes que nous étions, et que nous no fussions plus sujets à la mort, mais que ressuscitant avec Jésus-Christ, nous fussions 'appelés ses amis et ses frères, et afin que le disciple fût comme le maître, et le serviteur comme son seigneur. On peut encore entendre ces paroles dans ce sens : Je vous en supplie, mes frères, laissez les observances judaïques, les jours, les mois, les temps, les années qui ne sont que l’ombre - des choses à venir, et prenez-moi pour modèle, moi qui ayant vécu sans reproche dans la loi, ai regardé tout comme du fumier et comme des feuilles mortes, pour gagner Jésus-Christ. Car potavi, nolens in ætate vos semper infantiæ perma- nere, sed paulatiiri ad adolescentiam et juventutem usque perduccre, ut solidum cibuin possetis accipere ; ita et vos debetis esse sicut et ego sum, peiTectiora videlicet sapere, dimisso lacté, ad fortiores cibos, et ad pabula transira majora. Hoc autem loquitur quasi Salva- toris iinitator, ,qui non rapinam arbitratus est se esse æqualem Deo, sed semetipsum exinanivit formam servi accipiens ; et habitu inventus est ut homo, ut nos dii fieremus ex hominibus, et non ultra moreremur ; sed consurgentes Christo, amici ejus diceremur et fratres, et ut esset discipulus sicut magister, et servus sicut do min us. Potest autem et ita intell igi : Ohsccro vos, inquit, fratres, • ut Judaica observatione contempta, dierum, mensium, teniporum, atque annorum, quæ sunt umbræ futuroruin, me imitemini, qui sine quereia in Lego ver sa tu s, omnia arbitratus sum quasi purga- menta atque quisquilias, ut Ghristum iucrifacerem. Fui quippa et ego sicut vos nunc estis, cum eisdem observa- 300 SAINT JÉROME j’ai été comme vous êtes maintenant, astreint rigoureusement aux mêmes observances, et ravageant en persécuteur acharné l’Église de Jésus-Christ, parce qu’elle ne pratiquait pas les mêmes observances. « Je vous en conjure, mes frères, vous ne m’avez blessé en rien. Au contraire, vous savez que je vous ai autrefois annoncé l’Évangile dans la faiblesse de la chair. » Rattachez ce qui suit à la proposition qui précède, et afin de rendre cette liaison plus claire, voici l’ordre que nous supposons : Je vous en conjure, mes frères, soyez comme moi, parce que j’ai été comme vous. Voici une proposition semblable : « Nous vous en conjurons au nom de Jésus- Christ, réconciliez-vous avec Dieu » II. Cor . v, 20. Et dans un autre endroit : Je vous conjure donc avant toutes choses, que l’on fasse des supplications, des prières, des demandes et des actions de grâce » I. Timt, n, 9. Citons encore ces paroles de saint Pierre : « Je conjure les prêtres placés parmi vous, moi prêtre comme vous ot témoin des souffrances de Jésus-Christ, » I. Pier . v. 1. Ces paroles nous invitent à la pratique de l’humilité, et rabattent le faste orgueilleux des évêques qui, établis comme dans un poste élevé, daignent, à peine jeter un regard sur les mortels et adresser la parole à ceux qui comme eux, sont les serviteurs du Seigneur. Qu’ils apprennent cette leçon de l’Apôtre qui appelle [ses frère3 les Galates in- tionibus sti'ictus tenebar, et Ecclesiam Christi, quia ista non faceref, persequens devastabam. «Fratres, obsecro vos, nihil me læsistis. Scitis autem quia per infirmiLatem carnis evangelizavi vobis jam pridem. » Superiori sententiæ junge quod sequitur, quod ut fiat manifestius, sit ordo iste quem fingimus : Obsecro vos, fratres, estote sicut et ego, quia et ego sicut vos. Simile est huic illud : « Rogamus pro Christo, reconciliamini Deo » Il Cor. v, 40. Nec non et alibi : « Obsecro primum omnium fteri deprecationes, oratinnes, postulationes, gratiarum actiones » 1 Tim. n, 1. Pétri quoque verba dicentis : « Seniores in vobis rogo consenior ipse, et testis passionum Christi I Petr. v, 1. Quæ quidem et nos ad humilitatem-provocant, et supercil mm decutiunt episcoporum, qui velut in aliqua sublimi spécula Constituti, vix dignantur videre mor- tàles, et alloqui conservos suos. Discant ab Àpostolo, errantes et insipientes Galatas fratres vocari. Discant pj&t increpationem blanda verba dicentis: « Obsecro vos . sensés et tombés dans l’erreur. Qu’ils apprennent de lui à faire succéder aux reprocdes ces douces paroles : « Je vous en supplie, » I, Cor. xi. Or de quoi les conjure-t-il, c’est qu’ils soient scs imitateurs, comme il l’a été de Jésus- Christ. Je dirai plus, pour m’en tenir aux paroles que j’explique, il ne leur demande rien d’extraordinaire, c’est que de même qu’il s’est fait pour eux petit dç grand qu’il était, ils s’élèvent eux-mêmes des choses inférieures à de plus relevées. « Vous ne m’avez offensé en pen, » dit-il. Le disciple blesse le maître si par sa négligence, il laisse perdre le fruit de ses préceptes et de son travail. Jusqu’alors les Galates n’avaient point blessé l’Apôtre, puisqu’ils avaient gardé son Évangile, et ses préceptes. Ou bien voici le sens de ces paroles : Quand je vous ai d’abord annoncé l’Évangile, et que par suite de la faiblesse de votre chair qui vous rendait incapables de recevoir une doctrine plus relevée, j’ai dû vous parler comme à des petits enfants, et que j’ai feint moi-même d’être faible, pour vous gagner dans votre faiblesse, est-ce que vous ne m’avez pas reçu comme un ange, comme le Christ Jésus? Puis donc que vous ne m’avez blessé en aucun temps, et que vous m’avez regardé comme, le Fils de Dieu dans Tétât d’humilité et d’abaissement où je m’étais réduit, comment en vous appelant à de plus nobles efforts, pourrais-je être blessé par vous en perdant le fruit de mon travail et , en vous I Cor. xi. Quod autem obsecrat, illud est, ut imita- tores" ejus sint, sicut ipse Christi; immo ut præ- sentem locum sequar, nihil est grande quod postulat : ut ’ quomodo ipse propter illos de majori factus est minor, sic illi, a minoribus ad majora conscendant. « Nihil me, » inquit, « læsistis. » Lædit discipulus magistrum, si per negligentiam suam præcepta ejus laboremque disperdat. Non læserant Galatæ Apostolum, usqué in præsens tempus Evangelium ejus ac mandata servantes. Aut certe ita : Quando vobis primum Evangilium annuntiavi; et propter infirmitatem carnis vestræ, quia non poteratis sacramenta suscipere majora, prædicavi vobis quasi parvulis, et meipsum iufirmun esse simulavi, ut vos infirmos lucrifacerem ; nonne quasi angelum suscepislis me, quasi Christum Jcsum ? Cum igitur in nullo me illo tempore læseritis [Al. læsistis], et me vestri causa humilem atque dejectum similem Dei Kilio putaveritis; quomodo ad majora vos provocans Izedor a vobis, perdendo laborem meum, et dispensationem COMMENTAIRES SUR L EPITRE AUX GALATES 301 voyant regretter comme inutile de m’être rendu petit pour vous; or c’est dans la faiblesse non de sa propre chair, mais de la chair de ses auditeurs que Paul a annoncé l’Évangile aux Galates qui ne pouvaient soumettre leur chair à la parole de Dieu, et, comme des hommes charnels, étaient incapables de toute intelligence spirituelle. Pour refhdre cette pensée plus claire, donnons un exemple. Celui qui dit : « S’ils ne peuvent garder la continence, qu’ils se marient, » et encore : Si son mari meurt, la femme est libre, qu’elle sè marie à qui elle voudra, pourvu que ce soit selon le Seigneur I. Cor. vu, 9, 39. enseigne selon la faiblesse, de la chair Mais il cesse d’enseigner selon la faiblesse de la chair, lorsqu’il dit : « Navez-vo.us point de femme, ne cherchez pas à vous marier;» et encore : « Il est temps que ceux qui ont des femmes soient comme s’ils n’en avaient pas, » Ibid , 27, 29. Parmi ces préceptes, les uns sont pour les spirituels, les autres pour les charnels, et il faut distinguer encore entre ce qui est de conseil et ce qui est de précepte. « Or cette épreuve à laquelle vous avez été soumis à cause de ma chair, vous ne l’avez ni méprisée, ni repoussée, mais vous m’avez reçu comme un ange de Dieu, comme le Christ Jésus, » Cet endroit est obscur et demande une attention toute particulière. Je vous ai, dit-il, annoncé autrefois l’Évangile dans la faiblesse illam, qua me parvulum esse simulaveram, irrito opéré nunc lugetis ? Per infirmitatem autem carnis non suæ, sed audientium, Galatis Paiüus annuntiat ; qui non poterant carnem shbjicefe verbô Dei, sed quasi carnei, nihil intelligentiæ suscepere'spiritualis. Quod ut eviden- tius fiat, ponamus exemplum. Per infirmitatem carnis docet, qui dicit : « Si se non continent, nubant. » Et : « Mulier, si mortuus fuerit vir ejus, libéra est ; cui vult nubat, tantum in Domino » I Cor. vil, 9, 39. Nequaquam vero per infirmitatem carnis docet, ista commemorans : «Solutus es ab uxore, noli quærere uxorem. » Et : «Tem- pus est, ut et qui babent uxores, sic sint quasi non babentes Ibid. .27, 29, Aliaquippe præcepta ad spirituales, alia dantur ad carneos. Et aliud est quod juxta imperium, aliud quod juxta indulgentiam præcipïtur. « Et tentationem vestram, quæ erat in carne mea, non sprevistis, neque respuistis ; sed sicut angelum Dei excepistis me, sicut Christum Jesum. » Obscurus locus, et acrius attendendus. Ego quidem, ait, quasi parvulis vobis atque lactentibus per infirmitatem carnis vestrae jam pridem evangelizavi, a minoribus incipiens, et (ut de votre chair, comme à des petits enfants qui sont encore au sein de leur mère, en com¬ mençant par renseignement le plus simple, et pour ainsi parler, en me réduisant à bégayer parmi vous. Ce choix affecté d’uue prédication aussi simple était chez moi la suite d’un dessein prémédité; mais pour vous, c’était un sujet d’épreuve; ce genre de prédication vous plairait- il, et auriez-vous une haute idée d’un ensei¬ gnement aussi simple de sa nature et que je vous donnais comme tout à fait élémentaire? Or, cet enseignement, vous l’avez reçu, non comme il paraissait, mais comme une doctrine relevée, et il a excité parmi vous une si grande admiration que vous m’avez reçu moi, qui vous parlais, a comme un ange, je dirai plus, comme le Christ Jésus. Cette épreuve donc à laquelle je vous ai soumis par le genre si simple de mon enseignement n’a été pour vous ni si vulgaire, ni digne de mépris, vous en avez même conçu une plus haute estime que je ne l’espérais. On peut encore expliquer de la sorte ce passage. Lorsque je suis venu vers vous, je ne suis point venu dans la sublimité du discours, mais comme un homme humble et méprisé, n’annon¬ çant rien de grand, si ce n’est le Crucifié. Lors donc que vous m’avez vu avec un corps soumis aux infirmités vous promettre le royaume des cieux, vous ne vous en êtes point moqué, vous ne m’avez pas jugé digne de mépris, car vous compreniez que la faiblesse de ita dicam) apud vos pene balbutions. Quæ dispensai® et prædicationis infirmæ simulatio, mea qu;dem gubernatio erat sed vestra tentatio an vobis placèrent, et magna viderentur ea quæ pro conditione sui minora erant, et a me quasi humilia promebantur. Quæ, qui¬ dem vos non ut parva, sed ut magna capientes, intan¬ tum admirati e^tis, ut me qui ea loquebar quasi ange- lum, et, ut plus dicam, quasi Dei Filium susciperetis. Hæc ergo vestra tentatio, qua ego vos in carnali mei sermonis annuntiatione tentabam, non fuit con- tempta, nec vilis; sed plus quam æstimabam, babuit dignitatis. Potest et locus iste ita edissçri : quando veni ad vos, non veni in serrnoue sapientiæ, sed liomo humilis atque contemptus nihil magnum déféré ns? crucifixum. Cum igilur me videretis in corpore in- firmitatibus obnoxio constitutum, régna cœlestia pollicentem, non irrisistis, nec æstimastis dignum esse contemptu ; intelbgebatis quippe huinilitatem carnis meæ, et ipsius habitus vilitatem, ad vestram tentationem fieri ; an videlicet contemneretis eum, qui ab incredulis miserabilis putabatur ; sed econtra' v 302 SAINT ma chair, et la simplicité de mon extérieur étaient pour vous comme une tentation de mépriser celui qui était regardé par les incrédules comme un homme misérable; mais au contraire cet homme si humble, si vil, si méprisable, vous l’avez reçu comme un ange, et beaucoup mieux qu’un ange. Nous pouvons encore conjecturer que l’Apôtre, lorsqu’il vint la première fois chez les Galates , tomba malade, et que malgré l’infirmité dont son corps était atteint, il ne garda point le silence et ne cessa point de continuer à prêcher l'Évangile. La tradition nous apprend en effet qu’il souffrait souvent d’un violent mal de tête, et que c’est là range de Satan qui lui a été donné pour le souffleter dans la chair, et l’empêcher de s’enor¬ gueillir. Cette infirmité, cette langueurcorporelle’ fut une épreuve pour ceux à qui il annonçait l’Évangile, et qui se demandaient s’ils ne devaient pas mépriser celui qui. leur promettait de sublimes récompenses, et qu’ils voyaient soumis aux langueurs de la maladie. Ajoutons encore, que dans les commencements de son séjour parmi les Galates, il eut à souffrir, des outrages, des persécutions, et des blessures corporelles de la part de ceux qui s’opposaient à l’Évangile. Et c’eût été la plusforte tentation pour les Galates de voir frapper de verges l’apôtre du Christ. En disant ; Vous m’avez reçu comme un ange, et même comme le Christ Jésus, saint ilium humilem, vilem atque contemptum, ita ut an¬ gelum, et plusquam angelum suscepistis. Aut certe suspicari possumus, .Apostolum oo tempore qüo pri- mum venit ad Galatas, ægrolasse; et aliqua corpus- culi mfirmitate detentum, non cessasse tamen, nec vocem silentio repressisse, quo minus cœptum Evan¬ gelium prædicaret. Nam tradunt eum gravissimum capitis dolorem sæpe perpessum : et hune esse an+- gelum Satanæ, qui appositus ei sit, ut eum colaphi- Æaret in carne, ne extolleretur. Hæc infirraitas, et languor hic corporis, apud eos quibus annuntiabatur Evangelium, tentatio fuit; an contemnerent eum sublimia promittentem, quem langoribus corporis subjectum videhant. Nec non et illad dici potest, quod in principio adventus sui ad Galatas, contume- lias, et persecutiones, et plagas corporis ab his qui contradicebant Evangelio sustinuerit; et hanc fuis¬ se tentationem vel maximum Galatis, Apostolum Christ i cernentibus ' verberari. Quod autem ait, sicut angelum, sicut Christum Jesuin suscepistis me ; et JEROME Paul montre que le Christ est supérieur aux anges, lui qui selon réconomie de son incar¬ nation, était déclaré par le Psaimiste, inférieur aux anges : « Vous l’avez rendu pour un peu de temps inférieur aux anges, » Ps. vin. 6; et il fait voir que les paroles qu’il a dites au commencement contenaient la démonstration de cette vérité que les anges étaient soumis au . Christ. Ou est donc votre bonheur? Car je vous, rends ce témoignage que, s’il eût étépossible, vous vous seriez arraché les yeux, et vous me les auriez donnés. Je suis donc devenu votre ennemi en vous disant la vérité? » Bienheureux est celui qui marche dans la voie des vertus, mais à la condition de parvenir jusqu’aux vertus. Il ne vous sert de rien de vous retirer des vices, si vous n’embrassez toute vertu. Car dans les bonnes résolutions, ce ne sont pas tant les commencements qui sont dignes de louanges, c’est la fin. Voyez dans la vigne, il y a bien des degrés jusqu’au moment où le raisin est jeté dans le pressoir. Il faut d’abord que la vigne bourgeonne dans les pampres, qu’elle promette l’espérance dans les fleurs, et qu’ensuite la fleur étant tombée, la forme de la grappe future s’ébauche, et que le raisin grossissant peu >à peu, arrivé à sa maturité, on le jette sous le pressoir, pour en exprimer un vin délicieux. 1 en est. ainsi pour l’enseignement de la. doctrine; . angelo [Al. angelis] Christum esse ostendit majorem, quem secundum dispensationem corporis, minorem Psalmista cantaverat, dicens : « Minorasti eum paulo minus ah angelis Psal. vin, 6; et tantum sua verba in principio valuisse demonstrat, ut angeli putaren- tur et Ghristi. « Ubi est ergo beatitudo vestraî Testimonium enim perhibeo vobis ; quia si fieri potuisset, oculos vestros eruissetis et dedissetis milii. Ergo inimicus vobis factus sum veritatém dicens vobis? Beatus est qui ambulat in virtutum via, sed si ad virtutes usque pervenerit. Nec prodest a vitiis recessisse, nisi optima comprebendas. Quia non tam initia sunt in bonis studiis laudanda, quam finis. Sicut enim in vi- nea multi usque ad prælum uvæ gradus sunt; et pri- mum necesse est ut vitis gemmet iii pampinis, spem promitLat in floribus; debinc \it flore decusso, fu- turi botri species deformetur, paulatimque turges- cens uva parturiat, ut pressa torcularibus dulcia musta dësudet. Ita et in doctrina ainguli beatitudi- 803 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES il y a plusieurs degrés de béatitude; il faut tout d’abord , entendre la parole de Dieu, puis, quo cette parole conçoive, que ce fruit se développo dans le sein de Famé, et parvienne jusqu’à l’enfantement. Après avoir ehfanté, il faut allaiter le nouveau-né, et en passant par le premier âge, l’enfance, l’adolescence, la jeunesse, le conduire jusqu’à l’homme parfait. Or, comme chacun de ces degrés, ainsi que nous l’avons dit, a selon son avancement divers degrés de béatitude, si la fin, et pour ainsi dire, si la dernière main vient à manquer à l’ouvrage, tout le travail est rendu inutile, et l’on pourra dire : « Où est votre bonheur? » Car, leur dit-il, bien qu’au temps où vous avez reçu l’Évangile dans la faiblesse de la chair, je vous proclamais bienheureux en voyant la ferveur de vos commencements; cependant, comme je vois que le faîte n’a pas encore couronné l’édifice, et que les fondements mêmes ne sont pas encore jetés, je suis forcé de dire : « Où est donc votre bonheur que je reconnaissais en vous, et dont je me plaisais à vous louer? » Car je l’avoue en toute vérité, lorsque je vous annonçais un^ doctrine si humble au milieu des persécutions dont j’étais assailli, vous m’aimiez à ce point, que s’il avait été possible (il faut prendre ces paroles comme une hyperbole,) vous vous seriez arraché les yeux, et vous me les auriez donnés, afin qu’à l’aide de tous vos yeux, num suni provectus [Al. profectus]; ut audiat quis verbum Dei, ut concipiat, ut in utero animæ ejus adolescat, et ad partum ■ usque perveniat. XJt cum pepererit ilium, lacté ■ enutriat, et per infantiam, piiePitiam, adolescentiam, juventutem, ad perfectum virum usque perducat. Gum ergo singuli, ut diximus, gradus, juxta provectus suos habeant beatitudinem; si finis, et ut ita loquar, extrema manus operi de- fuerit, totus labor irritus fiet; et dicetur : « Ubi est ergo beatitudo vestra? Quamvis, inquit, vos eo tem- pore quo evangelium juxta carnem susceperatis, beatos dicerem quod in initiis fervebatis ; tamen nmic quia non video ædîficio culmen impositum, et pene nequaquam jacta fundamina, cogor dicere : « Ubi est ergo beatitudo vestra, » qua vos beatos arbi- trans ante laudabam? Yere enim et ipse fateor, quia sic me vobis humilia prædicantera vel perse- cutionibus conflictatarp, in principio dilexistis; ut ei fieri posset (hyperbolice autem sunt accipienda qufie loquitur) eruissetis vobis oculos; et mihi, ut je pusse voir avec plus de clarté ; vous désiriez devenir aveugles par l’ineffable charité que vous aviez pour moi; vous vouliez que la lumière de l’Évangile se levât avec plus de clarté dans mon cœur, et que ces avantages me fussent acquis à votre détriment ; et cela dans ce temps où, vous considérant comme de petits enfants encore au sein de leur mère, ou bien je vôus annonçais une doctrine humble et simple à cause de l’infirmité de votre chair, ou bien je ne vous paraissais point digne de foi? à cause des outrages dont j’étais l’objet dans la chair. Mais maintenant que je vous ai retirés des éléments, des syllabes et de la lecture propre aux enfants, pour vous élever à une doctrine plus haute, afin que vous teniez vous-mêmes les livres dans vos mains, afin’ que vous appreniez des paroles pleines d’érudition et d’intelligence, vous vous récalcitrez, vous vous irritez, c’est un fardeau pour vous que la doctrine parfaite, et vos sentiments sont tellement changés, qu’après m’avoir reçu comme un ange, comme le Christ, après m’avoir voulu donner vos yeux, vous me . regardez comme votre ennemi, parce que je vous annonce la vérité pleine et entière. Il termine élégamment sa proposition, en disant : « Je suis donc devenu votre ennemi en vous disant la vérité?,» leur montrant ainsi que les commencements de sa prédication avaient été moins la vérité que omnium vesirum lurainibus plus cernerem, dedissétis. Optabatis quippe vos cæcos esse per inefTabilem in me charitatem ; ut plus in meo corde Evangelii lumen oriretur, emolumentum meum vestris darunis crescere volebaiis ; et hoc illo tempore, quo vobis quasi parvu- lis atque lactentibus, sive propter infirmitatem carnis vestræ parva et humilia annuntiabam, sive propter meæ carnis injurias, non dignus videbar hde.. Nuuc vero quia ab elementis et syllabis et lectione puerili ccepi vos ad majora studia provocare, ut libros teneatis in manibus, ut plena eruditionis, et sensuum verba dis- catis, recalcitratis, irascimini, gravis vobis videtur esse perfectio doctrinarum, et intantum in alios mutati estis affect us, ut me quem quasi angelum et Ghristum susceperatis, cui volebatis oculos vestros tradere, nunc habeatis inimicnm; quia vobis plenam annun- tio veritatem. Eleganter autem sententiam termina- vit dicens : « Ergo inimicus vobis factus suni veritatem dicens vobis? ut ostenderet initia prædicationis, non tam veritatem 'fuisse, quam ùmbram et imaginem 304 SAINT JEROME ’ombre et l’image de la vérité. Nous trouvons une maxime semblable dans cette pensée d’un poète célèbre parmi les Romains, Tèren.t , in And . i, 1. La complaisance enfante les amis, la vérité enfante la haine. » Mais voyez comme l’Apôtre est supérieur au poète. En effet l’Apôtre adapte cette vérité à ceux qu’il avait appelé des insensés et des petits enfants, et la rend spéciale pour eux, en l’adressant directement et personnellement aux Galates. Le poète, au contraire, en énonçant une propo¬ sition générale qu’il déclare appliquer à tous les hommes, a commis une grave erreur. Car cette complaisance qu’il représente comme nous conciliant des amis, si elle supprime la vérité n’est plus de la complaisance, mais de l’adu¬ lation, de la flatterie, et il est évident qu’on devrait bien plutôt l’appeler une inimitié secrète qu’une véritable amitié. Considérons encore qu’aujourd’hui, môme lorsque nous adressant à des petits enfants qui se nourrissent de lait, à ceux dans les cœurs desquels Jésus- Christ ne s’est jamais développé, et n'a jamais crû en âge, en sagesse et en grâce aux yeux de Dieu et des hommes, nous leur expliquons le sens littéral des Écritures, ils nous comblent d'éloges, de témoignages d’estime et d’admi¬ ration. Mais dès que nous commençons à les exciter à s’élever à des choses plus grandes, de nos panégyristes, ils deviennent nos ennemis ; veritatis. Similis est huic ilia sententia nobilis apud Romanos poetæ, Terent . in And > i, 1 : Obsequium amicos, veritas odium parit. Sed vide quanto hic melius quam ille; Àpostolus enim his quns stultos dixerat, quos parvulcs appel- larat, banc sententiam temperavit, et specialem fe- cit; dum proprie ad personas Galatasque direxit. Ille vero et generalem, et ita se apud omnes habere denuntians, vehementer erravit. Obsequium enim, quo putavit amicos fieri, veritate dempta, non tam obsequium est, quam adulatio, et assentatio ; quas clandestinas magis inimicitias, quam amicitias dici debere, perspicuum est. Simul autem et illud con- siderandum, quod hodie quoque quamdiu parvulis atque lactantibus, et bis in quorum cordibus num- quam Christus adolescit, nec proficit ætate et sa- pventia, et gratia apud Deum et homines, juxta litteram Scripturas explanamus, laudamur, suspici- mur, admira tioni habemur. Cum autem paululum cœperimus eos provocare, ut transeant ad majora, ils aiment mieux suivre les Juifs plutôt que les apôtres, qui s’éloignant de la doctrine et des traditions des Pharisiens, se sont approchés de Jésus-Christ qui est le propitiatoire et la perfection de la loi. Iis ne daignent pas recevoir la parole divine, qui ordonne aux docteurs de l’Église de monter à des vérités plus élevées, de donner à leur voix toute sa force, sans craindre le vacarme des enfants qui font retentir les airs de leurs cris, alors que Dieu leur dit : « Montez sur le sommet de la montagne, vous qui évangéli¬ sez Sion, élevez la voix, vous qui évangélisez Jérusalem, élevez la voix, ne craignez pas, » isai xl, 9. « Ils vous montrent un attachement qui n’est pas bon, car ils veulent vous éloigner de nous, afin que vous vous attachiez à eux. Du reste, attachez-vous au bien pour le bien . en tout temps, et non pas seulement lorsque je suis pré¬ sent parmi vous. » ;Ceux-là montrent un atta¬ chement louable, qui désirent ressembler à coux qu’ils voient comblés de grâces, de dons, de vertus, et qui s’efforcent d’imiter la foi, la vie et les œuvres qui les ont rendus recomman¬ dables afin de pouvoir obtenir eux-mêmes les dons qui sont dignes d’une émulation louable. C’est de ces dons que l’Apôtre dit : « Désirez les dons spirituels, mais surtout le don de prophé¬ tie. » Et un peu plus loin : Puisque vous souhai¬ tez avec tant d’ardeur les dons spirituels, dési- de præconibus nostris inimici fiant; et malint Ju- dæos potius quam apostolos sequi, qui a Pharisæ- oivum doctrina et traditionibus recedentes, ad ipsum Christum propitiatorium et perfectionem Legi's i,n- gressi sunt ; nec divinum sermonem accipere di- gnentur, qui Ecclesiæ magistros jubet ad altiora dogmata scandere, et totis viribus sublimare vocem, nec circumlatrantium strepitum pertimescere par- vulorum, dicentem [AL dicens] : « Super montem ex- celsum ascende, qui evangelizas Sion. Exalta in vir- tute vocem tuam, qui evangelizas Jérusalem. Exalta, noli timere Isai. xl, 9. « Æmulantur vos non bene ; sed excludere vos volunt, ut illos æmulemini. Bonum autem æmulamini in bono semper; et non tantum cum præsens sum apud vos. » Æmulantur bene, qui cum videantin aliqui- bus esse gratias, dona, virtutes, ipsi taies ,esse deside- rant; et fidem, vitam atque industriam eorum per quæ ilia meruerunt, nituntur imitari, ut possint ea quoque quæ bona æmulatione digna sunt, consequi. De quibus et Apostolus ait : « Æmulaminj spiritualia : 305 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GATATES rez en être remplis pour l'édification de l’Église. » Et encore : « Pour conclure donc, mes frères, désirez surtout le don de prophétie, et n’empê¬ chez pas l’usage du don des langues. » Ceux-là au contraire, font preuve d’une mauvaise émulation qui désirent beaucoup moins devenir meilleurs en imitant ceux qui sont dignes de cette émula¬ tion, que de les rendre plus mauvais eux-mêmes et de les faire revenir en arrière par une ému¬ lation coupable. Que par exemple on dise : Un tel est chrétien, il lit Moise et les prophètes; il sait que tout ce qui a précédé pour ce peuple était des ombres et des images, et que ces choses ont été écrites pour nous qui nous trou¬ vons à la fin des temps. La circoncision véri¬ table n’est point pour lui la circoncision exté¬ rieure, mais la circoncision des oreilles et du cœur.' Il est ressuscité avec Jésus-Christ, il cherche les choses qui sont en haut. Il est déli¬ vré de ce fardeau, de cette servitude de la loi qui fait retentir cette défense : Ne touchez point, ne goûtez point, ne vous souillez point. Quelqu’un cherche à persuader à ce chrétien par les paroles de l’Écriture, d’entendre ce qui est écrit non dans un sens figuré, mais selon la lettre qui tue, de devenir Juif en public plutôt qu’intérieurement, il a pour lui une émulation mauvaise, il se hâte de l’entraîner précipitam¬ ment en arrière, alors qu’il marchait vers la per¬ fection, et cela afin qu’il s’attache à lui qui magis autem ut prophetetis. » Ac deinceps : « Sic et vos, quoniam æmulatores estis spiritualium, ad ædificatio- nem Ecclesiæ quærite ut abundetis. » Et iterum : « ïtaque, fratres, æmulamini prophetare, et Ioqui lin- guis nolite prohibera. » Æinulantur autem non bene, qui non tam ipsi cupiunt esse meliores, ut imitentur eos qui æmulatione digni sunt, quam illos ipsos volunt . facere pejores, et retrorsum trahere æmulatione per- versa. Verbi gratia dictum sit : Ghristianus est quis- piam, legit Moysen et prophetas ; scît omnia in umbra et in imagine illi populo præcessisse ; scripta autem esse propter nos in quos fines sæculorum decurrerunt. Gircumcisionem non tam præputii, quam aurinm et cordis intelligit. Resurrexit cum Gbristo ; ea quærit quæ sursum sunt. Liberatus est ab onere et servitute Legis, ne tangas, ne gustes, ne contamines, imperantis : huîc si quis Scripturarum verbis voluerit . persua- dere, ut non per tropologiam, sed occidentem litteram quæ sunt scripta, suscipiat ut in manifesto fiat Judæus, non in occulto, æmulatur eum non bene ; sed concito cursu ad majora gradientem retrabere festinat ; Tom, x tourne le dos au but, ou s’il ne va jusque- là, il ne le fait pas aller beaucoup en avant. L’Apôtre parle ici aux Galates que les partisans de la loi paient entraînés à les imiter, alors qu’ils auraient dû bien plutôt imiter eux-mêmes les Galates. Gomme il est naturel que de petit on devienne grand, et non pas qu’on devienne petit de grand qu’on était, il leur dit : « Atta¬ chez-vous au bien pour le bien, » c’est-à-dire, n’imitez pas lés partisans des observances judaïques, mais imitez bien plutôt ce qui est bon. Celui qui cherche à imiter l’état de fortune, de puissance, la dignité de quelqu’un, imite beaucoup plus ce qu’il devrait fuir, que ce qui est bien; vous au contraire, attachez-vous au bien pour le bien, cherchant les choses spiri¬ tuelles plutôt que celles de la terre. Alors plutôt qu’ils ne vous regardent comme des Juifs, vous leur enseignerez que vous êtes chrétiens. Or, pratiquez cela toujours, afin que cette marche persévérante vous fasse parvenir à la fin de vos bonnes œuvres. Vous vous attachiez autrefois au bien pour le bien, lorsque j’étais avec vous, mais lorsque je vous eus quittés, vous avez perdu tout ce que je vous avais donné, et de cette rade sûre, de ce port tranquille, vous avez été entraînés de nouveau en pleine mer par le mouvement des flots. Il n’est point étonnant qu’après le départ de l’Apôtre, ce vase d’élection, et par lequel parlait le Seigneur Jésus-Christ lui- ut se potius æmuletur qui retrorsum vadit ; aut certe eum multum ultra non promovet. Loquitur ïtaque Galatis, qui ab assertoribus Legis inducti fuerant, ut eos imitarentur, cum illi potius Galaias debuerint imitari. Quia naturale est, majorem de minori, non minorem fieri de majore, et dicit : « Bo- num æmulamini in bono, » id est, nolite assertores Judaicæ observationis imitari, sed ea quæ bona sunt, imitamini. Quomodo enim qui divitias, poten- tiam, dignitatem alicujus imitatur, non tam bona, quam ea quæ fugienda sunt, æmulatur; ita et vos econtrario, bonum æmulamini iu bono; magis quæ- rentes spiritualia quam carnalia; ut non illi vos Ju- dæos, sed vos illos Gbristianos esse doceatis. Hoc autem facite semper, ut perseveranti gradu, ad fînem boni operis pervenire possitis. Æmulabamini siqui- dem bonum in bono, prius cum apud vos essem, qui postquam a vobis recessi, omnia quæ tradideram perdidistis, de stations certa et fido portu, rursum in altum unda relabente subtraeti. Nec mirum si, recedente Apostolo, vase electionis, et in quo Chri- 20 306 SAINT JEROME même, les Galates aient changé de sentiment, 1 puisque nous voyons maintenant les mêmes changements se produire dans les Églises. En effet, dans une Église, un docteur renommé par son éloquence et sa vie exemplaire excite comme par certains aiguillons à la pratique des vertus chrétiennes, nous voyons aussitôt le peuple plein d'ardeur et d'une sainte activité s'empres¬ ser de pratiquer l’aumône, la chasteté, le soin des pauvres, des sépultures et d’autres œuvres semblables. Mais à peine est-il parti, la langueur succède peu à peu, le défaut de nourriture affai¬ blit ce peuple, il devient pâle, s’affaiblit, et la mort vient frapper tout ce qui était auparavant plein de vigueur. Puis donc que la moisson est abondante, mais que les ouvriers sont peu nom¬ breux Matth. ix, 37, prions le maître de la mois¬ son d’envoyer des ouvriers pour moissonner les épis du peuple chrétien qui sont debout dans les Églises, pleins du froment si désiré; pour que le moissonneur, dis-je, le recueille, le porte dans les greniers, afin qu’il ne soit pas exposé à une perte certaine. Voilà ce que j'avais à dire de ce zèle et de cette émulation mauvaise dont il est dit ailleurs : « Ne soyez pas envieux des méchants, » Ps. xxxvi, 1. Et ici : « Iis vous montrent un attachement qui n’est pas bon. » Nous trouvons encore une autre émulation jalouse que les fils de Jacob ont nourrie contre leur frère Joseph Btus Dominais loquebatur, Galatæ sunt rautati ; cum etiam nunc cernamus et in Ecclesiis idipsum fieri. Si quando enim doctor quis in Ecclesia contigerit ser- mone orna tus et vita, qui audientes quasi stimulis quibusdam concitet ad virtutes, vïdemus omnem plebem circa eleemosynas, jejunia, caslitatem, sus- ceptioneni pauperum, sepulturas, et cætera similia festinare, fervere, discurrere. Cum autem ille reces- serit., paulatim emarcescere, et subtracto cibo, te- nuari, pallere, languescere, et interitum sequi om¬ nium quæ prius vigebant. Quamobrem quia messis multa, operarii autem pauci Matth . ix, 37, prece- mur Dominum messis; ut mittat operarios ad meten- dum, qui spicas populi Ghristiani, quse stant in Ec¬ clesia, futuro tritico præparatæ, me tant, colligant, «t in horrea comportantes, nequaquam perire patian- tur. Hoc de eo zelo et æmulatione perversa, de qua et alibi dictum est : «c Noli æmulari in mali- gnantibus » Ps. xxxvi, 1 : et hic : k /Emulantur vos non bene. » Invenimus autem et alium zelum, quo ze- Iati sunt filii Jacob, Joseph fratrem su uni Genes, xxxvii scqq. ; et Maria et Àaron amicum Domini Gen. xxxvii, et seq, et Marie et Aaron contre Moïse, l'ami du Seigneur Nomb. xii. Car ni les uns ni les autres n'obéissaient en cela au désir d’être meilleurs que Joseph et Moïse, ils s’attris¬ taient simplement.de les voir meilleurs qu’eux. Cette émulation est voisine de l’envie. Il serait long de citer tous les genres d émulation bonne ou mauvaise que renferme le trésor des Écri¬ tures. C’était une bonne émulation que celle de Planées Nomb. xxv, d’Élie, III Rois, xix, de Mathatias, I Machab. il, et de l’apôtre Jude, (non le traître) qui, à cause même decezèle remar¬ quable pour la vertu, reçut le nom de Zélote Act. i. Celle au contraire de Caïn contre son frère Gen. tv, et d’autres contre leur prochain étaient mauvaises. Il en est de même de la jalousie de l'homme dont il est écrit : « Si l’esprit de jalousie transporte cet homme » Nomb. v. A moins que cette espèce de zèle ne tienne le milieu sans être bon ni mauvais, mais ce zèle qui tient le milieu s’appelle plutôt zélotypie. Voici une autre interprétation : Ceux des fidèles qui étaient circoncis voyant les Galates, Gentils d’origine remplis des dons de l’Esprit-Saint, tandis qu'eux-mêmes n’avaient ni le don des langues, ni le don des guérisons, ni la grâce de la prophétie, voulaient sous la pression de cette émulation les charger des fardeaux de la loi, afin de les rendre semblables à eux. Moysen Num. xii. Neque enim aut illi, aut hi, ut meliores essent Joseph et Moyse, ad zelum sunt concitati ; sed quia dolebant illos esse meliores. Iste zelus vicinus invidiæ est. Longum est si velim om- nia zeli généra, boni seu mali de Scripturarum pro¬ ferre thesauro. Bonum zelum legimus Phinees Num. xxv, Eliæ III 1 leg. xix, Mathatiæ I Mach. ii, et apostoli Judm (sed non proditoris) qui ob insignem. zeli in se virtutem, etiam « Zelotis » nomen accepit Actor. i. Malum autem, ut Cain in Abel Genes. iv, et cseterorum in alios. Et zelum viri, de quo scri- ptum est : « Et venerit ei spiritus zeli » Num. v. Nisi forte médius hic zelus est, et nec in bonam, nec in malam partem accipi potest; sed inter ntrumque ze- lotypia potius appellatur. Aliter : Videntes hi qui ex circumcisioue erant Galatas. ex gentibus, Spiritus sancti abupdare virtutibus, se vero non linguis loqui, non dona habere curatioimm, non gratiam prophe- tiæ, cupiebant eos zeli stimulis incitati, ad Legis onera transducere, ut inciperent et illi sui similes fieri. COMMENTAIRES SUR I « Mes petits enfants, pour lesquels je sens de nouveau les douleurs de Fenfantement, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous. » Avec quelles difficultés et au prix de quelles douleurs Fenfant sort du spin maternel, c’est ce que nous apprend la première malédiction : « Vous enfanterez dans la douleur » Gen. m. Saint Paul voulant donc montrer la sollicitude des maîtres pour leurs disciples, quels sentiments ils éprou¬ vent dans la crainte de voir ces chers disciples quitter les voies du salut, leur dit : « Mes petits enfants, pour lesquels je sens de nouveau les douleurs de Fenfantement. » Celui qui dans un autre endroit ' parlait comme un père, disait : « Car lors même que vous auriez dix mille maîtres en Jésus-Christ, vous n’avez pas néanmoins plusieurs pères » I Cor. iv, 15, quitte le langage du père pour leur parler comme une mère en Jésus-Christ, afin de leur faire reconnaître en lui les angoisses de l’un et de Fautre, et toute la tendresse d’un père et d’une mère pour eux. Moïse tenait un langage à peu près semblable en parlant de son peuple : « Est-ce moi qui ai conçu dans mon sein toute cette multitude » Nomb. xi, 12? Quel est celui d’entre nous, à votre avis, qui soit aussi inquiet du salut de’ ses disciples qu’il soit tourmenté, de vives douleurs, non pendant quelques heures, ou tout au plus deux ou trois jours, mais tout le temps de sa vie, jusqu’à ce que le Christ soit formé en eux? Cet exemple choisi par l’Apôtre « Filioli mei, quos iterum parturio, donec formetur Chris tus in vobis. » Quantis diffïcultatibus et dolore fétus promantur ex utero, maledictio prima déclarât, dicens : « In tristitia paries filios » Gen. ni, 16. Vole ns igitur Paul us ostendere magistrovum pro discipulis sollicitudinem, quos patiantur affectus, ne sectatores sui excidant a salute, ait : « Filioli mei, quos iterum parturio. » Qui enim in alio loco quasi pater dixerat : « Si decem millia pædagogorum habeatis in Christo, sed non multos patres I Cor. iv, 15, jam non quasi pater, sed ut mater loquitur in Christo, ut utrius- que anxietatem, et pietatem in se parentis agnoscant. Taie quid et Moyses de populo loquebatur : « Numquid ego in utero accepi omnem populum istum » Num . xi, 12? Quis, putas, nostrum ita de discipulorum anxius est salute, ut non paucis horis, aut ut multum biduo triduove, sed toto vitæ suæ tempore torqueatur, donec Christus formetur in eis? Exemplum fetæ mulieris quod assumpsit, concipientis et formantis in se semina, dili¬ genter tenendum, ut possimus intell igere quod dicitur. /ÉPITRE AUX GALATES 307 d’une femme enceinte qui conçoit et forme en elle le germe qu’elle a reçu, doit être médité avec soin, si nous voulons comprendre ce qui est dit ici. Ce n’est pas de la honte, c’est du respect que nous devons avoir pour la nature. Ainsi donc le germe a d’abord été informe dans le sein de la femme pour qu’il s’attache comme par une substance agglutinante aux sillons et au sol où il est déposé. C’est au souvenir de ce com¬ mencement de son être que le prophète disait : « Vos yeux m’ont vu lorsque j’étais encore informe » Ps. cxxxvm, 16. Puis pondant neuf mois, au moyen du sang retenu dans le sein de la femme, il s’organise, se nourrit, prend un corps et une forme, et après avoir palpité dans le sein maternel, il est mis au jour au temps marqué. Sa • naissance est entourée des plus grandes difficultés, et celles dont il faut triom¬ pher pour le nourrir et le préserver de la mort ne sont pas moins grandes. Ainsi lorsque la semence de la parole du Christ tombe dans l’âme de celui qui l’écoute, elle croît et se développe par degrés et pour passer beaucoup de choses sous silence, (car nous pouvons facilement appliquer la description matérielle au sens spirituel), elle est en danger tant que celui qui a conçu n’a pas enfanté. Mais sa naissance ne met pas un terme aux soins intelligents. Ici commence uiTautre tra¬ vail, cette enfance se nourrit de lait, il faut par des aliments choisis et une sollicitude de tous les jours la conduire jusqu’à l’âge parfait de Jésus- Natura non erubescenda, sed veneranda est. Sicut enim in vulvam mulieris primum semen jacitur informe, ut sulcis et fundo ejus quasi quodam gîutino adhæreat ; de quo et propheta initii sui record a tu s, ait : « Incom- positum meum viderunt oculi tui » Ps. cxxxvm, 16 ; deinde per novem menses restrieto sanguine, futürus liomo coagulatur; corporatur, pascitur atque distingui- tur; ut postquam in utero palpitarit, statuto tempore fundatur in lucem, et antis diffïcultatibus nascitur, quantis postea ne intereat, enutritur; ita et semen sermonis Christi c.um in snimam audientis inciderit, per gradus suos orescit, et, ut multa prseteream (pos- sumus siquidem facile corporalem descriptionem trans¬ ferre ad intelligentiam spiritualem), tamdiu in ancïpiti est, qnamdiu pariat qui concepit. Nec statim finis indus- triæ est edidisse, sed tune alterius laboris exordium est, ut lactentem infantiam sedulis nutrimentis et studiis, usque ad plenam Christi perducat ætatem. Et quomodo in conjugio sæpe viri semen in causa est ne liberi procreentur, nonnumquam sterilis uxor semina f • SAINT JEROME 308 Christ. Dans l’union des époux, souvent c’est la semence de l’homme qui met un obstacle à la procréation des enfants; quelquefois la stérilité de la femme la rend impropre à la recevoir; souvent encore, l’impuissance est commune au mari comme à la femme, ou au contraire, tous deux sont doués de la faculté génératrice. Il en est de même pour ceux qui sèment la parole de Dieu, et voici les quatre effets qui peuvent se produire : le docteur remplit son office, mais l’auditeur est stérile; ou bien l’auditeur a une bonne nature, mais par l’inhabileté du docteur, la semence de la parole meurt; ou bien encore le disciple a aussi peu de sens quç celui qui l’enseigne, et il est rare qu’il y ait parfait accord entré l’un et l’autre, c’est-à-dire que le maître proportionne son enseignement à la capacité de son disciple, ou que l’un soit aussi capable de recevoir que l’autre de donner. "Mais maintenant nous sommes tous jugés, nous ne savons quel est le psaume, la partie de la prophétie, le chapitre de . la loi dont il s’agit, et avec une facilité extraor¬ dinaire de parole, nous interprétons audacieuse¬ ment ce que nous ne comprenons en aucune /manière. Ce n’est pas à nous qu’il appartient de former Jésus-Christ dans le cœur du peuple, de manière que chacun retournant en sa demeure emporte avec lui la semence de la parole de Dieu et qu’après l’avoir conçue, il puisse dire avec le prophète : « Seigneur, sous l’impression de votre crainte nous avons conçu et enfanté, non tenet, et fréquenter neuter ad generandum aptus est, et econtrario uterque fecundus; ita et in his qui verbum Dei seminant, quadrifaria hæc divisio custodi- tur, ut impleat quidem suum doctor officium, sed sit stérilis auditor; vel auditor bonæ indolis sit, sed per imperitiam doctoris, verbi semen intereat; aut certe tam vecors sit qui docetur, quam ille est qni prëecipit; raroque contingit, ut et magister et discipulus ' sibi consent iant, sciiicet ut tantum iste doceat, quantum ille possit ha u rire; vel tantum suscipere doc tus, quantum doctor ingerere. At nunc omnes judices sumus. Nesci- mus quotus psalmus sit, quæ pars prophetiæ, quod Legis capitulum, et loquendi facilitate interpretamur audacter, quod nequaquam. intelligimus. Non ad nos pertinet, ut Christus formetur in populo; ut ad do- mum suam unusquisque rediens habeat semen verni Dei, quod cum conceperit, possit dicere cum propheta : « A timoré tuo, Domine, concepimus et peperimus, filios salvationis tuæ fecimus super terram » Isai . xxvi, 17, 18. Taies in apostolos transeunt, et a Salvatore nous avons mis au jour des enfants de salut sur la terre » Isai xxvj, 17, 18. De tels docteurs deviennent des apôtres, et méritent d’ontendre ces paroles : « Celui qui fera la volonté de môn Père, est mon frère, mà sœur et ma mère » Matth . xxii, 50; paroles où la différence des fruits est marquée par des noms différents. Le Christ est encore formé dans le corps des croyants, lorsque tous les mystères leur sont révélés et que toute obscurité se change en lumière éclatante. Il faut encore remarquer que celui qui cesse en quelque sorte d’être homme par le péché, est conçu par celui qui l’enseigne au moyen de la pénitence, et qu’il obtient ainsi la promesse que le Christ sera de nouveau formé en lui. Cette explication est à l’adresse des Novations qui n’admettent pas que ceux qui ont été brisés par le péché puissent jamais se reformer. « Je voudrais être maintenant près de vous et changer mon langage, car je suis dans l’em¬ barras à cause de vous. » La divine Écriture édifie même à simple lecture, mais elle est bien plus utile, lorsque la voix prend la place des lettres, et que celui qui enseignait par une épître, instruit lui-même en personne ceux qui l’écoutent. Une voix vivante a une grande force, une voix qui sort avec éclat de la bouche de son auteur, une voix qui sort distincte et accentuée avec cette animation qui a présidé à sa formation dans le cœur de l’homme. L’Apôtre merentur [Al. merebantur] audire : « Quicumque fecerit voluntatem Patris mei, ipse est frater meus, et soror, et mater » Malt . xxii, 50 ; diversitate profec- tuum in diversis nominibus ostensa [Al. ostendente], Formatur quoque Christus in corde credentium, cum omnia illis sacramenta panduntur, et ea quæ obscura videbantur, perspicua fiunt. Sed et illud est intuendum, quod qni per peccatura quodammodo homo esse desie- rat, per pœnitentiam concipitur a magistro, et rursum in eo Christ i formatio repromittitur. Hoc adversum Novatianos, qui nolunt reformari eos quos semel pecca- ta contriveriut. « Yellem autem esse apud vos modo, et mu tare vocem meam, quoniam confundor in vobis. » Scriptura divina sedificat et lecta ; sed multo plus prodest, si de litteris vertatur in vocem, ut qui per Epistolam docuerat, præ- sens instruat audientes. Magnam siquidem vim habet vox viva, vox de auc, Loris sui ore resonans, quæ ea pronuntiatione profertur atque distinguitur, qua in hominis sui corde generata est. Sciens. ilaque Apostolus COMMENTAIRES SUR : (donc, convaincu qu’une force plus grande s’attache au discours prononcé devant des audi¬ teurs, désire que la voix qu’il fait entendre dans son épître, voix comprise dans des lettres se change en parole vivante et animée, et comme chose plus utile à ceux que l’erreur avait dépra¬ vés, de les amener de vive voix à la vérité. Il exprime ce désir parce qu’il était dans l’embar¬ ras à cause d’eux; ce qui est dit avec plus de clarté dans le texte grec. En effet, le mot a7ropoujj.ou ne signifie pas précisément confusion q,ue les grecs expriment par attr^uv/j ou Guy^uGig, qui signifie indigence , besoin. Voici donc le sens : « Je voudrais être maintenant près de vous et m’exprimer de vive voix devant vous, parce que je suis dans le besoin à cause do vous. Je n’ai point recueilli parmi vous les fruits que les docteurs recueillent ordinairement de leurs disciples, c’est en pure perte que j’ai jeté dans vos âmes la semence de la doctrine, puisque je souffre la pauvreté au milieu de vous, tellement que je puis m’écrier avec Jérémie : « Je n’ai été utile on rien, et nul ne m’a été utile » Jèrèm. xxiii, 25. On peut encore donner une autre explication : L’apôtre saint Paul qui s’était fait Juif avec les Juifs pour gagner les Juifs 1 Cor. ix, et avec ceux qui étaient sous la loi comme s’il eût été encore sous laloi,qui s’était rendu faible avec les faibles pour gagner les faibles, suivant la con¬ dition de ceux qu’il désirait sauver, changeait sa majorem vim habere sermonem qui ad præsentes fiat, cupit vocem epistolicam, vocem litteris comprehensam, in præsentiam commutare; et quia hoc magis expedie- bat his qui in errore fuèrant depravati, vivo eos ad veritatem retrahere sermone. Hoc autem ideo, quia çonfundebatur |"/H. confundatur J in illis ; quod qui- dem Græce magis proprie dicitur. A7ropoüu.ai enim non tam « confusionem, » quæ apud illos atc^uvvj sive auy^UGLÇ appellatur, quam « indigentiam et itiopiam » sonat. Sensirs itaque iste est : Vellem apud vos nunc adesse, et litterarum vocem præsens ipse proferre, quia indigeo in vobis. Non quippe habeo Iructus quos soient de discipnlis habere doctores; et sine causa se- men jactum ett doctrinarum, cum penitus in vobis patiar egestatem; ita ut in Je remise possim vocem pro- rumpere : « Non profui, neque profuit mihi quisquam » Jerem. xxiu, 23. Potest et aliter locus istc interpretari : Paulus apostolus qui Cactus i'uerat Judseis Judæus, ut Judæos lucrifaceret I Cor. ix, et bis qui erànt su b Lege, et quasi ipsë esset sub Lege, et infirmis infirmus, ut iufirmos lucrifaceret; pro qualitate eorum quos salvare i'ÉPITRE AUX GALATES < 309 voix, et comme les acteurs, (car il était devenu un spectacle au monde, aux anges et aux hommes) I Cor. iv, changeait de costume et d’accent. Ce n’est pas qu’il fût ce qu’il semblait être, mais il prenait le rôle qui. 