OEUVRES COMPLÈTES »B S SAINT JÉROME PRÊTRE ET DOCTEUR DE L’ÉGLISE TRADUITES EN FRANÇAIS ET ANNOTÉES PAR L’ABBÉ BAREILLE AUTEUR DE LA TRADUCTION DES ŒUVRES DE S. JEAN CHRYSOSTOMS COURONNÉE PAR L'ACADÉMIE FRANÇAISE RENFERMANT le texte latin soigneusement revu et les meilleures notes des diverses éditions TOME DIXIÈME COMMENTAIRES SUR l’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU (SUITE ET FIN) TRADUCTION PAR SAINT JÉROME DE XXIX HOMÉLIES d’ORIGÈNE SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES. COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS PARIS LOUIS VIVES, LIBRAIRE-EDITEUR 13, RUE DELAMBRE, 13 1884 COMMENTAIRES DE SAINT JÉROME SUR L’ÉVANGTIÆ DE SAINT MATTHIEU LIVRE TROISIÈME « Jésus vint aux environs de Gésarée de Phi¬ lippe >> Matth. xvi, 13. Le Philippe dont il est, ici question est le frère d’Hérode, dont nous avons parlé plus haut. Tétrarque de l’Iturée et de la Province de Trachonite, il avait construit en l’honneur de Tibère César la ville qui s’appelle . aujourd’hui Panéas, et qu’il avait alors en d’honneur de l’empereur, nommée Gésaréé, et, en y ajoutant son propre nom, Gésarée de Phi¬ lippe; elle fait partie de la province de Phénicie. En cela, Philippe no faisait qu’imiter Hérodô, son père, qui,, pour faire sa cour à Auguste, avait changé le mom de la ville appelée Tour de Straton en celui de Gésarée, et bâti, au delà du Jourdain, une ville appelée Juliade, du nom de la fille de ce prince. Ç’est en cette partie du territoire de Gésarée de Philippe que le, Jourdain prend nais¬ sance ; il sort au pied du Liban par deux sources, * dont l’une s’appelle « Jor » et l’autre « Dan » deux noms qui réunis ensemble ont formé le mot Jourdain. « Venit autem Jésus in partes Cæsareæ Philippi. » Philippus iste est frater Herodis, de quo supra diximus, tetrarcha ' Iturææ et Trachonitidis regionis, qui in honorem Tiberii Cæsaris Cæsaream, quæ nunc Paeeas dicitur, construxit, et in honorem Cæsàris, pariterque sui hominis appellavit eam Cæsaream Philippi, et est in -prov incia Phœnicis : imitatus Herodem patrem, qui in honorem Augusti Cæsaris appellavit Cæsaream, quæ prius turris Strâtonis vocabatur, et ex nomme filiæ. ejus Juliadem trans Jordanem exstruxit, Iste [AL ilia] locus est Cæsareæ Philippi,- ubi Jordanis ori- Cur ad radices Libani, et habet dhos fontes, unüm nomine « Jor, » et alterum « Dan, » qui simul mixti, Jordanis nomen efficiunt. Tom. x. « Et il interrogea ses disciples et leur dit : que disent les hommes qu’est le Fils de l’homme?» Il ne dit point : que disent les hommes de moi ; mais que disent les hommes qu’est le « Fils de l’homme », de peur qu’on attribue sa question à un sentiment de vanité. Remarquez en passantque dans tous les endroits où l’Ancien Testament porte ces expressions « Fils de l’homme », l’hébreu, lui, porte « Fils d’Adam. » Ainsi ce passage des psaumes : « Enfants des hommes jusqu’à quand aurez-vous le cœur appesanti? » Psalm. iv, 3, est rendu dans l’hébreu par : « enfants d’Adam. » Pour en revenir maintenant à la question posée par le Sauveur, admirons la justesse des termes dont il se sert : « Que disent les hommes qu’est le Fils, de l’homme? » Ceux en effet qui parlent de lui comme du Fils de l’homme, ne sont que des hommes, tandis que ceux qui reconnaissent sa divinité, ne s’appellent plus des hommes, mais des dieux. « Ils lui répondirent : Les uns disent, Jean- « Et interrogabat discipulos suos, dicens : Quem dicunt hommes esse Filium hominis? » Non. dixit, quem me dicunt esse homines, sed « Filium hominis : » ne jactanter de se quærere videretur. Et nota, quod ubi- cuinque scriptuin est in Veteri Testamento, « filius hominis, » in Hebræo positum sit, « filius Adam. » Ut æst illud. [AL illud quoque], quod in psalmo legimus : « Filii hominum usquequo gravi corde » Psalm, iy, 3, quod in Hebræo dicitur, « filii Adam. » Pulchre autem interrogat : « Quem dicunt homines esse Filium hominis? >vquia qui de Filio hominis loquuntur, homi¬ nes sunt'; qui vero divinitatem ejus intelligunt, non homines, sed dii appèllantur. « At illi dixerunt : Alii Joannem Baptistam, alii i 1 2 - SAINT JEROME Baptiste, les autres, Élie, d’autres, Jérémie, ou quel¬ qu’un des prophètes. Jésus leur dit. » Ibid. 14. Je m’étonne que certains interprètes se soient mis en frais pour trouver la cause de ces erreurs et discuter les motifs qui faisaient voir en Notre- Seigneur Jésus-Christ, aux uns Jean-Baptiste, aux autres Élie, à d’autres Jérémie ou quelqu’un des prophètes. Bien d’étonnant qu’on se soit trompé sur Élie et Jérémie, de la même manière qu’Hérode s’est trompé sur Jean, lorsqu’il dit .* « C’est Jean à qui j’ai fait couper la tête, qui est ressuscité; et c’est pour cela qu’il se fait par lui tant de mi¬ racles. » Marc, vi, 16. «. Et vous, qui dites-vous que je suis? Simon Pierre prenant la parole, lui dit : Vous êtes le Christ, Fils. du Dieu vivant. » Ibid. 15, 16. Tout lecteur attentif remarquera dans le contexte que Notre-Seigneur distingue les apôtres des.hommes en général, et les appelle non pas des hommes, mais des dieux ; car après avoir dit : « Que disent . les hommes qu’est le Fils de l’homme? » il ajoute : « Et vous, qui dites-vous que je suis? » Ceux-là sont des hommes et jugent humainement, mais vous, qui êtes des dieux, comment me jugez- vous? Pierre, au nom de tous les apôtres, fait cette profession de foi : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant. » Il donne à Dieu l’épithète de vivant, pour le distinguer de ces faux dieux que les hommes regardent comme des dieux, mais qui en réalité sont morts ; les Saturne, les autem Eliam, alii vero Jeremiam, aut unum ex prophe- tis. Dicit illis Jésus. » Miror quosdam interprètes causas errorum inquirere singulorum, et disputationem longissimam texere, quare Dominum nostrum Jesum Christum alii Joannem putaverint, alii Eliam, alii Jere¬ miam, aut unum ex prophetis; cum sic potuerint errare in Elia et Jeremia, quomoclo Herodes erravit in Joanne, dicens : «'Quem ego decollavi Joannem, ipse surrexit a mortuis, et vir tûtes opérant ur in eo » Marc . vi, 16. . ' « Vos autem quém me esse dicitis? Respondens Simon Petrus, dixit : Tu es Christus Filius Dei vivi. » Prudens lector, attende, quod ex consequentibus textu- que sermonis, apostoli nequaquam hoinines, sed dii ap- pellantur. Cum enim dixisset : « Quem dicunt homines esse Filium hominis, » subjecit : « Vos autem quem me esse dicitis? » Illis quia homines sunt, humana opi- nantibus; vos qui estis dii, quem me esse existimatis? Petrus ex persona omnium apostolornm profitetur : « Tu es Christus Filius Dei vivi. » Deum vivum appellat, ad distihctionem eorum deorum, qui putantür dii, sed Jupiter, les Vénus, les Minerve, les Bacchus, les Hercule, en un mot tout le personnel de l’ido¬ lâtrie. « Jésus lui répartit : Vous êtes bienheureux, Simon Barjona, car ce n’est point la chair et le sang qui vous ont révélé ceci, mais mon Père qui est dans le ciel. » Ibid. 17. Le Sauveur répond ainsi au témoignage que l’Apôtre avait rendu de lui. Pierre avait dit : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant. « Cette profession de foi sincère reçoit immédiatement sa récompense : « Vous êtes bienheureux, Simon Barjona. » Pour¬ quoi? parce que ce n’est ni la chair ni le sang, mais mon Père qui vous l’a révélé. Ce que ni la chair ni le sang ne peuvent révéler, la grâce du Saint-Esprit l’a fait. Ainsi, la profession de foi de l’apôtre est le résultat d’une révélation du Saint- Esprit, dont il serait appelé le fils. Car « Barjona » veut dire « fils de la colombe ». D’autres com¬ mentateurs ne voient simplement dans cette expression que Simon, c’est-à-dire, Pierre, est fils de Jean, et ils fondent leur opinion sur un autre passage où il est dit : « Simon, fils de Jean, m’ai¬ mez-vous? » Joan. xxi, 15; question à laquelle Pierre répond : « Seigneur, vous le savez. » Par suitè, ils prétendent que les copistes ont altéré le texte, et retranchant une syllabe, ont écrit « Barjona,» au lieu de « Bar-Joanna,» c’est-à-dire, fils de Jean. « Joanna » Jean, signifie « grâce. du Seigneur. » Toutefois, chacun de ces noms com- mortui sunt : Saturnum, Jovem, Venerem, Minervam [ Al. Cererem], Liberum, Herculem, et cætera idolorum portenta signifi ans. « Respondens autem Jésus, dixït ei : Beatus es, Simon Barjona, quia caro et sanguis non revelavit tibi, sed Pater meus, qui in cœlis est. » Testimonio de se Apostoli reddit vicem. Petrus dixerat : « Tu es Chris¬ tus Filius Dei vivi ; » mercedem recepit vera confessio : « Beatus es, Simon Barjona. » Quare? 'quia non révéla-, vit tibi caro et sang.uis, sed revelavit Pater. Quod caro et sanguis revelare non potuit, Spiritus sancti gratia revelatum est. Érgo ex confessio ne sortitur vocabulum, qnod revelationem ex Spiritu sancto habeat, cujus et filius appelJandus sit. Si qu idem « Barjona » in nostra lingua sonat, « filius columbæ. » Alii simpliciter acci- piunt, quod Simon, id est, Petrus, sit filius Joannis, juxta alterius loci interrogationem : « Simon Joannis, diligis me » Joan . xxi, 15? Qui respondit : « Domine, tu scis. » Et volunt Scriptorum vitio depravatum, ut pro « Bar Joanna, » hoc est, << filius Joannis, Barjona » scriptum sit, una detracta syllaba. « Joanna » autem 3 COMMENTAIRES SUR L'ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU porte un sens mystique : la colombe désignant le Saint-Esprit, la grâce de Pieu, un don spirituel. Quant à ces autres paroles : « Car ce n’est ni la chair ni le sang qui vous ont révélé ceci, » elles correspondent exactement à ces expressions de l’Apôtre : « Je n’ai point pris conseil de la chair et du sang, » Galat . 1, 16. Dans la pensée de l’Apôtre, la chair et le sang désignent les Juifs, et il veut indiquer que c’est la grâce de Dieu qui lui a révélé le Christ Fils de Dieu, et non la doctrine des Pharisiens. « Et moi je vous dis » Ibid . 18. Que veut dire cette parole? « Et moi je vous dis? » Vous m’avez dit : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant et moi je vous dis, » non pas une parole creuse et sans effet,; mais je vous dis; car pour moi, dire et faire, c’est tout un. « Que vous êtes Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Comme c’était du Seigneur que les apôtres avaient reçu la lumière, ce qui les ht appeler lumière du monde, et leurs autres noms, c’est aussi de lui, que, pour avoir cru en la pierre Jésus-Christ, Simon reçoit le nom de Pierre; et dans cette métaphore, il est juste qu’il lui dise : « C’est sur vous que je bâtirai 'mon Église. » « Et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. » Pour moi, les portes de l’enfer sont les vices et les péchés, ou du moins interpretatur, « Domini gratia. » Utrumque autem nomen mystice intelligi potest, quod et columba, Spiri¬ tual sanctum; et gratia Dei, douum significet spirituale. Illud quoque quod ait : « Quia caro et sanguis non révéla vit tibi^Àpostolicæ narrationi çomparatur, in qua ait : « Continuo non àcquievi car ni et sanguin i » Galat. i, 16, carnem ibi etsanguinem, Judæos signifî- cans, ut hic quoque sab alio sensu démons tretm*, quod ei bon per doctrinam Pharisæôrum, sed per Dei gra- tiam Christus Dei Films revelatus sit. « Et ego dico t ibi. » Quid est quod ait : « Et ego dico tibi? » Quia tu mihi dixisti : « Tu es Christus Films Dei vivi; et ego dico tibi, » non sermone casso, et nullum habente opus, sed dico tibi : quia meum dixisse, tecisse est. « Quia tu es Petrus, et super hanc petram sedificabo Ecclesiaxn meam. » Sicut ipse lumen apostolis donavit, ut lumen mundi appeliarentur, cæteraque ex Domino sortiti sunt vocabula, ita et Simoni, qui credebat in petram Christum, Pétri largitus est nomen. At secun- dum metaphoram petræ, recte dicitur ei : « Ædiflcabo Ecclesiam meam super te, » les enseignements de l’hérésie, lesquels sédui¬ sent les hommes et les conduisent à l’enfer. Mais en tout cas, que personne n’aille s’imaginer que les portes de l’enfer désignent la mort et que les apôtres devaient échapper à cette loi inexorable de la mort, puisque leur martyre témoigne du contraire. « Et je vous donnerai les clefs du royaume des deux, et tout ce que vous lierez sur la terre, 1 sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel. » Ibid. 19. Des prêtres et des évêques ne comprenant pas ce passage, ou l’interprétant dans un sens phari- saïque,. s’imaginent qu’ils peuvent condamner des innocents ou absoudre des coupables, tandis que Dieu fait plus d’attention à la vie des accu¬ sés qu’à la sentence des prêtres. On lit au Lévitique, cap. xiv, qu’ordre est donné aux lépreux de se montrer aux prêtres, et que s’ils sont vraiment atteints de la lèpre, le prêtre les déclare impurs. Mais il ne s’en suit pas que ce soit le prêtre, qui' fasse à sa guise les hommes lépreux et impurs. Cela veut dire uniquement que ce sont les prêtres qui ont la connaissance, de la lèpre, non le lépreux lui-même, et peuvent discerner qui est pur et qui est impur. . Les évêques et les prêtres de la loi nouvelle ont par rapport aux pécheurs le même pouvoir que les 1 prêtres de l’ancienne loi par rapport aux « Et portæ inferi non prpevalebunt adversus eam. » Ego portas inferi reor vitia atque peccata; vel certe hæreticorum doctrinas, per quas illecti homines ducun- tur ad tartarum. Nemo itaque putet de morte dici, quod apostoli conditioni mortis subjecti non fueriut, quorum martyria videat coruscare. « Et dabo tibi claves regni cœlorum. Et quodcumque ïigaveris super terram, erit ligatum in cœlis; et quod¬ cumque solveris super terram, erit solirtum in cœlis. » Istum Iocum episcopi et presbyteri non intelligentes, aïiquid sibi de Pharisæôrum assnmunt super cilio, ut vel damnent innocentes, vel solvere se noxios arbitrentur ; cum apud Deum non sententia sacerdotum, sed reorum vita q usera tur. Legimus in Levitico Gap. xiv de leprosis, ubi jubentur, ut ostendant se sacerdotibus, et si lepram habuerint, tuuc a sacerdote inpnundi fiant : non quo sacerdotes leprosos iaciant et immundos; sed quo , ha béant notitiam leprosi, et non leprosi, et possint discernere qui mundus, quive immundus sit. Quomodo ergo ibi leprosum sacerdos mundum vel immundum facit ; sic et hic alligat, vel sojvit episcopus et presby- ter, non eos qui insontes sunt, vel noxii; sed, pro offioio 4 SAINT JEROME épreux. Ceux-ci pouvaient déclarer le lépreux pur ou impur, suivant qu'ils le voyaient atteint ou non de la lèpre. Ceux-là ont pouvoir de lier et de délier, non, de lier l'innocent et de délier le coupable; c'est-à-dire, qu’après avoir entendu la confession du pécheur, ils savent qui mérite d’être lié, qui d’être délié. « Alors il défendit à ses disciples de dire à personne qu’il lût Jésus-Christ. » Ibid . 20. Lorsque plus haut, le Sauveur envoyait prêcher .ses apôtres, il leur ordonnait d’annoncer sa venue; voici maintenant qu’il leur défend de dire qu’il est Jésus-Christ. A mon avis, tout autre est prêcher le Christ, et tout autre prêcher Jésus-Christ. Le Christ est un qualificatif qui exprime une dignité et peut convenir à plusieurs. Jésus au contraire est le nom propre du Sauveur. Or il peut se faire que le Sauveur n’ait pas voulu être personnellement prêché avant sa passion et sa résurrection, afin de pou¬ voir plus tard, après l’accomplissement du mystère sanglant, dire plus opportunément à ses apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations, » Matth. Cap. ult. 19, etc. Et c<$mme pour prouver au lecteur que cette interprétation n’est pas le produit de notre imagination, mais ressort de l’Évangile même, le verset suivant nous donne les raisons de cette prohibition. « Dès lors Jésus commença à découvrir à ses disciples qu’il lui fallait aller à Jérusalem et y souffrir beaucoup de la part des anciens, des scribes, des princes des prêtres, y être mis à suo, cum peccatorum audierit varietates, soit qui ligan- dus sit, quive solvendus. « Tune prsecepit discipulis suis ut nemini dicerent, quia ipse esset Jésus Christus. » Supra mittens discipu- los ad prsedicandum, jusserat eis ut annuntiarent adventum suum; hic prsecepit, ne se dicant esse Jesum Christum. Mihi videtur aliud esse Christum prsedicare, aliud Jesum Christum. Christus commune dignitatis est nomen, Jésus proprium vocabulum Salva- toris. Potest autem fieri, ut idcirco ante passionem et resurrectionem se noluerit prædicari ; ut completo postea sanguinis sacramento, opportunius apostolis diceret : « Euntes docete omnes gentes » Matth. ult . 19, etc. Quod ne quis putet nostræ tantum esse intelli¬ gent, et non sensus Evangelici, qnæ sequuntur, causas prohibitæ tune prædicationis exponunt. « Exinde cœpit Jésus ostendere discipulis suis, quia oporteret eum ire JerosoJymam, et multa pati a senio- mort et ressusciter le troisième jour. » Ibid. 21. Voici le sens de ce verset : Ne prêchez le Christ que lorsqu’il aura subi tous ces supplices. L’annoncer ouvertement, faire briller sa majesté divine aux yeux des foules, qui tout à l’heure le verront exposé aux coups des fouets et aux ignominies de la croix, en butte à toutes les dérisions et à toutes les souffrances de la part des anciens, des scribes, et des princes des prêtres, serait perdre inutilement votre temps et vos peines. Aujourd’hui encore Jésus-Christ souffre beaucoup de la part des hommes qui crucifient en eux-mêmes le Fils de Dieu, Hebr. vi; et il ne manque point dans l’Église d’anciens et de princes des prêtres qui font uniquement consister la religion dans le respect de la lettre et tuent ainsi le Fils de Dieu dont le culte est tout esprit. « Et Pierre, l’ayant pris à part, commença à le reprendre en lui disant : Loin de vous, Seigneur, cela ne vous arrivera pas; mais Jésus se retournant dit à Pierre : Allez derrière moi, Satan, vous m’êtes un sujet de scandale, parce que vous ne goûtez point les choses de Dieu, mais celles des hommes. » Ibid . 22. 23. Nous avons eu souvent l’occasion de signaler l'excès de zèle et d’amour que Pierre ressentait pour le Sauveur. En voici une nouvelle preuve : L’apôtre qui tout à l’heure disait dans sa profes¬ sion de foi : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant » et en recevait immédiatement la récom¬ pense du Sauveur ; « Vous êtes bienheureux, ribus et scribis, et principibus sacerdotum, et occidi, et tertia die resurgere. » Et est sensus : Tune me prsedi- cate, cum ista passus fuero, quia non prodest Christum publiée prsedicare, et ej us vulgare in populis majesta- tem, quem post paululum flagellatum visuri sint et crucifixum, et multa pati a senioribus, et scribis, et principibus sacerdotum. Et n une Jésus multa patitur ab his, qui rursum sibi crucifigunt Filium Dei Hebr . vi : et cum seniores putentur in Ecclesia, et principes sacerdotum, simplicem sequentes litteram, occidunt Filium Dei, qui totus sentitur in spiritu. « Et assumens eum Petrus, cœpit increpare ilium, dicens : Absit a te, Domine, non erit tibi hoc. Qui conversus dixit Petro : Vade post me, Satana, scanda- lum es mihi, quia non sapis ea quæ Dei sunt, sed ea quæ hominum. » Ssepe diximus nimii ardoris amoris- que quam maximi fuisse Petrum in Dominum Salvato- rem. Quia ergo post confessionem suam, qua dixerat : COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 5 Simon Barjona, car ce n’est point la chair ni le sang qui vous ont révélé ceci, mais mon Père qui est dans le ciel, » entend tout à coup le Seigneur déclarer qu’il lui faut aller à Jérusalem, y souf¬ frir beaucoup de la part des anciens, des scribes et des princes des prêtres, y être mis à mort et ressusciter le troisième jour; il ne veut point perdre le bénéfice de sa profession de foi ; il ne s’imagine point que le Fils de Dieu puisse être mis à mort; il le prend dans son affection, l’en- traîne( à l’écart ne voulant point paraître devant ses collègues réprimander le maître, et se met à le reprendre avec ces paroles que lui dicte son . ardent amour : « Loin de vous Seigneur, , » ou plutôt comme s’exprime le grec : « Épargnez- vous, Seigneur, cela ne vous arrivera pas, » il n’est pas possible, et mes oreilles n’orit pas enten¬ du que le Fils de Dieu puisse être mis à mort. A ces paroles, le Seigneur se retourne et lui dit : « Allez derrière moi, Satan, vous m’êtes un sujet de scandale. » « Satan » veut dire « adver¬ saire, contraire. » Puisque, dit-il, vous tenez un langage . contraire à ma volonté, vous devez être regardé comme un adversaire. 'D’après un grand nombre de commentateurs, ce ne serait pas Pierre que le Sauveur aurait repris, mais l’esprit adversaire qui lui suggérait ce langage. Il me semble à moi, qu’on ne peut en aucune façon attribuer aux suggestions du démon cette ^erreur de l’apôtre, et qu’elle est uniquement la « Tu es Christus Filius Dei vivi; » et præmium Salva- toris, quod audierat : .« Beatus es, Simon Barjona, quia .caro et sanguis non revelavit tibi; sed Pater meus qui in cœlis est, î> repente audit a Domino, oporteçe se ire Jerosolÿinam, ibique multa pati a senioribus et scribis, et principibus sacerdotum, et occidi, et tertia die* resurgere, non [ Vict. tacet non] vult destrui confessionem suam ; nec putat fieri posse ut Filius Dei occidatur : assumitque eum in affectum suum, vel separatim ducit, ne pressenti bus cæteris condiscipulis magistrum videatur arguer^, et cœpit increpare ilium amantis affectu, et optantis dicere : « Absit a te,' . Domine : » vel ut melius habetur in Græco,-ÏAetoç aot, Kupie, ou p.7] ecrat coi tqütq, hoc est, « propitius sis tibi, Domine, non erit tibi hoc.' : » non potest fieri, nec recipiunt aures meæ, ut Dei Filius occidendus sit. Ad quem Dominus convçrsus, ait : « Vade rétro » [Vict. addit me], « Satana, scandalum mihi es. » Satanas inter prêtât ur, « adversarius, » sive « contrarius. » Quia contraria, inquit, loqueris voluntati meæ, debes adversarius appellari. Multi putant quod non Petrus conséquence de son excessive affection : « Allez derrière moi, Satan. » Le Sauveur parle autre¬ ment au diable. Il lui dit : « Arrière, Satan. >v Mais il dit à Pierre : « Allez derrière moi, » c’est- à dire, suivez mes avis; «parce que vous ne goûtez point les choses de Dieu, mais celles des hommes. » Ma volonté et celle de mon Père (dont je suis venu faire la volonté) Joan. vi, est de mourir pour le salut des hommes; et vous qui ne considérez que votre volonté propre, vous ne voulez pas que le grain de froment tombe dans la terre pour produire des fruits en abondance. Joan. xii. J’entends le lecteur demander comment il se fait qu’après avoir eu le bonheur - d’entendre : « Vous êtes bienheureux, Simon Barjona; » et : « Vous êtes Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle; » et : « Je vous donnerai les clefs du royaume des Cieux, » et encore : « Tout co que vous lierez ou délierez sur la terre, sera lié ou délié dans le ciel, » Pierre s’entend dire : « Allez derrière moi, Satan, vous m’êtes un sujet de scandale? » Quel changement si subit a pu se produire chez l’apôtre, pour qu’immédia- tement après l’avoir comblé d’insignes faveurs, le Sauveur lui donne le nom de Satan? La ques¬ tion est facile à résoudre. En y faisant quel- qu’attention, on remarquera que ces bénédictions, cette béatitude, ce pouvoir^ ce privilège de correptus sit, sed adversarius spiritus, qui hæc dicere Apostolo [Al. Apôstolum] suggerebat. Sed mihi hic error Apostolicus, et de pietatis affectu veniens, num- quam incentivum diaboli videbitur : « Vade rétro me, - Satana. » Diabolo dicitur : « Vade rétro. » Petrus audit : « Vade rétro me, » hoc est, sequere sententiam meam : « quia non sapis ea quæ Dei sunt, sed quæ homi- num. » Meæ voluntatis est, et Patris cujus veni facere voluntatem Joan. vi ut pro hominum salute moriar, tu tuam tantum considerans voluntatem, non vis granum tritici in terram cadere, ut multos fructus afferat Joan. xn. Prudens lector inquirat quomodo post tantam beatitudinem : « Beatus es, Simon Barjona ; » et : « Tu es Petrus ; et super ha ne petram ædificabo Ecclesiara meam; et portæ inferi non prævalebunt adversus eam; » et : « Tibi dabo claves regni cœlorum; » et : « Quod Ugaveris vel solveris super terram, erit ligatum vel solutum in cœlo; » nunc audiat : « Vade rétro me, Satana, scandalum mihi es? » Aut quæ sit tam repen- tina conversio, ut post tanta præmia, Satanas appelle- tur? Sed si consideret qui hoc quærit, Petro illam 6 SAINT JEROME servir de fondement à l’Église, ne sont pas con¬ férés actuellement à Pierre; il n’en reçoit que la promesse pour l’avenir. « Je bâtirai, dit-il, sur vous mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contré elle; » et : « Je vous donnerai les clefs du royaume des Gieux; » tout cela regarde l’avenir. Et si l’apôtre avait été immédiatement mis en possession de ces privi¬ lèges, il est sûr que l’erreur n’aurait jamais eu prise sur lui. « Alors Jésus dit à ses disciples : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à soi-même, qu’il porte sa Croix, et qu’il me suive ; car celui qui voudra sauver sa vie la perdra; et celui qui l’aura perdue pour moi, la retrouvera. Car que servirait à un homme de gagner tout le monde, s’il perd son âme; par quel échange pourra-t-il la racheter? » Ibid. 24 seqq. Celui qui se dépouille du vieil homme et de Ses œuvres, Coloss. in, se renonce lui-même et dit : « Ce n’est plus maintenant moi qui vis, c’est Jésus- Christ qui vit en moi, » Galat. n, 20, et, il porte sa croix pour être crucifié au monde; et celui pour qui le monde est crucifié, suit le Seigneur crucifié. « Par quel échange pourra-t-il la racheter? » Pour Israël, le Seigneur donnait en échange l’Égypte, l’Éthiopie, et Syène; /sa. xliii 3. 4. Une seule chose peut racheter l’âme humaine, beuedictionem et beatitudinem, ac potestatem, et ædificationein super eum Ecclesiæ, iu futuro promisse m, ' non in pvæsenti datam intelliget. « Ædificabo, » inquit, « super te Ecclesiam rneam et portæ inferi.non præva- lebunt adversus eam. » Et : « Dabo tibi claves regni cœlorum. » Omnia de futuro, quæ si statim dedisset ei, numquam in eo praVee opinionis error invenisset locum. « Tune Jésus dixit disdpulis suis : Si qhis vult post me venire, abneget semetipsum; et tollat crucem suam, et sequatur me. Qui enim voluerit animam suam saïvam iacere, perdet eam. Qui autem perdiderit animam suam propter me, inveniet eam. Quid enim prodest homini si universum mundum lucretur, animæ vero suse detrimentum patiatur? » Qui deponit veterem :hominem cum operibus suis Coloss . ni, denegat semet¬ ipsum diceiis : « Vivo autem jain non ego, vivit vero in me Christus » Galat . u, 20; toliitque crucem suam, et mundo crucifigitur. Cui autem mundus cruciflxus est, seqnitur Dominum crucifixum. « Aut quam dabit homo commutationem pro anima sua? » Pro Israël datur comin utatio Ægyptus et celle que chante le Psalmiste : « Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu’il m’a donné? Je prendrai le calice du Salut et j’invoquerai le nom du Seigneur. » Psalm. cxv, 3. « Car le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son Père avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. » Ibid. 27. Pierre scandalisé par l’annonce de la mort du Sauveur venait d’en être sévèrement répri¬ mandé. Les disciples venaient d’apprendre qu’ils devaient se reponcer eux-mêmes, porter leur croix et suivre leur maître, en mourant chaque jour en esprit. Ce langage jetait l’épouvante dans les cœurs, et la crainte qui s’était emparée du chef des apôtres pouvait également saisir les autres disciples; aussi le Sauveur s’empresse^ t-il de faire suivre les tableaux lugubres de perspectives plus riantes; il leur dit : « Le Fils de l’homme doit venir dans la gloire de son. Père, avec ses anges. » La mort vous effraie, voyez la gloire du triomphateur. Vous avez peur de la croix, voici le cortège des légions angéliques. « Et alors, continue-t-il, il rendra à chacun selon ses œuvres. » Rom. x. 12. Plus de distinction entre le Juif et le Gentil, entre l’homme et la femme, entre le pauvre et le riche, dès lors queœe n’est plus sur les personnes, mais sur les œuvres que se porte l’examen. « Je vous le dis en vérité, il y en a quelques- Æthiopia, et Syeue Isai. xliii, 3, 4 : pro anima humana ilia sola est retvibutio, quam Psalmista canit : « Quid retribuam Domino pro omnibus quee retribuit mihi? Calicem salutaris accipiam,. et nomen Domini invocabo » Ps. cxv, 3. , _ « Filius enim hominis venturus est in gloria Patris suî cum angelis suis; et tune reddet unicuique secundum opus ejus. » Petrus ad prædicationem Dominicæ mortis scandalizatus, sententia Domini fuerat increpatus; pro- vocati discipnli, ut abnegarent se, ,et tollerent crucem suam, et morientium animo sequerentur magistrum. Grandis terror audientium, et qui possit, principe apos- tolorum perterrito, etiam aliis metum injicere idcirco tristibus lseta succédant, et dicit : « Filius hominis ven¬ turus est in gloria Patris sui cum angelis suis. » Times mortem, audi gloriam vtriumphantis. Vereris crucem, ausculta angelorum ministeria. « Et tune, inquit, reddet unicuique secundum opéra ejus » Rom . x, 12. Non est distinctio Judæi et ethnici, viri et mulieris, pauperum et divitum, ubi non personæ, sed opéra considerantur. « Amen dico vobis, su nt quidam de hic stantibus, qui non gustabunt mortem, donec videant Filium. hominis COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU uns de ceux qui sont ici, qui ne mourront point, qu’ils n’aient vu le Fils de l’homme venir en son règne. » Ibid. 28. Jésus avait voulu contre¬ balancer la crainte chez les apôtres par l’espé¬ rance des biens futurs : « Le Fils de l’homme doit venir dans, la gloire de son Père avec ses anges, » en y ajoutant l’autorité du juge : « Et il rendra à chacun selon ses œuvres » : Néanmoins les apôtres pouvaient conserver quelque hésitation et se dire intérieurement : Vous affirmez que vos souffrances et votre mort sont proches; et quant à vos promesses de venir dans la gloire de votre Père, escorté par les Anges, avec tout l’appareil d’un juge tout-puissant, elles ne doivent s’accom¬ plir que plus tard, après de longs siècles. Celui qui lit les plus secrètes pensées des cœurs a prévu cette objection et il y répond en plaçant en. face de la crainte actuelle une récompense actuelle : « ïl y en a quelques-uns de ceux qui sont ici qui ne mourront point qu’ils n’aient vu le Fils de l’homme venir en son règne ; » à cause de votre incrédulité, le Fils de l’homme se manifestera à vous présentement tel qu’il doit venir plus tard. ' « Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère. » Matth. xu. 1. Pour¬ quoi voyons-nous en certains endroits des Évan¬ giles Pierre, Jacques et Jean séparés des autres apôtres; de quels privilèges particuliers jouis¬ saient-ils à l’exclusion des autres ; nous l’avons dit plus d’une fois et nous ne le redirons pas venientem in regno suo. » Terrorem apostolorum spe medicari voluerat promissorum, dicens : « Filius homi- nis venturus est in gloria Patris sui cum angelis suis. » ’fnsuper auctoritate judicis addita : « et reddet unicui- que secundum opéra sua. » Poterat apostolorum tacita cogitatio, istiusmodi scandalum sustinere; oceisionem et mortem nunc dicis esse venturam; quod autem peomit- tis te affuturum in gloria Patris cum angelorum minis- teriis, et judicis potes.tàte, hoc in dies erit, et in tem¬ pera longa differetur [Al. differtur,] Prævidens ergo oc- cultorum cognitor quid possent objicere, præsentem timorem præsenti compensât præmio. Quid enim dicit : « Sunt quidam de hic stantibus, qui non gustabunt mortem, donec videant Filium hominis venientem in regno suo ; » ut qualis est postea venturus, ob incredu- litatem vestram præsenti tempore demonstretur. « Et post dies sex, assumons Jésus Petrum, et Jaco- bum, et Joannem fratrem ejus. .» Quare Petrus, et Jaco- bus, et Joànnes in quibusdam Evangeliorum locis sepa- rentur a cæteris; aut quid privilegii habeant extra aîios aujourd’hui. Une autre question se pose : Com¬ ment expliquer que Jésus, d’après saint Matthieu, prit ses apôtres six jours après, pour les mener à l’écart sur une haute montagne, quand il est parlé de huit jours dans l’Évangile de saint Luc. Luc. ix. La solution en est facile. Les six jours de saint Matthieu sont les jours intermédiaires; le premier et le dernier ne sont pas compris dans ce chiffre, tandis que saint Luc les y comprend ; aussi ne dit-il point : « Huit jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, » mais : le huitième jour. « Et il les mena à l’écart sut* une haute monta¬ gne. » Mener ses disciples sur les hauteurs, est un des privilèges de la royauté. On les mène à l’écart séparément des autres, parce qu’il y en a beaucoup d’appelés, mais peu cl’élus. Matth. xv. 16 et xxu. 14. « Et il fut transfiguré devant eux. » Ibid . 2. Tel il doit apparaître, quand il viendra pour juger lé: monde, tel il se montra aux apôtres. Quant à ces paroles :»Et il fut transfiguré devant eux,» il n’en faudrait pas conclure qu’il se soit dépouillé de sa forme et de son visage primitifs, ni qu’il ait quitté son corps réel, pour revêtir un corps spi¬ rituel ou aérien. Cette transformation va nous . être expliquée par l’Évangéliste. . « Son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements blancs comme la neige. » Du moment qu’on parle de l’éclat de son visage et de la blancheur de ses vêtements, il est clair que apostolos, crebro diximus. Nuac quæritur quomodo post dies sex assurapserit eos, et duxerit in montem excelsum seorsum, cum Lucas evangelista octonarium numerum ponat Luc. ix. Sed facilis responsio est, quia hic medii ponuntur dies, ibi primus additur et extremus. Non enim dicitur : « Post dies octo assumpsit Jésus Petrum, et Jaeobum, et Joannem; » sed die octavo. , « Ducit illos in montera excelsum seorsum. » Ducere ad montana discipulos, pars regni est. Ducuntur seor¬ sum, quia raulti vocati, pauci vero electi Matth. xx, 16, et xxii, 14. « Et transfigurais est ante eos. » Qualis futurus est temp jre judicandi, talis apparuit apostolis. Quod autem dicit : « Transfigurais est ante eos, » nerao putet pris- tinam eum formam et faciem perdidisse, vel amisisse corporis veritatem, et assumpsisse corpus vel spirituale, vel aereum; sed quomodo transforma tus sit, evangelista deraonstrat, dicens : « Et resplenduit faciès ejus sicut sol, vestimenta au¬ tem ejus facta sunt alba sicnt nix. » Ubi splendor faciei 8 SAINT JEROME la substance n’a point disparu; il n’y a de changé que la gloire qui s’y ajoute. « Son visage devint brillant comme le soleil. » Une chose certaine, c’est que le Seigneur parut environné de cette gloire dont il resplendira au jour où il viendra dans son règne; mais cette transformation en lui donnant un éclat qu’il n’avait point habituelle¬ ment, ne lui enleva point son visage ordinaire. Et en admettant que son corps se fût spiritualisé, le seul changement qui s’opéra dans ses vête¬ ments, c’est qu’ils devinrent si blancs, qu’au témoignage d’un autre évangéliste, « le foulon n’en peut faire de pareils sur la terre. » Marc, ix, 2. Ce que le foulon peut faire sur la terre est quelque chose de corporel, qui ' reste soumis au sens du toucher, et non quelque chose de spirituel, d’aérien, qui fasse illusion aux yeux, et n’ait qu’une apparence sbns réalité. « En même temps ils virent paraître Moïse et Élie qui s’entretenaient avec lui. » ïbid. 3. Quand les Scribes et les Pharisiens viennent pour le ten¬ ter, et lui demandent un prodige dans le Ciel, il se refuse à le donner et oppose une réponse liabile à leur demande insidieuse. Aujourd’hui pour accroître la foi de ses apôtres, il opère ce prodige du ciel ; Élie descend d’où il était monté. Moïse remonte des profondeurs. Ainsi Isaïe don¬ nait autrefois à Achaz l’ordre de demander un prodige ou du fond de la terre ou des hauteurs du çiel. Isai. vii et iv. Reg . n. Saint Matthieu se ostenditur, et candor describitur vestium, non substantia tollitur, Sed gloria commutatur. « Resplenduit faciès ejus sicutsol. » Certe transformatus est Dominus in eam glo- riam, qua venturus est postea in regno suo. Transfor- matio splendorem addidit, faciem non subtraxit. Esto corpus spirituale fuerit, num et vestimenta mutata sunt, quse intantum fuere candida, ut alius evangelista dixe- rit : « Qualia fullo super terram non potest facere Marc. ix, 2. Quod autem fullo super terram potest facere, cor- porale est, et tactui subjacet, et non spirituale et aere- um, quod illudat oculis, et tantum in phantasmate conspiciatur. « Et ecce apparuerunt illis Moyses et Elias, cum eo loquentes. » Scribis et pharisæis tentantibus se, et de eœlo signa poscentibus, dare noluit, sed pravam postu- lationem confutavit respOnsione prudenti. Hic vero, ut apostolorum augeat fidem, dat signum de cœlo, Elia inde descendente quo conscenderat ; et Moyse ab inferis résurgente; quod et Achaz per Isaiam præcipitur, ut pe- tat sibi signum de excelso, aut de inferno Isai. vu, et IV Reg. n. Nain quod dietum est : « Apparuerunt illis contente de mentionner la présence de Moïse et d’Élie : « Ils virent paraître Moïse et Élie qui s’entretenaient avec lui; » mais un autre évangé¬ liste ajoute qu’ils annoncèrent à Jésus tout ce qu’il devait souffrir à Jérusalem. Lue. ix. Ainsi en leur personne apparaissent la Loi et les Pro¬ phètes qui annoncèrent si fréquemment la Passion du Sauveur et sa résurrection. « Alors Pierre prenant la parole dit à Jésus : Seigneur nous sommes bien ici. » Ibid. 4. Lors¬ qu’une fois on a gravi les hauteurs, on voudrait y rester toujours et ne plus s’abaisser aux peti¬ tesses de la terre. « Si vous voulez, faisons-y trois tentes : une pour Vous, une pour Moïse, et une pour Élie. » Vous vous trompez, Pierre, et comme le déclare un autre évangéliste, vous ne savez ce que vous dites. Luc. ix. A quoi bon trois tentes? Il n’y en a qu’une, celle de l’Évangile qui abrite la Loi et les Prophètes. Si vous demandez trois tentes, vous ne mettez pas les serviteurs avec le Maître; faites donc trois tentes ou plutôt n’en faites qu’une pour le Père, le Fils et le Saint-Esprit; qu’il n’y ait pour ces trois personnes, puisque leur divinité est une, qu’une tente dans votre cœur. « Lorsqu’il parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit, et de la nuée sortit une voix qui dit : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, dans lequel j’ai mis toute mon affection : écoutez-le » Ibid. 5. Par Moyses et Elias, cum eo loquentes; » et in alio refertur Evangelio, nuntiasse ei quæ Jerosolymis passurus esset Imc. ix : Lex ostenditur et prophetæ, qui et passionem Domini, et resurrectionem crebris vocibus nuntiarunt. « Respondens autem Petrus, dixit ad Jesum : Domine, bonum est nos hic esse. » Qui ad montana conscende¬ rat, non vult ad terrena descendere; sed semper in su- blimibus perseverare. « Si vis, faciamus hic tria tabernacula : Tibi unum, Moysi unum, et Eliæ unum. » Erras, Petre, sicut et alius evangelista testatur; nescis quid dicas Lue. ix. Nolitria tabernacula quærere, cum unum sit tabernaculum Evan- gelii, in quo Lex et Prophetæ recapitulanda sunt. Si autem quæris tria tabernacula, nequaquam servos cum Domino conféras, sed fac tria tabernacula; immo unum Patri, et Filio, et Spiritùi sancto ; ut quorum est una divinitas, unum sit et in pectore tuo tabernaculum. « Adhue eo loquente, ecce nubes lucida obumbravit eos. Et ecce vox de nube, dicens : Hic est Filius meus dilec- tus, in quo mihi bene complacui, ipsum audite. » Quia imprudenter interrogaverat, propterea responsionem COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 9 suite de sa demande inconsidérée, il ne mérite ront été vos aspirations, plus profondes seront pas d’obtenir une réponse directe du Sauveur. ‘ vos chutes, si vous avez méconnu la mesure de C’est le Père qui va répondre pour le Fils, afin vos forces. > que cette parole du Seigneur soit accomplie : « Jésus s’approcha et les toucha. » Ibid. 7. « Je ne me rends pas témoignage à moi-même; Comme ils étaient étendus à terre et ne pou- mais c?est mon Père qui m’a envoyé, qui rend vaient se relever, Jésus s’approcha avec bonté et /lui-même témoignage pour moi. >x Jean. v. 37. les toucha pour dissiper leur frayeur par son et vin. 18. Une nuée lumineuse apparaît et les attouchement, et rendre à leurs membres la couvre ; ils demandaient une tente matérielle faite vigueur qu’ils avaient perdue, de feuillages ou d’étoffes, les voici ombragés par « Et il leur dit : Levez-vous et ne craignez une nuée lumineuse. Puis la voix du Père se fait point; » après les avoir guéris par le toucher, entendre du, ciel pour rendre témoignage à son il les guérit par la parole; « Ne craignez point. » Fils, dissiper l’erreur de Pierre, lui apprendre la II faut d’abord dissiper la frayeur, pour que la vérité, et par lui, la faire connaître aux autres leçon puisse être comprise, apôtres. ». Celui-ci, dit-il, est mon Fils bien-aimé,» « Alors, levant les yeux, ils ne virent plus que c’est à lui qu’il faut dresser une tente, à lui qu’il Jésus seul. » Ibid. 8. La raison voulait qu’après ■ faut obéir. Il est le Fils, eux, ne sont que des s’être relevés, ils ne vissent plus que Jésus seul ; serviteurs; comme vous, Moïse et Élie doivent car si Moïse et Élie étaient restés avec le. Sauveur, aussi préparer dans le plus intime de leùr coeur les apôtres auraient pu concevoir des doutes sur une tente au Seigneur. la voix du Père qui était le principal témoignage « Les disciples l’ayant entendu, tombèrent le rendu au Fils. Ils voient donc Jésus debout ; la visage contre terre, et furent saisis d’une nuée s’est dissipée, Moïse et Élie ont disparu; extrême frayeur. » Ibid. 6. Cette frayeur a trois et en effet, quand aura disparu l’ombre de la loi causes : la connaissance de leur erreur, la nuée et des prophètes qui recouvrait les apôtres, leur lumineuse qui les couvre subitement, la voix de double lumière se retrouvera dans l’Évangile. Dieu le Père qui frappe leurs oreilles; l’homme « Lorsqu’ils' descendaient de la montagne, est en effet si faible qu’il ne peut supporter Jésus leur fit ce commandement et leur dit : Ne l’éclat d’une pareille gloire, et que sous l’empire parlez à personne de ce que vous venez de voir, du tremblement qui s’empare de lui tout entier jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité corps et âme, il tombe à terre. Plus hautes au- d’entre les morts. » Ibid. 9. Les avant-coureurs Domini non meretur, sed Pater respondet pro Filio, ut quæsierit, tantomagis ad inferiora collabitur, si igno- verbum Doraini compleretur : « Ego testimonium non raverit mensuram suam. dico pro me, Sed Pater qui me misit, ipse pro me dicit « Et accessit Jésus, et tetigit eos. » Quia illi jacebant testimonium Joan. v, 37, et vin, 18. Nubes autem vi- et surgere non poterant, ipse clem enter accedit, et tan- detur lucida, et’ obumbrat eos, ut qui carnale e fron- git eos, ut tactu timorem fuget, et debiljtata membra so- dibus, a ut tentoriis quærebant tabernaculum, nubis lidentur. ducidæ operirentur umbraculo. Vox quoque de cœlo Pa- « Dixitque eis : Surgite, et nolite timere. » Quos tris loquentis auditur, quæ et testimonium perhibeat manu sànaverat, sanat imperio. « Nolite timere. » Pri- Filio; etPétrum [Aï. Pétri,] errore sublato, doceat véri- mum timor expellitur, ut postea doctrina tribuatur. tatem; immo per Petrum çæteros apostolos. « Hic est, » « Levantes autem oculos suos, neminem viderunt, nisi ait,' « Filius meus dilectus ; » Kuic figendum est taber- solum Jesum. » Rationabiliter postquam surrexerunt, naculum, huic obtemperanclum. Hic est filius, illi. servi non viderunt nisi solum Jesum; ne si Moyses et Elias sunt; Moyses et Elias debent et ipsi vobiscum in pene- \ persévérassent cum I)omino, Patris vox videretur incér- tralibus cordis sui Doûiino tabernaculum præparare. -ta, cui potissimum daret testimonium. Vident ergo « Et audientes discipuli, cedderunt in faciem suam, Jesum stantem, ablata riube, et Moysen et Eliam eva- et timuerunt vafde. » Triplicem ob eau sam pavore ter- nuiçse : quia postquam Legïs et prophetarum uinb^a rentur, vel quia se errasse cognoverant, vel quia nubes discesserit, quæ velamento suo apostolos texerat^, utrum- lucida.operuerat pos, àut quia Dei Patris vocem loquen- que lumen in Evangelio reperitur. tis audierant ; quia humana fragilitas conspectumimajo- « Et descenclentibus îllis de monte præcepit Jésus, ris gloriæ ferre non sustinet, àC toto animo et corpore dicens : Nemini dixeritis visionem, donec Filius hominis contremiscens, ad terram cadit. Quanto quis ampliora a mortuis resurgat. » Futur i regni præmeditatio, et glo- 10 SAINT JEROME du royaume à venir et la gloire du triomphateur avaient apparus sur la montagne. Le Christ ne veut pas que cette manifestation soit révélée aux peuples, dans la crainte qu’elle ne rencontre qu’incrédulité, tant la chose est inouïe, ou que les ignominies de la croix venant après une gloire si éclatante, ne soulèvent un plus grand scandale dans ces esprits grossiers. « Ses disciples l’interrogèrent et lui dirent : Pourquoi donc les Scribes disent-ils qu’il faut qu’Élie vienne auparavant? » Ibid. 10. Si nous ne connaissions le motif qui pousse les disciples à interroger leur maître sur Élie, leur question nous semblerait extraordinaire et déplacée. Quel rapport en effet y a-t-il entre les faits racontés plus haut et cette question sur la venue d’Élie? C’est une tradition des Pharisiens, basée sur le prophète Malachie, (le dernier des douze prophètes) qu’ÉJie viendra avant l’avènement du Sauveur, qu’il réunira le cœur des pères à leurs enfants, et le cœur des enfants à leurs pères, et qu’il établira toutes choses dans leur état primi¬ tif. Malach . iv. Les disciples donc, pensant que ce passage du Christ à la gloire, est celui dont ils ont été témoins sur la montagne, disent : Puisque vous êtes déjà venu dans la gloire, pourquoi votre précurseur n’apparaît-il pas? question d’autant plus naturelle dé leur part, qu’ils avaient vu Élie disparaître. Et lorsqu’ils ajoutent: « Les ria triumphantis demonstrata fuerat in monte. Non ergo vult hoc in populos prædicari, ne et incredibile esse t pi1 o rei magnitudine, et post tan ta m gîoriam apud rudes aniraos sequens crux scandaluin faceret. « Et interrogaveruut eum discipuli, dicentes : Quid ergo Scribæ dicunt, quod Eliam oporteat primum veni- re? » Nisi causas noverimus, quare interrogaverint dis¬ cipuli super Eliæ nomine, stulta videtur, et extraordi- naria eoïum interrogatio. Quid enim pertinet ad ea, quæ supra scripta sunt, de Eliæ adveritu quærere? Traditio Pharisæorum est, juxta Malachiam prophetam (qui est novissimus in duodecim) quod Elias veniat ante adven- tuin Salvatoris, et reducat cor patrum ad ûlios, et filio- rum ad patres, et restituât omnia in antiquum statum Malach . îv. Æstimant ergo discipuli transfovmationem gloriæ hanc esse, qnam in monte videant, et dicunt : Si jom venisti in gloria, quomodo præcursor tuus non appa- ret, maxime quia Eliam viderant recessisse. Quando au- tein adjiciunt :: « Scribæ dicunt quod Eliam oporteat primum venir© : » Primum dicendo, cstendunt quod nisi Elias venerit, non sit secundum Scriptnras Salvato¬ ris adventus. scribes disent qu’il faut qu’Élie vienne aupara* vant. » Par le mot « auparavant » ils montrent que si Élie n’est pas venu, l’avènement du Sau¬ veur ne se fait pas conformément aux Écritures. « Jésus leur répondit: Il est vrai qu’Élie doit venir et qu’il rétablira toutes choses. Mais je vous déclare qu’Élie est déjà venu. » Ibid. 11. 12. Le même Élie qui viendra corporellement au second avènement du Sauveur, est venu en es¬ prit et en vertu dans la personne de Jean. « Et ils ne l’ont point connu, mais ils l’ont traité comme il leur à plu. » C’est-à-dire, ils l’ont méprisé et lui ont tranché la tête. » Ils feront souffrir de même le Fils de l’homme. Alors les disciples comprirent que c’était de Jean-Baptiste qu’il leur avait parlé. » Ibid. 13. Jean-Baptiste a été mis à mort par Hérode et Hérodias; pour¬ quoi donc les accuser d’avoir fait également cru¬ cifier Jésus, quand nous lisons que les Scribes et les Pharisiens ont été les auteurs de son supplice? Nous répondons en deux mots que la secte dès Pharisiens s’est rendue complice du meurtre de Jean en y acquiesçant, et qu’Hérode prit une part volontaire à la mort du Sauveur, car c’est lui qui, après l’avoir accablé de railleries et de mépris, l’a renvoyé à Pilate, pour que les Juifs le crucifiassent. « Seigneur, ayez pitié ' de mon fils qui est lunatique et qui souffre beaucoup, car il tombe « At ille respondons, ait illis : Elias quidem venturus est, et restituet omnia. Dico auteur vobis, quia Elias jom venit. » Ipse qui venturus est in secundo Salvatoris ad- ventu, juxta corporîs fidem, nunc per Joannem venit in virtute et spiritu. « Et non cognovevunt eum; sed fecerunt in eo quæ- cumque voluerunt. » Hoc est, spreverunt, et decollave- runt eum. »Marc. xn. 14. « Et étant entré dans la maison, Jésus le pré-, vint et dit. » Les gens qui percevaient les deux drachmes avaient pris Pierre à part. Le Seigneur étant entré dans la maison, ne laisse, pas à Pierre le temps de lui raconter l’affaire, il l’inter¬ roge lui-même ; et de cette façon, en montrant à ses disciples qu’il est au courant de ce qui s’est passé hors de sa présence, il les empêchera de se scandaliser de la demande du tribut. « Simon, que vous en semble? De qui les rois de la terre reçoivent-ils les tributs et les impôts, de leurs propres enfants ou des étrangers? Des étrangers, répondit Pierre. Jésus lui dit : Les enfants sont donc etempts. » Ibid . 25. Selon la chair et selon l’esprit, Notre-Seigneur était dou¬ blement fils de roi, d’un côté,; issu de la famille de David; de l’autre, Verbe du Père tout-puis¬ sant; fils des rois, il n’était donc pas soumis au tribut; mais lui qui avait épousé' la chair et ses ex more poscunt tributa ; et pro signorum magnitudine hi qui exigebant, non audent ipsum repetere, sed dis- çipulum conveniunt, sive malitiose interrogant : utrum reddat tributa, an contradicat Cæsaris voluntati; juxta quod in alio loco legimus : « Licet Cæsaris tributa sol- vere, an non. » Marc, xn, 14? « Et cum intrasset in domum, prævenit eum Jésus, dicens. » Qui didrachma exigebant, seorsum convenerant Petrum. Cumque intrasset domum, antequam Petrus suggereret, interrogat Dominus, ne scandalizentur dis- cipuli ad postulationem tributi ; cum videant eum nosse quæ absente se gesta sunt. ' « Quid tibi videtur, Simon? Reges terræ a quibus accipiunt tributum vel censum, a filiis suis, an ab alienis? Et ille dixit : Ab alienis. Dixit illi Jésus : Ergo liberi sunt filiii » Dominus noster, et secundum carnem, et secundum spiritum filius regis erat, vel ex David stirpe generatus, vel omnipotentis Verbum Patris. Ergo tributa quasi regum filius non debebat, sed qui humilitatem car¬ nés assumpserat, debuit adimplere omnem justitiam. Nos- que infèlices qui Christi censemur nomine, et nihil dignum abaissements voulut accomplir toute justice. Malheureux que nous sommes, nous portons le nom du Christ, et nous ne faisons rien qui soit digne d’une si auguste majesté; pour nous, il a porté la croix, il a payé le tribut, et nous ne payons pas le tribut en son honneur, et comme des fils de roi nous sommes exempts des impôts. « Mais afin que nous ne les scandalisions point, allez-vous-en à la mer et jetez votre ligne; et le premier poisson que vous tirerez .de L’eau, pre- nez-le, ouvrez-lui la bouche; vous y trouverez un statère que vous prendrez et que vous leur donnerez pour moi et pour vous. » Ibid . 26. Je ne sais ce qu’il faut admirer ici davantage, la prescience du Sauveur ou sa grandeur d’âme. Sa prescience : il savait qu’un poisson portait un statère dans la bouche, et que ce serait lui qui se ferait prendre le premier. Sa grandeur d’âme et sa puissance, si c’est en vertu de sa parole que le statère a été créé dans la bouche du poisson, et. si elle a produit instantanément ce que l’apôtre devait y trouver plus tard. Dans le sens mystique, il me semble que le Sauveur est ce poisson qui fut pris le premier, qui se trouvait dans les profondeurs de la mer, et habitait les abîmes amers, afin que le premier Adapi fût délivré par le second, et que ce qui se trouva dans sa bouche, c’est>à-dire, son hom¬ mage, fût donné pour Pierre et le Seigneur. Et ce prix est parfaitement choisi; il est partagé, tanta facimus majestate; ille pro nobis et crucem susti- nuit, et tributa reddidit, nos pro illius honore tributa non reddimus, et quasi filii regis a vectigalibus immunes sumus. « Ut autem non scandalizemus eos, vade ad mare, et mitte hamum, et eum piscem qui primus ascenderit, toile. Et aperto ore ejus, invenies staterem;. ilium sumens, da eis pro me et te. » Quid primum mirer in hoc loco, nescio, utrum præscientiam, an magnitudinem Salvatoris. Præscientiam quod noverat piscem trnbere in ore staterem, et quod. primus ipse capiendus esset. Magnitudinem atque virtutem, si ad vèrbum ejus statim stater in ore p'iscis creatus est, et quod futùrum erat, ipse loquendo fecerit. Videtur autem mihi secundum mysticos intellectus, iste esse piscis qui primus captus est, qui in profundo maris erat, et in saisis amarisque gurgitibus morabatur, ut per secundum Adain liberaretur primus Adam; et id quod in ore ejus, hoc est in con- fessione fuerat inventum, pro Petro et Domino reddere- tur. Et pulchre idipsum quidem datur pretium, sed divisum est, quia pro Petro quasi prô peccatore pretium 14 SAINT JEROME puisqu'il sert à payer pour les deux; mais il est un, car si Pierre en sa qualité de pécheur avait besoin d’une rançon, Notre-Seigneur, lui, n’avait pas commis le péché, et le mensonge ne s’était pas trouvé dans sa bouche. Isai.L. ni. Le statère , est une pièce de monnaie qui vaut deux doubles drachmes ; l’égalité de prix donné pour la déli¬ vrance du serviteur et du maître, témoigne la similitude de leur nature. Entendu simplement, ce verset est bien propre à édifier le lecteur, en lui montrant le Seigneur tellement dénué de tout, qu’il ne possède pas même de quoi payer le tribut pour lui et pour l’apôtre. Que si l’on objecte : Pourquoi alors Judas portait-il de l’argent dans une bourse? nous répondrons que Jésus ne voulut pas employer pour ses besoins personnels le bien des pauvres, et en cela il nous a donné un exemple à suivre. « En ce même temps, les disciples s’appro¬ chèrent de Jésus et lui dirent : Qui est, à votre avis, le plus grand dans le royaume des cieux? » Matth. xviii. 1. Je renouvelle ici une observa¬ tion faite plusieurs fois déjà : 11 faut rechercher avec soin les motifs de chacune des paroles et des actions du Sauveur. Après Ja découverte du statère, après le paiement du tribut, que vient faire ici cette question inopinée des apôtres, et quel rapport y a-t-il entre toutes ces choses? « En ce même temps les disciples s’approchè¬ rent de Jésus et lui dirent : Qui est, à votre avis, le plus grand dans le royaume des cieux? » Ils reddebatur ; Dominus autem noster peccatum non fecerat nec dolus inventus est in ore ejus. Isai^ un. Stater dicitur, qui duo habet didrachmata, ut ostenderetur similitudo carnis, dum eodem et servus et dominus pretio liberan- tur. Sed et simpliciter intellectum ædificat auditorem : dum tantæ Dominus fuerit paupertatis, ut un de tributa pro se et apostolo redderet, non habuerit. Quod si quis objicere voluerit : et quomodo Judas in loculis portabat pecuniam? Respondebimus, rem pauperum in isus suos convertere nefas putavit, nobisqueideratribuitexemplum. « In ilia hora accesserunt discipuli ad Jesum, dicentes : Quis pu tas major est in regno cœlorum? » Quod sæpe monui, etiam nunc observandum est. Gausæ quærendæ sunt singulorum Domini dictorum atque facto rum. Post inventum staterern, post tributa reddita, quid sibi vult apostolorum repentina mterrogatio ? « In ilia hora acces- serùnt discipuli ad Jesum dicentes, Quis putas major est in regno cœlorum? » Quia viderant pro Petro et Domino idem trîbutum redditum, ex æqualitate pretii, arbitrât! venaient de voir que le même tribut avait été payé pour Pierre et le Seigneur, et de cette éga¬ lité dans l’impôt, ils Conclurent que Pierre pour avoir payé autant que le Sauveur était élevé au- dessus de tous les apôtres; et c’est pour cette raison qu’ils demandent qui est le plus grand dans le royaume des cieux. Jésus connaissant leurs pensées et comprenant ce qui cause leur erreur, veut guérir cette soif de vaine gloire, en faisant naître dans leurs cœurs une généreuse émulation pour l’humilité. , « Jésus ayant appelé un petit enfant, le mit au milieu d’eux, et dit. » ïbid . 2. Ou bien il appela simplement le premier venu pour lui demander son âge, et leur présenter en lui un modèle d’innocence; ou bien il se mit lui-même comme un petit enfant au milieu d’eux, lui qui était venu, non pour être servi, mais pour ser¬ vir, afin de leur donner un exemple d’humilité. D’autres voient dans ce petit enfant le Saint- Esprit qu’il devait faire pénétrer au cœur de ses disciples, pour convertir leur orgueil en humilité. « Je vous dis en vérité, que si vous ne vous convertissez, et si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n’entrerez point .dans le royaume des cieux. » ïbid. 3. Il est prescrit aux apôtres, non pas d’avoir l’âge des petits enfants, mais d’avoir leur innocence, d’acquérir par le travail ce qu’ils tiennent des années, d’être petits enfants sous le rapport de la malice et non sous celui de la sagesse. sunt Petrum omnibus apostolis esse prælatum, qui in reddiiione tributi Domino fuerat comparatus, ideo inter- rogant, quis major sit in regno cœlorum? Vidensque Jésus cogitationes eorum, et causas errons intelligens, vult desiderium gloriæ humilitatis çontentione sanare. « Et advocans Jésus parvulum, statuit eum in inedio,. et dixit. » Vel simpliciter qnemlibet parvulum, ut æta- tem quæreret, et similitudinem innocentiæ demonstraret Vel certe parvulum statuit in inedio eorum seipsum, qui non ministrari, sed ministrare vénérât, ut eis humililahs tribueret exemplum. Alii parvulum mterpretantur Spiri- tum sanctum, quem posuerit in cordibus discipulorum, ut superbiam in humilitatem mutaret. -J « Amen dico vobis, nisi conversi fueritis et effteiamini sicut parvuli, non intrabitis in regnum cœlorum, » Non præcipitur apostolis, ut ætatem hab.eant parvulorum, sed ut innocentiam, et quod illi per annos possident, bi pos- sideant per industriam; ut malitia, non sapentia parvuli sint. COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 15 « Quiconque donc s’humiliera comme ce petit enfant, celui-là sera le plus grand dans le royaume des cieux. » Ibid. 4. Cet enfant que je vous donne comme un exemple à suivre, ne persévère pas dans la colère, ne se souvient pas des injures qu’il a reçues, n’éprouve aucune délectation charnelle à la vue d’une belle femme, ne pense pas autrement qu’il ne parle. 11 faut qu’il en soit ainsi de vous; car si vous ne pos¬ sédez une semblable innocence et une égale pureté de cœur, vous ne pourrez pas entrer dans le royaume des cieux. Autre sens : « Qui¬ conque s’humiliera comme cet enfant, celui-là sera le plus grand dans le royaume des cieux. » Celui qui m’aura imité, et qui se sera humilié à mon exemple, au point de s’abaisser comme je me suis abaissé en prenant la forme de servi¬ teur, celui-là entrera dans le royaume des cieux. Philip. 2. « Quiconque reçoit en mon nom un tel enfant, c’est moi-même qu’il reçoit. » Ibid. 5. Celui qui s’est fait l’imitateur de l’humilité et de l’inno¬ cence du Christ, reçoit le Christ en lui-même. Et dans la crainte, que lorsque cela leur arrivera, les apôtres n’en tirent une gloire personnelle, il ajoute sagement que lorsqu’ils seront reçus ainsi, ce ne sera pas à cause de leurs mérites, mais par honneur pour leur maître. « Mais celui qui scandalisera un de ces petits qui croient en moi. » Ibid. 6. Remarquez que « Quicumque ergo humiliaverit . se sicut parvulus iste hic est major inreg.no cœlorum. » Sicut iste parvulus cujus vobis exémplum trjbuo, non persévérât in iracun- dia, non læsus meminit, non videns puJchram mulierem delectatur, non aliud cogitât, et aliud loquitur;sic et vos nisi talem habueritis innocentiam, et animi purita- tem, non p'oteritis régna cœlorum intrare. Sive aliter : « Qüicumque humiliaverit se sicut parvulus iste, hic est major in.regjao cœlorum. » Qui imitatus fuerit me, et se in exeniplum mei humiliaverit, ut tantum se dejiciat, quantum ego dejeci [&wpp. me] formam servi accipiens, hic intrabit in regrîum cœlorum Philipp. n. « Et qui susceperit unum parvulum talem in nomine meo, me suscipit. » Qui talis fuerit, ut Christr imitetur humilitatem et innocentiam, ineo Christus suscipitur. Et prudenter, ne . cum delatum fuerit apostolis, se putent honoratos, adjecit, non illos sui [Al. suo] merito, sed magistrf honore suscipiendos. « Qui autem scandalizaverit unum de pusillis istis qui in me credunt. Nota quod qui scandalisa tur, parvulus est ; majores enim scandala non recipiunt. ce sont les petits qui sont scandalisés ; les grands ne le sont pas. « Il vaudrait mieux pour lui qu’on lui attachât au cou une meule de moulin, et qu’on le plon¬ geât au fond de la mer. » Bien que cette con¬ damnation soit générale et tombe sur tous ceux qui donnent du scandale, on peut néanmoins conclure des précédents qu’elle a surtout été prononcée contre les apôtres, dont la question : qui est le plus grand dans le royaume des cieux, pouvait faire supposer qu’ils se disputaient les honneurs et les dignités. Qu’ils persévérassent dans ce défaut, le scandale qui en résultait, pou¬ vait causer la perte des hommes qu’ils appelaient à la foi, en leur donnant le triste spectacle de leurs compétitions ambitieuses. Quant à ces pa¬ roles : « Il vaudrait mieux pour lui qu’on lui ' attachât au cou une meule de moulin, » ce n’est pas autre chose qu’une locution en usage dans le pays. Les anciens Juifs châtiaient les grands criminels en les plongeant dans la mer avec une pierre au cou. Il vaudrait mieux pour lui, car il est bien préférable d’expier sa faute par un supplice de peu de durée, que d’être réservé à d éternels tourments, le Seigneur ne punissant pas deux fois le même crime. Nahum. i. « Malheur au monde à cause des scandales, car il est nécessaire qu’il arrive des scandales; mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive. » Ibid . 7. Gela ne veut pas dire qu’il y a « Expedit ei ut suspendatur mola asinaria in rollo ejus, et demergatur in profundum maris. » Quamquam heec generalis possit esse sententia adversus omnes qui aliquem scandalisant, tamen juxta consequentiam ser- monis etiam contra apostolos dictum intelligi potest, qui interrogando, quis major esset in regno cœlorum, videbantur inter se de dignitate contendere, et si in hoc vitio permansissent, poterant eos quos ad fidenï vocabant, per suum scandalum perderé, dum apostolos vidèrent inter se de honore pugnare. Quod autem dixit : « Exper dit ei ut suspendatur mola asinaria in collo ejus, » secundum ritum pro vinciœ loquitur, quo majorum criminum ista apud veteres Judæos pœna fuerit, ut in profundum ligato saxo demergerentur. Expedit autem ei, quia muito melius est pro culpa brevem recipere pœnam, quam æterriis servari cruciatibus. Non enim vindicabit [Al. judicabitj Dominus bis iri idipsum Nahum. i. « Væ mundo a scandalis. Necesse est enim ut veniant scandala. Verumtamen væ homini per quem scandalum venit. » Non quod necesse sit venir e .scandala, alioquin sine 16 SAINT JEROME nécessité que le scandale arrive, autrement ceux qui le donnent seraient exempts de péché; mais puisqu’il est nécessaire que des scandales se produisent dans ce monde, chacun est exposé à en donner par sa faute. Par cette condamnation générale, le Sauveur atteint en même temps Judas, qui avait déjà ouvert son cœur à la tra¬ hison. « Si donc votre main ou votre pied vous est un sujet de scandale, coupez-le, et jetez-le loin de vous; il vaut mieux pour vous que vous entriez dans la vie n’ayant qu’un pied ou qu’une main, que d’en avoir deux et être précipité dans le feu éternel. .Et si votre œil vous est un sujet de scandale, arrachez-le, et jetez-le loin de vous; il vaut mieux pour vous que vous entriez dans la vie n’ayant qu’un œil que d’en avoiç deux et être précipité dans le feu de l'enfer. >> Ibid . 8. 9. A la vérité, il est nécessaire qu’il arrive des scandales; mais malheur à l’homme qui se fait volontairement l’instrument du mal, bien qu’il soit nécessaire que ce mal se produise dans le monde. En conséquence, toute affection doit être brisée, toute parenté rompue, si les rapports dont elles sont l’occasion scandalisent les fidèles. Supposons, dit-il, que quelqu’un vous soit aussi étroitement uni que le sont la main, le pied, l’œil; qu’il vous soit utile; qu’il prenne vos intérêts; que vous ne puissiez vous passer de lui; il est pour vous un sujet de scandale, sa conduite toute différente de la vôtre vous en- culpa essent, qui scandalum faciunt, sed cura necesse sit in isto mundo fieri scandala, unusquisquè suo vitio scandalis patet. Simulque per generalem sententiam percutitur Judas, qui proditioni animum præparaverat. « Si autem manus tua, vel pes tuus scandalizat te, abscinde eum et projice abs te. Bonum est tibi ad vitam ingredi debilem vel claudum, quam duas manus vel duos pedes habentem mitti in ignera æternum. Et si oculus scandalizat te, erue eum, et projice abs te. Bonum est tibi cum uno oculo in vitam intrare, quam duos oculos habentem mitti in gebennam ignis. » Necesse est quidem venire scandala, væ tamen ei est homini, qui quôd necesse est ut fiat in mundo, vitio suo facit, ut per se fiat. Igitur omnis truncatur affectus, et universa propin- quitas amputatur, ne per occasionem pietatis unusquisquè credentiuin scandalis pateat. Si, inquit, ita est quis tibi cônjunctus, ut manus, pes, oculus, et est utilis atque sollicitus, etacutus ad perspiciendum ; scandalum autem tibi facit, et propter dissonantiam morum te pertrahit in gehonnam; n\elius est, ut et propinquitate ejus, et traîne au mal et à l’enfer; il vaut mieux vous priver de sa parenté et des avantages temporels qui en résultent; de peur qu’en voulant gagner vos proches et vos amis, vous ne trouviez en eux une- occasion de ruine. Ainsi ni frère, * ni épouse, ni enfants, ni amis, en un mot, nulle affection capable de vous exclure du royaume des deux, ne doit passer avant l’amour du Sei¬ gneur. Chacun sait ce qui lui est nuisible, con¬ naît les tendances de son propre cœur, et le côté par lequel il est le plus exposé à la tentation. Il vaut mieux vivre dans la solitude que de perdre la vie éternelle, pour avoir cédé aux exigences de la vie présente. « Prenez bien garde de mépriser aucun de ces petits; car je vous déclare que dans le ciel, leurs anges voient sans cesse la face de mon père qui est dans les deux. Car le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu. » Ibid . 10. 11. Il avait dit un peu plus haut qu’il fallait rompre avec les parentés et les relations de tout genre, figurées par la main, le pied et l’œil, si elles étaient une occasion de scandale; il va main¬ tenant adoucir la sévérité de cette prescription : « Prenez garde de mépriser aucun de ces petits. » Mes commandements, dit-il, sont d’une sévérité telle cependant qu’il y a en eux place encore pour la clémence. Autant qu’il est en vous, né méprisez pas; mais en faisant votre salut, cher¬ chez aussi à procurer la guérison des autres. Mais si vous les voyez persévérer malgré tout- émoluments carnalibus careas, ne dum vis lucrifacere cognatos et necessarios, causam habeas ruinarum. Itaque non frater, non uxor, non filii, non amici, non omnis affectas qui nos excludere potest a regno cœlorum, amori Domini præponatur. Novit unusquisquè creden- tium, quid sibi noceat, vel in quo sollicitetur animus, ac sæpe tentetur. Melius est vitam solitariam ducere, quam ob vitæ præsentis necessaria, æternam vitam perdere. « Videte ne conteinnatis unum ex his pusillis. Dico enim vobis, quia angeli eorum in cœlis semper vident faciem Patrie mei qui in cœlis est. Venit enim Filius hominis salvare quod perierat. » Supra dixeratper ma- num, et pedem, et oculum, omnes propinquitates et nescessitudines, quæ scandalum facere poterant, amputandas; austeritatem itaque sententiæ, subjecto præcepto temperat, dicens : << Videte ne contemnatis unum ex pusillis istis. » Sic, inquit, præcjpio severitatem, ut commiscêri elementiam dôçeam. Quantum in vobis est, nolite contemnere, sed per vestram salutem etiam illorum quærite sanitatem. Sin autem persévérantes in COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU dans le péché, continuer à vivre dans l’esclavage du vice, il vaut mieux vous sauver seuls que périr en nombreuse compagnie. « Car leurs anges dans le ciel voient sans cesse la face de mon père. » Grandeur incomparable des âmes, dignes d’avoir chacune, dès son entrée dans la vie, un ange préposé à sa garde. De là ce que nous , lisons dans l’Apocalypse de saint Jean : Écrivez ceci à l’ange d’Éphèse, à l’ange de Thya- tire, à l’ange de Philadelphie, aux anges des quatre autres églises. Apoc. 1.2. 3. De là éga¬ lement cette prescription de l’Apôtre : que les femmes se voilent la tête dans les églises à cause des anges. 1 Corinth,. xi. « Que vous en semble? Si un homme a cent brebis et qu’une seule vienne à s’égarer, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes pour aller chercher celle qui s’est égarée? Et s’il arrive qu’il la trouve, je vous dis en vérité qu’elle lui cause plus de joie que les quatre-vingt-dix-neuf qui ne se sont point égarées. » Ibid . 12. 13. Les prémisses posées plus haut : « Prenez garde de mépriser aucun de ces petits, » ont pour conséquence une exhortation à la clémence. Qu’est-ce autre chose en effet que cette parabole des quatre- vingt-dix-neuf brebis laissées sur la montagne, et de cette brebis égarée que le bon pasteur rap¬ porte au bercail sur ses épaules parce que sa faiblesse et sa fatigue l’empêchent de marcher. peccatis videritis, et vitiis servientes, melius est vos solos salvôs fieri, quam perire cum pluribus, « Quia angeli eorum in cœlis vident semper faciem Patris. » Magna dignitas animarum, ut unaquæque habeat ab ortu nativi- tatis in custodiam sui angelum delegatum. Unde legimus in Apocalypsi Joannis : Àngelo Ephesi, Thyatiræ, et angelo Philadelphiæ, et angelis quatuor reliquarum Ecclesiarum scribe hæc Apoc. i, 2, 3. Apostolus quoque præcipit velari capita ecclesiis feminarum, propter an- gelos I Cor. xi. « Quid vobis videtur? Si fuerint alicui Centura oves, et evraverit una ex eis ; nonne reJinquit nonaginta novem in inontibus, et vadit quærere eam quæ. erra vit? Et si contigerit ut inveniat eam, amen dico vobis, quia gaude- bit super ea magis quam super nonaginta novem, quæ non erraverunt. » Consequenter ad clemeptiam provocat, qui præmiserat, dicens : « Vide te ne contemnatis unum ex pusilJis istis, » et subjungit parabolam nonaginta novem ovium in montibus reJictarum, et unius errantis, quam pastor bonus, quia propter nimiam infirmitatem ambulare nond oterat, humeris suis ad roliquum gregem Tom. x. 17 Les uns voient dans ce pasteur, celui qui, ayant la forme et la nature de Dieu, n’a point crq que ce fût pour lui une usurpation d'être égal à Dieu, mais s’est anéanti lui-même en prenant la forme et la nature de serviteur, se rendant obéissant jusqu’à la mort, jusqu’à la mort de la croix, Philipp. rr, 6 seqq. et qui n’est descendu sur la terre que pour sauver une pauvre petite brebis qui s’était perdue, c’est-à-dire le genre humain. D’autres pensent qu’il faut entendre par les quatre-vingt-dix-neuf brebis, le nombre des justes, et. par la seule brebis égarée, le pé¬ cheur; selon ce que le Sauveur dit dans un autre endroit : « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs; car ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais ceux qui se portent mal. » Lyic. v. 32. Cette parabole est rapportée dans l’Évangile selon saint Luc, avec celle des dix drachmes et des deux fils. Luc. xv. « Ainsi votre Père qui est dans les cieux ne veut pas qu’aucun de ces petits périsse. » ïbid. 14. Ceci se rattache à l’avertissement donné plus haut : « Prenez bien garde de mépri¬ ser aucun de ces petits. » La parabole qui sépare ces deux versets, a pour but de montrer qu’il ne faut pas mépriser les petits. Et maintenant de ces paroles : « Votre Père qui est dans les cieux ne veut pas qu’aucun de ces petits pé¬ risse, » il ressort que si l’un de ces petits vient reportavit. Quidam putant istum esse pastorem, qui cum in forma Dei esset, non rapinam arbitratus est se esse Eçqualem Deo; sed exiuanivit se, forrnam servi accipiens, factus obediens Patri usque ad mortem, mortern autem crucis Philipp. n, 6, et seqq. : et ob id ad terrena descendent, ut salvaru faceret unam ovicuiam quæ perierat, hoc est humanum genus. Alii vero in nonaginta novem ovibus, justjrum putant numerum intelligi; et in uua ovicula, peccatorem secundum quod in alio loco dixerat : « Non veni justos vocare, sed peccatores : non enim opus habent sani medico, sed hi qui se male ha- bent. » Luc. v, 32, Ista parabofo in Evangelio secundum Lucam cum aliis duabus parabolis decem dracbmarum et duorum flliorum scripta est Luc. xv. « Sic non est voluntas ante Patrem vestrum qui in cœlis est, ut pereat. uims de pusilJis istis. » Refert ad superius propositum, de quo dixerat : « Videte ne contemnatis unum ex pusillis istis; » et docet idcirco parabolam positam, ut pusilli non contemnantur. In eo autejn quod cl ici t : << Non est voluntas ante Pa¬ trem vestrum, ut pereat unus de pusillis i^tis; » quoties ■JB SAINT JÉROME 18 à périr, c’est contrairement à la volonté du Père* « Si donc votre frère a péché contre vous, allez, reprenez-le entre vous et lui seul; s’il vous écoute, vous aurez gagné votre frère; mais s’il ne vous écoute pas, prenez encore avec vous une, ou deux personnes, afin que tout soit confirmé par l’autorité de deux ou trois témoins. S’il ne les écoute' pas, dites-le à l’Église ; et s’il n’écoute pas l’Église même, qu’il soit pour vous comme un païen et un publicain. » Ibid. 15. Seqq. Si votre frère a péché contre nous, s’il nous a blessé en quelque chose, nous avons le pouvoir, que dis-je! le devoir de lui pardonner, car il nous est commandé de pardonner à, ceux qui nous ont offensé. Si c?est contre Dieu qu’il a péché, ceci ne nous regarde plus. L’Écriture dit en effet ; « Si un homme pèche contre un autre homme, le prêtre priera pour lui. Mais s’il pèche contre Dieu, qui priera pour lui ? » Nous agis¬ sons, nous, autrement; très cléments pour les offenses faites à Dieu, nous vengeons sévère¬ ment nos propres injures. C’est en particulier qu’il nous faut 'd’abord reprendre notre frère, de peur qu’ayant dépouillé une fois toute pudeur et toute honte, il. ne persévère dans le péché. S’il nous écoute, nous gagnons son âme, et en procurant son , salut, nous assurons aussi le nôtre. Mais s’il refuse de nous écouter, appelons un autre de nos frères. Refuse-t-il également aliquis perierit de pusillis istis, ostenditur quod non voluntate Patris perierit. « Si autem peccaverit in te frater tuus, vade, et corripe eum inter te et ipsum solum. Si te audierit, lucratus eris fratrem tuum. Si autem te non audierit, adhibe tecum adbuc unum vel duos, ut in ore duorum ■ vehtrium testium stet omne verbum. Quod si non audie¬ rit eos, die Ecclesiæ. Si autem Ecclesiam non audierit, sit tibi sicut ethnicus et publicanus. » Si peccaverit in nos frater noster, et in qualibet causa nos læserit, dimit- tendi babemus potestatem, immo hecessitatem, qua [Al. quia] præcipitur, ut debitoribus nostris débita dimit- tamus. Si autem in Deum quis peccaverit, non est nostri arbitrii. Dicit enim Scriptura divina : « Si peccaverit bomo in hominem, rogabit pro eo sacerdos. Si autem in Deum peccaverit, quis rogabit pro eo? » Nos econtrario in Dei injuria benigni sumus, in nostris contumeliis exercemus odia. . Corripiendus est autem frater seorsum, ne si semel pudorem, ac verecundiam amiserit, réma¬ nent in peccato. Et siquidem audierit, lucrifacimus .animam ejus, et per alterius salutem, nobis quoque de l’écouter, appelons-en un troisième, dans le double dessein, ou de l’amener plus facilement au repentir, ou d’être témoin de son obstination. Et si tout cela ne suffit pas, alors nous avons le devoir de le signaler à tout le mande, pour qu’on s'éloigne de lui, et que le mépris public . fasse ce que n’a pu la honte, et l’amène au salut. En disant : « Qu’il soit pour vous comme . un païen et un publicain, » le Seigneur montre qu’il faut avoir en plus grande horreur celui qui portant le nom de fidèle, fait œuvre d’infidèle, que ceux qui sont ouvertement païens. Dans le sens tropologique, on appelle publicain ceux qui poursuivent les biens temporels, et travaillent à s’enrichir par tous moyens, par la ruse, la fraude, le vol et le parjure, « Je vous le dis en vérité : tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre, sera délié dans le ciel, » Ibid . 18. Prévoyant qu’à cette sentence : « S’il n’écoute pas l’Église môme, qu’il soit pour vous comme un païen et un publi¬ cain, » le. frère contempteur des avis de l’Église aurait pu répondre tout au moins, dans son esprit: si vous me méprisez, je vous méprise également; et si vous me condamnez, moi aussi je vous condamne, il communique à ses apôtres un pouvoir sans égal, afin que ceux qu’ils condamneront sachent que cette condamnation, quoique prononcée par un homme, sera ratifiée acquiritur salus. Sin autem audire noluerit, adbibeatur frater. Quod si nec ilium audierit, adbibeatur et tertius, vel corrigendi studio, vel conveniendi sub testibus. Porro si nec illas audire voluerit, tune multis dicen- dum est, ut detestationi eum babeant, et qui non potuit pudore salvari, salvetur opprobriis. Quando autem dicitur, « Sit tibi sicut ethnicus et publicanus, » ostenditur majoris esse detestationi s, qui sub nominë fidelis agit opéra infidelium, quam hi qui aperte Gentiles sunt. Publicani enim vocantur secundum tropologiam, qui sæculi sectantur lucra, et exigunt vectigalia per negociationes et fraudes, ac furta, .scelerataque perjuria. « Amen dico vobis, quæcumque alligaveritis super terrain, erunt ligata et in cœlo ; et quæcumque solvéritis supei; terrain, erunt soluta et in cœlo. » Quia dixerat : « Si autem Ecclesiam non audierit, sit tibi sicut ethnicus et publicanus, » et poterat contemptoris fratris hæc occulta esse responsio,* vel tacita cogitatio ; si me despicis. et ego te despicio, si tu me condemnas, et mea sententia condemnaberis, potestatem tribuit apostolis, ut sciant qui a talibus condemnantur, humanam senten- COMMENTAIRES SUR L'EVANGILE. DE SAINT MATTHIEU 19 par la sentence divine, et que tout ce qui aura n’est pas douteux que l’objet de la demande ne été lié sur la terre, sera pareillement lié dans le ciel. « Je vous dis encore que si deux d’entre vous s’unissent ensemble sur la terre, quelque chose qu’ils demandent, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les deux. Car en quelque lieu que se trouvent deux ou trois personnes assem¬ blées en mon nom, je m’y trouve au milieu d’elles. » Ibid . 19. 20. Tout ce qui a été dit plus haut était une exhortation à la concorde. Pour nous faire rechercher plus soigneusement la paix, voici qu’il nous promet une récompense, en nous disant qu’il se trouvera au milieu de deux ou trois personnes, Réunies. Vous connaissez l’his¬ toire de ce tyran, qui retenait en prison deux amis. L’un d’eux ayant obtenu de sortir pour aller voir sa mère, et l’autre s’étant porté garant de sa parole, le tyran voulut éprouver leur amitié et offrit à l’un d’qux la liberté, en retenant l’autre dans les fers! L’absent étant de retour au jour fixé, ce prince plein d’admiration pour leur fidélité, les supplia de l’admettre dans leur intimité. . Nous pouvons donner à ce trait un sens spirituel, et dire que, lorsque l’esprit, l’âme et le corps sont en parfait accord, et que leurs diverses volontés ne se font pas la guerre, car l’esprit combat contre la chair, et la chair com¬ bat contre l’esprit, quelque chose qu’ils deman¬ dent elle leur sera accordée par le Père. Et il soit bon, du moment que le corps veut avoir ce que veut l’esprit. « Alors Pierre s’approchant de Jésus [lui dit : Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il aura péché contre moi? Jusqu’à sept fois? Jésus lui répondit : Je ne vous dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois.» Ibid. 21.22. Les enseignements du Sauveur s’enchaînent parfaitement, et il est aussi impos¬ sible de les rompre qu’un triple cordon. Il avait dit plus haut: « Prenez bjen garde de mépriser un de ces petits; » un peu après il ajoutait : « Si votre frère a péché contre vous, reprenez-le entre vous et lui seul; » enfin il promettait la récompense en disant: « Si deux dentre vous s’unissent ensemble sur la terre, ils obtiendront tout ce qu’ils demanderont, » et je serai au milieu d’eux. L’apôtre Pierre demande combien de fois il doit pardonner à son frère, lorsqu’il aura péché contre lui, et tout en inter¬ rogeant il exprime un avis : « Est-ce jusqu’à sept fois? » Jésus lui répond: « Non pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois, » c’est- à-dire, jusqu’à quatre cent quatre-vingt-dix fois, pardonnez à votre frère en un jour plus d’offen¬ ses qu’il ne vous en pourrait faire. « C’est pourquoi le royaume des cieux est comparé à un roi qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs. » Ibid . 23. Les peuples de tiam divina sententia roborari, et quodcumque ligatum fuerit in terra, ligari pariter et in cœlo. « Iterum dico vobis : quia si duo ex vobis consenserint super terram, de omni re quamcumque petierint, lîet il lis a Pâtre meo qui in cœlijs est. Ubi enim sunt duo vel très congregati in nomine meo, ibi sum in medio eorum. » Omni^ supra sermo nos ad concordiam provocarat. Igitur et præmium pollicetur, ut sollicitius festinemus ad pacem, cum se dicat inter duos et très medium fore. Juxta illud exemplum tyrarini, qui duos amicos captos (cum unus ad visendaai matrem revertisset, et amicum pro se vadem de disset) sic probare voluit, ut uno tento, alterum dimitteret. Gumque revertisset ad condictam diem, admirans amborum fidem, rogavit ut se baberent tertium. Possumus et hoc spiritualiter intelligere, quod ubi spiritus et anima corp.usque consenserint, et non inter se bellum diveraarum habuerint vôluntatum [Al, vo- luptatumj ; carne concupiscente adversus spiritum, et spiritn adversus carnem, de omni re quam petierint, impetrentaPatre. Nullique dubium quin bonarum rerum postulatio sit, ubi corpus ea vult habere quæ spiritus. « Tune accédons Petrus ad eum dixit, : Domine, quoties peccabit in me frater meus, et dimittam ei ? usque sep lies ? Dicit illi Jésus : Non dico tibi usque seplies? sed usque septuagies septies. » Hæret sibi sermo Dominicus, et in modum funiculi triplicis rumpi non potest. Supra dixerat : « Videte ne contemnatis unum ex pusillis istis ; » et adjecerat : « Si peccaverit in te frater tuus, vade, et corripe eum inter te et ipsum solura; » et præmium repromiserat, dicens : « Si duo ex vobis consenserint super terram, de omni re impe- trabunt quam petierint ; » et ego ero in medio eorum. Provocatus apostolus Petrus interrogat, quoties fratri'in se peccanti dimittere debeat, et cum interrogatione profert sententiam, « usque septies? » Cui respondit Jésus « Non usque septies, sed usque septuagies septies, id est, quadragentis nonaginta vicibus, ut toties peccanti frati’i dimitteret in die, quoties ille peccare non posait. « Ideo assimilatum est regnum cœlorum homini régi, qui voluit rationem ponere cum servis suis. » Familiare 20 SAINT tSyrie et plus encore ceux de Palestine ne parlent jamais sans mêler à ce qu’ils disent quelque parabole, de manière à graver dans l’esprit de leurs auditeurs par des comparaisons et des exemples ce que le langage ordinaire ne leur aurait pas fait entendre et retenir. Ainsi, sous cette parabole du roi et du serviteur, lequel étant débiteur de dix mille talents, implore son maître et en obtient son pardon, le Seigneur prescrit à Pierre de remettre à seS compagnons les fautes bien plus légères dont ils sont coupables envers lui. Si en effet ce roi et ce maître a remis si facilement à un serviteur les dix mille talents qu’il lui devait, à combien plus forte raison, les serviteurs doivent-ils remettre à leurs compa¬ gnons des dettes moindres? Pour rendre notre pensée plus claire, prenons un exemple. Quel¬ qu’un de nous a-t-il commis l’adultère, l’homi- cide, le sacrilège, de plus grands crimes encore équivalant à dix mille talents, ils lui seront pardonnés à sa prière, pourvu que de son côté, il pardonne à ceux qui en auront commis de moindres. Mais au contraire, nous montrer implacables pour une injure reçue et refuser toute ^ réconciliation pour une parole amère, n’est-ce pas nous juger nous-mêmes dignes de la prison, et notre manière d’agir n’a-t-elle pas pour effet d’empêcher que nos fautes bien plus graves nous soient pardonnées? « Et lorsqu’il eut commencé à le faire, on lui JÉROME en présenta un qui lui devait dix mille talents. Mais comme il n’avait pas le moyen de les lui rendre, son maître commanda qu’on le vendît, lui, sa femme et ses enfants et tout ce qu’il avait pour satisfaire à cette dette. Ce serviteur se jetant à ses pieds, le conjurait en lui disant : Ayez patience, et je vous rendrai tout. Alors le maître de ce. serviteur touché de compassion le laissa aller et lui remit sa dette. Mais ce servi¬ teur ne fut pas plus tôt sorti, que trouvant un de ses compagnons qui lui devait cent deniers il le prit à la gorge, et l’étouffait presque en lui disant : Rends-moi ce que tu me dois. Son com¬ pagnon se jetant à ses pieds, le conjurait en lui disant : Ayez un peu dè patience et je vous rendrai tout. Mais l’autre refusa; il s’en alla et le fit mettre en prison, jusqu’à ce qu’il eût payé tout ce qu’il lui devait. Les autres serviteurs, ses compagnons, voyant cela en furent extrême¬ ment affligés et vinrent avertir leur maître de tout ce qui s’était passé. Alors son maître l’ayant fait venir lui dit : méchant serviteur, je vous avais remis tout ce que vous me deviez, parce que vous m’en aviez prié. Ne fallait-il donc pas que vous eussiez aussi pitié de votre compagnon, comme j’avais eu pitié de vous? Et son maître tout en colère, le livra entre les mains des bourreaux jusqu’à ce qu’il eût payé tout ce qu’il lui devait. » Ibid . 24 seqq. Je connais certains interprètes qui voient le diable dans le serviteur est Syris et maxime Palæstinis ad omnem sermonem suum parabolas jungere, ut quod per simplex præceptum teneri ab rauditoribus non potest, per similitudinem exemplaque teneatur. Præcepit itaque Petro sub compa- ratione regis et domini, et servi, qui debitor decem millium talentorum, a domino rogans, veniam impetra- verat; ut ipse quoque dimittat conservis suis minora peccantibus. Si enim ille rex et dominus servo debitori decem milÜa talentorum tam facile dimisit, quanto magis servi conservis suis debent minora dimittere? Quod ut manifestius fiat, dicamus sub exemplo : Si quis nostrum commiserit adulterium, homicidium, sacrilegium, majora crimina decem millium talentorum, rogantibus dimit- tuntur, si et ipsi dimittant minora peccantibus. Sin autem ob factam contumeliam simul implaçabiles, et propter amarum verbum perpetes habeamus discordias, nonne nobis videmur recte redigendi in carcerem; et sub exemplo operis nostri hoc agere, ut majorum nobis delictorum venia non relaxetur? « Et cum ccepisset rationem ponere, oblatus est ei uiius qui debebat decem millia talenta. Cum autem non haberet unde redderet, jussit eum dominus venundari, et uxorem ejus, et filios, et. omnia quse habebat, et reddi. Procidens autem servus. ille, rogabat eum, dicens : Patientiam habe in me, et omnia reddam tibi. Misertus autem dominus servi illius, dimisit eum, et debitum dimisit ei. Egressus autem servus ille, invenit unum de conservis suis, qui debebat ei centum dena- rios, et tenens suffocabat eum, dicens : Redde quod debes. Et procidens conservus ejus rogabat eum, dicens : Patientiam. habe in me, et omnia < reddam tibi. Ille autem noluit, sed abiit, et misit eum in carçerem, donec redderet debitum. Videntes autem conservi ejus quæ fiebant, contristati sunt valde, et venerunt, et narraverunt domino suo omnia quse facta fuerant. Tune vocavit ilium dominus suus, et ait illi : Serve nequam, omne debitum dimisi tibi, quoniam rogasti me. Nonne ergo oportuit et te misereri conservi tui, sicut et ego tui misertus sum ? Et iratus dominus ejus, tradidit eum tortoribus quoadusque redderet universum debitum. » Scio quosdam istum qui debebat decem millia talenta, diabolum interpretari, cujus uxorem et COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 21 débiteur de dix mille talents, Tépouse et les enfants destinés à être vendus, dans la folie du cœur et les pensées mauvaises. Car de même que l’épouse du juste s’appelle la sagesse, de même selon eux, l’épouse du pécheur et du méchant doit s’appeler la folie. Mais alors, comment ' expliquer que le ipaître lui remette dix mille talents, et que lui ne consente pas à nous remettre cent deniers, à nous ses compagnons? Grave difficulté,; aussi ni l’Église ni les hommes judicieux n’admettent-ils cette interprétation. « C’est ainsi que vous traitera mon Père qui est dans le ciel, si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond du cœur. » Ibid. 35. Sentence effrayante : Dieu nous traite suivant les disposi¬ tions de notre cœur, si nous ne pardonnons pas à nos frères des offenses toujours petites, Dieu ne nous pardonnera pas les grandes. Et comme chacun pourrait dire : je n’ai rien contre lui, il le sait; que Dieu le.juge, je. ne m’inquiète pas de ce qu’il prétend faire; pour moi je lui pardonne; le Sauveur insiste et renverse tout cet échafau¬ dage basé sur un pardon purement extérieur et par conséquent fictif, en disant : « Si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond du cœur. » « Jésus ayant achevé ces discours, partit de Galilée et vint aux confins de la Judée au delà du Jourdaim Et de grandes foules de peuple le suivirent, et il guérit leurs malades au même lieu. Et des pharisiens s’approchèrent de lui pour filios venundandos perseverante illo in malitia, insipien- tiara et malas cogitationes intelligi volunt. Sicut enim justi uxor, dicitur sapientia, sic uxorem injusti et pec- catoris, appellari stultitiam. Sed quomodo ei dimittat doriiinus deçem millia talenta ; et ille nobis conservis suis centum denarios non dimiserit, nec Ecclesiasticæ interpretationis est, nec a prudentibus vins recipiendæ. « Sic et Pater meus cœlestis faciet vobis, si non remisent unusquisque fratri suo de cordibus vestris. » Formidolosa sententia, sijuxta nostram mentem senten- tia Dei flectitur atque mutatur. Si parva fra tribus non dimittimus, magna nobis a Deo non dimittentur. Et quia potest unusquisque dicere : nihil habeo contra eum, ipse novit; habet Deum judicem, non mihi curæ est, quid velit agere, ego ignovi ei; confirmât senlen- tiam suam, et omnem simulationom fictse pacia evertit, dicens : « Si non remiseritis unusquisque fratri suo de cordibus vestris. « Et factum est cum consummasset Jésus sermones istos, migravit a Galilæa ; et venit in fines Judææ trans Jordanem, et secutæ sunt eum turbœ multæ et curavit le tenter, et ils lui dirent : Est-il permis à un homme de 'renvoyer sa femme pour quelque cause que ce soit? » Matth. xix, 1 seqq. Jésus arrivant de Galilée en Judée, la secte des Phari¬ siens et des Scribes, se met aussitôt à l’interro¬ ger; ils lui demandent : S’il est permis à un homme de renvoyer. sa femme pour quelque cause que ce soit. Ils cherchent à renfermer dans un dilemne, de manière à avoir prise sur lui quelle que soit sa réponse. S’il répond qu’on peut renvoyer sa femme pour quelque cause que ce soit, et en prendre une autre, ce prédicateur de la chasteté sera en contradiction avec lui- même; si au contraire il répond qu’on ne peut pas la renvoyer pour toutes sortes de motifs, on le regardera comme coupable de sacrilège; on l’accusera de s’élever contre la doctrine de Moïse, et par conséquent de Dieu même, dont Moïse n’a été que l’instrument. Le Seigneur combine donc sa réponse de manière à éviter le piège qu’ils lui tendent; il fait appel au témoi¬ gnage de la Sainte Écriture et de la loi natu¬ relle; il oppose la loi primitive de Dieu à la loi postérieure qui est moins l’expression de la volonté divine, qu’une concession aux pécheurs, arrachée par la nécessité. « Il leur répondit : N’avez-vous point lu que Celui qui créa l’homme, au commencement, créa un seul homme et une seule femme. » Ibid. 4. Ceci est écrit au commencement de la Genèse. eos ibi. Et accesserunt ad eum Pharisæi tentantes eum, et dicentes : Si licet homini dimittere uxorem suam quacumque ex causa ? » De Galilæa venerat ad Judæam, idcirco Pharisæorum Scribaruînque factio interrogat eum : utrum liceat homini dimittere uxorem suam qualibet causa, ut quasi cornuto. teneant eum syllogismo, et quodcumque responderit, captioni pateat. Si dixerit, dimittendas esse uxores qualibet ex causa, et ducendas alias, pudicitiæ prædicator sibi videbitur docere contraria. Si autem responderit, non omnem ob causam debere dimitti, quasi sacrilegii reua tenebitur; et adversus doctrinam Moysi ac per Moysen Dei, f'acere judicabitur. Igitur Dominus sic responsio- nem temperat, ut decipulam eorum transéat, Scripturam sanctam adducens in testimoniuro, et naturalem legem, primamque Dei sententiam secundse opponens; quæ non voluntate Dei, sed peccantium necessitate concessa est. « Qui respondens ait eis : Non legistis, quia qui fecit ab initio, masculum et feminam fecit eos? » Hoc in exordio Geneseos scriptum est. Diçendo autem, « mas- 22. SAINT JEROME Or en disant : « Un homme et une femme, » il montre qu’il faut éviter les secondes noces. Car . il ne dit point : « Un homme -et des femmes, » ce qui supposerait qu’on pût répudier les premières; mais « un homme et une femme» pour montrer que le lien du mariage ne com¬ porte qu’une seule épouse. « Et il dit : pour cette raison, l’homme quittera son père et sa mère et il demeurera attaché à sa femme, et ils seront deux dans une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. » Ibid . 5. 6. Il dit de même : il s’attachera à sa femme et non à ses femmes. « Et ils seront deux dans une seule chair. » Résultat du mariage : de deux chairs n’en faire qu’une. La chasteté jointe à l’esprit ne fait qu’un seul esprit. « Que l’homme donc ne sépare point ce que Dieu a joint. » C’est Dieu qui a joint en ne faisant de l’homme et de la femme qu’une seule chair; cette union, ou plutôt cette unité de chair, l’homme ne peut' pas la disjoindre; Dieu seul en a le pouvoir. L’homme la disjoint quand il renvoie sa première épouse, dans le désir d’en prendre une seconde. C’est Dieu qui sépare, lui qui avait joint, quand en vertu d’un consentement mutuel et pour mieux servir Dieu (parce que le temps est court,) ceux qui ont des femmes sont comme s’ils n’en avaient point. 1 Corinth . vir. <& Us lui dirent : Pourquoi donc Moïse a-t-il ciilum et feminam, » ostendit secunda vitanda conjugia. Non enim ait, « masculum et feminas, » quod ex priorum repudio quærebatur : sed « masculum et feminam, » ut unius conjugis consortia necterentur. « Et dixit : propter hoc dimittet homo patrem et matrem, et adhærebit uxori suæ, et erunt duo in carne una. Itaque jam non sunt duo, sed una caro. » Similiter ait, adhærebit uxori suæ, non uxoribus. « Et erunt duo in carne una. » Præmium nuptiarum, e duabus unam carnem fieri. Castitas juncta spiritui, unus efficitur spiritus. ¥. Quod ergo Deus conjunxit, homo non separet. » Deus conjunxit, unam faciendo carnem viri et feminæ; hanc homo non potest separare, nisi forsitan solus Deus. Homo separat, quando propter desiderium se- cundee uxoris, primam dimittit. Deus separat, qui et conjunxerat, quando ex consensu propter servitutem Dei (eo quod tempus in arcto sit) sic habemus uxores, quasi non habentes I Cor. vu. « Dicunt illi : Quid ergo Moyses mandavit dari libel— commandé de donner un billet de répudiation et ■ de. renvoyer? » Ibid. 7. Ils découvrent le piège qu’ils avaient tendu. Et cependant jusque-là, le Seigneur n’avait point exposé son propre senti¬ ment; il s’était contenté de rappeler l’histoire des temps anciens et les commandements de Dieu. « 11 leur répondit : C’est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes; mais cela n’a pas été ainsi dès le commencement. » Ibid. 8. C’est comme s’il disait : Dieu peut-il ainsi se contre¬ dire, qu’après avoir posé une loi, il la détruise par une nouvelle; on ne doit pas le penser. Seulement Moïse, sachant que par suite du désir de posséder d’autres femmes ou'plus riches, ou plus jeunes, ou plus belles, les premières couraient risque d’être tuées ou maltraitées, a , mieux aimé consentir à une séparation, que voir s’éterniser des haines ou des meurtres. Deuter . xxiv. Remarquez également que le, Sauveur ne dit point : « C’est à cause de la dureté de votre cœur que Dieu vous a permis » mais « que Moïse vous a permis; » ainsi d’après l’Apôtre, I Corinth , vir, cette faculté ôst due uniquement à l’indulgence d’un homme et non à un ordre de Dieu. « Mais moi je vous dis que quiconque renvoie sa femme, si ce n’est à cause d’adultère, et en épouse une autre, commet un adultère; et que celui qui épouse la femme renvoyée, commet luna repudii, et dimittere? Aperiunt calumniam quam paraverant. Et certe Dominus non propriam sententiam protulerat, sed veteris historiæ et mandatopum Dei fuerat recorda tus. « Ait iUis : quoniam Moyses ad duritiam cordis vestri permisit vobis dimittere uxores vestras : ab initio autem non fuit sic. » Quod dicit istiusmodi est : Numquid potest Deus sibi esse ccntrarius, ut aliud ante jusserit, et sententiam suam novo. frangat imperio? Non ita sentiendum est, sed Moyses cum videret, propter desiderium secundarum conjugum, quæ vel ditiores, vel junii res, vel pulchriores essent, primas uxores interfici, aut malam vitam ducere, maluit indulgere discordiam, quam odia et homicidia perseverare . Veut xxiv. Simulque considéra, quod non dixit : « Propter duri¬ tiam cordis vestri permisit vobis Deus, sed Moyses, » ut juxta Apostolum I Cor . vu consilium sit hominis, non imperium Dei. « Dico autem vobis, quia quicumque dimiserit uxorem suam, hisi ob fornicationem, et aliam duxerit, mœcha- 23 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU aussi un adultère. » Ibid . 9. L’adultère seul brise le lien du mariage; je vais plus loin, la femme qui a disjoint cette unité de chair en la partageant, et par l’adultère s’est séparée de son mari, ne doit pas .être gardée ; car alors le mari serait sous le coup de cette malédiction des Saintes Écritures : « Celui qui garde une femme adultère est un fou et un impie. » Donc, dès lors qu’il y a adultère et soupçon d’adultère, on est libre de renvoyer sa femme. Mais comme il se pourrait faire qu’un mari calomniât sa femme innocente, et, pour en épouser une autre, imputât faussement un crime à la première, il a le droit et le devoir de la renvoyer, mais sans pouvoir en prendre une seconde du vivant de la première. Voici en effet la pensée du Sauveur : Si ce n’est point pour satisfaire votre passion, mais à cause de l’injure qui vous a été faite, que vous renvoyez votre épouse, pourquoi après avoir éprouvé de telles afflictions dans un premier mariage, vous exposer au même danger en en contractant un second? Et comme la loi accordait également à la femme la faculté de donner à son mari le billet de répudiation, même défense lui est faite de prendre un second mari. Et de plu?, parce qu’il ôtait à craindre que la femme débauchée et celle qui se serait rendue une fois coupable d’adultère, se souciât fort peu de son ignominie, on prévient l’homme qui voudrait l’épouser, qu’il commet en l’épou¬ sant un adultère. tur, Et qui dimissam duxerit, mœchatur. » Sola forni- catio est quæ uxoris vincat affectum, immo cum ilia unam carnem in aliam divisent, et se fornicatione se- paraverit a marito, non debet teneri, ne virum quoque sub maledicto faciat, dicente Scriptura : « Qui adülte- ram lenet, stultüs et impius est. » Ubicumque est igituv fornicatio, et fornicationis suspicio, libéré uxor dimitti- tur. Et quia poterat accidere, ut aliquis calumniam faceret innocenti, et ob secundam copulam nuptiarum, veteri crimen impingeret, sic priorem dimittere jubetur uxorem,' ut secundam, prima vivente, non habeat. Quod enim dicit, taie est : Si non propter libidinem, sed propter injuriam dimittis uxorem, quare expertus infelices priores nuptias, novarum te immittis periculo? Necnon quia poterat evenire, ut juxta eamdem legem uxor quoque marito dàret repudium, eadem cautela præcipitur, ne secundum accipiat virum. Et quia mere- trix, et quse semel fuerat adultéra, opprobrium non timebat, secundo præcipitur viro, quod si talem duxe¬ rit, sub adulterii Bit crimine. « Ses disciples lui dirent : Si telle est la con¬ dition d’un homme uni à une femme, il n’est pas avantageux do se marier. » Ibid. 10. C’est un lourd fardeau qu’une épouse, si on ne peut pas la renvoyer, excepté pour cause d’adultère. Quoi doncl Cetera une femme adonnée à l’ivro- gnerie, irascible, de mauvaises mœurs, de vie licencieuse, gourmande, aimant à sortir, aca¬ riâtre, de mauvaise langue, et il faudra la garder? Bon gré, malgré, il la faut supporter; car nous étions libres, et c’est volontairement, que nous nous sommes enchaînés. Frappés de toute la pesanteur du joug du ménage, les apôtres laissent échapper ce cri de leur âme : « Si telle est la condition de l’homme uni à une femme, il n’est pas avantageux de se marier. » « Il leur dit : Tous ne sont pas capables de prendre cette résolution, mais ceux-là seulement qui en ont reçu le don. » Ibid., 11. N’allez pas croire que sous cette expression, il y ait quelquo chose qui sente le destin ou le hasard; que, par exemple, ceux-là seuls sont vierges à qui Dieu ait donné de l’être, ou qui le seraient devenus par quelque hasard; mais que ceux-là ont reçu le don qui l’ont demandé, qui l’ont voulu et, ont travaillé pour le recevoir. Car celui qui demande recevra, celui qui cherche Trouvera, et il sera ouvert à celui qui frappe. Matth. vu. 8 et Luc. xr, 10. « Car il y a des eunuques qui sont nés tels dès le ventre de leur mère ; il y en a qui. ont « Dicunt ei discipuli ejus Si ita est causa homini cum uxore, non expedit nubere. » Grave pondus uxorum est, si excepta causa fornicationis, eas dimittere non licet. Quid enim si temulenta fuerit, si iracunda, si malis moribus, si luxuriosa, si gulosa, si vaga, si jurga- trix, si maledica, tenenda erit istiusmodi? Volumus nolumus \ Al. nolimus velimusj, sustiùenda est. Cum enim essemus liberi, voluntarie nos subjecimus servituti . Videntes ergo apostoli grave uxorum jugum, proferunt motum animi sui, ei dicunt : « si ita est causa homini cum uxore non expedit nubere. » « Qui dixit illis : Non omnes capiunt verbum istud, sed quibus datum est. » Nemo putet sub hoc verbo, vel fatum, vel fortunam introduci : quod hi sunt virgines, quibus a Deo datum ait, aut quos quidam ad hoc casus adduxerit, sed his datum est qui petierunt, qui voluerunt, qui ut acciperent, laboraverunt. Omni enim petenti dabitur, et quærens inveniet, et pulsanti aperietur Matth. vu, 8, et Luc. xi, 10. « Sunt enim eunuchi, qui de matris utero sic n$ti 24 SAINT JEROME été fait êunuques par les hommes, et il y en a qui se sont rendus eunuques eux-mêmes pour le royaume des cieu-x. Qui peut comprendre ceci le comprenne. » Ibicl. 12. Il y a trois sortes d’eunuques; deux comprennent des eunuques selon la chair, la troisième des eunu¬ ques par l’esprit. Les premiers sont ceux qui naissent ainsi du sein de leur mère; les seconds sont ceux que la captivité ou les exigeantes du plaisir ont rendus tels. Les troisièmes sont ceux qui se sont faits eux-mêmes eunuques pour gagner le royaume du ciel, et qui pouvant être des hommes ordinaires, renoncent pour l’amour de Jésus-Christ aux jouissances sensuelles. C’est à ces derniers qu’est promise la récompense. Quant aux autres, pour qui la chasteté est affaire de nécessité et non de volonté, on ne leur doit absolument rien. Autre interprétation : Les eunuques dès le sein de leur mère, sont les hommes d’un tempérament plus froid qui ne ressentent aucun penchant pour les plaisirs charnels. Les eunuques rendus tels par les hommes, sont ceux que les doctrines, des philo¬ sophes amènent à garder la continence, ou qui se rendent semblables à des femmes pour le culte des idoles; ou bien encore, ceux qui séduits par l’hérésie, font semblant de garder la chasteté, afin de donner à leur secte une appa¬ rence de vraie religion. Mais aucun d’eux ne gagné le royaume du ciel réservé uniquement à celui qui s’est fait eunuque pour Jésus-Christ. Delà cette parole : « Qui peut comprendre ceci, sunt; et sunt eunuchi, qui facti sunt ab hominibus : et suut eunuchi, qui seipsos castraverunt propter regnum cœlorum. Qui potest capere, capiat. » Triplex genus est eunuchorum : duorum carnalium, et tertii spiritualis. Alii sunt qui de matris utero sic nascuntur. Alii quos vel captivitas facit, vel deliciæ matronales. Tertii sunt qui seipsos castravèrimt propter regnum cœlorum; et qui cum possint esse viri, propter Christum eunuchi fiunt. Istis promittitur præmium : superioribus autem quibus castimonise nécessitas, non voluntas est, nihil omnino debetur. Possumus et aliter dicere. Eunuchi sunt ex matris utero, qui frigidioris naturæ sunt, nec libidinem appetentes. Et alii, qui ab hominibus fiunt, quos aut philosophi faciunt, a ut propter idolorum cul- tum emolliuntur in feminas; vel persuasione hæretica simulant castitatem, ut mentiantur religionis veritatem. Sed nullus eorum consequitur régna cœlorum, nisi qui se castraverit propter Ghristum. IJnde et infert : « Qui potest capere capiat; » ut unusquisque consideret vires le comprenne; » c’est-à-dire, que chacun me¬ sure ses forces pour savoir s’il est capable d’ac¬ complir les préceptes de la virginité et de la chasteté. Car la chasteté a un aspect souriant et attrayant; mais il faut tenir compte de ses forces, de telle sorte qu’il n’y ait pour compren¬ dre que celui qui peut comprendre. Ne dirait-on pas la voix du Seigneur encoura¬ geant et excitant ses soldats à remporter le prix de la chasteté : « Que celui qui peut saisir ceci, le saisisse, » que celui qui peut combattre, combatte, l’emporte et triomphe. « Alors on lui présenta des petits enfants afin qu’illeur imposâtles mains et qu’il priât pour eux. Or ses disciples les repoussaient avec des paroles rudes; mais Jésus leur dit . » Ibid. 13, 14. Ce n’est pas qu’ils s’opposassent à ce que le Sauveur les bénît de la main et de la voix; 'mais c’est qu’ils s’imaginaient, dans leur foi encore faible, que le Sauveur pouvait comme les autres hommes être lassé de toutes ces importunités. « Laissez ces enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi, car Le royaume du ciel est pour ceux qui leur ressemblent. Et lorsqu’il leur eut imposé les mains, il partit de là. » Ibid. 15. C’est intentionnellement qu’il dit : « Pour ceux qui leur ressemblent, » et non « pour eux, » afin de montrer que c’est la conduite et non l’âge qui le mérite, et que la récompense est destinée à tous ceux qui partageront leur innocence et leur simplicité. L’Apôtre exprime la même pensée : « Mes frères, ne soyez point enfants sous le suas, utrum possit virginalia et pudicitise implere præ- cepta. Per se enim castitas blanda est, et quemlibet ad se alliciens. Sed considerandæ sunt vires, ut qui potest capere, capiat. Quasi hortantis vox Domini est, et mili¬ tes suos ad pudicitiæ præmium concitantis. « Qui potest capere, capiat; » qui potest pugnare, pugnet, superet ac triumphet. « Tune oblati sunt ei parvuli, ut l 'simponeret et oraret. Discipuli autem increpabant Jésus vero ait eis. » Non quo nollent eis Salvatoris et manu et voce benedici; sed quo needum habentes plenissimam fidem, putarent eum in similitudinem hominum offerentium importunitate lassari. « Sinite parvulos, et nolite prohibera eos ad me venire; talium est enim regnum cœlorum. Et cum im- posuisseteis manus, abiit inde. Significanter dixit, « ta¬ lium, » non « istorum, » ut ostenderet non setatem regna- ,'re sed mores; ethis qui similem haberent innohentiam et simplicitatem, præmium repromitti. Apostolo quoque 25 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU rapport clés sentiments; mais soyez enfants sous le rapport de la malice. Quant aux, sentiments, soyez parfaits. » . Corinth. Xiv. 20. « Alors un homme s’approcha et lui dit : Bon maître, quel bien dois-je faire pour avoir la vie éternelle? Jésus lui répondit. » Ibid. 16. iLe personnage qui demande comment il pourra acquérir la vie éternelle, est à la fois jeune, riche et fier; et d’après un autre évangéliste, ce n’est point pour s’instruire, mais pour tenter Jésus qu’il l’interroge. Marc. x. « Pourquoi me questionnez-vous sur ce qui est bon? il n’y a que Dieu seul qui soit bon. » Ibid . 17. Parce qu’il qualifiait le maître de bon et qu’il ne reconnaissait en lui ni Dieu ni le Fils de Dieu, il lui est répondu, que l’homme même le plus saint n’est rien moins que bon, si on le compare à Dieu dont il est dit : « Louez le Seigneur parce qu’il est bon. » Psahn. cxvii.- 1. Toutefois n’allez pas croire, que par là même qu’on dit que Dieu seul est bon, le Fils de Dieu ne possède pas la bonté; car nous lisons en un autre endroit que, « le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » Joan.. x., et dans le pro¬ phète que l’Esprit est bon et la terre est bonne. En parlant ainsi, le Sauveur ne repoussait donc pas le témoignage rendu à sa bonté, mais il frappait l’erreur qui voyait en lui le maître, sans y voir le Dieu. « Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les in eamdem sententiam congruente : « Fratres nolite pueri effici sensibus, sed malitia parvuli estote; sensu autem ut perfecti sitis. I Cor xiv, 20. » « Et ecee unus accedens ait ilii ; Magister bone, quid boni faciam, ut habeam vitam æternam? Qui dicit ei. » Iste qui interrogat quomodo vitam consequatur æter- nam, et adolescens, et dives est [AI. erat], et super¬ bus; et juxta alium evangelistam, non voto discentis, sed tentantis interrogat Marc, x. « Quid me iuterrogas de bono. Unus est bonus Deus. » Quia [Al. Qui] magistrum vocaverat bonum, et non Deum, vel Dei Filium confessus erat, discit quamvis sanctum hominem comparatioue Dei non esse bonum, de quo dicitur : « Gonfitemini Domino, quoniam bonus » Ps. cxvii, 1. » Ne quis autem putet in eo* quod bonus Deus dicitur, excludi a bonitate Filium Dei, legimus in alio loco : « Pastor bonus poriit animam suam pro ovibus suis » Jpan* x. Et in Propheta, Spiritum bonum terra m que bonam. Igitur et Salvator non bonitafcis tes- timonium renuit. Sed magistri absque Deo exclusit errorem., ' . . commandements. Quels commandements, lui dit- il ? Jésus lui répartit : Vous ne tuerez point, vous ne commettrez point d’adultère, vous ne déroberez point, vous ne porterez point de faux témoignage. Honorez votre père et votre mère, et aimez votre prochain comme vous-même. » Ibid. 18. 19. Que ce jeune homme soit, venu dans l’intention de tenter le Sauveur, nous en avons une preuve suffisante, dans la conversa¬ tion qu’il tient avec lui. Celui-ci lui ayant dit : « Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les commandements, » il lui demande de nouveau hypocritement quels sont çes commandements, comme s’il ne les avait jamais lus, ou comme si le Seigneur pouvait faire des commandements contraires à ceux de Dieu. « Ce jeune homme répondit : J’ai gardé tous ces commandements dès ma jeunesse, que me reste-t-il encore à faire? Jésus lui dit. » Ibid . 20. Ce jeune homme ment; car s’il eût pratiquement fait ce qui est compris dans ces commande¬ ments : « Vous aimerez votre prochain comme vous-même, » pourquoi, après avoir entendu cette parole: « Allez, vendez ce que vous avez et donnez-le aux pauvres, » s’est-il éloigné tout triste parce qu’il avait de grands biens ? « Si vous voulez être parfait, allez, vendez ce que vous avez et donnez-le aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel, puis venez et sui- vez-moi. » Ibid. 21. Il est en notre pouvoir « Si autem vis ad vitam ingredi, serva mandata. Dicit illi : Quæ? Jésus autem dixit : Non homicidium faciès. Non adulterabis. Non faciès furtum. Non falsum testi- monium dices. Honora patrem tuum et matrem, et dÜiges proximum tuum sicut teipsum. » Adolescentera istum tentatorem esse, et ex eo probare possumus, quod dicente sibi Domino : « Si vis ad vitam ingredi, sërva mandata, » rursum fraudulenter interrogat quæ sint ilia mandata ; quasi aut non ipse legerit, aut Dominus pos- sit Deojubere contraria. « Dicit illi adolescens : Omni a hæc custodivi a juven- tute mea, quid ndhuc mihi deest? Ait illi Jésus. » Menti- tur adolescens. Si enim hoc quod positum est in man- datis : « Diliges proximum tuum sicut teipsum, » opéré complesset, quomodo postea audiens : « Vade, et vende quæ liabes, et da pauperibus, » tristis recessit, quia habebat possessiones multas? « Si vis perfectus esse, vade, vende quæ habes, et da pauperibus, et habebis thesaurum in cœlo, et veni, sequere me. ». In potestate nostra est utrum velimus esse perfecti. Tamen quicumque perfectus esse voluerit, 26 SAINT JEROME d’être parfaits, si nous le voulons. Toutefois quiconque veut être parfait, doit vendre ce qu’il possède, en totalité, et non en partie comme le firent Ananie et Saphyre, AcL v. et après l’avoir vendu, tout donner aux pauvres, et se préparer ainsi un trésor dans le royaume des cieux. Et cela ne suffirait pas encore pour la perfection, si après avoir donné cette marque du mépris des richesses, l’on ne suivait le Sauveur; c’est-à-dire, si après avoir quitté le mal, on ne faisait le bien. Car il est plus facile de renoncer à sa bourse qu’à sa volonté. Beaucoup se dé¬ pouillent des richesses, sans suivre le Seigneur. Suivre le Seigneur, c’est l’imiter et marcher sur ses traces. « Celui qui fait profession de croire en Jésus-Christ, doit lui-même marcher comme Jésus-Christ a marché. 1. Joan. n. 6. « Il s’en alla tout triste, parce qu’il avait de grands biens. » Ibid. 22. Voilà la tristesse qui conduit à la mort. Le motif de cette tristesse, c’est qu’il avait de grands biens, c’est-à-dire, des épines et des ronces qui étouffèrent le grain du Seigneur. « Alors Jésus-Christ dit à ses disciples : Je vous dis en vérité qu’un riche entrera difficile¬ ment dans le/ royaume des cieux. » Ibid . 23. Mais alors, comment Abraham, Isaac et Jacob, personnages riches, sont-ils entrés dans le royaume des cieux? Genes. xiii et xxxvi; et comment dans l’Évangile, Matthieu et Zachée debet vendere quse hahet, et non ex parte vendere, sicut Ananias fecit et Sapphyra « Act. v »; sed totum vendere, et cum vendiderit, omne dare panperibus, et sic sibi præparare thesaurum in regno cœlorum. Et hoc ad perfectionem non sufftcit, nisi post contemptas divi- tias Salvatorem sequatur, id est, reliçtis malis, faciat bona. Facilius enim sacculus contemnitur, quam vo- luntas. Multi divitias relinqu ntes, Dominum non sequuntur, Sequitur autem Dominum, qui imit'ator ejus est, et per vestigia illius graditur. « Qui enim dicit se in Cbristo credere, debet quomodo ille ambulavit, et ipse ambulare » 1 Joan. II, 6. ■ « Abiit tristis, erat enim habens multas possessiones. » Hæc est tristitia quæ ducit ad mortem. Causaque tristi- tiæ redditur, quod habuerit multas possessiones, id est, spinas et tribu los, quæ sementem Dominicain suffo- caverint. « Jésus autem dixit discipulis suis : Amen dico vobis, quia dives difficile intrabit in regno cœlorum. » Et quomodo Abraham, Isaac * et Jacob divites intrarunt in regnum cœlorum, Genes. xm et xxxvi, et in Evangelio ayant abandonné leurs richesses, sont-ils l’objet des éloges du Seigneur ? Il faut savoir qu’au moment où ils y entrèrent, ils avaient cessé d’être riches. On n’y entrera donc point tant qu’on sera riche. Néanmoins comme il est singulière¬ ment difficile de mépriser les richesses, le Sau¬ veur ne dit point : Il est impossible, ridais il est difficile aux riches d’entrer dans le royaume des cieux. Où il y a difficulté, il n’y a pas impossi¬ bilité; la difficulté suppose seulement que rares sont ceux qui la surmontent. « Je vous le dis encore une fois : Il est plus facile à un chameau de passer par le trou de l’aiguille, qu’à un riche d’entrer dans le royaume des cieux. Ses disciples entendant cette parole en furent fort étonnés, et ils disaient : Qui pourra donc être sauvé? Mais Jésus les regar¬ dant leur dit cela est impossible aux hommes, mais tout est possible à Dieu. » Ibid. 24. Seqq. Il résulterait de cette parole au premier abord, que ce n’est pas seulement difficile, mais, impos¬ sible; car si ce fiche ne peut pas plus pénétrer dans le royaume des cieux que le chameau passer par le trou de l’aiguille, aucun riche ne sera sauvé. Mais si nous ouvrons le prophète Isaïe, nous y lirons que les chameaux de Madian et d’Épha venaient à Jérusalem chargés de présents. Isai . lx, que ces chameaux, auparavant tombés sous leur charge, tout déformés par le vice et la dépravation entraient néanmoins par les Matthæus et Zachseus, divitiis derelictis, Domini testi- monio prædicantur? Sed considera-ndum, quod eo tem- pore quo intraverunt, divites esse desierunt. Tamdiu ergo non intrabunt, quamdiu divites fuerint. Et tainen quia difficulter divitiæ contemnuntui’, non dixit : Im- possibile est divites intrare in regnum cœlorum, sed difficile. Ubi difficile ponitur, non impossibilitas præ- tenditur, sed raritas demonstratur. « Et iterum dico vobis : Facilius est camelum per foramen a eu s transire, quam divitem intrare in regnum cœlorum. Auditis autem his, discipuli mirabantur valde, dicentes : Quis ergo poterit salvus esse? Aspiciens autem Jésus, dixit illis : Apud homines hoc impossibile est, apud Deum autem omnia possibilia sunt. » Hoc dicto ostenditur non difficile esse, sed impossibile. Si enim quomodo camelus non potest intrare per foramen acus, sic dives intrare non potest in régna cœlorum, nullus divitum salvus erifc. Sed si legamus Isaiam, quomodo cameli Madian et Epha veniant Jérusalem cum donis atque muneribus Isa . lx; et qui prius curvi erant, et vitiorum pravitate distorti, jngrediantur portas Jerusa- COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 27 portes do Jérusalem, et nous verrons que ces chameaux auxquels les riches , sont comparés, après s’être déchargés du lourd fardeau de leurs péchés, et dépouillés de leur laideur corporelle, pouvaient pénétrer par la porte resserrée et la voie étroite qui conduit à la vie, Supra vu. Mais à la question de ses disciples et à l’étonne¬ ment que leur cause la dureté de ces paroles : « Qui pourra donc être sauvé? » le Sauveur fait cette réponse où la clémence tempère la sévérité de sa maxime : « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. » « Alors Pierre prenant la parole lui dit : Vous voyez .que nous avons tout quitté et que nous vous avons suivi, que nous en adviendra-t-il? » Ibid . 27. Confiance admirable. Pierre était pêcheur, il était loin d’être riche, il gagnait sa' vie par le travail de ses mains, et cependant il dit avec la plus grande assurance : « Nous avons tout quitté. » Et comme tout quitter rie suffit pas, il ajoute ce qui est parfait : « Et nous vous avons suivi. » Nous avons fait ce que vous avez commandé, que nous donnerez-vous donc en récompense? « Jésus leur répondit : Je vous dis en vérité que pour vous qui m’avez suivi, lorsqu’au temps de la régénération le Fils de l’homme sera assis sur le trône de sa gloire, vous serez aussi assis sur , douze trônes et vous jugerez les douze tribus d’Israël. » Ibid . 28. Le Sauveur ne lem, videbimus quomodo et ïsti cameli, quibus divites comparantur, cum deposueriut gravem sarçinam pec- catorum, et totius corporis pravitatem intrare. possint per angustam portain, et arctam viain, quæ ducit ad vitam Supra vu. Interrogantibus autem discipulis, et admirantibus austeritatem dicti, « Quis ergo salvus fiet? » demanda sua severitatem sententiæ temperavit, dicens : « Quæ apud homines impossibilia, apud Deum pôssibilia sunt. » « Tune respondens Petrus, dixit ei : Ecce nos reliqui- mus omnia, et secuti sumus te : Quid ergo erit nobis? » Grandis fiducia : Petrus piscator erat, dives non fuerat, cibos manu et arte quærebat; et tamen loquitur con- fîdenter, « Reliquimus omma. » Et quia non .sufficit tantum relinquere, jungit quod perfectum est : « et secuti sumus te. » Fecimus quod jussisti, quid igitur nobis dabis præmii? « Jesus'autem dixit illis : Amen dico vobis, quod vos qui. secuti estis me in regeneratione, cum sederit Filius hominis in sede majestatis suæ, sedebitis et vos super sedes duodecim, judicantes duodecim- tribus Israël. » dit pas.: vous qui avez tout quitté; car cela le philosophe Cratès l’a fait, et une foule d’autres ont fait mépris des richesses, mais : vous qui m’avez suivi, ce qui est le propre des apôtres et des croyants. Lorsqu’au temps de la régéné¬ ration le Fils de l’homme sera assis sur le trône de sa gloire, quand les morts sortiront incorrup¬ tibles désormais de la corruption du tombeau, vous serez, vous aussi, assis sur des trônes de juges et vous condamnerez les douze tribus d’Israël, parce que, tandis que vous embrassiez la foi, elles l’ont repoussée. « Et quiconque aura quitté pour moi sa maison ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou ses terres, recevra le centuple et possédera la vie éternelle. Mais beaucoup seront les derniers qui étaient les premiers, et les premiers, qui étaient les derniers. » Ibid . 29. 30. Ce passage concorde avec cette autre déclaration du Sauveur : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive; car je suis venu séparer le fils d’avec le père, la fille d’avec la mère, la belle- fille d’avec la belle-mère, et l’homme aura pour ennemis ceux de sa propre maison. » Supra x, 34. Ceux donc qui pour la foi de Jésus-Christ et la prédication de l’Évangile, auront sacrifié toutes les affections, renoncé aux richesses et aux plai¬ sirs du monde, recevront le centuple et posséde¬ ront la vie éternelle. Certains esprits s’appuient Non dixit : qui reliquistis omnia, hoc enim et Crates fecit philosophus, et multi alii divitias contempserunt; sed qui secuti estis me : quod proprie apostolorum est atque credentium. In regeneratione, cum sederit Filius hominis in sede majestatis suæ, quando ex mortuis de corruptione résurgent incorruptï, sedebitis et vos in soliis judicantium, condemnantes duodecim tribus Israël : quia vobis credentibus, illi credere noluerunt. « Et omnis qui reliquerit domum, vel fratres, aut sorores, aut pattern, aut matrem, aut uxorem, aut filios, aut agros propter nomen meum, centuplum accipiet, et vitam æternam possidèblt. Multi autem erunt primi novissimi; et' novissimi, primi. » Locus iste-cum ilia sententia congruit, in qua Salvator 1 quitur : « Non veni pacem mittere, sed gladium. Veni enim separare homi- nem a pâtre suo.. et matrem a filia, et nurum a socru : et inimici hominis domestici ejus Supra x, 34 » Qui ergo propter fidem Cbristi, et prædicationem Evangelii, omnes affectus contempserint, atque divitias et sæculi voluptates, isti centuplum récipient, et vitam æternam possidebunt. Ex occasione hujus sententiæ, quidam in- SAINT JEROME 28 sur cette promesse pour imaginer une période de mille ans après la résurrection, pendant laquelle nous recevrons le centuple de ce que nous avons quitté et la vie éternelle; cerveaux rêveurs qui ne réfléchissent pas que si cela est convenable pour la plupart des biens, il serait honteux, sous le rapport des femmes, que celui qui aurait quitté son épouse pour le Seigneur, en reçoive cent dans la vie future. Tel est donc le sens : celui qui pour l'amour du Sauveur aura quitté les biens charnels, recevra les biens spirituels, lesquels par leur valeur propre et comparés aux premiers leur sont aussi supé¬ rieurs que le nombre cent l’est à un petit nom¬ bre. De là cette parole de l’Apôtre, qui cependant n’avait quitté qu’une maison et quelques pauvres petits coins de terre situés dans une seule province : « Gomme n’ayant rien, et possédant tout. » Il'Connf/i.-vi, 10. Le royaume des deux est semblable à un pè¬ re de famille qui sortit de grand matin, afin de louer des ouvriers pour sa. vigne. Et, conven¬ tion faite avec les ouvriers qu’ils auraient un denier pour leur journée, il les envoya à sa vigne. Étant sorti vers la troisième heure, il en vit d’autres qui se tenaient oisifs dans la place et il leur dit : Allez aussi vous autres à ma vigne et je vous donnerai ce qui sera raisonnable. Ils s’y en allèrent. Il sortit encore vers la sixième et la neuvième heure, et fit la môme chose. Enfin il sortit vers la onzième heure, et en ayant troducunt mille annos post resurrectionem, dicentes tune nobis centuplum omnium rerum quas dimisimus, et vitam æternam esse reddendam ; non intelligentes quod si in cæteris digna sit repromissio, in uxoribus appareat turpitudo; ut qui unam pro Domino dimiserit, et centum recipiat in futuro. Sensus ergo iste est : Qui carnalia pro Salvatore dimiserit, spiritualia re ipiet : quae comparatione et merito sui ita erunt, quasi si parvo numéro centenarius numerus comparetur. Unde dicit et Apostolus, qui unam tantum domura, et unius provincial parvos agros dimiserat : « Quasi nihil habentes, et omnia possidetes » H Cor. vi 10. « Simile est regnum coelorum homini patrifamilias, qui exiit primo mane conducere operarios in vineam suam. Conventione autem facta cum operariis ex denario diurno, misit eos in vineam suam. Et egressus circa horam tertiam, vidit alios stantes in foro otiosos, et dixit illis : Ite et vos in vineam meam, et quod justum fuerit dabo vobis. Jlli autem abierunt. Iterum autem exiit circa sextam et nonam horam, et fecit similiter. trouvé d’autres à rien faire, il leur dit : Pour¬ quoi restez-vous là tout le jour sans travailler? Parce que lui dirent-ils, personne ne nous a loués. Et il leur dit : Allez aussi à ma vigne. Or le soir étant venu, le maître de la vigne dit à son in¬ tendant : Appelez les ouvriers et payez-les, en commençant par les derniers jusqu’aux premiers. Ceux donc qui n’étaient venus travailler que vers la onzième heure s’étant approchés reçu¬ rent chacun un denier. Mais les premiers venant à leur tour, s’imaginèrent qu’ils recevraient davan¬ tage, mais ils ne reçurent néanmoins, eux aussi, que chacun un denier. Et en le recevant, ils mur¬ muraient contre le Père de famille en disant : Ces derniers n’ont travaillé qu’une heure, et vous leur avez donné autant qu’à nous qui avons porté le poids du jour et de la chaleur. Mais il répondit à l’un d’eux. » Matth. xx, 1 Seqq . Cette parabole ou comparaison du royaume des cieux s’explique par ce qui la précède. Immédia¬ tement avant de la commencer, le Sauveur disait : « Beaucoup qui étaient les premiers se¬ ront les derniers, et beaucoup qui étaient les derniers seront les premiers. » Le Sauveur parlait au. point de vue non du temps, mais de la foi. Il met maintenant en scène un père de famille qui sort de grand matin, afin de louer des ouvriers pour travailler à sa vigne, et fixe leur salaire à un denier. Sorti ensuite vers la troisième heure, il en trouve d’autres oisifs dans la place publique, et à ceux-là il ne pro- Circa undecimara vevo exiit, et invenit alios stantes, et dicit illis : Quid hic statis tota die otiosi? Dicunt ei : Quia nemo nos conduxit. Dicit illis : Ite et vos in vine- am meam. Cum sero autem factum esset, dicit dominus vineæ procuratori suo : Voca operarios, et redde illis mercedem; incipiens a novissimis usque ad primos, Cum venisseut ergo qui circa undecimam horam véné¬ rant, acceperunt singulos denarios. Venientes autem et primi, arbitrati sunt quod plus essent accepturi : aece- perunt autem et ipsi singulos denarios. Et accipientes, murmurabanl adversus patremfamilias, dicentes : Hi novissimi una hora fecerunt, et pares iilos nobis feojsti, qui portavimus pondus diei et æstus ? At ille respondens uni eorum, dixit. » Parabola ista, vel similitudo regni coelorum, ex his quæ præmissa sunt, intelligitur. Scrip- tum est enim ante eam : « Multi erunt primi novissimi, et novissimi primi. » Non tempori deferente Domino, sed fidei. Dicitque patremfamilias primo mane exisse, ut concluceret operarios in vineam suam, et pretium operis constituisse denarium. Deinde egressum circa COMMENTAIRES SUR L'ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU met pas un denier mais un salaire raisonnable. Il agit de la même façon à la sixième et à la neuvième heure. A la onzième, il en trouve en¬ core d’autres, qui avaient passé toute la journée sans rien faire et il les envoie également à sa vigne. Le soir arrivé, il commande à son in¬ tendant de payer les ouvriers en commençait par les derniers, c’est-à-dire, par les ouvriers de la onzième heure, pour finir par les ouvriers de la première heure; et alors tous également jaloux contre les derniers venus au travail, accusent d’injustice le père de famille; non pas qu’ils eussent reçu moins qu’il n’était convenu ; mais parce qu’ils auraient voulu recevoir plus que ceux qui étaient l’objet de la générosité du maître. A mon avis, les ouvriers de la première heure, ce sont Samuel, Jérémie et Jean-Baptiste qui peuvent dire avec le Psalmiste : « Dès les en¬ trailles de ma mère, vous êtes mon Dieu. »Psalm . xx I, 11. Les ouvriers de la troisième heure sont' ceux qui ont commencé à servir Dieu dans leur jeunesse. Les ouvriers de la sixième heure, ceux qui se sont courbés sous le joug du Christ dans leur âge mûr; de la neuvième heure, ceux qui ont attendu pour le faire, les premières atteintes de la vieillesse; de la onzième heure, ceux qui ne se sont soumis à lui qu’aux derniers jours de leur vie; et néanmoins tous, malgré la diffé¬ rence de leur labeur, reçoivent une égale récom¬ pense. D’autres ont interprété cette parabole tout horam tertiam, vidisse alios stantes in platea otiosos : et iJlis nequaquam denarium, sed quod justum est fuisse pollicitum. Sexta quoque hora et noua fecisse simili- ter. Undecima autem invenisse alios stantes, qui tota die otiosi fuerant, et misisse eos in vineam. Cum autem sero factum esset, præcepisse procuratori çuo, ut a novissimis inciperet reddere, hoc est ab operariis horæ undecimæ usque ad operarios horæ primæ, omnesque pariter contra novissimos invidia concitatos, iniquitatem arguisse patrisfamiüas. Non quod minus acceperint quam fuerat constitutum, sed quod plus accipere volue- rint his, in quos se clementia conductoris elfuderat. Mihi videntur primæ horæ esse operarii Samuel, et Jereinias, et Baptista Joannes, qui possunt cum Psal- mista dicere : « Ex utero matris meæ Deus meus es tu » Ps. XXI, , 11. Tertiæ vero horæ operarii sunt, qui a pubertate servira, Deo cceperunt. Sextæ horæ, qui ma- tura ætate susceperunt jugum Christi,. Nonæ, qui jam déclinante [ Al. déclinant] ad senium. Porrô undecimæ, qui ultima seuectute, et tamen omnes pariter accipiunt præmium, licet diversus labor sit. Sunt qui hanc para- 29 autrement. D’après eux, les ouvriers envoyés à la vigne dès la première heure seraient Adam et les autres patriarches jusqu’à Noé ; la troisième heure s’étend de Noé à Abraham et à la circon¬ cision ; la sixième d’Abraham à Moïse, quand la loi fut donnée; les ouvriers de la neuvième heure sont Moïse et les prophètes; ceux de la onzième, les apôtres et les gentils, objets de l’envie géné¬ rale. C’était la pensée dé saint Jean l’évangéliste, lorsque parvenu au delà de la onzième heure, près du coucher du soleil et du soir de sa vie, il disait : « Mes petits enfants, c’est ici la dernière heure. » I. Joan. n, 18. Remarquez que ces ou¬ vriers, qui tous sans exception, accusent le père de famille d’injustice à l’égard de ceux de la on¬ zième heure, ne veulent pas voir que cette injus¬ tice s’étend également à eux-mêmes; car si le père de famille est injuste, il ne l’est pas seule¬ ment pour une catégorie, il l’est pour toutes. En effet, l’ouvrier de la troisième heure n’a point travaillé autant que l’ouvrier qui partit pour la vigne dès la première heure; pareille¬ ment, l’ouvrier de la sixième heure autant que l’ouvrier de la troisième, et enfin l’ouvrier de la neuvième heure autant que l’ouvrier de la sixiè¬ me. Ainsi, tous ceux qui ont été appelés avant la onzième heure, c’est-à-dire, avant Jésus-Christ, sont jaloux des Gentils; la grâce de l’Évangile fait leur tourment. Aussi le Sauveur conclut-il la parabole en disant : « Les derniers seront les \ bolam aliter edisserant. Prima hora volunt missum esse in vineam Adam et reliquos patriarchas usque ad Noe ; tertia, ipsum Noe usque ad Abraham et circumcisionem ei datam; sexta ab Abraham usque ad Moysen, quando Lex data est; nona, ipsum Moysen, et prophetas; undecima, apostolos et gentium populum, quibus omnes invident. Unde hoc ipsum intelligens post horam jam undecimam, cum esset' prope solis occasum et ad vespe- ram, Joannes Evangelista loquitur : « Filioli mei, novissima hora est» I. Joan n, 13. Et simul considéra quod injustitiam patrisfamilias, quam in undecimæ horæ operariis omnes pariter accusant, in seipsis non intelligunt. Si enim iniquus est paterfamilias, non in uno iniquus est, sed in omnibus; quia non sic labo- ravit tertiæ horæ, operarius, quomodo ille qui a prima hora est missus in vineam. Siiniliter et sextæ horæ operarius minus laboravit tertiæ horæ operario; et nonæ, sextæ horæ operario. Omnis itaque rétro vocatio gentibus invidet, et in Evangelii torquetur gratia. Unde et Salvator concludens parabolam, « Erunt, » inquit « primi novissimi, et novissimiprimi, » Quod Judæi de / 80 SAINT JEROME premiers, et les premiers seront les derniers. » Les Juifs qui étaient la tête deviendront la queue, et nous qui étions la queue nous deviendrons lalête. « Mon ami, je ne vous fais point de tort. » Ibid. A3. J’ai lu . quelque part que cet ami, ouvrier de la première heure, auquel s’adresse le reproche du père de famille, était notre pre¬ mier père et ceux qui crurent en ce temps-là. N’êtes-vous pas convenu avec moi d’un denier? » Le denier porte l’effigie du roi. Vous avez donc reçu la récompense promise, c’est-à- dire, mon image et ma ressemblance, que deman¬ dez-vous de plus? mais je comprends ce que vous voulez; ce n’est pas de recevoir davantage, c’est qu’un autre ne reçoive rien; comme si la récom¬ pense perdait de sa valeur, parce qu’un autre la reçoit également. « Prenez ce qui vous appartient et allez-vous en; pour moi je veux donner à ce dernier autant qu’à vous. Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux? » Ibid. 14, 15. Sous la Loi, le Juif n’est pas sauvé par la grâce, mais par les oeuvres; car qui observe la Loi y trouvera la vie. Et c’est à lui que s’adressent ces paroles : « Et votre' œil est-il mauvais parce que je' suis bon? Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers. Car il y en a beaucoup .d’appelés; mais peu d’élus. » Ibid. 16. L’objet de cette parabole est le même que celle de saint Luc où nous voyons le fils aîné jaloux de capite vertantur in caudam : et nos de cauda mutemur in caput. « Amice, non facio tibi injuriant. » Legi in cujusdam libro, amicum istum qui increpatur a pâtre familias, pri- mæ horæ operarium, protoplastum intelligi, et eos qui illo temppre crediderunt. « Nonne ex denario convenisti mecum? » Denarius figuram regis habet. Jtecepisti ergo mercedem quam tibi promiseram, hoc est, imaginem et simili tudinem meam, quid quæris amplius; et non tain ipse plus acci- pere, quam alium nihil accipere desideras, quasi alterius consortio minuatur præmii meritum? « Toile quod tuum est, et vade. Volo autem et huic novissimo dare sicut et tibi. Aut non licet mihi quod volo, facere? % Judæus iri Lege non gratia,1 sed opéré salvatur. Qui enim fecerit eam, vivet in ea. Unde dicitur ad eum : « An qcuIus tups nequam est, quia ego bonus surn? sic erunt novissimi primi, et primi novissimi, Multi enim sunt vocati, pauci vero electi. » Idipsum sonat et son frère cadet, ne pas vouloir qu’on accueille son repentir, et accuser son père d’injustice. Et pour nous convaincre que tel est bien le sens que nous lui avons donné, le titre et la conclusion de la parabole sont parfaitement d’accord :« Ainsi, dit-il, les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers. Car il y en beau¬ coup d’appelés, mais peu d’élus. « Et Jésus montant à Jérusalem, prit 'en par¬ ticulier ses douze disciples, et leur dit : Voilà que nous montons à Jérusalem, et le Fils de. l’Jiomme y sera livré aux princes des prêtres et aux scribes qui le condamneront à mort et le livreront aux gentils, pour être traité avec dérision, fouetté et crucifié, et il ressuscitera le troisième jour. » Ibid. 17, seqq. Plusieurs fois déjà, il avait tenu ce langage à ses apôtres; mais comme depuis, il avait été question de bien d’autres choses, et que le souvenir, de ses pré¬ dictions pouvait s’être effacé de leur mémoire, il prend occasion de son voyage à Jérusalem en compagnie de ses apôtres, pour les prémunir contre la tentation, dans la crainte qu’ils ne se scandalisent lorsque viendra la persécution, et qu’il sera en butte aux ignominies de la croix. - « Alors la mère des enfants de Zébédée s’approcha de lui avec ses fils, et l’adora en témoignant qu’elle voulait lui demander quelque chose. Il lui dit': Que voulez-vous? Ordonnez, lui dit-elle, que mes deux fils que voici soient . assis dans votre royaume, l’un à votre droite et ilia Lucee parabola, ubi major filius minori invidet, et non vult eum recipi pœnitentem, et patrem accusât injustitiee. Et ut sciamus hune esse sensum quem dixi- mus, titulus parabolse hujus finisque consentiunt. « Sic erunt, » inquit, « novissimi primi, et primi novissimi. Multi enim sunt vocati, pauci vero electi. » « Et ascendens Jésus Jerosolymam, assumpsit duode- cim discipulos suos secreto, et ait illis : Ecce ascendimus Jerosolymam, et Filius hominis tradetyr principibus sa- cerdotum et Scribis, et condemnabunt eum morte, et tradent eum gentibus ad illudendum, et flagellandum, et crucifigendum, et. tertia die resurget. » Grebro hoc ipsum discipulis dixerat, sed quia multis in medio disputatis, poterat labi de memoria quod audierant, iturus Jeroso¬ lymam, et secuin ducturus apostolos, ad tentationem eos parat, ne cum venerit persecutio et crucis ignomi- nia, scandalizentur. « Tune accessit ad eum mater filiroum Zebedæi cuin filiis suis, adorans et petens aliquid ab eo. Qui dixit ei : Quid vis? Ait illi : Die ut sedeant hi duo filii mei, unus COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU l'autre à votre gauche. » Ibid. 20, 21. Où la mère des fils de Zébédée puise-t-elle une pareille idée de ce royaume, pour demander en faveur de ses enfants la gloire du triomphe, quand le Seigneur déclare hautement que « le Fils de l’homme sera livré aux princes des prêtres et aux scribes qui le condamneront à mort, et le livreront aux gentils pour être traité avec dérision, fouetté et crucifié, » quand il révèle à ses disciples épou¬ vantés les ignominies de sa passion? C’est, je pense, parce que le Seigneur ajoute : « Et il ressuscitera le troisième jour. » Cette femme s’imagine alors qu’il commencera à régner aussitôt après sa résurrection, que les prédictions concernant le second avènement vont s’accom¬ plir dans le premier, et avec cette impatience qui est le propre de la femme, oubliant l’avenir, elle veut s’assurer du présent. Pour ce qui est de la question que lui pose le Sauveur, lorsqu’elle s’avance pour faire sa demande : « Que voulez- vous? » il ne faut pas la mettre sur le compte de l’ignorance; le Sauveur parle ici au nom de l’homme qui sera fouetté et crucifié; de même par rapport à l’hémorroïsse : « Qui m’a touché? » Luc vin, 15. Et à Lazare : « Où l’avez-vous mis? » Joan. xi, 34. Et dans l’Ancien Testament : << Adam, où êtes-v(ous? » Genes. ni, 9. Et : « Je descendrai et je verrai si leurs œuvres répon¬ dent à ce cri qui est venu jusqu’à moi, pour voir si cela est ainsi, ou non. » Genes . xviii, 21. Mais ad cfexteram tuam, et unus ad sinistram in pegno tuo. » Unde opinionera regni habet mater filiorum Zebedæi, ut cum Domimis dixerit : « Filius hominis tradetur prin- cipibus sacerdotum et Scribis, et condemnabunt eum morte, et tradent gentibus ad illudendum, et flagellan- duin, et crucifigendum ; » et ignominiam passionis ti- mentibus discipulis annuntiaret, ilia postulet gloriam triumphantis? hac, ut reor, ex causa, quia post omnia dixerat Dominus : « et tertia die resurget, » putavit eum mulier post resurrectionem illico regnaturum, et hoc quod in secundo adventu promittitur, in primo esse com- plendum, et aviditate feminea præsentia cupit, imme- mor futurorum. Quod autem interrogat Dominus, et, ilia petente,respondit ; « Quid vis?» Don venit de ignorantia, sed ex ejus persona dicitur, qui flagellandus et crucifi-/ gendus erat : quomodo et in Hemorrhousa : « Quis me tetigit1 » Luo . vin, 15? Et de Lazaro : « Ubi posuistis eum» ./oon. xi, 34? In veteri quoque Testamento : «Adam ubi es » Gent in, 9? Et: « Descendens videbô sijuxta cla- morem, qui venit ad me, perficiant, sin autem non est, ut Bciam » Gen . xviii, 21. Postulat autem mater filiorum 31 pour en revenir à la mère des enfants de Zébé¬ dée, sa demande est inspirée par une erreur de femme et par l’amour maternel, et elle ne sait ce qu’elle demande. Quoi d’étonnant qu’on la taxe de maladresse, quand l’Évangéliste dit de Pierre qui voulait faire trois tentes : « Il ne savait ce qu’il disait, » Marc ix; « Mais Jésus répondit : Vous ne savez ce que vous demandez. » Ibid . 22. C’est la mère qui demande, c’est aux enfants que le Seigneur répond; car il comprend que la mère n’a de¬ mandé qu’à l’instigation de ses enfants. « Pouvez-vous boire le calice que je dois boire? Nous le pouvons, lui dirent-ils. » Dans les Saintes Écritures, le mot, calice a le sens de passion, selon cette parole : « Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi; » Mattht. xxvi, 39, et celle du Psalmiste .* « Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu’il m’a donné? Je pren¬ drai le calice du salut, et j’invoquerai le nom du Seigneur. » Psalm . cxv, 3 Seqq. et il indique aussitôt après quel est ce calice : « La mort des saints est précieuse aux yeux du Seigneur. » « Il leur dit : Il est vrai que vous boirez mon calice, mais quant à être assis à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi à vous le don¬ ner; mais cela est réservé à ceux à qui mon Père l’a préparé. » Ibid . 23. On se demande comment les enfants de Zébédée, Jacques et Jean, ont bu le calice du martyre. L’apôtre Zebedæi errore muliebri et pietatis affectu, nesciens quid peteret. Nec mirum si ista arguatur iæperitiæ; cum de Petro dicatur, quando tria vult facere.tabernacula, « nes¬ ciens quid diceret » Maro . ix. / « Respondens autem Jésus, dixit : Nescitis quid peta- tis. » Mater postulat, et Dominus discipulis loquitur, in- intelligens preces ejus ex filiorum descendere volun- tate. « Potestis bibere calicem, quem ego bibiturus sum? Dicunt ei : Possumus. » Calicem in Scripturis divinis passionem intelJigimus, juxta illud : « Pater, si possibi- le est, transeat a me calix iste » Matt. xxvi, 39. Et in psalmo : « Quid retribuam Domino pro omnibus quæ re- tribuit mihi ? Calicem salutaris accipiam, et nomen Do- mini invocabo » Ps. cxv, 3 et seqqt\ stathnque infert quis iste sit calix : « Pretiosa in conspectu Domini m rs Sanctorum ejus. » « Ait illis : Calicem quidem meum bibetis : sedere autem ad dexteram meam et sinistram, non est meum dare vobis, sed quibus paratum est a Pâtre meo. » Quæ- ritur quomod'o calicem martyrii filii Zebedæi, Jacobus 32 SAINT saint Jacques seul ayant eu, d’après l’Écriture, la tête tranchée par Hérode, A et. xii, et saint Jean étant mort d’une mort naturelle. Mais si nous ouvrons l’histoire ecclésiastique, nous trouverons que saint Jean rendit lui aussi témoignage au Christ, qu’il fut pour cela plongé dans une chaudière d’huile bouillante, que ce vaillant athlète du Christ, en sortit pour rece¬ voir la couronne, et fut aussitôt après exilé dans l’île de Pathmos ; et nous en conclurons que ni le courage ni la volonté ne lui manquèrent pour le martyre, et qu’il a bu lui aussi le calice de la souffrance que les trois jeunes gens burent dans la fournaise ardente. Dan. m, bien que le bour¬ reau n’ait point répandu leur sang. Pour ces paroles : « Quant à être assis à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi à vous le donner; cela est réservé à ceux à qui mon Père l’a pré¬ paré, » il faut les entendre ainsi : Le royaume des cieux n’est pas à la disposition de celui qui le donne, mais de celui qui le reçoit; car Dieu ne fait pas acception des personnes. Act. x, 34; mais quiconque se sera rendu digne du royaume des cieux, le recevra; car il est pré¬ paré moins pour la personne que pour ses vertus. Si donc vous méritez par vos œuvres d’obtenir ce royaume des cieux que mon Père a préparé pour les victorieux et les triomphants, vous aussi vous le recevrez. D’autres pensent que ces expressions s’appliquent à Moïse et à Élie, que, peu de temps auparavant, les apôtres videlicet et Joannes biberint, cum Scriptura narret Ja- cobuin tantum apostolum ab Herode capite truncatum Act. xii ; Joannes autein propria morte vitam finierit. Sed si legamus ecciesiasticas historias, in quibus fertur, quod et ipse propter martyrium sit missus in ferventis olei dolium, et inde ad suscipiendam coronam Christi athleta processerit, statimque relegatus in Pathmos insu- lam sit, videbimus martyrio animum non defuisse, et bi- bisse Joannem caJicem confessionis : quem et très pueri in camino ignis biberunt Dan. m, licet persecutor non fuderit sanguinem. Quod autem dicit : « sedere ad dex- tram meam et sinistram, non est meum dare vobis, sed quibus paratum est a Pâtre meo, » sic intelügendum est : Regnum cœlorum non est dantis, sed accipientis. Non est enim acceptio personarum apud Deum Act. x, 34 ; sed quicumque talem se præbuerit ut regno cœlo- rum dignus fiat, hic accipiet, quod non personæ, sed vitæ paratum est. Si itaque taies estis qui consequamini regnum cœlorum, quod Pater meus triumphantibus et vic- toribus prseparavit, vos quoque accipietis illud, Alii de JÉROME avaient vus converser avec Jésus sur la mon¬ tagne : ce n’est nullement mon avis. Le Sauveur ne nomme pas ceux qui seront assis dans le royaume des cieux : en nommer quelques-uns, ce serait paraître en exclure les autres. « Les dix autres ayant entendu ceci, furent indignés contre les deux frères. » Ibid . 24. Les dix autres apôtres ne témoignent aucune irritation contre la mère des enfants deZébédée; ils ne s’en prennent pas à elle de la hardiesse de sa demande, mais à ses enfants, et s’indignent des désirs ambitieux et de la soif des grandeurs qu’ils ont laissé percer. C’était aussi à eux que le Sauveur disait : « Vous ne savez ce que vous demandez. » Cette réponse du Seigneur d’un côté, et de l’autre, l’indignation des Apôtres laissent clairement entendre que c’étaient les enfants qui avaient poussé leur mère à pos¬ tuler ces dignités. « Mais Jésus les appela à lui et leur dit : /Vous savez que les princes des nations dominent sur elles, et que ceux qui sont les plus puissants parmi eux les traitent avec empire. Il n’en sera pas ainsi parmi vous. Mais que celui qui voudra être le plus grand parmi vous, soit votre serviteur, et que celui qui voudra être le premier parmi vous, soit votre esclave. » Ibid. 25 seqq. Ce maître, modèle de douceur et d’humilité, ne reproche pas aux. deux solliciteurs, leurs désirs immodérés, ne réprimande pas les dix autres de l’indignation Qt de l’envie qu’ils laissent paraître; Moyse et Elia dictum volunt, quos paulo ante in monte cum eo viderant loquentes; sed mihi nequaquam vide- tur. Ideo enim sedentium in regno cœlorum vocabula non dicuntur; ne paucis nominatis, cæteri putarentur exclusi. « Et audientes decem, indignati sunt de duobus fratri- bus. » Decem apostoli non indignantur matri filiorum Zebedæi, nec ad mulieris audaciam referunt postulantis; sed ad filios, quod igorates mensuram su'am, immodica cupiditate exarserent, quibus etDominus dixerat : « Nes- citis quid petatis. » Subintelligitur autem vel ex respon- sione Domini, vel ex indignatione apostolorum, quod filii matrem immiserint ad grandia postulanda. « Jésus , autem vocavit eos ad se et ait : Scit'is quia principes gentium dominantur eorum; et qui majores sunt, potestatem exercent in eos. Non ita erit inter vos, sed quicumque voluerit inter vos major fieri, sit vester minister. Et qui voluerit inter vos primus esse, erit ves¬ ter servus. » Humilis magister et mitis, nec cupiditatis immodicæ duos [Al. suos] arguit postulantes, nec decem 33 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU il se contente de leur apprendre par un exemple que celui-là sera le plus grand qui se sera fait le plus petit; que celui-là sera le maître qui se sera fait le serviteur de tous. C’est donc inuti¬ lement que, les lins ont brigué les honneurs, inu¬ tilement aussi que les autres se sont révoltés contre leur ambition, puisqu’on ne parvient pas aux plus hauts sommets des vertus par la puis¬ sance, mais par l’humilité. Enfin, il se donne lui-même en exemple, pour que sa manière d’agir les fasse rougir, si ses paroles ne suffisent pas à les convaincre, et il leur dit : « Comme le Fils de l’homme qui n’est pas venu pour êtreWvi, mais pour servir. » Ibid, .28. Remarquez, -et nous l’avons répété bien souvent, que celui qui vient pour servir, s’appelle le Fils de l’homme. « Et donner sa vie pour la rédemption d’un grand nombre. » Quand il prit la forme et la nature de serviteur, afin de verser son sang pour le salut du monde. Phüipp n. Il ne dit pas : donner sa vie pour la rédemption de tous, mais d’un grand nombre, c’est-à-dire, de ceux qui voudront croire en lui. « Lorsqu’ils sortaient de Jéricho, une grande troupe de peuple les suivit. Et doux aveugles, assis le long du chemin, ayant entendu dire que Jésus passait, se mirent à crier : « Seigneur, fils de David, ayez pitié de nous .Et comme le peuple les reprenait pour les faire taire, ils criaient reliquos indignationis increpat et livoris, sed taie point exemplum, quo doceat eum majorem esse, qui minor fuerit et ilium dominum fieri, qui omnium servus slt. Frustra igitur aut illi immoderata quæsierant : aut isti dolent super majorum desiderio : cum ad summitatem virtutum non potentia, sed humilitate veniatur. Denique sui proponit exemplum, ut si dicta parvipenderent, eru- bescerent ad opéra, et dicit : « Sicut Filius homiuis non venit ministrari, sed minis- trare. » Nota, quod crebro diximus, eum qui ministrat, appellari Filum bominis. « Et dare animam suam redemptionem pro multis. ». Quando formam servi accepit, ut pro mundo sanguinein fundôret Phüipp. u. Non dixit animam suam redemp¬ tionem dare pro omnibus, sed pro multis, id est, pro his qui credere voluerunt. « Et egredientibus illis ab Jéricho, secuta est eum turba multa. Et ecce duo cæci sedentes secus viam, au- dierunt quia Jésus transiret; et clamaverunt, dicentes : Domine miserere nostri, fili David. Turba autem incre- pabat eos ut tacerent. At illi magis clamabant, dicentes : Tom. x. encore plus haut, disant : Seigneur, fils de David, ayez pitié de nous. » Ibid . 29. Seqq> 11 y avait à Jéricho beaucoup de voleurs qui tuaient , ou blessaient les voyageurs descendant de Jérusa-. lem. Le Seigneur vient donc à Jéricho avec ses disciples, pour guérir les blessés, et entraîner avec lui une grande foule de peuple. Puis, lorsqu’ils veulent sortir de cette ville, voilà qu’une grande foule les suit. S’il était resté à Jérusalem, s’il n’était pas descendu à tous les abaissements, la foule serait encore aujourd’hui assise dans les ténèbres et à l’ombre de la mort. Mais il y avait deux aveugles le long du chemin. 11 appelle aveugles ceux qui ne pouvaient pas encore dire avec le Psalmiste : « En votre lumière, . nous verrons la lumière. » Psalm. XXXV, 10. Le long du chemin, parce qu’ils semblaient avoir la connaissance de la Loi ; mais ils ignoraient la voie qui est Jésus-Christ. Dans ces deux aveu¬ gles, la plupart des commentateurs voient les. Pharisiens et les Sadducéens; d’autres, les deux peuples, le peuple de l’Ancien Testament, et celui du Nouveau; et tous deux, celui qui obéissait à la loi écrite, comme celui qui suivait la loi naturelle, étaient aveugles sans le Christ. Incapables de voir par eux-mêmes, ils entendi¬ rent faire l’éloge du Sauveur, et ils confessèrent le Fils de David. Mais si l’on veut voir dans les deux aveugles le peuple juif, ce qui suit : « La foule les reprenait » doit s’appliquer aux gentils, Domine, miserere nostri, fili David. » Multi latrones erant in Jéricho, qui egredientes et descendentes de Jérusalem, interficere et vulnerare consueverant : idcir- co Dominus venit Jéricho cum discipulis suis, ut liberet vnlneratos, et multam turbam secum trahat. Denique postquam egredi volunt ab Jéricho, secuta est eum turba multa. Si mansissot Jerosolymis, et numquam ad humi¬ lia descendisse^ turba usque hodie sederet in tenebris, et in umbra mortis. Sed et duo cæci erant juxta viam. Cæcos appellat qui necdum dicere poterant : « In lumi- ne tuo videbimus lumen » Ps. xxxv, 10. Secus viam, quia videbantur quidem Legis habere notitiam ; sed viam, quæ Ghristus est, ignorabant, quos plerique Pharisæos intelligunt et Sadducæos, abi vero utrumque populum, et veteris Testanienti et novi; quod alter scriptam Legem alter naturalem sequens, sine Ghristo cæcus erat. Hi quia per se videre non poterant, audierunt præconia Salvatoris, et confessi sunt filium David. Sin autem uterque cæcus refertur ad populum Judæorum, hoc quod sequitur, « Increpabat eos turba, » super ethnicis intelligendum est, quos Apostolus monet ne glorientur, 3 SAINT JÉROME leur rend ce que le péché leur avait enlevé. Et 84 auxquels l’Apôtre conseille de ne pas se glorifier, de ne pas s’élever contre la racine dont ils sont sortis. Rom. xr. Transportés de l’olivier sauvage sur l’olivier franc, par suito de l’erreur et de la désertion du peuple choisi il ne leur appartient en aucune façon de se montrer envieux du salut de ceux qui les ont précédés dans l’amitié de Dieu. « Eils de David, ayez pitié de nous. » La foule les reprend, ils ne se taisent pas pour cela ; loin de là, ils crient avec plus de force, pour montrer leur ardent désir de la vraie lumière. « Alors Jésus les appela et leur dit: Que vou¬ lez-vous que je vous fasse ? Seigneur, lui dirent- ils, que vous nous ouvriez les yeux. » Ibid. 32, 32. Ils étaient aveugles, ne savaient où ils allaient, et ne pouvaient suivre le Sauveur. Il y a dans les environs de Jéricho, un grand nombre de trous, de rochers escarpés, et de précipices fort profonds. Le Seigneur s’arrête donc, afin qu’ils puissent venir à lui, et les fait appeler de peur que le peuple les empêche d’avancer. Et, comme s’il ignorait ce qu’ils désirent, il les interroge pour faire mieux connaître par leur réponse l’infirmité dont ils souffrent, et manifes¬ ter sa puissance par leur guérison. « Jésus ayant donc pitié d’eux, leur toucha les yeux, et au même moment ils virent et le suivirent. » Ibid.3L Il touche leurs yeux, et artiste incomparable, leur donne ce que la nature leur avait refusé; ou bien encore, la miséricorde et superbiant contra radicem suam Rom. xi; sed cum ipsi errore priorum inserti fuerint ex oleastro in bonam olivam, nequaquam debeant invidere priorum saluti. « Miserere nostri, fili David. » Increpantur a turbis, et nihilominus non tacent : sed crebrius idipsum ingeminant, ut desiderium plénum verse lucis ostendant. « Et stetit Jésus, et vocavit eos, et ait : Quid vultis ut faciam vobis? Dicunt illi : Domine, ut aperiantur oculi nostri. » Gseci erant, quo pergerent ignorabant, et sequi non poterant Salvatorem. Multæ fovese in Jéricho, multæ rupes et prærupta in prôfundum vergentia ; id- circo Dominus stat, ut venire possint et vocari jubet, ne turbæ prohibeant; et interrogat quasi ignorons quid ve- lint, ut ex responsione cœcorum manifesta débilitas pa- teat, et virtus ex remedio cognoscatur. «.Misertus autem eorum Jésus, tetigit oculos eorum, et confestim viderunt, et secuti sunt eum. »'Tangit ocu¬ los et præstat artifex quod natura non dederat. Aut certe quod débilitas tulerat, donat misericordia. Statimque viderunt, et secuti sunt eum. Qui ante in Jéricho con- aussitôt ils virent et le suivirent. Eux qui auparavant restaient assis à Jéricho, efc ne savaient que crier, les voilà maintenant qui suivent Jésus, moins 'encore des pieds que par leurs vertus. ■ > « Lorsqu’ils approchèrent de Jérusalem, et qu’ils furent arrivés à Bethphagé, près de la montagne des Oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples en leur disant : Allez à ce village qui est en face de vous, et vous y trouverez en arrivant une ânesse attachée' et son ânon avec elle. Détachez-les et amenez-les moi. Et si quel¬ qu’un vous dit quelque chose, dites que le Seigneur en a besoin, et aussitôt il les laissera emmenef. » Matth. xxr, 1. Seqq.he Sauveur sort de Jéricho, entraînant à sa suite une foule considérable; et après avoir rendu la vue aux aveugles, il s’approche de Jérusalem, chargé de biens. Le salut des croyants assuré, il a hâte de rentrer dans la cité de lâ paix, le lieu de la vision deDieu, etla citadelle de l’observation. Etlorsqu’il approcha de Jérusalem, et fut arrivé à Beth¬ phagé, « à la maison des mâchoires », ( C’était un petit village appartenant aux prêtres; il était situé au pied du mont des Oliviers- ou se- trouvent la lumière de la science, le repos du travail et la cessation de la doulour ). Il envoya au village deux de ses disciples, ÔscopTyrocdv xca èpyacmxJv, c’est-à-dire, la théorie et la pratique, « la science et l’action. » Et il leur tracti sedebant, et clamare tantum noverant, postea sequuntur Jesum, non tam pedibus quam virtutibus. « Et cum appropinquasset Jerosolymis, et venisset Bethphage ad montem Oliveti, tune Jésus misi-t duos discipulos, dicens eis : Ite in castefium quod contra vos est, et statim invenietis asinam alligatam, et pullum cum ea; solvite et adducite mihi. Et si quis vobis aliquid dixerit, dicite : Quia Dominus bis opus babet, et con¬ festim dimittet eos. » Egrediturde Jéricho, turbis educ- tis inde quamplurimis, et cæcis reddita sanitate, appro- pinquat Jerosolymis, magnis ditatus mercibus; salute credentium reddita, ingredi cupit urbem pacis, et locum visionisDei, et arcem speculatorii. Cumque appropinqua- ret JerOsolymis, et venisset Bethphage ad « domum maxillarum » qui sacerdotum viculus erat, et con- fessionis portabat typum ; et erat situs in monte Oliveti, ubi lumen scientiæ, ubi laborum et dolo- rum requies), misit duos discipulos suos, 0£cop7]Totbv xat £pya Kupte, COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 37 Au lieu des expressions employées par les Septante. > Ibid . 17. 11 laissa là les incrédules, sortit de la ville des contradicteurs, s’en alla à « Béthanie, » qui signifie : « maison de l’obéissance, » comme s’il voulait dès lors annoncer la vocation des gen¬ tils, et il y demeura, car il ne put demeurer en Israël. Ce que nous pouvons encore tirer de ce texte, c’est qu’il était si pauvre, si peu courti¬ san, que dans cette grande ville il n’aurait pu trouver ni un hôte ni une maison qui consentît à le recevoir; et qu’il dut chercher l’hospitalité dans la petite maison habitée par Lazare et ses sœurs. Car ils demeuraient à Béthanie. « Le matin, en retournant à la ville, il eut faim. Et voyant un figuier sur le chemin, il s’en approcha, mais n’y ayant trouvé que des feuil- . les, il lui dit : « Qu’à jamais il ne naisse de toi aucun fruit. Et au même moment le figuier devint sec. Les disciples voyant cela, furent sai¬ sis d’étonnement et dirent : Gomment ce figuier est-il devenu sec en un moment ? » Ibid. 18 seqq. les ténèbres de la nuit étant dissipées, le soleil du matin étant dans tout son éclat, à cette testimonium perhibeant, nec rursum errant ; pueri. sunt, debetis ætati ignoscere; sed profert exemplum de octavo psalmo, ut, tacente Domino Scripturarum testimonium puerorum dicta firmaret. « Et relictis illis, abiit foras extra civitatem in Bethaniara, ibique mansit. » Reliquit incrednlos, et urbem egressus contradicentium, ivit «Bethaniam,» quod interpretatur «domus obedientiæ, ».jamtunc vocationem gentium præfiguraus, ibique mansit, quia in Israël permanere non potuit. Hoc quoque inteUigendum est, quod tantæ fuerit paupertatis, et. ita nulli adulatus sit, ut in urbe maxima nullura hospitem, nullam invenerit mansionem, sed in agro parvulo apud Lazarum sorores- que ejus habitaret : eorum quippe vicus Be.thania est. « Mane autem revertens in civitatem, esuriit. Et videns fici arborem unam secus viam, venit ad eam, et nihil invenit in ea, nisi folia tantum. Et ait illi : Numquam ex te fructus nascatur in sempiternum, et arefacta est continuo ficulnea. Et videntes discipuli mirati sunt, dicentes : Quomodo continuo aruit? » Dis- COMMENTAIRES SUR L'EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 41 heure vqisine du midi, où le Seigneur devait un peu plus tard faire resplendir sur le monde la lumière de sa passion, Jésus retournant à Jéru¬ salem eut faim. Il eut faim pour montrer la réa¬ lité de sa nature humaine, ou bien il eut faim du salut des croyants, souffrant qu’il était de l’incrédulité d’Israël. Et apercevant un arbro (dans lequel nous voyons la Synagogue et le peuple Juif) près du chemin, (la Synagogue en effet, possédait la Loi, et elle était près du che¬ min, puisqu’elle ne croyait pas en la voie) il s’approcha de cet arbre qui restait immobile bien entendu, n’ayant point les pieds de l’Évan¬ gile, et il n’y trouva que des feuilles, que le bruit des promesses, les traditions pharisaïques, l’arrogance de la Loi, l’éclat des mots, sans aucun fruit de vérité. Aussi un autre Évan¬ géliste dit-il : « Car ce n’était pas encore le temps. » Marc. si. 13, c’est-à-dire, le temps du salut d’Israël n’était pas encore arrivé, puisque le peuple des gentilsn’étaitpas encore entré dans l’Église; ou bien le temps de croire était passé, le Christ qui était venu d’abord au peuple Juif, étant sur son refus passé aux nations. Et il lui dit : « Qu’il ne naisse de toi aucun fruit à jamais, » ou « dans les siècles, » le mot grec alwv a les deux sens. Et le figuier qui n’avait point les fruits que le Sauveur y cherchait pour apaiser sa faim, devint sec. Mais bien que les feuilles se fussent désséchées, le tronc devait cussis noctis tenebris, matutina luce radiante, et vicina meridie, in qua Dominus passione sua illustraturus erat orbem, cum in civitatera reverteretur, esuriit, vel veritatem humanæ carnis ostendens, vel esuriens salutem credentium, et æstuans ad incredulitatem Israelis. Cumque vidisset arborem unam (quam intebigimus Synagogam, et conciliabulum Judæorum) juxta viam : habebat enim Legem, et ideo juxta viam erat, quia non credebat in viam, venit ad eam, stantem scilicet et immobilem, et non habentem Evangelii pedes; nihilque invenit in ea, nisi folia tantum, promissionum strepitum, traditiones Pbarisaicas, et jactationem Legis, et orna- menta verborum absque ullis fructibus veritatis. Unde et alius evangelista dicit : « Nondum enim erat tempus » Marc x. 13. sive quod tempus nondum venerat salvatiortis Israël, eo quod nondum Gentibum populus subintrasset, sive quod præterisset tempus fidei, quia ad ilium primum venions, et spretus, transisse! ad nationes. « Et ait illi : Numquara ex te fructus nascatur, « vel » in sempiternum, « vel » in sæculum; >> utrumque enim cdwv [AL atwva] Græcus sermo significat. Et arefacta est néanmoins rester, et la racine vivre, quoique dépouillée de ses rameaux, afin que dans les derniers temps, si elle veut croire, il en puisse sortir le rejeton de la foi, et que cette parole de l’Écriture soit accomplie : « L’arbre n’est point sans espérance. » Job. xiv, 7. Dans le sens lit¬ téral, le Seigneur qui allait souffrir aux yeux du peuple, et porter le scandale 'de la croix, devait auparavant affermir par un prodige l’esprit de ses disciples. De là leur étonnement qu’ils tra¬ duisent ainsi : « Comment ce figuier est-il devenu sec en un instant?.» Le Seigneur aurait donc pu, en vertu de la même puissance, dessécher ainsi ses ennemis, s’il n’eût préféré attendre que leur repentir les amenât au salut. « Jésus leur répondit : « Je vons le dis en vérité : Si vous aviez de la foi, et si vous n’hési¬ tiez point, non seulement vous ferez ce que ;je viens de faire à l’égard de ce figuier, mais quand même vous diriez à cette montagne, ôte-toi, et jette-toi dans la mer, cela se ferait. Et toutes les choses que vous demanderez dans la prière avec la foi, vous les recevrez. » Ibid. 21, 22. Les chiens des gentils aboient contre nous dans leurs écrits, qui sont restés comme preuve de leur impiété, et prétendent que les apôtres n’avaient pas la foi, parce qu’ils n’ont pu trans¬ porter les montagnes. Nous leur répondrons que le Seigneur a fait un si grand nombre de mira¬ cles que, s’ils étaient écrits, le monde, au ficulnea, quse esuriente Domino, cibos quos ille cupierat, non habebat. Sic autem aruerunt folia, ut truncus ipse remaneret, et fractis ramis, vireret [Al. viveret] radix, quæ in novissimo tempore si creclere voluerit, virgulta fidei pullulet, impleaturque Scriptura, tlicens : « Est arbori spes » Job xiv, 7. Juxta litteram autem Dominus passurus in populis, et bajulaturus scandalum crucis, debuit discipulorum animos signi anticipatione firmare. Unde et discipuli mirantur, dicentes : « Quo- modo continuo aruit? » Potuit ergo SalvatOr eadém virtute etiam inimicos siccare suos, nisi eorum per pœnitentiam exspectasset salutem. « Respondens autem Jésus ait eis : Amen dico vobis, si habueritis fidem, et non hæsitaveritis, non solum de ficulnea facietis; sed et si monti buic dixeritis : Toile et jacta te in mare, fiet. Et omnia quæcumque petieritis in oratione creclentes, accipietis. » Latrant contra nos Gentilium canes in suis voluminibus, quæ in impietatis propriæ memoriam reliqueruntj asserentes apostolos non habuisse fidem, quia montes transferre non polnerint. Quibus nos respondebimus, multa facta esse - signa a 42 SAINT JEROME témoignage de saint Jean l’évangéliste,' Joan. sxr, 25, ne pourrait les contenir. Non pas en ce sens que le monde ne puisse contenir des volu¬ mes qui tiennent très bien, quelque soit leur nombre, dans une armoire ou dans une biblio¬ thèque, mais en ce sens qu’il ne pourrait pas, vu son incrédulitëÿltft les miracles eux-mêmes, en supporter l’éclatjNous croyons donc que les apô¬ tres en ont fait de pareils, mais qu’ils n'ont pas été écrits, pour ne pas donner aux infidèles un prétexte plus spécieux de s’élever contre nous. D’ailleurs demandons-leur s’ils croient ou non aux prodiges' que racontent nos livres. Et puis¬ que nous les y trouverons incrédules, nous en. conclurons que, ne croyant pas à ceux qu’ils regardent comme moins grands, ils ne croiraient pas davantage aux plus grands. Voilà la réponse que nous avions à leur faire. Pour en revenir à l’explication, nous voyons dans cette montagne, comme nous l’avons déjà dit, le diable s’élevant dans son orgueil contré son Créateur, le diable qui est appelé par le prophète : montagne de corruption. Et lorsqu’il s’est emparé d’une âme et y a pris racine, il peut' être transporté par les apôtres et ceux qui jouissent du même pou¬ voir, dans la' mer, dans les lieux salés, agités, amers, privés entièrement de la douceur de : Dieu. La même pensée se retrouve dans les Psaumes : « Nous ne serons point saisis de crainte, quand la terre sera bouleversée, et que Domino, juxta Joannis Evangelistæ testimonium, quæ scripta essent, mundus caperenon poaset Joan .. xxi 25. Non quo mundus voïumiua capere non potuerit, quæ potest, quamvis multiplicia sint, unum armariolum, vel unum capere scrinium; sed quod magnitudinem signorum præ m ira cul i s et incredulitate ferre non possit. ïgitur et hæc credimus fecisse apostolos, sed ideo scripta non esse, ne infidelibus contradicendi major . daretur occasio. Alioquin interroge mus eos, utrum credant his signis, quæ scripta narrantur, an non. Et cum incredu- los viderimus, consequenter probabimus, nec majoribus eos credituros fuisse, qui minoribus non crediderint. Hoc adversum illos. Gæterum . nos, ut ante jam diximus, montem diabolum intelligamus superbientem et jactantem se contra Greatorem suum, qui a propheta mons corruptus appellatur. Et cum animam hominis possederit, et in ea fuerit radicatus, ab apostolis, et his qui similes apostolorum sunt, transferri potest in mare, hoc est, in loca salsa, et fluctuantia, et amara, quæ nullam habent dulcedineih Dei. Idipsum et in Psalmis les montagnes seront transportées dans le fond de la mer. » Psalm . xlv. 3. « Lorsqu’il fut arrivé dans le temple, les princes des prêtres et les anciens du peuple vinrent le trouvef comme il enseignait, et lui dirent : En vertu de quel pouvoir faites- vous ces choses?' et qui vous a donné ce pouvoir? » Ibid . 23. C’est toujours en d’autres termes la même calomnie que lorsqu’ils disaient : « C’est au nom de Béelzé- bud, prince des démons, qu’il chasse les démons.» En disant maintenant : « En vertu de quel pouvoir faites- vous ces choses? » Ils mettent en doute que ce soit par la puissance de Dieu, et veulent faire sous-entendre que c’est en vertu d’un pou¬ voir diabolique qu’il opère ces prodiges. Ils vont plus loin, et en ajoutant : « Qui vous a donné ce pouvoir? » ils nient formellement qu’il soit le Fils de Dieu, puisqu’ils attribuent ses miracles non pas à sa propre puissance, mais à une puissance étrangère. « Jésus leur répondit : J’ai aussi une question à vous faire, et si vous y répondez, je vous dirai en vortu de quelle puissance jefais ceci. D’où était le baptême de Jean; du Ciel ou des hommes? Mais eux raisonnaient ainsi en eux-mêmes : Si nous répondons : du Ciel, il nous dira : Pourquoi donc n’y avez-vous pas cru? Et si nous répon¬ dons : des hommes, nous avons à craindre le peuple. Car tout le monde tenait Jean pour un prophète. Ils répondirent donc à Jésus : Nous ne legitui* : « Non timebimiis dum turbabitür terra, et transferentur montes in cor maris. » Ps\ xlv, 2. « Et cum venisset in templum, accesserunt ad eum docentem principes sacerdotum et seniores populi, dicentes : In qua potestate hæc facis? Et quis tibi ded.it hanc potestatem? » Diversis verbis eamdem quam supra calumniam struunt, quando dixerunt : « In Beelzebub principe dæmoniorum ejicithic dæmonia. » Quando enim dicunt : « In qua potestate hæc facis? » de Dei du bi tant potestate, et subintelligi vôlunt diaboli esse quod fanat. Addentes quoque : « Quis tiûi dédit hanc potestatem? » manifestissime Dei Filium negant, quemputant non suis^ viribus, sod alienis signo facere. « Respondens autem Jésus, dixit eis : Interrogabo vos et ego unum sermonem, quem si dixeritis mihi, et ego vobis dicam in qua potestate hæcfacio. Baptismus Joan¬ nis unde erat, e cœlo an ex hominibus? At illi ôogitabant inter se, dicentes : Si dixerimus, E cœlo, dicet nobis ; Quare ergo non credidistis üli ? Si autem dixerimus, Ex hominibus, timemus turbam. Omnes enim' habebant COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 43 savons pas. » Ibid. 24. Seqq. C’est l’application du dicton populaire : Dans un mauvais nœud d’arbre il faut enfoncer un mauvais clou . ou un mauvais coin. Le Seigneur pouvait faire une réponse qui confondît la calomnie de ces tentateurs ; il préfère au moyen d’une question habile, les amener à se confondre eux-mêmes, ou par leur silence, ou par leur propre aveu. Si en effet ils avaient dit que le baptême de Jean était du ciel, (et .leur malice l’avait prévu), la question allait de soi : Pour¬ quoi n’avez-vous pas reçu le baptême de Jean ? S’ils avaient dit que ce baptême de Jean était purement l’œuvre d’un homme, et n’avait rien de divin, ils s’exposaient à soulever une sédition populaire. Car la multitude en général avait reçu le baptême de Jean, et tout le monde le regardait comme un. prophète. Pour éviter le piège qui lui était tendu, la secte impie fit une réponse très humiliante et dit qu’elle n’en savait rien. « Jésus leur répondit à son tour : Je ne vous dirai pas non plus (en vertu de quel pouvoir je fais ceci. » Ibid. 27. En disant qu’ils ne le savaient point, les princes dos prêtres avaient menti. Le Seigneur , aurait donc pu conformer sa réponse à la leur et dire aussi : je ne le sais point; mais la vérité même ne peut mentir, et il répond : « Je ne vous dirai pas non plus. » Et par là il leur, montre qu’ils savent parfaitement, mais ne veu¬ lent pas répondre; tandis que lui sait, mais refuse Joannem sicut prophetam. Et respondentes Jesu, dixerunt : Nescimus. » Hoc est quod vulgo dicitur : Malo arboris nodo, malus clavus aut cuneus inûgendus est. Poterat Dominus aperta responsione tentatorum calumniam çonfutare, sed prudenter interrogat, ut suo ipsi, vel silentio, vel sententia condemnentur. Si enim respoudissent baptisma Joannis esse de cœlo (ut ipsi sapientes in malitia pertractarunt), consequens erat respousio1: Quare ergo non estis baptizati a Joanne? Si dicere voluissent, humana deceptione esse compositum, et nihil habuisse divinum, seditionem populi formidabant. Omnes enim gregatim multitudines Joannis receperant baptisma, et sic eum habebant ut prophetam. Kespondit itàque impiissima factio, et humilitatis verbo, quo nescire se diceret, usa est ad insidias coaptandas. « Ait illis et ipse : Nec ego dicot vobis in qua potes- tate hæc facio. » ïlli in eo quod nescire se responderant, mentiti sunt, consequens ergo erat juxta responsionem eorum Dominum quoque dicere : Nec ego scio ; sed mentiri Veritas non potest, et ait : « Nec ego dico yobis. » Ex quo ostendit et illos scire, sed respondere nolle, et se nosse, et ideo non , dicere, quia illi quod de répondre, parce qu’ils ont, eux, refusé de dire ce qu’ils savaient bien ; et aussitôt il raconte une parabole qui les convaincra d’impiété et leur apprendra que le royaume de Dieu doit être transporté aux gentils. «Mais que vous en semble ? Un homme avait deux fils, et s’adressant au premier il lui dit : Mon fils, allez aujourd’hui travailler à ma vigne; mais il lui répondit : Je ne veux pas. Cependant, touché de repentir, il y alla. S’adressant ensuite à l’autre, il lui dit la même chose. Celui-ci lui répondit : J’y vais, Seigneur, et il n’y alla point. Lequel des deux a fait la volonté ,de son père? Le pre¬ mier, lui dirent-ils. » Ibid. 28 Seqq. Lite. xv. Ces deux fils sont ceux que nous retrouvons dans la parabole de saint Luc, l’un réglé dans sa vie, l’autre débauché, et dont parle le prophète Zacha¬ rie : « Je pris deux vergés dont j’appelai l’une là beauté et l’autre le cordon et je menai paître le troupeau, » Zach. xr. 7. Il est dit au premier peuple, le peuple des gentils, par l’intermédiaire de la loi naturelle : Allez et travaillez à ma vigne, » c’est-à-dire, ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fit T obi. xv. Et il répond fièrement : « Je ne veux pas. » Mais plus tard, à l’avènement du Sauveur, ayant fait pénitence, il a travaillé dans la vigne de Dieu et expié par son labeur la révolte de s g parole. Le second fils est le peuple juif qui répond à Moïse : sciunt taceant, et statim infert parabolam, quæ et illos impietatis arguat, et ad gentes reguum Dei doceat transferendum. « Quid autem vobis videtur? Homo quidam hàbebat duos filios; et accedens ad priraum, dixit : Fili, vade hodie operare in viuea mea. 311e autem respondens, ait : Nolo. Postea autem pœnitentia motus, abiit. Accedëns autem ad alterum, dixit? similiter. At ille respondens, ait : Eo, domine, et non ivit. Quis ex duobus fecit voluntatem patris? Et dicunt ei : Primus. Dicit illis Jésus » Licc. xv. Hi sunt duo fïlii,. qui et in Lucæ parabola describuntur, frugi et luxuriosns, et de quibus Zacharias proplieta loquitur : « Assumpsi mihi duas virgas; unam vocavi decorem, et olteram vocavi funi- culum, et pavi gregem » Zaoh. xi, 7. Primo dicitur Gentilium populo per naturalis legis notitiam : « Vade, et operare in vinea mea : » hoc est, quod tibi non vis fieri, alteri ne feceris » Tob. iv. Qui superbe resp on- dit : « Nolo. » Postea vero in adventu Salvatoris, acta pœnitentia, operatus est in vinea Dei, et sermonis contumaciam labore correxit. Secundus autem filius, populus Judeeorum est, qui respondit Moysi ; « Omnia 44 I SAINT JÉROME « Tout ce que dira le Seigneur, nous le ferons. » ExofL. xxvi, et qui n’est pas allé à la vigne; car après avoir tué le fils du père de famille, il s’est cru l’héritier. D’autres commentateurs font l’appli¬ cation de cette parabole, non pas aux Gentils ni aux Juifs, mais simplement aux pécheurs et aux justes, le Seigneur en indiquant lui-même le sens plus loin. « Je vous dis en vérité que les publicains et les courtisans vous précéderont dans le royaume de Dieu, » parce que après avoir, en commettant le mal, refusé de servir Dieu, ils ont ensuite reçu de Jean le baptême de pénitence. Quant aux Pharisiens qui affectaient d’être justes, et se vantaient d’accomplir la loi de Dieu, ils ont méprisé le baptême de Jean, et n’ont pas obéi aux ordres de Dieu. De là ces paroles : « Car Jean est venu à vous dans la voie de la justice et vous ne l’avez point cru, et vous qui avez vu$ vous n’avez point été touchés de repen¬ tir, ni portés à le croire. » Ibid. 32. A cette question : « Lequel des deux a fait la volonté de son Père? » ils répondent : « Le dernier ». Il faut savoir que dans les anciens manuscrits on lit, non « le dernier » mais « le premier, » de sorte qu’ils se condamnent eux-mêmes par leur propre jugement. Si nous voulons accepter : le dernier, l’explication en est facile. Nous dirons alors que les Juifs comprennent la vérité, mais quæcumque dixerit Dominus faciemus Eccod. xxiv. et non ivit in vineam, quia, interfecto patrisfamilias fUio, se putavit hæredem. Alii vero non putant Genti- liinn et Judæorum esse parabolam, sed simpliciter peccatorum et justorum; ipso quoque Domino proposi- tionem suam postea disserente. « Amen dico vobis, quia publicani et meretrices præcedent vos in regno Dei. » Eo quod illi qui per mala opéra Deo se servire negaverant, postea pœnitentiæ baptismum acceperint a Joanne. Pharisæi autem, qui justitiam præterebant, et legem se Dei facere jactabant, Joannis contempto baptismate,' Dei preecepta non fecerunt. Unde dicit : « Venit enim ad vos Joannes in via justitiæ, et non credidistis ei; publicani autem et meretrices. credide- runt ei'; vos autem 'viclentes, nec pœnitentiam habuistis postea ut crederetis ei. » Porro quod dicitur : « Quis ex duobns fecit voluntatem patris? » Et illi dicunt : « No- vissimus. » Sciendum est in veris exemplaribus non ha- beri « novissimum, » sed « primum, » ut proprio judicio condemnentur. Si autem novissimum voluerimus legere, manifesta est interpretatio ; dicamus intelligere ut qu’ils tergiversent et ne veulent pas dire ce qu’ils pensent, agissant comme pour le baptême de Jean, dont ils n’ont voulu rien dire, quoique sachant qu’il était du ciel, « Écoutez une autre parabole : 11 y avait un père de famille qui planta une vigne, l’entoura d’une haie, y creusa un pressoir, et y bâtit une tour; puis il la loua à des vignerons et s’en alla bien loin. » Ibid. 33. Le Seigneur fait ici l’appli¬ cation du proverbe : « Il est dur de regimber contre l’aiguillon. » Act. ix, 5. Les princes des prêtres et les anciens du peuple qui l’avaient interrogé : « En vertu de quel pouvoir faites-vous ceci, et qui vous a donné ce pouvoir? » et qui avaient tenté de prendre la sagesse même dans ses paroles, sont pris dans leurs propres filets, et ils entendent en paraboles ce qu’ils ne méri¬ taient pas d’entendre en langage clair. Ce père de famille est le même que celui qui avait deux fils, le même que celui qui, dans une autre parabole, loua des ouvriers pour travailler à sa vigne; il planta une vigne, cette vigne dont Isaïe parle abondamment dans son cantique à la fin duquel il dit : « La vigne du Seigneur des armées est la maison d’Israël » Isai. v, 7, cette vigne dont il est question dans les psaumes : « Vous avez transporté votre, vigne de l’Égypte, vous avez chassé les nations, et vous l’avez plantée à leur place. » Psal. lxxix, 9. « Et il l’entoura quidem veritaterd Judæos; sed tergiversai1!, et nolle dicere quod sentiunt; sicut et baptismum Joannis scientes esse de cœlo, dicere noluerunt. « Aliam parabolam audite : Homo erat paterfamilias, qui plantavit vineam, et sepem circumdedit ei, et fodit in ea torcular, et ædificavit turrim, et locavit eam ngricolis, et peregre profectus est. » Hoc est, quod Dominus sumptum de proverbio siguificavit : « Durum est ad versus stimulum calcitrare » Aot. ix, 5. Principes sacerdotum, et seniores populi, qui interregaverant Dominura, « In qua potestate hæc facis : et quis tibi dédit hanc potestatem? » et voluerant in verbo. capere sapientiam, sua arte superantur; et audiunt. in parnbolis, quod aperta fncie non merebantur audire. Homo iste paterfamilias, ipse est qui habebat duos filios; et qui in alia parabola conduxit operarios in vineam suam, qui plantavit vineam, de qua et Isaias plenissime per Canti- cum loquitur, ad extremum inferens : « Vinea Domini sabaoth, domus Israël est » Isai. v, 7. Et in Psalmo : « Vineam de Ægypto, inquit, transtulisti ; ejecisti gentes, et plantasti eam » Ps. lxxix, 9. « Et sepem circumdedit ei, » vdl murum urbis, vel angèlorum auxilia, « et fodit 45 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU d’une haie, » la muraille de la ville, le secours des anges; « il y creusa un pressoir, » ou un aütel, ou ces pressoirs qui servent de titres à trois psaumes, au psaume huit, quatre-vingt et quatre-vingt-trois. « Et il y bâtit une tour ; » il n’est pas douteux que cette tour ne soit le temple dont Michée dit : « Et vous, tour envi¬ ronnée de nuages, fille de Sion. » Mich. rv, 8. « Puis il la loua à des vignerons, » qu’il a appelés ailleurs ouvriers de la vigne, loués à la première, à la troisième, à la sixième, à la neuvième et à la onzième heure. Matth. xx. « Et s’en alla bien loin, » sans changer de lieu, car où Dieu pourrait-il ne pas être, lui qui remplit tout? et qui dit par la bouche du prophète Jérémie : « Ne suis-je Dieu que de près, et ne le suis-je pas aussi de loin, dit le Seigneur. »Jèrèm. xxni,23. S’il semble donc se retirer loin de sa vigne, c’est pour laisser aux vignerons la liberté d’y tra¬ vailler à leur gré. « Lorsque le temps des vendanges fut proche, il envoya ses serviteurs aux vignerons, pour recevoir les fruits de la vigne. Mais les vigne¬ rons s’étant saisis de ses serviteurs, battirent l’un, tuèrent l’autre, et en lapidèrent un autre. Il leur envoya de nouveau d’autres serviteurs en plus grand nombre que les premiers, et ils les trai¬ tèrent de même. » Ibid . 34, seqq. Il leur avait donné , la Loi, et leur avait commandé de tra¬ vailler à cette vigne, pour faire paraître dans in ea torcular, » aut al tare, a ut ilia torcularia, quorum et très Psalmi titulo prænotantur : octavus et octogesi- mus, et octogesimus tertius. « Et ædificavit turrim : » haud dubium quin templum, de quo dicitur per Michæam : « Et tu, turris nebulosa, filia Sion » Midi, vi, 8. Et locavit eam agricolis, » quos alibi vineæ operarios appellavit : qui conducti fuerant hora prima, tertia, sexta, noua et undecima Matth. x. « Et peregre pro- fectus est : » non loci mutatione; nam Deus unde abesse potest, quo complentur omnia? et qui dicit per Jeremiam : « Ego Deus appropinquans et non de longinquo, dicit ' Dominus » Jerem. xxiii, 23. Sed abire videtur a vinea ut vinitoribus Jiberum operandi arbilrium derelinquat. « Cum autem tempus fructuum appropinquasset, misit servos sues ad agricolas, ut acciperent fructus ejus. Et agricolæ apprehensis servis ejus, alium ceciderunt, alium occiderunt, alium vero lapidaverunt. Iterum misit alios servôs plures prioribus, et fecerunt illis similiter. » Dede- rat eis Legem, et in hac eos vinea operari jusserat, ut iruetum Legis in operibus exhiberont. Postea misit ad leurs oeuvres le fruit de la Loi. Plus tard, il leur envoya des serviteurs qu’ils saisirent, et battirent comme Jérémie, ou mirent à mort comme Isaïe, ou. lapidèrent comme Naboth, III Reg. xxi, et Zacharie qu’il tuèrent entre le temple et l’autel. II Parai xxiv. Lisons l’épître de saint Paul aux Hébreux. Hebr. xi; elle nous apprendra surabondamment ce qu’ont enduré certains serviteurs de Dieu. « Enfin il leur envoya son propre fils, disant : Ils respecteront mon fils. Mais les vignerons voyant le fils dirent entre eux : Voici l’héritier; venez, tuons-le et nous aurons son héritage. » Ibid. 37, 38. Par les paroles que nous lisons plus haut « Il leur envoya de nouveau d’autres serviteurs en plus grandnombre que les premiers, et ils les traitèrent de même, » le Sauveur nous montre toute la patience du père de famille qui envoie plusieurs fois, pour exciter les mauvais vignerons au repentir ; mais eux s’amassèrent des trésors de colère pour le jour de la colère, Rom. n. S’il ajoute : « Ils respecteront mon fils, » ce n’est point par ignorance de ce qui arrivera. Car que pourrait ignorer le père de famille, quand ce père de famille, est, comme dans cet endroit, Dieu le Père lui-même. Si l’on dit toujours que Dieu est dans l’incertitude, c’est pour ne point peser sur la libre volonté de l’homme. Interrogeons Arius et Eunomius. La parabole dit que le Père ignore ; elle adoucit les eos servos, quos illi apprehensos vel ceciderunt, ut Jere- miam ; vel occiderunt, ut Isaiam; vel lapidaverunt, ,ut Na¬ both III Reg . xxi, et Zachariam, quem interfecerünt inter templum et altare II Par. xxiv. Legamus epistolam Pauli ad Hebræos Hebr. xi; et ex ea plemssime discemus qui servorum Domiui quanta perpessi sint. «Novissime autem misit ad eos filium suum, diceus : Verebuntur filium meum. Agrico.se autem videntes filium, dixerunt intra se : hic est hæres; venite, occida- mus eum, et habebimus hæreditatem ejus. » lu eo quod supra legimus : « Iterum misit alios servos plures prio¬ ribus, et fecerunt illis siiniliter, » patientiam ostendit patrisfamilias, quod frequentius miserit, ut malos colo- nos ad pœnitentiam provocaret; illi autem thesauriza- verunt sibi iram in die iræ Rom. n. Porro quod jungi- tnr : « Verebuntur filium meum, » non de ignorantia venit. Quid enim nesciat paterfamilias, qui hoc loco Deus Pater intelligitur ? Sed semper ambigere dicitur Deus, ut libéra volqntas homini reservetur. Interroge- mus Arium et Eunomium. Ecce pater dicitur ignorare, et sentent iam temperat, et quantum in vobis est, proba- 46 SAINT JEROME termes, car elle prouve à vos yeux qu’il a menti. Eh bien, tout ce qu’ils répondront au sujet du Père, qu’ils l’appliquent au Fils, lequel déclare ignorer le jour de la fin du monde. « Et l’ayant saisi, ils le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. » Ibid. 39. L’Apôtre dit aussi que Jésus fut crucifié en dehors de la porte. Ilèbr. xiii. Nous pouvons encore l’entendre dans un autre sens, et dire qu’il a été jeté hors de la vigne et tué, pour que, les gentils l’ayant re¬ cueilli, la vigne fût louée à d’autres vignerons. « Lors donc que le maître de la vigne sera venu, que fera-t-il à ces vignerons? Ils lui répondirent : Il fera périr misérablement ces misérables, et il louera sa vigne à d’autres vignerons qui lui en rendront les fruits en leur saison. » Ibid. 40, 41. Le Sauveur les interroge, non par ignorance de ce qu’ils répondront, mais pour tirer leur condamnation de leur propre réponse. La vigne nous a été louée à nous aussi, et louée à la condition d’en rendre au Seigneur les fruits en leur saison; et de savoir ce qu’il faut ou dire, ou taire, en temps opportun. « Jésus leur dit : N’gvez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre que ceux qui bâtis¬ saient avaient rejetée, est devenue la principale pierre de l’angle; c’est ce que le Seigneur a fait, et nos yéüx le voient avec admiration. » Ibid. 42. Psalm . cxvn. 22, 23. Ces différentes paraboles, et ces différents termes reproduisent les mêmes tur esse mentitùs. Quitlquid pvo Pâtre responderint, hoc intelligant pro Filio, qui se dicit ignorare consumma- tionis diem. « Et apprêt ensum eum, ejecerunt extra vineam, et occiderunt. » -Et Apostolus loquitur, quod extra portain Jésus crucifixus sit JBeb. xm. Possumus et aliter intel- ligere; quod ejectus sit extra vineam, et ibi occisus, ut suscipientibuis se gentibus, aliis vinea locavetur. « Cura ergo venerit Doininus vineæ, quid faciet agri¬ coles illis ? Àiunt illi : Malos male perdet, et vineam suam locabit aliis-agricolis qui reddent ei fructum tein- poribus suis. » Interrogat eos Dominus non quod ignoret quid responsuri sint, sed ut propria responsione dam- nentur. Locata est autem nobis vinea, et locata ea con- ditione, ut reddamus Domino fructum temporibus suis, et sciamus unoquoque tempore quid oporteat nos vel loqui, vel facere. « Dicit illis Jésus : Numquam legistis in Scripturis : Lapidem quem reprobaverunt eediûcantes, liée factus est in caput anguli. À Domino factum est ihud, et est mi- rabile in oculis nostris » P$. cxvn, 22, 23. Variis para- vérités. Ceux que nous avons vus plus haut désignés sous le nom d’ouvriers, de vignerons, d’agriculteurs, le Seigneur les appelle mainte¬ nant des bâtisseurs, c’est-à-dire, des maçons. De là, cette parabole de l’Apôtre : « Vous êtes le champ que Dieu cultive, l’édifice que Dieu bâtit. » I Corinth. ni, 9. Ainsi, de. même que les vignerons recevaient une vigne, ces maçons reçoivent une pierre qu’ils doivent placer, ou dans les fondements, au dire de l’architecte Paul, ibid.y ou dans d’angle, afin d’unir les deux murs, c’est-à-dire, les deux peuples. Ephes. n; et cette pierre, rejetée par eux, est devenue la principale pierre angulaire. Et c’est le Seigneur qui a fait cela, non par le moyen des forces humaines, mais par la toute-puissance de Dieu. L’apôtre saint Pierre tient aussi par rapport à cette pierre un langage plein de fermeté : « Cette pierre que vous avez rejetée, vous qu* bâtissiez, est devenue la principale pierre de l’angle. » I Petr. n. 7. Isaïe également : « Voici que je placerai dans les fondements de Sion, une pierre choisie, précieuse, angulaire, et celui qui croira en elle, ne sera pas confondu. » Isa. n, 16. « C’est pourquoi je vous déclare que le royaume de Dieu vous sera ôté et sera donné au peuple qui en fera les fruits. » Ibid. 43. J’ai quelquefois dit que par le royaume de Dieu il fallait entendre les saintes Écritures, que le bolis diversisqüe seivnonibus res eædem contexuntur. Quos enim supra operarios, et vinitores, et agricolas ap- pellarat, nunc œdiâcatores, id est cæmentarios vocat. Un- de dicit Apostolus : « Dei agricultura, Dei œdiâcatio es- tis » 1 Cor ni, 9.Hi ergo cœmentarii quomodo et vinitores accipiunt vineam, sic acceperunt lapidem, quem vel in fundamentis ponant, juxta architectum Paulum Ibid.', vel in angulo, ut duos parietes, id est, populum utrum- que consociet Ephes. n, qui reprobatus ab eis, factus est in caput anguli, Et hoc a Domino factum est, non humanis viribus, sed Dei potentia. De hoc lapide adju- torii Petrus quoque loquitur conâdenter : « Iste lapis qui reprobatus est a vobis ædificantibus, hic factus est in caput anguli » I Petr. n. 7. Et Isaias : « Ecce, » ait immittam in fundamenta Sion lapidem electum, prètio- sum, angularem : et qui crediderit in eum, non confnn- detur »Isai. ii, 16. « Ideo dico vobis, quia auferetur a vobis regnum Dei, et dabitur genti facienti fructus ejus. » Àliquoties dixi, regnum Dçi Scripturas sanctas intelligi, quas Dominus abstulit a Judeeïs, et nobis tradidit, uf faciamus fructus 47 COMMENTAIRES SUR L'EVANGILE DE SAINT MATTHIEU Seigneur, enleva aux Juifs et qu’il nous donna pour que nous en fissions les fruits. C’est là la vigne livrée aux agriculteurs et aux vignerons; et ceux qui n’y auront pas travaillé, ne gardant plus que le nom des Écritures, en perdront les fruits. « Et celui qui tombera sur cette pierre, s’y brisera : et elle écrasera celui sur qui elle viendra à tomber. » Ibid. 44. Autre chose est d’ofi;enser le Christ par des œuvres mauvaises, autre chose est de le renoncer. . Celui qui pèche et qui croit néanmoins en Jésus-Christ, tombe, il est vrai, sur la pierre et s’y brise, mais il n’est pas entièrement écrasé ; le repentir lui est encore une ressource pour le salut. Mais celui sur qui elle tombera, c’ost-à-dire, sur qui cette pierre se sera elle-même jetée, celui qui aura renoncé totalement le Christ, elle l’écrasera sans en laisser même un morceau suffisant pour puiser quelques gouttes d'eau. « Les princes des prêtres et les pharisiens ayant entendu ces paraboles de Jésus, compri¬ rent que c’était d’eux qu’il parlait. Et voulant se saisir de lui, ils craignirent le peuple, parce qu’il regardait Jésus comme un prophète. » Ibid. 45, 46. Quelle que fut la dureté de leur cœur, et l’aveuglement produit en eux par leur incré¬ dulité et leur impiété à l’égard du Fils de Dieu, ils ne pouvaient cependant nier des raisonne¬ ments si clairs et si solides; et ils comprenaient que toutes les condamnations du Sauveur les earum. Ista est vinea quæ traditur agricolis etvinitori- bus, in qua qui operati non fuerint, nomen tantum ha- bentes Scripturarum, fructus vineæ perditui'i sunt. « Et qui ceciderit super lapidem istum, confringetur : super quem vero ceciderit, conteret eum. » Aliud est offendere Chris tu m per maïa opéra, aliud negare. Qui peccator est ,et tamen in ilium crédit, cadit quidem super lapidem et confringitur, sed non omnino conteritur : reservatur enim per pœnitentiam ad salutem. Super quem vero ille ceciderit, hoc est, cui lapis ipse irruerit, et qui Çliristum penitus negaverit, sic conteret eum, ut mec testa quidem remaneat, in qua hauriatur aqnse pu- sülum, « Et cum audissent principes sacerdotum et Pharisæi parabolas. ejus, cognoverunt quod de ipsis diceret. Et quærentes eum tenere, timuerunt turbas, quoniam sicut prophetam eum'habebant. » Quamvisduro corde essent, et propter incredulitatem, et impietatem in Fî- liqm Dei hebetes, tamen apertas propositiones, negire bon poterant : et intelligebant contra se omues Qomini visaient directement. C’est pour cette raison qu’ils voulaient le mettre à mort. Mais ils avaient peur du peuple, car le peuple regardait Jésus comme un prophète. Le peuple est tou¬ jours versatile, inconstant dans ses affections, peu stable dans ses résolutions, et comme les flots de la mer, il va et vient aux divers caprices du vent. Le même Jésus qu’ils vénèrent aujour¬ d’hui comme un prophète, ils le poursuivront dans quelque temps de leurs clameurs : « Cru¬ cifiez, crucifiez cet homme. » Joan. xix, 6. « Pour réponse, Jésus leur parla encore en paraboles et leur dit : Le royaume des cieux est semblable à un homme roi, qui fit les noces de son fils. » Matth. xxir, 1, 2. Comprenant que ces paraboles les visaient spécialement, les Pharisiens cherchaient à saisir Jésus, et à le mettre à' mort. Bien que connaissant leurs des¬ seins, le Seigneur ne laisse pas pour cela de flageller ces hommes pervers; la crainte n’a pas assez d’empire sur lui, pour l’empêcher de reprendre les pécheurs. Ce roi qui fait les noces do son fils, c’est le Dieu tout-puissant. Il fait les noces de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de l’Église composée tant des Juifs que des Gentils. « Il envoya son serviteur appeler aux noces les conviés, mais ils refusèrent d’y venir. Ibid. 3. Il n’est pas douteux que ce serviteur ne soit Moïse, par l’entremise duquel il a donné la loi aux conviés. Mais si, au lieu de son serviteur, nous lisons : Ses serviteurs, comme portent la sententias dirigi. Unde volebant quidem eum interficere, sed timebant turbas; quia sicut prophetam eum habe- bant. Semper turba mobilis est, nec in proposita volun- tate persistens; atque in morem fluctuum, diversorum ventorum impetu hue illucque trahitur. Quem nunc quasi prophetam venerantur et colunt; postea contra eum cla¬ mant : « Crucifige, crucifige talem » Joam. xix, 6. « Et respondens Jésus dixit iterum in pavabolis eis, dicens : Simile factum est regnum cœlonun homini régi, qui fecit nuptias fdio suo. » Pharisæi intelligentes de se dici parabolas, quærebant eym tenere et occidere. Hanc , eorum sciens Dominus vohmtatem, nihilominus increpat sævientes, nec tim -re superatur, quo minus arguat pec- catores. Rex iste qui fecit nuptias filio suo, Deus om- nipotens est. Facit autem nuptias Domino Nostro Jesu Christo et Ecclesiæ, quæ tam ex Judæis, quam ex gen- tibus, congregata est. « Et misit servum suum vocare invitatos ad nuptias, et nolebant venire. » Haud dubium quin Moysen, per quem Legem invitatis dédit. Si autem servos legerimus, / SAINT JEROME ■48 plupart des manuscrits, ses serviteurs désigne¬ raient les prophètes, et ce sont les invités par les prophètes qui refuseraient de venir. « Il envoya de nouveau d’autres serviteurs, avec ordre de dire de sa part aux conviés : J’ai fait apprêter mon diner, j’ai fait tuer mes hœufs et tout ce qui était engraissé; tout est prêt, venez aux noces. Mais eux ne s’en mirent point en peine. » Ibid . 45. Il vaut mieux voir dans les serviteurs qui furent envoyés en second lieu, les prophètes que les apôtres, en supposant que l’on admette dans le verset précédent « servi¬ teur » au singulier. Si au contraire on admet le pluriel « serviteurs, » il faut alors voir les apôtres dans ces serviteurs envoyés pour la seconde fois. Le dîner préparé, les hœufs et les autres animaux tués, ou bien désignent par métaphore, l’opulence royale, afin de nous donner, au moyen d’images charnelles, l’intelligence des biens spirituels; ou bien nous représentent la gran¬ deur des dogmes, et une doctrine toute remplie de la loi de Dieu. « Et ils s’en allèrent, l’un à sa maison de campagne, et l’autre à son trafic. Les autres se saisirent des serviteurs, et après les avoir acca¬ blés d’outrages, ils les tuèrent. » Ibid. 6. Il y a une immense différence entre ceux qui rejettent la vérité de l’Évangile. Ceux qui refusent de venir sous le prétexte d’autres occupations sont assurément] moins coupables que ceux. qui, après avoir fait mépris de l’affection que le roi leur ut pleraque habent exemplaria, ad prophetas referendum est, quod invitati per eos venire contempsorint. « Iterum misit alios servos, dicens : Dicite invitatis : Ecce prandium meum paravi, tauri mei, etaltilia occisa sunt, et omnia parata ; venite ad nuptias. Illi autem neglexerunt. » Servi qui secundo missi sunt, melius est ut prophetæ intelligantur, quam apostoli ; ita tamen si supra, « servus, » scriptus fuerit. Sin autein «servos, » ibidem legas, hic secundi servi, apostoli intelligendi sunt. Prandium paratum, et tauri, et altilia occisa, vel per me- taphoram opes regiæ desmbuntur, ut ex carnalibus intelligantur spirilualia; vel certo dogmatum magnitudo et doctrina Dei lege plenissima senliri potest. « Et abierunt, alius in villam suani, alius vero ad negotiationem suam. Reliqui vero tenue runt servos ejus, et contumeliis affectos, occiderunt. » Inter eos qui non reeipiunt Evangelii veri tâtera, mu Ita di ver si tas est. Mi- noris enim criminis sunt qui, occupati aliis rebus venire noluerunt, his qui, contempto invitantis affectu, verte- runt humahitatem in crudelitatem, et tentos servos regis, témoignait par son invitation, répondent à ses politesses par la cruauté, et retenant ses servi¬ teurs, ou bien les accablent d’outrages, ou bien leur donnent la mort. Dans cette parabole, il n’est pas question de la mort de l’époux, et le mépris qu’on fait des noces se témoigne par la mort des serviteurs. « Le roi l’ayant appris, entra en colère. » Ibid . 7. On disait plus haut : « Le royaume des cieux est semblable à un homme roi; » ou lui donnait la qualité d’homme, quand il invitait aux noces, et laissait agir sa clémence ; mainte¬ nant qu’il vient pour se venge**, il n’est plus question de l’homme, on ne parle plus que du roi. 1 « Et ayant envoyé ses armées, il extermina ces meurtriers et brûla leur ville. » Ses armées sont : ou les anges exécuteurs de ses vengeances dont il est écrit dans les Psaumes ; « Les fléaux envoyés par les mauvais anges. »P$a/, Lxxvn, 49, ou les Romains qui, sous la conduite de Vespasien et de Titus, exterminèrent les populations de la Judée, et brûlèrent la ville prévaricatrice. « Alors il dit à ses serviteurs : Le festin 'des noces est tout prêt, mais ceux qui y avaient été appelés n’en ont pas été dignes. Allez donc dans les carrefours et appelez aux noces tous ceux que vous trouverez. Les serviteurs s’en allant aussitôt par les rues, assemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent bons et mauvais, et la salle des noces fut remplie de personnes qui se mirent à vel contumeliis affeçerunt, vel occiderunt. In bac parabola sponsi siletur occisio; et per servorum mortes, contem- ptus ostenditur nuptiarum. « Rex autem cum audisset, ira tus est. » De quo dic- lum supra fuerat : « Si mile factum est regnum côelorum horaini régi, » quando invitabat ad nuptias, et agebat opéra clementiæ, hominis nomen appositum est, mine quando ad ultionem venit, homo siletur, et rex tantum dicitur. « Et missis exercitibus suis, perdidit homicidas illos,- et civitatem îllorum succendit. » Exercitus, seu ultores angelos, de quibus in Psalmis scribitur : « Immissiones per angelos pessimos [AL malos] » Psal . lxxvii, 49; seu Romanos intelligamus, sub duce Vespasiano et Tito, qui occisis Judæra populis, prævaricatriceba succenderint civitatem. « Tune ait servis suis : Nnptiæ quidem paratæ sunt; sed qui invitati erant non fnerunt digni. Ite ergo ad exitus viarum, et qaoscumque invenentis, vocale ad nuptias. Et egressi servi ejus in vias, congregaverunt COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 49 table. » Ibid . 8 Seqq. Le peuple des Gentils n’était pas sur les chemins, mais dans les carre¬ fours. On demande comment, parmi ceux qui étaient au dehors, au milieu des méchants, il .s’en est trouvé quelques bons? L’Apôtre dans son Épître aux Romains, Rom . rr. 14, traite ce sujet; et dit que les Gentils faisant naturellement les choses que commande, la loi, condamnent les Juifs infidèles à l’observation de la loi écrite. Et parmi les païens eux-mêmes quelle, variété ! Les uns sont tournés au mal et adonnés au vice, tandis que les autres plus purs dans leur vie, s’attachent à la pratique de la vertu. «Le roi entra ensuite pour voir ceux qui étaient à table, et il y aperçut un hommo qui n'était point revêtu de la robe nuptiale, et il lui ■dit: Mon ami, comment êtes-vous entré ici sans avoir la robe nuptiale. Mais cet homme demeura muet. » Ibid . il. 12. Ceux qui avaient été invités aux noces, venus de derrière les haies, de tous les coins, des places et de divers endroits, remplissaient la table du roi. Mais le roi étant ensuite entré pour voir les convives assis à la table ; ( c’est-à-dire, se reposant en quelque sorte dans sa foi; ainsi au jour du juge¬ ment il viendra visiter ses convives, pour examiner les mérites de chacun ; ) il en trouva un qui n’était point revêtu de la robe nuptiale. Cet hommo personnifie dans, son unité, l’univer- omnes quos invenerunt, malos et bonos, et impletæ sunt nuptiæ discumbentium. » Gentilium populus non erat in viis, sed in exitibus viarum. Quæritur antem quomodo in his qui foris erant inter malos, et boni aliqui sint repenti? Hune locum plenius tractat Apostolus ad Ro- manos [Ai. additur dicens] Rom. ii, 14 : quod gentes naturaliter facientes ea quæ legis sunt, condemnent Judæos, qui scriptam legem non fecerint. Inter ipsos quoque ethnicos est diversitas infinita ; cum sciamus alios esse proclives ad vitia et ruentes ad mala; alios ob honestatem morum virtutibus deditos. « Intravit autem rex, ut videret discumbentes : et vidit ibi hominem non vestitum veste nuptiali, et ait illi : Amice, quomodo hue intrasti non babens vestem nuptia- lem? At ilLe obmutuit. » Hi qui invitati fuerant ad nuptias, de sepibus et angulis, et plateis, et diversis locis, cœnam regis impleverant. Sed postea cum venissetrex, ut videret discumbentes in convivio suo (hoc est, in sua quasi fide requiescentes; ut in diè judicii visitare convi- vas, et discerneret mérita singulorum), invenit unum qui veste indutus non erat nuptiali. Unus iste, omnes qui Tom. x. salité de ceux qui lui ressemblent en malice. La robe nuptiale, ce sont les commandements du Seigneur, et les œuvres faites conformément à la Loi et à l’Évangile, lesquelles forment le vête¬ ment de l’homme nouveau. Si donc, au moment du jugemeut, quelqu’homme portant le nom de chrétien, est trouvé sans avoir la robe nuptiale, c’est-à-dire, la robe de l’homme surnaturel, et n’ayant qu’une robe souillée, c’est-à-dire le vête¬ ment du vieil homme, celui-là est aussitôt saisi, et il lui est dit : « Mon ami, comment êtes-vous entré ici ? » Il l’appelle son ami, parce qu’il a été invité aux noces ; et il le taxe d’imprudence, pour avoir terni, en y apportant un vêtement sordide, la pureté du repas nuptial. « Mais cet homme demeura muet. » Car à ce moment, il n’y aura plus, ni moyen de se repentir, ni possibilité de nier, puisque, tous lqs anges et le monde lui- même porteront témoignage contre les pécheurs. « Alors le roi dit aux serviteurs : Liez-lui les pieds et les mains, et jetëz-le dans les ténèbres extérieures; c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents : » Ibid . 13. Ces pieds et ces mains liés, les pleurs des yeux et les grincements de dents déposent en faveur de la vérité de la résurrection. Dans un autre sens, les mains et les pieds sont liés pour les empêcher de faire le mal et de courir à l’ho¬ micide. Dé plus les pleurs des yeux et les grince- sociati sunt malitia intelliguntur. Vestis autem nuptialis præcepta sunt Domini, et opéra quæ complentur ex lege et Evangelio, novique hominis efficiunt vestimentum. Si quis igitur in tempore judicii inventus fuerit sub nomine Christiano non habere vestem nuptialem, hoc est, vestem supercoelestis [Aï, cœlestis] hominis; sed vestem pollutam, id est, veteris hominis exuvias, hic statim corripitur, et dicitur ei : « Amice, quomodo hue intrasti? » Amicum vocat, quod invitatus ad nuptias est : arguit impudentiæ, qiiod veste sordida munditias polluent nuptiales. « At ille obmutuit. » In tempore enim illo non erit locus poenitentiae, nec negandi facul- tas, cum omnes angeli et inundus ipse testis sit pecca- torum. « Tune dixit rex ministris : Ligatis pedibus et manibus ejus, mittite eum in tenebras exteriores; ibi erit fletus et stridôr dentium. » Manus ligatas et pedes, fletumque oculôrum, et stridorem dentium, vel ad comprobandam resurrectionis intellige veritatem. Vel certe ideo ligantur manus et pedes, ut male operari, et currere désistant ad' effundendum sanguinem* In fletu 4 50 SAINT JEROME ments des dents indiquent d’une manière métaphorique la grandeur des tourments aux¬ quels les corps seront soumis. « Car il y en a beaucoup d’appelés, mais , peu d’élus. »Ibid. 14. Le Sauveur résume toutes ses paraboles dans une courte sentence; ainsi, dans le travail de la vigne, dans la construction de la maison, et dans le banquet nuptial, ce n’est pas sur le ■ commencement, mais sur la fin que l’on doit porter l’attention. « Après cela, les Pharisiens s’en allèrent, et formèrent le projet de le surprendre dans ses paroles. Et ils lui envoyèrent leurs disciples avec des Hérodiens qui lui dirent, » Ibid. 15. La Judée déjà soumise aux Romains sous l’empe¬ reur Auguste, à l’époque où l'ut ordonné le fameux recensement, en était devenue depuis peu de temps tributaire, ce qui avait excité un gpand soulèvement parmi le peuple. Les uns en effet étaient d’avis que l’on devait, pour conserver la paix et la sécurité, payer le tribut aux Romains, alléguant que les Romains combat¬ taient pour la défense de tous. Les Pharisiens qui s’attribuaient toute justice, disaient au con¬ traire que le peuple do Dieu ( payant déjà la dîme, donnant les prémices, et accomplissant toutes les prescriptions de la Loi), ne devait pas se soumettre au joug des lois humaines. Pour veiller au prélèvement du tribut et maintenir quôque oculorum, et stridore dentium, per metaphoram membrorum corporalium, magnitude) ostenditur tor- mentorum. « Multi . autem sunt vocati, pauci vero electi. » Oiiines parabolas brevi sententia comprehendit, quod et in opéré vineæ, et in sedificatione domus, et in con- yivio nuptiali, non initia, sed finis quæratur. « Tune :.beuntes Pharissei, consilium inierunt, ut caperent eum in sermone. Et mittunt ei discipulos buos cum Herodianis, dicentes. » Nuper sub Gæsare Auguste Judsea subjecta Romanis, quando in toto orbe est celebrata descriptio, stipendiaria facta fuerat, et erat in populo magna seditio, dicentibus aliis pro aecuritate et quiete, qua \Rhabb. quia] Romani pro omnibus mililarent, debere tribu ta persolvi : Pharisseis yero, qui sibi applaudebant de justifia, econtrario dicentibus, non debere populum Dei (qui décimas solve- ret, et primitiva daret, et cætera quæ in Lege scripta eunt, faceret) humanis legibus ^ubjacere. Gæsar Augus- tus Herodem. filium Ànfipatris alienigenam et prosely- l’obéissance à l’empire romain, César Auguste avait établi roi des Juifs, un étranger et un prosélyte, Hérode fils d’ Antipas. Les Pharisiens envoient donc leurs disciples, avec des Héro¬ diens, c’est-à-dire, des soldats d’Hérode, ou des gens que les Pharisiens appelaient dérisoirement Hérodiens, parce qu’ils payaient le tribut aux Romains, et n’étaient pas partisans du culte divin. Quelques Latins se sont ridiculement imaginé qu’on nommait Hérodiens ceux qui croyaient qu’Hérode était le Christ. Nous n’avons lu nulle part rien de pareil. « Maître, nous savons que vous êtes plein do véracité, et que vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité,- sans avoir égard à qui que ce soit, parce que vous ne considérez pas la qualité des personnes. Dites-nous donc ce qui vous semble de ceci : Est-il permis de payer le tribut à César ou .de ne pas le payer ? » Ibid. 16. Demande captieuse et flatteuse; on l’incite à répondre qu’il craint Dieu plus que César, à dire qu’il ne faut pas payer le tribut, afin qu’aussitôt les Hérodiens l’accusent de souffler la révolte contre les Romains. ■ « Mais Jésus, connaissant leur malice, leur dit : Hypocrites, pourquoi me tentez-vous ? » Ibid . 18. La première qualité1 de celui qui répond, c’est de connaître la pensée de ceux qui l’interrogent, et de voir en eux, non des disciples, tum, regem Judæis constituerai, qui tributis prseesset, et Romano pareret imperio. Mittunt-. igitur Pharissei discipulos suos cum Herodianis, id est, militibus Herodis, seu quos iliudentes Pharissei quia Romanis tributa solvebant, Herodianos vocabant, et non divino cultui deditos. Quidam Latinorum ridicule Herodianos pulant, qui Herodem Ghristum esse credebant, quod nusquam omnino legimus. « Magister, scimus quia verax es, et viam Dei in ^veritate doces, -et non est tibi cura de aliquo. Non enim respicis personam hominum : Die ergo nobis quid tibi videtur : Licet censum. dari Gsesari, an non? » Blanda et fraudulenta interrogatio, illuc provocat respondentem, ut magis Deum quam Gæsarem timeat, et dicat non debere tributa solvi, ut statim audientes Herodiani, seditionis contra Romanos principem teneant. « Gognita autem Jésus nequitia eorum, ait : Quid me tentatis, liypocritse? » Primà virtus est respondentis, interrogantium mentem cognoscere, et non. discipulos, 51 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU mais des tentateurs. Or, on. appelle, hypocrite Thomme qui est autre qu’il ne paraît, c’est- à-dire, qui agit d’une façon et parle d’un autre. « Montrez-moi, la pièce d’argent qu’on donne pour, le tribut. Et ils lui présentèrent, un denier. » Ibid.' 19. La sagesse, agit toujours . sagement, et s’y prend de . manière que les tenta¬ teurs se réfutent surtout, par leur propre bouche; «Montrez-moi, dit-il, un, denier,» c’est-à-dire,, cette pièce d’argent équivalente à dix « as » et qui portait l’image de César. « Jésus leur dit : de qui est cette image et cette inscription? » Ibid. 20. Ceux qui prétendent que la question du. Sauveur provient de son igno¬ rance, plutôt que de. sa. prudence, ont ici une preuve du contraire; car Jésus savait certai¬ nement de qui était l’image gravée sur la pièce de. monnaie. S’il questionne, c’est pour opposer à ce qu’ils diront une réponse sans réplique. - « De César, lui dirent-ils. Jésus leur répondit : Rendez, donc à César ce qui est à César, et à Dieu (ce qui est à Dieu. » Ibid . 21. César dont il s’agit ici, n’est pas Auguste, mais Tibère, son fils adop¬ tif et son successeur, sous lequel le Seigneur souffrit la. mort. Tous les empereurs romains prirent le. nom de César, de Caius César, qui le premier, s’était, emparé, du pouvoir. Or « rendez .à César ce qui est à César, » signifie : rendez à sed tentatores vocare. Hypocrità ergo appellatur, qui aliud est, et aliud simulât, id est, aliud opéré agit, et aliud voce prætendit. « Ostendite mihi numisma census. At illi obtulerunt ei denarium. » Sapientia semper sapienter agit, ut suis potissimum tentatores sermonibus confutentur. « Osten¬ dite, » inquit, « mihi denarium, » hoc est, genus nummi, quod pro dçcem nummis imputabatur, et habebat imaginem Cæsaris. « Et ait illis Jésus : Cujus est imago hæc, et super- scriptio? » Qui putant interrogationem Salvatoris ignprantiam esse, et non dispensationem, discant ex præsenti loco, quod utique potuerit scire Jésus cujus imago esset in nummo sed interrogat, ut ad sermonem corum competenter respondeat. « Dicunt ei : Cæsaris. Tune ait illis : Reddite ergo quæ sunt Cæsaris Cæsari; et quæ sunt DefDeo. » Cæsarem non putemus Augustum, sed Tiberium significari privignum ejus, qui in locum successit ipsius, üub quo passus est Dominus.. Omnes àutem reges Remania primo Caio Cæsare, qui imperium arripuerat, Cæsares appellati . sunt \Al. appellantur]. Porro quod ait : «: Reddite quæ sunt Cæsari* Cæsari, » id est, César l’impôt, le tribut; l'argent; « età'Dieuce qubest à Dieu, » c’est-à-dire, les dîmes, les pré¬ mices, les oblations et les victimes. Ainsi 1 lui- même paya le tribut pour Pierre et pour lui, Matth. xvii, et rendit à Dieu ce qui est à Dieu, en faisant la volonté de son Père. Joan , vi. « L’ayant entendu, ils furent saisis ' d’éton¬ nement. » Ibid. 22. Ils auraient dû croire, en lui voyant une telle sagesse, et ils s’étonnent que leur ruse n’ait eu aucun succès. « Et le laissant , là, ils se retirèrent, » rem¬ portant leur infidélité avec leur étonnement. « Ce jour-là, les Sadducéens qui nient la résur¬ rection, vinrent le trouver. » Ibid. 23. Il y avait deux sectes chez les Juifs, celle des Pharisiens et celle des Sadducéens. Les Pharisiens faisaient consister la justice dans le respect des traditions et des . observances qu’ils nomment Bampoccreiq ; de là le nom de « séparés » qui leur était donné par. le peuple. Les Sadducéens, nom qui signifie « justes » se faisaient eux aussi passer pour ce qu'ils- n’étaient, pas. Tandis que les premiers croyaient la résurrection du corps et de Pâme, et enseignaient l’existence dés anges et des es¬ prits; les seconds, (selon les Actes des apôtres) niaient tout cela. Aol. iv. Ce sont là les deux maisons dont Isaïe dit ouvertement qu’elles se heurteront contre la pierre du scandale. I$ai. vin. o nummum tributum, et pecuniam : « et quæ sunt Dei Deo, » décimas primitias, et oblationes, ac victimas sentiamus : quomodo et tpse reddidit tributa pro se et Petro Matth. xvn; et Deo reddidit quæ Dei sunt, Patris faciens voluntatem Joan. vi. v , « Et audientes, mirati sunt. » Qui credere debuerant ad tantam sapientiam, mirati sunt quod calliditas eorum insidiandi non invenisset locum. «■ Et relicto eo, abierunt. » Infidelitatem cum mira- culo pariter. reportantes. «. In.illo die. accesserunt ad eum Sadducæi, qui dicunt non esse resurrectionem. » Duæ, hæreses erant in Judæis una Pharisæorum, altéra Sadducæorum. Pharisæi traditionum et observationum, quas illi SeuTÊpoxyÊLÇ vocant,, justitiam præferebant; unde et « divisi » voçabantur â populo. Sadducæi autem, qui interpretantur « justi, » et ipsi vindicabant sibi quod non erant; prioribus et corporis et animæ resurrectio¬ nem credentibus, confitentibusque, et t.ngelos, et spiri- tum. : sequentes (juxta Acta apostolorum) omnia denega- bant Act.. iv. Istæ sunt duæ domus,. de qui bus Isaias manifestius docetr; quod offensuræ sint in lapidèm scandali Isa4. vin. • SAINT JÉROME 52 « Et ils l’interrogèrent en disant : Maître, Moïse a ordonné que si quelqu’un mourait sans enfant, son frère épousât sa femme et suscitât des enfants à son frère. Or il y avait parmi nous sept frères, dont le premier ayant épousé une femme est mort, et n’en ayant point eu d’enfants, il l’a laissée à son frère. Il en fut de même pour le second et le troisième jusqu’au septième. Enfin Cette femme est morte aussi après eux tous. » Ibid . 24 . Seqq. Comme ils ne croyaient pas à la résurrection des corps et pensaient que l’àme meurt avec le corps, ils imaginèrent habi¬ lement cette fable, pour montrer aux partisans de la résurrection des morts, que c’est une pure rêVerie. Il peut toutefois se faire que pareille chose soit arrivée dans ce pays. « Or à la résurrection, duquel, des sept sera- t-elle\ femme, puisque tous l’ont épousée? » Ibid . 28. Ils tirent une conclusion absurde et honteuse, pour enlever toute créance à la résur¬ rection. * 4£- . « Jésus leur répondit : Vous êtes dans l’erreur, parceque vous ne connaissez ni les Écritures, ni la puissance de Dieu. » Ibid. 29. Ils sont dans l’erreur, justement parce qu’ils ne connaissent pas les Écritures; et comme ils ignorent les Écri¬ tures, il s’en suit qu’ils ne connaissent pas la puissance de Dieu, c’est-à-dire, le Christ, qui est la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu. I Corinth . i. «, Et interrogaverunt euro, dicentes : Magister, Moyses dixit : si quis mortuus fuerit non habensfiliurn, ut ducat frater ejus uxorem illius, et suscitet semen fratri suo. Erant autem apud nos septem fratres ; et primus, uxore ducta, defunclus est, et non habens semen, reliquit uxorem suam fratri suo. Sirailiter secundus et tertius usque ad septimum. Novissime autem omnium et mulier defuncta est. » Qui resurrec- tionem corporum non credebant, et animam putabant interire cum corporibus, recte istiusmodi fmgunt fabu- lam, quæ deliramenti arguat eos, qui resurroctionem asserant mortuorum. Potest autem fleri, ut vere in gente eorum aliquando hoc accident. « In resurrectione ergo cujus erit de septem uxor? Omnes. enim habuerunt eam. » Turpitudinem fabulæ opponunt, ut resurrectionis denegent veritatem. « Respondens autem Jésus, ait illis : Erratis, nesr cientes Scripturas, neque virtutem Dei. » Propterea errant, quia Scripturas nesciunt; et quia Scripturas ignorant, çonsequenter nesciunt viçtutem Dei, hoc est, Christum, qui est Dei virtus, et Dei sapientia I Cor . i. « Dans' la résurrection, on n’épouse point et on n’est pas épousé, mais tous sont comme les anges de Dieu dans le ciel. » Ibid . 30. La manière de parler des latins ne correspond pas à celle des Grecs; car « nubere » épouser, s’entend à propre¬ ment parler des femmes, et on dit des hommes, qu’ils prennent des épouses; pour nous, nous croyons que le mot « nubere » épouser, s’applique tout simplement aux hommes, et celui de« nubi » aux femmes. Or si à la résurrection, ni' on n’épouse, ni on est épousé, il faut admettre que les corps qui pourraient ou épouser ou être épousés seront ressuscités, car personne ne dit en parlant d’une pierre, ou d’un arbre ou d’une chose quelconque privée des organes sexuels, qu’ils n’épousent pas et ne sont pas épousés. On ne parle ainsi que des créatures, qui pouvant épouser, ne le font pas pour des raisons parti¬ culières. Et quant aux paroles suivantes : « Ils sont comme les anges de Dieu dans le ciel, » elles indiquent que la vie y est toute spirituelle. « Et pour ce qui est de la résurrection des morts, n’avez-vous point lu ce que Dieu vous a dit : Je suis le Dieu d’ Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, or Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Le peuple enten¬ dant ceci, était dans l’admiration de sa doctrine. » Ibid . 31 Seqq. En faveur de la vérité de sa résurrection, le Seigneur aurait pu apporter d’autres preuves beaucoup plus. évidentes; celles- « In resurrectione enim neque nubent, neque nuben- tur; sed sunt si eut angeli Dei in cœlo. » Latina consue- tudo Græco idiomati non respondet. Nubere enim proprie dicuntur mulieres, et viri uxores ducere; sed nos simpliciter dictura intelligamus, quod nubere de viris, et nubi de uxoribus scriptum sit. Si in resurrec¬ tione non nubent, neque nubentur, résurgent ergo corpora, quæ possunt nubere- et nubi. Nemo quippe dicit de lapide et arbore, et his rebus, quæ non habent membra genitalia, quod non nubarit, neque nubantur; sed de his quæ cum possunt nubere, tamen alia ratio ne non nubunt. Quod autem infertur : « Sed sunt siçut angeli Dei in cœlo, » spiritualis repromittitur conver¬ sa tio. « De resurrectione autem mortuorum non legistis quod dictum est a Deo, dicente vobis : Ego sum jDeus Abraham, et Deus Isaac, et Deus Jacob ; Non est Deus mortuorum, sed viventium. Et audientes turbæ mirabantur de doctrina ejus. » Ad comprobandam resurrectionis veritatem, multo aliis maniiestioribus exeipplis uti potuit, e quibus est illud : COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 53 ci entre autres : « Les morts se lèveront, et ceux qui étaient dans le sépulcre ressusciteront. » ls ai. xxvi. 19. Et encore : « La multitude de ceux qui dorment dans la poussière de la terre, se lèveront, les uns pour, la vie éternelle, et les autres pour un opprobre et une confusion éter¬ nelles. » Dam. xii. 2. On se demande donc pour¬ quoi le Seigneur leur a préféré ce témoignage qui paraît peu clair, et semble n’avoir pas assez rapport à la vérité de la résurrection : « Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob ; » et comme si en le produisant il avait prouvé ce qu’il voulait, pourquoi il ajoute aussi¬ tôt après : « Dieu n’est point le Dieu des morts, mais des vivants. » Réponse qui remplit d’admi¬ ration pour sa doctrine le peuple qui l'entoure et qui est au courant du mystère. Nous avons dit plus haut que les Sadducéens ne croyaient ni aux anges, ni aux esprits, ni à la résurrection des corps, et niaient l’immortalité des âmes. Cette secte, n’admettait que les cinq livres de Moïse et rejetait les prophètes, C’eût donc été une folie de leur apporter un témoignage tiré de livres dont ils ne reconnaissaient pas l’auto¬ rité. C’est donc à Moïse que le Seigneur emprunte une preuve de l’éternité des âmes : « Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. » Exod. ni. 6. Et il ajoute aussitôt : « Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants, » afin, après avoir prouvé que les âmes « Suscitabuntur mortui, et résurgent qui in sepulcris sunt » Isai. xxvi, 19. Et in alio loco : « Multi dor- mientium de terne pulvere consurgent : alii in vitam, et alii in opprobrium et confusionem æternam », Dcm. xii, 2. Quæritur itaque, qnid sibi voluerit Dominus hoc præferre testimonium, quod videtur ambiguum, vel non satis ad resurrectionis pertinens veritatem : « Ego sum Deus Abraham, et Déus Isaac, et Deus Jacob ; » et quasi, hoc prolato, probaverit quod volebat, statim intulerit : « Non est Deus mortuorum, sed viventium. » Cujus rei turbæ quoque circumstantes, mysterium cognoscentes, admiratæ sunt de doctrina et responsis illius. Supra diximus Sadducæqs, nec angelum, nec spiritum, nec resurrectionem corporum confitentes, animarum quoque interitum prsedicasse. Hi quinque tantum libros Moysis recipiebant, prophetarum vaticinia respuentes. Stultum ergo erat inde proferre testimonia, cujus auctoritatem non sequebantur: Porro ad seternitatem animarum probandam de Moyse ponit exemplum : « Ego sum Deus Abraham,, et Deus Isaac, et Deus Jacob » Exod. iii, 6. statimque.’ infert : « Non est mortuorum Deus, vivent après la mort, (car il ne peut se faire que . Dieu soit le Dieu de personnes qui n’existeraient pas) d’en conclure directement à la résurrection des corps qui ont été les instruments et les col¬ laborateurs des âmes, dans le bien comme dans le mal. L’apôtre saint Paul expose longuement cette vérité à la fin de la première épître aux Corinthiens. 1. Corinth. xv. « Mais les Pharisiens ayant appris qu’il avait fermé la bouche aux Sadducéens, s’assemblèrent, et l’un d’eux qui était docteur de la Loi, lui fit cette question pour le tenter : Maître, quel est le grand commandement de la Loi? Jésus lui dit : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, et de tout votre esprit. C’est là le premier et le plus grand commandement. Mais le second est semblable à celui-ci : Vous aimerez votre pro¬ chain comme vous-même. Toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux com¬ mandements. » Ibid. 34 Seqq. Les Pharisiens et les Sadducéens nous offrent aujourd’hui le même spectacle que plus tard Hérode et Ponce- Pilate, Ceux-ci se réconcilièrent à la mort de Jésus; ceux-là, adversaires acharnés, s’accordent pour le tenter. La déception qu’ils avaient éprou¬ vée dans l’affaire du tribut, et la confusion qui en avait rejailli sur eux, la mise à néant des objections présentées par la secte adverse, auraient dû les rendre plus sages et leur inter- sed viventium; » ut.oum probaverit animas permanere post mortem (neque enim poterat fieri, ut eorum esset Deus, qui nequaquam subsistèrent), consequenter intro- duceretur et corporum resurreetio, quæ cum animabus bona malave gesserunt. Hune locum plenius in extrema parte primæ Epistolæ ad Corinthios Paulus apostolus exsequitur I Cor. xv. « Pharisæi autem audientes quod silentium imposuisset Sodducseis, convenerunt in unum ; et interrogavit eum unus ex eis legis doctor, tentans eum : Magister, quod est mandatum magnum in lege? Ait illi Jésus : Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo, et in tota ani¬ ma tua, et in tota mente tua : hoc est maximum et primum mandatum. Secundum autem simile est huic : Diliges proximum tuum sicut teipsum. In his duobus mandatis universa lex pendet et prophetæ. » Quod de Herode et Pontio Pilato legimus, in ,Domini nece eos fecisse concordiam, hoc etiam nunc de Pharisæis cerni- mus et Sadducæis, qui inter se contrarii sunt, sed ad tentandum Jesum pari mente consentiunt. Qui ergo jam supra in ostensione denarii fuerant confutati, et ad ver- 64 SAINT JEROME dire toute, tentative nouvelle; mais la malveil¬ lance- et l’envie dont ils sont animés, entretien¬ nent leur impudence. Un des docteurs de la Loi vient donc questionner Jésus, non pas avec le désir de s’instruire, mais pour le tenter, pour voir s’il sait ce qu’il lui demandera; quel est le plus grand commandement. Gomme tout ce que Dieu a commandé est grand, quelle que sera sa sæ partis factionem viderant subrutam, debuerant exem- plo moneri, ne ultra molirentur insidias : sed malevo- lentia et livor nutrit impudentiam, Interrogat unus ex legis doctoribus, non scire desideràns, sed tentans, an interrogatus nosset quod interrogabatur, guod sit majus mandatum; non de mandatis interrogans, sed quod sit primum magnumque mandatum; ut cum omnia quæ réponse, il y trouvera prétexte à calomnié, et affirmera qu’il en est un autre plus grand de beaucoup. Ainsi celui qui sait èt questionné, non pour s’instruire, mais uniquement pour con¬ naître si celui qu’il questione possède le savoir, ressemble aux Pharisiens, il vient non pas comme un disciple, mais comme un tentateur. Deus mandaverit magna sint, quiquidille responderit, occasionem habeat calumniandi, aliud asserens magnum esse de pluribus. Quicumque igitur novit et interrogat non voto discendi, sed studio cognoscendi, an noverit ille qui responsurus est, in similitudinem Pharïsæérum non quasi discipulus, sed quasi tentator accedit. LIVRE QUATRIÈME « Pendant que les Pharisiens étaient là assem¬ blés, Jésus leur fit cette question : Que vous semble, du Christ? de qui est-il Fils? Ils lui répondirent : de David. Et comment donc, ajouta- t-il, David en esprit l’appol\e-t-il son Seigneur, en disant : Le Seigneur a djt à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, Jusqu’à ce que j’aie réduit vos ennemis à vous seivir de marchepied? Si donc David l’appelle son Seigneur, comment est-il son fils? » Ibid. 41 Seitq. En se rassem¬ blant pour tenter Jésus, ces hommes qui essayent de prendre celui qui est la Vérité 'môme dans leurs questions insidieuses, lii fournissent l’oc¬ casion de les confondre. Les voici interrogés à leur tour sur le Christ; on leur demande de qui il est fils. Cette question de ésus nous sert tou¬ jours contre les Juifs. Ceux-Jsi en effet, tout en reconnaissant que le Christ doit venir, soutien- . nent que ce sera simplement un homme, d’une grande sainteté il est vr i, issu de la race do David. A l’exemple du Sei/neur posons leur donc cette question : Si c’est simplement un homme, si c’est seulement le fils de David, comment David Fappelle-t-il son Seigneur, non pas par erreur, ni de son propre mouvement, mais ins¬ « Congregatis autem Phai/sæis, interrogavit eos Jésus dicens : Quid vobis vidètur de Christo, cujus fi lia s est? Dicunt ei : David. Aæ illfs : Quomodo ergo David in Spiritu vocat eum Eomiium, dicens : Dixit Dominus Domino meo, Sede /dextris meis, donec ponam inimicos tuos scàbellum pedim tuorum? Si ergo David vocat eum Dominum, quomod) filius ejus est? » Qui ad tenta ndum Jesum fuerant cngregati, et veritatem fraudulenta interrogatione câpre nitebantur, occasionem præbuerunt confutationis suee Interroganturque [AL Interto gatur] de Christo cujusilius sit. Interrogatio Jesu nobis profi- cit usque hodie outra Juçlæos. Et hi enim qui confitentur Ghristum esse vhturum, hominem «implicem et sanctum virum asseruntle genere David. Interrogemus ergo eos docti a Dominé si simplex bomo est, et filius tantum David, quomoi David vocet eum Dominum suum, non erroris incerta nec propria voluntate; sedin [Al. tacct piré par le Saint-Esprit. La preuve alléguée par le Sauveur est tirée du Psaume cent neuf. Or si le Seigneur est appelé Seigneur de David, cela veut dire, non qu’il est né de David, mais au contraire, qu’engendré de toute éternité par son Père, il existe bien avant son Père selon la chair. Pour se tirer de cette question qui les embar¬ rasse, les Juifs ont imaginé une foule de. contes i » absurdes. Ils prétendent qu’Abraham eut un ser¬ viteur qui aurait été père d’Éliéser de Damas; que le Psaume aurait été, écrit au nom de çe personnage, qui raconterait ainsi, qu’après le massacre des cinq rois, le Seigneur Dieu aurait dit à son Seigneur Abraham : « Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que j’aie réduit vos enne¬ mis à vous servir de marchepied. » Genes. xiv. Demandoris-leur : Comment Dieu a-t-il pu dire à Abraham ce qui suit : « La principauté qui est avec vous paraîtra clairement au jour dè votre puissance, au milieu de la gloire des saints. Je vous ai engendré de mon sein, avant l’étoile du matin; et : «Le Seigneur a juré,, et il ne se repentira pas : Vous ôtes le prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédech ? » Obligeons-les à nous dire comment Abraham a pu être engendré in] Spiritu sancto. Testimonium autem quod posait, de centissimo nono Psalmo sumpturrt est. Dominus igifcur David vocatur, non secundum id quod de eo natus est, sed juxta id quod natus ex Pâtre semper fuit, præveniens ipsum carnissuæ Patrem. Judæiqd deludendam interro- gationis veritatem frivola multa confingunt, vernaculum Abrahæ asserentes, cujus fuerit filius Damascus Eliezer.: et ex ipsius persona scriptum psalmum, quod post cædem quinque regum, Dominus Deus Domino suo dixerit Abrahæ : « Sede ad dexteram meam, donec ponam inimicos tuos scàbellum pedum tuorum » Genes. xiv. Quos interrogemus : Quomodo Deus dixerit Abrahæ ea quæ sequuntur : « Tecüm prjncipium in die virtutis tuæ in splendoribus sanctorum, ex utero ante ' Luciferum genui te ; » et «Jura vit Dominus, et non pœnitebit eum : tu es sacerdos in æternum, secundum ordinem Melçbisedec?» Et respondere cogamus, quomodo Abraham ante Luçi(e- / 5S SAINT JÉROME avant l’étoile du matin, et être prêtre selon l’ordre de Melchisédech, lui pour qui Melchi- sédech offrit le pain et le vin, et duquel il reçut la dîme du butin. « Et personne ne put lui répondre; et depuis ce jour-là, nul n’osa plus lui faire de question. » Ibid. 46. Les Pharisiens et les Sadducéens qui cherchaient un prétexte à le calomnier, et espionnaient ses paroles pour y trouver quelque chose qui leur donnât prise sur lui, voyant leurs ruses éventées et leurs intentions percées à jour, ne l’interrogeront plus désormais, mais ils em¬ ploieront ouvertement la violence, et le livreront à la puissance romaine. D’où nous pouvons con¬ clure que si l’envie est quelquefois impuissante, êlle s’endort difficilement. « Alors Jxésus s’adressant au- peuple et à ses disciples leur dit : Les Scribes et les Pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse. Observez donc et. faites ce qu’ils vous disent, mais ne faites pas ce qu’ils font; car ils disent, mais ne font pas. » Matth. xxiii. 1 Seqq. Quoi de plus doux, quoi de plus bénin que le Sauveur? Les Pharisiens s’acharnent à le tenter; leurs pièges sont brisés, et pour parler avec le Psalmiste : « Leurs flèches sont comme celles des petits enfants qui ne blessent qu’eux-mêmes, » Psalm. lxiii. 8; et néanmoins par respect pour la dignité sacerdo¬ tale, il exhorte le peuple à leur rester soumis, et à tenir compte, non de leurs œuvres, mais de leur enseignement. Par le mot « chaire » dont rum genitus sit; et sacerdos fuerit secundum ordmem Melchisedec : pro quo Melchisedec obtulerit panem et vinum, et a quo décimas prædæ acceperit. « Et nemo poterat ei respondere verbum; neque aususfuit quisquam ex ilia die eum amplius interrogare.» Pharisæi et Sadducæi quærentes occasionem calumniæ, et verbum aliquod invenire, quod pateret insidiis, quia in sermonibus confutati sunt, ultra non interrogant, sed apertissime comprehensum, Romanæ tradunt potestati. Ex quo intelligimus venena invidiæ posse quidem supe- rari, sed difficile conquiescere. * Tune Jésus locutus est ad turbas et ad discipulos suoa, dicens: Super cathedram Moysi sederunt Scribæ et Pharisæi; omnia ergo quæcumque dixerint vobis, ser- vate et facite; secundum opéra : vero eorùm nolite facere. Dicùnt enim, et non faciunt. » Quid mansuetius, quid benignius Domino? Tentatur a Pharisæis, confrin- guntur insidise eorum, et secundum Psalmistam : « Sagittæ parvulorum factæ sunt plagæ eorum » Psal. lxiii. 8, et nihilominus pr opter sacerdotii et nominis dignitatem il so sert dans cette phrase : « Les Scribes et les ■Pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse, » il désigne la doctrine de la Loi. Nous devons donc prendre aussi dans le sens de doctrine les mêmes expressions employées par le Psalmiste : « Il ne s’est point assis dans la chaire de pesti¬ lence, » Psalm. i. 1, et par l’Évangéliste : « Il renversa les chaires de ceux qui vendaient des colombes. » Supra xxi et Marc. xi. « Ils lient des fardekux pesants et impossibles à porter, et ils les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne/veulent pas les remuer du bout du doigt. » Ibid. 4. Ceci s’applique d’une manière générale à/ tous les maîtres qüi com¬ mandent de grandes choses, et ne font pas même les petites. Remarquez que toutes ces choses, épaules, doigt, fardeaux et liens servant à atta¬ cher les fardeaux, doivent être entendues dans le sens spirituel. « Au reste, ils fjmt toutes leurs actions pour- être vus des hommffi. » Ibid . 5. Ainsi quiconque n’agit que pour êt e vu des hommes, est un Scribe et un Pharisien. « C’est pourquoi ils affectent de porter des. bandes plus larges qW les autres, et d’avoir des franges plus longues! Ils aiment les premières places dans les festins' et les premières chaires dans les synagoguesjils aiment à être salués dans les places publiques et à être appelés rabbi par les hommes. Ibii. 6 seqq . Malheur à nous qui avons hérité des vijes des Pharisiens. Après hortatur populos ut subjùlantur eis, non opéra, sed doctrinam considérantes. Qiod autem ait : « Super ca- thedram Moysi. sederunt œribæ et Pharisæi : » per catbedram doctrinam Legis \stendit, Ergo et illud quod dicitur in Psalmo : « In catMrk pestilentiæ non sedit» Psal. i, 1. Et : « Cathedras véndertium colurnbas ever- tit » Supra xxi; Mar. xi docVinab debemus accipere. « Alligant autem onera gràvia Vt importabilia, et imponunt in humeros hominum ; digit> autem suo nolunt ea movere. » Hoc generaliter adversulomnes magistros, qui gravia jubent, et minora non faciun\ Notandum autem quod et humeri, et digitus, et onera, \ vincula, quibus alligantur onera, spiritualiter intelligeiia sunt. « Omnia opéra sua faciunt, ut videi^tur ab homini- bus. » Quicumque igihm ita facit quodhet, ut videatur ab hominibus, Scriba et Phansæus estd « Dilatant enim pbylacteria sua, et tagnificant fim- brias. Amant autem primos recubitus in bénis, et primas cathedras in synagogis, et salutationes in lro,etvoçari ab hominibus Rabbi. » Væ nobis miseris, ad|uos Phansæo- \ i COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU avoir donné les prescriptions de la loi par l’intermédiaire de Moïse, le Seigneur avait ajouté : « Vous les lierez sur votre main, et vous les ■ porterez sur votre front devant vos yeux. » Deut. vi. S, ce qui signifie : Que mes prescriptions soient toujours sur votre main, pour les mettre en œuvre, et devant vos yeux pour les méditer jour et nuit. Or par suite d’une fausse interprétation, les pharisiens s’étaient mis à écrire sur des parchemins le Décalogue de Moïse qu’ils repliaient et liaient sur leur front, ce qui leur faisait une sorte de couronne, de manière à Les avoir sans cesse littéralement sous les yeux, coutume observée encore aujourd’hui par les Indiens, les Perses et les Babyloniens ; et celui qui s’en était ainsi revêtu, passait dans le peuple pour un homme religieux. Moïse avait en outre prescrit aux Juifs, Num. xv, d’attacher des franges couleur d’hyacinthe aux quatre coins de leurs manteaux, pour faire reconnaître le peuple d’Israël, et le distinguer des autres peuples par une différence dans le vêtement, comme il l’était déjà dans son corps par la circoncision, caractère particulier de la nation juive. Or ces maîtres superstitieux, courtisans de la faveur populaire, avides de gagner les bonnes grâces des femmelettes, se faisaient de longues franges, au milieu des¬ quelles ils attachaient des épines très aiguës, sans doute pour se faire rappeler par leurs piqûres dans la marche ou le repos, à leurs rumvitiatransierunt.Dominuscum dedisset mandata Le- gis per Moysen, ad extremum intülit ; « Ligabis ea in manu tua, et erunt immota ante oculos tuos » Veut, vi, 8. Et est sensus : Præcepta mea sint in manu tua, ut opéré compleantur; sint ante oculos tuos, ut die ac nocte mediteris in eis. Hoc Pharisæi' male interprétantes, scribebant in membranulis Decalogum Moysi, id est decem verba Legis, comphcantes ea, et ligantes in fronte 6t quasi coronam capitis facientes, utsemper ante oculos moverentur ; quod usque hodie Indi, Persæ, et Babylo- nii faciunt ; et qui hoc habuerit, quasi religiosus in populis judicatur. Jusserat quoque aliud MôysesiVwwi, xv ut in quatuor angulis palliorum hyacinthinas fimbrias facerent, ad Israelis populum dignoscendum, ut quomodo incorporibus circumcisio signum Judaicæ gentis dàret.ita et vestis baberet aliquam différé ntiam. Supers titiosi ma- gistri captantes auram popularem, atqne ex mulierculis sectantes lucra, faciebant grandes fimbrias, et quærimus. Scribæ et Pharisæi totum lustrantes orbem, propter negotiationes, vel diversa lucra lam a discipulis captanda, quam per imaginem sanctitatis, studium [Al. studii] habebant de gentibus facere proselytum, id est, advenam, et incircumcisum miscere populo Dei. Sed qui ante, dum esset ethnicus, simpliciter errabat, et erat semel filius gehennæ, videns magistrorum vitia, et intelligens destruere eos opéré, quod verbis docebant, revertitur ad vomitum suum ; et gentilis factus, quasi prævaricator, pœna majori dignus erit. Filius autem vocatur gehennæ, quôraodo filius perditionis, et filius hujus sæculi. XJnusquisque enim cujus opéra agit, ejus filius appella'tur. * Væ vobis, duces cæci, quia dicitis : quicumque dites : .si un homme jure par le temple, cela n’estrien; mais s’il jure par l'or du temple, il doit payer. Insensés et aveugles! lequel est. le plus grand de l’or ou du temple qui sanctifie l’or? Et si quelqu’un jure par l’autel, cela n’est rien; mais s’il jure par le don qui est,sur l’autel, il doit payer. Aveugles! lequel est le plus grand du don ou de l’autel qui sanctifie le don? Celui donc’qui jure par l’autel, jure par l’autel etpar tout ce qui es dessus. Et celui qui jure par le temple, jure par le temple, et par celui qui y habite. Et celui qui jure par le ciel, jure par le trône de Dieu et par celui qui y est assis. » Ibid. 16. Seqq. Nous avons exposé plus haut, ce que signi¬ fiait, selon nous, la tradition des Pharisiens, disant : « Tout ce que j’offre de mon bien, vous servira. » Le Seigneur condamne maintenant une double tradition des Pharisiens, n’ayant l’une et l’autre qu’iin même but, la satisfaction de leur avarice, et montre qu’ils agissent en . tout ce qu’ils font, dans une pensée de lucre et non dans la crainte de Dieu. De même qu’il les avait signalés tout à l’heure, comme cherchant par de plus , larges phylactères et de plus longues franges à acquérir un renom de sainteté, par ce renom de sainteté, la gloire, et et par la gloire, la fortune; de même, il les con¬ vainc d’être professeurs coupables d’impiété dans cette autre tradition qu’ils ont imaginée. D’après eux en effet, quelqu’un dans une discus- juraverit per templum, nihil est; qui autem juraverit in auro templi, debitor est. Stulti et cæci, quid enim majus est, aurum, an templum quod sanctifient aurum? Et quicumque juraverit in altari, nihil est : quicumque autem juraverit in dono, quod est super i)lud, debet. Cæci, quid enim majus est, donum, an altare quod sanctificat donum? Qui ergo jurât in altari, jurât ,in eo, et in omnibus quæ super illud sunt. Et quicumque juraverit in templo, jurât in illo, et in eo qui habitat in ipso. Et qui jurât in cœlo, jurât in throno Dei, et in eo-qui sedet super eum. » Supra, ut nobis visnm est, exposuimus" quid significaret traditio Pharisæorum dicentium : « Domum quodeumque est ex me, tibi proderit : » nunc duplex, et ad unam avaritiæ occasionem trahens, Pharisæorum traditio condemnatur, ut arguantur cuncta pro lucro facere, et non pro timoré Dei. Sicut enim in phylacteriis et fim- briis dilatatis opinio sanctitatis captabat gloriam, et per occasionem gloriæ quærebat lucra : sic alla tradi- tionis inventa stropha, impietatis arguit præceptores. Si quis in contentione, seu in àliquo jurgio, vel in causæ SAINT JÉROME 60 sion, une contestation, un différend, ou autre question litigieusè, jurait-il par le temple, et éUqt-il convaincu de mensonge, on ne pouvait lui en faire aucun crime. Mais au contraire, avait-il juré par l’or et l’argent qu’on offrait aux prêtres dans le temple, il était tenu de payer aussitôt une somme égale à celle sur laquelle portait. son serment. Autre tradition : Quel¬ qu’un jurait-il par l’autel, personne ne le tenait pour coupable de parjure; mais jurait-il par les dons et les oblations, c’est-à-dire, les hosties, les victimes, la fleur de farine et autres choses qu’on offre à Dieu sur l’autel, on en exigeait très rigoureusement le paiement. Le Sauveur taxe donc leur conduite de folie et d’hypocrisie, par cette raison que le temple est bien plus grand que l’or qui est sanctifié par le temple et l’autel bien plus grand que les victimes qui sont sanctifiées par l’autel. Or le mobile de tout ce que faisaient les Pharisiens, c’était non la crainte de Dieu, mais le désir de s’enrichir. « Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypo¬ crites, qui exigez la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin, et qui laissez de côté ce qu’il y a de plus important dans la Loi, la justice, la miséricorde et la foi. Il fallait faire ces choses sans omettre les autres. » Ibid. 23. Il y a dans la Loi une foule de prescriptions qui ne sont que des figures; mais il en est d’autres qui, selon la parole du Psalmiste : « Le précepte du Seigneur ambiguo, jurasset in templo, et postea convictus esset mendacii, non tenebatur criminis reus \ Al. ejus]. Sin autem jurasset in auro et pecunia, quæ in templo sacerdotibus ■ offerebatur, statim id in quo juraverat, cogebatur exsolvere. Rursum : Si qui s jurasset in altari, perjurii reum nemo tenebat [ Al. retinebat ]; sin autem perjurasset in dono, vel in oblationibus, hoc est, in hostiis, in victimis, et in simila et cæteris, quæ offeruntur Deo super altare, hæc studiosissime repete- bantur [ Al. repetebant ]. Arguit ergo eos Dominus, et stultitiæ et fraudulentiæ, quod multo majus sit templum quam aurum, quod sanctificatur a templo, et altare quam hostiæ, quæ sanctificantur ab altari. Totum autem faciebant, non ob Dei timorem, sed ob divitiarum cupiditatem. « Væ vobis, Scribæ et Pharisæi hypocritæ, quia deciinatis mentham et anethum et cyminum, et reliquis- tis quæ graviora sunt Legis, judicium, et misericordiam et fidem. Hæc oportuit. facere, et ilia non omittere. » Multa in Lege præcepta sunt, ; quæ typos præferunt futurorum. Alia vero aperta sunt, juxta Psalmistam, est lumineux, il éclaire les yeux, » Psalm. xvrir. 9, sont parfaitement clairs par eux-mêmes et de¬ mandent à être accomplis sans tarder. Tels sont : Vous ne commettrez point d’adultère; vous ne déroberez point; vous ne ferez point de faux témoignages; etc. Or le Seigneur (nous quittons pour un moment le sens mystique), ayant pres¬ crit aux Israélites d’offrir dans le temple la dîme de toutes choses pour l’entretien des prêtres et des Lévites, dont le Seigneur formait l’unique héritage, les Pharisiens veillaient uniquement à faire apporter exactement toutes les dîmes prescrites. Quant aux autres commandements bien plus importants, qu’on les observât ou non, ils s’en souciaient fort peu. Le Seigneur met donc sur le compte de l’avarice le zèle avec lequel ils exigent les dîmes, même des moindres légumes, tandis qu’ils négligent les choses im¬ portantes, le règlement des affaires litigieuses, la compassion pour les pauvres, les orphelins et les veuves, et la foi en Dieu. « Conducteurs aveugles qui filtrez un mou¬ cheron, mais avalez un chameau. » Ibid . 24. Il me semble que dans le sens que nous avons suivi pour tout ce passage, le chameau doit signi¬ fier la grandeur des commandements, ’la justice, la miséricorde et la foi ; et le moucheron, les dîmes de la menthe, de l’aneth, du cumin et autres petits légumes. Contrairement aux pré¬ ceptes de Dieu, nous avalons et nous négligeons dicentem : « Mandatum Domini, lucidum, illuminans g cul o s Psal. xvui, 9, quæ statim opéra desiderant. Verbi gratia : Non adulterabis; non furtum faciès; non testimonium falsüm dices, etc. Pharisæi autem, quia præceperat. Dominus (ut intérim intellectus mys- ticos dimitlamus) propter ahmoniam sacerdotum et Levitarum, quorum pars erat Dominus, omnium rerum offerri in templo décimas; hoc unum habebant studii, ut quæ jussa fuerant, comportarentur ; cætera :quæ erant majora, utrum quis faoeret, an non, pravipende- bant. Et ex hoc itaque capitulo arguit eos avaritiæ, quod studiose etiam vilium olerum décimas exigant, et judicium in disceptatione negotiorura, misericordiam- que in pauperes, pupillos et viduas, et fidem in Deum, quæ magna sunt, prætermittant. « Ducés cæci, excolantes calicem, camelum autem glutientes. » Camelum puto esse, secundum sensum præsentis loci, et magnitudinem præceptorum, judicium, et misericordiam^ et fidem. Cuhcem autem décimas menthæ, anethi, cymini, et reli quorum vilium olerum. Hæc contra præceptum Dei, quæ magna sunt, dévora- COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 61 ces commandements très importants, et sous prétexte de religion, nous nous montrons très scrupuleux et zélés observateurs des petites pra ¬ tiques qui rapportent du profit. « Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypo¬ crites, parce que vous nettoyez les dehors de la coupe et du plat, tandis qu’au dedans, vous êtes pleins de rapine et d’impureté. Pharisien aveugle, nettoie premièrement le dedans de la coupe et du plat, afin que le dehors soit net aussi. » Ibid. 25. 26. C’est en d’autres termes, le.-même sens que ci-dessus. Le Seigneur con¬ tinue d’accuser les Pharisiens de mensonge et d’hypocrisie, et leur reproche de se conduire autrement devant les hommes, qu’ils ne le font à l’intérieur de leurs maisons. Il ne veut pas dire que leur religion consiste uniquement dans la coupe et dans le plat-, mais qu’ils font en public étalage de sainteté, dans leur extérieur, dans leur langage, leurs phylactères, leurs franges, la longueur de leurs prières et autres choses semblables, tandis qu’ils sont au dedans tout pleins des souillures du vice. « Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypo¬ crites, parce que vous êtes semblables à des sépulcres blanchis, qui au dehors paraissent beaux aux yeux des hommes, mais qui au dedans sont pleins d’ossements de morts, et de toute sorte de pourriture, Ainsi au dehors, vous paraissez justes aux yeux des hommes, mais au dedans, vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité. » mus atque negligimus, et opinionem religionis iivparvis, quæ lucrum habentj diligentiam demonstramus. « Væ vobié, Scribæ et Pharisæi hypocritæ, quia mundatis quod defôris est calicis et paropsidis, intus autem pleni estis rapina et immunditia. Pharisæe eæce, munda prjus quod, intus est calicis et paropsidis, ut fiat et id quod deforis est mundum. » Diversis verbis, eqdein sensu, quo supra, arguit Pharisæos simulationis atque mendacii, quod aliud ostentent hominibus foris, aliud domi agant. Non quod in calice et paropsido eorum superstitio moraretur ; sed quod foris hominibus ostenderent sanctitatem, in habitu, in sermone, in phylacteriis, in fimbriis, in orationum longitudine, et cæteris hujusmodi, intrinsecus autem essent vitiorum sordibus pleni. « Væ vobis, ‘Scribæ et Pharisæi. hypocritæ, quia similes estis sepulcris dealbatis, quæ a foris parent hominibus speciosa, intus vero plena suntossibus mortu- orum, et omni spurcitia. Sic et vos a foris quidem parelis hominibus justi : intus autem pleni estis hypo** Ibid. 27. 2,8. La démonstration qu’il vient de faire, en les comparant à une coupe et à un plat, de leur pureté extérieure et de leur impureté intérieure, il la renouvelle en ce moment, en les comparant à des sépulcres. Car de même que les sépulcres sont au dehors blanchis à la chaux, revêtus de marbre, ornés d’or et de couleurs, mais au dedans sont pleins d’ossements de morts; ainsi les maîtres corrompus qui ensei¬ gnent d’une façon et agissent d’une autre, res¬ pirent la pureté dans leur extérieur, leur vête¬ ment et l’humilité de leur langage, tandis qu’ils sont au dedans pleins de pourriture et de hon¬ teuses passions. Et cette condamnation, il la formule plus clairement encore, lorsqu’il ajoute : « Ainsi au dehors vous paraissez justes aux yeux des hommes, mais au dedans vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité. » « Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypo* crites, qui bâtissez des tombeaux aux prophètes, qui ornez les monuments des justes, et qui dites : si nous eussions été du temps de nos pères, nous ne nous fussions pas joints avec eux, pour répandre le sang des prophètes. Ainsi vous vous vous rendez témoignage àvous- mêmes que vous êtes les enfants de ceux qui ont tué les prophètes. » Ibid., 29. seqq . Par un syllogisme habile, le Seigneur prou ve aux Phari¬ siens qu’ils sont fils d’homicides, puisque, pour se faire une réputation de bonté , dans le peuple, et en retirer de la gloire, ils bâtissent des tom- crisi et iniquitate, » Quod in calice et paropside demonstrarat, eo quod foris loti essent, et intrinsecus sordidi, hoc nunc per exemplum sepulcrorum replicat : quod quomodo sepulcra forinsecus lita sunt calce, et ornata marmoribus et auro coloribusque distincta, intus autem plena sunt ossibus mortuorum; sic et pervêrsi magistn, qui alia docent, et alia faciunt, munditiam habitu vestis, et verborum humilitate demonstrant; intus autem pleni sunt omni spurcitia, et libidine. Denique manifestius hoc ipsum exprimit, inferens : « Sic et vos a foris quidem paretis hominibus justi; intus autem pleni estis hypocrisi et iniquitate. « Væ vobis Scribæ et Pharisæi hypocritæ, quia ædi- ficatis sepulcra prophetarum, et ornatis monumenta jùstorum, et dicitis : Si fuissemus in diebus patrum nostrorum, non fuissemus socii eorum in sanguine pro¬ phetarum. Itaque testimonio estis vobismetipsis : quia filii estis eorum qui prôphetas occiderunt. » Prudentis- simo syllogismo coarguit eos filios esse homicidarum, dum ipsi opinione bonitatis et gloriæ in populos, sepul- 62 ,1 SAINT JEROME beaux aux prophètes, que leurs ancêtres ont fait mourir, et disent : Si . nous avions vécu en ce temps-là, nous, n’aurions pas fait ce qu’ont fait nos pères. Or en supposant qu’ils ne tiennent pas ce langage de vive voix, ils le tiennent par leurs œüvres, puisqu’ils font par ambition élever de magnifiques monuments à la mémoire de ceux que, de leur propre aveu, leurs pères ont fait mourir. « Et vous, comblez la mesure de vos pères. » Ibid. 32. Après avoir établi dans les versets précédents la preuve qu’ils sont bien fils d’homi¬ cides, de ceux qui ont tué les prophètes, il en arrive à la conclusion qu’il voulait tirer, et pose en quelque sorte le dernier terme du syllo¬ gisme. Et vous, comblez la mesure de vos pères. Ce qu’ils n’ont pu faire, accomplissez-le. Ils ont tué les serviteurs ; crucifiez-le Seigneur. Ils ont V mis à mort les prophètes; vous, faites mourir celui qu’annonçaient les prophètes. « Serpents, race de vipères, comment échap¬ perez-vous au supplice de . l’enfer? » Ibid . 33. Jean-Baptiste avait tenu le même langage. Luc. ni. De même donc, dit-il, que les vipères naissent des vipères, ainsi enfants de pères homi¬ cides, vous ne pouvez être qu’homicides. « C’est pourquoi je vais vous envoyer des prophètes, des sages et des scribes; et vous tuerez les uns, vous crucifierez les autres, vous cra ædificant prophetajaim, quos majores eorum inter- feceruht,J et dicunt : Si fuissemus tempore illo, non fecissemus ea quæ fecerunt patres nostri. Hoc autem etiamsi sermone non dicant, operô loquuntur, ex eo quod ambitiose et magnifiée ædificent memorias occiso- rum, quos. a patribus suis esse jugulatos non negant. « Et vos impiété mensuram patrum vestrorum. » Pro- batosuperioribus dictis, quod filii essent homicidarum, et eorum qui prophetas occidissent, nunc concludit quod voluerat, et quasi extremam syllugismi partem ponit. Et vos impiété ménsuram patrum vestrorum. Quod illis defuit, vos ad impiété. U li in ter fecerunt servos : vos Dominum crucifigïte. Illi prophetas : vos eum qui a'prophetis prædicatus est. « Serpentes, [ AL addilur( et ] genimina viperarum, quomodo fugietis a judicio gehennæ? » Hoc ipsum et Joannes Baptista dixerat Luc. ni. Sicut ergo de viperis nascuntur viperæ, sic de homicidis patribus, vos, inquit, nati estis homicidse. « Ideo ecce ego .mitto ad vos prophetas, et sapientes, et scribas,. et ex illis occidetis et cpucifigetis, et;ex eia en fouetterez d’autres dans vos. synagogues, et vous les poursuivrez de ville en ville. » Ibid . 34, Le verset précédent, « Comblez la mesure de vos pères, » avait rapport au Sauveur, et signifiait qu’ils le mettraient à mort. Celui-ci a rapport à ses disciples, car c’est d’eux qu’il parle main¬ tenant : « Je vais vous envoyer des. prophètes, des sages et des scribes, et vous tuerez les uns; vous crucifierez les autres, vous en fouetterez d’autres dans vos synagogues, et vous les pour¬ suivrez de ville en ville, » pour combler la mesure de vos pères. Observez en même temps, que selon la remarque de l’Apôtre dans son épître aux Corinthiens, I Corinth . vu, des dons différents sont attribués aux disciples du Christ; des uns, il fait des prophètes qui annoncent l’avenir; des autres, des sages qui discernent lé moment propice pour parler ; d’autres enfin, il fait des scribes versés dans la science de la loi ; parmi ces ^derniers, Étienne a été lapidé, Paul tué, Pierre crucifié, et les disciples ont été fouettés, comme le racontent les Actes des apôtres; ,et ils les ont poursuivis de ville en ville, les expulsant de la Judée, pour les faire passer aux peuples dé la Gentilité. « Afin que retombe sur vous tout le sang innocent qui a été répandu sur la terre, depuis le sang du juste Abel, jusqu’à celui de Zacharie fils de Baraçhie que vous avez tué entre le flagellabitis in synagogis vestris, et persequemini de civitate in civitatem. » Hoc quod antea dixeramus, « Impiété mensuram patrum vestrorum, » ad personam Domini pertinere, eo quod occidendus esset ab eis, potest et ad disoipulos ejus. referri, de quibus nunc dicit : « Ecce ego niilto ad vos prophetas, et sapientes, et scribas, et ex illis occidetis, et crùcifigelis, et flagel¬ labitis in synagogis vestris, et persequemini de civitate in civitatem, ». ut impleatis mensuram patrum veslro- rum. Simulque observa juxta Àpostolum scribentem ad Corinthios I Cor. vu, varia esse dona discipulorüm Christi; alios prophetas, qui ventura prædicant; alios sapientes, qui noverint quando deheant proferre sermo- nem; alios scribas in Lege doctissimos, ex quibus. lapi¬ dât us. est Stephanus, Paulus occisus,- crucifixus Petrup, flagellati in Actibus apostolorum discipuli, et persecuti eos sunt de civitate in. civitatem expellentes de Judæa, ut. ad gentium populum transmigrarent; « Ut veniat super vos omnis isanguis justus,. qui' effusus est super terram, a sanguine Abel justi usque àd sanguinera Zachariœ. filii Baraohiæ, quem occidiati» è COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU temple et 'l’autel. Je vous le dis en vérité, tout cela viendra sur cette race. » Ibid. 35, 36. Pour Abel, nul doute que ce soit celui qui fut tué par son frère Caïn; son titre de juste ne lui est pas donné seulement par le Sauveur, la Genèse rend également témoignage de sa justice, Genes. iv, lorsqu’elle raconte que ses dons furent agréables à Dieu; Nous avons à rechercher quel est ce Zacharie fils de Barachie; car nous trouvons dans les saints Livres plusieurs Zacharie.' Mais1 comme si le Sauveur avait voulu nous empêcher de nous égarer dans nos recherches, il a ajouté : « Que vous avez tué entre le temple et l’autel. » Les auteurs différent de sentiments par rapport à ce personnage, et je dois, ce me semble, les exposer tous. Les uns voient dans ce Zacharie, fils de Barachie, le onzième des douze prophètes; et en effet le nom de son père est bien celui que l’Évangile lui donne; mais on ne voit nulle part daïïs les Écritures qu’il ait été tué entre le temple et l’autel, ce qui eût été d’ailleurs difficile, puisqu’à ce moment, c’est à peine si du temple il restait des ruines. D’autres s’appuyant sur certaines rêveries des apocryphes, font de ce Zacharie le père de Jean-Baptiste qui aurait inter templum et altare. Amen dico vobis, venient hæc ;omnia super generationem istam.: » De Abel nulla est ambiguitas, quin is sit quem Gain ïrater ejus occiderit. Justus autem non solum ex Domini nunc sententia, sed ex Genesis testimonio comprobatur Genes . iv, ubi accepta ejus a Deo narrantur munera. Quærimus quis iste sit Zacharias filius Barachiæ, quia, multos legimus Zacharias. Et ne libéra nobis tribueretur errons facultas, additum est : « quem occidistis inter templum et altare. » In diversis diversa legi, et debeo singulorum opiniones ponere. Alii Zachariam filium Barachiæ dicunt, qui in duodecim prophetis undecimus est, patris- que in eo nomen consentiat [Al. consentit] ; sed ubi occisus sit inter templum et altare S.criptura non loquitur : maxime cum temporis ejus vix ruinse templi fuerint. Alii Zachariam patrem Joannis intelligi volunt, ex quibusdam apocryphorum somniis approbantes, quod propterea occisus sit, quia Salvatoris prædicarit [Al. 63 été tué1 pour avoir prêché l’avènement du Sauveur. Or comme cette opinion ne repose point sur l’autorité des Écritures, nous ne voulons point la discuter, et nous la rejetons sans plus de formalités qu’on en a mises pour l’avancer. D’autres 4 enfin prétendent que ce Zacharie est celui qui fut mis à mort par Joas, roi de Juda, entre le. temple et l’autel, comme le racontent les livres des Rois. Mais il faut observer ■ que le Zacharie en question n’est point fils de Barachie, mais du grand prêtre Joiada. Aussi l’Écriture dit-elle : « Joas ne se ressouvint pas que son père Joiada lui avait fait du bien. » II Paratip. xxiv, 2£. Gomme donc d’un côté nous avons Zacharie, et comme de l’autre, l’endroit où il fut mis à mort est bien celui indiqué plus haut, cherchons pour quelle raison on le dit fils de Barachie et non de Joiada. « Barachie veut dire en notre langue « le béni du Seigneur. » et la «justice» du grand prêtre Joiada, est démontrée par le mot hébreu. Nous trouvons dansl’ÉvangiLe dont se servent les Nazaréens :« Fils de Joiada » au lieu dô« fils de Barachie. » Quelques-uns de nos frères, par trop naïfs, montrent entre les ruines du temple et de l’autel, c’est-à-dire, à l’issue des prædicaret] adventum. Hoc quia de Scripturis non habet auctoritatem, eadem facilitate contemnitur, qua probatur. Alii istum volunt Zachariam (1), qui occisus est a Joas rege Judæ inter templum et altare, sicut Regum narrat historia. Sed observandum, quod ille Zacharias non sit filius Baracbiæ, sed filius Joiadæ sacerdotis. Unde^et Scriptura refert : « Non fuit recordatus Joas patris ejus Joiadæ, quia sibi fecisset bona » II Parai. xxiv, 22. Gum ergo et Zachariam teneamus, et o^ci- sionis consentiat locus, quærimus quare Barachiæ dicatur filius, et non Joiadæ? « Barachia » lingua nostra « benedictus Domini » dicitur ; et sacerdotis Joiadæ «justifia, » Hebræo sermoné demonstratur. InEvangeho quo utuntur Nazaræni, pro « filio Barachiæ, filium Joiadæ » reperimus scriptum. Simpliciores fratres inter ruinas templi et altaris, sive in portarum exitibus, quæ Siloam ducunt, rubra saxa moristrantes, Zachariæ sanguine pu- tantesse polluta. Non condemnamus errorem, qui de odio (1) Hœo porro, quam et Hieronymus probat, propior ad veritatem videtur sententia, quæ Zachariam Barachiæ filium, de quo Matth. xxi n, 35, eumdem faoit esse cum Zacharia Joiadæ filio, non levi suflragante Hebraici Nazarænorum codicis aucloritate, in quo pro, Barachit» nomine, Joiadæ nomen S. Pater invenit. Goncessere autem in hanc ipsam sententiam jampridem intorpretes magni nominis, quos singillatim iaudare non vacat. Qui vero aliam abhac propugnant, præter vetustissimorum Patrum auctoritatem, qui Zachariam Joannis Baptistæ palrem hic a Malthæo signilicari vulgo putant, id quoque opponunt, quod Zacharias iste, de quo loquitur Christus, summum pontificatum gessisse npn dicatur, quem tenuit rovora iste Joiadæ filius. Ad hæc illo neci traditus dicatur, inter templum et altare, quod est, inter vestibulum templi, et altare holooaustorum, sive ad ejus altaris occidentem. Hic vero ex Joiada parente natus, in atrio dotnus Domini, quod signifioare videtur, in.atfio populi, Paraliponiepon libro teste, fuerit occisus. Nihiiominus perplacet ilia Hieronymi sententia, in/aquo sisto. Ed. Mig* 64 SAINT portes qui conduisent à Siloé, des pierres rouges dont ils attribuent la couleur au sang de Zacharie. Nous ne voulons point condamner trop sévère¬ ment une erreur innocente en elle-même, et qui prend sa source dans la haine pour les Juifs, et une foi pieuse. Disons en quelques mots pour¬ quoi il sera demandé compte à cette race, de. tout le sang versé depuis celui du juste Abel, jusqu’à celui de Zacharie, fils do Barachie, bien qu’elle-même n’ait tué ni l’un ni l’autre. La Sainte Écriture a pour règle de grouper les hommes en deux races, c’est-à-dire, de faire des bons une race, et une autre des méchants. Prenons des exemples du côté des bons : « Qui est-^ce qui montera sur la montagne du Seigneur, ou qui est-ce qui s’arrêtera sur la montagne sainte. » Psalm. xxm, 31. Et après avoir indi¬ qué plusieurs personnes ayant vécu à des époques différentes qui doivent monter sur la montagne du Seigneur, le Psalmiste ajoute : Telle est la race de ceux qui le cherchent, de ceux qui cherchent la face du Dieu de Jacob. » Et dans un autre endroit, parlant de tous les saints, il dit : « La race des justes sera comblée de béné¬ dictions. » Psalm. cxi, 2. Pour les méchants on dit d’eux, comme dans le verset qui nous occupe :«Race de vipères,» et :« On demandera compte de tout cela à cette race.» Dans Ézéchiel, après avoir énuméré les péchés de la terre, l’esprit prophétique ajoute : « Quand même Noé, Job et Daniel s’y trouveraient, je ne pardonnerai Judæorum, et fidei pietate descendit. Dicamus breviter .quare sanguis Abel justi, usque ad Zachariam filium Barachiæ ab ilia generatione requiratur, cum neutrum eorum occident. Régula Scripturarum est, duas genera- tiones p mere, bonorum vel malorum, hoc est, singulo- . rum singulas. De bonis sumanus exempla : « Quis ascendet in montem Domini? aut quis requiescet in monte sancto ejus » Ps. xxm, 3? Cümquç plures qui ascensuri' sunt in montem Domini, descripsisset, qui diversis fuere ætatibus, postea infer t : « Hæc est generatio queerentium Dominum, quærentium faciem Dei Jacob. » Et in alio loco de omnibus sanctis : « Generatio justorum benedicetur » Ps. cxi, 2. De malis vero, ut in prœsenti loco : « Generatio viperarum. » Et « Requirentur omnia a generatione ista. » Et in Ezechiel, cum peccata terræ descripsisset, sermo propheticus adjecit : « Si Noe, et Job, et Daniel, ibi fuerint inventi, non dimittam peccata terræ illi » Ezech . xiy, 14). Omnes justos qui similes forent virtutibus JEROME pas à cette terre ses iniquités, » Ezech . xiv, 14, et par Noé, Job et Daniel, il veut désigner tous ceux qui leur ressemblent dans la vertu. Donc ceux qui se sont conduits à l’égard des apôtres comme Caïn et Joas, font partie de la même race. « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et tu ne l’as pas voulu. » Ibid. 37. En s’écriant : Jérusalem, ce n’est pas aux murs et aux édifices de la ville, mais aux habitants qu’il s’adresse. Il s’apitoie sur elle Avec une affection toute paternelle, sentiment que nous rencontrons encore, en un autre endroit, où il est dit qu’en la considérant il se mit à pleurer. Luc . xix. Par ces paroles.: « Combien de fois ai-je voulu ras¬ sembler tes enfants, » il atteste que c’est lui qui " a envoyé tous les prophètes qui l’ont précédé dans le cours des temps. Quant à cette compa¬ raison d’une poule qui rassemble ses poussins sous ses ailes, nous la lisons dans le cantique du Deutéronome : « Comme un aigle protège son nid, et se met au-dessus de ses petits, il a étendu ses ailes, il les a pris et les a emporté sous ses ailes. 6 Deuter . xxxii, 11. « Voici que votre demeure sera déserte. » Ibid . 38. Il avait dit la même chose longtemps auparavant par la bouche de Jérémie : « J’ai quitté ma propre maison, j’ai abandonné mon hé- eorum, per Noe et Job et Daniel volens intelligi. Ergo et isti qui si milia Cain et Joas contra apostolos gesserint, de una generatione esse referuntur. « Jérusalem, Jérusalem, quæ occidis prophetas, et lapidas eos qui ad te missi sunt, quoties volui congre- gare filios tuos, quemadmodum gallina congregat pullos suos sub alas, et noluisti ! » Jérusalem, non saxa et ædificia civitatis, sed habitatores vocat, quam plangit patris affectu, sicut ,et in alio loco legimusv quod videns eam fleverit Img. xix. In eo autem quod dicit : « Quoties volui congregare filios tuos, » omnes rétro prophetas a se missos esse testatur. Gallinæ quoque similitudinem congregantis sub alas pullos suos, in cantico Deuterono- mii legimus : « Sicut aquila protegit nidum suum, et super pullos suos desideravit, expandens alas suas suscepit et tulit super pennas suas Peut . xxxii, il. «. Ecce relinquetur vobis domus vestra deserta. » Hoc ipsum ex persona Jeremiæ jam ante dixerat : « Reliqui domUm meam, dimisi hèereditatem meam facta est mihi COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 65 ritage, mon héritage est devenu pour moi comme une caverne d’hyène. » Jerem . xii. 1 , 8. Que la maison des juifs, c’est-à-dire, ce temple dont la splendeur était incomparable, soit déserte, nous le voyons de nos yeux; elle a perdu [celui qui l’habitait, Jésus-Christ; et voulant ravir l’héri¬ tage, elle a tué l’héritier. « Car je vous le dis, vous ne me verrez plus désormais jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. » Ibid . 39. Il s’adresse à Jérusalem et au peuple juif. Or ces paroles dont se servirent les petits enfants et ceux qui étaient encore à la mamelle, pour saluer l’entrée de Notre-Seigneur à Jérusalem : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ; hosanna au plus haut des deux, » il les a em¬ pruntées au psaume cent dix-sept, ' qui a trait évidemment à l’avènement du Sauveur ; et c’est dans ce sens qu’il veut voir interpréter sa menace : Si vous ne faitéS pénitence, Luc. xiii, et si vous ne confessez que je suis le Fils du Père tout-puissant que les prophètes ont. annoncé, vous ne verrez pas mon visage. Ainsi les Juifs ont un temps donné pour faire pénitence ; qu’ils proclament béni celui qui vient au nom du Sei¬ gneur, et ils verront le visage du Christ. « Jésus étant sorti du temple s’en alla. Alors ses disciples s’approchèrent pour lui montrer les constructions du temple, mais lui leur répondit : hæreditas mea quasi spelunca hyænæ » Jer. xn, 7, 8. Desertam Judæorum domum, id est templum illud, quod fulgebat augustius, oculis comprobamus, quia habitato- rem , Ghristum perdidit, et hæredifcatem præripere gestions, occidit hæredem. « Dico enim vobis : nou me videbitis amodo, donec dicatis : Benedictus qui venit in nomme Domini. » Ad Jérusalem loquitur, et ad populum Judæorum. Versicu- lum autem istum, quo et parvuli atque lactentes in ingressu Jérusalem Domini Salvatoris usi sunt, quando dixerunt : « Benedictus qui venit in nomine Domini, osanna in excelsis, » sumpsit de centesimo decimo septimo psalmo, qui manifeste de adventu Domini scriptus est. Et 'quod dicifc, hoc vult intelligi : Nisi pœnitentiam egeritis Luc. Xiii, et confessi fueritis ipsum me esse, de quo propbetæ cecinerunt, Filium omnipotentis Patris, meam faciem non videbitis. Habent Judæi datura sibi tempus pœnitentiæ; confiteantur benedictum qui venit in nomine Domini, et Ghriti ora conspicient. « Et egressus Jésus de templo, ibat. Et accesserunt discipuli ejus, ut ostenderent ei ædificationes templi. Ipse autem respondens, dixit illis : Videtis hæc omnia? Tom. x. « Vous voyez tout cela. Je vous le dis en vérité, il ne restera pas ici pierre sur pierre qui ne soit détruite. » Matth. xxiv, 1, 2. Sous le rapport historique, le sens est clair. Le Seigneur sorti du temple, tout l’édifice de la Loi, tout l’arran¬ gement des ordonnances croule au point que les Juifs n’en peuvent plus rien accomplir, et que, la tête étant supprimée, tous les membres entrent en luttes les uns contre les autres. « Comme il s’était arrêté sur la montagne des Oliviers, des disciples vinrent le trouver secrè¬ tement et lui dirent : Dites-nous quand ces choses arriveront, et quel sera le signe de votre avènement et de la fin du monde. Jésus leur ré¬ pondit : Prenez garde que personne vous séduise » Ibid. 3, 4. Jésus s’arrête sur la montagne des Oliviers où s’allume la vraie luipière de la science, et des disciples s’approchent secrètement de lui, désireux de connaître les mystères, et d’avoir la révélation de l’avenir, et ils lui posent trois ques¬ tions : , Quand Jérusalem doit-elle être détruite, quand le Christ viendra-t-il, quand la fin du monde arrivera-t-elle ? « Car beaucoup viendront en mon nom disant : Je suis le Christ, èt, ils en séduiront beaucoup. » Ibid . 5. Au nombre de ceux-là est Simon le sa¬ maritain, dont nous parlent les Actes des apôtres, lequel se proclamait la grande vertu de Dieu, Act. viii, et qui l’écrivait entre autres choses dans ses Amen dico vobis : non relinquetur hic lapis super lapi- dem, qui non destruatur. » Juxta historiam manifestus est sensus. Recedentê autem Domino de templo, omnia legis ædiûcia, et compositio mandatorum ita destructa est, ut nîhil a Judæis possit impleri; et capite sublato, universa inter se membra compugnent. « Sedente autem eo super montem Oliveti, accesserunt ad eum discipuli secreto, dicentes : Die nobis quando hæc erunt, et quod signum adventus tui, et consumma- tionis sæculi? Et respondens Jésus, dixit eis : Videte ne quis vos seducat. » Sedet in monte Oliveti, ubi verum lumen scientiæ naseebatur, et acccedunt ad eum discipuli secreto, qui mysteria et futurorum revelationem nosse cupiebant, et interrogant tria : Quo tempore Jérusalem destruendasit; quo venturus Ghristus; quo consummatio sæculi futura sit. « Multi eniin venient in nomine meo, dicentes : Ego sum Ghristus ; et multos seducent. » Quorum unus est Simon Sam ar ita nus, quem in Actibus apostolorum legi- mus, qui se magnam dicebat esse Dei virtutem Act. vu, hæc quoque inter [ Ai. et] cætera in suis voluminibus scripta dimittens,; « Ego sum serrao Dei, 5 66 SAINT livres : « Je suis la parole de Dieu, je suis le beau, je suis le paracl'et, je suis le Tout-Puissant, je suis le tout de Dieu. » L’apôtre saint Jean dit dans une de ses épîtres : « Vous avez entendu dire que l’antechrist doit venir, mais il y a dès main¬ tenant même beaucoup d’antechrists. » Joan . il, 18. Pour moi, jepenseque tous les hérésiarques sont des antechrists, et qu’ils se servent du nom du Christ, pour enseigner des doctrines contraires au Christ. Et rien d’étonnant que quelques âmes se laissent séduire par leurs erreurs quand le Seigneur a dit : « Et ils en séduiront beaucoup. » « Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres; mais gardez-vous bien de vous troubler, car il faut que ces choses arrivent, mais ce ne sera pas encore la fin. » Ibid. 6. Lorsque nous verrons ces choses arriver, ne nous imaginons pas que le jour du jugement soit proche, mais ' sachons qu’il est réservé à une époque dont les signes précurseurs sont claire¬ ment indiqués dans les versets suivants. « Car la nation se soulèvera contre la nation, le royaume contre le royaume, et il y aura des pestes, des famines, et dés tremblements de terre en divers lieux. Mais tout cela sera le commencement des douleurs. » Ibid. 7, 8. Je ne doute pas que tout ce qui est écrit ici, ne doive se réaliser à la lettre. Il me semble néanmoins que le royaume soulevé contre le royaume, que la peste de ceux dont la parole gagne comme le cancer, II Timoth. u, que la faim d’entendre la ego sum speciosus, ego paracletus, ego oranipotens, ego omnia. Dei. » Sed et Joannes apostolus in epistola sua loquitur : « Audistis quia Antiohrjstus venturus est, nuno autem Antichristi multi sunt » I Joan. n, 18. Ego reor omnes hæresiarchas, Antichristos esse, et sub nomine Christi ea docere, quæ contraria sunt Ghristo. Nec mirum si aliquos ab bis videamus seduci, cum Dominus dixerit : « Et multos seducent. » « Auditori enim estis prœlia, et opiniones præliorum : videte ne turbemini. Oportet enim hæc fieri; sed nondum est finis. » Cum hæc igitur fieri viderimus, non putemus diein instare judicii, sed in tempus illud reservari, cujus signum perspicue in consequentibus ponitur. « Consurget enim gens contra gentem, et regnum contra regnum, eterunt pestilentiæ et famés, et terræmotus per loca. Hsec antem omnia initia sunt dolorum. » Non ambigo et hæc quidem juxta litteram futura quæ scripta sunt : sed mihi videtur regnum contra regnum, et pestilentia eorum, quorum sermo serpit ut . cancer II Tir n, et famés audiendi verbum Dei, et commotio JÉROME parole de Dieu, ébranlement de la terre entière, la séparation d’avec la vraie foi, ont trait surtout aux hérétiques, qui en se déchirant les uns les autres, assurent le triomphe de l’Église. Quant à ces paroles : « Mais tout cela sera le commen¬ cement des douleurs, » je leur préfère cette traduction : « Le commencement des enfante¬ ments, » qui nous fait regarder la venue de l’antechrist comme conçue plutôt que comme réalisée. . ■ « Alors ils vous livreront aux tourments et vous feront mourir; et vous serez un objet de haine pour toutes les nations à cause de mon Nom. » Ibid.. 9. Dans la personne des apôtres, le Sauveur vise tous les fidèles; car à cette époque, les apôtres n’existeront plus en chair. « Et parce que l’iniquité surabonde, la charité de beaucoup se refroidira; mais celui-là sera sauvé qui persévérera jusqu’à la fin ,»Ibid. 12, 13. Le Sauveur ne dit pas que tous perdront la foi, mais qu’il y en aura beaucoup pour la perdre. Car beaucoup d’appelés et peu d’élus. Et en effet, la charité demeurera au cœur des apôtres et do ceux qui leur ressemblent, cette charité dont il est dit : « Les grandes eaux ne pourront éteindre la charité » Cantic. vnr, 7, et dont parle saint Paul : « Qui nous séparera de la charité du Christ? Sera-ce la tribulation, les angoisses, la faim? » Rom. vin, 35, et le reste. « Et cet Évangile du royaume sera prêché dans toute la terre, pour servir de témoignage universæ terræ, et a vera ficle separatio, in hærelicis magis intelligi, qui contra se invicem dimicantes, Eccle- siæ victoriam faciunt. Quod autem dixit : « Hæc autem omnia initia sunt dolorum, » melius transfertur, « par- turitionum; » ut quasi conceptus quidam adventus Antichristi, non partus intelligatur. « Tune tradent vos in tribulationem, et occident vos ; et eritis odio omnibus gentibus propter nomen meum : » Per apostolos omnium credentium persona signa tur, non quo eo tempore apostoli in corpore reperiendi sint. « Et quoniam abundabit iniquitas, refrigescet charitas multorum. Qui àutem perseveraverit usque ad finem, hic salvus erit. » Non omnium negavit fidem, sed multorum. Multi enim vocati, pauci vero electi. Nam in apostolis et similibus eorum permansura est charitas, de qua Scriptum est : « Aquæ multæ non poterunt fexstin- guere charitatem Cant. vin, 7. Et ipse Paulus : « Quis nos separabit a Charitate Christi? tribulatio, an angustià, an famés » Rom. vin, 35? et reliqua. « Et prædicabitur hoc Evangelium regni in universo COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 67 à toutes les nations, et alors la fin arrivera, » Ibid . 14 .Le signe de Favènemont clu Sauveur, c’èst la prédication de l'Évangile dans tout Funivers, qui ôte aux hommes toute excuse; et cette prédication universelle est complète ou est bien près de l’être. Car je ne pense pas qu’il y ait . encore quelque part une nation pour ignorer le nom de Jésus-Christ. Et en admettant que personne ne soit venu chez elle prêcher l’Évan¬ gile, elle a dû avoir, connaissance des vérités de la foi par les peuples voisins. « Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, qui a été prédite par le prophète Daniel, debout dans le lieu saint, que celui qui lit comprenne. » Ibid. 15. L’invitation à com¬ prendre indique toujours que nous avons affaire à un langage mystique. Or voici ce que nous lisons dans le prophète Daniel : « Et à la moitié de là semaine, les hosties et les sacrifices seront abolis, et dans le temple, l’abomination de la désolation durera jusqu’à la consommation du temps, et la consommation se fera sur le désert. » L’Apôtre parle également de ce temps* II Thés - saL n; il dit que l’homme d’iniquité et d’opposi¬ tion s’élèvera contre tout ce qui est appelé Dieu et. adoré, qu’il poussera l’audace jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu et se faire passer lui- même pour Dieu, qu’il viendra accompagné de la puissance de Satan, pour faire périr et jeter dans le désert de Dieu ceux qui l’auront accueilli. orbe, in testimonium omnibus gentibus ; et tuno veniet consummatio. » Signum Dominici adventus est, Evange¬ lium in toto orbe prædicari, ut nullus sit excusabilis; , quod aut jam complelum, aut in brevi cernimus esse complendum. Non enim puto aliquam remansisse gen- ' tem, quæ Christi nomen ignoret. Et quamquam non habuerit prædicatorem, tamen ex viciais nationihus opinionem fidei non potest ignorare. « Cum ergo videritis abominationem desolationis, quæ dicta est a Daniele propheta, stantem in loco sancto, qui legit, intelligat. » Quando ad intelligentiam provocamur, mysticum monstratur esse quod dictum est. Legïinus autera in Daniele hoc modo : «Et in dimidio hebdomadis auferetur sacriûcium etlibamina, et in templo abominatio desolationum erit usque ad consumraatiouem temporis, et consummatio dabitur super solitudinem. » De hoc et Apostolus loquitur II Thess . n. : quod homo iniquitatis et adversarius elevandus sit contra omne quod dicitur Doits, etcolitnr; ifa ut audea,t stare in templo Dei, et ostendere quod ipse sit Deus, cujus adventus seëundum Qperationem Satanæ destruat eos, et ad Dei solitudinem Tout cela peut s’entendre ou simplement de l’antechrist, ou de l’image de César que Pilate fit placer dans le temple, ou de la statue équestre d’Adrien qui se dresse encore aujourd’hui sur. l’emplacement même du Saint des Saints. Abo¬ mination, dans l’Ancien Testament signifie idole; et le mot « de la désolation » qui y est joint, indique que l’idole est placée dans le temple désolé et détruit. « Alors que ceux qui sont dans la Judée s’enfuient sur les montagnes, que celui qui est sur le toit, n’en descende pas pour emporter quelque chose de la maison. Et que celui qui est dans le champ, ne se retourne point pour prendre sa tunique. » Ibid 16 seqq. L’abomina¬ tion de la désolation peut s’entendre de toute doctrine perverse. Quand nous verrons cette doctrine debout dans le lieu Saint, c’est-à-dire dans l’Église, et se faire passer pour Dieu, nous devrons nous enfuir de la Judée sur les mon¬ tagnes, c’est-à-dire, abandonner la lettre qui tue, et la perversité judaïque, nous réfugier sur les montagnes éternelles, du haut desquelles Dieu fait éclater son admirable lumière, Psalm . lxxv, et nous tenir sur le toit et sur la terrasse, où ne peuvent arriver les traits enflammés du démon. Nous nous garderons bien de descendre et d’emporter quoi que ce soit de Ta maison de notre vie première, ni d’aller chercher ce qui est derrière nous; mais nous sèmerons plus > i redigat, qui se susceperint. Potest autem sîmpliciter aut de Antichristo accipi, aut de imagine Cæsaris, quam Pi- latus posuit in templo ; aut de Hadriani cquestri statua quæ in ipso sancto sanctorum loco usque in præsentëm diem stetit. Abominatio quoque, secundumvetexæmScripturarn, idolum uuncupatur; et idcirco additur, « desolationis; » quod in desolato templo atque destructo idolum positum sit. « Tune qui in Judsea sunt, fugiant ad montes; et qui in tecto, non descendat tollere aliquid de domo sua; et qui in agvo, non revertatur tollere tunicam suam. » Abominatio desolationis intell igi potest, et omne dog- rna perversum ; quod cum yiderimus stare in loco sanc¬ to, hoc est, in Ecclesia, et se ostendere Deum, debemus fugere de Judæa ad montes, hoc est, dimissa occidente littera et Judaica pravitate, appropinquare montibus æternis, de quibns illuminât mirabiliter Deus’Ps. lxxv ; et esse in tecto et in domate, quo non possint ignitâ diaboli jacula pervenire; nec descendere et tollere aÜ— quid de domo conversation^ pristinæ : nec quærere quæ retrovsum sunt; sed magis serere in agro spiritualium 68 SAINT JEROME abondamment dans le champ des Écritures spirituelles, pour en recueillir des fruits plus nombreux. Nous ne devrons pas non plus prendre une seconde tunique, qu’il est défendu aux apôtres de posséder. Porpliire a pris occasion de ce passage, c’est-à-dire, de l’abomination de la désolation dans le lieu saint, qui a été prédite par le prophète Daniel, pour vomir contre nous dans le treizième volume de ses oeuvres une foule de blasphèmes. Eusèbe, évêque de Gésarée, a consacré trois volumes à lui répondre, le dix-huitième, le dix-neuvième ot le vingtième. Apollinaire a écrit aussi beaucoup, sur ce sujet; et il s’est efforcé inutilement de "traiter en un petit chapitre, une question sur laquelle on a écrit .tant de livres. «Mais malheur aux femmes qui seront enceintes ou nourrices en ces jours-là. »Ibid. 19. Malheur à ces âmes qui ne se sont pas encore développées jusqu’à l’homme parfait, qui ne possèdent que les éléments de la foi, et ont besoin d’être encore nourries par les maîtres, on peut aussi interpré¬ ter ce texte en ce sens, que dans la persécution de l’anteohrist, comme cela s’est fait pendant la guerre avec les Romains, les femmes enceintes ou nourrices ne pourront s’enfuir à temps, obligées qu’elles seront de traîner avec elles le lourd fardeau de leur progéniture née ou à naître. « Priez donc que votre fuite n’arrive pas pendant l’hiver, ni au jour du sabbat. » Ibid . 20. Si nous appliquons ce texte à la prise de Jérusalem par Titus et Vespasien, nous dirons aux Juifs qu’ils doivent prier que leur fuite n’arrive pas durant l’hiver, ni au jour du sabbat; parce que d’un côté, la' rigueur du froid empêche de gagner le désert et de se retirer dans les montagnes, et que de l’autre, ils s’exposent, s’ils s’enfuient, à transgresser la Loi, et s’ils restent, à une mort imminente. Mais si nous l’appliquons à la lin du monde, nous y verrons une exhortation à ne point laisser se refroidir notre foi et notre amour pour Jésus-Christ, à ne pas faire le sabbat de la vertu, cessant de travailler à l’œuvre de Dieu. « Et si ces jours n’avaient été abrégés, nul homme n’aurait été sauvé; mais ils seront abrégés à cause des élus. » Ibid. 22. Abrégés, non pas en ce sens qu’ils différeront des autres jours, comme l’ont rêvé quelques écrivains oublieux de cette parole du Psalmiste : « C’est par votre ordre que le jour subsiste tel qu’il est; » Psalm, cxvm, 91, mais dans le sens de la quan¬ tité, c’est-à-dire, diminiués non de longueur, mais de nombre. Abrégés doit se prendre dans le même sens que ces paroles du Psalmite, avec cette différence qu’il s’agit de bénédiction : « Je le remplirai d’une grande longueur de jours » Psalm. xc, et ils seront abrégés, de peur que s’ils se prolongeaient la foi des croyants ne vînt à s’ébranler. Scripturarum, ut fructus capiamus ex eo. Nec tolIere alteram tunicam, quam apostoli habere prohibentur. De hoc loco, id est, de abominatione desolationis, quæ dicta est a Daniele propbeta, stante in loco sancto, multa Porpbyrius tertio decimo operis sui volumine contra nos blasphemavit, cui Eusebius Gæsariensis episcopus tribus respondit voluminibus, decimo octavo, decimo nono, et vicesimo. Apollinaris [Al. ApollinariusJ quoque scripsit plenissime; superflueque conatus est uno capitulo velle disserere, de quo tantis versuum millibus disputatum est. «Vee autemprsegnantibus et nutrientibus in illis diebus. » Væ illis animabus, quæ non in perfectum virum sua ge- nimina perduxerunt, sed initia habent fidei, ut;enutritione indigeant magistrorum. Hoc quoque dici potest, quod in persecutione Antichi^isti, seu Romanæ .captivitatis, præ- gnantes et nutrientes, ufceri et filiorum sarcina prægra- vati, expeditam fugam habere non quiverint. « Orate autem, ut non fiat fuga vestra hieme, vel sab- bato. » Si de captivitate Jérusalem voluerimus accipere, quando a Tito et Vespasiano capta est, orare debent, ne fuga eorum hieme, vel sabbato fiat; quia in altero duritia frigoris prohibet ad solitudines pergere, et in montibus desertisque latitare; in altero, aut transgres¬ sé Legis est, si fugere voluerint, aut mors imminens, si remanserint. Si autem de consummatione mundi intelligi- tur, boc præcipit, ut non refrigescat fides nostra et in Ghristum charitas, neque ut otiosi in opéré Dei torpea- mus virtutum sabbato. « Et nisi breviatï fuissent dies illi, non fieret salva omnis caro; sed propter electos breviabuntur dies illi. » Abbreviatos dies, non secundum deliramenta quorumdam (qui putant temporum momenta mutari; nec recordantur illius scripti : « Ordinatione tua permanet dies » Ps. cvxiii, 91, sed juxta temporum qualitàtem sentire debemus, id est, abbreviatos non mensura, sed numéro; ut quomodo in benedictione dicitur : « Longitudine die- rum replebo eum Ps. xc; » sic et nunc abreviati dies intelligantur ; ne temporum mora, fides concutiatur credentium. ' 69 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU « Alors , si quelqu’un vous dit : Le Christ est ici, où, il est là, ne le croyez point. » ïbid. 23. A l’époque de la captivité des Juifs il ne manqua point de chefs qui se firent passer pour le Christ. La preuve en est que pendant le siège de Jérusalem par les Romains, il y avait trois factions rien qu’à l’intérieur de cette ville. Quoiqu’il en soit, il est préférable d’appliquer ces paroles à la fin du monde. Car il s’élèvera de faux christs et de faux prophètes qui feront de grands prodiges et des choses merveilleuses, jusqu’à séduire, s’il était possible, môme les élus. Voilà que je vous ai prévenus. » ïbid . 24, 25. Ceci peut s’entendre de trois manières différentes, et s’appliquer, soit à l’époque du siège de Jérusalem par les Romains, soit à la fin du monde, soit à la lutte des héré¬ tiques contre l’Église, et à cette sorte d’ante- christs qui sous le couvert d’une fausse science, cherchent à renverser le Christ. « Si donc on vous dit : Le voilà dans le désert : ne sortez point; le voici dans le lieu le plus retiré de la maison, ne le croyez point.» Ibid. 26. Si l’on vous assure que le Christ se trouve dans le désert des doctrines du paganisme et de la philosophie, ou dans les enseignements intimes des hérétiques qui se vantent de posséder les secrets de Dieu, ne sortez point, ne le croyez point, c’est-à-dire, (comme dans les temps de persécution et d’angoisses, les faux prophètes « Tune si quis vobis dixerit : Ecce hic Christus, aut illic; nolite credere. » Multi captivitatis /Judaicæ tein- pore principes exstitere,' qui Christos esse se dixerent; intantum ut obsidentibus Romanis, 1res intus fuerint factiônes. Sed melius de consuinmatione mundi intelli- gitur. « Surgent enim pseudochristi, et pseudoprophetæ, et dabunt signa magna et prodigia; ita ut in errorem inducântur, si fieri potest, etiam electi. Ecce prædixi vobis. » Tripliciter, ut ante jam dixi, locus hic disseren- dus est; aut de tempore obsidionis Romanæ; aut de consummatione mundi ; aut de hæreticorum contra Eccle- siam pugna, et istiusmodi antichristis, , qui sub opinione falsæ scientiæ contra Christum dimicant. ru « Si ergo dixerint vobis, ecce in deserto est, nolite èxire; ecce in penetralibus, nolite credere. » Si quis promiser it vobis quod in deserto gentilium et phjloso- phorum dogmate Christus moretur; aut in hæreticorum penetralibus, qui Dei pollicentur .arcana, nolite exire, nolite credere; sive (quia persecutionis et angustiarum trouvent de plus grandes facilités pour séduire les esprits,) si quelqu’un se présente au nom du Christ, ne prêtez pas immédiatement foi à ses dires. « Car comme l’éclair sort de l’Orient et paraît jusqu’à l’Occident, ainsi sera l’avènement du Fils dé l’homme. » Ibid. 27.. Ne sortez pas, ne croyez point que le Fils de l’homme se trouve ou dans le désert de la Gentilité, ou dans les appartements retirés de l’hérésie; mais croyez que sa foi resplendit depuis l’Orient jusqu’à l’Occident, dans les Églises catholiques. On peut aussi conclure de là que le second avènement du Christ se manifestera, non dans l’humilité comme le premier, mais dans la gloire. C’est donc une folie de chercher dans les petits coins ou les cachettes bien dissimulées, Celui qui est la lumière du monde entier. « Partout où sera le corps, les aigles s’y assembleront. » Ibid.. 28, Le Christ nous instruit do ses mystères: en prenant pour exemple les objets que la nature offre à nos regards. Ainsi les aigles et les vautours passent pour sentir l’odeur des cadavres, même au delà des mers, et se rassembler autour de cette proie. Si donc des oiseaux sans raison, guidés unique¬ ment par leur instinct naturel, sentent où repose un petit cadavre, dont ils sont cependant sépa¬ rés par de vastes étendues de terre, et par les flots de la mer, à combien plus forte raison, la tempore semper pseudoprophetæ decipiendi inveniunt locum) si quis sub nomine Christi se jactare voluerit, non stathn accomodetis fidem. , « Sicut enim fulgur exit ab Oriente, et paret usque in Occidentem; ita erit et adventus Filii hominis. » Nolite exire, nolite credere, quod Filius hominis vel in deserto gentium sit, vel in penetralibus hæriticorum; sed quod ab Oriente usque in Occidentem, fides ejus in catholicis Ecclesiis fulgeat. Hoc quoque dicendum, quod secundus Salvatoris adventus non in humilitate ut prius, sed in gloria demonstrandus sit. Stultum est itaque eum in parvo loco vel abscondito quærere, qui totius mundi lumen sit. « Ubicumque fuerit corpus, illuc congregabuntur et aqui- læ. » De exemplo naturali quod quotidie cernimus, Christi instruimur sacramento. Aquilæ et vultures etiâm trans maria dicuntur senlire cadavera, et ad escam hujuscemodi congregari. Si ergo irrationabiles volucres naturali sensu tantis terrarum spatiis, et maris fluctibus separatæ, par- vum cadaver sentiunt ubi jaceat; quanto magis nos et SAINT JÉROME 70 multitude1 des fidèles doit-elle accourir à celui dont l’éclair sort de l’Orient et paraît jusqu’à l’Occident. Nous pouvons toutefois par le corps, en grec dont la véritable traduction latine est « cadaver » cadavre, par la raison qu’il tombe « cadit ».par la mort, entendre la passion du Christ, près de laquelle nous sommes appelés; afin de nous y rassembler partout où nous la rencontrerons dans les Écritures, et de pouvoir par elle parvenir au Verbe de Dieu, selon cette parole ; « Ils ont percés mes mains et mes pieds; » Psalm. xxi, 17, et celle-ci d’Isaïe : « Il a été conduit comme une brebis au sacrifice » /sa. lui, 7, et d’autres semblables. Le nom d’ai¬ gle est donné aux saints, parce que leur jeunesse se renouvelle comme celle de l’aigle, et que, selon Isaïe, ils ont des plumes et prennent des ailes pour accourir à la passion du Christ. Isa , XLVI. « Mais aussitôt après ces jours do tribu¬ lations, le soleil s’obscurcira, et la lune ne donnera plus sa lumière, les étoilos tomberont du ciel, et les vertus des cieux seront ébranlées. » Ibid. 29. Le soleil et la lune s’obscurci¬ ront et ne donneront plus leur - lumière les autres astres, tomberont du ciel et les vertus des' cieux seront ébranlées; cela ne signifie pas que leur lumière sera amoindrie, (nous lisons ailleurs que le soleil aura sept fois plus d’éclat, Ibid xxx), mais qu’ils .sembleront omnis multitude» credentium debet festinare ad eum, cujus fulgur exit ab Oriente, et paret usque ad Occidentem ! Possumus autem corpus, id est, TtTtup.cx, quocl siguifi- cantius Latine dicitur « cadaver, » ab eo quod per mor- tem cadat, passionem Christi intelligere, ad quam provo- camur ; ut ubicumque in Scripturis legitur, cougregemur, et per illam venire possimus ad Verbum Dei, ut est illud : « Foderunt manu s meas et pedes, meos Ps, xxi, 17. Et ' in Isaia : « Sicut ovis ad victimam ductus » Isa. un, 7; et cætera his similia. Àquilæ autem appellantur sancti, quibus innovata est juventus ut aquilæ; et qui juxta Isaiam plumescunt, et assumunt alas, ut ad Christi veniant passionem, Iscd xlvi. « Statim autem post tribulationem dierum illorum sol obscurabitur, et luna non dabit lumeu suum, et stellæ cadeut de cælo, et virtutes cœlorum commovebuntur. » Sol et luua obscurabuntub, et non dabunt lumeu suum; et cætera astra cadent de ccelo, virtutesqüe cœlorum commovebuntur, non diminutione luminis (alioquin legi- mus solem septuplum babiturum luminis Ibid, xxx), sed quod ad comparationem verse lucis omnia visui tene- obscurs aux yeux, en' comparaison do la vérita¬ ble lumière. Si donc ce soleil qui resplendit aujourd’hui dans tout l’univers, si la lune qui occupe après lui le second rang, si les étoiles allumées pour consoler la nuit, si toutes ces ver¬ tus (et en ces vertus nous voyons les multitudes des anges,) passeront pour ténèbres à l’avène¬ ment du Christ, qu’ils perdent de leur assuran¬ ce, ceux qui se regardant comme des saints ne redoutent point la présence du souverain Juge. « Et alors le signe du Fils de l’homme paraî¬ tra dans le ciel » Ibid. 30. Ce signe désigne ou bien le signe de la Croix, afin que les Juifs voient, (selon Zacharie, Zach . xn, et saint Jean. Joan. xix ) Celui qu’ils ont percé; ou bien l’étendard du triomphe et de la victoire définitive. « Et alors, toutes les tribus de la terre gémi¬ ront, et elles verront le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande majesté. » Ceux-là gémiront qui n’ont point eu de demeure dans le ciel et sont restés inscrits sur la terre. « Et il enverra ses anges avec une trompette et une voix éclatante, et ils rassembleront ses élus des quatre coins du monde, depuis une extrémité du ciel jusqn’à l’autre. >> Ibid, 31. L’apôtre parle aussi de cette trompette, I Corinth. xv, et I Thessal. iv. Nous la rencon¬ trons également dans l’Apocalypse de saint Jean, brosa sint. Si itaque iste sol, qui nunc per totum orbem rutilât, et luua quæ secundum est lumiuare, et stellæ quæ ad solatium noctis accensæ suut, omnesque virtutes (quas augelorum multitudines intelligimus) in adventu Christi in tenebras reputabuutur ; decutiatur superci- lium eorum, qui se sanctos arbitrantes præseptiam judi- cis non formidaut. « Et turic parebit signum Filii hominté in ccelo. » Signum hic, aut crucis intelUgamus, ut videant (juxta Zachariam Zach . xii et Joannem Jomi .. xix Judæi quemcompunxerunt; aut vexillum victoriætriumphantis. «. Et tune plangent omnes tribus terræ, et videbunt Filium bominis venieutem in nubibus cceli cum virtute multa et majestate. » Plangent bi qui municipatum non habuere in coelis, sed scripti sunt iu terra. « Et mit te t angelos suos cum tuba et voce magna; et congregabunt electos ejus a quatuor veutis, a summis cœlorum usque ad terminos eorum. » De hac tuba et Àpostolüs loquitur I Cor. xv; I Thess. îv; et in apoca- lypsi Joanûis legimus Apoc. vm; et in veteri Testa- mento Num. x, tubæ ductiles ex auro, et ære argento- COMMENTAIRES SUR L'ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 71 Apoc. vm; et enfin dans l’Ancien Testament, Num. x, Moïse reçoit de Dieu l’ordre de faire des„irompettes,d’Qrr. d’argent et, d’airain battues au marteau, pour faire retentir les sublimes mystères des doctrines célestes. « Apprenez ceci par une comparaison prise du figuier. Quand ses branches sont déjà tendres, et qu’il commence à pousser ses feuilles, vous savez que l’été est proche. Ainsi lorsque vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l’homme est près et qu’il est à la porte. » Ibid . 32, 33. Le Sauveur nous apprend l’arrivée de la fin du monde par un exemple emprunté au figuier; de même, dit-il, que vous reconnaissez l’approche de l’été, et l’entrée du printemps, quand vous voyez le figuier produire de tendres „ pousses, le bourgeon se développer et s’épanouir en fleurs, et les feuilles sortir de l’écorce, ainsi quand vous verrez âe réaliser ces événements, n’allez pas croire que la fin du monde est déjà venue ; mais regardez-les comme des préliminai¬ res et des avant-coureurs destinés à vous mon¬ trer que la fin est proche et qu’elle est à la porte. « Je vous dis en vérité que cette génération ne passera point que toutes ces choses ne soient accomplies. » Ibid . 34. Nous avons dit plus haut qu’il y avait deux générations ou deux races, l’une des bons et l’autre des méchants. Or ces paroles visent ou le genre humain en général, ou le peuple juif en particulier. que fieri præcipiuntur ; ut sublimia doctrinarum resonent sacramenta. « Ab arbore autem fici discite parabolam : cum jam ramus ejus tener fuerit, et folia nata, scitis quia prope est æstas. Ita et vos cum videritis hæc omnia, scitote quia prope est in januis. » Sub exemplo arboris,docuitcon- summationis adventum. Quomodo, inquit, quando teneri fuerint in arbore ficus cauliculi, et gemma erumpit in fio- rem, cortexque folia parturit, intelligitis æstatis adventum, et Favonii ac Veris introitum : ita cum hæc omnia quæ scripta sunt, videritis, nolite putare jam adesse consum- mationem mundi, sed quasi præmia et præcursores quosdani venire; ut ostendant quod prope sit et in januis. « Amen dico vobis, quia non præteribit generatio hæc, donec omnia ista fiant.» Supra diximus generationes bonorum, etecontrario maloruni esse singulas. Igitur aut omne genüs hominum significat, aut specialiter . Judæo- rum. « Gœlum et terra transibunt, verba autem mea non « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. » Ibid . 35. Le ciel ot la terre passeront, doit s’entendre d’un change¬ ment radical et non d’une destruction complète; autrement, comment le soleil pourrait-il s’obscur¬ cir, là lune ne plus donner sa lumière, et les étoiles tomber, si le ciel qui est leur demeure et la terre n’existaient plus ? « Mais quant à ce jour et à cette heure, personne ne les connaît, pas même les anges du ciel, si ce n’est mon Père seul. » Ibid . 36. Certains manuscrits portent l’addition : « Ni le Fils, » bien qu’on ne la retrouve ni dans les exemplaires grecs, ni surtout, dans ceux d’Origène et de Piérins. Mais comme néanmoins on la lit dans quelques-uiiSj il me semble néces¬ saire d’en parler. Arius et Eunomius triomphent, comme si l’ignorance du maître faisait la gloire des disciples, et disent : Il ne peut y avoir éga¬ lité entre celui qui sait et celui qui ignore. Je consacre à leur répondre les lignes suivantes : Jésus, c’est-à-dire, le Verbe de Dieu, rayant fait tous les temps : « Tout a été fait par lui, et rien n’a été fait sans lui» Joan. i, 3, et le jour même du jugement étant compris dans tous les temps, en vertu de quelle logique pourrait-il ignorer une partie de l’œuvre dont il sait le tout ? On peut encore dire : Quel est le plus grand de la connaissance du Père, ou de la connaissance du jugement ? Et s’il connaît lo plus grand, comment ignorerait-il le moindre ? Lisons ce præteribunt. » Gœlum et terra transibunt immutatione, non abolitione sui; alioquin quomodo sol obscurabitur, et luna non dabit. lumen suum et stellæ cadent, si cœ- lum in quo ista sunt, terraque non fuerit? « De die autem ilia et hora neino soit, neque angeli, cœlorum, nisi solus Pater. » In quibusdain Latinis co- dicibus additum est, « neque Filius : » cum in Græcis, et maxime Adamantii et Pierii exemplaribus, hoc non habeatur ascriptum ; sed quia in nonnulis legitur, disse- rendum videtw. Gaudent Arius et Eunomius, quasi ignorantia magistri, gloria discipulorum sit, et dicunt : Non potest æqualis esse qui novit, et qui ignorât. Contra quos br éviter ista dicenda sunt : Cum omnia tempora fecerit Jésus, hoc est, Verbum Dei : « Omnia enim per ipsum facta sunt, et sine ipso factum est nihil» Joa/n. i, 3, in omnibus autem temporibus, etiam dies judicii sit ; qua consequentia potest ejus ignorare partem, cujus totum noverit? Hoc quoque diceudum est : Quid est majua, notitia Patris, an judicii? Si majus novit, quomodo ignorât quod minus est? Scriptum legimus, « Omnia 72 SAINT JÉROME qui est écrit : « Tout ce qui appartient à mon Père m’a été remis » Luc . x, 22. Si tout ce qui appartient au Père appartient également au Fils, pour quelle raison, le Père se serait-il ré¬ servé la connaissance d’un soûl jour, sans vouloir la communiquer/ au Fils. Il faut alors tirer cette conclusion : Si le Fils ignore le dernier jour des temps, il ignore aussi l’avant-dernier et tous ceux qui le précèdent. Car il ne se peut admettre que quelqu’un ignore le premier et sache quel est le second. Maintenant donc que nous avons prouvé que le Fils n’ignore pas le jour de la fin du monde, il nous faut donner les motifs de l’imputation d’ignorance qui lui est faite. L’Apôtre écrit du Sauveur : « En lui sont tous les trésors cachés de la sagesse et do la science. » Coloss . n. 3. Il y a donc dans le Christ tous les trésors de la sagesse et de la science, mais ils sont cachés. Pourquoi sont-ils cachés ? Après sa résurrection, interrogé par ses apôtres au sujet de ce jour, il leur répondit ouvertement : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a mis en son pouvoir, » Act. i, 7. En leur disant : «Il ne vous appartient pas de connaître, » il montre qu’il le connaît, lui, mais qu’il ne convient pas de le faire con¬ naître aux apôtres, afin que cette ignorance continuelle de la venue du juge, les oblige à vivre chaque jour, comme s’ils devaient être jugés le lendemain. Enfin cette interprétation quæ Patris sunt, mihî tradita sunt » Luc. x, 22. Si om- nia Patris Filii sunt, qua ratione unius sïbi diei notitiam reservavit, et noluit eam communicare cum Fiiio? Sed et hoc inferendum : Si novissum diem temporum ignorât, ignorât et pene ultimum, et retrorsum omnes. Non enim potest fieri, ut qui primum ignorât, sciât quid secundum sit. Igitur quia probavimus non ignorare Filium [Al. additur Dei] consummationis diem, causa reddenda est cur ignorare dicatur. Apostolus super Salvatore scribit : « In quo sunt omnes thesauri sapientiæ et scientiæ absconditi » Coloss. n, 3. Sunt ergo omnes thesauri in Ghristo sapientiæ et scientiæ, sed absconditi surit. Quare absconditi sunt? Post resurrectionem interrogatus ab apostolis, de die manifestais respondit : « Non est ves- trum scire tempora vel momenta, quæ Pater posuit in sua potestate » Act. i, 7. Quando dicit, « non est vestrum scire, » ostendit quod ipse sciât, sed non expé¬ diât nosse apostolis, ut semper incerti de adventu judicis, sic quotidie vivant, quasi die alia judicandi sint. Denique et consequens Evangelii sermo idipsum cogit intelligi, résulte du texte évangélique, lorsqu’il dit : Que le Père seul connaît ce jour; dans le Père, il comprend le Fils ; car tout le Père est le nom du Fils. « Mais il arrivera à l’avènement du Fils de l’homme, ce qui arriva au temps de Noé ; car comme dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient, et mariaient leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche; et qu’ils ne connurent le déluge que lorsqu’il arriva et les fit périr tous; il en sera de même à l’avènement du Fils de l’homme. » Ibid. '37. Seqq. On demande comment concilier ces deux versets, celui où il est dit : « La nation se soulèvera contre la nation, le royaume contre le royaume, et il y aura des pestes, des famines et des tremblements de terre, » et le verset actuel où les événements prédits sont de ceux qui appartiennent à un temps de paix ? L’on peut admettre avec l’Apôtre , qu’après les combats, les dissensions, lés pestes, les famines, les tremblements de terre, et les autres fléaux qui ravageront le genre humain, s'ouvrira aussitôt une ère de paix et de tranquil¬ lité générale pour affermir la foi des croyants, et, leurs maux finis, aviver leur espérance de voir bientôt arriver le juge. C’est d’ailleurs ce que nous lisons dans saint Paul ; « Lorsqu’ils diront paix et sécurité, ils se trouveront surpris tout d’un coup par une ruine imprévue, comme dicens quoque Patrem solum nosse, in Pâtre com- prehendit et Filium. Omnis enim pater, filii nomen est. « Sicut autem in diebus Noe, ita erit et adventus Filii hominis. Sicut enim erant in diebus ante diluvium comedenteset bibentes, nubentes et nuptui [Al. nuptum] tradentes, usque ad eum diem, quo intravit Noe inarcam, et non cognoverunt donec venit diluvium, et tulit omnes ; ita erit et adventus Filii hominis. » Quæritur quomodo su¬ pra scriptum sit : « Surget enim gens contra gentem, et regnum contra regnum ; et erunt pestilentiæ, et famés, et terræmotus; » et nunc ea futura memorentur quæ pacis indicia sunt.. Sed existimandum, juxta Apostolum, quod post pugnas, et dissensiones, et pestilentias, et famés, et terræmotus, et cætera quibus genus vastatur humanum, brevi [Al. brevis] subsecutura sit pax, quæ quieta omhia repromittat, ut fides credentium comprobetur, utrura transactis malis, sperent judicem esse venturum. Hoc est enim quod in Paulo legimus : « Quando dixerint, pax et securitns, tune repentinus eis supervenieV interi- 73 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU Test une femme enceinte par les douleurs de Pepfantement, et ils n’y échapperont pas. » i Thessal. v. 3. « Alors de deux hommes qui seront dans un champ, l’un sera pris et l’autre sera laissé. Do deux femmes qui moudront à la meule, l’une sera prise et l’autre sera laissée. »Ibid . 40, 41. Alors, dit-il, il y aura deux hommes dans un champ, c’est-à-dire, à l’époque de la fin du monde et du jugement, deux hommes qui se trouveront dans un même champ, qui auront fait le même tra¬ vail, et en quelque sorte semé le même grain, ne retireront pas le même fruit de leur labeur. De deux femmes qui moudront ensemble, l’une sera prise, l’autre laissée. Dans ces deux hommes rencontrés dans un champ, dans ces deux fem¬ mes tournant ensemble la meule, il faut voir ou la Synagogue et l’Église qui semblent tourner ensemble le moulin de la Loi, et tirer des mêmes . Écritures la farine des préceptes de Dieu, ou les hérésies qui paraissent moudre au moyen des deux Testaments le grain de leurs erreurs; et bien qu’elles portent toutes le nom de Chrétien, elles ne recevront pas la même récompense, les unes étant prises, et les autres laissées. « Veillez donc, parce que vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur doit venir. Car sachez que si le père de famille savait à quelle heure le voleur doit venir, il veillerait certaine¬ ment et ne laisserait pas percer sa maison. » tus, sicut dolor parturientis, et non effugient » I Thess. v, 3. « Tune duo erunt in. agro; unus assumetur, et unus relinquetur, duæ molentes in mola ; una assumetur et una relinquetur. » Tune, inquit, duo erunt in agro, quando, tempore videlicet consummationis atque judicii, duo in agro pariter invenientur eumdem habentes laborem, et quasi parem sementem, sed fructus laboris non æque recipientes. Duçe quoque molentes simul erunt ; una assumetur, et una relinquetur. In duobus qui in agro commorantur, et in duabus quæ pariter molunt, vel Syna- gogam intellige, et \Al. vel] Ecclesiam, quod simul molere videantur in Lege, et de eisdem Scripturis fari- nam terere præceptorum Dei ; vel cæteras hæreses, quæ de utroque Testamento, aut de altero videntur molere farinam doctrinarum suarum; et euin unum nominis Christiani propositum habeant, non eamdem mercedem récipient; aliis assumptis, et aliis derelictis. « Vigilate ergo, quia nescitis qua hora Dominus vester venturus sit. Illud autem scitote, quoniam si sci- Ibid. 42, 43, Il montre clairement pour quelle raison il disait plus haut : « Quant à ce jour, et à cette heure, personne ne le connaît, pas même les anges du ciel,, sinon mon Père seul. » Et cette raison, c’est qu’il n’est pas utile aux apôtres de le connaître, afin qu’ils restent dans l’incertitude de sa venue et par suite s’atten¬ dent toujours à le voir arriver. Il ne dit pas : « Parce que nous ne savons pas à quelle heure le Seigneur doit venir, » mais « parce vous ne savez pas. » Et après leur avoir cité l’exemple du père de famille, il leur découvre encore plus clairement les motifs qui lui font cacher le jour de la fin du monde, en disant : « Tenez-vous donc aussi toujours prêts, parce que le Fils de l’homme viendra à l’heure que vous ne connaissez pas. Quel est, à votre avis, le serviteur fidèle et prudent que son maître a établi sur. ses domestiques pour leur distribuer la nourriture en temps opportun? Bienheureux ce serviteur, si son maître, lorsqu’il viendra, le trouve agissant de la sorte. Je vous dis en vérité qu’il l’établira sur tous ses biens. » Ibid . 44, Seqq.. Le Sauveur revient et appuie davantage sur le motif qui lui a fait dire que ni lui ni les anges ne connaissaient le jour et l’heure de la fin du monde, et que son Père seul le savait; et ce motif, c’est qu’il n’est pas utile aux apôtres de le connaître. En même temps pour les tenir en garde, et les disposer par l’appât de la récom¬ pense à distribuer à leurs compagnons en temps ret paterfamilias qua hora fur venturus esset, vigilaret utique, et non sineret perfodi domum suam. » Perspicue ostendit quare supra dixerit, « De die autem ilia et hora nemo soit, neque Filius hominis, neque angeli, nisi Pater solus : » quod non expédiât scire apostolis, ut pendulæ exspectationis incerto semper eum credant esse venturum, quem ignorant quando venturus sit. Et non dixit, « quia nescimus qua hora venturus sit Dominus;» sed « nescitis. » Præmissoque patrisfamiliàs exemplo, cur reticeat consummationis diem, manifestais dôcet, dicens ; « Ideo et vos estote parati, quia nescitis qua hora Fi¬ lius hominis, venturus est. Quis, putas, est fidelis servus et prudens, quem constituit Dominus ejus super fami- liam suam, ut det illis cibum in tempore? Beatus ille servus, quem cum venerit Dominus ejus, invenent sic facientem. Amen dico vobis, quoniam super omnia bona sua constituet. eum. » Plenius iuculcat et replicat, quare de die consummationis et hora nec angelos, nec se scire prædixerit; sed solum Patrem, quod non expédiât ! 74 SAINT JÉROME opportun, la nourriture des enseignements . de la foi, il leur apporte l’exemple du père de famille et de ses serviteurs, c’est-à-dire de lui- même et de ses apôtres. « Mais si ce serviteur est méchant, et qu’il dise en son cœur : mon Maître tarde à venir; et qu’il se mette à battre ses compagnons, à manger et à boire avec des ivrognes. » Ibid . 48, 49. De ce qui précède il résulte, que, comme le serviteur vigilant qui est toujours dans l’at¬ tente de l’arrivée de son maître, donne au temps voulu la nourriture à ses compagnons, et qu’il est établi plus tard sur tous les biens du père de famille; ainsi au contraire, celui qui dit avec Ezéchiel : « Cela n’arrivera pas de longtemps. » Ézèch. xii, 22, et se persuade que son maître, ne doit pas revenir de si tôt, qui s’endort dans la sécurité et se livre à la bonne chère et à la débauche ; celui-là trouvera au lieu du père de famille plein de douceur, un juge plein de la plus grande sévérité. « Lq maître de ce serviteur viendra au jour qu’il ne s’y attend pas, et à l’heure qu’il ne sait pas. Il le divisera et il lui donnera son par¬ tage avec les hypocrites; c’est là qu’il y aura des pleurs et des gricements de dents. » Ibid. 50, 51. Le but du Sauveur est de persua¬ der ses apôtres que le maître viendra au mo¬ ment où l’on n’y pensera pas; et de leur enseigner la vigilance et la sollicitude qui con¬ seille apostolis; et exemplum patrisfamilias, hoc est, sui et fidelium servorum, id est, apostolorum, ad cohorta- tionem sollicitée mentis interserit, ut spe præmiorum ministrent conservis in tempore suo cibaria doctrinarum. «Si autem dixerit malus servus ille in corde suo, moram facit dominus meus venir e, et cceperit percutere conser- vos suos, manducet autem et bibat cum ebriis. » Ex su- perioribus pendet, quod sicut sollicitus servus et semper adventum domini præstolans, tradit conservis cibaria in tempore suo, et poslea super omnia bona patrisfamilias constituitur ; ita econtrario, qui juxta Ezechielem dixit : « In tempora longa fiet istud » Bzech . xn 22, et non putat dominum cito esse venturum; factus securior, vàcat epulis atque luxuriæ; et non lenem patremfamilias sed severissimum sentiet judicem. « Veniet dominus servi iïlius, in die qua 'non sperat, et hora qua ignorât, et dividet eum, partemque ejus ponet cum hypocritis ; illic erit fletus et stridor dentium . » Hoc ipsum docet, lit sciant quando non putatur dominus, tune eum esse venturum, et vigilantiæ ac sôllicitudinis dispensatores admonet. Porro quod dicit, « dividet eum » vient à ses, dispensateurs. Pour ces paroles : « Il le divisera, » elles ne signifient pas qu’il le partagera en deux avec un glaive, mais qu’il le séparera de la société des saints et le rangera parmi les hypocrites, c’est-à-dire, parmi ceux qui étaient dans le champ, qui tournaient la meule, et qui néanmoins furent laissés. Nous avons dit bien souvent que l’hypocrite paraît au dehors tout autre qu’il n’est au dedans. Ainsi, dans le champ et à la meule, il semble travailler tout comme le véritable enfant de l’Église ; mais la fin montre que sa volonté était toute diffé¬ rente. « Alors le royaume des cieux sera semblable à dix vierges, qui ayant pris leurs lampes, s’en allèrent au-devant de l’époux ei de l’épouse ; mais cinq d’entr’elles étaient folles, et cinq sages. Les. cinq folles ayant pris leurs lampes, ne prirent point d’huile avec elles. Les sages au contraire, prirent de l’huile dans leurs vases avec leurs lampes. » Matth. xxv 1 Seqq. Certains interprètes appliquent simplement aux vierges en général, cette parabole ou comparai¬ son des dix vierges folles et sages. Les unes seraient, comme parle l’Apôtre, vierges dé corps et d’esprit; les autres gardant uniquement la virginité corporelle, ou bien ne feraient pas les œuvres que comporte leur état, ou bien forcées par la volonté paternelle de. rester vierges, nourriraient dans leur cœur le désir du mariage. non quo gladio eura dissecet; sed quo a sanctorum con- soi’tio eum separet, et partem ejus ponat cum hypocritis; cum his videlicet, qui erant in agro et qui molebant et nihilominus derelicti sunt. Sæpe diximus hvpocritam aliud esse, aliud ostendere; sicut et et in agro et in mola idem videbatur facere, quod ecclesiasticus vir, sed exitus diversæ voluntatis apparuit. « Tune simile eyrt regnum cœlorum decem virginibus, quæ accipientes lampades suas, exierunt obviam sponso et sponsœ. Quinque autem ex eis erant fatuæ, et quinque prudentes. Sed quinque fatum acceptis lampadibus, non sumpserunt oleum secum. Prudentes vero acceperunt oleum in vasis suis cum lampadibus. » Hanc parabolam, id est, similitudinem decem virginum, fatuarum atque prudentium, quidam simpliciter in virginibus' interpre- tantur, quarum nliæ, juxta Apostolum, et corpore et mente sunt virgines; alise virginitatem tantum çorpo- rum reservantes, vel caetera opéra non habent proposito, suo similia, vel parentum custodia reservatæ, nihilomi- nus mente nupserunt I Cor . vu. Sed xnilii videtur ex superioribus alius sensus esse qui dicitur, et non ad vir- COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 75 I Corinth. vn. Il me semble, d’après tout ce qui a été dit plus haut, que le sens est tout différent, et que la comparaison a rapport, non pas à la. virginité corporelle, mais bien plutôt au genre humain tout- entier. Car de même que les deux hommes qui sont dans un champ et les deux femmes qui tournent la meule signifient les deux peuples, le peuple chrétien et le peuple juif, le peuple des saints et le peuple des pé¬ cheurs, lesquels pécheurs faisant partie de l’Église, semblent extérieurement labourer et moudre, mais au fond n’agissent en tout que par hypocrisie; de même en ce moment les dix , vierges représentent tous les hommes qui parais¬ sent croire en Dieu, et basent leur foi sur les Saintes Ecritures, enfants de l’Église aussi bien que Juifs et hérétiques. Et la raison pour laquelle tous reçoivent le nom de vierges, c’est qu’en effet tous se vantent- de connaître le Dieu unique, et que leur esprit n’est pas soumis au joug honteux de l’idolâtrie. Parmi ces vierges, les unes possèdent de l’huile, ce sont celles qui à la foi joignent la parure des œuvres. Les autres n’en ont pas, ce sont celles qui semblent partager la foi au Seigneur, mais négligent la pratique de la vertu. Nous pouvons encore voir dans les cinq vierges sages et les cinq vierges folles, les cinq sens. Chez les uns, en effet, les sens se tournent vers le ciel et aspirent aux biens surnaturels; chez les autres, ils n’ont de goût que pour la fange des corruptions ter- ginalia corpora, sed ad omne hominum genus compara¬ tif) pertinere. Sic ut enim duo in agro, et duæ molentes, duos significant populos, Ghristianorum et Judæorum, sive sanctorum et peccatorum, qui in Ecclesia constitué, videntur quidem et ipsi arare et molere; sed cuncta in- hypocrisi faciunt; sic et nunc decem virginés omnes homines pomplectuntur, qui videntur Deo credere, et applaudunt sibi in Scripturis sanctis, tam ecclesi asti cos, quam Judæos,atque hæreticos. Qui idcirco omnes virginés appellantur, quia gloriantur in unius Dei notitia, et meus eorum idololatriæ turba (\<4Z. turbine] non constupratur. Oleum habent virginés, quæ juxta fidem et operibus adofnantur. Non habent oleum, quse videntur simili'qui- dem fide Dominum confiteri; sed virtutum opéra negli- gunt, Possumus quinque virginés, sapientes et stultas, quinque sensus interpretari ; quorum . alii festinant ad coelestia, et superna desiderant ; alii terrenis fæcibus in- hiantes, 'fomenta non habent veritatis, quibus sua corda illuminent. De visu, et auditu, et tactu spiritualiter dictum est : « Quod vidimus, quod audivimus, quod oculis nos- restres, et ne possèdent point ces désirs de la vérité qui illuminent les cœurs. De la vue, de l’ouïe et du toucher, il a été dit au sens spiri¬ tuel : « Ce que nous avons vu, ce que nous avons entendu, ce que nous avons contemplé de nos yeux, et ce que nos mains ont toudhé. » i Joan. i, 1. Du goût : « Goûtez et voyez que le Seigneur est doux; » Psalm. xxxni. 9. De l’odorat : « Nous courons à l’odeur de vos par¬ fums. » Gant . i, 3. Et : « Nous sommes la bonne odeur de Jésus-Christ. » II Corinth. n, 15. « Mais l’époux tardant à venir, elles s’assou¬ pirent toutes et s’endormirent » Ibid. 5. 11 n’y a pas un petit intervalle entre le premier et le second avènement du Christ., « Elles s’assou¬ pirent toutes, » c’est-à-dire, « elles mouru¬ rent; » la' mort des saints s’appelle sommeil. Aussi ajoute-t-il : « Et s’endormirent, » car elles devaient être réveillées plus tard. « Mais au milieu de la nuit, on entendit un grand cri : Voici l’époux qui vient, allez au- devant de lui. » Ibid. 6. Car ce sera tout d’un, coup, comme au milieu de la nuit, quand tout le monde est tranquille, et que le sommeil est le plus profond, que le cri des anges et les trompettes des puissances célestes retentiront pour annoncer l’avènement du Christ. Disons quelque chose qui sera peut-être utile au lecteur : C’est chez les juifs une tradition que le Christ doit venir au milieu de la nuit, comme autrefois en Égypte quand la Pâque y fut célé- tris perspeximus, et manus nostræ palpavere » I Joo/n. i, 1. De gustu : « Gustate, et videte ’^quoniam su avis est Dominus » Ps. xxxin, 9. De odoratu : « In odorem unguentorum tuorum currimus » Gant, i, 3. Et: « Christi bonus odor sumus » II Cor. n, 15. « Moram autem faciente sponso, dormitaverunt om¬ nes et dormierunt. » Non enim parum temporis inter priorem et secundum adventum Domini prsetergreditur. Omnes dormitaverunt, » id est, mortuæ sunt, quia sanctorum mors somnus appellatur. Conseqnenter autem dicitur, « dormierunt, » quia posfcea suscitandæ sunt. « Media autem nocte clamor factus est, ecce sponsus venit, exite obviam ei. » Subito enim quasi intempesta nocte, et securis omnibus, quando gravissimus sopor est, per angeloenm clamorem, et tubas præcedentium forti- tudinum, Christi resonabit adventus. Dicamus aliquicl quod forsitan lectori utile sit. Traditio Judæorum est, Ghristum media nocte venturum in similitudinem Ægyptii temporis,’ quando Pascha cèlebratum est, et exterminator vènit, et Dominus super tabernacula tran- 76 SAINT JÉROME bréOj que vint Fange exterminateur, que le Sei¬ gneur passa au-dessus dos habitations, et que les poteaux de nos fronts furent marqués , du sang de l’agneau. Exod . xn. Aussi je regarde comme étant de tradition apostolique, la défense de renvoyer les fidèles avant le milieu de la nuit, la veille de Pâques, comme s’ils devaient attendre l’arrivée du Christ. Cette heure une fois ' passée, la sécurité renaît, et tous célèbrent le jour de fête. De là encore ces paroles du Psal- miste : » Je me levais au milieu de la nuit, pour vous louer sur les jugements de votre loi pleine de justice. » Psalm. cxvin, 62. « Aussitôt toutes ces vierges se levèrent et ornèrent leurs lampes. » Ibid. 7. Toutes les vierges se levèrent, et ornèrent chacune leurs lampes, c’est-à-dire, les sens, où elles déposaient l’huile de la science, pour acquérir les vertus qui devaient briller devant le véritable Juge. « Mais les folles dirent aux sages : Donnez- nous de' votre huile, parce que nos lampes s’éteignent. » Ibid. 8. En se plaignant que leurs lampes s’éteignent, elles montrent qu’elles ont brillé un moment; néanmoins ce n’était qu’un éclat passager ; leurs œuvres n’étaient pas durables. L’homme donc qui embrasse la vir¬ ginité, et qui a l’amour de la pureté, ne doit pas se contenter de petites vertus qui se fanent promptement, et se dessèchent aux premières chaleurs; il lui faut poursuivre la perfection, s’il veut avoir une lumière éternellement durable. « Les sages {répondirent : De peur qu’elle ne suffise pas pour nous et pour vous. » Ibid. 9. C’est la crainte et non F avarice qui leur dicte cette réponse. Enfin, chacun recevra la récom¬ pense de ses propres œuvres, et les vertus des uns ne pourront pas au jour du jugement com¬ penser les vices des autres. Et de même qu’à l’époque de la captivité de Babylone, Jérémie fut impuissant à aider les pécheurs, et qu’il s’entendit adresser ces paroles : « Ne priez pas pour ce peuple, » Jerem. vu. 16, de même, ce jour du jugement sera pour tous un jour redoutable, où chacun tremblera pour soi-même. « Allez plutôt à ceux qui en vendent, et acho- tez-en pour vous. » Cette huile qui consiste selon nous dans les aumônes, les vertus et les conseils des maîtres, se vend, il est vrai, mais elle coûte cher et ne s’acquiert que pénible¬ ment. siit, et sanguine agni postes nostrarum frontium conse- crati sunt Exod. xn. Unde reor et traditionem aposto- licam (1) permansisse, ut n die vigiliarum Paschæ ante noctis dimidium populos dimittere non liceat, exspectan- tes adventum Christi. Et postquam illud tempus tran¬ scrit, securitate præsumpta, festum cuncti agunt diem. Unde et Psahnista dicebat : « Media nocte surgebam ad confitendum tibi, super judicia justiûcationis tuæ » Isai. cxvm « Tune surrexerunt omnes virgines illæ, et ornave- runt lampades suas. » Omnes virgines surrexerunt, et oroaverunt unaquæque lampades suas, id est, sensus, in quibus oleum scientiæ recipiebant, ut haberent opéra virtutum, quæ ante verum judicera refulgerent. « Fatuæ autem sapientibus dixerunt ; Date nobis de oleo vestro, quia lampades nostræ exstingüuntur. » Quæ lampades suas queruntur exstingui, ostendunt eas ex parte lucere ; et tamen non habent lumen indeficiens, nec opéra perpétua. Si quis igitur habet animam virgî- nalem, et amator est pudicitiæ, non debet mediocribus esse contentus, quæ cito exolescunt, et exorto caumate, arefiunt; sed perfectas virtutes sequalur, ut lumen habeat sempiternum. « Responderunt prudentes, dicentes : Ne forte non sufficiat nobis et vobis. » Hoc non de avaritia, sed de timoré respondent. Unusquisque enim pro operibus suis raercedem recipiet, neque possunt in die judicii aliorum virtutes, aliorüm vitia sublevare. Et quomodo tempore Babyloniæ captivitatis, Jereraias peccatores juvare non potuit, et dicitur ad eum : « Ne oraveris pro populo isto » Jerem . vu, 16 : sic formidolosa erit ilia dies, cum unusquisque pro semetipso sollicitas erit. « Ite potius ad vendentes, et emite vobis. » Vendit ur hoc oleum, et multo emittfr pretio, ac diffteili labore conquiritur, quod in eleemosynis cunctisque virtutibus et consiliis intelliginius magistrorum. (4) Traditionem. apostolicam vocal etiam Epîphanius, hærcs. 70. Et vero ex ea constilutio ilia apostolica effiota est in Clemontinis, lib. v( cap. 49 : Satftafo (anto Paschalem Dominicain) usque ad gallicinium permanentes, illucescente una sabbatorum, quæ est dies Dominica, jejunium solvite, a vespera usque ad galli cantum vigilantes, et in Ecdesia eongregati in uni m vigiliis, oralionibus, et ad Deum precibus vocale. Insigniora autem sunt de pervigilio Paschæ aliorum testimonia : puta Lactantii, lib. viij cap. 19, queû formo descripsit Isidorus. Originum lib, vr, cap, 47 : Hæc est nox quæ nobis propter adventum regis, ac Dei îiosin1 pervigilio celebratur , cujus noctis duplex ratio est, quod in ea et vitam Lüm recepit cum passus est, et postea orbis tenæ regnum recepturus est . Hieronymo suppar Palladius in vita CUrysosio- mi : Excubat populus in partibus nostris ad primum usque galli cantum, etc, Vulgo autem Patribus vigiliarum nox audit. Ed . Mig. ï COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 77 « Mais pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva. » Ibid. 10. Les vierges sages leur conseillent sagement de ne pas aller au-devant de l’époux, sans avoir de l’huile dans leurs lampes; mais comme le moment d’acheter est passé et qu’au jour du jugement, il n’est plus temps de se repentir, au témoignage du Psal- miste : « Qui vous louera dans l’enfer? » Psalm . vi. 6, les voilà mises en demeure, non pas d’embrasser un nouveau genre de vie, mais de rendre compte de l’ancien. « Et celles qui étaient prêtes, entrèrent avec lui aux noces, et la porte fut fermée. » Le jour du jugement arrivé, plus moyen de faire de bonnes œuvres et de se rendre juste. « Enfin les autres vierges vinrent aussi et dirent : Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous. » Ibid. 11. Magnifique hommage rendu au Seigneur dans l’appel réitéré qui lui est adressé. C’est cer¬ tainement une marque de foi; mais que sert de l’invoquer de bouche, si les œuvres le nient? « Mais il leur répondit : Je vous le dis en vérité : Je ne vous connais point. »Ibid. 12. Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui ; et qui ne le connaît point, en sera méconnu, n Timot. il. 19. Le Seigneur ne connaît pas les artisans d’iniquité : quand même ils seraient vierges, et se feraient gloire de posséder cette double vir¬ ginité qui consiste dans la pureté du corps et la profession de la vraie foi. i Corint. xiv. 18. S’ils « Dum autem irent emere, venit sponsus, » Dant quidem quasi' prudentes consilium, quod non debeant sine oleo lampadarum sponso occurrere; verum quia jam emendi tempus excesserat, et adveniente judicii die, locus non erat pœnitentiæ, Psalmista dicente : « ln ini’erno autem quis confitebitur tibi » yi^Psal. 6? non nova opéra patr are, sed præteritorum coguntur rationem exsolvere. « Et quæ paratæ erant, ïntraverunt cum eo ad nuptias, et clausa est janua. » Post judicii diem, bono- rüm operum, et justitise occasio non relin quitur [Al. relinquetur] . « Novissime vero veniurit et reliquæ virgines, dicen- tes : Domine, domine, aperi nobis. » Egregia quidem in Domini appellatione confessio, idemque repetitum, indi- cium fidei est. Sed quid prodest voce invocare, quem operibus neges? « At jlle respondens, ait : Amen dico vobis, nescio vos. » Novit Dominus eos qui ejus sunt, et qui ignorât, ignorabitur II Tint . n, 19. Nescit Dominus operarios iniquitatis; et licet /virgines siut, etsecpndum duplicem n’ont point l’huile de la science, il suffit pour les punir, qu’ils ne soient point connus de l’époux. « Veillez donc, parce que vous ne savez ni le jour ni l’heure. » Ibid. 13. J’avertis comme tou¬ jours le lecteur prudent, de ne pas se fier à toutes les interprétations superstitieuses et subtiles qui ne reposent que sur l’imagination de leurs auteurs, mais de considérer attentive¬ ment les textes intermédiaires., ceux qui précè¬ dent, ceux qui suivent, et de les lier de manière à n’en faire qu’un tout. Ainsi de ces paroles : « Veillez, parce que vous ne savez ni le jour ni l’heure, » nous devons conclure, que tout ce que le Sauveur a dit jusqu’alors, c’est-à-dire, les paraboles des deux hommes qui sont dans un champ, et' des deux femmes qui tournent la meule, du père de famille qui confie ses biens à son serviteur, et des dix vierges, n’ont 'pas eu d’autre but que de nous engager, nous qui igno¬ rons tous le jour du jugement, à faire soigneu¬ sement provision de la lumière des bonnes œuvres, de peur que le juge n’arrive au moment où nous n’y pensons pas. « Car comme un homme s’en allant au loin, appela ses serviteurs et leur remit ses biens. Et il donna à l’un cinq talents, deux à un autre, et un à un autre, selon la capacité propre de cha¬ cun d’eux; et il partit aussitôt. » Ibid. 14. 15. Il n’est pas douteux que ce père de famille ne soit le Christ, qui avant de remonter victorieux vers intelligentiam de corporis puritate, et de confessione veræ gloriantur fidei I Cor. xiv, 38; tamen quia oleum non habent scientiæ, sufficit eis pro pœna quod ignoran- tur a sponso. « Vigilate itaque, quia nescitis diem neque^.horam. » Prudentem semper admoneo lectorem, ut non supersti- tiosis acquiesçât interpretationibus, et quæ commatice pro fingentium dicuntur arbitrio; sed consideret priora, media, et sequentia, et nectàt sibi universa quæ scripta sunt. Ex hoc ergo quod infert : « Vigilate, quia nescitis diem neque horam, » intelliguntur universa quæ dixit, id est, de duobus qui in agro sunt, et de duabus molentibus, et de patrefainilias, qui servo suo crédit substantiam, et de decem virginibus, ideo parabolas esse præmissas, ut quia ignoramus omnes judicii diem, sollicite nobis lumen bonorum operum prseparemus, ne, dum ignoramus, judex veniat. . « Sicut enim homo peregre proficiscens, vocavit ser- vos suos, et tradidit illis bona sua. Et uni dédit quinque talenta, alii autem duo, alii vero unum, unicuique secundum propriam virtutem, et profectus est statim. » 78 ' SAINT son Père après sa résurrection, appela ses apô¬ tres et leur remit la doctrine évangélique, n’agissant ni avec profusion ni avec parcimonie, pour en donner plus à l’un et moins à l’autre, mais la leur distribuant solon leurs forces respecti¬ ves. C’est ainsi que l’Apôtre déclare avoir nourri de lait ceux qui étaient incapables de supporter des aliments plus substantiels, i Corinth . rv. Enfin, iL accueille avec le même plaisir ceux qui ayant reçu cinq talents lui en rapportent dix, et ceux qui n’en ayant reçu que deux, lui en présen¬ tent quatre, tenant compte, non pas de la gran¬ deur du gain, mais des efforts accomplis. Les cinq talents, les deux talents, et le talent unique nous représentent les grâces différentes accordées à chacun de nous; ou bien, le premier nombre figure tous les sens que nous avons détaillés plus haut ; le second, l’intelligence et les œuvres ; le troisième, la raison qui forme la ligne de séparation entre les hommes et les bêtes. « Celui qui avait reçu cinq talents s’en alla; il trafiqua avec eux et en gagna cinq autres. » Ibid. 16. Ayant reçu les sens terrestres, il dou¬ bla en lui la connaissance des choses célestes; comprenant par les créatures, le Créateur, par les biens corporels, les biens spirituels; par les choses visibles, les objets invisibles; par le ■ temps, l’éternité. « Pareillement, celui qui en avait reçu deux, en gagna deux autres. »Ibid . 17. Celui-ci également Homo, iste paterfamilias, haud dubium quin Ghristus sit, qui ad Patrem post resurrectionera victor ascendens, vocatis apostolis, doctrinam evangelicara tradidit, nom pro largitate et parcitate alteri plus, et alteri minus tribuens,. sed pro accipientium viribus; quomodo et .Apostolus eos qui solidum cibum capere non poterant, lacté potasse se dicit 1 Cor. iv. Denique et ilium qui de quinque talentis, decem fecerat, et qui de duobus quatuor, simili recepit gaudio; non considerans lucri magmtudinem, sed studii voluntatem. In quinque, et duobus, et uno talento, vel diversas gratias intelliga- mus, quæ unicuique traditæ sunt. Vel in primo, omnes sensus examinatos; In secundo, intell igentiam et opéra; In tertio, rationem, qua homines a bestiis separamur. « Àbiit autem qui quinque talenta acceperat, et ope- ratus est in eis; et lucràtus est alia quinque. » Acceptis terrenis sensibus ecelestium sibi notitiam duplicavit : ex ereaturis intelligens Creator em ; ex çorporalibus, incorporalia ; ex. Visibilibus invisibilia; ex brevibus, fôterna. « Similiter qui duo acceperat, lucràtus est alia duo. » JÉROME dans la mesure de ses forces, doubla sous le règne de l’Évangile ce qu’il avait appris sous le règne de la Loi ; ou bien, il comprit que la science et les œuvres de la vie présente n’étaient que des figures de la béatitude à venir. « Mais celui qui n’en avait reçu qu’un, alla faire un trou dans la terre, et y cacha l’argent de son maître. » Ibid. 18. Ce méchant serviteur négli¬ gea les préceptes de Dieu, et les profané en s’a¬ donnant aux œuvres terrestres et aux plaisirs du siècle. D’après un autre Évangéliste, Luc . xix, au lieu d’enfouir son talent, il l’aurait lié dans un mouchoir, c’est-à-dire, il aurait, en vivant dans le luxe et la mollesse, affaibli les ensei¬ gnements du père de famille. « Longtemps après, le maître de ses serviteurs revint, et leur fit rendre compte. Celui qui avait reçu cinq talents S’étant approché, en présenta cinq autres et dit : Seigneur, vous m’avez donné cinq talents, en voilà cinq autres que j’ai gagnés par-dessus. » Ibid . 19, 20. Un long temps s’écou¬ lera entre l’ascension du Sauveur et son second avènement. Si les apôtres doivent rendre compte et ressusciter avec la crainte du juge, que nous faut-il donc faire? « Son maître lui dit ; Cela est bien, ô bon et fidèle serviteur, parce que vous avez été fidèle dans les petites choses, je vous établirai sur de beaucoup plus grandes; entrez dans la joie de votre Seigneur. Celui qui avait reçu deux talents Et iste pro viribus quidquid in JLe£e dklicernt, in Evangelio duplicavit; sive scientiam et opéra præsentis vit», futuræ beatitudinis typos intellexit. « Qui autem unum acceperat, abiens fodit in terra m, et abscondit pecuniam domini sui. » Nequam servus terrenis operibus et sæeuli voluptate, Dei præcepta neglexit et polluit ; quamquam in alio evangelista scriptum sit, quod in sudario ligaverit Luc. xix, id est,, doctrinam patrisfamilias molli ter et délicate vivendo enervarit. » Post multum vero temporis venit dominus servorum illorum, et posuit rationem cum eis. Et accedens qui . quinque talenta acceperat, obtiüit alia quinque talenta, dicens : Domine, quinque talenta tradidisti mihi, ecce alia quinque superlucratus sum. » Grande tempus est inter ascensionem Salvatoris, et secundum ejus adven- tum. Si autem apostoîi reddituri sunt rationem, et sub metu judicis resurrecturi, quid nos oportet facere? « Ait illi dominus ejus : Euge, serve bone, et fidelis, quia super pauca fuisti fidelis, super multa te consti- tuam; intra in gaudium domini tui. Accedens autem COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU s’approcha à son tour, et dit: Seigneur, vous m’avez donné deux talents, en- voilà deux autres que j’ai gagnés. .Son maître lui dit : Gela est bien, 6 bon et fidèle serviteur; parce que vous avez été fidèle dans les petites choses, je vous établi¬ rai sur de beaucoup plus grandes, entrez dans la joie de votre Seigneur. » Ibid. 21-23. Les deux serviteurs, comme nous l’avons déjà dit, celui qui de cinq talents en a fait dix, et celui qui de deux en a fait quatre, reçoivent du père de famille le meme accueil bienveillant. Et notez que tous les biens que nous possédons dans le temps présent, quelque grands et abondants qu’ils paraissent, sont bien peu de chose en comparaison des biens futurs. Entrez, dit-il, dans la joie de votre Seigneur, et recevez ce que l’œil n’a point vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce que le cœur de l’homme n’a jamais conçu. I Corinth. n. Quelle plus grande récompense pourrait ambitionner le serviteur fidèle, que d’être avec son Seigneur et de voir la joie de son Seigneur? « Celui qui n’avait reçu qu’un talent, s’appro¬ chant ensuite, dit : Seigneur, je sais que vous êtes un homme dur, que vous moissonnez où vous n’avez pas semé, et que vous recueillez où vous n’avez point mis. C’est pourquoi, comme je vous craignais, j’ai été cacher votre talent dans la terre; le voici, je vous rends ce qui vous appa- tient Jbid. 24, 25. La parole du Psalmiste : « Pour et qui cluo talenta acceperat, ait : Domine,* duo talenta tradidisti mihi; ecce alia duo lucratus sum. Ait iüi dominus ejus : Euge, serve bone et fidelis, quia super pauca fuisti fidelis, super multa te constituant, intra in gaudium domini tui. » Utrique servo, ut ante jam dixi, et qui de quinque talentis, decem fecerat, et qui de duobus, quatuor, idem patrisfamilias sermo blandi- tur. Et notandum quod omnia quæ in præsenti habe- mus, licet magna videantur et plurima, tamen compa- ratione futurorum, par va et pauca sunt. iDtra, inquit, in gaudium domini tui, et suscipe quse nec oculus vi¬ dât, nec auris audivit, nec in cor hominis ascenderunt I Gor . ii. Quid ‘kùtem potest majus dari fideli servo, quam. esse cum Domino, et videre gaudium Domini sui? « Accédons autem et qui unum talentum acceperat, ait : Domine, scio quia homo durus es, métis ubi non seminasti, et congregas ubi non sparsisti, et timens abii, et abscondi talentum tuum in terra. Et ecce habes quod tuum est. » Vere quod scriptum est : « Ad excu- sandns excusationes in peccatis » Ps . cxl, 4, etiam 79 chercher des excuses aux péchés, » Psalm . cvxl, 4, se réalise vraiment pour tce serviteur qui, à la paresse et à la négligence joint un .coupable orgueil. Au lieu d’avouer simplement son inac¬ tion, et de supplier le père de famille, comme il l’aurait dû, il le calomnie au contraire, se vante d’avoir agi avec prudence, en conservant le talent qu’il se serait exposé à perdre, s’il avait cherché à en tirer profit. « Mais son maître lui répondit : Sorviteur mé¬ chant et paresseux, vous saviez que je moissonne où je n’ai pas . semé, et que je recueille où je n’ai rien mis ; vous deviez donc confier mon argent aux banquiers, et à mon retour, j’eusse retiré avec intérêt ce qui est à moi. Otez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a dix talents. » Ibid. 26-28. Ce qu’il avait dit pour s’excuser, est regardé comme une nouvelle faute; on l’appelle serviteur méchant, parce qu’il calomnie son maître; paresseux, parce qu’il n’a pas voulu doubler son talent, de sorte que ces deux épi¬ thètes sont la condamnation, l’une de son orgueil, l’autre de sa négligence. Puisque, dit le maître, 1 vous saviez que j’étais dur et cruel, que je prenais ce qui ne m’appartenait pas, et moison- nais où je n’avais pas semé, comment cette pensée ne vous a-t-elle pas inspiré de crainte, fait comprendre que je redemanderais bien plus rigoureusement ce qui m’appartient, et inspiré de remettre mon argent à des banquiers, (en huic servo contigit, ut ad pigritiam et negîigentiam, superbiæ quoque crimen accederet. Qui enim simpliciter clebuit inertiam confiteri, et orare pa.tremfamilias, econtrario calumniatur, et dicit se prudenti fecisse consilio, nedum lucra pecuniæ quæreret, etiam de sorte periclitaretur, « Respondens autem dominus ejus, dixit ei : Serve male et piger, sciebas quia meto ubi non semi'no, et congrego ubi non sparsi; oportuit ergo te committere pecuniam eam nummulariis, et veniens ego, recepissem utique quod meum est cum usura. Tollite itaque ab eo talentum, et date ei qui habet decem 1 talenta. » Quod putaverat se pro excusatione dixisse, in culpam pro- priam vertitur. Servus autem malus appellatur, quia calumniam domino facit. Piger, quia noluit talentum duplicare, ut in altero superbiæ, in altero negligentiæ condemnetur. Si, inquit, durum et crudelem esse me noveras, et aliéna sectari, ibique metere ubi non seve- rim, quare non tibi istiusmodi cogitatio incussit timo- rem, ut scires me mea (fihgentius quæsiturum, et dares pecuniam meam, sive argentum nummulariis? Utrum- 80 SAINT JEROME latin « pecunia » ou « argentum; » Lô mot grec àpyûptov a les deux sens). « Les paroles du Seigneur, dit le Psalmiste, sont des paroles chastes; c’est un argent éprouvé au feu, purifié dans un creuset de terre et raffiné jusqu’à sept fois. » Psalm. xi, 7. L’argent est donc la prédi¬ cation de l’Évangile et la parole divine. Elle a dû être confiée aux banquiers et aux changeurs, c’est-à-dire, aux autres docteurs (ce que firent les apôtres, en ordonnant pour chaque province des prêtres et des évêques) ; ou à chacun des fidèles, qui peuvent doubler la somme et la rendre avec intérêt, en faisant passer dans leurs actions, les enseignements que la parole leur a transmis. Mais le talent est repris, et il est donné à celui qui de cinq talents en avait fait dix , pour nous faire comprendre que, tout en rétribuant par une joie égale le travail des deux serviteurs, c’est-à-dire, do celui qui avait porté à dix les cinq talents, et de celui qui avait porté les deux à quatre, le Seigneur doit néanmoins une plus grande récompense à celui qui a fait fructifier davantage par son labeur l’argent de son maître. Aussi l’Apôtre dit-il : « Honorez les prêtres qui se rentrent véritablement prêtres, surtout ceux qui travaillent à la prédication de la parole de Dieu. » 1 Timot. v, 7. Quant à cette accusation que le méchant serviteur osa porter contre son maître : « Vous moissonnez où vous n’avez pas semé, et vous recueillez où vous n’avez rien mis, » nous y voyons que le Seigneur accepte la que enim apyuptov, Græcus sermo signifient. « Eloquia. » inquit, « Domini eloquia casta, argentum igné exami- natum,probatum terne, purgatum septuplum » Ps. xi, 7. Pecunia ergo et argentum, prædicatio Evangelii est, et sermo divinus, qui dari debuit nummulariis et trape- zitis, id est, vel cæteris doctoribus (quod fecerunt et apostolî, per singulas provincias presbyteros, et episco- pos ordinantes), vel cunctis credentibus, qui possunt pecuniam duplicare, et cum usuris reddere, ut quidquid sermone didicerant, opéré expièrent. Tollitur autem talentum, et datur ei qui decem talenta fecerat, qt inteiligamus, licet in utriusque labore æquale sit gaudium domini, hoc est, et ejus qui quinque in decem duplicaverat, et ejus qui duo in quatuor; tamen majus debeci præmium ei, qui plus in domini pecunia labora- rit. Unde dicit et Apostolus : « Presbyteros honora, qui vere presbyteri sunt, maxime qui laborant in verbo Dei I Tim. v, 17. Ex eo quod malus servus ausus est dicere : « Métis ubi non seminasti, et congregas ubi non spàrsisti, » intelfigimus, etiam gentilium et philose- phorum bonam vitam recipere Domjnum, et aliter vie honnête même des païens et des philosophes; qu’il traite autrement ceux qui font le bien, et autrement ceux qui font le mal; et qu’en com¬ paraison de celui qui aura observé la loi natu¬ relle, ceux-là seront condamnés qui auront violé la loi écrite. « Car il sera donné à celui qui a, et il sera dans l’abondance; mais pour celui qui n’a rien, même ce qu’il semble - avoir lui sera ôté. » Ibid. 29. Une foule d’hommes naturellement sages, et doués d’un esprit au-dessus de l’ordi¬ naire, s’ils viennent par leur négligence et leur indolence à gâter le bien de nature,, en compa¬ raison de celui, qui bien que plus lourd, a suppléé par son travail à ce qui lui manquait, perdent le bien de nature, et voient passer aux autres la récompense qui leur était destinée. , Nous pouvons encore donner à ce verset le sens suivant : celui qui a la foi et une bonne volonté dans le Seigneur, si comme homme il lui manque quelque chose du côté des œuvres, ce quelque chose lui sera donné par un juge plein de bonté. Mais celui qui n’a pas la foi, perdra même les vertus qu’il semblait posséder naturellement. Et elle est pleine de justesse cotte parole : « Même ce qu’il semble avoir lui sera ôté. » Car tout ce' qui est fait sans la foi en Jésus-Christ, -ne doit pas être imputé à celui qui a mal usé de son talent, mais à celui qui donne le bien de nature même au serviteur méchant. « Jetez ce serviteur inutile dans les ténèbres habere eos qui juste, aliter qui injuste agant, et ad comparationem ejus qui naturali legi serviat, condem- nari eos qui scriptain legein negligant. « Omni enim habenti dabitur, et abundabit ; ei autem qui non habet, et quod videtur habere, auferetur ab eo. » Multi cum sapientes sint naturaliter, et habeant acumen ingenii, si fuerint négligentes, et desidia bonum naturæ corruperint, ad comparationem ejus qxii pauluhun tardior, labore et industria compen- savit quod minus habuit, perdunt bonum naturæ, et præmium' quod eis fuerat repromissum, vident transire ad alios. Potest et sic intelligi ei qui fidem habet, et bonam in Domino voluntatem, etiam si quid minus in opéré ut homo habuerit, dabitur a bono judice. Qui autem fidem non habuerit, etiam cæteras virtutes quas videbatur • naturaliter possidere, perdet. Et eleganter etiam, « quod videtur, » inquit, « habere auferetur ab eo. » Quidquid enim sine fide Ghristi est, non ei debet imputari qui male eo abusus est, sed illi qui malo etiam servo naturæ bonum tribuit. « Et inutilem servum ejicito in tenebras exteriores : 81 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU extérieures; c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Ibid. 30. Le Seigneur est lumière; quiconque est jeté en dehors de lui, est privé de la lumière, qu’est-ce que ces pleurs et ces grincements de dents, nous l’avons dit plus haut? « Or quand le Fils de l’homme sera venu dans sa majesté., accompagné de tous ses anges, il s’asseyera sur le trône de sa gloire. Et toutes les nations s’assembleront devant lui, il les sépa¬ rera les uns d’avec les autres, comme un berger sépare les brebis d’avec les boucs. Et il mettra les brebis à la droite, les boucs à la gauche. Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite. » Ibid. 31 seqq. Le Seigneur qui deux jours plus tard doit faire la Pâque, être attaché à la croix, être l’objet des railleries des hommes, être abreuvé de fiel et de vinaigre, fait précéder toutes ces humiliations du spectacle glorieux du triomphe, afin de contre-balancer dans l’esprit des apôtres les scandales qui vont suivre, par la grandeur des récompenses promises. Et notez, que celui qui se montrera ainsi dans sa majesté c’est le Fils de l’homme. Pour ce qui suit : f« Il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche, » il faut l’entendre dans le même sens que ces paroles : « Le cœur du sage est dans sa main droite, et le cœur de l’insensé dans sa main gauche; » Eccl. x, 2, et celles que nous lisions plus haut dans le même Évangile : « Que votre main gauche ignore ce que fait votre main illic erit fletus et stridor dentium. » Dominus lumen est; qui ab eo foras mittitur, caret vero lumine. Quid sit autem fletus et stridor dentium, supra diximus. « Gum autem venerit Fi]ius hominis in majestate sua, et omnes angeli cum eo, tune sedebit super sedem majestatis suæ, et congrégabuntur ante eum omnes gentes; et separabit eos ab iuvicem, sicqt pastor segregat oves ab hædis. Et statuet oves quidem a dextris suis, hædos autem a sinistris. Tune dicet rex 'his qui a dextris ejus erunt. » Post biduum Pascha facturas, et tradendus cruci, et illudondus ab hominibus; etacetp.ac felle potandus, recte præmittit gloriam triumphafetis, ut seculura scandala, pollicitationis præmio compensai’ et. Et notandum quod qui in majestate cernendus est, Filius hominis sit. Quodque sequitur : « Statuet oves quidem a dextris suis, hædos autem a sinistris, » juxta iilud intellige, quod alibi legis : « Cor sapientis in dextra ejus, et cor stulti in sinistra illius» Eccl. x, 2. Et supra in. hoc eodem Evangelio : « Nesciat sinistra tua quid faciat dextera tua » Supra vi, 3. Oves in parte justorum star e Tom. x.. droite. » Supr. vr, 3. Les brebis, figure des justes, reçoivent l’ordre de se mettre à droite; les boucs, c’est-à-dire les pécheurs, à gauche; car dans la Loi, les boucs sont toujours offertspour le péché. Exod. in. Il ne dit point, les chèvres qui peuvent avoir un fruit, qui sortent du lavoir nouvelle¬ ment tondues, toutes portant un|double fruit, sans qu’il y en ait de stériles parmi elles ; Gantic. iv, mais les boucs, animal lascif et pétulant, toujours en rut. « Venez les bénis de mon Père, posséder le royaume qui vous a été préparé dès le commen¬ cement du monde. Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’ai eu besoin de logement et vous m’avez logé ; j’ai été nu, et vous m’avez vêtu; malade, et vous m’avez visité; j’ai été en prison, et vous êtes venu me voir. Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand vous avons-nous vu avoir faim, et vous avons-nous donné à manger; quand vous-avons nous vu avoir soif, et vous avons-nous donné à boire; quand vous avons-nous vu sans logement, et vous avons-nous logé; ou nu, et vous avons-nous vêtu. Quand vous avons-nous vu malade ou en prison, et sommes-nous venus vous visiter? Et le roi répondra. » Ibid . 34 seqq . Il faut en tout cela tenir compte de la prescience de Dieu pour qui le futur est déjà accompli. « Je vous le dis en vérité : Autant de fois que vous l’avez fait à un des moindres de mes frères jubentur ad dexteram; hædî, hoc est, peccatores, ad sinistram, qui semper pro p.eccato offeruntur in Lege Exod. xu. N ec dixit, capras, quæ possunt habere fétus et tonsæ egrediuntur de lavaci’O, omnes gemellis fetibus, et sterilis nulla inter eas G an. iv ; sed hædos, lascivum animal et petulcum. et fervens semper ad coi tu m. « Venile, benedicti Patris mei, possidete paratum vobis regnum a constitutione mundi. Esurivi enim, et dedistis mihi manducare. Sitivi, et dedistis mibi bibere. Hospes erain, et collegistis me. Nudus, et operuistis me. Tnfirmus, et visitastis me. In carcere eram, et yenistis ad me. Tune respondebunt ei justi, dicentes : Domine, quando te vidimus esurientem, etpavimuste ; sitientem, et dedimus tibi potum? Quando autem te vidimus hos- pitem, et collegimus te; aut nudum, et cooperuimus te; aut quando te vidimus infirmum, aut in carcere, et venimns ad te? Et respondens rex, dicet.;ilhs. » Hoc juxta præscientiam Dei accipiendum, apud quem futura jam facta sunt. « Amen dico vobis : quamdiu \Al. quando] fecistis 6 SAINT JÉROME 88 que voici j c’est à moi-même que vous l’avez fait. IL dira ensuite à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits, et allez au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j’ai eu faim, et vous 11e m’avez pas donné à manger; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire. J’ai eu besoin de loge¬ ment, et vous ne m’avez pas logé; j’ai été nu, et vous no m’avez pas vêtu ; malade ou en prison et vous ne m’avez pas visité. Alors ils lui répondront aussi : Seigneur, quand vous avons- nous vu avoir faim, ou soif, ou sans logement, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne vous avons-nous pas assisté ? Mais il leur répondra : Je vous dis en vérité, : autant de fois que vous 11e l’avez pas fait à un de ces plus pe.tits, c’est à moi-même que vous ne l’avez point fait. » Ibid , 40 Seqq, Nous étions libres de comprendre que dans la personne d’un pauvre quelconque,, c’était le Christ ayant faim qui était nourri, le Christ ayant soif qui recevait à boire, le Christ sans logement qui était logé, le Christ nu qui était vêtu, le Christ malade qui était visité, le Christ on prison qui recevait la consolation d’une visite. Mais de ce qui suit : « Autant de fois que vous l’avez fait à un des moindres de mes frères que voici, c’est à moi-môme que vous l’avez fait »je suis porté àconclurequeleSauveur n’a pointainsi parlé des pauvres en général, mais des pauvres uni de his fratribus meis minimis, mihi fecistis. Tune dicet et his qui a sinistris erunt : Discedite a me, male- dicti, in ignem æternum, qui paratus est diabolo et angelis ejus. Esurivi enim, et non dedistis mibi mandu- care. Sitivi, et non dedistis mihi potum. Hospes eram, et non collegistis me. Nudus, et non operuistis me. Infirmus et in carcere eram, et non visifcastis me. Tune vespondebunt ei et ipsi, dicentes : Domine, quando te vidimus esurientem, aut sitientem, aut hospitem, aut nudum, aut infirmum, aut in carcere, et non ministra- vimus tibi? Tune respondebit illis, dicens : Amen dico v.obis, quamdiu non fecistis uni de minoribus his, nec mihi fecistis. » Libéra nobis erat intelligentia, quod in omni paupere; Ghristus esuriens pasceretur, sitiens potaretur, hospes induceretur in tectum, nudus vestire- tur, infimus visitaretur, clausus carcere haberet solatium colloquentis. Sed ex hoc quod sequitur : « Quamdiu fecis¬ tis uni de his fratribus meis minimis, mihi fecistis, » non mihi videtur dixisse generaliter de pauperibus, sed de d’esprit, vers lesquels il étendait la main èn disant : « Mes frères et ma mère, sont ceux qui : font la volonté de mon Père. » Marc. m. 33. 35. Luc . vin. 21. « Et ceux-ci iront dans le supplice éternel, et les justes dans la vie éternelle. » Ibid . 46. Lecteur avisé, remarquez que les. supplices sont éternels, et que la vie éternelle n’a plus à craindre aucune vicissitude. Et il se fit que Jésus ayant achevé tous ceâ discours, dit à ses disciples : Vous savez que la Pâque se fera dans deux jours, et que le Fils de l’homme sera livré pour être crucifié. » Matth. xxvu. Sed. Qu’ils rougissent ceux qui pensent que le Sauveur a redouté la mort, et a dit par peur des souffrances : « Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi. » Luc . xxn. 42. Il doit faire la Pâque dans deux jours, il sait qu’il sera livré pour être crucifié; et cependant il n’évite point les embûches, il ne s’enfuit point épouvanté; c’est au point que, lorsque les autros refusent de marcher, lui s’avance intré¬ pidement; ce qui fait dire à Thomas : « Allons, nous aussi, et mourons avec lui. » Joan, xi. 16; et que voulant mettre fin à la fête charnelle, et dissipant les ombres, rendre à la Pâque la réalité, il s’est écrié : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souf- his qui pauperes spiritu eunt, ad quos tendens manum, dixerat : « Fratres mei et mater mea hi sunt, qui faciunt voluntatem Patris mei Moro, m, 34, 35; Luc. vin, 21. » « Et ibuuthi in supplicium æternum, justi autem in vitam æternam. » Prudens lector, attende (1) quod et supplicia æterna sint, et vita perpétua metum deinceps non habeat ruinarum. Et factum est, cum consummasset Jésus sermones hos omnes, dixit discipulis suis : Scitis quia post biduum Pascha fiet : et Filius hominis tradetur, ut crucifigatur. » Erubescant qui putant Salvatorem timuisse moctem, et passionis. pavore dixisse : « Pater, si fieri potest, transeat a me calix iste » Luc. xxn, 42. Post biduum pascha facturus, tradendum se ut crucifigatur novit, et tamen non déclinât insidias, non territus fugit; intan¬ tum ut etiam, cæteris ire nolentibus, pergat intrepidus, quando dicit Thomas : « Eamus et nos, et moriamur cum eo » Joyn. x 1, 16. Et fi(!em; carnali festivitati volens imponere, umbraque transeunte, pa/schæ reddere (i) QuLHieronymum caTÎIlflntur epostremo Commenlariorum in latum ca pile, et Dialogo t contra Pelagîanog.num. 28, suppetiaS tulisse vosanœ oorum opinalionij qui terminum habitura malorum supplicia crederent, agnoscant saltem ex hocloco, quem ipse do industrie lectori ingerit, sonsisse perquam catholicc, quod et supplicia ætetna et vita , perpétua . Ed . Mig. COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 83 frir. » Luc. xxxr, 15. En effet Jésus-Christ, notre Pâque a été immolé; c’est pourquoi célé¬ brons la fête avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité. Corinth . v, 7. Pour ces paroles : « La Pâque se fera dans deux jours », laissant là le sens littéral, cherchons le mystère qu’elle renferme. Après les deux jours, l’éclatante lumière de l’Ancien et du Nouveau Testament, la véritable Pâque se célé¬ brera pour le monde. La Pâque, en Hébreu Phase, tire son nom, non de passion, comme on l’a prétendu, mais de passage. L’ange exter¬ minateur voyant le sang de l’Agneau sur les portes des Israélites, aurait passé sans les frapper; on bien, le Seigneur lui-même aurait passé sur son peuple pour lui porter secours. Lisez l’Exode, cap. xr, xrr, dont nous nous occu¬ perons, si Dieu nous prête vie. Pour nous, nous fêtons notre « passage, » c’est-à-dire, Phase, lorsque nous laissons de côté les choses de la terre et l’Égypte, et que nous nous diri¬ geons vers le ciel. « Alors les princes des prêtres et les anciens du peuple s’assemblèrent dans la salle du prince veritatem, dixerit : « Desiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum, antequam patiar » hue. xxu, 15. Btenim pascha nostrum immola tus est Chris tus, si tamen comedanius illud in azymis sinceritatis et veritatis 1 Cor . v, 7. Porro quod ait : « Post biduum pascha fiet, » simplici intelligente prætermissa, id quod sacratum [Al. sacramenlum] est, requiramus. Post duos dies clarissimi luminis, veteris ac novi Testamenti, verum pro mundo pascha celebratur. Pascha, quod Hebraice dicitur phase non a passione (i) ut plerique arbitra ntur, sed a transitu riominatur : eo quod exterminator videns sanguinem, in foribus Jsraelitarum pertransierit, nec percusserit eos. Vel ipse Dominus prsebens auxilium populo suo desuper ambulaverit. Lege exodi librum Cap. xi, xn, de quo plenius (2), si vita cornes fuerit, dispu tabimus. « Tran¬ si tus » autem noster, id est, phase, ita celebratur, si terrena et Ægyptum dimittentes, ad cœlestia festinemus. des prêtres appelé Caïphe, et tinrent conseil pour se saisir par ruse de Jésus et le faire mourir. Et ils disaient : Il ne faut pas que ce soit pendant la fête, de peur qu’il ne se fasse du tumulte dans le peuple. » Ibid. 3 . Seqq. Ces hommes, qui auraient, à cette heure si proche de la Pâque, dû s’occuper de préparer les victimes, de laver les murs du temple, nettoyer le pavé, purifier les vases, et conformément aux pres¬ criptions de la Loi, se purifier eux-mêmes, pour être dignes de manger l’agneau pascal, se ras¬ semblent et tiennent conseil pour faire mourir Jésus. Ils ne redoutent pas la sédition, comme leur simple langage le démontre, mais ils craignent qu’avec l’aide, du peuple, on ne leur arrache leur victime. « Comme Jésds était à Béthanie dans la maison de Simon le lépreux, » Ibid . 6. Jésus qui allait souffrir pour le monde entier, et racheter par son sang toutes les nations, demeure à Béthanie dans « là maison d’obéissance, » qui fut autrefois celle de Simon le lépreux. Cette qualification ne veut pas dire qu’il était encore lépreux à cette époque, mais qu’il l’avait été auparavant. Le « Tune congregati sunt principes sacerdotum, et seniores pepuli in atrium principis sacerdotum, qui dicebatur Gaiphas, et consilium fecerunt, ut Jesum dolo tenerent, et occiderent. Dicebant autem : Non in die festo, ne forte tumultus fieret in populo. » Qui debuerant Paschate vicino præparare victimas, levigare templi parie tes, pavimenta verrere, vasa mundare, et secundum ritum Legis purificari, ut esu agni digni fièrent, congre- gantur ineuntes consilium, quomodo occidant Dominum, non timentes seditionem, ut simplex sermo demonstrat; sed ca ventes ne auxilio populi de suis manibus tollere- tur. « Cum autem Jésus esset in Bethania, in domo Simonis leprosi. » Passurus pro omni mundo, et uni- versas nationes suo sanguine redempturus, moratur in Bethania, « domo obedientiæ, » quæ quondam fuit Simonis leprosi. Non quod leprosus, et illo tempore (4) Horum sententiam luculentius oxponit Nazinnzenus Orat. 2 in sanolum Pascha ex Billii imerpreiatione : Quidam , inquit, salutiferse passionis nomenhoc esse arbürati, ac deinde, per litteræ (p in II, et liinXmutatiù'nem^ hanevoeem ad linguam Græcam aceomodantes, hune diem Pascha nominarunt. Rectissime auiom ipse cum Hieronymo sentiens, Hoc Pascha, inquit, magnum et venerandum Pkaska ab Hebræis juxta eoruni linguam nominatur , quæ vox transitum sonat, historica quidem ratio ne propler Israelitarum ex Ibgypto ût Gkananeeam re- gionem fugam et migrationem, etc. Ed. Mig. (2) Innuii, opinor, quæsiiones Hobrnicas in uniyersam Scripturnm, cujus Opcrîs quamquam solæ in Genesim superent, licia tamen et sub- tegmina inreliquos Scripturce libros parayerat, quto aut mutalo consilio repudiavit posien, aut intra domesticos parietea périra périmait, Nulle certoin Eiorti librum Hieronymi eluoubratio auperost, aul umquam innoluit. Ed. Mig • SAINT JÉROME 84 Sauveur l’avait guéri, mais ce surnom lui était resté comme un témoignage rendu à la puissance de celui qui l’avait guéri. De môme, dans l’énumé¬ ration des apôtres, saint Matthieu porte le titre de son premier état, il est appelé Matthieu le publicain, bien qu’il eût cessé de l’être. Certains auteurs pensent qu’il faut voir dans la maison de Simon le lépreux cette portion du peuple qui crut au Seigneur et fut guéri par lui. Simon, nom qui dans un autre sens peut s’entendre du monde, est qualifié lui aussi d’obéissant, et c’est dans sa maison que l’Église a été guérie. « Une femme vint à lui, tenant un vase d’albâtre plein d’un parfum de grand prix qu’elle lui répandit sur la tête, pendant qu’il était à table. » Ibid. 7. Il ne faut pas s’imaginer que cette femme qui répand le parfum sur la tête du Sauveur, est la même qui le lui versa sur les pieds. Cette dernière en effet, les arrose de ses larmes, et les essuie avec ses cheveux, et on lui donne ouvertement le nom de prosti¬ tuée, tandis qu’on ne dit rien de pareil de celle-ci ; et en effet, une prostituée ne méritait pas d’approcher aussi vit© de la tête du Sauveur. Un autre Évangéliste, au lieu de vase d’albâtre permaneret, sed qui antea leprosus, postea a Salvatore mundatus est, nomine pristino permanente, ut virtus curantis appareat. Nam in catalogo apostolorum cum pristino vitio et officio, Matthæus publicanus appellatur, qui certe publicanus esse desierat. Quidam Simonis leprosi domum, eam volunt intelligi partem populi, quæ crediderit Domino, et ab eo curata sit. Simon quoque ipse obediens dicitur, qui juxta aliam intelligentiam mundus interprétait potes t, in cujus domo curata est Ecclesia, » Accessit ad eum mulier habens alabaslrum unguenti pretiosi, et effudit super caput ipsius recumbentis. » Nemo putet(l)eamdem esse quæ super caput effudit unguentum, et quæ super pedes. Ilia enim et lacrymis lavat, et crine tergit, et manifeste meretrix appellatur. De hac autem nihi taie scriptum est, Nec enim poterat statim capite plein d’un parfum d’un grand prix, (l’albâtre est une espèce de marbre) parle d’une huile de nard « pistici » Joan. xri, c’est-à-dire, véri¬ table, sans falsification, pour figurer la foi de l’Église et des gentils. « Mais les disciples voyant cela, en furent indignés, et dirent : Pourquoi cette perte? Car on aurait pu vendre ce parfum bien cher, et en donner le prix aux pauvres. » Ibid. 8, 9. Ce passage, je le sais, a fourni à quelques personnes un prétexte pour accuser les évangélistes de contradictions ; car d’un côté un évangéliste dit que Judas seul s’en affligea, parce qu’il portait la bourse, et qu’il avait toujours été un voleur, et saint Matthieu de l’autre, écrit que tous les apôtres en , furent indignés. Ces personnes ignorent qu’il y a une figure, appelée en grec en latin « synecdoche », par laquelle^ on prend indifféremment la partie pour le tout, et. le tout pour la partie. En effet saint Paul, dans l’épitre qu’il écrivit aux hébreux, (bien qu’un certain nombre de Latins élèvent des doutes à ce sujet) après avoir décrit les souffrances et les mérites des saints, ajoute : « Ils ont été lapidés, ils ont été sciés, ils ont été Domini meretrix digna fieri. A)ius evangelista pro aia- bastro unguenti pretiosi (quod genus est marmoris), nardum pisticam posuit Joan. xii, hoc est, veram et absque dolo ut fidem Ecclesiæ etgentium demonstraret.. « Vide n tes autem dicipuli, indignati sunt, dicentes : Ut quid perdit io hæc'É Potuit enim istud venunduri multo, et dari pauperibus. » Scio quosdam hune locum calumniari, quare alius evangelista Judam solum dixerit contristatum, eo quod loculos tenuerit, et fur ab initio fuerit, et Matthæus scribat omnes apostolos indignatos, nescientes tropum, qui vocatur vel « syuec- doche : » quo èt pro uno omnes, et pro multis unus appellari soleat. Nam et Paulus in Epistola sua quæ scribitur ad Hebræos (]icet de ea multi Jatinorum dubitent), cum sanctorum passion es et mérita descri- psisset, intulit : « Lapidati sunt, tentati sunt, secti [Al. (-1) Quamquam Origonis in hune locum Commentaria non superent.hanc de duplioi femina Christi unotrioe sententiam Hieronymum ei Origino delibasse, nullus dubito. Hæo enimvoro peouliaris ejus opinio fuit, mulierem, quæ pedes laverit Christi, peccatricem, quæ vero capul unguento Unierit, sanctam eistitisse; adeoque alteram apud Simonem Pharisæum, alteram apud Simonem Leprosum debere intelligi. In Homiliis in Cantioum oanticorum quas Latine Hierony mus explicavit, Hom. 1, Observa , inquit, diligenter quæ de duabus super caput fuderit Saïvatoris. Siquidem peccatrix super pedes , et ea quæ non dicitur peccatrix , super caput ej us fudisse monstratur. Et Homilia seconda sub initium, Loquitur Evangelium, quiavenit mulier habens alabastrnm unguenti nard* pisfici preciosi ; non ilia peccatrix, sed sancla, de gua nunc mihi sermo est. Scio quippe Lucam de peccatrice ,, Matthæum vero et Joannem non depeccatrice dixisset Plura de hao ejus sententm ad hæc ipsa loca congcssimus. El vero quamquam quæstionem singularibus inter eruditos libris agitatam, nihil hiô recoquero intersit, verisimil- lima tamen bæc ipsa, quam Hioronymus probat, videtur sententia; ut licet unus idemque Simon ot Pharisœus ot Leprosus pulandi sint, non una tamen eailomque mulier luerit, quæ Christi unxerit caput, et quæ layorit pedès. Ed. Mig. COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 85 éprouvés, ils sont morts par le tranchant de l’épée, » Hebr. xi, 37; bien que, d’après le témoi¬ gnage des juifs, il n’y ait eu de scié que le seul prophète Isaïe, Nous pouvons encore dire dans un autre sens que les apôtres ont été véritable¬ ment indignés de cette prodigalité, à cause des pauvres, tandis que Judas ne le fut qu’à cause du profit qui lui échappait. Aussi l’irritation qu’il témoigne est-elle signalée avec cette -circonstance aggravante, qu’il ne prenait en cela aucun souci des pauvres, et ne voulait que satisfaire son penchant au vol. « Mais Jésus le sachant, leur dit : Pourquoi faites-vous de la peine à cette femme; elle a fait à mon égard une bonne œuvre. Car vous aurez toujours des pauvres avec vous; mais pour moi, vous ne m’aurez pas toujours. » Ibid. 10, 11. Ici se présente une autre question : Pourquoi après sa résurrection, le Seigneur dit- il à ses disciples : « Voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation du monde; » et aujourd’hui : « Pour moi, vous ne m’aurez pas toujours. » Il me semble qu’en cet endroit, le Seigneur parle de sa présence corporelle, et qu’il déclare qu’après sa résurrection, il ne sera pas avec eux comme il l’est aujourd’hui, vivant de la même manière et en toute familiarité. L’Apôtre se‘. souvient de cette distinction lorsqu’il dit : « Et si nous avons connu Jésus- Christ selon la chair, nous ne le connaissons serrati] sunt,. in occasione gladii mortui sont Hebr. xi, 37, cum unum tantummodo Isaiam Prophetamsectum Judsei autument. Possumus et aliter dicere, quod apos- toli vere, propter pauperes inclignati sint ; Judas autem pr opter lucra sua. Unde et mussitatio ejus cum cri mine ponitur, quod non curain pauporum habuerit, sed suo furto voluerit providere. » Sciens autem Jésus, ait illis : Quid molesti estis huic mulieri? ppus enim bonum operata est in me. Nam semper pauperes babebitis vobiscum, me autem non semper habebitis. » Alia oboritur quæstio, quare Domi- nus post resurrectionem dixerit ad dicipulos : « Ecce ego vobiscum süm usque ad consummationem mundi ; » et nunc loquatur, « me autem non semper habebitis. » Sed mihi videtur in hoc loco de præsentia dicere corporali, quod nequaquam cum eis ita futurus sit post resurrectionem, quomodo nunc in omni convictu et familiaritate. Cujus rei memor Apostolus ait : « Et si noveramus Jesum Ghristum secundum carnem, sed nunc jam non novimus eum » II Cor. v, 16. « Mittens enim hæc unguentum hoc in corpus meum, plus maintenant de cette sorte, » II Corinlh, v, 16. « En répandant ce parfum sur mon corps, elle l’a fait pour m’ensevelir. ,» Ibid . 12. Ce quo vous regardez comme une inutile prodigalité de parfum, n’est autre chose qu’un devoir de la sépulture. Et il- n’est pas étonnant que cette femme me prodigue la bonne odeur de sa foi, quand moi, je vais répandre mon sang pour elle. « Je vous le dis en vérité, partout où sera prêché cet Évangile dans tout le monde, ce qu’elle a fait sera aussi dit à sa louange. Alors l’un des douze, appelé Judas Iscariote s’en alla trouver les princes des prêtres, » Ibid . 13, 14. C’est moins cette femme qui est prêchôe dans tout le monde, que l’Église qui a enseveli le Sauveur et parfumé sa tête. Et remarquez la connaissance que Jésus a de Pavenir; il va souffrir dans deux jours et mourir, et il sait que son Évangile sera prêché dans tout l’uni¬ vers. « Et il leur dit : Que voulez-vous me donner et je vous le livrerai? » Ibid. 15. Malheureux Judas, il veut compenser par la vente de son maître, Te dommage qu’il s’imagine qu’on lui a fait en répandant le parfum. Et cependant il ne fixe pas un prix, pour tirer au moins de sa trahison un profit véritable; mais comme s’il livrait un vil esclave, il laisse à ceux qui l’achè¬ tent, la faculté d’en donner le prix qu’ils veulent. ad sepeliendum me fecit. » Quod vos putatis perditionem esse unguenti, offtciiun sepulturæ est. Nec mirum si mihi bonum odorera fidei suæ dederit, cum ego pro ea fusu- rus sim sanguinem meum. « Amen dico vobis, ubicumque prædicatum fuerit hoc Evangelium in toto mundo, dicetur et quod hæc fecit in memoriam ejus. Tune abiit un us de duodecim, qui dicebatur Judas Iscariotis, ad principes sacerdotum. » In toto mundo non tam mulier ista, quam Ecclesia prædicatur, quod sepelierit Salvatorem, quod unxerit :caput ejus. Et attende notitiam fulurorum, quod passu- rus post biduum et moriturus, sciât Evangelium suura in toto orbe celebrandum. « Et ait illis : Quid vultis mihi dare, et ego vobis eum tradam? » Infelix Judas, damnum quod ex effusione unguente se fecisse credebat, vult magistri pretio compensare. Nec certam tamen postulat summam, ut . saltem lucrosa videretur pvoditio, sed quasi vile tradens mancipium in potestate ementium posuit quantum vellent dare. 86 SAINT JÉROME « Et ils s’engagèrent à lui donner trente pièces d’argent. Et dès lors, il cherchait une occasion favorable pour le livrer. » Ibid. 16. Ce n’est pas vingt pièces d’or, comme beaucoup le pensent d’après les Septante, mais vingt pièces d’argent d’après le texte hébreu, que Joseph fut vendu. Le serviteur ne pouvait pas être estimé à un plus haut prix que le Seigneur. « Or le premier jour des Azymes, les dicisples vinrent trouver Jésus, et lui dirent : Où voulez- vous que nous vous préparions ce qu’il faut pour manger la pâque? » îbid. 17. Le premier jour des Azymes est le quatorzième jour du premier mois, le jour où l’agneau est immolé, où la lune est dans son plein, où le levain est jeté dehors. Or, parmi ces disciples qui s’appro¬ chèrent de Jésus et lui demandèrent : « Où voulez-vous que nous vous préparions ce qu’il faut pour manger la Pâque? » j’estime que Judas le traître se trouvait aussi. « Jésus leur répondit : Aile# à la ville chez un tel et dites lui : Le Maître dit : Mon temps est proche, je fais la Pâque chez vous avec mes disciples. » îbid . 18. Le nouveau testament garde la manière de parler de l’ancien. Nous lisons en effet fréquemment : « Il lui dit, » et « dans ce lieu-ci et celui-là, » expressions que l’hébreu rend par Pheloni et Elmont, sans que néanmoins on donne le nom des personnes et « At illi constituerunt ei triginta argenteos. Ktexinde quærebat opportunitatem ut eum traderet. » Joseph non, ut multi pu tant, juxta Septuaginta interprètes, viginti aureis venditus est, sed juxta Hebraicam Verita- tem, viginti argenteis; neque enim pretiosior poterat esse servus, quam Dominas. Prima autem die azymorum, accesserunt discipuü ad Jesum, dicentes : Obi vis paremus tibi comedere Pascha? » Prima azymorum, quarta décima dies men- sis primi est, quando agnus immolatur, et luna plenissi- ma est, et fermentuin abjicitur. Inter eos autem disci- pulos qui accesserunt ad Jesum, interrogantes : « Ubi vis paremus tibi comedere Pascha? » et Judam æstimo fuisse proditorem. « At Jésus dixit : Ite in civitatem ad quemdam, et dicite ei : Magister dicit : Tempus meum prope est; apud te facio Pascha cum r discipulis meis. » Morem veteris Testamenti nova Scriptura conservât. Fréquen¬ ter legimus : « Dixit ille illi, » et « in loco illo et illo ; » qnod Hebraice dicitur pheloni elmoni et tamen personarum locor unique non ponitur nomen. « Et inve- nietis ibi quemdam, portantem lagenam aquæ. » Quorum des lieux. « Et vous y trouverez un tel portant une cruche d’eau, » ces noms sont passés sous silence, pour laisser à tous ceux qui doivent faire la Pâque, une plus grande liberté de célébrer la fête. « Les disciples firent ce que Jésus leur avait ordonné et préparèrent la Pâque » Ibid. 19. Ün autre évangéliste, Luc. xxn, écrit qu’ils trouvè¬ rent une grande chambre toute meublée et nettoyée, et qu’ils y préparèrent la Pâque. Il me semble que ce cénacle réprésente la loi spirituelle qui sort des étroitesses de la lettre, pour recevoir dignement sur un trône élevé le Sauveur, au témoignage de saint Paul. Philpp. nr, qui méprise Comme ordures et choses viles, ce qu’il considérait auparavant comme un gain, pour préparer au Seigneur une demeure digrîe de lui. « Or le soir étant venu, il se mit à table avec ses douze disciples, » Ibid . 20. Judas fait tout pour empêcher qu’on le soupçonne de trahison. « Et pendant qu’ils mangeaient, il leur dit : Je vous dis en vérité que l’un de vous doit me trahir. » Ibid . 21. Le Sauveur qui avait prédit sa passion, prédit encore sa trahison, (offrant ainsi au traître une occasion de se repentir) afin que le traître, comprenant que ses pensées et ses desseins secrets sont connus, se repente de ce qu’il a fait.. Et pourtant il ne le désigne idcirco vocabula prætermissa sunt, ut omnibus qui Pascha facturi sunt, libéra festivitatis occasio pande- relur. « Et fecerunt discipuli si eut constituit illis Jésus, et paraverunt Pascha. » Jn alio Evangelista scriptum est Luc. xxii, quod invenerunt cœnaculum magnum, stratum atque mundatum, et ibi paraverunt ei. Videtur autem mihi cœnaculum, lex spiritualis intelligi, quæ de angustiis litteræ egrediens in sublimi loco recipit Salva- torem, Paulo idipsum loquente Phüipp. vin, quod ea quæ ante pro lucro veputabat, quasi purgamenta quisquiliasque contempserit, ut dignum Domino hospi- tium prsepararet. « Vespere autem facto, discumbebat cum duodecim discipulis suis. » Omnia sic agit Judas, ut tollatur suspicio proditoris. « Et edentibus illis, dixit : Amen dico vobis, quia unus vestrum me traditurus est. » Qui de passione prædixerat, et de proditore prædieit, dans locum pœnitentiæ, ut cum intellexisset sciri cogitationes suas et occulta consilia, pœniteret eum fac:i sui, et tamen non désignât speeialiter, ne manifeste coargutus, COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU pas personnellement, de peur qu’en se voyant découvert, il n’abdique toute pudeur. Il se con¬ tente de mettre la faute sur . tous en général, pour que le coupable fasse pénitence. « Ils en furent fort attristés, et chacun d’eux commença à lui dire : Est-ce moi, Seigneur? » Ibid. 22. Et certainement les onze apôtres, savaient qu’ils n’avaient jamais nourri dé pareils desseins contre le Seigneur. Mais ils croient plus à leur Maître qu’à eux-mêmes; défiants de leur propre fragilité, pleins de tristesse, ils le questionnent sur un péché dont ils n’ont point conscience. « Mais il leur répondit : Celui qui met la main au plat avec moi me trahira. » Ibid. 23. Admirable patience du Seigneur! Il avait dit une première fois : « L’un de vous doit me trahir. » Le traître persévère dans son crime; il le dé¬ signe plus clairement sans toutefois prononcer son nom. Quand tous les autres s’attristent, retirent leurs mains et cessent de porter les aliments à leur bouche, Judas lui, avec cette audace et cette effronterie qu’il devait montrer en le livrant, met avec son maître la main au plat, pour feindre par cette hardiesse une bonne conscience. « Mais malheur à l’homme par qui le Fils de l’homme sera trahi. » Ibid . 24. Repris une pre¬ mière et une seconde fois, le traître n’abandonne pas ses projets de trahison. La patience du Sei- impudentior fieret. Mittit crimen in numéro, ut conscius agat pœnitentiam. « Et contristati val de, cœperunt singuli dicere : Numquid ego sum, Domine? » Et certe noverant undecim apostoli, quod nihil taie contra Dominum cogitarent; sed plus credunt magistro, quam sibi ; pertimescentes fragilitatem suam, tristes mterrogant de peccato, cujus conscientiam non habebant. « At ipse respondens, ait : Qui i.ntingit mecum manum in paropside, hic me tradet » O mira Domini patiential Primum dixerat ; « unus vestrum me tradi- turus est. » Persévérât proditor in malo, manifestiua arguit, et tamen nomen proprie non désignât. Judas cæteris contrista lis, et retrahentibus manum, et inter- dicentibus cibos ori suo, temeritate et impudentia, qua proditurus erat, etiam manum cum magistro mittit in paropsidem, ut audacia bonam conscientiam mentiretur. « Væ autem homini illi, per quem Filius hominis tradetur. » Nec primo, nec secundo correptus a prodi- tione retrabit pedem, sed patientia Domini nutrit impudentiam suam, et thesaurizat sibi iram in die iræ 87 gneur alimente sa scélératesse, et il s’amasse un trésor de colère pour le jour de colère. Rom. il Le châtiment est prédit, pour que l’annonce des supplices qui l’attendent, ramène au bien celui sur qui la simple pudeur a été impuissante. Pour ce qui suit : « Il était bon pour cet homme qu’il ne fût pas né, » on ne doit pas l’entendre en ce sens qu’il se fut trouvé bien avant d’être né ; car personne ne peut se trouver bien qu’-après 'être né. Mais simplement qu’il vaut beaucoup mieux ne pas vivre, que vivre mal. « Mais Judas qui l’a trahi, prenant la parole, dit : » Ibid . 25. Voyant que les autres apôtres pleins de tristesse, et d’une grande tristesse, avaient demandé: «Est-ce moi, Seigneur?», il craint que son silence ne le fasse, soupçonner, et il interroge à son tour, lui que sa conscience accusait, et qui avait har diment mis la main au plat. « Est-ce moi, Maître? Jésus lui répondit : Vous, l’avez dit. » Sa question est empreinte de flatterie affectueuse et sent l’incrédulité. Les autres qui ne devaient pas trahir, disent : « Est-ce moi, Seigneur? » Lui, le traître, n’appelle pas Jésus Seigneur, il l’appelle Maître; comme si ce devait être une excuse pour lui de lui avoir refusé le titre de Seigneur, et de n’avoir trahi que le Maître. « Jésus lui répondit : Vous l’avez dit. » Il répond au traître de la même façon qu’il répondra plus tard à Pilate. Rom. n. Pœna prædicitur, ut quem pudor non vicerat, corrigant denuntiata supplicia. Quod autem sequitur : « Bonum erat ei, si natus non fuissset homo ilie ; » non ideo putandus est ante fuisse, quam naseeretur, quia nulli possit bene esse, nisi ei qui iuevit-, sed simpliciter dictum est, multo melius esse, non subsis te- re, quam male subsistere. « Respondens autem Judas, qui tradidit eum, dixit, » Quia cæteci tristes, et valde tristes interrogaverant : « Numquid ego sum, Domine? » Na tacendo se prodere videretur, et ipse similiter interrogal, quem couscientia remordebat, qui inanum audacter miserat in paropside. « Numquid ego sum, rabbi? Ait illi : Tu .dixisti. » Et blandientis jungit - affectum, sive incredulitatis signum. Cæteri enim qui non erant prcdituri, dicunt : « Numquid egô sum, Domine? » Iste qui proditurus erat, non Dominum, sed magistrum vocat, quasi excu- sationem habeat, si Domino denegato, saltem magistrum prodiderit. « Et ait illi : Tu dixisti. » Eadem respon- sione confutatus est proditor, qua Piiato postea respon- surus est. 88 SAINT JEROME « Mais pendant qu’il soupaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit, et le donna à ses disci¬ ples en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps. Et prenant le calice, il rendit grâces, et le leur donna en disant Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance qui sera répandu. pour beaucoup, pour la rémis¬ sion des péchés » Ibid, 26 seqq, Après avoir accompli la Pâque figurative, et mangé la chair de l’agneau avec ses apôtres, il prend le pain qui fortifie le cœur de l’homme, et passe au vrai Sa¬ crement de la Pâque, pour représenter, mais cette fois dans la vérité de son corps et de son sang, le sacrifice figuratif du pain et . du vin, que Melchisédech prêtre, du Très-Haut avait offert autrefois. Genes . xiv. L’un est le calice du premier mois, et l’autre le calice du second mois, en sorte que celui qui n’aura pu le premier mois manger l’agneau dans la société des saints, mange lé second mois le bouc en compagnie des pénitents, « Or je vous déclare que je ne boirai plus dé¬ sormais de ce fruit de la vigne, jusqu’à ce jour oii je le boirai .nouveau avec vous dans le roy¬ aume de mon Père. » Ibid . 19. Il passe du char¬ nel au spirituel. Cette vigne transplantée d’ɬ gypte est le peuple d’Israël, auquel le Seigneur dit par la bouche de Jérémie : « Pour moi, je vous ai plantée comme une vigne véritable, comment donc êtes vous devenue pleine de l’amertme d’un plant bâtard. » Jerem. n, 21. Le prophète Isaïe dans le cantique qu’il chante au bien-aimé, et l’Écriture entière en témoignent en différents endroits. Le Seigneur déclare donc qu’il ne boira plus du tout de cette vigne, sinon dans le royaume de son Père. Le royaume du Père est, je pense, la foi des croyants; et l’Apô¬ tre confirme cette interprétation lorsqu’il dit : « Le royaume de Dieu est en vous ». Luc. xvii, 21. Ainsi lorsque les Juifs auront reçu le royaume du Père, (notez qu’il dit : du Père, et non de Dieu,) car tout le Père est le nom du Fils, lorsque, dis- je, ils auront cru en Dieu le Père, et que le Père les aura conduits au Fils, alors le Seigneur boira de leur vin, et commo le fit Joseph lorsqu’il régnait en Égypte, il s’enivrera avec ses frères. Genes. suit « Et ayant dit le cantique, ils sortirent pour s’en aller sur la montagne des Oliviers. » Ibid, 38. C’est ce que nous lisons dans un psaume ; « Tous les riches de la terre ont mangé et ont adoré. » Psalm. xxx. 30. Suivant cet exemple, quiconque s’est rassasié du pain du Sauveur, et enivré de son calice, peut louer le Seigneur et monter sur la montagne des Oliviers, où se trouvé le repos de la fatigue, la consolation de la douleur, et la claire vue de la véritable lumière. « Alors Jésus leur dit : vous éprouverez tous « Cœnantibus autera eis, accepit Jésus panem, et b'enedixit ac fregit, deditque discipulis suis, et ait : Àccipite et comedité,' hoc est corpus meum. Et accipiens calicem, gratias egit, et dédit illis, dicens : Bibite ex hoc omnes. Hic est ehim sanguis meus novi Testamenti, qui pro multis efïundetur in remissionem peccatorum. » Postquani typicum ’Pascha fuerat impletum, et agni carnes cum apostolis comederat, assurait panem, qui confortât cor hominis, et ad verum Paschæ transgredi- tur sacramentum, ut quomodo in præfiguratione ejus Melchisedech, summi Dei sacerdos, panem et vinum offerens fecerat Genes* xiv, ipse quoque in veritate sui corporis et sanguinis repræsentaret. In Luca legimus duos calices quibus discipulis propinarit Luc, xxn. Unum primi mensis, et alterum secundi, ut qui inter sanctos y rimo mense agnum comedere non potùerit, secundo inter pcenitentes hædum comedat. « Dico autem vobis, non bibam amodo de hoc geni- mine vitis usque in diem ilium, cum illud bibam vobis- cum novum in regno Patris mei. » De carnalibus transit ad spiritualia, quod vinea de Ægypto transplan- tata sit populus Israël, cui per Jeremiam Dominus loquitur : « Ego te plantavi vineam veram, quomodo mutata es in amaritudinem vitis alienæ [Al. aliéna] » Jerem . n, 21? Et Isaias propheta in cantico quod dilecto canit, et omnis sparsim Scriptüra testatur. Dicit ergo se Dominus de hac vinea nequaquam esse bibitu- rum, nisi in regno Patris sui. Regnum Patris, fidem puto esse credentium, Apostolo quoque idipsiim confir¬ mante : « Regnum Dei intra vos est » Xwc.'xvn, 21. Ergo cum Judsei receperint regnum Patris (attende quod dicat, Patris, non Dei), omnis Pater nomen est Filii. Cum, inquam, crediderint in Deum Patreitf, et adduxerit eos Pater ad Filium, tune de vino eorum bibet Dominus, et in similitudiném Joseph regnans in Ægypto, inebriabitur cum fratribus suis Genes, x lui. « Et hymno dicto, exierunt in montera Oliveti. » Hoc est quod in quodam psalmo legimus : « Manduca- verunt et adoraverunt omnes pingues terræ » Ps . xxi, 30. Juxta hoc exemplum, qui Salvatoris pane saturatus, et calice inebriatus fuerit, potest iaudare Dominum et conscendere in montem Oliveti, ubi laborum refectio, dolorisque solatium, et veri luminis notitia est. « Tune dicit illis Jésus ; Omnes vos scaridalum COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DÉ SAINT MATTHÏÉU 89 cette nuit, du scandale à cause de moi. » Ibid . 31. Il leur annonce d’avance ce qu’ils doivent éprouver, afin qu’aprôs l’avoir éprouvé, ils ne désespèrent point de leur salut, mais.se sauvent en faisant pénitence. Et il ajoute avec insistance t « Vous éprouverez du scandale cette nuit; » car de même que ceux qui s’enivrent, s’enivrent . la nuit; de môme ceux qui éprouvent du scandale, l’éprouvent la nuit et dans les ténèbres, i Thés- sal. v. Pour nous, disons : « La nuit est passée, et le jour approche. » Rom. xur. 12. « Car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées; mais après que je serai réssuscité, je vous précéderai en Galilée. » Ibid, 32 Ceci est écrit en d’autres termes dans le prophète Zacharie; et (si je ne me trompe) c’est le prophète lui-même qui dit à Dieu.: « Frappez le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées. » Zach . xur. 7. Pareillement le psaume soixante-huit, qui est tout entier chanté par le Seigneur, concorde avec cette interprétation : « Parcequ’ils ont per¬ sécuté celui que vous avez frappé. » Le bon pas¬ teur est frappé, afin de donner sa laquelle n’est pas opposée à la volonté du Fils, puisque c’est le Fils qui dit par la bouche du Pro¬ phète : « Pour faire votre volonté ô mon Dieu, c’est ce que j’ai voulu ». Psalm . xxxix, 9. « Il revint de nouveau et les trouva endormis, car leurs yeux étaient appesantis. Et les quittant il s’en alla encore, et pria pour la troisième fois, casses suos teneat. Verbi gratia : Martyr, qui pro con- fessione Domini sanguinem fundit, tentatuè quidem est; sed tentationum [ AL tentationis ] retibus non ligatur. Qui autem negat, in plagas tentationis incurrit. « Spiritus quidem promptus est, caro autem infirma. » Hoc adversum temerarios, qui quidquid crediderint, putant se posse consequi. Itaque quantum de ardore mentis confidimus, tantum de carnis fragilitate timea- mus. Sed tamen juxta Apostolum, in spiritu carnis opéra mortificantur Petr. un « Iterum secundo abiit et oravit, dicens : Pater mi, si non potest hic calix transire nisi bibam ilium, fiat voluntas tua. » Secundo orat, ut si Ninive aliter salvari non potest, nisi aruerit cucurbita, fiat voluntas Patris, quæ non est contraria Filii voluntati, dicente ipso per prophetam : « Ut facerem voluntatem tuam, Deus meus, volui » Ps . xxxix, 9. « Et venit iteruin, et invenit eos dormientes. Erant enim oculi eorum gravati. Et relictis illis, iterum abiit, et oravit tertio, éumdem sermonem dicens. » Solus 92 SAINT JÉROME disant les mômes paroles. » Ibid. 43. 44. Il prie seul pour tous, comme il souffre seul pour tous. C’était le renoncement tout proche qui alanguis- sait et appesantissait ainsi les yeux des apôtres. « Alors il vint trouver ses disciples et leur dit : Dormez maintenant, et reposez-vous; voici .l’heure qui approche, et le Fils de l’homme va. être livré entre les mains des pécheurs ». Ibid, 45. Matth. xviii, et n Corinth . xm. Après avoir prié une troisième fois, afin que toute parole soit confirmée par l’autorité de deux ou trois témoins, et obtenu que la crainte qui allait saisir ses apôtres, fut suivie d’une péni¬ tence expiatoire, tranquille du côté de sa passion, 'il s’avance vers ses persécuteurs et s’offre volontairement à la mort; il dit à ses apôtres : « Levez-vous, allons, celui qui doit me livrer est bien près d’ici. Gomme il parlait encore, voilà que Judas, l’un des douze, arriva, et avec lui une grande troupe de gens armés d’épées et de bâtons, qui avaient été envoyés par les princes des prêtres et par les anciens du peuple. Ibid. 46, 47. Si nous ne voulons pas être sur¬ pris comme des gens qui ont peur et reculent, marchons de nous-mêmes à la mort, afin de donner à ceux qui doivent souffrir après nous le spectacle de la confiance et de la joie.. . « Or, celui qui le trahissait leur avait donné un signe en disant : Celui que je baiserai, c’est lui- même, saisissez-vous de lui. » Ibid . 48. Le mal- orat pro omnibus, sicut et solus patitur pro universis. Languëscebant autem et opprimebantur apostolorum ôculi uegatione vicina. « Tune venit ad discipulos suos, et dicitillis : Dormite jam, et requiescite; ecce appropinquavit hora, et FiJius hominis tradetur in manus peccatorum Matth. xviii et Il Cor. xm. Postquam tertio oraverat, ut in ore duo- rum vel trium testium staret omne verbum, et aposto¬ lorum timorem sequenti pœnitentia impetraverat corri- gendum, securus depassione sua pergitad persecutores, et ultro se interficiendum præbet, dicitque discipulis suis: « Surgitë, eamus, ecce appropinquavit qui me tradet. Adhuc eo Joquente, ecce Judas unus de doudecim venit, et cum eo turba* inulta cum gladiis et fustibus, missi a principibus sacerdotum, et senioribus populi. » Ne nos inveniant quasi timentes et retrahentes, ultro per- gamus ad mortem, ut confidentiam et gaudium passuri videant. « Qui autem tradidit eum, dédit illis signum, dicens : Quemcuraque osculatus fuero, ipse est, tenete eum. » Miser Judas, et tamen non miserabilis, èadem inûdeli- heureux Judas, indigne pourtant de commiséra¬ tion, montre en tout, la même infidélité; il la montre en trahissant son maître et son Seigneur; il la montre en attribuant à un pouvoir magique, et non à la toute-puissance divine les miracles qu’il luia vu faire. Peut-être aussi, avait-il entendu parler de sa transfiguration sur la montagne, et craignait-il que par une transformation du même genre, il ne s’échappât des mains des valets qu’il avait amenés. Il leur donne donc un signe qui le leur fera connaître, et ce signe est un baiser. « Aussitôt donc s’approchant de Jésus, il lui dit : Je vous salue, Maître, et il le baisa. » Ibiù. 49. Assurance éffrontée et criminelle! appeler Maître et baiser celui qu’il livre. 11 garde pourtant encore quelque chose du respect du disciple, puisqu’il ne le livre pas lui-même bru¬ talement à ses persécuteurs,, et se contente de lé désigner par un. baiser. Tel est le signe dont Dieu marquait Cain, pour l’empêcher d’être mis à mort par ceux qui l’auraient rencontré, GeneSi iv. Jésus lui répondit : mon ami, dans quel but êtes-vous venu? Alors ils s’avancèrent, portèrent les mains sur Jésus, et le saisirent. » Ibid. 50. Le mot « mon ami, » doit être, xa t> In alio evangelista [ Al. Evangelio ] scriptum est quod Petrus hoc fecerit, eodem mentis ardore quo ceetera, Servus quoque principis sacerdotum Mal chus appellatur [ Al. appellabatur ] ; auricula quæ amputatur, dextera est. Transitoire dicendum, quod « Malchus, » id est, rex quondam populus Judseorum, servus iactus sit impietatis et devorationis sacerdotum. Dexteramque perdiderit auriculam, ut totam litteræ vilitatem audiat in sinistra ; sed Dominus in his, qui ex Judæis credere voluerunt, reddidit aurem de x tram, et fecit servum genus regale et sacerdotale. « Tune ait illi Jésus : Gonverte gladium tuum in locum suum, Omnes enim qui acceperint gladium, gladio peribunt. » Et si non frustra portât gladium, qui ultor Dominicæ iræ positus est in eum, qui malnm operatür ; attamen quicumqne gladium sumpserit, gladio peribit. Quo gladio? illo nëmpe qui igneiis vertitur ante paradi- Père, et qu’il ne me donnerait pas aussitôt plus de douze légions d’anges? Gomment donc s’ac¬ compliront les Écritures qui déclarent qu’il faut que cela se passe ainsi? » Ibid . 53, 54. Je n’ai pas besoin de l’aide des douze apôtres, fussent- ils tous disposés à me défendre, moi qui puis avoir à mon secours douze légions de l’armée angélique, La légion, chez les anciens, compre¬ nait six mille hommes. Nous avons trop peu de temps pour entreprendre d’expliquer ce nombre. Qu’il nous suffise de dire que c’est une figure, que douze légions font soixante-douze mille anges, autant qu’il y a de peuples parlant une langue différente. Ce que le Sauveur ajoute dénote un cœur qui ne recule pas devant la souffrance puisque ce serait en vain que les prophètes auraient rendu leurs oracles, si le Seigneur ne prouvait, en les accomplissant par sa Passion, qu’ils ont dit la vérité. « En- ce moment, Jésus dit à cette troupe de gens : Vous êtes venus ici avec des épées et des bâtons pour me prendre comme si j’étais un voleur; j’étais tous les jours parmi vous, ensei¬ gnant dans le temple, et vous ne m’avez pas arrêté. » Ibid. 55. C’est une folie, dit-il, de venir chercher avec des épées et des bâtons celui qui se remet volontairement entre vos mains, de se servir d’un traître et de venir la nuit l’arrêter, comme s’il se cachait et voulait se dérober à vos regards, sum Genes . ni, et gladio spiritus, qui in Dei describi- tur armatura Ephes. vi. « An putas quia non possum rogare Patrem meum, et exhibebit mihi modo plus quam duodecim legiones angelorum? Quomodo ergo implebuntur Scriptiiræ : quia sic oportet fieri? » Non indigeo duodecim aposto- lorum auxilio, etiamsi omnes me defenderent, qui pos¬ sum habere duodecim legiones àngelici exercitus. Una legio apud veteres sex millibus complebatur hominum. Pro brevitate temporis numerum non occurrimus expli- care, typos tantum dixisse sufficiat : septuaginta duo millia angelorum, in. quot gentes hominum lingua divisa est, duodecim legionibus fieri. Sequens sententia promptum ad patiendum demonstrat animum, quod frustra prophetæ cecinerint, nisi Dominus eos vere dixisse, passione sua asseruerit. « In ilia hora dixit Jésus turbis : Tamquam ad latro- nem existis cum gladiis et fustibds comprehendere me quotidie apud vos sedebam, docens in templo et non me tenuistis. » Stultum est, inquit, eum cum gladiis et SAINT JÉROME 94 celui qui chaque jour enseigne dans le temple. Mais je comprends que vous vous êtes réunis con¬ tre moi dans les ténèbres parce que votre puis¬ sance est une puissance de ténèbres. « Mais tout cela s’est fait afin' que les Éritures des prophètes fussent accomplies. Alors les dis¬ ciples l’abandonnèrent tous et s’enfuirent » Ibid. 56. Quelles sont Jes Écritures des Prophè¬ tes? « Ils ont percé mes mains et mes pieds. » Psalm . xxi. 17. et ailleurs : « Il a été conduit comme une brebis au sacrifice, » /sa. Lin. 7; Et encore dans un autre endroit : « Il a été conduit à la mort a cause des iniquités de mon peuple. » Ibid. sec. lxx. « Les gens s’étant saisi de Jésus, l’ôm-~ menôrent chez Caïphe, prince des prêtres, où les Scribes et les anciens étaient assemblés. » Ibid. 57. Moïse avait établi par l’ordre de Dieu, que les pontifes se succéderaient de père en fils, et que l’on observerait pour . les prêtres l’ordre généalogique. Exod . xxix. Josèphe rapporte que le Caïphe dont il est ici question, avait acheté d’Hérode le souverain Pontificat pour une année. Il n’y a donc rien de surprenant que ce pontife illégitime prononce des jugements injustes. << Pierre le suivait de loin, jusque dans la cour du prince des prêtres. » Ibid. 58. Il sui¬ vait de loin, l’apôtre qui devait renier le Sei¬ gneur. / fustibus quærere, qui ultro se tradat vestris manibus, et in nocte quasi latitantem, et a vestris oculis decli- nantem per proditorem investigare, qui quotidie in templo doceat. Sed ideo adversuin me in tenebris con- gregamini, quia potestas vestra in tenebris est. « Hoc autera totum factum est, ut adimplerentur Scripturæ prophetarum. Tune discipuli omnes, relicto eo, fugerunt. » Quæ sunt Scripturæ prophetariun? « Foderunt manus meas, et pedes meos » Ps. xxi, 17. et alibi : « Sicut ovis ad victimam ductus est » Isai\ un, 7. Et in alio [Al. eodem] loco : « Ab iniquitatibus populi mei ductus est ad mortem » Ibid., sec. LXX. « At illi tenentes Jesum, duxerunt ad Caipham principem sacerdotum, ubi Scribæ et seniores convene- rant. » Moyses, Deo jubente, præceperat, ut pontifices patribus succédèrent, et generationis in sacerdotibus sériés texerelur Exod. xxix, Refert Josephus istum Caipham unius tantum anui Pontifies tum ab Herode pretio redemisse. Non ergo mirum est, si nequam pontifex inique [Al. iniquus] judicet, « Petrus autem sequebatur eum a longe usque in « Et y étant entré, il s’assit avec les domes¬ tiques pour voir la fin. Cependant les princes des prêtres et tout lçj conseil cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le ' faire mourir. Et ils n’en trouvaient point, quoique plusieurs faux témoins se fussent présentés. » Ibid. 59, 60. Pierre, poussé par l’affection du- disciple pour son maître, ou par un sentiment, de curiosité humaine, voulait' savoir ce que le grand prêtre allait décider par rapport au Soi-, gneur; s’il le condamnerait à mort, ou s’il le renverrait après l’avoir fait battre de verges. Et voilà en quoi Pierre se distingue des dix apôtres. Ceux-ci s’enfuient; lui, de loin, il est vrai, suit cependant le Sauveur. « En dernier lieu, il vint deux faux témoins, qui dirent : Celui-ci a dit : Je puis, détruire, le temple de Dieu et le rebâtir en trois jours. » Ibid. 61. Comment appeler ces gens faux té¬ moins, puisqu’ils déposent des paroles que nous avons vues prononcées plus haut par le Seigneur? Mais celui-là est faux témoin qui rapporte les paroles dans un autre sens que celui dans lequel elles ont été dites. Or le Sauveur avait parlé du temple de son corps. De plus, ils rapportent faussement les paroles elles-mêmes, et en y ajoutant ou en y changeant quelques expres¬ sions, ils donnent une couleur de justice à leur accusation. » Le Sauveur avait dit : « Détruisez atrium principes sacerdotum, » A longe sequebatur, qui Dominum erat negaturus. « Et ingressus intro, sedebat cura ministris, ut vide- ret finem. Principes autera sacerdotum et omne conci- liura . quærebant falsum testimonium contra Jesum, ut morti eum traderent. Et non invenerunt, cum mufti falsi testes aecessissent. » Vél amore discipuli, vel humana curiositate scire cupiebat, quid judicaret de Domino pontifex : atrium eum neci nddiceret, an flngellis cæsum dimitteret. Et in hoc diversitas decem apost lorum et Petrr. Illi fugiunt, iste, quamquam procul, sequitur tamen Salvatorem. « Novissime autem venerunt duo falsi testes, et dixe- ' runt : Hic dixit : Possum destruere templum Dei, et post triduum reædificare illud. » Quomodo falsi testes sunt, si ea dicunt, quæ Dominum supra dixisse legi- mus? Sed falsus testis est, qui non in eodem sensu dicta intelligit quo dicuntur. Dominus enim clixerat de templo corpcris sui. Sed et in ipsis verbis calumniantur, et paucis additis vel mutatis, quasi justam calumniam faciunt. Saivator dixerat ; « Solvite templum hoc; » 95 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU ce temple; » eux modifient les termes, et lui font dire : « Je puis détruire le temple de Diou.» Détruisez, dit-il, vous, et non pas moi; car il ne nous est pas permis de porter les mains sur nous- mêmes. Enfin ils lui prêtent ce langage : « et le rebâtir en trois jours, » pour prouver qu’il par¬ lait 'spécialement du temple juif. Tandis que le Seigneur disait, pour bien faire comprendre qu’il ne s?agisait que du temple animé et vivant : « Et je le ressusciterai en trois jours. » Autre chose est bâtir, autre chose, ressusciter. « Alors le prince des prêtres se levant, lui dit : Vous ne répondez rien à ce que ceux-ci déposent contre vous? Mais Jésus se taisait. » Ibid . 62. Dans un mouvement de colère et impatienté de ne pas trouver le . prétexte qu’il cherche pour calomnier Jésus, le grand prêtre se lève de son siège, et ainsi la haine de son cœur éclate dans sa tenue extérieure. Plus Jésus se tait en face des accusations de ces faux témoins et de ces prêtres impies qui ne méri¬ tent pas une réponse, et plus le grand prêtre, emporté par la fureur, le provoque à répondre; afin de trouver dans son langage un motif quel¬ conque pour l’accuser. Néanmoins Jésus se taisait. Car il savait comme Dieu, que tout ce qu’il pourrait dire, fournirait à ses ennemis une matière à calomnie. « Et le prince des prêtres lui dit : Je vous commande par le Dieu vivant de nous dire si isti commutant, et aiunt : « Possum destruere templum Dei. » Vos, inquit, solvite, non ego : quia illicituin est, ut ipsi nobis inferamus manus. Deinde illi vertunt : « et post triduum reædificare illad ; » ut proprie de teinplo Judaico dixisse videatur. Dominus autem, ut ostenderet animale et spirans templum, dixerat : « Et ego in tri- duo suscitabo illud. » Aliud est ædiücare, aliud suscitare. « Et surgens princeps saçerdotum, ait illi : Nihil respondes ad ea quee isti adversum te testiticantur? Jésus autem tacebat. » Ira præceps et impatiens non inveniens calumniæ locum, excutit de solio pontiticem, ut vesaniam mentis motu cm'poris demonstraret. Quanto Jésus tacebat ad indignes responsione sua, fal- sos testes et sacer dotes impios, tanto magis pontifex furore superatus, eum àd respondendum provocat, ut ex qualibet cccasione sermonis locum inveniat accu- sandi. Nibilominus Jésus tacebat. Sciebat enim, quasi Deus, quidquid respondisset torquendum ad calUm- niam. « Et princeps saçerdotum ait illi ; Adjuro te per vous êtes le Christ Fils de Dieu? » Ibid. 63. Pourquoi commandez-vous? ô le plus impie des prêtres, pour accuser ou pour croire? Pour accuser? mais d’autres accusent; condamnez donc l’accusé qui se tait. Pour croire? mais pourquoi avez-vous refusé de croire à son témoignage. . . « Jésus lui répondit : Vous l’avez dit; je vous déclare que vous verrez un jour le Fils de l’homme assis à la droite de la majesté de Dieu et venant sur les nuées du ciel. » Ibid. 64. Même réponse pour Pilate que pour Caïphe; il faut qu’ils soient tous deux condamnés par leur propre sentence. « Alors le prince des prêtres déchira ses vête¬ ments en disant : Il a blasphémé. Qu’avons-nous encore besoin de témoins? Vous venez d’entendre le blasphème. Que vous en semble? Ils lui répon¬ dirent : Il mérite la mort. » Ibid. 65, 66. Le môme accès de rage qui avait fait lever le grand prêtre du siège pontifical, lui fait déchirer seS vêtements. Mais il déchira ses vêtements pour montrer que les Juifs avaient désormais perdu la gloire du sacerdoce, et que les pontifes n’occupaient plus qu’un siège vide. Il est d’usage chez les Juifs, lorsqu’on a entendu une parole blasphématoire ou injurieuse à Dieu, de déchirer ses vêtements. C’est ce que firent Paul et Bar- nabé, lorsque les Lycaoniens voulurent les hono¬ rer comme des divinités. D’un autre côté, Deum vivum, ut dicas nobis si tu es Christus Filius Dei ? » Quid adjuras, impiissime saçerdotum, ut accuses, an ut çredas? Si ut accuses, arguunt alii : rondemnate tacentem. Si ut credas, quare confitenti credere noluisti? « Dixit illi Jésus : Tu dixisti. Verumtamen dico vobis ; amodo videbitis Filium hominis sedentem a dextris virtutis Dei, et veniéntem in nubibus cœli? » Et adversum Pilatum, et adversum Caipham similis responsio, ut propria sententia condemnentur. « Tune princeps saçerdotum scidit vestimenta sua, dicens : Blasphemavit. Quid adhuc egeinus testibus ? Ecce nunc audistis blasphemiam. Quid vobis videtur? At illi respondentes, dixerunt : Reus est mortis. » Quem de solio sacerdotali furor excusserat, eadem rabies ad scindendas vestes provocat. Scidit autem vestimenta sua, ut ostendat Judæos sacerdotii gloriam perdidisse, et vacuam sedem habere pontihees. Sed et consuetudinis Jüdaicæ est, cum aliquid blasphemiæ' et quasi contra Deum audierint, scindere vestimenta sua. Quod Paulum quoque et Baxmabam, quando in Lycaonin SAINT JÉROME 96 Hérode, pour n’avoir pas rendu hommage à Dieu, et avoir caressé la faveur populaire, fut immédiatement frappé par un ange. « Aussitôt ils lui crachèrent au visage, et le frappèrent à coups de poing. » Ibid, 67, afin que cette parole fut accomplie : « J’ai présenté mes joues aux soufflets, et je n’ai point dérobé mon visage à l’ignominie des crachats. » Thren. m.30 « D’autres lui donnèrent des soufflets au visage, en disant : Prophétise-nous, Christ, qui est celui qui t’a frappé? Ibid, 68. C’eût été une folie de répondre à des gens qui frappent, de prophétiser pour des bourreaux, quand leur rage insensée se manifestait si ouvertement. Mais s’il a refusé de vous prophétiser ceci, il a prédit de la manière la plus claire qu’une armée environnerait Jérusalem, et que du temple il ne resterait pas. pierre sur pierre. « Pierre cependant était assis au dehors dans la cour.f» Ibid. 69. Il était assis au dehors, pour voir comment se terminerait l’affaire. Et il ne s’approchait pas de Jésus, pour ne faire naître aucun soupçon dans l’esprit des domestiques. « Et il nia une seconde fois avec serment : Je ne connais point l’homme. Peu après, ceux qui étaient là s’avancèrent et dirent à Pierre : » deorum cnltu honorabantur, fecisse legimus. Herodes autem, quia noh dédit honorem Deo, sed acquievit iinmoderato favori populi, slatim ab angelo percussus est. « T^nc exspuerunt in faciem ejus, et colapbis eum cæciderunt. » Dt adimpleretur quod dictum est : « Dedi maxillas meas [Al. macoillam meam] alapis, et faciem meam non averti a confusione sputorum Thren . m, 30. « Alii autem palmas in faciem ejus dederunt, dicentes : Prophetiza. nobis, Christe, quis est qui te percussit ? » Stultum erat verberantibus respondere, et prophetizare cædentem, cum palam percutientis videre- tur insania. Sed sicut hoc vobis non prophetavit, sic illud manifestissime vaticinatus est, quod circumdaretür Jérusalem ab exercitu, et. non relinqueretur lapis super lapidem in templo. « Petrus verô sedebat foris in atrio. » Foris sedebat, ut videret exitum rei. Et non appropinquabat Jesu, ne ministris aliqua suspicio nasceretur. Ibid . 72. J’en connais qui, par un sentiment de . pieuse affection pour l’apôtre saint Pierre, interprètent ce passage, de manière à pouvoir dire que Pierre n’a point renié le Dieu, mais l’homme, et qui donnent ce sens à ses paroles : Je ne connais point l’homme, parce que je sais qu’il est Dieu. Tout lecteur judicieux comprendra la frivolité de cette interprétation, et remarquera que ceux qui la donnent pour défendre l’Apôtre, rendent Dieu coupable de mensonge. Car si Pierre n’a point renié son Maître, le Seigneur a menti lorsqu’il a dit : « Je vous dis en vérité que cette nuit, avant que le coq chante, vous me renoncerez trois fois. » Considérez ces expres¬ sions : « vous me renoncerez, » moi et non pas l’homme. « Assurément vous ôtés aussi de ces gens-là; car même votre . langage vous fait assez connaître. » Ibid . 73. Non pas que Pierre parlât une autre langue, ou fut d’un autre pays. Tous ceux qui l’accusaient, comme celui qui était accusé, tous étaient hébreux, mais chaque province,- et chaque région à sa manière de parler, et ne peut se défaire des locutions et de l’accent qui lui est propre. Ainsi, dans le livre des Juges, Chap. xn, les Éphratéens ne peuvent prononcer convenablement le auvôyjtxa, mot. « Et iterum negavit cum juramento, quia non novi hominem. Et post pusillum accesserunt qui stabant, et dixerunt Petro. » Scio (1) quosdam pii affectus [Al. pio affectu] erga Apostolum ,Petrum, locum hune ita interpretatos, ut dicerent Petrum non Deum negasse, sed hominem, et esse sensum : Nescio hominem, quia scio Deum. Hoc quam frivolum sit, prudens lector intelligit;. sic [Al. si] defendunt Apostolum, ut Deum mendacii reum faciant. Si enim iste non negavit, ergo menlitus est Dominus, qui dixerat : « Amen dico tibi, quia hac nocte, antequain gallus cantet, ter me nega- bis. » Cerne quid dicat, «, me negabis, » non hominem. « Vere et tu ex illis es : nam et loquela tua te mani- festum facit. » Non quod alterius sèrmonis esset Petrus, aut gentis exteræ. Omnes quippe Hebræi erant, et qui arguebant, et qui arguebatur [Al. arguebantur] ; sed quod unaquæque provincia et regio habeat propriété tes suas, et [Al. ut] vernaculum loquendi sonum vitare non possit. Unde et Ephrathæi in Judicum übro cap. xn non possunt mjvÔY)p.a dicere. (i) Ex bis unus vidolur S. Àmbrosius, cujus hæc sentonlia lib. x in Lucam, n. 82 . Bene negavit hominem, quia sciebat Deum . Et pridom fortasse S. ipse Hilarius, qui in hune locum, Et vere prope, ait, jam sine piaculo hominem negabat, quem Dei Filium primus agnoverat biierini eicusandi.ofieclu, non ut cnlpnm negorent, Ed. Mig. COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU « Il se mit alors à faire des imprécations et à jurer qu’il ne connaissait pas l’homme. Et aussitôt le coq chanta. Et Pierre se ressouvint de la parole que Jésus lui avait dite : Avant que le coq chante, vous me renoncerez trois fois. » Ibid . 74. 75. Nous lisons dans un autre Évan¬ gile : Qu’après le renoncement de Pierre et le chant du coq, le Sauveur jeta un regard à l’apôtre, et que ce regard fit aussitôt couler de ses ; yeux des larmes amères. Il ne pouvait en effet se faire que celui que la lumière du monde avait regardé, restât dans les ténèbres du renoncement. << Et étant sorti dehors, il pleura amèrement. » Tant qu’il restait dans la cour de Caïphe, il ne pouvait faire pénitence. Il sort donc hors de la société des impies, pour laver dans des larmes amères les souillures d’un renoncement que la peur lui a arraché. « Le matin étant venu, tous les princes des prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus, pour le faire mourir. Et l’ayant lié, ils l’emmenèrent, et le livrèrent à Ponce- Pilate gouverneur. » Matth. xxvii, 1 Seqq. Le Seigneur fut conduit non seulement à Ponce- Pilate, mais encore à Hérode, pour être le jouet de leurs railleries. Et voyez toute la sollicitude que les prêtres déploient pour le mal. Ils ont veillé toute la nuit pour commettre un homicide. « Et l’ayant lié, ils le livrèrent à Pilate. » En « Tune cœpit detestari et jurare, quia non novisset hominem. Et continuo gallus cantavit. Et recordatus est Petrus verbi Jesu, quod dixerat : Priusquam gallus cantet, ter me negabis. » In alio Evangelio legimus : quia post negationem Pétri, et cantum galli, respexerit Salvator Petrum, et intuitu suo eum ad amaras ïaerymas provocant. Nec fieri poterat, ut in negationis tenebris permaneret, quem lux respexerat mundi. « Et egressus foras, flevit amare. » In atrio Gaipbse sedens, non poterat agere pœnitentiam. Egreditur foras de impiorum concilio, ut pavidæ negationis sordes amaris fletibus lavet. « Mane autem facto, consilium inierunt omnes prin¬ cipes sacerdotum et seniores populi. adversus Jesum, ut eum morti traderent. Et vinctum adduxerunt, et tradi- dorunt eum Pontio Pilato præsidi. » Non solum ad Pilatum, sed etiam ad Herodein ductus est, ut uterque Domino illuderet. Et cerne sollicitudinem sacerdotum in malum. Tota nocte vigilaverunt, ut homicidium face- rent. « Et vinctum tradiderunt Pilato. ». Habebant enim ;.bunc morem, ut quem adjudicassent morti, ligatum judici traderent, Tom. x, 1 97 effet, c’était l’usage chez eux de remettre au juge, chargé de liens, celui qu’ils jugeaient mériter la mort. « Alors Judas qui l’avait livré, voyant qu’il était condamné, touché de repentir, reporta les trente pièces d’argent aux princes des prêtres et aux anciens, en disant : J’ai péché en livrant le' sang innocent. » Ibid. 3, 4. La grandeur de l’impiété surpasse en Judas la grandeur de l’ava¬ rice. Voyant le Seigneur condamné à mort, il reporte aux prêtres la somme qu’il en avait reçue, comme s’il était en son pouvoir de chan¬ ger la sentence des persécuteurs. Le changement de sa volonté ne peut en rien modifier les consé¬ quences de sa volonté première. Mais si celui qui a ainsi livré le sang innocent a péché, combien plus ont péché les Juifs qui ont acheté le sang innocent, et ont amené le disciple à la trahison par l’appât de l’argent ! Et maintenant que ceux qui soutiennent qu’il y a diverses natures et préten¬ dent que le traître Judas était d’une mauvaise nature, et n’avait pu être guéri par son élévation à l’apostolat, disent, comment une mauvaise nature a pu faire pénitence. « Mais ils répondirent : que nous importe? c’est votre affaire. Alors ayant jeté cet argent dans le temple, il se retira, et alla se pendre. » Ibid . 5. Il ne lui a servi de rien de faire péni¬ tence, cette pénitence étant impuissante à arrêter les effets de son crime. Quand un frère pèche « Tune videns Judas, qui eum tradidit, quod damna- tus esset, pœnitentia ductus, retulit triginta argenteos principibus sacerdotum et senioribus, dicens : Peccavi, tradens sanguinem justum. » Avaritiee magnitudinqm [Al. magnitudine] impietatis pondus exclusit. Videns Judas Dominum adjudicatum morti, pretium retulit sacerdotibus, quasi in potestate sua esset persecutorum mutare sententiam. Itaque licet mutavevit voluntatem suam, tamen voluntatis primæ exitum non mutavit. Si autem peccavit ille qui tradidit sanguinem justum, quanto magis Judæi peccaverunt, qui emerunt sangui¬ nem justum, et offerendo pretium, ad proditionem dis— cipulum provocarunt? Qui diversas naturas conantnr introduire, et dicunt Judam proditorem malæ fuisse naturæ, nec electione [Al. electionem et servare] apostolatus potuisse servari, rèspondeant quomodo na- tura mala egerit pœnitentiam. « At illi dixerunt : Quid ad nos? Tu videris. Et projectis argenteis in templo, recessit ; et abiens, laqueo se suspendit. » Nihil profuit egisse pœnitentiam, per quam scelus corrigere non potuit. Si quando sic frater peccat in fratrem, ut emendare valeat quod peccavit, 7 t 98 SAINT contre son frère, et que sa faute est de nature à pouvoir être réparée, le pardon lui peut être accordé. Mais si les conséquences de la faute subsistent, c’est en vain qu’il en. exprime son repentir. C’est ce que nous lisons dans le psaume au sujet de ce même malheureux Judas : « Que sa prière même lui soit imputée à péché. » Ps. cviii, 7; de sorte que non seulement il n’a pu réparer son crime de trahison, mais encore qu’à ce premier forfait il en a ajouté un second, son propre homicide, L’Apôtre dit quelque chose de pareil dans sa seconde Épitre aux Corinthiens : « De peur que. votre frère ne soit accablé dans un excès de tristesse. » n Corinth . il 7. « Mais les princes des prêtres ayant pris l’argent, dirent : Il n’est pas permis de le mettre dans le trésor, parce que c’est le prix du sang.» Ibid. 6. Oui vraiment, ils passent le moucheron, et avalent le chameau. Car s’ils ne mettent pas l’argent dans le trésor, c’est-à-dire, dans l’endroit où l’on dépose les offrandes faites, à Dieu, parce que c’est -le prix du sang, pourquoi répandent-ils ce sang lui-même? «Et ayant délibéré là-dessus, ils en achetèrent le champ d’un potier, pour la sépulture des étrangers. C’est pourquoi ne. champ est appelé encore aujourd’hui Acheldemach, c’est-à-dire, le champ du sang. » Ibid . 7, 8. Ils agirent certai¬ nement dans une autre intention que celle de laisser, par l’acquisition de ce champ, un potest ei dimitti, Sin autem permanent opéra, frustra voce assumitur pœnitentia. Hoc est quod in psalmo de eodern infelicissimo Juda dicitur : « Et oratio ejus fiat in peccatum » Ps. cviii, 7 ; ut non solura emendare nequiverit prodxtionis nefas, sed ad prius scelus etiam proprii homicidii crimen addiderit.-Tale quid et Apos- tolus in secunda ad Corinthios Epistola loquitur : « Ne abupdantiori tristitia absorbeatur frater. » « Principes autem sacerdotum, acceptis argenteis, dixerunt : Non licet eos mittere in corbonam. [ Al cor- banam], quia pretium sanguinis est. » Vere culicem liquantes, et camelum glutientes. Si enim ideo non mit- tunt pecuniam in corbonam, hoc est, in gazophylacium et dona Dèi, quia pretium sanguinis est, cur ipse san- guis effuuditur? « Consilio autem inito, emerunt ex illis agrum figuli, in sepulturam peregrinorum, propter hoc vocatus est ager ille Acheldemach, hoc est ager sanguinis, usque in ' hodiernum diem. » Illi quidem fecerunt alia voluntate, ut æternum impietatis suee retinquerent ex agri emptione JÉROME ' - . monument éternel de leur impiété. Mais pour nous, qui étions des étrangers par rapport à là loi et aux prophètes, nous avons recueilli pour notre salut, le fruit de leurs iniquités, et nous nous reposons dans le prix du sang de celui qu’ils ont mis à mort. Or, le champ s’appelle champ du potier, parce que notre potier c’est le Christ. « Alors fut accomplie cette parole du prophète Jérémie : Ils ont reçu les trente pièces d’argent qui étaient le prix de celui qui avait été mis à prix et dont ils avaient fait marché * avec les enfants d’Israël; et ils les ont données pour le champ d’un potier, comme le Seigneur me Ta ordonné. » Ibid. 9, 10. Cette citation ne se trouve pas dans Jérémie. Il y a bien dans Zacharie, l’avant dernier des douze prophètes, quelque chose qui s’en rapproche, Zach . xr, mais quoique le sens ne s’en éloigne pas beaucoup, néanmoins les paroles elles-mêmes et leur disposition, en sont bien différentes. J’ai lu dernièrement dans un livre hébreu qui m’a été remis par un hébreu de la secte des Nazaréens, un passage apocryphe de Jérémie où ces paroles sont reproduites mot à mot. Toutefois il me semble que cette citation a été plutôt empruntée à Zacharie; car c’est l’habitude bien connue des évangélistes et des apôtres, quand ils citent l’Ancien Testament, de n’en reproduire que le sens, sans . s’attacher à l’ordre dans lequel les paroles sont disposées. monimentum. Cseterum nos, qui peregrini eramus a Lege et prophetis, prava eorum studia suscepimus insalutem; et in pretio sanguinis ejus requiescimus. Figuli autem ager appellatur, quia figulus noster est Christus. « Tune impletum est quod dictum est per Jeremiam prophetam, dicentem.: Et acceperunt triginta argenteos, pretium appretiati, quem appretiaverunt a fîliis Israël, et dederunt eos in agrum figuli, sicut construit mihi Dominus. » Hoc testimonium in Jeremia non invenitur, ■ In Zacharia vero, qui pene ultiinus est duodecim prophe- tarum, quædam similitudo fertur Zach. xi; et quam- quam sensus non multum discrepet, tamen et ordo et verba di versa sunt. Legi nuper in quodam Hebraico volumine, quod Nazarænæ sectæ mihi Hebræus obtulit, Jeremiæ apocryphum, in quo hæc ad verbum scripta reperi. Sed tamem mihi videtur magis dé Zacharia sumptum testimonium, Evangelistarum et Apostolorum more vulgato, qui verborum ordine prætermisso, sensüs tantum de veteri Testamento proferunt in .exemplum.' COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 90 « Or Jésus parut devant le gouverneur, et le gouverneur F interrogea en ces termes : Êtes- vous le roi des Juifs?» Ibid. 11. L’interrogatoire de Pilate ne roulant sur aucune action crimi¬ nelle, et n’ayant d’autre objet que de savoir s’il est le roi des Juifs, démontre l’impiété des Juifs, et prouve qu’ils n’ont pu trouver môme faussement rien dont ils aient pu accuser le Sauveur. « Jésus lui répondit : Vous le dites. » Il répond de manière à dire la vérité, et à ne donner aucune prise à la calomnie. Et remarquez que d’une certaine façon il répond à Pilate qui allait le condamner malgré lui, tandis qu’il a refusé de répondre aux prêtres et aux chefs de la nation, les jugeant indignes d’entendre sa parole. « Alors Pilate lui dit : n’entendez-vous pas combien ils profèrent de témoignages contre vous. Mais il ne répondit rien à tout ce qu’il put lui dire, de, sorte que le gouvernenr en était fort étonné. Or, au jour de la fête, le gouverneur , avait coutume de délivrer au peuple celui des prisonniers qu’il voulait. » Ibid . 13, seqq. C’est un païen, il est vrai, qui condamne Jésus; mais il en rejette toute la responsabilité sur le peuple Juif : « N’entendez -vous pas combien ils profèrent de témoignages contre vous? » Jésus né voulut rien répondre, de peur qn’en mettant « Jésus autem stetit ante præsidem, et interrogavit eum præses, dieens : Tu ex rex Judæorum? » Pilato nihil aliud interrogante criminis, nisi utrum rex Judæorum sit, arguuntur impietatis Judæi, quod ne falso quidem invenire potuerint quod objicerent Salva- tori. « Dixit illis Jésus : Tu dicis. » Sic respondit ut et verum diceret, et sermo ejus calumniæ non pateret. Et attende quod Pilato, qui invitus promebat sente ntiam, aliqua ex parte responderit. Sacerdotibus autem et principibus respondere noluerit, indignos suo sermone judicans « Tune dicit illi Pilatus : Non audis quanta adversum té dicunt \Al dicant] testimonia? Et non respondit eiad ulluin verbum, ita ut miraretur præses vehementer. Per diem autem solemnem consueverat præses populo dimittere unum vinctum, quem voluissent. » Ethnicus quidem est, qui condemnat Jesum; sed causam refert in populum Judæorum. « Non audis quanta adversum te dicunt testimonia? » Jésus autem nihi] . respnodera à néant l’accusation, il lie fut laissé libre par le gouverneur, et qu’ainsi les bienfaits que nous devait apporter la croix ne fussent reculés pour longtemps. « Il avait alors un prisonnier fameux, nommé Barabbas. Comme donc ils étaient assemblés, Pilate leur dit : Lequel voulez-vous que je vous délivre, Barabbas où Jésus qui est appelé Christ? Car il savait que c’était par envie qu’ils le lui avaient livré. » Ibid . 16, seqq . Dans l’Évangile selon les Hébreux, le nom de ce personnage est interprété « fils de leur maître ; » il avait été condamné pour crime de sédition et de meurtre, Pilate offre donc aux Juifs le choix entre un scélérat et Jésus; il ne met pas en doute que ce choix se portera sur Jésus, sachant qu’il n’a été livré que par envie. Ainsi, il est manifeste que c’est l’envie qni est la cause de son crucifiement. « Pendant qu’il siégeait à son tribunal, sa femme lui envoya dire : Qu’il n’y ait rien entre vous et ce juste; car j’ai été fort tourmentée aujourd’hui en songe à cause de lui. Mais les princes des prêtres et les anciens persuadèrent au peuple de demander Barabbas et de faire périr Jésus. Lors donc que le gouverneur repre¬ nant la parole leur dit : Lequel voulez-vous que je vous délivre? Ils répondirent : Barabbas. » Ibid . 19, seqq . Remarquez que Dieu se sert voluit, ne crimen diluens a præside dimitteretur, et crucis utilitas differretur. « Habebat autem tune vinctum insignem, qui dicebatur Barrabbas. Congregatis ergo illis, dixit Pilatus : Quem vultis dimittam vobis, Barrabbam, an Jesum, qui dici- tur Christus? Sciebat enim quod per invidiam tradidissent eum. »Iste in Evangelio, quod scribitur juxta Hebræos, « filius magistri eornm » interpretalur, qui propter seditionem et homicidium fuerat condemnatus. Offert autem eis optionem Pilatus dimittendi quém velint, latronem, an Jesum ; non dubitans, Jesum potius eli- gendum, sciens eum propter invidiam traditum. Igitur causa crucis manifeste invidia est. « Sedente autem illo pro tribunali, misit ad eum uxor ejus, dicèns : Nihil tibi et justo illi, multa enim passa sum hodie per visum propter eum. Principes autem sacerdotum et seniores persuaserunt populis ut peterent Barabbam, Jesum vero perderent. Respondens autem præses, ait illis : Quem vultis vobis de duobus dimitti ? At illi dixerunt : Barabbam. » Nota quod gentibus sæpe 100 SAINT JÉROME souvent des songes pour faire ses révélations aux Gentils, et que, dans l’aveu de Pilate et de Sa femme confessant que le Seigneur est un juste, nous avons le témoignage du peuple Gentil tout entier. « Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus qui est appelé Christ? Ils lui répondirent tous : qu’il soit crucifié. Le gouverneur leur dit.: mais quel mal a-t-il fait? Mais ils criaient encore plus fort, disant : Qu’il soit crucifié. » Ibid . 22, 23. Pilate donne aux Juifs plusieurs occasions de délivrer le Sauveur. D’abord, en mettant en parallèle le scélérat et le juste, plus tard, en disant : « Que ferai-je donc de Jésus qui est appelé Christ? » C’ëst-à-diro qui est votre roi. Et bien qu’ils aient répondu : « Qu’il soit cruci¬ fié, » il ne leur cèdo pas encore; mais écoutant les suggestions de sa femme qui lui recomman¬ dait : « Qu’il n’y ait rien entre vous et ce juste,» il répond aux Juifs :« Quel mal a^-t-il donc fait? » En parlant ainsi, Pilate reconnaissait l’innocence de Jésus. Mais eux criaient encore davantage, disant : « Qu’il soit crucifié. » Afin que s’accom¬ plît cette parole qu’il disait au psaume vingt et un : « J’ai été environné par un grand nombre de chiens, assiégé par une foule de personnes remplies de malice. » Ps. xxi, 17. Et cette autre de Jérémie : « Mon héritage est devenu pour moi comme un lion de la forêt; il a jeté de grands cris contre moi. » Jerem. xii, 8. Isaïe en a Dâo somma revelënfur; et quod in Pilato et uxore ejus justum Dominum confitentibus, Gentilispopuli testi- mônium sit. « Dicit illis Pila tus : Quid igitur faciam de Jesu, qui dicitur Christus? Dicuni omnes : Crucifigatur. Ait illis præses : Quid enim mali fecit? At illi magis clamabant, dicentes : Crucifigatur. » Multasliberandi Salvatoris Pila- tus occasiones dédit. Primum, latronem justo conférons. Deinde inferens : « Quid igitur faciam de Jesu, qui dicitur Christus? » hoc est, qui rex vester est. Cumque responderent, « Crucifigatur, » non statim acquievit; sed juxta suggestionem uxoris, quæ mandaverat' : « Nihi] tibi et justo illi, » ipse quoque respondit : « Quid enim mali fecit? » Roc dicendo, Pilatus absolvit Jesum. At illi magis clamabant, dicentes' ; « Crucifigatur. » Ut impleretur quod in vigesimo primo psalino dixerat : « Circumdederunt me canes multi : etcongregatio mali- gnantium pbsedit me » Psal. xxi, 12.£Et illud Jeremùe ; « Facta est mihi hæreditas mea sicut leo in silva ; dedërunt super me vocem suam » Jerem . xii, 12. témoigne également : « J’ai attendu qu’ils fissent des actions justes ; mais ils ont commis l’iniquité ils n’ont point rendu la justice, mais ils ont poussé des cris. » Isai. v, 7. « Pilate voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte deviendrait encore plus grand, se fit apporter de l’eau, et lavant ses mains devant tout le peuple, il leur dit : Je suis inno¬ cent du sang de ce juste; Voyez vous autres. » Ibid . 24. Pilate prit de l’eau, selon ces paroles prophétiques : Je laverai mes mains dans la ; compagnie des innocents » Ps. xxv, 6, afin de purifier dans ce bain où il trempait ses mains, les œuvres de la Gentilité, et de nous rendre complètement étrangers à l’impiété des Juifs qui criaient « crucifiez-le; » et par cette action symbolique il faisait en quelque sorte cette déclaration : pour moi, j’ai voulu délivrer cet innocent; mais puisqu’il y à commencement de révolte, et qu’on m’accuse de pactiser avec les ennemis de César : « Je suis innocent du sang de ce juste. » Le juge qui ne prononce que parce qu’il y est forcé, une sentence contre le Christ, ne condamne pas l’accusé remis entre ses mains ; mais il flétrit ceux qui le livrent, en proclamant l’innocence de celui qui doit être crucifié. « Voyez-y, dit-il, vous autres. » Je suis, moi, l’exécuteur de la loi; c’est votre bouche qui répand le sang. « Et tout le peuple répondit : que son sang Isaia quoque in hac sententia congruente : « Exspectavi ut facerent juclicium, fecerunt autem iniquitatem, et non justitiam, sed clamorem » Isai. v, 7. « Videns autem Pilatus quia nihil proficeret, sed magis tumultus fieret, accepta aqua, lavit manus coram populo, dicens : Innocens ego sum a sanguine hujus justi ; vos videritis. » Pilatus accepit aquam, juxta illud pro- pheticum : « Lavabo inter innocentes manus meas » Ps. xxv, 6; ut in lavacro manuum ejus Gentilium opéra purgarentur, et ab impietate Judæorum, qui clamaverunt, « crucifige eum, » nos alienos faceret, quodammodo hoc contestans, et dicens : Ego quidem innôcentèm volui liberare; sed quoniam [Al. etiam] seditio oritür, et perduellionis mihi contra Cæsarem crimen iinpingitur - : « Innocens ego sum a sanguine justi hujus. » Judex qui côgitur contra Christum sententiam ferre, non damnât oblatum ; sed arguit ofierentes, justum esse pronuntiâns qui cr.ucifigendus est. « Vos, » inquit, « videritis. » Ego. minister sum legum : vestra vox sanguinem fundit. « Et respondens universus populus, . dixit Sanguis COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU 101 retombe sur nou$ et sur nos enfants. » Ibid . 25. Ce souhait impie pèse toujours sur les Juifs et le sang du Seigneur continue à retomber sur eux. De là ces paroles que Dieu dit par la bouche d’Isaïe : « Quand même vous lèveriez vers moi vos mains, je ne vous exaucerai pas, car vos mains sont pleines de sang. » Isai . i, 15. O le bel héritage que les Juifs laissent a leurs enfants, en disant : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants. » « Alors il leur délivra Barabbas, et ayant fait fouetter Jésus, il le leur livra pour être crucifié. » Ibid. 26. Barabbas le scélérat qui excitait des séditions dans le peuple, qui avait commis des meurtres, a été délivré au peuple des Juifs; Barabbas, c’est-à-dire, le diable, qui continue de régner sur eux; et voilà pourquoi ils ne peuvent avoir de paix. Pour Jésus, livré par les Juifs, il est reconnu innocent par l’épouse de Pilate, pro¬ clamé juste par le gouverneur lui-même. De plus le centurion confesse qu’il est vraiment le Fils de Dieu. Que le lecteur' judicieux recherche comment ces deux choses peuvent so concilier ensemble, d’un côté Pilate se lavant les mains et disant : « Je suis innocent du sang de ce juste,» et de l’autre, le même Pilate faisant quelques moments plus tard flageller Jésus et le livrant ensuite pour être crucifié? Il faut néanmoins savoir quo Pilate en agissant ainsi n’a fait qu’obéir aux lois Romaines, qui porte que ejus super nos et super filios nostros. » Persévérât usque in præsentem diem hæc imprecatio super Judæos, et sanguis Domini non aufertur ab eis. Unde per Isaiam ïoquitur : « Si levaveritis ad me manus, non exaudiam vos. Manus enim vestræ plenæ sunt sanguine » Isai. i 15. Optimam hæreditatem Judæi filiis rebuquunt [Al. relinquerunt], dicentes : « Sanguis ejus super nos, et super filios nostros. « Tune dimisit illis Barabbam, Jesum autem flagella- tum tradidit eis ut crucifigeretur. » Barabbas latro, qui seditiones faciebat in turbis, qui homicidiorum auctor erat, dimissus est populo Judæorum, id est, diabolus, qui usque hodie régnât in eis, et idcirco pacem habere non possunt. Jésus autem a Judæis traditus, absolvitur ab -uxore Pilati, et abipso præside Justus appellatur. Et centurio cOnfitetur quod vere Dei Filius sit. Quærat. eruditus lector, quomodo sibi conveniat Pilatum lavisse manus suas, et dixisse : « Innocens ego sum a sanguine justi hujus, » et postea flagellatum tradidisse Jesum ut crucifigeretur? Sed sciendum est Romanis eum legibus ministrasse, quibus sancitum est, ut qui crucifigitur, l’homme condamné à être crucifié doit être fouetté auparavant, Jésus fut donc abandonné aux soldats* et les fouets déchirèrent ce corps sacré, cette poitrine qui était le tabernacle de Dieu. Mais ceci s’est fait, afin que, comme il est écrit : « Un grand nombre de coups de fouet sont réservés aux pécheurs » Ps. xxxr, 10, nous échappions par sa propre flagellation aux coups qui nous attendaient; suivant cette parole que l’Écriture adresse à l’homme juste : « Le fouet n’approchera point de votre tente » Ps. xc, 10. « Alors les soldats du gouverneur ayant emmené Jésus dans le prétoire, rassemblèrent autour de lui la cohorte entière. Et après lui avoir ôté ses habits, ils le couvrirent d’un man¬ teau d’écarlate. Puis ayant tressé une couronne d’épines, ils la lui mirent sur la tête, avec un roseau dans la main droite. Et fléchissant le genou devant lui, ils se moquaient de lui en disant : Je vous salue, roi des Juifs. » Ibid. 27 seqq. C’est parce qu’il avait été appelé roi des Juifs et que les Scribes et les Prêtres l’avaient accusé de s’arroger l’autorité sur le peuple d’Israël, que les soldats pour le tourner en dérision, le dépouillent do ses vêtements, le revêtent d’un manteau d’écarlate, en guise de la robe rouge que por¬ taient les anciens rois; qu’ils posent sur sa tête en place de diadème, une couronne d’épines, mettent dans sa main un roseau pour tenir lieu de sceptre royal, et lui rendent hommage comme prias flagellis verberetur. Traditus est itaque Jésus militibus verherandus, et illud sacratissimum corpus* pectusqne Dei capax, flagella secuerunt. Hoc autem factum est, ut quia scriptum erat : « Multa flagella peccatorum » Psal. xxxi, 10, illo flagellato, nos a verberibus liberaremur, dicente Scriptura ad virum justuin : « Flagellum non appropinquabit tabernaculo tuo » Psal. xc, 10. « Tune milites præsidis suscipientes Jesum in prætorio, congregaverunt ad eum universam cohortem, ét exuentes eum chlamydem coccineam circumdederunt ei.. Et plec- tentes coronam de spinis, posuerunt super caput ejus, etarundinem in dextera ejus; et genu flexo ante eum, illudebant ei, dicentes : Ave, rex Jndærum. » Milites quidem, quia rex Judæorum fuerat appellatus, çt hoc ei Scribæ et sacerdotes crimen objecerant, quod sibi in populo Israël usurparet imperium, illudentes hoc façiunt ut nudatum pristinis vestibus, induant chlamydem coccineam pro rufo lhnbo, quo regesveteres utebantur; et pro diademate ponant ei coronam spineam : pi'o sceptro regaîi dent calamum, et adorent quasi regem. 102 SAINT JEROME à un roi. Pour nous, cherchons en tout cela le sens mystique. De même que Caïphe, sans savoir ce qu’il disait, disait pourtant la vérité, lorsqu’il tenait ce langage : « Il faut qu’un homme meure pour tous ; » Joan. xi, 50, de même, en tout ce qu’ils ont fait, les soldats, bien qu’agissant dans une autre intention, nous ont donné, à nous qui croyons, les figures symboliques de la rédemp¬ tion. Le manteau de pourpre, figure les œuvres sanglantes des Gentils que le Christ porte; la couronne d’épines, la malédiction antique dont il nous délivre; le roseau, les animaux venimeux qu’il tue. On peut dire encore qu’il tenait le roseau à la main, pour écrire le sacrilège des Juifs. « Et crachant sur lui, ils prenaient le roseau, et lui en frappaient la tête »s/5id. 30. À ce moment s’accomplit cette parole : « Je n’ai point détourné mon visage de l’ignominie des cra¬ chats. » Is aï. l, 6. Et cependant quoique on lui frappe la tête du roseau, il supporte tout avec la plus grande patience, vérifiant ainsi cette pré¬ diction d’Isaïe : « Il ne brisera pas le roseau à moitié cassé » Isaï. xlii, 3. « Et après s’être ainsi joués de lui, ils lui ôtèrent le manteau d’écarlate; ils lui remirent ses vêtements et l’emmenèrent pour le crucifier. » Ibid . 31. Pendant tout le temps qu’on le flagelle, Nos autem bæc omnia intelligamus mystice. Quomodo enim Caiphas dixit : « Opôrtet unum hominem mori pro omnibus » Joan . xi, 50, nesciens quid diceret; sic et isti quæcumque fecerunt, licet alia mente fecerint, tamen nobis, qui credimus, sacramenta tribuerunt. In chlamyde coccinea, opéra gentium cruenta sustentât ; in corona spinea, maledictum solvit antiquum ; in cala- irio, venenata occidit animalia. Sive calamum tenebatin maiiu, ut sacrilegium scriberet Judæorum. « Et exspuentes in eum, acceperunt arundinem, et percutiebant capnt ejus. » Eo tempore completum est: « Non averti faciem meam a confusione sputorum » ïsai. l, 6, et tamem cum caput ejus pqrcutiunt arundi- ne, sustinet cuncta patienter, ut lsaise verum ostendat vaticinium, dicentis : « Arundinem quassatam non confringet » Isai. xlii, 3. « Et postquam illuserunt ei, exuerunt eum chlamyde, et indueruut eum vestimentis ejus, et duxeruut eum, ut crucifigerent. » Quando flagellatur Jésus, et conspuitur, et irridetur, non habet propria vestimenta; sed ea quæ propter nostra peccata snmpserat. Cum autem crucifi- qu’on lui crache au visage, et qu’on le tourne en dérision, Jésus ne porte point ses propres vêtements, mais ceux qu’il a pris à cause de nos péchés. Mais lorsqu’il marche au crucifiement, et qu’a disparu tout l’appareil d’une royauté déri¬ soire, alors il reprénd ses premiers vêtements, Sa propre parure ; et aussitôt les éléments sont bouleversés et la création rend témoignage au Créateur. « Comme ils sortaient, ils rencontrèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, qu’ils contrai¬ gnirent de porter la croix de Jésus. » Ibid. 32. Il ne faudrait pas croire que ce récit est en con^ tradiction avec celui de saint Jean l’évangéliste. D’après ce dernier, le Seigneur aurait porté sa croix en sortant du prétoire. Saint Matthieu, lui, raconte qu’ils rencontrèrent un homme dé Cyrène, nommé Simon, et qu’usant de violence, ils lui firent porter la croix de Jésus : Le récit de saint Matthieu s’explique en ce sens; qu’en sortant du prétoire, Jésus porta lui-même sa croix, et que plus tard le cortège ayant rencontré Simon, on la lui fit porter. Dans le sens anagogi- que, les nations reçoivent la croix de Jésus, et l’étranger obéissant porte l’ignominie du Sauveur. « Et ils vinrent au lieu appelé Golgotha, c’est- à-dire, lieu du Calvaire. » Ibid. 33. J’ai appris gitur, et illusionis atquë irrisionis pompa præterierit, tune pristinas vestes recipit, et proprium assumât orna- tum; statimque elementa turbantur, et testimonium Creatori dat creatura. « Exeuntes autem, invenerunt hominem Cyrenæum, nomme Simonem : hune angariaverunt, ut tolleret . crucem ejus. » Ne quis putet huic loco Joannis evangelis- tæ historiam esse contrariam. 111e enim dixit, exeuntem Dominum de prætorio portasse crucem süam ; Matthæus autem refert quod invenerunt hominem Cyrenæum, nomine Simonem, quem angariantes imposuerunt ei crucem Jesu. Sed hoc intelligendum est quod egrediens de prætorio Jésus, ipse portaverit crucem suam ; postea obvium habuerint Simonem, cui portandam crucem im- posuerint. Juxta anagogem vero, crucem Jesu suscipiunt' nationes, et peregrinus obediens portât ignominiam Salvatoris. « Et venerunt in locum qui dicitur Golgotha, quod est Calvariæ locus. » Audivi quemdam .exposuisse Calvariæ lociun, in quo sepultus est Adam, ’et ideo sic appellatmn esse, quia ibi antiqui hominis sit conditum 103 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU qu’un auteur prétendait que le Calvaire était, l’endroit où Adam avait été enseveli; qu’il aurait été ainsi appelé, parce qu’il renfermerait la tête du premier homme, et que l’Apôtre y ferait allu¬ sion, lorsqu’il dit : « Levez-vous, vous qui dor¬ mez et ressuscitez des morts, et le Christ vous éclairera. » Cette interprétation est ingénieuse, et caresse l’oreille du peuple, mais elle n’est point vraie. Il y a en effet en dehors delà ville, à quel¬ que distance de la porte, des endroits où l’on tranche la tête aux condamnés ; ces endroits ont pris le nom de Calvaire, c’est-à-dire, place des décapités. C’est là que le Seigneur a été crucifié, afin que l’étendard du martyre se dressât au lieu même du supplice des scélérats, et qu’il fût comme un criminel crucifié au milieu des crimi¬ nels, pour le salut de tous, de même qu’il avait pour nous porté la malédiction de la croix, suhi la flagellation et le crucifiement. Que si l’on veut soutenir que le Sauveur à été crucifié en ce lieu tout exprès pour arroser de son sang le tombeau d’Adam, nous demanderons, pourquoi les deux voleurs y furent crucifiés également. Il suit de caput, (1) et hoc esse quod Apostolus dicat : « Surge qui dormis, et exsurge a mortuis, et illuminabit te Christus. » Favorabilis interpretatio et mulcens aurem populi, neo tamen vera. Extra urbem enim et foras portam, loca sunt in quibus truncantur capita damnatorum, et Calva- riæ, id est, decollatorum sumpsore nomen. Propterea autem ibi crucifixus est Dominus, ut ubi prius erat area damnatorum, ibi erigerentur vexilla martyrii. Et quomo- do pro nobis maledictum crucis factus est, et flagellatus est, crucifixus; sic pro omnium salute quasi noxius in¬ ter noxios crucifigeretur. Sin autem quispiam contendere voluerit, ideo ibi Dominum crucifixum, ut sanguis ipsius super Adæ tumulum distillaret, interrogemus eum, quare et alii latrones in eodem loco crucifixi sint? Ex quo apparet Calvariam non sepulcrum primi hominis, sed là que Calvaire ne signifie pas sépulcre du premier homme, mais place des décapités; en sorte que là où avait abondé le péché, la grâce surabondât. Rom . v. Quant à Adam nous lisons dans le livre de Jésus fils de Nave, qu’il fut enseveli près d’Hébron et d’Arbee. Jos. xiv. « Et ils lui donnèrent à boire du vinaigre mêlé avec du fiel. Mais lorsqu’il en eut goûté, il ne voulut point boire. » Ibid, . 34. Dieu parle ainsi à Jérusalem « Je vous ai plantée comme une véri¬ table vigne, comment êtes vous changée en l’amertume d’un plant bâtard?» Jerem . n, 21. La vigne amère donne le vin amer qu’on pré¬ sente au Seigneur Jésus, afin que s’accomplisse cette parole des Écritures : « Ils m’ont donné du fiel pour nourriture, et dans ma soif, ils m’ont abreuvé de vinaigre. » Ps. Lxvirr; 22. Quant à ces paroles : « mais lorsqu’il en eût goûté, il ne voulut point boire,» elles indiquent qu’il a goûté, il est vrai, pour nous l’amertume de la mort, mais qu’il est ressuscité le troisième jour. « Après qu’ils l’eurent crucifié, ils partagèrent Iocum significare decollatorum, ut ubi abundavit pecca-* tum, superabundaret gratia Rom, v. Adam verosepul- tum juxta Hébron et Arbee, in Jesu füii Nave volumine legimus Jos . xiv, « Et dederunt ei acetum bibere cuin felle mixtum, et cnm gustasset, noluit bibere. » Deus loquitur ad Jérusa¬ lem : « Ego te plantavi vineam veram, quomodo facta es in amaritudinem vitis alienæ » [Al. Aliéna ] Jerem . n, 21? Amara vitis amarum vinum facit, quod. propinàt Domino Jesu, utimpleatur quod scriptum est : « Dederunt in escam meam fel, et in siti mea potaverunt me aceto » Isai. i/xvm, 22. Quod autem dicitur : Et cum gustasset, uoluit bibere, » hoc"indicat, quod gustaverit quidem pro nobis mortis amaritudinem, sed tertia die resurrexerit. « Postquam autem crucifixerunt eum, diviserunt ves- (1) Aique ita quidem senserunt Pailla et Eustochium Epist. inter Hieronymianas 46, ad Marcellam, cui cqnscribendra sensus prœslitisso Hieronymum, vulgaris opinio est. Locus , inquiunt, in quo crucifixus est Dominus n oster Calvaria appellatur, scilicot , quod ibi $it antiqui hominis Calvaria condita, ut secundus Adam , id est , sanguis Christi de cruce stillaus, primi Adam et jacentis protopiasti peccata dilueret. Yerum hano veluli fabulam ipse alibi Hieronymus essufflat, Quem vero hic se dicit audtvisse, in Commeniariis in Epist. ad Ephesios y, 14, diligenuus describit. Scia me, inquit, au di visse quemdam de hoc loco disputantem , qui in tkeatrale miraculum, numquam ànte visam populo formam exhibait, ut placer et : testimonium hoc > inquiens , ad Adam dicitur in loco Calvariæ sepultum, ubi crucifixus est Dominus, qui Calvariæ idcirco appellatus est, quod ibi antiqui hominis esset conditum caput . ïllo ergo tempore, quo crucifixus Dominus, super ejus pendebat sepulcrum, hœc prophetia compléta est, dicens : Surge, Adam, qui dormis, et eisurge a mortuis, et non ut legimus, emcpauo'et GOi id est, orietur tibi Christus, sed £7Cl'j'aoa,£i, id est, continget te Chrislus. Quia vîdelicet tadu sanguinis ipsius, et corporis dependentis vivificetur , atque consùrgat, et tune typurn quoque.illum veritate compleri quando Elisæus mortuus mortuum suscitant. Hæc utrum vera sunt, nec ne, lectoris arbitrio derelinquo . Certe tune in populo dicta placuerunt, et quodam plausu ac tripudio sunt excepta: Nos quœdam observabimus ad hujusmet Epistolœ locum ; astipulatorem enim S. Ambrosimn inter cæieros mngni nominis viros hceo opinio hahuit, Commentai'. in Lu cnm xxiu, ubi ot, quod difficile est credilu, prognatam ab Hebræis tradit fuisso sontentiam. Ed. Mig. 104 SAINT JEROME entre eux ses vêtements, les tirant au sort : afin que cette parole du prophète fut accomplie : Ils ont partagé entre eux mes vêtements, et ils ont tiré ma robe au sort. » Ibid . 35, Et ceci avait été prédit dans le même psaume : « Ils ont par¬ tagé entre eux mes vêtements et ils ont tiré ma robe au sort. » Ps. xxr, 19. « Et s’étant assis, ils le gardaient. » Ibid . 36. La vigilance des soldats et des prêtres nous est profitable en ce sens qu’elle fait ressortir avec plus de force et de clarté la puissance du Christ qui est ressuscité. « Et ils mirent au-dessus de sa tête, sa cause écrite en ces termes : C’est Jésus, le roi des Juifs* » Ibid . 37. Je ne puis assez admirer, tant la chose me semble prodigieuse, qu’après avoir acheté à prix d’argent des faux témoins, provo¬ qué les clameurs de ce peuple infortuné et l’avoir poussé à la révolte, ils n’aient pu trouver d’autre motif pour faire mourir Jésus que celui-ci : qu’il était le roi des Juifs. Et probablement qu’ils l’ont fait pour. le railler encore et comme une dernière dérision. Du reste, comme ils voulaient encore s’y opposer, Pilate leur répondit : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. » Que vous le vouliez ou non, . Juifs, toute la Gentilité vous crie : Jésus est le roi des Juifs, c’est-à-dire, le chef suprême de ceux qui croient en lui et le confessent. « En même temps, on crucifia avec lui deux voleurs, l’un à sa droite, et l’autre à sa gauche. » ti monta ejus, sortera mittentes, ut impleretur quod dictum est per prophetam, dicentem : Diviserunt sibi ves- timenta mea, et super vestem meam miserunt sortem. » Et hoc in eodem psalmo fuerat prophetatum : « Divise¬ runt sibi vestimenta mea, et super vestem meam mise¬ runt sortem » Isai, xxr, 19. « Et sedentes servabant eum. » Diligentia militum et eacerdotum nobis proficit, ut major et apertior resurgen- ■ tis virtus appareat. « Et iniposuerunt super caput ejus causam ipsius ecriptam, Hic est Jésus,, rex Judseorum. » Non possum digne admirari pro rei ' magnitudine, quod redemptis pretio falsis testibus, et ad seditionem clamoremque infe- lici populo concitato, nullam aliam invenerint causam interfectionis ejus, nisi quod rex Judseorum esset. Et illi forsitam illudentes ridentesque hoc fecerint. Cæterum Pilatus etiam nolentibus respondit : « Quod scripsi, scrip- si, » Velitis, nolitis, Judæi, omnis vobis gentium turba respondet : Jésus rex Judseorum est, hoc est imperator credentium et confitentium . « Tune crucifixi sunt cum eo duo latrones, unus a Ibid. 38. Si le Golgotha est le tombeau1 d* Adam, et non le lieu d’exécution des condamnés, si le Seigneur n’y est crucifié que pour y ressusciter Adam, pourquoi les deux voleurs sont-ils cruci¬ fiés dans ce même lieu? « Mais ceux qui passaient par là, le blasphé¬ maient en branlant la tête, et lui disant : Toi qui détruis le temple de Dieu et qui le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même. Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix. Les princes des prêtres se moquaient pareillement de lui avec les scribes et les anciens, en disant. » Ibid. 39 Sùqq. Ils blasphémaient, parce qu’ils passaient en dehors de la voie, et refusaient de marcher dans le véritable chemin des Écritures. Ils branlaient la tête, parce qu’ils avaient auparavant remué leurs pieds, et qu’ils ne se tenaient plus sur la pierre. Ce peuple insensé répété comme une insulte ce qu’ont imaginé les faux témoins. « Il a sauvé les autres, et il üe peut se sauver lui-même. » Ibid. 42. Malgré eux les Scribes et les Pharisiens reconnaissent qu’il a sauvé les autres. Ainsi votre propre aveu vous condamne. Car celui qui a sauvé les autres, pourrait certes, s’il le voulait, se sauver lui-même. « S’il est le roi d’Israël, qu’il descende présen¬ tement de la croix, et nous croirons en lui. 11 met sa confiance en Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s’il le veut; car il a dit : Je suis le dextris, et unus a sinitris. » Si Golgotha tumulus est Adam, et non domnatorum locus, et ideo Dominus ibi crucifigitur, ut suscitet Adam, duo latrones quare in loco isto eodem crucifiguntur? « Prætereuntes autem blasphemabant eum movenles capita sua, et dicentes : Vah! qui destruis templum Dei, et in triduo illud reædificas, salva temetipsum ; si FIlius Dei es, descende de cruce. Similiter et princi¬ pes sacerdotum, illudentes cum sevibis et senioribus, dicebant. » Blasphemabant, quia prætergrediebantur viam, et in vero itinere Scripturarum ambulare nolebant. Movebant capita sua, quia jam antea moverant pedes, et non stabant super petram. Idipsum autem insultans, dicit fatuus populus, quod falsi testes confmxèrant. « Alios salvos fecit, seipsum non potest salvum facere. » Etiam nolentes, conûtentur Scribæ et Pharisæi, quod alios salvos fecerit. Itaque vos vestra condemnat sen- tentia. Qui enim alios salvos fecit, utique sf vellet, seip¬ sum salvaxe poterat. « Si rex' Israël est, descendat de cruce, et credimus ei. Gonfidit in Deo; liberet eum nunc si vult. Dixit enim, COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 105 . Fils de Dieu.» Ibid. 43. Promesse mensongère. Lequel est le plus prodigieux, de descendre encore vivant dé la croix, ou mort de ressusciter et de sortir du tombeau? Il est ressuscité, et vous n’avez pas cru. Si donc il était descendu de la croix, vous n’auriez point cru davantage ; mais il me semble que ce sont les démons qui leur soufflent ces, paroles. Car aussitôt que le Seigneur fut crucifié, ils sentirent toute là vertu de la croix, et comprirent que leur empire était anéanti. Par suite, ils travaillent à le faire des¬ cendre de la croix. Mais le Seigneur, connais¬ sant les ruses de ses ennemis, reste sur le gibet, pour détruire le règne du démon. « Les voleurs qui étaient crucifiés avec lui, lui faisaient les mêmes reproches. » Ibid , 44. Nous rencontrons ici la figure appelée en grec en vertu de laquelle les deux voleurs passent pour avoir blasphémé tandis qu’un seul l’a fait. Saint Luc de son côté affirme que, pendant que l’un des deux vomissait des blasphèmes, l’autre au contraire confessait Jésus et adressait des reproches, au blasphémateur Luc . xxiir. Il n’en faudrait pas conclure que les Évangiles se contredisent, mais que d’abord tous deux ont blasphémé; et que plus tard, en voyant le soleil s’obscurcir, la terre trembler, les rochers se fendre, et les ténèbres devenir plus épaisses, l’un de ces voleurs a cru en Jésus, et a racheté par son hommage et sa profession de foi, quia Filius Dei sum. » Fraudulenta promissio, quid est plus de cruce adhuc descendere viventem, an de sépul¬ cre inortuum resurgere? Resurrexit, et non credidistis, Ergo si etiam de cruce descendent, similiter non crederetis. Sed mihi hoc videntur dæmones immittere. Statim enim ut crucifixus est Dominus, senserunt virtu- tem crucis, et intellexerunt fractas esse vires suas, et hoc agunt-, ut de cruce descendat; sed Dominus sciens adversariorum insidias, permanet in pàtibulo, ut diabo- lunr déstruat. ; . « Idipsum autem et latrones, qui crucifixi erànt cum eo, improperabant ei. » Hic per tropum, qui appellatui pro uno latrone uterque inducitur blasphé¬ masse. Lucas vero asserit, quod altero blasphémante, alter confessus sit, et econtrario increpaverit blasphe- mantem Luc , xxm. Non quod discrepent Evangelia; sed quod primum uterque blasphemaverit, dehinc sole fu- giente, terra commota, saxisque disruptis, et ingruenti- bus tenebris, unus credid.erit in Jesum, et priorem ' negationem sequenti confessions emendaverit. In duobus son incrédulité première. ( Lés deux voleurs figurent les deux peuples, le peuple juif et le peuple gentil; tous deux ont d’abord blasphémé le Seigneur, mais ensuite l’un des deux, étonné par la grandeur de ses miracles, a fait pénitence, et continue encore aujourd’hui de réprimander les juifs blasphémateurs. >Ibid. 47. Non pas tous, mais quelques-uns seulement. C’étaient, je pense, les soldats romains qui, ne di, hoc est, luminare majus retraxisse radios suos, ne aut pèndentem videret Dominum,aut impii blasphémantes sua luce fruerentur, « Et circa ho ram nonam, clama vit Jésus voce magna, dicens : Eh, Eli, lammasabacthani. Hoc est, Deus meus, Deus meus, ut quid dereliquisti me? » Principio vicesimi. primi psalmi abusus est, illudque quod in medio vereiculo legitur : » Respice in me, » superfluum est. Legitur enim in Hebræo : « Deus meus, Deus meus, quare me dereliquisti? » Ergo impii sunt qui psalmum istum ex persona David, sive Esther et Mardochæi dictum putant, cum etiam evangelîstse testimonia ex eo sumpta super Salva tore in tell igant , ut est illud ; « Diviserunt sibi vestimenta mea, et super vestem meam miserunt sortem. » Et aliud : « Foderunt manus meas et pedes meos. » Ne mireris verborum humilitatem et querimonias derelicti, cum formam servi sciens, scanda- lum crucis videas. Quidam autem illic stantes et audientes, dicebant : Eliam vocat iste. » Non omnes, sed quidam quos arbi- tror milites fuisse Romanos, non intelligentes sermonis comprenant pas la valeur du,, mot hébreu, et l’entendant dire : « Éli, Éli, » supposaient qu’il invoquait Élie. Si nous admettons que ce sont les Juifs qui ont dit cela, il faudra alors en cônclure qu’ils agissent toujours dans la même intention, c’est-à-dire, qu’ils s’efforcent de faire passer le Sauveur pour faible et lâche, puisqu’il implore le secours d’Élie. « Et aussitôt l’un d’eux courut emplir une, éponge de vinaigre, et l’ayant mise au bout d'un roseau, il lui présenta à boire. » Ibid. 48. Et ’ ceci s’est fait pour que s’accomplît la prophétie : « Dans ma soif, ils m’ont abreuvé de vinaigre. » Ps. lxviii, 22. Jusqu’aujourd’hui, les Juifs et tous ceux qui ne croient pas à la résurrection du Seigneur, abreuvent Jésus de vinaigre et de fiel. Ils lui donnent du vin mêlé de myrre pour l’assoupir et l’empêcher de voir les maux qu’ils commettent « Mais Jésus, jetant encore un grand cri, rendit l’esprit. » Ibid . 50. C’est une des'marques de la puissance divine de rendre l’esprit; il l’avait dit auparavant : « Personne ne peut m’en¬ lever la vie; mais je la quitte de moi-même, et je la reprendrai de nouveau. » Joan. x, 18. « Et en même temps, le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas. » Ibid. 51. TL e voile du temple fut déchiré, et tous les mystères de la Loi,' cachés auparavant, se découvrirent et passèrent au peuple des Gentils. Iîebraici proprietatem, sed ex eo quod dixit : « EH» Eli,» putantes Eliam ab eo invocatum. Sin autem Judæos qui hoc dixerint, intelligere voluerimus, et hoc more sibi solito faciunt, ut Dominum imbecillitatis infament, qui Elise auxilium deprecetur. « Et c.ntinuo currens unus ex eis, acceptam spongiam implevit aceto, et imposuit arundini, et dabat ei bibe- re. » Et hæc facta sunt ut compleretur prophetia : « In siti mea potaverunt me aceto » Ps. lxviii, 22.- Usque hodie Judæi et omnesincreduli Dominicæ resurrectionis aceto et felle potant Jesum; et dant ei vinum myrrha- tum ut eum consopiant, et mala eorum non videat. « Jésus autem iterum damans voce magna, emisif spiritum. » Divinæ potestatis indicium est emittere spiritum, ut ipsé quoque dixerat « Nemo potest tollere animam meam a me; sed ego pono eam a me ipso, et rursum accipiam eam » Joan. x, 18. « Et ecce vélum templi scissum est in duas partes a sum.mo usque deorsum. » Yelum templi scissum est, et omnia Legis sacramenta quse prius tegebantur, prodita sunt, atque ad Geutium 1 populum transierunt. lù Evan- COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 107 Dans l’Évangile, dont nous avons fait souvent mention, nous lisons que le haut de la porte du temple qui était d’une grandeur prodigieuse fut brisé et partagé. Josèphe rapporte aussi que les puissances angéliques, préposées à la garde du temple, s’écrièrent alors tons ensemble : s> Sor¬ tons de cette demeure. » «La terre trembla, les pierres se fendirent, les sépulcres s’ouvrirent. » Ibid. 52. Personne ne met en doute que ces prodiges si étonnants, pris dans le sens littéral, n’aient eu pour but de montrer que le ciel et la terre et la création tqut entière reconnaissaient dans le crucifié leur Seigneur. Mais il me semble aussi que ce tremblement de terre et tous ces autres prodi¬ ges sont la figure des croyants; ceux-ci, qui auparavant étaient semblables à des sépulcres de morts, renonçant à leurs erreurs et à leurs vices d’autrefois, et adoucissant la dureté de leurs cœurs, ont ensuite reconnu leur Créateur. « Et un grand nombre de corps des saints qui étaient endormis, ressuscitèrent. Et sortant de leurs tombeaux après la résurrection, ils vin¬ rent dans la ville sainte et apparurent à plu¬ sieurs. » Ibid. 53. De même que Lazare mort ■ était ressuscité, de même beaucoup de corps des saints ressuscitèrent, pour prouver la résur¬ rection du Seigneur. Joan. xi, Et cependant, quoique les sépulcres fussent ouverts, ils . ne ressuscitèrent pas avant que le Seigneur ne fût ressuscité, afin de lui conserver son caractère gelio, cujus sæpe facimus mentionem, superliminare templi infinitæ magnituûinis fractum esse atque divisum legimus [ Al. legij. Josephus quoque refert virtutes nngelicas, prsesid.es quondam templi, tune pariter con- clamasse : « Transeamus ex bis sedibus. ». « Et terra rnota est, et petræ scissse sunt, et monu- menta aperta sunt. » Nufii dubium est, quin \Al. quid] significet jiixta litteram magnitude» signorum, ut crucifi- xum Dominum suum et cœlum et terra et omnia demons- tràront. Sed milii videtuv terræmotus et reliqua typum ferre, credentium, quod pristinis errorum vitiis derelictis, et cordis emollita duritia, qui prius similes erant tumulis mortuoruip, postea agnoverint Creatorem. « Et multa corpora sanctorum qui dormierant, surre- xerunt. Et exeuntesde monumentis post resurrectionem ejus, venerunt in sanctam civitatem, et apparuerunt mul- tis. » Quomodo Lazarus mortuus resurrexit, sic et multa corpora sanctorum resurrexerunt, ut Dominum osten- derent resurgentem Joan. xi. Et tamen cum monumen- ta aperta siht, non antea resurrexerunt, quam Dominus de prémices de là résurrection des morts. Par la cité sainte, dans laquelle se montrèrent ceux qui étaient ressuscités, nous devons entendre la Jérusalem céleste, ou la Jérusalem terrestre, qui jadis avait été sainte. De même que Matthieu s’appelle le publicain, non parce qu’étant apôtre il est resté publicain, mais parce qu’il a conser¬ vé son premier nom; de même Jérusalem est appelée sainte, à cause du temple et du Saint, des saints qu’elle possédait, et aussi pour la distinguer des autres villes où l’on rendait un culte aux idoles. Pour ces paroles : « Et ils apparurent à beaucoup, » elles montrent que ce ne fut pas une résurrection générale qui aurait apparu à tous; mais une résurrection particu¬ lière pour un certain nombre, afin que ceux-là vissent qui étaient dignes de voir. « Le centurion et ceux qui étaient avec lui, pour garder Jésus, ayant vu le tremblement de terre et tout ce qui se passait, furent saissi d’une grande crainte, et disaient ; « Cet homme était vraiment Fils de Dieu. » Ibid . 54. La cause de l’étonnement et de l’exclamation du centu¬ rion est indiquée plus clairement dans un autre évangile, après le tremblement de terre. C’est après avoir vu le Sauveur rendre l’esprit, qu’il s’écria : « Cet homme était vraiment Fils de Dieu. » Car nul n’a le pouvoir de rendre l’esprit, sinon celui qui est le Créateur des âmes. Or, en ce passage nous devons prendre l’esprit pour l’âme, soit parce que c’est l’âme qui communique resurgeret, ut esset primogenitus resurrectionis ex mortuis. Sanctam autem civitatem in qua visi sunt résurgentes, aut Jerosolymam cœlestem intelligamus, aut hanc terrenam quæ anle sancta fuerat. Sicut et Matthæus appellatur publicanus, non quod et Àpostolus adhuc per- maneat publicanus, sed quod pristinum vocabulum teneat. Sancta appellabatur civitas Jérusalem propter templum et sancta sanctorum, et ob distinctionem aliarum urbium, in quibus idola colebantur. Quando vero dicitur, « appa¬ ruerunt multis, » ostenditur non generalis fuisse resurrectio, quæ omnibus appareret ; sed specialis ad plurimos ut hi vidèrent qui cernere merebantur. « Genturio, autem et qui cum eo erant, custodientes Jesum, viso terræmotu et bis quæ fiebant, tixnuerunt valde, dicentes : Vere Filius Dei erat iste. » In alio Evangelio post terræmotum manifestior causa miraculi centurionis exponitur ; quod cum vidisset eum spirilum dimisisse, dixerit : « Vere Filius Dei erat iste. » Nullus enim habet potestatem dimittendi spiritum, nisi ille qui aniraarum conditor est. Spiritum autem in hoc loco pro SAINT JÉROME 108 au corps le prificipo spirituel et vital, soit parce que la substance de l’âme est l’esprit, selon ce qui est écrit : « Vous leur ôterez l’esprit, et ils tomberont en défaillance. » Ps. cm, 29. Et n’ou¬ blions pas de remarquer que c’est en présence de la croix, pendant le scandale même de la passion, que le Centurion confesse que Jésus ■est vraiment le Fils de Dieu; et Arius, lui, dans l’Église, n’y veut voir qu’une créature. « Il y avait là plusieurs femmes -regardant de loin, qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée, et le servaient. Parmi elles étaient Marie Magde¬ leine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils deZébédée. » Ibid . 55, 56. C’était la coutume chez les Juifs, coutume antique que personne ne . songeait à incriminer, que les femmes procurassent aux maîtres qui ensei¬ gnaient, au moyon de leurs propres ressources, la nourriture et le vêtement. Cette coutume qui aurait pu causer du scandale parmi les gentils, saint Paul rappelle qu’il ne l’a pas observée. Il , dit en effet : « N’avons-nous pas le pouvoir de mener avec nous des femmes qui soient nos soeurs, comme font les autres apôtres. » i. Co- rinth. ix, 5. Elles assistaient donc le Seigneur de leurs biens, en sorte qu’elles lui procuraient l’aliment matériel, et que lui à son tour leur distribuait l’aliment spirituel. Si le Seigneur agit de la sorte, ce n’est point qu’il eût besoin de la nourriture, de ses créatures; mais il voulait ! I anima mtelligamus, seu quod spirituale et vitale corpus faciat, seu quod animæipsiussubstantiaspiritussit, juxta illud quod scriptum est : « Au fer es spiritum eorum, et défi¬ cient » Ps, cm, 29. Et hoc considerandum, quod centurio ante crucem in ipso scandalo passionis vere Dei Filium confiteatur ; et Arius in Ecclesia prsedicet creaturam. « Erant autem ibi mulieres multae a longe quee secutæ fuerant Jesum a Galilæa, ministrantes ei ; inter quas erat Maria Magdalene, et Maria Jacobi, et Joseph mater, et mater filiorum Zebedæi. » Consuetudinis Judaicæ fuit, nec diicebatur in culpam more gentis antiquo, ut mulieres de substantia sua victum atque vestitum præceptoribus ministrarent. Hoc quia scanda- lum facere ,poterat in nationibus, Paulus abjecisse se memorat. Uicit enim ipse : « Numquid non habemus potestatem sorores mulieres circumducendi, sicut et cæteri Apostoli tàciunt » I Cor. ix, 5? Ministrabant autem Domino de substantia sua, ut meteret earum carnalia, cujus illse metebant spîritualia. Non quod indigeret cibis Dominus creaturarum, sed ut typum ostenderet magistrorum, quod victu atque vestitu ex offrir,. un modèle aux maîtres et leur montrer par son exemple qu’ils devaient se contenter de recevoir de leurs disciples la nourriture et le vêtement. Mais voyons un peu quelles étaient ses compagnes : c’était Marie Magdeleine, de laquelle il avait chassé sept démons; Marie, mère de Jacques et de Joseph, sa tante, la sœur de Marie mère du Seigneur; la mère des fils de Zébédôe qui lui avait demandé peu de temps auparavant son royaume pour ses enfants; et les autres que nous lisons dans les autres Évangiles. Luc . vin. « Lorsque le soir fut arrivé, un homme riche d’Arimathie, nommé Joseph, qui était aussi dis¬ ciple de Jésus, vint trouver Pilate et lui demanda le corps de Jésus. Pilate commanda qu’on le lui rendît. » Ibid, 57, 58. Si l’écrivain sacré, relate que Joseph était riche, ce n’est point par ostentation, ni pour faire connaître que Jésus avait parmi ses disciples Un homme de qualité et très riche, mais pour nous indiquer la raison qui lui fit obtenir de Pilate le corps de Jésus. Il n’eût pas été facile à un pauvre et à un homme de basse condition d’avoir accès auprès de Pilate représentant de la puissance romaine, et d’en obte¬ nir le corps d’un crucifié. Un autre évangéliste, Luc. xxiii, donne à ce Joseph le titre de fooleo- rqç, c’est à-dire, conseiller , et certains pensent que c’est lui qui est l’objet du premier psaume : « Bienheureux l’homme qui n’est pas allé au conseil des impies, » et le reste. discipulis deberent esse contenti. Sed videamus quales comités habuerit : Mai'iam Magdalenam, a qua septem dæmoma ejecerat, et Mariam Jacobi, et Joseph matrem, materteram suam, sororem Mariæ, matris Domini et matrem filiorum Zebedæi, quæ paulo ante regnum liberis postulaverat, et alias quas in cæteris Evangeliis legimus Luc. vin. « Cum autem sero factum esset, venit quidam homo dives ab Arimathia, nomine Joseph, qui et ipse discipu- lus erat Jesu. Hic accessit ad Pilatum, et petiit corpus Jesu. Tune Pilatus jussit reddi .corpus. » Dûtes refértür non de jactantia scriptoris, quo virum nobilem atque ditissimum référât Jésus fuisse discipulum; sed ut ostendat causam quare a Pilato corpus' Jesu potuerit impetrare. Pauperis enim et ignoti non erat ad Pilatum præsidem Romanse potestatis accëdere, et crucifixi corpus impetrare. In alio Evangelista Luc. xxiii Joseph iste pooXeorqç appellatus, id est, « consiliarius, » et de ipso quidam putant primum psalmum esse coihpositum : « Beatus vir qui non abiit in consilio impiorum, » et reliqua. 109 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU « Joseph ayant donc reçu le corps, l’enveloppa d’un linceul blanc. » Ibid. 59. La simplicité de la sépulture du Seigneur condamne l’ambition des riches qui ne veulent pas renoncer au luxe, et au faste même dans leurs tombeaux. Dans le sens spirituel, nous pouvons conclure de ces paroles que ce n’est ni dans l’or, ni dans les pierres précieuses, ni dans la soie, mais dans un linge bien propre, que le corps du Seigneur doit être enveloppé; elles signifient de plus que celui-là enveloppe Jésus d’un linceul blanc, qui le reçoit dans un cœur pur. « M il le mit dans son sépulcre tout neuf, qu’il aVait fait tailler dans la pierre. Et après avoir roulé une grande pierre jusqu’à l’entrée du sépulcre, il s’en alla. » Ibid . 60. Le Seigneur est déposé dans un sépulcre tout neuf, pour qu’on ne dise pas après sa résurrection, les autres corps restant dans le sépulcre, que ce n’est pas lui qui est ressuscité. Le sépulcre neuf peut aussi figurer le sein virginal de Marie, et la 1 pierre posée à l’entrée, pierre très grande, démontrer que le sépulcre n’a pu être ouvert que par les efforts de bras nombreux. « Il y avait là Marie-Magdeleine et l’autre Marie, assises en face du sépulcre. Or, le jour suivant, qui est celui d’après la préparation, les > princes des prêtres et les pharisiens vinrent en¬ semble trouver Pilate, et lui dirent : Seigneur, nous nous sommes souvenu que ce séducteur a dit, lorsqu’il était encore eh vie : Je ressusciterai trois jours après. » Ibid. 61 seqq. Quand tout le monde abandonne le Seigneur, les femmes conti¬ nuent à lui rendre leurs devoirs ; elles attendent l’effet des promesses de Jésus; et c’est pour cela qu’elles méritèrent de le voir ressuscité avant tous les autres, car « celui qui persévérera jusqu’à . la fin, sera sauvé. » Matth. x, 22.; xxiv, 13. « Commandez donc que le sépulcre soit gardé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent le dérober, et ne disent au peuple : Il est ressuscité d’entre les morts. Et ainsi la dernière erreur serait pire que la première. Pilate leur répondit : Vous avez des gardes ; allez, faites-le garder comme vous l’entendez. Ils s’en allèrent donc, et pour s’assurer du sépulcre, scellèrent la pierre et y mirent des gardes. » Ibid. 64 seqq. Il ne suffisait pas aux princes des ' prêtres, aux scribes et aux pharisiens d’avoir crucifié le Seigneur notre Sauveur ; il leur fallait encore garder le sépulcre, requérir toute une cohorte, sceller la pierre, et autant qu’ils le pouvaient, l’empêcher par force de ressusciter ; de manière que leur sollicitude et leur vigilance fus¬ sent un témoignage de plus en faveur de notre foi; car plus les obstacles se multiplient, et plus se manifeste la puissance de Jésus ressuscitant. Si en effet il est déposé dans un sépulcre tout neuf, taillé dans la pierre, et non dans ün tom¬ beau construit de plusieurs morceaux, c’est pour « Et accepto corpore, Joseph involvit illud in sindone munda. » Ex simplici sepultura Domini, ambitio divitum condemnatur, qui ne in tumulis quidem possunt cnrere divitiis. Possumus autemjuxta intelligentiam spiritualem et hoc sentire, quod corpus Domini non auro, gemmis et serico, sed linteamine puro obvolvendum sit, quamquam et hoc significet, quod ille in sindone munda involvit Jesum, qui pura mente eum susceperit. « Et posuit illud in monumento suo novo, quod exciderat in petra, et advolvit saxum magnum ad ostium momimenti, et abiit. » In novo ponitur monu¬ mento, ne post resurrectionem, cæteris corporibus remanenlibus, re’surrexisse alius fingeretur. Potest autem et no.vum sepulcrum Mariæ virgin alem uterum demons- trare : saxumque ostio appositum,- et saxum magnum ostendere absque auxilio plurimorum sepulcrum non potuisse reserari. « Erat autem ibi Maria Magdalene et altéra Maria, sedentes contra sepulcrum. Altéra autem die quæ est post parasceven, convenerunt principes sacerdotum et Pharisæi ad Pilatum, dicentes : Domine, recordati sumus, quia seductor ille dixit ndhuc vivent : Post très dies resurgam. » Cæteris relinquentibus Dominum, mulieres in officio persévérant, exspectantes quod promiserat Jésus, et ideo meruerunt primæ videre resurgentem, quia « qui perseveravent usque in finem, hic salvus erit » Matth. x, 22; xxiv, 13. « Jubé ergo custodiri sepulcrum usque in diem tertium, ne forte veniant discipuli ejus, et furentur eum, et dicant plebi, surrexit a mortuis, et erit novissimus error peior priore. Ait illis Pilatus : habetis custodiam, ite, custodite sicut scitis. Illi autem abeuntes, munierunt sepulcrum, signantes lapidem eum custodibus. » Non suffecerat principibus sacerdotum, et Scribis ac Phari- sæis crucifixisse Dominum Salvatorem, nisi sepulcrum custodirent, cohortem acciperent, signarent lapidem, quantum in illis est, manum opponerent resurgenti, ut diligentia eorum nostræ fidei proficeret. Quanto eniin amplius reservatur, tahto magis resurrectionis virtus ostenditur. Unde et in monumento novo, quod excisurri' fuerat in petra, conditus est, ne si ex multis lapidibus ædifleatum esset, suftossis tumuli fundamentis, ablatus i 110 * SAINT JÉROME qu’on, ne puisse dire, qu’on en a percé les fon¬ dations et qu’on a dérobé son corps. Mais qu’il dût être déposé dans un sépulcre; le prophète l’atteste en disant : « Il habitera dans une ca¬ verne taillée dans une roche très dure, » Isai. xxxiii. 16. Et deux versets plus loin il ajoute : « Vous verrez le roi dans l’éclat de sa gloire. » Ibid . 17. « Mais la nuit du sabbat étant passée, le pre¬ mier, jour après le sabbat commençant à luire, Marie- Magdeleine et l’autre Marie vinrent voir le sépulcre. » Matth. xxvm, 1. De ce que les Évangiles donnent des heures et des jours différents pour la visite de ces femmes, il ne faudrait pas conclure au mensonge, comme le font les impies; cette diversité prouve uni¬ quement qu’elles vont et viennent fréquemment, regardant comme un devoir de visiter souvent, le sépulcre et qu’elles ne peuvent rester long¬ temps loin du tombeau du Seigneur. « Et tout d’un coup il se fit un grand trem¬ blement de terre. Car un ange du Seigneur des¬ cendit du ciel, et vint renverser la pierre et s’assit dessus. Son visage était comme un éclair, et son vêtement comme la neige. » Ibid . 2, 3. Notre-Seigneur, en même temps et dans la même personne Fils de Dieu et Fils de l’homme, con¬ formément à sa double nature à sa nature divine et à sa nature humaine, donne des marques, tantôt 4e son, infinie grandeur, tantôt de sa pro¬ fonde humilité. Ainsi en cet endroit, bien que ce soit l’homme qui ait été crucifié, enseveli, ren¬ fermé dans le tombeau, retenu par la pierre, néanmoins tout ce qui se passe au dehors, le soleil s’éclipsant, les ténèbres s’épaississant, la terre tremblant, le voile du temple déchiré, les rochers fendus, les morts réssuscités, l’appa¬ rition des anges qui depuis sa nativité venaient témoigner de sa divinité, tout cela, dis-je, mon¬ tre qu’il est le Fils de Dieu. Les anges, disons- nous. Et en effet, Gabriel vient saluer Marie, un ange parle à Joseph, un ange l’annonce aux bergers, un chœur d’anges chante : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre - aux hommes de bonne volonté. » Luc. n. Il est tenté dans le désert, et aussitôt après sa victoire, des anges viennent le servir. Voici maintenant un ange qui vient garder son tombeau, et signa¬ ler, par l’éclatante blancheur de son vêtement, la gloire du Christ triomphant. Plus tard, quand il monte au ciel, deux anges se font voir sur la montagne des Oliviers et prédisent aux apôtres le second avènement du Sauveur. Act. I. « Les gardes en furent tellement Saisis de frayeur, qu’ils devinrent comme morts. Mais l’ange s’adressant aux femmes leur dit : Pour vous ne craignez point; car je sais .que vous cherchez Jésus qui a été crucifié. Il n’est point ici ; il est ressuscité comme il l’a dit. » Ibid . 4, 5. Les. gardes saisis de frayeur, sont dans leur furto, dicéretur. Quod autem in sepulcro ponendus esset, prophetæ testimonium est, dicentis : « Hic habitabit in excisa speluncà petræ fortissimæ » Isai . xxxxn, 16. Statimque post duos versiculos sequitur : « Regem cum gloria videbitis » Ibid., 17. « Vespere autem sabbati quæ lucescit in prima sabba- ti, venit Maria Magdalene et altéra Maria videre sepulcrum. » Quod diversa tempora istarum mulierum in Evangeliis describuntur, non mendacii signum est ut împii objiciunt, sed.sedulæ visitatioms officium, dum crebro abeunfc ac recurrunt, et non patiuntur a sepulcro Domini diu abesse vel longius. « Et ecce terræmotus factus est magnus. Angélus ènim Domini descendit de cœlo, et accedens revolvit lapidem, et sedebat super eum. Erat autem aspectus ejus sicut fulgur [Al. fulgor] , et vestimentum ejus sicut nix. » Dominus noster unus atque idem Filius Dei et Filius hominis, juxta utramque naturam, diviuitatis et carnis, nunc magnitudinis suæ, nunc humilitatis signa demonstrat. Unde et in præsenti loco, quamquam homo sit qui crucifixus est, qui sepultus est, qui clausus tumulo, quem lapis oppositus cohibet, tamen quæ foris aguntur ostendunt Filium Dei, sol fugiens, tenebræ ingruentes, terra commota, vélum scissum, saxa dirupta, mortui suscitati, angelorum ministeria, quæ ab initio nativi- tatisejus deum probabant. Ad Mariam Gabriel venit, cum Joseph angélus loquitur; idem pastoribus Uuntiat, ange¬ lorum postea auditur chorus dicentium : Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonse voluntatjs » LuQ) xi. Tentatur in solitudine, et post victoriam Statirn serviunt angeli. Nunc quoque Angélus venit custos sepulcri Dominici, et in vestitu candido signât gloriam triumphantis. Necnon ascendente ad cœlos Domino, diuo angeli in Oliveti monte ceruuntur, pollicentes apostolis secundum Salvatoris adventum. Aot. i. « Præ timoré autem ejus, exterriti sunt custodes, et facti sunt velut mortui. Respondens autem angélus, dixit mulieribus Nolite timere vos. Scio enfin, quod Jesum, qui crucifixus est, quæritis Non est . hic, sur- rexit enim sicut dixit. » Custodes, timoré perterriti COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT MATTHIEU 111 t-üïoi tombés comme morts; et cependant, ce n- est point eux, mais les femmes que l’ange ras¬ sure. Pour vous, ne craignez point. Que ces hommes, dit-il, craignent; que l’effroi persévère au cœur de ceux qui persévèrent dans l’incrédu¬ lité. Pour vous qui cherchez Jésus crucifié, apprenez qu’il est ressuscité, et qu’il a tenu sa promesse. << Venez et voyez le lieu où le Seigneur avait été mis. Puis allez promptement dire à ses dis¬ ciples. » Ibid . 6, 7. Si vous ne croyez pas à mes paroles, croyez du moins au sépulcre vide, et allez d’un pas rapide et pressé annoncer à ses disciples. « Qu’il est ressuscité; et déjà il vous précède en Galilée, c’est là que vous le verrez; je vous en avertis par avance. » C’est-à-dire, dans la fange où se vautrent les nations; où le terrain était auparavant trompeur et glissant, et où par conséquent le pied ne pouvait se poser sûr et ferme. « Elles sortirent aussitôt du sépulcre avec une grande crainte et une grande joie, et cou¬ rurent l’annoncer à ses disciples. » Ibid . 8. Un double sentiment s’était emparé du cœur de ces femmes, un sentiment de crainte, et un senti¬ ment de joie, l’un causé par la grandeur inouïe du prodige, l’autre par le désir de voir le Sau¬ veur ressuscité; et tous deux poussaient les femmes à hâter le pas. Elles se dirigeaient vers ■instar mortuoram stupefacti jacent, et tàmen angélus non illos, sed mulieres consolatur. Nolite timere vos. Illi, inquit, timeant, in his perseveret pavor, in quibus perraanet increduJitas. Cæterum vos quia Jesum quæritis cruçifixum, audite quod resurrexerit et promissa perfe- cerit. « Venité, et videte locum ubi positus erat Dominus. Et cito euntes, dicite discipulis ejus. » Ut si meis verbis non creditis, vacuo credatîs sepulcro, et gradu concito pergite ac nuntiate discipulis ejus. « Quia surrexit,-et ecce præcedit vos in Galilæam, ibi, eum videbitis; ecce prædixi vobis. » Hoc est in volutabrum gentium, ubi ante error erat et lubricum, et lirmo ac stabili pede vestigium non ponebat. «Et exierunt cito de monumento cum timoré et gaudio. magno, currentes riuntiare discipulis ejus. » Duplex mentes mulierum tenebat affectus, timoris et gaudii, alter de miraculi magnitudine, alter ex desiderio resurgeiitis; et tanjen uterque femineura concitabat gradurp. Pergebant ad apostolos, ut për illis fidei semi- narium. spargeretur. les apôtres, afin qu’ils répandissent la semenco de la foi. « Et voici que Jésus vint à leur rencontre, et leur dit : Je vous salue, » Ibid . 9. Celles qui cherchaient ainsi, qui couraient ainsi, méritaient de rencontrer le Seigneur ressuscité et d’en¬ tendre avant tout autre, cette douce parole *: « Je vous salue ; » c’était pour les femmes d’abord que la malédiction d’Eve la première femme devait être renversée, << Mais elles s’approchèrent de lui, tinrent ses pieds et l’adorèrent » Ces femmes s’avancent et tiennent ses pieds, parce qu’elles l’adorent. D’au¬ tre part, à celle qui cherchait un vivant parmi les morts, et ignorait encore que le Fils de Dieu fût ressuscité, il a dit très justement ; « Ne me touchez pas, car je ne suis pas, encore monté vers mon Père. » Joan. xx. 17. « Alors Jésus leur dit ne craignez point Ibid. 10. Une faut jamais perdre de vue que lorsqu’il est question dans l’Ancien comme dans le. Nouveau Testament d’une vision plus extra¬ ordinaire, elle est toujours précédée d’une invi¬ tation à ne point craindre, afin que l’esprit étant rassuré ce qui va être dit puisse être écouté avec plus d’attention et de fruit. « Allez, annoncez à mes frères qu’ils aillent en Galilée, c’est là qu’ils me verront. Quand elles furent parties, quelques-uns des gardes vinrent à la ville et racontèrent aux princes des prêtres « Et ecce Jésus occurrit illis, dicens : Avete. » Quæ sic quærebant, . quæ ita currebant, raerebantur obvium habere Domimim resurgentem, et primum audire, « Avete : » ut maledictum Evæ mulieris in mulieribus subverteretur. « Illæ accesserunt, et tenuerunt pedes ejus, et adora- verunt eum. » Istæ accedunt et tenent pedes ejus, quia adoraverunt eum. Cæterum ilia, quæ quærebat viventera cum mortuis, et nesciebat adhuc Filiüra Dei surrexisse, merito audit : « Ne tangas me, nondum enim ascendi ad Patrem meura » Joan . xx, 17. « Tune ait illis Jésus : Nolite timere. » Et in veteri et . in novo Testamento, hoc semper observandum est : quod quando augustior [AL angustior] aliqua apparuerit visio, primum timor pellitur, ut, sic mente placata, possint > quæ dicuntur [AL dicunt], audiri. « Ite, nuntiate fràtribus meis, ut eant in Galilæam, ibi me videbunt, Quæ cum abiissent, ecce quidam de custodibus venerünt in civitatera, et nuntiaverunt prin- cipibus sacerdotum omnia quæ facta fuerant. > His fràtribus de quibus in alio loco dixit -: « Annuntiabo 112 SAINT tout ce qui était arrivé. » Ibid. 11. A ces frères dont il disait en un autre endroit : « J'annonce¬ rai votre nom à mes frères. » Psal. xxi, 23; les¬ quels ne voient pas le Seigneur dans la Judée, mais dans les multitudes de la Gentilité. « Ceux-ci s'étant assemblés avec les anciens, et ayant tenu conseil, donnèrent une grosse somme d’argent aux soldats, en leur disant : Dites que ses disciples sont venus la nuit, et l'ont dérobé pendant que vous dormiez. Et si cela vient à la connaissance du gouverneur, nous l’a¬ paiserons, et nous vous mettrons en sûreté. Les soldats, ayant reçu l’argent, firent ce qu’on leur avait dit. Et ce bruit qu’ils répandirent, dure encore, aujourd’hui parmi les Juifs. » Ibid. 12. Seqq. Les gardes avouent le miracle; ils revien¬ nent en toute hâte à la ville; ils racontent aux princes des prêtres ce qu’ils ont vu, ce qui s’est passé sous leurs yeux. Et ces princes des prê¬ tres qui auraient dû se donner au repentir et à la pénitence, et se mettre à la recherche de Jésus ressuscité, persévèrent dans leur malice, et détournent pour récompenser le mensonge l’argent donné pour l’usage du temple, comme ils avaient auparavant donné au traître Judas les trente pièces d’argent, prix de sa trahison. Ainsi tous ceux qui emploient pour la satisfaction de leurs propres caprices les biens du temple et les ressources destinées aux nécessités de l’Église, se rendent semblables aux scribes et aux prê- riomen tuum fratribus meis » Psal. xxi : 23 qui Salva- torem nequaquam in Judæa conspiciunt, sed in gentium multitudine. « Et congregati cum senioribus, consilio accepto, pecuniam copibsam dederunt railitibus, dicentes : Dicite, quia discipuli ejus nocte venerunt, et furati sunt eum, nobis dormientibus. Et si hoc auditum fuerit a præside nos suadebimus ei, et securos vos faciemus. At illi accepta pecunia, fecerunt sicut erant edocti. Et divul- gatum est verbum istud apud Judæos usque in hodier- num diem. » Custodes miraculum confitentur, ad urbeni conciti redeunt : nuntiant principibus sacerdotum quæ viderint, quæ facta conspexerint. Illi qui debuerant converti ad pœnitentiam, et Jesum quærere resurgentein, persévérant in malitia, et pecuniam quæ ad usus templi data fuerat, vertunt in redemptionem mendacii, sicut antea triginta argenteos dederant Judæ proditori. Omnes igitur qui stipe templi, et his quæ conferentur ad usus Ecclesiæ abutuntur in aliis rebas, quibus suam expleant voluntatem, similes sunt scribarum et sacerdotum, redimentium mendacium, et Salvat ris sanguinem. JÉROME très, achetant le mensonge et le sang du Sau¬ veur. « Cependant les onze disciples s’en allèrent en Galilée sur la montagne où Jésus leur avait ordonné de se trouver. Et le voyant ils l’adorè¬ rent ; quelques-uns néanmoins doutèrent. » Ibid . 16, 17. Après sa résurrection, Jésus se fait voir sur une montagne de la Galilée, et il y est adoré; bien que quelques-uns conservent des doutes, et que leurs doutes affermissent notre foi. Il se montre alors plus clairement à Thomas, et lui présente son côté ouvert par la lance, et ses mains percées par les clous. « Et Jésus s’approchant leur parla ainsi : toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. » Ibid . 18. La puissance a été donnée à Celui qui peu de temps auparavant était atta¬ ché à la croix, déposé dans le sépulcre, qui reposait mort dans le tombeau, puis ressuscita plein de vie. La puissance lui a été donnée dans le ciel et sur la terre en sorte que régnant' déjà dans le ciel, il régnera maintenant sur la terre par la foi de ceux qui croiront en lui. « Allez donc et instruisez tous les peuples, lés baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint- Esprit. » Ibid . 19. Ils doivent d’abord instruire tous les peuples, puis lorsqu’ils sont instruits les régénérer dans l’eau. Car il n’est pas possible que le corps reçoive le sacrement de baptême si l’àme n’a d’abord embrassé les vérités do la « Undecim autem discipuli abierunt in Galilæam, in montem ubi constituerai illis Jésus. Et videntes eum, adoraverunt; quidam autem dubitaverunt. » Post resurrectionem in monte Galilææ conspicitur, ibique adoratur : licet quidam débitent, et dubitatio eorum nostram augeat fidem. Nunc manifestius ostenditur Thomæ, et latus lancea vulneratum, et manus fixas deinonstrat clavis. « Et accedens Jésus locutus est eis, dicens : Data est mihi omnis potestas in cœlo et in terra. » Illi potestas data est, qui paulo ante crucifixus, qui sepultus in tumulo,* qui mortuus jacuerat, qui postea resurrexit. In . cœlo autem et in terra potestas data est, ut qui ante regnabat in cœlo, per fidem credentium regnet in terris. « Euntes ergo, docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris, et Filii, et Spiritus sancti. » Primum docent omnes gentes, deinde doctas intingunt aqua. Non enim potest fieri ut sorpus baptismi recipiat sacra- mentüm, nisi ante anima fidei susceperit veritatem. Baptizantur autem in nomine Patris, et Filii, et Spiritus COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT MATTHIEU foi. Ils sont baptisés au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, en sorte que ces trois person¬ nes soient associées dans le même don, comme elles le sont dans, la même divinité ; et le nom de la Trinité est un seul Dieu . « Leur apprenant a observer toutes les choses que je vous ai prescrites, » Ibid . 20. Enchaîne¬ ment remarquable, il commande à ses apôtres d’instruire d’abord tous les peuples, puis de les purifier par le sacrement de la foi, et enfin, après les avoir instruits et baptisés, de leur prescrire tout ce, qu’il faut observer. Et pour que nous ne regardions pas comme peu importantes et peu nombreuses les choses prescrites, il ajoute : sancti, ut quorum una est divintas, una sit largitio : nomenque Trinitatis, unus Deus est. « Docentes eos servare omnia quæcumque mandavi vobis, » Ordo præcipuus : Jussit apostolis ut primum docerent universas gentes, deinde fidei intingerent sacramento (1),. et post fidem ac baptisma, quæ essent observanda præciperent. Àc ne putemus levia esse quæ jussa surit et pauca, addidit : « Omnia quæcumque mandavi vobis. » Ut quicumque crediderint, qui in 113 « Toutes les choses que je vous ai prescrites. » Ainsi tous ceux qui auront cru, et qui auront été baptisés au nom des trois personnes de la Sainte Trinité, doivent faire tout ce qui a été commandé. « Et voici que je suis toujours avec vous jus¬ qu’à la consommation des siècles. » Celui qui promet à ses disciples d’être avec eux jusqu’à la consommation des siècles, leur montre qu’ils seront toujours victorieux, et qu’il ne se sépa¬ rera jamais des fidèles, D’un autre côté, celui qui promet son assistance jusqu’à la fin du monde, n’ignore certainement pas le jour où il sait qu’il sera avec ses apôtres. Trinitaté fuerint baptizati,- omnia faciant quæ præcepta su lit. « Ecce ego vobiscum sum omnibus diebus, usque ad consummationemsæculi.» Qüi usque ad consummationem sæculi cum discipulis se futurum esse promittit, et illos ostendit semper esse victuros, et se numquam a creden- tibus recessurum. Qui autem usque ad consummationem mundi sui præsentiam pollicetur, non ignorât eum diem in qua se scit futurum cum apostolis. (i) Hune Hieronyrai locum nonnulli cum Garnerio ad Mar. Mercatorem, unum ex tribus ilïis esse pulant, quos S. Augustinus libro de Fido et Operibus notât, impugnatque, tacito tamen auctoris nomine, præ reverentia, ut oit, tanli vin. Hanc nempe ipsara, præcedere debere baptis- mi sacramenlum, ut deinde sequatur vitæ morumque doctrina, sententiam S, Augustinus perversam ac præposteram esse contendit. Séd quemadmodum prior ex iis locus, qui est de omnibus citra dîscrimen admiitendis ad baptismum, ita ut etiam gravissimorum criminum roi, iique pertinaces qui vitam emendare noïint, non repellantur, Hieronymo offingi nullotenus potest, quera penes nihil buicerrori consentaneum est invenire; ita neque in hoo culpandus est S. doctor, isquo .puiondus qui ab Augustino, quomquom nomine dissimulato, reprehenditur. Neque enim id proprie Hieron. sentit, quod Episcopus Hipponensis culpat ; ut ex superiorihus atque integro contextu manifestum est, ubi fidei doctrinam continuo præponî jubet : Neque enim, inquit, potest fieri, ut corpus baptismi recipiat sacramenlum, nisi ante anima fidei susceperit veritatem.ï>0 morum autem doctrine parum sollicitus, si baptismo præmittatur, tantum curât ne omnino proetermittatur;'eaque certe yel pest baptismum tradenda est. Accedit quod et tenium locum falso notolum dici ab Augustino, oslendiraus ad dialog. 