'devait ■■(être le plus utile aux autres. 11 voit que les Galates ont besoin d’une autre doctrine, qu’ils doivent être sauvés par une autre voie que celle qu’ils ont suivie pour passer de la gentilité à la foi de Jésus-Christ, et il est forcé de dire : « Je vou¬ drais être maintenant près de vous et changer mon langage parce que je suis dans l’embarras à votre égard. Je vois que je ne suis d’aucune utilité, si je tiens le même langage que précé¬ demment; et dans l’ignorance où je suis de ce que je dois faire, je suis tiré en divers sens, je suis dans l’angoisse, déchiré et mis en lambeaux. Lorsque les médecins voient que le premier remède que la science médicale leur a fait choisir a pprdu sa force, ils ont recours à un autre, et ils expérimentent quel est le plus efficace jusqu’à ce qu’ils arrivent à la guérison. Ainsi le mal qui n’a pu être guéri par un cataplasme émollient cède à l’application d’un caustique plus mordant et à un remède plus énergique. Telle est ma situation, je suis embarrassé à cause de vous, dans l’ignorance où je me trouve, je suis tiré de côté et d’autre; je voudrais vous dire de vive voix co que j’ai écrit dans ma lettre, pour vous reprendre avec plus de sévérité, parce qu’une cupiebat, mutabat vocem suam, et in histrion um simi- litudinem factus siquidem esttheatrum mundo, et ange- lis, et hominibus I Cor. iv habitum in diversas figu¬ ras vertebat et voces. Non quod id esset, quod se esse simulabat; sed quod id tantum videretur esse, quod cæteris proderat. Cernit Galatas alia indigere doctrina, alia via debere salvari, non ilia qua primum ad Ghristi fidem fuerant de gentilitate transducti ; et compellitur dicere : « YeJlem nunc esse apud vos, et mutare vocem meam, quoniam confundor in vobis. » Non, inquit, video me prodesse, si ea loquar quæ prius locutus sum, propter quod ignorans quid agam, et in diversa distrac- tus, laceror, confundor atque dilanior. Et quomodo medici cum vim artis suæ in primo viderint non valere medicamine, transeunt ad aliud, et tamdiu experiuntur quid prosit e pluribus, donec perveniant ad curationem ; ut quod per- mollitiem alicujus emplastri neq.uaquam sanari valuit, mordaciori pulvere et austeriori cura- tione sanetur; ita et ego quia confundor ho vobis, et ignorantia hue atque illuc distrahor, vellem litlera- rum vocem præsens de meo ore proferrë, ut vos solito 310 SAINT JEROME lettre ne peut exprimer le ton du reproche, elle ne peut rendre l’accent de la colère et faire res¬ sortir par des points la douleur intime du cœur. On peut encore donner cette explication plus simple : je me suis servi à votre égard, il n’y a qu’un .instant, d’un langage doux et modéré en vous disant : « Mes frères, je vous n supplie, » et encore : « Mes petits enfants pour qui je sens de nouveau les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous, » Mais maintenant tout plein de douceur et de tendresse que je suis pour vous, moi qui vous ai parlé comme un père sous l'impulsion do la charité qui ne me permet pas de voir mes enfants périr victimes d’erreurs continuelles, je voudrais être présent au milieu de vous, si jen’étais enchaî¬ né de ces liens pour la foi, et remplacer cette voix affectueuse par le ton sévère du reproche. Et ne m’accusez pas de légèreté, si au ton affectueux . succède si vite l’accent de l'indignation; je suis poussé tantôt par la charité, tantôt par la douleur à parler sous l'impression d'affections si différentes. Je ne sais quelles paroles doivent sortir les premières de ma bouche, je ne sais quel remède je dois employer pour vous guérir, parce que je suis dans l’angoisse à cause de vous. « Dites-moi, vous qui voulez être sous la loi, n’avez-vous pas lu la loi? Remarquez que ce que l’Apôtre appelle ici la loi est le livre historique severior ipse corriperem ; quoniam epistola non potest vocem objurgantis exprimer e ; non valet irascentis reso- nare clamorem, et dolorem pectoris apicibus explicare. Potest autem et simpJicius intelligi : blandis apud vos modo verbis usas sum, dicens : « Fratres, obsecro vos. » Et : « Filioli mei, quos i ter uni parturio donec Christus formetur in vobis; » sed ego blandus et lenis, qui ad vos quasi pater locutus sum, pro ea cliarïtate qua filios meos perire non patior et errare perpetuo, vellem nunc præsens esse si confessionis me vincula non arctarent, et blandam vocem in objurgantis verba mu tare. Nec levitatis est, si nunc blandiar, nunc i ras- car; impellît me charitas, impellit me dolor, diversis affectibus loqui. Nescio enim in quæ primum verbi prorumpam, et quo vos debèam sanare medicamine, quia confundor in vobis. « Dicite mihi qui sub Lege vultis esse, Legem non audistis? » Notandum Legem hic dictam esse Geneseos historiam, non ut vulgo æstimant, quæ facienda sint, quæve vitanda, sed totum quod de Abraham, et ejus uxoribur liberisque contexituv, legem appeilatam de la Genèse qui n’indique ni ce qu’il faut faire, ni ce qu’il faut éviter. Saint Paul donne ici le nom de loi au récit de tout ce qui concerne Abraham, ses épouses et ses enfants, Jean xv. Nous voyons dans d’autres endroits que les livres des prophètes sont aussi désignés sous le nom de loi. Celui-là donc écoute la loi, qui ne l’examine pas superficiellement, mais pénètre dans ses profondeurs. Mais ce n’est pas écouter la loi que de n’en voir que l’écorce extérieure comme faisaient les Galates. « Car il est écrit qu’ Abraham eut deux fils, l’un de l’esclave, et l’autre de la femme libre. Mais celui qui naquit de l’esclave, naquit selon la chair, et celui qui naquit de la femme libre, naquit en vertu de la promesse. » 11 est on ne peut plus difficile de démontrer qu’Isaac seul, qui est né de Sara, a été engendré en vertu de la promesse, à l’exclusion d’Ismaôl qui est né de l’égyptienne Agar, esclave d’Abraham. En effet, l’Écriture rapporte que lorsqu’Agar, enceinte d’Ismaôl, s’enfuit, devant les mauvais traitements de Sara et qu’un ange vint la trou-' ver dans le désert pour l’engager à s’humilier sous la main de sa maîtresse, ce môme ange lui tint ce langage : « Je multiplierai ta postérité, et elle sera innombrable, » Genes. xvi. 10. Et il ajouta ensuite en parlant d’Ismaël (et per¬ sonne ne se refusera à voir ici une parole de promesse:) « Il sera un homme farouche, sa Joan. xv. Legimus et in alio loco, Prophetas quoque Legem vocari. Audit ergo Legem, qui juxta Paulum non superficiem, sed meduUam ejus introspicit. Non audit Legem, qui similis Galatarum, exteriorem tantum corticem sequitur. « Scriptum est enim, quoniam Abraham duos filios ha- buit, unum de ancilla et unum de libéra. Sed qui de ancil- la, secundum carnem natus est ; qui autem de libéra, per repromissionem. » Ni mise difficultatis est demonstrare, Isaac tantum, qui de Sara natus est, fuisse de repromis- sione generatum, et non etiam Ismael, qui de Agar ancilla est ortus Ægyptia. Scriptura quippe refer t, quod cum, persequente Sara, Agar fêta fugisset, et venisset ad eum angélus iu deserto, moneretque ut subjiceretur do¬ minée' potestati, idem ipse angélus etiam hæo locutus sit.: « Multiplicans multiplicabo semen luum, et non numerabitur præ multitudine » Genes . xvi, 10. Et postea de Ismael (quæ utique repromissionis verba ne- xno dubitarit) : « Iste erit rusticanus homo, manus ejus super omnes, et manus omnium super eum, et contra faciem omnium, fratrum suorum habitabit. » 311 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX CALATES main sera contre tous, et'la main de tous contre lui, et il plantera ses tentes à l’encontre de tous ses frères. » Mais on peut répondre que la pro¬ messe faite par l’Ange, à moins d’autorité que la promesse de Dieu lui-même. De même qu’une étoile perd son éclat aux premiers rayons du soleil, levé, ainsi on présence des promesses de Dieu, les paroles de l’Ange, s’obscurcissent, s’évanouissent et sont comptées pour rien. Cette réponse paraît avoir quelque poids, mais elle est aussitôt détruite par l’autorité de l’Écriture. En effet, il est écrit ; «Et Abraham dit à Dieu : qu’il vous plaise qu’Ismaël vive devant vous, Genes . xvn, 18 et suiv. Et Dieu lui répondit : Sara ta femme t’enfantera un fils, et tu l’appelleras Isaac, et je ferai avec lui un pacte qui. sera une alliance éternelle, et avec sa postérité après lui. Et je t’ai aussi exaucé pour Ismaël. Voilà que je le bénirai et je le ferai croître et multiplier. Il engendrera douze chefs, et je l’établirai sur un grand peuple. Mais je confirmerai mon alliance avec Isaac quo Sara t’enfantera en l’année qui va venir à cette époque. » Il est évident d’après ces paroles, qu’aux termes dont Dieu se sert, Ismaël est engendré en vertu de la promesse. Mais cette difficulté se résoud, en disant que la promesse s’accomplit proprement par l’alliance qbe Dieu établit, et qu’autre chose est do bénir, de faire croître, de multiplier, comme il est dit Sed respondevi potest, minoris auctoritatis esse repro- missionem angeli, quam ipsius Dei. Sicut enim Stella, oi'to sole, non rutilât, ita et angeli verba ad compara- tionem repromissionis Dei obscurari, et evanescere, et pro nihilo computari Videtur quidem hæc responsio aliquid habere momenti ; sed statim sequentis Scrjpturæ auctoritate conteritur. Scriptum est enim : « Abraham autem dixit ad Deum : Ismaël iste vivat in conspectu tuo » Ibid. , xvn, 18 seqq.\ et Deus respondit ad eum ita : k Ecce Sara uxor tua parie t tibi filium, et vocabis nomen ejus Isaac, et statuam testainentum meum ad eum, in testamentum æternum, et semini ejus post eum. De Ismaël autem : Ecce exaudivi te, et ecce benedixi einn, et augebo eum, et multiplicabo ilium vehementer. Duodecim gentes generabit, et dabo eum in gentem magnam, testamentum autem meum statuam ad Isaac, quem generabit tibi Sara in tempore isto, anno venturo. » Ex quibus evidens est ipsius quoque sermo- nibus Dei, lsmael secundum repromissionem esse gene- ratum. Sed et hoc ita solvitur, repromissionem proprie in testamenti dationo compleri, et aliud esse benedi- cere,, augere, multiplicare vehementer, quod in lsmael d’Ismaël, autre chose est de constituer héritier par testament, ce qui se fait pour Ismaël. « Je ferai avec lui un pacte qui sera une alliance éternelle, et avec sa postérité après lui. Et dans la suite : mais je confirmerai mon alliance avec Isaac, que Sara t’enfantera, » Genes. xvi i. 19. Et de même qu’il y a une différence entre les dons, et les biens de celui qui donne, entre les legs et l’héritage lui-même; (car nous lisons qu’Abraliam a fait dos dons aux enfants de ses concubines, mais qu’il a laissé au fils de Sara l’héritage de tous ses biens;) ainsi, comme nous l’avons dit, il y a une différence entre une béné¬ diction et des legs particuliers, et une alliance. On peut encore dire d’Ismaël lorsqu’il fut conçu que c’est un ange ou Dieu qui adressa la parole à sa mère. Voilà ce que nous pouvons dire eu égard à la faiblesse de notre esprit. Si quel¬ qu’un peut trouver une solution plus satisfai¬ sante à cette question : comment Ismaël qui est né d’une esclave, n’est point fils de la promesse, mais Isaac seul qui est né d’une mère libre, nous devons l’écouter de préférence. « Et si vous avez un autre sentiment, dit l’Apôtre, c’est Dieu qui vous le révélera. Il nous faut maintenant nous élever plus haut en peu de mots et dire que chacun de nous, tant qu’il n’est instruit que par les paroles des Écritures enten¬ dues dans leur sens le plus simple n’est point scriptum est; aliud hseredem facere per testamentum, quod de Isaac dicitur : « Statuam testamentum meum ad eum, in testamentum æternum, et semini ejus post eum. » Et in consequentibus : « Testamentum autem meum statuam ad Isaac, quem pariet tibi Sara » Gen.t xvn, 19. Et quomodo aliud sunt dona, aliud substantia ; aliud legata, aliud hsereditas (legimus enim filiis concubinarum Abrahæ dona tradjta, filio autem Sarse totius substantise hæreditatem relictam); ita aliud esse, ut diximus, benedictionem atque legata, aliud tes- tamentum. Sed et hoc dici potest de Ismaele, post conceptum ejus, vel angelum, vel Deum locutum. De Isaac vero antequam in Sarse utero conciperetur, Deum fuisse pollicituin. Hæc intérim quantum ingenii nostri mediocritas patitur dicta sint. Cæterum si quis potest ma- jus aliquid invenire, quomodo lsmael qui de ancilla natus est, non sit repromissionis filius, sed Isaac qui de libéra, ille polius audiendus est. « Et si quid, » inquit Apos- tolus, « aliter sentitis, et hoc vobis Deus revolavit. » Nunc breviter ad altiora tendendum est, ut dicamus unumquemque nostrum primum, non juxta repromissio¬ nem nasci, quamdiu Scripturarum verbis simplicibus' 312 SAINT JEROME l’enfant de la promesse. Mais quand 11 s’élève à un sens plus sublime, et qu’il comprend que la loi est spirituelle, alors il est engendré en vertu de la promesse, et pour parler plus clairement, tous les jours, ceux qui font les oeuvres d’Àbra- ham, seuls deviennent enfants d’Àbraham. Mais pour ceux qui ont encore l’esprit de servitude et se conduisent par la crainte, ils sont engendrés de l’esclave égyptienne; tandis que ceux qui ont reçu l’esprit d’adoption, sont les enfants de Sara, la femme libre; de cette liberté que nous tenons de Jésus-Christ.- Voici en effet ce que le Seigneur disait aux Juifs qui aimaient mieux rester les enfants de l’esclave : « Si vous demeu¬ rez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira, »,Jean. vin, 31, 32. Et les Juifs ignorant le sens caché de ces paroles lui dirent : Nous sommes la race d’Àbraham, et jamais nous ne fûmes , les esclaves de per¬ sonne : comment dites-vous : Vous serez libres? Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous dis, quiconque commet le péché est esclave du péché. Or l'esclave ne demeure pas toujours dans la maison, mais le fils y demeure tou¬ jours. » Si nous sommes les esclaves du péché, nous avons été engendrés par l'égyptienne Agar; si le péché ne règne . pas dans notre corps mortel, nous sommes- vraiment les enfants de Dieu. instruitur, et Judaicis adhuc expositionibus delectatur ; quando vero ad sublimiora transcenderit, et legem inlel- lexerit spiritualem, tune eura de repromissione gene- rari; et, ut apertius loquar, quotidie eos qui faciunt opéra Abrahæ, de Abraham nasci. Verum illos qui habent spiritum servitutis iterum in timoré, ex ancilla generari Ægyptia ; eos autem qui spiritum adoptionis acceperint, ex Sara libéra; qua libertate a Christo do- nati sumus. Locjuitur Dominus ad Judæos, qui adhuc ancillæ filii esse malebant : « Si manseritis in sermone meo, vere discipuli mei eritis, et cognoscetis veritatem, et veritas liberos faciet vos » Joan, vm, 31, 32. Unde et illi ignorantes mysticum esse quod dicebatur, aiunt : « Semen Abrahæ sumus, et uemini umquam servivimus; quomodo tu dicis, liberi eritis? Respondit eis Jésus : Amen, amen dico vobis, quia omnis.qui facit , peccatum, servus est peccati. Servus autem non manet in domo in æternum, fîlius autem manet in æternum. » Si servi sumus peccati, Agar nos generavit Ægyptia ; si non régnât peccatum in nostro mortali corpove, vere Dei filii sumus. « Ces choses ont été dites par allégorie » L’allégorie est proprement une figure gramma¬ ticale, et nous apprenons enfants dans les classes en quoi l’allégorie diffère des autres figures. Elle a un sens tout autre que celui qui résulte des paroles. Les ouvrages des. orateurs et des poètes sont pleins d’allégories. Les divines Écritures elles-mêmes en renferment un très grand nombre. L’apôtre saint Paul le comprenait, lui qui n’était pas étranger aux lettres profanes, et il emploie le mot de cette figure, en l’appelant allégorie comme ceux de sa nation, pour démontrer plus clairement par le vrai sens de ce passage, l’abus du mot grec. Or que Paul eût une connaissaince au moins imparfaite des lettres profanes, c’est ce que prouvent ces paroles : « Un d’entre eux, leur propre prophète a dit : Crétois, toujours menteurs, bêtes méchantes, ventres paresseux, » Tile 1, 14. Ce vers hexamètre est du poète Épiménide, et cité par Platon et les autres écrivains de l’antiquité. Eu parlant à Athènes devant l’aréopage, le même Apôtre ajoute : « Comme quelques-uns de vos poètes ont dit : Nous sommes .de sa race » Act. xvn, 28. Cet hémistiche se trouve dans le poète Aratus qui a écrit sur le ciel et les étoiles. 11 en est de même de cette citation : « Les mauvais discours corrompent les bonnes mœurs » f Cor . xv, 33, vers iambique trimètre d’uné des comédies de « Quæ sunt per allegoriam dicta. » Àllegoria proprie de arte grammatica est, et quo a metaphora, velcæteris tropis différât, in scholis parvuli discimus. Aliud præ- tendit in verbis, aliud significat in sensu. Pleni sunt oratorum ( Sup . allegoriis,) et poefcarum libri. Scripturà quoque divina, per liane non modica ex parte contexta est. Quod intelligens Paulus apostolus (qiyppe qui et sæ- culares litteras aliqua ex parte contigerat) ipso verbo figuræ usus est, ut allegoriam, sicut apud suos dicitur, appellaret ; quo scilicet sensu magis loci liujus Græci sermonis abusionem monstraret. Scisse autem Paulum, licet non ad perfectum, litteras sæculares, ipsius verba testantur : « Dixit quidam ex eis, proprius eorum pro- pheta : Gretenses semper mendaces, malæ bestiæ, ventres pigri Tit. r, 12. Hic versus heroicus Epimenidis poetæ est, cujus et Plato, et cæteri scriptores veteres recordantur. Apud Athenienses quoque ciim in Areo- pago satisfaceret, hæc addidit : « Sicut et quidam de vobis poetæ dixerunt : Ipsius enim et genus sumus Act, xvn, 28. Hoc hemistichium fertur in Arato, qui de cœlo stellisque coneteripsit. Necnon et illud : « Corruin- COMMENTAIRES SUR L' Ménandre. De ces témoignages et d’autres, il est évident que saint Paul n’ignorait pas les lettres profanes, et qu’il donne ici le nom d’allégorie, à ce qu’il appelle ailleurs le sens spirituel, comme, dans ce passage : « Nous savons que la loi est spirituelle » Rom . vu, .14, au lieu de dire qu’elle est une allégorie ou une figure allégorique. Et dans uii autre endroit : Ils ont tous mangé la même viande mystérieuse, et ils ont bu le même breuvage mystérieux, et ils buvaient de la .pierre mystérieuse qui les suivait, et cette pieiro était Jésus-Christ, I Cor . ix, 3, 4. Que la manne dont il est ici question, que l’eau qui jaillit tout d’un coup, que la pierre elle-même qui suivait doivent être entendues dans un sens allégorique, c’est ce dont personne ne doute. Je sais ce qu’on peut m’objecter à l’encontre : « Mes frères, si quelqu’un est tombé par surprise en quelque péché, vous autres qui êtes spirituels, instruisez-le dans un esprit de douceur, » Gai. vi, 1. Et dans un autre endroit: « L’homme spirituel juge toutes choses, et il n’est jugé par personne » I Cor. n, 25, ou le mot spirituel y est également pris dans un sens tout autre que ci-dessus. Or nous appelons spirituel parce qu’il juge tout et n’est jugé par personne, cet homme qui connaissant tous les mystères des saintes Écritures, les comprend punt bonos mores confabulationes pessimæ ï Cor. xv, 33, trjmeter iambicus de comœdia suniptus est Menandri. Ex quibus et aliis, evidens est Paulum non ignorasse litfceras sæculares, et quam hic allegoriam dixit, alibi vocasse intelligen.tiam spirituale.n. Ut tibi : « Scimus • enim quod Lex spiritualis est » Rom . vu, 14, pro eo quod est, allegoria, sive allegorice figurata. Et alibi : «. Omnes eamdem spiritualem comederunt escara, et eumdem spiritualem biberunt potum, Bibebant autem dé spirituali sequenti eos petra, petra autem erat Ghristus I Cor., x, 34. Manna hic, et subiti fontis eruptio, et petra ipsa quæ \sequitur, quod allegorice accipienda sint, nemo est qui dubitet. Scio quid econtrario possit opponi : « Fratres, si præoccupatus fuerit homo in aliquo delicto, vos spirituales' instruite istiusmodi in spintu mansuetudinis Infra , vi, i.,Et in alio loco : « Spiritualis autem dijudicat omnia, ipse autem a nullo dijudicatur » I Qor. n, 25 ; quqd scilicet aliud quam supra diximus, verbum spirituale sonet. Sed nos spiri¬ tualem, quia omnia judicet, et ipse a nemine dijudicetur, qum virum dicimus, qui universa Scripturarum sacra¬ mentel Cognosceüs, sublimiter ea intelligat : et Christum ÊPITRE AUX, GALATES 3.13 dans un sons plus relevé, et qui voyaiit le Christ dans les livres divins, n’admet rien en eux des traditions judaïques. « Car ces deux femmes sont les deux alliances, dont l’une établie sur le mont de Sina, et qui n’engendre que des esclaves, est figurée par Agar. Et Sina est une montage d’Arabie, tenant à la Jérusalem d’ici-bas, qui est esclave avec ses enfants. Au lieu que la Jérusalem d’en haut est libre, et c’est elle qui est notre mère. » L’ex¬ plication donnée .ici par. presque tous les inter¬ prètes est que l’esclave Agar représente la loi et le peuple juif, et que Sara qui est libre, figure l’Église formée et rassemblée des Gentils, et qui est la mère des saints, au témoignage de^ saint Paul : « Qui est notre mère à tous. » ^Longtemps elle fut sans enfants, et elle demeura stérile avant que le Christ naquit d’une Vierge, alors qu’Isaac qui signifie le rire du mondé, n’avait pas encore fait éclater sa joie sur son pèro choisi de Dieu, avec la voix des vérités sublimes, car Abraham dans notre langue, signifie père choisi, avec éclat. Quant à Agar, dont le nom signifie -rcapoiïaa, c’est-à-dire, séjour^ demeure, ou voyage , ou retard , elle engendre Ismaël, qui se contente d’entendrô les comman¬ dements de Dieu, sans les accomplir, homme sauvage, sanguinaire, parcourant les déserts, ennemi de tous ses frères nés d’une mère libre, in divinis libris videns, nihil in eis Judaicæ tradilionis admittat. « Hæc enim sunt duo testa me n ta, unum quidem a monte Sina, in servitulem generans, quæ est Agar. Sina enim mons est in Arabia, qui contermiims est ei, quæ nunc est Jérusalem, et servit cum fil iis suis. Ilia autem quæ sursum est Jérusalem, libéra est, quæ est mater omnium nostrum. » Pene cunctorum super hoc locô ista est explanatio, ut Agar ancillam, inierpretentur in Lege, et in populo Judæorum : Saram autem liberam, in Ecclesia, quæ de gentious congregata est, quæ mater sanctorum sit, Panlo dicente : « Quæ est mater omnium nostrum. », Hæc diu non peperit, antequam Ghristus de Virgine nasceretur, et sterilis fuit ; necdum risu mundi Isaac de electo pâtre cum voce sublimium dogmatum résonante; siquidem et « Abraliam » in nostra lingua5 « patër electus cum son i tu » refertur. « Agar » autem quæ interpretator rcapoixfa, id est, « incolatus, » sive « peregrinatio, » sive « mora, » générât Ismael, qui tantum « audiat Dei » præcepta, nec faciat hominem rusticum, sanguinarium, deserla sectantem, qui uni- versis fratribus suis de libéra procreatis inimicussit, et SAINT JÉROME 314 et leur résistant ouvertement. Et il n’est pas étonnant, que l’ancien Testament qui a été établi et écrit sur le mont Sina, clans l’Arabie, lequel tient à la Jérusalem d’ici-bas, ne soit pas éternel, car le séjour diffère de la possession perpétuelle; et le mont Sina signifie tentation et Arabie coucher. Au contraire, la Jérusalem d’en haut qui est libre et la mère des saints, nous démontre que la Jérusalem de la terre est en bas et plongée dans une région basse et infime. Il en est qui entendent, les deux Testaments dans un autre sens. Pour eux, la divine Écriture, tant l’ancienne que la nouvelle, selon les sens différents qu’elle présente, et l’explication de ceux qui la lisent, figure l’esclave ou la femme libre. Ainsi ceux qui sont encore esclaves de la lettre, et qui ont l’esprit de crainte qui les asservit, sont engendrés de l’égyptienne Agar. Ceux au contraire, qui s’élèvent plus haut, et veulent entendre ce qui est écrit dans un sens allégorique, sont les fils de Sara qui dans notre langue signifie apxouca, c’est-à-dire princesse au féminin. Et ils affirment qu’ils sont, forcés de donner cette in¬ terprétation, parce qu’il serait injuste de dire que Moïse et tous les prophètes sont nés de l’esclave, et les gentils quels qu’ils soient, de la femme libre. Il vaut donc mieux que nous en¬ tendions les esclaves et les hommes libres, non seulement do ceux qui sont dans l’Église, tout ad versa eis fronte résistât. Nec mii'ura vêtus Testa men- tum, quod in monte Sina, qui est in Arabia, et confiras est ci, quæ nunc est Jérusalem, constitutum est atque conscriptum, non esse perpetuum ; cuni et incolatus a perpétua possessione diversus sit, et « Sina » montis nomen « tentationem » sonet; et « Arabia » sigriificet « occasum ; » et econtrario quæ sursum est Jérusalem, quæ est libéra materque sanctorum, demonstret hanc Jérusalem, quæ in præsenti est, deorsum esse, et in humili infimoque demersam. Sunt qui duo Testaments et aliter intelligant; ut Scriptnram divinam, tam vete- rem quain novam, juxta diversitatem sensu s eorumque sententiam qui legunt, aut ancillam interpretentur, aut liberâm, et eos, qui adhnc litteræ serviant, et spiritum timoris habeant in servitutem, de Agar Ægyptia velint esse generatos ; eos autem qui ad superiora conscendant, et allegorice velint sentire quæ scripta sunt, filios esse Saræ, quæ in lingua nostra apyouca, id est, « priuceps » in ter p r et a tu r, genere ferninino. Et hoc ob illiam necessi- tatera se asserunt [Al. asserat] usurpare; quia iniquum git.'Moysen, et cunctos prophètes dû ancilla, quoslibet en ayant égard, comme nous l’avons dit, a la diversité des sentiments, mais encore d’un seul' et même homme. Tant qu’il s’attache au sens purement historique, il est le fils de l’esclave ; mais lorsque Jésus lui ouvrant les Écritures, son cœur s’embrase, et qu’il reconnaît à la fraction du pain celui qu’il ne voyait pas auparavant Luc. xxiv, alors il est appelé le fils de Sara. Marcionet Manichée n’ont point voulu effacer de leur exemplaire ce passage où l’Apôtre dit : «Ces choses ont été dites par allégobie » et ce qui suit. Ils ont pensé que c’était une difficulté qu’ils nous laissaient, c’est-à-dire, que la loi doit être entendue dans un autre sens que celui où elle est écrite. Mais, même en admettant, comme nous le faisons et comme saint Paul l’en¬ seigne, qu’elle doive être entendue dans un sens allégorique, '.ce1 n’est pas d’après la volonté du lecteur ni par l’autorité de l’écrivain qu’elle a reçu ce sens, et ils sont brisés par ce témoi¬ gnage qu’ils paraissent avoir conservé contre nous, c’est-à-dire, que Moïse serviteur du Dieu créateur, a écrit dans un sens spirituel et allé¬ gorique, comme l’enseigne leur apôtre qu’ils proclament le prédicateur d’un autre Christ et d’un Dieu meilleur. « Car il est écrit : Réjouissez-vous stérile,, qui n’enfantiez point : poussez des cris de joie, vous qui ne deveniez point mère, parce que celle qui était délaissée a plus d’enfants que vei'o gentilium de libéra intelligere procreatos. Unde melius esse, ut non solum de his qui. in Ecclesia sunt, pro diversitate (ut supra diximus) mtellectuum, alios servos, alios liberos arbitremur ; sed etiam do uno eodemque homme quamdiu sequitur historiam, ancillae eum esse filium ; cnpa autem aperiente Jesu 'Scripturas, incensum fuerit cor ejus, et in fractione panis inspexerit eum quem antea non videbat I/Ws. xxix; tune et ipsum Saræ filium nominari. Marcion et Manichæus liunc locum in quo dixit Aposolus : « Quæ quidem sunt allégorie^, » et cætera quæ seqnuntur, de coclice suo tollere nolue- runt, putautes adversum nos relinqui; quod scilicet Lex aliter sit intelligenda, quam scripta est; eum utique etiarnsi allegorice (quod nos quoque fatemur, et Paulus do cet) accipienda sit, non pro vol au ta te legentis, et pro scribeutis auctoritate sic condita sit ; et eo ipso, quod. contra nos servare visi sunt, conterantur; quod Moysas creatoris Dei servus, spiritualia scripserit, Apo^tolo quoque eorum idipsum docente, quem ipsi alterius Ghristi, et mêlions Dei asserunt prædicatorem. « Scriptum est enim.: lætare, sterilis, quæ non pans, COMMENTAIRES SUR L’EPITRB AUX' GATATES 315 celle qui a un époux, » Isai liv, 1. La Syna¬ gogue a eu ppur époux la loi, et d’après la pro¬ phétie d’Anne, elle a été autrefois féconde en enfants, I. Rois i.Mais la stérilité a été le partage de l’Église, qui resta longtemps délaissée dans le désert, sans le Christ qui devait être son époux, et sans aucun de ces doux entretiens de l’époux avec son épouse. Mais après que la sy¬ nagogue eut reçu dans ses mains l’acte de répu¬ diation, qu’elle eut fait servir les ornements qu’elle avait reçus de son mari à orner une idole, alors son mari voyant la première cein¬ ture tombée en pourriture s’en fit une autre des gentils et la mit autour de ses reins, et aussitôt qu’elle fut unie à son mari, elle conçut et enfanta. Et le Seigneur s’écrie dans Isaïe par la bouche de son prophète : « Une nation tout entière vient de naître; » lorsque dans un seul jour, nous voyons dans les Actes des apôtres trois mille et ensuite cinq mille autres embrasser la foi; Aci. ni et suiv. Je ne crois pas nécessaire de m’étendre ici sur la multitude des chrétiens et sur le petit nombre des juifs, alors que l’étendard de la croix brille dans tout l’univers et qu’on voit à peine paraître dans les villes un juif tant soit peu notable. « Nous sommes donc, mes frères, les enfants de la promesse figurés par Isaac. » Que l’A¬ pôtre et ceux qui lui sont semblables, soient comme Isaac enfants de la promesse, c’est ce que erumpe et clama, quæ non parturis, quia multi lilii desertæ magis quam ejus quæ habet virum Isai. liv, 1. Virum habuit synagoga Legem, et juxta Annæ quoque prophetiam, fetosa quonclam in liberis fuit I JReg. i. Sterilis vero Ecclesia, sine viro Ghristo, sine nllosponsi sermonis alloquio, diu jacnit in deserto. Sed postquam accepit ilia librum repudii in manus suas, et omnia ornamenta viri in idoli vertit ornamentum; tune mari- tus prioi'e cingulo putrescente, alium lumbis suis bal- theum, aliud de gentibus lumbare contexuit ; quæ statim ut est viro juncta, concepit et peperit. Et in Isaac exclamat Dominus per prophetam ; « Si est gens nata simul » Isai. xlix, 54 : quando una die in Actibus apostolorum tria mülia et quinque millia hominum cre- diderunt Actor, m, seqq. Nec puto necesse esse, ut de multitudine Ghi'istiana, et Judæorum paucitate dicamus, cum in toto mundo crucis vexilla resplendeant ; et vix rarus atque notabilis in urbibus Judæus apparent. « Nos autem, fratres, secundum Isaac promissionis filii sumus. » Apostolum et similes ei secundum Isaac promiscioni# esse filios, nulla intelligentiæ difficultaa chacun comprend s'ans difficulté. Mais cpmme Origène expliquant ce passage, traduit ainsi ces paroles : Pour vous, mes frères, vous êtes les enfants de la promesse figurés par Isaac, on demande comment les Galates qu’il avait traités d’insensés, à qui il reprochait de finir par la chair, après avoir commencé par l’esprit, sont appelés maintenant enfants de la promesse figurés par Isaac? Nous répondons que l’Apôtre les appelle enfants de la promesse figurés par Isaac, parce qu’il ne désespère pas entièrement de leur salut et do leur retour à l’esprit dans lequel ils avaient commencé, et qu’ils deviennent ainsi les enfants de la mère libre. Mais s’ils persistent à finir par la chair, ils demeurent alors les fils de l’esclave. « Et comme alors celui qui était né selon la chair persécutait celui qui était né selon l’esprit, il en est de même encore aujourd’hui. Mais que dit l’Écriture ? Chassez l’esclave et son fils, car le fils de esclave ne sera point héritier avec le fils de la femme libre. Or, mes frères, nous ne sommes point les j enfants de l’esclave, mais de la femme libre, et c’est Jésus-Christ qui nous a donné cette liberté. » Je ne pense pas que nous puissions trouver dans l’Écriture ce fait d’Ismaël persécutant Isaac; nous lisons simple¬ ment que Sara voyant le fils de l’égyptienne qui était l’aîné, jouer avec Isaac, elle en fut indignée, et dit à Abraham : « Chassez cette esclave et son fils, car le fils de l’esclave ne partagera pas est. Se cl quia Origenes hune locum edisserens, ita Apos- loli posuit exemplum : « Vos autem, fratres, secundum Isaac promissionis filii estis, » quæritnr quomodo Galatas, quos stultos apellarat, et incœpisse dixerat spiritu, came fin ire, nunc secundum Isaac filios repro- missionis vocet? Dicimus itaque Apostolum icléo eos appellare secundum Isaac filios repromissionis, quia non penitus eorum desperet salutem, et rursum eos' ad spi- ; ritum quo cœperant æstimet reversuros, fiantque filii liberæ. Qui si carne fuerint consummati, filii sunt ancillæ. « Sed quomodo tune qui secundum carnem natus fuerat, persequebatnr eum qui secundum spiritum : ita et nunc. Sed quid dicit Scriptura? Ejice ancillam etfilium ejus ; non enim hæres erit filius ancillæ cum filio meo Isaac. Itaque, fratres, non sumus ancillæ filii, sed liberæ. Qua liber ta te Ghristus nos liberavit. » Non puto invenire non posse ubi Ismael perseentus fuerit Isaac ; sed tantum illud, quod cum filius Ægyptiæ, qui major natu erat luderet cum Isaac, indignata sit Sara, et dixerit ad Abraham : « Ejice ancillam et filiùm ejus, non, enfin' 316 SAINT JÉROME l’héritage avec mon fils Isaac, » Gen. xxi, 10. Ainsi un simple jeu d’enfants entre eux est une cause d’expulsion et de renvoi. Mais l’Apôtre, hébreu d’origine, instruit aux pieds du doc¬ teur Gamaliel, lui qui, dans une assemblée avait autrefois réprimé la fureur des Pharisiens contre le Seigneur, a compris d’après ces paroles de Sara : « car le fils de l’esclave ne sera point héritier avec mon fils, » qu’il ne s’agissait pas ici d’un simple jeu. Peut-être en effet Ismaël, qui était le plus âgé, et qui avait été circoncis dans un âge où il pouvait comprendre et sentir ce qu’il avait souffert, s’attribuait-il le droit d’aî¬ nesse, et l’Écriture traite de jeu cette dispute des deux enfants. Aussi Sara, ne pouvant supporter cette prétention, et indignée de voir que le fils de l’esclave s’attribuait si jeune encore les droits du premier-né, s’écria : « Chassez l’esclave avec son fils, car le fils de l’esclave ne partagera point l’héritage avec mon fils. » Abraham ayant trouvé dur, que non seulement Ismaël cessât d’être l’aîné, mais qu’il ne pût même recevoir une partie égale de l’héritage ; avec son plus jeune frère, (car les aînés ont toujours droit à une portion plus considérable), Dieu qui voulait que la femme libre restât dans la maison et que l’esclave fût mise dehors, con¬ firme les paroles de Sara et dit à Abraham : « Que cette parole sur l’enfant et sur la ser¬ vante 11e te paraisse pas dure, et quelque chose hæreditabit filius ancillæ cum filio meo Isaac » Gen. xxi, 10. Et utique simplex lasus inter infantes, expul- sione et abdicatione indignus est. Verum Àpostolus quasi Hebræus ex Hebræis, et ad pedes magistri Gamaliel i s edoctus, qui quond'ani furentes adversus Dominum [AL eum] Pharisæos concilio refrenaret, ex verbis Saræ dicentis : « non eniui hæreditabit lilius ancillæ, cum filio meo Isaac. » intellexit lusuin ilium simplicem non fuisse. Sed quia fbrsitan Ismaël quasi major natu, et eo tempore circumcisus quo jam poterat intelligere et sen¬ tira quod passus est, sibi primogenita vindïcabat, Scrip- tura jurgium parvulorum, lusum vocavit. Unde et Sara hæc verba non sustinens, et consuetudinem sibi primo- vgenita vindicantis ancillæ filii'a parva ætate non patiens , erupit in vocem : « Ejice ancillam cum filio suo : « Non enim hæreditabit filius ancillæ cum filio meo Isaac. » Quod cum durum visum fuisse t Àbrahæ (seinper enim primogenitis majora debentur), non solum Ismaelem prio- rem esse desinere, sed ne scqualem quidem cum minore fratre accipere portionem; Deus qui liberam intus esse, et foras expelli volebat ancillam, Saï*æ verba confirmât, que dise Sara, écoute sa voix ; car c’est d’Isaac que ta postérité prendra son nom. » De même donc que le frère aîné Ismaël persécutait alors son plus jeune frère Isaac encore à la mamelle, en s’arrogeant le privilège de la circoncision, et les droits du premier-né, ainsi maintenant Israël selon la chair se soulève, s’enfle d’orgueil et se déclare contre son plus jeune frère, le peuple chrétien formé des gentils. Considérons la con¬ duite insensée des Juifs qui ont mis à mort le Seigneur, persécuté les prophètes et les apôtres et qui s’opposent à la volonté de Dieu, et nous verrons d’après le témoignage de l’histoire que les chrétiens ont eu à souffrir de plus grandes persécutions de la part des Juifs, que de la part des Gentils. Nous sommes étonnés de cette conduite des Juifs. Mais aujourd’hui, les chré¬ tiens eux-mêmes, qui sont encore de petits enfants en Jésus-Christ, et vivent drune ma¬ nière charnelle, persécutent ceux qui sont nés de l'eau et de l’esprit, et qui, ressuscités avec Jésus-Christ, cherchent non les choses de la terre, mais les choses du ciel. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent, qu’ils se joignent à Ismaël pour persécuter Isaac, ils seront chassés dehors avec leur mère l’esclave égyptienne, et ils n’auroht point de part à l’héritage qui sera donné à celui-là seul qui est le fils de la promesse. Remarquez la justesse de cette expression: c’est celui qui est né selon la chair qui et loquitur ad Abraham : « Non clurum sit coram te de puero et an ci 11a. Omnia quæ dixerit [Àl. dixit\ tibi Sara, audi vocem ejus; quoniam in Isaac vocabitur tibh semen. » Sicut ergo tune major frater Ismaël lactentem adhuc et parvulum perseqoebatur Isaac, sibi cir- cumcisionis prærogativam, sibi primogenita vin- dicans ; ita et nunc secundum carnem Israël [Al. Ismaël], adversum minorem fratrem de gentibns popn- lum Christianum sustollitur, inflatur, erigitur. Consi¬ dérera us i nsa nia m Judæorum, qui et Dominum interfe- ceruni., et prophetas, et apostolos persecuti sunt, et adversantur voluntati Dei, et videbimus multo majores persecutiones, quas nos etiam historiæ docent, a Judæis in Christianos quani a gentibns concitatas. Miramur de Judæis? Hodie quoque lii qui in Christo parvuli sunt, et vivunt carnaliter, perseqiumtur eos qui ex aqua et spiritu nati sunt; et cum Christo résurgentes, ea qnre- rnnt quæ sursnm sunt, non deorsum. Faciant quod volunt ; cum Ismaele perseqnantur Isaac ; ejicientur fcfras cum ancilla matre Ægyptia ; nec accipient hære- ditatem, quam solus qui de repr omissions natus est, COMMENTAIRES SUR l/ÉPJTRE AUX GATATES 317 persécute celui qui est spirituel. Car jamais l’homme spirituel ne persécute l'hom¬ me charnel, mais il a pour \lui les égards qu’on a pour un frère moins bien élevé, il sait qu’avec le temps il peut se corriger. Et s’il aperçoit le fils de l’égyptienne se mettre en colère, il se rappelle qu’ils sont les enfants d’un même père, qui a créé la lumière, les bœufs et le moucheron, et que dans une grande maison il y a non seulement des vases d’or et d’argent, mais aussi des vases de bois et de terre. Disons donc avec l’apôtre saint Paul : « Nous ne sommes pas les fils de la servante, mais de la femme libre » et renouvelés en Jésus-Christ, écoutons les paroles du Seigneur aux Juifs : « Si vous demeurez dans ma' parole, vous con¬ naîtrez sa vérité, et' la vérité vous délivrera, » Jean vu, 31, 32. L’Apôtre était délivré par cette liberté lorsqu’il disait : « Étant libre à l’égard de tous, » I Cor. ix, 14. Il se savait libre de tous les vices, affranchi de toute concupis¬ cence et de toute erreur, il se réjouissait donc avec raison dans cette liberté du Christ qui lui faisait dire : « Nous ne sommes pas les fils do la servante, mais de la femme libre. » CHAPITRE V. . « Soyez fermes, et ne vous enchaînez pas de consequetur. Eleganter autem et illud, quod is qui seciindum carnem natus est, persequitur spiritualem. Numquam enim spiritualis persequitur carnalem ; sed ignoscit ei quasi rusticano fratri ; soit eura posse profi- cereper tempus. Et si quan do Ægyptiæ filium vider it irascentem, recordatur unius patris, qui lucem, boves crearit et culicem ; et in magna domo, non solum esse v.asa aurea et argentea ; sed lignea et fictilia. ltaque cum apostolo Paulo dicamus : « Non sumus ancillæ filji, sed liberæ » II Tim . n ; et renovati in Gbristo, audiamus verba Domini ad Judæos loquentis : « Si manseritis in sermone meo, cognoscetis veritatem, et veritas liberabit vos » Joan. vin, 31, 32. Hac libertate et Apostolus liberatus aiebat : Cum enim sim liber ex omnibus, « Qui facit peccatum, servus peccati est » I Cor. ix, 19. 111e quia se ab omnibus yitiis liberum, ab omni concupiscentia et errore sciebat alienum, recte in Gbristi libertate gaudebat dicens : « Non sumus ancillse filii, sed liberæ, qua libertate Christus nos libe- ravit » Jocrn . vin, 34. CAPUT V. « State, et nolile iterum jugo servitutis contineri, » Et nouveau sous le joug de . la servitude. » Nous voyons par ces paroles que celui qui est enchaîné sous le joug de la servitude, ne peut se tenir ferme; et aussi que celui qui a été gratifié par Jésus-Christ de la liberté, reste sous le joug, tant qu’il a l’esprit de servitude pour se conduire par la crainte, et qu’il ne sait que les premiers éléments de la loi. En leur disant : « Soyez fermes, » l’Apôtre exhorte les Églises de Galatie à conserver leur foi ferme et immuable et à de¬ meurer droites, le pied appuyé sur le Sauveur. C’est ce que déclare le juste dans un autre endroit : « Il a établi mes pieds sur la pierre » Ps. xxxix, 3, au lieu de : « sur le Christ,» afin de n’ôtre plus emporté ça et là à tout vent de doc¬ trine, et entraîné dans une multitude d’erreurs Ephes iv. Aussi l’Apôtre fait-il cette recomman¬ dation à ceux qui sont debout : « Que celui qui veut être ferme, prenne garde de tomber, » 1, Cor. x, 12. Et dans un autre endroit : « Demeurez fermes, agissez avec virilité, et fortifiez-vous. » Ibid, xvi, 13, afin qu’ils se tiennent unis à celui qu’Étienne persévérant dans son martyre vit debout à la droite du Père Act. vu, et qui a dit à Moïse : « Pour vous, tenez-vous avec moi, » Exod . xxiv, 2. Or ce qu’il appelle le joug de la servitude, c’est la loi qui est dure, difficile, pénible, qui consume jour ex hoc ostenditur, quia non stet qui jugo inhæreat servitutis. Et quia is qui a Gbristo libertate donatusest, tamdiu fuerit sub jugo, quamdiu spiritum servitutis habuerit in timoré, et Legis initia sit secutus. Quod autem ait, « state, » firmam et stabilem in Christo hortatur fidem, ut Ecclesiæ Galatiæ fixo in Salva- tore permaneant pede. De quo et in a ho loco justus loquitur : « Statuit super petram pedes meos » Ps. xxxix, 3, pro eo quod est, « super Ghristum ; >» ne scilicet circumferantur omni vento doctrinæ, et in cliversa rapiantur Ephes. iv. Unde et ad stantes dicitur : « Et qui stat, videat ne cadat » I Cor. x, 12. "Et in alio loco : « State, viriliter agite, confortamini » Ibid xvi, 13, ut stent cum eo, quem Stephanus a dex- tris Patris stantem vidit in martyrio perseverans Act. vu, et qui locutus est ad Moysen : « Tu vero sla mecum » Exod. xxxiv, 2. Jugum autem servitutis, Legem vocat duram, difïicilem, laboriosam, quæ die ac nocte cultores suos gravi opéré consurait. Sicut et pet, rus in Actibus apostolorum : « Quid tentatis, » inquit, « imponere jugum grave super collum fratrum, quod neque nos, neque patres nostri portare potueriint» Act. xv. 10 ? Quod autem apposuit, «nolite iterum,» non quo SAINT JÉROME 318 et nuit ses observateurs par de rudes fatigues. C’était la pensée de saint Pierre lorsque nous l’entendons dire dans les Actes des apôtres : « Pourquoi tentez-vous Dieu, en imposant à nos frères un joug que nos pères ni nous n’avions pu porter? » Act. xv, 10. En disant : « n’allez pas de nouveau, » saint Paul ne veut point parler du joug de la loi que les Galates auraient observée auparavant, mais du. joug 4 non moins accablant de Fi do latrie qui pesait si lourdement sur le peuple égyptien et le précipita dans la mer rouge comme une masse de plomb, Exod . xv. C’est dans ce même sens qu’il leur avait dit précédem¬ ment :« comment vous tournez- vous de nouveau vers ces éléments faibles et pauvros, auxquels vous voulez vous asservir de nouveau. » En effet, les Galates, qui à la prédication de Paul, avaient renoncé au culte des idoles, et s’étaient élevés jusqu’à la grâce de l’Évangile, ne re¬ tournaient pas à la servitude de la loi judaïque qu’ils n’avaient jamais connue avant leur con¬ version; mais en voulant observer les temps, recevoir la circoncision charnelle, offrir des victimes matérielles, ils retournaient en quelque sorte au même culte dont ils avaient été les esclaves dans l’idolâtrie. On dit en effet que les prêtres égyptiens, les ismaélites et les ma- dianites, observent la circoncision. Quant à la coutume des Gentils d’observer les jours, les mois et les années, mieux vaudrait pour nous prius Legem Galatæ custodierint; sed quo et idololatrise jugum grave sit, quo Ægyptiorum populus oppressus, ad instar plumbi in Rubrum mare mer sus est Eccod.'xv. Juxta quem sensum et supra dixerat : « Quomodo convertimini iterum ad infirma, et egena elementa; quibus fursum servire vultis, dies observantes, et men¬ ées, et tempora, et annos ? » Galatæ enim qui ad Pauli apostoli prædicationem, idolis derelictis, statim ad Evangelii conscenderant gratiam, non revertebantur ad. Legis Judaicæ servitutem, quam numquam prius cogno- verant , sed volentes observare tempora, circumcidi carne, et hostias offerre corporeas, quodammodo in eosdem revertebantur cultus, quibus in idololatria ante servierant. Aiunt enim, et Ægypti sacerdotes et Ismae- litas, et Madianæos præputium non babere. Quod autem nationes observent dies, menses, et annos, utinam nes- ciremus, ne [AL liée] nobis cum eis esse umquam mixta festivitas. « Ecce ego Paulus dico vobis; quoniam si cïrcumci- damini, Christus vobis nihil prodest.» In Evangelio l’ignorer pour n’avoir jamais de jour de fête qui nous soit commun. « Voici que moi Paul je vous dis, que si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien. Le Sauveur dit à ses disciples dans l’Évangile : « Celui qui vous écoute, m’écoute; et celui qui vous reçoit, me reçoit « Luc; x, 16. Et l’Apôtre l’atteste, lorsqu’il dit : « Je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Jésus-Christ qui vit en moi » Gai. n, 20; et ailleurs : « Est-ce que vous voulez éprouver celui qui pahle en moi, le Christ » II Cor . xm, 3 ? Autant de preuves qui établissent clairement que lorsque l’Apôtre dit : « Voici que moi Paul je vous dis; » il faut recevoir ses paroles non comme les paroles de Paul, mais comme les paroles du Seigneur. En effet, après avoir commencé par dire dans la première épître aux Corinthiens : « Pour ceux qui sont dans le mariage, ce n’est pas moi, mais le Seigneur » I Cor. vu 10; et avoir ajouté presque aussitôt : « Quant aux autres, ce n’est pas le Seigneur, mais c’est moi, » Ibid , 12, pour ne pas laisser avilir son autorité, il s’empresse de dire : « Je pensé avoir en moi l’Esprit de Dieu. » L’Esprit et le Christ parlant ainsi par sa bouche, il n’avait plus à craindre le mépris, lorsqu’à l’imitation des prophètes, il s’exprimait de la sorte : « Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant. » Mais ici son langage a une portée plus haute : « Voici ce que moi Paul je vous dis : que si vous vous faites Salvator ad discipulos loquitur. « Qui vos audit, me audit : qui vos suscipit, me suscipit » L%cc. x, 16. Et Apostolus testatur, dicens : « Vivo autem, jam non ego; vivit autem in me Christus » Sttjpro, p, 20; et alibi : « An experimentum quæritis ejus qui In me loquitur Christus » Il Cor, xm, 3 ? Ex quo liquido comprobatur hoc quod nunc dicit : « Ecce ego Paulus dico vobis, » non quasi Pauli tantum verba accipienda, sed Domini. Nam cum et in prima' ad Corinthios præmisisset : « His autem qui nupti sunt denuntio, non ego, sedDorninus » I Cor. vn, 10; et statim intulisset : v. cæteris autem ego præcipio >» Ibid., 12, ne vilis sua putaretur auctoritas : « puto, >» inquit, « quod et ego spiritum Dei habeo ; >» ut spiritu et Christo in se loquénté non contemptui dnceretur, qui proplietas imitans diceret: « Hæc dicit Dominus omnipotens. » Majus autem fiet ici qnod dictunf est : « Ecce ego Paulus dico vobis j quoniam si circumcidamini, Christus vobis nihil pro¬ dest, >» si cum principio copuletur, in quo ait : Paulus apostolus non ab hominibus, neque per bomihém, sed COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES circoncire, le Christ ne vous servira cle rien. » Surtout si on le rapproche du commencement de cette épître : « Paul établi, apôtre, non par des hommes, ni par l’autorité d’aucun homme, mais par Jésus-Christ etc. » Ceux qui l’enten¬ daient parler de la sorte devaient être beaucoup plus impressionnés par l’autorité de celui qui envoyait, que par l’autorité de celui qui était envoyé. On fera peut-être ici cette objec¬ tion : Uépltre aux Romains renferme une proposition contraire à celle-ci, lorsquo l’Apôtre dit : « La circoncision est utile il est vrai, mais à la condition que vous observerez la loi, » Rom. h, 25, et plus bas : « Qu’est-ce donc que le Juif a de plus? ou, à quoi sert la circoncision? Beaucoup de toute manière. Et d’abord en ce que les oracles de Dieu leur ont été confiés, » Jbid.jiiy 1, 2. Puisqu’en effet, le Christ ne sert de rien à ceux qui se font circoncire, comment la circoncision peut-elle être utile à ceux qui observent la loi. Voici la solution que nous donnons à cette objection : L’épitre écriteaux Romains était adressée à ceux qui avaient em¬ brassé la foi tant des Juifs que des Gentils. Orj saint Paul s’appliqua à ne blesser aucun des deux peuples, et à leur conserver à chacun leur privi¬ lège, c’est-à-dire, à ce qu’ils ne fussent obligés, ni les Gentils à se faire circoncire, ni ceux qui étaient circoncis à renoncer à la circoncision. per Jesum Christum, » et roliqua; ut audientes, non tam missi, quam mittentis auctoritate moveantur. Potest aliquis dicere : Contrarium est huic loco illud quod ad Romanos scribitur : « Gircumcisio quidem pro- dest, si Legem custodias » Rom. n, 25; et infra: « Quid ergo est amplius Judæo; a ut quæ utilitas cir c u mois i o ni s ? Multum per omnem modum. Primum quidem, quia crédita sunt illis eloquia Dei » Ibid., 1, 2. Si enim his qui circumcisi fuerint Ghristus nihil pro- dest; quomodo Legem custodientibus prodest circum- cisio ? Quod quidem hac responsione solvetuv, ut dicara [Al. dicatur.] Epistolam quæ ad Romanos scirpta est, ad eos esse dictatam, qui ex Judæis Gentibusque credi- derant; et hoc egisse Paulum, ut [Al. ne] neuter populos offenderetur; quo scilicet suum utraque plebs privi- legium possideret ; ut nec gentiles circumciderentur, nec circumcisi adducorent præputium. Ad Galatas autem scribe ns alio usus sit avgumento. Non enim erant ex circumcisione, sed ex gentibus qui crediderant. Nec 319 Mais lorsqu’il écrit aux Galates, il emploie un autre raisonnement; car les chrétiens ne venaient pas ici du peuple circoncis, mais des Gentils. La circoncision ne pouvait donc être d’aucune utilité pour eux, qui après la grâce de l’Évangile retournaient aux éléments de la loi. Nous] lisons à l’appui dans le récit historique des Actes Act. xv, que quelques- uns du peuple circoncis qui avaient embrassé la foi s’élevèrent dans l’assemblée, affirmant que les gentils convertis devaient recevoir la circon¬ cision, et garder la loi de Moïse; mais que les anciens qui étaient à Jérusalem, ainsi que les apôtres réunis avec eux, avaient décidé et réglé par lettre qu’on n’imposerait pas aux Gentils convertis le joug de la loi, ni aucune autre observance, si co n’est de s’abstenir des victimes sacrifiées aux idoles du sang et de la fornication; ou bien comme le portent quelques exemplaires, des chairs étouffées. Et afin qu’il ne restât aucun doute sur ce point, que la circoncision ne sert de rien, et que ce n’est que par ménagement pour les Juifs convertis à la foi que dans son épître aux Romains, il a tant soit peu tempéré l’expres¬ sion de son sentiment, dans la suite de son épître aux Corinthiens (1) il démontre claire¬ ment que ce n’est rien d’être circoncis, ou d’être incirconcis, mais que l’essentiel est d’observer les commandements de Dieu I Cor vu, 19. Il potei'at eis proclesse circumcisio, qui post Evangelii gratiam itevum ad legalia reverterentur elementa. Et in Actibus apostolorum narrat historia Actor. xv; cum quidam de circumcisione surgentes asseruissent eos qui ex gentibus crediderant, debere cicumcidi, et legem custodire Mo y si, senior es qui Jerosolymis erant, et apostolos pari ter congregatos, statuisse per litteras, ne superponeretur eis jugum Legis., nec amplius obser¬ vaient, nisi ut custodirent se tantum ab idolothytis,.et sanguine, et fornicatione, sive ut in nonnullis exempla- ri.bns scriptum est, « et a suffocatis. » Et ne resideat ulla dubitatio, quod circumcisio nihil prosit, sed propter eos qui ex Judæis crediderant, ad Romanos de circumci¬ sione sententiam temperavit, paulatim ad Epistolæ ejusdem posteriora descendens, nec circumcisionem, nec præputium aliquid valere, monstravit dicens : « Circumcisio itaque nihil est, et. præputium nihil est, sed observatio mandatorum Dei » I Cor. vit, 19. Intantum enim circumcisio nihil est, ut Israeliticæ quo- G) Ce n’est point vers la fin de l’éptlre aux Romains, comme paraît l’indiquer lo texte latin de saint Jérôme « ad ejusdem cpistol» posteriora descendens, » mais bien dans lo Chapitre YI1 de la 2* épître qui Corinthieua que se trouve cette oitation. (Note du Traducteur). 320 est tellement vrai que la circoncision n’est rien, qu’au témoignage du prophète, elle n’a servi dé rien à la maison d’Israël, si fière du privilège de la circoncision : « Toutes les nations sont incirconcises de chair, mais la. maison. d’Israël est incirconcise de cœur » Ezech. xliv, 19, et Melehisédech, qui était incir¬ concis n’a pas laissé de bénir Abraham qui était circoncis, Gen. xliv. En effet, ces paroles : « Si vous vous faites circoncire, » signifient, dans la pensée de l’Apôtre : « Si vous êtes circoncis dans la chair; » c’est ce que dans un autre endroit, saint Paul appelle non la circoncision, mais la mutilation. «Voyez, dit-il,1 ''ceux qui se mutilent, les faux circoncis. Car c’est nous qui sommes les vrais circoncis, nous qui servons Dieu en esprit, et qui mettons notre gloire en Jésus-Christ, sans nous confier dans la chair, » Philipp. ni 2, 3. Celui-là ne se confie pas dans la chair, qui attend tout bien de Jésus-Christ, qui ne sème point dans la chair, pour ne recueillir de la chair que la corruption, mais qui sème dans l’esprit, pour recueillir de l’esprit la vie éternelle. 11 faut creuser plus avant cette pensée de l’Apôtre : « Si vous vous faites circoncire, Jésus-Christ ne vous servira plus de rien. » Ce n’est pas seule¬ ment parce que la circoncision ne leur servira de rien, à ceux qui se font circoncire, mais quand ils paraîtraient avoir toutes les vertus chrétiennes avant d’être circoncis, ils perdent que domui, se de circumcisione jactànti, nihil profuerit, propheta memorante : «. Omnes gentes incircumcisæ carne, doraus autem Israël incircumcisa corde » Ezech. xlvi, 9, et incircumcisus Melchisedec, circüm- cisum benedixit Abraham. Nam quod ait : « Si circum- cidamini » Genes. xliv; taie est, quale si dicere voluisset, si carne circnmcidamini, Quam in alio loco non circumcisionem, sed concisionem vocat, dicens : « Videte concisionem. Nos enim sumus circuincisio, qui spiritu Dei servimus, et gloriamur in Christo, et non in carne confidimus » Philipp. m, 2 3. Non conlidit in carne, qui omnera ntilitatem exspectat a Christo, et non seminat in carne, ut de carne metat eorruptionem; sed in spiritu, de quo vita æterna gene- ratur. Subtilius intuenda sententia : « Si circumci- damini, Christus vobis nihil prodest. Quod non solum in eo si circumcidantnr, non eis prositipsa circumcisio ; sed etiamsi cætera s videantur extra circumcisionem in Christo habere virtutes, universse pereant, . cura post fidem Christi fuerint circumcisi. Quid igitur ? nihil pro¬ fuit Timothço circumcisio I Multum per omnem modum. tout le fruit de ces vertus, s’ils se font circon¬ cire après avoir cru en Jésus-Christ. Quoi donc? est-ce que la circoncision n’a servi de rien à Timothée? Elle lui a servi beaucoup de toute manière. Car il a été circoncis moins pour recueillir de la circoncision quelque avantage personnel, que pour gagner les autres à Jésus- Christ. 11 s’est fait Juif pour les Juifs, afin d’amener, par la circoncision qu’il avait reçue, les Juifs à Jésus-Christ I Cor. ix. La circoncision ne sert de rien, lorsqu’on espère tirer quelque utilité de la circoncision par elle-même. « Je déclare encore à quiconque se fait circon¬ cire, qu’il est obligé de garder la loi tout entière. » Dieu qui a fait un précepte de la circoncision, à Abraham d’abord, et ensuite par Moïse dans la loi, n’a pas commandé seulement l’observation de la circoncision, mais de beaucoup d’autres préceptes, tels que les fêtes qu’il fallait célébrer à Jérusalem, les holocaustes des victimes, chaque jour soir et matin, l’immolation de l’agneau dans un seul lieu, le repos de la terre, la septième année, la cinquantième année de rémission, et d’autres que chaque lecteur pourra facilement trouver dans les Écritures. Nous presserons ici Ébion et ses sectateurs qui prétendent, qui pensent qu’on doit encore cir¬ concire ceux qui ont cru en Jésus- Christ après la prédication de l’Évangile et nous leur dirons : qu’ils doivent observer la circoncision et tous les Non enim tam ideo circumcisus est, ut ex ipsa circum- cisione aliquid emolumenti æstimaret posse se consequi, quam ut cæteros lucrifaceret I Cor . ix. Factus Judseis Judæus, ut Judæos ad fidem Christi sua circumcisione transduceret. Tune siquidem non prodest circumcisio, cum aliquid per semetipsam putatur utihtatis [Al. utilitas] afferre. « Gontestor autem omnem hominem c;rcumcidentem se, quoniam debitor est universæ Legis faciendæ. » Deus ' qui circumcisionem primo ad Abraham, deinde per Moysen in Lege præcipit, non solum circumcisionem, sed et alia multa observanda constituit : Dies festos Jerosolymis frequentand'os ; hostiarum holocausta mane semper et vespere; immolationem in uno tantum loco agni, terne septima ætate ferias; quinquagesimum remissionis annum, et cætera quæ facile est de Scri- pturis excerpere sibi unumquemque lectorem. Coarcta- bimus itaque Ebionem, et sectatore's ejus, qui post Evangelium credentes in ' Christo circumcidendps putant, ut aut circumcisionem faciant, et cætera quæ præcipiuntur in Lege; aut si impossibile est cunclà SAINT JÉROME COMMENTAIRES SUR L'EPITRE AUX GALATES 321 autrespréceptes de la loi, ou que s’il estimpossiblê de tout observer, de renoncer à la circoncision qui a été mise de côté comme inutile avec les autres cérémonies légales. S’ils répondent qu’ils ne sont obligés à faire que ce qui est possible (car Dieu n’exige point de nous ce que nous ne pouvons faire,, mais seulement ce qu’il nous est possible d’accomplir); nous leur dirons qu’il ne peut appartenir au même Dieu, de vouloir que la loi soit observée! et d’abandonner ceux qui observent la loi. Ou comment regarder comme coupables ceux qui, le voulussent-ils, ne pourraient en accomplir tous les préceptes? Pour nous, nous suivons la loi spirituelle qui dit: « Vous ne lierez point la bouche du bœuf qui foule la moisson dans l’aire, » Deut. xxv, 4, et nous l’entendons comme l’Apôtre : « Est-ce que Dieu a souci des bœufs? » I Tim. v, 18; i Cor. ix 9; mais c’est pour nous qu’il fait cette recom¬ mandation, et qu’il ordonne d’observer le sabbat choisi et délicieux Isaï lviii 13. Ce n’est point pour que notre bœuf, notre âne, et de vils animaux prennent leurs ébats le jour du sabbat, mais dans l’intérêt des hommes et de ces ani¬ maux dont il est écrit : « Vous sauverez les hommes .et les animaux, » Ps. xxxv, 7. Les hommes sont ceux qui se conduisent selon la raison, les hommes spirituels; les animaux, ceux qui sont d’un esprit plus lent, et à qui les hommes spirituels enseignent à observer le fieri, cesset et circumcisio, quæ cum cæteris quasi inutilis prætermissa est. Quod si responderiut, possibilia tantum deber.e se facere (non enim Deum ea a nobis exigere quæ non possumus, sed ea quæ possimus implere), dicemus eis, non ejusdem esse Dei, custodiri velle Legem, et eos qui Legem custodiant derelinquere. Aut, quomodo propter mtermissam Legem reos eos faciat, qui etiamsi velint, universa complere non possint? Nos vero legem sequi spiritualem, quæ dicat : « Non infrenabis os bovi triturant! » Deut. xxv , 4, et cum Apostolo intelligere : « Numquid de bobus cura est Deo » I Tim . x, 18 ; I Cor. ix, 9 ? sed propter nos utique dicit, et observare sabbata delicata Isai. lviii, 13, non' ut bos et asinus noster, et vilia pecora læteutur in sabbato; sed illi hommes, et pecora, de quibus script um est : « Homines et jumenta salvos faciès, Domine » Ps. xxxv, 7. Homines rationabilés quosque, et spirituales viros, animalia vero, eos qui tardioris inge- nii sunt, et a spiritualibus ad agenda Domini sabbata eru- diuntur. Nec contrarium esse id quod supra dictum est: Si ciroumcidamini, Ghristus vobis nihil prodest; » Et Tom. x. sabbat du Seigneur. Et ce qui est dit plus haut : « Si vous vous faites circoncire, Jésus-Christ ne vous servira de rien, » et ces autres paroles : « Je déclare encore à quiconque se fait circon¬ cire, qu’il est obligé de garder la loi tout entière, » ne sont nullement en opposition aux consé¬ quences que nous déduisons ici. Car ce ne sont pas ceux qui écoutent la loi, qui sont justifiés aux yeux de Dieu, mais ceux qui observent la loi. Et .celui-là est observateur de la loi, qui peut dire : « C’est nous , qui sommes les vrais circoncis » et, « Le juif est celui qui l’est inté¬ rieurement, » et encore : « Nous savons que la loi est spirituelle. Celui au contraire, qui s’atta¬ che à la fausse circoncision et à la lettre qui tue, n’est point observateur de la loi, il en est bien plutôt l’ennemi, surtout après l’avènement du Sauveur, qui ôte le voile du cœur de ceux qui se convertissent à lui, afin que, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous soyons transformés de la vétusté de la lettre dans la nouveauté de l’esprit. « Vous êtes étrangers au Christ, vous qui voulez être justifiés par la loi; vous êtes déchus de la grâce. » De même que personne ne peut servir deux njaîtres, ainsi est-il difficile d’accom¬ plir à la fois l’ombre et la vérité de la loi. L’ombre est dans la loi ancienne, jusqu’à ce que le jour brille et que les hommes disparaissent; la vérité est dans l’Évangile de Jésus-Christ. quod sequitur : « Testificor omnem bominem circumci- .dentem se, quoniam debitor est imiversæ Legis facien- dæ, » huic quod infertur a nobis. Neque enim audi- tores Legis sunt justi apud Deum; sed factores Le¬ gis iustificabantur. Quia factor ille sit Legis, qui po- tast dicere : « Non sumus circumcisio; » et, « In occul- to Judæus; » et, « scimus quia Lex spiritualis est. » Qui autem concisionem et interfectricem sequatur iitteram, eum non Legis esse factorem, sed vere legis inimicum, maxime post Salvatoris adventum, qui ad se con- vertentibus tollat velamen de corde, ut omnes reve- lata facie gloriam Domini contemplantes, trans- figuremur de vetustate litteræ in novitatem spiri- tus. « Evacuati estis a Christo : qui in Lege justi— ficamini, a gratia excidistis. » Quomodo nemo po- test duobus dominis service MaUh. vi, sic um- bram pariter et veritatem Legis implere difficile est. Umbra in Lege veteri est, donec aspiret dies, et amoveantur umbræ : veritas in Evangelio Ghristi : « Gratia enim èt veritas per Jesum Christum factæ 21 322 SAINT JÉROME « Car la grâce et la vérité sont venües par Jésus-Christ » Jean, i, 17. Celui-là donc perd la grâce de Jésus-Christ et l’Évangile auquel il était' attaché, qui s'imagine être justifié par l’observation d’un précepte quelconque de la loi, et en perdant la grâce, il est déchu de la foi en Jésus-Christ, il cesse défaire lesœuvresdu Christ; « car, nous dit saint Paul, vous cessez d*agir pour Jésus^-Christ; non pas comme le texte latin a mal traduit : «Vous êtes étrangers à Jésus-Christ, » mais dans un sens plus vrai, vous avez cessé d’opérer les œuvres de Jésus-Christ, c’est-à-dire que ce qu’il avait ordonné spécialement de la circoncision en disant : « Si vous vous faites cir- conciro, le Christ ne vous servira de rien, » il l’applique maintenant a toute la loi en général, en disant : que ceux qui croient pouvoir être justifiés par, une observation de la loi quelle qu’elle soit, ne font aucun progrès dans les œuvres de Jésus-Christ. « Mais nous, c’est par l’esprit, et en vertu de la foi, que nous espérons recevoir la justice. » Il met ici l’esprit en opposition avec la lettre. Par cette espérance de la justice, il faut enten¬ dre le Christ, parce qu’il est lui-même la vérité, la patience, l’espérance, la justice, en un mot toutes les vertus, et que nous attendons son second avènement où il doit juger toutes choses et faire paraître non plus sa patience, mais sa justice, pour rendre à chacun selon ses œuvres. su nt » Joan. i, 17. Perdit ergo gratiam Christi, et Evangelium quod tenuez'at, amittit, qui in aliqua observatione Legis se justificari pulat; et cum gra- tiam amiserit, a Christi fuie destituitur, et in ejus opéré conquiescit : xaTY|pyu0Y|Te enim àzco tou Xpt- gtou non ut in Latino male interpretatum est : « Evacuati eslisa Ghristo, » sed, « in Christi [Al. Ghristo] opéré cessastis, » magis intelligitur, ut id quod supra specialiter de circumcisione præceperat, dicens : « si circumcidamini, Ghristus vobis nihil prodest, » nunc de tota Lege gëneraliter comprehendat, nihil eos in Christi opéré proficere, qui in quacuraque observa- tione Legis se crediderint justiflcandos. « Nos enim spiritu ex fide, spem justitiæ exs- pectamus. » Spiritum, ad distinctionem litteræ po- suit. Spes vero justitiæ, Ghristus intelligendus ; quia ipse est veritas, patientia, spes, justitia, omnesque virtutes, cujus nos secundum exspectamus adventum, quod judicaturus est omnia, et jam non patientia, sed justitia affuturus, ut reddat unicuique secundum opéra sua. Cujus Dei præsentiam Apostolus, ét qui ei sunt C’est dans l’attente de sa présence divine que l’Apôtre, et tous ceux qui lui sont semblables, disent : « Que votre règne arrive » Maith . vi. 10, afin que lorsque le Fils aura remis l’empire à Dieu le Père, et qu’il lui sera lui-même assu¬ jetti, dans tous ceux qu’il lui a soumis, alors la tête sera soumise dans le corps, et Dieu sera tout en tous I Cor, xv. En effet, celui qui est maintenant en partie -et dans chaque individu, commencera alors à être tout en tous. « Car en Jésus-Christ, ni la circoncision ni l’incirconcision ne servent à rien ; mais la foi qui agit par la charité. » Pour ceux qui veulent vivre en Jésus-Christ, c’est un devoir de tendre vers les vertus et de fuir les vices; mais il est des choses qui tiennent le milieu entre les ver¬ tus et les vices, et qui ne sont ni à fuir, ni à désirer ; telles sont la circoncision et l’incircon- cision et d’autres choses semblables. La circon¬ cision est utile, mais à la condition que vous observerez la loi. C’est sous ce rapport qu’elle a été utile à ceux qui ont vécu sous la loi, non parce qu’il-s avaient été circoncis, mais parce que les oracles de Dieu leur dut été confiés, et que les traduisant dans leurs œuvres, ils ne sont pas restés étrangers au salut. Et nous ne devons pas nous laisser impressionner . par l’exemple de Séphora prenant une pierre aiguë pour circoncire son fils, et arrêtant ainsi l’ange qui voulait, étouffer son mari, Exod. îv , ou similes exspectantes, aiunfc : « Advenîat regnum tunm » Matth. vi, 10, ut cum Filius Deo et Patri tradiderit regnum, et in subjecfcis omnibus fue.vit et ipse subjectus ; tun-c caput subjiciatur in corpore, et sit Deus omnia in omnibus I Cor. xv. Quia qui nunc est ex parte, per singulos, tune incipiet totus esse per cunctos. « Nam. in Christo Jesu, neque circumcisio aliquid valet, neque præpulium, sed bdes quæ per charitatem operatur. » His qui in Ghristo Jesu volunt vivere, virtu¬ tes appetendæ sunt, vitia fugienda, media vero quæ intez* virtutes et vitia sunt, nec fugienda, nec appetenda, ut emeumeisio et præputium, et cætera his similia. Circumcisio quidem prodest, si Legem custodias. Quæ idcirco utilis fuit his qui in Lege vixerunt, non quia.cir- cumcisi erant, sed quia crédita sunt illis eloquia Dei, quæ in opéra yertentes, a sainte extrauei non fuerunt, Nec nos moveat quod a Sephora tollens calculum, filium circuracidit, et suffocantem angelum prohi¬ bait a marito Eccod. iv, sive ut aliter in Hebræo seviptum refertur, quia nund non tam circumcisio - nem penitus nil prodesse, quam in Ghristo Jesu 323 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES bien par le récit différent que nous lisons dans i’hébfeu. En effet ce n’est pas tant la circoncision en elle-même, que la circoncision considérée dans ceux qui sont dans le Christ Jésus que l’Apôtre déclare ne servir de rien, car depuis le temps que l’Évangile a répandu ses rayops dans tout l’univers, l’opération douloureuse de la circonci¬ sion est devenue inutile. Elle a eu sa valeur, comme toutes les autres observances légales, lorsque des bénédictions charnelles étaient pro¬ mises à ceux qui observaient la loi, c’est-à-dire, que| pour récompense de leur fidélité, ils Seraient bénis dans leurs villes, bénis dans les . champs, leurs greniers seraient remplis de moissons abondantes, et ils seraient comblés d’une multi¬ tude d’autres biens contenus dans les promes¬ ses, Deut. xxvm. Pour nous, nous voulons être forts et vigoureux en Jésus-Christ, c’est-à-dire, dans la véritable circoncision et non dans la circoncision judaïque. « Car le juif n’est pas celui qui l’est au dehors, et la circoncision n’est pas celle qui se fait sur la chair; mais le juif est celui qui l’est intérieurement, et la circoncision est celle du cœur, faite en esprit et non selon la lettre, » Num. II, 28, 29. La circoncision de la chair ne sert donc de rien en Jésus-Christ, mais la circoncision du cœur et des oreilles qui nous délivre de cet opprobre reproché aux Juifs; « Voici que vos oreilles sont incirconcises, et vous nè pouvez entendre, » Exod . vi, 12. La circon¬ cision des lèvres est utile, cette circoncision que eam non valere testatus est, ex eo siquidem tem- pore quo Evangelium in toto orbe radiavit, super- flua est cirumcisionis injuria. Quæ tune, ut caetera quôque Legis, valuit, quando et benedictiones car- naïes Legem servantibus spondebantur; quod scili— cet, si implessent eam, benedicti essent in civitate, benedicti in agro, plena haberent horrea, et multa aiia quæ in repromissionibus continentur Deut. xxvm. Nos autem in Ghristo Jesu valere volumus et confortari, id est, in vera circumcisione, et non in concisione Judaica. « Neque enim qui in aperto Judæus est, neque manifesta in carne circumcisio, se d in abscondito Judæ¬ us, et circumcisio cordis in spiritu, non littera » Rom. ii, 28, 29. Nihil itaque prodest in Ghristo carnis circum¬ cisio, sed cordis et aurium, quæ aufert illud opprobrium Judæorum : «Ecce incircumcisæ aures vestræ, et non potestis audire » Ecood. vi, 12. Prodest circumcisio labioruin, quam juxta humilitatem, needum se ha- bere causabatur Moyses, ut in Hebraico scriptum est : « Ego autem sum præputium habens in labiis. » / Moïse, dans un sentiment d’humilité , déclarait ne pas avoir encore, comme il est écrit dans l’hébreu : « Pour moi, mes lèvres sont incircoil- cises. » La circoncision est d’une grande, utilité dans les plaisirs de la chair, lorsque l’impureté est retranchée par la chasteté. Donc en Jésus- Christ, ni la circoncision ni l’incirconcision de la chair n’ont de valeur, parce qu’elles sont placées au milieu, c’est-à-dire, entre les vertus et les vices. Mais ce qui est vraiment utile, c’est }a foi qui opère par la charité, afin qu’ainsi la foi . qui a été imputée à justice à Abraham, soit approuvée de Dieu, et que toute œuvre de foi soit faite dans la charité, puisque toute la loi et les prophètes sont renfermés dans la charité, car le Sauveur a déclaré que ces deux précep¬ tes : « Vous aimerez votre Dieu, et vous aime¬ rez votre prochain, » contenaient la loi et les prophètes. C est ce qu’enseigne saint Paul dans un autre endroit : « En effet, vous ne com¬ mettrez point d’adultère, vous ne déroberez point, vous ne convoiterez point; » et s’il est quel- qu’autre commandement semblable, il est com¬ pris dans cette parole: «Vous aimerez votre prochain comme vous-même, » Rom. xm, 9. Si donc tout commandement se résume dans ce qui a été dit : « Vous aimerez le prochain comme vous-même, » et que la foi qui opère par la charité à une grande valeur, il est manifeste que la foi agissante par la charité comprend éminemment l’universalité des commandements. Multum utilitatis præbet, et in rebus venereis cir- cumcisio cum per coetitatem impudicitia desecatur. Igitur in Ghristo Jesu nec circumcisio valet, nec præputium corporale, quia in medio, id est, inter vitia virtutesque sunt posita; sed fides, quæ per: charitatem operatur, ut et fides quæ reputata est Abrahæ in justitiam, comprobetur, et omne opus fidei in cbaritate ponatur, tota Lege et Prophe- tis ex charitate pendentibus. In his siquidem duo- bus præceptis : « Diliges Deuni tuum, et diliges proxi- mum, » Salvator asseruit Legem Prophetasque consis- tere. « Et Paulus in alio loco : « Etenim non adulte- rabis, non furaberis, non concupisces, et si quod est aliud mandatum, in hoc sermone recapitula- tur : Diliges proximum tuum sicut te » Rom. xm, 9. Si ergo omne mandatum reCapitulatur in eo quod dictum est : « Diliges proximum tuum tam- quam te, » fides autem per charitatem operata va¬ let plurimum, manifestum est operationem fidei per charitatem, plenitudinem mandatorum omnium 324 SAINT JÉROME De même donc que d’après l’apâtre saint Jac¬ ques, la foi sans les oeuvres est morte, Jacq. III, ainsi sans la foi, les œuvres, quelque bonnes qu’elles soient, sont regardées comme mortes. Ceux donc qui ne croient point en Jésus-Christ, et dont les mœurs sont irréprochables, ont-ils autre chose que des œuvres de vertu? Voulons- nous un exemple de la foi qui opère par la cha¬ rité, considérons celui que nous donne dans l’Évangile la femme pécheresse. Elle entre dans la maison du Pharisien où le Seigneur était à table, elle arrose ses pieds de ses larmes, elle les essuie avec ses cheveux, elle les oint avec des parfums, et lorsque le Pharisien murmure de cette conduite, le Seigneur lui raconte la parabole des débiteurs qui devaient l’un cin¬ quante, l’autre cinq cents deniers, et il ajouta : « C’est pourquoi je vous le dis : beaucoup de péchés lui sont remis, parce quelle a beaucoup aimé, » Luc. vu, 47 et 50. Et se tournant vers cette femme elle-même, il lui dit : « Votre foi vous a sauvée, allez en paix. » Il nous est ici continere. Quomodo autern juxta apostolum Ja- cobum, fides absque operibus mortua est Jacob, m; aie absque fide, quamvis bona opéra sint, mortua computantur. Qui igitur in Christo non credunt, et sunt probis moribus, aliud quid magis habent quam opéra virtutiun? Exemplum fidei quæ per charita- tera operatui*, de Evangelio ilia meretrix tribuat, quæ cum in domo Pharisæi accubanti Domino pedes lavisset lacrymis, tersisset crinibus, linisset [AZ. levisset] unguento, et Pharisœo murmuranti, Dominus parabolam quinqnaginta, et quingentos de- narios debitoris proposasse t, adjecit : « Propter quod dico tibi : » Dimittuntur ei peccata multa, quia dilexit multum » Luc. vu, 47 et 50. Et ad ipsam mulierem conversus, ait : « Fides tua te salvam fecit : vade in pace. » Aperte enim in hoc loco demonstratum est clairement démontré que cette femme avait la foi qui opère par la charité, et que cette foi a eu une très grande efficacité en Jésus-Christ. Soit, me dira quelqu’un, l’Apôtre a parfaitement démontré que la circoncision ne servait de rien en Jésus-Christ, bien qu’il sût qu’elle avait eu autrefois son utilité; est-ce qu'il existait quelque doute au sujet de l’incfrcdncision pour qu’il ajoutât : « ni l’incirconcision? » Si nous consi¬ dérons un grand nombre de chrétiens, c’est-à- dire, des nôtres, qui détachés de l’olivier sauvage ont été entés sur l’oliver franc, Rom . xr, et se glorifient contre les rameaux brisés du peuple juif, en disant que l'incirconcision dans laquelle Abraham a été agréable à Dieu, et sa foi impu¬ tée à justice, vaut beaucoup mieux que la cir¬ concision qui lui a été donnée comme le sceau de sa foi, et quelle n’a servi de rien à Israël qui Tavait reçue, nous verrons que c’est avec une très grande sagesse que l'Apôtre a exclu ici leurs prétentions. mulierem istam habuisse fidem per charitatem ope- ratam, quæ multum valuerit in Christo. Esto quis dicat : Bene circumcisionem in Christo nihil valere monstravit ; quam sciebat aliquando valuisse ; num- quid et de præpulio aliquis ambigebat, ut diceret, « neque præputium? » Sed si consideremus plurimos Christianorum, id est, e nostris, qui de oleastro inserti sumus in radicem bonæ olivæ Rom. xi,' exsultare contra fractos ramos populi Judæorum/et dicere, ma gis valere præputium, in quo Abraham Deo placuit, et reputata est ei fides ad justitiam, quam circumcisionem, quæ . in signum fidei data est, et habenti eam non profuit Israeli; videbimus etiam banc quorumdam usurpationem cautissime nunc exclusam . LIVRE TROISIÈME Nous avons composé ce troisième livre sur Fépître aux Gala tes, ô Paule et Eustochium, sans ignorer notre faiblesse, et sentant bien que notre esprit si mince, était comme un petit ruisseau qui fait entendre à peirle un léger murmure. Voilà maintenant ce qu’on recherche dans les Églises, on laisse de côté la simplicité et là pureté des paroles apostoliques, on s’y rassemble comme à l’Athénée, comme au forum, pour exciter les applaudissements des auditeurs. Il faut que le discours déguisé sous les phrases mensongères de la rhétorique, so produise en public comme une courtisane, beaucoup moins pour enseigner les peuples que pour rechercher la faveur populaire, et que comme une harpe et une flûte qui fait entendre cle doux sons, il charme les sens des auditeurs, tellement qu’on peut appliquer aux temps où nous vivons ces paroles que Dieu adressait à Ézéchiel : « Tu es pour eux comme le chant d’une harpe aux sons doux, mélodieux, et ils écoutent tes paroles et ne les accomplissent pas, » Ezech, xxxm, 32. Cependant que ferai-je? Garderai-je le silence? Mais il est écrit : « Vous n’apparaîtrez pas en la présence de Dieu les mains vides. Et Isaïe, (comme le porte le texte hébreux) gémit et Tertium ad Gaîatas, Ô Paula et Eustochium, volumen hoc cudimus, non ignari imbeciUitatis nostræ, et exilis ingenii rivulum, vix parvo strepentem murmure sentien- tes. Jam enim et in Ecclesiis ista quæruntur, omissaque apostolicorum simplicitate et puritate verborum, quasi ad Àthenœum, et ad auditoria convenitur ut plausus cir- cumstantium suscitentur ; Ut oratio rhetoricæ artis fucata mendacio, quasi quædam meretricula procédât in publicùm, non tam eruditura populos, quam fa- vor'em populi quæsitura, et in modum psalterii et ti- biæ dulce canentis, sensus demulceat audientium ; ut vere illud prophetæ Ezechielis nostris temporibus posait aptari, dieente Domino ad eum : « Et factus es eis quasi, vox citharæ suave canentis, et bene compositæ ; et audiunt verba tua, et non faciunt ea » Ezech. xxxiii, 32. Verum quid agam? Taceamne? Sed scriptum est : k Non apparebis in conspectu Domini tui vacuus. » Et Isaias (sicut in Hebræis tamen habetur volumini- bus) ingemiscit : « Væ mihi misero, quia tacui. » s’écrie : « Malheur à moi, parce que je me suis tu. » Parlerai-je donc? Mais toute l’élégance du discours, toute la grâce de l’éloquence latine sont ternies par le son perçant des mots hébreux. Car vous savez vous-mêmes que depuis plus de quinze ans, je n’ai jamais tenu dans les mains ni Cicéron, ni Virgile, ni aucun autre auteur profane; et si quelque citation de ces auteurs se glisse dans mes discours, c’est comme le souvenir d’un songe ancien qui m’apparaît dans un nuago. De quels progrès dans la langue hébraïque suis-je redevable à cette étude infa¬ tigable de l’hébreu, je le laisse à juger à d’au¬ tres, mais je sais tout ce que j’ai perdu dans ma langue. Ajoutez, que par suite de la faiblesse de mes yeux et de l’infirmité de ce pauvre corps, je ne puis écrire moi-même, ni compenser par le travail et le poli du style, la pesanteur du discours; c’est ce que l’histoire noms apprend de Virgile, qui composait ses ouvrages et leur donnait leur perfection en los léchant . pour ainsi dire, comme les ours font de leurs petits. Pour moi, appelant un secrétaire, je lui dicte aussitôt ce qui me vient sur les lèvres; ou si je veux réfléchir un peu pour donner une expli¬ cation meilleure, il me reprend en silence, il Loquar? Sed omnem sermonis elegantiam, et Latini eloquii venustâtem, stridor lectionis Hebraicse sor- didavit. Nostis enim et ipsæ, quod plus quam quin- decim anni sunt, ex quo in manus meas numquam Tullius, numquam Maro, numquam gentiliumlitterarum quilibet auctor ascendit; et si quid forte inde dum loquimur, obrepit, quasi antiqui per nebulam somnii recordamur. Quod antem profecerim ex linguæ illius in- fatigabili studio, aliorum judicio derelinquo; ego quid in mea amiserim, scio. Àccedit ad hoc, quia propter oculorum et totius corpusculi infirmitatem, manu mea ipse non scribo ; nec labore et diligentia compensare queo eloquii tarditatem; quod de Virgilio quoquetra- dunt, quia libros suos in modum ursorum fetum [AL fetuum] lambendo figuraverit; verum accito nota- rio, aut statim dicto quodcumque in buccam venerit; autsi paululum voluero cogitare, melius aliquid prolatu- rus,.Tunc me tacitus ille reprehendit, manuiri conlrahit, frontem rugat, et se frustra ad esse, toto gestu corporis 326 SAINT JÉROME serre la main, il fronce la sourcil, et me fait comprendre par toute son attitude, qu’il est là pour rien. Car bien qu’un discours sorte d’un esprit cultivé, que l’invention en soit heureuse et l’élocution fleurie, s’il n’est cependant limé, poli par la main de l’auteur, il n’a point cette pureté, cette gravité mêlée d’élégance, et comme il arrive aux paysans enrichis, ses richesses mêmes sont plutôt un sujet de blâme qu’un orne¬ ment. Mais pourquoi ce préambule? c’est pour répondre d’avance à vous et à ceux qui peut-être auront le désir de me lire, que je n’écris ni un panégyrique, ni une controverse, mais un simple commentaire; c’est-à-dire, que mon dessein est non pas, que mes paroles soient louées et applau¬ dies, mais que ce qui a été bien dit par un autre, soit entendu comme il l’a dit. Mon devoir est de discuter ce qui est obscur, d’effleurer ce qui est clair, et de m’arrêter aux choses douteuses. Si quelqu’un cherche l’éloquence, ou prend plai¬ sir aux déclamations; il a dans l’une ou l’autre langue, Démosthène et Cicéron, Polémon et Quintilien. L’Église de Jésus-Christ ne s’est recrutée ni dans l’Académie, ni dans le Lycée, mais dans le bas peuple, ce qui fait dire à l’Apô¬ tre : « Voyez, mes frères, les appelés parmi vous, il y a peu de sages selon la chair, peu do puissants, peu d’illustres; mais Dieu a choisi les moins sages selon le monde, pour confondre les sages; il a choisi les faibles selon le monde, pour contestatur, Oratio autem etsi de bonæ indolis ingenio sit profecta, et distincta inventionibus, et ornata flore verborum, tainen nisi auctoris sui manu limata fuerit et polita, non est nitida, non habet mixtam cum dé¬ coré gravitatem; sed in modum divitum rusticorum, opibus suis magis arguitur, quam exornatur. Quor- sum ista? videlicet ut et vobis, et cæteris (qui forte ' legere voluerint) sit responsum, me non panegyri- cum, aut controversiam scribere, sed commenta- rium, id est, hoc habere propositum, non ut mea verba laudentur, sed ut quæ ab alio bene dicta sunt, ita intelligantur ut dicta sunt, Officii mei est obscura disserere, manifesta perstringere, in dubiis immo- rari. Unde et a plerisque coinmentariorum opus, ex- planatio nominatur. Si quis eloquentiam quærit, vel declamationibus delectatur, habet in utraque lingua Demosthenem et Tullium, Polemonem, et Quintillia- num. Ecclesia Ghristi non de Academia, et Lyceo, sed de vili plebecula congregata est. Unde et Apo- ëtolus : « Videte, » inquit « vocationem vestram, fratres, quia’ non multi sapientes secundum carnem, non multi confondre les forts; il a choisi les plus vils et les plus méprisables selon le monde, et ce qui n’était rien, pour' détruire ce qui est, » I Cor. i, 26, 27, 28. En