1 contra Pelagianos, et ad Commenter, in Isoi; cap. ultimum. Ed, Mig . Tom. X. 8 TRADUCTION PAR SAINT JÉROME PRÊTRE DE STRIDON DES XXIX HOMÉLIES D’ORIGÊNE SUR L’ÉVANGILE DE S. LUC POUR PAUL ET EUSTOCHIUM PROLOGUE / Vous avez lu, m’avez vous dit, il y a quelque temps, les Commentaires de certains auteurs sur saint Matthieu et saint Luc. De ces commen¬ taires, l’un était inepte pour les pensées et pour le style; l’autre jouait sur les mots, et dormait sur le sens. Eh conséquence, méprisant ces enfantillages, vous m’avez demandé de vous traduire du grec au moins trente-neuf des homélies de notre Origène sur saint Luc; chose' pénible et qui sent la torture, d’écrire avec l’estomac d’autrui, comme dit Cicéron, et non avec le sien propre; je vais pourtant le faire, car en somme vous ne demandez rien d’impos¬ sible. Sainte Blésille était plus exigeante; elle avait jadis à Rome, réclamé que je lui tradui¬ sisse en latin les vingt-cinq volumes des Commentaires d’Origène sur saint Matthieu, les cinq autres sur saint Luc, et les trente-deux Ante paucos dies quorumdam in Matthæum et in Lucam Commentarios vos legisse dixistis, e quibus alter et sensibus hebes esset, et verbis; alter in verbis lude- ret, in seutentiis . clormitaveL Quamobrem petistis, ut contemptis istiusmodi nugis, saltem triginta et novem Adamantii nostri in Lucam homilias, s;cut in Græco ha- bentur, interpréter; molestam rem et tormento simi- lem, alieno, ut jt Tullius, stomacho et non suo scribe- re; quam tamen idcirco nunc faciam, quia sublimiora non poscitis. Siquidem illud quod olim Romse sancta Blaesilïa flagitaverat, ut viginti quinque tomos illius in MaUbseum, et quinque alios in Lucam, et triginta duos, sur saint Jean; or pour faire cette besogne, je ne me sens ni la force, ni le temps, ni le courage* Vous allez juger quel empire vous- exercez sur moi et quel cas je fait de votre volonté. J’ai laissé un peu de côté les livres des questions Hébraïques pour dicter, selon votre désir, à des mains payées, ces écrits tels qu’ils sont, œuvres d’autrui et non les miennes, et j’y ai d’autant plus de mérite que j’entends le corbeau de mauvais augure croasser à gauche, et se moquer d’une manière étonnante des couleurs qu’étalent tous les oiseaux, lui qui est noir en tout son corps. Je m’empresse donc de recon¬ naître, avant toute objection de sa part, que dans ces traités, Origène joue aux dés comme un enfant; qu’autres sont les œuvres de son âge mûr, autre les travaux tardifs de sa vieil¬ lesse. Si un jour le désir me prend, si je puis, in Joannem, nostræ linguæ traderem, nec virium, mearum, nec otii, nec laboris est. Perspicitis enim, quantum apud me et auctoritas vestra, et voluntas valet . Prætermisi paululum Hebraicarum Quæsfcionum libros, ut ad arbitrium vestrum lucratives operis hsec, qualia- cumque sunt, non mea, sed aliéna dictarem : prsesertim cuin a sinistro oscinem corvum audiam crocitantem, et mirum in modum de cunctarum avium ridere colo- ribus, cum totus ipse tenebrosus sit. Fateor itaque an- tequam ille objiciat, in his Origenein tractatibus. quasi ptferum talis ludere ; alia sunt virilia ejus, et alia se- neotutis séria. Quæ si libuerit, si potuero, si Dominus, 1 i / COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC 115 si Dieu me ménage la .facilité de les traduire' en latin, quand j’aurai achevé l’ouvrage que je laisse de côté pour le moment, vous pourrez voir alors, mieux que cela* la. langue romaine saura par vous, combien de bonnes choses elle ignorait, puisqu’elle commencera senlement alors à les connaître. En outre, je me suis mis en mesure de vous envoyer dans quelques jours ut in Latimim serrrionem vertam ; dederit commeatum, et prætermissum opus prius expie vero, tune videra po- teritis, immo per vos Romana lingua cognoscet, quan¬ tum boni et ante nescierit, et scire nunc cœperit. Præ- terea Gommentarios viri eloquentissimi Hilarii et beati les Commentaires que le très éloquent Hilaire, et le bienheureux martyr Victorin ont composés sur saint Matthieu, dans un style différent, 1 il est vrai, mais avec un égal agrément d’esprit; afin que vous n’ignoriez pas avec quel soin les hommes de notre religion se sont eux aussi, jadis livré à l’étude des Saintes Écritures. martyris Victorini, quos in Matthæum diverso sermone, sed una gratia spiritus ediderunt, post paucos dies ad vos mittere disposui; jie ignoretis quantum nostris quo- que bominibus sanctarum Scripturarum quondam studium fuerit. COMMENCEMENT DES XXIX HOMÉLIES SUR SAINT LUC PRONONCÉES LES DIMANCHES HOMÉLIE I. Sur la préface de saint Luc jusqu’à l’endroit où il dit : « Vous écrire, ô excellent Théophile. » De même qu’il y eut autrefois chez le peuple juif une foule de gens pour annoncer des pro¬ phéties, parmi lesquels les uns étaient, comme Ananias fils d’Agot, de faux prophètes; et les autres, des prophètes véritables, que de plus, le peuple avait le don de discerner les esprits, et en vertu de ce don admettait les uns parmi les prophètes, rejetait les autres, comme le pour¬ rait faire un banquier habile pour une monnaie de mauvais aloi ; de même sous l’empire du Nouveau Testament, plusieurs ont entrepris d’écrire des Évangiles ; mais tous n’ont pas été admis. Et pour vous convaincre qu’il n’y a. pas eu seulement dans les premiers temps quatre Évangiles, mais un bien plus grand nombre, parmi lesquels on a choisi et recommandé aux Églises ceux que nous possédons actuellement, vous n’avez qu’à lire la préface de saint Luc, qui est ainsi conçue : « Gomme plusieurs ont entrepris do faire le‘ récit. » Luc . I. Ce qu’il dit : HOMILIA I In prooemium Lucse usque ad eum locum ubi ait : « Scri¬ bere tibi, optime Théophile. » Sicut olim in populo Judæorum multi prophetiam pol- licebantur, et quidam erant pseudoprophetæ, e quibus, unus fuit Ananias filius Agot ; alii vero prophetæ; et erat gratia in populo discernendorum spirituum, per quem alii inter prophetas recipiebantur, nonnulli quasi ab exercitàtissimis trapezitis reprobabantur ; ita et nunc i il riovo Testamento multi conati sunt scribere Evangelia sed non omnes recepti. Et ut sciatis, non solnm quatuor Evangelia, sed plurima esse conscripta, e quibus hæc, quée habemus, electa sunt, et tradita Ecclesiis, ex ipso prooemio Lucses, quod ita contexitur, cognoscamus : « Quoniam quidem multi conati sunt ordinare narratio- nem » Luc. i. Hoc quod ait : « Conati sunt. » Lateutem « ont entrepris. » renferme une accusation tacite contre ceux, qui sans y être poussés par le Saint-Esprit, so sont mis en tête d’écrire des Évangiles. Saint Matthieu, saint Marc, saint Jean et saint Luc n’ont pas entrepris d’écrire; ils n’ont écrit des Évangiles que sous l’inspira¬ tion du Saint-Esprit. Plusieurs donc ont entrepris de faire le. récit des choses qui sont parfaitement connues parmi nous. L’Église admet quatre Évangiles ; les hérésies, un plus grand nombre.. Parmi ces derniers, il en est un qui porte le nom d’Évangile selon les Égyptiens, un autre, Évangile selon les douze apôtres. Basilide a eu aussi l’audace d’écrire un Évangile et de lui. donner son nom. Plusieurs ont entrepris d’écrire; mais aussi plusieurs ont entrepris d’airanger. n n’y a d’approuvés que quatre Évangiles, et c’est dans eux seuls qu’il faut puiser .la vérité sur la personne de notre Seigneur et Sauveur. Je sais qu’il existe un autre Évangile, appelé Évangile de saint Thomas, un autre de saint Matthias, j’en ai même lu une foule d’au¬ tres; je le dis pour ne pas passer pour un igno¬ rant, aux yeux de ceux qui se croient très savants, parce qu’ils savent cola. Mais de tout habet accusationem eorum, qui absque gratia Spiritus sancti ad scribenda Evangelia prosilierunt. Matthæus quippe, et Marcus, et Joannes, et Lucas non sunt conati scribere; sed Spiritu sancto pleni scripserunt Evangelia. Multi igitur conati sunt ordinare narrationem de his rebus, quæ manifestissime cognitse sunt in nobis. Ecclesia quatuor babet Evangelia, hæreses plurima ; e quibus quoddam scribitur secundum Ægyptios, aliud juxta duodecim Apostolos. Ausus fuit et Basilides scri¬ bere Evangelium, et suo illud nomine titulare. Multi conati sunt scribere; sed et multi conati sunt ordinare. Quatuor tantum Evangelia sunt probata, e quibus sub per- sona Domini et Sa.lvatoris nostri proferenda sunt dog^ mata. Scio quoddam Evangelium, quod appellatur secun¬ dum Thomam, et juxta Matthiam, et alia plura legimus, ne quid ignorare videremur, propter eos qui se putant aliquid scire, si ista cognoverint. Sed in his omnibus COMMENTAIRES SUR L'EVANGILE DE SAINT LUC 117 00. qui est contenu dans ces Évangiles, nous n’admettons que ce qu’admet l’Église; c’est-à- dire, qu’il ne faut recevoir que quatre Évangiles. Et cela, pour cette raison qu’il a été dit au commencement : « Plusieurs ont entrepris d’arranger le récit des choses qui ont été accomplies parmi nous. » Ils ont essayé, ils se sont efforcés d’écrire sur les choses qui nous sont parfaitement connues. Saint Luc indique son but, lorsqu’il dit : « Qui ont été très clairement montrées parmi nous » c’est à dire, 7re7rX7)pocpop7)- pivtüv, (mot grec que la langue latine ne peut rendre par un seul mot.) Il savait de foi et de connaissance certaine, et il n’hésitait sur aucun point, se demandant s’il en était ainsi où autrement. Il en est de même pour ceux qui ont cru d’une foi ferme; ils ont obtenu ce que le prophète demande, et ils disent : « Affermissez- moi dans vos enseignements. » P$, cxvnr. Aussi l’Apôtre dit de ceux qui sont fermes et solides : « Pour que vous soyez enracinés, et solidement établis dans la foi. » Ephes . ni. Quelqu’un est-il en effet enraciné et solidement établi dans la foi, la tempête a beau se déchaîner, les vents ont beau souffler, les torrents ont beau se 1 précipiter, il ne sera pas arraché, il ne tombera pas, parce que sa maison repose sur des fonde¬ ments solides établis sur la pierre. Matth. vu. N- allons pas croire, que cette fermeté de sa foi ait sa source dans ses yeux de chair; l’esprit nihil aliud probamus, nisi quod Ecclesia, id est quatuor tantum Evangelia recipienda. Hæc idcirco, quia in principio lectum est : « Multi conati sunt ordinare nar- rationem de his rebus, quæ confirmatæ sunt in nobis. » Illi tentaverunt atque conati' sunt de his rebus scribere, quæ in nobis manifestissime sunt compertæ. Eftectum suum Limas indicat ex sermone, quo ait : « In nobis manifestissime sunt ostensæ. » id est, 'ire,7uA7]po> nunc. autem necessario additur, « justi ambo in conspectu Dei. » Potest quippe fieri, ut sit aliquis justus in conspectu hominum, sed in conspectu Dei non. Yerbi gratia, quando non habet homo quod de me male loqua- tur, et in. me universa considerans nibil cui detrahat, reperit, justus sum in conspectu hominum. Finge omnes de me æquaïem habere sententiam, et quærere quid detrahant mihi, et tamen invenire non posse, sed con- sono me ore laudare; justus sum in conspectu homi- jugement des hommes n’est pas infaillible. Ils ignorent si je n’ai pas péché dans le secret de mon cœur, si je n’ai pas jeté sur une femme un regard de concupiscence. Mattfi. v, et si je nTai pas commis l’adultère dans ma pensée. Lorsqu’ils me voient faire l’aumône dans la mesure de mes forces, ils ignorent si je le fais uniquement pour obéir au. précepte divin, ou pour m’attirer l’estime et la considération publique. C’est chose difficile d’être juste devant Dieu, par suite, de ne faire le bien pour aucun autre motif que le bien lui-même; et en le faisant, de n’avoir en vue que Dieu et n’attendre que de lui la récom¬ pense. C’est à peu près ce que dit l’Apôtre : « Dont l’éloge ne vient pas des hommes, mais de Dieu. » Roman, n Bienheureux celui qui est juste et louable devant Dieu. Car bien que les hommes semblent juger d’une manière catégo¬ rique, ils ne peuvent cependant se prononcer en pleine connaissance de cause. Il leur arrive assez souvent de louer celui qui n’est guère louable, ; et de blâmer celui qui ne mérite aucun blâme. Dieu seul est juste juge pour l’éloge comme pour le blâme. Aussi est-ce avec raison que l’Évangé¬ liste ajoute à la louange' de ces justes : « Ils étaient tous deux justes devant Dieu. » Salomon dans les proverbes fait une exhortation qui a le même sens : « Mon fils, fais provision de bonnes œuvres devant Dieu et les hommes. » Prou. m. num plurimorum ; verum hominum non est certumjudi- cium. Nesciunt enim utrum in abscondito cordis mei aliquando peccaverim, utrum viderim mulierem ad concupiseendum eam Matth . v, et adulterium mihi in corde sit natum. Ignorant hommes cum me viderint secundum vires meas eleeomosynam facere utrum propter mandatum Dei fecerim, an hominum lau- dem favoremque quæserim. Difficilis res est in conspectu Dei justum esse, ut et non ob aliam causam quid boni facias nisi propter ipsum bonum, et Deum tantum quæras boni operis retributorem. Taie quid et Apostolus lo quitus : « Quorum ïaus non ex hominibus., sed ex Deo est » Rom . n. Beatus qui in conspectu Dei justus est, atque laudabilis. Hommes enim, quamvis cer- tum judicium babere videantur, tamen non possunt ad liquidum pronuntiare. Evenit quippe interduip, ut lau- dent eum qui non est laudabilis, et ei detrahant qui mini¬ me detractione dignus est. Solus Deus ei in laude et in vituperatione justus esljudex. Unde digne et nunc ad¬ ditur in laude justorum : « Erant justi ambo in conspec¬ tu Dei. » Taie quid et §alomon in Proverbiis .cohorta- tur., dicens : « Fili, provide bqna in conspectu Dei et COMMENTAIRES SUR L EVANGILE DE SAINT LUC 121 Suit un autre éloge de Zacharie et- d’Élisabeth. « Ils marchaient dans la voie de tous les com¬ mandements et de toutes les ordonnances du Seigneur. » Lorsque nous portons sur les hommes .et les choses un jugement droit et sain, nous marchons dans la voie des ordonnances du Sei¬ gneur; lorsque nous faisons une chose ou une autre, nous marchons dans la voie de ses com¬ mandements. J’en conclus que saint Luc a voulu leur décerner un éloge complot quand il a dit : « Ils étaient justes. tous deux, et marchaient dans la voie de tous les commandements et de toutes les ordonnances du Seigneur. » J’entends quelqu’un me dire : Si cet éloge est complet, à quoi bon ajouter ; d’uno manière irrépréhen¬ sible? » Il suffisait de dire qu’ils marchaient dans la voie de tous les commandements ot de toutes les ordonnances du Seigneur; à moins qu’on ne puisse marcher dans la voie de tous les commandements de Dieu, et y marcher d’une manière qui ne soit pas irrépréhensible. Et com¬ ment alors peut-il se faire qu’on soit répréhen¬ sible tout en marchant dans la voie de tous les commandements et ordonnances de Dieu? Jo répondrai en quelques mots : S’il n’en était pas ainsi, nous ne lirions pas dans un autre livre des Écritures : « Vous ferez avec justice ce qui est juste. » Deut. xvi. Or s’il n’existait rien de juste, que nous ne puissions faire sans justice, on ne nous préscriroit pas de faire avec hominum »Pro. m. Sequitur Zachariæ et Elisabeth alia laudatio. « Ambulantes in omnibus mandatis et justifica- tionibus Domini. » Quando bene 'et recte de aliquibus judicamus, in justificationibus Domini gradimur. Quando hoc aut illud facimus, in mandatis iUius ambulamus. Unde puto et sanctum Lucam, volentem eos prædicare laude perfecta, dixisse : « Erant justi ambo ambulantes., in omnibus mandatis et justificationibus Domini. » Dicat mihi quispiam : Si laus ista perfecta est, quid sibi vult hoc quod dicitur, « sine querela? » Sufficiebat enim dicere, ambulantes in omnibus viis et justificationibus Domini, nisi posset fieri ut ambulet quis in omnibus mandatis Dei, et tamen sine querela non ambulet. Et quomodo potest evenire, ut in omnibus mandatis et jus¬ tificationibus Dei ambulans sub querela sit? Çui.bre.viter dicam : Nisi hoc ita esset, nunquarn in *:Jio loco nosce- remus scriptum referri : « Juste id quod justum est, se- quere » Deut. xvï. Nisi enim esset justum aliquid, quod non juste sequeremur, nequaquam nobis præçiperetur ut juste id quod justum est, sequeremur. Quando enim façi- mus mandatum Dei, et in conscientia nostra vanæ glo- justice. ce qui est juste. En effet, lorsque nous observons les commandements de Dieu, et que nos œuvres sont inspirées paf une .. pensée . de vaine gloire, par le désir de plaire aux hommes ou par tout autre mobile qui déplaît 'à Dieu, nous accomplissons sans doute le précepte dé Dieu, mais nous ne l’accomplissons pas d’une manière irrépréhensible, et nous faisons sans- justice ce qui est juste. Il est donc difficile de marcher dans la voie de tous les commandements et de toutes les ordonnances du Seigneur, d’une ■ manière irrépréhensible, de façon à mériter témoignage et louange de Dieu en Jésus-Christ. Cette louange nous sera décernée au jour du jugement par celui au tribunal duquel il nous faut tous comparaître, afin de recevoir chacun la rétribution du bien ou du mal dont notre corps aura été l’instrument, n Corinth. v. Car tous nous nous présenterons devant le tribunal de Dieu pour en recevoir ce que nous méritons dans le Christ Jésus, auquel appartiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles: Ainsi soit-il. HOMÉLIE III. Sur ces paroles : « Un ange du Seigneur, lui apparut, se tenant debout à la droite de l’autel des parfums. » Cap. I. Les choses purement corporelles et privées de sentiment, ne font rien par ellesr-mêmes pour rise sordes respergimus, ut placeamus hominibus, aut alia quæcumque non placet Deo, boni operis causa præce- dit quamvis faciamus præceptum Dei, tamen illud absque querela non facimus, et injuste id quod justum est sequi- mur. Difficile ergo est ambulare in omnibus mandatis et justificationibus Domini sine querela, secundum testimo- nium et laudem Dei in Christo Jesu. Quæ laus reddenda est in die judieii ab eo, cui omnesnos manifestari opor- tet ante tribunal ejus, ut recipiat unusquisque quæ per corpus gessit, sive bona, sive mala II Cor. y. Omnes enim stabimus ante tribunal Dei, ut recipiamus quod meromur in Christo Jesu. Cui est gloria et imperium in sæcula sæculorum. Amen, ■ HOMILIA III. De eo quod scriptum est : « Apparuit ei Angélus Ç>o- mini, stans a dextris altaris incensi » [Al. accensï.'j ' Cap. I. Quæ corporalia sunt, et sensu carent, ut videan- tur ab alio, ipsa nihil efflciunt; sed . tantummodo SAINT JEROME m être vues des autres. Quelles le veuillent ou non, l’œil étranger les voit s’il dirige sur elles son regard. Gomment en effet l’homme ou tout autre objet corporel, pourrait-il empêcher qu’on ne le voie, lorsqu’il est présent ? Au contraiiœ, les êtres d’ordre surnaturel et divin, tout en étant présents, ne sont vus que lorsqu’ils veulent l’être; et ainsi il est en leur pouvoir d’êtres vus ou de n’être pas vus. Ce fut donc par pure faveur de sa part, que Dieu se fit voir à Abraham et aux autres prophètes. Il n’en faudrait pas conclure que l’œil du cœur d* Abraham mérita de voir Dieu, mais que la grâce de Dieu se fit voir tout spontanément à ce juste. Appliquez ce que nous disons là, non seulement à Dieu le Père, mais encore au Sauveur notre Seigneur, à l’Esprit saint, et pour des¬ cendre à des êtres inférieurs, aux Chérubins et aux Séraphins. Car il se peut faire, que pendant que nous parlons, un ange se tienne près de nous, et que cependant, ne le méritant pas, nous ne puissions le voir. Bien que l’œil, soit du corps soit de l’âme, s’applique à le voir, si l’ange lui-même n’apparaît de son plein gré et s’il ne se donne à voir, l’œil ne le verra point, quelle que soit la vivacité et la réalité de ses désirs. Ainsi partout où nous lisons, Dieu a apparu à tel ou tel, comme dans ce passage : « Un ange du Seigneur lui apparut, se tenant debout à la droite de l’autel des parfums,» il faut interpréter oculus alteriua intentus in ea, sive voluerint ilia, sive noluerint, videt, quando in ea contémplationem di- rexerit. Qaid enim potest homo, aut aïia res quæ çircumdatur corpore crasso, cum in præsenti fuerit, facere ne cernatur? Econtrario ea quæ sunt supevna et dïvina, ea cum in præsenti fue.rint, non videntur nisi ipsa voluerint; et in voluntaie eorum est videri, vel non videri. Gratia Dei fuit ut appareret Abra¬ ham, vel cæteris prophetis, non quocl oculus tan¬ tum cordis Abraham in causa fuerit ut cerneret Deum; sed quod gratia Dei ultro se aspiciendam præbuerit viro justo. Hoc autem non solum super Deo Pâtre intelligas; sed etiani super Domino Salvatore, et super Spiritu sancto, et ut ad minora perveniam, super Cherubim et Seraphim. Fieri enim potest, ut et nunc nobis loquentibus assistât angélus, et tamen quia non meremur, eum videre nequeamus. Quamvis enim oculus sive corporis, sive auimæ nostræ ad contem- plandum intendat, nisi sponte apparuerit angclus, et se [Ai. si] videndum præbuerit, et ille qui vere desiderat, non videbit. Itaque ubicu nique scriptum fuerit, apparent ces diverses locutions dans le sens que nous venons de dire. Que ce soit . Dieu ou un ange, qu’il s’agisse d’ Abraham ou de Zacharie, il sera visible, ou invisible, selon qu’il l’aura, ou ne l’aura pas voulu. Et nous ne. parlons pas seule¬ ment p'our le temps de la vie présente, mais aussi pour l’autre vie, alors que nous serons sortis de ce monde; nous disons que Dieu ou les anges ne s’y font pas voir à tous indistincte¬ ment, qu’il ne suffit pas d’être débarrassé du corps, pour être digne de voir aussitôt les anges, le Saint-Esprif, le Sauveur notre Seigneur, et Dieu le Père; que celui-là seul les verra, qui aura le cœur pur, Matth. v. et se sera conduit de manière à mériter de voir Dieu. Et bien qu’un même lieu. soit commun à celui qui a le cœur pur et à celui qui conserve encore quelques souillures, cette, communauté de demeure, ne pourra être ni nuisible ni utile à qui que ce soit; car celui qui aura le cœur pur, verra Dieu; et celui qui est tel que je viens.de le dire, no verra pas ce que les autres voient. Il me semble qu’il y a entre cette vision de Dieu et la vue du Christ une certaine analogie ; il y avait en lui, au temps où il était corporellement visible, quelque chose, que tous ceux qui le. voyaient, ne pouvaient voir. Sans doute ils voyaient son corps; mais en tant que Christ, ils ne le pouvaient voir. Ses disciples, eux le voyaient, et ils contemplaient l’infinie grandeur Deus illi, vel illi, ut et nunc : « Apparuit ei Angélus Domini, stans a dextris altaris incensi, » ita ut dixi, intellige. Sive Deus. sive angélus Abrahæ vel Zachariæ, cum voluerit vel noluerit, aut non videbitur, aut vide¬ bitur. Et hoc non tantum in præsenti sæculo dicimus, sed etiam in futuvo cum migraverimus e, mundo, quod non omnibus vel Deus, vel angeli apparëant, quod scilicet et angelos, et Spiritum sanctum, et Dominum Salvatorem, et ipsum Deum Patrem, is qui de corpore exierit, statim mereatur videre ; et ille tantum videbit, qui muudum habuerit cor {Matth. v), et talem se præbuerit, ut diguus Dei sit aspectu. Et quamvis in eodem loco sit, qui mundo corde est, et is qui adhuc aliqua sorde respergitur, unus locus nec nocere quempiam poterit, nec juvare^quia qui mundum cor habuerit, Deum videbit, qui autem talis fuerit, id quod alii ceimunt, non videbit. Taie quid mihi intelligendum et de Christo, qui quondam in cor¬ pore videbatur, quod non quicumque eum videbant poterant videre. Videbant quippe tantum corpus iliius : secundum vero hoc quod Christus erat; eum videre non COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT LUC 123 de sa divinité. C’est pour cela, je pense* qu’à Philippe qui le suppliait et disait t Montrez-nous le Père, et cela nous suffit, » le Sauveur répon¬ dit : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et vous ne me connaissez pas? Philippe, celui qui me voit, voit mon Père. r> Joan. :uv Et en effet Pilate voyait Jésus, mais ne voyait pas le Père; il en est de même du traître Judas; car ni Pilate, ni Jqdas, ni la multitude qui l’acca¬ blait de coups, no voyaient le Christ en tant que Christ. Ceux-là ^seuls voyaient Jésus, que Jésus savait dignes de le voir, Travaillons donc nous aussi d’abord à mériter que Dieu se fasse voir à nous en cette vie. La parole des saintes Écritures a promis que ceux qui ne le tenteraient point le trouveraient; et il se montre à ceux qui ne sont pas incrédules en lui. Faisons de plus en sorte qu’il ne se dérobe pas à nos regards dans la vie future, mais que nous le voyons face à. face, que nous ayons cette assurance, que donne une vio sainte, et que nous puissions jouir de la vue do Dieu tout-puissant, dans le Christ Jésus et l’Esprit Saint, à qui appartiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE IV.. Sur ces paroles : « ne craignez pas, Zacharie, » poterant. Porro disoipuli eum videbant, et magnitudU nem divinitatis illius contempîabantur. Propter quod puto et ad Philippum deprecantem atque dicentem : « Ostende nobis Patrem, et sufficit nobis, » respondisse Salvatorem : « Tarito tempore vobiscum sum, et non cognovistis me? Philippe, qui videt me, videt et Patrem » Joann. xiv. Neque enim Piîatus, qui videbat Jesum, intuebatur Patrem, nec proditor Judas; quia née ipse Pilatus, nec Judas Christum secündum hoc quod erat Christus videbant, nec multitudo quæ coarctahat eum. Illi tantum videbant Jesum, quos aspectu suo dignos esse sciebat. Labovemus ergo et nos, ut et impræsentiarum nobis Deus apparent. Sanctus quippe Scripturarum sernio promisit, quod invemetur. ab his qui non tentant eum : apparet autem his qui non sunt increduli in eum : et in futur o non abscondatur a nobis ; sed videamus eum facie . ad faciem, et habeamus fîduciam bonæ vitæ, fruamurque conspectu omnipotentis Dei in Christo Jesu, et Spiritu sancto, cùi est gloria et imperium in sæcula sæcu- lorura, Amen î juâqu’à Tendroitoù il dit de Joan : « Et il mar¬ chera devant lui dans l’esprit et dans la vertu d’Élie. » Cap. /. A la vue de l’ange, Zacharie eut peur. Tout visage nouveau apparaissant tout d’un coup aux yeux de l’homme, jette le trouble dans l’esprit et l’effroi dans le cœur. Aussi l’ange qui sait, que la nature humaine est ainsi faite, cherche-t-il à guérir d’abord cette frayeur, en disant : « Ne craignez pas, Zacharie; » il le ranime et fait en-r trer la joie dans son cœur par l’annonce d’une heu¬ reuse nouvelle : « Votre prière a été exaucée ; Éli¬ sabeth votre épouse enfantera un fils, vous lui don¬ nerez la nom de Jean;etilseravotrejoie.et votre allégresse. » Quand un juste vient au monde, et entre dans l’arène de cette vie, ceux qui ont été les instruments de sa naissance se réjouissent et en conçoivent une légitime fierté. Mais quand naît un homme destiné à une vie mauvaise, et renfermée- dans la prison comme pour y subir un châtiment, ceux qui ont coopéré à sa naissance sont cons¬ ternés et abattus. Voulez-vous un exemple d’un saint personnage dont tous les enfants font la gloire? Voilà Jacob, père de douze fils qui tous sont devenus les patriarches et les chefs du peu¬ ple de Dieu et de son héritage. Leur naissance à tous fut un sujet de joie pour Jacob leur père, comme la naissance de Jean fut un sujet de joie HOM1LIA IV. De eo quod scriptum est : « Ne timeas, Zacharia, » usque ad eum locum ubi ait de Joanne : « Præcedet coram ipso in spiritu et virtute Elise. » Gap. I. Zacharias, cuin angelum vidisset, expavit. Nova quip¬ pe faciès humanis obcuïibus se præbens turbat mentem, animumque consternât, Unde angélus, sciens hanc esse humanam naturam, primuni perturbationi medetur dicens : « Noli timere, Zacbaria, » et trepidantem refociUat, novoque lætificat nuntio infer ens : « Exaucîita est oratio tua et uxor tua Elizabeth pariet filium, et vecabis nomen ejus Joannein, et erit tibi gaudium et exsultatio. Quandojustus quis oritur mvmdo, et stadium hujus vitæ ingreditur, ministri nativitatis ejus lætantur, et se efferunt in sublime . Quando vero ille nascitur, qui malæ vitæ præparatus est, et quasi ob pœnas in ergas- tulum relegatus, minister consternatur, et concidit. Vis exemplum accipere sancti viri, cujus omnis f rue tus in laude sit? Vide Jaftob duodecim genüisse mares, qui bmn.es populi Dei et partis illius patriarchæ et priuci- 124 SAINT JEROME pour tout le monde, selon le récit actuel de l’Évangéliste. Ainsi que celui, qui dans l’intention d’être utile aux autres, acceptera les charges de la paternité, et se soumettra au joug d’un pareil ministère, demande à Dieu avec instances, que le fils auquel il aura donné la vie, soit tel qu’il ait à se réjouir de sa naissance. Il est donc écrit de Jean : « Il sera grand devant le Seigneur. » Luc. i. Il signale ainsi la grandeur d’âme de Jean, en disant qu’elle se révèle aux yeux mêmes de Dieu ; et quelque chose de moindre, qui se mani¬ feste particulièrement dans la force d’âme. C’est de la sorte que je comprends cette parole de l’Évangile : « Ne méprisez pas l’un de ces très petits qui sont dans l’Église. » Le mot petit est re¬ latif et doit être compris comme opposé à grand. Il ne m’est pas commandé de ne pas mépriser celui qui est grand, car celui qui est grand, ne t peut être méprisé; mais il m’est prescrit de ne 'pas mépriser l’un de ces très petits. Or pour vous convaincre que ces expressions, petit et très petit ne sont pas employées par hasard, mais pour la raison que j’ai dite, il est écrit : « Celui qui scan¬ dalisera un de de ces très petits. » Matth. xviii. Le très petit est sujet au scandale, le grand n’y est pas exposé. Il continue par rapport à Jean : « Et il sera rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère. » La naissance de Jean est aussi toute pleinq de miracles. Car de même qu’un archange pes exstiterunt; in his omnibus Jacob ïætabatur pater, sicut et nunc de Joannis nativitate cunctis gaudium nuntiatur; et qui semel ob utilitatem aliorum ad libero- rum opéra descendent, et se voluerit buic ministerio mancipare, obsecret Deum, ut talis ei filius ingrediatur sæculum, super ' cujus nativitate lætior sit . Scribitur ergo de Joanne : « Erit magnus in conspectu Domini Img. ï. Magmtudinem animæ Joannis ostendit, quæ oculis Dei pateat;. et aliquid minus, quod proprie in animse virtute conspicitur. Ego ita intelligo et illud, quod in Evangelio dicitur : « Nolite contemnere unum de minimis istis,^ qui in Ecclesia sunt . » Minimus ibi ad distinctionem majoris intelligitur. Non mihi præcipi- tur, ut eum qui grandis est non contemnam, quia non potest contemni ille qui grandis est; sed dicitur mihi, ue contemnas unum ex minimis . Ut autem scias, quod . minimus et parvus non fortuitu dicatur ; sed cum ea ratione, quam posüimus, scriptum est : « Quicumque scandalizaverit.unum de minimis istis » MaUh. xvur. Minimus scandalizatur, grandis non potest scandalum sustinere. Sequitur de Joanne : « Et Spiritu sancto replebitur adhuc de ùtero matris su se. « Et nativitas vint annoncer l’avènement de Notre-Seigneur et Sauveur, de même, c’est .un archange qui vient également annoncer la naissance de Jean : « Et il sera rempli du Saint-Esprit dès le soin, de sa mère. » Le peuple juif ne voyait pas Notro-Sei- gneur, bien qu’il opérât des miracles et despror diges, et qu’il guérît toutes leur? maladies. Jean, lui, qui n’est encore que dans le sein de sa mère, tressaille, ne pouvant faire autre chose, et vou¬ drait sortir des entrailles qui le retiennent, à l’arrivée de la mère de Jésus. « Car votre voix » dit Élizabeth, « n’a pas plutôt frappé mon oreille, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. » Jean était encore dans le sein de sa mère, et déjà il avait reçu le Saint-Esprit, Car ce n’était pas en vertu d’une qualité inhérente et propre à sa substance et à sa nature qu’il devait, au témoi¬ gnage de l’Écriture, convertir plusieurs des enfants d’Israël au Seigneur leur Dieu, Matth. vi. Jean en convertit plusieurs, mais le Seigneur fit plus, il convertit tout le monde. C’était son oeuvre à lui de convertir tous les hommes à Dieu le Père. « Et il marchera devant lui, dans l’esprit et dans la vertu d’Élie. » Il ne dit. point: dans l’âme d’Élie, mais « dans l’esprit et dans la vertu d’Élie. » Élie fut doué de la vertu et de l’esprit communs à tous les prophètes, et à Notre- Seigneur et Sauveur lui-même en tant.qu’homme. C’est de ce double don que l’ange parle Joannis plena miraculo est. Quomodo enim Domini nostri ac Salvatoris adventum archangelus nuntia- vit; ita et Joannis ortum archangelus nuntiat : « Spiritu sancto replebitur adhuc de utero matris suæ. » Populus Judæorum facientem Dominum nostrum signa atque p or tenta, et cucantem infirmitates eorurü, nequa- quam videbat; Joannes vero adhuc in utero matris cons ti tutus exsultat, etenim non potest, et ad adventum Matris Jesu de utero gestit erumpere. « Ecce enim, » ait Elizabeth, « ut facta est salutatio tua in aures meas, exsultavit in gaudio infans in utero meo, » Adhuc in matris utero erat Joannes, et jam Spiritum sanctum acceperat. Non enim illud principium erat substantise ejus, atque naluræ, de qua Scriptura loquitur, quod plurimos . filiorum Israël convertit ad Dominum Deum ipsorum Matth. iv. . Joannes plurimos convertit, Domi-r nus autem non plures, sed omnes. Hoc opus illius, ut omnes convertat ad Deum Patrem. « Et præcedet coram ipso in spiritu et virtute Eliæ. » Non ait in ani¬ ma Eliæ, « sed in spiritu et virtute Elise. » Fuît in Elia virtus, et spiritus sicut in omnibus prophetis, et secun- dum dispensationem corporis in ipso quoque Domino COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC 125 un peu plus loin, lorsqu’il a dit à Marie « ; L’Es¬ prit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très- Haut vous couvrira de son ombre. » Ainsi l’es¬ prit. qui était en Jean, et la vertu qui était en lui, apparurent aussi en Jésus. Êliefut transporté au ciel ;/ Jean devint le précurseur du Seigneur et mourut avant lui, afin d’aller annoncer aux enfers son avènement. A mon avis, le mystère -de Jean s’accomplit toujours dans le monde. Quand naît un homme qui doit croire en Jésus- Christ, l’esprit et la vertu de Jean courent au- devant de son âme; ils préparent au Seigneur un peuple parfait, ils aplanissent les aspérités des cceurs,; pour y faire des voies .unies, ils redressent les sentiers .<< pour préparer au Sei¬ gneur un peuple parfait. » Maith . i„ Or ce ne fut pas seulement à cette époque que les chemins furent aplanis et les sentiers redressés; au¬ jourd’hui encore l’esprit et la vertu dè Jean pré¬ cèdent la venue de Notre-Seigneur et Sauveur. O grandeur des mystères de Dieu et de sa provi¬ dence! Les anges marchent devant Jésus; les anges chaque jour montent ou descendent pour le salut des hommes, dans le Christ Jésus, Joan. i, auquel appartiennent la gloire et l’em¬ pire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. ' HOMÉLIE V Sur le mutisme de Zacharie. Cap. I. Au moment où le prêtre Zacharie offrait Salvatore : de quo post paululum ad Mariam dicitur : « Spiritus sanctus Superveniet in te, virtus Altissirai obumbrabit tibi. » Spiritus ergo qui fuerat in Joanne, et virtus quæ in illo erat, in hoc quoque apparuit. Ille translate est; hic vero Præcursor Domini fuit, et mortuus est ante euin, ut ad interna descendens il) lus prædicaret adventum. Ego puto, quod sacramentum Joannis usque hodie expleatur in mundo. Quicumque crediturus est in Ghristum Jesum, præcurrit ante spiritus et . virtus Joannis ad animam illius, et præparat Domino populum perfectum, et in cor dis asperitatibus planas facit vias, et dirigit semitas, « parare Domino plebem perfectam » Matth. i. Nohillo tantum tempore præpara- tæ sunt vise, et direotæ semitæ, sed usque hodie adven¬ tum Domini Salvatoris spiritus Joannis virtusque præce- diti O magna mysteria Domini, et dispensa tionis ejus. Angeli præcurrunt Jesum; angeli quotidie aut ascen- dunt, aut descendunt super salutem hominum, in Ghristo Jesu Joan . i, cui. est gloria et imperium in sæcula sseculorum. Amen. l’encens dans le temple, il est condamné au silence, sa langue est enchaînée, il ne peut plus parler que par signes, et il reste muet.jnsqu’à la naissance de Jean. A quoi tend cette histoire? Le silence de Zacharie, c’est le silence des prophètes chez le peuple d’Israël. Dieu ne leur parle plus d’aucune façon; la parole qui était au commencement enDieu le Père, est passée à nous; et le Ghrist n’est pas silencieux pour nous; tandis qu’il continue de se taire pour eux; voilà la raison pour laquelle le prophète Zacharie garda le silence. Je dis : prophète, car il résulte claire¬ ment de son langage qu’il fut à la fois et prêtre et prophète. Mais que veut dire ce qui suit : « Il leur faisait des signes, et suppléait par des gestes, à la perte de sa voix? » A mon avis, cela désigne les œuvres faites sans la parole, c’est-à- dire, sans raison, et qui pour cela ne différent pas des signes. Car quand les œuvres ont été précédées par la raison et la parole, on ne . doit plus les tenir pour de simples signes puisqu’elles ont pour parure et pour ornement la parole et la raison. Lors donc que vous remarquerez dans la manière d’agir des Juifs, l’absence de parole et de raison, à ce point qu’il leur est impossible d’indiquer les motifs qui les font agir, vous pourrez dire que ce qui arriva à Zacharie était la figure de ce qui se réalise actuellement en eux. Leur circoncision, ressemble à un signe. Car si l’on ne peut donner la raison de la circoncision, HOMILIA V. De eo quod Zacharias obmutuit. Cap. I. Zacharias sacerdos, cum in templo offerret incensum, silentio condemnatur, et retinetur, immo tantum nutibus loquituv, et mutus usque ad ortum Joannis filii persévé¬ rât. Quo hæc tandit historia ? Silentium Zachariæ silen- tium prophetarum est in populo Israël. Nequaquam loqui- tur eis Deus : et sermo qui a principio erat apudPatrem, Deus ad nos transiit, nobisque non tacet Ghristus : apud illos usque hodie silet; quamobrem et Zacharias pro- pbeta tacuit. Manifestissime ex sermonibus ipsius com- probatur, quod et propheta fuerit et sacerdos. Quid [Al. Qui] vult autem hoc quod sequitur : « Annuebat eis, et damnum vocis nutibus compensabat? » Ego puto talia esse opéra absque sermone, quæ ratione nihil nuti¬ bus differunt. Ubi vero ratio et sermo præcesserit, et ita opus fuerit subsecutum, non debent existimari simplices nutus, qui ornantur sermone, aut ratione. Si igitur videris convprsationem Judæorum sine ratione atque ser- 126 SAINT la circoncision n'est pas autre chose qu’un signe et une action muette. Leur Pâque et leurs autres solennités sont plus signes que réa¬ lités. Jusqu’aujourd’hui, le peuple d’Israël reste sourd et muet; et il ne peut se faire que ce , peuple ne soit, pas sourd et muet, qui a rejeté ët repoussé la parole. Autrefois Moïse disait : « Pour moi, je suis alogos » Exod. v, 12, expression qui, bien que le Latin l’ait traduite autrement, peut se rendre par, « sans parole s> ou « sans raison » et après avoir ainsi parlé, il recevait la raison et la parole qu’il avouait ne pas avoir auparavant. Or, avant de recevoir la loi, le peuple d’Israël, était en quelque sorte muet, privé de la raison et de la parole; plus tard, il reçut le don dè la parole en Moïse* qui en était la figure. 11 ne reconnaît donc plus- aujour¬ d’hui, ce que reconnût alors Moïse, qu’il est muet et aZogos; mais il indique par son silence et ses signes qu’il ne possède ni la parole ni la raison. Est-ce que vous ne voyez pas un aveu de leur folie dans ce fait qu’aucun d’eux ne peut donner la raison des ordonnances légales, et des enseignements des prophètes? Le Christ a cessé d’être au milieu d’eux; la parole les a abandonnés;. et ce qu’écrivait. Isaïe s’est accom¬ pli : « La fille de Sion restera abandonnée comme une tente dans une vigne, comme une JÉROME cabane dans un champ de concombres, ; comme une ville livrée au pillage. » /sa. i * Les Juifs délaissés, . le salut est passé aux nations, pour exciter la jalousie des premiers. Maie quand nous considérons la conduite et les desseins secrets de Dieu, comment l’abandon d’Israël est devenu notre salut, nous devons prendre garde, s’il ont été rejetés à cause de nous, à ne pas nous exposer à de plus cruels châtiments, nous en faveur de qui les autres ont été délaissés; tra¬ vaillons donc à nous montrer dignes de l’adoption de Dieu, de la miséricorde avec laquelle il nous a adoptés et réputés comme ses enfants dans le Christ Jésus, Rom . xi, auquel appartient la gloire et l’empire dans les siècles des siècles* Ainsi soit-il. HOMÉLIE VI. Sur oes paroles : « Après avoir conçu, Élisabeth se tenait cachée p jusqu’à l’endroit où il est dit ; II .sera grand, p Cap . L « Élisabeth ayant conçu, se tint cachée durant cinq mois, disant : c’est ainsi que le Seigneur en a usé envers moi, quand il m’a regardée pour me tirer de l’opprobre où j’étais devant les hommes, î> Je me demande pour quel motif Éli¬ sabeth évita de se montrer en public, après s’être aperçue qu’elle était enceinte? Sa raison. mone, ita ut non queant eorum quæ agunt, rationem reddere, intelligo quod tune in Zacharia præcessit, in imagine ipsius hucusquo compleri. Circumcisio eorum nutibus similis est. Nisi enim circumcisionis ratio red- datûr, nutus est circumcisio et opus mutum. Pascha et aliæ solemnitates nutus magis sunt quam veritas. IJsque hoclie populus Israël surdus et mutus est ; neque pote- rat fieri, ut non surdus esset et mutus, qui a se sermo* nem abjecerat. Et olim quidem Moyses loquebatur : « Ego autem alogos sum » Exod. v, 12 : quod licet Latinus aliter expresserit, tamen proprio transférai potest, « absque sermone, » sive « ratione ; » et post- quam: hoc ait, accepit rationem et sermonem, quem confessus fuerat se antea non habere. Populus autem Israël, priusquam legé\ii acciperet, absque ratione et ser* mone quodam modo mutus erat : deinde accepit sermo¬ nem. cujus imago fuit Moyses. Iste igitur non confitetur modo, quod tune confessus est Moyses, ëo quod sit mu¬ tus et alogos; sed nutibus et silentio indicat se non habere sermonem, et non habere rationem, Nonne tibi videtur confessio esse stultitiæ, quando nullus eorum potest legalium præceptorum et prophétie! vaticinii rationem reddere? Cessavit Ghritus esse in vis, . reliquat eos sermo, completum est illud quod in ïsaia scribitur : « Relinquetur fdio Sion sicut tabernaculum in vinea, et sicut custodia in cucumerario, ut civitas quæ expugnatur » Isai. i. Quibus relictis, salus translata est ad nationes, utilli concitentur ad zelum. Intuentes ergo dispensationem at arcanum Dei, quomodo Israël abjec- tus sitin.salute nostra, cavere debemus, ne forte et illi nostri causa ejecti sint, et nos major i supplicio digni simus, propte-r quos et alii derelicti sunt, et nos nihil dignum adoptione Dei et ejus clementia fecerimus, qua adoptavit nos, et in suos filios reputavit, in Christo Jesu Rom. xr : cui est gloria et imperium in sæcula sæculorum, Amen. HOMILIA VI. De eo quod scriptum est : « Gum autem concepisset Eli¬ zabeth, abscondebat se : usque ad eum locuin ubi ait : « Hic erit magnus. » Cap. I. € Quando concepit Elizabeth, abscondebat se mensibus quinque, dicens : Quia sic mihi fecit Dominus ipdiebus, quitus respexit auierre opprobrium meum in. hominibus. » Quæro quam qb causam postquam intellexit se esse præ- gnantem, publicum dedinarit? Ni fallor, hoc est etiam 127 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC si je ne me trompe, en est que les personnes mariées, n’ont pas en tout temps liberté de se voircharnellement, et qu’il y a des moments où ils s’abstiennent de l’aete du mariage. Quand les époux sont parvenus à un âge avancé, 11 est sin¬ gulièrement honteux pour eux d’obéir aux exi¬ gences de la passion, d’être esclaves delà chair, toutes choses, qui bien que licites en elles-mêmes semblent néanmoins leur être interdites par la volonté de Dieu, à cause des soins que Réclame leur corps et de leur vieillesse. Et ainsi cette femme, qui cependant ne s’était encore une fois unie charnellement à son mari, qu’à la parole de l’ange et pour seconder les dessejns de Dieu, rougissait d’avoir fait, elle vieille, presque décré¬ pite, ce quisemble uniquement œuvre dejeunesse. Voilà pourquoi elle se cachait pendant cinq mois; non pas pendant neuf mois jusqu’au temps de sa délivrance; mais pendant cinq mois, jusqu’à ce que Marie ait conçu à son tour. Car lorsque celle-ci eut conçu, qu’elle vint la visiter, et que la voix qui la saluait frappa son oreille, l’enfant tressaillit de joie dans le sein d’Elisabeth, et toute remplie du Saint-Esprit, elle prophétisa et tint le langage que rapporte l’Évangéliste : « Et le bruit de ces merveilles se répandit dans tout le pays des montagnes. » Aussitôt en effet que le bruit se répandit qu’elle portait un prophète dans son sein, et que le fruit que la Vierge ren¬ fermait dans ses entrailles était quelque chose de supérieur -à l’homme, elle ne se cacha plus, quod hi qui nuptiis copulati sunt, non omne tempus coi- tus liberum inter se habent; sed est tempus quando receduntab opéré nuptiarum. Si enim vir senex fuerit et mulier anus, pudoris est maximi servire eos libidini, ser¬ vice conjugio, quæ vel curæ corporis et senectæ esse Dei videntur yoluritate sublata ; hæcautem, quæ ad sermonem angeliet dispensationem Dei rursum fuerat viro copulata, erubescat [Al. erubescebat] quod anus et pene decre- pita ad opusjuvenum revertisset. Unde et abscondebat se mensibus quinque; non usque ad nonum mensem, donec partus ingrueret ; sed usquequo conciperet Maria. Quando enim ilia concepit, èt venit ad èam, et facta est salutatio in aures ejus, exsultavit in gaudio infans in„utero Eliza¬ beth, et prophetavit Spiritu. sancto plena et locuta est quæ evangelicus sermo describit : « Et difïamata sunt super omnein montanam verba hæc, » Quando enim in populo rumor egressus est habere eam in utero prophe- tam, et aliquid majus esse homine qui gestabatur a-Vir- gine,,tunc non absconditur, sed tota libertate sè prodit, et exsûltat se habere præcursorem in utero Salvatoris. mais elle se montra en public st sans aucune crainte, et se félicita tonte joyeuse de posséder dans son sein le précurseur du Sauveur. Après avoir fait ce récit, l’Écriture raconte, que << le sixième mois de la grossesse d’Élisabeth, l’ange Gabriel fut envoyé de Dieu en une ville de Gali¬ lée, appelée Nazareth, à une vierge, qui était mariée à un homme de la maison de David, nommé Joseph; et cette Vierge s’appelait Marie. » En y réfléchissant, je me demande pourquoi Dieu, après avoir décidé que le Sauveur naîtrait d’une Vierge, n’a pas fait choix d’une jeune fille sans époux, mais en a choisi plutôt une qui était déjà mariée; en voici la raison, si je ne me trompe. Il fallait que le Sauveur naquit d’une Vierge qui non seulement serait mariée, mais encore, comme l’écrit' saint Matthieu, habiterait déjà avec son époux, sans avoir toutefois avec elle de rapports charnels, Malth, /, pour qu’elle ne fut pas exposée à paraître déshonorée publi¬ quement, dès qu’on apercevrait en elle, vierge des signes infaillibles de grossesse. J’ai trouvé sur ce sujet des réflexions exprimées dans un magnifique langage, dans la lettre d’un , martyr; je veux parler d’Ignace, second évêque d’Antioche après saint Pierre, lequel fut pendant une persécution,, condaniné aux bêtes dans la ville de Rome. La virginité de Marie, dit-il, resta cachée au prince de ce monde; cachée à cause de Joseph; cachée à cause de son mariage; cachée .parce qu’elle passait pour avoir Un mari. Deinde Scriptura commémorât, quod « mense sexto con- ceptus Elizabeth inissus sit angélus Gabriel a Deo in civitatem Galilææ, cujus nomen Nazareth, ad Virginem desponsatam viro, cui nomen Joseph de domo David, et nomen Virginis, Maria. » Rursum in mea mente volvens qusero, quare Deus cuin semel Salvatorem judicaret nasci ex virgine, non elegit puellam absque spônso, sed eam potissimuin quæ jam fuerat desponsata. Et nisi fal- lor, hæc causa est. Debuit de ea virgine nasci, quæ non solum sponsum haberet; sed ut Matthæus scribit, jarn viro tradita fuerat, licet eam vir necdum nosset É.atth i, ne turpitudinem virginis habitus ipse monstraret, si- virgo videtur utero tumenti. Unde eleganter in cujus- dam martyris epistola scriptum reperi; Ignatium dico episcopum Antiochæ post Petrum secundum, qui in persecutione Romæ pugnavit ad bestias : Principem sæ- culi hujus latuit virginitas Mariæ, latuit propter Joseph, latuit propter nuptias, latuit quia virum habere putabatnr. Si enim non habuisset sponsum, et ut putabatur, virum* nequaquam potuisset principi m SAINT' Car si elle n’avait pas eu d’époux, et comme on le croyait, un mari, sa virginité n’aürait jamais pu rester cachée pour le prince de ce monde. Cette question se serait aussitôt présentée à l’esprit du diable : comment cette femme qui n’a eu de rapports avec aucun homme, peut-elle être enceinte? Voilà une conception qui doit être divine ; il doit y avoir là quelque chose d’un ordre supérieur à la nature humaine. Le Sei¬ gneur avait résolu au contraire de dérober au démon la connaissance de ses desseins miséricor¬ dieux et de son incarnation; aussi se cacha-t-il dans sa génération, et recommanda-t-il plus tard à ses disciples de ne point révéler qui il était. Lorsqu’il fut tenté par le diable lui-même, il ne déclara jamais qu’il était le Fils de Dieu, mais il se contenta de lui répondre : je ne dois pas t’adorer, ni dire que ces pierres deviennent des pains, ni me précipiter en bas, Matth. ly. Et tout en parlant ainsi il ne déclara jamais qu’il était le Fils de Dieu. Cherchez en d’autres endroits de l’Écriture,, et vous y trouverez la volonté formelle du Christ de laisser ignorer au diable l’avènement du Fils de Dieu. En effet l’Apôtre affirmant que les puissances ennemies ont ignoré sa passion, s’exprime ainsi : « Nous prêchons la sagesse aux parfaits, non pas la sagesse de ce monde, ni des princes de ce monde qui se perdent; mais nous prêchons la sagesse de Dieu cachée dans le mystère, sagesse qu’au¬ cun des princes de ce monde n’a connue, car s’ils mundi hujus abscondi. Statim enim cogitatio diaboli tacita subrepsisset : quomodo ista, quee non eoncubuil cum viro, prægnans est? Debet iste conceptus esse divinus, debet aliquid humana natura esse sublimius. Econtrario « disposuerat Salvator, dispensationem su- am et assumptionem corporis ignorare diabolum ; unde et ia generatione sua celaviteam; et discipulis postea præcipiebat, ne manifestum eum facerent. Et cum ab ipso diabolo tentaretur, nusquam confessus est Dei se esse Filium, sed tantummodo respôndebat : Non oportet ut adorem te, nec ut lapides istos panes faciam ut me de alto præcipitem Matth . iv. Et cum ista dice- ret, tacuit semper se esse Filium Dei. Quære et in alia Scriptura, et reperies voluntatis Ghristi fuisse, ut adventum Filii Dei diabolus ignoraret. Apostolus enim passionem ejus asserens nescisse contrarias fortitudines, ait. : « Sapientiam loquimur inter perfectos. Sapientiam autem non sæculi hujus, neque principum sæculi hujus qui destruuntur; sed loquimur Dei sapientiam in mys- terio absconditam quam nullus principum hujus sæ- JÉROME l’eussent connue, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la gloire. » I Corinth. ir. Le mys¬ tère du Sauveur resta donc inconnu aux princes de ce monde* Mais on pourrait ici faire cette objec¬ tion, et je crois devoir la résoudre avant qu’un autre ne me l’oppose : comment ce qui demeura caché aux princes de ce monde, ne le fut-il pas au démon, et spécialement à celui qui s’écriait dans l’Évangile : « Vous êtes venu nous torturer avant le temps, nous vous connaissons et savons que vous êtes le Fils de Dieu. » Matth . ix. Mais remarquez que celui dont la malice est moindre connaît le Sauveur; tandis que celui qui est plus avancé dans le crime, profondément perverti, par là même que sa perversité est plus grande, est empêché de reconnaître le Fils de Dieu. Et nous aussi, quand nous sommes moins corrom¬ pus, ne pouvons-nous pas plus facilement avan¬ cer dans la vertu? Que si au contraire nous sommes enracinés plus avant dans l’iniquité, n’est-il pas vrai que nous devons dépenser plus d’efforts et verser plus do sueurs, pour nous délivrer de cette corruption plus grande? Voilà ce qui concerne la raison du mariage do Marie: Mais comme l’ange s’est servi pour saluer Marie d’une expression nouvelle que j’ai recher¬ chée dans toute l’Écriture sans la pouvoir trou¬ ver nulle part, il en faut dire quelque chose. Les paroles qu’il prononce : Je vous salue, pleine de grâce, » en grec, xexf/iv7), je n’ai pas souvenir de les avoir rencontrées ailleurs. dans culi cognovit. Si enim cognovissent, t nunquam Dopii- num gloriæ crucifixissent X Cor. n. Absconditum Igituri fuit a principibus sæculi mysterium Salvator is.' Quod' autem econtrario objici potest, solvendum mihi vidètur antequam ab alio præponatur, qua ratione quod princi¬ pes hujus sæculi latuit, dæmonem non latuit eum præsertim qui in Evangelio loquebatur : « Vénisti ante tempus torquere nos, scimus te qui sis Filius Dei » Matth. ix, Sed considéra, quia minor in malitia nove- rit Salvatorem; qui ^ero major est in scelere, et versi- pellis, et nequam, ex eo ipso, quod in malo major est, impeditur nosse Filium Dei. Nos quoque ipsi, si minus habuerimus maîi, facilius possumus ad virtutem procedere. Si vero magis in nobis fuerit mali, ingenti labore sudandum est, ut majori malitia liber emur. Hæc de eo quod sponsum babuerit Maria. Quia vero angélus novo sermone Mariam salutavit, quem in omni Scriptura invenire non potui, et de hoe pauca dicenda sunt. Id enim quod ait : « Ave, gratia plena, quod Græce dicitùr, nbi in Scri- 129 COMMENTAIRES SUR L'ÉVANGILE DE SAINT LUC les Écritures; et ce n’est pas à un’ homme que peut s’adresser un pareil langage : « Je vous salue, pleine de grâce. » Cette salutation est réservée uniquement à Marie. En effet, si Marie avait su qu’une parole .de ce genre avait été adressée à quelqu’autre personne, et elle l’aurait su, car elle avait la connaissance de la Loi, elle était sainte, elle possédait les oracles des pro¬ phètes dont elle faisait une méditation continuelle, elle ne se serait jamais effrayée de cette saluta¬ tion comme d’une chose tout à fait étrange. Voilà pourquoi l’ange lui dit : « Ne craignez point Marie, car vous avèz trouvé grâce devant Dieu. Vous allez concevoir dans votre sein, et vous enfanterez un fils à qui vous donnerez le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-Haut. » 11 est dit aussi de Jean ; « Il sera grand; » et l’ange Gabriel atteste la même chose; mais lorsque vint Jésus qui est vraiment grand, vraiment supérieur à tous, Jean, descendit et devint plus petit, lui qui était grand auparavant; car il était, dit le Christ, une lampe ardente et luisante, et vous avez voulu vous réjouir pour un moment à sa lumière. Joan. v. La grandeur dé notre Sauveur ne se manifesta pas aussitôt après sa naissance; elle ne devint éclatante qu’aprôs , que ■ ses ennemis semblèrent l’avoir anéantie. Voyez la grandeur du Seigneur : le bruit de sa doctrine s’est répandu par toute la terre, et ses paroles sont parvenues jusqu’aux pturis alibi legerim non recordor ; sed neque ad virum istiusmodi sermo est, « Salve, gratia plena. » Soli Mariæ hsec salutatio servatur. Si enim scisset Maria et ad alium quempinm simiLcm factum esse sermonem, habebat quippe legis scientiam, et èrat sancta, et pro- phetarum vaticinia quotidiana meditatione cognoverat, numquam quasi peregrina eam salutatio terruisset. Propter quod loquitur ei angélus : « Ne timeas, Maria, invenisti enim gratiam coram Domino. Ecce concipies in utero, et paries filium, et vocabis nomen ejus Jesum. Is evit magnus, et filins Altissimi vocabitur. » Dicitur et do Joanne, «’erît magnüs : » et hoc ipsum Gabriel angélus contestatur : sed quand o venit Jésus vere magnus, vere sublimis, ille qui prius magnus fuerat, minor ciïectus est, Ille qnim, inquit, fuit luccrna ardens et Incens, et vos voluistis ad hovam exultare in lumine ejus Jorni . v. Magnitudo Salvatoris nostri non tune apparu it quando natus est; sed nunc postquam oppressa ab adversariis videbatur, emicuit. Vide magnitudinem Domini : ln omnem terram exivit^sonus doctrinæ ejus, et in fines orbjs terra rum verba illiua Psal. xvm. DominuB noster Tom. x. extrémités du monde. Ps al. xvm. Nôtre-Seigneur Jésus, qui est la vertu dé Dieu, Rom. i et I Corinth . i, est répandu dans l’univers entier et il est en ce moment avec nous, selon cette parole do l’Apôtre : « Vous et mon esprit étant assemblés avec la vertu de Notre-Seigneur Jésus-Christ » I Corinth . v. La vertu du Seigneur notre Sapveur est également et avec ceux de nos frères qui habitent la Bretagne, séparée de notre monde, et avec ceux qui vivent dans la Mauritanie, et avec tous ceux qui sous le soleil ont cru en son nom. Vous pouvez ainsi voir comme cette grandeur du Sauveur est répandue dans tout l’univers, et cependant ce n’est pas encore sa véritable grandeur que je vous ai montrée. Mohtez dans les cieux, et voyez-le, il remplit toute l’immensité du ciel; car il s’est fait voir aux anges. Descendez par la pensée dans les profondeurs des abîmes, et vous verrez qu’il y est descendu aussi. « Car celui qui est descendu est le même qui est monté, afin de remplir tout, pour qu’au nom de Jésus, tout genou fléchisse, au ciel, sur la terre et dans les enfers » Ephes. iv. Considérez que la vertu du Seigneur a rempli toute la création, c’est-à-dire,, le ciel, la terre, et les enfers; qu’il a pénétré dans le ciel même, s’est élevé jusqu’au plus haut des cieux; car nous lisons que le Fils de Dieu est monté au-dessus des doux, Hebr . iv. Si donc vous considérez tout cela, vous comprendrez Jésus, qui virtus est Dei JRom. i et I Cor. i, in omnem diffusus est orbem, et imprsesentiarum nobiscum est juxta illud quod in Apostolo legitur : « Congregatis vobis ei Spiritu meo cum Virtute Domini nostri Jesu Christi » I Cor. v. Virtus Domini Salvatoris et cum his est, qui ab orbe nostro in Britannia dividuntur, et cum his qui in Mauritanie, et cum universis qui sub sole in nomine ejus crediderimt. Vide ergo magnitudinem Salvatoris, quo- modo in toto orbe diffusa sit, et certe needum ejus veram magnitudinem exposai. Ascende in cœlos, et vide eum, quomodo cœleslia repleverit. Apparuit siquidem an- gelis. Descende cogitatione in abyssos, et videbis eum etiam illuc descendisse. « Qui enim descendit, ipse est et qui ascendit, ut impleret omnia, ut in nomine Jesu omne genu flectatur, coelestium, terrestrium, et inferno- rum » Ephes . iv. Considéra virlutem Domini, quod impleverit mundum, id est ccelestia, terrestria, et infer- nalia, quomodo et cœlum ipsum penetravit, et in super* na ascenderit. Legimus enim, quod pertransierit cœlos Filius Dei Hebr, iv. Si hæc videris, pariter intueberia non transitoire dictum ; « Magnus erit ; » sed verbum 9 130 SAINT JEROME aussi que co n’est pas à la légère et comme en passant que Fange . a dit : « Il sera grand, » mais que le résultat a répondu à la promesse. Ainsi est grand Notre-Seigneur Jésus, qu’il soit présent, ou qu’il soit absent de corps, et il nous donne à tous qui faisons partie de cette assemblée, d’entrer en participation de sa vertu. Demandons . donc d’être tous dignes de recevoir cette faveur, au Seigneur (notre Dieu à qui appartiennent la gloire et l’empire dans les siècjes des siècles. Ainsi soit-il, HOMÉLIE VII. Sur ces paroles : « Aussitôt après, Marie partit et s’en alla en diligence au pays des mon¬ tagnes » jusqu’à ces mots : « Les choses qui vous ont été dites s’accompliront. » Cap . i Les personnes les plus, saintes s’en vont visiter celles qui le sont moins, pour leur procurer quelque avantage. C’est ainsi que le Sauveur vint à saint Jean, pour sanctifier son baptême; ainsi encore, que Marie immédiatement après avoir appris de Fange, qu’elle concevrait le Sauveur, et que sa parente Élisabeth était enceinte, partit en toute hâte pour aller au pays des montagnes, et entra dans la maison d’Élisa¬ beth. De son côté, Jésus qu’elle portait dans son sein, avait hâte, lui aussi de sanctifier Jean, ren¬ fermé encore dans les entrailles de sa mère. Enfin, avant que Marie fut arrivée, et eut salué opéré completum. Magnus est Dominus noster Jésus, et præsens, et absens, tribuitque consortium fortitudinis suse huic cœtui nostro atque conventui; quod ut et sin- guli mereamur accipere, deprecemur Dominum Deum, cui est gloria et imperium in sæcula sæculorum. Amen. HOMILIA VII. De eo quod scriptum est : « Exsurgens autem Maria cum festinatione venit in montana, » usque ad eum locum ubi ait ; « Erit consummatio eoruin quæ dicta sunt. » Coup, i. Meliores ad détériorés veniunt, ut eis ex adventu suo aliquid tribuant émoluments Sic et Salvator venit ad Joannem, ut sanctificaret baptisma illius ; et Maria statim ut audivit angelum nuntiantem, quod conceperit Salvatorem, et quod cognata illius Elizabeth haberet in utero, consurgens cum. festinatione venit in montana, et irigressa est domum Elizabeth. Jésus vero qui in utero illius erat, festinabat adhuc in . ventre matris Joannem positum sanctificare. Denique antequam veni- Élisabeth, l’enfant n’avait pas tressailli dans son sein; mais à peine Marie eut-elle prononcé la parole que lui suggérait le Fils de Dieu dont elle était mère, que l’enfant tressaillit de joie; et ce fut alors que Jésus commença à faire do son précurseur un prophète. Il était nécessaire aussi, qu’après avoir reçu le message de Dieu, Marie s’en allât avec le très noble Fils de Dieu au pays, des montagnes, et qu’elle demeurât sur les hauteurs. Aussi est-il écrit : « Aussitôt après, Marie partit et s’en alla au pays des montagnes. » Affectueuse et active, comme elle l’était, elle avait, en effet, du mettre beaucoup d’empres¬ sement à témoigner sa sollicitude à sa parente, se laisser conduire sur les sommets par le Saint- Esprit dont elle est remplie, et se confier en la protection de la vertu de Dieu qui l’avait couverte de son ombre. « Elle vint donc dans une ville de Juda, entra dans la maison de Zacharie., et salua Élisabeth. Dès qu’Élisabeth entendit la voix de Marie qui la saluait, son enfant très-1 saillit dans son sein, et elle-même fut remplie du Saint-Esprit. » Il n’est point douteux que cette femme qui fut alors remplie du Saint-Esprit, ne l’ait été qu’à cause de son fils. ,Car ce ne fut point la mère qui mérita de recevoir d’abord le Saint-Esprit; mais lorsque Jean qu’elle portait encore dans son sein, eut reçu le Saint-Esprit, alors, l’enfant ainsi purifié, la mère en fut égale¬ ment remplie. Il ne vous sera pas difficile de vous ret Maria, et salutaret Elizabeth, non exsultavit ihl'ans in utero ; sed statim ut Maria locuta est verbum, quod Filius Dei in ventre matris suggesserat, exsultavit in¬ fans in gaudio, et tune primum præcursorem suum prophetam tecit Jésus. Oportebat quoque Mariam cum Dei proie dignissima, post alloquium Dei, ad montana conscendere, et in sublimioribus commorari. Unde.et scriptum est : « Consurgens Maria in diebus illis, venit in montana. » Debuerat etiam, cum esset sollicita, non pigra, properare sollicitudine, et Spiritu sancto plena ad sublimiora perduci, et virtute Dei protegi, a qua fuerat obumbrata. « Venit ergo in civitatem Judæ, et in domum Zachariæ, et salutavit Elizabeth. Factum est cum audisset salutationem Mariæ Elizabeth, exsulta^ vit in fans in utero ejus, et repleta est Spiritu sancto. » Non est itaque dubium quin quæ tune ' repleta est Spiritu sancto, propter filïum sit repleta. Nequé enim mater primum Spiritum sanctum meruit, sed cum Joannes adhuc clausus in qtero Spiritum sanctum rece- pisset, tune et ilia post sanctificationem filii repleta. est Spiritu sancto. Poteris hoc credere, si simile quid etiam COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC en convaincre, en voyant qu’il s’est passé quelque Chose de pareil pour le Sauveur. Il parait, s’il ■faut en croire quelques exemplaires, que Marie aurait aussi prophétisé. Nous n’ignorons cepen¬ dant pas que le langage prophétique qu’ils lui font tenir, est attribué à Élisabeth par les autres manuscrits. Quoiqu’il en soit, Marie fut remplie du Saint-Esprit, dès l’instant où elle posséda le Sauveur dans son sein. Aussitôt en effet qu’elle eut reçu le Saint-Esprit, créateur du corps du Seigneur, ét que le Fils de Dieu commença à être dans son sein, elle fut aussi elle-même remplie du Saint-Esprit. « L’enfant tressaillit i> donc « dans le sein d’Élisabeth, elle fut remplie du Saint-Esprit, et s’écriant à haute voix, elle dit : » « Vous êtes bénie entre toutes les femmes. » Nous devons ici, pour garantir les âmes simples 'contre les séductions de l’erreur, réfuter les objections que les hérétiques ont coutume de nous opposer. Un homme dont j’ignore le nom a poussé la démence au point de soutenir que Marie avait été reniée par le Sauveur sous le prétexte qu’après sa naissance, elle aurait eu des rapports charnels avec Joseph. Voilà le langage qu’il a tenu; dans quelle intention? Celui-là seul le sait qui l’a tenu. Si donc les hérétiques soulèvent devant vous cette objection, répondez-leur hardiment et dites : Certes, Élisa- de Salvatore cognoveris. Invenitur beata Maria, sicut in aliquantis exemplaribus repeiimus, prophetare. Non enim ignoramus, quod secundum alios codices et hæc verba Elizabeth vaticinetnr. Spiritu itaque sancto tune repleta est Maria, quando cœpit in utero habere Salva- torem. Statim enim ut Spiritum sanctum accepit, Dominici corporis conditorem, et Filius Dei esse ccepit in utero, etiam ipsa compléta est Spiritu sancto. « Exsultavit » ergo « infans in utero Elizabeth, et repleta. est Spiritu sancto, et clamavit voce magna et dixit : » «Benedicta tu inter mulieres. » Debemus in hoc loco, ne simplices qui que decipiantur, ea quæ soient opponere hæretici, confutare. In tantam quippe nescio quis pro- rupit insaniam, ut assereret negatam fuisse Mariam a Salvatore, eo quod post nativitatem iJlius juncta fuerit Joseph (1); et.locutus est, quæ quali mente dixent ipse noverit qui locutus est. Si quando igitur hæretici vobis taie quid objecerint, respondete eis, et dicite : Cérte 131 beth était remplie du Saint-Esprit, lorsqu’elle a ■dit : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes. » Quand le Saint-Esprit proclame que Marie est bénie, comment le Sauveur l’a-t-il reniée? Quant à leur assertion, qu’elle connut son mari, après l’ enfantement de Jésus, ils n’en apportent aucune preuve. Ceux que l’on disait fils de Joseph, -n’étaient point nés de Marie, et il n’est aucun passage dans l’Écriture qui l’indique. « Vous êtes bénie entre- toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. Et d’où me vient que la mère de mon Seigneur vienne vers moi? » Ce qu’elle - dit : « D’où me vient » elle ne le dit pas par igno¬ rance, comme si elle ne savait, pas, elle qui est remplie au plus haut degré du Saint-Esprit, que c’est par la volonté de Dieu que la mère du Sei¬ gneur est venue vers elle : son langage a ce sens : Quel bien ai-je donc fait? qu’y a-t-il donc de si sublime dans mes œuvres, pour que la mère do mon Seigneur vienne vers moi? Par quelle jus¬ tice, en vertu de quelle bonnes œuvres, par quelle fidélité du cœur, ai-je pu mériter que la mère de mon Seigneur vienne vers moi? Car votre voix n’a pa^ plutôt frappé mon oreille, lorsque vous m’avez saluée, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. » L’âme du bienheureux Jean était sainte, et tout en étànt encore renfermée dans le sein de sa mère, avant de venir au monde, elle savait, comme par le Spiritu sancto plena Elizabeth ait : « Benedicta tu inter mulieres. » Si sancto Spiritu benedicta canitur Maria, quomodo eam Salvator negavit? Porro quod asserunt eam nupsisse post partum, unde approbent non habent. Hi enim filii, qui Joseph dicebantur, non erant orti de Maria, neque est ulla Scriptura quæ ista commemoret. « Benedicta tu inter mulieres, et benedictus fructus ventris tui. Et unde mihi hoc, ut veniat Mater Domini mei ad me? » Quod ait : « Unde mihi hoc, » non igno- rans dicit : et maxime Spiritu sancto plena, quasi nes- ciat quod juxta Dei voluntatem Mater Domini venèrit ad eam; sed isto sensu loquitur : Quid boni feci? quæ opéra mea tanta sunt, ut Mater Domini ad me veniat? per quâm justitiam, ex quibus bonis, de qua fidelitate mentis hoc merui, ut Mater Domini mei veniat ad me? « Ecce enim ut facta est salutatio tua in aures meas, exsultavit in exsultatione in fan s in utero mèo. » Sancta erat anima beati Joannis, et adhuc in matris utero clausa, venturaque in mupdiim, quasi per experientjæ (1) Hanc poslea hœrosim Helyidius in 3 tau ravit, haneque ipsam prra reliquis oausam præteiuit, quod fratres Domini in Evangelio nomine- tur. O porté pretium sit S. Hieronymi vere aureum libellum contra huno hæretioum recoluisso. Moi pertubatum oonteitum nos rosüluiniufl, cum antoo legorotut : quali mente dixerit, qui ipse noverit ri0Cütu$ est* Ed. Mi$* 1 132 SAINT JEROME sens de l’expérience, ce qu’Israël ignorait. De là , son tressaillement, non pas un simple tressail¬ lement, mais un tressaillement de joie» Il avait senti que son Seigneur était venu, pour sanc¬ tifier son serviteur, avant qu’il ne sortit du sçin de sa mère. Puissé-je avoir le bonheur d’être taxé de folie par les infidèles, pour avoir cru ces merveilles. Les résultats eux-mêmes et la vérité rendent témoignage, que c’est un acte de sagesse et non de folie que d’y avoir cru; et que ce qu’ils regardent comme de la folie, sera la cause de mon salut. Car si la nativité du Sauveur n’eut été un événement tout céleste et fécond en bonheur, si elle n’avait eu quelque chose de divin et d’infiniment supérieur à l’hu¬ manité, jamais sa doctrine n’aurait ainsi pénétré par tout l’univers. S’il eut été seulement le fruit des entrailles de Marie, et non le Fils de Dieu, comment les maux multiples soit du corps, soit de l’âme, auraient-ils, alors comme aujourd’hui été guéris? Qui parmi nous n’a pas été insensé, et voilà qu’aujourd’hui nous possédons par la miséricorde de Dieu, l’intelligence de ses mys¬ tères, et nous avons soif de Dieu? Qui de nous n’a pas autrefois méconnu la justice, et cepen¬ dant aujourd’hui nous possédons la justice par Jésus-Christ et nous poursuivons la justice? Qui de nous n’a pas été errant et dévoyé, et néan¬ moins aujourd’hui, par suite dô l’avènement du Sauveur, nous ne sommes plus sujets ni à l’hésitation, ni au doute, ni à l’erreur; nous sensum, sciebat quse Israël ignorabat. Unde exsilivit, et non simpliciter exsilivit, sed in gaudio. Senserat enim venisse Dominum suum, ut sanctificaret servum suum, antequain de matris utero procederet. Utinam mihi eveniat, ut ab infidelibus stultns dicar, qui talibus cre- didi. Ipsum opus ostendit et veritas, non me stultitiæ, sed sapientiœ credidisse; et quia hoc quod stultum apud illos putatur, mihi salutis occasio sit. Nisi enim fuisset çœlesfis et beata nativitas Salvatoris, nisi habuisset . divini aliquid, et humanitatem hominiun superegre- diens, numquam totum orbem illius doctrina penetras- s'et. Si tantummodo fuisset in Mariæ utero, et non Dei Filius, quomodo poterat fieri, ut et illo tempore et nunc, non solum corporum, sed etiam animarum morbi multi¬ pliées curarentur? Quis nostrum non insipiens fuit, qui nunc propter misericordiam Dei habemus intelligentiam, et sitimus Deum? Quis nostrum non incredulus justitiæ, qui nunc propter , Christum justitiam habemus, sequi- murque justiliam? Quis . nostrum non érrabundus et sommes dans la voie, c’est-à-dire, en celui qui a dit : « Je suis la voie. » Joan. x. Parcourons toute la vie du Christ, et nous pourrons nous convaincre que tout ce qui a été écrit de lui, tout ce qu’on en raconte, mérite une admiration toute divine; nous verrons que sa naissance, sa croissance, sa vertu, sa passion, sa résurrection . n’ont point exercé leur puissante influence seulement à cette époque, mais qu’elles conti¬ nuent de l’exercer toujours parmi nous. Qui. donc, ô catéchumènes, vous a rassemblés dans l’Église? Quel aiguillon vous a poussés à quitter vos maisons pour venir dans cette assemblée? Nous n’avons point passé dans chacune de vos maisons; mais le Père tout-puissant, agissant avec une force invincible, a communiqué à vos cœurs, qu’il en savait dignes, une ardeur telle, que vous êtes venus à la foi comme malgré vous et votre résistance; et cela s’est ainsi passé, surtout à l’époque où la religion du Christ en était encore à son début; alors que, comme des âmes timides et craintives, vous n’embrassiez qu’en tremblant la foi du .salut. Je vous en conjure, ô catéchumènes, ne reculez point : que personne parmi vous ne cède à la crainte et à la peur; mais marchez courageusement à la suite de Jésus qui vous guide. Il vous entraîne au salut; il vous rassemble dans l’Église, aujour¬ d’hui dans l’Église de la terre, mais si vous portez de dignes fruits, un jour dans l’Eglise des premiers-nés dont los noms sont écrits dans le vagus, qui nunc propter adventum Salvatoris non fluc- tuamus atque turbamur, sed sumus in via, in illo videli- cet qui ait : « Ego sum via Joan. x? » Possumus et reliqua congregantes videre, quoniam omnia quse scrip- ta sunt de eo, divina admiratione digna referuntur : quod et nativitas illius, et nu.trimenta, et virtus, et passio, et resurrectio non solum illo tempore, sed etiam nunc operentur in nobis. Quis vos, o catechumeni, in Ecclesia congregavit? quis stimulus impulit, ut, relio tis domibus, in hune cœtum coeatis? Neque enim nos domus vestras singillatim circuivimus; sed omnipotens Pater virtute invisibili subjicit cordibus vestris, quos soit esse dignos, hune ardorem, ut quasi inviti, et retrectantes veniatis ad fidem, maxime in exordio reli- gionis, cum veluti trepidi et paventes salutis fidem cum timoré suscipitis. Obsecro vos, o catechumeni, nolite retrectare ; nemo vestrum formidet et paveat, sed sequimini præeuntem Jesum. Ille vos^ trahit ad salutem, congregat in Ecclesiam, nunc quidem super terrain; si I - COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT LUC 133 ciel : « Heureuse celle qui a cru, car ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s'accomplira. » Sur quoi la bienheuseuse Marie loue le Seigneur Jésus. Son âme glorifie le Seigneur, son esprit glorifie Dieu. Quant à la signification de ces paroles, si le Seigneur nous accorde de nous réunir encore dans l’Église, s’il vous donne de venir joyeux comme aux jours de fête, dans la maison de Dieu, et de prêter une oreille pieuse¬ ment attentive aux enseignements divins, nous la chercherons, nous l’examinerons, nous la développerons, . . dans le Christ Jésus auquel appartiennent la gloire et l’empire dans les siècles des. siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE VIII. Sur ces paroles : « Mon âme glorifie le Soigneur » jusqu’à l’endroit où il est dit : « Il a donné la force à ceux qui le craignent. » Cap. i. Élisabeth prophétise avant Jean; Marie prophétise avant la naissance du Seigneur notre Sauveur. De même que le péché a commencé par la femme, et par elle est arrivé jusqu’à l’homme; de même c’est par des femmes que l’œuvre du salut a pris naissance, afin que toutes les femmes, triomphant des faiblesses de- leur sexe, n’aient qu’à imiter la vie et la conduite de ces saintes femmes dont il va être aujourd’hui plus que jamais question dans l’Évangile. Voyons donc la autem dignos fruetus feceritis, in Ecclesiam primitivo- rum qui scripti sunt in coelestibus. « Beata quæ credi- dit, quia erit perfectio his quæ dicta sunt ei a Domino. » . Super quibus et beata Maria magnificat Dominum Jesum. Magnificat auteni anima Dominum, spiritus Deum. Quæ quam habeant interpretationem, si conces- serit Do minus, ut rursus in Ecclesiam congregemur, ut festivi veniatis ad domum Dei et divinæ lectioni præbeatis aures, quæremus, ventilabimus, disseremus, in Christo Jesu, oui est gloria et imperium in sæcula sæculôi’um. Amen. HOMILIA VIII. De eo quod scriptum est : « Magnificat anima mea Dominum, » usque ad ilium locum ubi ait : « Timen- tibus efficit Virtutem. Cap. 1. Ante Joannem prophetat Elizabeth, ante ortum Domini Salvatnrîs prophetat Maria, Et quomodo pecca- tum cœpit a muliere, et deiuceps ad virum usque perve- nit, sic et principïum sa lu lis a mulieribus habuit exor- dium* ut cæteræ quoque mulieres, sexus fragilitate prophétie de la Vierge. « Mon âme, » dit-elle,; « glorifie le Seigneur, et mon esprit est ravi de joie en Dieu mon Sauveur. Ges deux choses, l’âme et l’esprit, chantent une double louange. L’âme glorifie le Seigneur, l’esprit glorifie Dieu. Il me s’en suit pas que autre soit la louange du Sei- , gneur, et autre la louange cle Dieu; mais que celui qui est Dieu, est aussi le Seigneur; et que celui qui est le Seigneur est également Dieu. On se demande comment elle peut glorifier le Seigneur. Car si le Seigneur ne peut recevoir ni - accroissement ni amoindrissement, s’il est ce qu’il est, pourquoi Marie dit-elle présentement : « Mon âme glorifie le Seigneur ? » Si je considère que le Seigneur notre Sauveur est l’image du Dieu invisible, Coloss . i, que mon âme a été faite à l’image du Créateur, pour être l’image de l’image; car mon âme n’est pas immédiate¬ ment l’image' de Dieu, mais elle a été faite à la ressemblance de l’image première; alors je ver¬ rai, qu’à l’instar des peintres qui font des portraits, et qui, par exemple ayant à peindre le visage d’un roi, déploient toutes les ressources de leur art à en rendre fidèlement la ressem¬ blance première, chacun de nous ayant à former son âme à la ressemblance du Christ, en fait une image soit plus grande, soit plus petite, méprisable ou sordide, soit brillante, lumineuse et resplendissante, en un mot conforme deposita, imitarentur vitam, conversationemque sàncta- rum earum, quæ vel maxime nunc in Evangelio descri- buntur. Videamus ergo vaticinium virginale. « Magnifi¬ cat, » ait, « anima mea Dominum, et exsultavit spiritus meus in Deo salùtari meo. » Duæ res, anima scilicet et spiritus, duplici laude funguntur. Anima Dominum prædicat, spiritus Deum. Non quod alia laus Domini, alia Dei sit; sed quia qui Deus est, idem et Dominus est; et qui Dominus est, idem et Deus sit. Quæritur quomodo magnificet Dominum. Si enim Dominus nec augmentum, nec decrementum, recipere potest, et quod est, est; qua ratione nunc Maria loquitur : «Magnificat anima mea Dominum? » Si considerem Dominum Salvatorem imaginem esse invisibilis Dei Coloss< j, et videam animam meam factam ad imaginem conditôris, ut imago esset imaginis, neque enim anima mea specia- liter imago est Dei; sed ad similitudinem imaginis prions effecta est; tune videbo quoniam in exemplum eorum, qui soient imagines pingere, et uno (verbi causa) vultu regis accepto ad principalem similitudinem ejepri- mendam artis industriam comihendare, unusquisque nostrum ad imaginem Ghristi formans animam suam, IU SAINT JÉROME à l’image première* Lors donc que j’aurai fait grande Pima ge de l’image, c’est-à-dire, mon âme, lorsque je l’aurai glorifiée, cette âme, par les . œuvres, par les sentiments, par les paroles, alors l’image de Dieu grandit, et le Seigneur, dont l’image est dans notre âme se trouve aussi glorifié. Mais si d’un côté le Seigneur prend dans notre imageun accroissement de gloire, de l’autre, si nous sommes pécheurs, il diminue et s’amoin¬ drit. Mais hélas I Au lieu de l’image du Sauveur, ce sont de bien autres images que nous reproduisons en nous; au lieu de former en nous la ressemblance de la sagesse, de la justice et des autres vertus du Verbe, nous prenons la ressemblance du diable, de sorte que c’est à nous que s’adressent ces paroles : « Serpents, . race de vipères » JftattK xxm. Nous prenons la forme du lion, du dragon, des renards, quand nous sommes cruels, venimeux et fourbes celle du bouc ou du porc, quand nous nous livrons aux plaisirs sensuels. Je me souviens, que dévelop¬ pant autrefois ce passage du Deutéronome, où il est écrit : « De peur que vous ne vous fassiez quelque image de quelqu’un des animaux » Deut . iv, j’ai dit que Dieu étant un être spirituel, reproduisait chez les uns l’image de l’homme, chez les autres l’image de la femme ; qu’il don¬ nait à l’un la ressemblance des oiseaux, à un autre, celle des reptiles et des serpents, à un aut majorem ei aut minorem ponit imagînem, vel obso- letam, vel sordidam, aut claram, atque lucentem, et splendentem ad effigiem imaginis principulis. Quando igitur grandém fecero imagînem imaginis, id est, amraam meam, et magnificavero eam opéré, cogitation©, sermone, tune imago Dei grandis efficitur, et ipse Dominus, cujus imago est in nostra anima, magnificatur. Et quomodo crescit Dominus in nostra imagine, sic si peccatores fuerimus, minuitur atque decrescit. .Sed nos pro imagine Salvatoris alias nobis imagines induimus; pro imagine Verbi sapientiæ, justitiæ cæterarumqua virtutum, diaboli formam assumimus, ut dicatur do nobis : « Serpentes, generatm viperarum » Matth. xx ni. Et leonis personam induimus, et draconis, et vulpium, quando venenati, crudeles, caïlidi sumus; neenon et hirci, vel porci, quando ad libidinem promptiores. Mejnini quondam Deuteronomium disserentem in eo lot/o ubi scriptum est : *. Ne faciatis omnein simiiitudi- nein omnis animalis » Deut. iv, dixisse me quoniam spiritalis est in alios facere imaginent masculi, in alios feminæ; ilium similitudinem habere volucrum, ilium autre enfin la ressemblance de Dieu* On com¬ prendra le sens de ces paroles, en. lisant le commentaire dont je parle. L’âme de Marie glorifie donc d’abord le Seigneur, et ensuite elle est ravie de joie en Dieu. Car si nous n’avions pas commencé par croire, nous ne pourrions être ravis. « Parce qu’il a, » dit-elle, « jeté les yeux sur l’humilité de sa servante » sur quelle humilité de Marie Dieu a-t-il jeté les yeux? Qu’avait donc d’humble et d’abject la Mère du Sauveur, elle qui portait dans son sein le Fils de Dieu? Quand donc elle dit : « Il a jeté les yeux sur l’humilité de sa servante, » c’est comme si elle disait : Il a jeté les yeux sur la justice de sa servante, il a jeté les yeux sur sa modestie, il a jeté les yeux sur sa fermeté et sa sagesse. Car il est. juste qu’il considère les vertus. J’en¬ tends quelqu’un me répondre et dire : Je comprends que Dieu jette les yeux sur la justice et la sagesse de sa servante, mais qu’il les jette sur son humilité, cela ne me paraît pas suffisam¬ ment clair. Que celui qui me fait cette question, réfléchise que dans les Écritures l’humilité est formellement indiquée comme la première de toutes les vertus. Le Sauteur dit en effet : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. » Matth . xi. Si vous voulez savoir le nom que les philosophes eux-mêmes donnent à cette reptilium, atque serpentium, et alium facere similitudi- nem Dei. Hæc quomodo intelligantur sciet qui ilia lege- rit. Anima itaque Mariæ primum magnificat Dominum, et postea exsultat in Deo. Nisi enim antea crederemus, exsultare non possemus. « Quia respexit, » inquit, « in humilitatem ancillæ suæ. » In quam humilitatem Mariæ respexit Dominus? Quid habebàt Mater Salvatoris bumile aique dejectum, quæ Dei Filium gestabat in utero? Quod ergo dicit : « Respexit in humilitatem an- tillæ suæ, » taie .est quasi dixerit : Respexit in justitiam ancillæ suæ, respexit in temperantiam, respexit in forti- tudinem atque sapientiam. Dignum quippe est ut virtu- tes respiciat. Respondeat aliquis, et dicat : lntelligo quomodo Deus justitiam ancillæ suæ, sapientiamque respiciat; quomodo autem intendat humilitatem, non satis liquet. Consider.et qui quærit talia, quoniam pro¬ prie in Scripturis una de virtutibus humilitas prædice- tur. 'Ait quippe Salvator : « Discite a me quia mansue- tus sum, et humilis corde, et invenietis requiem anima- bus vestris » Matth . xi. Quod si vis nomen hqjus audire virtutis, quomodo etiam a pbilosophis oppellatur, v COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC 135 vertu, sachez que ce qu’ils appellent àxucpfo, ou [xerptdTTïç, est cette humilité sur laquelle le Seigneur porte ses regards. Nous pouvons encore la désigner par une périphrase, et dire qu’elle consiste à ne pas s’enorgueillir, mais au contraire à se rabaisser. Car celui qui s’enorgueillit, tombe, au dire de l’Apôtre, sous la même condamnation que le diable, ce dernier ayant commencé a pécher par orgueil et superbe. « Pour ne pas tomber, » dit-il, « par l’orgueil sous le même jugement que lediable.» I Timot. m. Dieu a jeté les yeux sur l’humilité de sa servante. Il a jeté, dit-elle, les yeux sur moi qui suis humble, et pratique les vertus de douceur et d’humilité. « Et voilà que désormais toutes les générations me proclameront bienheureuse. » Si je ne m’attache qu’au sens littéral du mot : toutes les générations, je l’appliquerai à ceux qui croient. Mais si j’y veux trouver un sens plus profond, je remarquerai quel profit il y a à dire : « Parce que le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses; » parce que quiconque s’humilie, sera élevé, Luc . xvm. Ainsi Dieu a jeté les yeux sur l’humilité de la bienheureuse Marie, et voilà pourquoi celui qui est tout-puissant et dont le nom est saint, a fait en elle de grandes choses. « Et sa miséricorde se répand sur les générations des générations. » La miséricorde de Dieu ne s’étend pas seulement à une, deux, trois, cinq ausculta eamdein esse humilitatem quam respiciat Devis, quæ ab. illis àxiKpta sive p.£TpL0'C7]ç dicitur. Sed et nos quodam eam possumus appellare circuitu, cum ali— quis non est inflatus, sed ipse se déficit. Qui enim infla- tur, cadit, secundum Apostolum, in judicium diaboli; siquidem et il le ab inflatione cœpit atque superbia. « Ut non, » inquit, « inflatus in judicium incidat dia- boli » I Tira. ni. Respexit super humilitatem ancillæ suæ. Humilem me inquit, et mansuetudinis sectantem dejectionisque virtutem respexit Deus. « Ecce enim amodo beatam me dicunt omnes généra tiones. » Si simplieiter intelligam omnes generationes, super creden- tibus illud interpretor. Si autem altius aliquid fuero scrutatus, animadvertam quanti profectus sit dicere : « quia fecit mihi magna qui est potens : »*^[uoniam omnis qui se humiliât exaltabitur Luc. xvm. Respexit autem Deus in humilitatem beatæ Mariæ, propterea fecit illi -magna1 qui potens est, et sanctum nomen ejus. * Et misericordia ejus in generationes generationum. » Misericordia Dei non in unam generationem, nec in duas, neque in très, sed nec in quinque, verum in sempiternum extenditur in generationes generationum, / ■ , . générations, elle se répand à l’infini sur les géné- . rations des générations, sur tous ceux qui crai¬ gnent sa puissance. « Il a déployé la force de son bras. » Quelque pauvre et faible que vous soyez en vous présentant devant le Seigneur, si vous le craignez, vous pouvez avoir part à la récompense qu’il vous a promise à cause de la crainte que vous àvez de lui. Quelle est cette récompense? IL a, dit-il, donné la force à ceux qui le craignent/ La force, ou l’empire, c’est le pouvoir des rois. Car xpàxoç, que nous pouvons rendre par impe-. riumy « empire » signifie qui commande, a l’em¬ pire, domine sur tout. Si donc vous craignez le Seigneur^ il vous donnera la force, ou l’empire, il vous donnera la royauté, en sorte que placé sous le Roi des rois, vous posséderez le royaume des 'deux, dans le Christ Jésus, auquel appar¬ tiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE IX. . Sur ces paroles ; « Marie demeura avec Élisa¬ beth environ trois mois » jusqu’à celles-ci : « Et il parlait en bénissant Dieu. » Cap i. La raison tant des paroles qui sont rappor¬ tées, que des faits qui sont racontés dans l’Éori- ture doit être digne du Saint-Esprit, et de la foi1 du Christ que nous sommes appelés à croire. II nous faut donc rechercher maintenant la raison, timentibus potentiam ejus. « Fecit virtutem in brachio suo » Licet infirmus ad Dominum accesseris, si timue- ris eum, audire poteris repromissionem quam tibi ob timorem tuum Dominus pollicetur. Quæ est ista repro- missio? Timentibus, inquit, se fecit virtutem. Virtus, sive imperium, potestas est regia. Etenim xparoç quod n js « imperium » possumus appellare, ab eo dicitur quod imperet, sive sub se universa contineat. Si ergo timueris Dominum, dat tibi fortitudinem, sive imperium, dat regnum, ut factus sub Rege regum, possideas reg- num cœlorum, in Chvisto Jesu, cui est gloria et impe¬ rium in sæculi sæculorum. Amen. HOMILIA IX. De eo quod scriptum est : *: Manebat cum ea mensibna tribus, » usque ad eum locum nbi ait : « Et loqueba- tuv benedicens Dominum. » Cap. I. Tam eorum quæ dicta sunt, quam illorum quæ facta refer untur, debet ratio esse sancto Spiritu digna, et Chvisti flde, ad quam credëntes vocamur. Unde et nunc causa quærenda est, quare Maria post conceptum 136 SAINT JÉROME pour laquelle Marie après avoir conçu, est venue visiter Élisabeth, et est demeurée trois mois avec elle; ou bien le motif qui a déterminé saint Luc, à rapporter, en composant son récit évangé¬ lique, que Marie demeura trois mois chez sa parente et retourna ensuite chez elle. Il doit certainement y avoir à cela une raison, et nous allons la montrer dans ce discours, si le Seigneur daigne ouvrir notre cœur. Puisque nous sommes libres d’admettre, que par le seul fait de la visite de Marie à Élisabeth et de sa salutation, l’enfant a tressailli dans le sein de sa mère, que celle-ci, toute remplie du Saint-Esprit a prophé¬ tisé toutes les choses racontées dans l’Évangile, et qu’une heure a suffi pour lui procurer tous ces avantages, nous nous demandons quel pro¬ fit saint Jean a retiré de îa présence de Marie près d’Élisabeth, pendant les trois mois qu’elle a duré. Car il me paraîtrait souverainement injuste, qu’en un si court espace de temps, en un instant pour ainsi dire, l’enfant ait tressailli, ravi en quelque sorte de joie, qu’Élisabeth ait été remplie du Saint-Esprit, et puis que pen¬ dant les trois mois qui suivirent, ni Élisabeth, ni Jean n’aient en aucune façon bénéficié du voisinage de la Mère du Seigneur, et de la pré¬ sence du Sauveur lui-même. Jean était exercé, donc il était en quelque sorte stimulé par sa sainte mère , comme un athlète dans la lice, et préparé dans le sein maternel, à vivre après une naissance mer¬ veilleuse, d’un genre de vie plus merveilleux encore. L’Écriture ne nous apprend rien sur la façon extraordinaire dont il était nourri; elle ne nous dit pas si sa mère l’a allaité de son sein, si une nourrice l’a porté dans ses bras; mais elle ajoute aussitôt : « Et il demeura dans le désert jusqu’au jour où il devait paraître devant le peuple d’Israël. » Nous lisons ensuite : « Cependant le temps auquel Élisabeth devait accoucher, arriva, et elle enfanta un fils* » Beaucoup pensent qu’il était superflu de dire ; « Cependant le temps auquel Élisabeth devait accoucher, arriva, et elle enfanta un fils Marc. I. Car quelle est la femme qui puisse enfanter, si le temps où elle doit enfanter n’est pas arrivé? Mais celui qui scrute si soigneuse¬ ment les Écritures et prête l’oreille aux réflexions populaires, fasse attention à ce qu’il lit, et cher¬ che soit dans l’Ancien soit dans le Nouveau Tes¬ tament, s’il trouvera quelque part cette phrase à l’occasion de la naissance d’un pécheur : « Le temps où elle devait accoucher, arriva. » Je dis qu’il ne la rencontrera jamais. Mais partout où il s’agit de la naissance d’un juste, on dit tantôt que le jour est accompli, tantôt que s’accomplit sa venue au monde. La' naissance du juste a la plénitude, tandis que la naissance du pécheur n’a, pour ainsi parler, que le vide et le néant. Voilà pour ces paroles : » Le temps où elle devait accoucher, arriva. » Les voisins, les parents, venaient féliciter la mère, et voulaient venerit ad Elizabeth, et manserit cum ea mensibus mirabilius nutriretur. Quod enim extra consuetudinem tribus, aut quid causæ fuerit, ut Lucas, qui Evangelii nutritus est, non refertur scriptum, quomodo matris scribebat historiam, etiam hoc scriberet, quod manserit fuerit lactatus uberibus, quomodo in sinu gerulæ cum ea mensibuS tribus, et poste a régressa sit in domum constitutus, sed statim sequitur ; « Et eral in desertis, suam. Utique debet aliqua esse ratio, quain si Dominas usque ad diem ostensionis suæ ad Israël. » Deindo aperuerit cor nostrum, sequens sermo mo ns trahit. Si legimus : « Elizabeth autem corn pie tu m est tempus ut enim eo quod tantum venit Maria ad Elizabeth, et pareret, et peperit filium. » Multi putaut superflue salutavit eam, exsultavit infans in gaudio, et Spiritu dici. ; « Elizabeth autem coinpletum est tempus ut sancto plena Elizabeth prophetavit ea quæ in Evangelio pareret, et peperit filium. » Marc . i. Quæ enim mulier scripta sunt, et in una hora tantos profectus habuit, potest parère, nisi tempus pariendi ante compte verit? nostræ conjecturæ relinquitur, quid in tribus mensibus Séd qui Scripturas diligentissime contemplatuv, et audit Joannes profecit, assis tente Maria Elizabeth. Valde populum loquentem, attendat lectioni, observans tam in quippe indignum est in puncto horæ atqüe momento veteri, quam in novo Testamento, sicubi scriptum in exsultare infantem, et quodammodo gaudio Jascivisse, ortu peccatoris inveniat : « Gompletum est tempus ut repletamque esse Spiritu sancto Elizabeth; per très pareret, » numquam omnjno reperiet. Sed ubicumque vero menses, nec Joannem, nee Elizabeth, ex vicina justus nascitur, ibi completur dies, illic in miindüm Matris Domini et ipsius Salvatoris præsentia profe- completur adventus sui. Ortus justi, plenitudinem babet ; cisse. Exercebatur ergo, et quodammodo in athletico peccatoris nativitas, ut ita di camus, vacuitatem atque fiancta matre, per très menses urgebatur Joannes, et inamtatem. Hæc de eo quod scriptum est : « comple- præparabato in matris utero, ut mirabiliter natus, tum est tempus ut pareret. » Gongralulabantur Inatri COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC 137 en l’honneur du père' donner \ à l’enfant le nom de Zacharie. Or Élisabeth, disait sous l’inspiration du Saint-Esprit : « Jean est son nom. .» Et, comme ils demandaient' le motif pour lequel on choisissait de préférence le nom de Jean, quand il n’y avait dans la famille per¬ sonne qui portât ce nom, ils s’adressèrent au père, qui dans l’impossibilité do leur répondre de vire voix, le fit par signes et par écrit. Il écrivit donc sur des tablettes : « Jean est son nom; » et aussitôt que le stylet eut tracé ces lettres sur la cire, sa langue, enchaînée depuis un certain temps, fut immédiatement déliée. Il recouvra l’usage de la parole; mais cette parole n’était pas une parole humaine, parce que sa langue avait été liée; cependant ce ne fut plus une langue humaine. Car l’incrédulité l’avait liée. Aussitôt qu’elle fut déliée, elle cessa d’être humaine; et il parla on bénissant Dieu, et il rendit ces oracles que raconte l’Évangile et dont nous parlerons, lorsqu’il en sera temps, avec la permission du Seigneur Jésus-Christ, auquel appartiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE X. Sur ces paroles : « Rempli du Saint-Esprit, il pro¬ phétisa » jusqu’à l’endroit où il dit : « Il mar¬ chera devant le Seigneur pour lui préparer les voies. » Cap. i. ejus vicini, et cognati, et volebant in honorem patris puero noraen ponere, ut vocaretur Zacharias. Poito Elizabeth, sancto Spiritu suggerente, aiebat : « Joannes est nomen ejus. » Deinde cum illi causas justas quære- rent cur Joannes pôtissimum vocaretur, cum in généré ipsius nUllus haberet hoc nomen, intcrrogant patrem, qui non valens respondere (manu et litteris est locutus). Seripsit enim in pugillari, « Joaunes est nomen ejus, » statimque ut stylus impressus est ceræ, lingua, quæ. prius tuera t vincta, laxata est. Recepit eloquium, non humanum, quoniam ligata fuit lingua ejus, humana tamen non fuit. Vinxerat enim eam incredulitas. Statim ut soluta est, humana esse clesin.it, et loquebatur bene- dicens Deum, et prophetavit ea quæ scripta sunt in Evangelio, de quibus, præbènte Domino Jesu Ghristo, cum tempus fuerit, disseremus; cui est gloria et imperium in sæcula sæculorum. Amen. HOM1LIA X. De eo quod scriptum est : « Plenus . Spiritu sancto prophetavit* » usque ad eum locum ubi ait : « Ante- Remplidu Saint-Esprit, Zacharie fait danâ un sens général deux prophéties, la première par rapport au Christ, la seconde par rapport à Jean. C’est co qui ressort clairement de son lan¬ gage; il y parle d’abord du Sauveur comme s’il était présent, comme s’il était au monde, puis de Jean : « Rempli du Saint-Esprit, il prophétisa en disant : Béni soit le Seigneur Dieu d’Israël, de ce qu’il a visité et racheté son peuple. » C’est parce que Dieu' visitait et voulait racheter son peuple, qu’après que l’ange lut eut parlé, Marie demeura trois mois avec Élisabeth, afin que la présence du Sauveur pendant tout ce temps communiquât non seulement à Jean comme nous l’avons dit, mais aussi à Zacharie, comme la parole Évangélique nous l’apprend en ce moment, une vertu mystérieuse qui leur fit connaître les secrets desseins de Dieu*. Ainsi pendant trois mois Zacharie lui-même fut peu à peu pénétré plus profondément des effu¬ sions du Saint-Esprit, il apprit ce qu’il ignorait, et il prophétisa au sujet du Christ, en disant : « Il a racheté son peuple, et nous a suscité la force du salut dans la maison de David, » de laquelle en effet le Christ est né selon la chair. Et rien de plus vrai que cette prophétie, car le Christ a été la force du salut dans la maison de David. » Ma vigne a été plantée sur la force » IsaL v. Sur quelle force? Sur le Christ Jésus, sur celui dont il est écrit présentement : « Il cedet enim coram Domino parare vias ejus. » Cap. I. Plenus Spiritu sancto Zacharias, duas prophetias generaliter nuntiat, primam clô Christo, 'alteram de Joanne. Quod manifeste de ver bis ipsius approbatur, in quibus quasi de præsentia, et qui versaretur in mundo loquitnr Salvatoris, ac dein de Joanne : « Re¬ plètes enim Spiritu sancto prophetavit dicens : Bene- dictus Dominus Deus Israël, quia visitavit et fecit redemptionem plebis suæ. » Visitante enim et Deo vo- lente redimere populum suum, mansit Maria cum Elizabeth, postquam ei locutus est angélus, mensibus tribus, ut per ineiïabilem quamdam virtutem, non £olum Joannem, sicut dudum dixiinus, sed etiam Zacbariam, ut nunc Evçmgelicus sermo déclarai, præsens Salvator instrueret. Paulatim quippe et hic per 1res menses saucti ’Spiritus augmenta .capiebat, .et cum nesciret erudiebatur, et de Ghristo prophetavit dicens : « Qui dédit redemptionem populo suo, et suscitavit cornu salutis nobis in domo David, » in qua secundum carnem natus est Chrjstus. Et vere quia 138 SAINT JÉROME nous a suscité la force du salut dans la maison de David son serviteur, suivant la parole qu’il nous avait donnée par la bouche de ses saints prophè¬ tes, de nous sauver de nos ennemis. » N’allons pas croire qu’il soit ici question des ennemis corporels, c’est , des ennemis spirituels qu’il s’agit. Le Seigneur Jésus fort dans le combat est venu renverser tous nos ennemis, pour nous déli¬ vrer. de leurs, embûches. « Des mains de nos ennemis, et des mains de ceux qui nous haïssent, pour exercer sa miséricorde envers nos pères. » Je pense, qu’à l’avènement du Seigneur 'notre Sauveur, et Abraham, et Isaac, et Jacob, ont éprouvé les effets de la miséricorde de Dieu. Car' il n’est pas croyable, que ceux qui avaient auparavant vu son jour et en avaient été comblés de joie, n’aient retiré aucun bénéfice de son avè¬ nement et de sa naissance du sein de la Vierge. Et qu’ai-je besoin de parler des patriarches? M’appuyant sur l’autorité' des Écritures, j’irai plus hardiment, et j’affirmerai que la présence du Seigneur Jésus, et son action ont réjoui non seulement la terre, mais le ciel. Aussi l’Apôtre dit-il : « Il a donné la paix par le sang versé sur la croix, à ceux qui sont sur la terre et à ceux qui sont dans le ciel. » Ephes . n. Si donc la fuit cornu salutis, in domo David prophetia ista côncinitur. « Vinea enim facta est in cornu. » Isai. v. In quo cornu? In Christo Jesu, in illo in quo nunc scribitur : « Suscitavit cornu salutis nobis in dcmo David pueri sui, sicut locutus est per os sanctorum suorum prophetarum : salutem ex inimicis nostris. » Non putemus.nunc de corporalibus inimicis dici, sed de spiritalibus. Venit enim Dominais Jésus fortis in prælio, destruere omnes inimicos nostros, ut nos de insidiis eorum liber are t. « De manu inimiçorum nostrorum et de manu eorum qui nos oderunt. Facere misericor- diam cum patribus nostris. » Ego puto quod in adventu Domini Salvatoris, et Abraham, et Isaac, et Jacob fruiti sint misericordia Dei. Neque enim credibile est, ut qui prius vidèrent diem illius, et lætati sunt, postea in adventu ipsius, et nativitate de Virgin e, nihil utilitatis acceperint. Et quid de patriarchis loquor ? Ad altiora Scripturarum auctoritatem sequens âudacter ascendam, quoniam prsesentia Domini Jesu et dispensatio illius non solum terrena, sed etiam (1) cœlestia présence du [Seigneur a été un bienfait pour le ciel et la terre, pourquoi craindre de dire que son avènement a été un bienfait même pour ses ancêtres, afin que cette parole reçoive son accomplissement : « Pour exercer sa miséricorde envers nos pères, et se souvenir de son alliance sainte, de ce serment par lequel il a juré à Abraham notre père qu’il nou^ accorderait d’être sans crainte délivrés des mains de nos ennemis. » 11 arrive assez souvent d’être délivré des mains des ennemis, mais ce n’est pas sans crainte. Car quand la crainte a existé avant la crise finale, et que c’est en courant ces risques qu’on a été arra¬ ché à la puissance de ses ennemis, on est délivré, il est vrai, mais ce n’est pas sans crainte. Or l’avènement du Seigneur Jésus nous a délivrés sans crainte des mains de nos ennemis. Car nos ennemis, nous ne les avons pas sentis, nous ne les avons pas vus lutter contre cette délivrance ; et tout d’un coup, sans savoir comment cela s’est fait, nous avons été en un instant arrachés de leurs serres et de leurs embûches; et notre Sau¬ veur nous a transportés dans l’héritage et le par¬ tage des justes. « Et nous avons été délivrés des mains de nos ennemis, sans crainte, afin que nous servions Dieu, dans la sainteté et la justice, en juverit. Unde et Apostolus ait : « Pacem faciens per canguinem crucis suæ, sive super terram, sivo in ccelis. » Ephes. il. Si autem in cœlis et in terra præsen- tia Domini profuit, cur paveas dicere quod adventus illius etiam maj or i bus profuit utimpleatur quod dici tur : « Facere misericordiam cum patribus nostris, et recordari testa- menti sancti sui, juramenti qu d juravit ad Abraham patrem nostrum, ut daret nobis absque timoré de manu inimicorum liberari? » Crebro de hostium manu aliqui liberantur, sed non absque timoré. Cum enim metus discrimen rnte præcesserint, et ita de inimicorum manu quis fuerit erutus,liberatur quidem.sed non sine timoré. Porro adventus Domini Jesu de manu inimicorum absque timoré nos eruit. Non enim sensirnus inimicos nostros, nec eos vidimus répugnantes; sed nescimüs quomodo repente de faucibus eorum et insidiis erepti snmus, in puncto atque momento, et transtulit nos in hæreditatem partemque jüstorum. « Et liberati sumus de manu inimicorum sine metu, ut serviamus Deo in sanctitate et justitia coram eo omnibus diebus nostris. (i) Suspicqtur Huetius cœlestiuin nomine, quibus Dominica dispensatio profuerit, mon modo angelorurri ordines, sed et sidéra ipsa notari ab Origeno, quippe quæ non anima mode, sed rationo etiam prœdita arbitratus sit. Quco autem ratione pollent, peccato osse obnoxia, et purgatione iodigere ; quod officium illis morte pua exhibition a Chrisio orediderit. Ed, Mig* COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC 139 sa présence, :tous les jours de notre vie. Et vous, enfant, vous serez appelé le prophète du Très- Haut. » Je me suis demandé pour quelle raison Zacharie plutôt que de parler de Jean à la troi¬ sième personne, s’adresse à Jean lui-même, en ces termes : « Et vous, enfant, vous serez appelé ie prophète du Très-Haut » et le reste ; il est inutile de parler à qui ne peut vous entendre, et d’apostropher un petit enfant à la mamelle. Cette raison, je crois l’avoir trouvée; la voici : De même que tout . a été merveilleux dans les circonstances qui ont accompagné la naissance de Jean, cette naissance, sa venue au monde annoncée par l’ange, son arrivée sur la terre après les trois mois de séjour que Marie ht près d’Élisabeth, de même tout est également merv veilleux dans les faits qui l’ont suivie et que les Évangiles nous racontent à son sujet. Doutez- vous encore qpe cet enfant ait pu aussitôt après être sorti du sein maternel entendre la voix de son père, et comprendre ces paroles qu’il lui adres* sait : « Et vous, enfant, vous serez appelé le pro¬ phète du Très-Haut? » Réfléchissez alors que c?est un moindre prodige que ce que nous avons vu plus haut : « Votre voix n’a pas plutôt frappé mes oreilles, lorsque vous m'avez saluée, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein : » Et si Jean qui est encore dans le sein de sa mère entend néanmoins Jésus, et en l’entendant tres¬ saille, et se réjouit, pourquoi refuseriez-vous de croire qu’après sa naissance, il ait pu entendre et comprendre la prophétie de son père, lui disant : « Et vous, enfant, vous serez appelé le prophète du Très-Haut, car vous marcherez devant, le Seigneur, pour lui préparer ses voies? » Aussi je pense que Zacharie s’est hâté de parler à l’enfant, parce qu’il savait que peu de temps après Jean se retirerait et demeurerait dans le désert, et qu’il ne pourrait plus jouir de sa pré¬ sence. « Car l’enfant demeurait dans le désert, jusqu’au jour où il devait paraître devant le peu¬ ple d’Israël. » Exod . ni. Moïse aussi demeura dans le désert après s’être enfui de l’Égypte, mais il était parvenu a un âge assez avancé ; et pendant plusieurs autres années, il garda les troupeaux. Pour Joan il était à peine né qu’il passa au désert; et celui qui fut le plus grand parmi les enfants nés de la femme, fit voir qu’il était digne de cette éducation extraordinaire. C’est de lui que le pro¬ phète dit : « Voici que j’envoie mon ange devant vous.» Malac. m. C’est avec, raison que le pro¬ phète donne le titre d’ange à celui qui fut envoyé devant le Seigneur, qui put aussitôt sa naissance, entendre et comprendre son père prophétisant l’avenir. En conséquence, nous qui croyons des merveilles si étonnantes, croyons également la résurrection, croyons les récompenses à venir, croyons ce royaume des cieux que l’esprit nous promet chaque jour. Toutes ces choses merveil¬ leuses que nous ne pouvons comprendre, accep- Et tu, puer, propheta Altissimi vocaberis. » Apud memeb- ipsum quærens rationem quare non quasi de Joanne, sed ad Joannem ipsum dicat \Al. dicens] : « Et tu, puer, propheta Altissimi vocaberis, » et reliqua, super¬ flu um en im fuit ad non audientèm, loqui, et ad parvulum afcque lactantem apostropham facere ; hanc puto posse me reperire, quod quomodo mirabiliter Joannes natua est, et angelo prædicante, venit in mundum, et tribus mensibus Maria juxta Elizabeth commorante, fusus est in terrain, sic etiam cuncta quæ super eo scripta sunt, mirabiliter facta referuntur. Quod si dubitas statim do utero matris effusum posse verba patris audire, et scire quid sit hoc quod ad se dicitur : « Et tu, puer, propheta Altissimi vocaberis, » considéra multo fuisse mirabilius quod præcessit : « Ec.e ut facta est vox salutatioùis tuæ in aures meas, exsultavit infans in gaudio in utero meô. »'Si enim adhuc in ventre matris conclusus audit .Jesura, et audiens exsilivit, atque lætatus est, quare non credas eum jam genitum prophetîam patris audire' et intelligere potuisse, dicentem ad se : « Et tu, puer, propheta Excelsi vocaberis, antecedes enim coram Domino parare vias ejus? » Ideo reor Zachariam festi- nasse, ut loqueretur ad parvulum, quia sciebat eum post paululum in eremo moraturum, nec se ejus posse præ- sentiam babere. « Puer enim erat in desertis usque ad ' diem ostensionis suæ ad Israël. » Eosod . m. Et Moyses in desertis moratus est; sed post, ét expletis japi ætatis suæ annis, fugit ex Ægypto, et per alios annos pecora custodivit; Joannes vero statim ut natus est. transiit ad deserta, et qui major fuit inter natos raulie- rum, majori nutrimento dignus apparuit. De quo pro¬ pheta loquitur : « Ecce mitto angelum meum ante faciem tuam. » Malac. m. Rccte angélus dicitur qui vmissus fuerat coram Domino, et prophetantem patrem statim ut natus est, audire potuit, et intelligere. Quamobrem nos qui tantis mirabilibus crediinus, credamus pariter resurrectioni, credamus et repromissionibusquæventuræ sunt, regnoque cœlorum quod nobis quotidie spiritus 140 SAINT JÉROME tons-lé^ comme elles sont écrites, dans le Christ Jésus, auquel appartiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il, ■ HOMÉLIE XI. Sur ces paroles : « Cependant l’enfant croissait, et .se fortifiait en esprit : » jusqu’à l’endroit où il est dit : Ce premier dénombrement se fit par Cyrinus gouverneur de Syrie. » Gap . i et n. Croître dans les saintes Écritures se dit en deux sens différents : dans un sens matériel, quand la volonté de l’homme n’y est pour rien; dans un sens spirituel-, quand la croissance est le résultat des efforts et du travail de l’homme. C’est dans ce second sens, c’est-à-dire, dans le sens spirituel, que l’Évangéliste parle présente¬ ment : « Cependant l’enfant croissait et se fortifiait en esprit. » Voici ce qu’il veut dire : l’enfant croissait en esprit, il ne restait pas au même point où il avait com¬ mencé; mais l’esprit croissait sans cesse en lui, et par suite de cet accroissement de l’esprit qui se produisait d’heure en heure et de minute en minute, son âme grandissait également; et non seulement son âme, mais son intelligence, et ses facultés se développaient au fur et à me¬ sure de la croissance de son esprit. J’ignore comment ceux qui prennent dans le sens maté¬ riel et à la lettre cette prescription de Dieu : « Croissez et 'multipliez » Genes. i, peuvent pollicetur. Quæ omnià.ut scripta sunt mirabiliter plus- quam sentire possumus, accipiamus in Christo Jesu, cui estgloria et imperium iu sæcula sæculorum. Amen. HOMIUÀ XI. De eo quod scriptum est: « Puer autem crescebat, et confortabatur spiritu, usque ad eum locum ubi ait: Hæc est descriptio prima quæ facta est sub præside Syriæ Cyrino. » Gap . i et u. Bifarie in Scripturis sanctis crescere quid dicitur: unum corporaliter , ubi voluntas humana nihil prodest, alterum spiritaliter, ubi causa crescendi in studio con- sistit humano. De hoc ergo quod sécundum posuimus, id est, spiritali, nunc Evangelista narrat : « Puer autem crescebat, et confortabatur spiritu. » Quod dicit, taie est: crescebat spiritu, nec in eadem permanebat mensu- ra qua cœperat; sed semper crescebat in eo spiritus, et per singulas horas atque momenta spiritu succrescente, anihia quoque sua incremehta capiebat, et non solum anima, sed etiam sensus et mens augmenta spiritus l’expliquer. Car en admettant que le mot «mul¬ tipliez » ait rapport à la quantité, et qu’il y a multiplication, quand le nombre devient plus considérable qu’il ne l’était auparavant; ce qui m suit : « Croissez » n’est pas dans notre pouvoir. Quel est l’homme qui ne désire pas ajouter à sa taille, Matth. vi pour devenir plus grand? Or si l’on commande pour que la chose qui est l’objet du commandement soit exécutée, il serait insensé de commander ce que celui auquel l’ordre s’adresse, est dans l’impossibilité défaire. Lors donc qu’on nous commande de croître, on nous commande certainement une chose que nous ne pouvons faire. Voulez-vous savoir com¬ ment il faut entendre, cette expression : « Crois¬ sez? » examinez ce que fit Isaac dont il est dit': « isaac croissait et devenait plus grand, jusqu’à ce qu’il fut tout à fait grand, ou parvenu à une grandeur excessive » Genes . xxi. Sa volonté so portant sans cesse vers le mieux, faisait conti¬ nuellement des progrès, son esprit se faisait un idéal toujours plus parfait sur lequel il fixait ses regards, il exerçait sa mémoire à enrichir le trésor de ses connaissances, à les graver plus profondément. Et de la sorte,' en cultivant toutes les vertus dans le champ de son âme, il accom¬ plissait ce commandement : « croissez. » Voilà comment Jean croissait lui aussi, quoique encore petit enfant, et multipliait. Mais il est très diffi¬ cile surtout pour un petit enfant de croître en sequebatur. Illud quod præcepit Deus : « Crescite et multiplicamini « Genes. i, qui simpliciter et juxta litte- ram accipiunt, quomodo exponere potuerint nescio. Estoenim « multiplicamini » refera tui* ad numerum, et dum plures fiunt quam prius fuerant, multiplicatio habet locum; hoc vero quod sequîtur, « Crescite, » non est in nostra potestate. Quis enim hominum nonvelitad staturim suain adjicere Matth. vi, ut longior fiat? Si ergo propterea quid præcipitur ut fiat, stultum est quip- pe præcipere, quod is cui præcipias, facere non possit : et præcipitur nobis ut crescamus, utique id præcipitur quod facere non possumus. Vis scire quomodo intelligi- tur, « Crescite? » ausculta quid Isaac fecerit, de quo dicitur : « Isaac proficiebat, et major liebat, donec fac- tus est magnus, vel vehementer nimis Genes. xxi. Semper enim voluntas illius ad meliora se tendens, habehat profectus suos, et mens divinius aliquid con- templabatur, et exercebat se memoria, ut plura in the- sauro suo conderet, ut firmius retineret. Atque in hune mondum evenît, ut qui omnes virtutes suas in ani¬ mée agro excoluerit, impleret mandatum præcipiene, I COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT LUC 141 esprit, à plus forte raison s’il vit au milieu des habitants des montagnes. « Cependant l’enfant croissait, et se fortifiait en esprit. » Autre chose est « croissait, » autre chose « se fortifiait. » La nature humaine est faible, et pour devenir plus forte, a besoin du secours divin. Nous lisons : « La chair est faible » Matth. xxvx, Par quol^ moyen sera-t-elle fortifiée? sûrement par l’esprit. Car l’esprit est prompt, mais la chair est faible. Celui qui veut devenir plus fort, ne doit pas se fortifier autrement qu’en esprit. Beaucoup se fortifient dans la chair, se font robustes de. corps; c’est en esprit que l’athlète de Dieu doit se rendre rpbuste; et lorsqn’il se sera ainsi fortifié, il foulera aux pieds la sagesse de la chair, et devenu tout spirituel, il soumettra le corps au joug de l’esprit. Gardons-nous donc de croire que ce récit regarde simplement Jean et qu’il n’y ait rien qui ait rapport à nous dans ces paroles : « il croissait et se fortifiait en esprit; » elles sont au contraire proposées à notre imita¬ tion, afin que nous multipliant spirituellement dans le sens que nous avons dit, nous prenions de l’accroissement. « Et il demeu¬ rait dans le désert, jusqu’au jour où il de¬ vait paraître devant le peuple d’Israël. » J’ai dit tout à l’heure, qu’il y avait quelque chose de merveilleux dans la conception de Jean, dans ce fait qu’il tressaillit dans le sein de sa mère, et qu’il reconnut, avant d’être né, son « Créscite. » Quamobrem et Joannes adhuc parvulus crescebat, et multiplicabatur. Difficillimum autem est parvulum spiritu crescere, et inter mortales petrarum. « Puer autem crescebat, et confortabatur spiritu. » Aliud est « crescebat, ». aliud confortabatur. » Infirma est humana natura, et ut fieri possit fortior, divino auxilio indiget. Legimus : « Caro infirma. Matth. xxvi . Quo igitur auxilio confirmanda est? Utique spiritu. Spiritus enim promptus, caro autem infirma. Qui vult fortior fieri, non debet nisi in Spiritu confortari. Multi confor- tantur carne, corpore . roborantur ; atbleta autem Dei spiritu roborandus est, et cum sic fuerit confortatus, sapientiam carnis elidet, et spiritalis effectus, subdet cor¬ pus animi imperio. Non putemus ergo simplicem de Joanne historiam esse conscriptam, et quæ nihil ad nos pertineat, in eo quod dicitur, « crescebat et confortaba¬ tur spiritu; » sed ad imita tionem nostram, ut multipli- cati spiritaliter juxt^ eum quem diximus sensum, incre- menta capiamus. « Et erat in desertis usque ad diem ostensionis suæ ad Israël. » Dixit nuper quod et con- ceptus Joannes stnpendum quid habuerit, quando exul- Sauveur; sa naissance ne nous offre pas une moindre merveille, quand nous voyons Zacharie dans son langage prophétique s’adresser à lui, comme s’il l’entendait,' et lui dire : « Et vous, enfant, vous serez appelé le prophète du Très- Haut. » Il était donc juste, que celui qui avait eu / une pareille conception et une pareille naissance, n’attendit pas que son père lui donnât les soins et les aliments, jusqu’au jour où il devait paraî¬ tre devant Israël; mais qu’il se retirât à l’écart, fuyant le bruit des villes, les agitations de la foule, le voisinage des cités, et qu’il se réfugiât au désert, où l’air est plus pur, le ciel plus ouvert, et Dieu plus facile à entretenir; afin de pouvoir, le mystère de son baptême n’étant pas encore révélé, le temps de prêcher pas encore arrivé, se donner tout entier à la prière, conver¬ ser avec les anges, appeler le Seigneur, et l’en¬ tendre répondre : « Me voici » Matth . xi. Car de même que Moïse parlait à Dieu et que Dieu lui répondait; de même, à mon avis, Jean dut dans le désert parler au Seigneur, et le Seigneur dut lui répondre. Je n’avance pas ceci à la légère, je m’autorise pour le faire clés Écritures. Si parmi les enfants des hommes il n’y en eut pas. de plus grand que Jean-Baptiste, et si d’un autre côté, Dieu répondait à Moïse, il faut conclure qu’il répondait aussi à Jean, qui était plus grand, que Moïse, qui avait grandi dans le désert, dont la naissance avait été annoncée, par d’archange tavit infans in utero, et suum necdum genitus Dominum recognovit; et nativitas non impar miraculum, quando ad eum velut siudientem Zachar.iæ prophetantis sermo convertitur, dicens: « Et tu, puer, propheta Altissimi vocaberis. » Digne igitur qui sic conceptus fuerat, et natus, non exspectavit, ut a pâtre nutriretur usque ad diem ostensionis suee ad Israël, sed recessit, fugiens tumullum urbium populi frequentiam, viciniam civita- tum, et abiit in deserta, ubi purior aer erat et coelum aperfius, et familiarior Deus, ut quia necdum sacra- mentum baptismi, nec prædicationis tempus advenerat, vacaret orationibus, et cum angelis conversaretur, appellaretque Dominum, et ilium audiret respondentem atque dicentem : « Ecce adsum. » Matth. xi. Sicüt enim Moyses loquebatur, et Deus respondebat ei, sic puto quod Joannes locutus fuerit in deserto, et Domi- nus responderit ei. Hoc arbitror, certa de Scripturis ratione commôtus. Si enim major in natis mulierum Joanne Baptista fuit nemo, Moysi autem respondit Deus, consequenter respondit et Joanni qui major Moyse fuit, qui est nutritus1 in eremo, cujus1 nativitatem idem 142 SAINT JÉROME même qui annonça la naissance du Seigneur, et dont le père, fut puni de mutisme, pour avoir réfusé d’y croire. Jean demeurait donc dans le désert; il y vivait d’un aliment extraordinaire, .inusité pour la nature humaine, au rapport de saint Matthieu : « Sa nourriture était des saute¬ relles et du miel sauvage. » Matth. m. Gomme il était le serviteur du premier avènement du -Sauveur, qu’il n’avait pour mission que d’annon¬ cer la venue du Sauveur en la chair, que ses prophéties visaient uniquement celui qui naquit de la Vierge, il n’avait point pour se nourrir, le* miel domestique, façonné par là travail de .l’homme; mais le niiel sauvage, et un volatile non de grande dimension, ni de haut vol mais très petit, pouvant à peine s’élever au-dessus de terre, et sautant plutôt que volant. Que dirai-je de plus? On nous affirme catégoriquement qu’il eut pour aliment des sauterelles, bête petite et pure. Considérez donc, mes très chers frères, que celui qui naquit d’une manière extraordi¬ naire, vécut aussi d’une manière extraordinaire. Puis, l’Écriture ajoute : « Or il arriva qu’en ces jours-là, on publia un édit de César Auguste, pour faire un dénombrement de toute la terre.- Ce premier dénombrement se fit par Cyrinus, gouverneur de Syrie. » Luc. n. Que quelqu’un s’écrie : O récit évangélique I Ce fait que le pre¬ mier dénombrement de toute la terre, eut lieu sous César Auguste, qu’avec tout le monde Joseph archangelus qui et domini nuntiavit, cujus pater qui eum nasci non credebat, obmutuit. Erat igitur in deserto Joannes, et nutriebatur novo et extra humanam naturam modo, id ipsum Matth æo memorante : « Ci bus autem ejus erant locustæ, et me! silvestre » Matth . m. Quia enim ministar fuit primi Salvatoris adventus, et tantum modo de dispensatione . carnis Dominicæ loquebatur ac; pr.ophetia illius eum qui na tu s fuerat ex Virgine, prse- cinebat, non habuit domesticum mel, et humana dili- gentia percolatum, sed gilvestre mel, et volucre non grande, non in sublime se elevans, verum volucre parvum et vit a terra consurgens, etsaliens potius quam volans. Quid plura? manifestisèime dicitur quod locustæ fuerint cibus ejus, parvulum animal et mundum. Considerate ergo, fràtres charissimi, quod qui nove natus fuerat, nove nutritus est. Post quæ Scriptura subjicit; « Fac¬ tum est autem in diebus illis, exivit edictum a Cæsare Augusto, ut describeretur omnis orbis. Hæc fuit descri- ,ptio prima a præside Syriæ Cyrino » Iaus. ii. Dicat aliquis : O evangelica narratio I Quoniam prima descri- ptio universi orbis sub Cæsare Augusto fuerit, et inter fit inscrire sur les tablettes du recensement, son nom avec celui de Marie son épouse qui était grosse, et que Jésus naquit avant que le dénom¬ brement fut terminé, ce fait, dis-je, présente à celui qui veut y réfléchir sérieusement quelque- chose de mystérieux. Il signifie, ce nous semble, qu’il était nécessaire que le Christ figurât aussi dans cet enregistrement de toute la terre, pour montrer qu’inscrit avec tous les hommes, il les sanctifiait tous; que porté sur les tables du recensement comme tout le monde, il unissait tout le monde à lui; qu’après avoir été enre¬ gistré avec tous les habitants de la terre, il les enregistrait tous avec lui dans le livre des vivants; afin que ceux qui croiraient en lui, fussent plus tard inscrits dans les cieux avec ses saints. A lui appartiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il, HOMÉLIE XII. Sur ce qui est écrit : qu’un ange descendit , du ciel, et annonça aux bergers la naissance du Seigneur. Gap. n. Mon Seigneur Jésus est né, et un ange est descendu du ciel pour annoncer sa naissance. Voyons ceux auxquels il s’adresse pour la leur apprendre. Il n’est point venu à Jérusalem, il no s’est pas adressé aux scribes et aux pharisiens, il n’a point pénétré dans la synagogue des Juifs; mais il s’en est. allé trouver des bergers qui omnes etiam Joseph eum Maria desponsata sibi atque prægnante nomen retulerit in censum, ac priusquam descriptio compleretur, or tus fuerit Jésus, diligenti.us intuenti sacramentum quoddam videtur signiûcnre, quod in totius orbis professione describi oportuerit et Christum, ut cum omnibus scriptus sanctificaret omnes, et cum orbe relatus in censum, communionem sui præbe- ret orbi, ut post hanc descriptionem, describeret quos- que ex orbe secum in libro viventium; ut quicumque credidissent in eo postea cum sanctis illius soriberentur in cœlis, cui est gloria et imperium iu sæcula sseculo- rum. Amen, HOMIL1A XII. De eo quod scriptum est, angelum venisse de cœlo, et ortum Domini nuntiasse pastoribus. Cap.' n. Natus est Dominus meus Jésus, et angélus descendit de cœlo ànnuntians nativitatem ejus. Videamus itaque quem quæsierit, ut eis nuntiaret adventùm. Non venit Jerosolymam, non qüæsivit scribas et pharisæos, non m ' Jf ! m M ; m . V I ■ ■ COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC 143 veillaient à la garde de leurs troupeaux, et il leur dit : « IL vous est né aujourd’hui un Sauveur, qui est le Christ Seigneür. » Est-ce que vous pensez; que cette parole vraiment divine des Écri¬ tures îye signifie rien autre chose, sinon que range est venu trouver les bergers et leur a parlé? Écoutez, pasteurs des Églises, bergers de Dieu, cela Veut dire, que son ange descend sans cesse du ciel, et vous annonce sans cesse qu’il vous est né. aujourd’hui un Sauveur, qui est le Christ Seigneur. Car si ce pasteur ne vient, les pasteurs des diverses Églises, ne pourront par eux- mêmes, bien garder le troupeau; leur vigilance est insuffisante, si le Christ n’est avec eux pour le nourrir et le garder. Nous avons déjà lu ces paroles de l’Apôtre : nous sommes les coopérateurs de Dieu. I Corinth . ni. Le bon pasteur, qui s’efforce d’imiter le bon pasteur, Joan. x. est le coopérateur de Dieu et du Christ. Et il n’est jus¬ tement bon pasteur, que parce qu’il a avec lui pour faire paître le troupeau, le pasteur par excellence. En effet, Dieu a placé dans l’Église des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs, des docteurs, tout cela pour la perfection des saints. Ephes. iv. Ceci est dit dans le sens le plus littéral. Mais si nous voulons en pénétrer le sens spirituel, je dirai que certains anges ont été des pasteurs dirigeant les affaires humaines; et que tandis que chacun d’eux synagogam ingressus est Judæorum, sed pastores repe- rit süpeL' greges suos vigilias excubantes, eisque loqui- tur : « Natus est hodie Salvator, qui est Ghristus Domi- nus. » Putasne nihil aliud divinus Scripturarum sermo significat, sed tantum hoc quod ad pastores venerit angélus, et eis locutus sit ? Audite, pastores Ecclesia- rum, pastores Dei, quod semper angélus ejus descendat e cœlo, et annuntiet vobis quoniam natus est vobis hodie Sàlvator, qui est Ghristus Dominas. Etenim pastores Ecclesiarum, nisi ille pastor venerit, per se bene gregem servare non poterunt, infirma est eorum custodia, nisi Christus cum eis paverit atque servaverit. Dudurn in Apostolo lectum est : Dei cooperatores sumus I Cor. m. Pastor honus, qui imitât ur pastorem bonum Joom. x, cooperator est Dei et Christi. Et propterea pastor bonus est, qui habet secum pastorem • optimum compascentem sibi. Posuit enim Deus in Ecclesia apos- tolos, pr -phetas, evangelistas, pastores, doctores, omnia in perfectione sanctorum Eph . iv. Et hsec quidem sunt dicta simplicius; Cseterum si ad sacratiorem opor- tet ascendere intelligentiam, diçam quosdam fuisse pas- s’efforçait de conserver la portion du troupeau confiée à sa garde, veillait nuit et jour sans pouvoir y arriver, dépensait toutes les ressources de son habileté à gouverner les nations dont il avait la charge, un ange vint, aussitôt la nais¬ sance du Seigneur, et annonça aux pasteurs que le pasteur véritable était né. Par exemple, pour citer un fait; il y avait un pasteur de la Macé¬ doine, il avait besoin de l’aide de Dieu; aussi, un homme de Macédoine apparut-il en songe a Paul et lui dit-il : « Passez en Macédoine pour nous venir en. aide. » Act. xvi. Mais pourquoi parler de Paul? ce n’est pas à Paul que parla Jésus, mais à celui qui était en Paul. Ainsi les pasteurs ont besoin de la présence du Christ. Voilà pour¬ quoi un ange descendit du ciel, et dit : « No craignez point : Je viens vous apporter une nou¬ velle, qui sera pour tout le peuple le sujet d’une grande joie. » Ce fut réellement une grande joie pour ceux auxquels avait été confiée la garde des hommes et des nations, que d’apprendre que le Christ était venu dans le monde. L’ange préposé aux affaires d’Égypte, trouva dans la venue du Seigneur, un secours puissant pour rendre chrétiens les Égyptiens. Sa descente du ciel ne fut pas moins utile à tous ceux qui avaient la garde des autres provinces; par exemple, à l’ange qui gouvernait la Macédoine, à l’ange qui gou¬ vernait l’Achaie, et aux autres anges chargés des tores angelos qui res humanas regerent. Et cum borum uausquisque suam custodiam conservaret, et diebus ac noctibus vigilans jam laborem ferre non posset, et hoc ageret industrie, ut gentes quæ sibi créditée fue- rant, gubernaret, venisse angelum nato Domino, , et annuntiasse pastoribus, quod verus esset pastor exortus. Verbi gratia, ut ad exemplum veniam, èrat quidam pastor Macedoniæ, hic necessarium habebat auxilium Domini: propterea apparuit in somnis vir Macedo. Pau- lo, dicens. * Transiens in Macedoniam, adjuva nos. » Act. xvi. Quid de Paulo loquar ? cum hæc non Paulo sed qui in Paulo erat, locutus sit Jésus? Indigent itaque pastores præsentia Ghristi. Quamobrem angélus descen¬ dit de cœlo, et ait : « Nolite timere. Ecce enim annunr tio vobis gaudium magnum. » V.ere gaudium magnum, bis quibus hominum fuerat, et provinciarum cura per- missa, Christum venisse in mundum. Multum utilitatis açcepit angélus, qui dispensabat Ægyptias res, postquam Dominus descendit e cœlo, ut Ægyptii Christian! fièrent. Profait et cunctis, qui diversas provincias obtinebant. Verbi causa,, præsidi Macedoniæ præsidi Achaiæ, reli- i 144 SAINT JEROME différentes régions. Car il n’est pas permis de croire que les mauvais auges aient eu autorité sur les contrées oii ils avaient établi leur empire, et que les bons n’aient pas eu également auto¬ rité sur ces mêmes contrées dont ils étaient constitués les gardiens. Or, ce que nous disons, de chaque province, je pense qu’il faut le croire de tous les hommes en général.. Chaque homme est accompagné de deux anges, d’un ange de justice, d’un auge d’iniquité. Quand notbe cœur nourrit de bons sentiments, quand la justice fleurit dans notre âme, c’est sans aucun doute que l’ange du Seigneur nous parle. Mais quand le mal prend possession de notre cœur, alors c’est l’ange du diable qui nous parle. De même donc qu’il y a deux anges pour chaque homme, de même je crois qu’il y en a un nombre double pour chaque pays, les uns bons, les autres mau¬ vais. Par exemple, les mauvais anges avaient autorité dans Éphèse, à cause des pécheurs qui se trouvaient dans cette ville. Mais comme elle renfermait aussi beaucoup de fidèles, il y avait l’ange de l’Église d’Éphèse, un bon ange celui-là. Ce que nous disons d’Éphèse, doit s’appliquer à toutes les provinces. Avant l’avènement du Sau¬ veur, ces anges ne pouvaient rendre que peu de services à ceux qui leur étaient confiés, et le succès ne répondait pas à leurs efforts. 11 existe une preuve du peu de services qu’ils pouvaient leur rendre. Pesez ce que nous disons : Au temp; où l’ange des Égyptiens yeillait seul sur lés Égyptiens, à peine y eut-il un prosélyte pour croire en Dieu, et cela malgré l’aide que l’ange leur prêtait. Plus tard, comme la plupart des Égyptiens et des Iduméens devenus prosélytes, embrassaient la foi de Jésus-Christ, l’Écriture dit pour cette raison : « Vous n’aurez point en abomination TÉgyptien, parce que vous avez été étrangers dans son pays, ni Tlduméen, parce qu’il est votre frère. Ceux qui seront nés de ces deux peuples, entreront à la troisième génération dans l’assemblée du Seigneur. » DeuL xxm. Il arrivait ainsi qu’il y avait dans toutes les nations quelques prosélytes, grâce aux efforts des anges qui en avaient la garde. Mais mainte¬ nant ce sont des peuples entiers de croyants qui viennent à la foi de Jésus-Christ; les anges char¬ gés des Églises, fortifiés' par la présence du Sauveur, amènent les prosélytes en .foule, en sorte qu’il s’établit dans tout l’univers des assemblées de Chrétiens. C’est pourquoi levons- nous pour louer le Seigneur, et appliquons-nous à devenir un Israël spirituel, gu lieu d’un Israël charnel. Bénissons le Dieu tout-puissant par nos œuvres, nos pensées et nos paroles, dans le Christ Jésus auquel appartiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. quarumque regionum. Neque enim fas est credere malos angelos suis præesse provinciis et bonos non easdeni provincias habere permissas. Hoc autem quod de sin- g'ulis provinciis dicit, puto etiam de universis hominibus generaliter debere credere. IJnicuique duo assistant Angeli, al ter justitiæ, alter iniquita- tis, Si bonæ cogitationes in corde nostro fuerint, et in animo justitia pullularit, haud dubium quin nobis loqua- tur angélus Domini. Si vero mala fuerint in nostro corde versata, loquitur nobi^ angélus diaboli. Quomodo igitur per singulos hommes bini sunt angeli, sic opinor et in singulis dispares esse provinciis, ut sint et boni, sint et mali. Verbi gratia, in Epbeso. propter eos qui in ilia urbe peccatores erant, pessimi angeli præsidebant. Rursus quia multi erant credentes in ea, ernt et angé¬ lus Ecclesiæ Ephesiorum, utique bonus. Hoc autem quod de Epheso diximus, super omnibus provinciis cognoscendum. Ante adventum Domini Salvatoris, isti angeli parum poterant creditis sibi utilitatis atterre, et conatus eorum sequi non valebat effectus. Quoddam est sîgnum, quand parum prodesse poterant subjectis. Ausculta quod dicimus) Quando angélus Ægyptiorum Ægyptios adjuvabat, vix uuus proselytus credebat in Deum, et hoc fiebat, Ægyptios angelo dispensante. Deni- que quia plerique de Ægyptiis et Idumæis proselyti acci- piebant fidem Cliristi, propter ea Scriptura dicit : « Non abonnnaberis Ægyptium, qüoniam advenæ eratis in ter¬ ra Ægypti, et ldumæum,' quia frater tuus est. Filii si nati fuerint eis, in generatione tertia intrabunt in Ecole- siam Dei » Deut . xxur. Atque ita fiebat, ut de omni-, bus gentibus nonnulli proselyti fieront, et hoc ipsum angeli s, qui génies habebant subditas, adnitentibns, Nunc autem populi credentium accedunt ad fidem Jesu, et angeli quibus créditas fuerint Ecclesiæ, roborati prse- sentia Salvatoris, multos adducunt proselytos, ut con- gregentur in omni orbe conventicula Christianorunl, Quapropter consurgentes laudemus Domiiium, et Camus pro carnali Israël,, spiritalis Israël. Benedicamus omni- potenti Deo opéré, cogitatione, sermone, in Christo Jesu, cui est gloria et imperium in ssecula sæculoriun, Amen. COMMENTAIRES SUR L'ÉVANGILE DE SAINT LUC 145 HOMÉLIE XIII. Sur ces paroles : « Au meme instant, il se joignit à l’ange une grande troupe de l’armée céleste, » jusqu’à l’endroit où il est dit : « Ils trouvèrent Marie et l’enfant Jésus couché dans une crèche. » Cap . n. Notre-Seigneur et Sauveur à Bethléem, et la multitude de l’armée céleste louent Dieu, et chantent : « Gloire à Dieu au plus haut des deux, et sur la terre, paix aux hommes [de bonne volonté. » Or la multitude de l’armée céleste parle ainsi, parce qu’elle était impuissante à venir en aide aux hommes, et qu’elle se voyait incapable de remplir la mission dont elle était chargée, sans l’assistance de celui qui seul pouvait vraiment sauver, et aider les puissan¬ ces spirituelles dans l’œuvre du salut des hommes. De même donc que, d’après le récit évangélique, les apôtres, un jour qu’ils navi¬ guaient à la rame, ayant le vent contraire, fatigués d’avoir lutté l’espace de vingt-cinq ou trente stades, désespéraient d’atteindre le port; et que le Seigneur Survenant tout à coup, calma les flots en fureur, et sauva d’un péril imminent la barque dont les flancs étaient assaillis par les vagues; Joan. vr. de même, les anges tentaient, il est vrai, de porter secours aux hommes, et de HOMILIA XIII. De eo quod scriptum est: « Et facta est multitudo exer- citus cœlestis, » usque ad eum locum ubi ait: « Inve- nerunt Mariam et Jesum positum in præsepe. » Gap . il. Dominas noster, atque Salvator in Bethleem et mul- titudo cœlestis exercitus laudat Deum, et dicit: « Gloria in excelsis Deo, et super terram pax hominibus bonæ voluntatis. » Hæc autem loquitur multitudo cœlestis exercitus, quia jam defecerat præbere hominibus auxi- lium, et videbat se opus quod sibi creditum fuerat, implere non posse absque eo qui vere salvare poterat, et præsules quoque ipsosjuvare, ut homines salvarentur. Quomodo igitur scriptum est inEvangelio; quod qui¬ dam remis sulcantes mare adversus contrarios ventos jam fessi erant, et viginti quinque, sive triginta stadiis laborantes, p: rtum tenere non poterant, et postea Dominus supervenit, et quiescere fecit fluctus tumentes, navemque cujus hinc inde latera tundebantur, ab immi- nenti discrimine liberavit Joan. vi ; sic intellige quo- To m. x. les guérir de leurs maux, car « ce sont tous des esprits , administrateurs- envoyés pour exercer leur ministère en faveur de ceux qui doivent arriver au salut, » Hebr. i et en effet ils aidaient les hommes dans la mesure de : leurs forces; mais ils voyaient que leurs remèdes n’avaient pas l’efficacité qu’il aurait fallu pour les guérir. Afin que vous puissiez au moyen d’un exemple comprendre ce que je veux dire* je suppose une ville où les malades sont en grand nombre, et où par conséquent, la main des médecins est souvent nécessaire; il y a des plaies de diverse nature; la gangrène gagne à travers les chairs mortes; et cependant les médecins auxquels on a recours, ne peuvent continuellement inventer d’autres remèdes, et combattre victorieusement la grandeur du mal, par les ressources de l’art. Dans cette occurrence, qu’il se présente un prati¬ cien éminent, possédant les plus vastes connais¬ sances médicales; que ceux-là qui se reconnais¬ saient auparavant impuissants à guérir, voyant les plaies se cicatriser sous la main du maître, loin de le jalouser et de lui porter envie, vantent son talent et glorifient Dieu, qui leur a envoyé à eux ainsi qu’aux malades un homme d’une pareille habileté; vous avez là l’image des sentiments qui animaient la multitude de l’armée angélique, lorsqu’elle s’écriait : « Gloire à Dieu- au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux niam et angeli volebant quidem hominibus præbere auxilium, et eis ab ægrotationibus suis tribuere sanita- tem, quia « omnes sunt apparitores spiritus in ministe- riurn missi propter eos qui consecuti sunt salutem » Hebr. i; qui quantum in suis viribus erat, adjuvabant homines. Videbant autem multo inferiorem suam esse medicinam, quam illorum cura poscebat. Porro ut de exemplo possis intelligere quod dicimus, vide mihi ur- bem in qua æg-rotent piurimi, et medicorum frequena adhibeatur manus; sint diversa vulnera quotidie in emortuam carnem serpens putredo penetret; et tamen medici qui adhibiti sunt ad curaudum, nequéant alia ultra invenire medicamina, et artis suæ scientia magni- tudinem maü vincere; cum hæc in talibus nacti sint, eveniat aliquis archiater qui habeat summam in arte notitiam, et illi qui prius sanare nequiverant cernentes magistri manu putredines cessare vulnerum, non invi- deant, non livore crucientur, sed in laudes érumpant archiatri, et prædicent Deum qui et sibi et ægrotantibus tantæ scientiæ hominem miserit. In banc ergo similitu- dinem et multitudo exercitus angelorum audita est dicens: « Gloria in excelsis Deo, et super terrain pas 10 SAINT JEROME 146 hommes de bonne volonté. » Car lorsque le Seigneur fut venu sur la terre, il donna la paix par le sang qu’il versa sur la croix, à ceux qui étaient sur la terre, comme à ceux qui sont dans le ciel. Ephes. i. Les anges en effet voulant que les hommes se ressouvinssent de leur Créateur, et après avoir fait tout ce qui dépendait d’eux pour les guérir, voyant qu’ils ne se souciaient nullement de la guérison, aperçoivent celui qui a le pouvoir de guérir, et disent : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre. » Quiconque lit attentive¬ ment l’Écriture se pose cette question : Comment le Seigneur dit-il d’un côté : « Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, mais l’épée, » Matth. x; et comment de l’autre, les anges chantent-ils à sa naissance : « paix sur la terre. » Et en effet dans un autre endroit, l’Évangéliste lui fait dire : « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix. Mais ce n’est pas comme ce monde donne la paix, que je vous la donne. » Joan. xiv. Voyez donc si ce que nous allons dire, peut résoudre la question. S’il n’y avait d’écrit que « paix sur la terre, » et que la phrase se terminât là, l’objection aurait toute raison d’être. Mais le membre de phrase qui y est joint, c’est-à-dire, qui vient après la paix : « aux hommes de bonne volonté, » résout la m hominibus bonæ voluntatis. Postquam enim Domi¬ nas venit ad terram, pacem fecit per sanguinem crucis suæ, sive eorum quæ in terra erant, sive eorum quæ in cœlis Ephes. i. Siquidem vol entes angeii ut recorda- rentur homines creatoris sni, cura fecissent oinnia quæ in suis viribus erant, ut sanarentur, et noluissent illi respicere samtatem, cernunt eum qui sanare potùit, et glorificantes dicunt: « gloria in exçelsis Deo et super ter- ram pax. » Diligens Scripturæ lector inquirat quomodo Salvator loquitur : « Non veni pacem mittere super ter¬ ram, sed gladium » Matth. x, et nu ne angeii in ejus nativitate*, decantant, « super terram pax. » Siquidem et in alio loco ex persona ipsius dicitur : « Pacem meam do vobis, pacem relin quo vobis. Non sicut mundus iste dat pacem, ego do pacem » Joan . xiv. Videat ergo quod inferimus,an possit solvere quæstionem. Si scriptum essel, « super terram pax, » et hucusque esset fini ta sententia, recte quæstio nasceretur. Nunc vero in eo question. La paix que le Seigneur n’apporte pas sur la terre, n’est pas la paix accordée à la bonne volonté. Car il ne dit pas simplement : « je ne suis pas venu apporter la paix, » mais il ajoute « sur la terre; » d’un autre côté, il ne dit pas davantage : « Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. » Telles sont les paroles que les anges adres¬ sèrent aux pasteurs; or losanges ne se sont pas bornés à parler aux pasteurs, uniquement à cette époque, ils continuent de le faire; car s’ils ne leur parlaient pas, s’ils ne travaillaient de concert avec eux, ce serait à eux que s’appli¬ querait ces paroles : «. Si le Seigneur ne bâtit pas la maison, c’est en vain que travaillent ceux qui la bâtissent. Si lé Seigneur ne garde pas la cité, c’est en vain que veille celui qui la garde. » Psal. cxxvii. Toutefois, si le lecteur appliqué à pénétrer le sens des Écritures, nous permet cette hardiesse, nous dirons qu’il y a dans chacune des Églises deux évêques, c’est-à-dire, deux gardiens, un évêque visible, un évêque invisible; l’un que les yeux du corps peuvent apercevoir, l’autre qui ne peut être aperçu que par les yeux de l’esprit. L’homme qui a bien administré les affaires dont il était chargé, reçoit des éloges de la part du Seigneur; celui qui les a mal gérées, devient coupable à ses i quod additum est, hoc est, quod post pacem dicitur, « in hominibus bonæ voluntatis, » solvit quæstionem. Pax enim quam non dat Dominus super terram, non est pax bonæ voluntatis, Neque enim ait simpliciter, « Non veni pacem mittere, » sed cum additamento, « super terram: » neque econtrario dixit, « Non veni pacem mittere super terram hominibus bonæ volunta¬ tis. » Hæc locuti sunt angeii ad pastores, qui non solum eo tempore loquebantur, sed usque bodie nisi . locuti l'ucrint ad pastores, et sua eis opéra copularint, dicitur ad eos: « Nisi Dominus ædificaverit domum, in vanum laboraverunt qui ædificant eam. Nisi Dominus custo- dierit civitatem, in vanum laborabit qui custodit eam Psal. cxxvii. Si audacter expedit loqui Scripturarum sensum sequenti, per singulas Ecclesias (1) bini sunt episcopi, alius visibilis, alins invisibilis; ille visui carnis, hic sensui patens. Et quomodo homo si commissam sibi dispensationem bene egerit, laudatur a Domino; si male, (i) Demus Adamantii ingenîo, quod ita Apocalypsis cap. M locum intorpreletur, et geminum singults Ecclesiis episcopurn dcpuiet, olterum aspectobîlem, olterum sub oculoa neutiquam cadenlern, quod inferius Hornil. 23 replicat j ot illud pio unicuique repudiondum omnino est, atque a ftdo absonurtt, quod paulo post subdit, fréquenter evenire bonos custodes angolos, nobis laborantibus, suum officium non explere, ot in culpa esse. Yido quæ contra solomnem bano Origenis de angelorum lapsibns opinionem infra ad lïomîl. 23 anioiadveriimus- Ed. Mig. COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT LUC . 147 yeux ; il en est de même pour l’ange. Car il est écrit dans l’Apocalypse de saint Jean i « Mais vous avez parmi vous quelques personnes qui ont souillé ceci » ou « cela. » Et encore : « Vous en avez parmi vous qui enseignent la doctrine des Nicolaïtes. » Apoc. n. Puis, vous en avez qui commettent tels ou tels péchés; et de là, accusation des anges, auxquels les Églises ont été confiées. Mais si telle doit être la sollicitude des anges dans le gouvernement des Églises, que devons-nous dire , des hommes? quelle crainte ne doivent-ils pas avoir, pour pouvoir, en travaillant de concert avec les anges, obtenir le salut? Je pense qu’il peut se rencontrer en même temps un ange et un homme, tous deux, évêques irréprochables d’une Église, travaillant en quelque sorte de concert à la même œuvre. Puisqu’il en est ainsi, demandons au Dieu tout- .puissant, que les évêques des diverses Églises, anges et hommes, nous soient vraiment en aide, et soyons bien convaincus que les uns et les autres porteront devant Dieu la responsabilité de nos œuvres. Si donc, lorsqu’ils seront jugés, l’on trouve que nos fautes et nos péchés, sont dus, non pas à leur incurie, mais à notre négli¬ gence, c’est nous qui serons repris et châtiés; puisque malgré tous les moyens qu’ils ont employés, tous les efforts qu’ils ont faits pour nous sauver, nous nous sommes néanmoins livrés au péché. Or il arrive souvent, que, tandis culpæ et vitio subjacet; sic et angélus. Scriptum est enlm in Apocalypsi Joannis: « Sed habes ibi nomina pauca quæ polluernnt illnd vel illud. » Et rursus : « Ha- bos ibi qui doctrinara Nicolaitarum doceant Apoc. n : ac deinde habes ilia vel ilia peccata facieutes, etaccusantur angeli, quibus creditæ sunt Ecclesiæ. Si autem angelis sollicitudo est, quomodo Ecclesiæ gubernentur, quid ne- cesse est de hominibus dicere, quantum metum habeant, ut possint cum angelis laborantibus laborantes salutein con- sequi? Ego puto inveniri siraul posse et angelum et hominem bonos Ecclesiæ episcopos, et quodammodo unius operis esse participes. Quod cum ita sit. petamus omnipotentem Deum, ut angeli et hommes, Ecclesiarum episcopi, adjumento sint nobis, et sciamus quoniam utri- que pro nobis a Domino judicentur. Quod si illi fuerint judicati, et vitium atque peccatum non in eorum incuria sed innostra negligentia tuerit inventum, nos arguemur, atque plectemur. fllis enim universa facientibus, et pro nostra salute nitentibus nos nihilominus a peccatis voca- bimus. Porro fréquenter evenit,, ut nobis laborantibus, illi suum officium non expleant, et in culpis sint. « Et que nous nous mettons courageusement à l’œuvre, eux ne remplissent pas leur devoir, et se rendent ainsi coupables. « Et il arriva » dit l’Évangéliste, « qu’après que les anges se furent retirés dans le ciel, les bergers se dirent l’un à l’autre : Passons jusqu’à Bethléem, et voyons ce prodige qui est arrivé, et que le Seigneur nous a fait connaître. Ils vinrent en grande hâte, et trouvèrent Marie, Joseph et l’enfant. » Parce qu’ils vinrent en grande hâte, et non avec lenteur, ils trouvèrent Joseph, le gardien chargé de veiller sur la naissance du Seigneur, et Marie qui avait mis au monde Jésus, '= et le Sauveur lui-même couché dans la crèche. C’est bien là ce qu’avait prédit le prophète, lorsqu’il disait : « Le bœuf a connu son maître, et l’âne, la crèche de son Seigneur. » Le bœuf est un animal pur, et l’âne un animal impur. L’âne a connu la crèche de son Seigneur. Ce n’est pas le peuple d’Israël, mais un animal impur figure de la gentilité, qui a connu la crèche de son Seigneur : « Mais Israël ne m’a point connu, ot mon peuple ne m’a point compris. » Isai. i. Pour nous qui comprenons cette crèche, efforçons-nous de connaître Dieu, de nous rendre dignes de sa connaissance, de nous appliquer la nativité et la . résurrection de la chair, comme aussi le fameux et second avè¬ nement de celui auquel appartiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-ii. factum est,«iuquit,»cum abiissent ab eis angeli in cœlos, pas tores dixerunt ad invicem. Transeamus usque Bette* leem, et videamus hoc verbum quod factum est, quod Dominas ostendit nobis. Venerunt festinantes, et invene- runt Mariam et Joseph et puerum. » Quia festinantes vénérant, et non pedetentim, neque fesso gradu, ideo invenerunt Joseph dispensatorem ortus Dominici, et Mariam quæ Jesum fudit in partum, et ipsum Salvato- rem jacentem in præsepio. Illud erat, de quo propheta vaticinatus est dicens : « Gognovit bos possessorem suum, et asinus præsepe Dominisui: » Bos animal mundum est, asinus animal immundum. Cognovit asinus præsepe Domini sui. Non populus Israël cognovit præsepe Domi- ni sui, sed immundum animal ex gentibus. « Israël vero me non cognovit, et populus meus me non intellexit » Isai. i. Intelligentes hoc præsepe, nitamur cognoscere Dominum. et digni fieri scientia ejus, assumere quoque nativitatem et resurrectionem carnis ejus, sed et incly- tum ac secundum majestatis ejus adventum, cui est glo- ria et imperium in sæcula sæculorum. Amen. SAINT JÉROME 148 HOMÉLIE XIV. Sur css paroles : « Le jour de sa circoncision étant arrivé » jusquà l’endroit où il est dit : « Un couple de tourterelles, deux petits de colombes. » Cap. n. . Quant à ce que le Christ est mort, il est mort pour le péché. Non pas qu’il ait lui-même péché; car il n’a jamais commis le péché, et le mensonge ne s’est jamais rencontré dans sa bouche. Mais il est mort, pour que nous qui sommes morts, nous soyons, par sa mort pour le péché, délivrés à tout jamais de l’asservissement au péché et au vice. Rom . vi. Aussi est-il écrit : De même que nous sommes morts, lorsqu’il est mort, et ressuscités, en même temps qu’il ressus¬ citait; de même, nous avons été circoncis avec lui, et après la circoncision, sanctifiés par une purification solennelle. Voilà pourquoi nous HOMILIA XIV. De eo quod scriptum est : « Gum autem impleti essent dies circumcisionis ejus, » usque ad eum locum ubi ait : « Par turturum et duos pullos coiumbarum. » C-jp> n. Quod mortuus est Christus, pro peccalo mortuus est. Non quia ipse peccaverit, neque enim peccatum fecit, nec inventus est dolus in ore ejus; sed mortuus est, ut nos qui mortui sumus, illo moriente peccatis, nequaquam peccato et vitiis viveremus. Rom. vi. Unde scribitur : Sicut igitur commortui sumus, tune illo moriente, et consur- reximus résurgent» ; sic cum eo circumcisi sunuis, et post circumcisionem solemni purgatioue mundati. Unde non jam indigemus circumcisione carnali. Et ut scias propter nos fuisse ilium circumcisum, audi Paulum manifes- tissime prædicantem. « In quo habitat, » inquit, « omnis plenitudo divinitatis corporaliter, et estis in illo repleti, qui est caput omnis principatus et potestatis, in quo n avons plus désormais besoin de la circoncision de la chair. Et pour vous convaincre que c’est pour nous qu’il a été circoncis, écoutez saint Paul, disant expressément : « C’est en lui qu’habite corporellement la plénitude de la divinité, et c’est en lui que vous en êtes remplis; c’est lui qui est le chef de toute principauté et de toute puissance. Et c’est en lui aussi que vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’est pas faite par la main des hommes, mais qui consiste dans le dépouillement du corps charnel, c’est-à-dire, de la circoncision de Jésus-Christ. C’est encore avec lui que vous avez été ensevelis par le baptême, et avec lui que nous sommes ressuscités par la foi en la toute-puissance de Dieu qui. l’a ressuscité d’entre les morts. » Coios. u. Et ainsi, sa mort, sa résurrection, sa circonci¬ sion, tout celà s’est fait pour nous. « Lorsque, » dit l’Évangéliste, « le jour où l’enfant devait être et circumcisi estis circumcisione sine manibus in exspoliatione corporis carnis, in circumcisione Christi, consepulti ei in baptismale, in quo et consurreximus per Adem operationis Dei, qui suscitavit eum a mor- tuis. » CoL n. Et mors igitur, et resurrectio, et cir- cumcisio ejus, pro nobis factæ sunt. « Cum impleti, » * inquit, « essent dies circumcidendi puerum, vocatum fuerat nomen ejus Jésus, quod vocatum est ab angelo antequam conciperetur. » Vocabulum Jesu gloriosuin omni adora tu, cultuque appellari, neque ab eis efferri in mundum, serl ab excellentiori quadam majorique natura. Unde signanter evangëlista addidit dicens : « Et vocatum est nomen ejus Jésus, quod vocatum fuerat ab angelo antequam in utero conciperetur. » Dehinc sequitur : « Cum jam impleti essent dies purgationis eorum se undum legem Moysi, duxerunt eum Je- rosolymam. » Propter purgationem, inquit, eorum. Quorum eorum ? Si scriptum esset propter purga¬ tionem ejus, id est, Mariae quæ pepererat, nihil quæs- tionis oriretur, et audacter diceremus, Mariam (1), quæ (1) Sotis benigne de Àdamanlio senserit Hieronymus, cum ilium oit in præfatione bujusmet translationis, « quasi puerum talis ludere. * Ut enim multa in reliquis in Lucnm Homiliis absona pronumiarit ; quæ in bac 14 elucubranda effutivit, nullo excusari pacio queunt. Hic Mariam quippe cum homo erat, purgatione indiguisse, adeoque fuisse peccalo obnoxiam, audacissime biûterat. Scio quod projeclam temeritalem diitus Senensis lib. vi Bibliothecæ annotalione 136 bis nititur excusare : « lntclligît fortasse Origenes non de purgatione ab immunditiis et sordibus partus, quibus nulli dubium est non fuisse Mariam obnoiiam ; sed de ritibus cl cœrcmoniis, quibus Moyses puerperas lustrari jusserat ; has necesse erat servari a maire illius, qui legem implelurus venerat, non destructimis. » Oui ei snppeiias accedit cl, Huetius, idipsum confirmons ex eo quod Homil. 8, in Leviticum scribit Origenes, eas solum mulieres in pariondo esse immundas, quæ semine admisso concipiunt otpariunt ; quævcro somine neuliquam suscepto peperit, eam vero immundam non esse ; ubi et insignem ojusdem locum récitât ex homilia 12 in Levit. quo generationis Christi cl virginalis Mariœ corporis mundities diserlissime prœdicatur. Sed elsi recte alibi sensisse coïügilur homo immoderali ingenii, inceriæque sonventiœ, minime banc diluit manifestam noxam. Nam cum alibi quoque homil. scilicel âO in hune Ipsum Erangelislam, injuriosus in Mariam Virginem sit, quam dubiœ accusai incerlæquc ûdei, pium lectorem monere necesse fuit, quo sibi scandalum caveat, atque orthodoxœ Ecclesiæ, quæ Beatam Virginem « speciali Dei privilogio » nullum umquam in se admisisso peccatum docel, fidem contra hcerelicorum blasphemiae teneai. Ed. Mig. COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC 149 circoncis, fut arrivé, on lui donna lo nom de Jésus, qui était le nom que l’ange lui avait donné, avant qu’il fut conçu. » Ce nom de Jésus, nom glorieux, digne de toute adoration et de tout respect, méritait d’être introduit dans le monde, non par des hommes, mais par une créature d’une nature supérieure et plus parfaite. Aussi l’Évan- géiiste ajoute-t-il avec intention : « Et on lui donna le nom de Jésus, qui était le nom que l’ange lui avait donné, avant qu’il fut conçu dans le sein de sa mère. » Suit aussitôt : « Et le temps de leur purification étant accompli selon la loi de Moïse, ils le portèrent à Jéru¬ salem. » Pour leur purification, dit l’Évangéliste. La purification de qui? S’il était écrit : sa purification, c’est-à-diro, la purification de Marie qui avait enfanté, il n’y aurait lieu à aucune question, et nous dirions hardiment que Marie, en tant que créature humaine, avait besoin de purification après son enfantement. Mais l’Évangéliste disant : « Le temps de leur purification, » il semble qu’il ait en vue non pas une seule personne, mais une autre avec elle, ou plusieurs. Ainsi Jésus eut besoin de purification, il fut impur, ou souillé de quelque tache. Ce que je dis paraîtra peut-être téméraire, mais je homo erat, purgatione indiguisse post partum. Nunc vero in eo quod ait, « dies purgationis (2) eorum, » non videtur unum significare, sed alterum, sive plures. Ergo Jésus purgatione indiguit, et immundus fuit, aut aliqua sorde poHutus. Temerarie forsitan .videor dicere, sed Scripturarum auctoritate commotus. Vide quid in Job scriptum est : « Nemo mundus a sorde, nec si umus quidem diei fuerit vita ejus. » Job. xv. Non dixit nemo mundus a peccato, « sed nemo mundus a sorde. » Neque enimidipsum significant sordes atquepeccata. Et ut scias aliud sordem, aliud sonare peccatum, Isaias manifeste m’appuie sur l’autorité des Écritures. Voyez ce qui est écrit dans le livre de Job : « Personne n’est pur de toute tache, même celui dont la vie n’a duré qu’un jour » Job. xv. Il ne dit point, personne n’est pur de tout péché, mais « per¬ sonne n’est pur de toute tâche. » Car tache et péché n’ont pas la même signification. Que tout autre soit la tache, et tout autre le péché, Isaïe nous l’apprend clairement, lorsqu’il dit : « Le Seigneur lavera la tache des fils et des filles de Sion, il les purifiera du sang qui est au milieu d’eux, il lavera la tache par un esprit de justice, et le sang par un esprit d’ardeur. » Isai. ïv. Toute âme qui a été revêtue d’un corps d’homme, a ses taches. Or si vous voulez vous convaincre que Jésus n’a eu que des souillures extérieures, telles seulement qu’il le fallait pour rendre nécessaire les ignominies de la croix, mais que ces souillures n’étaient pas inhérentes à la chair très sainte dont il s’était revêtu, et à propos de laquelle l’Apôtre dit, qu’il se revêtit de sa propre volonté « d’une chair semblable à celle qui est sujette au péché, » parce que c’était pour notre salut qu’il avait pris un corps d’homme, vous n’avez qu’à écouter le prophète Zacharie, disant : « Jésus était revêtu d’habits docet dicens : « Lavabit Dominus. sordem filiorum et filiarnm Smn, et sanguinem mundabit de medio eorum, spiritu judicii sordem, et spiritu combustionis sangui- uem. » Isai. ïv. Omnis anima quæ humano corpore fuerit induta, habet sordes suas. Ut autem scias Jesum quoque sordidatum sentiendum secundum ignominiam cruois, non secundum ipsam quam assumpsit sanctam carnem, de qua Apostolus ait : « In similitudinem carnis peccati » fuisse propria voluntate, quia pro salute nostra humanum corpus assumpserat, Zachariam prophetam ausculta dicentem : « Jésus erat indutus vestibus sordi- (2) Græca lectio (XUTCOV, quæ mine quoquo oblinet, pro aOT /jq, in errorem Adomantium traiit, quod el nntatum Huetio est, qui corruptam cam lectionem vocal, vultquc ïlli hanc altcram omnino subsiilai, OtÔTVjç, nempe, a ejus, » juxta Vulgatam et Arabicam interprota- tionem Erponianœ edilionis, quihus addo et Copticam. Et vero Origenem errons ipse monere potuisset Levîtici locus cap. rt, qui puerperæ tantum, non etiam infant) adhibert purgalionem jubet. Nunc quamquam non ob peccatum ( quod cogilaro de Cbristo mens refugit ) a purga¬ tione » lamon ob sordes indignisao Jesum^ « et immundum, aut aliqua sorde pollulum » pronunciat. Perperam quoquo in suum sensum detorquet Jobi Iocum : « Nemo mundus a sorde, » etc. Nequissime vero suum illüd hic ingorit solcmne deliramentum, tune sordcscore animam, cum mortale corpus induit, parîquo pacto «Jesum quoquo sordidalurp sentiendum secundum ignominiam crucis, » quod ejus scilicet anima in muliebri uterosibi corpusadjunïcrît. Unde et înferius psnlmi vigesimi primi loco ubuiiiur; loqucnicm indu cens Salvniorem : « Ego sum vernis ot non bomo. » eto. Quod « videbal, in matris utero immunditiam oorporum, viscoribus ejus hinc inde vallatus, et terrenœ fœcis >patiebatur angustias, eto. Ed. Mig. SAINT JÉROME 150 souillés. > Zactu in. Il y a là de plus un témoi¬ gnage qui dépose directement contre ceux qui prétendent que le Seigneur n’avait pas pris notre chair humaine, mais qu’il s’était fôrmé un corps d’éléments célestes et spirituels. Car si son corps avait été composé d’éléments célestes, et comme ils le soutiennent faussement, de matière sidérale, ou de toute autre substance, d’une . nature spirituelle et plus parfaite encore, qu’ils disent comment un corps tout spirituel a pu . être souillé, ou comment ils expliquent la citation que nous venons de produire : « Jésus était revêtu d’habits souillés. » Que s’ils entre- prenrient, forcés par la nécessité, de dire que par un habit souillé il faut entendre un corps spirituel, ils doivent en conséquence avouer que ce qui n’est donné ici que comme une promesse : «11 est mis en terre corps animal, et il ressus¬ cite corps spirituel, » Corinth. xv, a déjà reçu son accomplissement, et que nous ressusciterons souillés et salis; ce qu’il est criminel môme de penser, surtout pour celui qui sait ce qu’a écrit l’Apôtre : « Le corps comme une semence est mis en terre plein de corruption, et il ressuscite incorruptible; il est mis en terre tout difforme, et il ressuscite tout glorieux ; il est mis en terre dis. » Zaoh. m. Quod quidem et adversus eos (1) facit, qui negant Dominum nostruin humanum habuisse corpus, sed cœlestibus, et spiritalibus fuisse contextum. Si enim de cœlestibus, et ut illi falso asseruut, de sideribus et alia quadam sublimiori spiritalique natura corpus ejus fuerit, respondeant quare potuerit spiritale corpus esse sordidum, aut quomodo hoc interpretentur quod posuimus, « Jésus erat indutus vestibus sordidis. » Si autem fuerint necessitate compulsi, ut suscipiaut, spiritale corpus sordidum intelligi vestimentum, debent consequentur dicere quoniam iltud quod in repromissio- nibus ponitur completum sit, id est : « Seminatur cor¬ pus animale, surgit corpus spiritale, » I Cor. xv, et quod polluti et sordidi resurgamus, quod etiam cogitare piaculum est maxime enm qui scit scriptum esse : « Seminatur in corruptione, surgit in incorruptione ; seminatur in ignobilitate, surgit in gloria; seminatur îu infirmitate, surgit in fortitudine; seminatur corpus animale, surgit corpus spiritale. Oportet ergo, ut pro privé de mouvement, et il ressuscite plein de vigueur; il est mis en terre corps animal, et il ressuscite corps spirituel. » Il fallait donc offrir pour Notre-Seigneur et Sauveur, qui s’était revêtu d’habits souillés, et avait pris un corps terrestre, les dons qui avaient, d’après la Loi, le privilège de purifier les souillures. Je profite de l’occasion qui se présente pour traiter une question qui se pose assez souvent parmi nos frères. On baptise los petits enfants pour la rémission de leurs péchés. De quels péchés, ou quand ont-ils péché? Ou quelle raison peut-il y avoir de baptiser les petits enfants, sinon d’après le sens que nous avons exposé tout à l’heure? « Personne n’est exempt de souillure, même celui dont la vie sur la terre n’a duré qu’un jour? » C’est donc parce que le sacrement de baptême lave les taches de la naissance, qu’on baptise même les enfants. Car si un homme, ne renait do l’eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume des cieux. Joan. m. « Et le temps de leur purification étant accom¬ pli, » dit l’Évangéliste. Le temps s’accomplit aussi pour la justice. Car ce n’est pas aussitôt après sa naissance que l’âme est purifiée; elle ne * peut, à l’instant même de son entrée dans le Domino et Salvatore nostro, qui sordidis vestimentis fuerat indutus, et terrenum corpus assumpserat, ea offerrehtur quæ purgare sordes ex Lege ronsueverant. Quod fréquenter inter fratres quæritur, loci occasione commota retracto. Parvuli baptizantur in remissionem peccatorum. Quorum peccatorum, vel quo tempore peccaverunt? aut quomodo potest ulla lavacri in parvu- lis ratio subsistere, nisi juxta ilium sensum de quo paulo ante diximus : « Nuhus mundus a sorde, nec si unius diei quidem fuerit vita ejus super terram? » Et quia per baptismi sacramentum nativitatis sordes depo- nuntur, propterea baptizantur et parvuli. Nisi enim quis renatus fuerit, ex aqua et spiritu, non poterit intrare in regnum cœlorum. Joan. m. « Cum, » inquit, « expleti essent dies purgationis eorum, » Explentur dies et justitiæ. Neque enim stitim ut nata fuerit, anima purgatur, nec potest perfectam in ipso ortu consequi puritatem, ted sicut scriptum est in Lege : « Si mas- culum peperit, septem diebus mater sedebit in sanguine (1) Puta Marcionitas atque Ebîonitas, quos Irndit Gcnnadius libro de Dogmatibus, cap, 2, affirmasse Dei Filium carnem de cœlo secum Mtulisse, Quare mirum magis quod oit, illis consensisse Origenem, qui emenrnum corpus el specie tenus appareils, Chrislum gestnsse docuerit. Haud enim scio, quamquam et alibi de vero Cbristi corpore recte Àdamantius sentiat, el cumprimis infra ad HomiM7 an luculentiori testimonio hac ipsa eipositione sordidarum Cbristi vestium Origenis fides defendi possit. Olim Pampbilus hanc ipsam calumniam ab Adamantii scriplia amovit. Ed, Mig, COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC monde, acquérir' une pureté parfaite; mais de même qu’il est écrit dans la Loi : « Si une femme enfante un mâle, elle restera dans un sang impur pendant sept jours, puis, pendant trente-trois jours dans un sang pur; et, au bout de ce temps, l’enfant lui-même restera dans un sang très pur. » Luc . h, de même, la loi étant spirituelle, et offrant la figure des biens futurs, Rom. vu et I-Iebr. x, nous pouvons comprendre que la véritable purification ne nous arrivera que plus tard. Pour moi, je pense que, même après la résurrection d’entre les morts, nous avons besoin d’un sacrement qui nous lave et nous purifie, car personne ne pourra (1) ressus¬ citer sans tache; et qu’il est impossible de trouver une âme instantanément délivrée de tout défaut. Voilà pourquoi le sacrement de baptême est employé pour opérer notre régéné¬ ration, en sorte que, comme le Christ a été purifié selon la chair, par l’offrande qui a été faite de lui, nous le soyons également par une renaissance spirituelle. « Ils le portèrent selon la loi de Moïse à Jérusalem pour l’offrir au Sei¬ gneur. » Où sont ceux qui nient le Dieu de la immundo, ac deinde triginta tribus in sanguine puro, et ad extremum et ipse infans sedebit in sanguine pu- rissimo : » Imc. n, sic quia lex spiritalis est, et umbram habet futurorum bonovum Rom. vu, et Hebr. x, possumus intelligere purgationem veram nobis evenire post tempus. Ego puto quod et post resurrectionem ex mortuis indïgeamus sacramento eluente nos atque pur- gante, nemo enim absque (1) sordibus resurgere poterit, nec ullam posse animam reperiri quæ universis statim vitiis careat. XJnde in regeneratione baptismi assumitur sacramentum, ut quomodo Jésus secundum dispensatio- nem carnis oblatione purgatus est, ita etiam nos spiri- tali regeneratione purgemur. « Duxerunt ilium se¬ cundum legem Moysi in Jerosolymam, offerre ante conspectum Domini. » TJbi sunt qui Deuin Legis negant, qui aiunt non istum, sed aliura a Christo fuisse in Evangelio prædicatum? « Misit. Deus Eilium suum fac¬ tum ex muliere, factum sub Lege. Ergo pu tan du m 151 Loi, qui prétendent que ce n’est pas ce Dieu, mais un autre que le Christ a prêché dans l’Évangile? « Dieu a envoyé son Fils formé de la femme, assujetti à la Loi. » Faut-il donc penser que le Dieu bon a placé son Fils sous la Loi du Créateur, et sous le droit que son ennemi a lui- même institué? Non certes, il n’a été assujetti à la Loi, que pour racheter ceux qui étaient sous la Loi, Galat. îv, et les assujettir à une autre loi, dont il a été déjà parlé : « Observez, ô mon peuple, ma Loi, » et le reste. « Ils le portèrent donc, et le présentèrent devant le Soigneur. » Quel commandement de l’Écriture accomplis¬ saient-ils en agissant ainsi? Celui-ci : « Selon qu’il est écrit dans la loi de Moïse, » dit l’Évan¬ géliste, « tout mâle qui ouvre le sein, sera consacré au Seigneur, et tout mâle 'sera trois fois l’an présenté devant le Seigneur Dieu. » Les mâles qui étaient consacrés par celà seul qu’ils avaient ouvert le sein, c’est-à-dire, qu’ils étaient les premiers-nés, étaient offerts devant l’autel du Seigneur. « Tout mâle, » dit-il, « qui ouvre le sein. » Il y a ici quelque chose de mystérieux. Tout mâle qui sort des entrailles de sa mère, est, ut Filium suum bonus Deus sub Lege fecerit Creatoris, et sub inimici jure quod ipse dederat? Quin potius ideo sub Lege factus est, ut redimeret eos qui sub Lege erant, Gai. iv, et aliæ legi subji- ceret, de qua dudum lectum est, « Attendite, popule meus, legem meam, »etreliqua,« Adduxeruntergo eum, et statuerunt ante conspectum Domini. » Cujus Scriptu- ræ præcepta complentes? Nempe illius. « Sicut scrip- ptum est, » inquit, « in Lege Moysi, quia omne masculi- num quod apevit vulvam, sanctum Domino vocabitur, et ter per annum apparebit omne masculinum in cons- pectu Domini Dei. » Masculina quæ ex eo quod vul¬ vam matris aperuerunt sancta erant offerehantur ante altare Domini. « Omne, » inquit, « masculinum quod aperit vulvam. » Sacratum quippiam s mat. Quemcum- que enim de utero effusum marem dixeris, non sic aperit vulvam matris suæ, nt Dominus Jésus, quia omnium mulierum non partus infantis, sed viri coitus ( I) Paria h is babet inferius homil. 