effet, Dieu n’ayant point été connu par la sagesse du monde d’apres l’ordre admirable, la variété, la stabilité de la créa¬ tion, il a plu [à Dieu de sauver par la folie de la prédication, ceux qui croiraient en lui, et non par la sagesse de la parole, pour ne point anéan¬ tir la croix de Jésus-Christ. Que sont devenus les sages, les grammairiens, les littérateurs, les scrutateurs des causes naturelles. Ce n’a pas été non plus par les paroles persuasives de la sagesse humaine, mais par les preuves sensibles de la puissance et de l’esprit de Dieu, afin que la foi des croyants ne fût pas établie sur la sagesse des hommes, mais sur la vertu de Dieu; c’est porquoi l’Apôtre écrivant aux mêmes Corinthiens, leur disait : « Et moi, mes frères, lorsque je suis venu vers vous, je ne suis point venu dans la sublimité du discours et de la sagesse, pour vous annoncer le témoignage de Jésus-Christ. Car je n’ai pas prétendu savoir autre chose parmi vous que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié, » I Cor. ir, 1, 2. Et de peur que ce langage ne le fit regarder comme le prédicateur do la folie, il presse l’objection, et l’objection renverse ce qu’on , pouvait lui opposer. « Nous prêchons néanmoins la sagesse de Dieu, dit-il, dans son mystère, cette sagesse potentes, non multi nobiles ; sed qnse stulta sunt hujus mundi elegit Deus, ut confundat sapientes ; et infirma mundi elegit Deus, ut confundat fortia ; et ignobilia hujus mundi, et contemptibilia elegit Deus, et quse non sunt, ut ea quæ sunt, destrueret » I Cor. i, 26, 27, 28. Quia enim ex creaturarum ordine, varietate, con- stantia, non cognoverat mundus per sapientiam Deum, placuit Deo per stultitiam prædicationis, sal- vos facere credentes; non in sapientia verbi, ut non evacuaretur crux Christi. Ubi enim sapiens, ubi grammaticus, ubi causarum naturalium scrutatores? Nec in persuasibilibus sapientim verbis, sed in osten- siono virtutis et spiritus; ut fides credentium non esset in sapientia hominum, sed in virtute Dei. Quamobrem et ipse Apostolus ad eosdem Corinthios loquebatur : « Et ego veniens ad vos, fratres, veni non per sublimitatem sermonum, et sapientise, annuntians vobis testimonium Domini. Non enim judicavi scire me aliquid inter vos, nisi Christum Jesum .et hune cruci- fixum » I Cor . n, 1, 2. Et ne forsitan putaretur, hæc dicens, esse insipientise prœdicatoï', mente præsàga, COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRË AUX GALATE3 327 cachée qu’aucun des princes de ce monde n’a connue. >> Quel est celui qui lit maintenant Aris- tôte? Combien en est-il pour connaître les ouvrages, que dis-je, le nom de Platon? A peine dans quelque coin trouvera-t-on des vieillards qui lisent ces auteurs. Mais pour nos paysans, pour nos pécheurs, tout l’univers on parle, le monde entier retentit de leur nom. C’est donc dans un style simple qu’il faut expliquer leurs paroles pleines de simplicité; je dis. leurs paroles et non leurs sentiments. Du reste, si grâce à vos prières, je pouvais avoir pour expli¬ quer leurs épîtres, l’esprit dans lequel ils les ont écrites, vous verriez alors qu’ils ont pos- ^ sédé la sagesse véritable, avec autant de majesté et de largeur qu’on trouve d’arrogance ot de vanité dans les auteurs profanes. Je vous dévoile en peu de mots le secret de mon âme; je ne veux pas que celui à qui je dois faire comprendre l’Apôtre, lise difficilement mes écrits, et qu’il cherche un autre interprète pour comprendre l’interprète lui-même. Mais il est temps de poursuivre le reste de l’Épître. « Vous aviez bien commencé votre course, qui vous a arrêtés en vous empêchant d’obéir à la vérité? » Au lieu de la traduction de l’inter¬ prète latin : « Ne. pas obéir à la vérité » le toxte grec porte tt] éJcrfida. [xyj 7usÆsaôou, ce que l’interprète latin a traduit plus haut par quod opponi poterat, evertit. « Sed loquitur, » inquit, « Dei sapientiam in mysterio, quæ abscondita est quam nemo principum hujus sæculi cognovit. » Quptusquisque nunc Aristotelem legit? quanti Platonis vel libros novere, vel nom en ? Vix in angulis btiosi eos senes recolunt. Rusticanos vero et pi- sca tores nostros totus orbis loquitur, universus mun- dus sonat. I ta que sermone simplici, simplicia eorum verba pandenda sunt. Verba, in quam, non sensus. Cæterum si, orantibus vobis, ilium possim [AV pos- sem] in exponendis Epistolis eorum habere spiritum, quem illi in dictando habuerunt, tune videritis [AL videretis] tantam majèstatein et latitudinem in his veræ fuisse sapientiæ, quanta in sæculi litteratis ar- rogantia et vanitas fuit. Breviter vobis meæ mentis fateor arcanum ; qui per me intellecturus est Apo- stolum, nolo ut mea scripta difficulter intelligat, et ad interpretem cognoscendum, alium quærat inter- pretëm. Sed jaln tempus est, ut reliqua perse- quamur. « Currebatis bëne, quis vos impedivit veritati non obedire? » Id quod nunc Latinus posuit inter- « ne pas croire, à la vérité. » Nous avons fait remarquer en soiidieu que cette addition ne se trouvait pas dans les anciens manuscrits, bien que les exemplaires grecs aient été altérés par cette erreur. Or voici le sens de ce passage. Vous adoriez le Père en esprit et en yérité, et recevant de la plénitude du Christ, vous saviez que la loi a été seulement donnée au peuple par Moïse, et qu’il n’en est pas l’auteur, tandis que la grâce et la vérité ont été non seulement données par Jésus-Christ, mais viennent de lui. Or, puisque vous aviez si bien commencé votre course en servant la vérité plutôt que les appa¬ rences de la vérité, par quel docteur pervers avez- vous été arrêtés et entraînés à suivre l’ombre de la Loi, en abandonnant la vérité de l’Évangile? On lit à la suite : « Ne vous laissez persuader par qui que ce soit. » Mais comme ces paroles ne se trouvent ni dans les exemplaires grecs, ni dans ceux qui ont commenté l’Apôtre, nous croyons devoir les passer sous silence. « Ce qu’on vous a persuadé, ne vient pas de celui qui vous a appelés. » J’ai trouvé dans les manuscrits latins cette variante : « La persua¬ sion où vous êtes, > vient de Dieu qui vous a appelés. Je crois qu’on lisait d’abord « ex eo » « de celui » et que faute d’avoir compris, peu à peu, à cause de la ressemblance, les copistes écrivirent « ex Deo » au lieu de « ex eo. » près, « veritati non ohedire, » et in Græco scriptum est, TV] ilrfida p.7j 7t£i0£a0 xix. 5, et cet autre : « Et maintenant Israël, qu’est-ce que le Seigneur Dieu demande de vous, » Dent. x, 13, se trouvent confirmés par le texte que nous expliquons. Cependant des esprits par trop simples et pensant honorer Dieu, en lui attribuant entièrement notre croyance, ont retranché la particule « non » et ont exprimé un sens contraire à celui de l’Apô¬ tre. Soit donc qu’il s’agisse du bien ou du mal, ni Dieu, ni le démon ne sont en cause parce que la persuasion où nous sommes ne vient pas de celui qui nous a appelés, mais de nous- mêmes, qui donnons ou refusons notre con- « ex eo. » Sed nec sic potest stare sensus, ut quos modo accusa verat quare non obedierint veritati, bstendens in eorum arbitrio positum, vel obedire, vel non obedire, nunc econtrario asserat persua- sionem et obedientiam eorum, non tam ex ipsis esse qui vocentur, quam ex eo qui vocet. Melius igitur et verius sic legitur : « Persuasio vestra non est ex eo qui vocavit vos. » Aliud quippe Dei opus est, aliud homi- num. Dei opus est, vocare; hominum, vel credere, vel non credere. Et sicubi de scripturis liberum hominis affirmatur arbitrium ut ibi : « Si volueritis et audieritis me » Exod xix, 5. Et iteruin : « Et nunc, Israël, quid petit a te Dominus Deus tuus »■ Veut. x, 12, et ex hoc loco vel maxime comprobatur. Ve- rum simpliciores quique putantes se deferre Deo, ut persuasio quoque noslra in ejus sit potestate, abs- tulerunt partem orationis « non » et sensu m contrarium Apostolo reddidere. Sive ergo in bonam, sive in ma- lam partem, nec Deus, nec diabolus in causa . est, quia persuasio noslra non est ex eo qui vooavit nos, sed ex nobis, qui vel consentimus, vel non consen- sentement à celui qui nous appelle. On peut encore traduire autrement : Cette persuasion où vous êtes maintenant, ne vient pas de Dieu, qui vous a appelés au commencement, mais de ceux qui sont venus ensuite jeter le trouble parmi vous. « Un peu de levain fait lever toute la pâte. » C’est à tort qu’on lit dans nos exemplaires : « Un peu de levain aigrit et corrompt toute la pâte, » et l’interprète a suivi plutôt son sentiment particulier que rendu fidèlement les paroles de l’Apôtre. Saint Paul émet la même pensée dans son épître aux Corinthiens, alors qu’il com¬ mande que celui qui avait l’épouse de son père, soit séparé de l’Église et livré à la pénitence, pour la mort et le châtiment de la chair par les jeûnes et les maladies, afin que l’esprit soit sauvé au jour de Notre-Seigneur Jésus-Christ. En effet l’Apôtre dit : « 11 ne vous convient pas de vous glorifier, ne savez-vous pas qu’un peu de levain aigrit toute la pâte. » I Cor. v, 6 et suiv., ou bien suivant le texte que nous avons corrigé, « fait fermenter toute la pâte. » Et il 'ajoute : « Purifiez-vous donc du vieux levain, afin que vous soyez une pâte toute nouvelle, comme étant vous-mêmes des pains azymes. Car Jésus-Christ est notre agneau pascal qui a été immolé pour nous. C’est pourquoi célébrons la Pâque, non avec le vieux levain, ni avec le levain de la malice et de l’iniquité, mais avec timus vocanti. Aliter : Persuasio hæc quam nunc sequimini, non est ex Deo, qui in principio vos vo¬ cavit, sed ex bis qui vos postea turbaverunt. « Modicum fermentum totam conspersionem fermentait.» Male in nostrïs codicibus habetur : « Modicum ferment tum totam ruassam corrumpit, » et sensum potius interpres suum, quam verba, Apostoli transtulit. Hac autem ipsa sententia Paulus et ad Corinthios utitur, ubi præcepit eum qui uxorern patris sui habehat, tolli de medio, et tradi pœnitentire in interitum et vexatio- nem carnis per jejunia et ægrôtationes, Ut spiritus salvus fiat in die Domini [Al. addit nostrij Jesu Christi. Ait quippe ; « Non bona gloriatio vestra. Nescitis quia modicum fermentum, totam massam corrumpit » I Cor . v, 5, 6 seqq. ? sive (ut jam [Al. etjamj emendavimus) « totam conspersionem fermentât? » Et statim intulit ; « Expurgate vêtus fermentum, ut sitis nova conspersio, sicut estis azymi, etenim pascha nostrum immola tus est Christus. Itaque epulemur non in fermento veteri, neque in fermento malitiæ et nequitiæ, sed in azymis sinceri- tatis et veritatis. » Nunc auteur. per hanc eamdem sen- COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX GALATES 329 les azymes de la sincérité et de la vérité. » En adressant ici aux Galates la même recom¬ mandation, il leur enseigne que le pain spirituel de l’Église, qui est descendu des cieux, ne doit pas être profané par une interprétation judaïque, et le Seigneur lui-même a commandé à ses dis¬ ciples de se garder du levain des Pharisiens, Jean. vi. Ce que l’Évangéliste explique plus clairement en ajoutant : « Il leur parlait de la doctrine des Pharisiens » Matth. xvt, i2. Or, quelle est cette autre doctrine des Pharisiens, si ce n’est l’observation charnelle de la loi? Voici donc le sens : ne croyez pas qu’il suffise de mépriser les pièges de ce petit nombre d’hommes qui viennent des Juifs* et enseignent pne autre doctrine. Uno étincelle est bien peu de chose, elle est à peine visible à l’œil qui veut la fixer, mais si elle tombe sur le foyer, et que le feu, si petit qu’il soit, trouve un aliment, il consume les remparts, les villes, les forêts les plus vastes, et des contrées entières. Le levain aussi que l’Évangile prend pour parabole dans un autre sens, Luc. xm, est peu de chose, presque rien; mais lorsqu’il est mêlé à la farine, il corrompt par sa force toute la pâte; toute ia farine mélangée s’imprègne de cette force. H en est de même d’une doctrine perverse. .Elle com¬ mence par un seul et trouve à peine d’abord deux ou trois auditeurs, mais peu à peu elle s’étend comme un cancer dans tout le corps, et tentiam docet panem Ecclésiæ spiritualem, qui de cœlo descendit, non debere Judaica interpréta tione violari ; et Dominus idipsum discipulis præcepit, ut caveant a ferinento Pharisæorum Jocm. vi. Quod evangelista raanifestius faciens addidit : « Dixerat autem eis de doctrina Pharisæorum » Matth . xvi, 12. Porro quæ est ista alia doctrina Pharisæorum, nisi Legis se- cundum carnem observatio ? Sensus. itaque iste est : Nolite putare paucorum homiuum, qui de Judæa ve¬ nantes aliud docent, insidias coniemnendas. Scin¬ tilla, res parva est, et pene dum cernitur, non vide- tur; sed si fomitem comprehenderît, et nutrimenta sui quamvis parvus ignis invenerit, mœnia, urbes, latissimos saltus, regionesque consumit. Fermen- tum quoque cujus ad aliam partem in Evangelio pa- rabola temperata est Luc. xni, res modica videtur et nihili; sed cum farinæ conspersum, totam mas- sam suo vigore corruperit, in illius vim transit omne quod mixtum est; ita et doctrina perversa ab uno insipiens ( vix duos aut très primum in exordio reperit auditores; sed paulatim ut cancer serpit in selon un proverbe vulgaire, la maladie d’une seule brebis communique la contagion à tout le trou¬ peau. Il faut donc éteindre l’étincelle aussitôt qu’elle jaillit; il faut éloigner le levain de la pâte, il faut retrancher les chairs corrompues, il faut séparer de la bergerie l’animal contagieux pour ne point livrer toute la maison, toute la pâte, le corps et le troupeau, au feu, à la cor¬ ruption, à la pourriture, à la mort. Arius ne fut d’abord dans Alexandrie qu’une étincelle, mais parce qu’on ne l’éteignît pas aussitôt, elle embrasa l’univers tout entier. « Je me promets de vous, dans le Seigneur, que vous n’aurez point d’autres sentiments. » Ce n’est point par simple conjecture, c’est dans un esprit prophétique que saint Paul annonce que les Galates rentreraient dans la voie de la vérité, qu’ils avaient perdue. En effet, celui qui exhortait les fidèles à désirer les dons de l’esprit I Cor . xii, mais encore plus celui de prophétie, était lui-même plein de cette grâce lorsqu’il disait : « Nous ne connaissons qu’en partie, et nous ne prophétisons qu’en partie, » Ibid, xiri, 9. Prévoyant donc en esprit qu’ils ne croiraient autre chose que ce qu’il leur avait enseigné dans son épître, il leur dit : « Je me promets de vous, dans le Seigneur, que vous n’aurez point d’autres sentiments. » C’est ce que signifie cette addition, « dans le Seigneur. » Car s’il n’avait exprimé qu’une simple conjecture, corpore, et juxta vulgare proverbium, unius pecudis scabies, fcotnm commaculafc gregem. Igitur et scin¬ tilla statiin ut apparuerit, exstinguenda est, et fer- mentum a massæ vicinia seraoveadum, secandæ pu- tridæ carnes, et scabiosum animal a caulis ovium repellendum, ne tota domus, massa, corpus et pe- cora, ardeat, corrumpatur, putrescat, intereat. Arius in Alexandrin una scintilla fuit; sed quia non statim oppressa [Al. oppressus] est, tolum orbem ejus flamma populata est. « Ego confido in vobis in Domino, quia nihil aliud sapietis. » Non per conjecturam, ut quidam volunt, sed prophetico spiritu Paulus pronuntiat, Galatas ad veritatis viam, quam amiserant, regres- suros I Cor. xii. Etenim qui alios hortabatur, ut æmularentur charismata, magis autem ut propheta- rent; ipse quoqne eadem plenus gratia loquebatur : « Ex parte cognoscimus, et ex parte prophetamus » Ibid. y xni, 9. Prævidens igitur spiritu, quia nihil aliud essent credituri, nisi quod per Epistolam doceban- tur ait ; « Ego confido in vobis in Domino, quod nihil 330 SAINT JEROME il pouvait dire : « Je me promets de vous. » Mais, en ajoutant « dans le Seigneur, » il appuie sa confiance sur un esprit divin et prédit l’ave- nir qu’il lui révélait. «Mais celui qui met le trouble parmi vous, quel qu’il soit, en portera le jugement. » Paul, disent quelques-uns, décoche ici un trait contre Pierre à qui, comme il l’écrit plus haut, il a résisté en face, parce qu’il ne marchait pas droit selon la vérité de l’Évangile, » Gai. n. Mais non, Paiil ne parlerait pas d’une manière aussi bles¬ sante du chef de l’Église, et Pierre d’ailleurs ne méritait pas d’être accusé de troubler l’Église. Il faut donc admettre qu’il s’agit ici d’un autre qui avait été avec les apôtres, ou qui était venu de la Judée, ou d’un pharisien qui avait embrassé la foi, ou certainement d’un chrétien qui jouis¬ sait d’une grande autorité parmi les Galates, puisque saint Paul dit que quel qu’il fût, il devait porter. le jugement du trouble qu’il avait mis dans l’Église. Or, porter le jugement, signifie, comme saint Paul l’explique dans ce qui suit : « que chacun portera son propre far¬ deau. » Et mon avis, est que dans l'Écriture le mot fardeau peut se prendre en bonne et en mauvaise part, c’est-à-dire, de ceux qui sont accablés sous le poids de crimes énormes, et de ceux qui supportent le fardeau léger des vertus. Le Psalmiste pénitent s’exprime ainsi en parlant aliud sapietîs. » Nam et additio Dominici nominis, idipsum signifient. Si enim per conjecturam. hoc æsti- mabat, potuerat dicero ; « Ego confido in vobis. » Nunc autem apponens, « in Domino, » divino quodarn confi- dens spiritu, quod futimim cognoverat, prophetavit. « Qui autem conturbat vos, portabit judicium, qujeumque est ille. » Occulte, inquiunt, Petrum lacerat, cui supra in faciem restitisse se scribit, quod non recto pede incesserit ad Evangelii verita- tem. Sed nec Paulus tam procaci maledicto de Eccle¬ siæ principe loquéretur Galat. n, nec Petrus dignus qui conturbatæ Ecclesiæ reus fieret. Ex quo arbi- trandum est 'de alio quodam dici, qui aut cum Apo- stolis fuerat, aut de Judæa venerat, ant ex Pharisæis crediderat, aut certe magnus sit apud Galatas æsti- raatus, ut portet judicium Ecclesiæ conturbatæ, qui¬ cumque est ille. Portare autem judicium, id est, quod aliis verbis in sequentibus dixit : « Unusquisque proprium onub portabit. » Et puto in Scripturis, omis et in bonain et in malam partem posse accipi, hoc est, et in his qui peccatis gravibus opprimuntur, et in illis qui virtutum levia onera sustentant. De pec- de ses crimes : « Mes iniquités se sont élevées au-dessus de ma tête, elles sont’ devenues pour moi un poids qui m’accable, » Ps. xxxvii, 5* D’un autre côté, c’est ainsi que le Sauveur parle de la doctrine et des vertus : « Mon joug est doux, et mou fardeau léger, » Malt h. xr, 30. Que la doctrine soit prise dans le sens de far¬ deau, c’est ce que nous voyons clairement dans l’Évangile. Les Pharisiens lient des fardeaux pesants et qu’on ne peut pas porter, et les placent sur les épaules des hommes, mais pour eux, ils ne veulent pas les remuer dû bout des dpigts, Maüh. xxm, 4. Or, que ce soit une chose grave de troubler la paix d’une âme tran¬ quille et de soulever comme des dots tumul¬ tueux dans des cœurs qui sont en paix, les paroles du Sauveur à ses apôtres l’attestent : « Que votre cœur ne se trouble pas, leur dit-il, et ne craignez pas, » Jean xiv. Pour celui qui est pour sou frère, une cause de trouble et de scandale, il vaudrait mieux qu’on lui suspendît une meule de moulin au cou et qu’il fût préci¬ pité dans la mer, plutôt que de scandaliser un de ces pétits que désignait le Sauveur, Luc. xvin Les Galates étaient donc dans le trouble, ne sachant ce qu’ils devaient faire, placés v qu’ils étaient entre l’esprit et la lettre, la vraie et la fausse circoncision, le judaïsme secret et public. Voici en résumé le sens que l’on peut donner catis in psalrno pœnitens loquitur : « Iniquütates raeæ elevntæ sunt super caput meum, quasi onus grave gra- vatæ sunt super me » Psal. xxxvii, 5. De virtutibus, doctrinaque virtutum Salvator ait : « Jugum enim meum suave est, et onus meum leve est Matth. xi, 30. Quod autem et doctrina pro onere accipiatuv, per- spicuum fit in Evangelio. Alligant quippe Pha- risæi onera gravia, et quæ portari non possunt, et superponunt [ Al . ponunt] ea super humeros homimim, ipsi autem uno ea digito nolunt con- tingere lbid..% xxm . Quam grave sit aliquem de trauquillitate turbare, et serena corda hominum quibusdam quasi fluctibus concitare, Salvatoris ad apostolos verba testantur, dicentis : « Ne conturbetur cor vestrum, neque timeatis » Joan. xiv. Expedit quippe ei qui conturbat et scandalizat quempiam in Ecclesia ut lapis molaris circumdetur collo ejus, et mittatur cura eo in mare, quam ut scandalizet unum de bis minirais, qui a Salvatore monstrantur Luc. xvn. Turbati ergo fuernnt Galatæ inter spiritum et litteram, circunicisionem et concisionem, Judais- mum occultum et manifestum, quid àgerent ignen COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES 331 à ces paroles : Quelque soit celui qui vous détourne vers la doctrine 'dos 'Pharisiens, et qui veut que vous soyez circoncis selon la chair; si éloquent, si savant dans la loi qu’il se vante d’être, je ne dis rien autre chose, (ce que vous-mêmes vous ne pouvez vous refuser d’admettre), c’est que pour ce fait il portera le jugement, et recevra ce que mérite son travail. « Et moi, meS'frères, si je prêche la circonci¬ sion, pourquoi est-ce que je souffre encore per¬ sécution? Le scandale de la croix est donc anéanti » (ou mieux selon le texte grec) « a donc cessé? » Nous lisons dans les Actes des apôtres, et saint Paul le rappelle souvent lui- même dans ses épîtres, il eut à soutenir des persécutions fréquemment répétées, parce qu’il enseignait que ceux des Gentils qui s’étaient convertis à la foi de Jésus-Christ, ne devaient pas être circoncis. Ceux donc dont il vient de dire : « Celui qui met le trouble parmi vous, quel qu’il soit, en portera la peine » ajoutaient : Non seulement Pierre, Jacques et Jean, et les autres apôtres qui sont dans la Judée observent la circoncision et les autres préceptes de la loi, mais Paul lui-même, qui vous donne un ensei¬ gnement contraire à la vérité, a circoncis Timothée, et pressé par la vérité s’est fait très souvent Juif avec les Juifs. Or, c’est cette opi- vantes. Brevius autem et sic accipi potest : Quicum- que est ille qui vos ad Pharisæorum doctrinam retra- hit, et in carne desiderat circumoidi quamvis sit eloquens, et in Legis eruditione se jactitet, nihil amplius dico, nisi hoc (qnod etiam vos" abnuere non potestis) quod portabit pro hoc opéré judicium, et conseqUetur pro suo labore mercedem. « Ego autem, fratres, si circumcisionem præ- dico, quid adhuc persecutionem patior? Ergo eva- cuatum est (sive ut in Græco melius habet, cessavit) scandalum crucis. » Legimus in Actibus apostolorum, ipse quoque apostolus Paulus in Epistolis suis sæpe commémorât, se a Judæis persecutiones creberrimas sustinuisse, propterea quod doceret eoS qui de gen- tibus crediderant i*n Christo, non debere circumcidi. Hi itaque de quibus supra oit : « Qui autem conturbat vos, portabit judicium, quicumque est ille, » ut decipe- rent Galatas, etiam hoc addebant : non solum Pe- trus, et Jacobus, et Joannes, et cæteri in Judæa apostoli circumcisionem, et alia præcepta Legis ob¬ servant, sed ipse' quoque Paulus, qui vos aliter do- cuit, quam se rei veritas habet, Timotheura circum- îïion que saint Paul veut effacer de l’esprit . des Galates, lorsqu’il dit : « Et moi, mes frères, si je prêche la circoncision, pourquoi est-ce que je souffre persécution? » Toute la haine des Juifs et leur fureur insensée déchaînées contre moi, n’ont point d’autre cause, si ce n’est que j’enseigne que les Gentils ne doivent ni se faire circoncire, ni garder les observances pesantes et inutiles de la loi. Or, puisque je souffre persécu¬ tion, il est évident que je ne prêche point la cir¬ concision que je détruis. Car, si je suis persécuté par les Juifs, ce n’est point tant parce que je prêche un Crucifié et que j’annonce que Jésus est le Christ, que parce que j’enseigne que la loi a fait son temps. Que la croix soit. un scandale aux Juifs, une folie pour les Gentils, Notre- Seigneur lui-même nous le déclare, lui qui s’appelle une pierre d’achoppement et de scan¬ dale Matth. xxr; Luc xx. C’est pourquoi voici toute ma pensée c’est que lorsque la prédica¬ tion est arrivée à pleines voiles devant ceux qui l’écoutent, aussitôt qu’elle touche la croix, elle s’y brise et 11e peut poursuivre librement sa course -au delà. Mais cette croix qui est un scandale pour les Juifs, et une folie pour les Gentils, est pour nous qui croyons, la .vertu et la sagesse. « Car le Christ est la vertu de Dieu et la sagesse de Dieu I Cor 1, 24. Et c’est parce que ce mystère était traité de folie que ce qui paraît cidit , et Judæis fréquenter Judæus factus est , veritate cogente. Quam opinionem de Galatarum mentibus Paulus nunc volens tollere, ait : « Ego autem, fratres, si circumcisionem prædico, quid adhuc perse¬ cutionem patior? Omne, inquit, in me odium Judæo- rnm, et qua adversum me furiunt insania, ob nihil aliiul est, nisi quocl doceo gentes non debere circum¬ cidi, et Legis onera superflua et jam abolita custodi*» re. Gum . autem persecutionem patiar, manifestum est me circumcisionem non prædicare, quam des- truo. Non enim tam persecutionem patior a Ju¬ dæis, quia prædico crucifixum, et Jesum dico esse Christum, quem Lex et prophetæ prænuntiaverunt, quam quia doceo Legem esse completam. Quod au¬ tem crux Judæis scandalum sit, gentibus stnltitia, ipse Dominus noster ostendit, qui lapis dicitur offensio- nis, et petra scandali Matth, xxi; Luc. xx; propter nihil aliud puto, nisi quia prædicatio cum plenis velis ad audientes processerit, statim ut ad crucem ve- nerit, impingit; et nequaquam libero cursu potest ultra procedere, Sed hæc crux quæ apud Judæos scandalum est, et apùd gentes stultitia, riobis qui credimus virtus 332 SAINT .en Dieu une folie est devenu plus sage que les hommes, que ce qui paraît en Dieu une faiblesse, est plus fort que les hommes. Mais, dit saint Paul, puisque le scandale de la croix demeure, et quo je suis persécuté, quelle persécution ne souffrirais-je point, si le scandale disparaissait? G’est bien inutilement que quelques-uns répon¬ dent que je prêche la circoncision, puisque c’est parce que je l’attaque, que je souffre persécu¬ tion. « Plût à Dieu qùe ceux qui mettent le trouble parmi vous, fussent eux-mêmes retranchés. » On se demande comment Paul , disciple de celui qui a dit : « Bénissez ceux qui vous maudissent, » qui fait lui-même cette recommandation : « Bénissez et gardez-vous de maudire » Num. xn, 14; et qui dans un autre endroit dit : « Ceux qui maudissent, ne posséderont point le royaume des cieux » I Cor . v, 10, maudit lui-même ceux qui jettent le trouble dans les Églises do Gala- tie, et joint le souhait à la malédiction : « Plût à Dieu que ceux qui mettent le trouble parmi ' vous fussent eux-mêmes retranchés. La passion de la mutilation (1) est tellement détestable, que celui qui la pratique violemment sur quoiqu’un est puni par les lois, et que celui qui la pratique sur lui-même, est regardé comme infâme, car, disent-ils, si l’Apôtre q>eut dire en vérité : « Le Christ vit en moi » et encore : « Voulez-vous est et sapientia. « Christus enim Dei virtus est, et Dei sapientia » I Cor. i, 24, ut propter id quod stultitia dice- batur, fatuum Dei sapienlius fieret hominibns; et propter id quod infirmitas et scandalum, inûrinum Dei fortius fieret hominibus. Cum autem, inquit, crucis Christi scandalum maneat, et ego persecutionem patiar, quam non paterer, si scandalum nonmaneret; frustra quidam jactitant me circuracisionem prædicare, quam impugnan- do sustineo persecutionem. « Utinam et abscindantur qui vos conturbant. » Quæ- ritur quomodo Paulus discipulus ejus qui ait : « Béné¬ dicité maledicentibus vobis. » Et ipse loquens : « Béné¬ dicité et nolite maledicere » Rom. xn, 14. Et in alio Joco : « Neque maledici regnum Dei possidebnnt » 1 Cor. xv : nunc et maledixerit eis, qui Ecclesias Gala- tiæ conturbant \Al. conturbabant], et cum optantis voto maledixerit : « Utinam et abscindantur qui vos contur¬ bant. » Tam enim detestanda abscisionis est passio, ut et qui invitis eam intulerit, legibus publicis puniatur, et qui seipsum castraverit, infamis habeatur. Ut enim iilud, JÉROME éprouver la puissance de Jésus-Christ qui parle par ma bouche? II Cor. xnr, 2, on ne peut attri¬ buer une parole de malédiction à celui qui a dit : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » Matth. xi, 29. IL semble qu’il s’est laissé entraîner ici à un mouvement de fureur judaïque, et qu’il n’a pu dominer un sentiment violent de colère, plutôt que d’avoir imité Celui qui est resté muet comme un agneau devant celui qui le tond, et qui n’a point rendu malédiction pour malédiction, et qui, condamné à mort, s’est livré à ses bourreaux Isai ira. Celui qui voudra répondre ici pour saint Paul, dira que ses paroles sont moins des paroles de fureur contre ses adversaires que des paroles de cha¬ rité pour les Églises de Dieu. 11 voyait toute cette contrée qu’il avait convertie de l’idolâtrie à la foi de Jésus-Christ au prix de son sang et do mille dangers, troublée subitement par une doctrine nouvelle; il ne pouvait maîtriser sa douleur d’apôtre,1 sa douleur de père; il chan¬ geait sa voix, il s’irritait contre ceux auxquels il avait tenu un langage affectueux pour retenir par ces reproches sévères ceux qu’il n’avait pu retenir par la douceur. Il n’est pas surprenant du reste, que l’Apôtre qui était homme empri¬ sonné dans ce corps infirme, qui voyait dans ce corps une autre loi qui le captivait et le maîtri¬ sait sous la loi du péché, ait une fois tenu un aiunt, veruni sit : « Vivitinme Christus » II Gort xm; et hoc ; « An experimentum quæritis ejus qui in me loqui- tur Christus? » certe maledictionis vox non potest ejus intelligi, qui dicit : « Discite a me, quia humilis sum, et mitis, et mansuetus corde » Matth . xi, 29. Et magis putatur judaico furore, et.quadam effrenata insania se non potuisse cohibere, quam imitatus esse eum, qui tam- quam agnus coram tondente se, non aperuit os suum, et maledicentibus non remaledi xit Isai. un. Tradidit .au¬ tem se morti condemnatus.. Ad quod qui pro Paulo res- pondebit, hæc dicet : non tam furoris in adversarios, quam dilectionis in Ecclesias Dei, verba esse quæ locutus sit. Videbat quippe totam provinciam, quam ipse suo sanguine, et pericülis ab idololatria, ad Christi transduxerat fidem, subita persuasione turbatam, et dolore apostolico, dolore patris, se tenere non poterat : mutabat vocem, et quibus blanditus fuerat, irascebatur, ut quos . nequiverat leuitate, saltem . objurgatione retineret. Nec mirum esse si . Apostolus, ut Homo, et çidhuc vasculo clausus infirrao, vidensque aliam legem ({) Saint Jérôme entond ici le mot absoindantur de la mutilation matérielle COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX GALATES 333 langage que nous voyons souvent sur les lèvres des saints personnages. On peut encore dire, (ce qui paraît inutile à quelques-uns), que Paul ici ne maudit point ses adversaires, mais prie pour les Gala tes' afin qu’ils perdent les parties du corps qui étaient pour eux une cause de péché. Et de même qu’il est dit dans l’Évangile qu’il vautmieux pour un homme d’entrer dans le royaume des cieux privé d’un œil, d’une main, d’un pied, ou de tout autre membre, que d’être jeté tout entier dans l’enfer Matth . xvm, ainsi, saint Paul souhaite que les Galates perdent une partie de leur corps, plutôt que d’être condamnés au feu éternel pour avoir conservé tous leurs membres. Nous avons montré quelle réponse on peut faire aux païens s’ils nous objectent ces paroles. Nous avons maintenant à répondre aux héré¬ tiques, c’est-à-dire à Marcion, à Valentin et à tous coux qui aboient contre l’ancien Testament et nous leur demandons par quelle raison, eux qui accusent le Créateur d’être un être sangui¬ naire, un antagoniste sévère, un juge redoutable, peuvent excuser ce langage dans l’Apôtre d’un Dieu bon. Et en effet, je ne crois pas qu’il y ait dans l’ancienne loi une sentence aussi terrible, aussi cruelle que celle-ci : « Plût à Dieu que ceux qui mettent le trouble parmi vous soient soumis au retranchement, » Et ils ne peuvent dire que l’Apôtre ait prié pour les ennemis du i- in corpore suo captivantem se, et ducentem in lege peccati, semel fuerit hoc locutus, in quod fréquenter sanctos viros cadere perspicimus. Sed et illud dici potest (licet superfluum quibusdam esse videatur) quod Paulus non tam maledixerit eis, quam oraverit pro illis, ut eas partes corpoi’is perderent, per quas delin- quere cogebantur. Et quomodo in Evangelio dictum est : melius esse aliquem sine oculo, et sine manu, et sine pede, et qualibet alia parte înembrorum intrare in regnum coelorum, quam totum ire in gehennam Matth, xvm; ita et nunc optare eis magis unam partem cor- poris perdere, quam per occàsionem integri corporis perpetuo igné damnari. Hic locus si quando ab ethnicis reprehenditur, quomodo eis responderi possit, ostendi- mus. Nunc a nobis contra haereticos proferatur, Marcionem videlicet, et Valentinum et omnes qui contra vêtus latrant Testamentum, qua ratione illi qui Creato- rem vsanguinarium, severum bellatorem, et tantum judicem criminantur, hoc in .Apostolo Dei boni valeant excusare. Et certe nullam pyto in veteri Lege tam trucem, tam cruentam in aliquo esse sententiam, quam, « utinam abscindantur qui vos oonturbant. » Nec possunt Christ qui jetaient. le trouble dans ses Églises,, Ils ne diront pas non plus que c’est l’amour qui lui a fait prouoncer des paroles qui, considérées dans leur teneur, sont pleines do colère et d’indi¬ gnation; toutes les raisons d’excuse qu’ils pro¬ duiront en faveur de l’Apôtre, nous les ferons valoir pour l’ancienne loi. « Vous êtes appelés, mes frères, à la liberté;, ayez soin seulement que cette liberté ne vous soit point une occasion de vivre selon la chair; » (le mot « detis » n’est pas dans le texte grec, et a été ajouté par l’interprète latin). Comme cet endroit est très obscur, nous croyons devoir reproduire textuellement l’explication qu’en donne le dixième livre des Stromates. Ce n’est pas que chaque mot ne puisse recevoir son interpré¬ tation en son lieu, mais séparées du. sujet qui précède, ces paroles forment difficilement un seul corps, et si on les entend dans le sens qu’elles présentent, elles paraissent rompre brusquement la suite du discours et être en contradiction entre elles. Voici donc les paroles d’Origène : Cet endroit est difficile et il nous paraît demander une explication sérieuse. Celui qui est libre, et qui, dans un sens plus élevé, suit l’esprit et la vérité, méprise et les figures qui ont précédé et la lettre. Mais il ne doit pas étendre ce mépris jusqu’aux petits et donner occasion à ceux qui ne peuvent s’élever plus dicere orasse Apoetolum pro inimicis Christi, qui ejus Ecclesias conturbabant. Nec ex dilectione prolatum, quod tumore et indignalione plénum, ipso verborum pondéré demonstratur. Quidquid ergo illi pro Apostolo excusationis attulerint, hoc non pro Lege veteri defendemus. « Vos enim in libertatem vocati estis, fratres : tantum ne libertatem in occàsionem carni (subanditur) detis : » quod quia in Græco non habetur. « Latinus posuit interpres. Hune locum quia valde obscur us est, de dechr.o Stromatum libro transferri placuit ad verbum. Non quo singula non possint suis locis et sensibus explanari; sed quo a superiori negotio sépara-, ta, unum difficile corpus efficiant; et si sic intelligan- tur ut résonant, inconsequenter et abrupte repugnare inter se et scatere videantur, Origenis itaque haec verba sunt : Difficilis locus est, et ita nobis disseren- dus videtur. Qui liber est, et altiori sensu spiritum, et veritatem sequitur, præcedentes et typos contemnit et litteram; non idcirco debet minores despicere, et occàsionem dare his qui non possunt sentire sublimius, de se penitns desperandi. Licet enim infirmi sint et SAINT JÉROME 334 haut, de désespérer entièrement d’eux-mêmes. Car, malgré leur faiblesse, et bien qu’on les appelle chair en comparaison de l’esprit, cepen¬ dant ils sont la chair de Jésus-Christ. Si cethomme comprend le mystère de la charité qui se met au service de ceux qui sont plus faibles, qu’il fasse donc quelque chose pour eux, de peur que par sa science il ne soit cause de la perte de son frère pour qui Jésus-Christ est mort. Consi¬ dérez donc attentivement si cette explication est en rapport avec ce qui suit : « Vous êtes appe¬ lés, mes frères, à la liberté; » il leur parle ainsi peut-être parce que tous ne pouvaient pas com¬ prendre cette vocation à la liberté. C’est pourquoi il ajoute : « Ayez soin seulement que cette liberté ne vous soit point une occasion de vivre selon la chair. Car la charité doit déterminer les plus grands à se mettre au service des plus petits, parce que celui qui voudra être le plus grand, devra se rendre le serviteur de tous Matth. xx; Marc x. Que celui qui est spirituel ne déchire donc pas les chairs de Jésus-Christ, et qu’il ne leur donne pas occasion de le mordre lui-même parce qu’il les provoque, de peur d’être détruits les uns par les autres. 11 faut donc que celui qui marche dans l’esprit et qui suit le sens spirituel des paroles de l’Écriture, se garde d’accomplir le désir charnel qu’elles présentent. Si nous enten¬ dons simplement ce qui suit : « Conduisez- vous selon l’esprit, et vous n’accomplirez pas les caro comparatione spiritus appellentur; caro tamen Ch'risti sunt. Si enim intelligit mysterium chàritatis infirmioribus servientis, faciat aliquid propter infirmos; ne in scientia sua frater pereat, pro quo Gbristus est mortuus. Diligenter itaque attende, an ex consequenti- bus sensus iste tèxatur. « Vos, » inquit, « fratres, in libertatem vocati estis; » forsitan ideo, quia non omnes vocationem capere poterant libertatis. Propter quod nunc auditis : « Tantum ne libertatem in occasio- nem detis carni. » Per dilectionem enira oportet nfinoribus servire majores : quia qui vult esse major, erit omnium servus Matth, xx; Marc, x. Neque ergo spiritualis laceret Ghristi carnes; neque occasionem ibis tribuat, ut se remordeant provocantem ne ab invicem consumantur. Oportet ergo spiritu ambulantem, et spiritu Scripturarum verba sectantem, non perficere desiderium carnis earum. Si autem hoc quod dicitur : « Spiritu ambulate, et desiderium carnis non perficie- tis, » simpliciter intelligimus (ut plerique arbitrantur) contra argumentum et hypothesin totius Epistolæ, in hæc aubito Paulus erumpet ; statim quippe sequitur : désirs de la chair, » il semble (comme beaucoup le pensent), que saint Paul se met tout d’un coup en opposition avec le sujet et le but de cette lettre tout entière, car il ajoute aussitôt ; « Si vous ôtes conduits par l’esprit, vous n’êtes plus sous la loi. » Et tandis que jusqu’ici le dis¬ cours paraissait enchaîné, il nous transporte à des préceptes qui s’y rattachent difficilement en traitant de la chair et de l’esprit : « Or, il est aisé de connaître les œuvres de la chair qui sont telles et telles. » Et au contraire : « Mais le fruit de l’esprit, c’est la charité,» et le reste. Mais nous ne devons pas désespérer de trouver de la suite dans ces paroles, parce que les livres historiques de la divine Écriture qui est bien peu utile à ceux qui l’entendent comme elle a été écrite, contiennent les œuvres de la chair. Qui, en effet, n’apprendra à devenir l’esclave de la volupté, et à regarder la fornication comme rien, en voyant Judas s’unir à une femme de mauvaise vie, Gen. xxvni, et les patriarches avoir plusieurs femmes? Gomment ne sera-t-il pas tenté d’idol⬠trie, fsi dans le sang des taureaux et dans les autres victimes du Lévitique, il ne voit pas que l’Écri¬ ture a en vue un sens plus relevé que celui que présente la lettre. Que l’Écriture autorise ouver¬ tement les inimitiés, c’est ce que prouve ce pas¬ sage des Psaumes : « Malheureuse fille de Baby- lone, heureux celui qui te rendra tous les maux que tu nous a faits, heureux celui qui saisira et « Si autem spiritu ducimini, non estis sub Lege. » Et cum hucusque aliqua , ex parte sibi sermo cohæreat, rursum si simplicem intelligentiam sequamur, ad inor d inata repente præcepta nos transfert, de carne et spiritu disserens, id est : « Manifesta autem sunt opéra carnis ilia et ilia. » Et econtrario : « Fructus autem spiritus, est charitas, » et reliqua. :Sed neque in bis consequentiam desperare debeinus, quia opéra carnis divinorum voluminum historia continet; non valde eos juvans qui sic eam intelligunt, ut scripta est. Quis enim non doçebitur servire luxuriæ, et forni- cationem habere pro nihilo; cum Judam ad meretricem legerit . ingredientem Gen. xxvni ; et patriarchas habuisse multas pariter uxores? Quomodo non ad idolola- triam provocabitur, qui sanguinem taurorum, etcæteras Levitici victimas non plus quam quod in littera sonat, putaverit indicare? Quod autem inimicitias, in aperto positus Scvipturæ sermo doceat, et ex hoc loco proba- tur : « Filia Babylonis misera, beatus qui retrlbuet tibi retributionem tuam, quam retribuisti nobis, Beatus qui tenebit, et ahidet parvulos tuos adpetram » Ps . cxxxvi COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX GALATES 335 brisera tes enfants contre la pierre » Ps. cxxxvr, 8, 9, et cet autre. : « Dès le matin, j’exterminerai tous les pécheurs de la terre » Ps. c, 8, et, d’autres passages semblables relatifs aux con¬ tentions, aux. rivalités, aux débats, aux dissen¬ sions. Or, si nous ne nous élevons pas au-dessus de la lettre, ces faits historiques nous excitent aux mêmes actes plutôt qu’il ne nous en détour¬ nent. Les hérésies elles-mêmes sont venues bien plus de l’intelligence charnelle de l’Écriture que du fait de notre chair, comme plusieurs le pensent. C’est encore par la lettre de la loi que nous apprenons l’envie et les excès de l’ivresse. Noé s’enivre après le déluge, ainsi que les pariarches chez leur frère Joseph en Égypte, Gen. ix, et xliii. Nous voyons dans les livres des Rois des excès de table, et David dansant au son du tambour devant Larché du Testament II Rois vi, 14, et d’autres faits semblables. On se demande comment le texte littéral de la divine Écriture qu'on appelle le sens charnel, peut nous exciter aux sortilèges et aux opérations diabo¬ liques, si nous ne nous élevons jusquîau sens spirituel , de l’Écriture. C’est ce que signifie, à mon avis, Daniel et les trois enfants qui furent trouvés dix fois plus sages que les magiciens et les enchanteurs de la^Chaldée et de la Cappadoce, ' et Moïse qurfut instruit dans toute la sagesse et la science des Égyptiens. C’est donc s’exposer à une multitude de maux que de demeurer dans 1 sens 8, 9. Et ex illo : « In matutino interficiebam omnes peccatores terræ » Ps. c, 8, et caetera bis similia ; de contentionibus videlicet, æmulatione, ira, rixis, dissen- sionibus. Ad quæ(si non altius aliquid sentiamus) provo¬ cant nos magis historiée exempla, quam prohibent. Hæ- reses quoquo magis de carnali Scripturæ intelligentia, quam de opéré carnis nostræ, ut plurimi æstiman.t, substiterunt. Necnon invidiam et ebrïetates per Legis litteram discimus. Inebriatur Noe post diluvium, et patriarchæ apud fratrem Joseph in Ægypto Gen. ix et xliii. Sed et comessationes in Regnorum libro scriptæ sunt; saltante David et concrepante tympanis coram Area testamenti Dei I Reg. vi, et his similia. Quæritur quomodo ad veneficia, et ad maleficas artes, simplex Scripturæ divinæ sermo qui dicitur caro, nos provocet, nisi ad ejusdem Scripturæ spiritum transcendamus. Puto hoc significare, decies .Danielem, et très pueros, magis, incantaloribus, et Gazarenis atque Chaldeis sapientiores repertos, et Moysen omni sapientia et doctrina Ægyptiorum eruditum. Multorum ergo malo- ruin occasio est, si quis in Scripturæ carne permaneat. charnel de l’Écriture. Ceux qui s’y attachent n’ob- tienclront pas le royaume des cieux. Cherchons donc l’esprit et les fruits de l’Écriture, qui ne sontpoint évidents et manifestes. C’est au prix de beaucoup de travaux, desueursetd’attention sérieuse qu’on arrive à découvrir le fruit de l’Esprit-Saint dans l’Écriture. Aussi jepense que saint Paul a voulu par¬ ler avec sagesse et prudence des sens charnels de l’Écriture, lorsqu’il a dit : « Les œuvres de la chair sont manifestes » Gai. v, 19. Quant aux sens spiri¬ tuels, il ne s’exprime point de la même manière; il ne dit, pas, les fruits de l’esprit sont mani¬ festes, mais « les fruits de L’esprit sont la paix,' la charité, » et le reste Ibid . 