24, ubi eos tantum ignco flumine a Christo baptizatum iri pronuntiat, qui aqua et spiritu fuerinl baptizati, ot purgatione indiguerinl, malorum nutcra noxas etvitio fore ut flammis penitus excoqunntur. Gcncbrordus cavendam hano admonet doctrinam : Sixtus Sencnsis benignius explical refertque ad ignem ultinruo conflagrationis, qui ex electis aliquos nondum satis purgatos Iustrabit, reprobos vero omnes apprchondet, Refragatur vcro Huetius, bocque accipi sensu Origenis non posse verba contondit, quandoquidem ille ne sanctissîmos quidcm viros, Petrum puta, out Paulum, hoc futuros igno immunes arbitrntur. Rursuin Suarezio respondet, qui tom. IV in nr S. Tbom. q. 46, scot. 4, ut Origenem excuset, mendoso bœc esse ot corrupta Ubrnriorum vitio coniondit, idque ex eo potissimum probat, quod paulo superius ipso ait Origcnes, * quod polluti oi sordidi resurgnmns, eiiam cogitare piaculum est, » Nimirum tnntnm ( inquit Huetius ) in multis hæsito- tîonem Origenis deprebendimus, ut novum mihî non sit, eadein bomilia diverse ilium et pugnantia prodidisse. Enimvcro quid hoo ipso mnni- festius effato : « Neque enim nbsquo sordibus resurgere poteril? * Eos adeo, qui ab erroris nota locum buno vindicare salogunt, niti arbitror frustra. Edt Migt I SAINT JÉROME 152 .n’ouvre pas le sein dosa mère, de la même façon que le Seigneur Jésus, car pour toutes les femmes, ce n’est pas l’enfantement qui ouvre leur sein, mais les rapports charnels avec l’homme; Num , vm; tandis que pour la mère ,du Seigneur, son sein n’a été ouvert qu’au moment où elle enfanta le Sauveur, aucun homme n’ayant avant la nativité du Christ, touché en aucune façon, ce sein consacré pour ainsi dire, et digne de la plus grande vénération. J’ose ajouter que dans la parole, qui est ainsi rapportée : « Le Saint-Esprit viendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre, » se trouvaient, le germe et la puissance de conception, et qu’un fruit extraordinaire se formait dans le sein de Marie, sans que le sein en ait été ouvert. De là ces paroles du Sauveur : « Je suis un ver, et non un homme, l’opprobre des hommes et le rebut du peuple. Ps. xxi. Dans le sein de sa mère, il voyait toutes les misères qui accompagnent la formation des corps; emprisonné de toutes parts dans ses entrailles, il se trouvait en contact étroit avec la lie qui est le fond de la nature humaine; de là, l’assimilation qu’il établit entre lui et le ver, en disant « Je suis un ver, et non un homme. » L’homme naît de l’homme et de la femme; pour moi, je ne suis pas né d’un homme et d’une femme, selon le mode ordinaire de la nature humaine, mais comme un ver, lequel ne reçoit pas d’ailieurs son germe, mais s’engendre dans les corps, et des corps vulvam reserat. Num. vm. Matris vero Domini eo tempore vulva reserata est, quo et partus editus, quia sanctum uterum et omni dignatione venerationis vene- ■ randum ante nativitem Ghristi masculus omnino non tetigit. Audeo quid loqui, quia et in eo quod scriptum est : « Spiritus Dei veniet super te, et virtus Altïssimi obumbrabit te, » Luc. i, principiuin seminis et concep- tus fuerit, et sine vulvæ reseratione novus in utero fœtus adolevent. Unde et Salvator loqui tur : « Ego sum vermis et non homo, opprobriura hominum, et abjectio plebis. » Ps. xxi. Yidebat in matris utero immunditiam corporum,visceribus ejus hinc inde vallatus, terrenæ fæcis patiebatur angustias, unde assimilât se vermi, et dicit : « Ego sum vermis, et non homo. » Ex mare quippe ac femina homo nasci solet, ego vero.non ex masculo et femina secundum ritum huma num atque naturam, sed in exemplum vermis natus sum, cujus non est aliunde semen,sed in ipsis,et ex ipsis inquibuscoales- cit' corporibus origo est. Propter quod quia omne mas- culinum quod aperit vulvam, sanctum Domino voca- eux-mêmes où il se forme. Et ainsi, en vertu de la Loi qui vouiait que tout enfant mâle . qui ouvrait le sein, fut consacré au Seigneur, Jésus fut conduit à Jérusalem, pour y être présenté à Dieu, et aussi pour cette raison : « Afin de donner pour lui l’offrande prescrite dans la Loi du Seigneur : un couple de tourterelles, ou deux petits de colombes. » Luc. n, 24. On offrit donc, comme nous le voyons, pour le Sau¬ veur, deux tourterelles ou deux petits de colombes. Pour moi, j’estime bienheureux ces petits oiseaux, d’avoir été offerts pour la naissance du Sauveur; et de même que j’admire et regarde comme très heureuse l’ânesse de Balaam pour avoir été jugée digne, non seulement de voir un ange de Dieu, mais encore de laisser sortir de sa bouche une parole humaine; de même à plus forte raison, je loue çes oiseaux, je les félicite d’avoir été offerts pour Notre-Seigneur et Sauveur. « Afin d’offrir pour lui deux tourterelles ou deux petits de colombes. » On va peut-être croire que je dis quelque chose d’extraordinaire, bien que ce ne soit cependant pas encore en rapport avec la majesté divine. De même que le Sauveur fut engendré d’une manière extraodinaire, non de l’homme et de la . femme, mais seulement d’une Vierge; de même, ces deux tourterelles et ces deux petits de colombes ne ressemblaient pas à ceux que les yeux du corps aperçoivent, mais au Saint-Esprit, qui descendit sous la forme d’une bitur, ductus est in ' Jerosolymnm, ut appareret ante conspectum Dei, et propter illud quod sequitur, « Ut daretur munus pro eo quod in Lege Domini scriptum est : Par turturum nut duos pullos columbarum. » Iaic. n, 24. Turturum par, et duos pullos columbarum pro Salvatore videmus oblatos. Ego et aves, istas beatas puto quæ pro ortu Domini oblatæ sunt, et quomodo asinam Balaam miror, et felicitate accu- mulo, quia digna fuevit non solum videre angelum Dei, sed etiam ore reserato in huinanum sermonem erumpere; sic multos nmplius has volucres prædico, easque sustollo, quod pro Domino nest.ro et Salva¬ tore oblatæ sunt. « Ut offerrent pro eo par turturum, aut duos pullos columbarum. » Novum quid forsitan videar in ferre, sed pro majeslate parum dignum. Sicut no¬ va fuit generatio Salvatoris, non ex viro et muliere, sed ex sola tantum Virgine; sic et par turturum et duo pulli columbarum non fuerunt taies quales ocu- lis carnis aspicimus; sed quales Spiritus sanctus est, qui in specie columbæ descendit et venit super COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC 158 colombe, et se reposa sun le Sauveur, quand il fut baptisé dans le Jourdain. Matth. m. Telles furent également les deux tourterelles : ce n’étaient pas des oiseaux pareils à ceux qui volent dans les airs; c’était quelque chose de divin, d’imperceptible à l’œil des hommes, qui se montrait sous la forme d’une colombe et d’une tourterelle; en sorte que celui qui naissait et de¬ vait mourir pour le monde entier, ne fut pas aux yeux du Seigneur, purifié par les mêmes victimes que tous les autres hommes; et que des victimes extraordinaires fussent offertes pour celui dans la naissance duquel tout était extraordinaire, conformément à la volonté du Dieu tout-puissant dans le Christ Jésus, auquel appartiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XV. Sur Siméon, qui vint au temple poussé par l’esprit, jusqu’à l’endroit où il est dit: « Main¬ tenant, Seigneur, vous laisserez aller en paix votre serviteur. >> Cap. ri. Il nous faut rechercher la véritable raison des dons de Dieu. « Siméon, homme juste et agréable à Dieu » comme il est écrit dans l’Évangile, « attendant la consolation d’Israël, avait eu du Salvatomn, quando in Jordane baptizatus est Matth. m. Taie fuit et par turturum ; non erant illæ volu- cres ut istæ quæ per aerem volitant, sed divinum quiddam et humana contemplatione augustius, su b specie columbse et turturis apparebat, nt non talibus victimis qualibus omnes homines, ille qui pro toto mundo nasce- batur, et pati babebat, coram Domino mundaretur, sed ut dispensatio ejus nova omnia, ita novas quoque baberet hostias, secundum- voluntatem omnipot'-ntis Dei in Christo Jesu, cui est gloria et imperium in sæcula sæculorum. Amen. HOMILIA XV. De Simeone, quod in spiritu rd templum venerit, usque ad eum locum, ubi ait : « Nunc dimittis servum tuum, Domine, in pace. » Gap. 11. Digna Dei munere quærenda est ratio. « Simeon vir sanctns et Domino placens, » sicut in Evangelio scrip- tum est, « expectans consolationem Israël, responsum acceperat a Spiritu sancto, non se prius mortem obitu- Saint-Esprit la révélation, qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. » A quoi lui servit-il de voir le Christ? Avait-il obtenu uniquement la promesse de voir le Christ sans retirer de cette vision aucun autre avantage? ou bien y avait-il sous cette promesse quelque juste faveur de Dieu, que le bienheureux Siméon mérita et reçut? Une femme toucha le bord du vêtement de Jésus et fut guérie, Matth . rx. Si le contact de l’extrémité de son vêtement procura à cette femme un si grand avantage, que devons-nous penser de Siméon, qui prit l’Enfant dans ses bras, le tint serré sur sa poitrine, tressaillit de joie et d’allégresse, en voyant reposer sur son sein, petit enfant, celui qui venait briser les chaînes des captifs, et le délivrer lui-même des liens qui retenaient son âme à son corps. Il savait que personne autre que celui qu’il tenait dans ses bras, ne pouvait arracher l’homme de cette prison du corps, en lui donnant l’espérance de posséder la vie éter¬ nelle, et voilà pourquoi il lui dit : « maintenant, Seigneur, vous laisserez aller en paix votre serviteur. » Car tant que je ne tenais pas le Christ, tant que je ne le pressais pas dans mes bras, j’étais prisonnier, et je ne pouvais m’affranchir de mes liens. Ceci doit s’entendre non seulement de Siméon, mais du genre humain rum quam videret Christum Domini. » Quid ei profuit, ut videret Christum? Utrum hoc tantum in promis- sione habuit, ut videret ilium, nihilque ex visu ejus consequeretur utilitatis? an latet aliquod donum dignum Dei, quod beatus Simeon et meruit, et acce- pit ? Fimbriam vesti menti Jesu mulier tetigit et sa- nata est. MuUh. ix. Si ilia ad extremam partem vestimenti tanlum emolumenti habuit, quid putan- dum est de Simeone, qui in suas ulnas accepit in- fantem, et brachiis tenens lætabatur atque gaudebat videns parvulum a se gestari, qui ad vinctos venerat resolvendos, seque ipsum nodis corporis liberandum; sciens neminem posse de claustro corporis quempiam emittere cum spe futuræ vitæ, nisi eum quem in brachiis continebat. Unde ad eum loquitur : « Nunc dimittis, Domine, servum tuum in pace. »Quamdiu enim Christum non tenebam, quamdiu ilium meis brachiis non arctabam, clausus eram, et de vinculis exire non poteram. Hoc autem non solum de Simeone, sed de onini humano genere scienduin est. Si quis egreditur e mund'>. si quis e carcere vinctorun'i domo 154 SAINT JEROME tout entier. Que celui qui quitte ce monde, qui sort de la prison où il était retenu, prenne s’il veut entrer dans le royaume de cieux, Jésus dans ses mains, qu’il l’entoure de ses bras, qu’il le presse sur son sein, et alors il pourra en toute allégresse aller où il désire. Considérez les faveurs qui furent auparavant départies à Siinéon, pour le rendre digne de tenir le Fils de Dieu. D’abord il reçut du Saint-Esprit la révélation qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. Ensuite il entra dans le temple non pas par hasard, et comme à l’ordi¬ naire, mais il y vint poussé par l’Esprit de Dieu. « Car /tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, sont les enfants de Dieu. » Rom . vir, et Ephes. irr. Ce fut donc le Saint- Esprit qui le conduisit au temple. Voulez-vous aussi tenir Jésus, le serrer dans vos bras, et mériter de sortir de la prison? travaillez de toutes vos forces à avoir l’Esprit-Saint pour guide, et à venir au temple de Dieu. Mais vous y êtes aujourd’hui, vous êtes dans le temple du Seigneur Jésus, c’est-à-dire, dans son Église, ce temple construit de pierres vivantes. Vous êtes dans le temple du Seigneur, quand votre vie, quand votre conduite est digne de l’Église dont vous êtes les enfants. Si vous venez au temple sous l’impulsion de l’Esprit, vous trouverez l’Enfant Jésus, vous l’éleverez dans vos bras, et vous direz : « Maintenant, Seigneur, vous lais— dimittitur, ut ad regnandum vadat, sumat Jesum in manibus suis, et circumdet eum brachiis suis, to- tum habebat in sinu, et tune exsultans ire poterit, quo desiderat. Gonsiderate quanta dispensatio præcesse- rit, ut Filium Dei Simeon inereretur tenere. Primum responsum a sancto Spiritu acceperat, non eum vi- dere mortem, nisi prius vidisset Ghristum Domini. Deinde non fortuitu ac simpliciter ingressus est templum, sed venit in templum in Spiritu Dei. « Quot- quot enim Spiritu Dei aguntur, hi filii sunt Dei. » Rom. vm, Ephes. n. Spiritus igitnr sonctus eum duxit in templum. Tu qnoque si vis tenere Jesum, et amplexara manibus, et dignus fieri ex ire de careere, omni labore nitere, ut ducem liabeas Spiritum, veniasqua ad templum Dei. Ecce nuuc stas in templo Domini Jesu, hoc est, in Ecclesia ejus, hoc est templum de vivis lapidibus exstruc- tum. Stas antem in templo Domini, quando vita tua, et con versa tio Ecclesiæ JTuerit appellatione dignissima. Si veneris spiritu ad templum, inventes parvulum Jesum, levabis ilium brachiis tuis et dices : « Nunc dimittis serez aller, en paix votre serviteur, selon votre parole. » En même temps faites attention qu’à la délivrance et au départ s’ajoute la paix; car il ne dit pas, je veux être délivré, mais il ajoute, délivré en paix. C’est cela même qui fut promis au bienheureux Abraham : « Vous irez retrouver vos pères en paix, après une heureuse vieillesse. » Quel est celui qui meurt en paix, si ce n’est celui qui a la paix de Dieu, cette paix qui sur¬ passe tout sentiment, et garde le cœur de qui la possède? Qui sort de ce monde en paix, si ce n’est celui qui comprend que Dieu était dans le Christ, se réconciliant le monde, celui qui n’a rien en lui de contraire ou d’opposé à Dieu, qui s’est efforcé d’attirer dans son cœur par des œuvres bonnes toute paix et toute concorde, et qu’on laisse ainsi aller en paix retrouver ses pères dont la vie fut sainte, comme Ta fait le saint patriarche Abraham, Philip, i? Et pour-’ quoi parler des patriarches qui désiraient aller vers Celui qui est le prince et le sei¬ gneur des patriarches, Jésus dont il ost dit : « Il vaut mieux mourir et être avec le Christ. » Celui-là possède Jésus qui ose dire : « Je vis, mais ce n’est pas moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » Galat. n, 20. Prions donc le Dieu tout-puissant, prions aussi l’Enfant Jésus, que nous désirons entretenir et serrer dans nos bras, et demandons-leur de mériter, nous qui demeurons dans le temple, servum tuum, Domine, in pace, secundum verbum tuum. » Simulque attende quod solutioni, et dimissioni pax addita sit. Non enim ait, dimitti volo, sed cum additamento, in pace dimitti. Nam et beato Àbrahæ hoc idem promissum est : « Tu autem vades ad patres tuos in pace,nuti’itusiosenectabona. » Quis estqui moriatur in pace, nisi qui habet pacem Dei, quæ omnem sensum superat, custoditque cor possessoris sui? Quis est qui de sæculo isto recedit in pace, nisi is qui intelligi t quod Deus erat in Ghvisto mundum réconcilia us sibi, nihilque inimicum habet adversarium Dei, sed omnem pacem atque concordiam bonis in se operibus assumpsit, et sic in pace dimittitur pergere ad sanctos Patres, ad quos (et sanctus Abraham protactus est? Phil, i. Quid de Patri- busloquar?ad ipsum quoque qui patriarcharum princeps et Dominus est, ire Jesum, de quo dicitur: « Melius est resolvi et esse cum Christo. » 111e habet Jesum, qui au- det loqui : « Vivo jam non ego, vivit vero in me Chris- tus. » Galat. . n, 20. Ut igitur et nos stantes in templo» et tenentes Dei Filium, amplexàntesque eum, digni COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC qui tenons et couvrons de nos baisers le Fils de Dieu, la délivrance et le passage à un monde meilleur, A lui appartiennent la gloire et l’em¬ pire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XVI. Sur ces paroles : « Le père et la mère de Jésus étaient dans l'admiration des choses qu’on disait de lui, » jusqu’à l’endroit où il est dit : « Cet enfant est pour la ruine et la résurrec¬ tion de plusieurs en Israël; » Cap. IL « Le père, » dit l’Évangéliste, « et la mère de Jésus étaient dans l’admiration des choses que l’on disait de lui. » Rassemblons tout ce qui a été dit sur la naissance de Jésus et écrit à son sujet, et nous pourrons voir que tout en effet mérite l’admiration. Ainsi son père, (c’est ainsi quion désigne Joseph, parce qu’il était son père nourricier) et sa mère étaient-ils dans l’admira¬ tion au sujet des choses qu’on disait de lui. Quelles sont donc ces choses que la renommée avait publiées sur l’Enfant Jésus? Il y avait là aux environs, des bergers qui passaient la nuit dans les champs, veillant tour à tour à la garde de leurs troupeaux. Un ange vint à l’heure même de la naissance de Jésus et leur dit : « Je vous annonce une nouvelle qui sera le sujet remissione, et perfectione ad meliora simus, oremus omnipotentem Deum, oremus et ipsum parvulum Jesum, quem alloqui, et tenere desideramus in brachiis : cui est gloria et imperium in sæcula sæoulornm. Amen. HOM1LIA XVI. De eo quod scriptum est « Erant pater ejus et mater mirantes super his quæ dicebantur de eo, » usque acl locum ubi ait : « Ecce iste positus est in ruinam et resurrectionem multorum in Israël. » Cap. n. Et « erant, » inquit, « pater illius et mater admirantes super his quæ dicebantur de eo. » Congregeiuus in unum ea quæ in ortu Jesu dicta scriptaque sunt de eo, et nunc scire poterimus singula quæque digna esse miraculo. Quamobrem mirabatur et pater {sic enim appellatus est Joseph, quia nutritius fuit), mirabatur et mater super omnibus quæ dicebantur de eo. Quænam ergo sunt, quæ de parvulo Jesu fama disperserat? Pas- 155 d’une grande joie. Allez, et vous trouverez un enfant enveloppé de langes, et couché dans une crèche. » L’ange n’avait pas encore Uni de par¬ ler, que déjà la multitude de l’armée céleste s’était mise à louer et à bénir Dieu. Quand les ber¬ gers qui regardaient ce spectacle en tremblant, virent que l’ange avait disparu, iis se dirent l’uu à l’autre : « Allons jusqu’à Bethléem et voyons cet événement que le Seigneur nous a fait connaître. » Ils y vinrent et trouvèrent un petit enfant. Les bergers comme ses parents, voyant ce qui était arrivé, en étaient dans l’ad¬ miration. Et quant à Siméon, il est écrit qu’il contribua à augmenter ou à faire naître le bruit de ces événements extraordinaires, lorsqu’il prit l’enfant dans ses bras, et dit : « Maintenant Soigneur, vous laisserez aller en paix votre serviteur, selon votre parole, parce que mes yeux ont vu le Sauveur que vous nous donnez. » Le couronnement, et pour ainsi dire, le comble des choses que l’on racontait de Jésus, et au sujet desquelles son père et sa mère étaient dans l’admiration, co fut le langage de Siméon. Car il ne lui suffit pas de prendre l’en¬ fant, et de tenir sur lui le langage que l’Évangéliste rapporte, il bénit encore le père et la mère de Jésus, et prophétisa de plus sur tores erant in regione ilia, vigilantes et observantes custoüias noctis supra gregem suum. Venit angélus sub ipsa hora nativitatis Jesu, et ait ad eos : « Annuntio vobis gautlium magnum. I te, et invenietis infantem involutum pannis, et positum in præsepio. » Necdum angélus vertn fmierat, et ecce multitudo cœlestis exer- citus laudare cœpit et benedicere Deum. Cum hoc pas- tores trepidi p:Tspexissent, et angélus recessisset ab eis, dixerunt ad invicem : « Eamus Bethleem, et videamus factum quod Dominus ostendit nobis. » Venerunt et invenerunt parvulum. Tam illi quam parentes, videntes quæ facta fuerant, admirabantur super hoc. lit de Si- meone scribitur, quod rumorem auxerit miraculi, vel magna pars fuerit, tenuitque pueruin in brachiis suis, et ait : « Nunc dimittis, Domine, servum tuum in pace, secunclum verbum tuum, quia viderunt oculi mei salu¬ taire tuum. » Fastigium et, ut ita dicam, culmen super his quæ jactabantur de Jesu, et pater et mater illius (1) Collîgere liinc licet, quemadmodum et intorius Qi bomilianim 18 et 36 clausulis, aliisque pluriinis locis, quos ad Homilias in Jerémiam nique Ezcchiclcm nolovimus, sensisse Origonem, orandum quidem cum Paret Filium, sed diverso orationis gcnero : quco illi multam invidiam doctrina pepem, pcrinde atquc scnsisset : « Non esset ornndum Filium, neque cum Fillo Patrem. » Hoc nimimm criminatur Theophilus in synodicfl a nobis primum vulgata inicr Hieronymianas epist. 22, n. 2 col. 541, quam juvûbit recoluisse. Ed. Mig , 156 SAINT JEROME l’enfant, en disant : « Cet enfant est pour la ruine et la résurrection de plusieurs en Israël, et pour être un signe de contradiction. Et votre âme sera percée d’un glaive, afin que les pensées de plusieurs cachées au fond de leurs cœurs soient révélées. » Que signifient ces paroles : « Cet enfant est pour la ruine et la résurrection de plusieurs dans Israël? » J’ai rencontré quelque chose de pareil, dans l’Évangile selon saint Jean : « Je suis venu dans ce monde pour y exercer un jugement, afin que ceux qui ne voient point, voient; et que ceux qui voient deviennent aveugles. » Jo&n. ix. De même donc qu’il est venu exercer un jugement, afin que les non- voyants de la gentilité, voient, et que les voyants d’Israël deviennent aveugles; de même il est venu pour la ruine et la résurrection de plusieurs. En effet, lors de l’avènement du Sei¬ gneur notre Sauveur, ceux qui étaient aupara¬ vant debout, tombèrent, et ceux qui étaient tombés, se relevèrent. Telle est la première interprétation de ces paroles : « Cet enfant est pour la ruine et la résurrection de plusieurs en Israël. » Mais il faut y voir quelque chose de plus profond, et qui répond directement à ceux qui aboient contre le Créateur, et empruntent par- ci par-là à l’ancien Testament des textes qu’ils ne comprennent pas, et avec lesquels ils sédui¬ sent les âmes simples. Ils disent en effet : Voilà mirabantur, sermo Simeonis fuit. Non enim sufficit eî tonere parvulum, et ea quæ de semelipso scripta sunt pr ‘loqui, sed benedixit patn illius et matri; et de ipso quoque prophetavit infante, dicens : « Ecce bic positus est in ruinam et resurrectionem multorum in Israël, et in signnm cui contradicetur. Tuam quoque ipsius ani- mam pertransibit gladius, ut revelentur de multis cor- dibus cogitationes. » Quid sibi vult quod ait, « Ecce hic positus est in ruinam et resurrectionem multorum in Israël? » Huic quid siraile in Evangelio secundum Joannem reperi scriptuin ; « In jndicium ego in îhun- dum islum veni, ut qui non vident videant, et qui vident cæcï fiant » Joan. ix. Quonjodo ergo in judicium venit, ut non videntes de nationibus vidèrent, et qui prius videbant de Israël cæci ûerent; sic venit in ruinam et resurrectionem multorum. In adventu enim Domini Salvatoris, qui prius steterant, corruorunt, et qui ceciderant, surrexerunt. Una hæc est interpretatio de eo quod dictum est : « Ecce bic positus est in ruinam et resurrectionem multorum in Israël. » Estau- tem et altins qnid intelligendnm adversus eos vel maxime, qui contra Gonditorem latrant, et bine inde le Dieu de la Loi et des prophètes, voyez ce que c’est : « Moi » dit-il, «je tuerai et je ferai vivre, je frapperai et je guérirai, et il n’y a personne qui puisse rien tirer de mes mains. » Deut. xxxn. Ils entendent, « je tuerai, » mais ils n’entendent point, « je ferai vivre; » ils entendent, « je frapperai, » mais ils refusent dédaigneusement d’entendre, « je guérirai. » C’est par des cita¬ tions de ce genre qu’ils calomnient le Créateur. Avant donc de rechercher quel est le sens de ces paroles : «Je tuerai et je ferai vivre, je frapperai et je guérirai, » je veux leur opposer le témoi¬ gnage de l’Évangile, m’adresser aux hérétiques, car il y a un très grand nombre d’hérésies qui admettent l’Évangile selon saint Luc, et leur dire : Si le Créateur est sanguinaire, s’il est dur et cruel par cela même qu’il dit : « Je tuerai et je ferai vivre; je frapperai et je guérirai, » il est manifeste que Jésus est bien son Fils, car on rapporte la même chose de lui : « Cet enfant est pour la ruine et la résurrection de plusieurs en Israël; » non pas seulement pour la résurrec¬ tion, mais aussi pour la ruine. Si tuer est mal, venir pour la ruine est mal également. Que répondrons nos adversaires? Cesseront-ils de l’honorer, chercheront-ils quelqu’explication, et auront-ils recours aux figures, afin de pouvoir dire que, venir pour la ruine, dénote plutôt la bonté que la dureté? Et comment serait-il juste de veteri Testamento, quæ non intelligunt, testimonia congregantes, simplicium corda decipiunt. Aiunt enim : Ecce Deus Legis et prophetarum, videte qualis sit : « Ego, » inquit, « occiclam, vivere faciam; percutiam, et ego sanabo; et non est qui eruat de manibus meis » Dent, xxxii. Audiunt, « occiclam, » et nonandiunt, « vivi- ficabo : » audiunt, « percutiam, » et audire contemnunt, « et ego sanabo. » Istiusmodi oecasionibus Greatorem calunmiantur. Igitur antequam interpretelur quem sen- sum habeat : « Ego interficiajn et vivificabo, percutiam et sanabo, » opponam eis testimonium Evangelii, dicarn- que adversum hæreticos. Innumerabiles quippe hæreses sunt, quæ Evangelium secundum Lucam recipiunt. Si propterea cruentus, et in tantum sævns et crudelis est Conditor, quia clicit : « Ego interiieiam, et vivificabo ; percutiam, et sanabo, » manifestissime est et Jesum ipsius esse Filinm; eadem siquidem de eo scripta sunt : « Ecce hic positus est in ruinam et resurrectionem mul¬ torum in Israël . » Non in resurrectionem tantum, sed et in ruinam. Si malum est interficere, malum sit et in ruinam venire. Quid respondebunt? TJtrumne recedent a cnltu ejus, an quærent aliquam interpretationem, et COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT LUC de recourir à des allégories, à des significations extraordinaires pour expliquer ce qu’on ren¬ contre dans l’Évangile ; et do baser sur les pas¬ sages équivalents de l’Ancien Testament, une accusation, sans vouloir admettre aucune expli¬ cation, quelque plausible qu’elle soit? Mais pour le texte qui suit ; « Je suis venu dans ce monde pour exercer un jugement, afin que ceux qui ne voient point, voient; et que ceux qui voient, deviennent aveugles; » ils ont beau chercher a l’expliquer, ils ne sauraient y parvenir. Pour moi, désireux de rester dans l’Église, d’avoir pour qualification le nom du Christ, et non celui de quelque hérésiarque, de porter le nom qui est béni par toute la terre, en un mot, désireux d’être en œuvre comme en pensée et d’être appelé chrétien, j’use, en cherchant une expli¬ cation, des mêmes procédés envers l’ancienne comme envers la nouvelle Loi. Dieu dit : « Je tuerai; » j’accepte volontiers que Dieu me tue. Lôrsqu’en effet le vieil homme est en moi, et que je vis encore comme homme, je souhaite que Dieu tue en moi le vieil homme et qu’il me fasse revivre d’entre les morts. « Le premier homme » dit l’Apôtre, « formé de la terre est terrestre; le second homme venu du ciel est céleste. Comme donc nous avons porté l’image ad tropologias confugient, ut quod in ruinam venerit, benignitatem magis quam austeritatem sonet? Et quo- modo justum erit quando quid in Evangelio taie repe- ritur, ad allegorias et novas intelligentias confugere; quando vero in veteri instrumente, statim accusare, et nuUam explanationem, quamvis probabilis sit, redpere? Sed et hoc quod sequitur : « In judicinm ego veni in mundum istum, ut non videntes videant, et qui vident cæci liant, » quamvis quærant ut edisserant, implere non poterunt. Ego vero quia opto esse Ecclesiasticus, et non ab hæresiarcha aliquo, sed a Christi vocabulo nuncupari, et habere nomen quod benedicitur super terrain, et cupio tam opéré quam sensu et esse et dici Christianus, æqualem et in veteri et in nova Lege quæro rationem. Loquitur Deus : « Ego inlerficiam ; » libenter habeo ut interficiat me Deus. Quando enim vêtus in me homo est, et vivo adliuc quasi homo, cupio ut occidat in me Deus veterein hominem, et vivificet me ex mortuis. « Primus enim, » ait, « homo de terra ter- 157 de l’homme terrestre, nous porterons aussi l’image de l’homme céleste. » I Corinth xv. C’est dans ce même sens qu’il faut comprendre aussi ce texte : « Je suis venu en ce monde pour exercer un jugement, afin que ceux qui ne voient point, voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » Tous nous possédons en nous la vue et la cécité. Adam voyait et ne voyait pas. Il est écrit qu’Ève voyait également, avant que ses yeux fussent ouverts; «La femme dit l’Écriture, vit que le fruit de l’arbre était bon à manger, et très agréable aux yeux ; elle prit du fruit de cet arbre, elle en mangea, en denna à son mari, et iis en mangèrent. » Gen. rir. Ainsi ils n’étaient pas aveugles, mais ils voyaient. Toutefois écoutez la suite : « Et leurs yeux furent ouverts. » Ils étaient donc aveu¬ gles et ne voyaient pas, puisque leurs yeux s’ouvrirent plus tard. Ils voyaient bien aupara¬ vant, mais à peine eurent-ils transgressé la défense du Seigneur, qu’ils commencèrent à voir mal; le péché pénétrant dans leur âme, leur fit perdre la vue de l’obéissance. C’est de cette manière que je comprends cette autre parole de Dieu : « Qui a fait le muet et le sourd, le voyant et l’aveugle? N’est-ce pas moi, le Seigneur Dieu? » Exod . iv. Il y a l’œil du corps, renus, secundus homo de cœlo cœlestis. Sicut portavimus imaginem terrera, porteinus et imaginera cœlestis » I Cor. xv. Secundum hune sensum intelligitur et illud : « In judicium ego veni in mundum istum, ut qui non vident, videant; et qui vident, cæci fiant. » Habemus in nobis omnes homines, et aspeetum et cæcitatem. Adam et videbal, et non.videbat. Eva quoque, antequam aperirentur oculi ejus, viclisse describitur. « Vidit, . » inquit, « mulier lignum, quia 1 onum ad comedendum, et optimum oculis ad videndum, et tollens de fructu ligni, comedit, et dédit viro suo, et comederunt » Gen. iii. Igilur non erant cæci, sed videbant. Deinde sequitur; « Et aperti sunt oculi eorum. » Ergo cæci fuerant, nec videbant, quorum, oculi postea sunt aperti. Sed qui bene ante viderant, postquarn Domini manda- tuin prætergressi suut, cœperunt videre male et aspec- tum obedientiæ subripienle delicto, postea perdiderunt. Ego sic intelligo et illud quod dicit Deus : « Quis fecit mutum et surdum, videntem et cæcum?' Nonne ego (i) Damus hanc Origeni latidem, quod internecinum cum hæreticis bellum perpetuo gesserit, eaque continuo teneri firoûter, ac credi jusserit, quœ ab Ecclesia proponirentur. Pamphilus in Apologia : Quomodo , inquii, universa hæreUcorum dogmata destruens , ipse (Origenes) semper ApostotiGam Gonfirmaverit [idem , si velimus omnes sefhentias ejus congreyarct et longum salis eslt et erit tam nobis , qui sçribimus , oncro- sum, quam legentibus tœdiosum- El. Mig. 158 SAINT JÉROME au moyen duquel nous apercevons toutes les choses de la terre; c’est l’œil selon le sens de la chair dont parle l’Écriture : « Vous marchez Inutilement enflé par le sens de la chair . » Co/os. h. Mais nous en avons un autre meilleur et contraire à celui-là, capable de goûter les choses divines; et c’est parce que cet œil était aveuglé en nous, que Jésus est venu, pour l’ou¬ vrir et le faire voir, afin que ceux qui ne voyaient pas, vissent, et que ceux qui voyaient devinssent aveugles. C’est donc dans ce sens qu’il faut également entendre le passage qui nous occupe : « Cet enfant est pour la ruine et la résurrection de plusieurs en Israël. » Il y a en moi quelque chose qui est debout pour le mal, qui se dresse plein de l’orgueil du péché; que cela tombe, que cela s’écroule. Si cela tombe, ce qui était auparavant tombé, se relèvera et res¬ tera debout. L’homme intérieur, qui est en moi, gisait anéanti, et l’homme extérieur se dressait fièrement. Avant que je crusse en Jésus-Christ, ce qu’il y avait de bon en moi était renversé, ce qu’il y avait de mal se tenait debout. Mais lorsque Jésus fut venu, ce qu’il y avait de mal en moi, fut renversé, et cette parole reçut son accomplissement : '« Portant toujours en notre corps la mort de Jésus. » Et cette autre : « Faites mourir les membres de l’homme terres¬ tre qui est en vous, la fornication, l’impureté, les abominations, l’idolâtrie, les maléfices Dominus Deus? » Exod. iv. Est oculus corporis, quo terrena ista conspicimus, oculus secundum sensum car ni s, de quo Scriptura dicit : Frustra incedis inflatus sensu carnis » Golos n. Gui habemus alium contrarium meliorem, etdivina sapientem; qui quia cæcus in nobis erat, venit Jésus ut faceret eum videre, ut qui non videbant, vidèrent, qui autem videbant, cæci fièrent. Juxta hune ergo sensum, et hoc quod nunc habemus in manibus est intelligendum : « Ecce iste positus est in ruinam, et in resurrectionem multorum in Israël. » Ha- beo aliquid in me quod male stat, et peccati superbia se erigit ; hoc cadat, hoc subruatur. Quod si ceciderit, quod ante ruerat, surgens stabit. Intérim* homo meus quondam jacebat elisus, et exterior stabat erectus. Ànte- quam credere in Jesum, bonuin in me jacebat, malum stabat. Postquam ille venit, tune quod in me malum fuit, corruit, et expletum est illad : « Semper mortifi- cationem Jesu in corpore circumferentes, » Et illud : « Mortificate membra vestra super ter ram, fornicatio- nem, immunditiam, luxuriam, idololatriam, veneficia » CqIoss. ni, et cætera, Horum omnium utilis ruina facta Colos. ni et le reste. Il est avantageux que tout cela soit en ruine. Et c’est do cotte ruine qu’il est dit : « Partout où sera le cadavre, les aigles s’y assembleront. » Matth. xiv; Cadavre tire en effet son nom de « casus » chute. Telle est la ruine première, pour laquelle Jésus est venu; il ne peut opérer le relèvement, si la ruine n’a eu lieu auparavant. Il est venu détruire d’abord ce qu’il y avait de mal en moi, pour que, ce mal détruit et anéanti, ce qui est bien se relève en moi et prenne vie, afin que nous pussions gagner le royaume des cieux par Notre-Seigneur Jésus-Christ auquel appar¬ tiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XVII Sur ces paroles : « Le père et la mère de Jésus étaient dans l’admiration des choses que l’on disait de lui » jusqu’à l’endroit où il est ques¬ tion d’Anne. Cap. n. Saint Luc qui a écrit : « Le Saint-Esprit sur¬ viendra en vous, et la vertu dû Très-Haut vous couvrira de son ombre; c’est pourquoi le Saint qui naîtra de vous, sera appelé le Fils de Dieu ; » et qui nous a enseigné formellement que Jésus est fils de la Vierge, que l’homme n’a été pour rien dans sa conception, vient maintenant nous dire que Joseph est son père, dans ces paroles : « Le père et la mère de Jésus étaient dans l’aclmi- est. Et de hac ruina dicitur : *c Ubicumque erit cadaver, illic congregabuntur aquilse » Matth, xiv. Cadaver quippe a casu nomen accepit. Unu est hæc ruina, ad'" quam primum venit Jésus; nec potest facere resurrectio¬ nem, uisi ruina præcesserit. Venit ante desti'uere quod in me malum fuit, ut, illo destructo et mortilicatj, con- surgat in me et vivificetur id quod bonum est, ut con- sequamur regnum cœlorum per Dominum nostrum Jesum Ghristum, cui est gloria et imperium in sæcula seeculorum. Amen. HOMILIA XVII. De eo quod scriptum est : « Erant pater ejus et mater admirantes super his quæ dicebantur de eo, » et rur- sum usque ad eum locum ubi de Anna scribitur, Cap . il. Lucas qui scripsit : « Spiritus sanctus veuiet super te, et virtus Altissimi obumbrabit tibi, propter hoc et quod natum fuerit sanctum, vocabitur Filius Dei. » et qui manifeste nobis tradidit, quoniam Virgini3 filius Jésus est, nec de humano conceptus est se- COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC 159 ration des choses que l’on disait de lui. » Quel est donc le motif qui lui fait appeler père, celui qui n’était pas le père de Jésus? Celui qui se contente d’une simple explication, dira : que le Saint-Esprit l’honora du titre de Père, parce qu’il avait nourri le Sauveur. Mais celui qui veut trouver une raison plus haute de cette dénomination, peut dire : que la généalogie s’étendant de David à Joseph, Matth. i. le nom de Joseph qui n’était point le père du Sauveur, n’aurait eu rien à faire dans cette liste généalo¬ gique, s’il n’eut été appelé père du Seigneur. Luc. ni. Le père et la mère de Jésus étaient donc dans l’admiration des choses qui étaient dites de lui, aussi bien par l’ange, que par la multi¬ tude de l’armée céleste, que par les bergers eux-mêmes. Car en entendant toutes ces mer¬ veilles, ils étaient transportés de la plus vive admiration. L’Écriture dit ensuite : « Siméonles bénit, et il dit à Marie sa mère : Cet enfant est pour la ruine et pour la résurrection de plusieurs en. Israël, et pour être un signe de contradic¬ tion. Et votre âme même sera percée d’un glaive, alin que les pensées de plusieurs cachées au fond de leur coeur, soient découvertes. » Com¬ ment le Sauveur est-il venu pour la ruine et la résurrection de plusieurs. C’est ce qu’il nous faut examiner. Celui qui se. contente d’une explication super¬ ficielle, peut dire que Jésus est venu pour la ruine des infidèles, et pour la résurrection des croyants. Mais l’interprète qui veut pénétrer au fond des choses, dit qu’il est impossible de tomber, si l’on n’était debout auparavant. Mon- trez-moi donc quel fut celui qui était debout, et pour la ruine duquel le Sauveur est venu, et aussi celui qui se relève. Celui qui se relève, c’est bien celui qui était déjà tombé. Il faut donc considé¬ rer que le Sauveur n’est point venu pour la ruine des uns et la résurrection des autres, mais qu’il est venu pour la ruine et la résurrec¬ tion des mêmes personnes. « Je suis venu » dit-il, « pour exercer un jugement, afin que ceux qui ne voyaient pas, voient, et que ceux qui voyaient, deviennent aveugles. » Joan. ix. Il y a en effet en nous, quelque chose qui voyait aupa¬ ravant, et qui ensuite a cessé de voir; et une autre chose qui ne voyait pas, et qui ensuite a commencé à voir. Par exemple : Je veux voir avec ces yeux, avec lesquels je ne voyais pas auparavant, et qui ensuite se sont ouverts pour moi, parce que les yeux d’Adam et d’Ève se sont ouverts à la suite de leur désobéissance, comme nous l’avons dit plus haut. Il nous faut mainte¬ nant interpréter ce que veulent dire ces paroles : « Cet enfant est pour la ruine et pour la résur¬ mine; iste patrem ejus Joseph testatus est, dicens : « Erant pater illius et mater admirantes super his quæ dicebantur de eo, » Quæ igitur causa exstitit, ut eum tqui pater non fuit, patrem esse memoraret? Qui simplici expositione content us est, dicit : Honora- vit eum Spiritus sanctus Patris vocabulo, quia nu- trierat Salvatorem. Qui autem altius aliquid inqui- vit, potest dicere : quia generationis ordo a David usque ad Joseph deducitur Matt. i, et ne videre- tur frustra Joseph nominari, qui pater nm fuerat Salvaloris, ut generationis ordo haberet locum, pater appellatus est Domini Lwc. ni. Admiraban- tur igitur pater illius et mater super his quæ dice¬ bantur de eo, tam ab angelo, quam a multitudine cœlestis exercitus, nec non a pastoribus, Omnia quippe hæc audientes, vehementissime inirabantur. Dehinc Scriptura ait : « Benedixit ei Simeon, et dixit ad Mariam matrem ejus : Ecce iste positus est in rüinam et in resurrectionem multorum in Israël, et in signum bui contradicitur. Et tuam ipsius animam pertransibit gladius, ut revelentur ex multis cordibus cogitationes. » Quomodo Salvator in ruinam et in resurrectionem multorum venerit, est contemplandum. Qui [Al. Quidj simplici ter exponit, potest dicere, in ruinam eum venisse infidelium, et in resurrectio¬ nem credentium. Qui. vero curiosus interpres est, clicit, nequaquam eum cadere qui ante non steterit. Da mihi igitur, qui fuerit ille qui steterit, et in cujus ruinam. Salvator advenerit, necnon et eum qui consurgat. Nam utique ille consurgit, qui antea cor- ruerat. Videndum est utique, ne forte Salvator non aliis atque aliis in ruinam venerit et resurrectionem multorum, sed iisdem et in ruinam et in resurrectio¬ nem venerit. « In judicium, ait, ego veni, ut qui non videbant videant, et qui videbant cæci fiant » Joan. ix. Est enim in nobis quod videbat prius, et postea videre desivit; et aliud quod non videbat, et postea ccepit videre. Verbi gratia : Volo videre iUis ooulis, quibus antea non videbam, et qui mihi postea reserati sunt, quoniam post inobedientiam et Adami et Evæ oculi sunt aper- ti, de quibus superiori sermone tractavimus. Nunc autem interpretandum quid sibi velit hoc quod ait : « Ecce hic positus est in ruinam, et in resurrec¬ tionem multorum in Israël. » Me oportet primum 160 SAINT JEROME rection de plusieurs en Israël. » 11 est nécessaire ruine et la résurrection de plusieurs en Israël, que je. tombe d’abord, puis, quand je serai c’est-à-dire, en ceux qui peuvent regarder à tombé, que je me relève bien, pour que le Sau- pleine vue et à pleine raison. « Et pour être un veur ne soit pas cause d’une ruine en mal; signe de contradiction. » Tout ce que l’histoire car il ne m’a fait tomber que pour que je me raconte du Sauveur, est sujet à contradiction. Il a relève, et que la chute me soit plus avantageuse, pour mère une Vierge, contradiction. Les Marcio- que l’état où j’étais, au temps où je semblais nites contredisent ce signe, et prétendent qu’il debout. Dans le temps en effet où je vivais dans . n’a pas été entièrement engendré de la femme, le péché, je me tenais debout dans le péché ; et Les Ébionites contredisent aussi ce signe, eri sou- parce que je me tenais debout pour le péché, tenant qu’il est né, comme nous naissons tous, de mon premier avantage a été de tomber et de l’homme et de la femme. Il a pris un corps mourir au péché. Enfin, les saints prophètes, humain; voilà encore un signe de contradiction, si quelque vision plus sublime frappait leurs Les uns en effet disent qu’il est venu du ciel; yeux, tombaient la face contre terre. Et ils no les autres, qu’il avait un corps tel que le nôtre, tombaient ainsi, que pour être par cette chute afin que par cette ressemblance de son corps plus complètement délivrés de leurs péchés. avec nos corps, il pût racheter aussi nos cofps Tomber, voilà la grâce que le Sauveur vous de leurs péchés, et nous donner l’espérance de accorde tout d’abord. Vous étiez païen, que le la résurrection. Il est ressuscité d’entre les morts, païen tombe en vous ; vous aimiez le libertinage, nouveau signe de contradiction ; comment est-il que le, libertinage meure d’abord en vous ; vous ressuscité, est-ce bien lui, est-il ressuscité tel qu’il étiez pécheur, que le pécheur tombe en vous, afin était quand il est mort, ou bien ést-il ressuscité que vous puissiez ensuite vous rolever ot dire : avec un corps formé d’une substance supérieure? << Si nous sommes morts avec lui, nous vivrons Et ici les discussions se multiplient à l’infini : les aqssi avec lui, et si avons la ressemblance de sa uns disant, qu’il a montré à Thomas la place des mort, nous l’aurons également de sa résurrec- clous dans ses mains, Joan. xx; les autres au tion. » Rom. vi. Get enfant est donc pour la contraire, demandent comment il a pu, s’il avait cadere,. et cum cecidero, postea bene resurgere, ne plena possunt acie, et ratione conspicere. « Et iù Salvâtor causa fuerit malæ ruinæ; sed propterea signum cui contradicetur. » Omnibus quæ narrat cadere me fecit, ut consurgam, et inulto milii ruina historia de Salvatore, contradicitur. Virgo mater est, cui utilior fuerit, quam illud tempus quo videbar stare. contradicitur. Marcionitæ contradicunt huic signo Stabam enim in peccato eo tempore, quo peccato et aiunt, penitus eum de muliere non esse genera- yivebam; et quia peccato stabam, prima mibi uti- tum. Ebionitæ contradicunt signo, dicentes ex viro litas fuit ut caderem, et .peccato morerer. Denique et muliere ita natum esse, ut nos quoque nascimur. et sancti prophetæ, quando augustius aliquid con- Habuit corpus humanum, et hoc signum est cui templabantur, cadebant in faciem suam. Propterea contradicitur. Alii enim dicunt, eum venisse de cœ- autem cadebant , ut peccala per ruinam plenius lis; alii (1), taie quale nos corpus habuisse, ut per purgarentur, Hoc ipsum et Salvator tibi primum similitudinem corporis etiam nostra corpora redi- concedit, ut corruas . Ethnicus eras, cadat in te meret a peccatis, et daret nobis spem resurrectio- ethnicus; diligebas scortum, primum 'in te scortum nis. Resurrexit a mortuis; et hoc signum est cui intereat; peccator eras, cadat in te peccator , contradicitur, quomodo resurrexerit, et utrum ipse, ut possis dehinc resurgere et dicere : * Si com- ' et talis qualis mortuus est, an certe in melioris sub- mortui sumus, et convivemus, et si mort i s con- stantiæ corpus resurrexerit. Et est infinita conten- formes, simul et resurrectionis erimus Rom, vi. tio ; al iis dicentibus, fixuram clavorum Thomæ Iste igitur in ruinam et in resurrectionem mul- ostendit in manibus suis Joan. xx. ; aliis e région© torum positus est in Israël, hoc est, in his qui ^fractantibus, si idem corpus habuit, quomodo clau- (1) Observatum est supra ad homiliam 14 verissime creditum probalumque Origeni, vero humanum corpus, et non ementitum Chrislum gestasse, Nunc ergo quando bœreticos pronuntlat, qui eum putant, laie qunle nos corpus habuisse, et a semetipso dtssentire, atque a Yeritote longius pberrare prima fronte videtur. Yerum res aliter putanda est, Ebionitas siquidem perstringit, qui communi lege naturæ oi yiro et muliere ge- noratum corpus assumpsiâso sibi Cbristum impie definiebant. Hincque'adeo de ilia putandus est loqui dissimilitudine, quam ipsemet in proœmio librôrum de Principiis astruit inter nostrum ot Christ! corpus : Incarnotus, inquit est (Christus) a cum JDeus esset, et bomo mansit, quod Deus érat corpus, assumpsit nostro corpori simile) eô solo differens, quod natum ex Yirgine de Spirttu sancto est. Et quoniam bic Jésus Ghrtstus palus et passas est in veritale, et nos per imaginent, communi bac morte vere mortuus est, vere enim a morliiis resurrexit. Ed. Mig. COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC le même corps, pénétrer les portes étant fer¬ mées, et se montrer à ses apôtres? Vous voyez donc quelles thèses différentes soulève même sa . résurrection, et qu’elle devient ainsi un signe de contradiction. Et ce fait même qu’il a été prédit par les prophètes, est encore, à mon avis, un signe de contradiction; car il ne manque pas d’hérétiques pour soutenir qu’il n’a pas été clai¬ rement annoncé par les prophètes. Et qu’ai-je besoin de poursuivre cette énumération. Tout ce que l’histoire raconte à son sujet, est signe de- contradiction. Je ne veux pas dire par là, que ceux-là le contredisent, qui croient en lui; car nous savons que tout ce qui est écrit sur lui est la pure vérité; mais que pour les incrédules, tout ce qui est écrit à son sujet, est signe de contradiction. Siméon dit ensuite : « Et votre âme même sera percée d’un glaive. » Quel est ce glaive qui transperce non seulement le cœur des autres, mais encore le cœur d'e Marie? Il est dit formellement qu’au temps de la passion, tous les apôtres furent scandalisés, et le Sei¬ gneur lui-même l’atteste, lorsqu’il dit : « Tous vous serez scandalisés cette nuit. » Matth . xxvi. Tous furent donc scandalisés, à ce point que sis ingressus est ostiis, et stetit? Vides igitur que- madmodum argumentas variis etiam résurrection!' ejus quæstio concitetur, et fit signum cui contradi- citur. Ego et hoc quod prophetarum ore prædictum est; puto signum esse cui contradicitur. Sunt enim plures hæretici, qui asserunt eum a prophetis peni- tus non fuisse prædicatum. Et quid me necesse est multa prosequi? Omnia quæ de eo narrât historia, signum est cui contradicitur. Non quod contradi- cant hi qui credunt in eum ; nos quippe omnia sci- mus vera esse quæ scripta sunt; sed quia apud in- credùlos universa, 'quæ de eo scripta sunt, signum sit cui contradicitur. Deinde Simeon ait : « Et tuam ip- sius animnm pertransibit gladius. » Quis est iste gladius, qui non aliorum tantum, sed etiam Mariæ cor per- transit? Aperte scribitur, quod in tempore passio- nis omnes sint apostoli scandalizati, ipso quoque Domino didente : Omnes vos scandalizabimini in no- 161 Pierre lui-même, le chef des apôtres renonça trois fois son maître. Eh quoi! nous penserions que, quand tous les apôtres furent scandalisés, la mère du Soigneur fut à l’abri du scandale? Si elle n’a point subi le scandale pendant la pas¬ sion du Seigneur, Jésus n’est pas mort pour ses péchés. Mais si tous ont péché, si tous ont besoin de la gloire de Dieu, justifiés et rachetés qu’ils sont par sa grâce, Marie, elle aussi a été sûrement scandalisée à ce moment. Et c’est là que Siméon prophétise présentement, lorsqu’il dit : « Et votre âme même » à vous qui savez que vous êtes Vierge et que vous avez conçu et enfanté, sans le concours de l’homme, à vous qui avez entendu de l’ange Gabriel ces paroles : « Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre, » « sera percée du glaive » de l’infidélité, vous serez frappée par l’épée du doute, des sentiments contraires vous déchireront, quand vous verrez celui, que vous aviez entendu appeler Fils de Dieu, que vous saviez engendré sans le concours de l’homme, cloué à la croix, et mourir, subir tous les sup¬ plices que l’homme peut inventer, et dans ses derniers moments pousser ces plaintes déchi- cte hac Matth . xxvi, Ergo scandalizati sunt uni- versi, in tantum ut Petrus quoque apostolorum prin- ceps tertio denegarit. Quid? putamus quod, scanda- lizatis apostolis (1), Mater Domini a scandalo fuerit im- munis? Si scandalum in Domini passione non passa est, non est morluus Jésus pro peccatis ejus. Si autem omnes peccaverunt, et egent gloria Dei, justificati gratia ejus et redempti, utique et Maria illo tempore scandalizata est. Et hoc est quod nunc Simeon prophetat, dicens : « Et tuam ipsius animam, » quæ scis absque viro peperisse te Virginem, quæ audisti a Gabriele : « Spiritus sanctus veniet super te, et virtus Altissimi obumbrabit tibi, pertransibit » infidelitatis « gladius, » et ambiguitatis mucrone ferieris, et cogitationes tuæ te in diversa lace- rabunt, cuin videris ilium, quem Filium Dei audieras, et sciebas absque semine viri esse generatum, crucifigi et mori, et suppliciis humants esse subjectum, et ad po- stremum lacrymabiliter coriquerentem atque dicentem ; (1) Hoc quoque supra notatum est nobis ad homiliam 44 contra Origonem, ubi Mariam ChrislL mntrera, utpote hominem, purgatione indi- guisse a peccato scnsit, refragari banc sentent iam orthodoxœ Ecclesiœ conscnsui, Tridontinique concilii decrcto, sect. 6, can. 23, quo B. Virgo nullum umquam in so poccalum admisisse speciali Dei privilegio dcclaratur. Idipsum hio reponimus Adamantio, qui SGandali , infidelitatis ambiguitatisque rcas notas, culpamquo sanctissimæ Dei matri audot inurere. Quamquam, ut ne quid dissimulem, scio, et cl. Huetius notât, banc ipsam Origonis senlentiam totidem propcmodum vcrbîs in epistolam suam 317 rendisse Magnum Basilium, qui gladii nomine fluctuationem qiiamdom indicari a Simeone scribii divisuram in partes Mariæ animam, mortem patiente Filio, juxta ejusdom oraculum : Omnes scandaliza- biminiin me Alioquin ad sanclam Virginem mortis Christi fructum non fuisse perventurum. Addit laudntus Abricensis episcopus Titum Bos- trenum, Amphiloohium, Oral. 3 de Occursu Domini, Chrysostomum in psal. xiii, Cyrilium in Joannem, aliosque nonnulios, qui Simeonis prophe- tiam codent explicant sensu : tametsi post dubitationem statim animo confirma ta m Mariam fuisse, pleriquc omnos minime diffltcantur. Ed. Mig. Tôm. x. 11 m SAINT rantes et dire : « Mon père, s’il est possible, que cè calice passe loin de moi. » Matth. xxvi. « Et. votre âme sera donc percée d’un glaive, afin que les pensées de plusieurs, cachées au fond de leur cœur, soient découvertes. » Il y avait dans le cœur des hommes des pensées mauvaises; ces pensées ont été découvertes, afin d’être détruites par leur apparition au grand jour, d’être frappées à mort, et par suitedecesser d’être; afin que Celui qui est mort pour nous les anéantit; car tant qu’elles restaient cachées, tant qu’elles n’étaient pas produites au grand jour, il était impossible que ces pensées fussent radicalement détruites. Aussi, quand nous avons péché, devons-nous dire également : « Je vous ai fait connaître mon péché, et je n’ai point caché non injustice. J’ai dit : Je confesserai, contre moi-même mon injus¬ tice au Seigneur. » Ps. xxxi. Car si nous faisons cela, si nous découvrons nos péchés, non seule¬ ment à Dieu, mais à ceux qui ont le pouvoir de guérir nos blessures et nos péchés, ces péchés nous seront remis par celui qui a dit : « J’effa¬ cerai vos iniquités comme une nuée, et vos péchés comme un brouillard. » Isaï. xuv. Après que Siméon eut prophétisé, comme il fallait que les femmes fussent aussi sauvées, se présente une prophétesse, dont il est écrit : « Il y avait aussi une prophétesse, nommée Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. » Quel ordre admi¬ rable! La femme ne se présente pas avant « Pater, si possibile est, pertranseat calix iste a me Matth . xxvi. « Et tuam ergo anima m pevtransihit gladius, ut revelentur ex multorum cordibus cogitatio¬ ns. » Cogitationes erant malse in bominibus, quæ propterea revelatæ sunt, ut pi'olatæ in rnedium perde- rentur, et interfectæ atque emortuæ esse desinerent, et occideret eas ille qui pro nobis mort uns est; quamdiu enim absconditæ érant cogitationes, nec prolatæ in me¬ dium, impossibile erat eas penitus interfici. IJnde et nos si peccaverimus, debemus dicere : Peccatum meum no- tum feci tibi, et iniquitatem meam non abscondi. Dixi,. Annuntiabo injustitiam meam contra me Domino Psal. xxxii. Si enim hoc fecerimus, et revelaverimus pec- cata nostra non solum Deo, sed et his qui pos- sunt mederi vulneribus nostris atque peccatis, de- lebuntur peccata nostra ab eo, qui ait : « Ecco delebo ut nubem iniquitates tuas, et sicut caliginem peccata tua .» Isai. xuv. Post Simeonis prophctiam, quia necesse erat ut mulieres . etiam salvarentur, venit prophètes mulier, de qua scribitur : « Et erat Anna prophetissa, fîlia Phanuel de tribu Aser. » Quam pul- JËRÔME l’homme; mais en premier lieu vient Siméon, lequel prend l’enfant et le tient sur ses bras; puis la femme, dont à la vérité les paroles n’ont pas été rapportées, mais dont il est dit d’une manière générale, qu’elle loua le Seigneur, . et parla de lui à tous 'ceux qui attendaient la rédemption d’Israël. Et il étaint juste que cette sainte femme reçut l’esprit prophétique, puis¬ qu’elle s’était élevée à ce degré de perfection, par une longue vie passée dans la chasteté et le jeûne. Considérez, ô femmes, la conduite d’Anne, et imitez-là, s’il vous arrive de perdre vos maris. Pesez ce qui est écrit à son sujet : « Elle n’avait vécu que sept ans avec son mari, depuis qu’elle l’avait épousé, étant vierge » et le reste; « et c’est pour cela qu’elle devint pro¬ phétesse. » Car ce ne fut pas sans motif et comme par hasard que le Saint-Esprit demeura en elle. ■ Il est bon pour la femme, et c’est la chose principale, de garder, autant que cela se peut, la grâce de la virginité. Mais si cela ne se peut, et s’il lui arrive de perdre son mari, qu’elle reste veuve. Or ce n’est pas seulement après la mort de son mari, mais encore pendant sa vie, qu’elle doit avoir ces sentiments, afin d’être couronnée par Dieu, quand bien même sa volonté et son dessein ne viendraient pas à se réaliser; qu’elle dise : Je fais vœu et je promets, s’il m’arrive quelqu’un de ces accidents propres à l’humanité et que je ne souhaite pas, de ne pas cher ordol Non venit ante virum mulier, sed pri- raum venit Simeon, qui apprehendit infantem, et te- nuit in brachiis suis; deinde mulier cujus non sunt quidem verba digesta; sed clictum est generali.ter quod confessa sit Domino, et locuta de eo omnibus qui exspectabant redemptionem Israël. Et juste sancta mulier spiritum prophetandi meruit accipere, quia longa çastitate, longisque jejuniis ad hoc culmen as- cenderat. Videte, mulieres, testimonium Annæ, et imitamini illud si quando vobis evenerit ut perdatis viros. Gonsiderate quid de ea scriptum sit : « Septem, annis vixit a virginitate sua cum viro suo, » et reliqua, « propterea prophètes fuit. » Neque enim ut libet et fortuito Spiritus sanctus babitavit in ea. Bonum est et primum, si qua potest virginitatis gratiam possidere. Si autem hoc non potuerit, sed evenerit ei ut perdat vi- rum vidua perseveret. Quod quidem non solum post mortem viri, sed etiam cum ille vivit debet habere in animo ut etiamsi non venerit voluntas ipsiüs et proposi- tum, a Domino coronetur, et dicat : Hoc voveo atque promittô, si mihi humanum cdiquid quod non opto con- 163 COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT LUC embrasser d’autre état que la continence et le veuvage. On voit aujourd’hui, des secondes, des troisièmes, des quatrièmes noces, pour ne pas dire plus, et cependant nous n’ignorons pas que de . pareils mariages nous empêcheront d’entrer dans le royaume, des cieux. Or de même que non seulement la fornication, mais aussi les secondes noces interdisent l’accès des dignités ecclésiastiques, car les bigames ne peuvent être ni évêques, ni prêtres, ni diacres, ni veuves en titre, ainsi le bigame sera sans doute exclu du nombre des privilégiés, des immaculés de l’Église qui n’a ni tache, ni ride-, non pas en ce sens qu’il sera précipité dans le feu éternel, mais en ce sens qu’il n’aura point de'place dans le royaume de Dieu. Je me souviens d’avoir dit, en interprétant ce passage de l’épitre aux Cqrinthiens : « Paul à l'Église de Dieu qui est à -Corinthe, et à tous ceux qui invoquent le Christ, » qu’il y avait diversité d’Église, et différence entre ceux qui invoquent le nom du Seigneur. Je crois en effet que le monogame, la vierge, et celui qui garde la chasteté appartiennent à l’Église de Dieu; mais que le bigame, quoiqu’il mène une vie sainte, et possède toutes les autres vertus, n’est cependant pas de l’Église, tigerit, nihil aliud faciam quam incontaminata viduaque perseverem. Nunc vero et secundo et tertiæ et quartæ nuptiæ, ut de pliu’ibus taceam, reperiunlur, et non igno- ramus quod taie conjugium ejiciet nos de regno Dei (1). Sicut enim ab ecclesiasticis dignitatibus non solum for- nicatio, sed et nuptiæ repellunt, neque enim episcopus, nec presbyter, nec diaconus, nec vidua possunt esse di- gami; sic forsitau et de cœtu primitivorum, immacu- latorumque Ecclesiæ, quæ non habet maculam, neque rugam, ejicietur digamus; non quo in æiernum mittatur incendium, sed quo partem non habeat in regno Dei. Memini, cum interpretarer illud, quod ad Gorinthios scribitur : « Ecclesiæ Dei, quæ est Gorinthi, cura omni¬ bus qui invocant eura, dixisse me diversitatem Ecclesiæ, et eorum qui invocant nomen Domini. Puto enim mono- gamum et virginem, et eum qui in castiraonia persévérât, esse de Ecclesia Dei; eum vero qui sit digamus, licet bo- nam habeat conversat-ionem, et cæteris virlutibus polleat, tamen non esse de Ecclesia et de eo numéro, qui non habent rugam aut maculam, aut aliquid istiusraodi; sed ni du, nombre de ceux qui n’ont ni ride, ni tache, ni autre défaut du même genre; qu’il est placé au second rang, et parmi ceux qui invo¬ quent le nom du Seigneur; lesquels sont, il est vrai, sauvés au nom de Jésus, sans toutefois être couronnés par lui, auquel appartiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XVIII. Sur ces paroles : « Cependant l’enfant croissait . et se fortifiait, » jusqu’à l’endroit où il est dit : « Ne saviez-vous pas' qu’il faut que je sois occupé aux choses qui regarde mon Père? » Cap. il Mon Seigneur Jésus était né, et ses parents étaient montés à Jérusalem, pour accomplir les prescriptions de la Loi, et offrir pour lui deux tourterelles et deux petits de colombes. Siméon, comme nous l’avons lu plus haut, l’avait tenu dans ses bras, et avait à son sujet prophé¬ tisé ce que nous raconte l’histoire; et après quo tout se fut accompli selon l’usage, ses parents étaient retournés au pays ou Jésus demeurait alors; et cependant, « l’enfant croissait et se fortifiait en sagesse et en grâce. » Il n’avait pas esse de secundo gradu çt de his qui invocant nomen Doraini, et qui salvantur, quidem in nomine Jesu Ghristi, nequaquam tamen coronantur ab eo. Gui est gloria et imperium in sæcula sæculorum. Amen. HOM1L1A XVIII. De eo quod scriptum est : « Puer autem crescebat et confortabatur, » usque ad eum locum, ubi ait ; « An nesciebatis quia in his quæ Patris mei sunt oportet me esse? » Cap, n. Natus est Dominus meus Jésus, et ascenderunt parentes ejus in Jerosolymam, ut complevent ea quæ fuerant in Lege præcepta, et offerrent pro eo par turturum, et duos pullos columbarum. Teuuit eum bracbiis suis Simeon, ut dudum lectum est, et prophetavit de eo quæ narrat histocia; et postquam omnia in more compléta sunt, revertuntur parentes quo Jésus tune agebat; et tamen « crescebat et con¬ fortabatur sapientia et gratia. » -Necdum quadraginta (1) Bæc quoque ahsona Ecclesiæ dogmatis sententia est de iteratls nuptiis, quod ejiciQnt de regno Dei. Et licet paulo posi summam severi tatem ipse temperet Adamantins, et meiucntis potius quam asscrenlis modo pronunùet ; cum tamen eas quasi pio et Chrisliano homiue indignas troducat, nolitque digamum esse de Ecclesia , et de eo numéro, qui non habel rugam aut maculam , et meriio vapula ab ecclesiasticis soriptoribus prœcipueque Ttxeopbilo, et nationem Ecclesiæ pessimo videtur accepisse. Notum Montanistarum et NovaiiQnorum hujusmodi placita orthodoio- rum anathemQtis confiiQ ; nao tamen diffitendum Origenis ævo secundas nu plias liouisse quidem, sed atiquam tamen inoontinëntiæ speciem præ eo tuUsse, et peenitentiæ impositione notâtes. J?cJ. Mig. 164 SAINT JEROME encore accompli les quarante jours de purifica¬ tion, il n’était pas encore venu à Nazareth, que déjà il respirait la sagesse entière. L’Écriture a pu dire, il croissait et se fortifiait, et il recevait l’esprit; mais celui qui s’était dépouillé en pre¬ nant la forme et la nature de serviteur, Philip . II, aussitôt le sacrifice offert pour sa purification, reprit ce qu’il avait quitté; non pas . en ce sens que son corps soit devenu tout d’un coup plus grand, mais en ce sens qu’il s’y manifestait une plus grande sain¬ teté, au témoignage de l’Écriture : « Cepen¬ dant l’enfant croissait et se fortifiait, et il était rempli de sagesse. » Cherchons s’il n’est pas dit ailleurs d’un enfant : « il croissait et se fortifiait » afin que par le rapprochement de' plusieurs textes, nous puissions comprendre ce que l’on dit de plus sur Notre-Seigneur. Au sujet de Jean : « Mais l’enfant croissait et se fortifiait; » toutefois, il n’y a pas l’adjonction : « et il était rempli de sagesse » mais, « il se fortifiait en esprit. » Au sujet du Seigneur : « Il croissait, » dit présentement l’Évangéliste, « et se fortifiait, et il était rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était en lui, » Luc. n. Tout cela s’applique à un enfant qui n’avait pas encore douze ans accom¬ plis. Mais lorsqu’il est âgé de douze ans, il reste à Jérusalem. Ses parents, qui l’ignorent, le cherchent avec inquiétude et ne le trouvent dies purgationis impleverat, necdum Nazareth venerat, etjamtotam sapientiam respiciebat. Potuit Scriptura dicere, crescebat et confortabatur, et accipiebat spiri- tiim; sed qui evacuaverat se formam servi accipiens Philip . n, statim ut pro mundatione ejus sacrificium obiatum est, id quod vacuefecerat, adimplevit ; non quod corpus ejus illico majus fuerit effectum; sed quod sacratius quippiam demonstraretur, Scriptura referente : « Puer autem crescebat et confortabatur, et replebatur sapientia. » Quæramus sicubi alibi de parvulo scriptum sit, « crescebat et confortabatur, » ut ex collatione multorum quid plus in Domino nostro dicatur, intelligere valeamus. De Joanne ; « Puer autem crescebat et confortabatur ; » et tamen non additur, « et replebatur sapientia, » sed, « confortaba¬ tur spiritu. » Hic vero de Domino : « Crescebat, » inquit, « et confortabatur, et replebatur sapientia, et gratia Dei erat super eum » Luc. n. Hæc omuia de puero, qui necdum duodecim annos impleverat, dicta sunt* Gum autem duodecim esset annorum, remanet in Jérusalem. Parentes ejus ignorantes, quærunt eum point. Ils le cherchent parmi leurs proches, ils le cherchent parmi leurs compagnons de route; ils le cherchent parmi leurs connaissances, et ne le trouvent nulle part. Jésus est recherché par ses parents et son père, qui avait été son nour¬ ricier et l’avait accompagné lorsqu’il descendit en Égypte et cependant on ne le trouve point tout aussitôt qu’on le cherche. Car ce n’est point parmi ses parents et ses proches selon la chair, parmi ceux qui lui sont unis par les liens du sang que se trouve Jésus. Ce n’est pas davantage dans les compa¬ gnies nombreuses, que mon Jésus peut se trou¬ ver. Apprenez où le trouvèrent ceux qui le cherchaient, afin que le cherchant avec Marie et Joseph, vous le trouviez à votre tour. « Et en cherchant, » dit l’Évangéliste, « ils lé trouvèrent dans le temple. » Non pas n’importe où, dans un autre endroit, mais dans le temple; et non simplement dans le temple, mais au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Cher¬ chez donc aussi Jésus dans le temple de Dieu, cherchez-le dans l’Église ; cherchez-le parmi les maîtres de la doctrine, qui sont dans le temple et n’en sortent pas. Si vous le cherchez ainsi vous le trouverez. Or quiconque se pro¬ clame maître, et ne possède pas Jésus, n’a du maître que le nom, et ce n’est pas près, de lui qu’on pourra trouver Jésus, le Verbe de Dieu sollicite, et non inveniunt. Quærunt inter affines, quærunt in comitatu, quærunt inter notos, et in bis omnibus non reperiunt. Quæritur ergo Jésus a paren- tibus suis cum pâtre, qui nutritius et cornes fiierat Ægyptum descendentis ; et tamen non statim ut quæritur, invenitur. Non enim inter cognatos et carnis propinquos invenitur Jésus, non in his qui corporabter ei juncti sunt. In multorum comitatu Jésus meus non potest inveniri.'Disce ubi eum quærentes reperiànt, ut et tu quærens cum Joseph Mariaque reperias. « Et quærentes, » inquit, « invenerunt ilium in templo. » Non ubicumque in alio loco, sed in templo. Neque in templo simpliciter, sed in medio doctoruin, audientem, et interrogantem eos. Et tu ergo quære Jesum in templo Dei, quære in Eclesia, quære eum apud magistros, qui in templo sunt, et non egrediuntur çx eo. Si enim ita quæsieris, invenies eum. Porro si quispiam dicit se magistrum esse, et Jesum non habet, iste nomine tantum magister est, et ideo apud eum non potest inveniri Jésus Verbujn Dei et sapientia. « Inventus est, » inquit, « in medio doctorum, » COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT LUC 165 et sa sagesse. « Il fut trouvé, au milieu des docteurs, » dit l’Évangéliste. Au milieu des docteurs, doit s’entendre de la même façon que les prophètes dont il est parlé ailleurs : « Si » dit l’Apôtre, « il se fait une révélation à un autre de ceux qui sont assis, que le premier se taise. » I Corintk. xiv. Ils le trouvent assis au milieu des docteurs; et non seulement assis au milieu d’eux, mais les interrogeant et les écou¬ tant. En ce moment aussi, Jésus est présent, il nous interroge, et nous écoute parler. « Et tous étaient surpris, » dit l’Évangéliste. Surpris de quoi? surpris non de ses questions, bien qu’elles fussent surprenantes aussi, mais de ses réponses. Car autre chose est questionner, et autre chose répondre. Il interrogeait les maîtres, et comme ils étaient incapables de répondre, lui-même répondait aux questions qu’il leur avait posées. La Loi divine nous apprend que l’expression répondre, a dans les saintes Écri¬ tures le séns non pas de parler à son tour, mais d’instruire. Ainsi Moïse parlait, et Dieu lui répondait de vive voix. Cette réponse roulait sur les points que Moïse ignorait, et dont Dieu l’instruisait. Tantôt Jésus interroge, et tantôt il répond, comme nous l’avons dit plus haut. Quel- qu étonnantes que soient ses questions, ses réponses le sont encore bien davantage. Si donc nous voulons nous aussi l’entendre, si nous Quomodo in alio loco do prophetis scriptum est, sic et nunc intellige in medio doctorum. « Si, » inquit, « alteri revelatum fuerit sedenti, priraus tacet » I Cor . xiv. In medio doctorum sedentem inveniunt eum; et non solum sedentem, sed et sciscitantem et audientem eos. Et nunc præsens est Jésus, inteiTogat nos, et audit loquentes. .« Et mirabantur, » inquit, « omnes. » Super quo mirabantur? Non super interrogationibus ejus, licet et ipsse mirabiles erant, sed super responsionibus ejus. Aliud est euira interro- gare, aliud respondere. Iuterrogabat magistros, et quia respondere non poter.mt, ipse his, de quibus interroga- verat, respondebat. Quod autem responsio non vicissi- tudinem sermocinandi, sed doctrinam in Scripturis sanctis sonet, lex divina te doceat. Moyses loquebatur, Deus autem respondebat ei voce. Responsio ilia eorum erat, r super quibus ignorantem Moysen Dominus instruebat. Interdum interrogat Jésus, interdum respondet, sicut supra diximus. Quainquam mirabilis ejus interrogatio sit, tamen multo mirabilior est responsio. Ut igitur et nos audiamus eum, et proponat voulons qu’il nous pose des questions, aux¬ quelles il répondra lui-même, demandons-le lui, cherchons-le sans repos, le cœur en proie à la tristesse, et nous pourrons alors trouver celui que nous cherchons. Car ce n’est pas en vain qu’il est écrit : « Votre père et moi nous vous cherchions bien affligés. » Celui qui cherche Jésus, ne doit pas le chercher avec insouciance, avec mollesse, et d’une manière intermittente, comme le font certaines gens, qui pour cela ne peuvent le trouver. Pour nous, disons : « Nous vous cherchons bien affligés. » Et lorsque nous aurons dit cela, il répondra à notre âme lassée, à notre âme qui le cherche avec tristesse, et lui dira : « Ne saviez-vous pas qu’il faut que je sois aux choses qui regardent mon Père? » Où sont les hérétiques impies et insensés qui soutiennent que la loi et les prophètes n’appartiennent pas au Père de Jésus-Christ. Jésus se trouvait bien certainement dans le temple qui fut construit par Salomon, et il déclare que ce temple est bien celui de son père, de son père qu’il nous a fait connaître, et dont il s’est proclamé le Fils. Qu’ils nous disent maintenant comment l’un est le Dieu bon, et l’autre le Dieu juste. Comme donc le Sauveur est Le Fils du Créateur, louons à la fois le Père et le Fils, de qui sont et la loi et le temple, et à qui appartiennent la gloire et l’em¬ pire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. nobis quæstiones, _ quas ipse dissolvat, obsecremus ilium, et eum labore nimio et dolore quæramus, et tune poterimus invenire quem quærimus. Non enim frustra scriptum est : « Ego et pater tuus dolentes quærebamus te ; » oportet enim qui queerit Jesum, non negligenter, non dissolute, non transitoire qusçrere, sicut quærnnt n nnnlli, et ideo invenire non possunt. Nos autem dicamus : « Dolentes quærimus te. » Et eum hoc dixerimus, ad laborantem aniraain nostram et eum dolore quærentem, respondebit, et dicet : « Nescitis quia in his quæ sunt Patris mei me oportet esse? » Ubi sunt hæretîci impii atque vesani, qui asserunt non esse Patris Jesu Christi legém et prophetas? Certe Jésus in templo erat,. quod a Salomo- ne constructum erat, et confitetur templum illud Patris sui esse, quem nobis revelavit, cujus Filium esse se dixit. Respondeant quomodo alter bonus, et alter sit justus Deus. Quia igitur Salvator Creatoris est Filius, in commune Patrem, Filiumque laudemus, cujus lex, cujus et templum est. Gui est gloria et imperium in saecula sæculorum. Amen. 166 SAINT HOMÉLIE XIX. Sur ces. paroles : « Cependant l’enfant croissait et se fortifiait, jusqu’à l’endroit où il est dit : IL interroge les anciens dans le temple. » Cap. n. Comme quelques individus, tout en semblant croire à la Sainte Écriture, nient pourtant la divinité du Sauveur, croyant ainsi rendre gloire au Dieu tout-puissant, il me paraît juste de leur démontrer par l’autorité des Écritures mêmes, que quelque chose de divin est venu se joindre dans la personne du Sauveur, à son corps humain; et non seulement à son corps humain, mais aussi à son âme humaine; bien que cette âme. ait eu, comme le verra quiconque étudiera le sens des Écritures, quelque chose de plus que les âmes des autres hommes. Car avant d’arriver à posséder la vertu, l’âme de l’homme en général, porte la souillure du vice. Or l’âme de Jésus, ja¬ mais et en aucune façon n’a été atteinte par la souillure du péché. La preuve en est, qu’avant même qu’il eût atteint sa douzième année, ,1e Saint-Esprit écrivait de lui dans l’Évangile de saint Luc : « Cepandant l’enfant croissait et se fortifiait, et fl était rempli de sagesse. » Or il n’est point donné à la nature humaine, de posséder la sagesse pleine et par¬ faite avant l’âge de douze ans. Car autre chose est d’avoir une certaine dose de sagesse, autre HOMILIA XIX. De eo quod scriptum est : « Puer autem crescebat et confortabatur, » usque ad eum locum ubi ait : « Se- nioreç in templo interrogat. » Gap. u. Quia nonnulli qui sanctæ Scripturæ videntur cre- dere, quasi in gloriam omnipotentis Dei divinitatera Salvatoris negant, justum mihi videtur, ut ipsarum Scripturarum auctoritate doceantur in humanum corpus quiddam vemsse divinum; et non solum in humanum corpus, sed in humanam quoque animam. Quamquam si diligenter sensum intendimus Scriptu¬ rarum, plus aliquid anima ilia habuit, quam cæteræ hominum animæ. Omnis quippe anima hominis, anle- quam ad virtutes veniat, vitiis sordidatur. Porro anima Jesu numquam peccati sorde maculata est. Si- quidem antequam ad duodecimum ætatis pervenerit annum, Spiritus sanctus de eo in Lucæ scribit Evange- lio : « Puer autem crescebat et confortabatur, et replebatur sapientia. » Hoc hominum hatura non reci- pit, ut ante duodecim annos sapientia compleatiuv JÉROME chose, d’être rempli de sagesse. Nous ne doutons donc d’aucune façon, que quelque chose de divin n’apparût dans l’humanité de, Jésus, quelque chose de supérieur, non seulement à l’homme, mais encore à toute créature raisonnable. « Et il croissait, » dit l’Évangéliste. Il s’était humilié, en prenant la forme et la nature de serviteur, et il croît par la même vertu qui l’a fait s’humi¬ lier. Il s’était montré sous les dehors de la faiblesse, ayant pris un corps faible, et c’est pour cela qu’il se fortifie ds nouveau. Fils de Dieu, il s’était dépouillé, Philip . ir. et voilà pourquoi, il est de nouveau renïpli de sagesse, pourquoi la grâce de Dieu était en lui. Or ce ne fut pas seulement au temps où il entra dans l’adolescence, ni au temps où il enseigna publi¬ quement, qu’il posséda la grâce de Dieu, mais alors qu'il n’était encore qu’un petit enfant; et comme tout avait été admirable en lui, ainsi son enfance fut également admirable, au point qu’il fut rempli de la sagesse de Dieu. Ses parents allaient donc, selon la coutume, à Jérusalem, pour la fête de Pâques. « Et lorsqu’il fut âgé de douze ans. » Remarquez avec soin, qu’il était, avant d’avoir atteint sa douzième année, rempli de la sagesse de Dieu et des autres dons que rapporte l’Écriture. Lors donc qu’il fut, comme nous l’avons dit, âgé de douze ans, que les jours de fête furent passés, selon, la coutume, et que les parents du petit Enfant Jésus venus aveclui^ Aliud est partem habere sapientiæ, aliud sapientia esse completum. Non ambigimus ergo divinum aliquid in carne Jesu apparaisse, et non solum super hominem, sed super omnem quoque rationalem creaturam. « Et crescebat, » inquit. Hnmiliaverat enim se, formam servi accipiens, et eadem virtute qua se humiliaverat, crescit. Apparuerat inhrmus, quia inârraum corpus assumpserat, et ob id iteruin confortatur. Evacua verat se Filins Dei Phil. n ; et propterea rursum completur sapientia, et gratia Dei erat super eum. Non quando venit ad adolescentiam, non quando manifeste docebat ; sed cum adhuc esset parvulus habebat gratiam Dei ; et quomodo omnia in illo mirabilia fuerant, ita et pneritia mirabilis fuit, ut Dei sapientia compleretur. Ibant itaque parentes ejus, juxta consuetudinem, in Jérusalem ad solemnem diem Paschæ. « Et cum factus fuisset annorum duodecim. » Diligenter observa, quia priusquam duodecim esset annorum, sapientia Dei et cæteris, quæ de eo scripta sunt, complebatiu*. Cum ergo, ut diximus, duodecim esset annorum, et juxta morem diés solemnitâtis expleti essent, etreverterentur COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DÉ SAINT LUC 167 s’çn retournèrent, il demeura à Jérusalem, saris que ses parents en eussent connaissance. Voyez encore ici quelque chose de plus relevé que ne le comporte la nature humaine. Le fait de rester à Jérusalem, l’ignorance de ses parents sur l’endroit où il se trouvait, n’est pas un fait ordinaire; je pense que l’enfant demeura à Jéru¬ salem, et que ses parents ignorèrent où il était, de la même manière, qu’il s’échappa plus tard, comme le rapporte l’Évangile de saint Jean, des mains des juifs qui lui tendaient un piège, sans que ceux-ci l’aient aperçu. Et ne nous étonnons pas qu’on appelle ses parents, ceux qui ont mérité, l’une par son enfantement, l’autre par ses services, le titre de père et de mère. L’Évan¬ géliste poursuit : « Nous vous cherchions bien affligés. » Je ne crois pas que leur chagrin avait pour cause la pensée que l’enfant était perdu, ou qu’il avait péri ; car il n’était pas possible que Marie, qui savait qu’elle avait conçu du Saint-Esprit, qui avait entendu l’ange lui par¬ ler, vu les bergers accourir à la crèche, qui avait été témoin de la prophétie de Siméon, craignit d’avoir perdu l’enfant qui se serait égaré. Écartez aussi cette pensée de Joseph, sur¬ tout de Joseph, auquel un ange avait commandé deprendre l’enfantet de fuir en Égypte; de Joseph auquel il avait été dit : « Ne craignez point de prendre Marie votre épouse, car ce qui est né en elle, vient de l’Esprit-Saint. » Matth. i et n. parentes cum infantulo Jesa, remansit puer in Jérusa¬ lem, et nesciebant parentes ejus. Et hic sublimius quiddam quam humana natura patitur, intellige. Non enim simpliciter remansit, et parentes ejus ubi esset ignorabant; sed quomodo in Joannis Eyangelio scrip- tum est, quoniam insidiabantur ei Judæi, et elapsus est de medio eorum, et non apparuit; sic et nunc puto remansisse puerum in Jérusalem, et parentes ejus ubi remanserit ignorasse. Nec miremur parentes vocatos, quorum alter ob partum, alter ob obsequium, patois et matris meruerunt vocahula. Sequitur : « Dolentes, » inquit, « quærebamus te. » Non puto eos idcirco doluisse, quia putarent errasse pueruin, vel periisse; nec poterat accidere, ut Maria, quæ sciebat so de Spiritu sancto concepisse, quæ et angelum ioquentera, et currentes pastores, et Simeonem audierat prophe- tantem, timeret, ne puerum perderet oberrantem. Amove banc opinionem maxime de Joseph, cui ab angelo præceptum iuerat, ut tolleret puerum, et in Ægyptum pergeret, qui audierat : « Ne timeas tollere Mariam conjugem tuam, quod enim in ea natum est, Il n’était possible en aucune façon qu’il craignit de voir perdu un enfant qu’il savait en posses¬ sion de la nature divine. Le chagrin et les recherches des parents ont une autre signifi¬ cation que celle qui vient de prime abord à l’esprit du lecteur. De même qu’il vous est arrivé, en lisant les Écritures, d’en rechercher le sens avec une certaine peine et une certaine anxiété, non parce que vous les supposiez dans l’erreur, ou contenant quelque chose de mau¬ vais; mais parce que les Écritures renferment sous le langage ordinaire la vérité, il vous était , difficile de la découvrir sous cette enveloppe; de même Marie et Joseph cherchaient l’enfant Jésus, se demandant s’il ne s’était pas retiré d’eux, s’il ne les avait pas quittés, pour s’en aller ailleurs, ou plutôt, selon moi, s’il n’était pas remonté au ciel, pour en descendre de nou¬ veau, lorsqu’il lui plairait. Ils cherchaient donc avec grand chagrin le Fils de Dieu. Et tout en le cherchant, ils ne le trouvèrent point parmi leurs parents, car une parenté humaine ne pou¬ vait contenir le Fils de Dieu. Ils ne le trouvè¬ rent point parmi leurs parents, car les choses divines sont bien au-dessus de toute connaissance et de toute science humaines. Où le trouvent-ils donc? Dans le temple ; car c’est dans le temple que se trouve le. Fils de Dieu. S’il vous arrive de cher¬ cher le Fils de Dieu, cherchez d’abord dans le temple, hâtez- vous d’y aller; vous y trouverez le de Spiritu sancto est » Matth . i et n. Nunquam fieri poterat, ut perditum formidaret infantem, quem divi- num esse cognoverat. Aliud quidquam dolor et quæstio parentum, quam simplex lector intelligit, sonat. Quo¬ modo enim tu, si quando Scripturas legis, quæris in eis sensum cum dolore quodam ac tormento, non que desavoir ce qu’il faut demander, et ce qu’il faut répondre. Il fallait que le Sauveur fût d’abord maître dans l’art d’interroger à propos, pour pouvoir ensuite repondre aux questions, confor¬ mément à la raison et à la parole de Dieu. Auquel appartiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XX. Sur ces paroles : « Pourquoi me cherchiez- vous? » jusqu’à l’endroit où il est dit :« Marie Quoniam vero parvulus erat, invenitur in medio præ- ceptorum, sanctificans et erudiens eos. Quia parvulus erat, invenitur in medio, non éos docens, sed interro- gans, et hoc pro ætatis officio, ut nos doceret quid pueris, quamvis sapientes et eruditi sint, conveniret, ut audiant potius magistros, quam docere desiderent, et se vana ostentatione non jactent. Interrogabat, inquam, magistros, non ut aliquid disceret, sed ut interrogans erudiret. Ex uno quippe doctrinæ fonte manat et interrogare et respondere sapienter ; et ejusdem scientiæ est, scire quid interroges, quidve respondeas. Oportuit primum Salvatorem eruditæ interrogationis magistrum fieri, ut postea inter rogationibus responde- ret juxta rationem Dei, atque sermonem. Gui est glori.i et imperium in sæcula sæculorum. Amen. HOMILIA XX. De eo quod scriptum est : « Quid est quod quærebatis me? » usque ad eum locum ubi ait : « Gonservabat Maria omnia verba hæc in corde suo. » Cap. n. Quærebant Maria et Joseph inter affines Jesum, et conservait toutes ces paroles dans son cœur. » Gap . ii.; Marie et Joseph cherchaient Jésus dans leur parenté, et ils ne le trouvaient point; dans leur compagnie, et ils ne pouvaient le trouver. Ils le cherchèrent dans le temple, et ils le trouvèrent, mais parmi les maîtres et au milieu des docteurs. Partout où il existe des maîtres, Jésus se trouve au milieu des maîtres, pourvu toutefois que le maître demeure dans le temple, et n’en sorte jamais. Jésus fut utile à ses maîtres, et en discourant au milieu d’eux, il instruisit ceux qu’il faisait semblant d’interroger, et il les pous¬ sait en quelque sorte à rechercher ce à quoi ils n’avaient jusqu’alors jamais pensé, ne s’étant jamais demandé s’ils le savaient, ou s’ils l’igno¬ raient. Jésus est trouvé au milieu des maîtres, et lorsqu’il est trouvé, il dit à ceux qui le cher¬ chaient : « Pourquoi me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je sois aux choses qui regardent mon Père? Nous en tenant d’abord au sens littéral, armons-nous en contre les hérétiques impies, qui prétendent que le Créateur, que le Dieu de la loi et des prophètes, n’est pas le père de Jésus-Christ. Et bien, voici que le Dieu du temple est proclamé son Père. Que les Valentiniens rougissent donc en enten¬ dant Jésus dire : « 11 faut que je sois aux choses qui regardent mon Père. » Qu’ils rougissent, non inveniebant; in comitatu, et invenire non pote- rant. Quæsierunt in templo, sed apud magistros, et in medio præceptorum inveniunt eum. Ubicumque magis- tri fuerint, in medio magistrorum invenitur Jésus; si tamen magister sedeat in templo, et nunquam egre- diatur ex eo. Profuit Jésus magistris suis, et eos quos interrogare videbatur, docuit in medio eorum Ioquens, et quodammodo concitabat eos ad quserenda, quæ usque ad id locorum, utrum scirent, an ignorarent, nosse non poterant. Invenitur Jésus in medio magis¬ trorum, et inventus dicit quæsitoribus suis : « Quid, est quia quærebatis me? Nesciebatis quia in his quæ sunt Patris mei oportet me esse. » Primum simpliciter sentientes armeinur adversus impios hæreticos, qui dicunt non esse conditorem patrem Ghristi Jesu, neque Deum legis, sed nec prophetarum. Ecce pater, Deus templi asseritur. Erubescant Valentihiani audientes Je¬ sum inquientem : « In his quæ sunt Patris mei oportet me esse. » Erubescant omnes hæretici, qui Evangelium . recipiunt secundum Lucam, et quæ in eo sunt scripta contemnunt. Hæc, ut dixi, sint intellecta simplicius. 169 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC tous ces hérétiques qui admettent l’Évangile selon saint Luc, et méprisent tout ce qui . est écrit. Tout cela, comme nous l’avons dit, doit être entendu, dans le sens littéral. Mais, comme l’Évangéliste ajoute : « mais ils ne com¬ prirent point ce qu’il leur disait; » recherchons plus attentivement le sens de l’Écriture, afin de savoir s’ils étaient ignorants et insensés au point de ne pas comprendre ce qu’il disait, au point de se demander si ces paroles : « Il faut que je sois aux choses qui regardent mon Père, » signifiaient qu’il devait rester dans le temple, ou quelqu’autre chose de plus profond, et de nature à édifier davantage les fidèles. Chacun de nous, pourvu qu’il soit bon et parfait, est la propriété de Dieu le Père, et possède Jésus en lui. Nous devons en effet croire celui qui dit : « Il faut que je sois aux choses de mon Père. » Le vrai temple de Dieu est plutôt, à mon avis, ce temple raisonnable et vivant, que ce temple construit par la main des hommes pour être la figure d’un autre. Aussi de même qu’il habita ce temple d’une manière figurative, de même il en sortit d’une manière également figurative. Il sortit en effet du temple matériel, en disant : « Voici que votre maison varester déserte. »Matth. xxrn ; et en la quittant, cette maison, il entre dans la Quonïam vero infertur : « Ipsi autem non intellexerunt sermonem, » sensum Scripturæ diligentius ventilemus, si erant stulti et insipientes, ut nescirent quid diceret, quia hoc quod ait : « In his quæ sunt Patris mei, me esse oportet, » significaret in templo, an aliud quiddam altius significet, et quod magis œdificet audiences. Unusquisque nostrura si bonus fuerit atque perfectus, possessio Dei Patris est, et habet in medio sui Jesum. Credanius quippe dicenti : « Quoniam in his quæ sunt Patris mei, me oportet esse. » Magis x'ationabile atque vivons, et verum templum Dei hoc esse suspicor, quam illud quod typice terreno opéré constructum est. Unde illo in templo, ut typice fuit, ita recessit et typice. Egressus est enim de templo terreno dicens : « Ecce relinquetur vobis domus vestra desertn » Matt. xxiii, et relinquens domum illam venit ad possessionem Dei Patris, ad Ecclesias in toto orbe dispersas, et dicit : « In’ bis quæ sunt Patris mei, me propriété de Dieu le Père, dans les églises répan¬ dues dans le monde entier, et il dit : « 11 faut que je sois aux choses de mon Père. » Us ne comprirent donc pas alors ce qu’il leur disait. Remarquez en même temps oeci : tant qu’il fut en la possession de son Père, il était sur les hauteurs; et comme Joseph et Marie n’avaient pas encore un,e foi pleine et entière, ils ne pou¬ vaient demeurer avec lui sur les hauteurs; aussi dit-on qu’il descendit avec eux. Jésus descend fréque ornent avec ses disciples, il n’habite pas toujours sur la montagne, il ne reste pas conti¬ nuellement sur les sommets. Il est sur la mon¬ tagne avec Pierre, avec Jacques, avec Jean, il y est encore dans un autre passage avec ses autres disciples. Matth. xvn. Mais comme ceux qui souffraient de diverses maladies, étaient inca¬ pables de monter sur la montagne, lui descend, et vient vers ceux qui restaient en bas. On dit aussi actuellement : « Il descendit avec eux, et vint à Nazareth, et il leur était soumis. » Enfants, apprenons à être soumis à nos parents; le plus grand est soumis au plus petit. Car voyant Joseph plus âgé que lui, il lui rendit les honneurs dus à un père, donnant ainsi à tous les enfants l’exemple de la soumission à leurs parents. Que ceux qui n’ont plus de pères, oportet esse. » Tune ergo non intellexerunt verbum, quod locutus est eis. Simul et illud attendite, quod quamdiu in possessive Patris sui fuit sursum erat, quia needum plenam fidem Joseph (1) et Maria habebant, propterea sursum cum eo manere non poterant ; sed dicit ur descendisse cum eis. Crebro Jésus descendit cum discipulis suis, nec semper versatur iu monte, nec absque fine sublimia tenet. In monte cum Petro est, cum Jacobo, cuin Joanne, et rursum in alio lo o cum cæteris discipulis Matth . xvn. Porro quia non valebant hi qui variis ægrotationibus lahorabant, iu montera conscendere, iddrco descendit, et venit ad eos qui deorsum erant. Nunc quoque scribitur : « Descendit cum eis, et venit Nazareth, et subjiciebatur eis. » Di¬ scamus, filii, subjecti esse parentibus nostris; major minori subjicitur. Nam quia majorent Joseph videbat ætate, propterea eum parentis honore coluit, omnibus filiis exemplum tribuens, ut subjiciantur parentibus. (4) Verum est adeo(/in S. Yirginem injuriosum esse Àdamanljum. Quam dixerat supra homil. 44, purgaiione indiguisso, et postea honni. 47, scandalum passam dubitaiionemque de Filio; nunc multo audncius incredulitatis accusât aut exiguæ fidei. Recole quæ laudatis locis, ad retun- dendam oalumniam ac vindicandam ab omni peccati labe Dei matrem, diximus. Nunc si tanti est ad excusnndum Origenem, Sixii Senencis lib. v. Bibliothecæ annotationem 440 subnectam.us. Puto, inquit, Origenem vocabulo plenæ fidei, imellexisse plenam cognîtionem omnium mysleriormn divinitatis et huraanitatis Christi, quam Maria, Virgo nondum co tempore habebat, quamvis ea omnta queo tum de Cbristo noverat, oertis6imû et inconoussa fi de teneret, Ed. Mig . 170 SAINT JÉROME soient soumis à ceux qui sont assez âgés pour être leurs pères. Mais pourquoi parler de parents et d’enfants? Jésus le Fils de Dieu est soumis à Joseph et à Marie, et moi je ne le serais pas à l’é¬ vêque que Dieu m’a donné pour père? Je ne serais pas soumis au prêtre, que le Seigneur a bien voulu préposer à ma garde? Joseph, ce me semble, comprenait que Jésus tout en lui étant soumis, était plus grand que lui, et cette connaissance qu’il avait de la supériorité de celui qui lui était soumis, le rendait très respectueux, ettrèsmodéré dans l’exercice de son autorité. Que chacun donc considère, que le dépositaire du pouvoir com¬ mande souvent à des gens qui valent mieux que lui; etqu’ilarriveassezfréquemmentdô voir celui qui est soumis, bien meilleur que celui qui paraît être son supérieur. L’homme élevé en dignité qui comprendra cette vérité, ne s’enorgueillira pas du rang supérieur qu’il occupe, mais il se dira que d’autres hommes meilleurs sans doute que lui, lui sont soumis, de même que Jésus était soumis à Joseph. L’Évangéliste dit ensuite : « Or Marie conservait toutes ces paroles dans son cœur. » Elle soupçonnait qu’il y avait en lui plus qu’un homme; aussi conservait-elle toutes ses paroles dans son cœur, les regardant non comme les paroles d’un enfant de douze ans, mais comme les paroles d’un enfant qui avait été conçu du Saint-Esprit, qu’elle voyait croître en sagesse et en grâce devant Dieu et devant Quod si patres iis non fuerint, snbjiciantur his qui patrum ætatera habent. Quid loquor de parentibus et filiis? Si Jésus filius Dei subjicitur Joseph et Mariæ, ego non subjiciar epis-opo, qui mihi a Deo ordiaatus est pater? Non subjiciar presbytero, qui mihi Domini dignatione præpositus est? Puto quod mtelligebat Joseph, quia major se erat Jésus, quod subjicicbatur sibi, et sciens majorem esse subjectum, trepidus mode- rabatur imperium. Vjdeat ergo unusquisque, quod sæpe , raelioribus præpositus sit inferior, et nonnuni- quam accidat, ut ille qui suhjectus est, melior sit eo qui sibi videtur esse præpositus. Quod cum intellexerit dignitate sublimior, non eleva hitur super bi a ex eo quod major est, sed sciet ita sibi meliorem esse subje tum, quomodo et Jésus suhjectus fuit Joseph. Deinde sequi- tur : « Maria autem conservabat omnia verba hæc in corde suo. » Plus aliquid quam de homine suspicatur, unde et custodiebat omnia verba ejus in orde suo, non quasi pneri qui duodecim esset annorum, sed ejus qui de Spiritu sancto conceptus fuerat, quem videbat proû- cere sapientia et gratia apud Deum et homines. Jésus les hommes. Jésus croissait en sagesse, il parais¬ sait plus sage d’heure en heure. Est-ce qu’il n’était pas sage auparavant pour devenir ainsi plus sage? Est-ce que, s’étant dépouillé en pre¬ nant la forme et la nature de serviteur, il recouvrait ce qu’il avait perdu, et se remplissait des vertus qu’il avait, peu de temps auparavant, en prenant un corps, paru abandonner? Ainsi il croissait non seulement en sagesse, mais en âge. Il y a la croissance en âge. Les Écritures parlent de deux âges : l’âge du corps, sur lequel nous ne pouvons rien, et qui n’est soumis qu’aux lois de la nature; l’âge de l’âme qui est à proprement parler, sous notre dépendance; selon lequel, si nous le voulons, nous croissons, chaque jour, à l’extrême limite duquel nous pouvons parvenir, de manière à ne plus être des enfants mobiles, nous laissant emporter à tout vent de doctrine; mais au contraire, cessant d’être enfants, et commençant à devenir des hommes, et à pouvoir dire : Quand je suis devenu homme, je me suis dépouillé de tout ce qui était de l’enfant. I Covinth , xv. La crois¬ sance en cet âge, qui est, comme je l’ai dit, le développement de l’âme, est en notre pouvoir. Si ce que nous venons de dire ne suffit pas, nous pouvons apporter en témoignage, cette parole de saint Paul : « Jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’état d’homme parfait, à la mesure de l’âge plein du corps du Christ. » Ephes. iv. Il nous proficiebat sapientia, sapientior per singolas videbatur ætates. Nuraquid sapiens non erat, ut sapientior fieret? An quoniam evacuaverat se formam servi accipiens, id quod amiserat resumebat, et replebahir virtutibus, quas, paulo ante nssumpto corpore, visus fuerat relin- quere? Proficiebat ergo non solum sapientia, sed ætate. Est ætatis profectus. Duæ in Scripturis feruntur ætates, altéra corporis quæ non est in potestate nostra, sed in lege naturæ; altéra animæ, quæ proprie in nobis sita est, juxta quim, si volumus, quotidie crescimus, et ad summilatem veniinus, ut non simus ultra parvuli fluctuantes, et qui circumferamur omni vento doctrinæ, sed esse parvuli desinentes, incipiamus esse viri, atque dicamus : Quando factus sum vir, destruxi ea quæ erant parvuli I Cor. xir. Hujus, ut dixi, ætatis profec¬ tus, qui i acre men tum habet animæ, in nostra est potestate. Si autem non sufficit testimonium, etiara illud de Paulo sumamus exemplum : « Donec pervehiamus, » inquit, « omnes in virum perfectum, in meftsuram ætatis plenitudinis corp ris Christi «Ephes. iv. In nobis ergo est, ut ad mensuram perveniamus ætatis corporis COMMENTAIRES SUR L'ÉVANGILE DE SAINT LUC 171 .appartient donc de' parvenir à la mesure de l’âge du corps du Christ, et puisque cela est en notre pouvoir, travaillons de toutes nos forces à nous dépouiller de l’enfance, à l’anéantir en nous, et à parvenir aux âges de plus en plus avancés, afin que nous aussi nous puissions entendre : « Vous irez en paix vers vos pères, après avoir vécu une heureuse vieillesse, » vieil¬ lesse, bien entendu, spirituelle, qui est la vieil¬ lesse vraiment heureuse, blanchissante, et arri¬ vant à son terme dans le Christ Jésus. Auquel appartiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XXI. Sur ces paroles : « L’an quinzième de l’empire de Tibère César, » jusqu’à l’endroit ou il est dit : « Rendez droits ses sentiers. » Cap. iii. Quand les paroles prophétiques ne s’adres¬ saient qu’aux Juifs, leur titre faisait mention des rois juifs. Par exemple : « Vision d’Isaïe fils d’Amos, qu’il a vue contre Juda et contre Jérusalem, sous le règne d’Osias, de Joathan, d’Achaz et d’Ézéchias, » Isai, i ; et je ne vois désigné au temps d’Isaie, aucun autre person¬ nage que les rois de la Judée. Nous lisons aussi dans certains prophètes le nom de rois d’Israël, comme en cet endroit : Et aux jours, dit-il, « de Jéroboam, fils de Joas, roi d’Israël. » Christi, et si in nobis est, onini labore nitamur depone- re parvulum, et destruere ilium, et ad setates reJiquas pervenire, ut nos quoque audire possimus : « Tu autem ibis ad patres tuos cum pace, nu tri tus [Al. nutritos] m senecta bona, » utique spiritali, quæ est vere senectus bona, canescens et in finem usque perveniens in Christo Jesu. Cui est gloria et honor et imperium in sæcula sæculorum. Amen. HOMILIA XXI. De eo quod scriptum est : « Quintodecimo anno imperii Tiberii Cæsaris, » usque ad locum ubi ait : « Rectas facite semitas ejus. » Cap ni. Quando ad Judæos tantum sermo propheticus mitté- batur, Judaici reges ponebantur in titulo, Verbi grâtia : «Visio quam vidit Isaias filius Amos, adversus Judæam et adversus Jérusalem in regno Osieo et Joathan, et Achaz, et Eze.chiæ » Isa . i; nec alium quemquam, ex- ceptis Judaeæ regibus, Isai se video tempo re designatum. In quibusdam prophetis et ' Israël reges legimus, sicufc Amos. i. Mais lorsque le mystère de l’Évangile allait être prêché, que l’Évangile allait être répandu dans tout l’univers, prédication dont Jean fut le premier ouvrier dans le désert, et que le monde romain était sous la domination de Tibère, alors aussi il est écrit que la quin¬ zième année de son règne, la parole du Seigneur se fit entendre à Jean. Si Te salut n’eût dû être annoncé qu’à ceux des gentils qui devaient embrasser la foi, et si Israël devait en être entièrement exclu, il aurait suffi de dire : « L’an quinzième de l’empire de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée; » mais comme de la Judée et de la Galilée devaient venir beaucoup de croyants, il est fait aussi mention de ces provinces, et il est dit : « Hérode, tétrarque de la Galilée, Philippe son frère, tétrarque de l’Iturée et du pays de Trachonite, et Lysanias tétrarque d’Abilène sous les grands prêtres Anne et Caïphe, la parole du Seigneur se fit entendre à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. » Jadis la parole de Dieu se faisait entendre à Jérémie, fils d’Elcias, à Anathoth, aux jours de Josias roi de Juda, Jerem . i; aujourd’hui la parole de Dieu se fait entendre à Jean fils de Zacharie, elle qui ne s’était jamais fait, entendre aux prophètes dans le' désert. Mais comme les fils de celle qui était délaissée devaient embrasser la foi en plus grand nombre que les ibi : Et in diebus, inquifc, « Jéroboam filii Joas regis Israël » Amos. i. Quando vero sacramentum Evangelii prædicandum erat, et in toto orbe Evangelium disse mi¬ na ndum, cujus princeps Joannes in eremo fuit et orbem Roman um Tiberii regebat imperium, et tune in quinto- decimo anno verbum Domini ad Joannem factum esse describitur. Et si tantum his qui de nationibus credi- turi erant annuntianda salus fuisset, et penitus excluden- dus Israël, suffecerat dicens : « In quintodecimo anno Tiberii Cæsaris, prseside Judæse Pontîo Pilato. » Quia vero et de Judæa et de Galilaea multi rredituri erant idcirco et heec régna ponuntur in titulo, diciturque : « Tetrarcha Galilæse Herode, et Philippo l'ratre ejus te- Irarcha Ituræae et Trachonitidis regionis, et Lysania tetrarcha Abilenæ, sub principibus sacerdotum Anna et Caipba factum est verbum Domini ad Joannem filium Zacbariæ in deserto. » Olim verbum Dei fiebat ad Jeremiam filium Elchiæ in Anathoth in diebus Josiæ regis Judæ Jer. i; nunc sermo Dei fit a l Joannem filium Zachariæ, qui num- quam factus est ad prophetas in deserto. Sed quia plu- 172 SAINT JÉROME fils de celle qui a un mari, Galat, iv; isai. liv; pour cette raison, la parole de Dieu se fit entendre à Jean fils de Zacharie, dans le désert. Considérez en même temps que ce fait a plus raison d’être si le désert est pris dans le sens mystique, et non dans le sens littéral. Car celui qui prêche dans le désert, s’efforce bien inutile¬ ment d’élever la voix là où il n’y a personne qui l’entende parler. Ainsi le précurseur du Christ,, et la voix de celui qui crie dans le désert, prêche dans le désert de l’âme qui n’avait pas la paix. Joan. i. Mais ce ne fut pas seulement à cette époque, que celui qui était une lampe ardente et luisante se présentait en premier lieu, et prêchait le baptême de péni¬ tence pour la rémission des péchés, Marc, i ; il en est encore de même aujourd’hui; après elle vient la véritable lumière, quand la lampe même dit : « Il faut que celui-ci croisse, et, que je diminue, » Joan. ni. La parole se fit entendre dans le désert, et il vint dans tout le pays qui est aux environs du Jourdain. Quel autre pays Jean-Baptiste aurait-il pu parcourir, qui lui donnât, mieux que celui qui borde le Jourdain, la facilité de purifier dans l’eau, ceux qui vou¬ draient faire pénitence? Jourdain veut dire « qui descend. » Le fleuve de Dieu qui descend et roule avec impétuosité ses eaux abondantes, est Notre-Seigneur et Sauveur, en qui nous sommes baptisés. Il prêche dans le baptême res filii credituri erant desertæ magis quam ejus quæ habet virum Galat , iv; Isai liv : idcirco factum est verbum Dei ad Joannem filium Zachariæ in deserto. Si- mulque considéra quod magis rationem habet si mystice intelligatur desertum, et non secundum simplicem litte- ram. Qui enim in deserto prædicàt, superflue facit ibi vociferari, ubi se Ioquentem nullus exaudiat. Præcursor , ergo Christi, et vox clamantis in deserto prædicàt in deserto animæ quæ non habebat pacem Joan. i. Non so- lum autem tune, sed et in præsenti primum lucerna ar- dens et Iucens venit, et prædicabat baptisma pœniten- tiæ, in remissionem peccatorum Marc i ; deinde lux ve- ra subsequitur, qnando lucerna ipsa loquitur ; « Ilium oportet crescere, me autem ininui » Joan. m ; Fit ver¬ bum in deserto et venit ad omnem circa regionem Jor- danis. Quæ emm alia loca deb.uit circuire Baptista, nisi vicina Jordanis, ut quicumque VUluissent agere pœniten- tiam præsto essent ad lavacrum aquæ? Porro Jordanis, « descendens » interpretatur. Descendens autem et largo impetu currens fluvius Dei Salvator noster Dominus est, in quo baptizamur. Quam veram aquam salutarem, in pour la rémission des péchés, cette eau véritable et salutaire : Venez, catéchumènes, faites pénitence, afin de recevoir le baptême pour la rémission des péchés. Celui-là reçoit le baptême pour la rémission des péchés, qui cesse de pécher. Car quiconque se présente au baptême avec l’intention de pécher, ne reçoit pas la rémission de ses péchés. Aussi je vous adjure de ne pas vous présenter au baptême témérairement et sans une sérieuse préparation, mais de montrer d’abord de dignes fruits de pénitence. Vivez quelque temps d’une vie sainte, gardez-vous purs de toute souillure et de tout vice, et alors vous recevrez la rémission des péchés, quand vous aurez commencé à haïr vous-mêmes vos propres péchés; écartez vos péchés, et ils seront écartés de vous. La citation qui est ici empruntée à l’ancien Testament, appartient ' au prophète Isaïe; c’est là que nous lisons : « Voix de celui qui crie dans le désert.: Préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers. » Isai, xl. Le Seigneur veut trouver en vous une voie qui lui permette de pénétrer dans votre âme, et de faire sa route. Préparez-lui le sentier, dont il est dit : «Rendez droits ses sentiers; voix.de celui qui crie dans le désert. » La voix crie : * Préparez le chemin. En effet la voix arrive d’abord aux oreilles; puis après la voix, ou plutôt avec la voix, la parole pénètre dans remissionem quoque peccatorum in baptismo prædicàt : venite, catechumeni, agite pœnitentiam, ut in remissio¬ nem peccatorum baptisma consequamini. In remissio¬ nem peccatorum ille accipit Baptisma, qui peccare de- sistit. Si quis enim peccans ad lavacrum venit, [et Al,] ei non fit remissio peccatorum. Propterea obsecro vos, ne absque cautela et diligent] cimimspectiono ad baptis- rnurn veniatis, sed ostendatis primum fructus dignos pœnitentiæ. Facite aliquid temporis in conversatione bo- na, mundos vos a cunctis sordibus viliisque servate; et tune vobis remissio peccatorum flét, quando cœperitis etipsi propria peccata contemnere. Dimittite clelicta ves- tra, et dimittentur vobis. Hoc autem ipsum quod nunc de veteri instrumente pointu r, in Isaia propheta scrip- tum legimus, ibi enim dicituv : « Vox clamantis in de¬ serto : Parate viam Domini, rectas facite semitas ejus Isai . xl. Vult Dominus in vobis reperire viam, ut possit in vestras animas ingredi, et lter suum facere. Præpa- rate ei semitam, de qua dicitur : « Rectas facite semitas ejus : Vox clamantis in deserto. » Vox clamat, præpara- te viam. Primo enim vox ad aurés perveûit; deinde COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT LUC 173 l’ouïe. C’est' en -ce sens, que le Christ fut annoncé par Jean. Voyons donc .ce que la voix dit du Verbe. » Préparez, » dit-elle, « la voie au Seigneur. » Quelle voie devons-nous préparer au Seigneur? Une voie matérielle? La parole de Dieu peut-elle courir sur un pareil chemin? Est-ce intérieurement qu’il faut préparer cette voie au Seigneur, est-ce dans notre coeur qu’il faut lui disposer un sentier droit et uni? Telle est en effet la voie par laquelle est entrée la parole de Dieu, qui se renferme tout entière dans la capacité du coeur humain. Le coeur de l’homme est grand, il est spacieux, il a une grande capacité, pourvu toutefois qu’il soit pur. Voulez-vous connaître sa grandeur et sa largeur? Voyez quelle somme immense de connaissances divines il peut contenir. Lui- même, dit le Sage, m’a accordé la connaissance de tout ce qui existe ; il m’a donné' de connaître la constitution du monde, l’action des éléments, le commencement, la fin et le milieu des siècles, les vicissitudes des saisons, la succes¬ sion des mois, les révolutions des années, la position des astres, la nature des. animaux, la férocité des bêtes sauvages, l’énergie des vents, ' les pensées des hommes, les variétés des arbres, et la force des racines. >'Sap. vir, 17. Vous voyez que le cœur de l’homme, capable de contenir tant et de si grandes choses, n’est pas de petite dimension. Comprenez que ce n’est . post vocem, immo cum voce, auditum sermo pénétrât. Juxta hune sensum a Joanne annuntiatus est Ghristus. Videamus ergo quid vox de verbo annuntiet. « Præpa- rate, » inquit, «viam Domino. » Quam viam Domino præparemus ? Numquid corpoream? Àut potest sermo Dei t ali itinere pergere? An intcinsecus præporanda est Domino, in cordenostro recta et æqualis semita compo- nenda? Hæc est via per quam ingressus est sermo Dei, qui in humani corporis capacitate consistit/ Magnum est cor hominis, et spatiosum, et capax, si tamen mundum fuerit. Vis ejus magnitudinem latitudinemque cognosce- re? Vide quantam divinorum sensuum magnitudinem capiat. Ipse, ait, dédit rnihi eorum, quæ sunt, notitiam rationem mundbscire, et opéra elementorum principium et finem et medietatem sœculorum, temporumvarietates, et translationem mensium, annorum circulos, et side- rum sedes, naturas animalium, et furores hestiarum, spiritum violentias, et cogitationes hominum, diversita- tes arhorum, et vim l'adicum Sap, vu, 17. Vides non point en vertu de sa grandeur matérielle, mais de sa force intellectuelle qu’il peut contenir une si vaste connaissance de la vérité. Mais essayons aussi d’amener, par des exemples que nous avons chaque jour sous les yeux, les esprits même les plus ordinaires à croire à la grandeur du cœur de l’homme. Toutes les villes par lesquelles nous avons passé, nous les avons dans l’esprit, leurs beautés, la disposition de leurs places, de leurs murailles et de leurs édifices restent gravées dans notre cœur. Le chemin que nous avons suivi, demeure retracé et décrit par notre mémoire ; nous embrassons toujours par le regard de la pensée la mer sur laquelle nous avons navigué. 11 n’est donc pas, comme nous l’avons dit, de petite dimension, le cœur de l’homme qui peut contenir de si vastes objets. Mais si ce cœur contenant de si vastes objets n’est pas de petite dimension, il s’en suit qu’il est facile d’y préparer la voie du Seigneur, d’y rendre droits ses sentiers, afin que la parole de Dieu et la sagesse puissent y passer. Préparez donc la voie au Seigneur, par une vie sainte, et dressez les sentiers par des œuvres vertueuses; que le Verbe de Dieu avance en vous sans obstacle, et qu’il vous donne la connaissance de ses mystères et de son avènement. A lui appartiennent la gloire te l’empire, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. parvum esse cor hominis, quod tanta capiat. Neque in corporis quantitate sed in fortitudine ejus intellige quæ tantam scieutiam capiat veritatis. Ut autem et simplices quosque quotidianis exemplis ad credendum adducam, quod grande sit cor hominis, videamus. Quascumque ur- hes transivimus, hahemus illas in anirno, et qualitates, et situs platearum, murorumque, et ædificiorum in cor¬ de nostro versantur. Viàrn quam ingressi sumus, in mé¬ morisé pictura ac descriptione retinemus; mare quod navigavimus tacita cogitatione amplectimur. Non est parvum, utdixi, cor hominis, quod potest tanta capere Si autem non est parvum tanta capiens, consequenter in illo via Domini præparatur, et recta fit semita, ut ambulet in ilia §ermo Dei, atque sapientia. Præpara viam Domino per conversationem bonam, etegregiis operibus tene semitam ; absque offensa .ulla deambulet in te Verbum Dei, et donet tibi mysteriorum suorum adventusque notitiam. Gui est gloria et imperium in ssecula sæculorum. Amen. 174 SAINT HOMÉLIE XXII. Sur ces paroles : « Toute vallée sera remplie, » jusqu’à l’endroit où il est dit : « Dieu peut faire naître de ces pierres mêmes des enfants à Abraham. » Cap . m. Considérons les prédictions qui ont trait à P avènement du Christ; parmi ces prédictions, cejle-ci d’abord regarde Jean : « Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers. » Ce qui suit a rapport directement au Sauveur, car ce n’est pas par Jean que toute vallée a été remplie, mais par le Seigneur notre Sauveur. Que chacun s’examine soi-même, et considère ce qu’il était avant d’avoir la foi; et il verra qu’il était une vallée bien basse, une vallée profonde, le fond d’un gouffre. Mais lorsque le Seigneur Jésus fut venu et qu’il eut envoyé le Saint-Esprit son remplaçant, toute vallée fut remplie. Elle fut remplie des oeuvres bonnes et des fruits du Saint-Esprit. La charité ne vous laisse pas de¬ meurer à l’état de vallée. De plus, si vous ÿ joi¬ gnez la paix, la sagesse et la bonté, non . seule¬ ment vous cesserez d’être vallée, mais encore vous commencerez à être la montagne de Dieu. Nous voyons cela se faire et s’accomplir chaque jour plus pour les gentils : « Toute vallée sera remplie, » que pour le peuple d’Israël, qui est déchu du haut rang qu’il occupait : « Toute HOMILIÀ XXII. De eo quod scriptum est : « Omnis vallis implebitur, » usque ad eum locum ubi ait : « Potens est Deus de lapidibus istis suscitare filios Abraliæ. » Cap. ni. Videamus quæ in Christi prædicentor adventu, in¬ ter quæ pri'mum de Joanne scribitur : « Vox clama ntis in deserto : Para te viam Domini, rectas facile semitas ejus. » Et qnôd sequitur proprie de Domino Salvatore est. Neque enim a Joanne omnis vallis impleta est, sed a Domino Salvatore. Seipsum unusquisque consideret, quis erafc antequam crederet; tune animadvertet vallem humilem, vallem se fuisse præcipitem in ima demersam. Quando venit Dominus Jésus, et misifc Spiritum sanc- tum vicarium suuin, vallis omnis expleta est. Expleta est autem operibus bonis et fructibus Spiritus Sanct. Gharitas non sinit permanere te vallem. Quod si pacem hahueris et sapientiam et bonitatem, non solum vallis esse désistés, sed etiam mons esse incipies Dei. Quod tamen de gentihus qaotidie magis fieri vide- mus, atque compleri, « Omnis vallis implebitur ; » JÉROME montagne, » dit-il, « et toute colline sera abaissée. » C’était autrefois une montagne et une colline que ce peuple, mais la montagne et la colline ont été abaissées et renversées. Par suite de leurs fautes, le salut a été accordé aux gentils, afin de les exciter à la jalousie. Rom. xi. Si vous dites que les puissances ennemies, qui s’élevaient contre les mortels, sont ces mon¬ tagnes et ces collines abaissées, vous ne vous tromperez pas. Car pour que les vallées de cette espèce soient remplies, il faut que ces puissances soient abaissées. Mais voyons si les prophéties suivantes qui ont trait à l’avènement du Christ se sont aussi accomplies. Car viennent ensuite ces paroles : « Et tout ce qui est mauvais de¬ viendra droit. » Chacun de nous était mauvais, si toutefois il n’a pas continué de l’être; et par ’ le fait de l’avènement du Christ dans nos âmes, tout ce qui était mauvais a été redressé. Que vous servirait-il en effet que le Christ soit venu jadis dans la chair, s’il n’était pas venu aussi dans votre âme? Prions donc que son avènement se réalise chaque jour en nous, et que nous puissions dire : « Je vis, mais ce n’est déjà plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi, » Gai. m. De quoi me servirait-il que le Christ vive en Paul, et ne vive pas en moi? Mais lors¬ qu’il sera venu à moi, et que j’en jouirai comme Paul en a joui, alors moi aussi, je dirai comme Paul ; « Je vis, mais ce n’est plus déjà moi qui quam de populo Israël, qui dé excelso depositus est « Omnis, » inquit « mons et collis humiliabitur.» Mons erat quondam ille populus et collis, qui depositus est at¬ que destructus. lllorum delicto salus gentibus data est ad æmulaudum eos Rom. xi. Quod et si contrarias for- titudines, quæ adversus mortales erigebantur, dixeras montes ef colles esse depositos, non peccabis. XJt enim impleantur hujuscemodi valles, humiliandæ suhfc. Sed et hoc quod in adventu Christi propbetatum est, ..trumex- pletum sit, contemplemur. Sequitur enim : « Et omnia prava erunt in directa. » UnUsquisque nostrum pravus erat, si tamen non et usque hodie persévérât; et' per adventum Christi qui factus est ad animam nostram, prava quæque directa sunt. Quid enim tibi prodest, si Ghristus quondam venit in carnem, nisj quoque ad tu- am animam venerit? Oremus ut illius quotidie nobis ad- ventus fiat, et possimus dicere : « Vivo autem jam non ego, vivit autem m me Ghristus » Gai. m. Si enirq Ghristus vivit in Paulo, non vivit in me, quid mihi proderit? Cum autem et ad me venerit, et fruitus illo fuevo, sicut fruitus est Paulùs, tune et ego Pau- 175 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC vis, c’est le Christ qui vit en moi. » Examinons maintenant les autres prédictions concernant l'avènement du Christ. 11 n'y avait rien cle plus raboteux que vous. Passez eii revue, vos passions d'autrefois, vos emportements, vos autres vices, si tant est qu'ils ont disparu, et vous compren¬ drez qu'il n'y avait rien de plus raboteux, et, pour employer une expression plus significative, rien de plus inégal que vous. Votre vie était pleine d'inégalités, votre langage et vos œuvres pleines également d’inégalités. Mon Seigneur Jésus est donc venu, il a nivelé vos aspérités, il . a changé en voie unie tout ce chaos, de manière à faire en vous un chemin sans obstacle, droit, très propre, afin que Dieu le Père put s’avancer en vous, que le Christ Notre-Seigneur put établir en vous sa demeure, et dire : « Mon Père et moi nous irons à lui, et nous ferons en lui notre de- . meure, » Joan. xiv. Vient ensuite : « Et toute chair verra le Sauveur de Dieu. » Vous étiez chair antrefois, bien plus, pour dire une parole plus étonnante encore, quoique vous soyez en¬ core dans la chair, vous voyez le Sauveur de Dieu. Mais que veulent dire ces expressions, toute chair; toutes sans aucune exception de¬ vant voir le Sauveur de Dieu, je laisse le soin de le comprendre à ceux qui connaissent les mystères des Écritures. 11 nous faut porter notre attention sur les paroles que S. Jean adresse à ceux qui sortent pour venir au baptême. Si lo similiter loquar : « Vivo jam non ego, vi vit vero in me Ghristus. » Gonsideremus ergo cætera, quæ in Ghristi prædicentur adventu. Nihil te asperius erat. Vide pristinos motus tuos, vide iram, et cætera vitin, si tamen cessaverunt esse quæ fuerant, et inteliigis ni¬ hil te asperius, et (ut significantius loquar) nihil fuis¬ se inæqualius. Gonversatio tua inæqualis era!, et sermo et opéra inæqualia. Venit ergo Dummus meus Jésus, et exæquavit asperitates tuas, incomposita quæque vertit in vias planas, ut heret in te iter sine oiïensione, et leve [Forte læve], atque purissimum, gradereturque in te Deus Pater, et Ghristus Domi- nus mansionem apud te faceret, diceretque : « Ego et Pater meus veniemus, et niansionem apud eum facie- mus » Joan. xiv. Sequitur : « Et videhit ornais caro salutare Dei. » Tu quondam caro eras, immo( ut mira- bilius loquar, cum adhuc in carne sis, vides salutare Dei. Quid autem sibi velit^quod dicitur, omnis caro, eo quod nulla excipiatur quæ non videat salutare Dei, relinquo intelligendum his qui seiunt Scripturarum mysteria. Quænam egredientibus ad baptismuin Joan-. quelqu’un veut être baptisé, qu'il sorte. Celui qui demeure dans son premier état, qui ne re¬ nonce pas à sa manière de vivre et à ses habi¬ tudes, no vient pas au baptême dans de bonnes dispositions. Pour vous faire comprendre ce que c'est que sortir pour venir au baptême, écoutez ce texte et pesez les paroles que Dieu adresse à Abraham : « Sortez de votre pays, » Gen. xir, et le reste. C’est aux foules sortant pour venir au baptême, sortant seulement, et non pas sorties, que Jean dit ce qui suit. Car si elles étaient déjà sorties, il ne leur dirait jamais : « Race de vipères. » Ainsi tout ce qu’il leur adresse, c’est à vous, ô catéchumènes des deux sexes, qu'il l’adresse. Vous qui vous disposez à vous présenter au baptême, voyez si par hasard on ne pourrait pas vous dire,« race de vipères. » Mais de plus, si vous n’avez eu soin de rejeter de votre cœur la méchanceté et lo venin des serpents, les paroles suivantes vous seront éga¬ lement adressées : « Qui vous a avertis de fuir la colère à venir? » Une colère immense menace ce monde, le monde tout entier doit subir la colère de Dieu; la colère de Dieu bouleversera et la vaste immensité du ciel, et l'étendue de la terre, et les chœurs des étoiles, et l’éclat du soleil, et la lumière consolante de la lune qui brille pendant la nuit. Tout cela passera à cause des péchés des hommes. Autrefois la colère do Dieu ne s’appesantit que sur tout ce qui appar- nes loquitur, attendendum. Si quis vult baptizari, egrediatur. Manens enim in pristimo statu, et mores suos et eonsuetudinem ’ non relinquens, nequaquam rite ad baptismum venit. Ut autem inteüigas quid sit egredi ad baptismum, accipe testimonium et auscuta verba quibus Deus loquitur ad Abraham : « Egredere de terra tua » Gen. xn et reliqua. Egredientibus itaque ad lavacrum turbis, non egressis, sed tantum egredientibus, Joannes loquitur quæ sequuntur. Si enim jam egressi fuissent, numquam ad eos diceret, « generatio viperarum. » Quæcumque igitur ad illos loquitur, ad vos, o catechumeni et catechumenæ, loqui¬ tur. Qui disponitis venire ad baptismum, considerate non forsitan vobis dici p.;ssit, « generatio viperarum. » Sed et illud quod sequitur, nisi pravitatem venenaque ser- pentum de corde vestro expuleritis, dicetur ad vos : « Quis ostendit vobis fugere ab ira ventura? » Magna huic sæcalo impendet ira; omnis iram Dei passurus est mundus; tantam vastitatem cœli, et latitudinem terræ, et stellarum choros, splendorem solis, et lunæ nocturnæ solatia, Dei ira subvertet. Hæc enim oipnia 176 SAINT JEROME tenait à la terre, parce que toute chair avait avons Abraham pour père : car je vous déclare abandonné sa voie sur la terre, Gene$..vi; piais que Dieu peut faire naître de ces pierres mômes maintenant c’est sur le ciel et sur la terre que des enfants à Abraham. » Jean le dernier des doit tomber la colère de Dieu. « Les cieux passe¬ ront, mais vous, vous demeurerez » (c’est à Dieu que s’adresse le psalmiste), « et tous vieilliront comme un vêtement, » Ps. cir. Jugez quelle est la nature et l’intensité de cette colère, qui con¬ sumera le monde entier, punira ceux qui ont mérité le châtiment, et trouvera matière à s’exercer. Chacun de nous a préparé dans ce qu’il a fait, une matière à cette colère. « Car par votre dureté et l’impénitence de votre cœur, vous vous amassez un trésor de colère, pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, » est-il dit aux Romains, Rom . n. Vient ensuite : « Qui vous a avertis de fuir la colère à venir? Faites donc de dignes fruits de pénitence. » A vous qui vous présentez au baptême, il est dit aussi : « Faites de dignes fruits de pénitence. » Voulez-vous savoir ce que sont les fruits de pénitence? La charité est un fruit de l’Esprit; la joie est un fruit de l’Esprit; la paix, la patience, la douceur, la bonté, la foi, la mansuétude, la continence et autres choses semblables sont des fruits de l’Esprit, Galat. v. Si nous possédons toutes ces vertus, nous avons fait de dignes fruits de pénitence. Il est dit en¬ core à ceux qui venaient au baptême de Jean : « Et n’allez pas dire en vous-mêmes : nous propter hominum peccata transibunt. Et olim quidem super omnia tantum in terra venit ira Dei, quia omnis caro reliquerat viam suam super terram, Gen. iv. Nunc autem et super cœlum, et super terram ventura est ira Dei. » Cœli pertransibunt, tu autem permanebis (ad Deum dicitur), « et omnes sicut vestimentum veteras- cent. » Ps . cii. Videte qualis et quanta ira sit, quæ mundum oinnem consumptura sit, et puniet eos qui pœna digni sunt, invenietque materiam in qua se exer- ceat. Unusquisque nostrum ex eo quod gessit, iræ materiam præparavit. « Secundum duritiam enim tuam et impœnitens cor thesaurizas tibi iram in die iræ et revelationis justi judicii Dei,' » dicitur ad Romanos Rom . n. Dein sequihir : « Quis ostendit vobis fugere ab ira ventura? Facite ergo fructus dignos pœnitentiæ. » Et vobis qui venitis ad baptismum, dicitur : « Facite lructus dignos pœnitentiæ. » Vultis scire qui sunt fruc¬ tus pœnitentiæ? Charitas fructus est Spiritus, gaudium fructus est Spiritus, pax, patientia, benignitas, bonitas, fides, mansuetudo, continentia, et reliqua hujuscemodi Gaiut . V. Si hæc omnia habuerimus, fecimus fructus prophètes prédit le rejet du premier peuple, et la vocation des gentils. Il dit en effet à ceux qui se glorifiaient d’avoir Abraham 'pour père : « Et n’allez pas dire en vous-mêmes, nous avons Abraham pour père. » Puis il ajoute, parlant des gentils : « Je vous déclare que Dieu peut faire naître de ces pierres mêmes des enfants à Abraham. » De quelles pierres? Ce n’était certes pas des pierres matérielles et irraisonnables qu’il avait en vue et qu’il indiquait, mais; les hommes jadis insensibles et endurcis, pour les¬ quels s’était réalisé, par suite des adorations qu’ils avaient prodiguées aux idoles de pierre et de bois, cette parole que chante le psalmiste : « Que ceux qui les font, ou qui se confient en elles, leur deviennent semblables, » Ps. cxv. Et vrai¬ ment, ceux qui font les idoles et qui se, confient en elles, deviennent semblables à leurs dieux, privés de sentiment, privés de raison, ils sont changés en pierre et en bois. Ils ont sous les yeux l’ordre admirable, qui règne dans la cré¬ ation, la beauté, le rôle des créatures, l’agen¬ cement magnifique du monde, et cependant ils refusent de reconnaître par les créatures le Créateur, ils no veulent point voir qu’une si mer¬ veilleuse organisation proclame une providence, un organisateur ; ils sont aveugles, et n’aperçoi- dignos pœnitentiæ. Rursum dicitur ad eos qui ad Joannis baptismum veniebant : « Et ne incipiatis dicere intra vosmetipsos, patrem habemus Abraham; dico eniin vobis, quia potest Deus de lapidibus istis suscitare filios Abraham. » Prophetat Joannes novissimus pro- phetarum expulsionem prioris populi, et vocationem gentium. Mis enim qui de Abraham gloriabantur dicit : « Et ne incipiatis dicere in vobismelipsis, patrem habe¬ mus Abraham. » Et de gentibus rursum loquitur : « Dico enim vobis, quia potest Deus de lapidibus istis suscitare filios Abrahæ. » De quibus lapidibus? Non utique lapides irrationabiles corporeosque monstrabat, sed hommes insensibiles et quondam düros, qui quia lapi¬ des et ligna adorabant, impletum est illud quod' in psalmo cantabatur : « Similes illis fiant [Al. fiunt\ qui faciunt ea, et omnes qui confidunt in eis. » Ps. cxv. Vere qui faciunt idola, et confidunt in eis, similes sunt diis suis, absque sensu, pine ulla ratione,1 in lapides lignaque conversi sunt. Gum enim tantum videaut creaturarum ordinem, décorem, officium, tantam mundi pulchritudinem, nolunt de creaturis intelli- COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT LUC .177 vent le monde que par ces yeux avec lesquels, les animaux et les bêtes privées de raison l’aper¬ çoivent également. Ils ne réfléchissent pas qu’il y a une raison au fond de cette création qu’ils voient pourtant gouvernée par la raison. Tout cela, à propos dé ce que Jean disait : « Dieu peut faire naître, de ces pierres mêmes' des enfants à Abraham. » Pour nous, demandons instamment à Dieu d’être, si nous avons été pierres, changés maintenant en enfants d’Abraliam, à la place de ces enfants qui ont été rejetés, et qui ont par leur faute perdu la promesse et l’adoption. Je veux faire encore une citation par rapport aux pierres.il est écrit dans le cantique de l’Exode: « Qu’ils soient changés en pierres, jusqu’à ce que votre peuple, Seigneur, soit passé, jusqu’à ce qu’il soit passé ce peuple que vous vous êtes acquis, » Exod . xv. Ainsi l’on demande à Dieu qu’ils soient changés pour un peu do temps en pierres, car c’est le sens précis du mot grec âvaÀtÔouoOwcrcfv jusqu’à ce que le peuple juif soit passé. Il n’est pas douteux qu’après que les Juifs seront passés, les Gentils cesseront d’être de pierre, et au lieu d’un cœur endurci, recevront une nature humaine et raisonnable, dans le Christ, auquel appartiennent la gloire' et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. gere Creatorem, neque considérant tantæ dispensa- tionis aliquam providentiam, aliquem esse rectorem, sed sunt cæci, his tantum oculis mundum violentes, quibus irrationabilia jumenta et bestiæ vident. Non erira animadvertunt in his quæ vident ratione régi, aliquam inesse rationem. Hæc propterea, quia Joan- nes dixerat : « Potest Deus de lapidibus istis suscitare filios Abrahæ. » Et nos igitur obsecremus Deum, ut si quando fuimus lapides, vertamur in filios Abrahæ pro his filiis qui ejecti sunt, et reproinissionëm ado- ptionemque suo vitio perdiderunt. Unum testimonium adhuc de lapidibus ponam. Siquidem in cantico Exocli scribitur : « Vertantur in lapides, donec pertranseat popiilus tuus, Domine, donec transeat populus tuus isle quem possedisti » Exod. xv. Rogatur itaque Deus, ut paulisper convertantur in lapides; hoc enim Græcus sermo significantius sonat, àvaAtOo'jcOwcrav, donec per¬ transeat populus Judæorum. Haud dubium quin post- quam illi transierint, gentes lapideæ esse cessabunt, et pro duro corde récipient humanam in Ghristo rationa- bifemque naturam. Cui est gloria et imperium in sæcula sæculorum. Amen. HOMÉLIE XXIII. Sur ces paroles : « La cognée est déjà à la racine des arbres, » jusqu’à l’endroit où il est dit : « 11 y eut aussi des publicains qui vinrent à lui pour être baptisés. » Cap. nr. Jean disait déjà à cette époque : « La cognée est déjà à la racine des arbres. » Or si la con¬ sommation du monde eût été alors sur le point d’arriver, si la fin des temps eût été proche, je ne rencontrerais là aucune difficulté. Je dirais que ce qu’il prédit : « La cognée est à la racine de l’arbre, » et : « Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu, » ne l’a été, que parce que la réalisation s’en faisait à cette époque. Mais comme depuis tant de siècles se sont écoulés, comme tant d’années ont passé depuis le jour où il parlait ainsi jus¬ qu’aujourd’hui, il est nécessaire dé rechercher pourquoi le Saint-Esprit a dit par la bouche du prophète : « La cognée est déjà à la racine des arbres. » Je pense que cette prophétie annonce au peuple israélite que sa chute est prochaine. A ceux en effet qui sortaient vers, lui pour être baptisés, Jean disait entre autres choses : « Faites de dignes fruits de pénitence; » puis leur par¬ lant comme à des juifs, il ajoutait : « N’allez pas HOMIL1A XXIII. De eo quod scriptum est : « Ecce securis ad radices arborum posita est, » usque ad eum locum ubi ait. : « Venerunt autem et Publicani, ut baptizarentur ab eo. » Gap. in. Joannes illo jam tempore loquebatur : « Ecce securis ad radices arboruin posita est. » Et siquidem jaru ingrueret consummatio, et temporum finis insfcaret, nulla mihi quæstio nasceretur. Dicerem enim hoc quod ait : « Ecce securis ad radices arboris posita est, » et illud : « Omnis enim arbor quæ non facit fructum bonum, præckletur, et in ignem mittetur, » propterea proplie- tatum, quia in illo tempore complebatur. Gum autem tanta post sæcula fluxeriot, et tam innumerabiles anni ab illo tempore usque ad præsentem diem transierint, q.uomodo Spiritus sanctus in propheta dicat : « Ecce securis ad radices arborum posita est, » debemus inquirere. Ego puto lsraelitico populo prophetari, quod præcisio ejus vicina sit. His enim qui egrediebantur ad eum, ut baptizarentur, inter cætera loquebatur : « Facite fructua digno^ poenitentiæ; » et quasi Judæis Tom. x. 12 178 SAINT JÉROME dire vous-mêmes, nous avons Abraham pour père. Car je vous déclare que Dieu peut faire naître de ces pierres mêmes des enfants à Abraliam. » Ainsi ces paroles : « La cognée est déjà à la racine des arbres, » s’adressent aux juifs.. Cette explication concorde avec le passage où l’Apôtre dit que les rameaux de l’infidélité ont ôté coupés et abattus par cette cognée, de telle sorte qu’elle a retranché non pas la racine de l’arbre, mais les rejetons qui pullulaient sur la racine, afin que sur cette racine de l’arbre ancien, on pût greffer les branches de l’olivier. Rom . xi. Ainsi topt arbre qui ne produit pas de bons fruits, sera coupé et jeté au feu; car il n’a1 pas d’autre fin, que d’être dévoré par la .flamme. On nous présente ensuite trois caté¬ gories de personnes qui interrogent Jean sur le salut qu’il annonce : la première est désignée pat* l’Écriture sous le nom de foules sortantpour venir au baptême, la seconde, sous le nom de publi- cains, la troisième, porte le titre de soldats. « Le peuple lui demandait : Que devons-nous donc faire? II leur répondit : que celui qui a deux habits, en donne un à celui qui n’en a pas, et que celui qui a de quoi manger, fasse de même. » A la vérité, je ne sais pas s’il convient de prescrire cela au peuple. C’est l'affaire des apôtres plutôt que des hommes ordinaires, si l’on a deux habits, d’en donner un à celui qui n’en a pas. Et pour vous convaincre que cette dicebat : « Ne incipiatis dicere in vobismetipsis, patrem habemus Abraham. Dico enim vobis, quia potest Deus ex lapidibus istis suscitare filios Abrahæ. » Hoc ergo quod ait : « Ecce secnris ad radices arhorum p sita est, » Judæis loquitur. Cui sensui et Apostolicum illud congruit, fractos esse ab hac securi infidelitatis ramos atque succisos, ut amputaret ex arbore non radicem, sed ea quæ de radice pullularunt, lit in radiee pristinæ arboris, rami possint oleastri inseri Rom. xi. Omnis ergo arbor, quæ non facit fructum bonum, præoidetur et in ignem mittetur ; hune enim ünem babet, ut incen- dio concremetur. Deinde très ordines inducuntur sciscitantium Joannem super sainte sua : unus quein Scriptura appellavit populos exeuntes ad baptisma, alius quem publicanos nominat, tertius qui militum appellatione censetur. « Interrogabant eum turbæ, di- centes : Quid faciemùs? Qui respondens eis : Qui babet duas tunicas, det ei qui non babet ; et qui babet cibos, similiter faciat. » Quod quidem, nescio si turbæ conve- niat præcipi. Magis enim apostolis quam Vulgo con¬ gruit, ut qui duas tunicas habet, unam tribuat non recommandation, s’adresse plutôt aux apôtres qu’au peuple en général, écoutez - ce que le Sau¬ veur leur dit à eux-mêmes : «f Ne portez pas deux habits dans le chemin, » Mattti. xx. Les deux habits dont chacun est revêtu, et dont l’un doit être donné à celui qui n’en a pas, a donc une autre signification. En effet, le Sauveur veut que, comme nous n’avons pas à servir deux maîtres, nous n’ayons pas non plus deux habits, que nous ne nous .couvrions pas d’un double vêtement, pour qu’il n’y ait pas d’une part le vêtement du vieil, homme, et de l’autre, le vêtement de l’homme nouveau. II désire au contraire ardemment, que nous nous dépouil¬ lions du vieil homme et que nous nous revêtions de l’homme nouveau. Jusqu’ici l’explication est facile* Mais ici se pose cette question; comment, * d’après cette interprétation, nous prescrit-on. de donner un habit à celui qui n’en a pas? Quel est celui qui n’a pas même un vêtement pour recouvrir sa chair, qui est complètement nu, qui n’est couvert d’aucun vêtement? Je ne dis pas cela pour ruiner le précepte de l’aumône et de la miséricorde envers les pauvres. C’est le comble de la générosité, de donner à ceux qui sont nus l’un de ses deux habits. Mais je dis que ce passage a un sens plus profond, et qu’il faut donner un vêtement à celui qui en est absolument dénué. Quel est donc celui qui- n’a point d’habit? Sûrement, celui qui n’a point de habenti. Et ut scias magis hoc apostolis quam populis convenire, audi quid a Salvatore dicatur ad eos : « Neque duas tunicas tohatis in via » Matth. xx. Duplex itaque vestimentum quo unusquisque vestitur, et præci pitur ut alterum tribuat non habenti, aliam intelligen- tiam sonat. Yult enim nos Salvator, quomodo npn habemus duobus servire dominis, sic nec duas habere tunicas, nec duplici veste circumdari, ne sit unum indumentum veteris hominis, et alterum nevi. Econ- trario autem cu'pit, ut exspoliemus nos veterem homi- nem, et induamus novum. Hucusque facilis expositio' est. P orra quæritur, quomodo juxta hanc interpreta- tionem jubeatur nobis non habenti tribueré vestimentum. Quisnam est ille qui ne unum quidem indumentum super carnem suam babet, qui nudus est, qui omnino nulla veste coopertus? Neque vero hoc dico, quo nôn præcipiatur liberalitas, et in pauperes misericordia. Hyperbolica clementia, ut etiam nudos altéra tünica pro- tegamus. Sed hoc aio, quod et profundiorem locus iste respiciat mtellectum, et oporteat ei dare tunicam qui. omnino non babebat. Qüis est ergo iste, qui tunicam COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC Dieu. Ainsi nous devons nous dépouiller, et donner à celui qui est nu. L’un a Dieu, l’autre ne l’a pas, l’autre c’est la puissance ennemie, et comme il est écrit que nous devons jeter nos fautes au fond de la mer, Mich. vu, ainsi nous faut-il rejeter loin de nous nos vices et nos péchés, et en charger celui qui a été cause que nous les avons commis. « Et que celui qui a de quoi manger, » dit-il, « fasse de même, » que celui qui a des vivres, en donne à celui qui n’en a pas, et qu’il lui fournisse ainsi non seulement le vêtement, mais encore de quoi manger. « Il y eut aussi des publicains qui vinrent à lui pour être baptisés. » Entendu dans le sens littéral, ceci apprend aux publicains à ne rien demander de plus que ce qui est prescrit dans la Loi; car coux qui exigeraient davantage, ■ transgresse¬ raient, non pas l’ordre de Jean, mais le com¬ mandement du Saint-Esprit qui parle par la bouche de Jean. Je ne sais pas néanmoins, si ces paroles, prises dans le sens anagogique, n’ont pas une signification plus haute, et si nous devons traiter de choses aussi mystiques devant un pareil auditoire, et surtout en présence de 4.1 personnes qui ne savent pas découvrir la moelle des Écritures, et n’en goûtent que la superficie. Le faire est dangereux, et cependant il y faut toucher d’une manière brève et concise. Lorsque nous sortirons de ce monde, et que notre vie présente se changera en une autre, nous ren- non habet? Nernpe ille. qui penitus Deum non habet. Debemus igitur exuere nos, et ei dare qui nudus est. Abus habet Deum, alius omnino non habet, contraria videlicet fortitudo. Et quomodo scriptum est, ut in pro- fundo maris præcipitemus délie ta nostra Mich. vu : sic projici a nobis oportet vitia atque peccata, et jacere super eum qui eorum nobis causa exstitit. « Et qui habet, » inquit, « cibuin, similiter faciat. » Qui habet cibos tribuat non habenti, ut non solum ei vestnnentum, sed etiam id quod possit comedere, largiatur. « Vene- runt autem et pubiicani baptizari ab eo. » Hoc et juxta simplicem intelligentiam docet publicanos nihil amplius quærere, quam in Lege præceptum est; qui enim plus exegerint, non Joannis inandatum prævari- cant, sed Spiritus sancti qui locutus est in Joaune. Nescio , autem utrum, ut secundum ocvaycoYTjv, aliud quiddam excelle ntius sermo signifient, et an; debeamus in tan auditorio res tarrr mysticas prqdere, maxime inter eos qui Soripturarum medullas non introspiciunt, sed tantum superficie delectantur. Pèriculosum quidem, sed tamen strictim breviterque tangendum, Gum 179 contrerons assis aux confins du monde, des scrutateurs qui, remplissant les fonctions de publicains, rechercheront avec le plus grand soin, s’ils no trouvent pas en nous rien qui leur appartienne. Il me semble que le prince de ce monde est une espèce de publicain ; aussi est-il écrit de lui : « Le prince de ce monde est venu,, et il n’y a en moi rien qui lui appartienne, » Joan. xiv. Ce que nous lisons dans l’Apôtre : « Rendez à chacun ce qui lui est dû : le tribut, à qui vous devez le tribut; les impôts, à qui vous devez les impôts; l’honneur, à qui. vous devez l'honneur; ne demeurez redevables à personne que de l’amour qu’on se doit les uns aux autres, » Rom . xiii, doit être pris également dans un sens spirituel. C’est pourquoi, prenons garde si nous n’avons pas de quoi payor l’impôt, d’être personnellement saisis pour dettes, comme cela se pratique en ce monde pour ceux qui doivent l’impôt, et qui n’ayant pas de quoi acquitter leur dette, sont jetés en prison et obligés de travailler au profit de l’État. Il n’en manque pas parmi nous qui seront retenus par cette espèce de publicains. Jacob, cet homme d’une grande sainteté, ne les redoutait pas beaucoup, il ne craignait pas qü’on trouvât en lui quelque chose qui fût soumis à l’impôt des publicains. Aussi disait-il hardiment à ce publicain qui. avait nom Laban : « Reconnais s’il y a chez moi' quelque chose qui t’appartienne. » Gen. xxxi. exierimus a sæculo, et hsec vita nostra fuerit com- mutata, erunt quidam in fmibus mundi sedentes velut publicanorum officio diligentissime perscrutantes, ne quid sui in nobis inveniant. Videtur mihi princeps sæculi hujus quasi publicanus esse, unde scriptum est de eo : « Venit princeps mundi istius, et in me habet nihil » Joan. xiv. Illud quoque quod in Apostolo legi- mus : « Reddite omnibus débita, cui tributum, tribu- tum; cui vectigal, vectigal : cui honorem, honorem; nemini quid del'ea ti~; nisi ut invicem diligatis » Rom. xiii, sacrate intelligendum est. Quamobreni cen- sideremus ne forte cum non habuerimus, quod pro vectigali queamus reddere, ipsi trahainur oh debitum, ut solet apud sæculi quoque fieri vectigales, quando quis pro debito ipsi reipublicæ serviturus includitur. Complures e nobis, ab istiusmodi publicanis tenendi sunt, quos Jacob ille vir sanctus non magnopere for- midabat, nec vevebatur, ut de publicanorum vectigalibus in eo aliquid reperiretur. Ünde et audacter ad publi- canum ilium loquebatur Laban ; « C.gnosce si quid tuarum rerum est . apud me » Gen . xxxi. Super quod É SAINT JÉROME 180 Sur quoi l’Écriture lui rend témoignage, on disant : « Et Laban ne reconnut rien pour lui appartenir chez Jacob. » Ainsi notre Sauveur et avec lui le Saint-Esprit qui a parlé par la bouche des prophètes, instruisent non seulement . les hommes, mais encore les anges, et. les puis¬ sances invisibles. Et à quoi bon parler du Sau¬ veur? les prophètes et les apôtres eux-mêmes, en tout ce qu’ils prêchent, s’adressent non seulement aux hommes mais aussi aux anges. En voici une preuve : « Écoute, ciel, » clit le Psalmiste, « et je parlerai ; je vous chanterai devant les anges ; » et : « Louez le Seigneur, cieux des cieux, et que toutes les eaux qui sont au-dessus des cieux, louent le nom du Seigneur, » Psal. cxlvjii, 4; et : « que les anges le louent; » et : « mon âme, bénis le SeigAeur en tout lieu de sa puissance. » Vous trouverez dans une foule d’endroits, et surtout dans les psaumes, des paroles qui s’adressent aux anges, l’homme, celui du moins qui possède le Saint-Esprit, ayant reçu le pou¬ voir de parler aussi aux anges. J’en pourrais citer de beaux exemples, je me contenterai d’un seul pour nous bien convaincre, que les anges mêmes sont instruits par la bouche de l’homme. Il est écrit dans l’Apocalypse de saint Jean : « Écrivez à l’ange de l’Église des Éphésiens. J’ai agit testimonium Scriptura dicens : « Et non cognovit Laban apucl Jacob quicquam. » D cet igitur Salvator noster et Spiritus sanctus qui locutns est in prophetis, non solum homines, sed etiain angelos, et virtutes invisibiles. Quid loquar de Salvatore? prophetæ quoqno ipsi ét apostoli, omne quod résonant, non solum homi- nibus, sed et angelis prædicant. Quod ut scias verum, «Attende, » inquit, « cœlum, et loquar; in conspectu angelorum psallam tibi ; » et : « Laudate Dominum, coeü cœlorum, et aquæ quæ super cœlos sunt laudent nomen Domini » Psal. cxlviii, 4; et: « Laudent eum angeli; » et : « In omni loco potestatis ejus benedic anima mea Domino. » Inveniens in plurimis locis, et maxime in psalmis, et ad angelos sermonem fieri, data homini potcstate, ei tamen qui Spiritum sanctum babet, ut et angelos alloquatur. E quibus unum exemplum ponam, ut sciamus angelos quoque lnimanis vocibus erudiri. Scriptum est in Àpocalypsi Joannis : « Angelo Ephesiorum quelque chose contre vous, ». Àpoc. n; et encore : « Écrivez à l’ange 'de l’Église 'de Per- game J’ai quelquô chose contre vous. » C’est certainement un homme qui écrit aux anges; et leur donne des ordres., Pour moi, je ne doute nullement qu’il y ait des anges dans notre assemblée, non seulement d’une manière géné¬ rale pour l’assemblée entière, mais encore pour chacun de nous en particulier. C’est d’eux que parle le Sauveur, lorsqu’il dit : «Leurs anges voient sans cesse la face de mon Père qui est dans les cieux. » Matth. xvm. 11 y a ici deux assemblées, l’assemblée des anges, et l’assemblée des hommes. Quand nous parlons conformément à la raison, et au sentiment des Écritures, les anges en sont tout joyeux, et prient avec nous. Et c’est parce que les anges sont présents dans l’Église, dans celle, bien entendu, qui le mérite, qui est l’Église du Christ, qu’il est ordonné aux femmes d'avoir, lorsqu’elles prient, un voile sur la tête, par respect pour les anges, pour ces anges qui accompagnent les saints, et assistent joyeux à l’assemblée. I Corint. xi. Il est vrai que nos yeux, obscurcis qu’ils sont par les souil¬ lures du péché, no les aperçoivent pas, mais les apôtres de Jésus les voient', eux auxquels le Sauveur a dit : « En vérité, en vérité, je vous Ecclesiæ scribe : Habeo aliquid contra te » Apoc. n; et rursum : « Angelo Ecclesiæ Pergami scribe : Habeo quippiam contra te. » Certe homo est qui scribit angelis, et aliquid præcipit. Ego non ambigo et in cœtu nostro atlesse angelos, non solum genera- liter omni Ecclesiæ, sed etiam singiUatim. De quibus Salvator ait : « Angeli eorum semper vident faciem Patris mei qui in cœlis est » Matth. xvm. Duplex hic adest Ecclesia, una hominum, altéra angelo¬ rum. Si qaid juxta rationem, et juxta Scripturarum dicimus voluntatem, lætantur angeli, et orant nobiscum. Et quia præsentes angeli sunt in Ecclesia, in. ilia dum- taxat quæ meretur, et Chvisti est, propterea orantibus feminis præcipitur, ut habeant velamen super caput propter angelos, utique illos qui assistunt sanctis, et lætantur m Ecclesia ICor.xifl). Quos quidem nos, quia peccatorum sortibus ocuîi nostri obliti sunt, non vide- mus, sed vident apostoli Jesu ad quos loquitur : « Amen (1) Eic, quemadmodum et laudato Apocalypsis loco angelorum nomine, opiscopos, et sacramentorum ministros designari, Ycrissîme Interprètes plerique omnes docent, incptcquo odeo Origenes argumenlatur. Cætcrum neqne id certnm habuisse videlur, singulisne bominihus, on Cbristi fidem solum profcssis, et snnctis cuslos angélus ossignctur; cum enim dudum Honni]. 12 pronuntiasset unicuique hominum duos prœficî, bonum unum, et alierum nequam ; ot nunc répétât, ^Adosse angelos non solum g ener aliter omni Ecclesiæ , sed etiam singiUatim ; sübdit tamen, præsentes esse in Ecclesia dumlaxat quæ meretur, et Chris ti est : in quam scepius olibi scntentiam libentiùs conccdi. Vide quæ infra ad Homil. 35 annolamus. Ed. J$ig, COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT LUC 181 le dis, vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre sur- le 'Fils de l’homme. » Joan. i. S’il m’était donné de voir comme lés apôtres, et d’apercevoir, comme Paul aperçut, je contemplerais en ce moment la mul¬ titude des anges, ce que vit Élisée, et ce que .ne vit pas Giezi qui était avec lui. Giezi trem¬ blait de tomber entre les mains des ennemis, Élisée seul voyait. Mais Élisée, en sa qualité de prophète du Seigneur, se mit en prière, et dit ; « ô Seigneur, ouvrez les yeux de ce serviteur, pour qu’il voie qu’il y a plus de monde avec nous qu’il y en a avec eux. » IV. Reg. vr. Et sur- le-champ, à la prière de ce saint personnage, Giezi aperçut les anges qu’il ne voyait pas aupa¬ ravant. Nous avons dit tout cela pour montrer que ,Jean instruisait aussi les publicains, non 'seulement coux^qui étaient employés à la per¬ ception des impôts de l’État, mais ceux encore qui venaient au, baptême de pénitence. Et il y avait parmi ceux qui se présentaient au baptême de pénitence, d’autres publicains et d’autres soldats que des publicains et des soldats en ^çhair et en os. Car ce n’est pas seulement Jean, ce n’est pas seulement un prophète, mais le Sauveur lui-même qui est venu prêcher une pénitence salutaire aux hommes, et aux . anges, ainsi qu’aux autres puissances, afin qu’au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre, amen dico vobis, videbitis cœlurn apertum, et angelos Del ascendentes et descendentes super Filium hominis Joan. i. Quod si liabarem liane gratiam, ut quomoclo apostoîi, sic viderem, et sic ut Paulus aspexit, intuerer, cernerem nunc angelorum multitudinem, quod videbat Elisæus, et Giezi qui cum eo steterat non videbat. In metu erat. Giezi, ne ab hostibus caperetur, soins Elisæus vidéns. Sed Elisæus ut prophètes Domini, depre- catuv ; et dicit : « O Domine, aperi oculos pueri istius, et videat quoniam multo plures nobiscum sunt quam cum illis IV Reg. vi. Et statim ad preces sancti viri angelos quos prius Giezi non videbat, intuitus est. Hæc idcirco dixiinus, ut ostenderemus et publicaiios doceri a Joanne, et non solum eos qui reipublicæ vectigalibus servi unt, .sed etiam illos qui veniebant acl pœnitentiam. Et alii erant a cor- poralibus publicani, sicut et alii milites, qui egredieban- tur ad baptismum pœnitentùe. Venit eiiim non Joannes et proplieta tantum, sed etiam ipse Salvator, et homini- bus, et angelis, et virtutibus cæteris salutarem pœniten- tiam prædicare, ut in nomine Jesu omne genu flectatur, et dans les enfers, et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ, est dans la gloire de Dieu le Père, Phüipp. il; auquel apartien- nent la gloire et l’empire, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XXIV. Sur ces paroles : « Pour moi, je vous baptise dans l’eau, » jusqu’à l’endroit où il est dit : « C’est celui-là qui vous baptisera dans le Saint-Esprit et dans le feu. » Cap. iir Le peuple reçut Jean qui est moins grand que le Christ, pensant et s’imaginant qu’il était peut-être le Christ; mais quant au Christ lui- mêine,.bien supérieur à Jean, il ne le reçut pas. Voulez-vous en connaître la cause? la voici: le baptême de Jean se voyait, le baptême du Christ était invisible. « Pour moi, » dit le premier, « jo vous baptise dans l’eau ; mais celui qui vient après moi, est plus grand que moi; c’est celui-là qui vous baptisera dans le Saint-Esprit et dans le feu. » Quand Jésus baptise-t-il dans le Saint- Esprit, et quand baptise-t-il dans le feu? Est-ce dans un seul et même moment, ou bien à des moments différents, qu’il baptise dans le Saint- Esprit et dans le feu? « Pour vous, vous serez baptisés dans le Saint-Esprit sous peu de jours. » Les apôtres ont été baptisés dans le Saint-Esprit, après l’ascension du Christ dans le ciel, AcL n; . cœlestîum, et terrestrium, et infernorum, et omnis lm- gua confiteatur, quia Dominus Jésus Christus in gloria est Dei Patris Philip, n : cui est gloria et imperium in sæcula sæculorum. Amen. HOMILIÀ XXIV. De eo quod scriptum est : « Ego quidem baptizo vos aqua, » usque ad eum locum ubi ait: « Ipse vos bap- tizabit Spiritu sancto et igné, » Gap. iii. Joannem, qui minor est Christo, suscepit populus, repu tans et cogitans ne forte ipse esset Christus ; eum vero, qui major illo venerat, non suscepit. Vis causara scire? Cogn >sce : Joannis baptisma videbatnv, Christi baptismus invisibilis erat. « Ego enim, » inquit, « baptizo vos in aqua; qui autem post me venit, major me est, ipse vos baptizabit Spiritu sancto et igni. » Quando baptizat Jésus Spiritu sancto, et rursuin quando igné baptizat? Numquid uno atque eodem tempore Spiritu et igni baptizat, an vario atque diverso? « Vos autem baptizabimini Spiritu sancto, non post multos hos dies. » SAINT JÉROME 182 unis à quel moment furent-ils baptisés^dans le feu, l’Écriture ne le dit pas. Or de même que Jean attendait sur les bords du Jourdain ceux qui se présentaient au baptême, chassait les uns en disant; « Race de vipères ,» et le reste; et accueil¬ lait les autres, c’est-à-dire, ceux qui con¬ fessaient leurs vices et leurs péchés; ainsi le Seigneur Jésus se tiendra dans le fleuve de feu, près de l’épée flamboyante, Gen. ni, afin de baptiser dans ce fleuve de feu, celui qui à la sortie de cette vie, désire entrer dans le para¬ dis, mais a besoin de purification et de le mettre en possession de ce qu’il souhaite ; afin aussi d’écarter du baptême de feu, celui qui ne porte point la marque des baptêmes précédents. Car il est nécessaire d’être d’abord baptisé dans l’eau et le Saint-Esprit, pour pouvoir, en arrivant au fleuve de feu, montrer qu’on a conservé la puri¬ fication de l’eau et de l’esprit, et qu’on mérite de recevoir encore le baptême de feu dans le Christ Jésus; auquel appartiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XXV. Du soupçon qu’avait le peuple au sujet de Jean, Baptizati sunt apostoli post ascensionem ejus ad cœlos Spiritu sancto Act. n ; quod autem igni fuerint bapl.i- zati, Scriptura non inemorat. Sed quomodo Joannes juxta Jordanem fluvium venientes ad baptismum præ- stolabatur, et alios abigebat dicens: « Generatio vipera- rum, » et reliqua; porro eos qui confitebantur vitia atque peccata, suscipiebat : sic stabit in igneo flumine Dominus Jésus juxta fiammeam romphæam Gen. m, ut quemcumque (I) post exitum vitæ hujus, qui ad para- disum transire desiderat, et purgatione indiget, hoc eum amne baptizet, et ad cupita transmittat; eum vero, qui non habet signum priorum baptismatum, lavacro igneo non baptizet. Oportet enim prius aliquem bapti- zari aqua et spiritu, ut eum ad igneum fluvium venerit, ostendat se et aquæ et spiritus lavacra servasse, et tune mereatur etiam ignis accipere baptismum in Chi'isto Josu : cui est gloria et imperium in suecula sæculorum. Amen. si par hasard, il ne serait pas le Christ* Cap. m. L’amour lui-même a ses dangers, quand il passe la mesure. Celui qui aime quelqu’un doit considérer la nature et les qualités de l’objet aimé, et ne pas l’aimer plus qu’il ne le mérite. Car s’il dépasse la mesure et les bornes de la charité, tous deux, celui qui aime, comme celui qui est aimé, seront coupables de péché. Un exemple rendra ceci plus évident. Le peuple admirait Jean et l’aimait; et en effet Jean était digne d’admiration, d’une admiration plus grande que celle que peuvent mériter les autres hommes, parce qu’il avait vécu tout autrement que le reste des mortels. Car tous tant que nous sommes, nous ne nous contentons pas de la nour¬ riture la plus commune, nous aimons la variété des mets; une seule espèce de vin nous suffirait pour notre boisson, et nous achetons des vins de bouquet différent. Pour Jean, il se nourrissait continuellement de sauterelles, de miel sauvage, il se contentait de la nourriture la plus vulgaire, et la plus frugale, de. peur d’engraisser son corps par des aliments trop substantiels, et de l’alour- HOMILIA XXV. De suspicione quam habebat populus de Joanne, ne forte ipse esset Christus. Cap. ni. Habet periculum et diîectio, si modum transeat. Débet enim qui aliquem diligit, naturas et causas consi- derare dilecti, et non eum plus diligere quam meretür. Nam si mensuram charitatis, modumque transconderit, et qui diligit, et qui diligitur, in peccato erunt. Quod ut manifestais fiat ponamus exemplum. Joannem p pu- lus mirabatur, et diligebat eum ; et révéra erat dignus miraculo, ut plus ei quam cæteris liominibus deferretur, quia aliter quam cuncti mortales vixerat. Non omnes sumus simplici contenti cibo, sed varietate delectamur escarum ; unum nobis ad potandum vinum sufficit, varii gustus vina mercamur. Joannes vero semper locustis, semper vescebatur melle silvestri, et contentus erat simplici et tenui cibo, ne corpus, illius crassioribus pul- (4) Notatum Genebrardo, doctîsque oliis viris, purgatorium ignem post vitæ oxitum sotis luculenter hoc testimonio Adamaniium profi¬ ter!. Addere possim ego seicenla alia loca, quibus idem opertissime déclarai : neque enim umquam id crimini datum Origcni, quod purgatorium negaret esse; sed econtrario hoc ipsum, quod suo modo constituerit : ila nempe, ut non alium ignem, non alio supplicia manennt quævis admissa scolera, quam purgatorii: neque adoo aliis quam tomporariis tormentis pntaril animas torqueri. Quod vero nefariam eam doctrinam bio quoquo loci propinet, equidem affirmaro non ausim, nam etsi quemcumque dicat, post exitum vitæ hujus hoc amne baptizandum : neque adeo UHum aliquem eicipint (ut paulo superius ad Homil. 