22. Si après avoir laissé les figures, nous passons à la vérité et à l’esprit de l’Écriture, aussitôt nous voyons se présenter tout d’abord à nous la charité, et de là marchant jusqu’à la joie, nous parvenons à la paix qui nous procure le bien de la patience. Qui ne puiserait des leçons de compassion et de bonté dans ces faits contenus dans la loi et qui paraissent si tristes à quelques-uns, c’est-à-dire dans ces châtiments, dans ces combats, dans ces nations anéanties, dans ces menaces faites aux peuples par les prophètes, lorsqu’il arrive à comprendre que ce sont là des remèdes salu¬ taires plutôt que des châtiments. Car le Seigneur ne sera pas éternellement irrité Isai lvii. Lors¬ que ces vérités nous seront manifestées, notre foi sera plus raisonnable, la tempérance régnera Quæ qui fecerint, regmim Dei non consequentur. Quamobrem spiritum Scripturæ fructusque quæramus, qui non clicuntur esse manifesti. Multo quippe labora et sudore, et digno cultu in Scripturis fructus spiritus invenitur. Unde arbitror, Paulum diligenter et caute da Scripturæ sensibus dixisse carnalibus : « Manifesta autem sunt opéra carnis » Golat. v. 19. De spiritualibus ver o non ut ibi posuisse, « inanifes tus est fructus spiritus; sed ila : « Fructus autem Spiritus, est charitas, gaudium, pax, » et reliqua Ibid.y 22. Quod si relictis typis, ad veritatem Scripturæ transeamus et spiritum, statim nobis prima charitas panditur, et ad gaudium inde gradientes, pervenimus ad pacem, per ’ quam consequimur patienfiam. Quis autem non ad miseratio- nem et bonitatem erudiatur, cum etiam ea quæ quibusdam tristia putantur in Lege supplicia dico et prælia, et eversiones gentium,. et comminationes ad; populos per prophetas, magis remedia intellexerit esse, quam pœnas? Non enim in æternum irascetur Dominus Isai . lvii.. Cum hæc ( ergo nobis aperta fuerint, rationabiliorem habebimus fidem, et correctos more» 336 SAINT dans nos mœurs devenues meilleures, elle sera suivie de la continence et de la chasteté, et alors la loi commencera d’être en notre faveur. Ici finit la citation d’Origène. Nous y ferons cette addition, c’est que l’esprit avertit ceux qui sont appelés de la servitude légale à la liberté de l’Évangile, et auxquels il a dit plus haut : « Restez fermes et ne vous remettez pas sous le joug de la servitude, » qu’en s’attachant au joug si léger de Jésus-Christ, et en suivant ses pré¬ ceptes pleins de douceur, ils doivent prendre garde que cette liberté de vivre ne donne une occasion à la chair, c’est-à-dire de vivre selon la chair, de se soumettre à la circoncision char¬ nelle, et s’appliquer à rester fermes dans l’esprit, à pratiquer par l’esprit le retranchement de la chair, et à laisser les bas-fonds de la lettre pour s’élever jusque sur les sommets de l'esprit. On peut encore donner cette explication : Quel¬ qu’un dira : O Paul, si j’ai cessé d’être sous la loi, si je suis appelé de l'état de servitude à la liberté, je dois donc vivre comme il convient à la liberté, sans être assujetti à aucun précepte, et faire, accomplir tout ce qu'il me plaira, tout ce que ma volonté me suggérera de faire. A quoi l’Apôtre répond : Nous sommes appelés, en effet, à la liberté de l’esprit, mais à cette condition que la liberté elle-même ne se rendra temperantia comitabitur, quam continentia sequetur etcastitas; et post hæc omnia incipiet esse Lex pro nobis. » Hucnsque Origenes. Quibus nos possumus addere, ut dicamus de servi tute legali ad Evangelii libertatem vocatos quibus superius dicitur : « State, et nolite rursum jugo servitutis hærere » eliam nunc raoneri, ut leve Ghristi jugum et delectabilia Evangelii præcepta sectantes, nequaquani putent sibi licere, ut bac ipsa libertate vivendi, in occasione carnis utantur : scilicet utjuxta carnem vivant, juxta carnem circumci- dantur; sed spiritu magis stènt, spiritu præputium carnis abscindant, et ad spiritus altiora tendentes, humilitatem litterse derelinquant. Potes t autem et aliter intelligi. Discat quispiam : Si cessavi, o Paule, esse sub Lege, et de servitute libertatem vocatus sum; ergo debeo ita vivere ut conveuit libertati, nec aliquibus præceptis teneri, sed quoclcumque placuerit, et voluntas suggesserit, hoc facere implere, sectari. Ad quod respondit Apostolus : Vocatos .quidem nos esse in Bpiritus libertatem ; sed ita, ut libertas ipsa carni non (i) Cette explication de eaint Jérôme est mille loi» préf'rablo à ! d'après Orlgône. JÉROME ' . pas l’esclave de la chair. Et n’allons pas croire que parce que tout nous est permis, tout nous est avantageux; bien au contraire, puisque nous avons cessé d’être les esclaves de la loi, et que nous sommes devenus libres, assujettissons-nous les uns aux autres par la charité, afin que tous les préceptes disséminés dans la loi soient résu¬ més dans le seul précepte de la charité (1). Mais assujettissez-vous les uns aux autres par la charité, car toute la loi est renfermée dans un seul précepte : « Vous aimerez le prochain comme vous-même. » Celui qui est libre à l’égard de tous, s’est fait par charité le servi¬ teur de tous pour en gagner un plus grand nombre I, Cor. xni, exhorte justement les autres à devenir les serviteurs les uns des autres par la charité quicherçhe non ses intérêts, mais ceux du prochain, « car celui qui désire être le premier, sera le serviteur de tous, » Marc, x, 44, A l’exemple du Sauveur qui ayant la nature do Dieu, a pu sans usurpation s’égaler a Dieu, et qui s’est cependant anéanti jusqu’à prendre la forme d’esclave et être reconnu pour homme par tout ce qui a paru de lui, qui s’est humilié lui-même, sc rendant obéissant jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort de la croix, Philip . ii 6-8; nous aussi, sachons bien que tout ce que nous paraissions faire auparavant sous la serviat. Nec putemus quia nobis omnia licent, omnia expedire; quin potius quia servi Legis esse cessavimus-, facti liberi, magis per charitatem nobis invicem servia- mus, ut laciniosæ Legis præcepta, uno dilectionis capitulo concludantur. « Sed per charitatem servite invicem, omnis enim lex in uno sermone impletur. Diliges proximum tuum sicut teipsum. » Qui cum esset liber ex omnibus, omnium se propter charitatem servum fecit, ut plures lucrifaceret I Cor. xm, recte hortatur et cæteros, ut per charitatem sibi serviant; quæ non quærit quod suuin est, sed quod proximi. Qui enim vult fieri primus, erit omnium servus Maro.t x, 44, ut quomodo Salvator in forma Dei cons- titutus, non rapinam arbitratus est esse se æqua- tem, Deo, sed seipsum exinanivit, formant servi accipiens et lia bit u inventus ut homo, humilia vit semetipsum, fa- ctus obediens usque ad mortem, mortem autem cru- cis Philip ; n : ita et nos quæcumque ante sub Legis necessitate facere videbamur nunc sciamus, nobis l'interprétation quintessenoiée et peu naturelle qu’il vient de donner COMMENTAIRES SUR L’ÉPÎTRE AUX GALATÏÏS 337 nécessité de la loi, nous devons, maintenant que nous sommes libres, le faire par charité. Or, la charité est un si grand bien, que toute la loi se résume en elle. Dans un autre endroit, l’Apôtre énumère les avantages de la charité en disant : « Elle n’est point envieuse, elle n'agit pas à contre-temps, » et après avoir énoncé une foule d’autres avantages, il conclut en ces termes : « Elle espère tout, elle supporte tout, la charité ne finira jamais, » I Cor. xur, 4-8. Le Sauveur lui-même nous déclare dans son Évangile qu’on reconnaît son disciple à ce signe, qu’il aime son prochain Matth. xxii, et ce n’est pas seule¬ ment aux hommes, mais aux anges que s’appli¬ quent ces paroles. La même vérité se trouve reproduite dans ces paroles : « Ne faites pas aux autres ce que vous ne voulez point qu’on vous fasse, et tout ce que vous voulez que les hommes, vous fassent, faites-le leur également, Ibid, vir, 12. Je ne veux pas que mon épouse soit victime de l’adultère, je ne veux pas qu’on me vole m h bien, je ne veux pas être opprimé par un faux témoignage, et pour tout dire en peu de mots, je supporte avec indignation qu’on agisse injustement à mon égard. Or, si par la charité qui opère en moi, mes actions, ma vo¬ lonté à l’égard du prochain sont conformes à cette règle, j’ai accompli toute la loi. Et il n’est pas difficile de prouver quo tous les préceptes, quels qu’ils soient : vous ne tuerez pas, vous ne îiberis, magis per charitatem esse facienda. Tantum autem bomim est chantas, ut omnis lex in ilia reca- pituletur. Enumei'at et in alio loco Apostolus cliari- tatis bona, dicens : «Non zelatur, non agit perperam » I Cor . xni, 7, 8. Multisque in medio replicatis, in fine concludit : « Omnia sperat, omnia sustinet, chan¬ tas numquam excidit. Et Salvator in Evangelio, hoc sighum sui, ait esse discipuli, si [Al. ut] diligat pro- ximum Matth . xxii. Quod quidem puto non solum hominibus, sed etiam angelis convenire, Aliis vei'bis idipsum dicitur : « Quæ vobis fieri non vultis, aliis ne feceritis, et quæ vultis ut vobis faciant homines, hæc eadem et vos eis facite si militer » Ibid vn, 12. Nolo adulterari uxorem meam, nolo substantiam diripi, nolo me falso opprimi testiinonio, et ut cuncta brevi sermone comprehendam, indigne fero aliquid mihi fieri quod injustum est. Hæc eadem si per cha¬ ritatem in fne operantem, vel fecero alteri, vel vo- luero, lex omnis impleta est. Nec difficile est docere quomodo universa præcepta, non occides, non adul¬ térais, non furaberis, non falsum testimonium di- To&î. x. commettrez point d’adultère, vous ne déroberez point, vous ne ferez point de faux témoignage, et d’autres semblables sont renfermés dans la seule observation de la charité. Il est plus diffi¬ cile de démontrer comment les victimes qu’il est commandé d’offrir dans le Lévitique, la défense où la permission d’user de certains aliments, les uns purs, les autres impurs, le retour régulier do certaines fêtes dans le cours de l’année, se résument dans le seul précepte de la charité; à moins qu’on ne se transporte sur . un autre terrain en affirmant, que la loi est spirituelle, que nous avons été les serviteurs des images et des figures des choses à venir avant l’avènement du véritable Pontife, qui après qu’il se fut offert une seule fois pour victime et nous a rachetés de son sang, a ren¬ fermé tous les préceptes aussi variés que pénibles de la loi dans l’amour qu’il a eu pour les hommes. Mais pour celui qui, vivant une bonne fois do la vie de l’esprit, a mortifié les oeuvres de la chair, et qui, honoré de l’affection du Sauveur, n’est plus appelé son serviteur, mais son ami, il n’est plus soumis à la loi qui a été établie pour les impies et les pécheurs, pour les rebelles et les scélérats. Et cependant, nous accomplissons maintenant, au moins en partie, ce qu’ii y a de plus difficile, et nous ne faisons pas les choses plus faciles et sans lesquelles tout ce que nous faisons d’ailleurs est inutile,. Le corps ces, et cætera bis similia, una charitatis obsei’vatione leneantur. Hoc ostendere arduum est, quomodo ho- stiæ quoque, quæ in Levitico sunt præceptæ, et ci- borum vel abstinentia, vel permissio, cum alia mun- da, alia dicautur immunda, solemnitatum quoque jugis per annos recursus, in uno charitatis præcepto recap itulentnr. Nisi forte quis illo se transférât, ut afûrmet Legem spiritualem esse, et imaginibus et exemplaribus nos cœlestium deservisse, antequam verus Pontifes adveniret ; qui postquam semel seip- sum offerens victimam, suo sanguine nos redemit* omnis ilia priscæ Legis varietas, et difficultas, in ipsius super liomines dilectione compléta est. In tan¬ tum quippe Pater amavit munduin, ut Filium suum charissimum, et unigenitum daret pro nobis. Ei au¬ tem qui semel spiritu vivens, opéra carnis mortifi- cavit, et a Salvatore diJectus, nequaquam servus, sed amicus vocatur, non est ultra Lex posita, quæ impiis et peccatoribus, et non subjectis et nefariis constituta est. At nunc cum omni# quæ difûciliora f.unt, vel modica ex parte faciamus, hoc solum non 22 338 SAINT JÉROME sent tout ce qu’il y a de pénible dans le jeûne; les veilles affaiblissent fa ‘chair, c’est par le travail qu’on se procure de quoi faire l’aumône, et, queiqu’ardente que soit sa foi, le martyr ne verse soja sang ni sans douleur ni sans crainte. 11 en est qui accomplissent toutes ces choses, la charité seule ne demande aucun travail, et parce qu’elle seule rend le cœur, pur, lé démon cherche à la détruire en nous, afin que nous ne puissions voir Dieu avoc un cœur pur. Lorsqu’en effet, tranquillement assis, je parle contre mon frère et que je suis une cause de scandale pour le fils de ma mère Ps. xllx, 20, quand je m’attriste du bonheur d’autrui, et que je regarde comme un mal pour moi le bien dont il jouit, est-ce que je ne donne pas lieu en moi à l’accomplissement de ce qui suit ; « Si vous vous déchirez et si vous vous mordez les uns les autres, prenez garde que vous ne vous détruisiez les uns les autres. »La charité est le partage d’un bien petit nombre, qui consent à la suite do l’Apôtre, à ce que Jésus-Christ le rende anathème pour ses frères . Quel est celui qui, pleurant avec ceux qui pleurent, se réjouissant avec ceux qui sont dans la joie, ressent comme siennes les bles¬ sures faites à autrui? Qui se sent frappé par la mort de son frère? Nous nous aimons nous- mêmes plutôt que d’aimer Dieu. Voyez quels grands biens découlent de la charité. Si nous consentons à être martyrs dans le dessein que facimus, quod et factu facilius est, et absque quo cassa sunt universa quæ facimus. Jejunii corpus sen¬ tit injuriam ; vigiliæ carnem macérant ; eleemosy- næ labore quserimtur; sanguis in Martyrio, quamvis ardeat fides, tamen sine dolore et timoré non fun- ditur. J-îæc omnin sunt qui faciant, sola chantas si¬ ne labore „ est. Et quia sola cor mundum efficit, a diabolo expugnatur in nobis, ne Denm pura mente videamus. Quando enim sedens loquor contra fra- trem meum, et contra filium matris meæ pono scandalum Psal. xlix, 20, quando aliéna torqueor îelicitate, et alterius bonum, meum malum fa cio, nonne hoc quod sequiîur, in me expletur : « Si invi- cem mordelis et comeditis, videte ne a b invicem con- sumamini? » Charitatis rara possessio est. Quis vult ipse anatliema esse a Christo pro fratribus suis, Apostolum sequens? Quis cum lugentibus lugens, cum gaudentibns gaudena, alieno vulnere vulne- ratur? Quis fratris morte perimitur? ,Omnes ma- gis amntom nostri, quam amatores Dei sumus. Vide quantum bonuin Bit charitatis, .;Si ita martyrium fe- nos reliques soient honorées par les hommes, si nous versons notre sang avec intrépidité, si nous donnons tout ce que nous possédons jusqu’à nous réduire à la mendicité, et que nous agissions en cela comme esclaves de l’opinion des hommes, nous sommes bi'en plutôt dignes de châtiment que de récompense, et ce sont bien plutôt les supplices de l’infidélité que la couronne de la victoire. « Si vous vous déchirez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde que vous no vous détruisiez les uns les autres. » On peu simple¬ ment entendre ces paroles dans ce sens, que nous ne devons point médire les uns des autres, ne point nous imaginer que des outrages nous ven¬ gent; ne désirons pas porter la tristesse dans l’âme de ceux qui nous ont contristés les pre¬ miers, et semblables à des bêtes féroces, nous déchirer et nous dévorer mutuellement, jusqu’à ce que nous soyons détruits et consumés les uns par les autres. Mais avec cette interprétation, saint Paul semble passer subitement à des pré¬ ceptes extraordinaires contre le sujet et la suite de toute l’épître; il vaut donc mieux rattacher tout ce passage à la pratique de la circoncision et à l’observation de la loi. Si les autres vous troublent, dit-il, et que vous soyez troublés; si en lisant l’ancien . Testament vous entendez dans le sens littéral ces paroles : « .Œil pour œil, dent pour dent, » Deut. xix, 21, et que la cerimus, ut nosti’as velimus ab hominibus reliquias honorari ; si opinionem vulgi sectantes, intrepidi sangumem fuderimus, et substantiam nostram usque ad mendicitatem propriam dederimus, huic \Al. hinc] operi non tam præmium quam pœna debetur, et pevfidiæ magis tormenta sunt, quam corona vi- ctoriæ. « Quod si invicem mordetis, et comeditis, videte ne ab invicem consumnmini. » Potest hoc et simpli- citer accipi, ne detrahamus invicem, ne maledicto nos putemus ulcisci, ne contristati contristare' cupiamus, et si miles bestiaruin, mordere paritèr et ' remorderi, ut post morsus sequatur interitus at- que consumptio. Melius autem est, ne contra ratio- nem et totius Epistohe consequentiam, subito in extraordinaria præcepta, Paulus erumpat hoc ita intelligere, ut ad circumcisionem observatio- nemque Legis cuncta referamus. Si vos, inquit, con- turbant alii, vos autem conturbamini. Si totam Scri- pturam veterem legentes, sic intelligitis ut scripta e>st : « QoiUum pro oculo, dentem pro denta » î)mt* COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRK AUX GATATES colère désire la vengeance, que la vengeance à son tour cause de la douleur, ce que la loi non seulement ne défend pas, mais ordonne, en faisant consister la justice dans la loi du talion, la conséquence, c’est que celui qui est dépouillé, dépouille à son tour, que celui qui a été blessé, rende blessure pour blessure, qu’il déchire celui qui l’a déchiré, et que ce qui paraît justice soit une véritable destruction, qui loin do véngêr l’un des deux, les anéantit l’un et l’autre. « Or, je vous dis, conduisez-vous selon l’esprit, et vous n’accomplirez point les désirs de la chair. » Ces paroles, d’après ce que nous avons dit plus haut, peuvent s’entendre de deux manières. Nous pouvons dire d’abord que ceux qui, auront mortifié par l’esprit les œuvres de la chair, et semé dans l’esprit pour moisson¬ ner comme fruit de l’esprit la vie éternelle, toutes les fois que la volupté de la chair leur fait sentir son aiguillon, n’accomplissent pas ses désirs (et leur accomplissement ne procure qu’un plaisir momentané), mais les refrènent par, l’esprit, et selon la maxime de l’historien (Salluste) vivent en donnant le commandement à l’âme, l’obéissance au corps. On peut encore dire que comme la loi est spirituelle, et que le juif n’est pas celui qui l’est au dehors, mais intérieurement, et que la vraie circoncision est celle du cœur, faite en esprit et non selon xix, 21, et ira desiderat ultionem, ultio vero iinponit dolorem; quod Lex non solum non probibet, verum etiam præcipit, justitiam in tahone restituens, se- quitur, ut et nudatusnudet, et vulneratus revulneret, et comestus remordeat, et quæ videtur justitia esse, consumptio sit, non unum vindicans, sed utrumque consumens. « 'Dico autem : Spiritu ambulate, et desiderium carnis non perftcietis. » Et boc secundum superiora dupliciter accipiendnm, ut dicamus eos qui spiritu opéra carnis mortificaverint et seminaverint in spiritu, ut de spiritu metant 'vitam æternam, quotiescum- qnç voluptatem carnis senserint titillare, non per- ficere desiderium ejus (quod quidem si expletum fuerit, blandiri videtur ad tempus), sed spiritu refre- nare, et secundum sententiam Historici (Sailust.) : Animi ;imperio, corporis servitio magis vivere. Nec non et iüud, quia Lex spiritualis est Rom . vu, et non qui in manifesto Judæus, sed qui in occulto, et cir- cumcisio cordis in spiritu, non littera, eos ambulare 339 la lettre, ceux-là marchent dans l’esprit et n’accomplissent point les désirs de la chair, qui sortent spirituellement de l’Égypte, mangent la viande spirituelle, boivent de la pierre mys¬ térieuse, et qui ne sont point condamnés ni pour le manger, ni pour le boire, ou à cause des jours de fête, des nouvelles lunes et du sabbat, mais qui marchent en tout selon l’esprit, sans accomplir les désirs de la loi charnelle ou de la lettre, et qui moissonnent les fruits de l’intelligence spirituelle. Une troisième interpré¬ tation a été donnée par quelques-uns; elle ne diffère pas sensiblement de la seconde; ils disent que le désir de la chair existe dans ceux qui sont petits en Jésus-Christ, et que les hommes parfaits suivent la voie de l’esprit, et tel serait le sens : Marchez dans la gravité de l’esprit, c’est-à-dire, dans la voie de l’homme parfait, et vous n’accomplirez pas les désirs de ceux qui sont encore petits enfants. « Car la chair a des désirs contraires à ceux de l’esprit, et l’esprit en a de contraires à ceux de la chair, et ils sont opposés l’un à l’autre, do sorte que vous ne faites pas toutes les choses que vous voudriez. » La chair met son bonheur dans les jouissances si courtes de la vie présente, l’esprit dans les biens futurs et éternels. Entre ces deux adversaires, se trouve l’âme qui a en son pouvoir le bien et le mal, le vouloir et le non vouloir, mais qui n’a pas toujours en sa spiritu, et carnis desiderium non perficere dicimus, qui spirituaiiter egrediuntur Ægyptum, et spiritua- lem escam potumque de spirituali hauriunt peti'a, qui non judicantur in cibo, aut in potu, aut in parte diei festi, aut neomeniæ et sabbati, sed ambulant in omuibus spirituaiiter, non perbcientes carneæ legis litteræve desiderium, sed fructus metentes intelli- gentiæ spiritualis. Tertia quoque interpretatio a qui- bnsdam in hoc loco dicta est, sed quæ non multum discrepet a secunda, ut desiderium carnis in his as- serant esse qui parvuli in Christo sunt ; iter autem spiritus in perfectis viris, et esse sensum : in gravi- tate spiritus, id est, in itinare viri ambulate per- fecti, et non facietis desideria parvulorum. « Caro enim concupiscit ad versus spiritum, spiri¬ tus autem adversus carnem. Hæc enim sibi inyicem adversantur, ut non quæcumque vultis, ilia faciàtis. » Caro præsentibus delectatur et brevibus; spiritus perpe- tuisetfuturis. Inter hoc jurgium media anima constitit (1), habens quidem in sua potestate bonum et malum, veile et ({) Origenianu senlcmia Jtæc est, animam mediam essç que^ammodo BpuiUim inter et carnem ; Cum difitur, inqult il le lib, r. In Epistolam Od Hawanoa qulq enro ooncupUoit adversus ppintum, ppirilua autem adversus carnom, media prncul dubio ponitur anima, quæ vel deaN 340 SAINT JÉROME puissance de vouloir et de ne pas vouloir, car il peut arriver, qu’après avoir consenti aux désirs de la chair, et accompli ses œuvres, le remords chune conscience repentante l’unisse de nouveau à l’esprit et lui fasse accomplir ses œuvres. C’est ce ' que veut dire ici saint Paul : « Ils sont opposés l’un à l’autre, » c’est-à-dire la chair et l’esprit, de sorte que vous ne faites pas toutes les choses que vous voudriez. Ce n’est pas que le libre arbitre qui nous fait consentir aux désirs de la chair ou de l’esprit, nous soit enlevé, c’est parce quecequenous faisons, n’est pas notre action proprement dite, mais l’œuvre de la chair et de l’esprit. Ce serait un grand sujet de travail et de discussion, après avoir repris les œuvres de la chair et de l’esprit, de trouver quelques actes intermédiaires qui n’appartiendraient ni à la chair ni à l’esprit. Nous sommes appelés char- ' nels, lorsque nous nous livrons tout entiers à la volupté; spirituels, quand nous prenons l’Esprit-Saint pour guide, c’est-à-dire, quand nous suivons avec goût ses inspirations, quand nous sommes dociles à ses enseignements. L’homme animal, ce sont ces philosophes, qui re¬ gardent leurs propres pensées comme la sagesse elle-même, et dont l’Apôtre a dit en termes si justes : « L’homme animal ne reçoit pas ni ne perçoit pas les choses qui sont de l’esprit, c’est une folie pour lui. » Pour rendre cette vérité plus évidente, prenons un exemple : Donnons à la chair le nom de terre, à l’àme, le nom d’or, à l’esprit, le nom de feu. Tant que l’or demeure dans la terre, il perd son nom, et n’en a d’autre que celui de la terre à laquelle il se trouve mêlé. Mais lorsqu’il est séparé de la terre, il prend l’apparence et le nom d’or, c’est de l’or, mais de l’or qui n’est pas encore épuré. Mais lorsqu’il a été épuré par le feu, et affiné dans le creuset, il revêt alors la splendeur de l’or, et prend un nom en rapport avec son éclat. Il en est ainsi de l’âme qui est placée entre la terre et le feu, c’est-à-dire entre la chair et l’esprit; lorsqu’elle se livre à la chair on l’appelle chair, quand ello se donne à l’esprit, on l’appelle esprit. Mais si elle s’abandonne à ses propres pensées, et qu’elle s’imagine trouver la vérité sans la grâce de l’Esprit-Saint, elle est marquée comme un or souillé du nom d’homme animal. On peut nolle, sed non habens hoc ipsum velle ac nolle perpe- tuum, quia fieri po test, ut cum, carni consenserit, et opéra ejus fecerit, rursum per poenitentiam se remordens, spiritui copuletur, et opéra ejus efficiat(f). Hoc est ergo quod ait : « Hæc enim sibi invicem adversantur, » ici est, caro et spiritus : « ut non quæ- cumque vultis, ilia faciatis. » Non quo proprium nobis tulerit arbitrium, quo vel cariai, vel spiritui assentia- mur; sed quia quod facimus, non est nostrum pro¬ pre,’ sed opus ipsum vel carni, vel spiritui deputatur \AL deputeturj. Grandis laboris et disputationis est nirniæ, ostensis carnis operibus et spiritus, media aliqua’reperire, quæ nec ad cavnem videantur perti- nere, nec ad spirilum. Carnales dicimur, quando totos nos voluptatibus damus. Spirituales, quando Spiritum sanctum prævium sequimur, id est, cum ipso sapimus instruente, ipso docemur auctore. Ani¬ males reor esse philosophos, qui proprios cog’itatus putant esse sapientinm, de quibus recte dicitur : « Animalis autem homo non recipit [/I l. percipit] ea quæ sunt spiritus. StuUitîa quippe est ei. » Quod ut mani festins fiat, aliquod su ma mus exempt uni : Caro, terra, anima, aurum, spiritus, ignis vocentur. Quam- diu aurum fuerit in terra, perdit vocabulum suum et a terra cui commixtum est appellatur. Cum vero separatum ab humo, auri et speciem et nomen acceperit, aurum qnidem dicitur, sed necdum pro- batum. Si autem per ignem excoctum fuerit et purgatum, tune auri splendorem, et ornatus sui accipit dignitaiem. lta et anima inter humum et ignem, hoc est, inter carnem, spiritumque consi- stens, quando se tradiderit carni, caro dicitur; quando spiritui, spiritus appellatur. Quod si pro- prio crediderit cogitatui, et absque gratia Spiritus sancti invenire se æstimaverit veritatem, quasi au¬ rum sordidum, animalis liominis appellatione si-' ,iiB irilu9 acquiescQt vel ad carnis concupiscentes inclinotur. His paria in plcrisque ejus libris invenire est; nec profecto dubitandum, ^ab illo ad cujus se imiwtionem contulissc non diffitotur. Hicronymus docirinnm banc faauserit. At certain qtioque est, in bonam accipi ^w^rtem oL qucm spiritum dicunl, ei corummet sensu auctorum pro anima® ^ySfXOVtXW, 9ivc, principaU, debere intclligi ; pluresquo ToT PaTreToccurrere, qui hoc sensu snperiorcro animæ quasi patrem spiritus appellatione douent. Unus pro cunctis Augustin!», lib. n de Go- ° Tad Ut cap 42. laùdari possit, ubi animant tonquam in medlo positam nonnumquam a carne ad vitio dcprimi, nonnumquam a spiritu ad n^lQ 1qv\ \ scribit. Plures vero'quQm qui possint indicori in ejus Operibus loci sunt, in quibus spiritum carnis adversarium pro animæ virtutem engi^ r inteUexit. Ex quo mirum magis est, quod Pelegianismi hano scntentiom accuset Jansenius, omniumque omnino sçripta viden gotuit, Fopriam dicat, oum luculenter adeo Hieronymq prçbetur, sed et Augaitino, cujus summa coiitra îUosbœreticoMcntentiafttque auotorLtas fuit. Ed,Mig, COMMENTAIRES SUR L'ÉPITRE AUX GALATES 341 donner une meilleure explication de ce passage, de manière à ne former de tout ce texte qu’un $eul corps suivi, parfaitement enchaîné, et sans la moindre contradiction dans les termes. Mes frères,.! vous êtes appelés de la servitude de la loi à }& liberté de l’Évangile, mais je vous en prie, n’abusez point de la liberté jusqu’à la licence, ne croyez pas que tout ce qui vous , est permis vous soit avantageux, et ne donnez pas occasion à la chair et à la volupté. Apprenez bien plutôt que cette liberté vous impose une plus grande servitude, c’est-à-dire que l’obéis- ' sance que la loi vous arrachait malgré vous, la charité doit le faire en vous assujettissant les uns aux autres, car tout le fardeau qu’im¬ posait la loi et ses préceptes multipliés ne sont pas tant exclus par la grâce de l’Évangile que résumés dans le seul précepte de la charité qui nous obligo d’aimer notre prochain comme nous- mêmes ; car celui qui aime son prochain accom¬ plit toute la loi Matth. xxn, en lui faisant tout le bien possible, et en se gardant bien de lui faire du mal. Mais faites disparaître la dilection, qu’il n’y ait plus de charité par laquelle nous accomplissons toute la loi, vous verrez comme un brigandage public entre les hommes, ils se déchaîneront les uns contre les autres, se déchi¬ reront et finiront par se dévorer. Pour vous, mes frères, vous devez vivre selon la loi spiri¬ tuelle, justement pour ne point accomplir les gnatur [Al. signabitur]. Potest locus iste sic melius explanari, et quasi una sériés corpusque fieri, se invicem nectens, sibique non discrepans. Fratres, de servitute Legis vocati estis in Evangelii liberta- tem. Verum obsecro vps, ne libertate pro licentia abutamini, et putetis vobis cuncta expedire quæ li- cent; detisque occasionem carni atque luxuriæ. Quin potins discite quod libertas hæc major sit servitus, ut quod ante Lex ab invitis extorquebat obsequium, mine per charitatem vobis invicem ser- viatis. Siquidem omne illud Legis onus, et multipli- cia præeepta, non tam exclusa sunt per Evangelii gratiam, quain uno charitatis sermone breviata, ut diligamus proximum sicut nosmetipsos. Qui enim diligit proximum, totam legem implet Matth , xxn, bona ei, tribuens, mala non inferens. Quod si ces- set dilectio, et non sit charitas, per quam lex uni- versa completur, publicum quoddam inter hommes latrocinium erit, ut contra se invicem defurentes \Al. deferentes], seque mordentes, consumantur ab invicem. Vos autem frafcm, propterea seçundum désirs de la chair. La chair en effet craint les rigueurs du froid, elle, méprise le jeûne et la faim, elle succombe sous les veilles, elle s’en¬ flamme par les passions, elle désire tout ce qui est délicat, tout ce qui est agréable. L’esprit, au contraire, désire ce qui est contraire à la chair, et ce qui peut l’affaiblir. Ainsi donc, ne croyez pas que vous êtes libres parce ce que vous avez cessé d’être sous la servitude de la loi, mais comprenez que vous êtes d’autant plus assujettis à la loi de la nature. En effet, si la loi ne vous commande pas aussitôt, la nature n’a pas pour cela perdu ses droits; elle empêche votre volonté de se laisser aller aux actes, malgré la lutte de la chair contre l’esprit, et vous force de faire souvent ce que vous ne voudriez pas faire. Je vous supplie donc, mes frères, de' faire en sorte que votre liberté ne soit point une occasion do vivre selon la chair, mais bien plutôt de vous assujettir à l’esprit pour commencer à faire ce que vous voulez, et no plus rien devoir à la loi, c’est-à-dire, n’être plus sous la chair. Car c’est alors que vous pourrez vraiment jouir, dans l’Évangile, de la liberté que vous donne l’abro¬ gation do la loi, lorsque la chair ne vous forcera plus de faire ce que vous ne voulez pas, mais que, devenus serviteurs de la loi, vous montriez que vous n’ètes plus sous la loi. Et comme nous avions commencé plus haut do donner une double interprétation de ce passage, nous devons spiritualem legem debetis vivere, ne desideria quse cavnis sunt pevficiatis. Garo enim frigus timet, as- pernatur famem, attenuatur vigiliis, libidinibus exardescit, mollia quæque et jucunda desiderat. Econ- trà spiritus, ea quse carni contraria sunt, et quæ illam debilitare queant, expetit. Et ita fit, ut nen ideo quia sub servitute Legis esse cessastis, putetis, esse vos liberos; sed sciatis magis naturæ vos lege retineri, quia non statiin si lex non imperat, et .natura cessavit, ne voluntatem scilicet vestram, opéra eubse- quantur, sed fréquenter ea facere compeïlamini, répug¬ nante carne adversus spiritum, quæ lacéré non vultis. Ex quo, fratres, obsecro, ut non detis liber ta te m ves¬ tram in occasionem carni s, sed magis spiritui serviatis, ut incipiatis ea facere quæ vultis, et niliii debere legi, id est, non esse sub carne. Quia libertatem legis aboli- tæ tune vere in Evangelio habere poteritis, cum vos nequaquam caro compulerit facere quæ non vultis, sed spiritui servienles, docueritis vos non esse sub Lege. Et quia supra seçundum duplicem intelligentiam hune locum cœperamus exponere, reddenda sunt qusô omisi- 342 SAINT JÉROME compléter ce que nous avons omis. La chair a dos désirs contraires à ceux de l'esprit, c’est-à-dire, quo le sens historique et. charnel de l’Écriture est contraire au sens allégorique et spirituel. Mais l’esprit lutte contre la chair, c’est-à-dire les choses sublimes sont en opposition avec tout ce qui est bas, les choses éternelles avec les jouis¬ sances passagères, l’ombre avec la vérité. Et le sens charnel de l’Écriture qui ne peut être accompli, (car nous ne pouvons faire tout ce qui est écrit), nous montre qu’il n’est pas en notre pouvoir d’accomplir la loi, puisqu’alors même que nous voudrions suivre la lettre, cela ne, nous serait pas possible. et ipse factus esse sub Lege. . , « Manifesta autem sunt opéra carnis, quæ sunt, forni- catio, immumlitia, luxuria, idolorum servitus, veneficia, inimicitiæ, conientiones, æmulationes, iræ, rixæ, dis— sensiones, hæreses, invidiæ, ebrietates, comessationes, et bis similia, quæ prædico vobis sicut et prædixi, quo- niam qui hæc agunt, regnum Dei non possidebunt : » Superius cum exponerenius de carne et spiritu, tripli- cem intelligentiam flixeramus-; vel eos esse carneos, qui parvuli et corporei, in Ghristo solidum cibum, et perfectæ ætatis alimenta capere non posent ; vel cai> nales eos esse, qui more Judaico historiam tantum ser- querentur et lilteram; aut certe, juxta simpJicem sen^- suni, in hominis fi ;tione carnem spiritumque subsisterez et juxta drersitatem substanliæ, vel opéra carnis esse., vel spiritus. Nunc ergo quæ hic carnis opéra noininan-r fur, fornicatio videlicet, immunditia, luxuria, et cælera 544 SAINT JEROME l'impureté, la luxure et les autres crimes qui suivent, me paraissent se rattacher bien plus à la simple notion de la chair et de l’esprit, qu’au sens charnel de la loi, et à ceux qui sont petits enfants en Jésus-Christ, bien qu’à l’occasion de ce passage où nous avons plus haut reproduit une citation textuelle du dixième livre des Stromates d’Origène, nous avons exprimé notre sentiment sur ce point. En disant : « Il est aisé de connaître les œuvres de la chair, » saint Paul veut démontrer qu’il n’est personne qui ne les connaisse,- parce qu’il est évident pour tous qu’elles sont mauvaises et qu’on doit les fuir, à ce point que ceux qui les commettent désirent les dérober à tous les regards. Ou bien elles sont seulement évidentes pour ceux qui ont cru en Jésus-Christ. Car un grand nombre de Gen¬ tils mettent leur gloire dans leurs ignominies, et en donnant une pleine satisfaction à leurs passions, s’imaginent avoir remporté la victoire en fait de turpitudes. Et remarquez avoc quelle convenance d’expression l’Apôtre attribue les œuvres à la chair, et les fruits à l’esprit, parce qu’en effet les vices finissent et périssent en eux-mêmes, tandis que les vertus sont fécondes et donnent des fruits en abondance. Et ne croyons pas que l’âme n’ait aucune action à exercer, parce que saint Paul attribue les vices à la chair, et les vertus à l’esprit. L’âme, en effet, comme nous l’avons dit plus haut, est comme dans une position intermédiaire, ou elle quse sequuntur, magis mihi videntur ad simplicem car- nis et spii'itus intell igentiam, quam ad carnem Legis, et parvulos in Christo referri, licet in eo loco, ubi supra de decimo Origenis Stromate verbum transtulimus ad verbum, quid etiam de bis sentiri possit, expressum ait. Quod autem ait : « Manifesta autem sunt opéra carnis, » vel omnibus ea nota esse demonstrat; quia per se pa- teant mala eese et fugienda, intantum ut etiam bi qui ea faciunt, cupiant occultare quod faciunt. Vel certe bis tantum manifesta, qui in Christo crediderint. Plurimi quippo gentilium in suis ignoininiis gioriantur, et putant si expleverint voluptatem, quamdam se turpitudinum victoriam consecutos, Sed et illud eleganter, quod in carne opéra posuit, et fruclus in spiritu; quia vitia in gemetipsa'finiunlur et pereunt, vir tûtes frugibus pullu¬ lant et redundant. Nec putemus animæ nullum esse opus, si vitia carni, virtutes spiritui deputentur. Quia anima (ut supra diximus) in quodam meditullio posita, vel Garni jungitur, et dicitùr de ea : « Non permanebit s’attache à la chair, et alors elle mérite cettè sentence : « Mon esprit ne demeurera plus dans les hommes, parce qu’ils sont chair » Gcn. x, 3; ou elle s’unit à l’esprit et prend elle-même le nom d’esprit : « Celui qui s’unit au Seigneur, devient un même esprit » I Cor. vï, 17. La pre¬ mière œuvre de la chair est la fornication. Il a placé en première ligne les crimes manifestes, pour que nous n’élevions point de doutes sur ceux qui sont intermédiaires. En effet, « tout autre ; péché commis par l’homme est hors du corps, mais celui qui commet la fornication pèche contre son propre corps. » Et nous ne nous appartenons pas, car nous avons été achetés d’un grand prix; glorifions et portons Dieu dans notre corps. Ce qui aggrave le crime du fornica- teur, c’est qu’il prend les membres de Jésus- Christ pour en faire les membres d’une prosti¬ tuée; car ils seront deux dans une seule chair, dit l’Écriture, L’infidèle qui ne croit pas en Jésus-Christ fait de ses membres les membres d’une prostituée; mais celui qui croit, et commet la fornication, fait des membres de Jésus-Christ les membres d’une prostituée. Mais au contraire, je ne sais si l’infidèle coupable de fornication profane un temple, ou édifie ce temple aux idoles, car c’est par les œuvres surtout que les démons sont honorés; ce que je sais, c’est que celui qui commet la fornication après avoir, cru en Jésus-Christ, profane le temple de Dieu. La seconde œuvre de la chair s’appelle l’impureté, spiritus meus in hominibus istis, quia carnes sunt » G-en. vï, 3; vel spiritui copulatur, et in spiritus vocabu- lum transit. « Qui enim adhæret Domino, unus spiritus est x> I Cor. vï, 17. Primuru itaque carnis opus, est fornicatio. Manifesta in exordio posuit, ne de mediis ambigamus. Omne enim quodcumque fecerit homo, ex¬ tra corpus est; qui autem fornicatur, in corpus suum peccat. Et non sumus nostri; einpti enim sumus pretio, gloriücemus et portemus Deum in cor pore nostro. In eo fornicator’ majoris est criminis, quia tollit membra Christi, et facit ea membra meretricis, Erunt quippe duo in carne uua. Qui non est fidelis, nec crédit in Christo, sua membra facit membra meretricis; qui crédit et fornicatur, Christi membra facit membra meretricis. Eeontrario infidelis in fornicatione ,sua ntrnm violet, an ædificet templum idolo, nescio. Per vitia quippe vel maxime dæmones coluntur.;Hoc unum scio : quod qui post fidein Christi fornicatur, violât' templum Dei. Se- cundum opus carnis, irhmtinditia nuncupatur, et, eam COMMENTAIRES SUR L'ÉPITRE AUX GALATES elle a pour compagne et pour suivante la luxure. De même que dans ^ancienne loi, l’Écriture a .compris sous une dénomination générale ces crimes abominables qui se commettent en secret, et qu’on ne peut nommer sans se cou¬ vrir de. honte, parce qu'ils salissent et la bouche qui les profère, et les oreilles qui les entendent, en disant : « Vous enseignerez les enfants d’Israël à se garder des impuretés » Léu. xv, 31, ainsi l’Apôtre, dans cet endroit, voulant flétrir toutes les autres voluptés qui dépassent les bornes, Pacte conjugal lui-même, s’il blesse les lois de la décence et de l’humilité, et ne s’accomplit sous les yeux de Dieu et pour la procréation des enfants, les a désignés sous le nom d’impuretés et de luxure. L’idolâtrie occupe la quatrième place dans l’énumération des œuvres de la chair, car celui qui s’est une fois abandonné à k luxure et à la volupté, ne regarde plus le Créateur. D’ailleurs, l’idolâtrie fait ses délices des fêtes, des plaisirs, des débauches de la table et de tout ce qui satisfait les appétits grossiers de la chair. Et de peur que les empoisonnements et les maléfices ne paraissent pas condamnés dans le nouveau Tes¬ tament, l’Apôtre les comprend parmi les œuvres de la chair. En effet, les opérations magiques sont souvent cause que des malheureux sont victimes de l’amour qu’ils ont et qu’ils inspirent. L’inimitié elle-même, qui vient après les empoi¬ sonnements a une culpabilité qui nous est révé- cornes luxuria sequitur. Quomodo enim in veteri Lege de nefandis criminibus, quæ in occulto fiant, et ea no» minare tùrpissimum est (ne et dicentis os et aures audi- entium polluerentur) generaliter Scriptura complexa est, dicens ; « Verecundos, » vel « re ver en tes tacite filios Israël ab onini immunditia » Levit . xv, 31 ; sic in hoc loco cæteras extraordinarias voluptates, ipsarum quôqne opéra nuptiarum, si non verecunde, et cum ho- nestate, quasi snb oculis Dei fiant, ut tantum liberis serviatur, immunditiam et luxuriam nominavit. Quar- tnm, in catalogo opevum carnis, idololatria locum tenet. Qui enim semel se fuxnriæ voluptatique permiserit, non respicit Creatorem. Alias autem omnis idololatria, festi- ■ vitale, gala, ventre, et his quæ inlra ventrem sunt, delectatur. Et ne forsitan veneficia, et maleficæ 'ai* tes non viderentur in novo prohibitæ Testamento, ipsæ quoquo inter carnis opéra nominautur. Quia sæpe ma- gicis artibus, et amare miseris evenit et amari. Inimici- tia.quoque, quæ post veneficia ponitur, quem habeat reatum, manifesti criminis subjectio déclarât. Quantum 345 lée par son caractère de crime manifeste. Autant qu’il dépend de nous, nous ne devons être les ennemis de personne, mais avoir la paix avec tous les hommes. Mais si nous nous faisons des ennemis en disant la vérité, nous sommes beau¬ coup moins leurs ennemis qu’ils ne sont eux- mêmes les ennemis de la vérité. Ainsi ces paroles que Dieu dit, dans la Genèse à Abraham : « Je serai l’ennemi de tes ennemis, et je me déclarerai contre ceux qui se déclarent contre toi, » doivent être entendues comme nous venons de le dire, dans ce sens qu’ Abraham était moins leur ' ennemi qu’ils n’étaient eux- mêmes les ennemis de ses vertus et de la reli¬ gion par lesquelles il foulait aux pieds les idoles et adorait le Dieu qu’il connaissait. Il en est de même de ce commandement fait au peuple d’Israël d’être les ennemis des Madianites et d’avoir con¬ tre eux une haine éternelle qui devait se perpé¬ tuer jusque dans leurs descendants; c’est un commandement donné à ceux qui étaient encore sous le pédagogue, et qui méritaient de s’enten¬ dre dire dans un autre endroit : « Vous haïrez votre ennemi » Matth. v, 43. Ou plutôt il s’agissait plus ici d’une opposition de mœurs que de personnes, c’est-à-dire que de même que Dieu a établi des inimitiés utiles entre le ser¬ pent et la femme, de peur que des rapports plus bienveillants fussent nuisibles à l’homme, puis¬ qu’ils avaient été cause de son expulsion du paradis, ainsi à l’égard des Israélites et des enim in nobis est, nullius esse debemus inimici, sed cum omnibus habere pacem. Quod si loquentes verita- tem, aliquos meremur inimicos, non tam nos inimici eorum sumus, quam illi inimici sunt veritatis. Nam quod et in Genesi dicitur ad Abraham : « Inimicus ero inimicis tuis, et adversabor adversantibus tibi, » sicut supra intelligendum, nou tam Abraham iliis inimicum fuisse, quam illos Abrahæ virtutibus et religioni, per quam, calcatis idolis, cognituvn vene- rabatur Deum. Illud quoque quod populo præcipi- tur Israël, ut orlio sempiteruo, et iu poster os .trans- missa discordia, inimici sint Madianeis Nzim, xxxi, quasi his dicitur, qui sub pædagogo erant, et in alio loco merebantur audire : « Odio habebis inimicum tuum » Mcctth. v, 43. Aut certe non tam personarum, quam morum est facta dissensio ; ut quomodo Deus utiliter inter serpentem et mulierem inimici tias posuit, ne ami- citiæ eorum inutiles essent h mini, per quas projectus est de paradiso : ita et in Lraelitis, et Madianeis vita magis dissimilis, quam gens un a damna ta est, Septimura 346 SAINT JEROME Mâdianites, c’est la vio tout à fait dissemblable plutôt que le peuple tout entier qui a été con¬ damné, En septième lieu, parmi les œuvres de la chair viennent les dissensions, occupant aussi par¬ mi les vices une place consacrée >et toute par¬ ticulière. « Or, il ne faut pas qu’un serviteur de Dieu dispute, mais il doit être modéré envers tout le mon de, capable d’instruire, patient, reprenant avec douceur ceux qui résistent à la vérité » Tim. n, 24. Après les dissensions, vient en huitième lieu la jalousie, qui est désigné dans le grec sous le nom plus expressif et plus connu de ^Xoç, mal si général que je ne sais pas celui d’entre nous qui en est exempt. En effet, les patriarches ont eu de la jalousie contre leur frère; Marie et Aaron, Tune prophétesse, l’autre grand-prêtre de Dieu, ont été atteints de cette passion contre Moïse Gen. xxxvii, Nom b . xij, à ce point que celle dont l’Écriture avait dit : « Marie, la pro¬ phétesse prenant un tambour » ExocL xv, 20 et le reste, fut ensuite chassée hors du camp, cou¬ verte d’une lèpre honteuse et condamnée à faire une longue pénitence pendant les sept jours qu’elle en fut séparée Nomb . xu, U y a cette dif¬ férence entre l’irascibilité (iracundia) et la colère (ira) que l’homme irascible est toujours irrité, tandis que l’homme colère ne l’est que momen¬ tanément. Aussi je ne sais qui pourra obtenir le royaume de Dieu, puisque celui qui cède à la colère en est exclus Matth . v. Les querelles que locum inter carnis opéra, contentio possidet, quodam quasi sacrato, et eminenti inler vitia numéro collocata. « Servum autem Domini non oportet rixari, sed esse mansuetum ad omnes, doctorem, longanimem, cum mansuetudine erudientem, etiam eos qui econtra dispu¬ tant » II Tim. n, 24, 25, Post contenlionem, octava succeclit æmulatio, quæ Græeo sermone ÇvjAoç signifi- cantius et notius appellatur. Quo quidem malo, nescio quis nostrum careat. Zelati sunt enim1, et patriarchse Joseph fratrem suum ; et Maria, et Aaron prophètes Dei et sacerdos, contra Moysen tali passione decepti sunt Genes. xxxvii, Nxcm. xii ; intantum ut ilia de qua Scriptura narraverat, dicens : « Tollens autem Maria prophètes tympanum » Eocod. xv. 20, et cæterà, postea extra castra projecta, lepræ vitio sordidata sit, etpœni- tentiam longiorem septem dierum separatione signaverit Num. xu. Ira deinde succedit, quæ justîtiam Dei non opéra tur Jacob, i, et species est furoris. Inter iracun- diam autem et iram, hoc interest : quod iracundus semper irascitirr : ira tus pro tempore concitatur. Et nescio quis posait regnum Dei possidere, cum is qui les Grecs désignent sous un autre nom, épifiefo-,. (car le mot latin «rixa » répond au mot grec excluent également du royaume de Dieu. Or, il y a querelle âpdteta, lorsqu’un esprit tou¬ jours prêt à contredire se plaît à fatiguer la poitrine d’autrui, se livre à des altercations fémi¬ nines, et provoque constamment à la dispute. Go vice s’appelle en grec d’un autre nom : cp iXoveixfo, amour de la dispute. Les divisions sont égale¬ ment des œuvres de la chair, comme lorsqu’un chrétien, encore loin de la perfection, dit dans le même sens, et dans la même pensée : « Moi, je suis à Paul, et moi à Apollon, et moi à Céphas, et moi à Jésus-Christ » I Cor. i, 12. Ces divisions se retrouvent jusque dans l’inté¬ rieur des maisons entre le mari et la femme, entre le père et le fils, entre le fils et le frère, entre le serviteur et son compagnon, entre le soldat et celui qui loge sous la même tente. 