44, ubi do hoc ipso igneo baptismo disputai animadvertimus ), et ne sanctissimos quidem rviros,qui Qutnulla aut certe temporaria pœna lusiranlur : atlumen quod hic quasi senienliam temperans, subdit, et purtjatîone indiget sus- pieionem tollit orroris, seque innuit de iis dicore, quibus leviores eluondæ sint oulpæ. Et vero nescio on alius in Oiigonianis scripiionihua lochs exstet, qui tam commoda interpretatione donari posait. Bd. Mig . COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT LUC 183 dir par des mets trop recherchés; nos corps étant d’une nature telle, qu’une alimentation trop abondante les rend plus lourds; et de peur qu’avec le corps, l’âme s’alourdisse également Pâme qui répandue dans tout le corps, subit l’in¬ fluence de ses passions. Aussi c’est avec raison "que cette recommandation est faite à ceux qui peuvent l’observer : « Il est bon de ne pas man¬ ger de chair, ni boire de vin, ni toucher à rien qui puisse scandaliser votre frère, » Rom xiv. La vie de Jean était donc admirable, et bien différente de celle des autres hommes. Il n’avait ni bourse, ni serviteur, pas même une pauvre chaumière. Non seulement il demeurait dans le désert, jusqu’au jour où il devait paraître devant Israël, mais encore à l’époque où il prêchait au peuple la pénitence, il restait dans les solitudes de la Judée, et n’avait pour boisson que l’eau pure, afin d’être différent des autres hommes, même par la nature de la boisson. Nous qui Vivons dans les villes, au milieu des hommes, nous recherchons les habits les plus somptueux, les mets les plus délicats, les moubles les plus riches; voyoz de quel vêtement il se couvrait, lui qui demeurait dans le désert. J1 s’était fait une tunique de poils de chameau, et il se ceignait les reins d’une ceinture de cuir. On connaissait , donc tous ces détails, et tous ceux qui le voyaient, l'admiraient à cause de la singularité de sa vie, mentis pinguesceret, et exquisitis dapibus gravaretur; hujusmodi quippe natura corpora nos Ira sunt, ut escis Bupgrfluis aggraventur : et cum corpus fuevit aggrava- tum, anima quoque oneretur, quæ per totum diffusa corpus passionibus illius subjacet. Quamobreun recte præcipitur eis qui observa re possunt : « Bonum est non manducare carnem, neque bibere vinum, neque in quo frafcter tuus scanda'izetur » Rom. xiv. Erat igitur Joaünes vitæ mirabilis et multum ab aliorum ho m inuni conversatione diversus. Non babebat sacculum, non famnlum, nonsaitem vile tugurium. Morabatur in deser- to, non solum usque ad diem ostensionis suæ ad Israël, verum eo tempore, quo pœnitentiam populo prædicabat, erat in sohtudiue Judææ, et aqua simplici irrigabatur, ut et in potu esset diversus a cæteris. Nos qui versamur in urbibus, qui in medio populorum suraus, et vestes quærimus lautiores, et cibos, et habjlia; ille vero qui in eremo morabatur, videte quali vestimento indutns fao it. De pi lis camelornm sibi tunicam fecerat, et zona pellicea cingebatur. Orania ergo in illo noverant, et propter disSimilitudinem vitæ universi qui vidçbant, admiraban- et en l’admirant, l’entouraient d’une vénération extraordinaire, surtout parce qu’il baptisait ,los pécheurs repentants pour la rémission de leurs péchés. Pour tous ces motifs, ils l’aimaient, et en cela certes ils avaient raison; mais ils ne gardaient pas la mesure dans leur amour; car ils pensaient qu’il était peut-être le Christ. C’est cet amour déréglé et déraisonnable que l’apôtre saint Paul repoussait pour lui-même, lorsqu’il disait : « Je crains que quelqu’un ne m’estime au-dessus de ce qu’il voit en moi, ou de ce qu’il entend dire de moi, et que la grandeur de mes révélations ne me donne de l’orgueil, Go- vint h. xii, etc. Craignant de tomber lui-même dans ce défaut, il ne voulait pas se juger d’après tout ce qu’il savait de lui, de peur qu’on ne l’estimat au-dessus des apparences, et que pas¬ sant les bornes d’un hommage légitime, on ne dit de lui ce qu’on avait dit de Jean, qu’il était le Christ. Pareille chose fut dite par les uns, de Dosithée, hérésiarque de Samârie, par d’autres^ de Judas de Galilée. Il en est enfin qui ont poussé l’amour à un tel degré de hardiesse qu’ils ont imaginé sur saint Paul des monstruosités inouïes. Les uns en effet ont dit que ces paroles de l’Évangile : s’asseoir à la droite et à la gauche du Sauveur, regardaient Paul et Marcion, que Paul était assis à la droite et Marcion à la gauche. D’autres lisant : « Je vous enverrai pour avocat tur eum, et mirantes studiosissime colebant, super omnia quod pceni tentes in remissionem peccatorum baplizabat. Quas ob causas diligebant quidem eum jus- tissime, sed uon servabdnt in charitate modum ; cogita- bant eniin ne forte ipse esset Christus. Quam inordina- tam et irrationabilem cliaritatem cavens apostolus Pau- lus de semetipso loquebatur: « Timeo autem ne quis de me cogitet super id quod videt in me, a ut audit ex me, et ne magnitudo revelationum extollat me, » Cor . xii, etc. Quod metuens ne etiam ipse incurrat, nolebat omnia de se judicare quæ norat, ne quis eo plus arbi- .tretur esse quam cerneret, et mensuram honoris excer. dens, diceret quod dictum fuerat de Joanne, quia ipse esset Christus. Quod quidem nonnulli etiam de Dositheo Samaritarum hæresiarcba dixerunt, alii vero de Juda Qalilæo. Deniqueiu tantam. quidam dilectionis audaciam proruperunt, ut nova quædam et inaudita super Paulo moustra confingerent. Alii enira aiunt hoc quod scriptum est, sedere a dextris Salvatoris et sinistris, de Paulo et de Maronne dici, quod Paulus sedet a dextris, Marcio sedeat a sinistris. Porro alii Iegentes : « Mittam ] 84 SAINT JEROME F Esprit cle vérité, » Joan. xiv, ne veulent point comprendre qu’il s’agit d’une troisième personne distincte du Père et du Fils, et d’une nature divine et sublime, mais prétendent que ces pa¬ roles désignent l’apôtre saint Paul. Ne vous semble-t-il pas que tous ont aimé plus qu’il ne convient, et que leur admiration pour la vertu de chacun de ces personnages, leur a fait dépas¬ ser la mesure de l’amour? Nous souffrons, nous aussi dans l’Église de ce défaut de mesure. La plupart nous aimant plus que nous ne méritons, nous vantent, et disent, dans les éloges qu’ils donnent à nos discours et à notre doctrine, des choses que notre conscience ne peut accepter. D’autres au contraire, déprécient nos ouvrages, et nous accusent d’avoir des sentiments que nous ne nous sommes jamais connus. Aucun d’eux, ni ceux qui nous aiment trop, ni ceux qui nous haïssent, ne gardent la mesure de la vérité; tous mentent, les uns par amour, les autres par haine. De là, nécessité de mettre un frein à l’af- .fection, et de ne lui laisser la liberté de ses allures, qu’autant que cela ne l’expose pas à tomber dans le précipice. Il ost écrit dans l’Ecclésiaste : « Ne soyez pas juste à l’excès; ne vous élevez pas trop haut dans vos pensées, de peur que vous n’en perdiez la raison. » En sui¬ vant cette maxime, je puis dire quelque chose de semblable : N’aimez pas l’homme de toute votre âme, et de toutes vos forces; n’aimez pas vobis advocatum Spiritum veritatis Joan. xiv, nolunt intelligere tertiam personam a Pâtre et Filio et divinam sublimemque natnram, sed apostolum Paülum. Nonne tibi omnes videntur plus amasse quam expedit, et dum yirtutem uniuscujusque mirantur, dilectionis perdidisse mensuram ? Quod quidem in Ecclesia patimur : pleri- que enim dum plus diligunt quam meremur, hæc jac- tant, et loquuntur, sermones nostros doctrinamque lau- dantes, quæ conscientia nostra non recipit. Alii vero tractatus nostros caiumniantes, ea sentire nos criminan- tur, quæ numquam sensisse nos novimus. Sed neque hi qui plus diJigunt,v neque illiqui oderunt, veritatis regu- lam tenent ; et alii per dilectionem, alii per odium men- tiuntur. Unde oportet charitati frena imponere, et tan¬ tum ei vagandi permittere LiLertatem, quantum in præ- rupta non corruat. Scriptum est in Ecciesiaste : «Ne sis justus multum, neque ampliora cogites, ne forte obs- tupescas. » Quod exemplum sequens possum simile quid dicere.: Ne diligas hominem ex tota anima tua, et ex tqta vü'tute tna : ne âmes angelum de toto corde, deto- t& anima,, de tota virtute ; sed præceptum juxta elo- l’ange de tout votre cœur, de toute votre, âme, de toutes vos forces; mais réservez pour Dieu seul l’accomplissement de ce précepte, suivant la parole du Sauveur : « Vous aimerez, » dit-il, « le Seigneur votre Dieu, de tout votre cœur, de toute votre âme, et de toutes vos forces, » Matth. xxrr. J’entends quelqu’un répondre et me dire. Le Sauveur commande : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, de tout votre cœur, de toute votre âme, et de toutes vos forces, et votre prochain comme vous-même. » Je veux aimer le Christ; apprenoz-moi donc comment je dois l’aimer. Car si je l’aime de tout mon cœur, de toute mon âme, et de toutes mes forces, je viole le commandement, en aimant ainsi un autre que Dieu seul. Et si j’ai pour lui un moindre amour que pour le Père tout-puissant, j’ai peur d’être accusé d’impiété et de profanation, envers le Premier-né de toutes les créatures. Instruisez- moi et montrez-môi comment. je dois, en me gardant de ces deux écueils, aimer le Christ*. Voulez-vous savoir de quel amour il faut aimer Jesus-Christ? Un peu d’attention : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu dans le Christ. Pensez- vous qué vous pouvez avoir un amour différent dans le Père et dans le Fils? Aimez en même temps le Seigneur Christ. Aimez le Père dans le Fils, et lo Fils dans le Père, de tout votre cœur, de toute votre âme, et de toutes vos forces. Que si quelqu’un nous demande de prouver par les quium Salvatoris soli servà Deo. « Diliges enim, » in- quit, « Dominiim Deum tuum ex toto corde tuo, et ex tota anima tua, et ex tota vivtute tua Matth. xxii. Res- pondeat mibi aliquis, et dicat : Salvator præcipit : « Di¬ liges Dominmn Deum tuum ex toto corde tuo, et ex to¬ ta anima tua, et ex tota virtute tua, et proximum tuum tamquam teipsum. » Volo diligere Cbristum ; do ce er- go me quomodo eum diligam. Si enim dilexero eum ex toto corde meo, et ex tota anima mea, et ex tota virtur te contra præceptum fa cio, ut alteruin absque uno Deo sic diligam. Sin autem minus eum dilexero, quam om- nipotentem Patrem, tinieo ne in Priinogenitum univer-. sæ creaturæ impius et profanus inveniar. Doce me, et ostende rationem, quomodo intec utrumque médius in- cedens, diligere debeam Cbristum. Vis scire qua chari- tate Christus diligendus sit? Breviter ausculta. Diliges Dominum Deum tuum iu Christo. Putas diversam ha- bere pcsse in Pâtre et Filio charitatem? Simul dilige Dominum Cbristum. Dilige Patrem in Filio, Filium in Pâtre, ex toto corde et ex tota anima et ex tota virtute. Quod si aliquis sciscitatur, et dicit : hoc quod asseris. COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT LUC 185 Écritures ce que nous avançons, qu’il écoute l’a¬ pôtre saint Paul, lequel avait un amour parfaite¬ ment raisonné : il dit : « Car je suis assuré, que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les puis¬ sances, ni les choses présentes, ni les futures, ni la violence, ni ce qu’il y a de plus haut ou de plus profond, ni aucune autre créature, ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu, qui est en Jésus-Christ Notre-Seigneur, et Sau¬ veur, » Rom. vni, auquel appartiennent la gloire et l’empire dans, les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XXVI. Sur ces paroles : « Il a le van à la main, et il nettoiera son aife, » jusqu’à l’endroit où il est dit : « Et il amassera le blé dans soii grenier. » Cap., ni. Le Christ est Dieu; et il faut que celui qui l’adore, l’adore en esprit et en vérité. Joan. iv. Notre Dieu est encore un feu dévorant. Deut. iv. C’est dans un double sens que Dieu est appelé esprit et feu. Il est esprit pour les justes, et feu pour les pécheurs, mais comme ' les anges sont aussi qualifiés d’esprit et de feu : « Il fait ses anges esprits, et ses ministres, feu brûlant, » I-lebr. i; il s’en suit que les anges sont pour tous les saints des esprits, tandis qu’ils attisent lo feu et excitent la flamme pour ceux qui l’ont méritée. de Scripturis proba, audiat apostolum Paulum, qui lia- bebat rationabilem charitatem, loquentem « Certus .enim sum, quia neque mors, neque vita, neque angeli neque potestates, neç præsentia, nec futura, nec fortilu- do, nec alfcitudo, nec profundum, nec alia creatura po- terit nos separare a charitate Dei, quæ estin Chvisto Je- su Domino Salvatore nostro « Rom. vin, cui est gloria et imperium in sæcula sæculorum. Amen. HOMILIA XXVI. De eo quod scriptum est : « Cujus ventilabrum in manu etmundabit aream suam, » usque ad eum locum ubi ait « Et congregabit triticum in horreum. » Cap. ni Christus est Deus, et qui adorat eum, in spirïtu et veritate oportet adorare Joan. iv. Deus quoque noster ignis consumens est Dëut. iv. Dupliciter appellatur. Deus et spiritus, et ignis. Justis spiritus, ignis peccato- ribus. Sed dum et angeli spiritus, ignisque dicuntur « Qui facit, » inquit, « angelos suos spiritus, et minis- tros suos ignem urentehi » Hebr. i angeli sanctis qui- Dans ce sens, notre Dieu et Sauveur, tout en étant esprit, est venu apporter le feu sur la terre. Il est esprit, selon ce qui est écrit : « Lorsque vous serez converti au Seigneur, le voile sera ôté; car le Seigneur est esprit, Il Gorinth. m. D’un autre côté, il est venu apporter le feu, non pas au ciel, mais sur la terre, comme il en témoigne en disant : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et qu’est-ce que je veux, sinon qu’il brûle? » Luc. xi. Si vous vous convertissez au Seigneur, qui est esprit, le Christ sera esprit pour vous, et dans ce cas, il n’est pas venu apporter le feu sur la terre. Si vous ne vous convertissez pas au Seigneur, si vous ne pensez au contraire qu’à la terre et à ses fruits, alors il est' venu apporter le feu sur la terre. Il est écrit au sujet de Dieu quelque chose de pareil : « Le feu de sa fureur s’est enflammé, non pas dans les hauteurs, jusqu’au ciel, mais dans les profondeurs jusqu’à l’enfer, il dévorera non pas le ciel, mais la terre et ses fruits. » Pourquoi ai-je rappelé tout cola? Parce que le baptême dont Jésus baptise, est dans le Saint-Esprit et dans le feu. Je me souviens de ce que j’ai dit tout dernièrement, et l’explication que je. viens de donner plus haut, n’est pas sortie de ma mémoire; mais je veux y ajouter quelque chose de nouveau. Êtes-vous saint? vous'serez baptisé dans le Saint-Esprit; pécheur? vous serez plongé / busqué sunt spiritus : his vero qui merentur, addicunt ignem, et fervorem subminis tr a nt. Juxta quem sensum et Deus nosler atque Salvator, cum sit spiritus, ignem venit mittere super terram. Spiritus, secundum illud quod scribitur : « Cum autem conversus fueris ad Do- minum, auferetur velamen : et Dominas spiritus est » il Cor. iii. Ignem autem venit mittere non super coe- lum, sed super terram, ut ipse demonstrat dicens : « Ignem veni mittere super terram, et quid volo nisi ut jam ardeat Luc. xi? Si enim conversus fueris ad Do^ minum, qui est spiritus, Christus tibi spiritus erit, et non venit ignem mittere super terram. Quod si non converteris ad Deum, sed habes terram et fructum ejus ignem venit mittere super terrain tuam. Huic quid si- mile etiam de Deo scriptum est : » Ignis accensus est furoris ejus, non usque ad ccelum sursum, sed usque ad infernum deorsum ; ,et devorabit non coeluin, sed ter¬ ram et germina ejus. » Quorsum ista memoravi? Quia et bàptismus, quo baptizat Jésus, in Spirïtu Sancto est, et igni. Memini eorum, quæ nuper locutus sum, nec præterit explçmatio superior ; sed volo et novum aliquid SAINT JÉROME 186 dans le feu; un seul, et même baptême se changera pour les indignes et les pécheurs en une condamnation et un feu dévorant; à ceux au contraire qui sont saints, et se convertissent de tout cœur au Seigneur, la grâce du Saint- Esprit et le salut seront accordés. « Ainsi celui dont il est dit qu’il baptise dans le Saint-Esprit et dans le feu, a le van à la main, et il nettoiera son aire; il amassera le blé dans son grenier, et il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteindra jamais. » Je veux trouver la raison pour laquelle le Seigneur a le van à la main, savoir pourquoi les pailles légères sont dispersées çà et là par un léger souffle de vent, tandis que le lourd froment est transporté dans un même endroit; car sans vent, le froment ne peut être séparé de la paille ; j’estime qu’il faut par le vent entendre les tentations, lesquelles, en soufflant sur le tas mélangé des croyants, font voir que les uns sont de la paille, et les autres du fro¬ ment. Car lorsque votre âme a succombé à quelque tentation, ce n’est point la tentation qui vous a changé en paille; mais comme vous étiez paille auparavant, c’est- à- dire, léger et incrédule, la tontation n’a fait que montrer au dohors ce que vous étiez au dedans. Résistez- vous au contraire courageusement à la tentation, ce n’est point la tentation qui vous rend Adèle et patient, elle ne fait que rendre visible la vertu de patience et de force qui était en vous, inferre. Si sanctus fueris, Spiritu sanctô baptizaberis, si peccator, in ignem mergeris ; et unum al que idem baptisma indignis et peccatoribus m condemnationem ignemque verletur ; his vero qui saneti sunt, et tota A- de ad Dominum convertuntur, Spiritus saneti gratia salusque tribuenda est. Is ergo, qui Spiritu sancto et igné dicitur baptizare, habet ventilabrum in manu sua, et mundabit aream suam, et congregabit triticum suum in horreum, paleas autem comburet igni inextingui- bili. » Volo invenire rationem, quare Doininus noster habeat ventilabrum, et quod blando vento leves paleæ hue illu - que rapiantur, grave vero triticum in unüm deferatur locum, neque eniin absque vento possunt tri¬ ticum et palese sep rari ; existimo tentaLiones pro vento intelligi, quæ confuso credentium ^acervo, alios paleas, alios triticum esse demonstrant.' Gum; enim anima tua fuerit âliqua tentatione superata, don tentatio te vertit in paleas ; sed cum esses palea, levis videlicet et incre- dulus, ostendit te esse tentatio quod lateoas, Econtrario autem cum fortiter tentamenta toléras, non te facit fide- lem tentatio, atque patientem, sed virtutero, quæ in te mais cachée. « Pensez-vous, » dit le Seigneur, quo je vous ai parlé autrement que pour7 faire voir votre justice? » Et ailleurs : « Je vous ai, affligé et accablé de misères, pour manifester ce qui était dans votre cœur. » C’est ainsi que la tempête ne laisse pas debout l'édifice bâti sur le sable, mais respecte celui qui est construit sur la terre ferme. Lorsquelle s’élèvera, elle ne ren¬ versera pas ce qui repose sur la terre ferme, mais elle montrera du premier coup que ce qui vacillait sur le sable, n’avait pas de fondements solides. En conséquence, avant que la tempête s’élève, avant que la fureur des vents se déchaîno, avant que les fleuves débordent, pendant que tous les éléments sont encore en repos, mettons tous nos soins aux fondations de l’édiflce, cons¬ truisons notre maison avec les pierres variées et solides des commandements de Dieu, afin que le jour oü la persécution sévira contre los --jà chrétiens, où un violent ouragan s’élèvera, nous montrions que notre édiflee repose sur la pierre qui est Jésus-Christ. Matth. vu. Mais s’il arri^ vait que quelqu’un renonçât le Christ, (que Dieu éloigne de nous un pareil malheur ), qu’il sache bien, que ce n’est pas au moment où il a paru le faire, qu’il l’a renoncé, mais qu’il portait en lui depuis longtemps, la graine et la racine du renoncement, et qu’il n’a fait alors aùtre chose que manifester et produire au dehors ce qu’il avait dans le cœur. Demandons donc au Seigneur erat, patientiæ et fortitudinis, et latebat, profert in me¬ dium, « Putas enim, » ait Dominus, « aliter me tibi lo- cutum fuisse quam ut parères justus ? » Et alibi : « Af- flixi te, etatïeci penuria,ut manifesta Ûerent, quæ erant in corde tuo. » In hune modum et tempestas non facit super arenam ædificium consistere, sed super terram. Quæ cum fuerit exorta, id quod super terram fundatum est, non evertet ; quod vero super arenam fluctuât, pro¬ bat illico non bene fuisse fundatum. Quapropter ante- quam oriatur tempestas, antequaïn ventorum flabracon- surgant, priusquam intumescant flumina, dum adhuc silent universa, omne studium nostrura ad sedificiorum fundamenta vertamus, ædificemus domumnostram variis firmisqne lapidibus præceptorum Dei, ut cum persecutio sævierit adversusChristiauos, durusqueturbo surrexerit, ostendamus nos habere ædificium super petram Chris- tum Jesum Matth. vil. Si quis autem (quod procul absit a nobis) negaverit, isLe sciât non se illo tempore quo negasse visus est, Christum negasse; sed semina et radices habuisse negandi jam veteres, tune vero fuisse agnitum quod habebat, et in medi^ COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC 187 d’être nous-même un édifice qu’aucune tempête ne puisse renverser, un édifice bâti sur la pierre, demandons-le par Notre-Seigneur Jésus-Christ, auquel appartiennent la gloire et l’empire, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XXVII. Sur ces paroles : « Il annonçait encore beaucoup d’autres choses dans ses exhortations, » jus¬ qu’à l’endroit où il est dit : « Le Saint-Esprit descendit sur lui. » Cap. iri. Celui qui enseigne la parole de l’Évangile, n’annonce pas qu’une seule chose, mais une foule de choses. C’est ce qu’indique l’Écriture on disant": « Il annonçait encore beaucoup d’autres choses dans ses exhortations. » Ainsi Jean prê¬ chait encore au peuple d’autres choses qui n’ont pas été écrites; mais voyez parmi les choses qui ont été écrites, Ja grandeur de celles qui annoncent ld Christ. Il a signalé le baptême du Saint-Esprit, il a prêché le salut aux publicains, il a enseigné la discipline aux soldats, il a annoncé que Taire allait être nettoyée, les arbres coupés et tout ce que nous raconte l’histoire évangélique. Mais sans parler de ce qui est écrit, il donna aussi d'autres enseignements qui ne le sont pas, comme le montre ces paroles : « Il annonçait encore beaucoup d’autres choses au peuple dans lès exhortations qu’il leur faisait. » Et de même que dans l’Évangile selon saint Jean, il est uni .esse productum. Oremus igitur Dominum, ut si- mus ædificium, quod tempestas nulla subvertat, funda- tum supra petram, per Dominum nostrum Jesum Chris- tum, cui estgloria et imperium in sæcula sæculorum. Amen. HOM1LIA XXVII. De eo quod scriptum est « Multa quidem et alia ex- hortans annuntiabat, » lisque ad eum locum ubi ait « Spiritus sanctus descendit super eum. Cap. m. Qui Evangelii sermonem docet, non unam rem nun- tiat, sed plurimas. Hoc quippe Scriptura significat, di- cens: « Multa quidem et alia exhortans annuntiabat. » Itaque etiam alia, quæ scripta non sunt, Joannes populo prædicabat; quæ autem scripta, considerate quanta fuerint quæ annuntiant Christum. Monstravit enim bap- tismum Spiritus sancti, prædicavit publicanis salutem, docuit milites disciplinam, aream pürgari, succidi arbo¬ res, et cætera quæ Evangelii narrat bistoria. Exceptis ergo his quæ scripta sunt etiam ilia quæ scripta non sunt, annuntiasse monst^atur in eo quod rapporté de Jésus : « Qu’il a dit beaucoup d’autres choses qui ne sont pas écrites dans ce livre; et que si elles étaient écrites, je ne pense pas que le monde entier pourrait contenir les livres qu’il faudrait écrire pour cela ; » Joan xxr. De même, il faut prendre le passage actuel dans ce sens, que saint Luc, trouvant sans doute que les en¬ seignements de Jean étaient en partie trop rele¬ vés pour être consignés dans un livre, n’a pas voulu les rapporter par écrit, et il s’est contenté d’indiquer qu’il les avait donnés; et c’est pour cette raison qu’il dit : « Il annonçait encore beaucoup d’autres choses au peuple dans les exhortations qu’il leur faisait. » Ce qui suit doit nous pénétrer d’admiration pour Jean, en parti¬ culier cette parole du Sauveur, que parmi les enfants des hommes, il n’y en eutpas déplus grand que Jean-Baptiste, Mattfi. xi, et aussi l’estime que sa vertu lui avait acquise dans l’opinion, à un degré tel que la plupart s’imaginaient qu’il était 1 le Christ : mais voici qui est bien plus admirable. Le tétrarqueHérode était en possession d’un pouvoir vraiment royal, et pouvait lorsqu’il le voudrait, le faire mettre à mort. Marc. vi. Cependant, ce prince ayant fait une chose illicite, défendue par la loi de Moïse, c’est-à-dire, ayant pris pour épouse la femme de son frère, laquelle avait une fille do son premier inari, Jean n’en eut pas peur, il ne fit pas acception de la per¬ sonne, il ne s’inquiéta pas, comme nous l’avons dicitur ; « Multa quidem et alia exliortans. an¬ nuntiabat populo. » Et quoinodo in Evangelio secun- dum Joannem de Christo refertur ; «Quia multa et alia locutus est, quæ non sunt scripta in libro isto, > quæ si scriherentur, neque ipsum puto mundum capere potuis- se libros, qui scribendi erant » Joan . xxi ; sic et in præsenti loco intellige, quod forsitan Lucas, quoniam majora quædam a Joanne annuntiabantur, quam ut de- berent litteris credi, voluerit ea nominatim dicere, sed tantum significaverit quod dicta sint : et idcirco dixis- se : « Multa quidem et alia exhortans annuntiabat po¬ pulo. » Miremur quidem Joannem ex his quæ sequun- tur, maxime qnod inter natos mulierum major Joanne Baptista nemo fuerit Matth, xi, et in tantam opinionem merito virtutis ascenderit, ut a plerisque Christus puta- retur ; sed aliud multo mirabilius. Herodes tetrarcba babebat regiam potestatem, et poterateum, cum voluis- set, occidere Marc , vi ; et cum.rçm ïecisset injustam, et contra légem Moysi, ut uxorem1 fratris sui acciperet, quæ babebat filiam de priori viro, non eum timuit non accepit personam, non cogitavit, ut dixi, vegiam potes- 188 SAINT JÉROME dit, de son pouvoir souverain, il ne craignit pas la mort; car il savait, sans avoir1 besoin pour cela d’être prophète, que s’il provoquait Hérode, celui-ci pourrait le faire mourir. Néanmoins sachant tout cela, avec cette indépendance du 1 prophète, il reprit Hérode, condamna son union incestueuse, et par suite de la franchise de son langage jeté en prison, dans les fers il ne s’in¬ quiète pas de la mort, de la sentence qui sera prononcée contre lui, mais il ne se préoccupe que du Christ qu’il avait annoncé. Et dans l’impuissance où il est d’aller le trouver, il lui envoie ses disciples, pour lui demander : « Êtes- vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? » Vous voyez que même en prison il a encore des disciples, et vous remarquez qu’il les y instruit, et pour quel motif il les y instruit lui-même. Pendant ces instructions, l’occasion étant venue de parler de Jésus, il envoie quelques-uns de ses disciples pour lui demander : « Êtes-vous Celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre? » Les disciples à leur retour racontent à leur maître ce que Jésus leur avait commandé de lui dire; et Jean armé par ces paroles pour le combat, meurt avec confiance, subik volontiers la décapitation; ayant reçu, lui qui est la voix, de la voix même du Seigneur l’assurance que celui en qui il croyait était vraiment le Fils de Dieu. Voilà ce' que nous avions a dire sur Jean, sur son indépendance, et tatem, non formidavit interitum ; sciebat enim, etiamsi propheta non esset, quod iacessitus eum posset occi- dere Hæc igitur universa cum nosset, libertate pro¬ phétisa covripiiit Herodem, et incestas nuptias arguit, et ob id clausus in carcere, non de morte sollicitus, non de incerto judicii, sed in vinculis de Christo, quem annuntiaverat, cogitabat, Et quia ipse ad eum ire non poterat ; mittit discipulos suos sciscitantes ; « Tu es qui venturus es, an alium exspectamus ? » Animad- vertis quod et in carcere docuerit, videns eum et in ilio loco discipulos habere, et quam ob cousam ibidem per se erudiebat. Inter quæ etiam cum de Jesu orta esset quæstio, mittit ex discipulis et interrogat.; « Tu e$ qui venturus es, an alium exspectamus? » Revertun- tur discipuli, et nuntiant magistro, quæ Salvator jusserat nuntiari ; cujus verbis Joannes armatus ad prælium, confidenter emoritur, et libenter capite trun- catur, ipsa vox Domini voce firraatus, verum esse Dei fdium quem credebat. Hæc de Joanne et libertate ejus, etHcrodis insania, qui super multa scelera etiam hoc addidit, ut Joannem primum carcere clauderet, et pos- sur la folie d’Hérode, qui à tous ses autres crimes, ajouta celui de- jeter d’abord Jean en prison, puis de le faire décapiter. Mais comme au moment où le Seigneur fut baptisé, « le ciel s’ouvrit, et le Saint-Esprit descendit sur lui, et une voix se fit entendre du ciel, disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis mon affection, » il faut dire qu’au baptême de Jésus le ciel s’est ouvert, et que le Saint- Esprit est descendu, en faveur et pour la rémission des péchés, non pas de celui qui n’avait pas commis le péché, et dans la bouche duquel le mensonge ne s’était jamais rencontré, » mais du monde entier, Ephes. iv; afin qu’après être remonté dans les deux, et avoir traîné après lui une grande multitude de captifs, il nous donnât à nous aussi, le Saint-Esprit qui était descendu sur lui; qu’il avait déjà donné à l’époque de la résurrection, en disant : « Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. » Joan. xx. Le Saint- Esprit est en effet descendu sur le Sauveur sous la forme d’une colombe, oiseau plein de douceur, d’innocence et de simplicité. De là le commande¬ ment qui nous est fait, d’imiter l’innocence des colombes. Tel est l’Esprit Saint, il est pur, il vole, il s’élève bien haut. Aussi disons-nous quand nous prions : « Qui me donnera les ailes de la colombe, et je me reposerai? » Ps. lv. C’est-à- tea decollaret. Quia vero Dominus baptizatus est, « et cœli aperti sunt, et Spiritus sanctus descendit su¬ per eum, voxque de coclis intonuit dicens ; Hic est Filius meus dilectus, in quo mihi complacui Matt-h. xvn; dicen- dum est in baptismo Jesu, cœluni esse reseratum, et ad dispensationem remissionemque peccatorum, non illius, « qui peccatum non fecerat, neque inventus est dolus ia ore ejus » Epkes. iv, sed totms mundi apertos esso cœlos; et Spiritum sanctum descendisse ; ut post- quam Dominus ascendisset in excelsum, et captivam duxisset captivitatem, tribueret nobis Spiritum, qui ad se venerat; quem quidem dederat, et resur- rectionis tempore dicens : « Accipite Spiritum sauctum. Si cui dimiseritis peccata, dimittentur eis ; si cui te- nueritis, tenebuntur; » Joan. xx. Descendit enim Spi¬ ritus sanctus super Salvatorem in specie columbæ avis inansuetæ, innocentis et simplicis. Unde et nobis præcipitur, ut imiteraur innocentiam colnmbar.um. Talis est Spiritus sanctus, mundus, et volucris, et sublime consurgens. Quamobrem orantes djcimus : « Quis dabit mihi pennab ut columhæ, et requiescam? » Ps . lv, id COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT LUC 189 dire, qui me. donnera les ailes de TEsprit-Saint? Et sur un autre endroit, la parole du prophète nous fait cette promesse : « Quand vous dormi¬ rez au milieu des deux héritages, vous devien¬ drez .comme la colombe dont les ailes sont argentées, et dont l’extrémité du dos a Féclàt de l’or. » Ps. lxvii. Si en effet, nous nous reposons entre les deux héritages de l’ancien et du nou¬ veau Testament, nous recevrons les ailes argen¬ tées de la colombe, c’est-à-dire, la parole de Dieu, et l’extrémité de ses plumes brillant de l'éclat et de la couleur de l’or; en sorte que nos facultés seront complétées par les facultés de l’Esprit-Saint, c’est-à-dire, que son avènement en nous perfectionnera et notre langage et notre intelligence, et que notre langue comme notre esprit n’agira que par son inspiration ; qu’ainsi notre sanctification, du côté des sentiments, comme du côté des paroles et des actions, sera entièrement l’œuvre du Saint-Esprit dans ]e Christ Jésus, auquel appartiennent la gloire et l’empire, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XX VIII. Sur la Généalogie du Sauveur, et sur la diver¬ gence qui existe entre saint Matthieu et saint Luc par rapport à ses ancêtres. Cap. ni. L’Écriture, qui ne nous a rien dit de la géné¬ ration éternelle de Notre-Soigneur et Sauveur, Sauveur d’une graAde multitude d’hommes, nous est, quis dabit mihi pennas Spiritus sancti? Et in alio ioco sermo propheticus pollicetur : « Si dormieritis inter medios cleros, pennæ columbæ deargentatæ, et posteriora dorsi ejus in virore auri. » Ps, lxviii. Si enim inter medios cleros veteris et novi Testamenti requieverimus, dabuntnr nobis pennæ columbæ deargen- tatæ, id est, sermones Dei, et posteriora ejus auri fui— gore et virore radiantia, ut sensus ncster Spirilus sancti sensibus compleatur, id est, sermo et mens illius compleatur adventu, et nec loquamur aliqnid, nec intelligamus, nisi qnod ille suggesserit ; sed omnis sanctilicatio, tam in corde, quam iu ,verbis, et in opéré, a sancto Spiritu veniat in Cbristo Jesu, cui est gloria et imperium in sæcula sæculorum. Amen. HOMILIA XXVIII. De Généalogie Salvatoris, eo quod in Matthæo et in Luca diversi ejus referantiu' auctores. Capt m. Dominas noster atque Salvator, qui multorupa fait ici le tableau des ancêtres dont il est issu. Lui, dont la divinité n’a pas de commencement, a voulu naître pour vous qui êtes lié dans la chair, et cependant, sa généalogie n’est pas racontée de la même manière par les Évangé¬ listes, ce qui. a surpris un certain nombre d’esprits. En effet, saint Matthieu commence à dresser sa généalogie à partir d’Abraham, et la poursuit jusqu’à ce qu’il arrive à dire : « Or la naissance du Christ Jésus arriva de cette sorte; » et il s'attache à dépeindre, non pas > Celui qui a été baptisé, mais celui qui est venu au monde. Saint Luc, au contraire, en. racontant sa nais¬ sance, ne commence pas sa généalogie par les ancêtres les plus éloignés pour finir par les plus rapprochés; mais il le prend à son baptême et de là remonte jusqu’à Dieu lui-même. De plus, nous ne rencontrons pas dans l’ordre généalogique descendant les memes personnages que dans l’ordre généalogique remontant. Celui des deux évangélistes en effet, qui le montre descendant du ciel pour nous, introduit dans sa table généalogique, des femmes, non pas des femmes en général, mais les pécheresses, celles- là en particulier que l’Écriture avait flétries; tandis que celui qui part du baptême de Jésus, ne fait mention d’aucune femme. Saint Matthieu, Cap. i, comme nous l'avons dit, nomme Thamar, laquelle eut, en employant la ruse, des rapports incestueux avec son beau-père ; Ruth la Moabite, Salvator, cujus generationem Scriptura non docuit, quæ melior fuit, mine secundum patrum ordinem natus esse describitur.^Et cum divinitas ejus non subjaceat exordio, propter te, qui ortus in carne es, nasci voluit, et tamen non æque ab Evangelistis nativitatis ejus ordo narratur : quæ res nonnullos plurimum conturbavit. Maltliæus enim ineipiens nativitatis illius seriem texere,.ab Abraham usque ad id pervenit ut diceret : « Ghristi autem Jesu generatio sic erat : » et describit non eum qui baptizatus est, sed qui venit in mundum. Lucas vero, exponens nativitatem ejus, non a super iori bus ad inferiora deducit; sed cum baptizatum ante dixisset, usque ad ipsum pervenit Deum. Nec eædem personæ sunt in generatione ejus, quando descendere dicitur, et quando conscendere. Qui enim fecit eum cœlis tibi descendentem, mulieres non quaslibet, sed peccatrices, et quas Scrip¬ tura reprehenderat, introduit; qui vero baptizatum narrat, nullius facit mulieris mentionem. In Matthæo enim, Gwp. i, ut diximus, nominatur Thamar, quæ cum socero fraude çoncübuit, et Ruth Moabitis nec de 190 s SAINT JEROME qui "n’était pas do la race d’Israël; Raaï», qui venait je ne sais d’où; et enfin la femme d’Urie qui souilla le lit conjugal. Or, comme Notre- Seigneur et Sauveur ne venait que pour charger des péchés des hommes, I Corintk. v, car Dieu a rendu péché pour nous, celui qui n’avait pas commis le péché; il n’est pas étonnant, que descendant sur la terre, il ait pris chair d’une lignée d’hommes pécheurs et vicieux, et qu’il ait voulu naître, de la race de Salomon, dont les péchés sont écrits, de la race de Roboam, dont les fautes sont rapportées, et de ces autres aïeux, dont 1 un grand nombre firent le mal devant Dieu. Tout au contraire, lorsqu’il sort des eaux du baptême, et qu’est dressée la seconde généalogie, ce n’est plus de Salomon qu’il descend, mais de Nathan qui vint reprocher au père de Salomon la mort d’Urie et la nais¬ sance de ce prince. Dans saint Matthieu, l’on rencontre sans cesse ce mot : engendrer; dans saint Luc au contraire, on ne le trouve nulle part. En effet il est écrit dans l’Évangile du premier : « Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Juda et ses frères, Juda engendra de Thamar Pharès et Z ara ; » et jusqu’à la fin, le mot « engendra » est employé. Dans saint Luc, après avoir reçu le baptême, Jésus est appelé fils : « Étant, comme l’on croyait, fils de Joseph; » et dans cette longue nomenclature de noms, si l’on en excepte genere Israël; et Raab, quæ unde sumpta sit, scire nequeo ; et conjux Uriæ, quæ vif lavit mariti torum. Quia enim Dominus noster atque Salvator ad hoc véné¬ rât, ut hominum peccata susciperet, I Cor. v, et eum qui non fecerat pecratum, pro nobis peccatumfecil Deus : propterea descendeus in mundum, assumpsit peceatorum hominum vitiosorumque personam, et nasci voluit de stirpe Salomonis, cujus peccata conscripta, et Roboam, cujus delicta feruntuv, et de cæteris, e quibus multi fecerunt malumin conspectu Dei. Quando vero de lavacro conscendit, et secundus ordo esse describitur, non per Salomonem, sed per Nathan nascitur, qui cjus arguit pati’em super Uriæ morte ortuque Salomonis. Sed in Matthæo sernper generationis nomen adjungitur; hic vero penitus siletur, Scriptum est enim ibi : « Abra¬ ham genuit Isaac, Isaac genuit Jacob, Jacob genuit Judam et fratres ejus, Judas genuit Phares et Zavain de Thamar, » et usque ad finem, « genuit, .» sernper appo- nitur. In Luca vero, ubi de lavacro conscendit Jésus, filius dicitur : « Sicut putabatur filius Joseph : » et in tam multa sérié nominum, excepto quod « putabatur cette phrase : « Étant, comme Von croyait fils de Joseph, » l’expression d’engendrer n’est pas employée une seule fois. Nous ne trouvons pas dans saint Matthieu : « Il commençait; » mais comme il venait d’être baptisé, nous lisons dans saint Luc que « il commençait, » s’il faut s’en rapporter au témoignage de l’Écriture : « Et Jésus commençait. » Il vient d’être baptisé, le mystère de sa seconde naissance est accompli, et cela pour que vous aussi vous renonciez à votre première naissance, et que vous na:ssiez de nouveau, alors on dit qu’il a commencé. Et de même que le peuple juif, au temps où il était en Égypte, n’avait pas de commencement des mois; et qu’il l’eut après sa sortie de l’Égypte, selon ce qui lui fut dit alors : « Ce mois sera pour vous le commencement des mois, ce sera le premier mois de l’année, » Exod . xn, de même, on ne dit pas de celui qui n’est pas encore baptisé, qu’il a commencé. Et n’allons pas croire que ce soit inutilement qu’à ces mots : « Jésus était » l’on ajoute ce qui suit :« en commen¬ çant, » Ce que l’Évangile dit encore : « D’envi¬ ron trente ans, » mérite aussi considération. Joseph était âgé d’environ trente ans, lorsqu’à- près être sorti de prison, et après avoir interprété le songe de Pharaon, il fut établi prince de l’Égypte, et fit amasser le blé dans les années d abondance, pour avoir de quoi distri¬ buer pendant les années do disette. Pour moi je filius Joseph, » generationis nomen ascriptum non est. In Matthæo non est scriptum, « incipiebat : » hic vero, quia de baptismale conscensurus erat, « incipiebat » legitur, Scriptura refer en te : « Et ipse erat Jésus incipiens. » Quando enim baptizatus est, et mysterhun secundæ generationis assumpsit, ut tu quoque priorem nativitatem destruas, et in secunda regeneratione nascaris, tnnc clicitur incepùse. Et quomodo populiis Judæorum, quando erat in /Egypto, non habebat initium mensiLun ; quando vero egressus ex Ægypto, tune \AÎ. nuncj dicitnr ad eum : « Mensis iste initium mensium primus erit vobis de mensibus anni : » Exod. xti, sic qui needura est baptizatus, nec cœpîsse narratur. Nec enim frustra additum putemus ad id quod dicitur : « Ipse erat Jésus, » quod sequitur, « incipiens.» Sed et quod ait : « Quasi annorum triginta, » consideran- dum. Joseph triginta annorum erat, quando dimissus e vinculis, et interpretatus soranium Pharaonis, Ægypti effoctus est princeps, ubertatîsqne tempore triticum. congregavit, ut fa mis tempore haberet quod distribueret. Ego puto quod triginta anni Joseph, in triginta COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE J)E SAINT LUC 191 suis d'avis que les trente années de Joseph ont été une figure des trente années du Sauveur. Ce. n’est pas en effet un froment pareil à celui que le premier Joseph rassemblait en Égypte, que le second Joseph a amassé, mais le froment véritable, céleste, afin de pouvoir distribuer ce froment rassemblé dans les années d’abondance, quand la famine se ferait sentir en Égypte, « non pas la faim du pain, ni la soif de l’eau, mais la faim - d’entendre la parole de Dieu. » Il retire des prophètes, de la loi, des apôtres, des paroles d’abondance, qu’il amasse, et au moyen desquelles, quand on aura cessé d’écrire des livres, quand il n’y aura plus à faire quelque nouveau testament, quand les apôtres ne pourront plus répandre ce que le Sauveur a déposé dans leurs greniers, c’est-à-dire, dans leurs âmes, et dans les âmes de tous les saints, il nourrira en les distribuant, l’Égypte menacée de la famine, et surtout les frères, dont il est écrit : « Je parlerai de votre nom à mes frères, et je chanterai vos louanges au milieu de l’Église. » Ps. xxi. D’autres hommes possèdent aussi les paroles de la patience, les paroles de la justice, et les paroles des autres vertus : c’est là le froment que Joseph distribua aux Égyptiens. Mais bien différent est le froment que Jésus tira de la terre de Jessem, de cette terre qui regarde l’Orient, froment évangélique, froment aposto¬ lique, et qu’il distribua à ses frères, c’est-à-dire, annorum præcesserint Salvatoris. Iste enim Joseph non taie triticum congregavit, quale in Ægypto ilJe Joseph, sed triticum verum, atque cœleste, ut tempore ubertatis tritico congregato haberet quod distribuerez cum famés esset missa in Ægyptum, « non famés panis, neque sitis aquæ, sed famés audiendi sermonem Dei. » Gongregat de prophetis, de lege, de apostolis, vorba abundantiæ : unde quando jam non scribuntur libri, nec novum ali— quod conficitur instrumentum, nec initthntur ab aposto¬ lis ea quæ ab Jesu in horrea apostolorum fuerant com- .portata, hoc est m animas eorum, omniumque sanctorum, distribuât et nutriat Ægyptum famé periclitautem, maximeque fratres, de quibus scribitur : « Narrabo nomen tuum fratrïbus ineis, in medio Ecclesiæ cantabo te. » Psal. xxi. Habent et alii homines verba patien- liæ, verbaque judicii et reliquarum vei'ba virtutum; hoc est triticum quod Joseph Ægyptiis distribuit. Sed aliud est frumentum quod fratribus, id est, discipulis suis distribuit de Jessem terra, de ea quæ ad orientem respicit, triticum evangelicum, triticum apostolicum. De hoc tritico debemus panes facere, ita tamen ut non à ses disciples. C’est avec ce froment que nous devons faire de? pains,, nous gardant bien toute¬ fois, d’y mêler le vieux levain, de manière à avoir un pain nouveau fait avec le froment des Écritures, pétri avec la farine moulue dans le Christ Jésus, auquel appartiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XXIX. Sur ces paroles ; « Jésus étant donc plein du Saint-Esprit, revint; » et sur sa première , tentation. Cap . iv. Quand vous lisez dans ‘ l’Évangile : « Jésus étant donc plein du Saint-Esprit, revint, » et quand vous trouvez dans les Actes des apôtres, qu’ils furent remplis du Saint-Esprit, Act. n, n’allez pas en conclure que les apôtres ont été mis sur un pied d’égalité avec le Sauveur; mais \ comprenez que Jésus, les apôtres, et n’importe lequel parmi les saints, n’ont été remplis du Saint-Esprit, chacun que selon la mesure de leur capacité ; et de même, par exemple, qu’en disant, ces vases sont remplis de vin ou d’huile, vous n’en tirez pas immédiatement cette consé¬ quence, qu’ils contiennent tous une égale quan¬ tité, (puisque l’un peut contenir un setier, l’autre une urne, un autre une amphore,) de même, Jésus et Paul furent tous deux remplis du Saint-Esprit; mais la capacité de Paul était bien commisceatur veteri fermento, habeamusque panem novum de Seripturarum tritico, farinamque commolitum in Christo Jesu, cui est gloria et imperium in sæcula sæculorum. Amen. HOM1LIA XXIX. De eo quod scriptum est : « Jésus autem plenus Spiritu sancto reversus est; » et de tentatione ejus prima. Cap. iv. Quando legis in Evangelio : « Jésus autem plenus Spiritu sancto, reversus est, » et in Actibus apostolorum ubi dicilur, quod repleti fuerint Spiritu sancto, Act. n, vide ne æquales putes esse apostjlos Salvatori ; sed et Jesum, apostolos, et alium quemlibet sanctorum plenos Spiritu sancto cognosce secundum mensuram vasouli sui ; et quomodo, verbi gratin, si volueris dreere, hæc vasa plena sunt vino vel oleo, non statim judicas quod æquali mensura plena sint (siquidem aliud sexta- num capere potest, aliud urnam, aliud amphoram),eodem modo et Jésus et Paulus pleni erant Spiritu sancto : sed 192 , SAINT JEROME moindre que celle de Jésus, et néanmoins, l’une et l’autre capacité furent remplies, chacune dans leur mesure. Ainsi après avoir reçu le baptême, Jésus plein du Saint-Esprit, lequel était descen¬ du ciel sur lui sous la forme d’une colombe, Jésus, dis-je, était conduit par l’Esprit, « car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, sont les enfants de Dieu.; » Rqtyi. vrn; mais lui était à proprement parler et bien plus que tous , les autres le Fils de Dieu ; par suite, il était nécessaire qu’il fût conduit par le Saint-Esprit, et en effet il est écrit : « Or il fut conduit par l’esprit dans le désert. » Matth. iv. Jésus fut tenté dans le désert pendant quarante jours; nous ignorons ^quelles furent ces tentations; elles n’ont sans doute été passées sous silence, que parce qu’elles étaient trop grandes et trop nombreuses pour pouvoir être écrites, car si l’on à pu dire, que le monde ne pourrait contenir tous les livres où l’on aurait écrit tout ce que Jésus a fait et enseigné, l’on peut dire également, que si l’Écriture rapportait toutes les tentations auxquelles Jésus fut pendant quarante jours en butte de la part du diable, le monde ne les pourrait supporter. Il nous suffît seulement de savoir qu’il passa quarante jours dans le désert, qu’il y fut tenté par le diable, et qu’il ne mangea quoique ce soit durant tout ce temps. Car il mortifiait le sens de la chair par un jeûne long et ininterrompu; mais lorsque ces jours se -multo vas Pauli minus erat vase Jesu, et tamen erat secundum mensuraru suain utrumque completum. Accepto itaque baptismo, Salvator plenus Spiritu sancto, qui super eum in specie columbæ de cœlis venerat, du- cebatur a spiritu. « Quia enim quotquot Spiritu Dei ducuntur, lu fVlii sent Dei; » Rom. vm, iste autem extra oinnes proprie filiùs Dei erat, ideo et ipsum oportebat Spiritu saqcto duci. Siquidem scriptum est : « Ducebatur autem in desertum a spiritu. » Matth. iv. Quadraginta diebus tentatur Jésus, et quæ fuerint tent^unenta nescimus ; quæ ideo forsitan prætermissa sunt, quia majora erant quam ut litteris crederentur. rEtsi sic oportet dicere, sicut mundus capere non poterat omnes libros, si scripta fuissent quæ fecit et docuit Jésus : sic quadraginta dierum tentationesquibus tentatus est Ùominus a diabolo, mundus ferre non poterat, si Scriptura docuisset. Sufficit nobis hoc tantum scire, quod quadraginta diebus in deserto fuerit, et tentabatur a diabolo, et non comederit qnicquam in diebus 'illis. Mortificabat enim sensum carnis jugi continuoque furent écoulés; il eut faim. « Alors le diable lui dit : Si vous êtes le Fils de Dieu, commandez à cette pierre, qu’elle devienne du pain. » « Commandez, » dit-il, « à cette pierre., » A quelle pierre? Le diable désignait sans doute celle qu’il voulait voir changée en pain. Quelle est donc cette tentation, qui offre ceci d’étrange que le Père à qui son Fils demande du pain et non une pierre, ce que ne voulait pas l’ennemi lui-même, cet ennemi plein de ruse et de dissi¬ mulation, lui donne une pierre au lieu de pain? Ce que le diable voulait en effet, c’est que la pierre devint du pain. Ou ne voulait-il pas plutôt, que le Christ changeât, non pas la pierre en pain, mais l’homme en la pierre qu’il dési¬ gnait au lieu de pain? Pour moi je pense que le diable continue toujours de montrer la pierre et de nous pousser tous à dire : « Commandez que cette pierre devienne du pain. » Toutes les tentations que devaient éprouver les hommes, le Christ par suite de son incarnation, les a éprouvées le premier. Or s’il consent à être tenté, c’est pour que, lui triomphant de la tenta¬ tion, nous en triomphions également. Ce que je dis pourrait paraître obscur, si je ne lo rendais : clair par un exemple. Quand vous voyez dos hérétiques avaler en guise de pain, le mensonge de leurs enseignements, sachez que leur langage est cette pierre que montre le diable. Et ne croyez pas qu’il n’a qu’une seule pierre; il en a jejunio ; et cura corapleti fuissent dies esuriit. « Dixit autem ei diabolus : Si Filius Dei es, die lapidi hnic ut panis fiat. Die, ». inquit, « lapidi huic. » Cui lapidi? utL que monstrabat diabolus quem vult panem heri. Quæ- nairt est ista tentatio, ut rogato Pâtre a Filio panem, nec lapklem, qu cl ne ipse quidem adversarius voluit, versipellis fallax,det lapidera propane? hoc est enim quod diabolus voluit, ut lapis panis fieret : et non potius, ut non in panera lapidera, sed horainerainlapidem verteret, quem diabolus pro pane monstraverat? Ego puto quod usque hodie lapidem diabolus ostendat et liortetur singu- los ad loquendum : « Die ut lapis iste panis fiat. » Omni tentatione qua tentandi erant horaines, priraus secundum assumptionem carnis tentatus est Dominus., Tentatur autem ob id, ut nos quoque, illo .vincente, vincamus. Obscurum ht forte quod dico, nisi manifestais exempfo fiat. Si videris hæreticos dogmatum suorum mendacium pro pane comedere, scito lapidem eoriun esse seriponem, quem monstrat diabolus. Neque vero existâmes unum eum habere lapidem; habet plures COMMENTAIRES SUR L EVANGILE DE SAINT LUC 193 au contraire, un grand nombre, à propos desquelles saint Matthieu lui fait dire : « Com¬ mandez que ces pierres deviennent des pains. » Marcion a parlé, et la pierre du démon est deve¬ nue pour lui du pain. Valentin a parlé, et une autre pierre s’est . changée pour lui en pain. Basilide en a eu de même nature, et les autres hérétiques également. Aussi, devons-nous prendre bien garde de manger la pierre' du diable, tout en croyant nous nourrir du pain de Dieu. Autrement, quelle tentation y aurait-il eu à ce que la pierre devînt du pain et fût mangée par le Sauveur? Or supposons, que sur la pro¬ position du diable, le Seigneur ait changé la pierre en pain, et qu’il ait mangé ce pain confectionné par sa propre puissance, et qu’il ait ainsi rassasié sa faim, où serait la tentation, où serait la victoire du démon, si cet acte était pris dans le sens littéral? Mais si on l’entend dans le sens que nous ayons dit, il est clair pour tout esprit qui réfléchit, que la tentation consis¬ tait à faire ce que demandait le démon, et la victoire, à refuser de le faire. Ceci nous montre en même temps que ce pain tiré de la pierre, n’est p^s la parole de Dieu qui nourrit l’homme, et dont il est dit : « L’homme ne vit pas seule¬ ment de pain, mais il vivra de toute parole qui sortira de la bouche de Dieu. » Je vous répondrai donc, esprit fourbe et pervers, qui ne craignez pas de me tenter : il est un autre pain, la lapides, de quibus a Matthæo introducitur loquens : « pic ut lapides isti panes fiant. » Dixit et Marcion, et lapis diaboli ei factus est panis. Dixit Valentinus, et àlius lapis ei est versus in panem. Habuit et Basilides ejusmodi, et cæteri hæretici. Unde sollicite providendum, ne forte diaboli lapidem comedentes, putemus pane vesci Dei. Alioquin quæ erat tentatio de lapide panem fieri, et a Salvatore comedi? Fingàmus enim quod, diabolo proponente, Dominus lapidem in panem verterit [Al, vertitj et id quod virtute sua ipse fecerat comede- rit, et satiarit esuriem : quænam esset ista tentatio, quæ Victoria diaboli, si hæc simpliciter scriberentur? Quæ ut diximus ratione perspecla , et tentationem qstendunt fuisse si fieri nt, et victoriam, quod contempta sunt fieri. Simulque monstratur istum panem qui de lapide . fiat, non esse verbum Dei, quodpascit hominem, de quo scriptum est : « Non in pane solo vivit homo, sed in Omni verbo quod egredietur per os Dei, vivet homo. » Respondebo tibi, o versipellis et nequam, qui me tentare non metuis : alius est panis, sermo Dei qui vivificat hominem. Simulque videamus quod hæc lo- Tom. x. parole de Dieu, qui vivifie l’homme. Considérons en même temps que ce n’est pas le Fils de Dieu, mais l’homme dont le Fils de Dieu a daigné se revêtir, qui tient ce langage; car c’est en qualité d’homme qu’il répond et dit : « Il est écrit, l’homme ne vit pas seulement de pain, » Matth, iv; preuve que ce n’est pas le Dieu, mais l’homme qui a été tenté. En cherchant soi¬ gneusement à pénétrer le sens de l’Écriture, je crois avoir trouvé la raison pour laquelle saint Jean n’a pas raconté la tentation , du Seigneur, pour laquelle saint Matthieu, saint Marc, et saint Luc en ont seuls parlé. En effet, saint Jean qui en parlant du Christ, débutait par le Dieu, en disant : « Au"* commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu, » Joan, i, et ne pouvait dres¬ ser la généalogie divine, mais se contentait d’affirmer qu’il était de Dieu et avec Dieu, ajoute : « Et le Verbe s’est fait chair. » Or Dieu, dont il parlait, ne pouvant être tenté, il ne le montre pas tenté par le diable. Au contraire, dans l’Évangile de saint Matthieu, dans saint Luc, c’est l’homme que vise la généalogie de Jésus-Christ, dans saint Marc également, c’est l’homme qui est tenté, voilà pourquoi tous trois lui attribuent la même réponse : « L’homme, ne vit pas seulement de pain. » Si donc le Fils de Dieu, Dieu lui-même, s’est fait homme' pour vous, et a voulu être tenté, vous ne devez pas, quatur non Filius Dei, sed homo, quem Filius Dei dignatus est assumere, quasi de homine enim res- pondet, et dicit : « Scriptum est, non in pane solo vivit homo, Matth. iv, ex quo manifestum, non Deum, sed hominem fuisse tentatum. Scripturæ sensum di¬ ligenter eventilans, reor invenire me causam, quare Joannes tentationem Domini non descripserit ; sed tantum Mattliæus, Lucas, et Marcus. Joannes enim qui a Deo exordium fecerat dicens^: « In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum : » Joan. i, nec poterat divin æ generationis ordinem texere, sed tantummodo quod ex Deo et cum Deo esset expresserat, adjecit : « Et Verbum caro factum est. » Porro quia Deus tentari, non potest, de quo ei erat sermo ; ideo tentari ilium a diabolo non introducit. Quia vero liber generationis Jesu CUiristi de eo in Matthæi Evangelio narratur, et in Luca ge- neratio ejus describitur, et in Marco homo est qui tentatur, propterea ejus fertur simile responsum : « non in pane solo vivit homo. » Si igitur Filius Dei Deus pro te homo factus est, et tentatur, qui natura homo 194 SAINT JEROME vous qui êtes homme de votre nature, vous étonner d’être aussi tenté. Mais lorsque vous serez tenté, et qu’à l’exemple de celui qui a été tenté pour vous, vous aurez surmonté toutes les tentations, vous aurez l’espérance d’être avec Celui qui était homme alors, mais qui aujourd’hui a cessé de l’être. Car, si Celui qui fut homme jadis, après qu’il eût été tenté, après que le démon se fut éloigné de lui jusqu’au moment de sa mort, ressuscité d’entre les morts, ne mourra plus désormais; comme tout homme est sujet à la mort, il s’ensuit que ne pouvant plus mourir, il n’est plus homme, mais qu’il est Dieu, Or, si celui-là est Dieu maintenant qui était homme jadis, et s’il faut que vous deveniez semblable à lui, « quand nous serons semblables à lui, et que nous le verrons comme il est, » il est en conséquence nécessaire que vous aussi vous deveniez Dieu, dans le Christ Jésus, auquel appartiennent la gloire et l’empire dans les iècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XXX. Seconde tentation du Sauveur. Cap. iv. Le désir de régner est commun aussi bien au es, non debes indignari si forte tentavis, quod si tentatus, ilium imitatus fueris qui pro te tentatus est, et omne viceris tentamentum, habebis spem cum eo qui tune homo fuit, nunc autem (1) homo esse cessavit. Nam si qui quondam homo erat, postquam tentatus est, et recessit ab eo diabolus usque ad tem- pus mortis, a mortuis resurgens ultra non morietur : ornais autem homo morti subjacet; iste ergo qui ne- quaquam moritur, jam non est homo, sed Deus est. Si autem Deus est qui quondam homo fuit, et opor- tet te illi similem fîeri, « Quaudo similes ejus fuerimus, et viderimus eum sicuti est, » te quoque necesse erit Deum fieri, in Christo Jesu. Cui est gloria et imperium in sæcula sæculorum. Amen. HOMILIA XXX. Tentatio Salvotoris secunda. Gap. iv. Tara Filio Dei, quam Antichristo regnandi studiura Fils de Dieu qu à l’Antéchrist, jftais l’ Antéchrist ne désire régner que pour perdre ceux qu’il aura soumis à son joug; le Christ, au contraire que pour les sauver. Et si nous sommes heureux, nous sommes chacun sous le règne du Christ, de la parole, de la sagesse, de la justice, de la vérité. Mais si nous sommes les amis de 4 volupté, plus que les amis de Dieu, nous sommes sous le règne du péché, dont parle l’Apôtre : « Que le péché ne règne pas sur votre corps mortel. » Rom. vi. Ainsi deux, rois s’efforcent à l’envi de régner : le diable, roi du péché, sur les pécheurs; le Christ, roi de la justice, sur les justes. Or le diable, sachant que le Christ était venu dans le but de lui enlever son royaume, et de soumettre à son propre joug ceux qu’il tenait sous sa domination, lui montre tous les royaumes du monde, et des hommes de ce temps; il lui fait voir comment les uns sont esclaves de la . fornication, les autres de l’avarice, comment ceux-ci sont entraînés par le désir de plaire à l’opinion, comment ceux-là sont captivés par les séduc¬ tions de la beauté. Il ne faut pas s’imaginer en effet, qu’en lui montrant les royaumes du est. Sed et Antichristus regnare clesiderat, ut occidat quos sibi subjecerit; Christus ad hoc régnât ut salvet. Et unusquisque nostrum, si felix est, regnatur a Chri¬ sto, sermone, sapientia, justitia, veritate. Si autem amatores voluptatis sumus magis quara amatores Dei, regnamur a peccato, de quo Apostolus loquitur : « Non ergo regnet peccatum in vestro raortali corporo » Rom. vi. Duo igitur reges certatim regnare festinant : peccati rex peccatoribus diabolus, justitise rex justis Christus. Sciensque diabolus ad hoc venisse Chri¬ stian, ut vegnum illius tolleret, et hi qui su b eo erant inciperent esse sub Christo, ostendit ei omnia régna raundi, et hominum hujus sseculi quomodo alii regnentuv a formeatione, alii ah avaritia, illi populari rapiantur cura [Al. aura], hi formæ capian- tur illecebris. Neque vero arbitrandum est, quod régna ei raundi ostendens, Persarura, verbi gratia, regnura Indoruraque monstraverit; sed ostendat ei ({) Id quidem objectum Origcni est, teste Pamphilo in Apologïa, quod putarif, Salvatorem non in Carne s edere ad dextram Palris, sei exspoliasse carnem, et posuisse in sole : adduetnm nempcci illo decimi octavi psalmi vcrsiculo, In sole posait tabernaculum saum. Ac fuisse olim dioitur fere similc Marcelli Ancyranni déljramenlum, scilicet rejectum iri carnem a Christo post resurreciioncm, futururaque adeout homo et rex esse desinat. Verum alia hio est Origenïs ratiocinotio } quod enim ait, hominem esse Chris tum desiisse, révéra non bomincm, sed morlalem permanere negat, ot non carnom a Salvatorc exutam ; sed, quæ eemel est bumnnitatis conditio, mortem signifient superntam. Iloque colligït: Qui nequaquam moritur, jam non est homo, sed Deus. Sed morti amplius non est Christus obnosius ; Christus igitur homo esse desivit, Ejus tota est quœstio nominis, quod neutiquam sub hominis appellation© oenseri eum velit, qui morti non subjacet : et cum heno de ro ips« sentiat, sola fortnssis culpanda sit affectata suhtilitaB. Ed. Mig COMMENTAIRES SUR L EVANGILE DE SAINT L[JC 195 monde, il lui fait Voir, par exemple, le royaume des Perses, ou des Indes; mais il lui montra tous les royaumes du monde, c’ost-à-dire, son propre royaume, comment il régnait' sur le monde, afin que le Christ cédant à ses sollicita¬ tions, et faisant ce qu’il voulait, tombât lui aussi sous sa domination. Voulez-vous, lui dit-il, régner sur ces hommes? Et ce disant, il lui montrait d’innombrables multitudes d’hommes qui étaient soumis à son empire. Et certes, si nous voulons confesser en toute simplicité notre misère et notre malheur, le diable est le roi presque du monde entier, aussi le Sauveur rappelle-t-il le prince de ce monde. Or ce qu’il dit : Vous voyez ces hommes qui sont sous ma domination, il le lui montre en un instant, c’est- à-dire, dans le cours actuel des temps, lequel n’est qu’un instant, en comparaison de l’éter¬ nité. Car le Sauveur n’eut pas besoin qu’on lui montrât les dignités et les affaires de ce monde; aussitôt qu’il eut dirigé ses regards de ce côté, il vit, et les péchés qui dominaient, et ceux qui étaient dominés par les vices, et le prince du monde, le diable lui-même survenant, et pour sa propre perte, se réjouissant" d’avoir tant d’hommes sous sa domination. Le diable disait donc au Seigneur : Êtes-vous venu pour me combattre, et pour arracher à mon ompire ceux que j’y tiens enchaînés aujourd’hui? Je ne veux- pas que vous luttiez, je ne veux pas que vous oinnia. régna mundi, id est, regnum simm quomodo regnaret in mundo, ut cohortans eum facere quod volebat, inciperet etiam Gbristum habere subjectum. Vis, inquit, in hominibus bis regnare? Ostendit in- numerabiles hominum multitudines, quæ suo tene- bantur imperio. Et révéra si miserinm et infelicitatem nostram simpliciter volumus connteri, pene totius mun- di rex diabolus est ; unde et pr inceps ist^us sæculi a Salva- , tore vocatur. Quod ergo dicit ; Vides h os hommes qui sub meo regno sunt, ostendit in puncto temporis, hoc est, in præsenti temporum cursii, qui ad comparationem æternitatis puncti instar obtinet.Neque eniin necessarium habuit Salvator, ut ci dignitates sæculi istius et negotia înonstraventur ; statim ut aciem luminum suonun ad contemplandum vertit, et peccata regnantia, et eos qui regnaventur a vitiis conspexit, et ipsum pvin- cipeim sæculi diabolum supervenientem, atque gau- dentem in propriam perniciem, quia tantos sub suo habebat imperio. Dicit ergo ad Dominum diabolus : Ideo venisti, ut adversus me dimices, et tollas de imperia meo quos nunc subjectos habeo? Nolo con- dépensiez vos forces, de pour que vous n’éprou¬ viez dans la lutte quelque mésaventure. Je. ne vous demande qu’une seule chose; prosternez- vous, adorez-moi, et tout ce royaume qui m’appartient, est à vous. Mais si Notre-Seigneur et Sauveur veut régner, s’il veut que toutes les nations lui soient soumises, pour leur faire pratiquer la justice, la vérité et toutes les autres vertus, il veut régner en vertu de la justice en quelque sorte, par droit de conquête, et sans rien faire qui soit (déshonorant; il ne veut pas d’une couronne qui ne lui aurait coûté d’autre peine que celle de s’être soumis au diable, il ne veut pas régner sur les autres, à la condition que le diable règne sur lui. Aussi Jésus lui répond-il : « Il est écrit : Vous adorerez le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirez que lui seul. » Matth. iv. Si je veux, dit-il, que tous me soient soumis, c’est pour qu’ils adorent le Seigneur Dieu, ot ne servent que lui seul. C’est dans ce but que je désire régner. Vous, au contraire, vous voudriez que je me charge des péchés, quo je suis venu effa¬ cer, et dont je désire délivrer les autres. Sachez donc et soyez bien convaincu, que je persévère dans le dessein que j’ai fait connaître, qui est : que le Seigneur Dieu soit seul adoré, qui est également de faire rentrer en mon pouvoir, et de soumettre à mon empire tous ces peuples. Faisons-nous une joie d’être, nous aussi, soumis tendas, nolo nitaris, ne liabeas ullam in certando moles tiam. Urnim est quod precor : procidens adora me, et aecipe l'egnum omne quod teneo. Verurn Do- minus nos ter atque Salvator vult quidem regnare, et omnes gentes subjeetas esse ut serviant justitiæ, veritati, cæterisque virtutibus; sed vult regnare quasi justitia, ut absque labore regnet, ut nihiï facial in- décorum, et non viüt absque labore subjectus dia¬ bolo coronari, nec sic regnare cæteris, ut ipse re- gnetur a diabolo. Unde loquitur ad eum Jésus : « Scri- ptum est, Dominum Deum tuum adorabis, et ipsi soli servies » Matth. iv. Hos, inquit, omnes propterea volo mihi esse subjectos, ut Dominum Deum adorent, et ipsi soli serviant. Hæc est cupido jregni mei. Tu autem a mo vis accipere peccata quæ dissoluturus veni, quæ etiam a cæteris auferre desidero. Scito atque cognosce me in hoc manere quod dixi, ut ado- retur Dominus De us solus, et lios omnes sub meam faciam potestatem, meoque regno subjiciam; cui gaudeamns nos quoque esse subjectos, et deprecemur Dominum, ut regnans peccatum in cor pore nostro Wo SAINT à cet empire, et demandons au Seigneur qu’en régnant sur nous, il fasse mourir en notre corps le péché, et que seul domine sur nous le Christ Jésus, auquel appartiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il, HOMÉLIE XXXI. Sur la troisième tentation du Sauveur. Cap. iv. Examinez avec soin les Écritures, et vous trouverez dans les passages qui vous paraissent les plus simples, des mystères importants. Réfléchissons sur le commencement de la partie de l’Évangile que nous avons entendu lire aujourd’hui, et ce qui était caché, va paraître au grand jour. « Le diable amena Jésus à Jérusa¬ lem. » Il est incroyable, n’est-il pas vrai, que le diable mène le Fils de Dieu, et que celui-ci le suive. Il le suivait pourtant sans résistance, comme un athlète qui va de lui-même au com¬ bat. Il ne redoutait pas le tentateur, il ne crai¬ gnait nullement les embûches du plus rusé des ennomis, et il semblait en quelque sorte lui dire : Conduisez-moi où vous voudrez, tentez- moi comme il vous plaira. Je me livre volontai¬ rement pour être tenté, je repousse vos sugges¬ tions. Je m’offre à subir toutes les épreuves par lesquelles Vous me ferez passer, vous me trou¬ verez plus fort que toutes. « Il l’amena donc à Jérusalem, le mit sur le pinacle du temple, et mortificet, et regnet nobis solus Christus Jésus, cui , est gloria et imperium in sæcula sæculorum. Amen. HOMIL1À XXXI. De tertia tentatione Salvatoris. Cap. iv. Scrutamiui Scripturas, ut et in his quæ putantur esse simplicia, reperiatis non minima sacramenta. Scruteraur principium Evangelicæ lectionis, quol- quot hodie audivimus, et id quod latebat, procedit in medium. « Adduxit autem diabolus Jesum in Jérusa¬ lem. » Hoc incredibile est, ut diabolus duceret Filium Dei, et ille sequeretur. Sequebatur plane quasi athleta ad contentionem, sponte proficiscens. Non for- midabat tentantem, neque insidias callidissimi perti- mescebat inimici, et quodammodo loquebatur : Duc quo vis, tenta ut placet. Ad tentandum sponte me tribuo, sustineo . quæ snggesseris. Præbeo me in qui- buscumque tentaveris, invenies me in omnibus for- tiorem. « Adduxit ergo eum in Jérusalem, et posuit super pinnam templi, et dixit : Si Filius Dei es, mitte JÉROME lui dit : Si vous êtes le Fils de Dîeu, jetez- vous en bas. » L’ayant amené sur le faîte, à l’endroit le plus élevé clu temple, il l’engage à se jeter en bas. Mais comme sa proposition n’était autre chose qu’une ruse, et que son but était d’inspi¬ rer au Sauveur un sentiment de vaine gloire, celui-ci lui répondit : « Il est écrit : Vous ne tenterez point le Seigneur votre Dieu. » Consi¬ dérez eü même temps la manière dont le diable s’y prend pour le tenter. Il n’ose le faire, qu’en empruntant les paroles des livres saints et des psaumes; il dit : « Si vous êtes le Fils de Dieu, jetez-vous en bas; car il est écrit : qu’il a ordonné à ses anges d’avoir soin de vous, et qu’ils vous soutiendront de leurs mains, de peur que vous ne heurtiez le pied contre quelque pierre. » D’où savez- vous donc, ô diable, que cela est écrit? Est-ce que vous, avez lu les pro^ pbètes, est-ce que vous connaissez les divines écritures? Vous vous taisez, oh bien! je vais répondre pour vous. Oui, vous avez lu les livres saints, non pas dans l’intention de vous rendre meilleur par leur lecture, mais pour faire périr, en abusant de leur simplicité, ceux qui sont amis de la lettre. Vous savez parfaitement, qu’en citant au Christ des maximes empruntées à des livres autres qu’aux livres saints, vous ne le tromperez pas, et que vos affirmations n’au¬ ront aucune autorité. Marcion a lu les Écritures comme le diable, ainsi que Basilide et Valentin, te deorsum. » Adduxit eum in culmen ad summitatem templi, et hortatur ut se inde præcipitet. Quod eum ille fraudulenter proponeret, et sub ostentatione glo- riæ niteretur, dicebat Salvator : « Scriptum est : Non tentabis Dominum Deum tuum. » Simulque consi¬ déra quomodo tentet diabolus. Non aliunde tentare audet nisi de divinis libris et de psahnis sumens testimonium, ait : « Si Filius Dei es, mitte te deorsum, scriptum est enim : Quia arigelis suis mandavit de te, et in manibus tollent te, ne forte offendas ad lapidem pedem tuum. » Unde tibi, diabole, hoc scire quod ista scripta sunt? Numquid legisti prophetas, vel divina eloquia cognovisti? Licet tu taceas, ego pro te re-** spondebo; Legisti non ut ipse ex lectione sanctorum melior fieres, sed ut simplicitate eos qui amici sunt litte- ræ, interficias, Sois quia si de aliis ei voluminibus loqui volueris, non decipies neque habere poterunt auctorita- tem assertiones tuæ. Sic legit scripturas Marcion ut dia¬ bolus, sic Basilides, sic Valentinus, ut cum diabolo dice- rent Salvatori : « Scriptum est quia Angelis suis man¬ davit de te, et in manibus tollent te, ne forte offendas ad 197 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC de manière à 'dire avec le diable au Sauveur : « Il est écrit qu’il a ordonné à ses anges de prendre soin de vous, et qu’ils vous soutien¬ dront de leurs mains, de peur que vous ne vous heurtiez le pied contre quelque pierre. » Maïth. iv. Lors donc que vous entendrez citer quelque passage des Écritures, gardez-vous de croire sur-le-champ celui qui le cite; mais considérez auparavant quel il est, quelles sont ses opinions, quel est son but; voyez s’il ne simule pas la sainteté qu’il n’a pas; si, infecté du venin de l’hérésie, il n’est pas un loup caché sous une peau de bre¬ bis; si ce n’est pas le diable qui cite par sa bouche les Écritures. Or de môme que le diable cite les Écritures quand l’occasion s’en présente, de même, mais au contraire pour l’avantage de ceux qui l’écoutent, saint Paul ne se borne pas à emprunter des textes aux Écritures, il en tire encore des auteurs profanes, et il dit : « Les Grétois sont toujours menteurs, ce sont de méchantes bêtes, qui n’aiment qu’à manger et à ne rien faire. » Tit. i, 12. D’un autre auteur : « Nous sommes même la race de Dieu. » Act. xvii, 28. Celle-ci est d’un écrivain comique : Les mauvais entretiens corrompent les bonnes moeurs. » I Corinth . xv. Mais ni le diable ne me pourra tromper, quand même il parlerait le lan¬ gage des Écritures, ni saint Paul ne m’éloignera de sa doctrine, quand même il puiserait quelque lapicîem pedem tuum » Matth. iv. Si quanclo testimo- nium de Scriptura audieris, vide ne statim loquenti ac¬ quiesças, sed considéra ilium cujus sifc, ac cujus sen- tentiæ, cujus sit voluntatis, ne forte simulet san- ctum se esse quomodo non est, et venenis infectus hæreseos, sub ovis pelle lupus latitet, ne forte lo- quatur in eo diabolus de Scripturis. Quomodo autem tliabolus per occasionem temporum de Scripturis loquitur : sic econtrario Paulus pro utilitate eorum qui audiunt, non solum de Scripturis, sed etiam de sæcularibus libris assumit testimonium, et ait : « Gre- tenses semper mendaces, malæ bestiæ, ventres pigri Tit . i, 12. Et rursum de alio : « Ipsius enim et ge- nus sumus » Act xvii. 28. Necnon et de Gomico : « Corrumpunt mores bonos colloquia mala » I Cor. xv. Sed neque diabolus si de Scripturis locutus fuerit, poterit me bac occasioue decipere; neque Paulus, si de g’enlilibus litteris aliquod exemplum sumpserit, quoquo modo me eloquio deterrebit. Ideo enim as- sumpsit Paulus verba etiam de his quæ foris sunt, maxime dans les livres païens; car saint Paul n’a emprunté ces maximes aux auteurs étran¬ gers à la foi, que pour les sanctifier. Voyons donc ce texte que le diable emprunte aux Écri¬ tures pour parler au Seigneur : « Car il est écrit : il a ordonné à ses anges de prendre soin de vous, et ils vous soutiendront de leurs mains, de peur que vous ne vous heurtiez le pied contre quelque pierre. » Voyez quelle fourberie il apporte même dans ses citations. Il cherche à diminuer la gloire ‘du Sauveur; comme s’il avait besoin de l’aide des anges, comme s’il devait se heurter le pied, alors qu’ils ne le sou¬ tiendraient point de leurs mains. Il prend un texte, et l’applique au Christ, bien que ce texte vise, non pas le Christ, mais les saints en géné- ’ ral. Or j’affirme de grand cœur et en toute assu¬ rance, contrairement au diable, que ce texte ne se peut entendre de la personne du Christ. Car il n’a pas besoin de l’aide des anges, Celui « qui est plus grand que les anges, et a reçu un nom et un héritage plus excellents que les leurs. Car Dieu n’a dit à aucun ange ; Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd’hui. » H ebr. i. Il ne parle à aucun d’eux comme à un fils : « Il fait ses auges esprits, et ses ministres flammes ardentes, » Ps. n ; mais il parle au Christ, comme à son propre et véritable Fils, lui rendant par les prophètes d’innombrables témoignages. Le Fils de Dieu, dis-je. n’a que faire du secours ut santificet ea. Videamus ergo quod do Scripturis diabolus loquatur ad Dominum. « Scriptum est enim : Angelis suis mandavit ad te, et in manibus tollent te, ne forte olïendas ad lapicîem pedem tuum. » Vide quo¬ modo et iu ipsis testimouiis versipellis est. Vult enim imniinuere gloriam Salvatoris : quasi angelo- rum indigeat auxilio, offensurus pedem nisi eorum mauibus sublevetur. Assumit testimonium, et inter- pretatur illud de Ghristo, quod non de Christo, sed de sanctis generaliter scriptum est. Libéré quippe et tota confideutia contradico diabolo, super Cliristi persona hoc non posse intelligi. Neque enim indiget angelorum auxilio, « qui major angelis, et melius ipsis hæreditatem consecutus et nom en. Nulli angelorum umquam dixit Deus : Filius meus es tu, ego hodie genui te » JFIebr, i. Ad nullum eorum quasi ad filium locutus : « Qui facit angelos suos spiritus, et ministfos suos ignem urentem Psal. u; sed ad Filium proprie su uni, de quo in mimer ab ilia loquitur in prophetis. Non indiget, inquam, angelorum auxilio Filius Dei* 198 SAINT JÉROME des anges. Loin de là! apprenez, ô diable, que si Jésus ne les aidait, les anges se heurteraient le pied. Et s’il arrive que quelqu’un de ces anges, à propos desquels nous lisions naguère, que nous jugerons les anges, se heurte le pied, c’est qu’il n’a pas étendu la main vers Jésus, qui l’aurait pris et l’aurait ainsi empêché de se heu- ter. C’est en effet, parce que confiant en vos propres forces, vous n’avez pas invoqué l’aide de Jésus, et que vous n’avez pas voulu croire en Jésus-Christ Fils de Dieu, que vous vous heurtez. Pour vous convaincre que vous avez mal interprété ce passage et que ce n’est pas au Christ, mais aux saints qu’il faut appliquer les paroles qui le suivent, écoutez; Dieu délivre de la ruine et du démon du midi, non le Christ, mais les saints. Lisez le psaume quatre-vingt- dix, qui commence ainsi : « Celui qui demeure sous l’assistance du Très-Haut, se reposera sous la protection du Dieu du ciel, » et vous trouverez que ces paroles conviennent plus à l’homme juste qu’au Fils de Dieu, en appli¬ quant également celles-ci à la personne du juste : « mille tomberont à votre gauche, et dix mille à votre droite; mais la mort n’approchera point de vous; et même vous contemplerez, et vous verrez de vos yeux le châtiment des pécheurs, et le reste. » Mais pendant que le diable apporte ainsi malicieusement des textes, qu’il prétend s’appli¬ quer au Christ, il passe sous silence et n’a garde Quiu potius disce, diabole, quod nisi Jésus adjuverit angelos, offendent pedem suum. Et si quis angelo- rum visas est offendere, de quibus dudum lectum est, quia angelos judicabimus ; ideo offendit, quia nou extendit mannm suam ad Jesum, ut apprehensus ab eo non oftenderet. Quoniam enim in propria vir- tute confidens, non invocas præsidium Jesu olïen- dis, et credere in Jesum Christum Filium Dei nolni- sti. Ut autem scias quod male interpretatus es, et non de Christo sed de sanctis intelligi quæ sequan- tur ausculta. À ruina et dæmonio meridiano non Jesum Cbnstum libérât Deus, sed sanctos. Lege nonagesimum psalmum, cujus principium : « Qui ha¬ bitat in adjutorio Altissimi, in protectione Dei cœli cmiimorabitur, » et invenies hæc magis justo viro, quam Dei Filio convenire : « Cadent a latere tuo mille, et decem millia a dextris tuis; ad te autein non appro- pinquabit, verumtamen oculis tuis videbis et retribu- tionem aspicies peccatorum, et reliqua, super perso- nam just.i interpretans. Sed et sic quoque . pei'verse afferens diabolus testimonia, ut assereret super Saval- cle produire les versets qui sont écrits directe ment contre lui. En effet, après avoir dit : « IL a ordonné à ses anges de prendre soin dé vous, et ils vous soutiendront de leurs mains, de peur que vous ne vous heurtiez le pied contre quel¬ que pierre, » il tait ce qui suit : « Vous mar¬ cherez sur l’aspic et le basilic, et vous foulerez aux pieds le lion et le dragon. » Pourquoi donc le passez-vous sous silence, ô diable, sinon parce que vous êtes le basilic, parce que vous êtes le roi des serpents, ayant des venins plus dangereux que tous les autres? Vous n’avez' pas plus tôt vu quelqu’un, que vous le faites périr, et vous vous associez une autre puissance enne¬ mie, qui s’appelle aspic, et qui est sous la domi¬ nation de l’homme juste; et voilà pourquoi vous ne dites rien de tout cela. Vous êtes le dragon, vous êtes le lion dont il est écrit : « Vous marche¬ rez sur l’aspic et le basilic, et vous foulerez aux pieds le lion et le dragon. Mais vous avez beau vous taire, nous qui lisons les écritures avec plus de droiture, noussavons que nous avons lepouvoir de vous fouler aux pieds, et que ce pouvoir nous est donné non seulement dans l’ancien Testament, comme nous venons de le lire dans le psaume actuel, mais encore dans le nouveau, au témoi¬ gnage du Sauveur : « Voilà que je vous ai donné lepouvoir de fouler aux pieds les serpents et les scorpions, et toute la puissance de l’ennemi, et rien ne pourra vous nuire. » Luc. x. Forts d’un tore intelligi, silet et transit versiculos qui contre se scripti sunt. Cum enim dixisset : « angelis suis manda- vit de te, et in manibus tollent te, ne forte offendas ad lapidem pedem tuum, » tacuit illud quod sequitur : « Super aspidem et basiliscum ambulabis, et conculca- bis leonein et di'aconem. » Quare, diabole siles, nisi quod tu es basiliscus, tu es omnium serpéntium regulus, nocentiora habens venena quam cæteri? Qui statim ut vûleris aliquem, interficis, et aliam fortitudinem con¬ traria m sociam tui assumis, quæ aspis appellatur, et viro justo subjecta est, et idcirco omnia taccs. Tu es draco, tu es leo, de quibus scribitur : « Super aspidem et basiliscum calcabis, et conculcabis leonem et draco- nem ». Sed licet tu taceas, nos qui scripturas rectius legimus, scimus habere nos potestatem conculcandi te, et datam nobis hanc diticnem, non solum in veteri Testamento sicut nunc cantatur in psabno, sed etiam in novo Salvatore dicente : « Ecce do vobis potestatem cal- candi super serpentes et scorpiones, et omnem virtutem inimici, et mhil vobis nocebunt » Luc. x. Sumamus arma tanta potestate firmati, et universa faciamus; ut COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT LUC 199 ' pareil pouvoir, prenons les armes, et faisons tout pour fouler aux pieds par notre conduite le lion et le dragon. Or si vous voulez savoir com¬ ment on foule aüx pieds le lion, et comment on écrase le dragon, lisez l’Épître où l’apôtre saint Paul affirme que les pécheurs sont foulés aux pieds par le Fils de Dieu. De même donc que le Fils de Dieu foule aux pieds celui qui est pé¬ cheur, de même, celui qui est juste, de son côté, foule aux pieds le lion et le dragon, et toute la puissance de l’ennemi, au nom de Jésus-Christ, auquel appartiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XXXII. Sur ces paroles : « Jésus poussé par la vertu de l’esprit, s’en retourna, » jusqu’à l’endroit où il est dit : « Et tous dans la Synagogue avaient les yeux arrêtés sur lui. » Cap. iv. Tout d’abord Jésus rempli du Saint-Esprit était revenu du Jourdain, et il était conduit par l’esprit dans le désert pour y rester durant quarante jours. Mais au moment où il était tenté par le diable, et comme il avait encore un et deux combats violents à soutenir contre lui, l’expression : « esprit » est employée sans aucune adjonction. Lorsqu’au contraire, il eut triomphé des trois tentations que l’Écriture rapporte, l’Évangéliste ajoute au mot, esprit, un qualificatif expressif et bien choisi; il dit : per conversa lion em nostram leonem conculcemus et draconem, Porro ut scias quomodo concuice tur leo et contera toi* dvaco, Pauli Epistolam lege, in qua asserit conculcari peccatores Fiiio Dei. Sicut ergo qui peccator est conculcatur Filio Dei : sic econtrario qui justus est concuJcat leonem et draconem, et omnein virtutem inimici conculcat in nomiue Jesu Christi, cui est gloria et impe¬ rium in sæcula sæculorum. Amen. HOMILIÀ XXXII. Dé eo quod scriptum est : Reversus est Jésus in virtute spiritus usque ad eum Iocum, ubi ait : « Et omnium oculi erant in synagoga intendentes in eum » Gap. iv. Primum quidem Jésus plenus Spiritu sancto reversus est a Jordane, et agebatur in Spiritu in deserto diebus quadraginta. Gum tentaretur a dia¬ bolo, quia adhuc vi certaturus erat adversus eum, et semel, et ^bis, non cum additamento oliquo « spi¬ ritus » ponitur. Quando vero très tentationes quas Scriptura commémorât pugnando supèravit, quid « Jésus, poussé par la, vertu de l’esprit, s’en retourna. » ïl ajoute : Vertu, parce qu’il avait foulé aux pieds le dragon, et vaincu de près le tentateur. Jésus s’en retourna donc, poussé par la vertu de l’esprit, dans la terre de Galilée, et sa réputation se répandit dans tout le pays d’alontour; il enseignait dans leurs Synagogues, et tout le monde lui' donnait de grandes louanges. Gardez-vous de les estimer seuls heureux, et pensez que vous avez plus qu’eux le bonheur de recevoir ses enseignements. Car si ce qui est écrit est vrai, non seulement le Seigneur par¬ lait alors dans les assemblées des juifs, mais il parle aussi aujourd’hui dans. cette assemblée; et non seulement Jésus enseigne dans celle-ci, mais il enseigne également clans les autres, par tout l’univers, cherchant des instruments pour répandre ses enseignements. Priez, pour qu’il trouve aussi en moi un instrument convenable et apte à les répandre. De même en effet qu’à l’époque où les hommes avaient besoin de pro¬ phéties, le Dieu tout-puissant chercha des prophètes, et en trouva, par exemple, dans la personne d’Isaïe, de Jérémie, d’Ézéchiel, de Daniel; de même Dieu cherche présentement des organes pour enseigner sa parole, et instruire les peuples dans leurs synagogues, de manière à être loué par tous les hommes. Actuellement Jésus est plus glorifié par tous les hommes, qu’au temps où il n’était connu que dans une de spiritu signanter cauteque ponatuV, ait « Et rever¬ sus est Jésus in virtute spiritus. » Virtus addita est, quia conculcaverat draconem, et tentatorem cominus vicerat. Reversus est ergo Jésus in virtute spiritus in Galilæam terrain, et fama exiit per omneni regioném de eo ; ipse docebat in synagogis eorum, et glorificaba- tur ab omnibus. Cave ne beatos illos tantum judices, et te arbitrer i s primum esse doctrina. Si vera sunt quse sc ri p ta sunt, non solum tune in congregationibus Judæorum, sed et hodie in hac congrégation e Dominus loquitur ; et non solum in hac, sed etiam in alio ccetu, et in toto orbe docet Jésus, quærens organa per quæ doceat. Orale, ût me quoque compositum, ad canendum, aptumque reperiat. Sicut . enim quærit omnipotens Deus propîietas eo tempore quo prophetia mortales indigent, et invçnit, verbi gratia Isaiam, Jeremiam, Ezechielem, Danièlein ; sic quærit Deus organa per quæ doceat sermonem suiim, vel erudiat populos in synagogis eorurrï, et gloriftee.tuv ab omnibus. Nunc magis glorificatur ab omhibus Jésus, .quam illo tempore quo tantum in una provincia cognoscefc&tur. « J}einde \ > 200 SAINT JEROME seule province. « Il vint ensuite à Nazareth où il avait été élevé, et étant entré selon sa cou¬ tume dans la synagogue le jour du sabbat, il se leva pour lire. On lui présenta le livre du pro¬ phète Isaïe, et l’ayant ouvert, il trouva l’endroit où ces paroles étaient écrites : L’esprit du Sei¬ gneur est sur moi, c’est pourquoi il m’a consa¬ cré par son onction. » Matth. x, Ce ne fut pas par hasard qu’il ouvrit le livre, et trouva un passage où il y avait une prophétie qui le con¬ cernait, mais par une disposition de la Provi¬ dence de Dieu. Car de même qu’il est écrit : « Le passereau ne tombe pas dans le filet sans la volonté du Père céleste, » et de même que « les cheveux de la tête » des apôtres « sont tous comptés; » de même, il faut penser que ce n’est pas par hasard, mais par une providence et un dessein de Dieü, que ce fut le livre d’Isaïe précisément qui lui fut présenté, qu’il fut ouvert précisément à la page où il est parlé du mystère du Christ : « L’esprit du Seigneur s’est reposé sur moi, c’est pourquoi il m’a consacré par son onction, » Jsai. xv; en effet, c’est le Christ, objet de cette prophétie, qui la rappelle. Voyons donc ce que sont ces traits que le Christ décri¬ vait par la bouche du prophète, et qu’il s’applique plus tard à lui-même dans la synagogue. « Il m’a envoyé, » dit-il, « prêcher l’Évangile aux pauvres, » Les pauvres désignent les nations. Elles étaient pauvres, puisqu’elles Dépossédaient venifc Nazareth ubi nutritus fuerat, et ingressus juxta morem in synagogam die sabbatorum, surrexit legere, et datus est ei liber prophetæ Isaiæ, et revolvens librum et locum ubi erat scriptum : Spiritus Domini super me, pr opter quocl unxit me » Matt. x. Non fortuitu revolvit librum, et apud se vaticinans reperit léctiones, sed et hoc providentiæ Dei fuit. Sicut enim scriptum est : « In laqueum non cadit passer sine vo- luntate Patris. » Et quia « capilli capitis » apostolorum « omifies numerati sunt : » sic forsitan et hoc quod Isaiæ potissimum liber inventus est ; et lectio non alia, sed hæc quæ Ghristi mysterium loquebatur : « Spiritus Domini super me, propter quod unxit me » Isai, xv. Ghristus est enim qui ista commémorât, non ht lihet et ca.su venisse arbitrandum est, sed providentia, et dispensations Dei. Quæ sunt igitur quæ in propheta loquebatur, et postea de se ipse in synagoga personet contemplemur. « Evangelizare » (ait) « pauperibus misit me. » Pauperes, nationes significant. Isti enim erant pauperes, niliil omnino possïdentes, non Deum, non Legem, pon Prophetaa, non justitiam, reliquasque absolument rien, ni Dieu, ni la loi, ni les pro¬ phètes, ni la justice, ni les autres vertus, C’est pour cela que Dieu l’a envoyé prêcher aux pauvres. « Pour annoncer aux captifs leur déli¬ vrance. » Nous étions captifs, nous que Satan tenait enchaînés depuis tant d’années, et qu’il traitait comme des prisonniers et comme des esclaves. Jésus est venu annoncer aux captifs qu’ils seraient délivrés, et aux aveugles qu’ils verraient. Et en effet, par sa parole et par la prédication de sa doctrine, les aveugles voient. L’annonce de la délivrance doit donc s’entendre non seulement des captifs, mais aussi des aveugles. « Pour mettre en liberté ceux qui sont écrasés sous les fers. » Qui a été brisé et écrasé, comme l’homme, que Jésus a délivré et guéri? « Pour publier l’année des miséricordes du Seigneur. » Il en est qui prennent ces expres¬ sions à la lettre, et disent que le Sauveur n’a prêché l’Évangile en Judée que pendant une année, et que tel est le sens de ces paroles ; « Pour publier l’année des miséricordes du Seigneur, et le jour où il rendra à chacun selon ses oeuvres, » à moins que la parole divine n’attribue un sens mystérieux à cette prédica¬ tion de l’année du Seigneur. Car il y aura plus tard d’autres jours, non pas des jours tels que ceux que nous avons en ce monde, d’autrqy mois, et une succession toute différente de calendes. Et comme tout cela existera, mais ê virtutes. Ob quam causam misit eum Deus, ut pau¬ peribus mmiiaret : « Prædicare captivis remissiouem. » Gaptivi nos fuimus, quos tantis annis vinxerat Sata- nas, habens captivos, sibique su jectos. Venit Jésus prædicare captivis remissionem, et cæcis ut vidèrent. Sermone quippe, et prædicatione doctrinæ ejus, cæci vident. Prædicatio ergo remissionis intelligatur non solum super captivis, sed etiam super cæcis. « Emittere confractos in libertatem. » Quid ita fractum, atque collisum fuit, ut homo qui a Jesu dimissus est et sanatus? « Prædicare annum Domini acceptum. » Juxta simplicem intelligentiam aiunt, uno anno Salvatorem in Judæa Evangelium prædicasse, et hoc esse quod dicitur : « Prædicare annum Domini acceptum, et diem retributionis : » nisi forte quidam Sacramenti in prædicatione anni Domini divinus sermo signiheat. Futuri sunt enim alii dies, non taies quales nunc in mundo cernimus, et menses alii, et kalendarum ordo diversus. Sicut igitur ista alia, sic annus Domini futur us est placens; Ista autem omriia prædicta. sunt, ut post visionem ex cæcitate, post COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE GE SAINT LUC 201 d’une manière différente; il y aura aussi Tannée des miséricordes du Seigneur. Toutes ces choses ont été prédites, afin que, après avoir passé de la cécité à la lumière, des fers à la liberté, des maladies diverses à la santé parfaite, nous arri¬ vions à Tannée des miséricordes du Seigneur. « Ayant lu ces choses, Jésus ferma le livre, le rendit au ministre et s’assit. Et tdus ceux qui étaient dans la synagogue avaient les yeux arrêtés sur lui. »Aujourdvhui même, si vous le voulez, dans cette synagogue et cette réunion, vos yeux peuvent se fixer sur le Sauveur. Car lorsque vous aurez dirigé le regard principal de votre cœur, vers la sagesse, vers la vérité, vers le Fils unique de Dieu, vos yeux verront Jésus. Bienheureuse assemblée, dont l’Écriture atteste que cous les membres avaient les yeux arrêtés sur lui. Combien je désire que Ton puisse rendre à celle-ci le même témoignage, que tous ses membres, catéchumènes et fidèles, hommes, femmes, enfants, ont les yeux, non pas ceux du corps, mais ceux de Tâme, fixés sur Jésus. Car si vous tournez vers lui vos regards, vos visages resplendiront de sa lumière, et vous pourrez ' dire : « La lumière de votre visage est gravée sur nous, Seigneur. » Psal. îv. A lui appartien¬ nent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. libertateirt ex vinculis, post sanitatem a diversis vulne- ribns, veniamus ad aofiium Domini acceptum, « Cum enira hæc legisset Jésus, involvens librum reddidit ministro, et sedit, et omnium ôcnli erant in synagoga attendentes in eum. » Et unnc si vultis, in bac synagoga cœtuque possunt oculi vestri attendere in Salvatorem. Cum enim principalein cordis tui dire- xeris aciem ad sapientiam, et veritatem, Deique Unigenitum contemplandum, oculi tui intuentur Je- sum. Beata congregatio, de qua Scriptura testatur, quod omnium oculi erant attendentes in eum. Quam vëllem istum cœtum simile habere testimonium, ut omnium oculi, et catechumenorum et fidelium, et mulierum et virorum, et infan fcium non corporis oculi, sed animæ aspicerent Jesum. Cum enim respexeritis ad eum, de lumine ejus et intuitu clariores vestri vultus erunt, et dicere poteritis : « Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine Psal. iv. Cui est gloria et imperium in sæçula sæculorum. Amen. HOMILIÀ XXXIII. De eo quod scriptum est : Utique dicitis mihi para- bolam istam, » et cætera, usque ad eum locnm ubi ' HOMÉLIE XXXIII. Su? ces paroles : « Sans doute que vousm’appli- querez ce proverbe, » et le reste, jusqu’à l’endroit où il est dit: « et aucun d’eux ne fut guéri, mais seulement Naamàn de Syrie.» S’il faut en croire l’histoire, Jésus n’avait pas éncore demeuré à Capharnaum; et Ton ne dit pas qu’il y avait fait quelques prodiges, puisqu'il n’y était pas venu. Or, d’après le récit évangé¬ lique, avant d’aller à Capharnum, il vint dans son pays, c’est-à-dire, à Nazareth. « Sans doute que vous m’appliquerez ce proverbe : médecin, guérissez-vous vous-même, faites ici en votre pays d’aussi grandes choses que nous avons en¬ tendu dire que vous en avez fait à Capharnaum. » J’en conclus qu’il y a dans ce langage quelque mystère caché, que Nazareth est la figure des Juifs, et Capharnaum la figure des Gentils, Rom . xï. Jésus sachant donc que ni lui ni aucun prophète, ni les apôtres ne seraient honorés dans son pays, ne voulut pas y prêcher, mais il s’en alla prêcher aux Gentils afin que les gens de son pays n’eussent pas à lui dire : « sans doute que vous m’appliquerez ce proverbe : » Médecin guérissez-vous vous-même. » Car il viendra un temps où ie peuple juif dira: Tous les miracles et les prodiges que nous avons entendu dire que ait : « Sed nullus eorum mundatus est, nisi Naaman Syrus. In Capharnaum, quantum ad lucem historiæ per- tinct, necdum moratus est Jésus, nec aliquod in ea signum fecisse describitur, quippe in q.ua non fuit. Porro antequam veniret in Capharnaum, in patria sua, li' -c est, in Nazareth fuisse signatur. « Utique di¬ citis mihi parabolam istam : Medice, cura teipsum. Quæcumque audivimus facta in Capharnaum, fac et hic in patria tua. » Unde puto aliquid in sermone præsenti latitare mysterii, et Nazareth in typo Judæorum, Capharnaum in typo præcessisse gentilium Rom . xi. Sciens itaque Jésus quod non haberet in patria sua honorem, nec ipse, nec propheta, nec apostoli, m luit ibi prædicare, sed prædicavit in gentibus, ne sibi a patriæ suæ hominibus diceretur : « Utique dicitis mihi parabolam istam : Medice, cura teipsum. Erit enim tempus quando dicturus sit populus Judæorum : Quæcumque audivi facta in Capharnaum apud gentes signa atque pôrtenta, fac et apud nos in patria tua.. Quæ ostendisti nniverso# orbi, ostende et nobis. Prædicà sermonem tuum populo Israël; nt saltcm . cum intraverit plenitudo gentium, tuuc omnis SAINT JEROME m vous avez faits à Capharnaum, chez tes gentils, faites-les aussi chez nous, dans votre* pays. Montrez-nous ce que vous avez montré au nfpnde entier. Prêchez votre parole au peuple d’Israël, afin que tout Israël soit sauvé, du moins après que la plénitude des gentils sera entrée. Rom xi. Aussi il me semble que ça été pour répondre aux questions des Nazaréens que le Sauveur a dit ensuite: « Aucun prophète n’est bien reçu eu son pays. » Et je pense que cette maxime est encore plus vraie dans le sens figuré que dans le sens littéral, quoique réellement Jérémie n’ait pas été bien reçu dans Anatoth son pays, Jerem . i ni Isaïe, dans le sien, quoiqu’il fût, ni aucun des autres prophètes. Toutefois elle me parait devoir être comprise en ce sens, que la patrie de tous les prophètes, c’était le peuple de la cir¬ concision, et que cette patrie n’a bien reçu ni les prophètes, ni leurs oracles; tandis que les gen¬ tils au contraire, bien qu’éloignés des prophè¬ tes, bien que n’en ayant même pas connaissance, ,ont néanmoins reçu les enseignements de Jésus- Christ. Ainsi aucun prophète n’est bien reçu dans son pays, c’est-à-dire, chez le peuple juif. Pour nous, qui étions en dehors de l’alliance, et étrangers aux promesses, Ephes. ir, nous avons accueilli, de tout cœur les prophètes, et nous avons mieux traité Moïse et les prophètes qui ont annoncé le Christ, que les Juifs; lesquels pour n’avoir pas voulu recevoir Jésus, n’ont pas Israël salvus fiat Rom. xi. Quamobrem mihi vide- tur c'onseqüenti ordine Nazarænis interrogantibus respondisse Salvutor : « Nemo propheta acceptus est in patria sua. » Et puto plus juxta sacramentum, quam juxta Jitteram verum esse quod dicitur, licet Jere- mias in Anatoth patria sua non fuerit acceptus Jerem. i, et Isaias, quæcumque fuit patria ilhus, et reliqui prophetæ; sed magis mihi yidetur sic intelligi, ut chicana us patriam fuisse omnium prophetarum, popu- lum circumcisionis, et hanc non récépissé prophetas, et eorum vaticinia : porro nationes quce longe fuerant a proplietis, et eorum notitiam non habebant, suscepisse vaticinium Jesu Christi. Nemo e^t ergo propheta acceptus in patria sua, hoc est in populo Judæorum. Nos autem qui erainus alieni a testa- mento et peregrini a promissionibus Ephes. n, toto prophetas corde suscepiinus, magisque habemus Moysen et prophetas de Ghristo pMedioantes, quam illi qui ex eo quod non susceperunt Jesum, nec illos susceperunt qui de illo annuntiaverunt. Unde ad id quod clixçrat : non plus reçu ceux qui l’avaient annoncé. Voilà pourquoi à ce qu’il vient de dire : « Aucun pro¬ phète n’est bien reçu dans son pays » il ajoute ceci : « Je vous le dis en vérité, il y avait plusieurs veuves en Israël au temps d’Élie, lorsque le ciel fti't fermé durant trois ans et demi. » En voici le sens; Élie était un prophète, mais il était chez le peuple juif. Et lorsqu’il .eut à faire quelque prodige, quoiqu’il y eut beaucoup de veuves en Israël, il les laissa do côté, et s’en vint chez une veuve de Sarepta dans b pays des Sidoniens, pauvre femme de la genfihté; voulant nous montrer on figure ce qui devait arriver plus tard, quand régnerait, non pas la faim' du pain ma¬ tériel, non pas la soif de l’eau ordinaire, mais la faim d’entendre la parole de Dieu; il vint chez cette veuve à laquelle le prophète fait allusion lorsqu’il dit : « Celle qui était délaissée a plus d’enfants que celle qui avait un mari, » /sa i hiv'; et lorsqu’il y fut arrivé, il en multiplia le pain et et les aliments. Vous étiez vous aussi la veuve de Sarepta dans le pays des Sidoniens, pays dont est sortie la femme cliananéenne, qui voulait obtenir la guérison de sa fille, et mé¬ rita par sa foi de recevoir ce qu’elle demandait, il y avait donc beaucoup de veuves chez le peuple d’Israël, et néanmoins Élie ne fut envoyé chez aucune d’elles, mais chez une femme veuve de Sarepta dans le pays des Sidoniens. Le Sauveur cite encore un autre exemple ayant la même «Nemo propheta acceptas in patria sua » et aiiucl adjungit : « lu veritate enim dico vobis, quia multæ virluæ erant in diebus Elbe in Israël, quando clausum est coelum annis tribus, et mensibus sex. » Quod dicit taie est : Elias propheta erat, sed erat in populo Judæorum. Sed quando mirabile quid facturus erat cum essent plures viduæ in Israël, reliquit eas, et venit ad viduam in Sareptam Sidoniæ, ad gentilerh mulierculam, figuram futuræ rei explicans, quia occupante famé non panis, neque siti aquæ, sed famé audiendi sermonem Dei, venit ad viduam, de qua et propheta testatur dicens : « Multi filîi desertæ, magis quam ejus quæ habet virum » Isai. liy. Et cum venis- set, panem ilhus et alimenta multiplicat. Tu eras vidua in Sarepta Sidoniæ, e cujus finibus Chananæa mulier egreditur, et cupit sanari filiam suam, et propter fidem meruit accipere quod petebat. Multæ ergo viduæ erant in populo Israël, sed ad nullam earum missus est Elias, nisi in Sareptis ad mulierem viduam. Sed et aliud ad eumdem sensum pertinens loquitur : « Multi erant 203 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC signification : « Il y avait aussi plusieurs lépreux en Israël, au temps du prophète Elisée, et aucun d’eux ne fut guéri, mais seulement Naaman le Syrien, » qui n’était certainement pas Israélite. Considérez que jusqu’aujourd’hui, il y a on Israël un grand nombre de lépreux selon la chair; considérez d’un autre côté que, pendant que ces gens atteints de la lèpre, se tiennent éloignés de l’Elisée spirituel, Notre-Seigneur et Sauveur, vous avez été vous, purifiés dans le sacrement de baptême, et qu’il vous est dit : « Levez-vous, allez au Jourdain, lavez-vous, et votre chair sera purifiée » IV Reg. v, Naaman se leva, il y alla, et il accomplit comme on le lui avait dit, la figure mystérieuse du baptême, et sa chair redevint comme lachaird’un enfant qui aurait, dans le bain de la régénération, pris une nouvelle naissance dans le Christ Jésus, auquel appartiennent la glqire et l’ompire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XXXIV. Sur ces paroles : « Maître, quel bien dois-je faire, pour posséder la vie éternelle? » jusqu’à l’en¬ droit où il est dit ; « Allez, et faites de même. » , Bien qu’il y avait dans la loi un assez grand ïeprosi in Israël in diebus Elisæî prophète, et nemo eorura mundatus est nisi Naaman Syrus, » qui ntique non erat ex Israël. Considéra usque ad præsentem dièra multos leprosos in Israël secundum cannera, vide econ- Irario lepræ sqnalore perfusas, atque spiritali Elisseo Domino nostro et Salvatore, te autem purgari baptisrai sacraraento, et dici .ad te : « Singe et vade in Jorda- nem, et lavare, et restituetur tibi carp tua IV Reg . v. Surrexit Naaman et abiit, et locutus implevit mysterium baptismi, et facta est caro ejus quasi caro pueri, qui in lavacro régénérât ionis or tus fuerit io Christo Jesu. Cui est gloria et imperium in sæcula sæculorum. Amen. HO MILIA XXXIV (1). De eo quod scriptum est : « Magistër, quid boni faciens vitam æternam possidebo? » usque ad eum locum ubi ait : « Vade et tu fac similiter. nombre de prescriptions, le Sauveur n’a rap¬ porté dans l’Évangile que celles, qui résumant’ toutes les autres, suffisent pour conduire à l’éternité bienheureuse les hommes qui lqs ob¬ servent. Et en effet, à cela se rapporte la ques¬ tion qu’un docteur de la loi lui posa en ces ter¬ mes : « Maître, que faut-il que je fasse pour poséder la vie éternelle? » passage de l’Évangile de saint Luc qui vous a été lu aujourd’hui. Jésus lui répondit : « Qu’y a-t-il d’écrit dans la loi? qu’y lisez-vous? Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toutes vos forces, de tout votre esprit, et votre prochain comme vous-même. » Et aussitôt : « vous avez fort bien répondu ; faites cela, et vous vivrez. » Il est hors de doute qu’en agissant ainsi, vous ob¬ tiendrez la vie éternelle, à propos de laquelle le docteur de la loi posait sa question. En même temps, le commandement de la loi nous enseigne clairement que nous devons aimer Dieu. Il est écrit au Deutéronome: « Écoutez, Israël, le Seigneur votre Dieu est un seul Dieu. Et vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre esprit, » et le reste, « et votre prochain comme vous-même, » Deut. vr. Le Sauveur y ajoute aussi son témoignage, en disant : « Dans ces Cum multa in legs præcepta sint, hæc tantum Salvator in Evangelio posuit quæ quodam compendio ad æterna obedientes ducerent. Ad id enim respicit quod legis doctor interrogaverat eum dicens ; « Magis- ter, quid faciens vitam æternam possidebo? » quæ lectio secundum Lucam hodie vobis recitata est ; respondit : « In Lege quid scriptum est? Quomodo legis? Diliges Daminum Deum tuum ex toto corde tuo, et ex tota virtute tua, et ex tota mente tua, et proximum tuum tanquam teipsum. » Àc deinde. « Bene, » ait, « respon- disti, hoc fac, et vives. » Haud dubiura quin sempi- ternam vitam hoc faciendo accepturus sis, de qua et legis doctor interrogaverat. Simulque perspicue doce- mur in legis præeepto, ut diligamus Deum. In Deute- ronomio scriptum est : « Audi, » inquit, « Israël, » Dominus Deus tùus, Deus unus est. Et diliges Dominüm Deum tuum ex tota mente tua, » et reliqua, « et proxi¬ mum tuum quasi teipsum » Deut. vi. Et Salvator super (t) Postroinæ bas subséquentes soi bomilice, cum conünuatum in superioribus onlinem non tcnennt, manifeslo sc produnt a majori detractns homiliarum, quas Adamantius clucubmverii, numéro. Ipse auetor, quod ol Cl. Huctius animadvci-Lit, tomo XIII, in Joonnem plures istis li'iginla novem, quæ supersunt, abs Hicronymo Latine reddîtis, a se fuisse adorntuas déclarai, cum ait, TGC 8s Trept Ttov £X(XTOV TtpO- êaTtuv sye'-v aç tlvere. Non enim inde exies nisi et minima quæque persolveris. Qui vero fidelis est, nullo damno percutitur, sed quoti- die ditatur : « Totus enim mundus divitiarum èjus est. Infiddhs autem nec obolum habet. » Alius damnatur denàrio, alius mua, alius talento. Et quæsitor hujus negotii, qui mehsuras iiniversorum noverit peccatorum. Hoc delictum talento condemnatur ; illud peccatum mulctam istiusmodi meretur. Seriptum est enim : « Cum autem cœpisset facere rationem. » Supputanda est omnibus nobis gratia. Non est aliud tempus faciendæ rationis nisi tempus judicii, quando liquido cognoscetur quid nobis eveditum est, et quid lucri, quidve detrimenti fecerimus, quis nostrum acceperit ninam, quis unum talentum, quis duo, quis quinque Matth. xxv. Necesse non est plura indicare, cum hoc in commune dixisse sufficiat, reddituros nos esse rationem; et si debitores inventi fuerimus trahi ad judicem, et a judice exactori tradi. Singuli exactores proprios habemus; omnis vero multitudo, pluribus traditur, secundum id quod in Isaia seriptum est : « Populus meus, exactores vestri spoliant vos, et qui pot ente s sunt dominantur vestri » Isai* in. Dominantur exactores, si debuerimus aliquid. Si autem habuerimus fiduciam, et fronte libéra vixerimus, servabo præceptum libens : « Reddite omnibus débita, cui tributum, tributum : cui timorem, timorem : cui vectigal, vectigal, cui honorem, honorem « Rom. xm. Si omnibus universa reddidero, venio ad exactorem, et intrepida mente respondeo : Nihil tibi debeo. Venit SAINT JÉROME 212 leur, et lui répondre hardiment : Je ne vous dois rien. L’exacteur vient réclamer, je lui résiste. Car je sais qu’il n’a aucun pouvoir sur moi du moment que je ne lui dois rieii. Mais si je suis son débiteur, Fexacteur me jettera en prison, d’après les formalités décrites plus haut. L’ad¬ versaire en effet, me conduit au prince, le prince au juge, le juge me livrera à l’exécuteur et l’exécu¬ teur me jettera enprison. Quelle est laloi qui régit cette prison? Je n’en puis sortir et l’exécuteur ne m’en laisse pas sortir, que je n’aie payé toute ma dette. Il n’est pas au pouvoir de l’exécuteur de m’accorder la remise même d’unliard, ou de la plus petite chose ; un seul a le pouvoir de faire grâce aux débiteurs qui n’ont pas de quoi payer. « Deux débiteurs, » dit-il, « s’approchèrent, l’un lui devait cinq cents deniers, et l’autre cin¬ quante ; et comme ils n’avaient pas de quoi les lui rendre, il leur en fit grâce à tous . deux. » Luc. vu. Celui qui fait grâce, c’est le Seigneur, mais l’éxécuteur n’est pas Seigneur, il est simplement chargé par le Seigneur de faire payer ce qu’on lui doit. Vous n’avez pas mérité que l’on vous fît grâce des cinq cents, ou des cinquante deniers que vous deviez, vous n’avez pas mérité de exactor ad deposcendum, resisto ei. Scioenim quod si nihil debuero, in me non habet potestatem. Quod si debitop fuero, mittet me exactor meus in carcerera, illo ordine qui prædictus est. Adversarius enim me ducit ad principem, princeps ad judicem, et judex tradetme exactori, et exactor mittet in carcerem.Quæ (1) est lex carceris istius? Non egredior ex eo, neque me exactor patitur exire, nisi debitum orane persolvero. Non habet exactor potestatem, ut mihi saltem quadran- tem, vel minimam portionem valeat concedere, unus est, qui debitoribus non habentibus unde persolvant, potest concedere. « Accessit, » inquit, « ad eum unus qui debebat quingentos denarios, et alius quiuquaginta ; et cum non haberent unde redderent, ambobus donavit » Lue. vit. Qui donavit, Dominus est; iste vero qui exactor est, non est Dominus, sed a domino ad exigenda débita pi’æpositus. Non fuisti dignus ut tibi quingenti, sive quiuquaginta denarii donarentur, nec audire vous entendre dire : vos péchés vous sont remis ; ou bien! vous serez jetez en prison, et là vous suppléerez à votre dette par la peine et lé travail, c’est-à-dire, par la torture et les supplices, et vous ne sortirez pas de là que nous n’ayez payé jus¬ qu’au dernier liard, ou à la dernière obole, ce qui pourrait se rendre d’après le mot grec, par « la chose la plus mince. » Or nos péchés sont gras ; car il est écrit : « Le cœur de ce peuple s’est engraissé » Matth. xm; Act. xxvm, ou bien en comparaison de plus grands, ils sont choses minces et légères. Bienheureux est donc en pre¬ mier lieu celui qui né pèche pas, et en second lieti celui qui relativement ne commet que des fautes légères. Et parmi les péchés minces et légers eux- mêmes, il y a encore beaucoup de différence. S’il n’y avait pas de dette légère, on ne dirait pas : « Vous ne sortirez pas de là, que vous n’ayez payé jusqu’au dernier liard. » Pourquoi s’il n’y avait pas de menue dette, appeler le der¬ nier liard, ce qui est un denier, ou un sesterce, ou une obole, ou un statère ? Mais si nous devons une grosse somme, comme celui qui devait, au dire de l’Évangile, 'dix mille talents, Matth . xvm, combien de temps devrons-nous meruisti, dimissa sunt tibi delicta tua; sed mitteris in carcerem, et ibi exigeris per laborem et opéra, sive per pcenas atque supplicia, et non inde exies nisi reddideria quadrantem, vel novissimum minutum, quod Græce « tenue » clici potest. Peccata autem nostra pinguia sunt. Scribitur enim : « incrassatum est cor populi hujus >> 'Matth. xm; Aet. xxvm. Aut comparationa majoids, tenue atque subtile. Beatus est igitur, primxun qui non peccat, secundo ut in collatione aliquis saltem tenue peccatum habeat. Et inter ipsa quoque tenuia atque subtilia, est diversitas peccatorum. Nisi esset pecuuia subtilis, numquam diceretur : « Non exies inde donec reddas novissimum quadx*antem. » Quomodo sine pecunia diceret novissimum minutum, quod est denarius, sive numraus, sive obolus, vel statera. Quod si magnam pecuniam debuerimus, sicut ille qui scribitur decem millia talenta debuisse Matth. xvm, quanto tempore claudamur in carcere, donec reddamus debitum, non pos- (1) Ei koo item loco cl. Huetius colligit, putasse Origcneon poenis damnatorum finem impositum iri, et omnîa unum in Deô tandem tili^uando lutura; nequo adeo alias quom purgatorias pœnas admisisse, Nobis, quamquam et supra ad Homil, animadvûrtimus, et al iis compluribus ex locis manifostum erroris icneamus Origcnem in quœstionc de pœnarum œternitûto : non tamen liunc eadem laborare culpa contexluai existimamus, quin potius econtrario ex Us unus videatur, qui in ejus defensionem adduci quennt. Cerle cum posset coonmodo Adamantius proposîtaro parabolam in suum sensum perverse detorquero, catkolico fere sensu exposuit; tum luculemissime definivit, graviorum crîminum reos œternis adlicondos supplioiis, cum ait : Si magni 'pecuniam debuerimus, sicut ille qui scribatur decem millia talenta debuisse, quanto tempore claudamur in carcere, doneG reddamus debitum, non possum manifeste pronuniiare. Utique qui tanto debito fuerit obnoxius , infikita ei ad reddendim debitum sæcuïa numerabmtur. Ed. Mig . / COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT LUC 21 à rester en prison, avant d’avoir entièrement payé notre dette, je ne puis le dire sûrement. Car si celui qui ne doit que peu de chose, n’en sortira pas qu’il n’ait payé jusqu’au dernier liard, il est clair que celui dont la dette est aussi considé¬ rable, devra y passer de longs siècles, pour la payer. C’est pourquoi, tâchons de nous tirer d’affaire avec notre adversaire, tandis que nous sommes sur le chemin, et de nous unir au Sei¬ gneur Jésus, auquel appartiennent la gloire et l’empire dans les jsiècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XXXVI. Sur ces paroles : « Colui qui voudra sauver sa vie, la perdra,» jusqu’à l’endroit où il est dit : « Le royaume de Dieu est en vous. » « Celui qui cherchera » dit-il, à sauver sa vie, la perdra; et celui qui perdra sa vie, la sauve¬ ra. » Les martyrs cherchent à sauver leur vie ; . par suite ils la perdent, afin de la sauver. Mais ceux qui veulent sauver leur vie, c’est-à-dire, ne pas la perdre dans le temps, ceux-là perdent à la fois le corps et l’âme dans l’enfer. « C’est pourquoi, » dit-il, « ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps, mais plutôt craignez celui qui peut jeter dans l’enfer le corps et l’âme. » Luc. xii. Nous allons dans ce but, et dans la h mesure de notre intelligence, donner là-dessus quelques courtes explications. « L’homme ani¬ mal ne conçoit point les choses qui sont de sum manifeste pronuntiare. Si enim qui parum debet, non egredietur, nisi exsol vat minutum quadrantem; utique qui tanto debito fuerit obnoxius infinita ei ad reddendum debitum sæcula numeràbuntur. Quapropter demus operam, ut liberemur ab adversario, dum sumus in via, et jungamur domino Jesu, cui est gloria et impe¬ rium in sæcula sæculorum. Amen. HOMILIA XXXVI. De eo quod scriptum est : « Qui voluerit an imam suam salvare, pel’de t eam, » usque ad eum locum ubi ait : « Regnum Dei intra vos est. » « Qui quæsierit, » inquit, « animam suam salvare, perdefc eam, et qui perdiderit eam, salvabit eam. » Martyres quærunt salvare animam suam : propterea perdunt, ut salvent eam. Qui vero volunt salvare animam suam, ut non perdant eam, hi et corpus et aoimam perdunt pariter ingehennam. « Quamohrem nolite timere eos, » ait, « qui possunt corpus occidere, sed timete magis eum qui potes t animam et corpus perdere in gehennam » l’esprit» I. Covinth. n, efrpar suite il ne peut être sauvé. « On met en terre un corps animal, il res¬ suscitera un corps spirituel. » VGovinth . xv. Or celui qui s’attache au Seigneur, devient un seul esprit avec lui. Si donc celui qui s’unit au Sei¬ gneur, devient par là-même, d’animal qu’il était, spirituel, et ne fait plus avec lui qu’un seul esprit, perdons nous aussi notre vie, afin qu’unis au Seigneur, nous ne formions plus qu’un seul esprit avec lui. Un jour que le Sauveur était questionné au sujet du royaume de Dieu, il ré¬ pondit aux Pharisiens : « Quand il viendra, le royaume de Dieu ne viendra pas avec un éclat remarquable, et on ne dira pas : il est ici, ou il est là. Car le royaume de Dieu est au-dedans de vous. » Luc . xvir. Ce n’est pas à tous les hommes que le Sauveur dit : « Le royaume de Dieu est au-dedans dé vous; » puisque les pécheurs ont en eux le royaume du péché, et que c’est sans conteste, ou le royaume du péché, ou le royaume de Dieu qui commande dans notre cœur. En con¬ séquence examinons attentivement et ce que nous faisons, et ce que nous disons, et ce que nous pensons et nous saurons alors, si c’est le royaume de Dieu, ou le royaume du. péché qui règne en nous. L’Apôtre connaissait cette diversité de royaumes ; de là l’avis qu’il donnait aux chré¬ tiens : « Que le péché ne règne pas dans vos côrps mortels. » Rom . vi. Si quelqu’un parmi nous désire le royaume de Dieu, il est sous la domi- Luc. xii. Hoc ad proposition, juxta vires ingénu nostri breviter dixerinrus. « Animahs autem non recipit ea quæ sunt spirifcus » 1. Cor . n, et idcirco salvari non potest. « Seminatur corpus animale, surgit corpus spiritale » J. Cor. xv. Porro qui adhæret Domino, spiritus unus efficitur. Si ergo qui Domino copulatur, eum animalis esset per id in spiritalem vertitur, et unus est spiritus; nos quoque perdamus animam nostram ut adhærentes Domino in unam spiritum transformemur. Secl et de regno Dei interrogatus, respondit Salvator Pharisæis : « Quando venerit, »- inquit, « non venit regnum Dei cum observatione, neque dicunt, ecce hic, aut ecce ibi. Regnum enim Dei intra vos est » Luc. xyii. Non omnibus Salvator dicit, « regnum Dei intra vos est; » siquidem in peccatoribus regnum peccati est, et absque ulla ambiguitate, aut regnum peccati, aut regnum Dei in porcle nostro imperat. Un de si ve quæ loquimur, sive quæ cogitamus, contemplemur attentius, et tune videbimus utrum Dei imperium régné t in nobis an imperium delictorum. Quam diversitatem sciens Aposto- lus, quosdam commonet, dicens : « Non regnet 214 SAINT JEROME nation de Dieu. Si quelqu’un est dévoré de La soif de l’avarice, il est sous la domination de l’a¬ varice. Celui quia l’injustice pour reine, est sous l’empire de l’injustice. Celui qui se laisse emporter par les aspirations de la vaine gloire est sous l’empire de l'opinion publique. Quiconque s'attriste, quiconque craint, qui¬ conque aime, quiconque désire, est sous l’em¬ pire de chacune de ces passions différentes, de celle dont il est possédé. Maintenant que nous savons tout cela, que nous connaissons combien il y a d’espèces différentes de royaumes, levons- nous, et prions Dieu, d’ôter de nos cœurs le royaume de l’ennemi, afin que nous puissions être sous le royaume du Dieu tout-puissant, c’est-à-dire, sous le royaume de la sagesse, de la justice, de la vérité, toutes choses qui sont comprises dans le Fils unique de Dieu, auquel appartiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ansi soit-il. HOMÉLIE XXXVII. Sur ce fait que les disciples détachèrent Fanon. On a lu dans l’Évangile selon saint Luc, que le Seigneur, étant arrivé près de Bethphagé et de Béthanie, vers la montagne des Oliviers, envoya deux de ses disciples, détacher l’ânon qui y peccatum in mortali vestro corpore » Rom. vi. 1 Si quis nostrum desiderat regnum Dei, regnatur ab eo. Si quis pvaritiæ ardore cruciatur, regnatur à b avaritia. Porro qui injustitiam reginam habet, regnatur ab ea. Qui vanse gloriæ ambitione sustollitur, régnât ei aura popularis. Qui mœret, qui aliquid reformidat, qui ,amat, qui desiderat, iinperant ei siugula, prout perturbationibus variis possidetur. Quæ omnia cognbscentes, et quam milita sint généra regnorum, surgamus precemurque Deum, ut auferat a nobis regnum inimici, et possimus sub regno esse Dei omnipotenlis, id est sub regno sapientiæ, pacis, justitiæ, veritatis, quæ cuncta in unige- nito Dei Filio intelliguntur, cui est gloria et imperium in sæcula sæculorum. Amen. HOMILIA XXXVII. De eo quod a discipulis pullus asinæ solutus est; 1 Lectum est in Evaugelio secundum Lucam, quomodo cum venisset Salvator Bethphage, et Bethaniain juxta montem Oliveti, miserit duos e discipulis suis,, ut solverent pulluru asinæ, qui vinctus erat, et su- était attaché, et sur lequel personne n’était jamais monté, Luc. xix. Ces faits me semblent être autre chose qu’un simple récit, et ^renfermer une signi¬ fication plus haute. L’âne était attaché. En quel endroit ? Vis à vis de Bethphagé et de Béthanie. De ces deux endroits,' l’un, Béthanie signifie « maison d’obéissance, » et l’autre, Bethphagé, « maison des mâchoires. » Ce village appartenait aux prêtres; car les mâchoires se donnaient aux prêtres, d’après ce que présentait la loi. C’est donc à l’endroit où se trouve l’obéissance, au lieu qui est sous l’obéissance des prêtres, que le Sauveur envoie ses disciples détacher l’ânon sur lequel personne n’était jamais monté. Or, quel autre que l’homme peut monter sur un âne? Je veux prendre un exemple pour faire comprendre ce que j’ai à dire. 11 est écrit dans. Isaie : « Vision des bêtes qui sont dans l’afflic¬ tion et la misère » ïsai. xxx, et le reste, jusqu’à l’endroit où il dit : « les richesses des aspics ne leur serviront de rien. » Que chacun de nous considère combien de richesses d’aspics il a portées auparavant, combien de richesses de bêtes; et comment aucun homme raisonnable, ni la parole de Moïse, ni celle d’Isaie, ni celle, de Jérémie, ni celle de tous les autres prophètes, n’est jamais monté sur notre âne, et il verra que la parole et la raison de Dieu sont seules per quem nullus hominum aliquando sederat Luc. xix. Quod quidem mihi videtur magis ad altiorem intelli- gentiam, quam ad simplicem historiam perlinere, Asjinus vinctus erat. Ubinam? Contra Bethphage et Bethaniam. E quibus Bethania interpretatur « domus obedientiæ,» Bethphage vero, « domus maxillarum : » sacerdotalis quidam locus : maxillæ enim sacerdotibus dabantur, sicut in lege præcipitur. Illuc ergo ubi obedien- tia, ubi locus sacerdotibus mancipatus, mittit Salvator discipulos suos, ut solvant pu)lum asinæ super quem nullus hominum aliquando sederat. Porro quid. aliud super asinum sedere potest absque homme? Volopaulis- per exemplum snmere, ut quod dicturus sum, possit intel- ligi. Scriptum est in Isaia : « Visio quadrupedum in tri- bulatione et angustia » Isad. xxx, et reliqua, usque ad eum locum ubi ait : « Non proderunt eis. divitiæ aspidum.» Unusquisque nostrum cmsideret quantas opes aspidum ante portaverit, quantas divitias bestiarum, et quomodo numquam rationabilis homo sederit super asinum nostrum, non sermo Moysi, non Isaiæ, non Jeremiæ, pec reliquorum omnium prophetarum ; et videbit tune se disse super nos ser monem Dei atque 215 COMMENTAIRES SUR L’ÉVANGILE DE SAINT LUC ment montées sur nous, lorsque Jésus vint, et commanda à ses disciples d’aller délier Fanon qui était primitivement attaché, pour lui per¬ mettre de marcher en liberté. L’ânon. détaché est donc amené à Jésus qui avait dit, en en¬ voyant ses disciples le délier : « Si quelqu'un vous demande pourquoi vous le détachez, vous lui répondrez : « c’est que le Seigneur en a besoin. » Cet ânon avait beaucoup de maîtres, avant que le Seigneur en eut besoin. Mais du moment où le Seigneur commença à devenir son maître, les autres cessèrent devoir empire sur lui. Personne en effet ne peut servir Dieu et l’argent. Tant que nous sommes serviteurs du mal, nous, i sommes dominés par les passions et les vices. L’ânon est donc détaché, parce que le Seigneur en a besoin. Vous êtes Tânon, quel besoin le Fils de Dieu a-t-il de vous? Que vous demande-t-il? Il a besoin de votre salut, il désire vous déta¬ cher des liens du péché. Ensuite les disciples mettent sur Fanon leurs vêtements et y font asseoir le Sauveur. Ils prennent la parole de Dieu et la placent sur les âmes de leurs audi¬ teurs. Ils ôtent leurs habits, et les étendent sur le chehpn. Les vêtements des apôtres sont sur nous, leurs bonnes oeuvres font notre parure ; les apôtres veulent qne nous marchions sur leurs habits. Et de fait, lane détaché par les disciples, et portant Jésus, marche sur les vêtements des rationem, quando venit Dominus Jésus, et præcepit discipulis suis, ut euutes solvereut pullum asinæ, qui prius vinctus fuerat, ut liber incederet. Solutus itaque pullus asinæ adducitur ad Jesum, ad cujus solutionem .mittens dLcipuIos dixerat : « Si quis vos interrogaverit quare solvitis pullum, dicite ei quia Dominus necessa- rium ilium habet. » Multi erant do mi ni hujus pulli antequam Salvalor eum haberet necessarium ; postquam vero ille cœpit esse dominus, plures dumini esse cessa- verunt. Nemo enim potest Deo servire et mammonæ. Quando malitiæ servierimus, multis sumus passionibus vitiisque subjecti. Solvitur ergo pullus, quia Dominus necessarium eum habet. Vos estis pullus asinæ, quid vestri Filins Dei necessarium habet? quid a vobis expetit? saluté vesLra opus habet, cupit vos solvi vinculis peccatorum. Demde mittunt discipuli vestes suas super asinum, et sedere faciunt Salvatorem. Assmnunt sermo- nem Dei, et imponunt eiun super animas auditorum. Vestibus exuuntur, substernunt eas in via. Super nos sunt vestimeuta apostolorum; opéra eorum bona, orna- menta nostra sunt, volunt apostoli indumenta sua calcari a nobis. Et révéra solutus a discipulis asinus, et apôtres, quand il pratique leurs enseignements et imite leur vie. Lequel d’entre vous est assez heureux, pour que Jésus vienne s’asseoir sur lui? Tant qu’il fut sur la montagne, ses apôtres seuls l’accompagnaient; mais F orsqu’il commen¬ ça à descendre, une grande foule de peuples accourut au-devant de lui. S’il n’était pas des¬ cendu, la multitude n’aurait pu venir au-devant de lui. Il est descendu, il est monté sur l’ânon, et tout le peuple d’une voix unanime se mit à louer Dieu. A la vue de cette démonstration, les Pharisiens direntau Seigneur : « Faites-les taire.» Il leur répondit ; « S’ils venaient à se taire, les pierres mêmes crieraient. » Matth. ni. Quand nous parlons, les pierres se taisent; mais quand nous nous taisons, les pierres crient. Car le Sei- gnour peut faire naître de ces pierres des enfants à Abraham. A quelle époque nous tairons-nous? Quand la charité d’un grand nombre se sera refroidie, quand se sera réalisée cette prédiction du Sauveur : « Pensez-vous que le Fils de l’homme lorsqu’il viendra, trouvera encore de la foi sur la terre? » Supplions donc la miséricorde du Seigneur qu’il ne permette pas que nous gar¬ dions le silence, et que les pierres crient; mais qu’il fasse en sorte que nous parlions et glo¬ rifions Dieu dans le Père, le Fils et le Saint- Esprit, à qui appartiennent la gloire et l’empiro dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. portans Jesum, încidit super vestimenta apostolorum, quando doctrinam eorum imitatur et vitam. Quis nostrum ita beatus est, ut sedeat super ilium Jésus? Qui quamdiu in monte fuit, cum suis apostolis morabatur; quando vero cœpit vicinus esse descensui, tum occumt ei turba populorum. Si non venisset ad descensum, non ei poterat occurrere multitudo. Descendit, seditque super pullum asinæ, et omnis populus voce consona laudabat Deum. Quod Pliarisæividentes,dicebeant Domi¬ no : « lncrepas eos, » Qujbus ille respondit : « Si isti tacuerint, lapides clamabunt» Matth. ni. Quando nos loquimnr, lapides silent; quando nos tacemus, lapides clamant. Potest enim Dominus de lapidibus istis susci- tare filios Abrahæ.Quo tempore nos tacebimus? Quando refrixerit charitas multorum, quando illud quod a Salva- tore prædicatum est, fuerit impletum : «Putas veniens Filius liominis inveniet ftdem super terram?» Propterea Domini misericordiam deprecemur, ne nobis tacentibus, lapides clamitent -, sed lcquamur et la ud émus Deum in Pâtre, et Filio, et Spiritu saucto, cui est gloria et imperium in sæcula sæculorum. Amen. SAINT, JEROME 216 HOMÉLIE XXXVIII. Sur ces paroles ; « Enfin, étant arrivé proche de Jérusalem, et jetant les yeux sur la ville il pleura sur elle, » jusqu’à l’endroit où il est écrit : « il chassa tous ceux qui vendaient des colombes. »Cap. xix. « Notre-Seigneur étant arrivé proche de Jérusalem, et jetant les yeux sur la ville, pleura sur elle en disant : « Ah ! si tu reconnaissais au moins en ce jour ce qui peut te procurer la paix ! mais maintenant, tout cela est caché à tes yeux. Aussi viendra-t-il des jours pour toi, où tes ennemis t’environneront de retranche¬ ments. » Tout cela est mystère, mais nous espérons, grâce à la lumière de Dieu, en faire sortir ce qui s’y trouve caché. Occupons-nous donc d’abord de ses larmes. Jésus confirme par son exemple toutes les béatitudes qu’il a énu¬ mérées dans l’Évangile, et il ajoute à ce qu’il a enseigné, le témoignage de ses œuvres. « Bienheureux, » dit-il, « ceux qui sont doux. » A cela ressemble ce qu’il dit de lui-même : « Aprenez de moi que je suis doux. » Matth, xi. « Bienheureux les pacifiques; » et quel autre a été aussi pacifique que mon Seigneur Jésus, qui est notre paix, qui a brisé l’inimitié, et l’a anéantie dans sa propre chair? « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice. » Personne n’a souffert persécution pour la justice, comme le Seigneur Jésus, qui a été crucifié pouf nos péchés. Le Seigneur montre donc appliquées en lui-même toutes les béatitudes. En conformi¬ té également avec ce qu’il avait dit : « Bien¬ heureux ceux qui pleurent, » lui-même pleura, pour poser aussi les fondements de cette béatitude. Il pleura sur Jérusalem, en disant : « Ah t si tu reconnaissais au moins en ce jour ce qui peut te procurer la paix ; mais maintenant , tout cela est caché à tes yeux. » Et le reste, jusqu’à l’endroit où il dit : « parce que tu n'as pas connu le temps auquel Dieu t’a visité. » J’entends quelqu’un de mes auditeurs me dire : Tout cela est clair, et s’est effectivement réalisé pour Jérusalem. L’armée romaine l’a environnée, et l’a dévastée jusqu’à la ruiner complètement, et le temps viendra où il ne restera pas en elle pierre sur pierre. Je ne prétends pas nier que cette Jérusalem a été détruite, à cause des crimes do ses habitants; mais je me demande si les larmes du Sauveur n’ont pas aussi rapport à la Jérusa¬ lem qui est la nôtre. Car nous sommes la Jéru¬ salem sur laquelle Jésus pleure, nous qui semblons avoir un regard plus pénétrant. Or si quelqu’un de nous, après avoir reçu la con¬ naissance des mystères de la vérité, la parole de l’Évangile, l’enseignement de l’Église, et la vision de ses sacrements, vient à tomber dans le péché, c’est lui qui est le sujet des gémissements et des pleurs de Jésus. Jésus ne pleure sur aucun des HOM1LIA XXXVIII. De eo quod scriptum est : « Cum autem appropinqua- set, vidit civitatem, et flevit super eam, » usque ad eum locum ubi ait : « Ejecit omnes vendantes colum- bas. Cap, xix. « Cum appropinquasset Jérusalem, Dominus noster videns eam flevit, et dixit ; Si cognosceres et tu in die ista quæ ad paceni sunt tibi;nunc autem abscondita sunt ab oculis tuis, quoniam venient dies super te, et circumdabuut te inimici tui vallo. » Sacramenta sunt quæ dicuntur, et speramus, pandente Deo, aperire posse quod latitat. Primum ergo de fletu ejus videndum. Onmes beatitudines quaslocutus est in Evangelio Jésus, suo firmat exempta, et quod docuit, pro testimonio probat. « Beati, » inquit, « mites.» Huic simile est de semetipso : « Discite a me, quoniam mitis sum » Matth, xi. « Beati pacifici ; » et quis alius ita pacificus, ut Dominus meus Jésus, qui est pax nostra, qui solvit inimicitiam, et in sua eam carne destruxit? « Beati qui persecutionem patiuntur propter justitiam. » Nemo sic persecutionem passus est propter justitiam, ut Domi¬ nus Jésus, qui pro peccatis nostris cruciiïxus est. Om- nes igitur beatitudines in semetipso Dominus osten- dit. Ad quam similitudinem etiam illud quod dixerat, « Beati flentes, » ipse flevit, ut hujus quoque beatitudinis jaceret fundamenta. Flevit autem super Jérusalem, di- cens : « Si cognovisses et tu in die ista quæ ad pacem sunt tibi, nunc autem abscondita sunt ab oculis tuis, » et reliqua, usque ad eum locum ubi ait : « Eo1 quod non cognoveris tompus visitationis tuæ. » Dicat aliquis auditoruin : Manifesta sunt quæ dicuntur, et opéré compléta de Jérusalem. Circumdedit enim eam Roma- nus exercitus, et ad internecionem usque vastavit, tem- pusque veniet quando lapis super lapidem no.n relin- quetur super eam. Non nego et illam quidem Jérusalem propter habitatorum scelera fuisse destructam, sed quæ- ro si et ad ha ne nos tram Jérusalem fletus iste pertineat. Nos enim sumus Jérusalem quæ defletur, qui nobis vide- mur intuitum babere majorem. Quod si post niysteria veritatis, post sermonem Evangelii, post doctrinam Ec- clesiæ, post vision era sacramentoruin ejus, aliquis e no- COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT LUC 217 gentils,' mais seulement sur celui qui était de Jérusalem, il pleure de voir que* après ses fautes, les ennemis, savoir, les puissances adverses, les esprits de malice, l’environneront, dresseront tout autour de lui des retranchements, l’assiégeront, et n’y laisseront pas pierre sur pierre, surtout si sa défaite a été précédée d’un longtemps de continence, de quelques années de chasteté, et s’il a perdu, entraîné par les séduc¬ tions de la chair, la patience et la pudeur. Êtes- vous tombé dans la fornication, ces ennemis ne laisseront pas en vous pierre sur pierre. Il dit en effet dans un autre endroit : « Je ne me ressouviendrai pas de ce qu’il a dit de juste autrefois; mais je le jugerai d’après son péché, dans lequel je l’aurai surpris, » Ezech . xxvm. Voilà donc la Jérusalem sur laquelle le Sauveur verse des larmes. 11 est dit ensuite : « Il entra dans le temple; et y étant entré, il en chassa ceux qui vendaient des colombes. » Il n’en chassa point ceux qui achetaient, car ceux qui achètent, possèdent ce qu’ils ont acheté. Jésus chassa seulement du temple de son Père, ceux qui vendaient et par conséquent rejetaient ce qu’ils avaient, à l’exemple de ce dis débauché, qui après avçir obtenu de son père, sa part d’héritage, la dissipa tout entière dans l’intem- pérence. Luc. xv. Ainsi quiconque vend, est chassé, principalement s’il vend des colombes. Pourquoi ne parle-t-on pas d’oiseaux autres que bis peccaverit, plangitur atque fletur. Nerao enim gen- tilis fletur, sed Ule qui fuit de Jérusalem, quod post peccata circumdant eam inimici, contrarie videlicet for- titudines, spiritus nequam, et immittant incircuitu ejus vallum, et obsideant eam, et lapidem super lapidem non relinquant; maxime si post multam continentiam, post ahquot annos castitatis victus quis fuerit, blandi- mentisque carnis illectus patientiam pudicitiamque ami- serit. Si’ fueris fornicatus, lapidem super lapidem non relinquent super te. Ait enim in alio loco : « Non re- cordabor priorum justitiarum ejus : in peccato suo, in quo deprehensup fuerit, in ipso judicabo eum » Ezêch. xxvm. Hæc est ergo quæ defletur Jérusalem. Post quæ dicitur : « Ingressus est templum. Quod cum fuisset in- gressus, ejecit eos qui vendebant columbas. » Non eje- cit ementes, qui enim emunt, et quod omerint possident. Illos ejecit de templo Patris Jésus, qui vendunt et abji- ciunt quod habuerant, in similitudinem illius luxuriosi filü, qui substantiam suam accepit a pâtre, et universa perdidit nimie potando Luc. xv. Si quis ergo vendit, ejicitùr, præcipue si vendebat columbas. Quare alias de colombes? Cet oiseau est simple et innocent. J’ai peur qu’on ne nous trouve aussi un pareil défaut. Car s’il m’arrive do vendre à prix d’ar-. gent, et de ne pas enseigner sans rénumération ce que le Saint-Esprit m’a révélé, cé qu’il m’a remis pour en faire part au peuple, que fais-je autre chose, que vendre les colombes, c’est-à- dire, le Saint-Esprit? Et quand je l’aurai vendu, je serai chassé du temple. Aussi demandons au Seigneur la grâce d’être plutôt acheteurs que vendeurs; si en effet nous ne sopimes pas ven¬ deurs, nous avons la connaissance et l’intelligence de notre salut; autrement les ennemis environne¬ ront notre ville. Et si une fois l’armée ennemie s’est établie autour de nous, nous ne mériterons plus les larmes de Dieu. Levons-iious donc dès le point du jour, et supplions le Seigneur qu’il nous donne de pouvoir manger tout au moins les miettëé' qui tombent de sa table. L’Écriture admire que ta reine de Saba soit venue des extrémités de la terre pour entendre* la sagesse de Salomon ; à la vue de la magnifi¬ cence de ses repas, de son ameublement et des services de son palais, cette reine fut toute saisie d’étonnement et pénétrée d’admiration. III. Reg . x. Pour nous, si nous n’acceptons pas de bon cœur les richesses si prodigieuses de Notre- Seigneur, les merveilleux ameublements de sa parole et l’abondance de ses enseignements, si nous ne mangeons pas le pain de vie, si nous ne aves non posuit, nisi columbas ?Hoc animal simplex est, et décorum. Vereor ne et in nobis vitium istius modi deprehendatur. Si enim ea quæ mihi a sancto Spiritu revelata sunt, et crédita, ut in vulgus efferrem, pretio vendidero, et absque mercede non docuero, quid aîiud facio, nisi columbas, id est, Spiritum sanctum vendo ? Quem cum vendidero, ejicior de templo Dei. Quapropter rogemus Dominum, ut omnes emamus potius quam ven- damus. Si enim non vendiderimus, cognoscimus et in- telligimus salutem nostram ; alioquin inimici circumda- bunt urbem nostram. Quod si semel nos exercitus hos- tilis cinxerit, lacrymas Dei non merebimur. Surgamus ergo diluculo, et obsecremus Dominum, ut saltem micas quæ de mensa ejus cadunt, comedere possimus, Miratur Scriptura reginam Saba venisse ab extremo terræ au- dire sapientiam Salomonis; quæ cum vidisset prandium, et supellectilem, et ministeria domus ejus, obstupuit, et tota in miraculo fuit III Reg x. Nos si tantas Domini nostri opes, tantam sermonis supellectilem, et abundan- tiam doctrinarum non libenter amplectimur, si non cp- medimus paqem vitæ, si non carnibus'.Christi vescimur, 218 SAINT JÉROME nous nourrisons pas de la chair du Christ, et si nous ne nous abreuvons pas de son sang, si en un mot, nous dédaignons les mets, de notre Sauveur, -nous devons savoir que Dieu est armé à la fois de bonté et de sévérité. Et c’est à sa bonté que nous devons surtout faire appel, en Jséüs-Christ Notre-Seigneur, auquel appar¬ tiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. HOMÉLIE XXIX. De la question que les Sadducéens posèrent au Seigneur, au sujet de la femme qui eut sept maris; et de plus, du denier que le Seigneur se fit montrer. Cap. xx. Il existe chez les Juifs une secte, qui s’appelle la secte des Sadducéens. Cette secte nie la résurrection des morts, et soutient que l’âme meurt avec le corps, et, ne vit plus après la mort. Voulant donc poser une' question au S^jlgpqpr, les,. Sadducéens imaginèrent la fable de la . femme au sept maris, laquelle après la mort de son mari en aurait pris un second, pour susciter des enfants au premier; puis, celui-ci étant mort, un troisième, puis un quatrième, et ainsi de suite jusqu’au septième. On demande donc lequel de ces sept frères, à la résurrection des morts, la revendiquera pour son épouse. Cette question, les Sadducéens la posèrent au Sauveur, dans le but de lui tendre cruore potamur, si contemnimus dapes Salvatoris nostri, scire debemus quod babeat Deus, etbenignitatem et severitatem. E quibus benignitatem ejus magis ora- re debemus, in Christo Jesu Domino nostro, cui est gloria et imperium in sæcula sæculorum. Amen. HOMILIA XXXIX. De quæstioue Sadducæorum, quam proposuerant Domi¬ no, muliëris ejus quæ septem' viros habuit ; et rursus de denario quem sibi Salvator jussit ostendi. Cap. xx. / Est hæresis in Judæis, quæ dicitur Sadducæorum, hæc resurrectionem mortuorum negat, et putat animam interire cum corpore, nec post mortem ultra respirare. Igitur quæstionem Domino proponentes, composuerunt fabulam muliëris septem virorum, quæ post primum vi- rum ad resuscitandum semen prioris alternm duxerit; quo m rtuo, tertinm quoque, etrursum quartum; atque in hune modum ad septimum usque pervenerat. Quæri- tur ergo in resu^'rectione mortuorum, quis eam sibi e un piège, au moment où ils le virent instruire ses disciples sur la résurrection. Le Sauveur leur répondit en disant : « Vous êtes dans l’erreur, et vous^ne comprenez ni les Écritures, ni la puissance de Dieu. Car lors de la résur- ■ rection des morts, les hommes n’auront point de femmes, ni. les femmes de maris, mais ils seront comme les Anges dans le ciel. » Ceux qui seront comme les Anges, seront certes des Anges. Il faut savoir aussi que / les Anges ne contractent pas d’unions. Ici bas où règne la mort, le mariage et les enfants sont nécessaires; mais là, où l’on est immortel, il n’est besoin ni de mariage, ni d’enfants. Je vais me poser une question très pénible, et dont la solution n’est pas facile, en parlant au nom de ceux qui étudient très minutieusement les Écritures, et méditent jour et nuit la Loi du Seigneur. Ps. i. Où, disent-ils, est-il écrit : « Que les hommes n’auront point de femmes, ni les femmes de maris? » J’ai beau repasser dans ma mémoire et dans mon esprit, aussi bien l’ancien que le nouveau , Testament, je ne me souviens pas d’y avoir rencontré quelque chose de semblable. Si par hasard, la mémoire me fait défaut, qu’un plus savant me l’apprenne. J’apprends avec plaisir ce que j’ignore. Mais autant que j’en puis juger, on ne trouvera rien de pareil ni dans l’ancien, ni dans le nouveau Testament. Toute leur erreur repose septem fratribus sit vindicaturus uxorem. Hoc autem problema insidiantes verbis Salvatoris, eo tempore pro- posuerunt, qao eum viderant de resurrectione docere discipules. Quibus respondens Salvator ait :«Erratis, nescientes Scripturas,neque virlutem Dei. In resurrec¬ tione enim mortuorum neque^nubent, neque nubentur, sed erunt sicut angeli in cœlis.» Qui erunt sicut .angeli, utique angeli erunt. Simulque discendum, quod angeli connubia non habeant. Hic véro, ubi mors, et nuptiæ, et , liberi necessarii sunt ; ubi immortales, nec conjugio opus est, nec filiis. Proponam mihi quæstionem valde moles- tam, et non facile solvitur, ex peraona eorum, qui studiosissimi Scripturarum sunt, et die ac nocte medi- tantur in Lege Domini Ps. i. Ubi inquiunt, scriptum est : « Quia neque nubent, neque nubentur? » Tarn vêtus quam novum Testamentum memoria ac mente perlus- trans, nusquam memini taie quid relatum. Quod si forte fallit, qui plus novit doceat. Libenter disco quod nescio . Sed quantum ergo existimo, nec in veteri, nec in novo instrumënto quidquam taie reperiet. Omnis ergo eorum error de prophetica, quam non intelligunt, lectione sur- COMMENTAIRES SUR L’EVANGILE DE SAINT LUC 219 donc sur des passages des prophètes qu’ils ne comprennent pas ; et entre autres sur cette parole d’Isaïe : « Mes élus n’auront point d’enfants pour faire leur malheur, » Isai. lxv. Et aussi ce texte tiré des bénédictions du Deutéronome : 1 « Bénis soient les enfants de votre sein » Deut. xxviii. Ils pensent que cela arrivera à la résur¬ rection, ne voulant pas comprendre que ce sont des bénédictions spirituelles qui leur sont prédites. Saint Paul, ce vase d’élection, inter¬ prétait dans le sens spirituel ces bénédictions contenues dans la Loi, il savait que ce n’était point des bénédictions charnelles. Car il disait aux Éphésiens : « Béni soit Dieu et le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui nous a comblés de toutes sortes de bénédictions spirituelles, quand nous ressusciterons des morts pour recevoir l’éternelle béatitude » Ephes. i. Ils trouvent encore dans les psaumes un passage du même genre, au sujet duquel ils tombent dans la même erreur. « Votre femme, » dit le Psalmite, « sera dans le secret de votre maison comme une vigne qui porte beaucoup de fruit; vos enfants seront autour de votre table comme un jeune plant d’oliviers, » Ps. cxxvu, et ainsi de suite, jusqu’à l’endroit où il dit : « Que le Seigneur vous bénisse de Sion, afin que vous contempliez les biens de Jérusalem. » Ce sera donc, lorsque Jérusalem sera rebâtie et rétablie dans son état primitif, que le juste verra les biens 'qu’énumère l’Écriture. Ceux qui prennent rexit;. e quibusillud est in Isaia : « Lecti raei non ha- beburit liberos in maledictionem » Isai . lxv, Et in Deu- teronomio iu benedictionibus ; « Benedicti filii uteri tui » Deut. xxvm. Et pütant hæc futura in resurrectio- ne, non intelligentes spiritales benedictiones esse præ- dictas. Paulus enim vas electionis, omnes has benedic- ti.ones, quæponuntur in Lege, spiritaliter interpretans, etsciens non esse carnales, ad Ephesios loquitur : y Benedictus Deus, et Pater Domini nostri Jesu Ghristi, qui benediXit nos in oi.nni benedictione spiritali, cum a mortuis, résurgentes æternam beatitudinem consequere- mur » Ephes. i. Sed et in psalmis simile quid reperien- tes eodera làbuntur errore. y Uxor, » inquit, « tua si- cut vitis abundans in lateribus domus tuæ, filii tui sicut novellæ olivarum in çircuitu men&e tuæ » Ps. cxxvii, usque ad eum locum ubi ait : «Benedicat te Dominus ex Sion, et videas quæ bona sunt Jérusalem. »Ergo cum ins- tructa fuerit Jérusalem et instaurata in antiquumstatum, tune visurus est bona quæ Scriptura commémorât. Qui spiritaliter intelligunt Jérusalem, et de ea dici sciunt Jérusalem dans le sens spirituel, et savent que tous ces passages ont trait à la Jérusalem céleste, à celle d’en haut, à celle qui 'est notre mère, Galat. iv, ceux-là, dis-je, verront les biens dont nous avons souvent parlé, , et aussi ce que nous avons -tout à l’heure emprunté au- psalmiste : « Votre femme sera dans le secret de votre maison, comme une vigne qui porte beaucoup de fruit; vos enfants seront autour de votre table comme un jeune plant d’oliviers. » Et parce que les Sadducéens, qui formaient une secte chez les Juifs, prenaient tout cela dans le sens charnel, le Sauveur leur dis : « Vous ne comprenez ni les Écritures, ni la puissance de Dieu. » Voilà en quelques mots ce que nous avions à dire au sujet de la question que les Sadducéens posèrent au Seigneur. Mais comme on y a joint ,ce qui a rapport à l’image de César, nous devons dire aussi quelque chose sur ce sujet. Il en est qui pensent que le Sauveur a dit simplement et dans le sens littéral : Rendez à César ce qui est à César, » c’est-à-dire, payez le tribut que vous devez. Mais en est-il un parmi nous pour prétendre qu’il ne faut pas rendre le tribut à César? Ce passage renferme donc quelque sens -mystique et caché. Il y a deux images de l’homme, l’une, qu’il a reçue de Dieu, ayant été dans le principe, faite, comme il est écrit dans la Genèse : « A l’image et à la ressem¬ blance de Dieu; Certes. i. l’autre qui est celle de l’homme terrestre, image que l’homme, quæ cœlestis est, quæ sursum est, quæ est mater nostra Gai. iv ; videbunt boDà illius, de quibus sæpe diximus, et id quod nunc de psalmo posuîmus : « Uxor tua sicut vitis abundans in lateribus domus tuæ, filii tui sicut novellæ olivarum in circuitu mensæ tuæ. » Quæ omnia corporaliter intelligentibus Sadducæis, qui erant portio Judæorum, dicit Salvator : « Nescitis Scripturas, neque virtutem Dei. » Hæc de quæstione, quam Sadducæi Domino proposuerunt, breviter dicta sint. Porro quod adjectum est de imagine Gæsaris, etiam super hoc debemus pauca perstringere. Putant quidam a Salvatore dictum esse simpliciter : « Reddite quæ sunt Gæsaris, Gæsari, id est, tributum reddite quod debetis. Quis enim nostrum de tributis reddendis Gæsari contradicit? Habet igitur locus quiddam mystici atque secreti. Duæ sunt imagines hominis, unam quam accepit a Deo factus in principio, sicut in Genesi scriptum est : « Juxta imagi¬ nera et similitudinem Dei Gen. i ; altéra choioi, id estp- terreni, postquam pr opter inobedientiam atque peccaturn ejectus de paradiso assumpsit eam, principis sæculi hujus SAINT JÉROME 220 cédant aux séductions du prince de ce monde, a prise, ^après avoir été, en punition de sa désobéissance et de son péché, chassé du paradis terrestre. Et en effet, de même que la pièce de monnaie et le denier portent l’image des souverains du monde, de môme celui qui fait les œuvres du prince dès ténèbres, porte l’image de celui dont il fait les œuvres ; et c’est cette image que Jésus nous commande de rendre et d’ôter de notre visage, en même temps qu’il nous ordonne de prendre l’image, selon laquelle nous avons été, dans le commencement, créés à la ressemblance de Dieu. Et par là il arrive que nous rendons à César, ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est Dieu. « Montrez-moi, » dit-il, « la pièce de de monnaie. » Au lieu de ce dernier mot, saint Matthieu . écrit : un denier. Matth. ïxxn, 19. « Et quand il l’eut reçu, il dit : De qui est l’inscription qu’il porte? Ils lui répondirent : De César. 11 leur dit alors : Rendez donc à César, ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Saint Paul en tire la conséquence en disant : « De même que nous avons porté l’image de l’homme terrestre, portons l’image de l’homme céleste. » II. Corinth.xv. Ces paroles : «Rendez à César ce qui est à César, » signifient donc : Dé¬ pouillez-vous de l’homme terrestre, rejetez l’image terrestre, afin que vous revêtant de l’homme céleste, vous puissiez rendre à Dieu ce qui est à Dieu. Dieu nous demande. Que nous demande- suasus illecebris. Sicut enim nummus atque denarius habet imagiaem imperatorum mundi ; sic qui facit opéra rectoris tenebrarum istarum, portât imagiuein ejus cujus habet opéra ; quam præcepit Jésus esse reddendam et projiciendam de vultu nôstro, assumendamque eam iinaginem, juxta quam a principio ad simiJitudinem Dei conditi sumus. Atque ita fit, ut quæ Cæsaris sunt, Cæsari, et quæ Dei, reddamus Deo. « Ostendite, » inquit, « mihi nummum. Pro quo in Matthæo scribitur denarius Matth, xxn, 19. « Quem cum accepisset, ait : Cujus scriptionem habet? Qui respondentes, dixerunt : Cæsaris. Ad quos rursum; reddite ergo, » inquit, « quæ sunt Cæsaris Cæsari, et quæ sunt Dei Deo. » Quorum consequentiam et Paulus locutus est, dicens : « Sicut portavimus imaginera choici, portemus et imaginera cœlestis » I Cor. xv. Quod ergo ait : « Reddite quæ sunt Cæsaris Cæsari, hoc dicit : Deponite ,personam choici, abjicite imaginera terrenam, ut possitis vobis personam cœlestis imponentes, reddere quæ sunt Del Deo. Repétit nos Deus. Quiduam repetit? Lege Moysen : t— il ? Lisez Moïse : « Et maintenant qu’est-ce que Dieu vous demande » et toute la suite. Dieu demande donc, et nous supplie, non pas qu’il ait besoin que nous lui donnions quelque chose, mais il demande pour faire servir à notre salut ce que nous lui aurons donné. Pour rendre ceci plus clair, je vais rapporter la parabole des mines. Celui qui avait reçu une mine, et lui en avait fait produire dix, les présenta au Seigneur qui lui avait confié la mino, et en reçut une autre qu’il n’avait pas auparavant. Car le Seigneur commanda de retirer la mine à celui qui l’ayant reçue, ne l’avait pas fait fruc¬ tifier, et de la donner à celui qui possédait déjà les autres. « Enlevez-lui la mine, » dit-il, « et donnez-là à ce'ui qui en a dix. » De cette sorte, ce que nous aurons donné à Dieu, il nous le rendra, en y joignant ce que nous n’avions pas auparavant. Dieu exige de nous et nous demande, pour avoir l’occasion de nous donner, pour accorder à celui-là même qui lui a prêté. Car c’est par sa grâce que la mine a été doublée, et à tous ceux qui le méritent, il est donné plus qu’ils n’espéraient. C’est pourquoilevons-nous, et prions Dieu de faire que nous soyons dignes de lui offrir des présents qu’il nous rende, et de nous accorder en échange des biens terrestres les biens célestes, dans le Christ Jésus, auquel appartiennent la gloire et l’empire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il. « Et nunc quid Dominus repetit a te? » et reliqua quæ sequimtur. Postulat igitur a nobis Deus, et deprecatur, non quia necessarium habet aliquid, ut ei tribuamus : postulat et postquam ei detlerimus, idipsum tribuat in salutem. Quod ut manifestius fiat, ponam parabolam mnarum. Qui unain acceperat ranam, et fecerat decem, et obtulit Domino, a quo sibi crédita mna fuerat, acce- pit et aliam quam antea non habebat. Illius enim mnam, qui non multiplicaverat quod arcepit, jubet Dominus auferri, et dari ei qui alias habet. « Tollite, » inquit, « mnam, et date ei qui habet decem mnas. » Atque ih hune modum quæ dederimus Deo, nobis ea ipsa resti- tuet cum his quæ ante non habueramus. Exigit et pos¬ tulat a nobis Deus, ut habeat occasionem donandi, ut ipsi tribuat qui erogavit. Ipsius enim gratia duplicata est mna, et dignus quibusque plus datum est quam sperabant. Qu apr opter surgentes or émus Deum, ut digni simus offerre ei munera quæ nobis restituât, et pro terrenis cœlestia largiatur, in Christo Jesu, cui est gloria ét imperium in sæcula sæculorum. Amen. LES TROIS LIVRES DES î COMMENTAIRES DE SAINT EUSÈBE JÉROME PRÊTRE DE STRIDON SUR L’ÉPITEE AUX GA1ATES PRÉFACE Peu de jours s’étaient écoulés depuis qu’ayant terminé l’interprétation de l’épitre de saint Paul à Philèmon, j’avais entrepris celle de l’épitre aux Galates, en laissant de côté beaucoup d’autres épitres intermédiaires, et voici que je reçois tout à coup une lettre de la ville de Rome, m’apprenant que la vénérable matrone Albine est allée jouir de la présence du Seigneur, et que la pieuse Marcelle privée du doux commerce de sa mère demandait plus que jamais d’être consolée par vous, Paule et Eustochie. Et comme il est impossible de satisfaire immédiatement à ce désir à cause de l’étendue immense de mer et de terre qui vous séparent, la pensée m’est venue Pauci admodum dies sunt, ex quo epistolam Pauli ad Philemonem interpretatus, ad Galatas transcenderam, multis retrorsum in medio præîermissis; et ecce subito litteræ mihi de Urbe allatæ sunt, nuntiantes et Albinam venei'abilem anum præsentiæ Domini redditam, et sanc- tam Marcellam ma tris contubernio destit^utam, magis mine vestrum, o Paula et Eustochium, flagitare solatium. Et quia boc intérim fieri non potest, pr opter grandia maris in medio spatia atque terrarum, repente vulnus impressum saltem Scripturarum vellem curare medica* de chercher à guérir cette vive blessure par le remède des Écritures. Je connais sa ferveur, je connais sa foi, je sais de quel feu son cœur est toujours embrasé, je sais quelle est au-dessus de son sexe, qu’elle oublie tout ce qui est humain et qu’au son éclatant des divines Lettres, elle traverse hardiment la mer rouge de ce siècle.' Oui; je peux le dire, lorsque j’étais à Rome; si rapidement qu’elle m’ait vu, elle m’a toujours adressé quelque question sur les Écritures. Et suivant la règle de Pythagore, elle n’admettait pas comme vraies toutes mes réponses, l’auto¬ rité n’avait aucun poids pour elle, sans des rai¬ sons évidentes; elle examinait toutes ces rai- mine. Scio equidem ardorem ejus, scio fidem, quam flammam semper habeat in pectore, superare sexum, oblivisci hominis, et divinoi’imx voluminum tympano concrepante, rubrum hujus sæculi pelagus transfretare. Gerte cum Romæ essem, numquam tam festina me vidit, ut nob de Scripturis aliquid interrogaret. Neque vero more Pythagorico quidquid respondei'am, rectum pu- tabat; nec sine ratione præjudicata apud eam valebat auctoidtas; sed examinabat omnia, et sagaci mente universa pensabat, lit me sentirem. non tam discipulam SAINT JEROME 222 sons, elle les pesait avec tant de sagacité que je sentais que j’avais en elle un juge plutôt qu'un élève. J’entreprends donc un travail que je pense devoir être fort agréable à celle qui est absente, et très utile à vous qui êtes ici près de nous, travail qui n’a pas encore été essayé avant nous par des écrivains de notre langue, et que peu d’écrivains grecs ont traité comme le demandait la dignité du sujet. Je n’ignorepas, il est vrai, que Caius Marius Victorinus qui enseignait la rhéto¬ rique à Rome lorsque j’étais encore enfant, a publié des commentaires sur l’Apôtre. Mais tout préoccupé qu’il était par l’étude des lettres pro¬ fanes, il ignorait complètement les saintes Écritures, dont personne quelle que soit son éloquence, ne peut parler comme il fdut, s’il ne les connait point. Quoi donc, ne suis-je pas un insensé ou un téméraire, moi qui promets ce que celui-ci n’a pu faire? Nullement, il me sem¬ ble au contraire, devoir être plutôt coupable de trop de défiance et de timidité, puisque dans la conscience de ma faiblesse, j’ai suivi ici les commentaires d’Origène. Ce grand homme a écrit cinq livres uniquement sur l’épitre aux Galates et a terminé son dixième livre des Stromates par une courte exposition de la même épitre. Il a encore composé divers traités et des extraits qui seuls auraient pu suffire. Je ne dis rien de Didyme mon voyant, ni d’Apol¬ linaire de Laodicée qui est sorti récemment de l’Église, et Alexandre, ancien hérétique, Eusèbe d’Émèse, et Théodore d’Héraclée qui ont laissé aussi des commentaires abrégés sur cette épitre. Si je recueillais quelques explications de ces écrits, il en résulterait un ouvrage qui ne serait pas entièrement à dédaigner. Mais pour l’avoiier en toute simplicité, j’ai lu tous ces écrits^et en faisant dans mon esprit un recueil abondant, j’ai fait venir un. secrétaire et lui ai dicté soit mes pensées, soit celles des autres, sans m’as¬ treindre à conserver ni l’ordre, ni les expressions, ni même le sons. Mais c’est à la miséricorde de Dieu seul, que nous sommes redevables, si, les sages explications des autres ne viennent pas à disparaître par notre peu de science, et si ces explications, qui sont si goûtées de ceux à qui elles s’adressent, ne le sont point parmi- les étrangers. Pour résumer en peu de mots le sujet de cette épitre, je dois vous avertir que l’Apôtre traite dans l’épitre aux Galates la même matière que dans l’épitre aux Romains, avec cette différence toutefois, que dans l’épitre aux Romains le sens est plus élevé et les raisonne- * ments plus profonds, ettandis que dans cette épi¬ tre, écrivant à ceux qu’il apostrophe ainsi dans la suite : « O Galates insensés, » et encore : « Êtes- vous si insensés? »>il a, employé un langage plus simple, le langage du reproche plutôt que de renseignement, langage que les insensés eux- mêmes pussent comprendre; et il a revêtu d’une habere, quam judicem. Itaque quod et illi absenti per- gratum fore, et vobis quæ in præsentiarum estis, utile existimo, aggrediar opus intentatum ante me linguæ nostræ scriptoribus, et a Græcis quoque ipsis vix paucis, ut rei poscebat dignitas, usurpatum. Non quod ignorem Caium Mariura Victorinum, qui Romæ, me puero, rhe- toricam , docuit, edidisse Commentarios in Apostolum; sed quod occupatus ille eruditione sæcularium litte- rarum, Scripturas omnino sauctas ignoraverit; et nemo posait, quamvis eloquens, de eo bene disputare, quod nosciat. Quid igitur, ego stultus aut temerarius, qui id pollicear quod ille non potuit? Minime. Quin potius in eo, ut mihi videor, cautior atque timidior, quod imbe- cillitatem virium mearum sentiens, Origenis Commen¬ tarios sum secutus. Scripsit onim ille vir in epistolam Pauli ad Galatas quinque proprie volumina, et decimum Stromatum Quorum librum commatico super explanatio- ne ejus sermone complevit. Tractatus quoque varios, et Excerpta, quæ vel sola possint [Al. possent\ sufficere composuit. Prætermitto Dklymum, videntem meum, et Laodicenum (Appollinarem) de Ecclesia nuper egressum, et Alexandrura vèterera hæreticum, Eusebium qüoque Emesenum, et Theodorum Heracleoten, qui et ipsi non- nullos super hac re Commentariolos [Al. commentarios] reliquerunt. E quibus si vel pauca decerperem, fieret aliquid quod non penitus contemneretur. Itaque ut sim- pliciter fatear, legi hæc orania, et in. mente mea pluri- ma coacervans, accito notario, vel mea, vel aliéna dicta- vi, nec ordinis, nec verborum interdum, nèc sensuum memoriam retentans. Jam Domini tantum misericordiæ est, ne per imperitiam nostram ab aliis bene dicta dis— pereant, et non placeant inter extraneos, quæ placent inter suos. Argumentum itaque Epistolæ hujus breviter comprehendens, hac præfatione commoneo, ut sciatis eamdem esse materiam et Epistolæ Pauli ad Galatas, et quæ ad Romanos scripta est. Sed hoc differre inter utram- que, quod in ilia altiori ' sensu et profundioribas usus ést argumentis, hic quasi ad eos scribens, de quibus in consequentibus ait : «O inseiisati Galatæ » ; Et «Sic insipientes estis, » taü se sermone moderatus est, quod PRÉFACE 223 élocution commune des pensées ordinaires, do manière à ramener par L’autorité ceux que la rai¬ son ne pourrait persuader. Il n’y a pas un seul discours de l’Apôtre, soit écrit soit parlé, où il ne s’applique à enseigner que tous les fardeaux de la loi ancienne sont supprimés, que tout ce qui a précédé en images et en figures, c’est-à-dire, le repos du sabbat, l’opération humiliante delà circoncision, le retour des Calendes et des trois grandes fêtes annuelles, l’abstinence scrupu¬ leuse des aliments, et les ablutions si souvent répétées dans le jour ont cessé à l’arrivée de la grâce de l’Évangile, qui reçoit son accomplisse¬ ment non du sang des victimes, mais de la foi de l’âme qui croit en Jésus-Christ. Mais partout •ailleurs, ce n’est qu’en partie et suivant que l’occasion s’en présente au milieu d’un sujet tout différent que l’Apôtre parle indirectement et très sommairement de cette vérité. Dans ces épitres, au contraire, il traite directement de l’abrogation de la loi ancienne et de l’introduc¬ tion de la nouvelle loi. Mais l’épitre aux Galates à cela de propre, que l’Apôtre n’y écrit pas à ceux qui avaient quitté le judaïsme pour croire en Jésus-Christ, et qui croyaient qu’on devait observer tous les rites et cérémonies de leurs pères; mais à ceux d’entre les gentils qui avaient reçu la foi de l’Évangile et qui, retournaient en arrière, sur l’autorité de quelques docteurs qui assuraient que Pierre lui-même, Jacques et toutes increpar^t potius, quam doceret; et quem possent stul- ti intel.ligere, ut communes sententias, communi oratio- ne vestiret, et quos ratio suadereriion poterat, revoca- ret auctoritas. Nullus quidem Apostoli sermo est, vel , per Epistolam, vel præsentis, in quo non laboret docere antiquæ Legis onera deposita, et omnia ilia quæ in typis et imaginibus præcesserunt, id est, otium sabbati, cir- cumcisionis injuriam, Kalendarum et trium per annum solemnitatum recursus, scrupulositatem ciborura, et per dies singulos lavacra iterurn sordidanda, gratia Evange- lii subrepente cessasse, quam non sanguis victimarum, sed fides animæ credentis impleret. Verum alibi pro partout ut se aliud agenti hæ; quæstio obtulerat, ex la- tere disputatum est, et pene perstrictum. In his autem duabus, ut dixi, Epistolis, specialiter antiquæ legis cessa- tio,,et novœ introductio continetur. Sed ad Galatas hoc proprium habet, quod non scribit ad eos qui ex Judæis in Ghristum crediderant, et pateruas putabant cœre- monias observandas, sed ad eos qui ex gentibus fidem Evaugelii receperant, et rursum rétro lapsi, quorumdam fuerant auctoritate deterriti, asserentium Petrum quo- les Églises de Judée avaient fait un mélange do l’Évangile du Christ avec la loi ancienne. Paul lui -même, disaient-ils, prêche aux gen tils d’une manière différente qu’il n’agit parmi les Juifs, et c’est en vain qu’ils croient dans le Crucifié s’ils croient pouvoir négliger ce que les premiers des apôtres observent fidèlement. Saint Paul marche donc avec précaution entre ces deux écueils, il s’applique à ne point trahir èt livrer la grâce de l’Évangile, pressé qu’il est par le poids et l’autorité des anciens; et d’un autre côté, à ne point blesser ceux qui l’ont précédé, en défendant la cause de la grâce. Il marche donc par deux voies détournées et s’avance secrètement comme par des conduits souterrains. Il veut ainsi enseigner à Pierre à se conduire de telle manière vis-à-vis du peuple de la circoncision qui lui est confié, que ce peuple forcé de renon¬ cer tout d’un coup à son genre de vie tradi¬ tionnelle, il n’en prenne scandale, et ne refuse de croire dans la croix de Jésus-Christ. Et pour lui, à qui a été confiée la prédication des gentils, il croit qu’il est juste de défendre dans l’intérêt de la vérité, ce qu’un autre dissimulait dans l’intérêt de son ministère. C’est ce que n’a nullement compris ce Batanéot, ce scélérat de Porphyre qui, dans le premier livre de s6n ouvrage contre nous, objecte que Pierre a été réprimandé par Paul, parce qu’il ne marchait pas droit dans la prédication de l'Évangile, voulant \ que et Jacobum, et totas Judææ Ecclesias, Evangelium Christi cum lege veteri miscuisse. Ipsum etiam Paulum aliud in Judæa facere, aliud nationibus prædicare; et frustra eos in Cruciflxum credere, si id negligendum putarent quod Apostolorum principes observarent. Qua- mobrem ita caute inter utrumque et médius incedit, ut nec Evangelii prodat gratiam, pressus pondéré et auc¬ toritate majorum, nec præcessoribus faciat injuriam, dum assertor est gratiæ; oblique vero et quasi per cu- niculos latenter incedens; ut [AL ef] Petrum doceat pro commissa sibi circumcisionis plebe facere,. ne ab antiquo repente vivendi more desciscens, in cruceum scandaliza- ta non crederet, et sibi prædicatione gentium crédita, æquum esse id pro veritate defendere, quod alius pro dispensatione simularet. Quod nequaquam intelligens i Eataneotes et sceleratus illePorphyrius, in primo operis sui adversum nos libro, Petrum a Paulo objecit esse reprehensum, quod non recto pede incederet ad evan- gelizandum; volens et illi maculam erroris inurere, et huic procacitatis, et in commune ficti dogmatis accusare mendacium, dum inter se Ecclçsiarum principes discre- 224 v SAINT JÉROME infliger à Pierre une flétrissure d'erreur et à Paul une marque d’insolence, et accuser de mensonge, contre tous les deux une doctrine fausse et erronée, alors qu’ils étaient tous deux er\ com¬ plet désaccord. Nous arrivons ainsi, par le secours de vos prières, à l'explication abrégée du sens du pent [Al, discreparent.] Quæ quidem et nunc, orantibus vobis, leviter quo sensu sint dicta, contingimus, et in suis locis plenius exsequemur. Sed jam tempus est, ut texte, comme nous le mentionnerons plus pleine- . ment en sonlieu. Mais il est téftips qu’exposant les paroles.de répitre lui-même, nous cherchions à mettre dans leur jour tout co que renferme cette épitre. ipsius Apostoli verba ponentes, singula qviæque panda- mus. COMMENTAIRES DE SAINT JÉROME R , . SUR f % L’ÉPITRE A.UX GALàTES % ■■ LIVRE CHAPITRE I". « Paul apôtre, non par des hommes, ni par l’au¬ torité d’aucun homme, etc. » — Ce n’est point par orgueil comme quelques-uns . le pensent, mais par nécessité, que saint Paul déclare que ce n’est ni des hommes, ni par l’intermédiaire d’aucun hommôj;qu’il tient son titre et sa mission d’apôtre, mais par Jésus-Christ et par Dieu le ÿ Père. Il confond ainsi par une si grande autorité, ceux qui publiaient partout qu’il était en dehors l des douze apôtres, qu’on l’avait vu paraître su¬ bitement sortant de je ne sais où, ou qu’il avait été appelé à l’apostolat par les chefs de l’Église. On peut dire aussi qu’il fait ici une allusion indirecte à Pierre et aux autres apôtres, en disant que la prédication de l’Évangile lui a été confiée non par les apôtres, mais par Jésus-Christ lui-même qui av^it choisi ces apôtres. Or tout ce préam¬ bule' est comme une, réponse anticipée, faite à peux qui auraient pu opposer à sa doctrine, qui établissait la grâce de l’Évangile contre les far- CAPUT I. « Paulus apostolus, non ab hominibus, neque i-per hôminein ; sed per Je&um Ghristum et Deum Patrem, qui suscitavit eura a mortuis. » Non su¬ perbe, ut quidam putant, sed necessarie neque ab homi- nibus, neque per Rominem, se Apostolum esse proponit ; sed per Jesum Chris Lum, et Deum Patrem, ut eos qui Paulum extra duodecim apostolos ventilabant, et nescio unde subito prorupisse, vel a majoribus ordinatum as- truebant, hac auctoritate confunderet. Potest autem et oblique in Petrum et in cæteros dictum accipi, 'quod non ab apostolis ei sit tradition Evangelium ; sed ab ip¬ so Jesu Ghristo, qui et illos apostolos elegerat. Hoc au¬ tem totum ideo præparatur, ut nemo sibi contra Legis Tom, x. PREMIER deaux imposés par sa loi : mais voilà ce que Pierre a clit, ce que les apôtres ont établi, ce que vos prédécesseurs ont décrété. Ce qu’il ne dit ce semble, qu’à mots couverts en commençant, il I exprime plus clairement dans la suite lorsqu’il affirme qu’il n’a rien reçu de ceux qui paraissaient être quelque chose; lorsqu’il écrit qu’il a résisté en face à Pierre et qu’il n’a été entraîné par aucune nécessité à céder à l’hypocrisie des Juifs. II pourra paraître téméraire à quelques-uns que Paul se soit exprimé, bien qu’en termes voilés, contre les apôtres, lui qui s’était rendu à Jéru¬ salem pour comparer l’Évangile qu’il prêchait avec celui des apôtres, de peur de travailler ou d’avoir travaillé inutilement. Comprenons donc bien que jusqu’à ce jour, les apôtres avaient été envoyés par les patriarches des Juifs. C’était même je le pense, par leurs conseils que les Galates pervertis, avaient commencé de garder les. observances légales, ou bien certainement d autres d’entre les Juifs qui croyaient en Jésus- Christ, étaient allés en Galatie, affirmant que onera pro Evangelii gratia disputant!, possit opponere ; sed Petrus hoc dixit, sed apostoli hoc statuerunt, sed. præcessbres tui aliud decreverunt. Quod quidem in se- quentibus, nunc quasi occulto sermone. præludens, ma¬ nifestais facit ; dum ab eis qui videntur esse aliquid, nihil in se.coJIatum refert, et ipsi Petro zn faciem resti- tisse se scribit, nu)la se dicens necessitate compulsum, ut h j pocrisi cederet Judseorum. Quod si temerarium quibusdam videtur, enm contra apostolos, quamvis oc¬ culte, ] ocntn m ; qui Jerosulymam idcirco perrexerit [Al. perreœerat,] ut cum eis conferret Evangelium, ne forte in vacuum curreret, ; ut cucurrisset, illo intelligentiam transferainus. Usque hodie a patriarchis Judæorum apostolos initti, a quibus etiam tune reor Galatas depra- vatos Legem observai'® cœpïsse, vel certe aliosde Judæia 15 i>' * 226 SAINT JEROME Pierre le prince des apôtres et Jacques frère du Seigneur observaient les prescriptions de la loi. C’est donc pour établir une distinction entre ceux qui sont envoyés par les hommes, et lui Paul qui a reçu sa mission de Jésus-Christ, '"qu’il débute par cet exorde : « Paul apôtre, non pas des hommes, ni par l’intermédiaire- d’aucun homme. » Or apôtre veut dire envoyé. C’est un nom qui est propre aux hébreux et qui a pour synonyme le mot Silas, nom qui fut donné par celui qui envoyait à celui qui était envoyé. Au témoignage des Hébreux, parmi les prophètes et ceux qui font profession de sainteté, il en est qui sont tout à la fois prophètes et apôtres, d’autres qui sont simplement prophètes; enfin lorsque Dieu dit à Moïse : «je t’enverrai à Pharaon, » que répond Moïse? « Veuillez en choisir un autre pour l’envoyer « Exod. ni. Ecoutez encore ce que Dieu dit à Moïse : « Qui enverrais-je et qui ira vers ce peuple?» (Isai), Tous deux, sont donc apôtres et prophètes, c’est aussi ce qui peut nous faire comprendre comment Jean-Baptiste peut être appelé à la fois prophète et apôtre, car l’Écriture dit de lui : « Et un homme fut envoyé de Dieu et son nom ôtait Jean. » Et. dans l’épitre aux hébreux, Paul n’a pris en tête de cette épître, ni son nom propre, ni le titre d’apôtre, parce qu’il allait dire de Jésus-Christ : « Ayant donc Jésus pour souverain Pontife et apôtre de credentibus in Ghristum perrexisse Galatiam, qui àssere- rent Petrum quoque apostolorum principem, et Jacobum fi’atrem Domini, Legis cæremonias custodire. Ad dis- tinctionem itaque eorura qui mittuntur ab hominibus, et sui,qui sit missus a Chris to, taie sumpsit exordium : « Paul us apostolus, non ab hominibus, neque per liomi- nem. » Apostolus autem, hoc est, « missus, » Hebræo- rum proprie vocabulum est, quod « Silas » [Al. Silai,] quoque sonat, cui a mittendo « missi, » nomen hnposi- tum est. Aiunt Hebræi inter ipsos quoque prophetas, et sanetos viros esse quosdara, qui et prophetæ et apostoli sint, alios vero qui tantum prophetæ. Denique Moysen, cui dicitur : « Et ego mittam te ad Pharaonem » Eœod iii, 10, 11 ; et ipse respondeat : « Provide alium quem mittas » : Et Isaiam, cui loquitur Deus : «Quem mittam et quis ibit ad populum istum » Isai, vi, 8 ? esse et apostolos et prophetas. Unde et nos possumus intellige- re Joannem quoque Baptistam et prophetam et aposto- lum appellandum, siquidem ait Scriptura : « Fuit homo missus a Deo, cui nomen erat Joannes » Jocm. i, 6. Et in Epistola ad Hebræos Hebr . ni, propterea Paulum so- ita consuetudine nec nomen suum, nec apostoli vocabuÿ notre confession. ». Il n’était pas convenable en effet, que là où Paul enseignait que Jésus-Christ était apôtrej il se donnât lui-même ce même titre d’apôtre. Or, on peut distinguer quatre sortes d’apôtres. Les uns ne tiennent leur mission ni des hommes, ni par l’intermédiaire des hommes. Les seconds la reçoivent de Dieu, mais par le moyen des hommes. Les troisièmes la reçoivent des hommes et non de Dieu. Les quatrièmes ne tiennent cette mission, ni de Dieu, ni par le moyen des hommes, ni des hommes, mais d’eux-mêmes. Nous pouvons placer dans la première classe Isaïe et les autres prophètes, et l’apôtre saint Paul lui-même qui n’a reçu sa mission ni des hommes ni par le moyen des hommes, mais de Dieu le Père et de Jésus-Christ. A la seconde classe, appartient Jésus fils de Navé que Dieu a établi son envoyé, mais par l’intermédiaire de Moïse. La troisième classe est composée de ceux qui sont appelés par la faveur et la volonté des hommes. Aussi en voyons-nous beaucoup aujourd’hui qui sont élevés au sacerdoce non pas par les jugements de Dieu, mais par les suffrages achetés du peuple. La quatrième classe comprend les faux prophètes et les faux apôtres ; c’est d’eux que l’Apôtre a dit : Ce sont de faux apôtres, des ouvriers d’iniquité qui se déguisent en apôtres de Jésus-Clïrist » Cor . xi. 13. et disent : Voilà ce que dit le Seigneur,. lum præposuisse, quia de Christo erat dicturus :« Ha- bentes ergo principem sacerdotum, et apostolum confes- sionis nostræ Jesum; » nec fuisse congruum, ut ubi Christus apostolus dicendus erat, ibi etiam Paulus apos¬ tolus poneretur. Quatuor autem généra apostolorum. sunt. Unum, quod neque ab hominibus est, neque per hominem, sed per Jesum Christum, et Deum Patrem ; aliud, quod a Deo quidem est, sed per hominem ; ter- tinm, quod ab homine, non a Deo ; quarfcum, quod ne- que a Deo, neque per hominem, neque ab homine, sed a semetipso. De primo genere potest esse Isaias, cseteri- que prophetæ, et ipse apostolus Paulus, qui neque ab ho„ minibus, neque per hominem, sed a Deo Pâtre et Ghris- to missus est. De secundo, J^sus filius Nave, qui a Deo quidem est apostolus constitutus, sed per hominem, Moysen. Tertium genus est, cum horainum favore et studio aliquis ordinatur. Ut nunc videmus plurimos non Dei judicio, sed redempto favore vulgi in sacerdotium subrogari. Quantum est pseudoprophetarum et pseü- doapostolorum, de quibus Apostolus : « Istiusmodi. » inquit, pseudoapostoli, operarii iniquitatis, transfigu¬ rantes se in apostolos Ghristi, qui dicunt : Hsec dicit m COMMENTAIRES SUR L1 alors que le Seigneur ne les a pas envoyés. Tel n’était point l’apôtre saint Paul qui >n’k été envoyé ni des hommes, ni par le moyen dés t hommes, mais qui n’a reçu sa mission que de Dieu le Père par Jésus-Christ. De ce fait nous pouvons tirer une preuve peremptoire contre l'hérésie d’Ebion et de Photin que Notre-Sei- gneur Jésus-Christ est Dieu, puisque l’apôtre qui a été envoyé par Jésus-Christ pour prêcher l’Évangile nie qu’il ait été envoyé par un homme. D’autres hérésies cherchent à se glisser ; ils prétendent que la chair de Jésus-Christ n’était qu’imaginaire, et ils disent que Jésus-Christ était Dieu, mais qu’il n’était pas homme. Une nou- . velle hérésie va jusqu’à enseigner que l’économie de la mission de Jésus-Christ n’a ôté faite qu’à moitié; c’est ainsi que la foi de l’Église se trouve exposée aux naufrages de tant de fausses doc¬ trines. Si elle affirme l’humanité de Jésus-Christ, Ebion et Photin se présentent. Si elle enseigne /TU’il est Dieu, c’est le Manichéen, c’est Marcion l’auteur d’une nouvelle doctrine qu’on voit tout à coup surgir. Qu’ils écoutent tous cette vérité : Jésus-Christ est Dieu et homme, non parce que Dieu soit autre ici que l’homme; mais celui qui était Dieu de toute éternité a daigné se faire homme pour notre salut. Il faut remarquer que dans le texte de Marcion on ne lit point : « Et par Dieu le Père. » Il a voulu insinuer que Dominus : et Dominus non misit eos » II Cor. x, 13. Verum non talis apostolus Paulus, qui neque ab homini- bus, neque per hominem, sed a Deo Pâtre per Jesum Ghristum missus est. Ex quo approbatur, Ebionis et Photini etiam hinc hæresis retundenda, quod Dominus noster Jésus Ghristus, Deus sit; dum Apostolus quia a Gbristo ad prædicationem Evangelii missus est, negat se missum esse ab homine. Subrepunt boc loco cæteræ hæreses, quæ putativam Ghristi carnem vindicantes, Deum aiunt Ghristum esse, non bominein. Necnon et nova hæresis, quæ dimidiatam Ghristi asserit! dispensa- tionem. Atque ita Ecclesiæ Ades inter tanta falsorum dogmatuin nanfragia constitutu, si Ghristum fateatur [Ai. fateretur] hominem, Ebion Photinusque subre¬ punt; si Deum esse contenderit, Manichæus, et Mar¬ cion, nôvelli dogmatis auctor ebulliunt. In commune itaque audiant, Ghristum et Deum esse et hominem. Non quod alius Deus sit, et alius homo ; sed qui Deus semper erat, homo ob nostram salutem esse dignatus est. Sciendum quoque in Marcionis Apostolo non esse scriptum, «; et per Deum Patrem, » volentis exponere Ghristum non a Deo Pâtre, sed per semetipsum ÉP1TRE AUX GALATES JésUs-Ghrist n’avait pas été ressuscité par Dieu le Père, mais par lui-même, conformément à ces paroles : « Détruisez le temple de Dieu et je le rebâtirai en. trois jours, » Jean xi, et à ces autres : « Nul ne m’ôte la vie, mais je la dépose dé moi-même. J’ai le pouvoir de la quitter, et j’ai aussi le pouvoir de la reprendre. « Et tous les frères qui sont avec moi, aux Églises de Galatie. » Dans d’autres épîtres, nous voyons en tête Sosthène et Silvanus, quelquefois Timothée. Dans celle-ci, où l’autorité d’un plus grand nombre était nécessaire, tous les frères se trouvent collectivement nommés. Peut-être appartenaient-ils à la circoncision, et par-là même, n’étaient pas méprisés des Galates. Quand il s’agit de réformer le peuple, l’avis et le consente¬ ment d’un grand nombre contribuent beaucoup au succès. L’Apôtre dit : « Aux Églises de Galatie. » Il nous faut faire remarquer que saint Paul n’écrit pas ici, à une seule Église, mais à toutes les Églises de la contrée, et qu’il s’adresse à des Églises auxquelles il reprochera dans la suite de s’être laissées dépraver par l’erreur. Concluons de là que l’Église peut être entendue de deux manières; de l’Église qui est sans tache et sans ride et qui est vraiment le corps de Jésus- Christ, et de celle qui toute réunie qu’elle est au nom de Jésus-Christ, n’a pas encore toutes les vertus dans leur plénitude et leur perfec- suscitatum, ut est illud : « Solvite templum hoc, et ego in triduo suscitabo illud » Joan. n, 19. Necnon et alibi ; « Nemo toliit animam meam a me; sed ego pono eam a meipso. Potestateni habeo ponendi eam et rursum potestatem habeo sumendi illam » Ibid.y x, 18. «c Et qui mecum sunt omnes Cratres, Ecclesiis [Al. Ecclesiæ] Galatiæ. » In aliis Epistolis, Sosthenes, et Silvanus, interdum et Timotheus in exordio præpo- nuntur; in hac tantum, quia necessaria erat auctoritas plurimoruin, omnium fratrum nomen assumitur. Qui et ipsi forsitan ex circumcisione erant, et a Galatis non contemptui ducebantur. Plurimum quippe facit ad populuin corrigendum, multorum in una r'e sententia atque consensus. Quod autem ait, « Ecclesiis Galatiæ; » et hoc notandum quia hic tantum generaliter non ad unam Ecclesiam unius urhis, sed ad totius provinciæ scribat Ecclesias, et Ecclesias vocet, quas postea errore arguat depravatas. Ex quo noscendum dupliciter Ecclesiam posse dici, et eam quæ non habeat maculam aut rugam, et vere corpus Ghristi sit, et eam quæ in, Ghristi nomme absque plenis perfectisque virtutibus congregetur Epkes. v. Quo modo sapientes bifariam 228 SAINT JEROME tîori. C’est ainsi que nous donnons le nom do sages à deux sortes d’hommes/ à ceux qui pos¬ sèdent la vertu dans toute sa perfection, et à ceux qui ne font que commencer et entrent seulement dans la voie du progrès. Des par¬ faits il est dit : « Je vous enverrai des sages -, » de ceux qui commencent : « Reprenez le sage et il vous aimera », Prov. ix. En effet, celui dont la vertu est pleine et consommée, n’a pas besoin d’être repris. C’est dans le même sens qu’il faut entendre' les autres vertus; parle t’on d’un homme fort, prudent, pieux, chaste, juste et tempérant, il faudra l’entendre tantôt d’une manière complète, tantôt dans un sens restreint et limité. « Que la grâce et la paix vous soient données par Dieu le Père, et par Notre-Seigneur Jésus- Christ. Il ne parle pas comme dans les autres Ôpitres de la, grâce et de la paix de Dieu le Père et de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de cette grâce par laquelle, sans le mérite des oeuvres, les péchés de la vie ancienne sont pardonnés et la paix accordée après la pardon ; mais il défend déjà sa cause avec prudence contre ceux qui étaient prévenus en faveur de la loi, et qui pensaient pouvoir être justifiés par les œuvres afin que bien convaincus que c’est par la grâce seule qu’ils étaient sauvés, üs ne le fussent pas moins de l’obligation de persévérer dans leurs premiers sentiments. imncupantur, tam hi qui sunt plenæ perfectæque virtutis, quam illi qui incipiunt, et in profectu positi sunt. De perfectis dicitur : « Mittam in vos sapientes » Luc. xi, 49. De insipientibus : « Argue sapientem, et diliget te » Prov . vin. 9. Qui enim plenæ consuinmatæque virtutis est, correptione non indiget. Juxta hune sensuin de cæteris quoque virtutibus iiitelligendum : quod scilicet fortis et prudens, pius, castus, justus, et temperans, interdum plene, interdum abusive accipiantur. « Gratia vobis, et pax a Deo Ratre,. et Domino nostro Jesu Ghristo. » Non ut in cæteris Epistolis, Dei Patris et Domini nostri Jesu Ghristi gratiam ponit, et pacem, per quas absque operum merito, et peccata nobis concessa sunt pristina, et pax indulta post veniam : sed prudenter jam causam agit adversum eos qui fuerant a lege præventi, et putabant se posse ex operibus justificari, ut scirent se salvos gratia, in eo perseverare dèbere quod cœperant. « Qui dédit semetipsum pro peccatis nostris, ut eriperet nos de præsenti sæculo malo, secunduzn voluntatem Dei et Patris nostri, cui estgloria in sæculâ « Qui s’est livré lui-même pour nos péchés; » ni le Fils nes’estpas livré pour nos péchés sans la volonté du Père, ni le Père n’a livré son Fils sans la volonté du Fils; mais la volonté du Fils était d’accomplir la volonté du Père, comme il le dé¬ clare dans ce Psaume : « Il est écrit que j’accom¬ plirai votre volonté, je l’ai voulu, ô mon Dieu. » Ps. xxxix, 8. Or, le Fils s’est livré pour détruire, par sa justice, l’injustice qui est en nous. La sagesse s’est livrée pour triompher de la folie. La sainteté et la force se sont offertes pour effacer nos souillures et nos infirmités. Dans ce sens, ce n’est pas seulement pour le siècle futur qu’il nous a délivrés selon l’espérance qu’il nous a donnée et sur laquelle repose notre foi ; il nous a déli¬ vrés même du siècle présent, alors que morts avec Jésus-Christ nous sommes transformés par une sainte nouveauté de sentiments, et nous cessons d’être du monde, qui cesse lui-même avec raison de nous aimer. On demande dans quel sens on peut dire que le siècle présent est mauvais. Les hérétiques prennent occasion de cette qualification pour affirmer que le créateur dé la lumière et dos siècles futurs, est un être distinct du créateur des ténèbres et du siècle présent. Nous disons au contraire, que ce n’est point tant ce siècle qui s’écoule par la succes¬ sion de la nuit et du jour, des années et des mois, qui est appelé mauvais, que les choses qui se font dans le siècle. C’est dans ce sens que l’Évangile sæculorum. A^nen. » Neque Filius se dédit pro peccatis nostris absque vohmtate Patris, neque Pater tradidit Filium sine Filii voluntate ; sed hæc est voluntas Filii, voluntatem Patris implere ut ipse loquitur in psalmo : « Ut facerem voluntatem tuam, Deus meus, volui » Psal. xxxix, 9. Dédit se autem Filius, ut injustitiàm quæ erat in nobis, justitia ipse subverteret. Tradidit se sapientia, ut insipientiam expugnaret. Sanctitas et fortitudo se obtulit, ut spurcitiam, infirmitatemque deleret. Atque ita non solum in futuro sæculo juxta promissam spem qua credimus, sed etiam hic de præsenti sæculo nos Jiberavit : dum commorlui Ghristo transfiguramur in novitatem sensus, et non sumus de hoc mundo, a quo merito nec amamur. Quæritur quomodô præsens sæculum malum di’ctum ■ sit. Soient quippe hæretici hinc capere occasiones. ut alium lucis et futuri sæculi, alium tenebrarumet præsentisasserant conditorem Nos autem dicimu.