11 arrive aussi quelquefois que des divisions s’élè¬ vent dans l’interprétation des Écritures, et que de là surgissent les hérésies qui sont placées parmi les œuvres de la chair. Si, eu effet, la sagesse de la chair est ennemie de Dieu Rom. vin (et que par là meme, tous les dogmes de mensonge qui sont opposés à Dieu soient enne¬ mis de Dieu), par une conséquence nécessaire, les hérésies qui sont ennemies de Dieu se rat¬ tachent aux œuvres de la chair. Le mot grec aïpscriç signifie choix, parce que chacun choisit irascitur, separetur a regno Matth. v. Rixæ quoque quas aliud Græci signifie ante s, àptOetaq vocant (siqui*- de m rixa [xct/ï] dicitur) a regno Dei prohibent. Est autem êpiOsàx, cum quis semper ad contradicendum para tus stomacho delectatur alieno ; et muliebri jurgio contendit, et provocat contendentem . Hæc a)io nomme apud Græcos (piAoveèda appellatur. Necnon et dissensi- o nés opéra carnis sunt; cum quis nequaquam perfectus eodem sensu, et eadem sententia dicit : ¥ Ego sum Pauli, et ego Apollo, et ego Cephæ, et ego Christi I Cor . i, 12. Sed et domorum inter se hæc ea¬ dem dissensio reperitur : mariti videlicet ad uxo- rçm, patris ad filiuin, fratris ad fratrem, con- servi ad conservum, militis ad contubernalem, arti- ficis ad ejusdem operis artificem. Nonnumquam eve- nit, ut et in expositionibus Scripturarnm oriatur dissensio; e quibus hæreses quoque quæ nunc in carnis opéré ponuntur, ebulliunt. Si enim sapientia carnis inimica est Deo Rom. vm (iriimica autem sunt omnia dogmata fahitatis Deo, repugnantia) con- sequenter et hæresès inimicæ Deo, ad carnis opéra 347 COMMENTAIRES SUR L'ÉPITRE AUX GALATES la règle qu’il pense être la meilleure. Donc, qui¬ conque entend l’Écriture dans un sens tout autre que ne le demande le sens de l’Esprit- Saint, sous l’inspiration duquel elle a été écrite, bien qu’il 11e se sépare point de l’Église, peut cependant être appelé hérétique et se rend cou¬ pable d’une des œuvres de la chair, en choisissant ce qu’il y a de plus mauvais. A la suite des hérésies, vient l’envie, que nous ne croyons pas être la même chose que le zèle. En effet, le zèle peut être pris en bonne part, lorsque par exemple on s’efforce d’imiter ce qui paraît meil¬ leur. Le caractère de l’envie est de s’affliger du bonheur d’autrui, et elle se divise en deux branches, lorsqu’on se trouve dans un état où l’on ne veut pas qu’un autre. soit, ou lorsque le voyant dans un état plus prospère, on s’attriste de ne pas lui être semblable. Un écrivain moderne, en traduisant un vers grec, s’est moqué agréablement de l’envie dans ces vers pentamètres : « Rien n’est plus juste que l’envie, qui ronge et déchire l’àme de celui qui l’a conçue et enfantée. »Le bienheureux Gyprien a écrit un livre excellent sur l’envie et la jalou¬ sie; celui qui le lira n’hésitera pas à placer l’envie parmi les œuvres de la chair. Or, il y a cette différence entre l’envieux (invidus) et celui qui excite l’envie (invidiosus), que l’envieux 1 referuntur. ÀtWiç autera Græce, ab electione dici- tur : quod scilicet eam sibi unusquisque eligat disciplinâm, quam putat esse meliorem. Quicumque igîtur aliter Scriptûram intelligit, quam sensus Spiritus sancti flagitat, quo conscripta est, licet de Ecclesia non recesserit, tamen hæreticus appellari potest, et de carnis operibus est, eligens quæ pejora sunt. Hæreses sequitur invidia, quam non putemus idem esse quod zelum. Quia zelus et in bonain par- tem accipi potest, cum quis nititur ea quse meliora sunt, æmulari. Invidia vero aliéna ielicitate torque- tur,‘ et in duplicem seinditur passionem : cum aut ipse est aliquid in eo, in quo alium esse non vult; aut alium esse videns meliorem, dolet se ei non esse consimilem. Pulchre quidam de neotericis, Græcum versum transférons, elegiaco métro de invidia lusit, dicens : Justius invidia nihil est : quæ protinus ipsum Auctorem rodit, excruciatque animum. Scripsit et beatus Gyprianus librum de « Zelo » et « Li- vore » valde optimum ; quem qui legerit, non dubi- tabit annumerare operibus carnis invidiam. Inter porte envie à un plus heureux que lui, tandis que celui qui excite l’envie, est victime de l’envie d’un autre. L’ivresse tient la quatorzième place parmi les œuvres de la chair. En effet, les ivrognes ne posséderont point le royaume des cieux. « Prenez garde, dit le Seigneur à ses dis¬ ciples, que vos cœurs 11e s’appesantissent par l’excès du boire et du manger » Luc. xxr, 34. Et l’Apôtre élève la voix pour dire : « Le vin d’où naît la luxure » Ephes. v, 18. Chacun est maître de son interprétation. Pour moi, je suis l’Apôtre, et je dis que du vin naît la dissolution, comme du vin naît l’ivresse. Or, que l’ivresse et la luxure soient au nombre des œuvres de la chair, c’est ce qui ne peut être nié même par celui qui est esclave de ces passions. Et, bien qu’on me reproche d’avoir dit dans le livre que j’ai écrit sur la virginité, que les jeunes Allés doivent fuir le vin à l’égal du poison, je ne me repens nullement de cette pensée. G’est bien plutôt l’action du vin que la créature de Dieu que nous avons condamnée, et nous avons refusé cette liberté à la jeune fUle dont le tempérament bouillonne par la chaleur propre à son âge, de pour que, sous lo prétexte de boire modérément, elle ne bût plus qu’il ne le faut, et y trouvât sa perte. Nous savons d’ailleurs que le vin est con¬ sacré au sang de Jésus-Ghrist, et que saint Paul invidum autem et invidiosum hoc interest : quod invidus feliciori invidet ; invidiosus autem is est, qui ab alio patitur invidiam. Quartumdecimum lo- cura inter carnis opéra ebrietàs tenet. Ebriosi quippe regnum Dei non possidebunt. Et Dominus ad dis— cipuîos : « Cavete, » ait, « ne forte grave ntur corda vestra in vino et crapula » Luc xxï, 34. Vino homini sensus evertitur ; pedes corruunt ; mens vacillât; libido succenditur. IJnde Apostolus clamitat :.« Et vi- num in quo est. luxuria Ephes. v, 18. Habet unus¬ quisque suæ sententiæ potestatem. Ego Apostolum sequor : in vino esse luxuriam, in vino ebrietatem. Ebrietatem autem et luxuriam inter carnis opéra numerari, nec ille potest negare qui eisdem passio- nibus vincitur. Et licet me quidam in eo libro, quem de servanda virginitate scripsi, reprehendendum pu-- tent, quod dixerim adolescentulas ita vinum de-t bere fugere ut venenum ; non me sententiæ pœ- nitebit. Opus quippe ibi magis ' vini, quam Dei a nobis creatura damnata est; et licentiam tulimus virgini proprio ætatis calore ferventi,. ne sub occasione parum bibendi, plus biberet et periret. Alioquin sciebamus, et in Ghristi sanguinem vinum 348 SAINT JÉROME reoommande à Timothée de boire un peu de vin. Or, l’ivresse peut être produite tant par le vin que par d’autres espèces de boissons qui sont faites de différentes manières, ce qui expli¬ que ces paroles, dites d’un saint : « Il ne boira ni vin, ni liqueur enivrante » Luc. 3, 15. Le mot latin, sicera, signifie ivresse. Et toute excuse a été ôtée à celui qui, ne buvant pas de vin, croi¬ rait qu’il peut boire autre chose, puisque tout ce qui peut enivrer lui est également interdit. Au quinzième rang, et la dernière des œuvres de la chair, viennent los excès de table. « Le peuple s’assit pour manger et pour boire, et ils se levèrent pour danser » Exod. xxxir, 6. A l'ivresse est toujours jointe la dissolution. Un orateur assez distingué, faisant le portrait d’un ivrogne qu’on réveillait de son sommeil a dit : Il ne pouvait dormir parce qu’on le réveillait, ou veiller parce qu’il était ivre, voulant exprimer par là, que dans un certain sens, il n’était ni parmi les morts, ni parmi les vivants. Il eût été trop long d’énumérer en détail toutes les œuvres de la chair, et de dresser le catalogue entier des vices. Saint Paul a donc tout renfermé dans ces seules paroles : « Et autres crimes sem¬ blables. Et plût à Dieu que nous puissions les fuir aussi facilement que nous les comprenons! » Je vous le déclare, dit l’Apôtre, comme je vous l’ai déjà dit, que ceux qui commettent ces crimes, ne pos¬ séderont point le royaume de Dieu. » Et il avait consecrari; et Timotheo vinum ut biberet, impera- tum. Ebrietas autem tam ex vino quam ex cæteris bibendi generibus, quee vario modo conficiuntur, potest accidere; ex quo et de sanct > dicitur : « Vinum et siceram non bibet, » Luc i, 15. Sicera interpretatur « ebrietas. » Et ne quis vinum non bibens, aliud sibi putaret bidendum, exclusa causatio est; dum omne quod inebriare potest, cum vino pariter aufertur. Quintadeeima, quæ et exlrema inter carnis opéra, comessatio est. « Manducavit quippe populus et bibit, et surrexerunt ludere, » Exod. xxxii, 6. Semper ebrie- tati juncta luxuria est. Pulchre quidam non ignobi- lis orator, cum ebrium de somno describeret exci- tatum, ait : « Nec dovmire exûtatus, nec vigilare ebrius poterat. » Qua sententia expressif, quodam- modo nec mortuum eum fuisse nec vivum. Longum erat universa carnis opéra replicare, et catalogum facere vitiorum, Uno igitur omni^ sermone conclu- sit dicens :« et his similia, » Quæ utinam tam facile vitare possemus, quam facile intelligimus. « Prædico, » inquit, « vobis sicut prædixi, quoniam qui talia agunt dit dans une épître précédente ; « Que le péché ne règne point dans votre corps mortel, en sorte que vous obéissiez à ses convoitises »' Rom . v/, 12. Le péché revêt toutes ces formes, que nous avons cherché à distinguer beaucoup plus longuement qu’il n’aurait fallu. Donc, le royaume de Dieu ne peut s’établir dans une âme où règne le péché. « Car, quel lien peut-il y avoir1 entre la justice et l’iniquité? quelle union entre la lumière et les ténèbres? quel accord entre Jésus-Christ et Bélial? » II Cor. vr, 14, 15. Et nous croyons pouvoir nous assurer le royaume de Dieu, si nous sommes exempts de la fornica¬ tion, de l’idolâtrie, des empoisonnements. Mais voici que les inimitiés, les animosités, les que¬ relles, la colère, les divisions, l’ivresse elle-même et d’autres crimes, que nous regardons comme légers, nous excluent du royaume de Dieu. Et peu importe qu’on soit exclu de la béatitude par un seul, ou par plusieurs de ces crimes, puisque tous sont une cause d’exclusion. Dans les ma¬ nuscrits latins, l’adultère, l’impudicité etl’homi- , eide se trouvent placés dans le catalogue des vices. Mais nous devons nous en tenir aux quinze œuvres de la chair énumérées par PApôtre et que nous avons expliquées. « Mais les fruits de l’esprit sont la charité, la joie, la paix, la patience, la bénignité* la bonté, la longanimité, la douceur, la foi, la modestie, la continence, il n’y a point de loi regnum Dei non consequentur. « Ubi ante prædixerat : « Non regnet, » inquit, « pecSftbm in mort ali vestro corpore, ad obediendum desideriis ejus » Rom. vi, 12. Peccatum omnes istas species habet, in quibus" nunc discriminandis plus forsitan quain oportuit, immo- rati sumus. Ergo in anima, in qua peccatum regna- verit, non potest Dei régna re .regnum. « Quæ enim participatio justitiæ et iniquitati? quæ communicatio luoi ad tenebras? qui consensus Christo et Belial, » Il Cor. vi, 14, 15? Et putamus nos regnum Dèi consequi, si a fornicatione, idololatria, et venefi- ciis immunes simns. Ecce inimicitiæ, contentio, ira, vixa, dissensio, ebrietas quoque, et cætera quæ parva arbitramur, excludent nos a regno Dei. Nec refer t uno quis a beatitudine excludalur, an plu- ribus, cuin omnia similiter excludant. In Latinis co- dicibus adulterium quoque, et impudicitia, et ho- micidia, in hoc catalogo vitiorum scripta referuntur. Sed sciendum non plus quam quindecim carnis opéra nominata, de quibus et disseruimus. « Fructus autem spiritus, est charités, gaudiurn. 349 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES contre/ ceux qui vivent de cette sorte. » Quelle autre vertu, parmi les fruits de l’esprit devait tenir le premier rang, si ce n’est la charité, sans laquelle les autres vertus ne sont pas réputées vertus, et de laquelle naissent tous les biehs possibles? Aussi dans la loi comme dans l’Évangile, elle occupe la première place : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de toutes vos forces; et vous aimerez votre prochain comme vous-même » Dent, vi, 5, Matth. xxn, 37. Nous avons indiqué brièvement plus haut, de quels grands biens la charité est la source ; qu’il nous' suffise maintenant de dire en peu de mots, que la charité ne cherche point ses propres intérêts, mais ceux clu prochain, Cor. xrii. Et quelle que soit l’inimitié qu’un homme, par le vice de son cœur, porte à celui dont il est aimé, bien qu’il s’efforce de soulever contre sa tranquillité les flots de la haine, jamais il ne se trouble, jamais il n’estime digne de haine la créature de Dieu; car la charité couvre la multitude des péchés, I Pier, iv, 8. Ces paroles mêmes du Sauveur : « Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un arbre mauvais en produire de bons, me paraissent avoir pour . objet non pas tant les hommes, que pax, longanimitas, benignitas, bonitas, ficles, man¬ suétude), continentia, ad ver sus hujusmedi non est Lex. » Et quæ alia inter fructus spiritus debuit tenere priinatnm nisi charitas, sine qua virtutes, cæteræ non repu tan tu r esse virtutes, et ex qua nasenntur universa quæ hona sunt? Siquidem et in Lége, et in Evangelia ipsa obtinet principatum : « Diliges Domi- num Deum tuum ex toto corde tuo, et ex tota anima tua, et ex tota virtute tua, et diliges proximum tuum sicut teipsum » Dsut. vt, 5; Malt, xxn., 37. Quantis bonis referta sit charitas, et supra breviter per- strinximus, et nunc vel parum dixisse sufïïciat ; quod dilectio non quærit quæ sua sunt, sed quæ aliéna I. Cor. xiii. Et quamvis suo quis vitio inimicus sit 'diligenti, et tranquillitatem ejus ad odiorum fluctus concitare nitatur; tamen ^ numquam ille turbatur; numquom creaturam Dei odio digrlam æstimat. Cha¬ ntas enim operit multitudinem peccatorum I Petr. iv, .8, ïllud quoque quod a Salvatore dicitur : « Non potest arbor bona fructus afiferre malos; neque arbor les fruits de la chair et de l’esprit ; car l’esprit ne peut jamais se rendre coupable des vices qui sont énumérés parmi les œuvres de Ja chair, ni la chair produire avec abondance les fruits qui naissent de l’esprit. 11 peut cependant arriver que, par la négligence de celui qui a le don de l’esprit, cot esprit qui est en lui ne produise pas ses fruits, et que d’un autre côté, la chair mortifiant ses œuvres, cesse de pécher. Toute¬ fois, l’un et l’autre ne vont jamais jusqu’à ce point que l’arbre négligé de l’esprit se couvre des fruits de l’esprit, et que l’arbre cultivé de la chair produise des fruits spirituels. Au second rang des fruits spirituels, se trouve placée la joie que les stoïciens, par une distinction trop subtile des mots, pensent être différente de la joie qui éclate au dehors, en latin lætitia. La joie, disent-ils, est un mouvement de l’ame, qui se réjouit dans les choses qui en sont dignes. L’allégresse au contraire, est un mouvement déréglé de l’âme qui ne connaît point de bornes et qui se réjouit même des choses où le vice à quelque part. Les autres, au contraire, font consister la volupté de la joie, non dans le mouvement de l’âme qui excite le corps au mauvais plaisir, flatte les sens et les séduit par un charme plein de douceur; mais dans cet maia, fructus afferre bonos » Matt. vit, 18, non tain de hominibus, quam de fructibus carnis et spiritus, arbitror pronuntiatum ; quia nec spiritus umquam potest ea vitia, quæ in carnis operibus numerata sunt, facere; nec caro his fructibus qui oriuntur ex spiritu redundare potest. Potest autem fieri per negli- gentiam possidentis, ut spiritus qui versatur in homme, fructus non habeat suos; et econtrario caro operi- bus suis mortificatis, peccare désistât. Non tamen illo usque procèdent, ut et negîecta arbor spiritus, opéra carnis afferat, et arbor carnis exculta, fructus germinet spirituales. In secundo spiritualium fru- ctuum loco, gaudium positum est; quod Stoici quo¬ que qui distinguunt inter verba subtilius (1)' aliud quid esse æstiwant qnam lætitiam. Gaudium quippe, esse, aiunt elationem animi super his quæ diena sunt exsultantis : Lætitiam vero effrenatam animi elationem, quæ modum nesciat, et in his quo¬ que quæ vitio sint mixta, lætetur. Alii e regione gaudii voluptatem ponunt : non hanc quæ corpus ad (1) Conferendus Cicero, qui e Stoicoriïm ore loqaitur lib. iv Qucest. Tusculan, idemquo inter gaudium, ac lætitiam discrimen ponit. Lactan- tius qüoque lib. vi Divin. Instiiui. cap. 11 : Lætitia, inquit, nihil est quam profusum gaudium. Vide, si lubet, et Cælium Rhodiginumlib. y, oap, 33. Ciceronis locus, cum ratiom animus movetur placide, atque constater, tum Üluâ gaudium dicitur : cum autem et inaniter et effm uiuniM exmltat, tum illal&titiu, gestiem vel nimia dici potest, Ed. Mig, 350 , SAINT autre mouvement qui lui est semblable, qui, sans aucune modération, sans aucune décence, fait élever la voix dans le rire. Si cette explica¬ tion est vraie, si cette distinction entre les deux termes n’induit en erreur ni ceux qui la donnent, ni ceux qui la reçoivent, considérons si ce n’est pas pour cela qu’il est écrit: « La joie (gaudere) n’est pas pour les impies, « Isaî , lvii, 21. Il faut encore remarquer que la joie vient à la suite de la charité. En effet, celui qui aime quelqu’un, se réjouit toujours du bonheur de celui qu’il aime. Et s’il le voit victime de quelque erreur, et tomber sur le terrain glissant du péché, il s’en attristera, et s’empressera de le tirer du danger, mais il ne pourra changer sa joie en tristesse, parce qu’il sait qu’aucuno des créatures raison¬ nables ne peut périr pour toujours aux yeux de Dieu (1). Le troisième fruit de l’esprit est la paix d’où Salomon, qui a été la figure du Christ, a tiré son nom. Le Psalmiste chante aussi de l’Église : « Sa demeure a été établie dans la paix, » Ps. lxxv, 2. Et parmi les huit béatitudes de l’Évangile, nous lisons : « Bienheureux les ■ pacifiques, parce qu’ils seront appelés les fils de Dieu » Matth . v, 9. Nous chantons encore dans le premier psaume des degrés : « Avec ceux qui haïssaient la paix, j’étais pacifique, » Ps. cix, 6. Et ne croyons pas que nous devions seulement libidinem concitat, titillât sensus, dulci blanditur affectu; sed alium huic b|jupvu|jt,ov, quæ sine înodera- tione, et ullo décoré lætitiæ, in risu exalta t vocem suam. Quod si ver uni est, et eorum inter verba di- stinctio non fallit et fallitur, consideremus ne forsi- tan idcirco sit dictum : « Non est gaudere impiis, dicit Dominus » Isai. lvii, 21. Simul autem et iilud notan- dum, quod post dilectionem, gaudium sequitur. Qui enim diligit quempiam, semper in ejus felicitate læ- tatur. Et si eum viderit aliquo errore deceptum, et peccatorum lubrico concidisse, dolehit quidem, et eruere festinabit; sed non poterit gaudium mutare tristitia, sciens nullam rationabilium creaturarum apud Deum perire perpetuo. Tertius fructus spiri- tus, est pax, a qua Salomon quoque qui in typo Ghri- sti præcessit, nomen accepit. Et de Ecclesia Psalmi- sta canit : « Factus est in pace locus ejus » Ps. lxxv, 2. Et inter octo Evangelii benedictiones scribitur : « Beati pacifici, quoniam filii Dei vocabuntur » Mail . v, 9. In primo etiam graduum psalmo cantatur : « Cuni JÉROME chercher la paix, qui se borne à éviter des con-r testations; alors seulement, la paix de Jésus- Christ, c’est-à-dire notre héritage, est avec nous si l’âme calme, et tranquille n’est troublée par aucune passion. Après la paix vient la longani¬ mité, ou la patience, . car nous pouvons donner ce double sens au mot grec p.axpoôufj(Yav. A cette vertu est opposée la pusillanimité, dont il est écrit : « L’homme pusillanime est grande¬ ment insensé, mais celui qui est patient, qui supporte tout est vraiment sage » Ecclè . vu. Et il est appelé souverainement sage, avec un terme ampli ficatif, comme il est écrit aussi dans ' les Proverbes : « L’homme patient est doué d’une grande sagesse » Prou, xiv, 29. La béni gnité ou l’amabilité; car le mot grec exprimo les deux idées, est une vertu pleine de douceur, de charme et de tranquillité, prête à ■ vivre en harmonie avec tous les bons, les attife rant dans son intimité, par la douceur de ses paroles et la régularité de sa conduite. Les Stoïciens la définissent ainsi : La bénignité est une vertu qui se porte d’elle-même à faire le bien. La bonté ne diffère pas sensiblement de la bénignité, parce qu’el le-môme est toujours prête à faire le bien. Elle en diffère cependant en ce que la bonté peut avoir 1 une apparence triste, porter sur le front l’indice d’une, his qui oderunt pacem, eram pacifions » Ps. cxix. 6; Nec putemus pacem tantum in eo esse quærendam, si cum alio non jurgemur ; sed tune pax Chi'isti, hoc est, hæreditas nostra nobiscum est, si tranquüja mens nullis passionis perturbetur. Post pacem se¬ quitur longanimitas, sive patientia; quia ntroque modo fjuxxpoQujJuav possumus interpretari. Huic contraria est pusiilanimitas, de qua scribitur : « Pusillani- mus vehementer insipiens, qui vero patiens est, et uni- versa sustentât, vir sapiens » Ecole. vii. Et cum Itci- Tacei « multum sapiens » appel latur, ut in Proverbiis quoque scriptum est : « Longanimus vir, multus in pru- dentia » Prov. xiv, 29. Benignitas etiam sive suavi- tas, quia apud Græcos ^p7|ÇT'ÎT7|ç utrumque sonat,: virtus est Ienis, blanda, tranquiHa, et omnium bb- norum apta cohsortio, invitons ad familiaritatem sui, dulci s alloquio, moribus tempe rata. Demque et hanc Stoici ita dqfiniunt : Benignitas est virtus sponte ad bene faciendum exposita. Non multum bonitas a benignitate diversa est; quia et ipsa (■J) Cotte pensée do saint Jérôme, prise absolument, n'est pas conforme à l'exacte vérité. II ost malheureusement dos Créatures raisonnables qui sont perdues sans retour et pour jamais. (Note du traducteur), , * % / COMMENTAIRES SUR L’I grand© sévérité do mœurs, et tout en é+ant disposée à bien faire et à donner ce qu’on lui demande, n’avoir cependant point un commerce affable, et n’attirer personne par la douceur de ses manières. Les sectateurs de Zénon en don¬ nent cette définition : La bonté est une vertu qui est utile, ou bien une vertu dont naît ce qui est utile; ou encore une vertu qui existe pour elle-même, ou un sentiment qui est la source de tous les avantages. Parmi les fruits de l’esprit, la septième place qui est comme plus consacrée, est donnée à la foi, laquelle ailleurs se trouve placée entre l’espé¬ rance et la charité. Il ne faut pas s’étonner que l’espérance ne soit pas mentionnée dans cette énumération, puisque la foi contient l’objet que nous espérons, et c’est la définition qu’en donne l’Apôtre dans son épître aux hébreux : « La foi est la substance des choses qu’on doit espérer, et la démonstration de celles qu’on ne voit point, >> Hebr . xi, 1. En effet, ce que nous espérons pour l’avenir et que nous n’avons pas encore dans le présent, nous le possédons par la foi,' dans l’espérance d’obtenir un jour ce que nous croyons.' On demande aussi comment la charité est renfermée dans la foi. Celui qui aime, ne se croit jamais lésé, il n’a qu’une pensée, c’est qu’il aime et qu’il est aimé. Mais lorsque la charité disparaît d’un cœur, la foi en disparaît ad benefaciendum videtur exposita. Sed in eo differt, quia pôtest boni tas esse tristior, et fronte severis moribus irrugata, bene quidem facere et præstare quod ppscitur ; non tariien suavis esse consortio, et sua cunctos invitare dulcedine. Hanc quoque secta- tores Zenonis ita dêfiniunt : Bonitas est virtus quæ prodest; sive, virtus ex qua oritur utilitas; aut, virtus propter semetipsam; aut aflectus qni fons sit utilitatum. Inter fructus spiritus, septimum et sacratiorem locum fides possidet, quæ eLiam alibi inter très po- ïiitur : spes, fides, charitas. Nec mirum si spes in hoc catalogo non referatur ; cnm in fide sit quod speratur; et ita eam Apostolus ad Iiebræos scribens definiat : « Est autem fides sperandarum substantia re- rum, argumenlum necdum apparentium » Hebr. xi, 1. Siquidem id quod speramus esse venturum, et nec- dùm est in præsenti, fide possidemus, sperantes nos tenere quod credimus. Quæritur quoque quomodo fides in charitate sit posita. Qui diligit, numquam 5Q lædi æstimat ; numquam a-lmd nisi quod diligit et diligitur, ■ Buspioatur. Gum autem diîectio pro- iPITRE AUX CALATES 351 également. Après la foi vient la douceur, qui est contraire aux animosités, aux disputes, aux divisions; elle ne se laisse jamais entraîner à des actes contrairôs à sa nature, et fait toujours naître de bons fruits du bon arbre de l’esprit. C’est cette vertu, qui valut à Moïse, serviteur de Dieu, ce témoignage de la sainte Écriture : « Moïse étaft un homme très doux, au-dessus de tous les hommes qui étaient sur la terre » Nomb . xn, 3. Sur la terre, est-il dit, car il ne pouvait être au-dessus de ceux qui voient Dieu face à face; parce que nous sommes souvent entraînés par l’infirmité de la chair à bien des actes répréhensibles. .L’Esprit-Saint parlant de David, bien que plusieurs interprètes appliquent cette prophétie à Notre-Seigneur, chante en premier lieu celui qui devait venir : « Seigneur, souvenez-vous de David et de toute sa douceur » Ps. cv. 1. C’est surtout à l’égard de Saül, d’Àb- salon, de Sémé'ï qu’il fit preuve de cette douceur II Rois, xv, lorsque le premier voulait le mettre à mort, que le second rêvant un nouvel ordre de choses, s’efforçait de le dépouiller de la royauté, et que Seméï, lui jetant des pierres et soulevant des nuages de poussière, lui criait : « Sors, sors homme d’iniquité » Ibid . xvi, 7. La continence vient la dernière parmi les fruits de l’esprit. Nous ne devons pas restreindre l’exercice de cette vertu à la chasteté, mais cul abfuerit, et fides pariter abscedit. Post fulem mansuetudo numeratur, quæ adversa est iræ, rixis, dissensionibus ; et numquam ad sui contraria pro- vocatur, vere de bona spiritus arbore, bonos fructus egerminans. Per hanc famulus Dei Moyses, testi- monium Scriptnræ meruit accipere, dicentis : « Moyses mansuetus erat, plusquam omnes homines super terrain » Hum. xii, 3. Super terrain, inquit. Super eos enim qui facie ad faciem Deum videbant, esse non pote- rat ; quia multa sæpe corapellimur per carnis facere infirmitatem. De David quoque, licet multi de Do¬ mino nostro æstiment prophetatum, quod nos etiam non negamus, Spiritus sanctus in typo venturi ca- nit : « Memento, Domino, David, et omnis mansuetudi- nis èjus » Ps. cv, 1. Cujus mansuetudo adversus Saul, Absalon, et Semei, vel maxime claruit I Reg. xxiv : II Reg.'xvî Cum alius eum vellet occidere ; alius res novas molitus, fraudare imperio niteretur; alius lapides . in eum jaciens, et pulverem ventilans, clamaret et diceret : « Egredere, égredere, vir inique » Ibid,, xvi, 7. Ex tréma continentia in fructibus spiritus collocatur, Quam non fiolunr in castit'ate debemus acoipere, sed 352 SAINT l’étendre au boire, au manger, à la colère, aux troubles de l’esprit, et au vice de la médisance. Or, voici la différence qui existe entre la mo¬ destie et la continence. La modestie ne se rencontre que dans les hommes parfaits et d’une vertu consommée, dont le Sauveur a dit : « Heuroux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre » Matth. v, 4; comme il a dit de lui-même : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » Matth . xr, 29. La continence au contraire, est encore dans la voie de la vertu, mais elle n’est pas encore parvenue au sommet, parce qu’il s’élève encore dans l’ame de celui qui cherche à se contenir des convoitises qui souillent la partie principale de l’âme, bien qu’elles ne puissent en triompher, ni faire que la pensée aille jusqu’à la consom¬ mation de l’acte. Or, la continence n’est pas seulement nécessaire contre les désirs et les convoitises, mais contre les trois autres passions qui troublent l’âme, la douleur, la joie et la crainte. « Il n’y a point de loi contre ceux qui vivent de cette sorte, car ce n’est point pour le juste que la loi est établie, mais pour les injustes, les rebelles, les impies et les pécheurs » I Tim._ i, 9. La loi me dit : « Vous ne commet¬ trez point d’adultère, vous ne tuerez point, vous ne ferez point de faux témoignage, Vous ne frauderez point, vous ne convoiterez point le bien d’autrui, vous ne vous parjurerez point, vous ne déroberez point, » Exod . xx, 12 et etiam in cibo et potu, in ira quoque et vexaLione mentis, et detrahendi libidine. Inter modestiam autem et continentiam hoc interest, quod modestia in viris perfectis est, consummatæque virtutis, de quibus Salvator ait : « Beati mites, quoniam ipsi povsidebunt terram » Matth. v, 4. Et de seipso : « Discite a me, quoniam mitissum, et humilis, et mansuetus corde » Matth . xi. 29. Contiuentia vero in via quidem virtutis est, sed necdum pervenit ad calcem ; quia cupiditates adhuc in ejus qui se continet, cogitatione nascuntur, et mentis polluunt principale, licet non superent, nec ad opus pertrahant cogita ntem. Non solum autem in desideriis et cupiditate continentia necessaria est, sed etiam in tribus reliquis perturbationibus, dolore scilicet, lætitia et 'timoré. Adversus hnjusmodi fructus spiritus, non est Lex. « Justo quippe Lex non est posita; ipiquis autem et non subjectis, impiis et peccatoribus » I Tint. i, 9. Lèx mihi dicit : « Non adulterahis; non occides, non falsum testimonium dices; non fraudabis ; non deside- yabis aliéna; non perjurabis; non . furaberis » Ecood. . JÉROME suivants. Si je n’accomplis point ces commande¬ ments sous l’empire de la charité de l’esprit qui produit en moi ses fruits, les commandements de la loi sont superflus pour nous. Enfin les sages du monde ont de la philosophie cette haute idée, qu’elle persuade de faire par la volonté, ce que les lois publiques forcent les autres hommes de faire par nécessité. « Or, ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs déréglés. » Origène rattachant ce verset à ce qui précède, lit ainsi : il n’y a point de loi pour ceux qui vivent de la sorte, qui ont crucifié la chair de Jésus-Christ avec leurs passions et leurs désirs déréglés. » Cette variante ne donne, plus le sens du latin, d’après laquelle l’Apôtre dit : « Ceux qui appartiennent à Jésus-Christel ont crucifié leur chair avec ses passions et ses 1 désirs déréglés; mais celui-ci : que la chair de Jésus-Christ est crucifiée par eux avec leurs passions et leurs convoitises mauvaises. Et Origène se demande comment le crucifiement de la chair de Jésus-Christ soit - un objet de louange pour ceux qui ont les fruits de l’esprit, et contre lesquels la loi a cessé d’exister, alors, que le même apôtre en fait’ un crime aux hébreux : « crucifiant de nouveau en eux-mêmes le Fils -de Dieu et l’exposant à l’ignominie, » Hebr . vu, 6. A la place des autres « crucifiant de nouveau » le texte grec à l’avantage de n’employer qu’un seul mot àvwrraupoîJvTeç que xx, 12 seqq ; si hcec omnia, fructu in me spiritus chari- tate régnante, non facio, superflua mihi sunt praocepta Legis. Denique et sapientes mundi ,de pbilosophia sic opinati sunt, ut quod leges publicæ facere homines: necessitate compellunt, boc ilia .persuadeat fiéri voluntate. « Qui autem sunt Christi, carnem cruciâxerunt cum vitiis concupiscentiis. » Origeneshunc locurn superiori- bus nectens, ita legit : « Adversus hujusmodi non est Lex, qui Christi carnem crucifixerunt cum vitiis et- concupiscentiis; » ut non sicut in Latino sonat, eos qui Christi sunt, carnem snam dicat crueifixisse cum vitiis et concupiscentiis; sed Christi carnem ab his cum vitiis et concupiscentiis crucifixam. Et quserït quomodo in his qui fructus spiritus habeant, et adverSum quos Lex esse cessavit, crucifixio carnis Dominicge ponatur in laude* cum ad Hebraeos in vituperatione sit positum : (,< Rursum crucifigentes in semetipsis Filium Dei, et osteritui habentes » Hebv.-vi, (h Pro « rursus crucifigentes, melius unum verbum com positum in Gi’oeco estj 353 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GATATES nous pourrions traduire en latin par « rocruci- figentes. » Il nous faut donc remarquer d’abord que crucifier est tout différent de crucifier do nouveau. En second lieu, ce n’est pas la même chose de crucifier de nouveau le Fils de Dieu, et de crucifier la chair de Jésus-Christ avec ses passions et ses désirs déréglés. En effet, la chair de Jésus-Christ n’est pas principa¬ lement et proprement le Fils de Dieu. Le Fils de Dieu, c’est Jésus-Christ qui était dès le com¬ mencement dans le Père, le Verbe Dieu qui s’ost fait chair, s’est anéanti lui-même, a pris la forme d’esclave pour crucifier la chair, dé¬ pouiller les principautés et les puissances, triomphant d’elles sur le bois de la croix Philip . ir, Coloss. n, et accomplissant ainsi ces paroles de l'Apôtre : « Car mort pour le péché, il est mort seulement une fois, » Rom. vr, 10. Si donc nos corps sont les membres de Jésus- Christ, par une conséquence nécessaire, notre chair est la chair de Jésus-Christ que nous crucifions, en mortifiant par elle sur la terre, la fornication, l’impureté, les convoitises, les mauvais désirs et l’avarice; et c’est pour nous un sujet de louange de crucifier ainsi la chair de Jésus-Christ avec nos passions et nos désirs déréglés, et de porter la mortification de Jésus- Christ dans notre corps pour que la vie de Jésus soit manifestée dans notre chair mortelle. Car c’est ainsi que nos corps mortels mériteront àvacTaupoimeg, quod nos interpretari poseumus, « recrucifigentes. » Primum ergo notandum quod aliud eit crucifigere, aliud recrucifigere. Deinde quia non id ipsum sit recrucifigere Fil i uni Dei, et crucifigere carneni Christ! cum vitiis et concupiscentiis. Garo quippo Christi non principaliter, et proprie Filius Dei est, sed Jésus Ghristus, qui cum esset in principio apud Patrem, Verbum Deus caro factus est, et seipsum exinan ivit, formam servi accipiens, ut crucifigeret carnem, et despoliaret principatus et potestates, triumplians de eis in ligno Philip . n, ut compleretur illud Apostoli : « Quod enim mortuus est, peccato, mortuus est semel » Rom. yi, 10. Igitur si corpora nostra raembra sunt Christi, consequenter et caro nostra caro Christi est, quam cruciligimus, mortiûcantes per eam super terram, fornicationem, immunditiam, passionem, desiderium ma- lum, et avaritiam ; et de nobis in laude nunc ponitur, qui Christi Jesu carnem crucifixerunt cum vitiis et concupiscentiis, et semper mortificationem Jesu circuin- ferimus in corpore nostro, ut et vita ejus manifestetur in carne nostra. Non modici autem laboris est, sic in prsesenti sseoulo vivere, ut jam nunc vita Jesu manifex- Tom,. x. d’être vivifiés par l’Esprit qui habite en nous. Où lo traducteur latin a mis lo mot vitia les vices, on lit dans le grec uaÔrj^aTa, c’est-à-dire les passions. Et comme la passion peut à la fois signifier la douleur et les autres nécessités de notre faible corps, l’Apôtre prend soin d’ajouter « et les désirs » afin de bien établir que ce n’est point la nature même du corps qu’il nie dans les hommes spirituels, mais les vices de cette nature. Mais il doit être bien entendu que si nous lisons : Ceux qui appartiennent à Jésus- Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses désirs déréglés, ce n’est plus la chair de Jésus-Christ, mais leur propre chair que nous disons être crucifiée. J’ai presque oublié la seconde interprétation. J’avais dit d’abord que tout cô qui suit devait se rapporter à la loi et à la circoncision; voici quel serait alors le sens; ceux qui ont on eux les fruits de l’esprit, la charité, la joie et les autres crucifient l’intel¬ ligence matérielle de l’Écriture maintenant appelée la chair de Jésus-Christ, avec ses passions et ses désirs déréglés qui sont autant do foyers do vices dans les petits, et dans ceux qui sont encore allaités. Celui-là crucifie la chair de Jésus-Christ qui ne combat point selon le sens historique et charnel, mais qui suit do préférence et prend pour guide le sens spirituel et allégorique. tetur in came nostra. Ita enim vivificabuntur et mortalia corpora nostra per inhabitantem in nobis spiritnm. Ubi Latinus interpres « vitia » posait, in Græco 7ca6Vjy.aTa id est, « passiones » leguntur. Et quia passio potest et dolorem, et cæteras nécessitâtes significare corpusculi, caute Apostolus intulit « deside- ria ; » ut non naturam corporis videretar in spirituali- bus viris negare, sed vitia. Et hoc ita admonitum sit, si Vulgatam editionem sequimur, legentes : « Qui autem sunt Christ! carnem crucifixerunt cum vitiis et concupis¬ centiis; » ut non carnem Christi, sed suam eos crucifi- xisse dicamus. Pene oblitus sum interpretationis secun- dæ. Prædixeram enim omnia quæ sequuntur ad Legem, et ad circumcisionem esse referëndâ. Sensus itaqne iste est : In qui b us est fructus spiritus, charitas, gaudium, ô reliqua,hi corpoream Scrîptune inteliigentiam, quæ nunc caro Christi appellatur, crucifixerunt cum passionibus ejus et desideriis, quæ générant parvulis atque lactenti- bus fomenta vitiorum. Grucifixit Christi carnem, qui non juxta carnem historiæ militât, sed spiritum allegoriæ eequitur præviantem. ' 2d 354 SAINT JEROME « Si nous vivons par l’esprit, marchons aussi par l’esprit. » Servons-nous de ce témoignage contre ceux, qui ne veulent pas entendre les Écritures dans un sens spirituel. Quel est celui qui vit par l’esprit, si ce n’est cet homme caché dont nous avons parlé qui vit aussi quelquefois selon la chair? Mais lorsqu’il vit par l’esprit, il marche aussi dans l’esprit. Lorsqu’il veut suivre les voies de la chair, il est mort tout vivant. L’homme parfait en Jésus-Christ, vit toujours dans l’esprit, et obéit à l’esprit et ne vit jamais selon les inspirations de la chair. Au contraire, celui qui s’abandonne tout entier à la chair, et se rend l’esclave de ses passions ne vit jamais dans l’esprit. Il en est. qui tiennent le milieu entre ces deux classes d’hommes, et que nous ne pouvons appeler ni charnels, ni spirituels. Ce sont ceux qui flottant entre les vices et les vertus tantôt sont entraînés vers le bien, et ils sont alors esprit, tantôt se laissent tomber' sur le terrain glissant de la chair et alors ils sont chair. « Ne soyons pas amateurs de la vaine gloire, nous provoquant les uns les autres, envieux les uns des autres. » L’interprète latin a traduit par une périphrase de trois mots le mot unique x£vctèoî; vel * vacuse glorise cupidi » nos eos asseramus plense affirmons que ceux-là recherchent la gloire qui est pleine qui désirent la gloire de Dieu, . la louange digne de la vertu, et un spectacle qui leur montre quelque chose de divin, Aussi, dans la plupart des endroits, nos interprètes ont traduit lé mot gloire par celui de majesté. Je désir© maintenant donner un libre cours à mes paroles, mais je suis retenu par la crainte. Je parlerai cependant et je no dissimulerai pas la passion dont mon âme est possédée, passion presque commune et qui a pour objet, non les richesses, non la puissance, non la beauté et les agréments extérieurs du corps, car toutes ces choses ont leur place parmi les œuvres de la chair. L’aumône si on la fait pour s’attirer des louanges, est une vaine gloire, il en est de même des longues prières, de la pâleur produite par le joûno. Ce ne sont pas mes paroles, mais celles du Sauveur qui tonne dans l’Évangile contre la fausse gloire, Matth. vi. La chasteté elle-même, dans l’état du mariage, de la vi¬ duité, de la virginité, cherche souvent les applaudissements des hommes, et ce que je crains de dire et qu’il faut pourtant que je dise, le martyre lui-même, si nous le souffrons pour exciter l’admiration et obtenir les louanges de nos frères, nous fait répandre inutilement notre sang. Écoutons l’Apôtre, écoutons ce que dit le vase d’élection : « Si je livre mon corps on vue de la gloire, et que je n’aie pas la charité, cela ne me sert do rien, > I Cor . xm, 3. A celui qui gloriao esse cupidos, qui gloriam Dei desiderant, et laudem virtute condignam, et aspectum divinius aliquid ostendentem. Unde et in plerisque locis, nostri « majes- tatem » pro gloria transtulerunt. Jam dudum cupio in verba prorumpere, sed teneor timoré dïcendi. Dicam tamen, nec tacebo passionem moam, passionem peno communem, non de divitiis, non de poteutia, non de pulchritudine, et corporum venustate; hæc enim mani¬ feste inter carnis opéra nominantur. Eleemosyna si ob laudem fiat, inanis est .gloria; longa oratio, pallor ex jejunio sequens. Non mea sunt verba, sed Salvatoris in Evangelio per to nantis Matth. vi. Ipsa quoque castitas in matrimonio, viduitate, virginibus, sæpe plausum quærit humanum ; et quod dudum timeo dicere, sed dicendum est, martyrium ipsum, si ideo fiat ut admira- tioni et laudi habeamur a fratribus, frustra sanguis effusus est. Loquatur Apostolus, loquatur electionis vas : « Si tradidero corpus meum, ut glorier, charitatem autem non habeam, nihil mihi prodest » I Cor. xm, 3. qui dixerat : « Scio hominem in Gbristn, ante annoS SAINT JEROME avait dit : « Je connais un hjomme en Jésus- Christ, qui fut ravi, il y a quatorze ans, jusqu’au troisième ciel; si ce fut avec son corps ou sans son corps, je no le sais pas, Dieu le sait, » II, Cor, xii, 2; et un pou après : Il fut reçu dans le paradis, et il entendit des paroles mystérieuses, qu’il n’est pas permis à un homme de rapporter, » à celui dis-je qui a travaillé plus que les autres ; de pour que la grandeur de ses révélations ne lui cause de l’orgueil, il a été donné l’aiguillon de la chair, l’ange de Satan, pour Je souffleter, et réprimer tout sen¬ timent de vaine gloire. Il pria trois fois le Seigneur, il est vrai, de l’éloigner de lui, mais il lui fut répondu : « Ma grâce te suffit, car la force se perfectionne