-;, non tam sæculum ipsum, quod die ac nocte, annis currit et mensibus, appellari malum, quam op.tovup.coc;, ea quæ in sæculo fiant ; quomodo suffleere dicitur diei malitia sua Matth. vi ; et dies COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES 229 dit : « qu’à chaque jour suffit sa malice et que Jacob dit des jours de sa vie qu ils ont été courts et mauvais Gén. xlvii, 9, Ce n’est pas que l’espace de temps dans lequel a vécu Jacob ait été mauvais, mais parce querles choses qu’il a souffertes ont été pour lui autant d’épreuves qui l’ont fortement exercé. Ainsi, dans le /temps oii Jacob servait pour obtenir ses épouses et qu’il avait à lutter contre mille difficultés, Esaü menait une vie tranquille. Le même espace de temps était donc bon pour l’un, et mauvais pour l’autre; et l’Ecclesiaste n’auraït pas écrit : Ne dites pas que mes premiers jours étaient bons en comparaison de ceqx-ci, si ce n’est pour faire la distinction des mauvais. C’est ce qui fait dire à saint Jean : « Tout le monde est sous l’empire de l’esprit mauvais. » Jean . iv. 19. Ce n’est pas que le monde par lui-même soit mau¬ vais, mais le mal se fait dans le monde par les hommes qui disent: «Mangeons et buvons, demain nous mourrons, » Isaï. xxu, 17. Voilà pourquoi l’Apôtre lui-même nous dit : Rachetons le temps parce que les jours sont mauvais. » Eph . v, 16. Les bois sont regardés comme infâmes, parce qu’ils sont pleins de brigandages ; ce n’est ni la terre, ni les forêts qui sont coupables, mais les lieux sont comme souillés par les homicides qui s’y commettent. Nous avons en horreur le glaive qui a servi à répandre le sang humain, et }a coupe dans laquelle on a versé le poison; ce n’est la faute ni du glaive ni de la coupe; mais ceux qui en ont fait mauvais usage, sont dignes de notre haine. C’est ainsi que le siècle consi¬ déré comme espace de temps, n’est par lui-méme ni bon ni mauvais, ce n’est que par la vie de ceux qui sont dans le siècle, qu’il mérite d’être appelé bon ou mauvais. Méprisons donc les folies et les fables de Valentin qui imagina ses trente éons parce que les Écritures parlent des siècles, et prétendit qu’ils étaient animés, et par ses séries, de quatre, de huit de dix et de douze, enfanta autant de siècles que la truie d’Énée mit bas de petits. Examinons encore la différence qui existe entre le siècle et le siècle du siècle ou les siècles des siècles, et dans quelles circons¬ tances cette locution désigne un espace de temps limité ou l’éternité. Dans l’hébreu, le mot siècle, c’est-à-dire olam, avec la lettre vau signifie l’éternité; sans cette lettre il n’exprime plus que la cinquantième année, qu’ils appellent l’année jubilaire. Voilà pourquoi l’hébreu qui aimant son maître, dans l’intérêt de sa femme et de ses enfants consentait à avoir, l’oreille percée et à servir comme esclave, devait servir in secuium c’est-à-dire jusqu’à la cinquantième année Exod. xxi, 5, 6. Ainsi encore les Moabites et les Ammonites ne devaient pas entrer dans l’assem¬ blée du Seigneur même après la cinquième et la dixièmo génération et jusqu’à la fin. du siècle Deut xx, iii. 3. C’est qu’en effet, tout contrat Jacob modici esse scribuntur et pessimi Genes. xlvii. Non quo spatium temporis, in quo vixit Jacob, nialuin fuerit, sed quo ea quæ sustinnit, per varia eum exercue- rint tentamonta. Denique eo tempore quo ille pro conju- o-ibusserviebat, et multis conflïctabatur angustiisGew. xxix^ Ésau in requie erat, atque ita idem temporis spatium, alii bonum, alii maluin fuit; nec scriptum esset in ■Ecclesiaste : « Ne dixeris quia dies mei priores » [Al. pejores] « erant boni super istos » Ecoles, vu, il, nisi ad disorimen malorum. Unde Joannds ait : » Mundus omnis in maligno positus est » I Jocm. v, 19. Non quod mundus ipse sit malus, sed quod mala in mundo liant a b hominibus, « Manducemus ea bibamns, » dicentibus, « cras enim moriemur » Isai1 xxn, 17. Etipse Apostolus: « Redimentes, » inquit, « tempus, quia dies mali sunt » Ephes . v/lô. Infamantur et saltus, cum latrociniis pleni sunt, non quo terra peccet et silvæ, sed quo infamiam homicidii loca quoque traxerint. Delestamuret gladium, quô humanus effusus est cruor, et calicem in quo venenum temperatum est, non gdadii, calicisque peccato; aed quod .odium mereantur illi qui his male usi sunt. Ita et sæculum, quod est spatium temporum, non per semetipsum, aut bonum, aut malum est, sed per eos qui in illo sunt, aut bonum appellatur aut malum. Quaprop- ter ValenLini deliramenta et fabulæ contemnéndæ sunt, qui triginta atwvocç suos, ex eo quod in Scriptum sæcula legantur, affmxit, dicens eos esse aniraalia, et per quadradas et ogdoadas, decadas quoque et duodeca- das, tôt edidisse numéros sæculorum, quot Æneia fétus scropha generavit. Quærendum quoque quid sit inter . sæculum, et sæculum sæculi, sive sæcula sæculorum, et ubi pro brevi temporis spatio, ubi pro æternitate ponatur; quia in Hebræo sæculum, id est, olam, ubi vav litteram positam babuerit, æternitatem significat, ubi vero sine vav scribitur, annum quinquagesimum, quem illi Jubilæum vocant. O b banc causara e^t ille I-Iebræus qui propter uxorein et liberos amans Dominum suum aure perlunsa servitio subjugatur, service jubetur in sæculum Exod . xxi, hoc est usque ad annum quinquagesimum. Et Moabitæ et Ammomtæ Deut. xxm, non ingrediuntur Ecclesiam Domini, usque ad quintam et dechnam génération©:» 230 . SAINT JÉROME onéreux était résolu dans l’année jubilaire. Il en est. qui expliquent cette locution : « dans les Siècles des siècles » comme nous expliquons ces autres : dans le saint des saints, dans les cieux des cieux, dans les œuvres des œuvres, dans les cantiques des cantiques. Ainsi la différence qui existe entre les cieux et ceux à qui appartiennent les cieux; entre les saints, qui en comparaison des autres ont une sainteté plus grande; entre les œuvres plus parfaites les unes que les autres; entre les cantiques qui ont une supériorité mar¬ quée sur tous les autres cantiques; cette diffé¬ rence existerait- entre le siècle et les siècles des siècles. D’après leur sentiment, le siècle présent doit être compté à partir de la création du ciel et de la terre, et se continue jusqu’à la consom¬ mation ' du monde, alors que le Christ doit juger tout ce qui existe. Ils remontent même plus haut, et s’enfoncent dans les siècles qui ont précédé; ils disputent sur les siècles passés et futurs, examinant s’ils ont été bons et mauvais ou s’ils le deviendront, et ils se trouvent entraînés dans des questions si profondes qu’ils ont composé sur cette matière des traités et des livres.à l’infini. — Le prologue de l’Apôtre se termine par cette formule hébraïque. Amen , que les Septante ont traduite par yevotro, c’est à-dire ainsi soit-il, et Aquila par ireTutjTtopévoç vraiment ou fidèlement. C’est une expression que le Sauveur emploie souvent dans l’Évangile et usque in sæculum ; quia omnis dura conditio Jubilæi solvebatur adventu. Quidam dicunt eumdein esse sens uni in sæculis sæculorum, quem in sanctis sanctorum, in ’cœlis cœlorum, in operibus operum, in Canticis canti- corum ; et quam habent differentiam cœli ad eos, quorum cœli sunt, et sancta, quæ sanctorum compara- tione sunt sanctiora, et opéra, quæ operum prælatione meliora sunt, et Gantica, quæ inter Cantica universa præçellunt; eamdam habere et sæculum, quæ ssecu- ’lorum collatione sunt sæcula. Præsens i laque sæculum ita edisserunt, ut dicant ex eo tempore illud esse nume- randum, ex quo cœlum et terra suntcondita, et currere usque ad consummationem mundi, quo Christus judica- turus est omnia. Revocant quo'qu ; ultra, et in priora promovent gradum, de præteritis et futuris sæculis disputantes, bona an mala fuerint, seu futura sint; et in tam profundas incidunt quæstiones, ut libros quoque et infinita volumina super hac dissertione condiderint. Quod autem prologus Pauli, amen, Hebræo sermone concluditur : amen, Septuaginta transtulerunt, yevotro, id est, « fiat : » Aquila TcemffTwpivoç, « Vere, » sive - où il affirme par le mot Amen ce qu’il vient de dire. « Je m’étonne que vous soyez transfuges si vite de celui qui vous a appelés à la grâce du Christ, » etc. Nous lisons pour la première fois ce mot translation dans la Genèse, où il est dit que Dieu transféra Énoch et qu’on ne le trouvait plus; Gen. v. 24. Nous le ren¬ controns ensuite dans les livres des Rois lorsqu’ Achab fut entraîné par son épouse Jézabel au culte des idoles et à faire tout ce qu’avaient fait les Amorrhéens que le Seigneur avait exterminés de la . présence des enfants d’Israël, III. Rois xxi, 25, 26. Départ et d’autre c’est une translation, * mais l’une vient de Dieu, l’autre du démon. Celui que Dieu transfère, ne peut être trouvé par des ennemis, et son adversaire ne peut lui dresser d’embûches. Mai$ ce qui est transféré par le démon passe à ce. qui paraît être, mais qui n’est pas en réalité. Les sages du siècle donnent aussi le nom de trans¬ férés à ceux qui passent d’une doctrine à une autre. Ainsi ce Denis qui avait commencé par affirmer que la douleur n’était pas un mal, et qui après avoir été accablé de calamités et de souffrances, déclara que la douleur était le souverain mal, fut appelé transposé ou transféré, parce qu’il avait passé d’une première opinionàunsentimenttout contraire. Paul s’étonne donc que les Galates soient passés de la liberté « fîdeliter. » Quod efciam in Evangelio a Salvatore semper assumitur, sua per amen verba firmante. « Miror, quod tam cito transferimini ab eo qui vos vocavit in gratiam Christi Jesu, in aliud Evangelium quod non est aliud, nisi si sunt aliqui qui vos con- turbant, et volunt convertere Evangelium Christi. » Verbum translationisin Genesipnmumlegimus Genes. v, ubi « Enoch transtulit Deus, et non inveniebatur. » Et in Regnorum postea libris III. Jteg. xxi, quando Achab a cultu Dei ad idolorum venerationem transtulit uxor sua Jezabel, ut faceret juxta omnia quæ fecit Amôr- rhæus, quem disperdidit Dominus a facie fïliorum Israël. Sed cum sit utraque translatio, ilia Dei est, hæcdiaboli. Qui transfertur a Deo, non invenitur ab inimicis suis ; nec ei potest insidiator obrepere. Hoc quippe significare æstimo, « et non inveniebatur. » Qui vero transfertur a diabolo, in hoc transfertur quod videtur esse, sed non est. Sapientes quoque sæculi eos qui de dogmate trans- feruntur ad dogma, « translatas » vocant, ut Dionysius ille (cujusfuit ante sententia, dolorem non esse malum ; postquam oppresgus calamjtatibus et dolore cruciatus, COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX GALATES 231 de l’Évangile à la servitude désœuvrés légales. II s’étonne 'ensuite de ce qu’ils soient passés sitôt. Car le crime n’est pas le même pour celui qui abandonne difficilement un parti, et pour celui au contraire, qui l’abandonne avec une déplorable promptitude. Ainsi dans le supplice des martyrs, on ne peut regarder comme cou- . pable de la mêiffe peine, celui qui sans avoir eu à lutter, à souffrir, s’empresse da nier, et celui qui, torturé sur les chevalets, sur les cordes, sur les bûchers, est comme forcé de nier ce qu’il croyait. La prédication de l’Évangile était encore récente, il s’était écoulé très peu de temps depuis que l’Apôtre avait converti à Jésus-Christ les Galates adorateurs des idoles. Il s’étonne donc qu’ils Paient sitôt abandonné, lui au nom duquel ils étaient récemment devenus chrétiens. Ce passage contient aussi une hyper- bate qu’on peut traduire de la sorte : Je suis étonné que vous ayez sitôt abandonné le Christ Jésus qui vous a appelés dans sa grâce, selon ces paroles : « Je no suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs à la pénitence. » Marc. n. 17. En effet, c’est par la grâce que nous avons été sauvés et non par la loi. « Vous êtes passés, dit-il, à un autre Évangile, lequel n’est point en réalité un autre VÉvangile, car tout ce qui est faux ne subsiste pas et ce qui est contraire à la vérité n’existe pas; comme l’indiquent ces cœpit affh’mare quod dolor esset summum omnium ma- Iorum) ab his appellatus est « Transpositus, » si va « Translatus, » quod scilicet a priori clecreto recedens, in contrarium recidisset. Miratur itaque Paulus, pri-. mum quod translati sunt ab Evangelii libertate, in legaliüm operum servi tutem. Deinde quod tain cito translati : quia non ejusdem reatus est transferri; ab aliquo difûculter, et cito transferri ; ut in mar- tyrio non eadem pœna plectitur, qui absque cohuc- tatione et. tormentis statim prosiluit a:l negandum, et iUe qui inter equiüeos, fidicidas, ignesque distortus, compulsus1 est quod credebat, negare. Recens adhuc erat Evangelii prædicatio, non grande tempus in medio, quo Galatas. Apostolus ab idolis ad Cbristum traduxerat. Miratur itaque quomodo tain cito recesserint ab eo, ad cujus nomen dudum f.cti fuerant Ghristiani. Habet autem et locus ipse urapêaTov, quod ita suo ovdine legi potest. Miror quod tam [Al: addü sic] cito transferi- mini a Ghristo Jesu, qui vos vocavit in gratiam, dicens : « Non veni vocare justos, sed peccatores » ad pœniten- tiam Marc, n, 17. Gratia cfùippe salvi facti sumus, et non per légem Ephes. n, 8. Translati autoin, inquit, paroles : » Ne donnez pas le sceptre à ceux qui n’existent pas, « et ces autres : « Dieu a appelé les choses qui n’existaient pas, pour les faire passer du néant à l’être. Or si l’Apôtre parle ainsi de ceux qui croyaient dans le même Dieu et avaient les mêmes Écritures, et qu’il leur re¬ proche d’être passés à un autre Évangile qui n’est pas un autre Évangile, que devons-nous penser de Marcion et des autres hérétiques qui rejettent jusqu’au Dièu créateur, et enseignent que le Christ vient d’un autre Dieu? Leur égarement et leur chute n’ont point pour cause seulement l’interprétation de la loi, ou une discussion sur la lettre ou sur l’esprit, c’est sur le principe, et le droit fondamental de l’Église qu’ils sont en désaccord avec nous. L’Àpôtre dit avec beaucoup d’à-propos. « Ce sont seulement quelques per¬ sonnes qui sèment le trouble parmi vous et qui veulent changer l’Évangile de Jésus-Christ. Ils i veulent, dit-il, changer, dénaturer, ' troubler l’Évangile de Jésùs-Christ; mais ils ne peuvent y réussir, car sa nature est de ne pouvoir être la vérité. Celui qui interprète l’Évangile dans un autre esprit, dans un autre sens que celui dans lequel il a été écrit, sème le trouble parmi les- croyants, change et dénature l’Évangile de- Jésus-Christ, il rejette en arrière ce qui était en face, et place devant lui ce qui était derrière. S’il veut suivre exclusivement la lettre, estis in aliud Evangelium, "quod non est aliud; quia omne quod falsum est, non subsistit, et quod veritati contrarium est, non est, utillud : « Ne tradas, Domine, sceptrum tuum his qui non sunt » Esther. xiv, 12. Et ea quæ non erant, vocavit Deus, ut faceret esse quod non erat. Si autem hoc de his qui in eumdem credebant Deum, et easdem Scripturas habebant, dicitur, quod translati sint in aliud Evangelium, quod non est Evan¬ gelium, quid de Marcione et cæteris hæreticis, qui Conditorem respuunt, et alterius Dei Christum simulant, æstimare debemus? Qui non interpretatione Iegis et litteræ, vel pugna carnis et spiritus labuntur et cor- ruuut, sed de toto Ecclesiæ jure discordant. Pùlchre autem ait : « Nisi sunt aliqui qui vos conturbent, et volunt convertere Evangelium Ghristi. » Volunt, inquit, Evangelium Ghristi mutare, convertere, turbare; sed nôn valent. Quia bujus naturæ esty ut non possit aliud esse, quam verum est. Omnis qui Evangelium alio interpretatur spiritu et mente quam scriptum est, credentes turbat, et convertit Evangelium Ghristi, ut id quod in facie est, post tergum laciat, et ea quæ post tergum sunt, 1 vertat in faciem. Si qùis 232 SAINT JÉROME il placé en avant ce qui était eir arrière. S’il adopte les interprétations des Juifs, il rejette en arrière ce qui de sa nature était en avant. Il y a ici du reste, une analogie remarquable dans ce mot de translation appliqué aux Galates, car le mot Galates dans notre langue, signifie translation. « Mais quand nous-môme, nous vous annon¬ cerions, ou quand un ange venu du ciel, vous annoncerait un Évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème. » On peut entendre ces paroles comme dites hyperboliquement dans ce sens, non pas que l’Apôtre ou un ange aient pu annoncer un Évangile différent du premier, mais que si, par impossible, les apôtres et les anges venaient à changer de sentiment, ils ne devraient pas cependant abandonner l’Évangile qu’ils ont ■ reçu ; surtout lorsque l’Apôtre lui- même voulant • dans un autre endroit montrer la fermeté de sa foi, s’écrie : Je suis assuré que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les choses présentes, ni les futures, ni la violence, ni tout ce qu’il y a de plus haut ou de plus profond, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans ..Jésus-Christ Notre-Seigneur Rom . vnr, 38, 39. « Je dis la vérité dans le Christ, je ne mens pas, et ma conscience me rend ce témoignage. » Rom . ix, 1. Ce n’est point là le langage d’un tantum litteram sequitur, posteriora ponit in fa- ciem. Si quis Judæorum interpretationibus acquiescit, ,post- tergum mittit ea quæ ex natura sua in faciem constitutà sunt. Necnon et illud congrue, quod transi ati on is verbum GalaLis coaptatum est : « Galatia » enim « translatiouem » in nostra lingua sonat. « Sed lieet nos, aut angélus do cœlo evangelizet vobis, præter quam quod , evangelizavimus vobis, anathema sit. Sicut prædiximus, et nunc iterum dico : si quis vobis evangeliza verit præter id quod accepistis, anathepia sit. » Potest et hyperbolice dictum accipi, non quo aut aposlolus, aut angélus aliter potuerint prædicare quam semel dixerant ; sed etiamsi hoc posset fîeri, ut et apostoli et angeli mutarentur ; tamen non esse [AI. esset] ab eo quod semel acceptum fuerat, recedendum : maxime cum ipse Apostolus in alio loco firmitatem fidei suæ ostendat dicens : « Scio quia neque mors, neque vita, neque angeli, neque principatus, neque præsentia, neque futura, neque fortitudo, neque aititudo, neque profundum, neque alia creatura, poterit nos separare a dilectione Dei. quæ est homme qui puisse jamais renoncer à la foi et l’amour de Jésus-Christ. Ceux qui refuser d’entendre ces paroles dans un sens hyperbo¬ lique, et les prennent au littéral, dans ce sens que les apôtres et les anges puissent se détacher de la vérité et tomber dans l’erreur\ apportent à l’appui de leur opinion cet aveu de saint Paul lui-même, qu’il était exposé à tomber, il 1© savait,, s’il se laissait aller à la négligence. « Je châtie mon corps, disait-il, et je le réduis en servitude, de peur qu’après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé. Il est écrit aussi des anges qu’ils sont sujets au changement, « etqueceuxquin’ontpas conservé leurprimauté, et qui ont abandonné leur propre demeure, sont retenus dans les chaînes éternelles et dans do profondes ténèbres et réservés pour le jugement du grand jour. » Jude . 6. Seule, la nature de Dieu est immuable, lui dont il est écrit : « Pour vous, vous êtes éternellement. » Ps. c r, 27. Et il dit aussi de lui-même : « Je suis votre Dieu et je ne change pas. » Malach. ru, 6. Nous lisons encore que Lucifer, qui s’élevait dès l’aurore, est tombé du ciel et que celui qui envoyait à toutes les nations a été brisé sur la terre. Le savant Tertullien prend occasion de ce passage pour combattre Apelle et sa vierge Philumène inspirée par un ange pervers et d’un esprit diabolique. C’est cet ange, écrit-il, que bien longtemps avant la in Christo Jesu Domino nostro Rom. vm, 38. Veritatem dico, non mention, testimonium mihi perbibente cons- cientia mea » Rom. ix, 1. Hæc quippe dicta non sunt ejus qui possit a Ghvisti fide et dilectione aliquando discedere. Qui autem nolunt xaG’ uuJOeciv hoc dictum esse, sedvere : quqd scilicet possint et apostoli et angeli ad pejora converti, illud opponunt, quod et ipse Paulus scierit posse se labi, si segnius ageret, dicens : .« Subjicio autem corpus meum, et in servitutem redigo, ne aliis prædicans, ipse reprobus inveniar » I Cor. ix, 27. An- gelos quoque esse mutabiles, qui non servaverint prin- cipatum suum; sed relinquentes proprium domicilium, in judicio magni diei vinculis æternis sub caligine reservantur Judœ , vj. Dei solius naturam esse iramu- tabilem, de quo scribitur :.« Tu vero ipse esPs. ci, 28. Et ipse de se : « Ego Deus vester, et non mutov Malach. m. 6. Cecidisse luciferum, qui mane oriebatur; et eum qui mittebat quondam ad omnes gentes, in terra esse contritum. Eleganter in hoc loco vir doctissimus Tertnllianus, ad versus Apellem, et ejus virginem Philu- menem, quam angélus quidam diabolici spiritus et per- ï COMMENTAIRES SUR î naissance d’Apello, l’Eprit-Saint avait frappé prophétiquement d’anathème parla bouche.de P Apôtre. Or le mot. anathème est une expression propre aux Juifs; nous la voyons employée dans le livre de Josué lils.de Nave vi, 18, ,vii, 1, etc. et dans les. Nombres, lorsque Dieu commando de livrer à l’anathème et à la malédiction tout ce qui se trouvait dans la ville de Jéricho et dans le camp , des Madianites. Interrogeons ceux qui affirment que le Christ et Paul son apôtre viennent d’un Dieu bon et ignoré jusqu’alors, l’un comme fils, l’autre comme serviteur qui ne . savent ni. maudire ni condamner personne ; comment l’Apôtre se sert ici d’une expression propre aux Juifs, c’est-à-dire du Créateur, et qu’il souhaite ici la mort à un ange ou à un apôtre, lui qui s’abstenait constamment de la vengeance. En ajoutant : « Comme nous l’avons déjà dit, ainsi je le répète, v> il nous apprend, que craignant ce qui devait arriver, il avait déjà menacé d’anathème ceux qui prêcheraient une doctrine différente; et maintenant que cette doctrine différente a été prêchée, il frappe ses v auteurs de l’anathème dont il les avait menacés. Or il place sous le coup de cet anathème et lui que personnellement les Juifs accusaient de prêcher parmi les Gentils une doctrine contraire à la conduite qu’il tenait dans la Judée; et un ange lui-même, supérieur de l’aveu de tous aux apôtres ses prédécesseurs, afin qu’on n’élevât versus impleverat, hune esse scribit angelum, cui multo antequam Àpelles nasceretur, Spiritus sancti vaticinio sit anathema per Apostolum prophetatum. Porro ava- 0s|/.a, verbum proprie Judæorum est, et positum [Al. propriüm] tam in Jesu Nave Jos . vi, 7, quam in Numéris Num. xxi, quanclo omuia quæ erant in Jéricho et Madianitarmn detestati ni et anathemati habenda Dominus imperavit. Interrogemus eos, qui Christum et apostolum XJaulum, boni Dei et usque ad illud tempus îgnorati, vel filium asserunt esse, ve] servum, qui male- dicere nesciat, nec noverit aliquem condemnare ; quo- modo nunc Apostolus ejus, verbo Judœorum, id est, Creatoris utatur, et periro vel angelum vel apostolum velit, cum ipse non soleat ulcisci. Quod autem adelidit, « sicut praédiximus, et nunc iterum dico, » ostendit se et in principio hoc ipsum caventem, denuntiasse ana¬ thema 'eis qui aliter . pcsedicaturi erant, et nunc post- quam prædicatum est, id anathema decernere qnod ante pvædixerat. Propterea autem et sibi, quem aliud in Judœa facere, aliud docere iu gentibus criininabantur, et angelo quem majorem etiam præcessoribus suis fÉPITRE AUX GALATES 333 pas outre mesure l’autorité de Pierre et de Jean, puisqu’il h’était permis ni à lui qui. les avait enseignés, ni à un ange lui-même de leur prêcher une autre doctrine que celle qu’ils avaient dabord reçue. Il se nomme lui-même, personnellement ainsi que l’ange ; il désigne les autres sans les nommer : « Si quelqu’un vous annonce un autre Évangile. » Il se sert d’une expression générale pour ne point blesser ses prédécesseurs, tout en les désignant d’une manière indirecte. « Car enfin, est-ce des hommes ou de Dieu que je désire maintenant être approuvé? » Nous ne pensons pas que l’Apôtre nous enseigne ici par son exemple à mépriser les hommes, lui qui dans un autre endroit nous dit : « Sachant donc combien le Seigneur est redoutable, nous tâchons de persuader les hommes; mais mW sommes connus de Dieu, » II. Cor. v, ir, et encore : « Ne soyez une occasion do scandale, ni pour les Juifs, ni pour les Gentils, ni pour l’Église de Dieu, comme je m’efforce moi-même déplaire à tous eh toutes choses, ne cherchant point ce qui m’est avantageux en particulier, mais ce qui est utile aux autres pour leur salut.» I. Cor. x, 32, 34. Si nous pouvons à la fois plaire à Dieu et aux hommes, nous devons faire en sorte de plaire aux hommes. Mais si nous ne pouvons plaire aux hommes qu’à la condition de déplaire à Dieu, nous devons chercher à plaire à apostolis esse constabat, anathema denuntiavit ; ut non magna Pétri et Joannis putaretur auctoritas, cum pec sibi liceret qui eos ante do eue rat, nec angelo aliter prædicare, quam semel didicerant. Seitaque et angelum nominatim posuit; alios vero absque nomine. « Si quis, » inquit, « vobis evangelizaveril, » ut in ganerali voca- bulo, nec præcessoribus faceret injuriam; et tamen nomina eorum latenter ostenderet. « Modo enim hominibus suadeo an Deo. ; aut quæro hominibus placere? Si adhuc hominibus placerem, Ghristi servus non essem. » Non putemus ab Apostolo nos doceri, ut exemple suo hominum judicia contenmnmus, qui in alio loco dixerit : « Scientes ergo timorem Domini, hominibus suademus ; Deo autem manifesti sumus » Il Cor. v, 11; et illud : « Sine ofiensione estote, Judæis, et gentibus, et Ecclesise Dei; sicut et ego omnibus per omnia placeo, non quærens quod mihi utile est, sed quod multis, ut salventur » 1 Cor. 10. Sed si fieri potest, ut pariter Deo et hominibus placeamus, placendum est et homi¬ nibus. Si n autem afitér non placemus liominibus,, nisi 234 SAINT JEROME Dieu plutôt qu’aux hommes. L’Apôtre nous indique clu reste pour quel motif il s’efforce de plaire à tous : « Je ne cherche point, dit-il, ce qui m’est avantageux, mais ce qui est utile aux autres pour leur salut. Or, celui qui agissant par cette charité qui ne cherche pas ses intérêts, mais les intérêts des autres, plaît à tous pour les sauver, plaît tout d’ahord à Dieu qui a tant à cœur le salut des hommes. 11 y a ici un mot que l’Apôtre ajoute non sans raison, c’est le mot » maintenant. » Il faut en effet savoir plaire ou déplaire aux hommes suivant les circons¬ tances. Ainsi celui qui ne plaît point à cause de la vérité de l’Évangile, plaira plus tard à cause du salut d’un grand nombre. Paul avait com¬ mencé par plaire aux Juifs, . lorsqu’il se montrait zélateur outré des traditions de ses pères et observateur irréprochable de la loi. Il déployait tant d’ardeur et de foi pour les rites de ses ancêtres, qu’il prit part à la mort d’Étienne, et qu’il partit pour Damas, afin de charger de chaînes ceux qui avaient renoncé à la loi. Mais, lorsque do persécuteur il fut changé en vase d’élection, et qu’on le vit prêcher la foi qu’il s’efforçait auparavant de détruire, il commença en même temps à déplaire aux Juifs, qui l’avaient autrefois pour agréable. C’est ce qu’il veut dire ici : Est-ce que je cherche de nouveau à plaire aux Juifs aux quels j’ai déplu Deo displiceamus; Deo magis quam hominibus placera debeinus. Alioquin et ipse inferl, ' cur omnibus per oinnia placent : « Non quærens, » inquiens, « quod mihi utile est, sed quocl multis, ut salventur. » Qui autem ex ea charitate, quæ non qnærit quæ sua sunt, sed quæ aliéna sunt, placet omnibus ut salventur; utique Deo primum placet, cui salus hominum curæ eèt. Habet autem et verbum, quocl hic specialiter additum est, « modo, » vel placendum esse pro tempore hominibus, vel displicendmn ; ut qui mcdo non placet propter Evangelii veritatem, placnerit quondam ob salutem plurimorum. Placuevat Paulus aliquando Judæis, cuin æmulator existens paternarum traditionum, sine querela ante in lege versatus est; et tantum habuit in majorum cæremoniis ardoris et fidei, ut in Stephani nece particeps fuerit [AL fieret], et Dam asc um perre- xerit ad eos, qui a lege desciveraut, vinciendos Aotor. ix. Sed postquam in vas electionis de peivecutore transla¬ tas est, et cœpit prædicare fidem, quam quondam . expugnaverat, cœpit pariter displicere Judæis, quibus ante placuerat. Hoc est ergo quod ait : Numquid quæro Judæis placere, quibus displicendo, Deo placui? Si enim en cherchant à plaire à Dieu? Mais si je leur plaisais encore, je ne serais plus serviteur de Jésus-Christ. Je serais défenseur de la loi, et je m’efforcerais de détruire la grâce de l’Évangile, Maintenant même, je ne veux même pas simuler l’observation de la loi, parce que je ne veux pas plaire à la fois à Dieu et aux Juifs, aux quels on ne peut plaire sans déplaire à Dieu: Le mot suadere qu’emploie ici l’Apôtre, est emprunté au langage usuel lorsque quelqu’un s’efforce d’inculquer aux autres une idée qu’il s’est rendue propre et dont il. est pénétré. Nous le retrouvons dans plusieurs endroits de l’Écriture, comme dans celui-ci : « Cette persuasion ne vient pas de Celui qui vous a appelés. » Nous lisons encore dans les Actes des apôtres : « Un grand nombre de Juifs vinrent dans la maison qu’il habitait, et il leur expliquait l’Évangile, conférant avec eux du royaume de Dieu, et cherchant à les persuader en leur parlant jusqu’au soir de Jésus, de la loi de Moïse et des prophètes. » Or il agissait ainsi parce qu’on avait répandu le bruit qu’il ob¬ servait secrètement la loi et qu’il s’était mêlé à Jérusalem avec les judaïzants. Car je vous déclare, mes frères, que l’Évangile, que je vous ai prêché n’est point selon l’homme, etc; » l’hérésie d’Ebion et de Photin est mise à néant par ces paroles, qui établissent clairement illis placerem, adhuc Christi servus non essem. Assere- rem quippe legem, et Evangelii gratiam destruerem. Nunc autem propterea nec in simulationem quidom obseryandæ legis adducor; quia non qneo [AL quæro] et Deo placere pariter et Judæis; quibus quicumque placet, Deo displicet. Jpsum quoque verbum, « suadere, » de humano usu snmptum est, cum quis id quod ipse habet, et semel imbibit, etiam cæteris conatur inserere ; et in plurimis Scripturarum locis legitur, ex quibus illud est : « Suasio non est ex eo qui vocavit vos » Gai', v, 8. Necnon et in Actibus apostolorum : « Yene- runt ei'go ad eum Judæi in bospitium multi; quibus exponebat, contestans eis regnura Dei, suadensque eis de Jesu, ex Lege Moysi et Prophetis usqne ad vespè- rum. » Hoc autem totum ideo, quia dissémina tum [AL diffa atum] de eo fuerat, occulte ilium custodire Legem, et in Jerosolymis cum his qui judaiïzabanti consortium miscuisse. ' ’ << Notum enim vobis facio, fratres, Evangelium quod evangelizalum est a me; quia non est secun- dum hominem, neque enimvego ab homme accepi illud neque didici; sed per revelationem Jesu Christi. » Ex COMMENTAIRES SUR L que le Christ n'est pas seulement un homme, mais qu’il est Dieu. Si, en effet, l’Évangile de Paul n’est point selon l’homme, s’il ne l’a ni reçu ni appris d’un homme, mais par la révélation de Jésus-Christ, Jésus-Christ qui le lui a révélé n’est donc pointsimplement unhomme. S’il n’est pas un homme, il est nécessairement Dieu. Nous ne nions pas qu’il ait pris notre humanité, mais nous nions qu’il ne soit qu’un homme. On demande si toutes les églises de l’univers ont reçu l’Évan- .gile de Dieu ou d’un homme. Est-ce que par exemple, chacun de nous a reçu l’Évangile par une révélation de Jésus-Christ? ne l’a-t-il pas reçu par la prédication de l’homme? Nous répondons à cette question que quant à ceux qui peuvent dire : « Est-ce que vous voulez éprouver la puissance de Jésus-Christ qui parle par ma bouche » Cor. xm, 3 ? et encore : « Je vis, non plus moi, mais le Christ qui vit en moi; » Gai. il, 20. Ce ne sont pas eux qui enseignent, mais bien plutôt Dieu qui étant en eux dit aux saints : « J’ai dit : Vous êtes des dieux et les fils du Très-Haut, » et qui dit aussitôt des pécheurs : « Mais vous mourrez comme des hommes, et vous tomberez comme un des rois de la terre. » Ps. lxxxi, 7. Lors donc que Pierre et Paul enseignent, eux qui ne meurent pas comme les hommes, et ne tombent pas comme un des princes, il est évident qu’ils sont les dieux dont hoc loco Ebionis et Photini dogma conteritur : quod Deus sit Ghristus, et non tantum homo. Si enim Evange¬ lium Pauli non estsecundum hominem, neque ab homine accepitillud, aut didicit, sed per revelationem Jesu Christi; non est utique homo Jésus Ghristus, qui Paulo Evangelium révéla vit. Quod si non est homo, consequenter Deus est. Non quo hominem negemus assumptum; sed quo tantum hominem renuamus. Quæritur utrurn totius orbis Ecclesiæ Del acceperint Evangelium, an hominis; quotus enim quisque nostrum per revelationem Christi didicit, et non homine prædicante cognovit? Àd quod respondebimus, eos qui possunt dicere : « An experi- mentum ejus quæritis, qui in me loquitur Christus » II Cor. xin, 3? Et : « Vivo autem jam non ego, vivit autem in me Ghristus » Calat . h, 20, non tam ipsos docere, quam in ipsis Deum, qui ad sanctos loquatur : « Ego dixi, dii estis, et filij excelsi omnes » Ps. lxxxi, 6 ; et statim de peccatori us : « Vos autem ut hommes moriemini, et tamquam unus de principibus cadetis. » Cum igitur Paulus loquitur et Petrus, qui non moriun- (1) !/« texts de la Vulgate porle : « Nonpe verba mea booa sunt oum ’ÉPITRE AUX GALATES 235 il est parlé précédemment. Or ceux qui sont dieux prêchent l’Évangile non des , hommes, mais de Dieu. Marcion et Basilide et ces autres pestes d’hérétiques n’annoncent pas l’Évangile de Dieu, parce qu’ils n’ont point en eux l’Esprit- Saint sans lequel l’Évangile qu’on prêche n’est qu’une œuvre tout humaine. Nous croyons en effet que l’Évangile proprement dit n’est pas dans les paroles de l’Écriture, mais dans le sens ; non dans la superficie, mais dans la moelle; non dans les feuilles qui contiennent les discours, mais dans la racine de la raison. Il est dit de Dieu dans un prophète : «Ses paroles sont bonnes avec lui (1). » Michèe. n, 7. L’Écriture est utile à ceux qui l’entendent lorsqu’elle n’est expliquée qu’avec Jésus-Christ, lorsqu’elle ne s’enseigne qu’avec Dieu le Père, lorsque celui qui prêche, ne la fait entrer dans l’âme de ses auditeurs qu’avec le secours de l’Esprit-Saint. Autrement le démon lui aussi parle le langage des Écritures et toutes les hérésies selon le prophète Ézéchiel so font des Écritures des oreillers qu’elles placent sous les bras des personnes de tout âge. Ezech. xm. Et moi-même qui parle en ce moment, si j’ai vraiment Jésus-Christ en moi, ce n’est pas l’Évangile de l’homme que j’annonce; mais si je suis pécheur, c’est à moi que s’adressent ces paroles : « Dieu dit au pécheur ; Est-ce à toi qu’il appartient de publier mes décrets, pourquoi tur ut homines, neque ut unus de principibus corruunt, deos eos esse, manifestum est. Qui autem dii sunt, tradunt Dei Evangelium, et non hominis. Marcion et Basilides et cæteræ hæreticorum pestes, non habentDei Evangelium; quia non habent Spiritum sanctum, sine quo humanum fit Evangelium, quod docetur. Nec putemus in verbis Scripturarum esse Evangelium, sed in sensu; non in superficie, sed in medulla; non in sermonum foliis, sed in radice rationis. Dicitur in pvopheta de Deo : « Sermones ejus boni sunt cum eo » Mich. n, 7. Tune Scriptura utilis est audientîbus, cum absque Christo non dicitur, cum absque pâtre non pro- fertur, cum sine Spiritu non eam insinuât ille qui prædicat. Alioquin et diabolus qui loquitur de Scriptu- ris, et omnes hæreses secundum Ezechielem Cap. xm inde sibi consuunt cervicalia, quæ ponant sub cubito universæ ætatis. Ego quoque ipse qui loquor, si Christum in me habeo, non habeo Evangelium hominis; si autem peccator sum, dicitur mihi : « Peccatori dixit Deus : Quare tu enarras justitias meas ; et assumis in labiis 0, qui recte çradiiur? SAINT JÉROME. 236 ta bouche annonce-t-elle mon alliance? Tu as la discipline en horreur, et tu as rejeté ma parole derrière toi, » et le reste, Ps. xlix, 16. On est exposé à un grand danger en parlant dans l’Église, lorsque par une interprétation contraire à la vérité, l’Évangile de, Jésus-Christ devient l’Évangile de l’homme, ou ce qui est pire encore., l’Évangile du diable. Or voilà la différence, qui existe entre recevoir et apprendre l’Évangile. Celui-là reçoit l’Évangile auquel il est annoncé pour la première fois et qui est amené à la foi, qui lui fait croire comme véritable tout ce qui est écrit. Celui qui apprend va plus loin; il con¬ naît dans toute leur étendue tout ce qui est présenté dans l’Évangile sous forme d’énigmes et de paraboles, et cette, connaissance il la doit non pas à la révélation de l’homme, mais au Christ qui l’a révélé à Paul, ou à Paul par la bouche duquel parle le Christ. L’expression elle- même d’apocalypse aTroxaAu^euir, c’est-à-dire, de révélation, est une expression propre à l’Écri¬ ture, et n’a été employée chez les grecs par aucun sage du siècle. Aussi, me semble-t-il que comme dans les autres mots que les soixante-dix inter¬ prètes ont , transporté de l’hébreu en grec, ils se sont efforcés également pour celui-ci de faire ressortir la propriété de la langue qu’ils tradui¬ saient, ayant recours à des mots nouveaux pour dés choses nouvelles, et d’exprimer ici une chose qui étant d’abord cachée et voilée, est tuis Testamentum meurn? Tu autem odisti disciplinant, et projeeisti verba mea post te » Ps. xlix, 16, 17* et csetera quæ sequuntur, Grande periculum est in Ecclesia loqui, ne forte interpretatione perversa, de EvangeJio Ghristi, hominis fiat Evangelium ; aut quod pejus est, diaboli. Inter accipere autem, et discere, hoc interest, quod ilie accipit Evangelium, cui priraum insinuatur, et ad fidem ejus adducitur, ut credat vestra esse quæ scripta sunt, Discit autem is, qui ea quæ in illo per ænigmata et parabolas figurata sunt, explanata et dis-: serta cognoscit ; et cognoscit, non homme révélante sed Ghristo, qui revelavit Paulo, ant per Paùlum, in qao loquitur Ghristus. Verbnm quoque ipsum avtoxaAu^swg, id est, « révéla tionîs, » proprie Script ur arum est, et a nullo sapientum sæcu!i apud G'ræcos usurpatum. Unde mihi videntur quemad modem in aliis verbis, quæ de Hebræo p Græcnm Septuaginta interprètes Iranstule- runt, ita et in hoc magnopere esse conatos, ut proprie- tatem peregrini sermônis exprimèrent, nova novis rebus verba fingentes ; et sonore, cum quid tectum et veiatjam, ablato desuper operimento., ostenditur et profertur in dépouillée du voile qui la couvrait et mise dans une lumière manifeste. Voici un exemple qui éclaircira davantage cette pensée. Moïse parlait à Dieu face à face et à visage découvert, c’est-à- dire sans aucun voile ; mais lorsqu’il parlait au peuple qui ne pouvait soutenir l’éclat de son visage, il se couvrait d’un voile Exod. xxm, 3, xxiv, 33, 34. Un voile était également tendu devant l’arche du testament ; lorsqu’on tirait ce -, voile, les choses cachées étaient à découvert, et pour me servir de l’expression propre, étaient révélées. Si maintenant, ceux qui ont coutumo de lire les hommes diserts du siècle, croient devoir nous railler sur la nouveauté et la vulgarité de cette expression, nous les renver¬ rons aux livres do Cicéron, intitulés : des ques¬ tions philosophiques, et ils verront par quelle nécessité il s’est trouvé contraint d’employer souvent des mots souverainement étrangers, quo l’oreille d’un Latin n’avait jamais entendus, et cela en traduisant en latin des mots tirés du grec, langue voisine de la nôtre. A quel travail pénible se condamnent, ceux qui, dans les passa¬ ges difficiles que présente la langue hébraïque, cherchent à exprimer la propriété des termes ; et cependant dans tant de livres qui composent les Saintes Écritures, on trouve beaucoup moins de ces mots qui sentent la nouveauté que n'en renferme l’ouvrage bien moins étendu de cet auteur. On peut, comme nous l’avons dit au . : M lucem. Hoc ut manifestius fiat, accipite exemphinm Moyses cum Deo revelata et aperta facie loquebatur Exod. xxxm, xxxiv, id est, absquo velamine ; ad popu- lum autem loquens, . quia in vultuni ejus attendere non yalebant, velamen ponebat in facie Num. iv. 'Ante Arcarn quoque Testamenli vélum oppansuw erat ; quod cum fuisset reductum, ea quæ ante alxkondita fuerant, prodebantur ; et ut ipsj verbo utar, « revelabantur. » Si itaque hi qui disertos sæculi legere consueverunt. cœsperint nobis de novitate et vilitate serm/nis illudere, mittamus eos ad Cicéron is lïbros qui de quæstionibus philosophiæ prænotantur ; et videant, quanta ibi néces¬ sita te compulsus sit, tanta verborum por tenta proferre, quæ numquam Latini hominis auris audivit ; et hoc cum de Græco, quæ lingua vicina est, transferret in nostram. Quid patiuntur illi, qui de Hebræis difûcultatibus pro- prietates exprimera conantur? et tamen multo pauciora' sunt in tantis volu minibus Scripturaruin quæ novitatem sonent, quain ea quæ ilie in-parvo opéré congessit. Potest autem, sicut in principio diximus, cum expone- reinqs : « Paulus apostolus non ab hominibus, neque COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX CALATES commencement, en expliquant ces paroles : « Paul apôtre, non par des hommes, ni par l’autorité d’aucun homme, » regarder celle-ci comme étant indirectement .à l’adresse de Pierre et des autres' prédécesseurs de l’Apôtre, c’est-à- dire, que celui qui a Jésus-Christ pour précep¬ teur dans la connaissance de l’Évangile, ne doit se laisser ébranler par aucune autorité en faveur de la loi. Or, la révélation dont il veut ici parler est celle qu’il eut sur le chemin de Damas, lorsqu’il mérita d’entendre la voix du Christ, et qu’étant frappé de cécité, il put contempler la vraie lumière du monde. « Car vous avez oui dire de quelle manière j’ai vécu autrefois dans le judaïsme, persécutant à outrance l’Église de Dieu, etc. » Rien de plus utile aux Galates que ce récit, qui leur apprenait comment Paul, auparavant persécuteur de l’Église et défenseur acharné du judaïsme, s’était converti tout d’un coup à la foi de Jésus-Christ, et cela dans un . temps où le crucifié était annoncé pour la première fois dans le monde, ou cette nouvelle doctrine était repoussée à la fois par les Gentils et par les Juifs de toutes les contrées du monde. En effet, ils pouvaient dire : Si celui qui dès son enfance a été instruit dàns la doctrine des pharisiens, qui surpassait tous ses contemporains dans la science des traditions juives, défend maintenant l’Église qu’il persécutait avec tant de violence ; s’il per hominem » " ita et in præsenti loco oblique in Petrum accipi, et in cæteros præcessores ejus ; quod nullius pro Lege et auctoritate moveatur, qui Christian solum Evangelii habeat præçeptorem.Porro, révéla tio- nem illam significat, cum Damascum vadens, in ilinere Ghristi vocem meruit audire, et cæcatis oculiü, verum mundi lumen intuitus est. « Audistis epim conversationem meam aliquando in Judaismo ; qnoniam supra modum pevsequebar Ecclesiam Dei, et expugnabam ; et proficiebam in Judaismo, supra muHx)s coætaneos in genere meo ; abundanlius æmultator existens paternarum mearum traditi num, » Plurinnim prodest Galatis ista narratio, quoinodo Paiilus, vastator quondam Ecclesiæ et Judaisini acerrimus defensator, ad Christi fidem repente conversus sit, Et hoc eo tempore quo crucifixus primum annuntiabatur in mundo ; quo novum dogma et a gentibus et a Judæis totius orbis linibus pellebatur. Dicere enim poterant : Si ille qui a par va ætate Pharisæorum institutus est disciplims, qui omnes coætaneos suos in Judaica traditione superabat* nunc défendit Ecclesiam, quam 237 préfère la grâce de Jésus-Christ et sa nouvelle doctrine, dût-elle lui attirer l’envie et la haine universelles, à la Loi ancienne qu’il enseignait aux applaudissements de tous ; que devons-nous faire, nous qui de gentils que nous étions, avons commencé à être chrétiens? Remarquez l’à-propos de cette expression : « Je persécutais au delà de toute mesure l’Église de Dieu. » C’était un motif de plus d’étonnement de voir converti à la foi non pas un de ceux qui persé¬ cutaient faiblement l’Église, mais celui qui surpassait tous les persécuteurs en haine et en violence. Et tout en racontant un fait d’un autre genre, il trouve le moyen d’insérer cette réflexion qu’il était alors beaucoup moins servi¬ teur de la loi de Dieu que des traditions de ses pères, c’est-à-dire des pharisiens, qui enseignent les doctrines et les commandements des hommes, et rejettent la loi de Dieu, pour établir leurs traditions. Quelle observation pleine de justesse, et quel choix réfléchi d’expressions ! « Vous avez appris, dit-il, quelle était ma vie dans le judaïs¬ me ; la vie, non pas la grâce, » autrefois, non pas maintenant; dans le judaïsme, non pas dans la loi de Dieu, persécutant à outrance et rava¬ geant l’Église de Dieu. Il ne persécutait pas comme les autres, mais au delà de toute mesure. Une persécution violente ne lui suffisait pas, il ravageait l’Église comme un brigand qui veut étendre partout la persécution. Et il ne dit quondam vahdissime persequebatur; et magis Christi gratiam et novitatem vult habere cum invidia omnium, quam vetustatem Legis cum laude multorum ; quid nos lacéré oportet, qui ex gentihtate esse cœpimus Chris- tiani? Pulchre vero adjunxit : « Supra modum perse- quebar Ecclesiam Dei, » ut et hinc quoque admiratio nasceretur, quod non unusquisque de his qui leviter persequebantur Ecclesiam ; sed ille qui cæteros in persecutione vincebat, conversas ad fidem sit. Etpru- denter dum aliud narrât, interserit non tam Dei se servisse Legi, quam paternis, id est, Pharisæorum traditionibus; qui docent doctrinas et mandata hominnra MaUh. xv ; Mare, vu ; et rejiciunt Legem Dei, ut statuant traditiones suas. Quam pulclira autem observatio pondusque verborum : « Auditis, » inquit, « conversationem meam aliquando in Judaismo, . » conversationem, non gratiam : « aliquando, » non modo : « iu Judaismo, » non in lege Dei. « Quoniam supra modum persequebar Ecclesiam Dei; et devastabam illam. » Non persequebatur nt cæteri, sed supra modum. Nec sufficiebat quamvis vehemens persecutio ; sed 288 SAINT JÉROME pas : l’Eglise du Christ, auquel dans sa convic¬ tion, il -croyait ne devoir que du mépris, et qu’il persécutait; mais, comme U le croit maintenant: l’Église de Dieu, professant ainsi ou que le Christ lui-même est Dieu, ou que l’Église avait pour fondateur le même Dieu qui avait autrefois donné la loi. « Et je me signalais, ajoute-t-il, dans le judaïsme au-dessus d’un grand nombre de contemporains au sein de ma nation, me mon¬ trant zélateur outre mesure des traditions do mes pères. Remarquez encore qu’il appelle ce progrès un progrès non dans la loi de Dieu, mais dans le judaïsme. Et il se signale non au- dessus de tous, mais au-dessus d’un grand nombre; non au-dessus des vieillards, mais au- dessus de ceux qui étaient de son âge, pour montrer que son application se portait vers la loi, et décliner tout sentiment de vanité. En rappe¬ lant les traditions paternelles et non les com¬ mandements du Seigneur, il fait voir qu’il était pharisien, né de pharisiens et qu'il avait le zèle pour Dieu, mais un zèle qui n’était point selon la science. Or tous ceux qui jusqu'à ce jour entendent les Écritures dans un sens judaïque, persécutent l’Église du Christ, et la ravagent, pervertis qu’ils sont par les traditions des hommes, plutôt qu’éclairés par l’étude de la loi de Dieu. « Mais lorsqu’il a plu à Celui qui m’a choisi dès le sein de ma mère, etc. » Ce n’est pas seule- quasi quidam grassator Ecclesiam et prædo vastabat. Nec ait, « Ecclesiam Christi, » ut tune putabat \Al. putabatur] ; quein ducebat contemptui, quein perseque- batur; sed ut nunc crédit, « Ecclesiam Dei ; » vel ipsum Christum Deura esse significans, vel ejusdum Dei esse Ecclesiam, qui quondam Legis dator fuit. « Et- proficiebam, » inquit, « in Judaismo supra multos coætaneos in généré meo ; abundantius æmulator existens paternarum mearum traditionum. » Rursum profectum non Legis Dei, sed Judaismi vocat. Nec supra omnes, sed supra plurimos, nee supra senes, sed supra coætaneos, ut et studium suum referret in Lege, et jactantiam declinaret. Paternas autein traditiones, non Domini mandata commemorans, et se Pharisæum ex Pharisæis indicavit, et habuisse quidem zelum Dei, sed non secundum scientiam. Usque hodie autem qui Judaico sensu Scripturas intelligunt, persequuntur Ecclesiam Christi, et populantur illam, nMn studio Legis Dei, sed traditionibus hominum depravati. « Cum autem placuit ei qui me segregavit de litero matris meæ, et vocavit per gratiam suam, ut ment dans cet endroit, mais dans Tépître aux Romains que Paul écrit qu’il a été séparé pour l’Évangile de Dieu. Et Jérémie lui-même nous apprend qu’avant d’être formé dans le sein de sa mère, et conçu dans ses entrailles, il était connu de Dieu et sanctifié par sa grâce Jerem. xv. Et c’est au nom du juste, ou comme le pensent quelques-uns, au nom du Sauveur que le Psal- miste a dit : « Du sein de ma mère, j’ai été jeté dans vos bras, vous êtes mon Dieu depuis que je suis sorti de ses entrailles, » Ps. xxi. 10. Au contraire, le même David parlant des pécheurs dit : « Voici que j’ai été conçu dans l’iniquité, et ma mère m’a enfanté dans le péché, Ps. 4, 6; et dans un aiVtre . endroit : Les pécheurs se sont égaré dès le sein de lesur mère. Ps. lvi],3. Et dans un sens comme dans l’autre, avant que les en¬ fants ne fussent nés, Dieu a aimé Jacob et il a haï Ésaii. Les hérétiques prennent occasion de ce passage pour affirmer qu’il est des natures diffé¬ rentes, l’une spirituelle, l’autre animale et com¬ mune; que l’une est sauvée, tandis que l’autre périt, et qu’une autre réunit les qualités des deux premières; car, disent-ils, jamais le juste ne serait choisi avant d’avoir fait aucune bonne action, jamais le pécheur ne serait haï avant d’avoir fait le mal, si la nature de ceux qui sont sauvés et de ceux qui périssent n’était diffé¬ rente. A cette difficulté nous répondous simple¬ ment que c’est là un effet de la prescience divine; revelaretFilium suum in me, ut evangelizem ilium in gentibus. » Non solum in hoc loco, sed ad Romanos Paulus segregatum in Evangelium Dei esse se scribit. Et Jeremias antequam lormaretur in utero, et concipe- retuv in vulva matris suæ, notus Deo sanctiûcatusque perhibetur Jerem. i. Et ex justi, sive, ut quidam putant, ex Salvatoris persona dicitur Ps xxi, 11: « In te pro- jectus sum ex vulva ; ex utero matris meæ, Deus meus es tu. » Contra de peccatoribus David canit: « Ecce enim in iniquitatibus conceptus suin ; et in delictis concepit me mater mea » Ps. l. 7. Et in alio loco: « Abalienati sunt peccatores a vulva » Ps. lyii A. Et in ütramqne partem antequam parvuli nascerentur: « Deus Jacob dilexit, Esau autem odio habuit » Malach. i, 1, 2. Inve- niunt locum hæretici, qui diversas naturas esse præ- tendunt, spiritualem videlicet et animalem, et ^oïV/jv, et aliam salvari, aliam perire, aliam inter utramque con¬ sister, quod numquam aut justus eligeretur, antequam aliquid boni faceret, aut peccator odiretur ante delictum, nisi esset pereuntium et salvandorum natura diversa. Ad quod potest simpliciter responderi, hoc ex Dei præ- 239 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GARATES celui que. Dieu, sait dans sa prescience devoir pratiquer la justice, ill’aime avant qu7il soit né, et celui qu’il sait devoir être pécheur, il le hait avant même qu’il ne pèche; non pas que dans cet amour et cette haine de Dieu, il y ait de l’iniqui¬ té; mais parce que Dieu ne peut se conduire autrement à l’égard de ceux qu’il sait dans sa prescience devoir être pécheurs ou justes. Nous qui ne sommes que des hommes, nous jugons seulement des choses présentes ; mais Dieu, pour du Judaïsme. Or il faut remarquer que la con¬ jonction mais qui se trouve avant ces paroles : « à cause de quelques faux frères » est superflue* si on la conserve, elle n’a rien qui lui corres¬ ponde ou qui la complète. Voici donc l’ordre et le sens qu’il faut adopter : « Mais Tite, qui m’accompagnait, bien qu’il fût gentil, ne fut pas forcé de se faire circoncire. » Et l’Apôtre donne aussitôt la raison pour laquelle il aurait pu être forcé de recevoir la circoncision malgré: lui : « A cause de quelques faux frères qui s’étaient furtivement introduits pour observer la liberté que nous avons dans le Christ Jésus; et nous veritatem. Quod si dicit se nece^sitate superatum ut circumcideret Titum, quomodo Galatas revocat a cir¬ cumcisione, a qua nec Titum, qui secum fuerat ex gen- tibus, Jerosolymis potuitexcusare? Itaque aut juxta Græ- cos codices est legendum : « Quibus neque ad horam ces¬ simus subjectioni; » ut. consequenter possit intelligi: «ut veritas Evangelii permaneat apud vos.» Aut si Lati- ni exemplaris olicui fides placet, secundum superiorem sensum accipere debemus : ut ad horam cessio non cir- cumeidendi Titi, sed eundi Jerosolymam fuerit. Quo sci- licet idcirco subjectioni cesserait Paulus et Barnabas eundi Jerosolymam, seditione ob Legem Àntiochiæ con¬ stata ; ut per Epistolam apostolorum, sua sententia fir- maretur, et maneret apud Galatas Evangelii veritas, quæ non esset in littera, sed in spiritu ; non in carnali .sen¬ su, sed in intelligentia spirituali; nec in manitesto Judaismo, sed in occulto. Sciendum vero, quod, « au- tem, » çonjunctio quæ in præsenti loco ponitur :-«Prop- ter submtroductos autem falsos fratres, » superflua sit; et si legatur, non habeat quod ei respondeat, illamque concludat; sed esse ordinem lectionis et sensus : Sed COMMENTAIRES SUR I réduire en servitude. t> Bien qu’ils nous, effrayassent par leurs menaces, et qu’ils voulussent par leur multitude nous entraîner de la liberté de Jésus-Christ dans la servitude de la loi, nous ne leur avons pas cédé un seul instant pour que Tite fût circoncis ; alors que la paix de l’Église aurait pu être une raison de nécessité qui nous excusait; et le but unique de toute notre conduite a été dé ne vous donner aucune occasion de vous éloigner de la grâce de l’Évangile. Si donc, bien que nous fussions à Jérusalem, au milieu 'd’un si grand nombre de Juifs, environnés et menacés par des faux frères, et ceux qui étaient les premiers ne s’opposant qu’en partie, nous n’avons pu être amenés par aucune force ni par aucune violence à observer la circoncision que nous savions n’être plus en vigueur. Vous qui êtes Gentils, vous habitants de la Galatie, vous à qui nulle violence ne peut être faite, vous vous séparez de vous-mêmes de la grâce pour passer à l’observation de l’ancienne loi qui est abrogée. « Mais quant à ceux qui paraissaient être quel¬ que chose, quels ils furent autrefois, peu m’importe,» etc. Bien que le Seigneur, dit-il ait eu avec lui Pierre et Jean pour apôtres, et qu’ils aient été témoins de sa transfiguration sur la montagne, et que le fondement de l’Église ait été neque Titus qui mecum erat, cum essetex gentibus, com- pulsus est circumcidi. Statimque subjungat quse causa fue- rit, ut ad circumcisionera impèlleretur invitus : « Prop- ter subintroductos, » inquit, « falsos fratres, qui subin- troierunt explprare libertatem nostram quam habemus in Christo Jesu, utnos in servitutem redigerent. »Quicum minis terrerent, et multitudine vellent nos a libertate Christi in Legis traducere servitutem, ne ad tempus quidem eis cessimus, ut circumcideremus Titum ; ma¬ xime cum et aliqua ob Ecclesiasticam pacem potuerit nos nécessitas excusare ; et hoc totum feciinus, ut vobis huila fiefet occasio ab Evangelii gratia recedendi. Si igitur nos Jerosolymis inter tantos Judæos imnlinenlibus hinc inde falsis fratribus. ethis qui majores erant aliqua ex parte cohibentibus, nulla potuimus vi ac ratione con> pelli, ut observaremus circumcisionem quam sciebamus esse finitam ; vos. ex gentibus, vos in Galàtia, vos qui- bus vis nulla infern potest, ultro a gratia recedentes, ad Legis jam abolitæ transcendistis vetuslatem. « Ab his autem qui videbantur esse aliquid, quales . aliquando fuerint, nihil mea interest; Deus persônam hominisnon accipit.» Licet, inquit, Petrum et Joannem Dominus secum aposMos habuerit, et transfi- guratum eum in monte Vidôrint Matth. xn ; Marc, ix, ‘ ÉPITRE AUX GALATES 249 placé sur eux, cela ne m’importe çn rien; car je ne parle point contre ceux qui suivaient alors le Seigneur, mais je parle Contre ceux qui placent la loi avant la grâce; je ne dis rien de mal de ceux qui m’ont précédé, je n’accuse en rien les anciens, mais ce que je dis c’est que Diôu ne fait point acception de la personne de l’homme. Il n’en a point fait acception, ni pour Moïse, ni pour David, ni pour d’autres, il ne le fera donc point davantage pour ceux qui . paraissent se soumettre aux exigences de quelques-uns, bien qu’ils partagent mes sentiments, puisque Pierre lui-même a dit : « En yérité, je vois que Dieu ne fait point acception de personnes, mais qü’en toute nation, celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable, » Ad. x 34, 35. Ce raisonnement que l’apôtre saint Pierre fait contre ceux qui prenaient scandale de ce que Corneille qui était Gentil recevait le baptême sans être circoncis, et par lequel il leur fait voir pour les calmer qu’il ne pouvait refuser l’eau du baptême à ceux qui avaient reçu l’Esprit-Saint, l’apôtre saint Paul le tourne maintenant contre Pierre lui-même, Dieu dit-il ne fait point acception de personnes, mais il juge chacun selon la vérité. C’est ainsi qu’il marche avec précaution et pru¬ dence entre la louange qu’il donne à Pierre et la réprimande qu’il lui fait, rendant à celui qui et super ipsos Ecclesiæ sit positum fundamentum ; mihi tamen nihil refert, quia non adversum eos loquor qui eo tempore Dominum sequebantur, sed adversum eos lo¬ quor qui nunc legem prseppnunt gratise ; nec detraho præcessoribas, nec in aliqua parte accuso majores, sed hoc dico, quia Deus persônam hominis non accipit, Non enim accepit Moysi, non accepit David, non accepit alio- rum, nec eorum ergo accipiet, qui cedere quibusdam vi- dentur ad tempus, tametsi ipsi mecum sentiant, Petro quogue dicente : « Inveritate cognosco, quia non estac- ceptorpersonaruin Deus; sed in omni loco qui timet.eum, et operatur jusiâtiam acceptables ei est » Act. x, 34, 35. Quo itaque argurnento ipse sanctus apostolus Petrus ad¬ versum eos qui in Gornelio ex gentibus baptizato, nec circumciso, scandaium sustinebant, utitur, et plaçât eos . se non potuisse negare aquam his qui Spiriturâ sanctum acceperant ; eodem nunc sanctus apostolus Paulus ad¬ versum ipsum Petrum disputât, quod personarum non sit acceptor Deus, sed unumquemqüe pro veritate judi- cet. Et ita caute et pedetentim inter laudem et objurga- tionem Pétri médius incedit, ut et præcessori apostolo déférât, et nihilominus audacter ei résistât in faciem, veritate corapulsus. , ' 7 « Mihi enim qhi videbantur, nihil contulerunt. » Ipse 250 SAINT JEROME le précède Fhoilneur qui lui est dû, et cependant /osant lui résister en face avec hardiesse, parce que..la.vcritary. contraint., - - - - _ . _ ... « Ceux dis-je, qui paraissaient être quelque chose, ne me communiquèrent rien. » Il a dit précédemment qu’il avait conféré avec eux, qu’il leur avait communiqué toutes les choses qu’il avait faites parmi les nations. Pour eux, ils ne lui communiquèrent rien, ils se contentèrent d’approuver tout ce qu’il leur avait dit, et lui donnèrent la main en signe de communion, et attestèrent ainsi que leur Évangile et celui de Paul ne faisaient qu’un. Remarquons une seconde fois que le mot ^pucravéOevro/ c’est-à-dire commu¬ niquèrent, est ce même verbe grec dont nous avons parlé précédemment. « Au contraire, ayant vu que l’Évangile de l’incirconcision . m’avait été confié, etc. » Il y a ici hyperbate, et en supprimant tout ce qui est entre parenthèse, voici comme on peut lire en abrégeant : « Ceux qui paraissaient être quelque . chose ne m’ont rien communiqué; mais au con¬ traire ils nous donnèrent la main à Barnabe et à moi en signe de communion. On peut entendre aussi que Paul, sans se vanter outre mesurerais c’est un sens moins obvié, veut dire : Ceux qui paraissaient être quelque chose, ne m’ont rien communiqué; mais au contraire, c’est moi qui leur ai donné en les rendant plus fermes dans la grâce, de l’Évangile. Or tout ce qu’il dit ici se résume dans cette vérité, c’est un seul et même superius cum illis contulit, et multa ad eos retu'lit, quæ in gentibus perpeti’arei : ihi nihil contulerqnt ei, s ed tantummodo quæ ab eo dicta sunt comprobantes, dexte- ras dederunt consortii, et urium suum Paulique Eyan- gelium ürmavef unt;' Rursum notandum, quod « eontu- lerunt, » verbum ipsum sit in Græco, de quo ante trac- tavimus. - . - « Sed contra cum vidassent quod creditum est mihi Evangelium præputii, sicut Petro circumcisionis. Qui enim operatus est Petro in apostolatuin circumcisionis, opérât us est et mibi inter gentes. Et cum eognovicseivt gratiam quæ data est mihi, Petrus et Jacobn.-i, et Jcan- nes, qui videbantur co’umma- esse, dextraf dederunt mihi et Rarnabæ, socictatis ; ut nos in gentes, ipsi autem in circumcisioricvn. Muqinatov est, et multis quæ in medio smit interjecta subîatis, siebreviter legi potest1: Mihi enim qui videbantur esse nihil ccntuie- runt ; sed econtra dexteras dcderur^ mUd evBai'uaoæ, societaiis. Aut cérte ille absque jaetntione sui, oc- : cultus est sensus : Mihi qui videbantur . esse ali— Dieu qui m’a confié l’Évangile de l’incirconcision, et qui a confié à Pierre l’Évangile de la circonci- si ou ♦JLmdamvoyé vers les.Ænations^ .iL,a_établi Pierre dans la Judée. Ni les gentils arrivés à un certain âgé ne pouvaient se soumettre . à la dou¬ leur vive de la çirconcision qui ne devait leur servir de rien, et s’abstenir des aliments dont ils avaient coutume de se nourrir, et que Dieu avait créés pour l’usage de l’homme; ni ceux des, Juifs qui avaient embrassé la foi et qui étaient circoncis, et qui par suite d’une habitude devenue comme une seconde nature pensaient qu’ils étaient bien supérieurs aux Gentils ne pouvaient mépriser facilement les privilèges dans lesquels ils mettaient leur gloire. C’est donc par un des¬ sein providentiel de Dieu qu’un apôtre fut donné aux circoncis, lequel paraissait favoriser les ombres de la loi, et qu’un autre fut destiné aux incirconcis pour leur annoncer que la grâce de l’Évangile n’était pas une servitude, mais une foi libre; double mission qui prévenait, tout obstacle à la foi, et qui empêchait que soit à cause de la circoncision, soit à cause de. l’incirconcision on ne crût pas en Jésus-Christ. Nous ne voulons pas dire cependant que Pierre qui, dans les Actes des apôtres, atteste qu’aucun homme n’est impur ni souillé de par la loi, et à qui Dieu par cette forme de vase suspendu par les quatre coins et descendant du ciel jus¬ qu’à terre,, enseigne qu’il n’y a point à ses yeux de différence, entre un Juif et un Gentil Act. x, quid, nihil coniulerunt; sed econtra a me eis col- îatum est, dum fhmfc in Evangelii gratia firmiores. Totum aucem quod uicit, hoc est : unus atque idem mihi Evangelium præputii, et Petro circumcisionis credidii. Mc misit- ad gentes, ilium posuit in Judæa. Nec gentes noterait adulta jam ætaie non profuturo circum¬ cisionis dolore emeiari, et absti nere se ab escis, qui bus se mp eï assua venant, et quas Deus creaverat ad utendum ; nec hi qui ex Jiakeis erediderant et circumcisi erarit, et. ex eonouetue.nG quasi secumlà mxtura, putabant se a cæ Levis gontlbus plus habere, hlcik ccnteranere poterant \n quMus gioîvubantur. JAovidsntia itaqiie Dei, ali us apenioka oirctancisia dadas est/ qui Lêgis umfcVis videré- fcu f acquies ce ne., ali ■. s i n ç. /æpuiio eonsliiutis, oui E van- geîii non patacet esse servi tiu m , sed'liberam U- dem. Ne su b ad qu a occasions impedimentifmâdei na$- cevetur, ei pr opter circumcisionem sive præputinm, noi: eroderekir in Ghrisham. Pee -hcc üicimus quod Pe- trus, qui et ipso in Aciihus apoktolorum nullum homi- . nçm communem esse testatus est, Âctor, x, et in illo COMMENTAIRES SUR L'EPITRE AUX GALATES 261 avait oublié ces premiers enseignements, et croyait qu’à la grâce de l’Évangile il fallait joindre l’observation de la loi. Mais cela se faisait pour que Pierre, en paraissant extérieurement garder la loi, détachât insensiblement les Juifs de leurs anciennes coutumes. En effet, ils ne pouvaientpas tout d’un coup regarder comme actes dommagea¬ bles leurs observances strictes de la loi, et leur fidélité (scrupuleuse pour le passé aux moindres détails qu’elle prescrivait'. Nous voyons donc ici la raison pour laquelle Pierre, Jacques et Jean donnèrent la main à Paul et à Barnabé en signe de communion ; c’était afin qu’uno manière d’agir différente dans l’observation de la loi, ne fît croire à une différence dans l’Évangilè de Jésus-Christ et qu’il y eût communion parfaite entre les circoncis et ceux qui n’avaient pas reçu la circoncision. Aussi est-ce avec un à pro¬ pos merveilleux que Paül commence par dire : « Car celui qui a opéré en Pierre pour l’apostolat de la circoncision. »I1 a craint qu’on ne l’accu¬ sât de diminuer l’autorité de Pierre, et ces louanges qu’il commence par lui donner, nous font comprendre que Pierre se montrait favo¬ rable en partie à la circoncision, pour gagner ceux des Juifs qui lui avaient été spécialement confiés, et pour les faire persévérer dans la foi et l’Évangile de Jésus-Christ. Il nous laisse aussi à entendre, que si Pierre pouvait sans faute agir de la sorte, en observant pour un temps ce vase, quod quatuor angulis de cœlo missum viderat, edocetur nihit intéresse, Jud^eus sit aliquis, an gentilis, quasi oblitus priorum, super Evangelii gratia, Legem putaverit observandam ; sed ut ipsc quoque Legem cus- todire se simulans, paulatim Judæos ab antiquo vivendi more deduceret. Non emni poterant tantum observatio¬ ns laborem, et veteris vitæ cautissimamconversationem quasi purgamenta subito et damna contenmere. Ex quo perspicinuis, propterea de x ter a s datas Paulo et Barnabæ .societatis, a Petro, Jacobo et Joanne; ne observatione varia, diversum Christi Evangelium putaretur ; sed et ciroumeisorum et habentium præputium esset una com- munio. Pulchre autem præstruxit, dicens : « Qui enim operatus est Petro in apostolatum circumcisionis ; » ne quis eum putaret detrahere Petro, sed ut laudibus ejus ante præmissis, intelligeretur Petrus ideo cir- cumcisipnem aiiqim ex parte suscipere, ut eos qui sibi ex Judœis crediti fuerant lucrifacerot, et in Christi fide et Evangelio custodiret. Subintelligit etiam quod si ille absque culpa faceret, et ad tempus ob¬ servance, quod non licet, m sibi creditos perde- qui cessait d’être permis, pour ne point perdre ceux qui lui étaient confiés, il devait lui faire beaucoup plus pour la vérité de l’Évangile à l’égard des incirconcis vers lesquels il était envoyé, de peur que les Gentils effrayés à la vue des charges et des difficultés de la loi ne vins¬ sent à se séparer de la foi avec laquelle ils avaient reçu l’Évangile de Jésus-Christ. Ce que nous venons de dire soulève indirectement cette question : Quoi donc, si Pierre eût eu à faire à des Gentils, il ne les aurait pas amenés à la foi ? Ou si Paul eût eu devant lui quelques-uns de la circoncision, il ne les aurait pas pressés de recevoir le baptême de Jésus-Christ? Cette ques¬ tion se résoud en disant que tel était le com¬ mandement donné à l’égard des Juifs et des Gentils, que ceux qui défendaient la loi eussent un maître qu’ils pussent suivre et que ceux qui mettaient la gr;âce au-dessus de la loi eussent aussi un docteur et un guide, et toutefois le but commun de ces deux Apôtres était d’aihener à Jésus-Christ l’Église composée de toutes les nations. C’est ainsi que, d’après le récit des Actes, saint Pierre baptisa le .centurion Corneille qui était païen, et que saint Paul prêcha souvent dans les synagogues des Juifs. « Pierre, Jean et Jacques qui paraissaient être les eolqnnes. » Nous lisons plus haut trois fois que Paul dit des apôtres : « et en particulier à ceux qui paraissaient être quelque chose, » et, « par ceux qui paraissaient ret, se magis pro Evangelii veritate facere debere quod sibi ereditum est iu præputio, ne gentes Le- gis onere et difficulté deterritæ, a Christi fide et creduiitat'e discederent. Occulta hic oritur quæstio : Quid igitur? Petrus si‘ invenisset ex gentibus, non eos adducebat ad fid ra ? Aut Paulus si ex circum- cisione aliquos/ reperisset, non eos ad Christi baptis- mum provocabat? Quæ ita solvitur, ut dicamus princi¬ pale singulis in Judæos et gentes fuisse inandatum, ut qui defendebant Legem, haberent quem sequerentur ; qui Legi graliam præferebant, non doesset eis doctor et prævhis. In commune vero hoc eos habuisse propositi, ut Christ) ex cunctis gentibus Ecclesiam congr.egarent. Legimus enim et a sancto Petro geïitilem baptizatum fuisse Cornelium, et a Paul > iu synagogis Judæorum, Christum sæpissime prædicatum. « Petrus, et Joannes, et Jacobus, qui videbantur coïumnæ esse » Açtor. x, xm, xvm. Ter supradictum de apostolis legimus : « Seorgum autem his qui videbantur. » Et : Àb his qui videbantur esse aliquid. » Et : « Mibi enim qui vide- bantùr esse aliquid, nibil contulerunt. » Sbllicitus it.aque. 252 SAINT JÉROME être quelque chose ; ceux qui paraissaient être quelqûe chose ne me communiquèrent rien. » Je cherchais avec une certaine sollicitude ce que signifiaient ces paroles :« qui paraissaient être quelque chose; » mais saint Paul éclaircit ici tous mes doutes, en ajoutant : « qui paraissaient être les colonnes.» Les Apôtressont donc les colonnes de l’Église, et surtout Pierre, Jacques et Jean, dont deux ont mérité de suivre le Seigneur sur la montagne, et dont l’un dans l’Apocalypse pré¬ sente le Sauveur disant : « Celui qui sera vain¬ queur, j’en ferai une colonne dans le temple de mon Dieu, nous enseignant par là que tous les croyants qui auront triomphé de l’ennemi du salut, peuvent devenir les colonnes de l’Église. Saint Paul écrivant à Timothée dit encore : afin que vous sachiez comment vous devez vous conduire dans la maison de Dieu qui est l’Église du Dieu /vivant, la colonne et le fondement de la vérité, I yTim. m, 15. Ces témoignages et d’au¬ tres nous apprennent, que l’Écriture donne aux apôtres et aussi aux fidèles et à l’Église elle- même le nom de colonnes, et qu’il n’importe en rien que ce nom soit donné au corps et aux membres, puisque le corps se divise en membres, et que les membres appartiennent au corps. Pierre, Jacques et Jean qui paraissaient être les colonnes, donnèrent donc la main à Paul et à Batnabé, mais ils ne la donnèrent pas à Tite qui les accompagnait. 11 n’était pas encore parvenu requirebam, quidnam esset quod diceret, « qui vide¬ bantur; » sed nunc me omni scrupulo liberavit, adji- ciens, « qui videbantur columnæ esse. » Columnæ igitur sunt Ecclesiæ apostoli, et maxime Petrus, Jacobus, et Joannes, ex quibus duo cum Domino ascendere meren- tur in montem, quorum unus in Âpocalypsi Salvatorem introduit loquentem : « Qui vicerit, faciam eum colum- nam in temploDeimei » Apoc. m, 12, docens omnes cre- dentes qui adversarium vicerint, posse columnas Ecclesiæ fieri. Ad Timotbeum vero Paulus scribens ait : « Ut scias quomodo oporteat te in domo Dei conver- sari, quæ est Ecclesia Dei vivi, columna autem et firma- mentum veritatis»I Tint, n,15.His etcæterisinstruimur, tam apostolos omnesque credentes, quam ipsam quoque Ecclesiam columnam in Snnpturis appellari, et nihil interesse de corpore quid dicatur, an membris, cum et corpus dividatur in inembra, et membra sint corporis. Dederunt itaque Petpus, et Jacobus, et Joannes, qui videbantur columnæ esse, dextras Paulo et Barnabæ, societatis; sed Tito qui cura eis erat, dextras non dede¬ runt. Necdum quippe\ad eàm mensuram pervenerat, à ce degré qu’on pût lui confier les intérêts du Christ au même titre que les anciens, et qu’il pût être chargé à l’égal de Paul et Barnabé de ce sublime commerce. « Ils nous recommandèrent seulement de nous souvenir des pauvres etc. » Ces pauvres chré¬ tiens, qui étaient recommandés à Paul et à Bar¬ nabé étaient ceux d’entre les Juifs qui ayant embrassé la foi, apportaient le prix de leurs biens aux pieds des pauvres pour être distribués aux indigents, ou parce qua leurs compatriotes, leurs parents et leurs proches les avaient en horreur et en abomination comme déserteurs de la loi et parce qu’ils croyaient en un homme crucifié. Les épîtres de l’apôtre saint Paul aux Corinthiens et aux Thessaloniciens et à toutes les Églises des gentils, attestent avec quelle, sollicitude, quelle fatigue il a rempli ce ministère, et fait recueillir les aumônes qui devaient être portées à Jérusalem ou par lui ou par d’autres qu’ils auraient eux-mêmes choisis. Aussi, est-ce avec une pleine confiance qu’il dit ici : « Co que j’ai eu aussigrand soin de faire. » On peut encore entendre ces pauvres dans un autre sens, comme ceux dont il est dit dans l’Évangile : « Bienheu¬ reux les pauvres d’esprit, parce que le royaume des cieuxest à qux. » Matth. v, 3. Ces pauvres méritaient d’être présents au souvenir des apôtres. De même que ces pauvres, doiit il est écrit dans les proverbes de Salomon : « Les ut possent [ Al. possint] ei Christi mercimonia ex æquo cum majoribus credi, et euradem tenere negotiationis locum quem Barnabas tenebat, et Paulus. « Tantum ut pauperum memores essemus, quod etiam sollicitas fui hoc ipsum facere. » Sancti pauperes, quo¬ rum præcipue a b apostolis Paulo et Barnabæ cura mandatur, hi sünt, qui ex Judæis credentes, pretia possessionum suarum ad pedes apostolorum deferebant egenbbus largienda, vel quia contribulibus, cognatis et parentibus suis, quasi desertores Legis, et in cruci- fixum hominem credentes, detestationi et piaculo du- cebantnr. In horum ministerio sanctus apostolus Paulus quanto labore sudaverit, Epistolæ ejus testes sunt, scri- bentis ad Corinthios, et ad Thessalonicenses, ad omnes gentium Ecclesias, ut præpararent munus hoc per se vel per alios qui eis placuissent, Jerosolymam defereo- dum. U.nde nunc confidenter dicit, « quod etiam solli¬ citus fui facere hoc ipsum. » Possuut autem et alio genere pauperes accipi, de quibus in Evangelio dicitur: « Beati pauperes spiritu, quoniam ipsorum est regnum cœlorum » Mdtth.vt 3. Merentur quijipe taies in mémo- 253 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES richesses de l’homme sont la rançon de son âme, mais le pauvre ne peut supporter la menace » Prou, xm, 8. En effet, celui qui est pauvre dans la foi, pauvre dans la grâce, dépourvu de richesses spirituelles, sans aucune science des Écritures, toutes choses qui s’achètent au prix de. l’or, de l’argent, des pierres précieuses, nepeut entendre les menaces terribles des châti¬ ments futurs. Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais ceux qui sont malades; voilà pourquoi il parut convena¬ ble aux apôtres en donnant la main en signe de communion à Paul et à Barnabé que les pauvres ne fussent pas négligés, mais qu’ils fussent tous présents à leur souvenir, comme l’incestueux de Corinthe l’était au souvenir de Paul. Après l’avoir consulté pour un temps dans sa première lettre, afin que la pénitence corporelle à laquelle il était soumis devînt un principe de salut pour son âme, dans sa seconde épître, il le fait rentrer dans le sein de l’Église, de peur qu’il ne fût accablé par une trop grande tristesse. Et il leur demande à tous de le confirmer dans la charité et d’accor¬ der le pardon à leur frère, comme il l’a lui- même accordé à chacun d’eux : accomplissant ainsi la promesse qu’il avait faite à Jérusalem de se souvenir toujours des pauvres. « Or Pierre étant venu à Antioche etc, il man- . geait avec les Gentils » etc. Par là même que Pierre avant l’arrivée des fidèles de Jérusalem, ria esse apostolorum. Nec non et illi pauperes, de qui- bus in Salomone scribitur : « Redemptio viri animæ, propriæ di vitiæ,pauper vero non sustinet comminationem.» Prov. xm. 8. ^on enim potest futurum [Al. futura- rum ] pœnarum audire terrorem, pauper in fide, pauper in gratia,* non habens divitias spirituales, nec scientiam Scripturarum, quæ auro et argento, et pretioso lapidi comparantur. Quoniam igitur non egent sani medico, sed bi qui male habent, propterea et apostolis in dexte- rarum communicatione convenit, ne spernerent pau¬ peres, ne despicerent peccàtores; sed semper meminis- sent eorum, sicut Paulus Gorinthii illius meminit, quem cum in priore Epistola contristasset ad tempus, ut corpore per pœnitentiam laborante, spiritu salvus fieret, I Car. v. In secunda, ne majori tristitia absorberetur, revocat ad EcClesiam. Petitque cunctos, ut confirmant in eum charitatem, et douent fratri sicut ipse unicuique eorùm in facie Ghristi donaverit, implens pactum quod Jeros lymis fecerat, ut semper pabperum recordaretur. « Cum autem yenisset Petrus Antiochiam, in faciem ei restiti, quia reprehensibilis erat. Prius enim quam ; mangeait avec les gentils, il montrait qu’il n’avait pas oublié l’ordre du Seigneur : qu’il ne fallait dire d’aucun homme qu’il était impur et souillé. Mais à cause de ceux qui croyaient encore à la nécessité de l’observation de la loi, il s’était retiré de la manière de vivre des gentils, de sorte que ceux des fidèles qui étaient Juifs d’ori¬ gine imitaient sa conduite, et que Barnabé, qui prêchait avec Paul l’Évangile aux gentils, fût en¬ traîné dans cette même dissimulation. Ceux d’en¬ tre les gentils qui avaient embrassé la foi à Antio¬ che, et qui n’avaient pas été circonsis, étaient for¬ cés de se soumettre aux prescriptions onéreuses de la loi, parce qu’ils ne comprenaient pas le but de la conduite de Pierre qui désirait amener ainsi les Juifs au salut, et qu’ils croyaient qu’ainsi l’ordonnait l’Évangile. Lors donc que l’apô¬ tre saint Paul eut vu que la grâce de Jésus- Christ était en danger, il eut recours, lui son défenseur, à une nouvelle manière de combat¬ tre, qui consistait a redresser la conduite de Pierre par un nouveau genre de contradiction, ét à lui résister en face, non pas en condamnant le but qu’il se proposait, mais en le .condamnant en public, afin de sauver par cette résistance faite en public ceux qui avaient cru d’entre les gentils. Si quelqu’un prétend que Paul a résisté à Pierre en réalité, et que pour défendre la vérité de l*Éyangile, il n’a pas craint de faire cette injure à celui qui était apôtre avant lui, comment venirent quidam a Jacobo, cum' gentibus edebat. Guiü autem venissent, subtrahebat et segregabat se timens eos qui ex circumcisione erant, et simulation! ejus con- senserunt et cæteri Judæi ; ita ut et Barnabas duceretur ab eis in ilia simulatione. » Ex eo quod Petrus antequam quidam de Jerosoîyinis Antiochiam venirent, edebat cum gentibus, ostenditur non eum fblitum fuisse præcepti : nullum hominem communem et immundum dicere; sed quia propter ebs, qui adhuc Legem observandam putabant, paululum se a convictu subtraxerat gentium (ita ut etiam cæteri qui ex Judæis erant, similiter facerent, et Barnabas qui cum Paulo in gentibus Evangelium prædicabat, hoc facere cogeretur), hi qui Antiocbiæ crediderant ex gentibus, nec fuerant circumcisi, compellebantur ad Legis onera transcendere , non intelligentes dispensationem Pétri, qua Judæos salvari cuperet ;.sed putantes ita se Evangelii habere rationem. Cum itaque vidisset apostolus Paulus periclitari gratiam Ghristi, nova bellator vêtus usus est arte pugnandi, ut dispensationem Pétri, qua Judæos salvari cupiebat, nova ipse contradiction^ dispensatione 254 SAINT expliquer alors que Paul se soit lui-même fait juif avec les juifs, pour gagner les juifs. Il se sera rendu, coupable de la mémo dissimulation quand il se rasa la tête en Cenchrée, et que la tête com¬ plètement chauve, il fit son offrande dans le tem¬ ple de Jérusalem* circoncit Timothée, marcha pieds nus, autant de prescriptions cérémonielles des Juifs. Si donc celui qui a été envoyé pour prêcher l’Évangile aux gentils a cru nécessaire de dire : « Ne donnez point occasion de scandale ni aux Juifs ni à l’Église de Dieu ; comme je m’efforce moi-même de plaire à tous en toutes choses, ne cherchant point ce qui m’est avantageux, mais ce qui est utile à un plus grand nombre pour leur salut, si ce même apôtre s’est permis quelques actions contraires à la liberté de l’Évangile pou rue point scandaliser les juifs; de quelle autorité et de quel front ose-t-il reprendre dans Pierre qui était l’apôtre delà circoncision, ceque lui, apôtre des gentils* est convaincu d’avoir fait lui-même? Mais, comme nous l’avons dit plus haut, il a résisté à Pierre en public par l’exterieur, afin que cette observance simulée de la loi qui était nuisible à ceux des gentils qui croyaient en Jésus-Christ, fût corrigée par une réprimande également simulée, et que les deux peuples fussent ainsi sau¬ vés ; ceux qui étaient partisans de la circoncision en suivant Pierre, ceux qui ne voulaient pas s’y corrigeret,^ et resisteret in faciem ; non arguens pro- positum; sed quasi in publico contradicens, ut ex eo quod Paulus eum arguens, resistebat, hi qui crediderant ex gentibus, servarentur. Quod si putat aliquis, vere Paulum Petro apostolo restitisse, et pro veritato Evan- gelii intrépide fecisse injuriam præcessori, non ei staüt illud quod et ipse Paulus Judæis Judæus factus est, ut Judæos lucrifaceret, et ejnsdem sinnilatiônis tenebitur reus, quando caput totondit in Cencris, et facto calvi- tio, oblationem obtulit in Jérusalem, Actor. xvm, et Timotheum circumcidit, Ibid., xvi, et nudipedalia exercuit, quæ utique manifestissime de cæremoniis Judæorum sunt. Si itaque ip^re qui ad prædicationem gentium rqissus erat, non putavit abs re dicere : « Sine offeudiculo estote Judæis et Ecclesiæ Dei»ICor. xin; quomodo et ego omnibus per omnia placeo, non quæ- rens quod mihi utile est, sed quod muftis, ut salventur; et fecit aliqua quæ contraria essent Evangelii libertati, ne sçandalizaret Judæos ; qua anctoritate, qua fronte audet hoc in Petro reprehendere, qui circumcisionis apostolus erat, quod ipse apostolus gentium arguitur commisisse? Sed ut ante jam diximus, restitit secun- dum faciem publicam Petro et cæteris, ut bypocrisis JEROMÏÎ , soumettre en approuvant publiquement la liberté d’agir de Paul. L’Apôtre ajoute « parce qu’il était répréhensible, >> en s’abstenant de manger, pour mieux faire comprendre que c’était moins pour Paul que Pierre était répréhensible, que pour les frères avec lesquels il avait d’abord mangé et dont il s’était ensuite séparé. Il y a des dissimulations utiles et qu’on peut se permettre dans certaines circonstances, Jéhu roi d’israol nous en donne un exemple. Comme il ne pouvait mettre à mort les prêtres de Baal qu’en feignant d’adorer leur idole, il donna cet ordre : « Appe¬ lez à moi tous les prêtres de Baal ; si Achabarendq à Baal quelque honneur, moi je veux lui en ren¬ dre davantage, » IV Rom . x, 18. Il en est de même de David, lorsqu’il changea son visage en présence ü’Abimelech, qui le renvoya et qui s’en alla. Ps. xxxm. 11 n’est "point surprenant que les hommes, même justes et vertueux, usent do quelque dissimulation suivant les circonstances, pour leur salut et celui des autres, puisque Notre-Soigneur lui-même qui était sans péché, et n’avait pas la chair du péché a voulu cependant en porter l’apparence, afin de condamner la chair du péché et de nous rendre en lui justice de Dieu. Saint Paul avait certainement lu dans l’Évangile ce précepte du Seigneur : « Si votre frère a péché contre vous, allez et repre- observandæ Legis, quæ nocebat eis qui ex gentibus cre¬ diderant, correptionis hypocrisi emendaretur, et uterque populus salvus fieret, dum et qui circumcisionem lau- dant, Petrum sequuntur; et qui circumcidi n'olunt, Pauli prædicant libertatem. Quod autem ait,, « (repre- hensibilis erat, » propterea inediæ temperavit, ut intel- liganius non tam Paulo eum fuisse reprehensibilem, quam bis fratribus cum quibus ante edens, se ab eis , postea séparabat. Utilem vero simulationem, et assu- mendam in tempore, Jehu regis Israël nos doceat exemplum, qui non poluisset interlicere sacerdotes Baal, nisi se finxisset velle idolum colere, dicens : « Congre- gote [Al. congrega] mihi omnes sacerdotes Baal ; si enim Achab scrvivit Baal in paucis , ego serviam in multis, » IV Reg. x, 18. Et David quando muta vit faciem suam coram Abimelech, et dimisit eum, et abiit I Reg. xxi. Nec mirum, quamvis jüstos hommes, tamen aliqua simulare pro tempore, ob suam et aliorum salu- tem, cum et ipse Dominus noster non habens peccatum, . nec carnem peccati, simulationem peccatricis carnis as- sumpserit, ut condemnans in carne peccatüm, nos in se faceret jnstitiam Dei. Legerat utique Paulus in Evan- gelio Dominum præcipientem : « Si autem peccavent in 255 COMMENTAIRES SUR Ï/EPITRE AUX GARATES nez-le entre lui et vous/ S’il vous écoute, vous aurez gagné votre frère »Matt h. xvm. 15. Or puis¬ que Notre-Seigneur a commandé d’en agir ainsi à l’égard des plus petits d’entre nos frères, com¬ ment Paul a-t-ilpu[reprendre publiquement le pre¬ mier des apôtres avec tant de hardiesse et d’opi¬ niâtreté? A moins qu’on ne dise que cotte répri¬ mande était agréableà Pierre, et que Paul n’a blessé en rien celui dont il avait dit précédemment : « Je suis venu à Jérusalem pour voir Pierre, et je demeurai avec lui près de quinze jours. Mais je ne vis aucun autre apôtre. » Et plus loin : « Celui qui a opéré en Pierre pour l’apostolat de la circonci¬ sion. Et plus bas : «■ Pierre, Jacques et Jean qui paraissaient être les colonnes de l’Église ; » et tout ce qu’il dit encore à la louange de Pierre. Lors- qu’étant à Rome dans ma première- jeunesse, je déclamais des sujets de contronverse et que j’étais exercé à de vrais combats avec des troupes simulées, je courais aux tribunaux et je, voyais les orateurs les plus diserts lutter entre eux avec tant d’aigreur,, qu’oubliant sou¬ vent le fond du débat, ils s’adressaient personnel¬ lement des injures et se déchiraient mutuellement par des railleries mordantes. S’ils agissent ainsi pour ne laisser aux prévenus qu’ils défendent aucun soupçon de prévarication, et s’ils trompent ainsi la multitude qui les entend, que devaient faire à notre avis ces grandes colonnes de l’Église, ter frater tuus, vade corripe eum inter te et ipsum solum. Si te audierit, lucrifeceris fratrem tuum Luc.xviijS. Etquoniodocumetiam de minimisfratribns hoc faciendum jusserit, ausus est àpostolorum maximum in publica fa oie tam procaciter, tam constanter arguere; nisi et Petro sic placuisset argui, et Paulus non ei faceret injuriant de quo ante dixerat : « Yeni Jerosolymam videre Petrum, et mansi apud eum diebus quindecim ; alium autemapostolorumvidineminem. » Et rnrsiim: « Qui enim operatus est Petro in apostolatum circumcisionis. » Et infra : « Petrusjet Jacobuset Joannes, qui videbantur columnæesse, » et cætera quæ inejus lau¬ des pérorât. ÀliquotieS’ cum adolescentulus Romæ con- troversias declamarem, et ad vera certamina fictis me litibus exercerem, curvebam tribunalia judicum, et disertissimos oratorum tanta inter se videbam acerbi- tate contendere, ut omissis sæpe negotiis, in proprias contumelias verterentur, et joculari sé invicem dente morderent. Si hoc illi faciunt, ut' apud reos nullam sus- picionem prævaricationis incurrant, et fallunt populum circumstantem ; quid putamustantas Ecclesiæ columnas, Petrum et Paulum, tanta vasa sapientiæ inter dissi- Pierre et Paul, dont la sagesse était si grande entre les juifs et les gentils divisés entre eux, sinon de recourir à cette discussion simulée qui devait rétablir la paix entre les fidèles et â un saint désaccord qui devait produire l’unité de foi dans l’Église. Il en est qui pensent que'Gephas auquel Paul résista ici en face n’est point l’apôtre saint Pierre, mais un des soixante-dix disciples qui portait oe nom. Pierre, disent-ils, n’a jamais pu se séparer de la manière de vivre des gentils, lui qui avait baptisé le centurion Corneille. En effet, lorsqu’il fut arrivé à Jérusalem, les fidèles circoncis disputaient contre lui disant : Pourquoi êtes-vous entré chez les hommes incirconcis, et avez-vous mangé avec eux ? » A et. x. 23. Or, après leur avoir rapporté la vision qu’il avait eue, il termine son récit par ces paroles : « Si Dieu leur a fait la même grâce qu’à nous qui avons cru au Seigneur Jésus-Christ, qui étais-je moi pour m’opposer à Dieu? A ces paroles, ils se turent et glorifièrent Dieu en disant : Dieu a donc aussi donné la pénitence aux gentils pour les conduire à la vie? » Ils insistent particulière¬ ment sur co que saint Luc qui a écrit l’histoire des Actes des apôtres, ne fait aucune mention de cette dispute et ne dit nulle part que Pierre se soit trouvé à Antioche avec Paul, et qu’on donne lieu ici au blasphème de Porphyre si l’on croit ou que Pierre s’est trompé ou que Paul a auda- dentes Judæos atque gentiles facere debuisse? nisi ut eorum simulata contentio, pax credentium fieret, et Ecclesiæ fides sancto inter eos [Alt se] jurgio concor- daret. Sunt qui Gephan, cui hic in faciem Paulus restitisse se scribit, non putant apostolnm Petrum, sed alium de septuaginta discipulis isto vocabulo nuncupatum. Et dicunt nequaquam Petrum a convictu gentium se potuisse subtrahere, qui et centurionem Cornelium baptizarat. Et cum ascendisset Jerosolymam, disce- ptantibus adversus se qui erant ex circumcisione, et dicentibus : « Quare introisti ad viros præputium ha- bentes, et manducasti cum illis Act. xi,' 3? post narra- tionem visionis, tali responsionem suam fine conclu- serit : « Si ergo eamdem gratiam dédit iliis Deus, sicut et nobis qui credidimus in Doiniryim ' Jesum Christum, ego quis e.ram qui possem prohibere Deum? Quibus auditis, tacuerunt, et glorificaverunt Deum, dicentes : ergo et gentibus Dens pœnitentiam ad vitam dédit; » , maxime cum Lucas scriptor historiæ, nullam hujus dis- sensionis faciat mentionem; nec dicat umquam Petrum Antiochiæ' fuisse cum Paulo, 'et locum dari Porphyrio blasphemanti ; si autem Petrus errasse, aut Paulus pro- 256 SAINT JÉROME cieusement confondu le prince des apôtres. Nous répondons premièrement que nous ne connais¬ sons pour avoirporté le nom de Céphas que celui qui dans l’Évangile comme dans les autres épl- tres de saint Paul est appelé tantôt Céphas, tantôt Pierre. Ce n’est pas que Pierre signifie autre chose que Céphas, mais ce que nous appelons Pierre en latin et en groc, les hébreux et les syriens, à cause de l’affinité des deux langues l’appellent Cêphan. D’ailleurs le sujet tout entier de l’épître où il est question indirectement de Pierre, de Jacques, de Jean, s’oppose à cette argumentation. Riend’étonnant que saint Luc aitpassé ce fait sous silence, puisqu’en vertu de la liberté que pren¬ nent les historiographes, il n’a rien dit non plus de beaucoup d’autres épreuves que saint Paul raconte avoir supportées. On ne peut donc aussitôt crier à la contradiction, si ce que l’un a jugé digne d’ôtre rapporté est passé sous silence par un autre. Nous savons , que Pierre a été le premier évêque de l’Église d’Antioche, et qu’il fut ensuite transféré à Rome. Cependant saint Luc n’en a rien dit. Enfin si à cause du blas¬ phème de Porphyre, il nous faut admettre un autre Céphas pour netre point forcé de dire que Pierre s’est trompé, il nous faudra assurer également une foule de choses des diverses Écritures, que Porphyre attaque, parce qu’il ne les comprend pas. Mais nous engagerons la lutte caciter apostolomm principem fconfutasse credatur. Quibus primum respondendum, alterius nescio cujus Cephæ nescire nos nomen, nisi ejus qui et inEvangelio, et in aliis Pauli Epistolis, et in hac quoque ipsa modo « Céphas, » modo « Petrus, » . scribitur. Non quod aliud significet Petrus, aliud Céphas; sed quod quam* nos Latine et G1 æce « Petram » vocemus, hanc Hebræi et Syri propter ■inguæ inter se viciniam, « Cephan » nuncupent. Deinde totum argumentum epistolse quod oblique de Petro, Jacobo, et Joanne dicitur, huic intel¬ ligente repugnare. Nec mirum esse si Lucas hanc rem tacuèrit, cum et alia multa quæ Paulus sustinuisse se replicat, historiographi licentia prætermiserit; et non statim esse contrarium, si quod abus ob causam dignum putavit relatu, alius inter cætera dereliquit. Denique primum episcopum Antiochenæ Ecclesiæ Petrum fuisse accepimus, et Romam exinde translatum, quod Lucas penitus oinisit. Ad extremum si propter Porphyrii blasphemiam, alius nobis fingendcs est Gephas, nè Petrus putetur errasse, inJfinita de Scripturis ernnt radenda divinis, quse ille, quia non intelligit, cri- minatur, Sed et adversum Porphyrium, in alio, si contre Porphyre, dans un autre ouvrage, si Jésus- Christ nous en fait un devoir ; expliquons main¬ tenant la suite de I’épître. « Mais quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit, etc.. De même que lorsque ceux qui marchent droit feignent par hasard de boiter, la cause n’en est point dans quelque vice des pieds, mais dans quelqu’autre raison qui les porte à boiter; de même Pierre, bien convaincu que la circoncision et l’incirconcision ne sont rien, mais qu’il n’y a d’important que l’observation des commandements de Dieu, mangeait d’abord avec les Gentils, mais il se retirait d’eux suivant les circonstances, pour ne point séparer les Juifs de la foi de Jésus-Christ. Saint Paul use donc pour résister en face à Pierre du même artifice dont Pierre se servait dans sa conduite exté¬ rieure et il lui parle devant tous, moins pour réprimander Pierre que pour corriger les idées de ceux en faveur desquels Pierre usait de cet artifice. Si quelqu’un désapprouve cette inter¬ prétation qui excuse Pierre de toute faute et nie que Paul ait réprimandé avec hardiesse son supérieur, il devra nous expliquer comment Paul reprend dans un autre la conduite qu’il a suivie lui-même. « Si vous, étant Juif, vous vivez à la manière des Gentils et non en Juif, comment forcez-vous les Gentils à judaïser. » Il presse Pierre par um Christus jusserit, opéré pugnabimus ; nunc reliqua prosequaraur. « Secl cum vidissem quod non recto pede incedunt ad veritatem Evangelii, dixi Petro coram omnibus. » Sicut hi qui sanis gressibus claudicare se simulant, non vitium habent in pedibus, sed est aliqua causa cur claudicent, ita et Petrus sciens circumcisionem et præ- putium nihil esse, sed observationem mandatorum Dei, edebat quidem ante cum genlibus, sed pro tempore ab eis se, ne Judæos a fide Christi perdèret, subtrahebat. XJnde et Paulus eadem arte qua ille simulabat, ei resti- tit in faciem, et loquitur coram omnibus; non tam ut Petrum arguat, quam ut hi, quorum causa Petrus simulaverat, corrigantur, vel ut etiam Judæis super bia, gentibus desperado tolleretur. Quod si cui iste non placet sensus, quo nec Pqtrus peccasse, nec Paulus procaciter ostenditur arguisse majorem, debet exponere qua consequentia hoc Paulus in altero reprehendat, quod ijfëe commisit. « Si tu, cum Judæus sis, gentiliter, et non judaice.. vivis; quomodo gentes cogis judaizare? » Indissolubili argumento ccnstringit Petrum, immo per Petrum, eos COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES argument invincible et bien plus, par ■ Pierre tous ceux qui le forçaient de tenir une conduite contradictoire. Vous qui êtes Juif d’origine, Pierre, lui dit-il, circoncis dès votre plus tendre enfance, ^fidèle observateur de tous les préceptes de la loi, vous savez par la grâce de Jésus-Christ que toutes ces observances n’ont aucune utilité, mais qu’elles étaient seulement les figures et les symboles des choses futures. Si donc vous man¬ gez avec les Gentils, sans être retenu comme auparavant par un motif superstitieux, et vivant avec eux en toute liberté et en toute indifférence, comment forcez-vous maintenant de judaïser ceux cl’entre les Gentils qui ont embrassé la foi, en vous retirant d’eux, et en vous séparant complètement d’eux, comme s’ils étaient souillés? Car si ceux dont vous vous séparez sont impurs, et si vous rompez avec eux, parce qu’ils n’ont pas reçu la circoncision, ■ vous les forcez de se faire circoncire, et de devenir Juifs, alors que vous, Juif d’origine, vous vivez comme les Gentils. Et Paul lui indique en termes couverts la cause pour laquelle il engage cette discussion avec lui, c’est que, par cette conduite si peu franche, il forçait les Gentils à judaïser dans le désir qu’ils avaient de l’imiter. « Nous, de naissance nous sommes Juifs, et non pécheurs d’entre les Gentils. » Les hérétiques cherchent à s’insinuer à la faveur de ce passage, leur cerveau enfante des- choses ineptes et ridi- qui pugnantia ilium inter se facere cogebant : Si, in- quit, o Petre, tu natura Judæus es, circumcisus a par va ætate, et universa Legis præcepta custodiens, mmc ob gratiam Glxvisti sois ea nihil per se habere utilitatis, sed exempiaria esse et imagines futurorum, et cum his qui 'ex gentibus sunt, cibum capis, nequaquam ut ante superstitiose, sed libéré et indifferenter victitans; quo- modo eos qui ex geutibus crediderunt, nunc recedens ab eis, qt quasi a contaminatis te separans et secernens, compellis judaizai'eî* Si enim immundi sunt a quibus recedis, idcirco autem recedis, quia non habent circum- cisïonem, compellis eos circumcidi et Judæos fieri, cum tu ipse natus Judæus, gentiliter vixeris. Et lætanter ôstendit caiisam quare adversum.eum disputaverit; quia scilicet gentes simulatione sua judaizare compel- leret, dum'eum cupiunt æmulari. « Nos natura Judæi, et non ex gentibus peccatpres. » Subrepunt hoc loco Hæiælici, qui ridicula quædam et inepta fingentes, aiunt, neo spiidtualem peccare posse Tou. x. 257 cules, et ils disent que la nature spirituelle ne peut pécher, et que la nature terrestre ne peut faire aucune œuvre de justice. Nous leur demanderons pourquoi donc alors les branches de l’olivier franc ont été rompues ; et pourquoi des branches de l’olivier sauvage ont été gref¬ fées sqr l’olivier franc, si celui qui est bon ne peut déchoir en rien de sa bonté; si celui qui est mauvais ne peut s’élever à la hauteur* d’aucune bonne action. Ou bien encore, comment Paul a-t-il d’abord persécuté l’Église, si sa nature était spirituelle; ou comment est-il ensuite devenu apôtre, si elle est d’une origine terrestre? Si nous prétendons qu’elle n’était point terrestre, écoutons ses propres paroles : « Nous étions par nature des enfants de colère, comme les autres. » Un homme est juif de nature qui est de la race d’Àbraham, et qui a été cir¬ concis par ses parents le huitième jour. Mais on ne peut appeler juif de nature celui qui, gentil d’origine, a embrassé ensuite le judaïsme. Pour résumer en peu de mots toute cette argumenta¬ tion, en voici le véritable sens : Nous, c’est-à- dire, vous Pierre et moi, car il ne se sépare point de lui pour ne point paraître lui faire injure; étant juifs de naissance, accomplissant les préceptes de la loi, et non pécheurs d’entre les gentils, pécheurs en général, parce qu’ils adorent les idoles, ou pécheurs parce que nous les regardons comme impurs; nous donc sachant que l’homme n’est pas justifié par les œuvres de iiaturam, nec juste aliquid facere terrenam. Quos in- terrogemus quare de bona oliva rami fracti sunt, 'et' cur de oleastro in radicem bonæ olivæ inserti sint, si nec de bono cadere quidquam potest, nec de malo surgere ! Aut quomodo ve] Pau] us persecutus sit ante Ecclesiam, si de natura spirituali fuit; aut postea Apostolus factus, si de terrona fæce generatus est. Quod si terxænum eum non fuisse contenderint, ipsius verba ponamus : « Eramus Jfilii natura iræ, sicut et cæteri » Ephes. n, 3. Natura Judæus est qui de geriere est Abraham, et a parentibus die octavo circumcisus est. Non nàtui>a Judæus, qui postea est factus ex gentibus. Ut autem totum argumentum brevi sermone comprehendam, sen- sus est iste qui texiiur : Nos, id est, egox et tu, Petre (miscuit enim personam suam, ne illi facere videretur irijuriam), cum essemus, inquit, natura Judæi, ea fa-/ cientes quæ. lege præcepta sxmt, et non ex gentibus peccatores, qui vel . generaliter, quia idolis serviunt peccatcres sunt, ve] quoa nun6 putamus immundoe, , n 258 saint Jérome; la loi, mais qu’il est sauvé par la foi en Jésus- Christ, nous avons ,cru en Jésus-Christ, afin que cette foi que nous avions en Jésus-Christ nous donne ce que la loi ne pouvait nous donner. Si donc, en nous séparant de la loi, incapable de nous sauver,' nous avons passé sous le . règne de la foi, qui exige non la circoncision de la chair, mais la religion d’un cœur pur; et si maintenant, en nous séparant des Gentils, nous faisons croire que tout homme non circoncis est impur, donc la foi en Jésus-Christ par laquelle nous pensions être sauvés, est bien plutôt le ministre du péché que de la justice qui supprime la circoncision sans laquelle tout homme est impux; et souillé. Mais à Dieu ne plaise que je rétablisse ce que j’ai détruit, et ce que je savais ne m’être utile en rien. En me séparant une fois de la loi, je suis mort à la loi pour vivre en Jésus-Christ; j’ai été cloué sur la croix, je suis devenu un nouvel homme, afin de vivre bien plus par la foi que par la chair et de sortir de ce monde avec Jésus-Christ. Je reste fidèle au parti que j’ai pris. Cen’est point inutilement que Jésus- Christ est mort pour moi, et c’est en vain que j’ai cru en lui, si je crois qu’en dehors de la foi je puis être sauvé par la loi ancienne. « Sachant donc que l’homme n’est point justifié par les œuvres de la loi, mais par la foi en Jésus-Christ, nous croyons nous-mêmes au Christ Jésus pour être justifiés par la foi du scientes quod non possimus ex Legis opéré, sed ex Christi salvari fide, credidimus in Christum, ut quod Léx nobis non dederat, fides tribueret quam habebamus f AL habemus] in Christo. Quod si recedentes a Lege, in qua salvari non potuimus, transcendimus ad fidem, in qua non carnis quæritur circumcisio, sed cordis pundevotio; et nunc a gentibus recedendo hoc agi- mus, ut quicumque non sit circumcisus, immundus sit; ergo fides in Christum, in qua nos putabamus ante aalvari, magis peccati est ministra, quain justitiæ, quæ aufert circumcisionem, quam qui non habuerit, immun¬ dus est. Sed absit, ut quod semel destruxi, et scivi mihi non profuisse, rursum vindicem. Semel a Lege discedens, Legi sum mortuus, ut in Christo viverem, crucique ejus affixus, et in novum renatus hominem, fide magis quam carne subsisterem, et cum Christo egrederer e mundo. Quod semel adorsus sum, teneo. Non mihi gratis Christus est mortuus, in quo frustra credidi, si potui absque fide ejus in veteri Lege salvari « Scientes autem quod non justificatur homo ex ope- ribufl Legis, niai per ûdem Jesy Cbri&tiv et üos in Christ et non par les œuvres de la loi. » Mais, disent quelques-uns, si ce que saint Paul affirme est vrai, c’est-à-dire que personne* n’est justifié par les œuvres de la loi, mais par la foi en Jésus-Christ, les patriarches, les prophètes et les saints qui ont vécu avant Jésus-Christ sont donc restés dans un état d'imperfection? Nous leur ferons ici observer que ceux dont il est dit ici qu’ils ne peuvent être justifiés sont ceux qui croient que les œuvres seules de la loi suffisent pour les justifier, or, les saints de l’ancienne loi ont été justifiés par la foi en Jésus-Christ. Ainsi Abraham a vu le jour du Christ et a tressailli do joie. » Jean viii; 56. Moïse a jugé que l’opprobre de Jésus-Christ était un plus grand trésor que toutes les richesses de l’Égypte, parce qu’il envisageait la récompense, Hebr . xi, 26; Isaïe a vu la gloire du Christ, comme l’atteste l’évan¬ géliste saint Jean Isai vi, et l’apôtre Jude dit de tous en général : « Je veux vous avertir, vous qui avez su tout cela autrefois, que Jésus ayant sauvé le peuple de la terre d’Égypte, il fit périr ceux qui étaient incrédules Jude , 5. Ce ne sont donc pas tant les œuvres de la loi qui sont ici condamnées, que ceux qui prétendent être sauvés exclusivement par les œuvres de la loi, d’après ces paroles du Sauveur à ses disciples : « Si votre justice n’est plus abondante que celle des Scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. » Matth. v, 20. Il Christo Jesu credidimus, ut justificemur in fide Christi, et non ex operibus Legis. » Aiunt quidam : si verum hoc sit quod Paulus affirmât, ex operibus Legis nemi- nem justificari, sed ex fide Jesu Christi, patriarchas et prophetas, et sanctos, qui ante Christi adventum fue- runt, imperfectos fuisse. Quos admonere debemus eos bic dici justitiam non consecutos, qui tantum ex operi¬ bus justificari posse se credunt. Sanctos autem, qui antiquitus fuerint, ex fide Christi justificatos. Siquidem Abraham\idit diem Christi, et lætatus est. Et Moyses majores Idivitias æstimavit thesauro Ægyptio^m, im- properium Christi. Aspiciebat enim in rémunéra tionem. Et Isaias vidit gloriam Christi Isai. vi, ut Joannes evangelista commémorât, et Judas de omnibus genera- liter : « Gommonere, » inquit, « vos volo, scientes semel omnia ; quoniam Jésus populum de terra Ægypli salvans, secundo eos qui non crediderunt, perdidil » JuâH v. XJnde non tam Legis opéra damnantur, quam hi qui tantum ex operibus justificari se posse confidunt, Salvatore quoque ad discipülos loquente, « Nisi supera- fcundaverit jusüti^ vestra plus quam Scribarum et P ha- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES 259 faudrait réunir les préceptes difficiles de la loi que nul ne peut accomplir, et dire au, contraire, qu’il est certains préceptes qui sont observés par ceux qui ne connaissent pas la loi; et cepen¬ dant ces observateurs de la loi ne peuvent être justifiés, parce qu’ils accomplissent ces préceptes en dehors de la foi.. Ainsi par exemple, il s’abs¬ tiennent entre eux des péchés contre nature, ils ne sont ni adultères ni ravisseurs, ils honorent leurpèreet leur mère, et observentencored’autres préceptes de la loi. Que si on cite les exemples de saints personnages qui, versés dans la con¬ naissance de la loi, ont accompli tout ce que la loi commande, nous répondrons que la loi n’est point établie pour le juste, mais pour les injustes, les rebelles, les impies, les pécheurs, les scélé- ■rats, les profanes Tim. i, 9. Celui qui a Dieu pour maître, n’a pas besoin d’être enseigné même sur la charité, au témoignage de saint Paul : « Quant à la charité, vous n’avez pas besoin que je vou.s en écrive, puisque vous-mêmes avez appris de Dieu à vous aimer les uns les autres» thess . iv, 9. « Attendu que par les œuvres de la loi aucune chair ne sera justifiée. » Que si cherchant à être justifiés dans le Christ, nous sommes nous- mêmes trouvés pécheurs, le Christ n’est-il pas ministre du péché? Nullement; car si je rétablis ce que j’ai détruit, je me constitue moi-même risæoruin, non intrabitis in regnum cœlorum » Matth, v, 20. Congreganclum \Al. considerandumj hoc in loco quanta in Lege præcepta sint, quæ explere nul- ïus queat. Et econtrario dicendum, quædarn Legis etiam ab his fieri qui ignorent eara. Sed ideo nonjusti- ficari operatores ejus, quia absque fide Christi fiant; verbi gratia, non dormire cum viro dormitatiône mulie- ris, non adulterari, non rapere, sed magis honorare patrem et matrera, et cætera, quæ imperata sunt, facere. Quod si de sanctis viris nobis exempla protule- rint; quod in Lege versati, ea quæ Legis fuerant,- perpétraient, dicemus ; Quia justo Lex non est posita, sed iniquis et non subditis, impii s et peccàtoribus, con- taminatis et immundis X Tim. i. Qui autem a Deo doc- tus sit, non habere eum necesse, ut vel de charitate doceatur, Paulo dicente : « De charitate autem non necesse habeo scribere vobis; ipsi enim vos a Deo.docti estis, ut diligatis invicem » XV Thess. iv, 9. « Propter quod ex operibus Legis non justificàbitur omnis caro. Quod si quærentes justificari in Ghristo, inventi sumus et ipsi peccatores; numquid Christus peccati minister est? AbsiL Si enim quæ destruxi, hæo prévaricateur.1 » Cette chair, ne sera point justifiée par les œuvres dA la loi dont il est écrit : « Toute chair n’est que de Therbe, et toute sa beauté ressemble, à la fleur des champs. » Isai, xl, v. Mais au contraire,’ cette chair sera justifiée par la foi de Jésus-Christ, dont il est dit dans le mystère de la résurrection : « Toute chair verra le salut de Dieu, Luc, ni. 6. Dans un sens même élevé, toute chair n’était pas autrefois justifiée par la loi, . mais seulement les hommes, qui étaient dans la Palestine. Mais maintenant, toute chair est justifiée par la foi en Jésus-Christ, parce que son Église s’établit dans tout l’univers. « En effet, moi-même par la loi, je suis mort â la loi, afin de vivre pour Dieu. » Autre chose est de mourir par la loi, autre chose de mourir à la loi. Celui qui meurt à la loi vivait pour la loi avant de mourir, et observait le sabbat, les néoménies, les jours de fêtes, le sens figuratif des victimes, les fables juives et les généalogies; mais aussitôt que le Christ fut venu, et avec lui la loi dont.il est écrit : « Nous savons que la loi est spirituelle, Rom vu, 14, il mourut à la loi ancienne parla loi évangélique, et l’âme, qui selon ce que saint Paul écrit aux Romains qui eût été appelée adultère si pendant la vie de son mari elle avait commercé avec un autre homme; quand son mari fut mort, c’est-à-dire iterum reædifico, prævaricatorem me constitue». » Non justificabitur [Al. justificatur] ex operibus Legis caro ilia, de qua scribitur : « Omnis caro fenum; et omnis gloria ejus, quasi flos agri » Isai. xu, 6. Justificatur autem ex fide Jesu Christi caro ilia, de qua in resurrec- tionis dicitur sa crânien to : « Omnis caro vide bit salu- tare Dei » Luc. ni, 6. Sed et juxta humiliorem intellec- tum, justificabatur quondam ex Lege non omnis caro, sed tantum hi homines qui in Palæstina . erant'. N une autem ex fide Jesu Christi justificatur omnis caro, dum Ecclesia ejus in toto orbe fundatur. ^ « Ego enim per Legem Legi mortuus sum,. ut Deo vivam. » Aliud est per Legem mori, . aliùd Legi mori. Qui Legi moritur, vivebat ei antequam moreretur, observans sabbata et neomenias, et dies festos, et victimarum typicam curiositatem, et fa¬ bulas Judaicas, et geneal'ogias. Postquam autem venit Christus et Lex, de qua scriptum est : « Scimus autem quia Lex spiritualis est » Rom. vn, 14, per Evangelicam legem. Legi pristinæ mortuus est, et anima, quæ secundum id quod scribitur ad ïtomanos : Viro vivente, si nupsisset, adultéra vocabatur; mortüo 260 SAINT JÉROME la loi ancienne, s’ünit à la loi spirituelle afin de porter des fruits pour Dieu. C’est ce que Dieu' lui dit dans le prophète Osée : « on a trouvé sur toi le fruit que je t’ai fait produire, » Osée xiv, 9. C’est à cette divine opération que se rapporte cet oracle mystique : « Qui est assez sage pour comprendre ces choses, qui a l’intelligence pour les connaître? » Celui donc qui, par la loi spirituelle, meurt à la lettre de la loi, vit pour Dieu, puisqu’il n’est pas sans la loi de Dieu, soumis qu’il est à la loi du Christ. Celui au contraire qui meurt à la loi à cause de ses péchés, est mort à la vérité, mais on ne peut lui appliquer ce qui suit « afin de vivre pour Dieu. » Or, qu’il y ait une autre loi spirituelle en dehors de la loi de la lettre, c’est ce que l’Apôtre enseigne clairement dans un autre endroit : « Et cependant la loi est sainte, et le comman¬ dement est saint, juste et!bon, » Rom . vu. 12. Et Ézéchiel parlant au nom de Dieu : « Je les ai retirés, dit-il, c’est-à-dire le peuple juif, de la terré d’Égypte et je les ai conduits dans le désert. Je leur ai proposé mes lois et mes ordonnances, afin que celui qui les observe ÿ trouve la vie. » Ézech, xx, 10. Mais parlant ensuite de la loi qui opère ia colère, et à laquelle l’Apôtre estanort, il dit ensuite : « Je les ai livrés, à des préceptes imparfaits, à des or¬ donnances où ils ne trouveront pas la vie » Ibid. 25. C’est cette même vérité qu’exprime le Psal- viro suo, id est, lege veteri, nupsit Legi spirituali, ut fructificaret Deo. Unde et in Osee ad eam dicitur : « Ex me fructus tuus inventus est » Osee xiv, 9. Cui pulchrè mysticum illud infertur : « Quis sapiens, et intelliget ista ; intelligens, et cognoscet ea? » Qui per legèm igitur spirituaiem, Legi litteræ moritur, Deo vivit, cum non sit sine lege Dei, sed in lege sit Christi. Qui vero legi moritur ob peccata, mortuus quidem est; sed non potest de eo dici quod sequitur, « ut vivat Deo. » Esse autein legem aliam spirituaiem extra Legem litteræ, et alibi Apostolus docet, dicens : « Itaque lex quidem sancta, et mandatum sanctum, et justum, et donum » Rom. vu, 12. Et Ezechiel ex persona Dei : «c Eduxi, » inquit, « eos, » id est, populum Judæorum, « de terra Ægypti, et adduxi eos in desertum’; et dedi ois præcepta mea, et justificationes meas ostendi illis, quas faciet homo, et vivet in eis Ezech. xx, 10. » De ea vero lege quæ iram operatur, cui et Apostolus mortuus est, postea infert ; « Et ego dedi eis præcepta non bona, et justificationes in quibusnoû vivent in eis » Jbïd:, 25. Idfpsura signiûcatur et in Psalterio :«Quoniam miste, lorsqu’il dit : « Parce quo je n’ai pas connu la science humaine, j’entrerai dans les puissances du Seigneur, » Ps. lxx, 51. « Je suis cloué à la croix avec Jésus-Christ. » Il venait de dire qu’il était mort à la loi par la loi, il indique maintenant comment ii est mort : « Je suis cloué à la croix avec Jésus-Christ » en portant sa croix, en suivant Jésus-Christ et en faisant cette prière au milieu des souffrances : « Souvenez-vous de moi, lorsque vous serez dans votre royaume. » Luc xxia 42, 43. Lors¬ qu’un chrétien, par la mortification de ses membres sur la terre et par sa mort au monde, est rendu conforme à la mort de Jésus-Christ, il est crucifié avec Jésus, et il cloue le trophée de sa mortification sur le bois de la passion du Sauveur. « Et je vis, non plus moi, mais Jésus-Christ vit en moi. » Celui qui vit maintenant n’est plus celui qui vivait autrefois dans la loi, et qui per¬ sécutait l’Église. Mais c’est le Christ qui vit en lui, c’est-à-dire la sagesse, la force, la parole,, la paix, la joie et les autres vertus sans lesquelles nul ne peut dire : « le Christ vit en moi. » Saint Paul personnifie ici en lui toute cette discussion entreprise contre Pierre et au sujet de cet apôtre. « Car si je vis maintenant dans la chair. » Autre chose est d’être dans la chair, àutre chose de vivre dans la chair. « Car ceux qui sont dans non cognovi litteraturam, introibo in fortitudinem Domini Ps. lxx, 51. « Christo confixus sum cruci. » Quia dixerat se per legem legi mortuuiu, quomodo mortuus fuerit, ostendit : « Christo confixus sum cruci, » tollens crucem suam, et Ghristum sequens, et in ipsa obsecrans passione : « Memento mei, cum veneris. in regnum tuum » Luc. xxni, 42, 43. Statimque audiens : « Hodie meçum eris in paradiso. » Si quis mortificatis membris super terram, et mundo mortuus, configuratus fuerit morti Jesu Christi, cruciûgitur cum Jesu, et tropæum mortification^ suæ, in ligno Dominicæ passionis afûgit. « Vivo autemjam non ego; vivit autem in me Chris- tus. » Non vivit ille qui quondam vivebat in Lege, quippe qui persequebatur Ecclesiam. Vivit autem in èo Christus, sapientia, fortitudo, sermo, pax, gaudium, cæteræqüe virtutes;. quas qui non habet, non potest dicere : « Vivit autem in me Christus, » hoc autem totum sub sua persona adversum Petrum de Petro disputât. « Quod autem nuno vivo in carne. » Aliud est in carne êsee, et in carné vivere. « Qpi enim in Carne supt, Deé COMMENTAIRES SUR L la chair ne peuvent plaire à Dieu, » Rom. vin, 8, 9. Aussi l’Apôtre s’adressant à ceux qui vivent selon les règles du bien, leur dit : « Pour vous, vous n’êtes point dans la chair. » « Je vis dans la foi du Fils de Dieu, qui m’a aimé, et qui s’est livré lui-même pour moi. » Dans son épître aux Romains, il dit que Dieu n’a pas épargné son Fils, mais qu’il l’a livré pour nous. 11 dit maintenant du Christ, qu’il s’est livré lui-même. « Il m’a aimé, dit-il, et il s’est livré lui-même pour moi. » Dans l’Évangile où se trouvent énumérés les noms des apôtres, on lit : «Et Judas Iscarioth (ou Scarioth), qui le livra, » Luc vi, 16. Et encore : » Voici qu’approche celui qui doit me trahir, » Matth. xxvr, 46. En parlant du prince des prêtres, et des anciens du peuple, l’Évangéliste rapporte qu’ils condamnèrent Jésus, et que l’ayant enchaîné, ils le conduisirent et le livrèrent à Pilate, Ibid, xxvir, et Marc , xv. Enfin il dit de Pilate : « Il leur délivra Barabbas et après avoir fait flageller Jésus, il le leur livra pour être crucifié, » Jean vt xrx. Ainsi donc le Père a livré son Fils, le' Fils s’est livré lui-même; Judas et les prêtres l’ont livré aux princes; en dernier lieu Pilate lui-même a livré celui qu’on lui avait remis entre les mains, ^ais le Père l’a livré pour sauver le monde qui était perdu; Jésus s’est livré pour accomplir la volonté de son Père et la sienne; Judas, les prêtres, les anciens placere non possunt » Rom. vin, 8, 9. Unde ad bene viventes dicitur : « Vos autem non estis in carne. » « In fide vivo Filii Dei, qui dilexit me et tradidit seme- tipsum pro me. » Ad Romanos de Deo loquitur, quod Filio suo non pepercit, sed pro nobis tradiderit eum. Nunc vero de Christo, quod se ipse tradidit : « Qui dilexit me, » inquit, « et tradidit semetipsuin pro me. » ln Evangelio vero ubi Apostoli enumerantur, infertur : « Et Judas Iscariotis [Al. Scarioth ] qui et tradidit eum » Luc . vi, 16. Rursum in eodem : « Ecce appro- pinquavit qui tradet me » Matth . xxvi, 46. De principi- bus vero sacerdotum, et seuioribus populi Scriplura commémorât, quod condemnâverint Jesum mortï, et ligantes eOm, duxerint et tradiderint Pilato præsidi Ibid,, xx vu, et Marc. xv. Et deinceps de Pilato : « Dimisit eis Barabam, Jesum autem flagellatum tradi¬ dit eis, ut crucifigerent -ilium » Joan. xix. Igitur et Pater tradidit Filiuin; et .Filius ipse se tradidit; et Judas et sacérdotes èum principibus tradiderunt, et ad extremum traditum sibi, tradidit ipse Pila tus. Sed Pater tradidit, ut ealvaret perditum muûdum; Jesue •ÉPITRE AUX 0ALATE3 m du peuple çt Pilate ont livré la vie à la mort sans savoir ce qu’ils faisaient. Or, comme cette, vie s’est livrée aussi pour notre salut, heureux et mille fois heureux celui qui, sentant vivre en lui Jésus-Christ, peut djre par toutes, ses pensées et par toutes ses œuvres, : « Je vis dans la foi du Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi. » « Je n’ai garde de rejeter la grâce de Dieu; car si la justice vient de la loi, c’est donc en vain que Jésus-Christ est mort. Rejeter la grâce de Dieu est le propre de celui qui aprè£ avoir reçu l’Évangile, vit encore dans la loi, aussi bien que de celui qui après le baptême, souille de nouveau son âme par le péché. Mais celui qui peut dire avec l’Apôtre: « Sa grâce n’a pas été stérile en nous, I Cor. xv, 10; celui-là peut dire aussi avec confiance : « Je n’ai garde de rejeter la grâce de Dieu. » Ce qui suit est de la plus grande importance contre ceux qui, après avoir cru en Jésus-Christ, pensent qu’ils doivent observer les préceptes delà loi. C’est à eux qu’il faut dire : « Si c’est par la loi que vient la justice, c’est donc en vain que Jésus-Christ est mort. » Ou alors qu’ils nous démontrent comment ce n’est pas en vain que Jésus-Christ est mort, si les œuvres justifient. Mais quelqu’obtus que soit leur esprit, ils n’oseront pas dire que Jésus- Christ est mort inutilement. A la première pro* position du syllogisme que saint Paul énonce içl, ipse se tradidit, ut Patris suamque faceret voluntatem ; Judas autem et sacerdotes et seniores populi, et Pilatua vitam morti nescii tradiderunt. Quse cum ipsa quoque se pro nostra salute tradiderit, beatus multumque felix, qui vivente in se Ghristo, per singulas cogitationes et opéra potest dicere : « In fide vivo Filii Dei, qui dilexit me, et tradidit semetipsum pro me. » « Non abjicio gratiam Dei ; si enim per Legem justi- tia, ergo Ghristus gratis mortuus est. » Abjicit gratiam Dei, tam ille qui post Evangelium vivit in Lege, quam ia qui peccatis post baptismum sordidatur. Qui autem potest juxta Apostolum dicere : « Gratia ejus in me non fuit vacua » 1 Cor . xv, 10, iste et hoc loquitur c'onfi- denter : « Non abjicio gratiam Dei. .» Quod autem sequitur, valde necessarium est adversum eos qui post fidem Christi putant Legis præcepta servanda. Dicendum quippe eis : Si per legem justitia est, ergû \aï . quodj Christus gratis mortuus est [Al. sit]. Aut certe doceant, quomodo non Christus gratis mortuus sit, si opéra justi- ficant [Al. justificent]. Sed quamvis sint hebete», dicore noo audebuût Christum sine . causa mortuum. Ad. jjÿarti* 262 SAINT JÉROME c’est-à-dire : « Si c’est par la loi que vient la justice, c’est donc en vain qtfe Jésus-Christ est mort, nous « devons joindre cette proposition qui en est la conséquence. Or, ce1 n’est pas en vain que .Jésus est mort, et conclure : Donc ce n’est point par la loi que vient la justice. Jusqu’ici l’Apôtre a discuté contre Pierre, il revient maintenant jlux Galates. CHAPITRE III. « O Galates insensés, qui vous a fascinés? » Cette apostrophe peut s’entendre de deux manières. Saint Paul appelle les Galates insensés, ou parce que des choses les plus élevées ils sont descendus aux choses les plus basses, c’est-à-dire qu’ayant commencé par l’esprit, ils ont fini par la chair; ou bien, parce que chaque province a des qualités particulières. L’Apôtre approuve ce que le poète Épiménide a dit des Crétois : Crétois toujours menteurs, bêtes méchantes, ventres paresseux. Les Maures sont vains, les Dalmates sont féroces au témoignage de l’historien latin. Tous les poètes insultent aux Phrygiens comme à des hommes timides. Les philosophes se glori¬ fient qu’ Athènes donne le jour à des esprits plus vifs. Cicéron, dans un discours prononcé devant César, flétrit la légèreté, des Grecs, en disant : « C’est le fait des Grecs légers ou des barbares féroces. » Et dans son discours pour Flaccus : Ils ont la légèreté innée, et la vanité étudiée. culam itaque syllogismi, quæ hic proponitur, id est : « Si enim per Legem justitia, ergo Christus gratis rnortuus est, » debemus illucl assumete quod coiisequen- ter infertpr, et negari non potest ; Christus autem non est gratis mortuus ; et concludere : Nod igitur per Legem justitia. Hucusque contra Petrum, nunc ad Gala- tas revertitur. ; CAPXJT III. « O Insensati Galatæ, quis vos fascinavit? » Dupliciter hic. locus intelligi potest. Vel ideo insensatos Galatas appellatos, a majoribus ad minora venientes, quia cœpe- rint spirjtu, et carne consummentur ; vel ob id, quod unaquæque prôvincia suas .habeat proprietates. Greten- ses semper mendaces, malas bestias, ventres pigros, vere ab Epimenide poeta dictos, Apostolus comprobal. Yanos Mauros, et feroces Dalmatas, Latinus puisât histo- ricus. Timidos Phrygas, omnes poetæ lacérant. Àthenis expeditiora nasci ingénia, philosophi gloriantur. Græcos levés, apud C. Cæsàrem suggillat Tullius, dicens : « Aut UviifarGræcorum, aut immanium barbarorum. » Et pro Dans toute l’Écriture, Israël est .accusé d’avoir le cœur appesanti et la tête dure. C’est donc dans ce sens que l’Apôtre aurait à mon avis, ici relevé un des caractères des habitants de la Galatie. 11 en est qui, se plongeant dans des questions profondes, sous le prétexte apparent d’éviter l’hérésie qui détermine des natures différentes, disent que les habitants de Tyr et de Sidon, les Moabites et les Ammonites, les Iduméens, les Babyloniens, les Égyptiens et toutes les nations qui sont nommées dans l’Écri¬ ture ont certains caractères particuliers, par suite do causes antérieures et en vertu d’œuvres qui ont précédé, et cela pour qu’aucun doute ne soit soulevé sur la justice de Dieu, puisque cha¬ que peuple a des qualités bonnes ou mauvaises que n’a pas un autre peuple. Pour nous, nous fuirons ces hauteurs, et nous suivrons les expli¬ cations qui précèdent, en disant que l’Apôtre les accuse d’être insensés parce qu’ils ne peuvent distinguer l’esprit de la loi de la lettre de la loi, ou qu’il leur reproche un vice particulier à leur nation, c’est-à-dire d’être indociles et stupides, et d’un esprit lent pour les leçons de la sagesse. Quant ¥ ce qui suit : « Qui vous a fascinés? » nous devons l’expliquer d’unejnanière digne de Paul, qui « bien qu’inahabile pour la parole, ne l’était pas pour la science. » Ce n’est pas évi¬ demment qu’il crût à un maléfice nuisible, il a fait simplement usage d’une expression usitée Flacco : « Ingenita, » inquit, « levitas, et erudita vani- tas. » Ipsum Israël, gravi corde, et dura cervice, omnes Scripturæ arguunt. In hune ergo modum arbitror et Apostolum Galatas règionis suæ propriétate puisasse, Licet quidam . profundis se quæstionibus inserentès, quasi sub obtentu vitandæ hæreseos, quæ diversas natu- ras infert, dicant, Tyrios quoque et Sidonios, Moabitas et Ammonitas, et Idumæos, Babylonios et Ægyptios, eni- nesque Gentes, quæ in Scripturis nominantur, habere quædam idiomata ex causis præcedentibus, et merito operum pristinorum, ne justitia Dei veniat in dubium : cum unaquæque gens vel bonum, vel malum habere asseratur, quod alia non habeat. Nos istas altitudines déclinantes, superiôra sectabimur ; aut stultitiæ eos argui, dicentes, per quam spiritum legis et litteram dijudicare non possint; aut vitio [Aï. via] gentis corripi, quod indociles sint et vecordes, et ad sa- pientiam tardiores. » Quod autem sequitur : « Quis vos fascinavit » I Cor. xi, digne Paulo (qui etsi imperitus est sermone, non tamen scientia) debemus exponere; non quo scierit esse fascinum, qui vnlgo putatur nocere; COMMENTAIRES SUR L'EPITRE AUX GALATES 263 et ici, comme dans d’autres endroits, s’ést servi du langage habituel de la conversation journa¬ lière, Nous lisons dans les proverbes : « Les dons affligent les yeux de l’envieux . » Celui que nous appelons envieux, porte dans le Grec le nom plus expressif de fascinateur, ainsi que dans le livre de la sagesse attribué à Salomon : « La fascination du mensonge obscurcit les biens. « Sag. iv, 12. Ces exemples nous appren¬ nent ou que le bonheur d’autrui est un supplice pour l’envieux, ou que celui qui possède quel¬ ques avantages est en butte à la malveillance du fascinateur ou de l’envieux : Ce charme malfai¬ sant est, dit-on, particulièrement nuisible aux enfants, au premier âge et à ceux qui ne mar¬ chent point encore d’un pas assuré. Ce qui a fait dire à l’un des poètes païens : « Je ne sais qui a fasciné les tendres yeux de mes agneaux, Virg. Eclog . 3. Cela est-il vrai, cela est-il faux, nous laissons à Dieu de le décider; car il peut se faire que les démons soient les instruments de ce maléflce et qu’ils détournent des bonnes oeuvres ceux qu’ils voient entrer ou faire desprogrès dans la voie du bien. Maintenant, lepoint qui est en dis¬ cussion, c’est que nous pensons que cet exemple est emprunté à l’opinion commune, c’est-à-dire, que de même que le maléfice serait nuisible, dit-on aux enfants en bas âge, ainsi, les Galates nouvellement nés dans la foi de Jésus-Christ, nourris de lait et non d’une nourriture subs- sed usus sermone sit trivii [Al. trilo], et ut in cæteris, ita et in hoc quoque loco, verbum quotidianse sermoci- nationis assumpserit. Legimus in Proverbiis : « Donum invidi cruciat oculos. » Qui apud nos « invidus, » in Græco signifiçantius'ponitur, « fascinator ; » et in Sapien- tia quæ Salomonis scribitur : « Fascinatio malignitatis obscurat bona » Sap. iv, 22. Quibus doceinur exemplis, quod vel invidus aliéna felicitate crucietur; vel is in quo bona sint aliqua, alio fascinante, id est, invidente noce- âtur. Dicitur fascinus proprie infantibus nocere, et seta- ti parvulæ, et his qui necdum firmo vestigio figant gra- dum, Unde et quidam e Gentibus : Nescio quis teneros oculus mihi fascinât agnos. Virgil. Eclog. 3. Hoc utrum verum, necne sit, Deus viderit; quia po- test fieri, ut et dæmones huic pencato serviant; et quoscumque in Dei opéré vel cœpisse, vel profecisse cognoverint, eos a bonis operibus avertant. Nunc illud in causa est, quod ex opinione vulgi sumptum putamus exemplum : ut quomodo tençva ætas npoèri dicitur fas- tantielle, ont été atteints par un charme fascina¬ teur, qui, excitant des nausées dans l’estomac do la foi, leur ont fait vomir le céleste aliment de l’Esprit-Saint. Si quelqu’un est contraire à cette interprétation, qu’il nous dise comment nous voyons d’après l’opinion commune la vallée -des Titans dans les livres des Rois, IV.. Kofs, xxm ; les Sirènes et les Onocentaures dans îsaie) xxxiv ; l’Ourse, l’Orion et les Pléiades dans Job , ix, 9, et beaucoup d’autres citations semblables où nous voyons des noms qui ont leurs causes et leur origine dans la- mythologie païenne. Interrogeons donc ici Marcion qui rejette les prophètes, et demandons-lui comment il inter¬ prète, ce qui suit : «: Vous, aux yeux desquels Jésus-Christ a ôté dépeint, comme s’il eût été crucifié au milieu de vous. » Jésus-Christ a été en réalité dépeint sous nos yeux, lui dont l’instrument de sup^ plice, la passion, les soufflets, les coups de fouet ont été prédits par le chœur tout entier des prophètes, et sous des traits si frappants, que nous avons connu sa croix non seulement par l’Évangile qui rapporte son crucifiement, mais bien longtemps avant qu’il éût daigné, descendre sur la terre et prendre cette humanité qui a ôté crucifiée. Ce n’est pas un faible mérite pour les Galates que d’avoir cru dans un crucifié, juste¬ ment , comme on le leur avait dépeint sous les yeux, c’est-à-dire d’être venus à la foi par le cino ; sic etiam Galatæ in Christf fide nuper nati, et nutriti lacté, et non solido cibo 1 Cor. nr, veluti quo- dam fascinante sint nociti ; et stomacho fidei nauseante [Al. nauseantes].Spiritus sancti cibum evomuerint. Quod si aliquis contra dicit, exponat quomodo de communi opinione sit sumptum, vallis Titanorum, in Regnorum libris IV Reg. xxm, Sirenæ et Onocentauri in Isaia Cap. xxxiv, Arcturus et-Orion, et Pléiades in Job Cap. ix, et cætera his similia, quee utique vocabula, Gentilium fabularum et causas et origines habet. Interrogemus ergo hoc loco Marcionem, qui prophetas répudiât, quo¬ modo interpretetur id quod sequitur. « Ante quorum oculos Jésus Ghristus proscriptus est, in vobis crucifixus est. » Nobis enim recte præscriptus est Gliristus, de cujus patibulo et passione, alapis et fla- gellis, omnis prophetarum prædicit chorus, ut crucem ipsinsnon de Evangelio tantum, in quo crucifixus refer- tur ; sed multoantequam descendere dignaretur ad terras, et hominem qui est crucifixus assumeret, noverimus. Nec par va la us Galatarum est, quod ita crediderint in cruci- fixupa, ut ante fuerat éis præscriptus* quo ecilicet leq SAINT JÉROME 264 .chemin et 'dans Tordm par Dieu, en lisant attentivement les prophéties, et en cher¬ chant à connaître toutes les figures de l'ancienne loi. On lit dans quelques manuscrits : « Qui vous a, fascinés pour ne pas obéir à la vérité? » Mais comme cette addition ne se trouve pas dans los exemplaires d’Adamantius, nous l’avons omise. « Je veux savoir seulement de vous ceci : Est-ce par les œuvres de la loi que vous avez reçu l’Esprit, ou par l’audition de la foi? » Il est, semble-t-il leur dire, beaucoup d’autres questions par lesquelles je pourrais vous forcer .de répondre que l’Évangile doit être préféré à la loi ; mais comme vous êtes des insensés, et que vous ne pouvez entendre ces questions, je me sers avec vous d’un langage simple, je vous pose une question qui se présente d’elle- même. « Vous avez reçu l’Esprit-Saint; or, est-ce par los œuvres de la loi, par l’observa¬ tion du sabbat, par la pratique superstitieuse de la circoncision et des néoménies que vous l’avez reçu, ou plutôt, n’est-ce point par l’audi¬ tion de. la foi que vous, précédemment Gentils, vous avez cru en Jésus-Christ? Et si vous^ne pouvez nier que l’Esprit-Saint et les dons qui, dans les commencements de la foi chrétienne, accompagnaient, la réception du Saint-Esprit, viennent non des œuvres de la loi, mais de la foi. en Jésus-Christ, il est évident, qu’après ti tantes prophetas, et omnia veteris Legis sacr ameuta noscentes, via et ordine venerint ad credendum. Legi- tur in quibusdam codicibus : « Quis vos fascinavit non credere veritati? » Sed hoc quia in exemplaribus Àda- mantii non habetur, omisimus. « Hoc solum a vobis volo disceiæ éx operibus Legis spiritum accepistis, an ex auditu fidei? » Sunt quidem, ait, multa quæ possunt interrogatione vos cogéré, Legi Evangelium præferendum, sed quoniam insensati estis, et nequaquam ea potestis audire, simplicr vobiscum ser- mone loquor, et de eo quod promptum est, sciscitor : SpL ritum sanctum quem accepistis, utrum yobis Legis opé¬ ra, sabbati observatio, circumcisionis, et neomeniarum superstitio dederint, an auditus fidei, p^r quam ex gentibus credidistis? Quod si negari non potest, Spiritum sanctum. et virtutes, quse in principio fidei acceptum Spiritum sequebantur, non ex operibus Legis, sed ex fide Christi datas, manifestum est, vos a meliori- busexôrsos [AL exosos], in pejoracorruere.Cpnsideremus ' autem diligenter, quia non dixerit : « Volo a vobis disçere utrum ex operibus spiritum accepistis; » sed avoir commencé par ce qui était bon, vous êtes tombés dans ce qui est mauvais. Or, remar¬ quons attentivement que saint Paul ne leur dit, pas : « Je veux savoir de vous si c’eât par les œuvres que vous avez reçu l’Esprit-Saint, mais qu’il a soin d’ajouter : « Par les œuvres de la loi. » Car il n’ignorait pas que le centurion Cor¬ neille avait reçu TEsprit-Saint par suite de ses œuvres, Act . x, mais non des œuvres de la loi qu’il ne connaissait pas? Si l’on nous fait cette objection : Donc on peut recevoir l’Esprit-Saint sans l’audition de la foi, nous répondrons que Corneille a reçu l’Esprit-Saint, mais moyen¬ nant l’audition de la foi et la loi naturelle qui nous dit dans nos cœurs quo nous devons faire le bien et éviter le mal. Dans les temps anciens, nous voyons Abraham, Moïse et les autres saints personnages justifiés moyennant l’obser¬ vation de cette loi naturelle. Cette justification .peut être augmentée ensuite par la pratique des œuvres et la justice de la loi, non pas de la loi charnelle qui est passée, mais de la loi spiri¬ tuelle, carlaloi est spirituelle. Cependant, tout en mettant la foi au-dessus de la loi, nous ne détrui¬ sons pas les œuvres de la loi Rom. m; et nous ne disons pas avec quelques-uns qui sont jus¬ tement condamnés : Faisons le mal afin qu’il en arrive du bien; mais nous préférons la grâce à la servitude. Nous disons que ce que les Juifs font par un sentiment de crainte, nous le fai- adjecerit « ex operibus Legis. » Sciebat enfin et Cornelium centurionem Spiritum ex operibus acce- pisse Actor. x; sed non ex. operibus Legis, . quam nes- ciebat. Si autem econtrario dicitur; ergo et sine au- ditione fidei accipi Spiritus potest. Nos responde- bimus, accepisse quidem eum Spiritum, sed ex au¬ ditu fidei, et naturah lege, quæ . loquitur in cordibus. nostris, bona.quæque facienda, et vitanda. mala; per, quam dudum quoque Abraham, Moysen, et cæteros sanctos justificatos retulimus, quam augere deinceps potest operuni observatio, Legisque [Al. Legis quoque.] justilia; non tamen carnalis legis, quæ præteriit, sed spiriCualis, quia Lex spiritualis est. Neque vero, quia fidem præferimus, Legis opéra destruimus Rom . ni, nec dicimus secundum quosdam : « Faciamus ma la, donec veniant bona » (quorum damnatio justa est), sed servituti gratiam anteponimus. Diciuiusque, quod Judæi propter metum faciunt, ,id nos facere propter charitatem, Illos servos esse, nos filips ; illos cogi ad bonum, nos bonuirt sponte suscipere. Non igitur ex- fi.de Ohristj liccntia nascitur delmqucndi; sed ex COMMENTAIRES SUR L'EPITRE AUX GALATES Î65 sons sous l’impulsion de là charité. Ils sont, esclaves, nous sommes enfants; ils Sont forcés à faire le bien, nous le faisons librement et de nous-mêmes. La foi en Jésus-Christ ne produit donc pas la licence du mal, mais la charité qui naît de la foi augmente la volonté de bien faire, alprs que nous pratiquons le bien non par la crainte du juge, mais parce que nous savons que nos bonnes œuvres plaisent à Celui en qui nous croyons. Mais si la foi vient de ce qu’on entend, dira-t-on peut-être, comment ceux qui sont sourds de naissance peuvent-ils devenir chrétiens? Dieu le Père peut être connu par la grandeur et la beauté des créatures, et le créa¬ teur se manifeste nécessairement, dans ses œuvres. Mais la naissance du Christ, sa croix, sa mprt, sa résurrection ne peuvent être con¬ nues que par ce que l’ouïe en apprend. Donc les sourds ne sont pas chrétiens, ou s’ils sont chré¬ tiens ou est la vérité de ce que l’Apôtre dit ailleurs, : « La foi vient de ce qu’on entend, et Ton entend par la prédication de la parole de Jésus-Christ. » Celui qui se contente d’une réponse simple, fait observer que l’Apôtre n’a pas dit généralement : La foi de tous vient de ce qu’on entend, mais la foi vient de ce qu’on entend, ce qui peut s’entendre en partie et en totalité, c’est-à-dire la foi vient de ce qu’on entend pour ceux qui entendent et qui croient. Celui au contraire, qui veut satisfaire pleinement dilectione £dei voluntas boni operis augetur, dum bona. ideo facimus, non ç[uia judicem formidamus, sed quia scimus ea ei placer© in quem credimus. Quærat quispiam, si fides non . est nisi ex auditu, quomOdo qui surdi nati sunt, possuut fieri Chrisliani. Deum quippe Patrem ex magnitudine et pulchritudine creaturarum potest quis inteliigere, et a conditionihus conditor conséquente? agnoscituv. Chrisli aute'm nativitas, crux> mors, resurrectio, nisi ex auditu sciri non potest. Aut surdi igitur Christian i -non sunt, aut si surdi sunt Christiani, faisùm est quod alibi ab apostolo dicitur : « Itaque. fides ex auditu, audhus autem per verbum Dei, » Ad quod. qui simplici responsione contentus est, dicit,. nop eum generaliter dixisse^ fides omnium ex auditu est; sed fides ex auditù, quod et in parte, , et in to.to accipii potest, eorum scilicet fides ex auditu, qui audiunt, qm cr.edunt, Qui autem huic scrupulo satisfacere conatur, prius .illud tentabit asserere, quod nutibus quoque et, quotidiana conversatione, et ut ita dixerim, totius corporis loquente gestu, surdi possunt Evangelium discere; deindô etiam hoc, quod Dei sermo cui; nihil à cette difficulté, commencera par affirmer .que les sourds peuvent apprendre" l’Évangile par. gestes, par le commerce de la vio /journalière, et pour ainsi dire par la gesticulation parlante de tout le corps. Il ajoutera que la parole de Dieu pour laquelle nul n’est sourd, s’adresse surtout à ces oreilles dont le Sauveur lui-même dit dans l’Évangile : « Qui a des oreilles pour entendre, entende, » Luc . virr, 8. et saint Jean dans l’Apocalypse : « Que celui qui a des oreilles, entende ce que l’Esprit dit aux Églises, » Apoc. n, IL Et Isaïe : « Le Seigneur a donné une oreille pour l’écouter, » Isai. l, L C’est là cet homme différent du premier, à qui Dieu parle dans le secret, et qui crie dans le cœur du vrai croyant : « Abba, Père. » Rom . yrri, 15. Et comme nous l’avons souvent exposé, de même que le corps a ses membres et tous les sens qui lui sont propres, l’âme a des membres, des sens qui' lui sont également propres, et en particulier dès oreilles. Or, celui qui a ces oreilles n’a pas grand besoin des oreilles du corps pour connaître l’Évangile de Jésus-Christ. Remarquez encore,, qu’ici l’Esprit sans aucune addition, signifie encore l’Esprit-Saint que nous recevons par le don de Dieu et non de l’homme, et dont il est dit ailleurs ; « L’Esprit est pur en toutes choses, » Sag . xrrr. Et dans un autre endroit : « L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit, » Rom . vin, 16. Et ailleurs : « Nul ne sait ce surdum est, ad eas magis loquatur aures, de quibus et ipse ait in Evangelio : « Qui liabet aures audiendi, audiat » Luc . vin, 8. Et in Apocalypsi : « Qui habet aur.em, audiat quid spiritus dicat Ecclesiis » Apoc. ïi, 11. Et Isaias : « Dominus addidit mihi auriculam » Isai. vi, 33 et 35. Iste est alius homo, cui Deus loquitur in occulto, qui clamai in corde credentis : « Abba, Pater » Rom. vin, 15 : et (ut fréquenter exposuimus) quomodo corpus omnia membra, et sensus habet ; ita animant quoque universos et sensus, et membra habere, et inter cætera aures etiam ; quas qui habuerit, non magnopere indigebit his auribus corporis ad Christi Evangelium cognoscendum. Simul autem etiam illud attendite, quod hic Spiritus ahsque ullo additamento Sanctus intelligatur, quem ex dono Dei consequimur, et non hominis; de quo alibi scribitur : « Incorruptus Spiritus est in omnihus » Sap. Xn, L Et. : « Ipse Spiritus testimonium reddit » [AI. reddet] « spifitui nostro » Rom . vin, lô. St in alio loco : « Nemo scit ea quæ in homine sunt, nisi spiritus hominis qui est in êo » I Co** i n, ü. Et in Daniele : Bénédicité, SAINT JEROME qu’il y a dans Thomme, si ce n’est Ëesprit de l’homme qui est en lui. » I Cor. ir, 11. Et dans Daniel : « Esprits des âmes des justes, bénissez le Seigneur, » Dan. m, 86, « Êtes-vous si insensés, qu’ayant commencé par l’Esprit vous finissiez maintenant par la chair? » Si les Galates avaient reçu l’Esprit- , Saint, comment étaient-ils devenus insensés? Cette difficulté se résoud facilement en disant qu’ils avaient d’abord reçu l’Esprit-Saint, mais qu’ayant fini par la chair, PËsprit-Saint leur fut enlevé. Et c’est pour cela que c’est en vain qu’ils ont tant souffert. C’est dans la crainte que ce ne fût pour lui la juste punition de son péché que David fait cette prière : « Ne retirez pas de moi votre Esprit-Saint, » Ps. 4, 13. Remarquez iciavec soin que ceux qui finissent par la chair, d’après l’Apôtre, sont ceux qui interprètent les Écritures selon la lettre. Aussi la meilleure interprétation qu’on puisse donner de ces paroles de saint Paul aux Corinthiens : « Tout en vivant dans la chair, nous ne combattons pas selon la chair, » il. Cor . x, 3, c’est que ceux qui combattent selon la chair, sont ceux qui expliquent l’an¬ cien Testament dans un sens trop peu relevé; beux au contraire qui suivent l’intelligence spirituelle sont il est vrai dans la chair, parce qu’ils ont la même lettre que les Juifs; mais ils ne combattent point selon la chair, parce qu’ils passent de la chair à l’esprit. Lorsque vous verrez un d’entre les Gentils qui a embrassé la spiritus et animæ justorum, Dominum » Dan. m, 86. « Sic stulti estis, ut cum Spiritu cœperitis, nunc . carne consummemini? » Si sanctum Spiritum acceperant Galatæ, quomodo stulti erant? Verum statim solvitur, cœpisse quidem eos Spiritum, sed cum carne consummarentur, Spiritum ab eis fuisse sublatum. Unde sine causa passi sunt tanta quæ passi sunt. Quod ne sibi post peçcatuxn eveniret, David precatur, dicens : « Spiritum sanctum tuum ne auferas a rne » Ps. l, 13. Diligenter attendite quod qui Scripturas juxta litteram sequitur, consummari carne dicatur. Quamobrem iUud quod ad Gorinthios scriptum est : « lh carne viventes, non juxta carnem militamus » Il Cor. x, 3, melius sic intelligi potest, ut hi militare dicantur in carne, qui vêtus Testamentum hu militer edisserunt. Qui vero sequuntur intelligentiam spiritualem, sint quidem in carne, quia eamdem habeant litteram quam Judæi, sed non juxta carnem militent, a carne ad spiritum transcendantes. Quando vider itis eu ni qui primum crédit ex ' Gentibus, et ad Christi aratr\uu foi, qui a mis la fnain à la charrue du Christ et- qui sous la conduite d’un docteur prudent, a parcouru le chemin de la loi pour arriver à l’Evangilè, de manière à entendre dans un sens digne de Dieu tout ce que les Écritures rapportent du sabbat, des azymes, de la circoncision, des victimes, et qui ensuite, après la lecture de l’Évangile, se laisse persuader par un Juif ou par un partisan des Juifs qu’il faut abandonner les ' ombres et les nuages de l’allégorie, et expliquer les Écritures comme elles ont été écrites, vous pouvez dire de cet homme : « Êtes-vous si insensé, qu’ayant commencé par l’esprit, vous finissiez maintenant par la chair? « Est-ce en vain que vous avez tant souffert; si cependant c’est en vain. » Considérons ces Juifs infortunés, dans quelles superstitions, à quelles observances pénibles sont-ils condamnés à vivre au milieu des autres peuple^, ne cessait de dire : gardez-vous de toucher, de goûter, de vous approcher, et nous comprendrons la vérité de ces paroles : « Est-ce en vain que vous avez tant souffert. » Mais l’Apôtre n’adoucit pas immédiatement ce reproche qu’il leur adresse, ille revet de la forme du doute, parce qu’il a ici en vue ceux qui des observances de la loi peuvent revenir à l’Évangile. Cependant le sens plus vraisemblable de cette proposition est que les Galates qui avaient cru d’abord en Jésus crucifié, ont souffert toute sorte d’opprobres de la part des Juifs et des Gentils, et ont été en butte à de mittit manum, prævio aliquo doctore prudente, sic per Legis iter ad Evangelium pergere, ut omnia ilia quæ ibi scripta sunt, de sabbato, de. azymis, de circumcisione, de victimis, digne Deo intelligat, et deinceps post Evangelii lectionem a Judæo aliquo, aut Judæorum socio persuaderi, ut umbras.et allegoriæ nubila derelin- quens, sic Scripturas inter pretetur, ut scriptæ sunt. de hoc potestis dicere : Sic stultus es,‘ ut cum spiritu cœperis, nunc carne consummeris? « Tanta passi estis sine causa, si tamen sine causa. » Considéremus infelices Judæos, quanta superstitione et observationis labore vivant inter cæteras nationes, dicentes, ne tetigeris, ne gustaveris, ne attrectaveris, et probabimus verum esse quod dicitur Tanta passi estis sine ‘ causa ; » sed non statim ad eos sententia temperatur, et dubia fît, « si tamen sine causa ; » quia de his dicitur, qui posSunt post Legem ad Evangelium reverti. Melius autem sic intelligi potest; quod primum credentes Galatæ in Crucifixum, et a Judseis* et a gentibus/ opprôbria multa perpeasi. sint, COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATE8 267 grandes persécutions. Saint Paul leur re¬ proche donc d’avoir souffert en vain, s’ils abandonnent la grâce de Jésus-Christ pour laquelle ils ont tant souffert. En môme temps, reste cette espérance à celui qui a souffert pour la foi de Jésus-Christ, et qui est ensuite tombé dans le péché; c’est que bien qu’au témoignage de l’Apôtre, ses souffrances soient rendues inutiles par le péché, cependant il n’en perd pas le fruit s’il revient à la^foi et à sa première ferveur. Voici encore une autre sens : si vous croyez que la circoncision soit encore nécessaire après la grâce, donc, jusqu’à ce jour où vous vivrez dans la circoncision, tout ce que vous avez souffert, est complètement inutile. Quant à moi, ce n’est pas en vain que vous avez souffert cette épreuve, parce que je sais que la loi n’a aucune force après l’Évangile,. Ou bien encore : ce n’eût point été pour vous un léger dommage de perdre par l’observance de la circoncision tout ce que vous avez souffert autrefois pour la foi, mais mainte¬ nant à ce dommage vient s’ajouter la peine de votre prévarication qui vous fait perdre le fruit de vos souffrances passées, et vous ménage d’autres souffrances pour l’avenir. Quelques-uns entendent ces paroles dans ce sens un peu forcé : considérez la liberté dont vous jouissiez autre¬ fois sous la grâce, et le fardeau que fait peser sur vous maintenant l’observance de la loi, et vous verrez que de vains efforts pour n’aboutir persecutïones non minimas sustinuerint. Quas frustra arguuntur fuisse perpessi, si a gratia Ghristi recedant, propter quam tanta perpessi sunt. Simul et ilia spes, quod Jquicumque ob Ghristi ûdem laboraverit, et postea lapsus fuerit in peccatum, sicut priora sine causa dicitur passus fuisse dum peccat, sic rursum non perdat ea, si ad pristinam fidem et ad antiquum studium revertatur. Aliter : Si circumcisionem, inquit, putatis Sequendam esse post gratiam, ergo usque ad præsens tempus sine circumcisione viventes, omnia quæ passi estis, in irritum sunt deducta. Qnse quidem rnihi videmini non frustra sustinuisse, qui scio Legem post Evangelium non valere. Vel certe sic : Non leve erat damnum, si circumcisionem sequentes, tantum pristirium fidei perdidissetis laborem ; nunc vero ad hoc detrimentum etiam prævaricationis poena sociatur, ut et præterita sine causa perpessi sitis, et in futuro cruciemini. Quidam coactius ita intelligunt : Considerate pristinam gratiæ libertatem et præsentis onera observa- tionis in Lege, et videbitis quam multa casso studio feceritis; liCet non penitus fructus. erroris istius à rien, bien que le fruit de cette erreur ne soit point entièrement perdu sans espoir, puisque c’est le zèle pour Dieu qui vous y a entraînés. Votre ignorance, en effet, peut être digne de par¬ don pourvu qu’en revenant de vos erreurs, vous prouviez que c’est la science qui a hésité et non la volonté. « Celui donc qui vous communique l’Esprit, et qui opère parmi vous des miracles, le fait-il par les œuvres de la loi ou par la parole de la foi. » Le mot tribuit , donne, c’est-à-dire administrât , administre, doit être lu au présent, pour nous montrer qu’à toute heure et à chaque moment, le Saint-Esprit se communique à ceux qui en sont dignes, et que plus on fait de progrès dans les œuvres de Dieu et dans son amour, plus aussi on a en soi les vertus de PEsprit-Saint qui sont communiquées dans leur plénitude par la parole de la foi et non par les œuvres de la loi. Ce n’est pas qu’il faille mépriser les œuvres de la loi et désirer exclusivement le don de la foi; mais il faut que les œuvres soient relevées par la foi de Jésus-Christ. On connaît en effet cette maxime d’ün homme sage : Le fidèle ne vit pas de là justice, mais le juste vit de la foi; Ce passage prouve encore que les< Galates, avec PEsprit-Saint qu’ils ont reçu après avoir embras¬ sé la foi, ont eu aussi les dons des vertus, c’est- à-dire les dons de prophétie, le don des langues, celui de guérir les malades et les autres que desperandus sit, dura zelo Dei ad hoc ipsum estis adducti. Ignorantibus enim concedi venia potest, si ad meliora conversi, scientiam in vobis doceatis fluctuasse, non studium. « Qui ergo tribuit vobis spiritum, et operatur virtutes in vobis, ex operibus Legis, an ex auditu fidei? Tribuit, » hoc est, « administrât, » præsentis temporis est Iegendum, ut ostendatur per singulas horas atque momenta semper dignis sanctum Spiritum ministrari ; et quanto quis in Dei opéré et amore profecerit, tanto magis sancti Spiritus in se habere virtutes, quas auditus fidei, et non Legis opéra consummant. Non quo Legis opéra contemnenda sint, et absque eis simplex fides appetenda ; sed quo ipsa opéra fide CbrisLi adornentur. Scita est enim sapientis viri ilia senteutia : « Non fidelem vivere ex justifia, sed justum ex fide. » Simul ostenditur Galatas, accepto post fidem sanoio Spiritu, dona habuisse virtutum, id est,’prophetiam, généra linguarum, morborum curationes, et cætera, quæ ad Corinthios in donis spiritualibus enumerantur ï Cor, vu. Et tamen post tanta (quia / SAINT JÉRÔME 268 saint Paul, écrivânt aüx, Corinthiens, énumère parmi les dons spirituels I. Cor. vu. Et cepen¬ dant après de si grands dons, parce que pro¬ bablement ils n’avaient pas la grâce du discer¬ nement des esprits, ils ont été enlacés par de faux docteurs. U faut remarquer aussi que.ce pouvoir d’opérer des miracles, est ici attribué à ceux qui ne sont point attachés à la vérité de l’Évangile; comme l’avaient été ceux qui sans marcher à la suite du Seigneur, ne laissaient pas de faire des miracles en son nom, comme Jean surtout, s’en plaint hautement au Sauveur: «Maître, nous avons vu un homme qui chasse les démons en votre nom, et nous nous y sommes opposés, par¬ ce qu’il ne vous suit pas avec nous, » Marc . ix? 37. C’est une réponse aux hérétiques qui s’ima¬ ginent que les miracles, s’ils en font quelqu’un, sont une preuve de leur foi. Ils mangent et boivent, il est vrai au nom du Seigneur, (car ils ont eux aussi, leur autel sacrilège), iis se vantent d’opérer un grand nombre de miracles par l’invocation du nom du Sauveur; mais au jour du jugement, ils mériteront d’entendre cette sentence : « Je ne vous connais point, retirez- vous de moi, vous qui opérez l’iniquité, » Matth , vu, 12, « Ainsi qu’il est écrit : Abraham crut à Dieu, et ce lui fut imputé à justice. » Tout ce qui se trouve depuis ces paroles jusqu’à ces autres: « Ceux donc qui s’appuient sur la foi seront bénis avec le fidèle Abraham; seront bénis de forsitan gratiam discernendorum spirituum non habe- bant) a falsis doctoribus irretiti sunt. . Observandum etiam, quod operari virtutes dicantur in his, qui non tenent .Evangelii veritatem; sicut in illis qui Dominuin non sequentes, in nomme ejus signa faciebant, Joanne vel maxime conquerento : « Præceptor, vidimus quemdam in nomine tuo ejicientem dæmonia, et prohibuimus eum quia non sequitur nobiscum » Marc . ix, 37. Hoc adversum hæreticos, qui probationem fidei suæ ex eo si signum aliquod fecerint, arbitrante*. Qui cum manducaverint et biberint in nomine Domini (habent quippe et ipsi altare sacrilegum), et signa milita, invocato Salvatore, fecisse se jactent, in die judicii merebuntur audire : « Non novi vos, discedite a me qui operamini iniquitatem Matth. vu, 23. « Sicut Abraham credidit Deo, et reputatum est illi ad justitiam. » Ab hoc-loco usque ad eum ubi scribitur : « Qui ex fide sunt, benedicentur cum fideli Abraham, » Marcion de suo Apostolo erasit. Sed quid profuit hoc tulisse, cum caetera queô reliquit, insaniæ ejus.