dans l’infirmité. » Est-il une œuvre qui soit plus l’œuvre de Dieu, que de lire les Écritures, que de prêcher dans l’Église, que de désirer le sacerdoce, que de s’appliquer au service de l’autel du Seigneur. Et cependant toutes ces choses, si l’on ne guide son cœur avec des précautions infinies, naissent du désir des louanges. Vous verroz, dit Cicéron, un grand nombre d’auteurs écrire des traités sur le mépris de la gloire et par un désir de vaine gloire, étaler en commençant leurs noms et leurs titres. Nous interprétons les Écritures, nous, effaçons souvent ce que nous avons écrit, nous écrivons ce que nous croyons digne d’ètre lu, et si nous faisons tout cela non pour Jésus- quatuordecim, sive in corpore, nescio, sive extra corpus, nescio, Deus soit, raptum usque ad tertium cœlum » II Cor. xii, 2. Etpost modicum : « Raptus in paradi- sum, audivit arcana verba, quæ non licet homini loqui ; » illi, inquam qui plus omnibus laboravit, ne magnitudo revelationum extolleret eum, datas est stimulus carnis ejus, angélus Satanæ, qui eum colaphizaret, ut non toi— leretur. Et certe ter Dominum rogavit ut discederet ab eo; sed dictum est ei : « Sufficit tibi gratia mea ; yirtus enirn in infirmitate perficitur. » Quid tam Dei opus est, quam Scripturas legere, in Ecclesia prcedicare, sacerdo- tium cupere, ante altare Domini ministrare? Sed et hæc, nisi aliquis omni diligentia custodierit cor suum, de cupiditate laudis oriuntur. Videas plero^que (quod etiam Tullius ait) libros suos de contemnenda gloria inscribere, et causa gloriæ, proprii nominis titulos prænotare. Interpretamur Scripturas ; sæpe vertimus stylum ; quse dignà lectione sunt, scribinms; et nisi Christi causa fiant, sed mémorisé in posteros, et famæ in populos, totus labor irrifcus fiet ; et erimus quasi tympanurn sonans, et cymbalum cou- Christ, mais pour léguer notre mémoire à la postérité, et jouir d’une certaine réputation parmi les peuples, tout notre travail est perdu, et \ nous ne serons plus qu’un airain sonnant et une cymbale retentissante, I Cor, xnr. Vous voyez la plupart disputer sur les Écritures, et faire de la parole de Dieu une arène de lutteurs, ils se provoquent mutuellement, et s’ils sont vaincus, ils sont dévorés par l’envie, tant ils sont pas¬ sionnés pour la vaine gloire. Je sais que dans les manuscrits latins, le témoignage que nous, avons cité plus haut: « Si je livre mon corps' par amour do la vaine gloire » porte le mot « ardeam » au lieu du verbe glorier; mais c’est , la ressemblance des verbes qui en grec signifient ardeam, et glorier c’est-â-dire xauô^cop.at et xau^vprofxai qui ne diffèrent que par une seule lettre, que Terreur s’est enracinée parmi les nôtres; chez1 les grecs eux-mêmes, les manus* crits sont différents. CHAPITRE IV. « Mes frères, si quelqu’un est tombé par sur¬ prise en quelque péché, vous autres qui êtes, spirituels, ayez soin de le relever dans un esprit de douceur, chacun de vous réfléchissant sur lui-même, et craignant d’être tenté comme lui. » Saint Paul savait que le Dieu qu’il adorait ne voulait pas la mort du pécheur, mais qu’il Tasse pénitence Ezech, xvm, xxm ; et qu'à l’exceptiom crepans I Cor . xm. Videas plerosque de Scriptu- ris inter se contendere ; et athleticum scamma Dei facere sermonem ; invicem provocant, et si. yicti fuerint, invident : inanis quippe gloriæ cupidi sunt. Scio in Latinis codicibus in eo testimonio quod supra posuimus : «, Si tradidero corpus meum ut glorier, ardeam » babere pro « glorier ; » sed ob similitudinem verbi, qua apud Græcos, « ardeam » et « glorier, t> id , est, xauOvjcotxat et xau^coyat una litteræ parte distinguitur, apud nostros error inolevit. Sed et apud ipsos Græcos exemplaria sunt diversa. CAPUT VI. « Fratres, et si præoccupatus fuerit homo in aliquo delicto, vos qui spirituales estis, instruite hujusmodi in spiritu mansuetudinis; considerans teipsùm, ne et tu tenteris. » Sciens Paulus ejns Dei se esse cultorem, qui nollet mortem peccatoris, sed pœnitentiam Ezech. xviii, xxxiii ; et excepta Trinitate, omnem creaturam, licet non peccet, tamen posse peccare; eum quoquo qui spiritualis est, cohortafcur sui thnore ne peccet, manum COMMENTAIRES SUR t do la sainte Trinité, toute créature, bien qu’elle ne pèche pas, peut cependant commettre le péché; il exhorte donc celui qui se conduit par l’esprit à tendre la main à celui qui tombe dans le péché, par la crainte qu’il n’y tombe lui- même. Et voyez avec quelle convenance il dit de cet homme qui peut mourir qu’il est tombé par surprise dans le péché, montrant ainsi la fragilité de sa nature, et combien il est digne de pardon, lui qui est comme un homme entraîné dans l’erreur et tombé dans un abîme dont il ne peut sortir sans aide et sans une main secou- rable. L’Apôtre n’ajoute point le nom d’homihe au mot spirituel, c’est à un Dieu qu’il semble commander d’instruire celui qui est tombé dans le péché par surprise, ou mieux suivant une variante du texte grec, de le conduire à la per¬ fection dans un esprit de douceur. Or, celui que l’on conduit à la perfection, peut manquer encore de quelques vertus, mais tout ne lui fait pas défaut. Enfin, s'il n’est pas tombé dans un grand nombre de péchés, mais qu’il ait été entraîné par surprise dans quelque occasion coupable, il faut que celui qui est spirituel l’amène au bien dans un esprit de douceur et de clémence, qit’il ne s’imagine pas que c'est par la langueur, par la colère ou la tristesse qu’il le fera revenir de son erreur, mais qu’il l’excite en lui donnant Pas urance de son salut, en lui promettant le pardon; qu’il lui rappelle les paroles de Jésus- Christ qui invitait ceux qui étaient courbés sous le pqids de la loi et de leurs péchés à porter son porriiere corruenti. Et pulchre prsaoccupatum in delicto, homme m vocal, qui mori possit; ex ipso nomirle fragilitatem conditions ostendens; ut dignus sit venia,|qui velut homo errore deceptus, et mersus in voragijaém, seipsum sine auxilio, et adjutore erigero non possit. Spirituali autem non additur homo : sed quasi Deo præcipitur, ut hominem præoccupatum in delicto instruat : sive ut melius habetur in Græco per- ficiat il spiritu lenitatis. Qui autem perficitur, non ei desujit universa, sed aliqua. Denique si non peceatis pluribul, sed vitio aliquo præoccupatus erravit; leni- tatis spæitum et mansuetudinis in correctione peccantis spirituaiis adhibeat, ne rigidus, ne iratus et tristis corrigea cupiat errantem ; sed provocet eum, spondens salutemf veniam repromittens : Christi testimonium proférât! quod gravilegis et peccatorum onere depressos, ad jugiin suum suave, et leve invitet onus; ut discant, quia humilis sit et. mitis, et mansuetus corde MaMh. xi, et invennnt requiem animabus 'suis. Utamur lioc testi- .’ÉPlfRÊ AUX GALATES 367 joug qui est doux et son fardeau léger, afin qu’ils apprennent qu’il est doux, clément et humble de cœur, et qu’ils trouveront ainsi le repos de leurs âmes, Matth . xi. Servons-nous de ce témoignage contre les hérétiques, qui, se figurant, contre la vérité, qu’il existe diverses natures, disent que la nature spirituelle est le bon arbre qui ne peut jamais porter de mauvais fruits. Voici que l’Apôtre dont ils admettent eux-mêmes l'autorité affirme que ceux qui sont spirituels peuvent pécher, s’ils se laissent aller à de hautes pensées qui enflent leur cœur et ' sont cause de leur chute. C’est ce que nous admettons nous-mêmes, et aussi que ceux qui sont encore terrestres peuvent devenir spirituels s’ils reviennent à de meilleurs sentiments. On. peut nous objecter ce que l’Apôtre écrit aux Corinthiens : « Que voulez- vous? Irai-je vous j voir là verge à la main, ou que ce soit avec charité et dans un esprit de douceur? » I Cor . iv, 2i. Car, si comme il le dit, il doit venir trou¬ ver les pécheurs, non dans un esprit de dôucour, mais la verge à la main, comment ici veut-il qu’on fasse usage non de la verge, mais de l’esprit de douceur à l’égard de ceux qui sont tombés par surprise dans quelque péché? Mais ce qu’il écrit aux Corinthiens est à l’adresse de ceux qui après avoir péché, ne reconnaissaient pas leur erreur, et par suite ne voulaient point se soumettre à leurs supérieurs et faire péni¬ tence. Mais dès que le pécheur, comprenant la gravité de sa blessure, se met entre les mains monio adversum hæreticos, qui diversarum flngentes fabulas naturarum, aiunt spiritualem, bonam esse arborem, et numquam malos afferre fructus. Ecce Apostolus, cujus et ipsi anctoritatem sequuntur, dicit eos qui spirituales sunt, posse peccare, si per altitu- dinem cordis sui inflentur et corruant. Quod et nos quoque fatemur; et ^oVxoè^ (terrenos), spirituales fieri, si ad meliora revertantur. Opponi nobis potest illud quod ad Gorinthios scribitur : « Quid vultis? ïn virga veniam ad vos, an in charitate, et spiritu mansue¬ tudinis » I Cor. iv, 21 ? Si e-nim ibi ad peccatores, non in spiritu mansuetudinis, sed in virga vendre se dicit : quomodo hic his qui in aliquo peccato præventi fuerint, non virgam adhibet, sed spiritum mansue¬ tudinis ? Verum ibi ad eps dicitur, qui post peccatum non sentientes errorem suum, nolebant majoribus suis subcli, et pœnitentia corrigi. Übi vero poccator intel- ligeiis vulnus suum, tradit medico sa cuvandum, ibi non est virga uecessaria, sed spiritus lenitatis. Sed et 358 SAINT JÉROME du médecin qui doit le guérir, la verge n’est plus nécessaire, l’esprit de douceur suffit. Mais, dira-t-on 'encore, si celui qui est spirituel doit instruire le pécheur dans un esprit de dou¬ ceur, parce qu’il doit réfléchir sur lui-même dans la crainte d’être tenté, donc lo juste qui est sûr de son âme, qui sait qu’il ne peut tomber, ne doit pas instruire la pécheur dans un esprit de douceur. 'Nous répondrons que le juste, fût-il toujours victorieux, sera d'autant plus indulgent pour le pécheur, qu’il sait au prix de quels efforts il a remporté la victoire. Car le Sauveur lui-même a été tenté en tout comme nous, à l’exception du péché, afin qu’il pût compatir à nos misères et s’attrister de nos infirmités, ayant appris par son exemple combien est dif¬ ficile la victoire dans la chair. Si une vierge a persévéré jusqu’à la vieillesse, qu’elle soit indul¬ gente pour colle qui a été entraînée par le feu de la jeunesse, en se rappelant avec quelles diffi¬ cultés elle a traversé cet âge. Si un chrétien, torturé pour la confession du nom de Jésus- Christ, voit un de ses frères renier sa foi au milieu des tourments, qu’il compatisse aux blessures de cet apostat et qu’il soit moins surpris de sa défaite, que de ce que lui-même a été vainqueur. Considérez encore la prudence de l’écrivain sacré, qui n’a pas dit : « Réflé¬ chissant, dans la crainte que vous ne veniez à tomber vous-mêmes, mais dans la crainte que vous ne soyez tentés. » Être vaincu ou victorieux, illud forte quæratur, quod si propterea instruere quis deheat pecoatorem in bpiritu lenitatis : quia consideret se, ne et inse tsntetur; ergo jüstus, qui de sua certus est mente, qui soit non. posse se kbi, non ctebet instrue¬ re peccatorem ’ iû spiriiu lenitatis? Ad quod dicemus, etiamsi vicerit i us tu s, sciens quanto la bore superaverit, magis peccanti veriam largietur. Nam et Salvator prop¬ terea tentatus est, juxta cumin nohis simili ter absque peccato ; ut possit compati, et condolere infivrnitatibus nostris, suo doctes exemplo, ar.am difficilis sifc in. carne Victoria, Si quis virgo acl senectam nsque permanserit; ignoscat ei oui adolescentiæ quondam calcre deceptns est, sciens quantis diffieultatibus illam transierit eetatem. Si quis pro GHristi nominis confessione cruciatus, alimn in tormeiïtis viderit denegare, compatiatur vulneribus negat ris, et non tam ilium victum, quam se vicisse, miretur. Gautelairi quo.crue scribentis attend its, quia non dixerit : « Gonsiderans te, ne tu cadas; » sed, « ne et tutenteris. # Vinci (fuippe vel vincere, nonnumquam in nostra est potestate ; cæterum t en tari* in po testa te ten- est une chose qui est souvent en notre pouvoir; mais il dépend du pouvoir du tentateur de nous soumettre à; la tentation. Car si le Sauveur a voulu être tenté, qui pourra être assuré de tra¬ verser, sans être tenté, la mer orageuse de ce monde? Que ceux qui s’imaginent que c’est par humilité et non selon la vérité que saint Paul a dit ; « Si je suis inhabile par la parole, il n’en est pas de même pour la science » défendent la suite et l’enchaînement de ce passage. Il semble en effet qu’il aurait dû dire : « Vous qui êtes spirituels, instruisez-le dans un esprit de dou¬ ceur, réfléchissant sur vous-mêmes dans }a crainte que vous ne soyez tentés; » et ne poii^t passer du pluriel au singulier. Paul, hébreu nà de parents hébreux, très savant dans la langue\ de sa nation, ne pouvait exprimer dans une langue étrangère, les pensées profondes de, son esprit, et prenait très peu de soin des expres¬ sions, lorsque le sens était en sûreté. Voilà pour la simple explication de ces paroles. Maintenant pour exposer la suite de la seconde interpréta^ tion, il nous faut expliquer ce passage par la fin de l’épître aux Romains. Il y écrivait égale¬ ment sur l’usage des aliments et sur les obser¬ vances légales, et comme ceux qui tenaient peu compte des préceptes do la loi, entendue a la lettre, étaient pour lui les forts et les par fai et qu’il appelait faibles et petits enfants, ceux qui étaient encore conduits par les anciennes Cou¬ tumes, et que par suite, il voyait la division tantis est. Si enim Salvator tentatus est, quis îtatest esse securus intentatum se vitæ hujus maria trapsire? Qui putant Paulum juxta humüitatem, et non vel'e di- xisse : « Et si imperitûs sermone, non tamen scientia, » défendant hujus loci consequentiam. Debuit fjuippe secundurn ordinem dicere : « Vos, qui spiritualej estis, instruite hujusmodi in spiritu lenitatis, considérantes vosmelipsos, ne et vos tentemini; » et non plurali in¬ fer re numerum singularem. Hebrsaus igitur ex Hebræis, et qui esset in vernaculo sermone doctissknus, >rof‘un- dos sensu s aliéna lingua exprimere non valebï t : rïec cui'abat magnopere de verbis, cum sensum haberet in tuto. Hfec secundurn simplicem inteUigentiam. Caterum, ut et secuudæ expositionis ordinem prosequamup, locus iste de Epistolæ ad Romanos fine pandendusjest. Ibi enim cum similiter de escis et observationibus deriberet Judæorum, et eos qui Legis juxta litteram }lræceptà contemnerent, firmos atque perfectos ; illos v£ro, qui adhuc antiqua consuetudine ducebantur, infirrfios par- vulosque narraret, et videret jurgium esse injêr spiri- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES 359 \ régner pàrmi les spirituels et les charnels, il recommande qux spirituels de ne point mépriser ceux qui sont encore charnels : « Soutenez, leur dit-il, celui/qui est ferme dans la loi, sans dis¬ pute d’opii/ions. Car l’un cboit pouvoir manger de toutes lïhoses, et l’autre, au contraire, faible dans la fo i, ne mange que des légumes. » Que j celui £ui mange, ne méprise point celui qui nVS^' manger de tout; et que celui qui ne mange p'^s,. ne condamne point celui qui mange, puis¬ que Dieu l’a fait sien. Qui êtes-vous pour oser aiiii condamner le serviteur d’autrui? S’il ^mbe, ou s’il demeure ferme, cela regarde son îjiaître. Mais il demeurera ferme, Dieu est puis¬ sant pour le soutenir, » Rom. xiv, 1, 8. Et après avoir longuement développé cette pensée, ■il termine en disant : « N’allez pas pour une viande que vous mangerez, détruire l'œuvre de Dieu. » Et encore : « Nous devons, nous, qui sommes plus forts, supporter les faiblesses des infirmes, et ne pas nous plaire à nous-mêmes. Que chacun de vous tache de contenter son pro¬ chain dans ce qui est bon et propre à édifier, » Rom. xv, 1, 2. « Portez les fardeaux les uns des autres, et vcrhs accomplirez ainsi la loi de Jésus-Christ. » Que le péché soit un fardeau, c’est ce qu’atteste le Psalmiste lui-même, lorsqu’il dit : « Mes iniquités se sont élevées au-dessus de ma tôle, et se sont appesanties sur moi comme un poids accablant » Ps . xxxvir, 5. Et le prophète Zacharie vit sous la figure d’une femme, l’iniquité assise sur une masse de plomb, Zach. v. Le Sauveur s’est chargé de ce fardeau pour nous, nous en¬ seignant ainsi par son exemple ce que nous devons faire nous-mêmes. Car lui-même porte le fardeau de nos iniquités, il s’attristo pour nous Isai. lut, et il invité ceux qui sont acca¬ blés sous le lourd fardeau de la loi et de leurs pé¬ chés, à porter le fardeau si léger delà vertu :«car, ajoute-t-il, mou joug est doux, et mon fardeau léger, » Matth. xi, 30. Celui donc qui ne déses¬ père point du salut de son frère, mais tend la main à celui qui implore son appui, pleure avec celui qui pleure, est faible avec les faibles, et regarde les péchés d’autrui comme les siens propres, celui-là accomplit par la charité la loi de Jésus-Christ. Quelle est cette loi de Jésus- Christ? « Le commandement que je vous donne est que vous vous aimiez les uns les autres, » Jean, xm, 34. Quelle est la loi du Fils de Dieu? « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Comment lo Fils de Dieu nous a-t-il aimés? «Personne ne peut témoigner un plus grand amour qu’en donnant sa vie pour ses amis, » Jean xv, 13. Celui qui n’a point de clémence, ^qui ne s’est, point revêtu des entrailles de la miséricorde et des larmes, quelque élevé qu’il soit en spiritualité, n’accom¬ plira point la loi de Jésus-Christ. Rattachons tuiles et carneos ; admonuit spirituales ne contemnerent carneos, et ait : « Iïifirmum autem in fide assumite, non in disceptationibus cogitationum. Alius enim crédit manducare omnia;-qui autem infirmus est, olus mandu- cet. Is qui manducat, non mauducantem non spernat; et qui non manducat, mauducantem non judicet, Deus enim ilium assumpsit. Tu quis es qui judices alieuum scryum? Suo domino stat, aut cadit. Stabit autem : potens est enim Deus statuere ilium » Rom. xiv, 1, seqq. Et multa in medio super hoc sensu disserens, adjecit in fine ,: « Noli propter escam destruere opus Dei. » Et iterum.: « Debemus aulem nos fumiiores, imbecillitates infirmorum sustinere, et non nobis placere. Unusquis- que vestrum proximo suo piaceat ad bonam ædificatio- nem » Rom. xv, 1, 2. • « Altor alterius onera portate, et sic adimplebitis legem Ghristi. » Quia peccatum onus sit, et Psalmista testatur dicens : « Iniquitates meæ elevatæ su ut super caputmeum, quasi omis grave gravatæ sunt super me » Psdl. xxxvii, 5. Et Zacharias, in specie mulierîs, vidit Super talentum plumbi sedere iniquitatem Zach . v. Hoc onus Salvator pro nobis tulit, suo nos exemplo docens quid facere deberemus. Ipse quippe iniquitates nostras portât, et pro nobis dolet Isai. lui, et eos qui peccato- rum ac Legis onere sunt depressi, ad leve onus virtutis invitât, dicens : « Jugum meum suave est, et onus meum leve » Matth. xi, 30. Qui igitur fratris non desperat salutem, sed manum porrigit deprecanti, et quantum in se est, flet cum dente, infirmus est cum infirrrio, suaque judicat aliéna peccata, iste per charitatem adim- plet legem Christi. Quæ Christi lex est? «c Hoc est mandatum meum, ut diligatis invicem » Joan. xm, 34. QuælexFilii Dei est? « Diligite aUerutrum, sicut et ego dilexi vos. » Quomodo Dei Filins nos dilexit? « Major bac dilectione non est, quam ut quis animam suam ponat pro amieis suis » Joan. xv. Qui clementiam non babet, nec indutus est viscera misericordiæ et lacfÿma- rura, quam vis spiritualis sit, non adiinplebit legem Christi. Sed et hune locum cum superioribus . copule- mus. Duplicem enim sequiinur intelligentiam. Si quis infirmus iù fide est et adhuc lacté mitritur infantiæ, nec potest tam cito a legali observation e ad spiritualia 360 SAINT JÉROME maintenant c$. passage . à ce qui précède. Nous suivons ici une double explication. Si quelqu’un est faible dans la foi, qu’il soit encore nourri du lait propre aux enfants, et qu’il no puisse encore passer aussitôt des observances légales aux mystères spirituels, vous qui êtes plus forts, portez son fardeau, de peur que votre science ne soit cause de la perte de votre frère, pour lequel Jésus-Christ est mort. Celui-là porte encore les nécessités de son frère, qui vient au secours du pauvre accablé sous le poids de l’in¬ digence et se fait des amis avec les richesses de l’iniquité, Luc. xvi. C’est à lui que Jésus dira après la. résurrection générale : « Venez à mot, les bénis do mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé depuis le com¬ mencement du monde. Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif, et vous m’avez donné' à boire, » Mattlu xxv, 34, 35. C’est dans le même sens que saint Paul, ins¬ truisant son disciple Timothée dans une autre épître, ajoute : « Ordonnez aux riches do ce mondé de n’être point orgueilleux, de ne point mettre leur confiance dans des richesses incer¬ taines, mais dans le Dieu vivant qui nous donne avec abondance ce qui est nécessaire à la vie ; d’être bienfaisants, riches en bonnes œuvres, de donner de bon cœur, de faire part do leurs biens, de se faire un trésor et un fondement solides pour l’avenir, afin d’arriver à la véritable vie, » I. Torru vi, 17. Celui qui arrive à la véritable vie, c’est-à-dire à Celui qui a dit : « Je suis la vie, » Jean, xiv, 6, a , accompli la loi du Christ, qui tend comme but a la via. « Car si quelqu’un s’imagine êt^e quelque chose n’étant rien, il se trompe lui-m^me. » Si quelqu’un refuse de porter les fardeaux d’autrui, f qui sans pitié, met tout son contentemèhtdans ; ses œuvres et dans sa vertu, et cherche non les ; intérêts des autres, mais les siens propre^ n’aimant que lui-même au détriment même ^ de), l’amour qu’il doit à Dieu, celui-là se , trompe lui- même. On peut séparer et lire ‘de deux manière^ les mombres de oette proposition. « Ou bien i si quelqu’un s’imagine être quelque chose, \ alors qu’il n’est rien; » ou bien : «si quelqu’un ' s’imagine qu’il est quelque chose, et après : il se trompe lui-même, puisqu’il n’est riep. » Cette différence est plus sensible dans le texte grec que dans le latin. Voici quel est le sens dans la première variante : celui qui s’imagine être quelque chose, et qui n’est rien, se trompe j lui-même. Le second sens est plus élevé et- nous plaît davantage : Si quelqu’un s’imagine1 être quelque chose, en cela même qu’il se croii quelque chose, et qui s’estime, non d’après M bonté pour le prochain, mais d’après ses œuvres et ses travaux,, satisfait exclusivement de sa propre vertu, celui-là, par le fait même de son arrogance, se réduit a rien et se trompe eacramenta transira; vos qui robustiores estis, ejus « Nam si quis existimat se esse aliquid, cum nihil sit, onera portate, no per scientiam vestram frater pereat, seipsum seducit. » Si quis non vult onera aliéna portà- pro quo Ghristus est mortuus. Portât qup'que fratrie re, et immisericors suo tantum opéré et virtute conten- necessitatem, qui gravatum pauperem onere egestatis tus est, non quærens quæ aliéna sunt, sed quæ sua, hoc adjuvat, etfacit sibi amicosde iniquo mammona Lwc.xvi, est, sui tantum amator, et non etiam Dei, ipse se sedu- quem post resurrectionem Ghristus affatur : «. Venite ad cit. Dupli citer autem legi potest atque distingui : Yel, me., benedicti Patris mei, possidete præparatum vobis « si quis existimat esse se aliquid, cum sit nihil ; » aut regnuïn a constitutione mundi. Esurivi enim, et dedistis ita : « Si quis existimat se esse aliquid, » ut postea mihi manducare ; sitivi, et dedistis mihi bibere » inferamus, « cum sit nihil, se ipse seducit. » Et magis Mattk. yxv,- 34, 35. Juxta hune sensum etiam in alia in Græco quam in Latino resonat ista distantia. Prioris epistola Paulus Timotlieum docens, adefidit ; « Diviti- distinctions hic sensus est : qui se aliquid existimat bus hujussæculi præcipe non sublime sapere » ( pro eo esse, et nihil est, ipse se decipit. Secundus sensus riltior quod est, « non superbire), neque sperare in incerto est, et qui nobis magis placet : si quis existimat se esse divibiarum, sed in Deo qui præstat omuia abunde ad aliquid, in eo quod se putat esse aliquid, et non ex cle- fruendum ; ben® agere, divites esse in operibus bonis, mentia in proximum; sed ex suo opéré et labore sejudi- facile tribuere, communicare, thesaurizare sibi funda- cat, sua tantum virtute contentus, iste ex hac ipsa t/rro- jmentum bonum in futurum, ut appréhendant veram gantia nihil fit, et ipse se decipit ; quod melius in Græ- vitam » I Tim, vt, 1 seqq. Qui veram vitam apprélien- co dicitur cpp£va7uam? hoc est, mentem suam decipit : dit, eum videlicet qui loquitur : « Ego sum vita » pro quo latinus posuit interpres, « se ipse seducit. » Jouît* xiv, 6, 'implevit legem Christi, quæ tendit ad Mentem autem suam decipit, qui se putat esse sapien-, vitam. tem, et secundum Isaiam, sapiens in.se est, et in cons- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES 361 lui-même, ce que le grec. exprime plus forte¬ ment : fpsvaxotTa, il trompe son esprit, ce que la version latine a traduit par : « Il se trompe lui-même. » Or, celui-là trompe son âme qui croit être sage, qui selon l’expression d’Isaïe est sage en lui-même, et prudent à ses yeux, Isaï. v. Si l’on rattache ce passage à la circon¬ cision et à la loi, voici le sens qu’on peut lui donner : Celui qui est spirituel, et n’a point de miséricorde pour son prochain, qui méprise les humbles, parce que lui-même est plus élevé, se trompe lui-même, parce qu’il ignore que la loi de l’esprit est que nous nous aimions les uns les autres. « Or, que chacun examine bien ses propres actions, et alors il aura seulement de quoi se glorifier en lui-même, et non dans un autre, » paroles dont voici le sens- : Vous qui vous croyez spirituel, et qui n’êtes si fort que par la faiblesse d’autrui, vous ne devez pas considérer l’infir¬ mité de votre frère, mais votre propre force. Car de ce qu’un autre ne peut encore passer complètement du judaïsme au christianisme, vous ri’en êtes point pour cela un chrétien par¬ fait; mais si votre propre conscience n’est pas déchirée par les remords, alors seulement vous avez de quoi vous glorifier en vous-même et non dans un autre. Un athlète est fort, non parce qu’il a vaincu un infirme et qu’il a triomphé des membres languissants de son adversaire, mais s’il est vraiment robuste, et pe'ctu suo -intelligens Isai. v. Ad circumcisionem et Legem, i ta loci hujus connectitur intellectus : qui spiri- tualis-est, et miser icordiam in proximum non habet, ; contemnetis humilem, quia ipse sublimior est, ipse se decipit, nesciens banc spiçitus esse legem, ut nos invi- cem diligamus. « Opus autem suum probet unusquisque ; et sic in semetipso tantum gloriam liabebit, et non in altero. » Sensus iste est : tu qui te æstimas spiritualem, et de alterius irifirmitate robustior es, non debes imbecillita- tem jacentis, sed tuam fortitudinem considerare. Neque enini si ali us perfecte non potest ad christianismum a judaismo transire, idcirco tu perfectus es christianus ; sed. si te propria conscientia non remordet, habes in tefrietipso gloriam et non in altero. .Atbleta non ideo fortis est, quia vicit infirmum, et languid a adversarii membra superavit; sed si robustus est, et in sua forti- tudine, non in infirmitate alterius gloriatnr. Intelligi po¬ test et aliter : qui conscientiam fiabet operis boni, et sei- qu’il puisse se glorifier dans sa propre force et non dans la faiblesse d’autrui. On peut encore donner cette autre explication : celui qui a cons¬ cience de ses bonnes œuvres, et qui, en se con¬ sidérant lui-même, ne trouve rien de répréhen¬ sible dans ses actes, ne doit pas pour cela s’en glorifier auprès des autres, répandre au dehors ses louanges, en faire part à tous, et chercher à se faire valoir par les applaudissements des hommes; mais il doit renfermer sa gloire en lui-même et dire : « A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre choso que dans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par lequel le monde a été crucifié pour moi, et moi pour le monde. » Si quelqu’un cherche la gloire auprès d’un autre, le monde n’est pas crucifié pour lui et il n’est pas crucifié ;pour le monde avec Jésus-Christ; il a reçu ce qu’il désirait des hommes, sa récompense. « Car chacun portera son propre fardeau. » Ces paroles paraissent contredire celles qui pré¬ cèdent, où saint Paul dit : « Portez les fardeaux les uns des autres, » car si chacun doit porter son propre fardeau, il est impossible que l’on porte les fardeaux les uns des autres. Mais il nous faut remarquer que précédemment l’Apô¬ tre nous recommande, à nous pécheurs, de nous supporter réciproquement sur la terre, de nous prêter secours et appui dans la vie présente; ici, au contraire, il veut parler du jugement que le Seigneur portera de nous, jugement qui se psam considerans, opus suum non reprehendit, non debet de hoc apud alium gloriari, etlaudem suam foras fundere, et communicare cum cunctis, et ex hominum quærere favore jactantiam ; sed in semetipso habeat gloriam, et dicat : «: Mihi autem absit gloriari, nisi in cruce Do- mini nostri Jesu Christi, per quem mihi mundus cru- cifixus est, et ego mundo. » Qui gloriam quærit ab al¬ tero, huic nec mundus crucifixus est, nec ■ crucifixus est ipse cum Christo. Recepit quippe, quod quære- bat ab hominibus, mercedem suam. « Unusquisque enim onus suum portabit. » Yidetur superioribus contraire, ubi ait : « Alter alterius onera portate; » si enim onus suum unusquisque portabit, alter alterius onera portare non poterit. Sed videndum, quod ibi præceperit ut peccantes in bac vita nos invicem sustentemus, et in præsenti sæculo alterutrum aùxilio simus; hic autem de Do- mini dicat [AL, dicehat] in nos-judicio, quod non ex. alterius peccato et comparatione dçterioris; sed 362 SAINT JÉROME fondera non sur le péché d’autrui et sur la com¬ paraison avec un plus coupable que nous, mais sur nos propres oeuvres; c’est d’après cette règle que nous serons déclarés pécheurs ou saints à son tribunal, et que chacun de nous recevra selon ses œuvres. Une autre vérité se trouve cachée dans . ces paroles et nous est enseignée comme à mots couverts. Tant que nous sommes dans la vie présente, nous pouvons nous aider mutuellement soit par nos prières, soit par nos conseils. Mais lorsque nous compa¬ raîtrons devant le tribunal de Jésus-Christ, nous ne pourrons implorer ni Job, ni Daniel, ni Noé en faveur de qui que ce soit, mais chacun por¬ tera le fardeau de ses œuvres. « Que celui que l’on instruit dans les choses de la loi communique de tous ses biens à celui qui l’instruit. » Marcion a interprété ces paroles en ce sens qu’il donne comme vrai, c’est que les Môles et les catéchumènes doivent prier ensemble, et le maître se joindre à ses disciples pour prier, en s’autorisant surtout de ces der¬ nières paroles « dans tous les biens. » Mais si l’Apôtre avait voulu parler de la prière, ce n’est pas à celui qui est instruit, mais à celui qui instruit, c’est-à-dire, ce n’est pas au disciple, mais au maître qu’il aurait dû faire cette recom¬ mandation. D’ailleur s, ce qui suit ne se rattache pas à cette explication : « L’homme ne moisson¬ nera que ce qu’il aura semé, » et encore : « Ne juxta nostrum opus, aut peccatores ab eo judice- mur, aut sancti, recipiente unoquoque secundum opus suum. Obscure licet docemur per hanc sen- tentiolam novum dogma.quod la titat : dum in præ- senti sæculo sumus, sive orationibus, sive consiliis, invicem posse nos coadjuvari. Cum autem ante tri¬ bunal Christi venerimus, non Job, non Daniel, nec Noe rogare posse pro quoquam, sed unumquemque por- tare opus suum Ezeoh , xiv. « Communicet autem is qui catechizatur verbum, ei qui se catechizat in. omnibus bonis. Marcion hune locum ita interpretatus est, ut putaret fidèles et catechumenos simul orare debere, et magistrum com- munïcare in oratio.ne discipulis ; illo vel maxime olatus, quod sequatur, « in omnibus bonis. » Cum utique si de oratioue sermo fuisset, non debuerit ei præcipi.qui catechizatur, sed ei qui se catechizat, id est, non discipulo, sed magistro. Deinde etiam caetera quæ sequuntur, cum ejus expositione non congruunt : « Quæ seminaverit homo, hæc et metet. » Et : « Bonum autem facientes, non deficiamus ; tempore enim suo me te* nous lassons point de faire le bien, car si nous ne perdons pas courage, nous moissonnerons dans le temps. » Voici donc le véritable sens : saint Paul avait ordonné plus haut à ceux qui sont spirituels, d’instruire dans un esprit de douceur ceux qui seraient tombés par surprise dans quelque péché, et de porter les fardeaux les uns des autres pour accomplir la loi. du Christ. Ici, au contraire, il commande à ceux qui sont plus faibles, et encore charnels, aux disciples, que de même ils moissonnent les biens spirituels de leurs maîtres, ils donnent aussi de leurs biens temporels à ces mêmes maîtres qui se livrent tout entiers à l’étude de la science divine et qui ont besoin des choses nécessaires à la vie, afin d’accomplir ce qui est écrit de la manne : « Celui qui recueillit beaucoup, et celui qui recueillit peu n’eût pas moins » Cor. vin. 15. Or, les biens dont parle l’Apôtre, dans Ton- droit qui nous occupe selon l’acception vulgaire et l’usage général, sont les aliments et le vête¬ ment et les autres choses auxquelles les hommes donnent le nom de biens. « Ayant le vivre et le vêtement, nous devons être contents » I Tim. vi, 8. Et il n’est pas étonnant que saint Paul qualifie du nom dô biens les choses nécessaires au corps, puisque notre Sauveur lui-même, s’adressant à ceux qui n’étaient pas encore par¬ venus au sommet de la perfection, mais qui suivaient des voies plus humbles, et demandaient mus, non déficientes. Sensus itaque iste est : quia supe- rius spiritualibus præeeperat, ut eos qui præoccupati fuerant in aliquo delicto, instruerent in spiritu lenitatis, et alter alterius onera portaient, adimplentes legem Christi ; nunc econtrario his qui ad hue imbecillio- res, et discipuli, et carnales erant, præcipit, ut quo- modo ipsi a magistris spiritualia metunt; sic jiia- gistris carnalia præbeant; qui totos se divinæ eru- ditioni et studio tradentes, vitæ hujus necessariis indigeant; et fiat illud quod de manna scriptum est .: « Qui inultum, non abundavit, et qui modicum, non minora vit » II Cor. vni, 15, Bona autem in præsenti loco juxta vulgi consuetudinem, moremque commu- nem, victum et vestituin, et cætera quæ homines inter bf.na numerant, appellavit. « Habentes enim vi-, ctum et vestituin, his contenti sumus » I Tim . vi, 8.. Nec mirum si Paulus ea quæ erant corpori. neces- saria boni appellatione signavit ; cum etiam Salva- tor noster ad eos qui needum ad virtutuin culmen ascençleraut, sed adhuc humilius incedebant, et sibi addi poscebant fidem, dixerit : « Si ergo vos cum. COMMENTAIRES SUR L'ÉPITRE AUX GALATES 363 une augmentation de foi, leur disait : « Si vous qui êtes mauvais, vous donnez ce qui est bon. à yos. enfants, combien plus votre Père, qui est dans les cieux, donnera- t-il ce qui est bon à ceux qui le lui demandent! » Mattî i. Vir, il. Je pense, quant à moi que Job, lorsqu'il répondait à sa femme comme à une femme insensée, parlait des richesses extérieures selon les idées qu'elle en avait en lui disant : « Si nous avons reçu les biens de la main de Dieu » Job. n, 10, et en ve¬ nant ensuite aux angoisses, aux souffrances, aux tentations qui donnent lieu à la victoire, ajoutait ; « Pourquoi ne supporterions-nous pas les maux? » C'est qu’en effet, les biens et les maux ne consistent pas dans les richesses et les priva¬ tions, mais dans les vertus et les vices, comme lé Juste le déclare dans un psaume : « Quel est celui qui veut la. vie, qui soupire après des jours heureux? Préservez- votre langue du mal, et vos lèvres des discours artificieux. Détournez- vous du mal et faites le bien » Ps. xxxni, 14 et suiv. ; Ps. xxxvi, 27. On appelle mal dans le sens propre, ce qu'il faut éviter, et bien, ce que nous dçvons faire. Ce riche de l'Évangile, qui n’avait pas la science du bien et du mal, considérait avec raison la fécondité de ses champs comme les véritables biens : « Mon ami, disait-il, tu as beaucoup de biens assemblés pour un grand nombre d’années, repose-toi, mange, bois, fais bonne chère » Luc, xn, 19. Et cet autre, qui se mali sitis, scitis bona data dare filiis vestris, quanto magis Pater vester cœlestis dabit bona petentibus se » Matth . vu, 11. Ego pyto et Job, cum ad uxorem quasi unam de insipientibus mulieribus loqueretur, respectu .ejus, quæ ita putabat, de corporalibus di- vitiis locutum : « Si bona accepimus de manu Domini Job. n, 10 ; et rursum de angustiis et pressuris, et tentatione, quæ Victoria ni afférant : « Quare maJum non sustineamus? » Cum utique mala et bona non in diviliis et pressuris, sed in virtutibus ponantur et vitiis, ut justus loquitur in psalmo : « Quis est homo qui vult vitam, cupit videre dies bonos? Prohibe lin- guam tuam a malo, et labia tua ne Joquantur do- lum. Déclina a malo, et lac bonum Psal. xxxm, 13 seqq.j etxxxv i, 27. Proprie malum dicitur, quod vitan- dum est : bonum, quod facere debemus. Dives quoque ille in Evangelio, qui mali et boni scientiam non habe- bat, recte agrorum ubertateni bona arbitrabatur, dicens : « Anima, liabes bona posita in annos multos : quiesce, comede, bibe, et lætare » Luc . xn, 19. Et ûlius qui jacebat in purpura, et deliciis affluebat, reposait dans la pourpre, qui nageait au sein des délices, entend du fond de l’enfer Abraham lui dire : « Tu as reçu les biens en cette vie » Luc . xvi, 25, Faisons observer qu’on pourrait encore entendre ces paroles dans le sens que l’Apôtre recommande aux disciples, qu’ils entrent en communication avec ceux qui les instruisent, soient pleins de déférence et de docilité, et d’un commerce facile à leur égard, mais, seulement dans ce qui est bien, dans les choses spirituelles et non pas dans ce qui . est hérétique et perverti par la, perfidie judaïque. « Ne vous y trompez pas, on ne se moque pas de Dieu, car l'homme ne recueillera que ce qu’il aura semé. » L’Apôtre, prévoyant en esprit que les disciples, qui doivent à leurs maîtres les ressources et les choses nécessaires à la vie, pourraient prétexter leur pauvreté et dire : La sécheresse a frappé cette année mes champs do stérilité, la grêle a détruit mes vignes, les impôts m’ont enlevé. les revenus sur lesquels je comptais, je n’ai pas de quoi payer le tribut qu’on me demande, ajoute : « Ne vous y trompez pas, on ne se moque pas de Dieu. » Il connaît vos cœurs, dit-il, et n’ignore point vos ressources. Une excuse vraisemblable peut satisfaire les hommes, elle ne peut tromper Dieu. Et il exhorte en même temps à pratiquer largement le commandement qu’il leur fait, en lui donnant le nom de semence, afin qu’on ne audit apud inferos ab Abraham : « Kecepisti bona in vita tua » Luc. xvi, 25. Illud quoque . attendendum ne forte et hoc possit intelligi, dari discipulis mandatum, ut eis qui se instruunt verbum commu- nicent, obsequantur, dociles, facilesque se præbeant. In his tamen quæ bona sunt, quæ spiritualia, et non hæretica, vel Judaica, pravitate perversa.. « Noble errare, Deus non irridetur ; quæ enim seminaverit homo, hæc et metet. » Prævidens spi- ritu, eos qui docentur; et debent magi'stris sumptus et vitæ necessaria ministrare, posse obtendere pau- pertatem, et dicere : Ager meus hoc anno aruit sic- citate; vineam grando contrivit ; redditus qui esse potuerunt [Al. poterunt], tributa rapnerunt ; non habeo unde tribuam quod jubetur, adjecit : « Nolite errare, Deus non irl’idetur. » Scit, inquit, corda vestra, non ignorât facultates. Excusatio verisirailis hômi- nem potest utcumque placare, Deuni non potest fallere. Et simul cohortatur ad id quod præceptum est exhibendum, semen nom inan s, ne putet perdi- tum, quod multiplicato fenore reçepturus est. Ad SAINT JÉROME 364 regarde point comme perdu ce qui doit leur être rendu avec un intérêt considérable. En écrivant aux Corinthiens, il leur apprend par un exemple semblable le rapport de ce que l’on donne avec ce que l’on reçoit : « Celui qui sème peu moissonnera peu, et celui qui sème dans les bénédictions moissonnera dans les bénédictions. Que chacun donne ce qu’il aura résolu en lui- même de donner, non avec tristesse et comme par force, car Dieu aime celui qui donne avec joie » II Cor. ix, 6, 7. « Ainsi celui qui sème dans sa chair, ne recueillera de sa chair que la corruption, et celui, qui sème dans l’esprit, recueillera de l’esprit la vie éternelle. » Toutes nos paroles, nos actions, nos pensées se sèment nécessaire¬ ment dans deux champs, la chair et l’esprit. Si ce qui sort de nos mains, de notre bouche, de notre cœur, sont des biens semés dans l’esprit, ils produiront en abondance les fruits de la vie éternelle. Si ce sont des choses mauvaises semées dans le champ de la chair, elles nous rapporteront une abondante moisson de corrup¬ tion. Celui qui entend la loi dans un sens charnel, Gôrinthios quoque rationem dati et accepti, simili docuit exemplo : « Qui parce seminat, parce et irietet, et qui seminat in benedictione, de benedictione et me- tet. Unusquisque sicut propositum habet in corde, non ex tristitia, aut necessitate ; hilarem enim datorem di- ligit Deus » I Cor . ix, 6, 7. « Quoniam qui seminat in carne sua, de carne et metet corruptionem. Qui autem seminat in spi- ritu, de spiritu metet vitam æternam. » Omne quod loquimur, agimus, cogitamus, in duobus seminatur agris, carne et spiritu. Si bona sunt, quæ de manu, ore, corde promuntur, seminata in spiritu, vitse æternæ fructibus redundabunt. Si mala, ab agro carnis excepta, corruptionis nobis segetem pullula- bunt.i Aliter : Qui legem carnaliter intelligit, repro- missiones quoque carnales, et quæ in præsenti sæculo corrumpuntur, exspectat. Qui autem spi- attond aussi l'accomplissement dos promesses charnelles qui se corrompent dans la vie pré¬ sente. Mais celui qui l’entend dans un sens spiri¬ tuel, sème dans l’esprit, et recueillera de l’esprit la vie éternelle. Remarquons en même temps la suite du discours, et rattachons ces paroles à ce qui précède : celui qui nous est présenté comme semant dans l’esprit, c’est l’homme qui, lorsqu’il commence à moissonner la vie éternelle, a cessé d’être homme, Cassien qui, supposant que la chair du Christ était fantastique, regardait comme immonde toute union de l’homme avec la femme et qui est devenu le chef le plus violent des Encratites, raisonne ainsi contre nous en* s’appuyant sur ces paroles : Si quelqu’un sème dans la chair, il recueille de la chair la corrup¬ tion ; or celui qui s’unit à une femme sème dans la chair, donc celui qui a des rapports avec une femme et sème dans sa chair, recueillera de sa chair la corruption. Nous lui répondrons d’abord que saint Paul n’a pas dit : Celui qui sème dans la chair, mais celui qui sème dans sa chair. Or personne ne s’unit à soi-même, pour qu’il lui soit possible de semer dans sa chair. Ensuite, ritualis auditor est, seminat in spiritu, et de epi- ritu metet vitam sempiternam. Simul notemus ser- monis consequentiam, et v eam cum superioribus copulemus : hominem vocari in spiritu seminantem qui quando cœperit vitam metere sempiternam, ho- mo fortasse esse desistit (i). Cassianus, qui putativam Christi carnem introducens, omnem conjunctionem masculi ad feminam immundam arbitratur, Encra- titarum vel acerrimus hæresiarclies, tali adversun}. nos sub occasione præsentis bestimonii usus est ar- guinento ; si quis seminat in carne, de carne metet corruptionem; in , carne autem seminat, qui muLieri jungitur; ergo et is qui uxore utitur, et seminat in carne ejus de carne metet corruptionem. Respon- debitur ei, primum non dixisse, Paulum, qui seminat in carne ; sed, « in carne sua, » Nemo autem secum ipse concumbit, et in sua carne seminat. Deinde ut ob- (1) Yulgati hactenus llbrî, Totionnm, hic pro Cassinno obtrudunt : qui Martianœus refragari suorum auctoritati excmplarium non dubitaylt, fmpressce lectionis prœjudicio dcceptus, el cum Iaudnti ab eo codiccs Cluninccnsis ac Regius Cassianum prœforrent : Error, inqnit, hic est ex- scriptorum ycierum, quibu* notior fuit Cassianus, quam ïatianus. Immo erat colligendum penilus econtrariQ. Julius enim Cassianus ex nefaria Yolentinianorum collurio ferme ignotior Tatiano est, cumque absolute hic ÏÏicronymus Encralitas perstringat, notissimum Taliani, ejus seett» principes nomen procliye fuit sciolis amanuensibus pro Gassi’auo perquam simili comminisci. Et yero, uti fooimus, reponendum, Gasiifliius om¬ nium quot vidimus, codicum mss, in hac lectionc consensus persuade!. Ipso eliam contûTlus, et’qunm lïieronymus impugnat, ejuseyincit htereseos historié ; qui enim jmlativam Christi carnem introduxit «ive qui primus emontitum Domino corpus affinxit, non Tatianus scdJuliuB Cassia¬ nus fuit, qui adeo dicitur S. CJcmcnti Alexandrino lib. ni Sronaatum 'Vqç SoXTjGÊWÇ éty, p^ODV, Docelarum pniiccps. Quin et Ubrum ex quo subnexa argumenta lïieronymus cônfutnt, facile eiistimo eum ipsum, quom modo Undalus Clemons Aloxandr. a Cassiano mémorat lucu- braitum, ab eoquo insoriptum, vcepl éyxpaTefaç vj nepl eûvoü^taq. TSd.^Mig. 365 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES pour lui faire une large concession en lui accor¬ dant l’explication que nous lui . avons donnée, « dans . sa. chair » il faudra ajouter selon cet hérétique que ceux qui boivent, mangent, dorment et font mille autres choses pour la satisfaction et le repos du corps, sèment dans la chair, et recueilleront de la chair la corruption. Que s’il se réfugie dans cette raison que ceux qui, soit qu’ils boivent, soit qu’ils mangent, soit qu’ils dorment, font tout cependant au nom du Seigneur avec sagesse, ne sèment pas dans la chair, mais dans l’esprit, nous lui répondrons également que ceux qui accomplissent avec raison çe premier commandement de Dieu : « Croissez et multipliez-vous, et remplissez la terre Gènes . r, 22, ne sèment pas dans la chair, mais dans l’esprit. Le syllogisme dont il fait usage est donc futile, tombe de lui-même, et n’est qu’un sophisme qui trompe d’abord l’audi¬ teur. D’ailleurs, en l’examinant plus attentive¬ ment, il est facile d’y répondre. Car, nous ne pouvons dire qu’Abraham, Isaac et Jacob, et d’autres saints personnages qui sont nés en vertu de la promesse, le précurseur lui-même du Seigneur, sont sortis d’un germe de corrup¬ tion, parce quJils sont nés dans la chair. Il faut également observer que, pour celui qui sème dans la chair, saint Paul ajoute un pronom déterminatif « dans sa chair, » tandis que pour celui qui sème dans l’esprit, il ne dit pas dans servationem hanc quam annotavimus, « in carne sua, » ex abundanti ei concedamus, addendum 'est eos quoque, qui comedant et bibant, et dormiant et ali- quid faciant ob refrigerium corporis, juxta ilium seminare in, carne, et de ea inetere corruptionem. Quod si ad hoc conhigerit, ut dicat eos qui sive bibant, sive manducent, sive dormiant, in nomine tamen Domini omnia cum ratione perficiant, non in carne seminare, sed in spivitu; et nos ei similiter respondebimus eos quoque qui Dei primam senten- tiam sequantur cum ratione facientes : « Crescite et multiplicamini, et replete terram » Genes. i, 22, non in carne, sed in spiritu seminare. Syllogismus itaque ejus futilis, et caducus, sophisibate primum decipit audientem. Cæterum diligenter inspectus, facile solvitur : . Neque enim possumus dicere, Abraham, Isaac et Jacob, et alios sanctos viros, qui de repro- missione nati sunt, ipsum quoque Domini præcur- sorem, quia in carne natus est, de corruptionis germine pullulasse, illud pariter observ ndum, quod qui seminat ii> . carne, cum additamentû ‘ süse carnis son esprit,' mais simplement dans l’esprit. C’est qu’on effet, oelui qui sème les biens , ne sème rien dans son esprit, mais ii sème dans l’esprit de Dieu dont il . doit recueillir , comme moisson la vie éternelle. « Ne nous, lassons donc point de faire le bien, puisque si nous ne perdons pas courage, nous moissonnerons dans le temps. » Saint Paul exhorte au zèle de la persévérance ceux qui attendent en cette vie la récompense do leurs' bonnes œuvres, dans, l’ignorance où ils sont que ' de même que pour l’ensemencement des terres, il y a untemps pour semer et un temps pour mois^ sonner, ainsi dans la vie présente, c’est le temps do semer les œuvres qui seront moissonnées dans i’esprit ou dans la chair, et la moisson sera le jugement à venir. Nous recueillons alors des moissons différentes, suivant les qualités diffô- ' rentes de celui qui sème, les uns cent, les autres soixante, les autres trente pour un, et cette moisson no peut être recueillie par celui qui perd courage. « Car celui qui persévérera jus¬ qu’à la fin, celui-là seul sera sauvé, » Matth . x, 22. C’est ce qui nous est encore recommandé clans un autre endroit : « Ne perdez pas cou¬ rage, » ïsai. v. Mais comment se fait-il que, tandis que les pécheurs se fortifient tous les jours dans leurs mauvaises actions, nous nous lassions dans la pratique des bonnes œuvres? « Donc, pendant que nous en avons le temps, ponitur ; qui autem seminat in spiritu, non dicitur in spiritu suo, sed simpliciter in spiritu. Qui enim bona seminat, non in suo quippiam, sed in Dei spiritu seminat, de quo et vitam est messurus æter- nam. « Bonum autem facientes, non deficiamus; tem- pore enim suo metemus, non déficientes. » Cohortatur eos ad studium perseverantiæ, qui in bac vita mer- cedem boni operis exspectant, nescientes quia sicut in semine aliud sationis, aliud messis est tempus : sic et in præsenti vita, sementem esse opéra (quae vel. in spiritu, vel in carne metantur), messem vero futurum judicium, et pro qualitate vel diversitate sementis diversas nos facere messuras, centesimum et sexagesimum, et tricesimum fructum, quam se- geterq nemo potest metere deficiens. « Qui enim per- severaverit usque in finem, hic salvus erit » Malt, x, 22. Sicut et in alio loco præcipitur. : « Esto non deficiens Jsai . v. Quale est autem, ut cum peccatores - quo- tidie in maIÎ3 operibus augeantur, nos in bono opéré laesemur ? 366 SAINT JEROME faisons du bien à tous, principalement aux ser¬ viteurs de la foi. » Le temps de semer, comme nous Ta von s dit, 'c’est le temps présent, c’est la vie que nous parcourons. Pendant cette vie, nous pouvons semer ce que nous voulons; lorsqu’elle aura passé, le temps d’agir nous est ôté. Voilà pourquoi le Sauveur nous dit : « Tra¬ vaillez tandis qu’il est jour, la nuit viendra où personne ne pourra plus agir, > Jean, ix, 4. La parole de Dieu, le soleil véritable s’est levé pour nous et les bêtes des forêts se sont rassem¬ blées dans leurs tanières; marchons comme des hommes à nos occupations, et travaillons jus¬ qu’au soir comme le chante ’ dans un sens allégorique le Psalmiste : « Vous amenez les ténèbres et la nuit se fait. Alors, les bêtes des forêts se glissent dans l’ombre, les lionceaux rugissent pour leur proie, et demandent à Dieu Içur pâture. Le soleil se lève, les animaux sau¬ vages se retirent pour dormir dans leurs tanières. L’homme sort alors pour le travail du jour, et pour cultiver ses champs jusqu’à la nuit, » Ps. cm, 20 et suiv. Que nous soyons malades ou bien portants, humbles ou puissants, pauvres ou riches, dans l’obscurité ou les hon¬ neurs, dans l’abondance ou les privations, faisons toutes nos actions au nom de Notre-Sei- gneur, avec patience et égalité d’âme, et nous verrons s’accomplir en nous ce qui est écrit : « Tout contribue au bien de ceux qui aiment « Ergo, dum tempus habemus, operemur bonum ad omnes, maxime autem ad domesticos fdei. » Tempus sementis, ut diximus, tempus est præsens, et vita quam currimus. In hac licet nobis quod vo- lumus seminare; cum ista vità transierit, operandi tempus aufertur. Unde et Salvator ait : « Operamini dum dies est, veniet nox, quando jam nullus poterit operari » Jocm. ix, 4. Ortus est nobis Dei sermo, sol verus,. et congregatæ sunt bestiæ recedentes in cubilia sua ; procedamus ut homines ad opus nostrum, et usque ad vesperam Iaboremus, sicut mystice can- tatur in psalmo : Posuisti tenebras, et facta est nox. In ipsa pertransibunt bestiæ silvæ, catuli leonum ru- gientes, ut rapiant, et quærant a Deo escam sibi, Ortus est sol et congregatæ sunt et in cubilifcus suis dor- mierunt. Egredietur homo ad opus suum, et ad opera- tionem suam usque ad. vesperam » Ps. cm, 20 seqq. Sivé ægrotamus, sive sani sumus, humiles, vel potentes, pauperes, divites, ignobiles, honorât!, esuri- entes, sive vescentes, orania in riomine Domini cum patierttia et æquanimitate faciamus, et implebitur in Dieu, » Rom . vin, 28. La colère elle-même, la volupté, l’outrage reçu qui demande vengeance, si je sais leur mettrç un frein, si je garde le silence pour Dieu, si chaque fois que je ressens les aiguillons de la passion ou la flamme des vices, je me souviens du Dieu qui me voit d;i haut du ciel, ce sont là pour moi autant d’occa¬ sions de triomphes. Ne disons pas dans la dis¬ tribution de nos aumônes, celui-ci est mon ami, quant à celuidà, je ne le connais pas; le premier a droit à recevoir, je suis indifférent au second. Imitons notre Père qui fait lever son soleil sur les bons et les mauvais et répand la pluie sur les justes et les pécheurs, Matth . v. La source de la bonté est ouverte à tous. L’esclave et l’homme libre, le plébéien et le roi, le riche et le pauvre se désaltèrent également, à. la même source. Lorsque la lampe est allumée dans une maison, elle en éclaire tous les habitants sans distinction. Que si nous devons donner un large cours à notre générosité à l’égard de tous, quels qu’ils soient, combien plus cependant à l’égard des serviteurs de la foi et des chrétiens qui ont le même Père, et sont inscrits sous le nom de leur Maître! Ce passage pourrait, à mon avis, se rattacher à ce qui précède de cette manière : les serviteurs de la foi sont ceux qu’il appelle maîtres ■ et auxquels ceux qu’ils instruisent doivent, d’après sa recommandation communi¬ quer de tous leurs biens. L’espace que dure nobis illud quod scriptum est : « Diligentibus autem Dominum, omnia cooperanlur in bonum. » Ira ipsa et libido, et injuria quæ desiderat ultionem, si me refrenem ; si propter Deum taceam ; si per singulos commolionis aculeos, et incentiva vitiorum, Dei de super me videntis recorder, fiunt mihi occasio triumphorum. Ne dicamus in largiendo : ïlle est amicus, hune nescio : hic debet accipere, iste con- temni. Imitemur Patrem nostrum, qui solem suum oriri facit super bonos et malos, et pluit super justos et injustos Matt. v. Fons bonitatis omnibus patet. Servus et liber, plebeius et rex, dives et pauper, ex eo similiter bibunt. Lucerna cum accensa l'uerit in domo, omnibus lucet æqualiter. Quod si in cunctos indifferenter liberalitatis frena laxantur , quanto magie in domesticos Jfidei, et in christianos, qui eumdem habent Patrem, ej usque magistri appella¬ tions censentur! Videtur autem mihi locus iste posse et superioribus cohærere, lit domesticos âdei, magistros nominet, quibus supra omnia quæ putan- t.ur hona, ab auditoribus suis jusserat ministrari. COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES cotte vie est bien court, ces paroles mêmes que je prononce, que je dicte, que j’écris, que je corrige, que je relis, sont fécondes ou stériles pour moi dans ce court espace de la vie. Titus, dis de Vespasien, qui après avoir détruit Jéru¬ salem pour venger le sang du Seigneur, rentra triomphant à Rome, était dit-on, d’une si grande bonté que, se rappelant une certaine nuit, pen¬ dant qu’il était à table, qu’il n’avait fait ce jour-là aucune bonne action, il dit à ses amis : « J’ai perdu aujourd’hui ma journée. » Nous ne croyons pas qu’une heure, un jour, un moment, un espace quelconque de temps, les âges de la vie, soient anéantis pour nous, lorsque nous proférons une parole oiseuse dont nous rendrons compte au jour du jugement, Matlh . xir. Que si cet empereur étranger à la loi, à l’Évangile, à la doctrine du Sauveur ot des apôtres, a dit et fait naturellement ce quo nous venons do rapporter, que devons-nous faire, nous contre qui Junon produira pour nous condamner des femmes qui n’ont qu’un époux, et Yesta des vierges, les autres idoles, des personnes qui font profession de continence? Saint Jean l’évangé¬ liste demeura à Éphèse jusqu’à sa dernière vieil¬ lesse; alors qu’il pouvait à peine être porté à l’église par ses disciples, et qu’il lui était impos¬ sible de leur faire un discours suivi, il ne leur faisait à chaque réunion que cette seule recom¬ mandation : Mes petits enfants, aimez-vous les Breve est vitæ istius curriculum. Hoc ipsum quod loquor, quod dicto, quod scribo, quod emendo, quod relego, de tempore meo mihi aut crescit, aut dépérit. Titus, filius Vespasiani, qui in ultionem Dominici sanguinis, subversis Jerosolymis, Romam victor ingressus est, tantse dicitur fuisse bonitatis, ut cum quadam nocte sero recordaretur, in cœna, quod nihil boni die ilia ' fecisset, dixerit amicis : Hodie diem perdidi. Nos putamus non perjre nobis horam, diem, momenta, tempus, ætates, cum otio- sum verbum loquimur, pro quo reddituri sumus rationem in die judicii Matt. xn? Quod si hoc ille sine Lege, sine Evangelio, sine Salvatoris, et aposio- lorum' doctrina, nàturaliter et dixit, et fecit : quid nos oportet facere, in quorum condemnalionera habet et Juno univiras, et V esta virgines, et alia idola continentes? Beatus Joannes evangelista cum Ephesi moraretur usque ad ultimam senectutem, et vix inter discipulorum manus ad ecclesiam deferretur, nec posset in plura vocem verba con- texere, nihil aïiud per singulaa solebat proferre 367 uns les autres. Enfin les disciples et les fidèles présents, ennuyés d’entendre toujours la même chose, lui dirent : Maître, pourquoi donc nous répéter toujours cette recommandation? Il leur fit cette réponse digne de Jean : Parce que c’est le précepte du Seigneur; et si vous accomplissez ce seul commandemment, cela suffit. Je rapporte ce trait à cause de cette recommandation do l’Apôtre : « Faisons du bien à tous, mais princi¬ palement aux serviteurs de la foi. » « Voyez quelle lettre je vous ai écrite de ma propre main. » Ceux qui voulaient soumettre les Galates à la circoncision, avaient répandu par¬ tout que la conduite de Paul était toute diffé¬ rente de son enseignement, qu’il détruisait par ses actions l’effet de scs . discours, et qu’en affirmant que la loi était abrogée, on Je trouvait observant lui-même la loi. Saint Paul ne pouvait en personne combattre ot ruiner devant tous C6S accusations, parce qu’il en était empêché par les fers, dont il était enchaîné comme martyr de Jésus-Christ; ii envoie donc cette lettre à sa place. Et pour prévenir tout soupçon sur l’authenticité de cette lettre, depuis cet endroit jusqu’à la fin, il l’écrit de sa propre main, nous montrant par là que ce qui précède avait été écrit par une autre main. Que de faux docteurs avaient envoyé des lettres sous son nom, c’est ce que lui-même nous déclare dans son épître aux Thessaloniciens : « Nous vous conjurons, mes frères par l’avène- collectas, nisi hoc; Filioli, dilïgite alterutrum. Tan¬ dem discipuli et fvatres qui acier ant, tædio affecti, quod eadem semper audirent, dixerunt : Magister, quare semper hoc loqueris? Qui respondit dignam Joanne sententiam : Quia præceptum Domini est, et si soUim fiat, sufftcit. Hoc propter præsens Apostoli mandatum : « Operemur bonum ad omnes; maxime autem ad domesticos fklei. » « Videte qualihus litteris scripsi vobïs mea manu. » Hi qui cïrcumcidi Galatas volebant, disseminaverant alia Paulura facere, alia prædicare, et suo opéré destruere sermonem, quod qui Legem assereret abolitàm, ipse inveniretur in Lege. Hanc opinionem, quia non poterat Paulus apud omnes præsens, ipse subver tere (prohibebatur quippe vinculis, quæ ob Christi martyrium sustinebat), seipsum per litteras repræsentat. Et ne aliqua suppositæ Epistolæ suspi- cio nasceretur, ab hoc loco usque ad finem, manu sua ipse perscripsit, ostendens superiora ab alio exarata. Quod autem sub nomme ejus a falsig .doc- toribus Epistolæ mitterentur, ad Thessalonicen-» SAINT JÉROME 368 ment de Notre-Seigneur Jésus-Christ et par notre réunion avec lui, dé ne pas vous laisser ébranler dans vos sentiments, et de ne pas vous alarmer sur des révélations ou sur des discours ni des lettres, qu’on supposerait venir de nous, comme si le jour du Seigneur était près d’arriver» Que personne ne vous séduise en aucune manière, » II Thess. il, 1, 3. Saint Paul a également signé de sa main l’épître qu’il avait dictée pour les Colossiens : « Cette salutation est de ma propre main. Souvenez-vous de mes chaînes. :» Et par¬ tout où il savait que se trouvaient de faux docteurs, qui pourraient sous le couvert de son autorité répandre de nouveaux dogmes, il signait de sa main ses épîtres. Enfin, en écrivant aux Corinthiens, parmi lesquels il y avait des schismes et des hérésies, chacun disant : « Moi je,suis à Paul, moi je suis à Apollon, moi je suis à .Céphas, » I Cor. I, 12; l’Apôtre signe ainsi son épître : « Moi Paul, j’ai écrit de ma main cette salutation, » et il ajoute : « Si quelqu’un n’aime pas Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu’il soit anathème : Maran-Atha et le reste. » C’est pour cette même raison que, voulant ôter toute occasion aux faux docteurs qui avaient corrompu les Galates, en les détournant de la vérité de l’Évangile, il termine cette épître par cette addition écrite de sa main : « Voyez quelle lettre fies quoque demonstrat scribens : « Rogamus autem vos, fratres, per adventum Domini nostri Jesu Christi, et nostræ congi'egationis in ipsum, ut non cito movea- mini a vesti'o sensu, nec terreamini, neque per spiri- tum, neque per sennonem, neque per Epistolam tam- quam per pos missam, quasi instet dies Domini, ne quis vos seducat ullo modo II Thess-. u, 1, seqq. Et ut totain Epistolam quam mittebat, suspicione erueret falsita- tis, manu sua in fine subscripsit, dicens : « Salutatio mea manu Pauli, quod est signum in ornai Epistola; ita scribo : Gi'atia Domini nostri Jesu Chiûsti cum omnibus vobis » 11 Thess. nr, 17, 18. Ad Golossenses etiam quas dictaverat litteras, manu sua eimiliter subnotavit : « , Salutatio mea manu Pauli ; memores estote vinculorum meorum. » Et ubicumque sciebat fal- sos adesse doctoi'es, qixi possent per Apostoli aucto- ritatem nova dogmata seminare, epistolam manu propria subscribebat. Denique et ad Gorinthios scri- bens, in quibus erant scbismata et hæreses, unoquo- que dicente : « Ego sum Pauli, et ego Apollo, ego autem Cephæ » I Cor. r, 12, epistolam suam tali anno- tatione signavit : « Salutatio mea manu Pauli : Si quis non ûmat Dominum Jesum Christum, aixathema sit, je vous ai écrite de ma propre main. » Ce n’est pas que cette lettre fût longue, (ce que paraît indiquer le mot grec tty]ÀlxoIç, mais ils con¬ naissent les caractères tracés par : sa main, et en voyant les traits des lettres, il leur semble¬ rait voir celui qui les écrivait. Je suis surpris qu’uu homme de notre temps dont la science est incontestable, ait dit à l’occasion de ces paroles, une chose ridicule. Paul, dit-il, était hébreu, et ne connaissait pas la langue grecque. Et comme il était nécessaire qu’il signât de sa main cette épître, il a par suite du défaut d’ha-. bitude, exprimé par de grands traits les carac¬ tères courbés des lettres, donnant en cela aux1 Galates un témoignage de son amour pour eux, en s’efforçant de faire en leur faveur ce qui lui était presqu’impossible. Saint Paul écrivit donc cette épître en grands caractères, parce que le sens caché sous les lettres était grand et élevé, et qu’il avait été écrit par l’esprit du Dieu vivant et non avec de l’encre et une plume. Quant à ce qu’il ajoute « de ma propre main, » il veut nous faire comprendre que les œuvres sont signifiées par la main. C’est pour cette même raison que nous lisons souvent dans les prophètes : «.Parole de Dieu qui a été faite par la main de Jéremie ou d’Aggée, » afin de nous ap¬ prendre par cette similitude, que c’est aussi .par maranatha , » et cætera. Propter hoc igitur volens om- nem occasionem falsis auferre doctoribus, qui et Galatas a veritate Evangelii depravarant, finem epi- stolæ manus suæ annotatione coraplevit, dicens : « Videte qnalibus litteris scripsi vobis; non quod gran¬ des ïitteræ fuerint (hoc quippe in Græco sonat 7ry|Xtxoiç), sed quod suæ manus essent eis nota vestigia, ut dum litterarum apices recognoscunt, ipsùm se pxxtarent videre, qui scripserat. In hoc loco vir apprime no- stris temporibus eruditus, miror quomodo rem ri- diculam locutus sit. Paulus, inquit, Hebræus erat, et Græcas litteras nesciebat. Et quia nécessitas expete- bat, ut manu sua epistolam su b sc ri ber et, contra consuetudinem curvos tramites litterarum, vîx ma- gnis apicibus exprimebat; etiam in hoc suæ ad Ga¬ latas indioia charitatis ostendeixs, quod propter illos id quoque quod non potefat, facere conaretnr. Gran- dibus ergo Paulus litteris scripsit epistolam, quia sensus erat grandis in litteris, et spiritu Dei vivi, non atramento, nec calamo fuèrat exaratus. Quod autem apposuit, « mea manu, » opéra intelligamus in manibus, Quam ob causam crebro et in prophetis. scribitur : « Sermo Dei qui factus est in manu Jere- COMMENTAIRES SUR I/ÉPITRE AUX GALATES m la main de PaulTque la parole de Dieu a été adressée. Ce n’est pas seulement, aux Galates, mais à tous les chrétiens que saint Paul écrit aujourd’hui do grandes épitres, et bien que les caractères avec lesquels elles sont écrites soient petits, ce sont cependant de grandes épitres, à cause de la grandeur du sens renfermé dans les lettres. / « Tous ceux qui mettent leur gloire dans des avantages charnels, ne vous obligent à vous faire circoncire qu’afin de ne pas souffrir la persécution pour la croix de Jésus-Christ. » Il a montré plus haut depuis quel endroit il a écrit de sa main, il expose maintenant ce qu’il a écrit. Caius César, Octavien Auguste et Tibère, successeur d’Auguste, avaient promulgué des lois d’après lesquelles les Juifs répandus par tout l’empire romain pouvaient vivre conformément aux rites de leur nation et aux cérémonies légales de leur patrie. Donc, quiconque était circoncis, bien qu’il crût en Jésus-Christ, était regardé comme Juif par les Gentils. Celui, au contraire, qui n'était pas circoncis et prouvait par là qu’il n’était pas Juif, était en butte aux persécutions, tant des Gentils que des Juifs. C’est par le désir d’éviter ces persécutions, que ceux qui avaient corrompu les Galates, conseil- ■ laient pour leur défense à leurs disciples la mise, » sive « Aggæi, » ut per hanc quoque similitudinem in manu Pauli sciamus factum Dei esse sermonem. Grandes Paulns litteras non solum tune ad Galatas, sed etiam hodie scribit ad cunctos, et quamvis parvi sint apices quibus èjus Epistolæ conscribuntur, ta- men magnæ sunt litteræ, quia in litteris. magnus est sensus. « Quicumque volunt placere in carne, hi cogunt vos circumcidi; tantum ut crucis (Ghristi perse- cutionem non patiantur. » Superius ostendit ex quo loco sua subscripserit manu; nunc quid scripserit, replicat. Caius Gæsar, et Octavianus Àugustus, et Tiberius successor Àugusti, leges promulgaverant, ut Judæi qui erant in toto Romani iniperii orbe di- spersi, proprio ri tu viverent, et patriis cæremoniis deservirent. Quicumque igitur circumcisus erat, licet in Ghristum crederefc, quasi Judæus habeba- tur a Gentibus. Qui vero absque circumcisione se non esse Judæum præputio præferebat, persecutio- nibus tam Gent ilium, quam Judæorum, fie bat ob- noxius. lias igitur persecutiones hi qui Galatas de- pravaverant declinare cupientes, circumcisionem pro defensiohe discipulis persuadebant quara nunc Apos- Tom . x. circoncision que T Apôtre appelle la confiance dans la chair, parce qu’ils proposaient dans la persécution la circoncision, tant aux Gentils qu’ils craignaient, qu’aux Juifs auxquels ils voulaient plaire. Car ils n’avaient à craindre la persécution ni de la part des Juifs, ni de la part des Gen¬ tils, qui les voyaient circoncire leurs prosélytes et garder eux-mêmes les préceptes de la loi. « Car ceux qui se font circoncire ne gardent pas eux-mêmes la loi, mais ils veulent que vous receviez la circoncision afin de se glorifier dans votre chair. » A cause de la faiblesse de la chair, dit l’Apôtre, la loi ne peut être accom¬ plie. Voilà, pourquoi les Juifs observent les pré¬ ceptes et les doctrines des hommes bien plus que les commandements de Dieu, et ils ne pra¬ tiquent ni la loi extérieure, cela est impossible, ni la loi spirituelle, parce qu’ils ne la com¬ prennent pas. Aussi, toute leur étude, tous leurs actes, tous leurs efforts tendent à se glorifier auprès des Juifs de l’outrage fait à votre chair et à se vanter que les Gentils ont été circon¬ cis sous leur magistère. Or, ils n’agissent en tout cela que pour plaire aux Juifs, et apaiser les envieux qui se plaignent que la loi est détruite. « Mais pour moi, à Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu’en la croix de Notre- Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est cru- tolus confidentiam in carne vocat, quod scificet tam Gentibus [Al. Gentilibus], quos timebant, quam Judæis, qui volebant placere, circumcisionem in persecutione proponerent. Nam nec Judæi persequi eos poteraut, nec Gentiles, quos videbant [Al. vole¬ bant] et proselytos circumcidere, et ipsos Legis præ- cepta servare, « Neque enim qui circumcisi sunt, hi Legem custo- diunt, sed volunt vos circumcidi, ut in carne vestra glorientur. Propter infirmitatem, inquit, carnis, Lex impleri non polest. Unde et Judæi præcepta magis liominum et doctrinas, quam Dei mandata custo- diunt, neque corporalem facientes Legem, impossi¬ ble quippe est; neque spiritualem, quam non in- teliigunt. Unde hoc est omne quod student, quod ogunt, quod nituntur, ut apud , Judeaos de vestræ carnis injuria glorientur, et jactitent suo Gentes ma- gisterio circumcisas. Hoc autem totum faciunt, ut Judæis placeant, et expugnatæ Legis invidia con- quiescat, « Mihi autëm absît gloriari, nisi in cruce Domini nostri Jesu Ghristi, per quem mihi mundus cru- cifixus est, et ego mundo. » Solua potest in cruce 24 370 SAINT JEROME çifié pour moi, et par qui je suis crucifié pour le monde. >>Celui-làseulpeutseglorifier dans la croix de Jésus-Christ, quilaporteàla suite du Sauveur, qui a crucifié sa chair avec ses passions et ses convoitises, qui est mort au monde et con¬ temple non les choses qui paraissent, mais celles qui ne paraissent pas, et qui voit le monde comme un crucifié et sa figure qui passe. Or, le monde qui est crucifié pour le juste, c’est celui dont le Sauveur a dit : « J’ai vaincu le monde » , Jean xvi, 33; et encore : « Gardez-vous d’aimer le monde, » et encore : « Vous n’avez pas reçu l’esprit du monde. » Celui pour qui le monde est crucifié, peut dire que le monde est aussi mort pour lui; la fin du monde est venue pour lui, et devenu digne d’un nouveau ciel, d’une nou¬ velle terre, et du nouveau Testament, il chante le cantique nouveau et il reçoit le nom nouveau écrit sur la pierre, lequel personne ne connaît, sinon celui qui le reçoit. On demande comment saint Paul peut dire maintenant : « Pour moi, à Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu’en la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, » lui qui, dans un autre endroit, se glorifie de ses disciples, alors qu’il leur dit : «Par la gloire que je reçois de vous en Jésus-Christ » I Cor. xv, 31 ; et ailleurs : « Je me glorifierai volontiers dans mes faiblesses, afin que la force de Jésus-Christ habite en moi » II Cor. xn, 9; et dans un autre endroit : « J’aimerais mieux mourir que de voir Christi gloriari, qui tollit eain, et sequilur Salvatorem, qui crucifix it car ne m suam cum vitiis et concupiscentiis, qui mortuus est mundo, et non contemplatur ea quæ videntur, sed quæ non videntur; videns mnndum crucifixum, et transeuntem figuram ejus. Crucifigi- tur autem justo mundus il] e, de quo Salvator ait : « Ego, vici mundum » Joan. xvi, 33. Et : « Nolite diii- gere mundum. » Et : « Non accepistis spiritum e mun¬ do. » Cui crucifixus est mundus, huic mundus et mor- ttms est ; et jam ei venit mundi consummatio, et dignus elfectus novo cœlo, et nova terra, et novo Testamento, canit canticum novum, et accipit nornen novum scri- ptum in calculo, quod nemo novit nisi qui acce- perit illud. Quæritur quomodo nunc Paulus dicat : « Mihi autem absit gloriari, nisi in cruce Domirii nostri Jesu Christi, » cum in alio loco de aliis glorietur, ut ibi ait : « Per vestram gloriam, quam habeo in Christo Jesu » I Cor , xv, 31. Et iterum : « Libenter gloriabor in'infirmilatibus meis, ut inhabitpt in me virtus Christi 11 Cor. xp, 9. Et in alio loco : « Bonum autem mihi est magis mori, quam ut gloriam meam quis evacuet quelqu’un me ravir cette gloire » I Cor. ix, 1.5, . , et d'autres passages dans le même sens. Mais il faut Se rappeler que toute cette gloire se rap¬ portant à la croix, est vraiment la gloire de la croix, et que tout ce qui se fait de digne en matière de vertu, se fait en vue de la Passion de Jésus-Christ. « Car en Jésus-Christ, ni la circoncision, ni l’incirconcision ne servent de rien, mais la nou¬ velle créature. » De même que le fidèle et l’infidèle, bien qu’ils aient une seule et même nature, se divisent en deux à cause de la diffé¬ rence d’intelligence : « Dépouillez-vous du vieil homme et de ses œuvres, et revêtez-vous cl© . l’homme nouveau qui, par la connaissance de la vérité, se renouvelle selon l’image de Celui’ qui l’a créé » Coloss. ni, 9, 10. Ainsi, bien qu’il n’y ait qu’un seul monde à ne considérer que la substance, dans un autre sens il y en a deux tout différents. Pour le pécheur, le monde est vieux; pour le saint, il est nouveau. En effet J comme pour le saint, le monde est crucifié, il n’y a plus pour lui ni circoncision, ni incircon- , sion, mais une nouvelle créature dans laquelle se transforme notre corps misérable en devenant conforme au corps glorieux de Jésus-Christ, car tout ce qui était ancien est passé, tout est devenu nouveau » II Cor v, et de même que la , clarté du soleil est différente delà clarté delà lune et des étoiles, « car entre les étoiles, l’une est I Cor. xx, 15, et cætera quæ in hune modum scripta sunt. Sed sciendum quod omnis ilia gloria tio qd cru- cem relata, gloria crucis sit; et quidquid dignum in virtutibus perpetratur, hoc fieri ob Domini passio- nem. « Neque enim circumcisio aliquid est, neque pi’æ- puthim, sed nova creatura. » Quomodo fidelis et infidelis, cum unus sit per substantiam, in duos di- viditur juxta intelligentiæ diversitatem, Àpostolo dicente : « Exspoliantes vos veterem hominem cum ope- ribus ejus, et indu entes novum, qui renovatur in cogni- . tionem juxta imaginem Creatoris » Coloss. iii, 9, 10; sic et mundus cum secundum substantiam unus sit; secundum sensum alius atque alius efficitur. Pecca- tori, mundus vêtus est; sancto, novus. Cum eriiin. sancto mundus fuerit crucifixus, nequaquam est ei. circumcisio et præputium; non Judæus, neque Gen tilis; sed nova creatura, in quam transfiguratür coi pus humilitatis nostræ, conforme corporis gloriæ Christi : Vetera quippe transierunt, ecce facta sunt omnia nova II Cor. v. Et quomodo alla est gloria plus brillante que l’autre -, il en est de même de la résurrection des morts » 1 Cor.- xv, 41, 42. Daniel s’exprime absolument de . la même manière en parlant de la résurrection : « Plu¬ sieurs de ceux qui dorment dans la poussière de la terre s’éveilleront les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l’opprobre, afin qu’ils le voient à jamais » Dan. xn, 2; et ailleurs : « Ceux qui ont la science brilleront comme la splendeur du firmament; » et en parlant des justes : « Plu¬ sieurs brilleront éternellement comme des étoiles. » Car ni dans le soleil, ni dans la lune, ni dans le firmament et les étoiles, la circonci¬ sion ou l’incirconcision ne servent à quelque . chose; c’est une condition nouvelle sans ces parties du corps qui peuvent être retranchées. Nous donc, qui aimons Dieu, et pour lesquels sont préparés cesjfiens que l’œil de l’homme n’a jamais vus, que son oreille n’a pas entendus, que son cœur n’a pas compris I Cor. n, lorsque ce corps misérable aura été transformé dans le corps glorieux de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous aurons un corps sur lequel le Juif ne pourra faire aucune incision, et que le Gentil ne pourra conserver incirconcis. Ce n’est pas qu’il sera d’une nature différente, mais il sera tout différent, quant à, la gloire. « Car il faut que ce corps mortel revête l’immortalité et que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité I Cor. xv, 55. Saint Jean l’évangéliste a exprimé . sohs, alia lunæ, alia stellarum : « Stella quippe a Stella dilïert in gloria ; sic et resur rectio mortuorum » I Cor. xv, 41, 42. De qua et Daniel pari voce concordat, dicens : « Plueimi dormientium de terræ pulvere sur- gent; hi in vitam æternam et hi in opprobrium et in con fusion em æternam » Dan. xn, 2 ; et : « Intel¬ ligentes fulgebunt siuiit splendor firmamenti. » Et do justis : « Multi.sicut stetlæ in sempiternum. Neque enim fin sole et luna, firmamento et stellis, circumcisio aliquid valet, aut præputium; sed est nova conditio sine his partibus corporum, quæ possunt se cari. Ita igitur et nos qui diligimus Deum, et præparata sunt nobis quæ nec oculus vidit, nec auris audivit, nec in cor hominis ascenderunt I Cor, ii, cum de corpore humilitatis transformati fuerimus in corpus glo- riæ Domini Jesu Christi, illud habebimus corpus quoçl nec Judæus possit incidere, nec cum præputio custodire Gentilis. Non quod aliud juxta substantiam sit; sed quod juxta gloriam sit tliversuin. « Oportet enim mortale hoc induere immortalitatem, et corrupti- vum hoc incorruptione vestiri » I Cor. xv, 53. Huic IK5# * 371 la même vérité, lorsqu’il a dit : « Mes bien, aimés, nous sommes maintenant les enfants de Dieu, mais ce que nous serons un jour ne parait pas encore. Nous savons que quand il viendra dans sa gloire, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est » I Jean iii, 2, Puisque donc nous n’avons pas encore vu paraître ce corps glorieux de Jésus- Christ qui a conservé la marque des clous après sa résurrec¬ tion, et est entré, les portes étant fermées, nous qui, dès maintenant sommes ressuscités dans le baptême avec Jésus-Christ et sommes devenus un nouvelhomme par cette nouvelle naissance ne nous assujettissons plus ni à la circoncision ni à l’incir concision, mais croyons fermement que nous sommes déjà ce que nous devons être un jour. « A tous ceux qui suivront cette règle paix et miséricorde ainsi qu’à l’Israël de Dieu. » C’est la règle qui dirige toutes nos actions, et c’est par l’application qu’on leur fait de la règle que l’on reconnaît si elles sont bonnes ou mauvaises. Ainsi la doctrine divine est comme la règle des discours, elle juge entre ce qui est juste et injuste, et celui qui la suivra, aura en lui-même la paix qui surpasse toute intelligence, et à la suite de la paix, la miséricorde, qui est le don principal de l’Israël de Dieu. Il est appelé Israël de Dieu par opposition à celui qui a cessé d’être Israël de Dieu. Ils disent bien qu’ils sont Juifs, mais ils ne le. sont pas; ils mentent, car ils sont quid simile et beatus evangehsta Joannes sentiens est locutus : « Charissimi, nunc Dei filii sumus; et nec- dum manifestum est quid futur i sim us. Scirnus quia si « manifestatum fuerit, similes ei erimus ; quia videbi- mus eum sicut ipse est » I Joan. ni, 2. Quia ergo necdum manifestatum [Al. manifestum] est illud corpus glorise Jesu Chvisti, quod et vestigia olayorum post resurrec- tionem habuit, et clausis jamiis est ingressum; nos qui jam nunc in baptismate Christo conresurreximus, in novum renati hominem, nec circumcisioni, nec præputio serviamus ; sed quod futuri sumus, jam nunc nos esse credamus. « Et quicumque hanc regulam sequuntur, pax super illos, et misericordia, et super Israël Dei. » Ad normam omnia. diriguntur; et utrum prava rectave sint, cum régula apposita fuerit, arguuntur. Ita et doc- trina Dei quædam quasi norma sermoiiis est, quæ. inter justa judicat et injus ta ; quàm qui secùtus fuerit, habebit pacem in seinetipso quæ superat omnem sensum ; et post pacem, misericordiam quæ præ- cipua est in Dei Israël. Dei vero Israël dictus est, ad COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES 372 SAINT JÉROME do la synagogue 'de Satan. Et ne soyez point sur¬ pris, si de même qu’il y a un Israël spirituel, il y ait aussi un Israël charnel, qui n’ait droit ni à la paix, ni à la miséricorde; c’est de lui que saint Paul écrit aux Corinthiens ; « Voyez les Israélites selon la chair. » I Cor. x, 18. C’est ainsi qu’à l’imitation de Dieu et du véritable Seigneur, il y a plusieurs dieux et plusieurs seigneurs, soit dans le ciel, soit sur la terre. L’Apôtre, voulant terminer son épître confor¬ mément au but qu’il s’était proposé, appelle en un seul mot le véritable Israël du nom admirable d’Israël de Dieu; ii leur apprend ainsi que tous les enseignements qui précèdent, loin d’être étrangers au sujet, sont parfaitement motivés. « Au reste, que personne ne cherche à m’affli¬ ger. » Ce n’est pas qu’il ait défailli dans son enseignement, mais il est comme le laboureur qui s’attriste de voir, les arbustes qu’il a plantés se dessécher, ou comme le berger plein de solli¬ citude, si les brebis, qu’il avait réunies se dis¬ persent et sont dévorées. Je préféré la version du texte grec : « Au reste, que personne ne me donne de travail, » c’est-à-dire, ne me condamne à la nécessité de travailler de nouveau au milieu de vous. Donner du travail à son maître, c’est vivre, o’est penser en contradiction avec l’ensei¬ gnement et la conduite du maître. Peut-être aussi l’Apôtre veut-il prévenir les discussions de ceux qui seraient tentés par la suite de com- distinctionem èjus qui Dei Israël esse cessavit. Dicunt eniin se esse Judæos, et non sunt; sed mentiuntur, cum sint de synagoga Satanæ. Nec mireris, si ad imitationem spiritualis Israël, carnalis sit Israël, qui nec pacera habeat nec misericordiam ; de quo et ad Corin- thios scribitur : « Videte Israël secundum carnem » I Cor . x, 18 : cum ad imitationem quoque Dei et Domi- ni, multi sint dii, et multi domini, sive in ccelo. sive in terra. Pulchre apter/i uno sermone, ut epistolam juxta propositum argumentum âiniret, Israël Dei vocavit; quo scilicet omnia quse supra dicta sunt, non extra causam ; sed ex causa dispu tata doceaptur. « Decseteronemomibimolestussit. » Non quasi defecerit indocendo; sed quo et agricola hunchabeatlaborem, si quse plantaverit virgulta siccentur; et pastor sollicitu- dinem,si pecora qnss congregaverat dissipata lanientur. Melius ergo in Grseco Iegituv, « De csetero labores mihi nemo exhibeat; » ne rursum scilicet in vobis necessita- tem habçam laborandi. Laborem præstat magistro, qui aliter et vivit et sentit, quam magister et docuit et fecit. battre sou enseignement. C’est ainsiqüedansson épître aux Corinthiens, il termine tout ce qu’il venait de dire sur l’obligation pour la femme de voiler sa tête, et pour l’homme de ne pas la voiler en disant : « Que si quelqu’un aime à contester, pour nous, ce n’est point là notre coutume, ou celle de l’Église de Dieu, » 1 Cor . xr, 16; c’est-à-dire nous avons dit ce que nous croyons être convenable et juste; mais si quel¬ qu’un, ne voulant pas se rendre à la vérité, cherche encore à répondre et à nous contredire, qu’il sache qu’il n’est pas digne de réponse, parce qu’il est disposé bien plus à disputer qu’à être enseigné. « Car je porte imprimées sur mon corps les marques du Seigneur Jésus. » Celui qui après la venue de Jésus-Christ reçoit la circoncision de la chair, ne porte pas les marques du, Seigneur Jésus, mais il se glorifie dans ce qui fait sa honte. Mais celui qui a été couvert de plaies, jeté plusieurs fois dans les fers, battu trois fois de verges, lapidé une fois et a souffert toutes les persécutions qui sont comprises dans cette glo¬ rieuse énumération, celui-là porte vraiment les marques du Seigneur Jésus dans son corps. , Celui aussi qui châtie son corps, le réduit en servitudè, de peur qu’aprôs avoir prêché aux autres, il ne soit lui-même réprouvé, perte également dans son corps les marqués du Seigneur Jésus, » I Cor . ix. Les apôtres se réjouissaient d’avoir Potest et contentionem eorum, si qui contradicere dein- ceps voluerint, prævenire, quod etiam ad Corinthios in velando mulieris capite, et masculi non velando, post; multa complexus est, dicens : « Si quis autem videfur contentiosus esse; nos talem consuetudinem non habe- mus, neque Ecclesia Dei » I Cor , xi, 16; hoc est, nos, diximus quæ nobis honesta videbantur et justa; si quis autem nolens acquiescere veritati, quærit quid respon- deat, et quibus nitantur contra, sciât se responsione. non dignum, qui magis contendere paratus est, quam doceri. «Ego autem stigmata Domini Jesu in corpore meo porto. » Qui post adventum Christi in carne circumci- ditur, non portât stigmata Domini Jesu; sed habet glo- riam in confusione sua. Qui vero in plagis supra modum, in carceribus fréquenter, ter virgis cæsus est, semel lapidatus est, et cætera quæ in catalogo scripta sunt gloriandi, hic stigmata Domini Jesu in corpore suo portât. Forte et is qui macerat corpus suum, et subjicit servituti, nealiis prædicnns ipso reprobu 8 inveniatur, COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX GALATES 373 été jugés dignes de souffrir des outrages pour le nom de Jésus, Act. v. . ■ « Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mes frères, soit avec votre esprit. Amen. Ce n’est ni la discussion, ni l’esclavage de la loi, ni les disputes, ni les contestations que je vous souhaite, mais que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec votre esprit. Ce n’est pas avec votre chair, ce n’est pas même avec votre âme, ou bien parce qu’étant devenus spirituels, vous avez cessé d’être chair et âme, ou bien, parce que dans la partie principale se trouve renfermé ce qui est inférieur, car l’âme et la chair sont soumises à l’esprit. C’est de lui que l’Ecclesiaste dit : « L’esprit retournera à celui qui l’a donné, » Ecoles . xii, 7. Et Paul lui-même dans un autre endroit : « L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit, » Rom. vin, 16. Or, cette grâce du Seigneur n’est pas avec tous, mais avec ceux qui méritent d’être appelés par l’Apôtre, frères fidèles, frères véritables, ce que signifie le mot portât stigmata Domini Jesu in corpore suo I Cor . ix. Lætabantur et apostoli quod digni fuerant pro nomine Jesu contumeliam pati Act. v. « Gratia Domini nostri Jesu Christi, cum spiritu vestro, fratres. Amen. » Non dissensio, non Legis ser- vitus, non rixa, non jurgium, sed gratia Domini Jesu Christi sit cum spiritu vestro. Nequaquam cum carne, nequaquam cum anima; sive quia spirituales facti, caro . et anima esse desistis, sive quod in principali etiam ea, quse minora sunt, comprehendantur. Anima enim et caro subjecta sunt spiritui. De quo et Ecclesiastes loqqitur : « Spiritu s revertetur ad eu m qui dédit ilium » Eccl. xii. 7. Et Paulus in alio loco : « Ipse spiritus testimonium perhibet spiritui nostro » Rom . vm, 16. Hæc autem gratia Domini Jesu non cum omnibus est, sed cum bis qui fratres ab Apostolo merentur vocari, fratres fideles, fratresque germani, quod ahen verbum hébreu Amen. En effet, les Septante traduisent ce mot par : « qu'il en soit ainsi. » Aquila, Symmaque et Théodotion, par fidèlement ou véritablement. Et de même que dans l’ancien Testament, Dieu confirme ses paroles par une cer¬ taine formule de serment en disant : « Je vis, dit le Seigneur, » Nomb. xiv, 28, et que les saints jurent aussi en disant : « Votre âme vit, » ainsi Notre-Seigneur dans l’Évangile, par le mot Amen } montre la véritéde ce qu’il vient de dire : Le mot Amen, exprime aussi l’assentiment des auditeurs, et il est comme le sceau de la vérité, comme saint Paul nous l’enseigne dans sa première épître aux Corinthiens : « Si vous ne louez Dieu que d’esprit, comment celui qui est parmi les ignorants répondra-t-il Amen à la fin de votre bénédiction, puisqu’il n’entend pas ce que vous dites? » I Cor. xiv, 16. L’Apôtre nous prouve par là que l’ignorant ne peut répondre que ce qui lui est dit est vrai, s’il ne comprend pas les enseignements qui lui sont donnés. significat Hebræum. Amen er.im Septnaginta interprè¬ tes, « fiat; » Aquila, Symmaclius, et Theodotio, « fide- liter, » sive, « vere, » interprétât! sunt. Et quomodo in veteri Testamento quadam jurandi consuetudine Dens sua verba confirmât, dicens : « Vivo ego, dicit Dominus » Num. xiv, 28 ; per sanctos quo que jurât ur : « Vivit anima tua ; » ita et Salvator noster in Evangelio per verbum Amen, vera esse quæ loquitur, ostendit. Quod autem Amen consensum significet audientis, et sit signaculum veritatis, ad Corinthios quoque prima nos docet, in qua Paulus ait : « Cæterum si benedixeris spiritu, quis suppl et locum id.iotæ? Quomodo dicet amen super tua benedictione ; quoniam quidem nescit quid dicas » I Cor. xiv, 16? Ex quo ostendit non jposse idio- ten respondere verum esse quod dicitur, nisi intellexe- rit quod docetur.