âdyersa Dieu » a été supprimé par Marcion de l’épître de saint Paul. Mais à quoi leur sert cette sup¬ pression, puisque le reste qu’il a laissé n’en est pas moins opposé -à sa folie. « Or, Abraham crut à Dieu en quittant sa patrie pour venir dans une terre qu’il ne connaissaitpas, » Gen. xiiet suiv. ; il crut que Sara qui avait; quatre-vingt-dix ans et qui était stérile deviendrait mère, et après avoir reçu la promesse que Dieu lui fit: « c’est en Isaac que comptera ta race, » .il offrit lui-même Isaac en sacrifice, sans douter un instant que -Dieu tiendrait sa promesse. C’est donc à bon droit que sa foi lui. fut imputéé à justice, à lui qui s’éle¬ vant au-dessus des oeuvres.de la loi se rendit agréable à Dieu non par la crainte, mais par l’amour. « Reconnaissez donc que ceux qui s’appuient sur la foi, ceux-là sont les enfants d’Abraham. » L’Apôtre développe plus longuement dans l’épître aux Romains cette vérité : que la foi d’ Abraham lui a été imputée à justice, non pas en vertu de la circoncision, mais alors qu’il était incirconcis, Rom. iv. Et il faut remarquer avec soin que ceux-là sont enfants d’Abraham qui ont eu le même esprit de foi qu’avait Abraham, lui qui tressaillit pour voir le jour du Seigneur, et qui fut rempli de joie en le voyant, Jean vm. Voilà pourquoi Jésus disait aux Juifs infidèles : « Si vous étiez les enfants d’Abraham, , vous feriez les œuvres d’Abraham, » Ibid. 39. Or, dans le temps où le Sauveur leur adressait ces sint? Credidit autem Abraham Deo, exiens de patria' sua in terram quam nesciebat Gen. xii et seqq ; Sara nonagenariam, et sterilem conhdens esse parituram ; et audita repromissione Dei, quod in Isaac vocaretur semen ejus, ipsum Isaac offerens victimam, et tamen de Domiui repromissione non dubitans. Recte tali reputatur fides ad justitiam, qui Leÿs opéra supergressus,. Deuna non inetu, sed dilectione promeruerit [Al. promeruit]. « Cognoscitis ergo, quia qui ex fide sunt, hi filii sunt Abraham. » Plenius de hoc in epistola ad Roma- nos disputât, quod fides reputata sit Abrahæ ad. justitiam, non in circumcisione, sed in præputio Rom. iv. Et diligenter observans, docet eos filios esse Abrahæ, quicumque hac mente crediderunt, qua incircumcisus credidit Abraham, qui exsultavit ut videret diem Domini, et vidit, et lætatus est Joan . viii. Unde et qd infidèles Judæos dicitur : « Si filii essetis Abrahæ, opéra Abrahæ faceretis » Ibid . 39. Quæ autem alia (illo in tempore cum hæc dicebantur) ab eis . .opéra Dominus expetebafc, nisi credulitatem iû.,Filiun3. Dei, ) COMMENTAIRES' SUR L’ÉPITRE AUX GALATES 269 paroles, quelles autres œuvres leur demandait-il, sinon de • croire au 'Fils de Dieu que le Père avait envoyé, pour dire : « Celui qui croit en moi, ne croit point en, moi, mais en celui qui m’a envoyé, » Jean xir, 44. Aussi dans un autre endroit oü ils s’applaudissaient de l’antiquité et de la noblesse de leur nation, il leur répond : « Et ne dites pas, nous avons Abraham pour père; car, de ces pierres mêmes, Dieu peut susciter des enfants d’Abraham, » Maùth. ni. 9. Ces pierres, nul ne peut dire le contraire, signifient les cœurs' durs des Gentils, qui ont été ensuite ramollis, et ont reçu le sceau dé la foi. Énumérez avec soin les vertus qui rendirent Abraham agréable à Dieu avant qu’il reçut la circoncision; et tous ceux que vous trouve¬ rez pratiquant les mêmes œuvres, dites qu’ils sont enfants d’Abraham, justifié avant d’avoir été circoncis, et qui a reçu la circoncision non à cause du mérite de ses œuvres, mais . comme le sceau de sa foi précédente. En effet, comme c’était de la race d’Abraham que devait naître le Christ, dans lequel selon la promesse de Dieu, toutes les nations devaient être bénies, et qu’un grand nombre de siècles devaient s’écouler d’Abraham à Jésus-Christ, Dieu, dans sa Provi¬ dence, voulut que la race de son bien-aimé serviteur Abraham ne fût pas mêlée avec les autres nations, et afin que sa famillo ne finît peu à peu par devenir incertaine, il marqua la nation Israélite de ce signe de retranchement quem Pater miserat loquentem : « Qui crédit in me, non crédit in me, sed in eum qui me misit » Joa/n. xn, 44, Unde et in alio' loco de generis sibi antiquitate, et nobilitale plaudentibns respondetur : « Et ne dixeritis, quia patrem habemus Abraham. Potest enim Deus de lapidibus istis suscitare filios Abraham » Matth. ni, 9. Lapides ibi nemo ambigit dura significari corda Gentilium, quæ mollita sunt postea, et fidei recepere signaculum. Vir tûtes Abraham in quibus ante circum- cisionem Deo placuit, diligens leetor enumera, et quoscuraque in simili opéré repereris, dicito filios esse Abraham, justificati in prseputio, qui circumcisionem non ob meritum operum, sed in signum fidei prioria accepit. Quia enim ex semine ejus erat Christus oriundus (in quo universarum Gentium fuerat benedictio repro- missa, et ab Abraham usque ad Christum mnlta erant sæcula transitura), providens Deus, ne soboles dilecti Abrahso cæteris nationibus miscerentur, et paulatim familia ejus fieret incerta, gregem Israeliticum quo dam circurocisionis ôanteriô denotavit, ùfc viventea inter qui devait la distinguer des Égyptiens, des Assyriens, des Babyloniens, et des Chaldéens au milieu desquels ils vivaient. Pendant les qua¬ rante ans qu’ils passèrent dans le désert, nul. ne fut circoncis, car ils étaient alors à l’abri de tout mélange avec les Gentils. Mais aussitôt que le peuple juif eut traversé le Jourdain, et qu’il se fut répandu comme un essaim sur la terre de Palestine, la circoncision devint nécessaire pour prévenir l’erreur qui résulterait du mélange avec les Gentils. Ce fait, que ce fut sous la conduite de Jésus que le peuple fut circoncis pour la seconde fois Jos . v, nous apprend tout ensemble que la circoncision qui avait sa raison d’être dans l’Égypte, n’avait pas été pratiquée dans le désert, et que Notre-Seigneur Jésus- Christ devait purifier les fidèles parla circon¬ cision spirituelle. L’Écriture prévoyant que c’est par la foi que Dieu justifierait les nations, l’annonça d’avance à Abraham : « Toutes les nations seront bénies. en toi. Ceux donc qui s’appuient sur la foi seront bénies avec le fidèle Abraham. » Ce n’est pas que l’Écriture, c’est-à-dire l’encre et les feuilles de parchemin qui sont insensibles de leur nature puissent avoir la science de l’ave¬ nir ; c’est l’Esprit-Saint, et le sens caché sous la lettre qui bien des siècles auparavant ont prédit les événements futurs. Voici le texte littéral du passage emprunté à la Genèse : « Et toutes les nations de la terre seront bénies dans celui qui Ægyptios, inter Assyrios, Babylonios atque Chaldeeos, hoc signaculo distinguerentur. Denique per quadraginta annos in eremo nullus est circumcisus, soli quippe sine Gentis alterius admixtione vivebant; statim ut Jordanig ripam transgressus est populus, et in. Palæstirùe terrain Judæum se examen infudit, circumcisio ne- cessaria futuro ex commixtione Gentium providit errori* Quod autem a Jesu duce, secundo scribitur populus cir¬ cumcisus Jos . v, significat et in eremo cessasse circumci¬ sionem, quæ in Ægypto rationabiliter exercebatur; et a Domino Jesu Christo spirituali circumcisione credentes esse mundandos. « Providens autem Scriptura, quia ex fide justificat gentes Deum, prænuntiavit Àbrahæ, quia benedicentur in te omnes gentes. Igitur qui ex fide sunt, benedicentur cum fideli Abraham. » Non quo ipsa Scriptura, atra- ■ mentum videlicet et membranæ, qüæ insensibiles sunt, possint futura prænoscere; sed quo Spiritus sanctus, et sensus, qui in littera latet, multis post1, sæculis ventura prædixerint. Porro exemplum quod de Genesi sùmptum 270 SAINT JÉROME naîtra de toi, y> Gen. xxvi, 4. Et l'Apôtre inter¬ prétant ce texte de Jésus-Christ dit : Il n’est pas écrit : à ceux qui naîtront, comme parlant de plusieurs; mais, Comme d’un seul : « Et à celui qui naîtra de toi, c’est-à-dire au Christ. » Or, il nous faut observer que dans presque tous les témoignages empruntés à l’Ancien Testament, et cités dans le Nouveau, les Évangélistes et les Apôtres les ont confiés à leur mémoire, et que se contentant de donner le sens, ils ont souvent changé l’ordre des paroles, et quelque¬ fois en ont supprimé ou ajouté. Il ne fait doute pour personne que toutes les nations de la terre n’ont point été bénies dans Isaac ni dans Jacob, ni dans les douze patriarches ni dans les autres qui descendent de la postérité d’Abraham, mais qu’elles ont, ré, té bénies en Jésus-Christ par lequel toutes les nations louent Dieu et bénis¬ sent un nom nouveau sur la terre. On peut dire encore que l’Apôtre a emprunté cette citation à est, ita in proprio volumine continetur : « Et benedicen- tur in semine tno omnes gentes terras Gen . xxvi, 4. Quod apostolus super Ghristo interpretatus, ait : « Non est scriptum ex seminibus, qnasi in multis; sed quasi in uno, et semine tuo, qui est Ghristus. » Hoc autem in om¬ nibus [AZ.novis] pene testimoniis, quæ de veteribus libris in novo assumpta sunt Testamento, observare debemus, quod memoriæ crediderint evangelistæ vel apostoli; et tantum sensu explicato, sæpe ordinem commutaverunt, nonnünquam vel detraxerint verba vel.addiderint, Nulli vero dubium quod in Isaac et Jacob, sive in duodecim patriarchis, et cæteris qui de Abraham stirpe descen¬ dant, non fuerint benedictæ universse nationes; sed in Christo Jesu, per quem omnes gentes laudant Deum, et benedicitur novum nomen super terram. Potest autem un autre endroit de la Genèse où nous lisons : «Il le fit sortir -de sa tente (il est évident que c’est Abraham), et lui dit : Regarde le Ciel et compte les étoiles, si tu peux. Il en sera ainsi de ta postérité. Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice » Gen. xv, 5, 6. Tous ceux donc qui croient, seront bénis avec le fidèle Abraham qui, à cause de la foi admirable qu’il eut en Dieu, nous est représenté comme le pre¬ mier qui crut en lui. De même que la Genèse raconte qu’Énos, à cause de l’espérance toute particulière et suréminente qu’il avait en Dieu, commença d’invoquer le Seigneur, Gen. iv. 26. Ce n’est pas sans doute qu’Abel dont le Sei¬ gneur dit : « La voix de ton frère crie vers moi » Ibid, iv, 10, et d’autres après lui n’aiént eu la confiance d’invoquer Dieu, mais chacun est ici désigné par la vertu qui a brillé en lui d’un plus vif éclat. inteiligi apostolus et de alio Geneseos loco exemplum seminis usurpasse, ubi scribitur : « Eduxit autem foras « baud dubium quin Abraham » Deus, et dixit ei : Aspice in coslum et nmnera stellas, si poteris dinumerare eas. Et ait illi : Sic eritsemen tuum; et credidit Abraham Deo, et reputatum est ei ad justitiam Gen. xv. 5. 6. » Qui- cumque igitur credunt, benedicentur cum fideli Abra¬ ham, qui ob egregiam in Deum fidem prius in eùnri credidisse narratur. Sicut Enos ob principalem in Deum spem, et inter cœteros eminentem, sperasse scribi¬ tur invocare Dominum Deum Gen. iv, 26. Non quo et Abel de quo Dominus ait : « Vox sanguinis fratris tui clamat ad me Ibid. iv. 10; et cæteri deinceps, Deum non speraverint invocare; sed quo ex ea parte unus- quisque appelletur, quam vel maxime habet. LIVRE SECOND Je dois maintenant aborder une question que je n’ai point traitée dans le premier livre des commentaires sur l’Épître aux Galates, lorsque j’exposais les caractères distinctifs des différentes nations, c’est-à-dire que sont les Galates, où se sont-ils établis et d’où sont-ils venus. Sont- ils originaires de la contrée qu’ils habitent, ou sont-ils venus s’y fixer; ont-ils perdu en se .mêlant leur langue primitive, ou en ont-ils appris une nouvelle sans perdre leur propre langue. Marcus Varon qui a fait des recherches approfondies sur toutes les antiquités, et ceux qui ont marché sur ses traces ont beaucoup écrit sur ce peuple, et ont laissé des documents dignes d’être conservés. Mais comme nous lï’avons pas le dessein d’introduire les incir¬ concis dans le temple, et que, pour l’avouer simplement, il y a bien des années que nous »,|vons cessé de lire ces ouvrages, nous nous contenterons de rapporter ce que Lactance a écrit sur ce peuple dans son troisième livre à Probus. Les Gaulois, dit-il, étaient aütrefois appelés Galates à cause de la blancheur de leur corps, et c’est ainsi que la Sybille les appelle : C’est ce qu’a voulu exprimer le poète, lorsqu’il dit : « Alors ils entourent de chaînes d’or leurs cous blancs comme le lait, » Virg. Œneid . vnr, Quod in primo Commentariorum ad Galatas libro, cum de Gentium proprietatibus disputarem, intactum reliqueram, nunc in secundo reddendum videtur, qui sint Galatæ, vel quo, et unde transierint. Utrum indige- nas eos fuderit, an advenas quam nunc incolunt, terra susceperit; et utrum linguam connubio perdiderint, an et novam didicerint, et non amiserint suam. Marcus Varro, cunctarum antiquitatum diligentissimus perscru- tator, ôt cseteri qui eum imitati sunt, milita super hac gente, et digna memoria tradiderunt. Sed quia nobis proposition est, incircumcisos hommes non introducere in tempIum.Dei ( et ut simpliciter fatear, multi jam anni sunt quod hæc legere desivimus, » Lactantii nostri quæ in tertio ad Probum volumine de hac gente opinatus sit, verba popemus:) Galli, inquit, antiquitus a candore corporis Galatæ nuncupabantur ; et Sibylla sic eos ap¬ pelle Quod significare voluit poeta, cum ait : « Tum lactea colla — auro innectuntur » Virg, Jib; vin lorsqu’il eut pu employer l’oxpression candida blancs. C’est de là aussi que tire son nom la province de Galatie, dans laquelle les Gaulois sont venus se mêler aux habitants grecs d’ori¬ gine. Aussi fut-elle d’abord appelée Gallogrèce et ensuite Galatie. Il n’est pas étonnant que Lactance parle ainsi de l’origine des Galates, et que, malgré l’espace immense qui sépare dé l’Orient les peuples occidentaux, il affirme que ces derniers sont venus se fixer dans les contrées orientales, puis qu’il est certain d’ailleurs que des essaims nombreux de l’Orient et de la Grèce sont parvenus aux extrémités de l’Occident. Marseille a été fondée par des Phocéens, que Varron appelle le peuple à trois langues parce qu’ils parlent le grec, le latin et le gaulois. Unev colonie de Rhodiens est venue s’établir à Rhodes, qui a donné son nom au fleuve du Rhône. Je passe sous silence les Tyriens, fondateurs do Carthage et de la ville d’Agenor, je ne dis rien également de Thèbos que Bacchus fonda en Afrique et qui porte maintenant le nom de Thèbeste. Je laisse cette partie de la Lybie qui est parsemée de villes grecques; je me transporte en Espagne; est-ce que Sagonte n’a pas été fondée par des Grecs partis de l’île de Zacynthe? La ville de Tartesse, qui porte Æneid, : Cum posset. dicere, candida. Hinc u tique Galatia provincia, in quam Galli aliquando venientes, cuin Græcis se miscuerunt, Unde primum ea regio Gal- logreecia, post galatia nominata est. » Nec mirum si hoc ille de Galatis dixerit, et Occidentales populos tan- tis in mediô terrarum spatiis prætermissis, in Orientis plaga consedisse memorarit : cum constet Orientis contra et Græciæ examina, ad Occidentis ultima per- venisse. Massiliam Phocæi condiderunt, quos ait Varro trilingues esse, quod et Græce loquantur, et Latine, et Gallice. Oppidum Rhoda, coloni Rhodiorum locaverunt ; unde amms Rhodanus nomen accepit. Prætermitto Car- thaginis conditores Tyrios, et Agenoris urbem; prætereo Thebas Liberi, quas in Africa condidit ; quæ çivita* nunc Thebestis dicitur. Relinquo eam partem Libyæ, quæ Græcis urbibus plena est. Ad Hispamas trans- gredior; nonne Saguntum Græcis ex insula Zacintho profecti condiderunt; et oppidum Tartesson, quod nunç / 272 SAINT JÉROME maintenant le nom de Gartéia, ne reconnaît-elle point pour fondateurs des Grecs partis des îles Ioniennes? Les montagnes de l'Espagne, Calpé, Idrus, Pyrène, les îles Aphrodisiades et Gymnésiôs qu’on appelle Baléares n’offrent- elles pas des indices de la langue grecque. L’Italie elle-même, envahie par des peuples venus de la Grèce, s’appelait autrefois la Grande Grèce. Ce que du reste on ne peut nier, c’est que les Romains sont sortis de la race d’Énée qui était originaire de l’Asie. Voilà ce qui explique comment on rencontre souvent dans l’Occident la vivacité de l’esprit grec, et dans l’Orient, la stupidité des peuples barbares. Nous ne prétendons pas pour cela que ces contrées ne présentent quelquefois desphénomèmes tout différents ; mais on applique même aux parties qui sont dissemblables, la dénomination qui convient à la majorité de la nation. Il n’est donc pas surprenant que les Galates aient été traités d’insensés, d’esprits lents à comprendre, alors qu’Hilaire, le Rhône de l’éloquence latine, né lui-même à Poitiers, appelle dans son livre des Hymmes, les Gaulois des gens sans instruction. Si la Gaule est fertile en orateurs, ce n’est point à l’heureuse nature de cette région, mais aux leçons publiques des rhéteurs qu’elle v en est redevable. Ajoutons que l’Aquitaine se glorifie de tirer son origine des Grecs et que les Galates ne sont point sortis de cette contrée, vocatur Carteia, Iones Græci homines locasse referuntur? Montes quoque Hispaniarum, Calpe, Idrus, Pyrene ; item insulæ Aphrodisiades, et Gymnesiæ, quæ vocantur Baléares, nonne Græci sermonis indicia demonstrant? Ipsa Italia a Græcis populis occupata, Major quondam Græcia vocabatur. Certe quod negari non potest, Ro¬ mani de Æneæ Asiani hominis stirpe generati sunt. Ex quo evenit, ut et in Occidente Græci sæpe acuminis reperiantur ingénia, et in Oriente stoliditatem barbaram redoleanl. Nec hoc dicimus, quod non e regione utro- bique diversa nascantur; sed quod ex magna parte etiam cætera quæ non sunt similia, nuncupentur. Itaque non mirum est stultos, et ad intehigentiam tardiores Galàtas appellatos; cum et Hilarius Latinæ eloquenitæ Rhodanus, Gallus ipse et Pictavis genitus, in Hymnorum Carminé Gollos indociles vocet. Et quodnunc oratorum fertiles sunt, non tam ad regionis diligentiam, quam ad rheto^ricorum [Ai. rhetoricu.m] clamorem pertinet; maxime cum Aquitania [Al. Aquitanica] Græca se jactet origine; et Galatæ non de ilia parte terrarun?, *ed de fefocioribus OaJÎis sint profecti. Vultis Scire, o mais des régions les plus barbares de la Gaule. Voulez-vous savoir, ô Paule et Eutochie, sous quelles propriétés distinctives l’Apôtre désigne chaque région? Nous retrouvons aujourd’hui les mêmes traces de vertus ou d’erreurs. Il loue la foi du peuple Romain Rom . i. Où voit-on un concours plus empressé et plus nombreux dans les Églises et autour des tombeaux des Martyrs ? Où entend-t-on l’Amen comme le tonnerre qui se fait entendre du haut des cieux? Où voit-on s’ébranler les temples vides des idoles? Ce n’est pas, que les Romains aient une foi autre que celle de toutes les Églises de Jésus-Christ, mais leur ferveur est plus grande, et ils croient avec plus de sim¬ plicité. D’un autre côté on leur reproche leur . caractère faible et de l’orgueil, un caractère facile et faible : « Je vous en prie, mes frères, prenez garde à ceux qui causent parmi vous des divisions et des scandales, en s’éloignant de la doctrine que vous avez apprise, et évitez- les. Car de tels hommes ne servent point Jésus- Christ Notre-Seigneur, mais sont esclaves deleurs sens, et par des paroles douces et flatteuses, , ils séduisent les cœurs innocents. Votre obéis¬ sance est devenue célèbre par tout lé monde, et je m’en réjouis à cause de vous ; mais je désire que vous soyez sages dans le bien et simples dans le mal. » Rom. . xvi, 17 et suiv. L’Apôtre leur reproche aussi leur . orgueil ; Paula et Eustochium, quomodo . Apostolus unam- quamque provinciam suis proprie tatibus denotarit. Usque hodie eadem vel virtutum vestigia permanent, vel errorum. Romanæ plebis laudatur Mes Rom. i. Ubi alibi tanto studio et frequentia, ad Ecclesias et ad Mar- tyrum sepulcra concurritur? ubi sic ad similitudinem cœlestis tonitrui « Amen » reboat, et vacua idolorum templa quatiuntur? Non quod aHam habeant Romani fidem, nisi hanc quam omnes Christi Ecclesiæ; sed quod devotio in eis major sit, et simphcitas ad cre- dendum. Puirsum facilita tiâ et superbiæ arguuntur. Fa¬ cilitais, ut ibi : « Rogo vos, fratres, ut observetis eos qui dissensiones et offendicula, præter doctrinam'quam vos didicislis, faciunt; et declinate ab illis; hujusmodi enim Christo Domino [Al. addit nostro J non serviunt, sed suo ventri ; et per dulces sermones et benedictiones seducunt corda innocentium. Vestra enim ôbedienta in omnem Jocum pervulgata est. Gaudeo igitur in vobis, et volo vos sapientes esse in bono, et. simplices itL malo Rom. xvi, 17, seqcp Superbiæ vero : « Noli altnmm^ere, sed time » Rom . ii, 20 et 25, Et : « Nolô vos ignoïore,. COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX GALATES 2?3 « Ne vous élevez point, mais craignez... Je ne veux pas, mes frères, vous laisser ignorer ce mystère, afin que vous ne soyez pas sages à. vos propres yeux, » Rom. xi, 20, 25. Et plus loin : «Je ‘vous exliorte donc tous par la grâce qui m’a été donnée, de ne point être sages plus qu’il ne convient, mais d’être sages avoc sobriété, » Rom. xu, 3. Et plus ouver¬ tement encore : « Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent, pleurez avec ceux qui pleurent. Soyez tous unis dans un même esprit, ne vous élevez pas à des pensées trop hautes, mais consentez à ce qu’il'y a de plus humble. Ne soyez point sages à vos propres yeux, » Rom . xu, 15, 16. L’Apôtre reproche aussi aux Corinthiens que les femmes marchent la tête découverte, et que les hommes nourrissent leur chevelure Cor . x, qu’ils mangent indiffé¬ remment de toute sorte d’aliments dans les temples II. Cor. xi, 20 ; et qu’enflés par une science toute mondaine, ils nient la résurrection de la chair. Que ces abus se soient perpétués en partie jusqu’à ce jour, c’est ce que ne peut ,v révoquer en doute celui qui parcourra l’Achaïe, 1. Cor. iv. Les Macédoniens sont loués pour leur charité et l’hospitalité qu’ils exercent envers leurs frères. Aussi saint Paul leur écrit-il : « Quant à la charité fraternelle, vous n’avez pas besoin que je vous en écrive, puisque vous- mêmes avez appris de Dieu à vous aiiper les uns les autres. Ainsi le faites-vous à l’égard de tous nos frères qui sont dans la Macédoine, » I. Thess. iv, 9. Mais il reproche en même temps à quelques-uns de promener leur oisiveté de maison en maison, d’attendre des autres leur nourriture, en cherchant à leur plaire, et en courant de côté et d’autre pour voir et rapporter ce qui s’y passe : Cependant nous vous conjurons, mes frères, d’avancer de plus en plus dans cet amour, de vous appliquer à vivre en paix, de faire chacun ce qui lui est propre, de travailler de. vos mains comme nous vous l’avons ordonné ; enfin de vous conduire avec honneur envers ceux du dehors, et de ne rien désirer de ce qui est aux autres, » Thess. iv, 10, 11. Et de peur qu’on n’attribue cet avertissement au zèle du maître plutôt qu’au vice de la nation, dans la seconde. lettre qu’il écrit, il revient de nouveau sur cette matière : « Aussi lorsque nous étions avec vous, nous vous déclarions que celui qui ne veut point travailler ne doit point manger, Or, nous avons appris qu’il y en a quelques-uns qui jettent le trouble parmi vous, ne faisant rien et se mêlant de tout. Nous ordonnons à ceux- là, et nous les conjurons par Notre-Seigneur Jésus-Christ, de manger leur pain en travaillant en silence, » II Thess. ni, 10 et suiv. Il serait long de reproduire, d’après l’Apôtre et d’après les Écritures, les appréciations sur les vertus ou sur les vices de chaque nation; il suffit qu’après ce que nous avons dit, nous soyons fratres, mysterium hoc, ut non sitis ipsi vobis sa pi entes. » Et in sequentibus : « Dico enim per gratiam quæ data est mihi, omnibus qui sunt inter vos; non plus sapere quam oportet sapere; sed sapere ad sobrietatem » Rom. xh, 3. Et apertius : « Gaudere cum gaudentibus, flere cum flentibus. Idipsum invieem sentientes. Non alta sapienles; sed humillibus cousentientes. Nolite esse pru¬ dentes apud vosmetipsos » Ibid, xv, 16. Corintliios, quoque, notât quod mulieres eorum intecto capite sint et viri comam nutnant I. Cor. x; et indifférente*' ves- cantur in templis [Al. tempus] IL Cor. x, 20; et ^nflati sapientia sæculari, resurrectionem carnis negent. Hsec ex parte usque liodie permanere, non potest dubitare, qui Acbaiam viderit I. Cor. iv. Macedones in charitate laudantur, et hospitalitate ac susceptione fratrum. Un de, ad eos scribitur « De cliaritate autem fraternitatis non necesse habemus scribere vobis. Ipsi enim vos a Deo cjirîicistis, ut diligatis invieem. Etenim facitis :llud in omnes fratres in universa Macedonia » I. Thess . iv, 9. Sed Eeprehenduntur quod otiosi domos çircumeant et Tom. x. alienum exspectantes cibum, dum singulis placere desî- derant, et liuc illncque discurrant, quid apud singulos agatiu*, enuntient. Sequitur enim : « Rogamus autem vos, fratres ut abundetis magis, et operam detis ut quieti sitis ; nt et vestrum negotium agatis, et opéré- mini manibus vestris sicut præcepimus vobis; ut et honeste ambuletis ad eos qui foris sunt, et nullius aliquid desideretis Ibid., x, 11. Quod ne quis putet officio magis docentis, quam vitio gentis admonitum, in secunda ad eosdem inculcat ac replicat, dicens : « Nam et cum essemus apud vos, hoc denuntiabamus vobis, quoniam si quis operari non vult, nec manducet. Aüdivimus enim inter vos quosdam ambulare inquiété, nihil opérantes, sed curiose agentes. His autem qui ejusmodi sunt, de- nuntiamus et obsecramus in Domino Jesu Cliristo, ut cum silentio opérantes, suum panem manducent » II. Thess. in, 10 seqq. Longum est si velim de Apostolo, et de Scripturis omnibus singularum gentium, vel vir- tutes observare, vel vitia; cum ad hæc ipsa quæ dixi- mus, inde devoluti simus quod Galatse stulti et vecordes 18. SAINT JÉRÔME 274 arrivés à dire que les Galates étaient insensés et stupides. Celui qui a visité Ancyre, ville métropole de la Galatie, sait comme moi par combien de schismes, elle est déchirée jusqu’à ce jour, par combien d’opinions diverses elle est déshonorée. Je ne dis rien des Cataphrygiens, des Ophites, des Borborites, des Manichéens, ces noms qui expriment autant de calamités, sont maintenant connus. Qui a jamais entendu parler dans quelque partie.de l’empire Romain des Passaloryncites, des Ascodrobes, dos Arto- tyrites, et d’autres sectes qui sont pultôt des monstruosités que des noms. Les vestiges de leurs anciennes folies se sont perpétués jusqu’à ce jour. Nous rappelons une seule chose, et nous accomplissons la promesse faite au commencement, c’est que les Galates, outre la langue grecque que parle tout l’Orient, ont une langue propre qui est 'à peu près la même que celle des Trévères. Et peu importe, s’ils l’ont tant soit peu corrompue, car nous voyons que les Africains ont également dénaturé en partie la langue phénicienne, et que la langue latine elle-même subit chaque jour quelque chan¬ gement eu égard aux contrées où elle est parlée, ou par la force du temps. Mais revenons au sujet que nous devons traiter. « Et tous ceux qui s’appuient sur les œuvres do la loi, sont sous la malédiction, » car il est écrit : « Maudit quiconque ne persévérera point dans tout ce qui est écrit dans le livre de la pronuntiati sint. Scit 'raecuin qui vidit Ancyram [Al. Anchiram] metropolim Galatiæ civitatem, quot [Al. qucdj nunc usque schismatibus diiacerata sit, quot [Al. quod] dogmatuin varietatibus constuprata. Omitto Calaphrygas, Ophitas, Borboritas, et Mani- chæos; nota enim jain hæc huinanæ calamitatis vocabula sunt. Quis umquam Passaloryncitas, et Ascodrobos, et Artotyritas, et cætera magis por- tenta quain nomina [Al. mwnina] in aliqua parte Romani orbis aurlivit? Antiquæ stultitiæ usque hodie manent vestigia. Unum est quod inferiraus, et promis- sum in exordio reddimus, Galatas excepto sermone Græ- co, quo omnis Oriens loquitur, propriam linguam eam- dem pene habere quam Treviros, nec referre, si aliqua exinde corrüperint, eum et Aphri Phoonicum linguam tonnulla ex parte mutaverint, et ipsa Latinitaset regioni- bus quotidie mutetur et tempore. Sed jam ad proposi- tum revertamur. ■ « Quicumque enim ex operibus Legis sunt, sub male- dicto fiant. Scriptum est enim : Maledictus omnis qui loi pour l’accomplir, » J’ai pour habitude, toutes les fois que les apôtres font une citation de l’Ancien Testament, de recourir aux originaux et d’examiner attentivement comment cette citation est écrite dans le texte primitif; j’ai donc trouvé dans le Deutéronome traduit par les Septante : « Maudit celui qui ne demeure pas dans les préceptes de cette loi et qui ne les accomplit pas dans ses œuvres, et tout le peuple dira : Ainsi-soit-il, » Deut. xxvii, 26. La version d’Aquila porto : « Maudit celui qui n’aura pas établi dans son esprit les paroles de la Loi pour les accomplir, et tout le peuple dira : c’est vrai. » Celle de Symmaque : Maudit celui qui n’a pas affermi les paroles de la loi pour les accomplir, et tout le peuple dira : Amen. Théodotien a ainsi traduit : Maudit celui qui n’aura pas relévé les paroles de la loi pour les accomplir, et tout le peuple dira : Amen. Nous voyons par là que l’Apôtre, ici comme en d’autres endroits, a donné le sens plutôt que le texte littéral, et nous ne pouvons dire si les Septante ont ajouté : << Tout homme, » et « dans tous, » ou bien si ces mots se trouvaient primitivement dans le texte hébreu et si les Juifs les ont ‘ ensuite effacés. Ce qui excuse et appuie en moi ce soupçon, c’est que l’Apôtre si versé dans la langue hébraïque et si savant dans la loi n’eût jamais produit s’il ne les avait trouvés dans le texte hébreu, ces mots : « tout, » et « dans tous, » sous le prétexte qu’ils étaient nécessaires au sentiment non permanserit in omnibus quse scripfa sunt in libro Legis, ut facial ea. » Hune morem habeo, ut quoties- cumque ab Aposlolis de veteri Instrumente aliquid su- mituri, recurram ad originales libros; et diligenter ins- piciam, quomodo in suis locis scripta sint. Inveni itaque in Deuteronomio hoc ipsum apud Septuaginta interprètes ita positum : « Maledictus omnis homo qui non perman- serit in omnibus sermonibus Legis hujus, ut faciat illos: et dicet [Al. dicit] omnis populus, fiat » Deut. xxvii, 26. Apud Aquilam vero sic : « Maledictus, qui non sta¬ tuent verba Legis hujus, ut faciat ea, et dicet omnis populus, vere. » Sy mina chus : « Maledictus qui nen fir- maverit sermones [AI. addit istos] Legis istius, ut fa¬ ciat eos, et dicet omnis populus, amen. » Porro Theodo- tio sic transtulit : « Maledictus qui non suscitaverit ser¬ mones Legis hujus, facere eos, et dicet omnis populus. Amen. » Ex quo intelligimus, Apostolum, ut in cælerfs, sensum magis testimonii posnisse quam verba; et incer¬ tum habemus, utrum Septuaginta Interprètes addid^rint, « omnis homo, » et, € in oinnihus, » an in veter$He- COMMENTAIRES SUR 1 qu’il défendait, c’est-à-dire, pour prouver que tous ceux: qui s’appuient sur les œuvres de la loi sont sous la malédiction. J’ai donc relu pour cette raison le texte hébreu des Samaritains et j’ai trouvé le mot Chol qui signifie tout, ou bien à tous, et ce texte concordait avec la version des Septante. C’est donc inutilement que les Juifs ont supprimé ce mot afin de ne point tomber sous le coup de la malédiction, s’ils ne pouvaient accomplir tout ce qui est écrit, puisque les exemplaires beaucoup plus anciens d?une autre nation attestent que ces mots se ■ trouvaient dans le texte primitif. Or, que nul ne puisse accomplir la loi, et faire' tout ce qu’elle commande, c’est ce que l’Apôtre déclare ailleurs en ces termes : « Ce qui était impossible à la loi rendu faible par la chair, Dieu envoyant son Fils en la ressemblance de la chair de péché, a convaincu et condamné le péché dans la lt chair, »Rom . vrn. Mais s’il en est ainsi, on peut nous objecter : Donc Moïse, Isaïe et les autres * prpphètes qui ont été sous les œuvres de la loi sont sous la malédiction? Nul ne fera difficulté de l’accorder dès qu’il aura entendu ces paroles de l’Apôtre : « Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, en se faisant lui-même malédiction pour nous; » et il ré¬ pondra que chacun des saints s’est fait dans braico ita fuerit, et postea a Judæis deletum sît. In liane me autem snspicionem ilia res stimulât, quotl ver- bum , « omnis, » et « in omnibus » quasi sensui suo ne- cessaripm, ad probandum illud, quod quicumque ex operibus Legis sunt, sub maledicto sint, Apostolus vir Hebrææ peritiæ, et in Lege doctissimus, numquam pro- tulisset nisi in Hebræis voluminibus haberetur. Quamob causam Samaritanorum Hebræa volumina relegeos, in- veni chol, quod interpretatur, « omnis, » sive, « omni¬ bus, » scriptum esse, et cum Septuaginta interpretibus con^ordare. Frustra igitur illud tulerunt Judæi, ne vide- rentur esse sub maledicto, si non possent omnia com- plere quæ scripta sunt, cum antiquiores alteriusquoque gentis litterœ id positum fuisse teste n tu r, Quoniam autem nemo possit implere Legem, et cuncta facere quæ jussa sunt, et alibi testatur Apostolus, dicens : « Quod enim erat impossibile Legi, ip quo infirmabatur per carnem, t Deus Filium suum mittens in similitudinem carnis pec- cati, de peccato condemnavit peccatum in carne » Rom. ■viu. Quod si verum est, potest nobis objici : Ergo et Moyses, et Isaias, et cæteri prophetæ, qui sub operibus Legis fuerunt, sub maledicto sunt ? Quod non timehit ânnuere, quidicentem Appstolum legerit : « Quia Chris- fËPITRE . AUX GÂLATES 275 son temps malédiction pour son peuplé. Et on accordant ce privilège aux hommes justes, il n’affaiblit en rien le mérite du Sauveur, comme s’il n’avait fait rien de particulier et d’extra¬ ordinaire en se rendant malédiction pour nous, alors que d’autres se sont également soumis à la malédiction. En effet, aucun de ces per¬ sonnages, quoique s'ôtant rendu malédiction, n’a délivré personne de la malédiction. * Il n’y a que Notre-Seigneur Jésus-Christ qui ait racheté par son sang de la malédiction de la loi, nous tous, Moïse et Aaron, ainsi que tous les prophètes et les patriarches. Et ne croyez pas que je parle ici d’après mon sentiment particulier, l’Écriture affirme que le Christ « par la grâce de Dieu, » ou comme on lit dans quelques manuscrits « sans Dieu, est mort, pour tous, » Il Cor. v. 14. Or, s’il est mort pour tous, il est mort pour Moïse et pour tous les prophètes, dont nul n’a pu effacer la cédule du décret porté contre nous, et l’attacher à la croix Colos . n. « Tous ont péché et ont besoin de la gloire, c’est-à-dire de la grâce de Dieu, » Rom . ni, 23. L’Écclésiaste lui-même confirme cette vérité : « Il n’y a point d’homme juste sur la terre qui fasse le bien et ne pèche point, y> Ecoles . vir, 21. -Enfin ce que va dire l’Apôtre, enseigne clairement que ni Moïse, ni aucun tus nos redemit de maledicto Legis, factus pro nobis maledictum ; » et respondere unumquemque sanctorum suo tempore maledictionem factum esse pro populo. Nec statim hoc tribuens et justis viris, videbitur detrahere Salvatori, quasi nihil præcipuum et excellens habuerit, factus pro nobis maledictum, cum et cæteri pro aliis maledictum facti sint. Nemo enim illorum quamvis factus fuerit ipse maledictio, de maledicto quempiam liberavit, absque solo Domino Jesu Christo, qui pretioso sanguine suo, et nos oinnes, et ipsos; Moysen dico et Aaron, pro- phetasque cunctos et patriarchas, de maledicto Legis re¬ demit. Nec hoc ex meo sensu dictum putetis, Scriptura testisest : quia « Ghristus gratis Dei, » sive ut in qui- busdam exemplaribus legitur, « absque Deo, pro omni¬ bus mortuus est » II Cor . v. Si autem pro omnibus, et pro Moyse, et pro universis prophetis, e quibus nullus potuit delere chirographum vêtus, quod adversum nos scriptum erat, et affigere illud cruci Colos. n : « Omnes peccaverunt, et indigent gloria [id est, gratia ] Dei » Rom. ni, 23. Ecclesiaste quoque hanc firmante sentent tiam : « Homo non est justus in terra, qui [Al. qua] fa- ciatbonum et non peccet » Ecoles . vu, 21. Denique et inferius Apostoli dictum manifeste docet, nec Moysen 276 SAINT JÉROME personnage illustre parmi les anciens, nTa pu être justifié par la loi. Cependant, que nul ne soit justifié par la loi, cela est manifeste, puisque lo juste vit de la foi. Or, la loi ne s’appuie pas sur la foi, puisqu’elle dit au contraire : « Celui qui observera ces pré¬ ceptes vivra par eux. » L’exemple par lequel il est prouvé que le juste vit de la foi et non des œuvres est tiré d’Habacuc, que les Septante ont traduit de la sorte : « Mon juste vit de la foi, » Hab. il. 4. Aquila et Théodotion traduisent : « Le juste vit de sa foi, c’est-à-dire de la foi de Dieu. » Il faut remarquer ici que le prophète n’a pas dit : l’homme vit de la foi, pour ne point donner occasion de mépriser les actes'de vertu; mais « le juste vit 'de la foi » afin qu’il fût bien entendu que tout homme fidèle qui devait vivre de lla foi, ne pût parvenir à la foi, ou vivre dans la foi, avant d’être juste et de s’élever jusqu’à la foi, par la pureté de la vie, comme par autant de degrés. 11 peut donc se faire qu’un homme soit juste, et cependant qu’il vive sans la foi de Jésus- Christ. Si le lecteur a ici quelque scrupule, qu’il écoute ce que dit saint Paul en parlant de lui- même : « Quant à la justice de la loi ayant vécu sans reproche, Philip . ni. Paul était donc alors uste dans la loi, mais il no pouvait pas encore avoir la vie, parce qu’il n’avait pas en lui le Christ pour lui dire : «Je suis la vie, » Jean xi. Lorsqu’ensuite il crut en lui, il commença nec illustrera aliquem de antiquis virum, apud Deum justificari potuisse per Legem, Sequitur enim : ■ « Quoniam autem in Lege nerao justificatur apud Deum, manifestum est, quia' justus ex fuie vivit. Lex autem non est ex fide, sed quifecerit ea, vivet in illis. » Exemptum quo probatur justus ex Me vivere, et non ex operibus, de Âbacuc tuli(, quod itâ Septuagiuta interprè¬ tes ediderunt : « Justus autem ex fide mea vivit » Abac. n, 4. Aquila et Theodotio : « Justus autem ex fide ejus vivit, » id est, « Dei. » Gonsiderandum itaque quia non dixerit, homo aut vir ex fide vivit, ne occasionem tri - bueretad virtutumopera contemnenda ; sed, « justus ex fide vivit ; » ut quicumque fidelis e3set, et per fidom vic- turus, non aliter posset [ Al . possit] ad fidera venire, vel in eavivere? nisi prias justus fuisset, et puritate vitæ quasi quibusdara ad fidem gradibus ascendisset. Potest ergo fieri, ut sit aliquis justus, et tamen vivat absque fide Ghristi. Si legenti scrupulus coinmovetur, Pauli verba suscipiat, in quibus de se ait : « Secundum justi- .tiam, quæ in Lege est, sine reprehensione » Philip, m. Erat igitur. Paulus tune justus in Lege, sed necdum de vivre. Faisons nous-mêmes quelque chose de semblable à ce que dit le prophète : « le juste vit de la foi’; et disons : l’homme chaste vit de la foi, le sage vit de la foi, le fort vit de la foi, et par les autres devoirs qu’imposent les vertus, prononçons une sentence apologue contre ceux qui, sans croire en Jésus-Christ s’imaginent, se flattent d’être forts, sages, tempérants ou justes, afin qu’ils soient bien convaincus qu’aucun homme ne peut avoir la vie en dehors de Jésus- Christ, sans lequel toute vertu est défectueuse. Ce témoignage du prophète peut être lu de la sorte : « Car celui qui est juste par la foi » et ensuite : « aura la vie. » Or, saint Paul en disant : « La loi ne s’appuie pas sur la foi, » puisqu’elle dit au contraire : « Celui qui observera cespréceptes, vivra par eux » démontre clairement qu’il ne s’agit point ici d’une vie simplement dite, mais d’une vie qui se rapporte à quelque chose. « Le juste vit de la foi » et le prophète n’ajoute pas : dans ces choses ni par ces choses. Celui au con¬ traire qui vit dans la loi, vivra dans les œuvres de la loi, c’est-à-dire dans les œuvres qu’il a cru bonnes; il aura seulement pour récompense les œuvres qu’il a faites, ou une vie longue (comme le pensent les Juifs), ou il évitera la peine qui condamne à mort le transgresseur de la loi. Ne croyons pas toutefois, que ces paroles : « vivre dans ces œuvres » viennent de l’Apôtre; elles sont du prophète Ézéchiel qui s’exprime vivere poterat, quia non habebat in se Ghristum loquen- tem : « Ego sura vita » Joan. xi, 25. In quem credens postea cœpit et vivere. Eaciamus et nos aliquid simile huic quod dicitnr, « justus ex fide vivit; » et dicamus • castus ex fide vivit, sapiens ex fide vivit, fortis' ex fide vivit, et a cæteris virtutum partibus vicinam sententiam proferaraus adversum eos, qui in Ghristum non creden- tes, fortes et sapientes, tempérantes se putant esse, vel justos; ut sciant nullum absque Ghristo vivere, sine quo ornais virtus in vitio est. Potest præsens testimo- mumet siclegi : « quia justus ex fide, » ut deinceps inferatur, « vivit » [Al. vivet], Quod autem ait ; « Lex non est ex fide, sed qui fecerit ea, vivet in illis, » manifestissime demonstratur non siraplicem dici vitam, sed eam quæ referatur ad aliquid. « Justus » quippe « ex fide vivit : » et non additur, in bis, sive in illis. Vi- vens autem in Lege qui fecerit ea, vivit in illis, hoc est, in bis quæ fecit, quæ putavit bona ; mercedera laboris sui liabens ea tantum opéra quæ fecit, sive longitudinem vltæ (ut Judæi putant) sive declinationem pœuse per quain transgrëssor Legis occiditur. « Vivere autem in 277 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES ainsi : «Je les ai. conduits dans le désert, je leur ai proposé mes lois et mes ordonnances afin que celui qui les , observe y trouve la vie, » Ezech. xx. 10; 11. Après avoir dit que ceux qui observeraient les préceptes et les ordonnances auraient la vie, il ajoute : « Et je leur ai donné des préceptes imparfaits, des ordonnances où ils ne trouveront pas la vie, Ibid. 25. Quelle signifi¬ cation différente dans les expressions! Lorsque le prophète dit : « Je leur ai proposé mes lois et mes ordonnances, afin qu’ils y trouvent la vie, » il n’a point ajouté l’expression bonne. Mais lors¬ qu’il leur dit qu’ils n’y trouveront pas la vie, il ajoute : « Et je leur ai donné des préceptes qui ne sont pas bons, et des ordonnances dans lesquelles ils ne trouveront pas la vie. » Mais nous donnerons une explication plus complète de ces paroles dans les commentaires sur Ézéchiel; revenons à la suite de l’épitre. « Jésus^-Clirist nous a rachetés de la malédic- tioh de la loi, s’étant rendu lui-même malédic¬ tion pour nous. » Marcion cherche à l’occasion de ce passage à combattre le pouvoir du Créateur, qu’il accuse d’être sanguinaire, cruel et vindicatif, et qui prétend que nous avons été rachetés par Jésus-Christ qui serait le fils d’un autre Dieu bon. S’il comprenait quelle différence existe entre acheter et racheter (car celui qui achète, achète une chose qui ne lui appartient pas ; celui au con¬ traire qui rachète, achète ce qui a été autrefois illis, » non putemus Apostoli verba esse, sed Ezechiolis prophetæ, qui ait : « Et eduxi eos in desertum, et cledi eis præcepta mea et justificationes meas clemonstravi eis quas faciet homo , et vivet in eis » Ezech. xx, 10, 11. Qui cum illos qui in præceptis et justilicationibus ambu- lassent, vivere dixisset, adjecit : « Et dedi eis præcepta non bona, et justificationes in quibus non viverent in eis » Ibid. 25. Quanta in verbis consideratio ! ubi di- xit : « Dédit eis præcepta et justificationes in quibus vi¬ verent in eis, » non adjunxit bona. Ubi vero posuit, «in quibus non viverent in eis, » addidit : « Et ego dedi eis præcepta non bona, et justificationes in quibus non vi¬ vent in eis. » Sed hæc plenius in Ezechiele ; nunc ad ordinem Epistolæ revertamur. « Chris tus nos re démit de maledicto Legis, factus pro nobis maledictum. » Subrepit in hoc loco Marcion de po- testate Creatoris, quem sanguinarium, crudeiem infamat et vindicem \Al. judicem], asserens nos redemptos esse per Chris tum, qui alterius boni Dei Filius sit. Qui si in- telligeret quo differunt [Al. dififerrent] emere, et redi- mere quia qui émit, aliènum émit; qui autem redi- en sa possession, ot a cessé de lui appartenir), il ne. détournerait pas le sens si simple des Écritures pour établir son système sans aucun fondement. Jésus-Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi qui a été portée contre les pécheurs que Dieu reprend par son prophète en leur disant : « C’est à cause de vos crimes que vous avez été vendus, et c’est à cause de vos iniquités que j’ai rejeté votre mère, » Isai. l. 1. L’Apôtre rappelle cette même vérité, lorsqu’il dit : « Pour moi, je suis charnel, vendu pour être assujetti au péché Rom . va 14. Les malédictions de la loi qui sont écrites dans le Lévitique et le Deutéronome ne s’accomplissent point par le fait même de Dieu; c’est une simple prédiction faite dans un esprit prophétique, des châtiments qui doivent arriver aux pécheurs. Si l’on veut nous presser par ce témoignage de l’Apôtre : « Tous ceux qui s’appuient sur les œuvres de la loi sont sous la malédiction, car il est écrit : Maudit quiconque ne persévérera pas dans tout ce qui est écrit dans le livre de la loi pour l’accomplir Deut. xxvit, 26, et en conclure que tous ceux qui ont été sous la loi ont été maudits; nous demanderons si ceux qui sont sous l’Évangile de Jésus-Christ, et n’observent pas ses préceptes sont maudits ou non. S’il dit qu’ils sont maudits, il aura dans l’Évangile ce que nous trouvons sous la loi. S’il nie qu’ils soient maudits, c’est donc en vain que les préceptes de l’Évangile ont ôté mit, ici émit proprie quod suum fuit, et suum esse de¬ smit numquam Scripturarum verba simplicia in calum- niam sui dogmatisTdetorqueret. Redemit ergo nos Chris- tus de maledicto Legis, quod peccantibus constituera est, quos ipse increpat per prophetam, dicens : « Ecce peccatis vestris venditi eslis, et in iniquitatibus vestris dimisi matrem vestram » Isai. L, 1. Et Apostolus hoc ipsum replicat, dicens : « Ego autem carnalis sum, ve- nundatus subpeccato » Rom. vu, 14. Maledicta quoque Legis quæ in Levitico et Deuteronomio scriptasunt, non Deo auctore coinplentuv, sed prophetico spiritu his qui peccaturierant, ea quæ eis ventura sunt, nuntiantur. Quod si apostoli voluerit nos testimonio coarctare dicen- tis : « Quicumque ex operibus Legis sunt, sub maledicto sunt, scriptum est enim : Maledictus omnis qui non permanserit in omnibus quæ scripta sunt in libro Legis, ut faciat ea » Deut. xxvn, 26, et as'serere omnes qui snb Lege fuerint, fuisse maledi ctos, interrogera us eum, utrum hi qui sub Evangelio Christi sunt, et ejus præcep¬ ta non faciunt, maledicti sint, an non. S: maledictos di- xerit, id habebit in Evangelio, quod nos habemus in Le- 278 SAINT donnés, et ceux qui les auront observés seront privés de toute récompense. Voici la solution de cette double difficulté : de même que le Christ nous a délivrés de la malédiction de la loi, en se rendant malédiction pour nous, ainsi nous a-t-il affranchis de la malédiction portée dans l’Évangile contre ceux qui n’accomplissent pas ses préceptes en devenant pour nous malédiction, sachant qu’il doit ne remettre aucune partie du talent confié et exiger jusqu’à la dernière obole. « Car il est écrit : Maudit quiconque est pendu au bois! Afin que la bénédiction donnée à Abraham fut communiquée aux gentils par le Christ Jésus pour que nous reçussions par la foi la promesse de l’Esprit. » Avant d’examiner le sens et les parolos de l’Apôtre, il nous paraît juste de reproduire brièvemeiit le texte du Deutéronome xxi, 25, auquel saint Paul a emprunté cette citation, et de le comparer aux autres éditions. Voici la traduction qu’en ont donnée les Septante : « Lorsqu’un homme aura commis un crime digne de mort, et qu’ayant été condamné à mort, il aura été attaché à une potence, son corps mort ne demeurera pas à cette potence, mais il sera enseveli le même jour, parce que celui qui est pendu au bois est maudit de Dieu. Et vous prendrez garde de ne point souiller la terre que le Seigneur votre Dieu vous aura'donnée en héri- ge. Si maledictos negaverit, frustra ergo Evangelii præ- cepta sint posita, etabsque mercede erunfc hi qui ilia compleverint. Solvitur itaque utrumque hoc modo : quomodo Christus Jésus ex maledicto nos Legis libera- vit, factuspro nobis maledictum; ita de maledicto quo- que Evangelii quod statu tum est super eos ,qui ejus præ- cepta non fecerint, eruit nos, factus pro nobis ipse ma¬ ledictum, sciens talenti quoque minimum non dirnittere portionem, et novissimum exiger e quadrantem Matth. v, et Marc . xn. « Quia scriptum est ; Maledictus omnis qui pendet in ligno, ut in gentibus benedictio Abrahæ fieret in Christo Jesu, ut pollicitationem spi— ritus accipiamus per fidein. » Antequam de sensu et verbis Apostoli disputemus, justum videtur Deuteronomii testimonium, de quo et apostolus hæc sumpsit Deut . xxi, 22, 23 , paucis replicare, et componere illud cœte- ris editionibus. Septuaginta ergo interprètes ita hune locum transtulere : « Si autem fuerit in aliquo peccatum et judicium mortis, et mortuus fuerit, suspenderitis eum in ligno, non dormiet corpus illius super lignu'm, sed sepelientes sepelietis eum in die ilia; quia maledictus a Deo omnis qui pendet in ligno, et non contaminabis JÉROME tago. » Aquila a de son côté traduit de la^sorte : «Lorsqu’un homme aura commis un crime digne de mort et qu’il aura été mis à mort, et que vous l’aurez attaché à un gibet, son corps ne demeu¬ rera pas sur ce gibet, mais vous l’ensevelirez le jour même, parce que celui qui est suspendu à une potence est la malédiction de Dieu ; et vous ne souillerez pas votre terre que le Seigneur Dieu vous donnera en héritage. » Symmaque : « Si un homme commet un crime digne de mort, et qu’il soit mis à mort et attaché à une potence, son cadavre ne restera pas la nuit sur cette potence, mais vous l’ensevelirez ce jour-là même, parce qu’il a été attaché à cette potence à cause du blasphème de Dieu,* et vous ne souillerez pas votre terre que votre Dieu doit vous donner en héritage. » Théodotion : «Et lorsqu’un homme se sera rendu coupable d’un crime digne de mort, et qu’il sera exécuté et attaché à une potence, son cadavre ne passera pas la nuit sur cette potence, vous l’ensevelirez ce jour-là même, parce que celui qui est attaché est la malédiction de Dieu, et vous ne souillerez pas votre terre que le Sei¬ gneur Dieu doit vous donner en héritage. » Or adama en hébreu, signifie terre, poussière. Dans ce même endroit qu’Aquila et Théodotien ont traduit : parce que celui qui est attaché est la malédiction de Dieu, on lit dans l’hébreu Chi terrain tuara quam Dominus Deus tuus dabit tibi in hæ¬ reditatem. » Aquila : « Et cum fuerit in viro peccatum in [Al. etj judicium mortis, et occisus fuerit, et stispen- deris eum super lignum, non commorabitur mortici- niura ejus super lignum, sed sepeliens sepelies eum in die ilia, quia maledictio Dei est, qui suspensus, et non contaminabis humurn tuam quam Dominus Deus tuus da¬ bit tibi hæreditatem. » Symmachus ; « Si autem fuerit homini peccatum ad judicium mortis, et occisus fuerit, et suspenderis eum super lignum, non pernoctabit cada- ver ipsius super lignum, sed sepultura sepelies eum \M. illud] in die ipsa, quia propter blasphemiam Dei suspensus est; et non contaminabis terram tuam quam Dominus Deus tuus dabit tibi ad hæreditatem. » Theo- dotio : « Et quia erit in viro peccatum in [Al. taeet in] judicium mortis, et morietur, et suspendes eum in ligno, non dormiet morticinium ejus super lignum, quia sepul¬ tura sepelies eum in die ipsa, quia maledictio Dei est suspensus, et non contaminabis adama [Al. adamam] tuam quam Dominus Deus tuus dederit tibi hæreditatem. Porro adama terra sive humus, lingua Hebræa appella- tur. In eo autem loco ubi Aquila et Theodotio similiter transtulerunt, dieentes : « quia maledictio Dei est sus- 279 COMMENTAIRES SUR .L’ÉPJTRE AUX GALATES Calalath Eloin Thalui : paroles qu’Ebion cet hérésiarthe moitié chrétien moitié juif a traduites ainsi : « Parce que celui qui est attaché est l’outrage de Dieu. » Je me souviens d’avoir lu dans la dispuste de Jason et de Papiscus quia été écrite en grec : « Celui qui est attaché est l’outra¬ ge ou la malédiction de Dieu. » L’Hébreu qui m’a instruit en partie dans la science des Écritures m’a dit qu’on pouvait lire ainsi : « Parce que Dieu a été honteusement attaché. » J’ai reçu tous ces témoignages, parce que c’est là une question très célèbre, et que les Juifs ont coutume de nous reprocher comme une chose infamante que Notre Sauveur et Seigneur a été sous la malédic¬ tion de Dieu. Il nous faut donc d’abord consi¬ dérer que ce n’est pas tout homme attaché à une potence qui est maudit de Dieu, mais celui qui s’est, rendu coupable et que ses crimes ont fait condamner à mort et attacher à une croix. R n’est point maudit parce qu’il est crucifié, mais parce qu’il a commis un crime digne du supplice de la croix. On peut ensuite opposer que la cause de ce châtimentest parfaitement exposée plus bas, puisque l’Écriture 'dit : que c’est à cause de la malédiction et du blasphème de Dieu qu’il a été crucifié. Symmaque a traduit plus clairement encore : parce qu’il a été attaché à la potence de Dieu à cause du blasphème de Dieu. Et pour ter¬ miner, demandons-leur si Ananias, Azarias, Misaël qui refusèrent d’adorer l’idole de Nabuchodono- pensus, » in Hebræo ita ponitur cm calalath eloim thalui. Hæc verba Ebion ille hæresiarclies semichristia- uus, et semijudseus ita interprétâtes est, oti uêpiç ©sou 6 xpsj/.ài/.evoç, id est, « quia injuria Dei est suspensus. » Memini me in altercatione Jasonis et Papisci, quse Græco sermone conscripta est, ita reperisse : XoiSopfa ©eou 6 xpeuau.svoq, id est, « maledi ctio Dei qui appensus est. » Dicebotmihi Hebrseus qui me in Scripturis aliqua ex parte instituât qu d possit et ita Jegi : « quia contume- liose Deus suspensus est. Hæc idcirco congessimus, quia famosissima quæstio est, et nobis soleat a Judseis pro infamia objici, quocl Salvator noster et Dominus sub Dei fuerit mâledicto. Primum igilur intuendum est, quocl non quicumque iu ligno pependerit maledictus sit apncl Deum, sed qui peccaverit, et propter scelus morti fuerit adjudicatus sublatusqnè in crucem, non ideo maledictus quia crucifixus est, sed quia in talem inciderit reatum, ut meruerit crucifigi. Deinde illud opponendum, quod inferius causa patibuli plenius exponatur, Scriptura re- lerente, ob maledictum et blasphemiam Dei eum esse crucifixum. Quod aper.tius Symmachus transtulit, dicens : sor, avaient été attachés à une potence Dan. m aussi bien qu’Éléazar, ce vieillard nonagénaire qui mourut sous/Antiochus roi de Syrie, et cette mere héroïque avec ses sept fils, Il Mach. vii, les aurait-on regardés comme maudits, ou comme souverainement dignes de bénédiction? Certainement si Aman n’avait pas été attaché, comme il le méritait, au gibet qu’il avait préparé pour Mardochée, Esthèr vu, ce n’est pas comme maudit, mais comme un homme juste et saint que Mardochée y serait monté. Ces exemples et d’autres semblables prouvent abondamment que celui-là est maudit qui a commis un crime digne du supplice de la potence, non pas celui qui a été crucifié par l’iniquité des juges, par la puissance de ses ennemis, par les clameurs du peuple, par l’envie qu’excitent ses vertus ou par la colère du roi. Naboth a été autrefois, sur une lettre de Jézabel, condamné à mort par toute la ville de Jézraël III Rois xxi, mais son sang, figure de celui de Jésus-Christ est vengé bien des siècles après, lorsque le Seigneur dit à Osée : « Nommons-le Jézraël, car dans peu de temps, je tirerai vengeance du sang de Jézraël sur la maison de Jéhu, » Osée i, 4. Voilà ce que j’avais à dire contre les Juifs. Pour rentrer dans la discussion qui nous concerne, je ne puis savoir pourquoi l’Apôtre a ou ajouté ou ôté quel¬ que chose à ces paroles : « Maudit de Dieu tout homme qui est attaché à une potence, Deut. « quia propter bJasphemiam Dei suspensus est. » Ad ex- tremum infcerrogemus eos, si Ananias et Azarias et Mi- sael, nolentes adorare idolum Nabuchodonosor, fuissent in ligno suspensi Ban. m; Eleazarus quoque nonagena- rius sub Autiocho rege Syriæ, et cum septem filiis glorio- sa mater, utrum maledictos eos æstimaturi fuerint, II Mach. vu; an omni benedictione dignissimos? Certe si crucem quam Aman para ver at Mardochseo Esther vu, non ipse pro suo merito conscen disset, ‘puto Mardo- chæus in eam, non ut maledictus, sed ut vir sanctus ascenderet \Al. ascenderat]. His et cœteris simiJibus comprobantur ilium esse maledictum, qui dignum faci- nus patibnlo perpetrarit; non eum qui iniquitate judi- cum, et inimicorum potentia, vel clamore vulgi, aut vir- tutum invidia, aut regis ira fuerit crucifixus. Et Naboth [Al. Nabutham] quondam, ad Jezabel litteras, tota Je¬ zrael civitas morte damnavit, Il I Reg. xxi; sed sanguis ejus in typo Cbristi, multa post ssecula vindicatur, di- cente Domino ad Osee : « Voca nomen ejus Jezrael, quia adhuc modicum, et ulciscar sanguinem Jezrael su¬ per domum Jehu. » Osee i, 4. Hsçç afiversum Judpeos, 280 SAINT xi, 2* S’il a suivi l’autorité des Septante, il a dû, comme ils l’ont fait, ajouter le nom de Dieu. Si au contraire, comme étant hébreu d’origine, il regardait comme plus conforme à la vérité ce qu’il lisait dans le texte hébreu, il ne devait prendre ni le mot « tout, » ni ces autres : « à la potence, » qui ne sont pas dans l’hébreu. Je pense donc ou que les anciens exemplaires des hébreux n’étaient pas sur ce point ce qu’ils sont maintenant, ou que l’Apôtre, comme je l’ai déjà dit, a cité le sens plutôt que les paroles de l’Écriture, ou bien enfin, ce qui est plus vraisemblable, qu’après la passion du Christ, quelqu’un aura ajouté dans les exem¬ plaires hébreux comme dans les nôtres le nom de Dieu, pour nous couvrir d’infamie, nous qui croyons, dans le Christ maudit de Dieu. J’entre donc dans la lice avec' hardiesse, et je porte le défi qu’on trouve écrit dans aucun endroit des Écritures qu’un homme a été maudit de Dieu, et je soutiens que là où la malédiction est portée, jamais le nom de Dieu ne s'y trouve joint : « Tu seras maudit entre tous les animaux, » Gen. ni. 14, dit Dieu au serpent. Et à Adam : « La terre sera maudite dans ton crime, » Fbid. 17. Et à Caïn : « Tu seras maudit sur la terre, » Gen. iv, 11. Et ailleurs : « Que Chanaan soit maudit, qu’il soit l’esclave 'de ses frères, » Gen. rx, 25. Et encore dans un autre endroit : « Maudite soit leur fureur, Cæterum lit ad nos redeat disputatio, scire non possum quare apostolus in eo quod scriptum est : « Maledictus a Deo omnis qui pendet in ligno » Deut. xxi, 2, vel subtraxerit aliquid vel addiderit. Si enim semel auctori- tatem Septuaginta interpretum sequebatur, debuit, si- cut ab illis editum est, et Dei nomen adjungere. Sin . vero ut Hebræus ex Hebræis, id quod in sua lingua le- gerat, putabat esse verissimum, nec « omnis, » nec « in ligno, » quæ in Hebræononliabentur, àssumere[AZ. assu- meretj. Ex quo mihi videtur, aut veteres Hebræorum libros aliter habuisse, quam nunc habent; aut Aposto- lum ut ante jam dixi sensum Scripturarum posuisse, non verba ; aut quod magis est æstimandum, post passionem Christi, et in Hebræis et in nostris codicibus ab aliquo Dei nomen appositum, ut infamiam nobis inureret, qui in Christum maledictum a Deo credimus. Audaci itaque pede ad hoc procedo certamen, ,ut ad libros provoeem, nulJo loco scriptum, a Deo quemquam esse maledictum. et ubicumque maledictio ponitur, numquam Dei nomen adjunctum. « Maledictus tu ab omnibus bestiis » Genes. in, 14, dicitur ad serpentem. Et ad Adam : « Maledicta terra in operibus tuis » Ibid., 17. Et ad Gain : « Male- dietus tu. super terram » Gen, iv, 11. Et alibi : « Male- JÉROME r parce qu’elle a été audacieuse; maudite soit leur colère, parce qu’elle a été cruelle, » Gen. xux, 7. Il serait long d’énumérer ici toutes les malédic¬ tions contenues dans le Lévitique, dans le Deuté¬ ronome et dans le livre de Josué ; mais dans aucune d’elles, le nom de Dieu ne' se trouve ajouté. Cela est tellement vrai que Satan lui- même, lorsqu’il assurait que Job opprimé par de plus grandes souffrances se laisserait aller au blasphème, a pris le mot opposé pour l’exprimer, en disant : «S’il ne vous bénit enface, » Job. i, 11. Et dans le livre des Rois, il est dit que Naboth a été lapidé parco, qu’il a béni Dieu et le roi III Rois. xxr. Or personne ne doit s’étonner outré mesure que le Christ ait été fait malédiction pour nous, car Dieu : qui au témoignage de l’Apôtre, l’a fait malédiction, l’a fait lui-même péché, alors que le Christ ne connaissait pas le péché. Le Sau¬ veur qui sortait de la plénitude du Père s’ést anéanti, en prenant la forme d’esclave, la vie est morte, et la sagesse de Dieu a été traitée de folie? afin que ce qui paraît en Dieu folie fut plus sage que les hommes I Cor. 3. 25. Et dans le Psaume soixante-huit, le Christ dit en parlant de lui- même : « O Dieu ! vous connaissez ma folie, et mes péchés ne vous sont point inconnus, Ps. lxviiï) 7. Le déshonneur du Seigneur devient donc notre gloire. Il est mort afin de nous donner dictus Chanaan puer, famulus erit fratribus suis » Gen. ix, 25. Necnon et in alio loco : « Maledictus furor eo- rum, quia audax, et ira eorum, quia dura » Gen. xlix, 7. Longum est si universas raaledictiones, quæ in LevJ- tico, et in Deuteronomio, et in Jesu Nave scribuntur, enu- merem; et tamen in nulla earum, Dei nomen est addi- tum ; intantum ut etiam ipse Satanas, cum de Job polli- ceretur, quod si grandibus pressus fuisset angustiis, blas- phemaret, a meliori parte hoc significaverit,' dicens « Nisi te benedixerit in faciem. » Job i, 11. Et in Regno- rum libris, Naboth \Al. Nabutliam] propterea lapidatus refertur : « quia benedixerit Deum et regem, III Reg. xxi. Nullum autem debet movere quod Lhristus pro nobis maledictum factus sit, quia et Deus’ qui eum dicitur ie- cisse maledictum, ipse (cum nesciret Christus) peccatuin pro nobis eum peccatum fecit, et Salvator de plenitudine Patris exinanivit se, formam servi accipiens Philip, ii : vita mortua [Al. mortuus] est, sapientia Deffatuitasæst appellata, ut quod stultum erat Dei sapientius fieret ho<- minibus I Cor. i. Et in sexagesimo octavo psalmo de se loquitur : « Deus, tu scis insipientiam meam, et de- licta mea a te non sunt abscondita, Psal . lxviii, 7. In¬ juria itaque Domini, nostra gloria est. Ille mortuus est, COMMENTAIRES SUR I la vie. Il est descendu aux enfers afin que nous puissions monter au ciel. Il s’est fait insensé, pour que nous puissions devenir sagesse. Il s’est comme dépouillé de la pléni¬ tude 'et de la forme de Dieu pour que la pléni¬ tude de la divinité habitât eri nous, et que nous devinssions maîtres, d’esclaves que nous étions. Il a été attaché à l’arbre de la croix pour effacer ainsi par son crucifiement sur cet arbre le péché que nous avions commis sur l’arbre de la science dû bien et du mal. Sa croix a changé les eaux amères en douceur, et il a retiré du fond des eaux où elle était plongée, la hache qui était perdue et qui avait été dans le fleuve du Jourdain, IV Rois, vi, Enfin il s’est fait maudit, il s’est fait dis-je, car il ne l’était point de naissance, afin que les bénédictions promises à Abraham, fus¬ sent communiquées aux Gentils par lui et sous sa conduite, et qûè la promesse de l’Esprit-Saint fût accomplie en nous par la foi que nous avons en lui, ce que nous pouvons entendre de deux manières ou des dons spirituels des vertus ou de l’intelligence spirituelle des Écritures I Cor. ix. « Mes frères, (je parle à la manière des hommes), quand le testament d’un homme est ratifié, personne ne le rejette ou n’y ajoute. Or, les promesses ont . été faites à Abraham et à celui qui naîtrait de lui. Il ne dit pas : A ceux qui naîtront, comme parlant de plusieurs, mais comme d’ un seul: Et à celui qui naîtra de toi, c’est- ut nos viveremus. Ille descendit ad inferos, ut nos ascenderemus ad cœlum. Ille factus est stultitia, ut nos sapientia fieremus. Ille se de plenitudine et de forma Dei evacuavit, formam servi accipiens, ut in nobis habi- taret plenitudo divinitatis, et Domini fieremus e servis. Ille pependit in ligno, ut peccatum quod commiseramus in ligno scientiæ boni et mali, ligno deleret appensus. Grux ejus amaras aquas vertit in dulcem saporem, et securiin perditam, in profundumque demersam, missa in fluénta Jordanis levavit, IV Reg. vi. Ad postremum factus est ille maledictio, factus, inquam, non natus; ut benedictiones quæ promissæ fuerant Abrahæ, ipso auc- tore etprævio transferrentnr ad gentes, et spïritus re- promissip per fidem illius compleretur in nobis ; quam dupliciter debemus a'ccipere, aut in virtutura spirituali- bus donis, aut in Scripturaruin intelligentia spirituali I, Cor. ix, « Fratres, secundum hominem dico : tamen hominis testamentum co'nfirmatum nemo spernit, aut superordi- nat; Abrahæ dictæ sunt repromissiones, et semini ejus. Non dicit, et seminibus, quasi in multis, sed quasi in fÉPlTRE AUX GALATES 281 à-dire au Christ. Voici donc ce que je dis : Dieu ayant ratifié une alliance, la loi qui a été faite quatre cent trente ans après, ne la rend pas nulle au point d,e détruire la promesse. Car si c’est par la loi que l’héritage est donné, ce n’est pas en vertu de la promesse. Cependant c’est par la promesse que Dieu l’ a donné à Abraham . » L’Apôtre qui s’est fait tout à tous pour les sauver tous, qui s’est déclaré redevable aux Grecs et aux Bar¬ bares, aux sages et aux.insensés, s’est aussi rendu insensé pour les Galates qu’il venait d’appeler insensés. En effet, il n’emploie point ici les mêmes raisonnements que dans l’épître aux Romains, ils sont beaucoup plus simples, presque vulgaires et accessibles aux esprits les moins ouverts. Et afin qu’on n’attribuât pas à l’ignorance ce qu’il faisait ici de dessein prémédité, il se rend d’abord favorable l’esprit du lecteur,fVet il adou¬ cit ce qu’il doit dire par ce préambule : « Mes frères, je parle à la manière des hommes, » car ce que je dois dire, je ne le dis pas selon Dieu, je ne le dis pas selon la sagesse qui a été cachée, et pour ceux qui peuvent se nourrir d’aliments substantiels, mais pour ceux qui, à cause de la faiblesse de leur estomac, ne peuvent encore se nourrir que de lait, et ne sont pas encore capables d’entendre les vérités plus élevées, I Cor . v. C’est ainsi qu’écrivant aux Corin¬ thiens, chez qui c’était un bruit constant qu’il se commettait des impudicités, et de telles impudi- uno, et semini tuo, qui est Christus. Hoc autem dico' testamentum confirmatum a Deo, quæ post quadringen- tos et trigiuta annos facta est Lex, non irritum facit ad evacuândam repromissionem, quia si ex Lege bæreditas, jam non ex promissione, Abrahæ autem per promissio- nem dohavit Deus » Àpostolus, qui omnibus omnia fac¬ tus est, ut omnes lucrifaceret, debitor Græcis ac Barba- riSjSapientibus elinsipientibus, Galatis quoque qfuos paulo ante stultos dixerat, factus est stultus.Non enim ad eos bis usus est arguments quibus ad Romanos, sed simplicio- ribus ; et quæ stulti possent intelligere, et pene de trivio. Quod ne videretur imperitia et non arte fecisse, prud en- tem plaçât ante lectorem et qoæ dicturus est, temperat præfatione præmissa : « Fratres, secundum hominem dico, » Quod enim dicturus sum, non dico secundum Deuin, non dico secundum reconditam sapientiam, et \eos qui solido possunt vesci cibo, sed secundum eos qui ob tene.ritudinem'stomachi lacteo rore pascuntur, et ne- quaquam valent audire quæ grandia sunt I, Cor. v. Uncle et ad Gorinthios in quibus audiebatur fornicatio, eFhalis fornicatio quæ ne inter gentes quidem, ait : « Ego SAINT JEROME 282 oités qu’^1 n’en est pas de semblables parmi les païens, il leur dit : C'est moi qui parle, ce n’est pas le Seigneur, I Cor. vu, 12. Et dans la seconde épître qu’il leur écrit : « Ce que je dis, je ne le dis pas selon Dieu, mais c’est une folie, » IL Cor . xi, 17. Il en est qui pensent que l’Apôtre s’exprime ainsi : Mes frères, je parle à la manière des hommes, parce qu’il va parler du testament que font les hommes, de la mort du testateur, et d’autres exemples empruntés à ce que font les hommes. Quant à moi, je crois que saint Paul emploie cette locution et pour la raison qu’ils donnent, mais surtout à cause de ce qui suit : « IL ne dit pas : A ceux qui naîtront, comme parlant de plusieurs, mais comme d’un seul : Et à celui qui naî,tra de toi, c’est-à-dire au Christ. » En parcourant toutes les Écritures, par l'a pensée et .de mémoire, je n’ai jamais ren¬ contré le mot semence au pluriel; mais soit en bonne, soit en mauvaise part, je l’ai toujours trou¬ vé au singulier. De même encore pour les paroles qui suivent : « Voici donc ce que je dis : Dieu ayant ratifié une alliance. » Si quelqu’un examine attentivement le texte hébreu et compare les autres éditions avec la version des Septante, il trouvera que là où se trouve le mot testamen - tum, ce mot ne signifie pas testament, mais alliance, en hébreu bèrith . Il est donc évident que l’Apôtre a fait ce qu’il a promis, et qu’en s’adres¬ sant aux Galates, il fait usage non pas de pen- dico, et non Dominus »I Cor. vu, 12. Et ad eosdem in sècunda : « Quod loquor, non secundum Dominum lo¬ quor, sed quasi in insipientia II Cor. xi, 17. Putant aliqui quod de testamento hominis, et de testatoris, mor¬ te, et cæterishumanæsimilitudinis disputaturus exemplis, dixerit : « Fratres, secundum hominem dico : » mihi autem videtur, et propter hoc quidem quod illi ai’bi- trantur, sed maxime propter illud quod sequitur esse præmissum [Aï. promissum, id est : « Non dicit, et semi- nibus, quasi inmultis, sed quasi in uno, et semini tuo, qui est Christus. » Omnes scripturas sensu ac memo- ria peragrans, numquam plnrali numéro semina scripta reperi, sed sive in bonam partem, sive in malam, sem- per in singulari numéro. Necnon et illud quod infert : * Hoc autem dico testamentum confirmatum a Deo, » si quis diligenter Hebræa volumina, etcreteraseditiones cum Septuaginta interpretumtranslatione contulerit,inveniet ubi testamentum scriptum est, » non « testamentum » sonare, sed « pactum, » quod Hebræo sermone dicitur beiuth. Unde manVestum est, id fecisse Apostolum quod promisit, nec reconditis ad Galatas u.sum esse séos profondes et relevées, mais dépensées ordi¬ naires, communes, et qui sans ce. préambule : « je parle à la manière des hommes » eussent pû choquer les esprits sages. Il faut ici compter les années qui se sont écoulées depuis le temps où le Seigneur dit à Abraham : « Toutes les nations seront bénies dans celui qui naîtra de toi, » Gen< xxm, 18, jusqu’au législateur Moïse. S’est-il écoulé quatre cents ans, ou com¬ ment le Seigneur promet-il à Abraham qu’après quatre cents ans, ses enfants sortiront de la terre de servitude. Ce n’est pas une questionne peu d’importance, elle a été l’objet de beaucoup de recherches, et je ne sais si la solution en a été trouvée. Ce que nous lisons encore dans le même livre de Thamar et de ses deux enfants Gen. xxxvin, 27, 30, dont l’un, le premier, qui s’appelait Zara, présenta sa main à laquelle la sage-femme mit un ruban d’écarlate, et la retira ensuite, et dont l’autre, le second, qui fut nommé Pharès, présenta la main à son tour, s’applique au fait qui nous occupe, c’est-à- dire qu’Israël a montré sa main dans les œuvres, de la loi et l’a retirée après l’avoir souillée dans le sang des prophètes et du Sauveur lui-même. Ensuite on vit sortir le peuple des Gentils, pour lequel l’Écriture dit souvent que la muraille qui séparait les Juifs des Gentils a été détruite et renversée, afin qu’il n’y eût qu’un seul troupeau et un seul pasteur, et que la gloire, l’honneur et sensibus,sed quotidianis, et vilibus, et quæ possent (nisi præmisisset, « secundum hominem dico ) prudentibus displicere. Supputandi in hoc loco anni ab eo tempore quo Dominus ad Abraham locutus est, dicens : « Et m semine tuo benedicentur omnes gentes » Genes. xxm, 18, usque ad legislatorem Moysen ; utrum quadringenti triginta sint, vel quomodo in Genesi ipsi Abrahæ Domi¬ nus polliceatur, quod post quadringentos annos de terra servitutis hlii ejus exituri sint. Non enim parva res est, et a multis quæsita, nescio an ab aliquo sit inventa. Illud etiam quod in eodem libro de Thamar et duobus ejus parvulis legitur Genes. xxxvm, quod scilicet primus qui dicitur Zara, misent jooanum suam, et obstetrix liga- verit ei coccinum, et dehinc illo manum intvinsecus retrahente, manum posterior, qui Phares vocatur, porrexerit, præsenti loco congruit, quod ostenderit Israël in Legis opéré manum suam, et eam prophetaruin, et ipsius Sah’toris pollutam cruore contraxerit. Postea vero prornperit populus Gentium, propter quem dicitur sœpius esse destructa, et médius paries qui inter Judæos et Gentiles fuerat dissipa tus, ut fier et unus grex COMMENTAIRES SUR ] la paix fussent le partage de tout homme qui fait le bien, le Juif premièrement et puis le Gentil. Le sens qui résulte ici' de l’enchaînement des paroles de l’Apôtre a pour fin de nous enseigner que la loi qui a été donnée après les promesses n’a pu rendre nulles les promesses faites bien avant à Abraham; que ce qui est venu en second lieu n’a pu préjudicier à ce qui était plus ancien, puisque Dieu avait promis à Abraham quatre cents ans auparavant que toutes les nations de la terre seraient bénies en lui; et qu’au contraire, l’observation de la loi qui pro¬ mettait àceuxquilapratiqueraient qu’ils y trouve¬ raient la vie, fut donnée à Moïse sur le mont S inaï, quatre cents ans plus tard. Mais on pouvait faire ici cette objection : . quelle nécessité donc de donner la loi tant d’années après la promesse, alors que la promulgation de la loi pouvait faire naître le soupçon que la promesse était annulée, ou que la promesse subsistant, la loi donnée ne gérait d’aucune utilité? L’Apôtre a prévu cette objection, il se la propose et la résoud dans ce qui suit. « Pourquoi donc la loi? Elle a été établie à cause des transgressions jusqu’à ce que vînt le rejeton pour lequel Dieu avait fait la promesse; et ce sont les anges qui l’ont donnée par l’entre¬ mise d’un médiateur. Or, le médiateur n’est pas pour un seul, et Dieu est seul. » Si la promesse faite à Abraham subsistait, la loi donnée ensuite et unus pastor, et esset gloria,et honor, et pas omni opéra nti bonum, Judæo primura et Græco. Simplex autera sensus qui in hoc loco texitur hanc vim habet, ut doceat Apostolus, non posse per Legem, quæ postea data est, repromissiones quæ ante factæ sunt ad Abraham destrui, et posteriora prioribus præjudicare, cum repromissiones ad Abraham ante quadringentos triginta annos datæ sint, quod benedicerentur in illo universæ nationes. Legis autem observatio, quod qui feçisset eam,viveret in ea,post quadringentos triginta. annos Mo y si data sit in monte Sina. Econtrario hic dici poterat: Quid ergo necesse fuit Legem post tantum tempus repromissionis dari, cum et data Lege, suspicio destructæ sponsionis potuerit [A l. putaverit] oboriri, et inanente repromissione non profu- tura Lex data sit?’Quam prævidens Apostolus quæstio- nem, in sequei\tibus ipsesibi proponit et explicat, dicens: « Quid igitur? Lex propter transgressiones posita est, doiiec veniret semen cui promissum erat; ordinata per angelos in manu mediatoris, mediator autem unius non est, Deus autem unus est. » Quia mauente repromissione, quæ facta fuerat ad Abraham*. Les postea data per ;ÉPITRE AUX GALATES 283 par Moïse paraissait inutile, l’Apôtre explique donc pourquoi elle fut établie :« C’est à cause des transgressions. » Elle fut donnée en effet après, quelepeuplese fut rendu coupable dans le désert, après l’adoration du veau d’or, après les mur¬ mures contre le Seigneur. La loi succéda à la promesse pour i s’opposer aux transgressions. « Car la loi n’est point établie pour le juste, mais pour les mjustes, les rebelles, les impies, . les pécheurs. » I Tim. i, 9. Et pour remonter plus haut, après l’idolâtrie à laquelle les Israé¬ lites s’étaient abandonnés dans l’Égypte, au point d’oublier le Dieu de leurs pères, et de dire ensuite : « Voici tes dieux, Israël, qui t’ont fait sortir de la terre d’Égypte, » tout ce qui con¬ cerne le culte de Dieu, et le châtiment à infliger aux transgresseurs fut réglé par la main du médiateur, le Christ Jésus. Car tout a été fait par lui, et rien n’a été fait sans lui, non seulement le ciel, la terre, la mer et tout ce que nous voyons, mais aussi ces prescriptions que Moïse imposa comme un joug à ce peuple à la tête dure, Jean i. L’Apôtre, dans son épître à Timo¬ thée, dit aussi : « 11 n’y a qu’un seul Dieu, un seul médiateur, entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, Tim. n, 5. Après que Jésus-Christ homme médiateur entre Dieu et les hommes, eut daigné prendre naissance du sein d’une Vierge, il reçut le nom d’arbitre. Avant qu’il prît un corps sem- blable au nôtre, alors qu’il était au commence- Moysen frustra videbatur ilia ta, cur data sit explicat : « propter transgressiones, » inquit. Post offensam enira in eremo populi, post adoratum vitulum, et murmur in Domiuum, Lex transgressiones prohibitura successit. « Justo quippe lex non est posita, iniquis autem et non subjectis, impiis et peccatoribus » I Tim. n. 9; et ut altius repetam, post idololatriam , cui in /Egypte fuerant mancipati, ita ut Deum patrum suorum obliviscerentur, et deinceps dicerent : « Isti sunt dii tui, Israël, qui edu- xerunt te de terra Ægypû, » ritus colendi Deum et de- linquentium pœna sancita est in manu mediatoris Christi Jesu, quia omnia per ipsum facta sunt, et sine ipso factum est nihi), non solum cœlum, terra, mare et uni- ver sa quæ cernimus, sed etiam ilia quæ per Moysen duro populo quasi jugum Legis imposita sunt Joan. î. Scribitur et ad Timotheum: « Unus enim Deus, unus et mediator Dei et hominum, homo Christus Jésus » I, Tim. n, 5. Postquam ob nostram salutem de Vjrginis utero dignatus est nasci mediator Dei et hominum homo Christus Jésus, sequester est d ictus. Antequam wo humanum corpus assumeret, et esset apud Patrem 284 SAINT JÉROME ment Dieu le Verbe dans le sein de son Père, il est appelé simplement médiateur sans qu’il soit fait mention de la nature humaine qu’il ne s’était pas encore unie, à l’égard de tous les saints auxquels la parole de Dieu est adressée, Énoch, Noé, Abraham, Isaac et Jacob, et ensuite Moïse et tous les prophètes dont parle l’Écriture... Quant à ces paroles : « La loi a été donnée par les anges, » l’Apôtre veut dire que toutes les fois que dans l’Ancien Testament, nous voyons paraître un ange et que l’auteur sacré fait ensuite parler Dieu, c’est vraiment un des anges choisi dans la multitude de ces esprits célestes, mais c’est le médiateur qui parle par sa bouche et dit : « Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, » ExocL. iri, 6. Et il n’y a rien d’éton- nant que Pieu parle dans la personne des anges, puisqu’il parle également par les anges qui sont dans les hommes, dans les prophètes, par exemple, ainsi que le dit Zacharie : « Et l’ange qui parlait en moi dit;Zac/i. n, 3; et il ajoute ensuite : « Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant. » En effet, jamais l’ange qui était dans les prophètes, au 'témoignage de l’Écriture, n’aurait osé dire en parlant de lui-même : « Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant. » Par la main du médiateur, nous devons entendre sa'puis- sance, et sa vertu. Considéré dans sa nature divine, il est un avec son Père; dans l’office de médiateur qu’il remplit, il est distinct du Père. in principio Deus Verbum, ad omnes sanctos ad quoa factus est sermo Dei, Enoch videlicet, Noe, Abraham, Isaac, et Jacob, et postea Moysen et cunctos Prophetas, quos Scriptura commémorât, sine additamento hominis, quem necdum assumpserat, mediator tantuminodo nuncupatur. Quod autem ait : « Lex ordinata per an- gelos, » hoc vult intelligi, quod in omni veteri Testa- mento, ubi angélus primum visus refertur, et postea quasi Deus loquens inducitur. Angélus quidem vere ex minjstris pluribus quicuraque sit visus, sed in illo me¬ diator loquatur qui dicat : « Ego sum Deus Abraham, Deus Isaac, et Deus Jacob » Exod. ni, 6. Nec mirum si Deus loquatur in angelis, cum etiam per angelos qui in hominibus sunt, loquatur Deus in prophetis, dicente Zacharia : « Et ait angélus qui loquebatur in me» Zach . n, 3; ac deinceps inferente : « Hæc dicit Do- minus omnipotens. » Neque enim angélus qui esse dic- tus fuerat in propheta, ex sua persona aude^at loqui :s « I-Iœc dicit Dominus omnipotens. Manum mediatoris, potentiam et virtutem ejus debemus accipire. Qui cum secundum Deum, unum sit ipse cum Pâtre, secunduifr Comme l’ordre des pensées a été confondu et troublé par un hyperbate, voici selon moi l’ordre dans lequel il faut lire : La loi a été don¬ née par les anges, par l’entremise d’un média¬ teur, à cause des transgressions, jusqu’à ce que vînt le rejeton à qui les promesses avaient été faites. Or, ce rejeton ost sans aucun doute Jésus-Christ, que saint Matthieu en commençant son Évangile, déclare être le fils d’Abraham : « Livre de la génération de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham. » « La loi est-elle donc contraire aux promesses de Dieu? Nullement; car si nous avions reçu une loi qui pût donner la vie, il serait vrai de dire que la justice viendrait de la loi. Mais l’Écriture a tout renfermé dans le péché, afin que ce que Dieu avait promis fût donné par la foi en Jésus-Christ à ceux qui croiraient. Or, avant que la foi fût venue, nous étions sous la garde de la loi qui nous tenait renfermés, en attendant cette foi qui devait être révélée. » De même que le médiateur de Dieu et des hommes, fut l’intermédiaire entre celui qui donna la loi et celui qui la reçut; ainsi la loi qui fut donnée après la promesse, vint se placer comme intermédiaire entre la promesse et son accom¬ plissement. Et il ne faut pas croire qu'elle annulle la promesse, parce que, venant après, elle paraît détruire la promesse qui l’a précédée. Mais, par là même qu’elle n'a pu donner ni la mediatoris officium alias ah eo intelligitur. Quia vero lectionis ordo confusus est, et hyperbato perturbatur, sic nobis reddendus videtur : Lex’posita est per angelos in manu mediatoris propter trangressiones ordinata per angelos, donec veniret semen cui repromissum erat. Semen autem haud dubium quin Christ um gignificet, qui ex Matthæi quoque principio comprobatur . esse filius Abraham, Scriptura refe rente : « Liber generationis Jesu Christi lilii David, filii Abraham. » « Lex ergo adversus promissa Dei? Absit. Si1 enim data esset Lex quæ posset vivificare, vere ex Lege esset justitia. Sed conclusit Scriptura omnia sub peccato, ut promissio ex Me Jesu Christi daretur credentibus. Prius autem quam veniret Mes, sub lege custodiebamur, con- clusi in eam Mem quæ revelanda eràt. » Sicut mediator Dei et hominum, inter dantem et accipientem Legem médius fuit. : ita Lex ipsa, quæ post repromissionem data est, inter repromissionem et completionem ejus media subrepsit. Quæ non idcirco arbitranda est pro- missionem exoludere, quia postea subsecuta eam, quæ prius fuit, videtur abolere; sed ex eo quod non COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GÂLATES vie, ni ce que contenait la promesse, il est évi¬ dent qu’elle a été donnée pour garder la pro¬ messe et non pour la détruire. Si en effet, la loi qui fut promulguée pouvait donner la vie, et accomplir tout ce que renfermait la promesse, on pourrait dire que la promesse a été annulléepar la loi. Mais comme elle est établie à cause des transgressions, ainsi que nous l'avons dit, elle reprend avec d’autant plus de force les pécheurs auxquels elle a été donnée avec la promesse pour les garder, et comme pour les emprisonner, c’est-à-dire que n’ayant pas voulu attendre l’effet de la promesse dans l’innocence par l’usage du bon arbitre, ils étaient enchaînés par les liens des prescriptions légales, réduits sous la servi¬ tude des commandements, et gardés pour l’avè¬ nement de la foi future en Jésus-Christ par laquelle la promesse devait recevoir son accom¬ plissement. Et ne croyons pas que l’Écriture soit l'auteur du péché, parce qu’elle est représentée comme ayant tout renfermé dans le péché; car le commandement fait en vertu d’un droit légi¬ time fait connaître et condamner bien plutôt le péché qu’il n’en est la cause. C’est ainsi que le juge n'est pas l’auteur du crime lorsqu’il fait enchaîner les scélérats, mais il les renferme et les déclare coupables en vertu de son autorité, sauf à user ensuite d’indulgence en leur faisant grâce de la peine capitale qu’ils ont méritée. Ainsi la loi a été notre pédagogue dans le Christ, potuit vivificare, nec id tribuere quod repromissio prima pollicita est, manifestum est in cnstodiam eam repromis- sionis, non in snbversionem datam. Si enim data esset Lex quæ posset præstare vitam, et id quod repromissio spoponderatexhihere, verepromissio per Legem putaretur exclusa. Nunc autem propter transgressiones, ut supra dixiinus, posita, magis arguit eos peccatores, quibus post repromis s ionem in custodiam, et ut ita dicam, in carce- rem data est, ut quia per arbitrii libertatem noluerant innocentes exspectare promissum, legalibus vinculis præpeditf et in servitutem mandatorum redacti, custo- direntur in adventum futuræ in Christo jidei, quæ finem repromissionis afferret. Nec vero æstimandum Scripturam auctorem esse peccati, quia omnia sub peccato conclu- sisse dicatur, cum mandatum quod ex jure præcipitur, ostendat potius arguatque peccatum, quam sit causa peccati. Quomodo et judex non est auctor sceleris, ne- quara , hommes vineiendo : sed concludit eos, et nocentes 285 pour que nous fussions justifiés par la foi. Mais la foi étant venue, nous ne sommes plus sous le pédagogue. Car vous êtes tous enfants de Dieu par la foi qui est dans le Christ Jéàus. On donne un pédagogue aux enfants pour refréner la viva¬ cité pétulante de leur âge, retenir leurs cœurs portés vers le vice par les études auxquelles on applique leur enfance, et en les préparant par la crainte du châtiment aux études plus élevées de la philosophie et du gouvernement de la chose publique. Cependant, le pédagogue n’est ni le maître, ni le père de l’enfant; son élève n’attend ni l’héritage ni la science de celui qui l’instruit, mais le pédagogue a la garde d’un enfant qui lui est étranger, et dont il doit se séparer lorsque cet enfant sera parvenu à l’âge légal pour entrer en possession de son héritage. C’est du reste ce que signifie le nom de pédagogue, composé de deux mots qui veulent dire faire avancer, conduire les enfants. La loi de Moïse a donc été donnée comme un pédagogue sévère à ce peuple sans retenue, pour le garder, et le préparer à la foi future qui, dès qu’elle fut venue, et que nous eûmes cru en Jésus-Christ, nous affranchit du pédagogue aussi bien que du tuteur et du curateur qui cessent d’être près de nous; parvenus à l’âge légal de la majorité, nous recevons le nom de fils de Dieu pour lequel nous sommes engendrés non par la loi qui est abrogée, mais par notre mère la foi qui est dans le Christ Jésus. Or, si quel- fide justificaremur. At ubi venit Mes, jam non sub pæ- dagogo sumus. Omnes enim filiï Dei estis per fidem, quæ est in Christo Jesu. » Pædagogus parvulis assigna- tur, utlasciviens refrenetur ætas, etprona in vitia corda teneantur, dum tenera studiis eruditur infantia, et ad majores philosophiæ ac regendæ reipublicæ disciplinas, metu pœnæ coercita præparatur. Non tamen pædagogus magister et pater est, nec hæreditatem et scientiam pædagogi is qui eruditur, exspectat; sed alienum cus- todit hlium pædagogus, ab eo postquam ille ad legiti- mum capiendæ hæreditatis tempus advenerit, recessurus. Denique et nomen pædagogi hoc ipsum sonat, et est compositum ab eo quod pueros agat,id est, ductet.Itaque et Moysi lex, populo lascivienti, ad instar pædagogi se- veriorisapposita est, ut custodireteos, etfuturæ Meipræ- pararet, quæ postquam venit et credidimus in Christum, jam non sumus sub pædagogo, tutor a nobis curatorque discedunt, et legitimum ætatis tempus ineuntes, veri Dei hlii nominamur, qui nos générât, non Lex abolita, sed mater JFides, quæ est in Christo Jesu. Quod si quis sententiæ suæ auctoritate pronuutiat, ut debitos pœnæ indulgentia postea si voluerit, princfpalis absolvat. « Itaque Lex pædagogus nostev fuit in Christo, ut ex post consummatum ætatis, suæ tempus, quando jam i 286 SAINT qu’un., après qu’il est parvenu à l’âge de la majo¬ rité,, après qu’il est devenu héritier libre, et qu’il porte le nom de fils, veut être encore sous le pédagogue, qu’il sache qu’il ne peut plus vivre soumis aux lois de son enfance. Dans quel endroit peut s’accomplir cette prescription : « Trois fois dans l’année, tous les mâles paraî¬ tront en la présence du Seigneur votre Dieu, » Exod. xxin. Maintenant que Jérusalem est détruite, et le temple réduit en cendres, où sont les victimes salutaires pour le péché? Où est ce feu des holocaustes brûlant perpétuellement à l’imitation des astres célestes maintenant que l’autel est entièrement détruit. Quel châtiment pourront-ils prononcer contre les coupables, selon le précepte de l’Écriture : « Vous ôterez le mal du milieu de vous, » Dent: xm. 5, mainte¬ nant que les Juifs sont esclaves sous le sceptre des Romains? Ainsi arrivera-t-il qu’ils ne vivront ni sous l’autorité du père, ni sous celle du péda¬ gogue, puisque la loi ne peut plus être accom¬ plie après que là foi a pris sa place, et qu’on ne peut vivre sous le règne de la foi, tant qu’on désire la loi pour pédagogue. « Car tous vous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez été revêtus du Christ. Il n’y a plus ni Juif, ni Grec, plus d’esclave, ni de libre, plus d’homme ni de femme, car vous n’êtes tous qu’une seule chose dans le Christ Jésus. » Com¬ ment nous naissons fils de Dieu par la foi qui JÉROME est dans le Christ Jésus, l’Apôtre nous l’ensei¬ gne lorsqu’il dit : « Vous tous qui avez été baptisés dans le. Christ, vous avez été revêtus du Christ. » Que le Christ soit un vêtement, c’est ce que prouve non seulement ce passage, mais cet autre du même Apôtre, adressant aux Romains cette exhortation : « Revêtez-vous de Notre- Seigneur Jésus-Christ, » Num. xm, 14. Si donc ceux qui ont été baptisés en Jésus-Christ ont revêtu le Christ, il est évident que ceux qui n’ont point revêtu le Christ n’ont pas été bapti¬ sés dans le Christ. Car c’est à ceux qui se croyaient fidèles et qui pensaient avoir reçu le baptême du Christ qu’il est dit : Revêtez-vous de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Celui qui n’a reçu que ce baptême corporel et qui peut être aperçu des yeux de la chair ne s’est point revêtu de Jésus- Christ. Ainsi par exemple, Simon dont il est parlé dans le livre des Actes, avait reçu le bap^ tême d’eau, mais comme il n’avait pas l’Esprit- Saint, il n’avait pas revêtu le Christ, Act. vin. Il en est de même des hérétiques ou des hypocrites et de ceux dont la vie est souillée par le péché, ils paraissent recevoir le baptême, mais je ne sais s’ils ont le vêtement du Christ. Considérons donc s’il ne s’en trouverait point parmi nops qui, n’ayant point le Christ pour vêtement, serait convaincu par là de n’avoir pas été baptisé dans le Christ. Maintenant, lorsqu’un chrétien a une fois revêtu le Christ, et que jeté dans la flamme, hæres et liber et filius appellatur, voluerit esse sub pæ- dagogo, sciât se non posse legibus parvuli vivere. Ubi enim nunc compleri potest illud: « Ter in anno appa- rebit ^mne masculinum tuum in conspectu Domini Dei ,tui » Ebcod. xxiii, 17, subversa Jérusalem, et templo usque ad cineres dissipato? Ubi salutares et propeccato hostiæ? Ubi ad simulacrum eœlestium siderum, holo- caustorum æternus ignis, altari omnino destrncto? Noxiis vero quæ poterit pœna decerni, Scriptura dicente: « Aüferetis maluni de medio vestrum » Deut, xirr, 5, servientibus Judæis, et Romanis regnantibus? Atque ita fiet, ut nec sub pâtre, nec sub pædagogo vivant; dum et Lex impleri non potest post successionem fidei, et ûdes dum pædagoga Lex appetitur, non tenetur. « Quicumque enim in Christo baptizati estis, Christum induistis. Non est Judæus, neque Græcus. Non estservus, neque liber. Non est masculus, neque femina. Omnes enim vos unum estis in, Christo Jesu, » QuornodoFilii per fidem, quæ est in Christo Jesu, nascamur, ostendit dicens: « Quicumque enim in Christo baptizati estis, Cbristum induistis. » Quod autem Cbristus sit indiimenr tum, non solum de præsenti loco verum etiam de aliocom- probatur, Paulo eodem cohortante : « Induite vos Dominum Jesum Christum » Rom . xnr, 14. Si igitur qui in Christo baptizati sunt', Chri stum inrluërunt, manifestum est eos qui non sunt induti Christum, non fuisse baptizatos in Christo. Ad eos enim qui fidele^ et baptisma Christi consecuti putabantur, dictum est : Induite vos Dominum Jesum Christum. Si quis hoc corporeum et quod oculiscamis aspicitur, aqnæ tantum accipit lavacrum, non est indutus Dominum Jesum Christum. Nam et Simon ille de Actihus apostolorum acceperat lavacrum aquæ; verum quia sanctum Spiritnm non habebat, indutus non erat Christum Actor. vin. Et hæreticia vel hypocritæ, et }ii qui sordide victitant, videntur quidém accipere baptismtim, sed nescio an Christi habeant indumentum. Itaque consideremus ne forte et in nobis aliquis deprehendatur, qui ex eo quod Christi non habet indumentum, arguatur non baptizatus in Christo. Cum autem quis seme] Christum indutus fuerit, et missus in flammam, Spiritus sancti nrdore canduerit, non intelligitur aitrnrn sit an argen- COMMENTAIRES SUR L EPITRE AUX GALATES 287 il rougit à blanc dans los ardeurs de l’Esprit- Saint, on ne distingue plus si c’est de l’or ou de l’argent. Tant que la chaleur pénètre la masse, il n’y a qu’une seule couleur de feu, et toute différence de race, de condition et de corps disparaît sous cette enveloppe ; car il n’y a ici ni Juif, ni Grec. Sous le nom de Grec nous devons comprendre le Gentil, parce que le mot grec " EXXïjv, signifie à la fois Grec et Gentil/ Ainsi lo Juif n’est pas meilleur, par cela seul qu’il est circoncis.; le Gentil n’est pas plus mau¬ vais parce qu’il est incirconcis; c’est par la qua¬ lité, de leur foi seule que l’un et l’autre est bon ou mauvais. L’esclave et l’affranchi eux-mêmes ne sont pas séparés par leur condition, mais par la foi; ainsi un esclave peut être meilleur qu’un affranchi, et un affranchi devancer un esclave par la perfection de sa foi. Il en est de même d’un homme et d’une femme, ils diffèrent par la force et la faiblesse de leurs corps ; mais la foi s’estime d’après le sentiment religieux de l’âme, -et il arrive souvent que la femme devient une cause de salut pour son mari, et que l’homme soit supérieur à sa femme sous le rapport reli¬ gieux. Puis donc qu’il en est ainsi, et que .toute la différence de race, de condition, de corps disparaît par le baptême sous le vêtement du Christ, nous sommes tous dans le Christ Jésus; et comme le Père et le Fils sont un en eux, ainsi nous sommes un en nous tous. tu'm. Quamdiu calor massam sic possidet, unus igneus Oolor est, et omnis diversitas generis, condilionis et corporum ‘aufertur istius modi vestimento. Non est enim Judæus, neque Græcus. Pro Græco Gentilem acçipere debemus,quia ’EXXyjv et Græcuni et Ethnicum utruinque significat. Nec Judæus idcirco raelior est, quia cn’cumcisus est; nec Geutilis ideo deterior, quia præputium habet; sed pro qualitate fidei, vel Judæus, vel Græcus melior, sivo deterior est. Servus quoque et liber, non conditions separantur, sed fide, quia .potest et servus libero esse meiior, et liben ' servumin fidei qualitate prævertere. Masculussimiliter et lemina, fortitudine et imbecillitate corporum separan¬ tur. Cæterurn Mes pro mentis devotione censetur, et sçepe evenit ut et millier viro causa salutis fiat, et mulierem vir in religîone præcedat. Cum autem ita s ù res babeat, et tota diversitas generis, condition is et corporum, Ghristi baptismate, et indumento illius aufe- ratur, omnes unum sumus in Ghristo Jesu, ut quorno- do, Pater et.Filius in se unum sunt, ita et nos in ipsis unum ôimus. « Et si vous ôtes tous au Christ, vous êtes donc la postérité d’Abraham, héritière selon sa promesse. » Comme les promesses ont été faites à Abraham et à celui qui devait naître de lui, c’est-à-dire au Christ, par une conséquence nécessaire, ceux qui sont enfants du Christ, c’est- à-dire qui sont nés de lui, sont aussi la postérité d’Abraham, ils sont nés de celui qui est né de lui. Mais toutes les fois que Notre-Seigneur Jésus est appelé la race d’Abraham, il faut l’entendre dans ce sens corporel qu’il est engendré de la race d’Abraham. Mais toutes les fois qu'après avoir reÿu la parole du Sauveur nous avons cru en lui, et que nous sommes devenus participants de la race d’Abraham à qui la promesse a été faite, nous devons alors rece¬ voir spirituellement la semence de la foi et de la prédication. Il faut encore remarquer que lorsque l’Apôtre parle du Seigneur : « Or, les promesses ont été faites à Abraham et à Celui qui naîtrait de lui, c’est au Christ JésuvS, il met les promesses au pluriel. Mais quand il parle de ceux qui sont la race d’Abraham par le Christ, la promesse est mise au singulier comme dans cet endroit : « Vous êtes donc la postérité d’Abraham, héritiers selon la promesse; » Il était convenable en effet que ce qui était dit au pluriel pour le Christ seul, fut mis au singulier lorsqu’il s’agissait d’un grand nombre d’hommes. « Si autem vos Chpsti, ergo Abrahæ semen estis, secundum promLsionem hæredes. » Quia repromissiones ad Abraham et ad semen ejus factæ sunt, quod est Christus Jésus, consequenter lii qui Christi filii, id est, semen ejus sunt, semen quoque dicuntur Abraham, cujus sunt semen ex semine: Verum quotiescumque Dominus ncster Jésus semen Abrahæ nominatur, cor- poraliter sentiendum est, quod ex ejus stirpe generetur. Quoties autem nos, qui Salvatoris sermone suscepto, credidimus in eum, et nobilitatem generis Abrahæ, ad quem est promissio . facta, suscepimus, tune spiri¬ tualité!' semen fidei et prædicationis accipere debemus. Deinde etiam hoc considerandum, quod. quando de Domino loquitur : « Abrahæ autem dictæ sunt promis¬ sions et semini ejus, » hoc est; Christo Jesu, repro¬ missiones pluraliter ponat. Quando vero de lus qui per Christum semen sunt Abrahæ, singulariter repromissio nuncupetur, ut in præsenti loco : « Ergo Abrahæ semen estis, secundum promissionem hæredes.» Decens quippe erat ut quod in Christo uno pluraliter dicebaturid in multis hominibus singulariter poneretur. Sequilur ; 288 SAINT JEROME CHAPITRE IV. « Je dis de plus : Tant que l'héritier est enfant, il ne diffère point d’un serviteur, quoi¬ qu’il soit maître de tout, mais il est sous des tuteurs et des curateurs jusqu’au temps marqué par son père. » Cet héritier encore enfant qui ne diffère point d’un serviteur tout en étant le maître de tout, qui est sous des tuteurs et des curateurs jusqu’au temps marqué par son père, c’est le genre humain tout entier jusqu’à l’avè¬ nement du Christ; et pour donner à ma pensée toute son étendue, jusqu’à la consommation du monde. De même en effet, que tous meurent avant même d’être nés dans Adam, notre pre¬ mier père, ainsi tous, même ceux qui sont nés avant l’avènement du Christ, sont vivifiés dans le second Adam. Ainsi arrive-t-il que nous avons été les serviteurs de la loi dans la per¬ sonne de nos pères; et que ceux-ci sont sau¬ vés par la grâce dans leurs enfants. Cette inter¬ prétation est digne de l’Église catholique qui reconnaît et affirme une seule et même provi¬ dence sous l’Ancien et le Nouveau Testament, et qui ne distingue point dans le cours du temps ceux qu’à unis une même condition. Tous nous avons été comme un édifice bâti sur le fonde¬ ment des apôtres et des prophètes, dont Jésus- Christ Notre-Seigneur est lui-même la princi¬ pale pierre de l’angle; lui qui des deux peuples CAPUT IV. Dico autem, quanto tempore hæres parvulus est, nihil differt a servo, cum sit Dominus omnium, sed sub tuto- ribus est et actorihus usque ad præfmituin tempus a pâtre. Hæres iste parvulus, qui nihil differt a servo cum sit Dominus omnium, sed sub tutoribus et actori- bus est, usque ad prsefimtum tempus a pâtre, totum humanum genus usque ad adventum Christi, et, ut amplius dicam, usque ad mundi consummationem significat. Quomodo enim omnes in protoplasto Adam, necduni nati moriuntur ; ita et omnes efciam hi, qui ante adventum Christi nati sunt, in secundo Adam vivificantur. Atque ita fit, ut et nos Legi servierimus in patribus ; et illi gratia salventur in filiis. Iste intel- lectus Ecclesiæ catholicæ convenit, quæ et veteris et novi Testamenti unam asserit providentiam; nec dis- tinguit in tempore, quos conditione sociavit. Omnes ædificati sumus super fundamentum apostolorum et prophetarum, continente nos angulari lapide Jesu Ghristo Domino nostro, qui fecit utraque unum, et n’en a fait qu’un en détruisant dans sa propre chair le mur de séparation, a détruit leurs inimi¬ tiés dans sa chair et a remplacé les difficultés de l’ancienne loi par le magnifique ensemble des dogmes évangéliques, Ephes. u. 20. Nous som¬ mes vraiment tous un seul pain et nous mar¬ chons tous deux dans une parfaite union sur la terre. Et de même que nous étions fondés sur les prophètes, ainsi les patriarches ont été pla¬ cés sur le fondement des apôtres. Dans les tuteurs et les curateurs on peut voir les pro¬ phètes dont les oracles nous instruisaient tous les jours jusqu'à l’avènement du Sauveur, de même que la loi de Moïse était un pédagogue pour le peuple juif avec les anges des petits qui voient tous les jours la face du Père et intercè¬ dent pour eux. C’est d’eux qu’il est dit : « Il enverra les anges du Seigneur autour de ceux qui le craignent, et il les délivrera de tout péril, » Ps. xxxiii, 8. On peut encore entendre les prê¬ tres et les princes qui dominaient alors le peu¬ ple et qui maintenant lui donnent la règle qu'il doit suivre. C’est avec raison que saint Paul dit de ce peuple qu’il est sous des tuteurs et des curateurs, parce qu’étant conduit par/l’esprit de crainte, il n’a pas encore mérité l'esprit de liberté et d'adoption. L’enfant en effet, tremble lorsqu’il est en faute, il craint le pédagogue, et ne croit pas être libre de ses actions, bien qu’il soit le maître de tous. Dans quelque sens qu'on medium parietem dissipans, inimicitiam utriusque populi iu sua carne deslruxit, et antiquæ Legis difficul- tatem, Evangelicorum dogmatum integritate mutavit Ephes. ii, 20. Vere in Christo omnes unus panis sumus, et duo consensimus, super terràm. Et quomodo nos super prophetas fundati sumus ; ita et patriarches in apostolorum fundamine constiterunt. Tutores autem et actores, possunt et prophetæ accipi, qurrum verbis quotidie in adventum Salvatoris erudiebamur; sicut pædagoga Moysi Lex supra disserta est; et angeli par- vulorum qui quotidie vident faciem Pafris, et inter¬ pellant pro eis. De quibus dictum est : « Immittet angelos Domini in circuitu timentium enm, et eruet eos Ps. xxxni, 8. Possunt intelligi et Sacerdotes et prin¬ cipes, qui tum populo doininati, nunc formam præ- bere censentur. Et recte hi sub tutoribus et actoribus esse dicuntur, qui habentes spiritum timoris, necdum meruere spiritum libertatis et adoptionis accipere. /Etas enim infantiæ ad peccata formidat, pædagogum metuit, non confidit esse se liberam, licet pèr natu- ram domina sit. Et secundum utramque intolligen- 289 COMMENTAIRES SUR entende les tuteurs et. les curateurs, que ce soit comme nous l'avons dit, les prophètes ou les anges, l’enfant est sous ces tuteurs,, sous ces curateurs, jusqu’à ce qu’il ait atteint l’âge légal de l’homme parfait. Or, cet âge légal qui est atteint à vingt-cinq ans révolus d’après les lois romaines, c’est l’avènement du Christ qui le consomme pour la perfection du genre humain. Dès qu’il est arrivé, et que nous sommés par¬ venus à l’âge1 de l’homme parfait, le pédagogue et le tuteur se séparent de nous. C’est alors que nous entrons en possession et de l’autorité du maître et de l’héritage clans lequel nous étions nés et qui semblait jusqu’alors nous être étranger. « Ainsi nous aussi, quand nous étions enfants, nous étions asservis aux premiers éléments du monde. » Il appelle ici éléments du monde, ce qu’il avait appelé plus haut du nom de tuteurs et de curateurs; c’était sous leur direction que nous étions d’abord placés et parce que nous ne pouvions encore comprendre l’avènement du Fils de Dieu vers nous, nous étions instruits par ces moyens intermédiaires. Quelques-uns pensent que ces. éléments sont les anges qui président aux quatre éléments du monde, à la terre, à l’eau, au feu, à l’air; et il est nécessaire avant que quelqu’un croie en Jésus-Christ, qu’il soit sous la . direction de ces maîtres. Par ces élé¬ ments du monde, la plupart entendent le ciel et tiam qua tutores et adores, vel prophetas, vel angelos diximqs, parvulus iste tamdiu sub actoribus est atque tutoribus, donec legitimum perfecti viri tempus im- pleverit. . Legitimum autem tempus, sicut romanis ■legibus, viginti quinque annorum spatio terminatur; ita ad humani generis perl'ectionem Christi reputatur adventus. Statim ut iile venerit. et omnes in virum perfectum creverimus, pædagogus a nobis lutorque discedunt. Tune auctoritat Domini et hæreditatis possessione perfruemur, in qua prius nat quodam- modo putabamur alieni. Ita et nos, cum esseinus parvuli, su elemen- tis hujus mundi eramus servientes. Elementa mundi, eosdem quos supra tutores et ac tores dixerat, appel- lavit ; quod sub ipsis primum præsidibus constitué, quia needum Dei Filii capere ad nos poteramus ad- ventum, erudiebamur in inedio. Nonnulli eos esse angelos arbitrantur, qui quatuor mundi elementis præsideant : terree videlicet, aquæ, igni, et aeri ; et necësse esse, ut priusquam quis credat in Christo, illis arbitris gubernetur. Elementa mundi cœlum et Tom. x. L’ÉPITRE AUX GALATES la terre, et tout co qu’ils renferment, parce que le soleil, la lune, la mer, les forêts, les divinités, les "montagnes ont été l’objet du culte des sages de la Grèce, des peuples barbares et des Ro¬ mains, quii étaient la sentine de toutes les su¬ perstitions. Mais aussitôt l’avènement du Christ, nous sommes affranchis de cette servitude, parce que nous comprenons que ces éléments ne sontpas des dieux, mais de simples créatures. D’autres croient que ces éléments du monde signifient la loi de Moïse, et les oracles des prophètes, parce qu’ils sont comme les commencements, comme les préludes des saintes lettres qui nous ob¬ tiennent la crainte de Dieu, commencement de la sagesse. Enfin voici ce que l’Apôtre écrivait dans son épître aux Hébreux, à ceux qui auraient dû être parfaits et qui, pour avoir négligé l’étude de la vérité, étaient encore attachés aux pre¬ miers éléments de la perfection. « Car, vous qui devriez être maîtres depuis le temps qu’on vous parle, vous avez encore besoin qu’on vous apprenne les premiers éléments de la parole de Dieu, » Hebr. v, 12. On peut nous objecter au contraire que l’apôtre saint Paul écrivant aux Colossiens, donne une signification différente à ce qu’il appelle les éléments du monde : « Prenez garde, dit-il, que quelqu’un ne vous séduise par ’ la philosophie, et par de vains sophismes, selon la tradition des hommes, selon les éléments du monde, et non selon Jésus-Christ, » Goloss. ir, 8. terrain, et ea quæ intra hæc suut, plerique appellata putant ; quod videlicet solem, lunam, maria, silva- rum et montium deos, et sapientes Græciæ, et Bar- barae nationes, Romanique, omnium superstitionum sentina, venerentur ; quibus cum Christus venerit, liberamur, intelligentes ea creaturas esse, non nu- mina. Alii elementa mundi, Legem interpretantur Moysi et eloquia prophetarum ; quod per hæc quasi initia et exordia litterarum, Dei timorem, qui”sapien- tiæ principium est, suscipiamus. Denique ad eos qui jam deberent esse perfecti, et yeritate neglecta, adhuc disciplinarum principiis inhærebant scribit in Lpistola ad Hebræos, Apostolus : « Etenim cum de^ beretis esse magistri pr opter tempus, rursum necesse habetis ut doceamini quæ sint elementa principii ser- monum Dei » lièbr, v, 12. Econtrario nobis objici po- test, quod ad Golossenses Paulus apostolus sciubens, elementa mundi alia nuncuparit : « Videte, dicens, ne quis vos deprædetur per philosophiam, et inanem de- ceptionem, secundum traditionem hominum, secundum elementa mundi, et non secundum Christum » Coloss . 19 290 SAINT JEROME Mais par cela seul que l’Apôtre ajoute : selon la tradition des hommes, et par de vains so¬ phismes, il montre qu’il ne donne pas le même sens aux éléments du monde dans l’épître aux Golossiens, et dans l’épltre aux Galates. Bien que la plénitude des temps soit arrivée, nous sommes affranchis de la servitude de ces élé¬ ments, ot en marchant vers un but plus élevé, nous recevons l’adoption des enfants. Mais ces auteurs ne disent rien qui fasse suite à leur interprétation, ils prennent simplement ces éléments pour les Écritures. On peut donc, comme nous l’avons dit, entendre la loi de Moïse et les prophètes pour les éléments des lettres, parce qu’elles nous servent à joindre les syllabes et les noms, et qu’on les apprend moins pour elles que pour procurer un autre avantage, c’est-à-dire afin que nous puissions lire un dis¬ cours parfaitement enchaîné où nous considé¬ rons beaucoup plus le sens et l’ordre des paroles que les éléments des lettres. En admettant que nous prenions ces éléments du monde pour la loi et les prophètes, il faut remarquer que le monde s’entend ordinairement de ceux qui sont dans le monde, comme dans ces paroles de saint Paul: « Dieu était dans le Christ, se réconciliant le monde; » II, Cor. v, 19, et dans ces autres de l’Évangile : « Et le monde a été fait par lui, et' le monde ne l’a point reçu, » Jean x. Quelques autres se donnent encore ici plus de liberté; n,. 8. Sed ex eo quod addidit, secundum traditionem hominum, et inanem deceptionem, ostendit non eadem eïementa ad Golossenses et ad Galatas nominari. Ab his cjuippe elementis postquam venerit temporis plenitudo redimimiir, et ad majora gradientes adoptio- nem recipimus filiorum. Ab illis vero nihil taie dici- tur quid sequatur; sed simpliciter eïementa pro litte- ris accipiuntur. Potest igitur, ut diximus, Moysi Lex et prophetæ pro elementis accipi litterarum, quod per eas syllabæ jungantur et nomina, et non tam sui, quam alterius rei utilitate discantur; ut possimus orationem ïegere contextam, in qua sensus magis et ordo verbo- rum quam litterarum principia considerantur. Quod autem Legem et prophetas, eïementa mundi interpré¬ tât! sumus, mundus pro his qui in mundo sunt, accipi solet, eodem Paulo dicente : « Deus erat in Ghristo, mundum reconcilians sibi II Cor. v, 9. Et in Evange- lio : « Et mundus per eum factus est, et mundus eum non recipit » Joan. x. Quidam etiam in ilia liberius eva- gantur, ut quia Lex umbram habet futurorum bonorum, requirant utrum in alio mundo, de quo Salvator ait : comme la loi à l’ombre des biens à venir, ils demandent si dans un autre monde auquel le Sauveur fait allusion lorsqu’il dit : « Je né suis pas de ce monde, » Jean vrrr, 23, nous commençons par être petits, et que, placés sous ces éléments rudimentaires, nous avancions peu à peu vers le sommet de la perfection, et que nous recevions l’adoption des enfants que nous avions perdus. « Mais lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils formé d’une femme, soumis à la loi, pour racheter ceux qui étaient soumis à la loi, afin que nous devinssions enfants adoptifs. » Considérez attentivement que l’A¬ pôtre ne dit pas : formé par une femme, comme l’expliquent Marcion et les autres hérésies qui n’admettent qu’une chair imaginaire du Christ, mais « formé d’une femme, » pour que nous soyons bien convaincus qu’il est né non par elle, mais de sa propre substance. S’il donne le nom de femme plutôt que celui de vierge à la sainte et bienheureuse Mère du Seigneur, c’est cç qu’a fait avant lui l’évangéliste saint Matthieu, lors¬ qu’il l’appelle l’épouse de Joseph, Matth.; ce qu’a fait le Seigneur lui-même lorsqu’il la reprend comme une simple femme; car il n’était pas nécessaire de lui donner toujours avec une prudence timide le nom de vierge, lorsque d’ailleurs le nom de femme exprime plutôt le sexe que l’union maritale, et que, dans le sens qui lui est donné dans la langue grecque, « Ego non snm de mundo isto Joan. vtii, 23, primum parvuli simus, et sub elementis initiorum constituti, paulatim procedamus ad summum, et recipiamus adop¬ tion is locum quem quondam amisimus. « At ubi venit plenitudo temporis, misit Deus Filium sunm factum ex muliere, factum sub Lege; ut eos qui sub Lege erant, redimeret, ut adoptio- nem filiorum reciperemus. Diligenter attendite quod non dixerit, factum per mulierem, quôd Marcion v et cæteræ hæreses volunt, quæ putativam Ghristi carnein simulant; sed « ex muliere, ut non per il- lam, sed ex ilia natus esse credatur. Quod autem sanctam et beatam Matrem Domini, mulierem, non Virginem nominavit, hoc idem et in Evangelio xaxi MaxQcaov scriptum est : quando uxor appeila- tur Joseph Luc. n, et ab ipso Domino quasi mulier increpatur Jouai, ii. Non enim necesse erat semper quasi caute et timide Virginem dicere, cum mulier sexum magis significet quam copulam viri ; et secun¬ dum intelligentiam Græcitatis, yuvyj tam uxor, quarh mulier valeat interpretari. Sed ut cuncta præteream, 29 1 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES le mot Yuv'^ signifie aussi bien femme qu’épouse. Mais laissons toutes ces difficultés, et disons que de même qu’il s’est, soumis à la loi, pour ra¬ cheter ceux qui étaient sous la loi, de même il a voulu naître d’une femme, à cause de ceux qui eux aussi étaient nés de la femme. C’est ainsi que, bien qu’il fût exempt de péché , il a voulu recevoir comme pénitent le baptême dans le fleuve du Jourdain, pour enseigner aux hommes qu’ils devaient être purifiés par le baptême et naître fils de Dieu par une nouvelle adoption de l’Esprit-Saint. C’est ce que ne comprenait pas encore Jean-Baptiste lorsqu’il défendait à Jésus d’approcher 7du baptême en lui disant : « C’est moi qui dois être baptisé par vous, » Matth. 14, Mais aussitôt on lui enseigne . la raison mysté¬ rieuse de cette conduite : « Faites maintenant ce que je dis, car c’est ainsi qu’il nous faut ac¬ complir toute justice » de peur que Celui qui venait sauver les hommes, parût omettre un seul des usages de la vie humaine. Quelqu’un cherchera peut-être à faire cette objection : si le Christ s’est soumis à la loi pour racheter ceux qui étaient sous la loi, par cette raison qu’il était impossible pour coux qui étaient sous la loi d’être rachetés, s'il ne s’était soumis lui-même à la loi, alors il a été fait exempt de la loi pour racheter ceux qui n’étaient pas soumis à la loi, ou s’il n’a pas été affranchi de la loi, il ne peut racheter ceux qui n’étaient pas sous la loi. Que quomodo sub lege factus est^ vit eos qui sub lege erant, redimeret ; sic propter illos qui nati erant ex muliere, ex muliere nasci voluit. Nam et baptismum in Jordanis fluento idcirco quasi pœnitens, cum esset a peccatis liber accepit, ut cæteros edoceret mundandos esse per baptismum, et in filios nova Spiritus adoptione generari. Quod nequaquam intelligens Joannes Ba- ptista, eum ad lavacrum prohibebat accedere, di- cens : « Ego ante debeo baptizari » Mail, m, 14. Et statim sacramentum [Al. saeramento] docetur : « Sine modo ; sic enim decet nos adimplere omnem justitiam, ne qui ob . hominum salutem vcnerat, aliquid de conversatione hominum prætçriret. Quærat quis- piam, et dicat : Si ideo sub Lege factus est, ut eos qui sub Lege erant redimeret, quod videlicet im- possibile fuerit redimi eos qui erant sub Lege, nisi factus fuisset ipse sub Lege ; aut sine Lege factus est, ut redimeret eos, qui sub Lege non erant; aut si non est factus ipse sine Lege, non redimit eos qui sub Lege non fuerant. Quod si possibile erat eos qui sine Lege erant, redimi; ita ut sine Lege ipse non s’il était possible à ceux qui ne sont point soumis à la loi d’être rachetés sans qu’il fût obligé d’être lui-même soumis à la loi, donc c’est, inutilement qu’il s’est soumis à la loi, pour ra¬ cheter ceux qui étaient sous la loi. On peut ré¬ soudre en peu de mots cette objection, au moyen de cet exemple : « Et il a été réputé aveq ceux qui sont sous la loi, » car, bien que dans les manus¬ crits latins, par suite de l’ignorance des inter . prêtes, on ait écrit fautivement : Il a été mis au rang des scélérats Luc . xxn, 37, il faut savoir, qu’en grec le mot àvouov qui se trouve dans le texte, a une signification différente du mot aSixov, qu’on lit dans les exemplaires latins. En effet avop.oç signifie qui est sans loi, et qui n’est lié par aucune obligation légale; aSwcoç au contraire, veut dire inique, injuste. Aussi l’Apôtre dit dans un autre endroit. « Lorsque je n’étais pas sous la loi de Dieu, mais que j’étais sous la loi du Christ, » I Cor. îx; et très certaine¬ ment nous lisons dans cet endroit àvou.oç dans le texte grec, et celui qui en a donné d’un côté une bonne interprétation, pouvait de l’autre l’interpréter de même, s’il n’avait été trompé par l’ambiguïté des termes. Un autre examinera plus subtilement le mot racheter et dira que ceux-là sont rachetés qui ont d’abord apparte¬ nu à Dieu, et qui ont eusuite cessé d’être à lui; et que ceux qui ne sont pas soumis à la loi, sont non rachetés, mais simplement achetés. fieret; ergo superflue sub Lege factus est; ut redi¬ meret eos qui sub Lege erant. Breviter solvet banc quæstionem, si quis illo utatur exemplo : « et cum bis qui sine Lege erant, repu ta tus est, » Nam licet in Latinis codicibus propter simplicitatem interpretum maie editum sit : « Et cum iniquis reputatus est, Luc, xxn, 37; tamen sciendum aliud apud Grmcos significare avopiov, quod hic scriptum est ; aliud a8txov, quod in Latinis voluminihus habetur. VA vojxoç, enim dicitur ille, qui sine lege est, et nullo jure, constrin- gitur. "ABcxoç vero iniquus, sive injustus. Undo et ipse Apostolus in alio loco : « cum non essem, ait, « sine Lege Dei; sed in Lege essem Christi I Cor. ix : et certe in hoc quoque testimonio ctvopLoç in* Grseco scriptum est; et qui hic bene interpretatus est, potuit idem verbum et ibi similiter interpretari • nisi eum ambiguitas fefellisset. Alius vero ipsum verbum, « redimeret, r- acutius intuebitur; et dicet eos signiûcari redemptos, qui primum de Dei parte fue- rint, et postea esse cessaverint; illos voro qui sub Lege non fuerint, non tain redimi, quam emi. Uude SAINT JÉROME 292 Aussi en 'écrivant aux Corinthiens parmi les¬ quels un bruit courait qu’il se commettait au milieu d’eux des impudicités, et de telles impu- dicités qu’il n’en est pas de semblables parmi les païens I Cor. v, leur dit : « Vous avez été ache¬ tés d’un grand prix, et non rachetés » car ils n’avaient pas été sous la loi. Nous recevons donc l’adoption des enfants de Dieu, et rachetés par le Christ, nous avons cessé d’être sous la servitude des éléments du monde et sous la puissance des tuteurs. Or, de même que nous avons montré la différence qui existe entre ache¬ ter et racheter, considérons celle qui existe entre recevoir et reprendre l’adoption des enfants de Dieu. « Et parce que vous êtes enfants, Dieu a envoyé dans vos coeurs l’Esprit de son Fils criant : Àbba, Père. » Il est évident que l’apôtre saint Paul fait mention de trois esprits : l’Esprit du Fils de Dieu, comme dans cet endroit : « Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs; » l’Esprit de Dieu, comme dans cet autre passage : « Tous ceux qui sont mus par l’Esprit de Dieu, sont los enfants.de Dieu, » Rom. vm. 14; et l'Esprit- Saint comme dans cet autre endroit : « Vos corps sont le temple de l’Esprit-Saint qui habite en vous, » I Cor. vr, 19. Or, que l’Esprit-Saint soit autre que le Fils de Dieu, c’est ce qui est prouvé clairement dans l'Évangile : « Celui qui parlera contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné, et ad Corinthios, in quibus audiebatnr fornicatio, et talis fornicatio quæ ne inter Gentes quidem Ibid, v, scribitur : « Pretio empti estis, » non « redempti ; » sub Lege quippe non fuerant. Recipimus igitur ado- ptionem filiorum Dei, et redempti a Christo, sub servitute elementorum mundi et tutorura potestate esse desistimus. Quomodo autem inter redimere et emere quid interesset, ostendimus, sic quid sit inter accipere, et recipere adoptionem filiorum, considere- -mus. « Quoniam autem estis filii Dei, misit Deus spiri- tum Filii sui in corda nostra clamantem, Àbba, Pater. » Manifeste apostolus Paulus très spiritus no¬ mmât, Spiritum Filii Dei, ut in præsenti loco : « Misit Deus Spiritum Filii in corda nostra » Rom . vm, 14, Et Spiritum Dei ut in illo : « Quotquot Spiritu Dei aguntur, hi filii Dei sunt. » Et Spiritum sanctum utibi : Corpora vestra templum sancti spiritus sunt, qui est in vobïs » I Cor. vi, 19. Àlium autem sanctum Spiri¬ tum esse quam Filium Dei, manifeste et in Evange- lio comprobatur : « Qui diierit verbum contra Filium mais celui qui blasphémera contre le Saint- Esprit, il ne lüi sera point pardonné ni dans ce monde, ni dans l’autre, » Luc . xii, 10. Nous affirmons ici cette vérité, parce qu’il en est beau¬ coup qui* par leur ignorance des Écritures, (c’est ce que fait Firmianus dans le huitième livre de ses lettres à Démétrianus,) prétendent que l’Esprit-Saint est appelé souvent le Père, ou le Fils. Et tandis que nous croyons très nettement dans la Trinité; en supprimant la troisième personne, ils rejettent la subs î an ce et ne conservent que le nom. Mais pour ne point tomber dans des longueurs, (car ce n’est pas un dialogue, mais un commentaire que j’écris,) je montrerai en peu de mots que trois esprits sont distinctement nommés dans le Psaume cinquante : « Créez en moi un cœur pur, ô mon Dieu, et renouvelez au fond de mon âme Pesprit de droiture. Ne me rejetez plas de votre face, et ne retirez pas de moi votre Esprit-Saint. Ren- dez-moi la joie de votre salut et fortifiez-moi par votre esprit souverain. » Il appelle le Père l’esprit souverain, parce que le Fils vient du Père et non le Père du Fils. Par l’esprit de droiture’ esprit de vérité et de justice, il veut signifier le Fils Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Car le Père a donné tout jugement au Fils, » Jean, v, 12, comme le dit David : « O Dieu, donnez le juge¬ ment au roi, et votre puissance au fils du roi, Ps. rxxr, 1. Quant à l’Esprit-Saint, il le nomme. hominîs, dimittetur ei. Quicumque autem dixerit con¬ tra Spiritum sanctum, nec hic, nec in futur o dimittetur ei » Luc. xit, 10. Hoc ideo : quia multi per imperi- tiam Scripturarum (quod et Firmianus in octavo ad Demetrianum Epistolarum libro .facit), ass^runt Spiritum sanctum sæpe Patrem, sæpe Filium . nomi- nari. Et cum perspicue in Trinitate credamus, ter* tiam personam auferentes, non substantiam ejus vo- lunt esse, sed nomen. Ne autem longum faciam non enim dialogus, sed commentarius scribitur, de quin- quagesimo psalmo très spiritus nominatos br éviter ostendam, propheta dicento : « Cor mundura créa in me, Deus, et spiritum rectum innova in viscëribus meis. Ne projicias me a facie tua; et Spiritum san¬ ctum tuum ne au feras a me. Redde mihi lætitiam salu- taris tui, et spiritu principali confirma me. » Principa- lem spiritum, Patrem appellat quia Filius ex Pâtre, et non Pater ex Filio, Spiritum autem rectum, ve- ritatis atqùe justitiæ, Christum Dominum significat : « Quia pater omne judicium dédit Filio » Jocm. v, 22, ut David ait : « Deus judicium tuum régi da, et poten- 293 COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX GALATES en termes exprès. Comme ces trois personnes sont distinctes de nqm et de personnalité, tandis qu’elles sont unies en substance et en nature; à cause même de cette communauté de nature, l’Es¬ prit-Saint est appelé indifféremment . tantôt l’Esprit du Père, tantôt l’Esprit du Fils. Or voici la conclusion que l’Apôtre tire du raisonnement par lequel il essaie de prouver, que nous ne sommes plus maintenant sous la loi, mais sous la grâce du Seigneur Jésus. Il avait dit précé¬ demment : « Afin que nous pussions recevoir l’adoption des enfants, » maintenant il prouve que nous sommes les enfants de Dieu par l’Es¬ prit-Saint que nous avons en nous, car jamais, dit-il, nous n’oserions dire : « Notre Père qui êtes dans les çieux, que votre nom soit sancti¬ fié » si nous n’avions conscience de l’Esprit-Saint qui habite en nous et qui crie par la grande voix des pensées et des vérités révélées : « Abba, Père, » Rom. vin, 15. Abba est un mot hébreu qui à la même signification que le mot Père. L’Écriture sainte continue en plusieurs endroits de joindre le mot hébreu avec son interprétation. Ainsi Bartimée, fils de Timée, Aser, « richesses, » Tabitha, « Dorcas, »AcL xi;et dans la Genèse, Mesech, « esclave né dans ma maison » Genes . xv, 3; et de même dans 'd’autres endroits sem¬ blables. Or, comme le mot Abba signifie Père dans l’hébreu et dans le syriaque,* et que Notre- Seigneur dans l’Évangile nous défend de donner tiam tuam filio régis » Ps . lxxi, 1. Porro Spiritum sanctum aperto nomme vocat. Quæ quidem cum vocabulis personisque dîssentiant, substantia natu- raque sociata sunt; et indifferenter idem Spiritus ob naturse societatem, nunc Patris dicitur esse, nùnc Filii. Argumentum autom quo asserere conatur, nos jam non esse sub Lege, sed sub gratia Domini Jèsu, tali fine eoncludit. Su péri us dixerat, « ut ado- ptionem filiorum reciperemus]; nunc Dei esse nos fi- lios, ex spiritu probat quem habemus in nobis. ;Num- qaam enim, inquit, auderemus dicere : « Pater noster qui es in cœfis; ranctificetur nomen tunm, » nisi de conscientia Spiritus habitantis in nobis, et magna sensuum et dogmatum voce clamante : « Abba, Pater » Rom. vm, 15. Abba Hebraicum est, idipsum signi- ficans quod et Pater. Et hanc consuetudinem in plu- ribus locis Scriptura conservât, ut Hebraicum ver- bum cum interpretalione sua ponat. Bartimeus, « fi- lius Timei. » Aser, « divitise. », Tabitha, « Dorcas, » Act . xx ; et in Genesi, Mesech, « vernaculus » Gen. xv, et caetera his sim ilia. Gum autem Abba' Pater Hebrseo à d’autres qu’à Dieu le nom de Père, MaUh. xxn, je ne sais par quelle licence dans les monastères, nous appelons les antres de ce nom, ou nous souffrons qu’on nous le donne. Et cependant, celui qui nous fait cette défense, est le même qui nous a dit qu’il ne fallait pas jurer, Matth. v. Or si nous ne jurons point, n’appelons également personne du nom de Père. Si nous donnons une autre interprétation à cette défense relative au nom de Père, nous serons forcés d’interpréter aussi différemment la défense de jureri II faut remar¬ quer aussi que dans l’Écriture sainte, le mot cri signifie non l’élévation de la voix, mais la grandeur de la science et des vérités qu’on veut exposer. C’est ainsi que dans l’Exode, le Seigneur répond à Moïse : « Pourquoi cries-tu vers-moi? » Exod . xiv, 15. alors que Moïse n’avait prononcé auparavant aucune parole; l’Écriture appelle donc cri un cœur contrit, et qui gémissait avec larmes sur son peuple. De même donc que celui qui a l’Esprit du Fils de Dieu, est lui-même fils de Dieu, ainsi réciproquement, celui qui n’a pas l’Esprit du Fils de Dieu, ne peut être appelé Fils de Dieu. « Ainsi nul n’est plus serviteur, mais fils. Que s’il est fils, il est aussi héritier par Dieu. » .En ayant, dit-il, l’Esprit du Fils de Dieu qui crie en vous Abba, Père, vous avez cessé d’être des serviteurs pour devenir des fils; auparavant, vous ne différiez en rien d’un. serviteur, bien que Syroque sermone dicatur, et Dominus nostor in Evan- gelio præcipiat, nullum Patrem vocandum nisi Deum Mut. xiii, nescio qua licentia in monastei*iis vel voceinus hoc nomine alios, vel vocari nos acquie- scamus. Et certe ipse prœcepit hoc qui dixerat non esse jurandnm, MaUh. v. Si non juramus, nec pa¬ trem quidem quempiam nominemus. Si de pâtre in- terpretabimur aliter, et de jurando aliter sentire co- gemur [Al. cogemus]. Notaudum etiam, quia clainor in Scripturis non magnæ vocis emissio, sed scientiæ intelligatur et dogmatum magnitudo. Nam et in, Exodo respondit Dominus ad Moysen : « Quid clamas ad me » Exod. xxv, 15? cum penitus Moysi vox milia præcesserit. Verum compunctum cor et pro populo lacrymabiliter ingemiscens, Scriptura clamorem vocavit. Quomodo igitur, qui. Spiritum Filii Dei habet filius Dei est; sic in reciprocum, qui spiritum Filii Dei. non habet, Dei filins non potest appeïlari. « Itaque jam non est servus, sed filius. Quod si filius, et hæres per Christum. » Habentes, inquit, spi-, ritum Filii Dèi in vobia clamantem, Abba, Pater 294 SAINT JEROME vous apparteniez à la nature de Dieu ; mais vous viviez comme de petits enfants, sous la puissance des tuteurs et des curateurs. Or, si maintenant vous êtes devenus enfants, l’héritage vous est ' dû par une conséquence nécessaire. En effot, en recevant l’Esprit du Fils de Dieu, vous êtes devenus enfants de Dieu; il faut donc, de même, qu’étant passés de la servitude à la liberté, vous partagiez l’héritage avec l’héritier du Père, le Christ Jésus, qui, dans la nature humaine qu’il avait prise s’exprime ainsi dans le Psaume ; « le Seigneur m’a dit : vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd’hui. Demandez-moi et je vous donnerai les nations pour héritage, et les extrémités de la terre pour empire » Ps. n,7. 8. Or ce que nous disons ici, nous devons l’appliquer à tous les autres endroits semblables; c’est-à- dire, que sous le nombre singulier, il est ques¬ tion de tout le genre humain ; car nous tous qui croyons, nous sommes un dans le Christ Jésus, nous sommes les membres do son corps et amenés à l’état de l’homme parfait, nous avons le Christ pour chef, parce que le Christ est le chef de l’homme. « Autrefois, à la vérité, ignorant Dieu, vous étiez asservis à ceux qui, par leur nature, ne sont pas dieux. Mais maintenant que vous con¬ naissez Diou, ou plutôt que vous êtes connus de Dieu, comment retournez-vous à ces faibles et pauvres éléments auxquels vous voulez de nou- non servi cœpistis esse, sed filii. Quia ante nihil difforebatis a servo cum essetis natura quidem Dei; sed sub tutoribus et actoribus parvuli degebatis; qaod si filii estis, consequenter vobis debetiu' hær éditas, ut quomodo spiritum Filii Dei accipientes, facti estis filii Dei, ita in libertatem de servitute raulati, liæredes sitis cum hærede Patris Ghristo Jesu, qui ex persona hominis assurapti loquitur in psalmo ; « Dominus dixit ad me, Filius meus es tu, ego hodie genui te. Postula a me, et dabo tibi gentes hære- ditatem tuait), et possessionem tuam tenninos terræ » Ps.ui, 7, 8. Quod autem in hoc loco dicimus, in cæteris quoque obsevvare debemus, de toto généré hominum singulari numéro disputari. Oranes euim credentes unum sumus in Ghristo Jesu, et membra corporis ejus, et in perfectum virum redacti, ilium liabemus 1 caput, quia caput viri Christus est 1 Cor. xi. 2. « Sed tune, quidem nescientes Deum servistis his qui natura non erant dii. Nunc vero cognoscentes Deum, magis autem cogeiti ab eo, quomodo convertimini ite- veau vous asservir? » Il reproche aux Galates qu’il avait fait passer du culte des idoles à la foi du vrai Dieu, de ce qu’après avoir aban¬ donné les idoles qui ne sont pas Dieu . de leur nature, après avoir connu Dieu, ou plutôt après avoir été connus de lui, après avoir do plüs reçu , l’Esprit d’adoption, ils ont comme de petits enfants désiré de se replacer sous l’autorité des tuteurs et d’un pédagogue et sont retournés à de faibles et pauvres éléments, qui avaient été donnés dans le désert à un peuple infirme et pauvre d’intelligence, parce qu’il ne pouvait ni en recevoir ni en supporter de plus parfaits. Or ces mêmes éléments qu'il traite de faibles et de pauvres, il les a plus haut appelés lçs élé¬ ments du monde; Et là où il les appelle les éléments du monde, il n’ajoute point la quali¬ fication de faibles et de pauvres. Et lorsqu’il les appelle faibles et infirmes, il supprime le mot < du monde » comme nous l’avons dit plus haut. Je pense donc que tant qu’on est petit enfant et qu’on n’a pas accompli l’âge marqué par le père pour recevoir le nom de fils et d’héritier, on reste sous les éléments du monde, c’est-à- dire sous la loi de Moïse. Mais lorsqu’après avoir été mis en possession de la liberté due au fils, un chrétien retourne à la loi, veut se faire circoncire et suivre à la lettre toutes les obser¬ vances superstitieuses des Juifs, alors les mêmes éléments qui étaient pour lui les éléments du rum ad infirma et egena elementa, quibus rursum !ser- vire vultis? Galatas quos ab idolorum cultu ad fidem Dei veri transtulerunt, arguit, quomodo. idolis derelictis, quæ natura non erant dii, et cognoscentes Deum, ma¬ gis autem cogniti ab ipso, epiritu quoque adoptionis ac¬ cepta, rursum quasi parvuli. et sub tutoribus et pædagogo esse cupientes, ad infirma et paupertina revertantur ele- menta quæ propterea infirmo et pauperi sensu populo data sunt in deserto quia non poterat accipere et sustinere majora. Eadem autem element a, quæ nunc infirma et egena appellavit superius tantum mundi elementa posuit. Et ubi elementa mundi dicta sunt ’ ibi non est additum, « infirma et egena. » Pline rursum ubi infirma vocata sunt, « mundi, » ut supra diximus, - nomen est tacitum. Puto itaque quamdiu quis par- vulus est, nec statu tum a pâtre tempus implevit, ut filius et hæres appellari queat, sub elementis eum mundi, Lege videlicet esse Moysi. Cum autem post libertatem filio debitam rursus reversas fuerit ad Legem, circumcidi vole ns, et tôt ara Judaicæ super- stitionis litteram sequi, tune qcæ prius ei mundi COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRË AUX GALATES 295 mon do sont appelés des préambules faibles et pauvres. Ils sont d’une telle impuissance pour ceux qui les observent, qu’ils ne peuvent même leur donner ce qu’ils pouvaient donner aupara¬ vant, maintenant que Jérusalem,, le temple et l’autel sont détruits. On me répondra et on me dira : Si la loi et les préceptes qui s’y trouvent écrits sont des éléments faibles et pauvres, et si ceux qui ont connu Dieu ou plutôt qui ont été connus de Dieu, ne doivent plus observer la loi (de peur de paraître, moins adorer Dieu dont ils sont connus qüe de retourner à ceux qui de leur nature ne sont pas dieux) il faut en conclure que Moïse et les prophètes ont observé la loi, et qu’alors ils n’ont pas connu Dieu et n’ont pas été connus de lui; ou que s’ils ont connu Dieu, ils n’ont en aucune façon observé les préceptes de la loi. Or il est également dangereux de dire ou qu’ils n’ont pas fait ce que la loi commande, et qu’ainsi ils ont connu Dieu; ou qu’ils n’ont pas connu Dieu, en se soumettant aux élé¬ ments faibles et pauvres do la loi. Voici la solution qu’on peut donner à cette difficulté : c’est de dire que de même que Paul s’est fait Juif avec les Juifs pour gagner les Juifs I Cor. ix, de .même qu’il a fait couper ses cheveux à Genchrée à cause d’un vœu Act . xvm, et qu’il est entré pieds nus et la tête rasée dans le temple de Jérusalem pour calmer Tenvie de ceux qui avaient publié qu’il se posait, en adver¬ saire de la loi de Moïse et du Dieu des prophètes; ainsi ces saints personnages ont fait, il est vrai, ce que la loi commandait, mais ils ont plutôt suivi l’esprit que la lettre de la loi. Avec la même ardeur qu’Abraham, ils ont désiré voir sans aucun voile io jour du Christ, ils l’ont vu et en ont été comblés de joie; ils se sont rendusfaibles avec un peuple faible pour gagner les faibles, et avec ceux qui étaient sous la loi, ils ont été eux-mêmes comme soumis à la loi afin de les déta¬ cher des idoles qu’ils adoraient dans l’Égypte. Car il serait vraiment absurde que Moïse et les autres avec lesquels Dieu .s’entretenait aient été dans une telle condition que nous en soyons réduits à ne pas croire que le temps marqué par le Père est venu pour eux, qu’ils ont été rachetés de la servitude légale, et qu’ils ont reçu l’héri¬ tage avec le Christ; car toutes les grâces que la sagesse de Dieu a départies au genre humain comme à son Fils unique, il les a également accordées à chacun des saints dans l’ordre et suivant les règles de sa Providence. Lorsque nous appelons la loi de Moïse des éléments faibles et infirmes, les hérétiques en prennent occasion de calomnier le Créatëur de ce qu’il a créé le monde et donné la loi. Nous leur répondrons tantum fuerant elementa, infirma quoque et egena dicuntur exordia. Intantum enim nihil prosunt cul- toribus suis, ut ne hoc quidem eis exhibere’ valeant quod ante præstiterant, Jerosolyma, templo, altari- que destructis. Respondeat aliquis, et dicat : Si lex et præcepta quæ in Lege conscripta sont, infirma et egena elementa sunt, et hi qui cognoverunt Deum, magis autem cogniti sunt ab eo, Legem observare non debent, ne incipiant non tain Deum colere a quo cogniti sunt, quam ad eos reverti qui natura non sunt dii, aut Legem observaverunt Moyses et prophetæ, et non cognoverunt Deum, nec cogniti sunt ab eo; aut si cognoverunt Deum, mandata Le- gis minime compleyerunt. Quod utrumque pericu- losu'ni est dicere : Aut illos non fecisse quæ Legis sunt, et sic cognovisse Deum, aut non cognoyisse Deum, dum infirma et egena Legis ; elementa custo- diunt. Quod quidem sic solvi potest, ut dicamus il¬ los, qüomodo Paulus factus est Jujæis Judæus, ut Judseos lucrifaceret 1 Cor. ix, et .in Cencris ex voto comam totondit Act. xvm, et nudipedalia atque çalvitium Jerosolymis in templo exercuit, ut eo- rum sedaret invidiam, qui -catechisati de eo fue¬ rant, quod contra Legem Moysi, et Deum faceret prophetarum; ita et sanctos viros fecisse quidem ea quæ Legis erant, sed sensum magis Legis secu- tos esse quam litteram. Qui non minus quam Abra¬ ham sublato de facie velamento cupierunt yidere diem Ghristi, et vider unt et lætati sunt. Facti infirmo populo infirmi, ut infirmos lucrifacerent I Cor. ix, et his qui sub Lege erant quasi essent ipsi sub Lege, ut eos ab idolis quibus in Ægypto assueverant, separarent. Absurdum quippe est Moy- sen et cæteros confabulatores Dei in ea fuisse com- ditione, ut non credamus, eis et præfinitum tem- pus a Pâtre yenisse, et redemptos eos esse de ser- yitute legali, et adoptionem filiorum/ consecutos et hæreditatem cepisse cum Christo, Quæcumque enim toto generi humano sapientia Dei quasi uni Filio præstitit, hæc eadem unicuique sanctorum semper suo ordine et dispensatione Iargita est. Le¬ gem nobis Moysi infirma et egena dicentibus ele- menfca, occasionem inveniunt hæretici, ut deti'abant Creatori quia mundum condiderit, et Legem san- xerit. ;Qüibüs nos respondebimus, id quod supra diximus infirma his esse et eæena elementa, qui ad 296 SAINT JÉROME ce que nous avons déjà dit plus haut, que ce sont des éléments faibles et infirmes pour ceux qui y retournent après la grâce de l’Évangile. Mais avant que vînt- le temps marquéqpar le Père, ils étaient moins appelés des éléments faibles et infirmes que les éléments du monde. Enfin, avant que l’Évangile du Christ répandît sa splendeur par tout l’univers, les prescriptions légales ont eu leur éclat; mais lorsque la lumière plus vive de la grâce évangélique vint à briller, et que le soleil de justice inonda toute la terre de ses rayons, la lumière des étoiles fut éclipsée, leurs rayons s’obscurcirent à ce point que l’Apôtre a pu dire dans un autre endroit : « Ce qu’il y a eu d’éclatant dans le premier ministère n’est même pas gloire, comparé à la gloire suré¬ minente du second II Cor . n. C’est la même vérité qu’il exprime ici lorsqu’il dit que la loi de Moïse, qui avant l’Évangile était riche et opu¬ lente,,, après la venue du Christ ne fut plus en comparaison que des éléments faibles et infirmes, effacée et réduite à rien par Celui qui était plus grand que Salomon, que le temple et que Jonas. En effet ce qui est écrit : « Il faut qu’il croisse et moi que je diminue, » Joan. ni, 30, a été dit comme s’appliquant moins à la personne de Jean qu’à la loi elle-même; car toujours les choses inférieures le cèdent aux plus élevées, et ce qui est parfait prend le dessus sur de simples ébauches; nous confirmerons du reste ea post Evangelii gratiam rever tuntur. Antequam vero præfinitum tempus veniret a Pâtre, non tain infirma et egena appellata esse éléments, quam mundi. Denique priusquam Christi in toto orbe Evangelium coruscaret, habuerunt suum fulgorem præcepta legalia ; postquam vero majus evangelicæ gratise lumen effulsit, et sol justitiæ toti mundo se prodidit, stellarum lumen absconditum est, et ea- rum radii caligaverunt, ita ut Àpostolus in alio loco diceret « Nam nec glorificatum est, quod glorificatum fuit in bac parte, pr opter excelle ntem gloriam » II Cor. in. Quod aliis verbis nunc loquitur, ut dicat, Leîi Moysi quæ ante Evangelium dives, et opulenta, et clara fuit, post adventum Christi ad compara tionem ejus quasi infirma et egena imminuta, atque .de¬ struc ta est ab eo qui major fuit Salomone, et tem- plo et Jona. Quod enim scriptum est : « Illuin oportet crescere, me antem mi nui » Joan. ni. 30, non tam ex Joannis, quam ex Legis persona dictum . puto, quia semper cedunt minora majoribus, et perfecta ici, en prenant ces paroles dans un sens littéral moins relevé que les éléments faibles et infirmes sont encore les traditions des Juifs, comprenant des moyens imparfaits de justification, et des préceptes défectueux. En effet, l’intelligence spirituelle de la loi est forte et riche Ezeth. xx, et on ne peut l’appeler un élément dans toute l’étendue du mot; ou si elle est un élément, c’est en comparaison du siècle futur et de la vie qui est en Jésus-Christ, vie qui est maintenant celle des anges, et des vertus célestes. Mais si on la compare au sens judaïque, on ne doit plus l’appeler un élément, c’est-à-dire, un commen¬ cement, mais bien plutôt une perfection. L’Apô¬ tre ajoute : « Maintenant que vous connaissez Dieu, ou plutôt que vous êtes connus de Dieu, » et il prouve par là qu’après avoir renoncé au culte des idoles, les Galates ont connu Dieu, ou plutôt ont été jugés dignes d’être connus de lui. Ce n’est pas que le Dieu préateur de tout ce qui existe, puisse ignorer quelque chose, mais nous disons de Dieu qu’il connaît seulement ceux qui abandonnent l’erreur pour suivre les règles de la religion. « Le Seigneur connaît ceux qui sont à Lui, » IL Tim . n, 19. Et le Sauveur dans l’Évangile : « Je suis le bon pasteur, *je connais mes brebis, et mes brebis me connais¬ sent, » Jean. - x, 14. Lorsqu’il s’adresse aux impies, il dit au contraire. « Je ne vous connais pas, retirez-vous de moi, ouvriers d’iniquité, » initiis præponuntur. Alias autem infirma et egena elementa, Judæorum traditiones et secundum lit— teram vilem intelligentiam confirinabimus, quæ, sunt justificationes non bonæ, et præcepta non bon a. Kobusta quippe et dives est Legis intéiligentia spiritualis Ezech. xx, ita ut a ut penitus elementum non debeat appeliari, aut elementum quidem sit comparatione futuri sæculi, et vitæ in Christo Jesu, qua nunc vivant angeii supernæque virtütes. Sensui vero Judaico comparata, non tam elementum, hoc est, initium, quam 'perfectio nuncupetur. Quod au¬ tem ait : « Nunc vero cognoscentes Deum, inagis autem cogniti ab eo, » illud ostendit, quod post idolorum cul- tum, Deum inteUexerint Galatæ, vel potius ipsi co- gnitione ejus digni sint judicati. Non quod Deus Creator omnium aliquid ignoret; sed quod eos tantum scire dicatur, qui errorem pie ta te muta ver int. « Cognoscit Dominas qui sunt ejus» II Tim. u, 19. Et Salvator in Evangelio : « Ego sum, » ait, « pastor bonus, et cognosco meas, et cognôscunt me meæ » Joan i x, 14. Econtra COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES Luc. xm, 27. Et aux vierges folles : « Je ne sais qui vous ôtes, » Matth. xxv, 12. « Vous observez certains jours, certains mois, certains temps et certaines années. Je crains pour vous d’avoir en vain travaillé parmi vous. » Celui qui n’adore point le Père en esprit et en vérité, ne connaît point le sabbat réservé aux saints et dont Dieu a dit : « Ils n’entreront point dans mon repos, » Ps. xciv, 11, et ne se rappelle point ces temps dont il est écrit : « Souvenez-vous des anciens jours,» Isai xlvi, 9. Et dans un autre endroit : « Je me suis souvenu des jours anciens,, et j’ai eu dans l’esprit les années éternelles, » Ps. lxxvi, 6. Il observo les jours judaïques, les néoménies, certains temps et certains mois. Les jours, comme ceux du sabbat du premier jour des mois, comme ceux qui s’écoulent du dix au quatorzième jour du premier mois, où l’agneau matériel est réservé pour l’immolation, et encore depuis le quatorze jusqu’au vingt et un du même mois, lorsqu’on mange les azymes, non de la sincérité et de la vérité, mais avec le vieux levain de la malice et l’iniquité des Pharisiens. Celui qui après la fête des azymes compte les sept semaines sui¬ vant le rit judaïque, observe les jours de la Pentecôte hébraïque; ajoutez encore le son des trompettes, le premier jour du septième mois; ceux qui le dixième jour du même mois prati- ad impios: << Nescio vos, recedite a me, operarii iniqui- tatis » Luc, xiii, 27. .Et ad stultas virgines: « Nescio vos quæ estis, [AI ; süis.] Matth xxv, 12 « Dies observatis, et menses, et tempora, et annos, timeo vos, ne lorte sine causa laboraverim in vobis. » Qui non adora t Patrem in spiritu et veritate, nescit sabbatismum sanctis repositum, de quo loquitur Deus : « Si introierunt in requiem ineaïn, Psal. xciv. il; et non de illis temporibus recordatur, de quibus scriptum est : « Recordamini dierum sæculi » Isai. xlvi, 9. Et alibi : « Memoratus sum dies antiquos, et annos æternos in mente habui » Psal lxxvi, 6. Dies Judaicos observât et menses, et tempora, et annos. Dies, ut sabbati, et neomeniæ, et a décima mensis pri- mi usque ad quartam decimam, quam agnus corporeus victimæ reservatur, et a quarta décima usque ad vice- simam primam ejusdem mensis, quando azyina come- duntur, non . sinceritatis et veritatis, sed in fermento veteri malitiæ et nequitiæ Pharisæorüm. Septem quo- que septimanas, qui ritu Judaico post azyma computat, dies Isrâeliticæ Pentecostes colit. Nec non et clangorem tubarum mense septimo prima mensis. Décima quoque 297. quent l’expiation et le jeûne, et dressent des tentes, observent encore les jours judaïques. Ceux-là' sont observateurs des mois, qui fêtent le premier et le septième mois, sans com¬ prendre le mystère de vérité qu’ils renferment. Ceux-là observent les temps, qui en venant trois fois par an à Jérusalem, pensent accomplir ce pré¬ cepte du Seigneur : « Vous célébrerez des fêtes en mon honneur trois fois l’année, vous garde¬ rez la solennité des pains azymes, la solennité du mois des prémices et la solennité de la fin de l’année; » Exod. xxnr, 14 etsuiv. Et ailleurs : « Trois fois dans l’année, tous les mâles paraî¬ tront en la présence du Seigneur votre Dieu, » Ibid. 17. L’Apôtre ajoute : « Et certaines années» et je pense qu’il veut parler de l’année de la rémission, c’est-à-dire, de la septième et de la cinquantième qu’on appelait l’année jubilaire. Saint Paul explique plus clairement ce passage dans l’Épltre aux Colossiens, lorsqu’il dit : « Que personne donc ne vous condamne pour le manger ou pour le boire, ou à cause d’une partie des jours de fête, des nouvelles lunes et des jours de sabbat, toutes choses qui ne sont que l’ombre de celles qui devaient arriver, » Coloss. u, 16. Il dit : d’une partie des jours de fête, pour les distinguer des fêtes perpétuelles, afin que. nous ne limitions pas ces fêtes à une courte et faible partie de toute notre existence; mais afin que ejusdem mensis, expiationem et jejunium, et sceno- pegias ex more figentes, Judaicos observant dies. Men¬ ses autem custodiunt, qui primun et septimum mensem, non intelligentes mysterium veritatis, observant. Tem¬ pora quoque colunt, qui ter per annos singulos Jeroso- lymam venientes, putant se Domini implere præceptum, . dic.entis: « Tribus temporibus anni diem festum agetis milii, solemnitatem azymorum, et solemnitatem messis primitivorum; et solemnitatem consummationis in exitu anni, » Exod. xxm, li, seqq. Et alibi: « Tribus temporibus anni apparebit mascnlinum tuum in con- spectu Domini Dei tui, » Ibid. xvii. Quod autem ait, « et annos, » puto de septimo remissionis anno dici, et de quinquagesimo, quem illi Jubileum vocant. Plenius hune locum ad Golossenses Apostolus explicat, dicens: « Nemo ergo vos judicet in cibo, aut in potu, aut in parte diei festi, aut neomeniæ, aut sabbatorum, quæ sunt umbra futurorum, Coloss. n, 16. Partem dici festi ad distinctionem perpetuæ festivitatis hic posuit) ut non brevein. et, ut ita dicam, totiüs corporis quamdam partioulam, sed totum vitæ nostræ spatium perpetuæ in ChrisLo solemnitatis habeamus. Et ut 298 SAINT JEROME tout l’espace de notre vie soit une fête conti¬ nuelle en Jésus-Christ. Et pour rattacher ce qui précède à ce qui suit, il ajoute aussitôt l’expres¬ sion- de sa pensée sur la loi de Moïse et sur l’attention superflue dans le choix des aliments : «'Car si vous êtes morts avec Jésus-Christ aux premiers éléments de ce monde, pourquoi encore, comme si vous viviez dans le monde, ces pres¬ criptions : ne touchez point, ne goûtez point, abstenez-vous de tel contact, toutes choses dont l’usage conduit à la mort, et qui ne viennent que d’ordonnances et d’opinions humaines. » Quelqu’un me dira : « S'il n’est plus permis d’observer, les jours, les mois, les temps et les années, nous encourons le même reproche, nous qui observons le quatrième jour de la semaine, le jour de la préparation de la Pâque, le jour du Dimanche, le jeûne quadrajésimal, la fête de Pâques, la solennité joyeuse de la Pentecôte et diverses fêtes établies en l’honneur^des martyrs, suivant la diversité des contrées. Celui qui vou¬ dra répondre simplement à cette difficulté dira : que les jours observés par les Juifs n’étaient pas les mêmes que les nôtres. Car pour nous, nous ne célébrons pas la fête des azymes, mais celle de la résurrection et de la croix. Nous ne comptons pas non plus sept semaines jusqu’à la la Pentecôte, comme le font les Juifs, mais nous vénérons la descente de l’Esprit-Saint. Et pour prévenir dans les réunions du peuple chrétien' posterioNbuspriora connectant, quid de lege Moysi et de superflua ciborum curiositate in hac eadem Epistola sentiat, statim subjungit et loquitur : « Si eniin mortui estis cum Christo, ab elementis mundi hujus, quid adhuc tamquara viventes in hoc niundo decernitis? Ne tetigeritis, neque gustaveritia, neque contrectaveritis, quæ sunt omnia in interitu ipso usu, secundum præcepta et doctrinas hominum. » Dicat aliquis : Si dies observare non licet, et menses, et tempora, et annos, nos quoque simile crimen mcurrimus quartam sabbati observantes, et parasceven, et diem Dominicain, et jejunium Quadragesimæ, et Paschæ festivilatem, et Pentecostes lætitiam, et pro varietate regionum, diversa in honore martyrum tempora constituta. Ad quod qui simpliciter respondebit, dicet : non eosdem Judaïcæ observationis dies esse quos nostros. Nos enim non azyinorum pascha celebramus, sed resurrectionis , et crucis. Nec septem juxta morem Israël numeramus hebdomadas1 in Pentecoste, sel Spiritus Sancti vene- rainur adventum. Et ne inordinata congregatio populi [idem miuueret in Christo, propterea dies aliqui consti- des désordres qui auraient pu affaiblir la foi en Jésus-Christ, on a établi certains jours où tous nous nous réunissons en commun. Cotte réunion ne donne point au jour ( où elle se fait une plus grande célébrité, mais à quelque jour qu’elle se fasse, la consolation de se voir réunis fait naître dans l’âme des chrétiens une joie plus grande. Celui qui s’efforce de répondre plus à fond à la difficulté proposée, affirme que tous les jours sont égaux, que ce n’est pas seulement au jour de la préparation de la Pâque, que le Sau¬ veur a été crucifié, ni le jour du Dimanche qu’il est ressuscité, mais que chaque jour est le saint jour de la résurrection, et qu’il se nourrit tous les jours de la chair du Seigneur. Quant aux jeûnes et aux réunions à certains jours choisis entre les autres, ils ont été établis par des hommes prudents, pour ceux qui sont plus appliqués aux affaires du siècle qu’à Dieu, et qui ne peuvent, disons mieux, qui ne veulent pas être réunis toiit le temps de leur vie dans l’Église, et venir offrir à Dieu avant leurs actions, le sacrifice de leurs prières. Car combien en est-il qui obser¬ vent fidèlement ce petit nombre de- jours qui nous ont été 'prescrits pour être consacrés soit à la prière, soit au jeûne? Ainsi donc il nous est permis ou de pratiquer continuellement le jeûne, ou de prier toujours, de célébrer sans relâche le jour du Seigneur après avoir reçu dans la joie le corps du Sauveur; mais il tuti sunt, ut in ununi omnes pariter veniremus. Non quo celebrior sit dies ilia qua . convenimus, sed quo quacumque die conveniendum sit, ex conspectu [Al. et aspectu mutuo] lætitia major oriatur. Qui vero opposite quæstioni acutius respondere conatur, illud affirmât, omnes dies æquales esse, nec per' parasceven tantum Christum crucifigi, et die Dominica resurgere, sed semper sanctum resurrectionis esse diem et semper eum carne vesci Dominica. Jejunia autem ei congréga¬ tions inter dies propter eos a viris prudentibus consti- tntos, qui magis sæculo vacant, quam Deo, nec pos- sunt, immo nolunt toto in Ecclesia vitæ suæ tempore congregari, et auto humanos actus, Deo orationum sua- rum offerre sacrificium. Quotus enim quisque est, qui saltem hæc pauca quæ statuta sunt, vel orandi tem¬ pora, vel jejunandi semper exerceat ? Itaque sicut nobis licet vel jejunare semper, vel semper orare, et diem Dominicain accepto Domini corpore indesinenter cele- brare gaudeutibus ; non ita et Judæis, fas est omni tempore immolare agnum, Pentecostem agere, taber- naciila figere, jejunare quotidie. Satis vero caute inter \ 299 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES n’est pas permis , aux Juifs d’immoler en tout temps un agneau, de célébrer la Pentecôte, de dresser des tentes, de jeûner tous les jours. Saint Paul parle ici avec assez de prudence, et ses paroles tiennent comme le milieu entre l’autorité de l’apôtre, et la douceur d’un saint : « Je crains pour vous, dit-il, d’avoir en vain travaillé parmi vous. » S’il avait voulu les condamner sans aucun ménagement, il eût dit : « Je crains pour vous, car c’est en vain que j’ai travaillé parmi vous. » Mais il voit que les Galates ont le zèle de Dieu, bien qu’il ne soit pas selon la science, il ne désespère donc pas entièrement du salut de ceux qui ont été trom¬ pés par une pieuse erreur, et en mémo temps il ne les laisse point sans reproche dans la crainte de leur donner occasion de persévérer dans l’erreur, et aux autres d’imiter leur égare¬ ment. Il dit littéralement : « Je vous crains, » pour : « Je crains pour vous. » En effet, c’est en vain que le maître travaille lorsqu’il appelle ses disciples à de grandes choses, et que ceux-ci retournent en arrière et retombent dans les imperfections et les misères de leur vie pre¬ mière. . «Soyez comme moi, parce que moi j’ai été comme vous. » Voici le sens de ces paroles : De même que je me suis rendu faible pour vous qui ôtiez faibles, et que je n’ai pu vous parler comme à des hommes spirituels, mais comme à des personnes encore charnelles et comme à des enfants en Jésus-Christ; de même encore auctoritatem Apostoli,' et sancti hominis lenitatem verba moderatus est, ’inferens: « Timeo vos, ne forte sine causa laboraverim in' ÿobis. » Si enim abrupte condemnare voluisset, dixisset utique : « Timeo vos, sine causa enim laboravi in vobis. » Nunc autem videns eos zelum Dei habere, sed non secundum scientiam, nec penitus eorum desperavit salutem, qui pio fuerant errore decepti, nec rursum irreprehensos reliquit, ne et ipsis perseverandi in errore, et cæteris occasionem simili ter tribueret errandi. « Timeo autem vos, » posuit, pro eo quod est, « timeo de vobis. » Sine causa laborat magister, cum ipse provocat ad majora disci- pulos, et illi rétro lapsi ad minora et humilia revol- vnulur. « Estote sicut et ego, quia et ego sicut vos. » Quod dicit taie est, quomodo ego vobis inûrmis sum factus infirmus, et non potui ioqui ut spiritualibus, sed quasi carnalibus et parvulis iu Christo, et quia necdum pote- ratis solido cibo vesci, Evangelico vos tantum lacté qu’étant incapables d’une nourriture solide, j’ai dû vous nourrir du lait de l’Évangile, parce que je ne voulais pas vous voir rester toujours dans l’âge de l’enfance, mais que je désirais vous conduire peu à peu jusqu’à l’adolescence et la jeunesse, afin que vous puissiez vous nourrir d’une nourriture plus substantielle; ainsi vous devez être comme je suis, c’est-à- dire, goûter les choses plus parfaites, on cessant de faire usage du lait et en vous nourrissant d’une nourriture plus forte et d’aliments plus relevés. Or, l’Apôtre parle ici comme imitateur du Sauveur qui n’a point cru que ce fût pour lui une usurpation de s’égaler à Dieu, et qui s’est cependant anéanti lui-même en prenant la forme d’esclave, ayant été fait semblable aux hommes, et reconnu pour homme par tout ce qui a paru de. lui; et cela pour que nous devinssions des dieux, d’hommes que nous étions, et que nous no fussions plus sujets à la mort, mais que ressuscitant avec Jésus-Christ, nous fussions 'appelés ses amis et ses frères, et afin que le disciple fût comme le maître, et le serviteur comme son seigneur. On peut encore entendre ces paroles dans ce sens : Je vous en supplie, mes frères, laissez les observances judaïques, les jours, les mois, les temps, les années qui ne sont que l’ombre - des choses à venir, et prenez-moi pour modèle, moi qui ayant vécu sans reproche dans la loi, ai regardé tout comme du fumier et comme des feuilles mortes, pour gagner Jésus-Christ. Car potavi, nolens in ætate vos semper infantiæ perma- nere, sed paulatiiri ad adolescentiam et juventutem usque perduccre, ut solidum cibuin possetis accipere ; ita et vos debetis esse sicut et ego sum, peiTectiora videlicet sapere, dimisso lacté, ad fortiores cibos, et ad pabula transira majora. Hoc autem loquitur quasi Salva- toris iinitator, ,qui non rapinam arbitratus est se esse æqualem Deo, sed semetipsum exinanivit formam servi accipiens ; et habitu inventus est ut homo, ut nos dii fieremus ex hominibus, et non ultra moreremur ; sed consurgentes Christo, amici ejus diceremur et fratres, et ut esset discipulus sicut magister, et servus sicut do min us. Potest autem et ita intell igi : Ohsccro vos, inquit, fratres, • ut Judaica observatione contempta, dierum, mensium, teniporum, atque annorum, quæ sunt umbræ futuroruin, me imitemini, qui sine quereia in Lego ver sa tu s, omnia arbitratus sum quasi purga- menta atque quisquilias, ut Ghristum iucrifacerem. Fui quippa et ego sicut vos nunc estis, cum eisdem observa- 300 SAINT JÉROME j’ai été comme vous êtes maintenant, astreint rigoureusement aux mêmes observances, et ravageant en persécuteur acharné l’Église de Jésus-Christ, parce qu’elle ne pratiquait pas les mêmes observances. « Je vous en conjure, mes frères, vous ne m’avez blessé en rien. Au contraire, vous savez que je vous ai autrefois annoncé l’Évangile dans la faiblesse de la chair. » Rattachez ce qui suit à la proposition qui précède, et afin de rendre cette liaison plus claire, voici l’ordre que nous supposons : Je vous en conjure, mes frères, soyez comme moi, parce que j’ai été comme vous. Voici une proposition semblable : « Nous vous en conjurons au nom de Jésus- Christ, réconciliez-vous avec Dieu » II. Cor . v, 20. Et dans un autre endroit : Je vous conjure donc avant toutes choses, que l’on fasse des supplications, des prières, des demandes et des actions de grâce » I. Timt, n, 9. Citons encore ces paroles de saint Pierre : « Je conjure les prêtres placés parmi vous, moi prêtre comme vous ot témoin des souffrances de Jésus-Christ, » I. Pier . v. 1. Ces paroles nous invitent à la pratique de l’humilité, et rabattent le faste orgueilleux des évêques qui, établis comme dans un poste élevé, daignent, à peine jeter un regard sur les mortels et adresser la parole à ceux qui comme eux, sont les serviteurs du Seigneur. Qu’ils apprennent cette leçon de l’Apôtre qui appelle [ses frère3 les Galates in- tionibus sti'ictus tenebar, et Ecclesiam Christi, quia ista non faceref, persequens devastabam. «Fratres, obsecro vos, nihil me læsistis. Scitis autem quia per infirmiLatem carnis evangelizavi vobis jam pridem. » Superiori sententiæ junge quod sequitur, quod ut fiat manifestius, sit ordo iste quem fingimus : Obsecro vos, fratres, estote sicut et ego, quia et ego sicut vos. Simile est huic illud : « Rogamus pro Christo, reconciliamini Deo » Il Cor. v, 40. Nec non et alibi : « Obsecro primum omnium fteri deprecationes, oratinnes, postulationes, gratiarum actiones » 1 Tim. n, 1. Pétri quoque verba dicentis : « Seniores in vobis rogo consenior ipse, et testis passionum Christi I Petr. v, 1. Quæ quidem et nos ad humilitatem-provocant, et supercil mm decutiunt episcoporum, qui velut in aliqua sublimi spécula Constituti, vix dignantur videre mor- tàles, et alloqui conservos suos. Discant ab Àpostolo, errantes et insipientes Galatas fratres vocari. Discant pj&t increpationem blanda verba dicentis: « Obsecro vos . sensés et tombés dans l’erreur. Qu’ils apprennent de lui à faire succéder aux reprocdes ces douces paroles : « Je vous en supplie, » I, Cor. xi. Or de quoi les conjure-t-il, c’est qu’ils soient scs imitateurs, comme il l’a été de Jésus- Christ. Je dirai plus, pour m’en tenir aux paroles que j’explique, il ne leur demande rien d’extraordinaire, c’est que de même qu’il s’est fait pour eux petit dç grand qu’il était, ils s’élèvent eux-mêmes des choses inférieures à de plus relevées. « Vous ne m’avez offensé en pen, » dit-il. Le disciple blesse le maître si par sa négligence, il laisse perdre le fruit de ses préceptes et de son travail. Jusqu’alors les Galates n’avaient point blessé l’Apôtre, puisqu’ils avaient gardé son Évangile, et ses préceptes. Ou bien voici le sens de ces paroles : Quand je vous ai d’abord annoncé l’Évangile, et que par suite de la faiblesse de votre chair qui vous rendait incapables de recevoir une doctrine plus relevée, j’ai dû vous parler comme à des petits enfants, et que j’ai feint moi-même d’être faible, pour vous gagner dans votre faiblesse, est-ce que vous ne m’avez pas reçu comme un ange, comme le Christ Jésus? Puis donc que vous ne m’avez blessé en aucun temps, et que vous m’avez regardé comme, le Fils de Dieu dans Tétât d’humilité et d’abaissement où je m’étais réduit, comment en vous appelant à de plus nobles efforts, pourrais-je être blessé par vous en perdant le fruit de mon travail et , en vous I Cor. xi. Quod autem obsecrat, illud est, ut imita- tores" ejus sint, sicut ipse Christi; immo ut præ- sentem locum sequar, nihil est grande quod postulat : ut ’ quomodo ipse propter illos de majori factus est minor, sic illi, a minoribus ad majora conscendant. « Nihil me, » inquit, « læsistis. » Lædit discipulus magistrum, si per negligentiam suam præcepta ejus laboremque disperdat. Non læserant Galatæ Apostolum, usqué in præsens tempus Evangelium ejus ac mandata servantes. Aut certe ita : Quando vobis primum Evangilium annuntiavi; et propter infirmitatem carnis vestræ, quia non poteratis sacramenta suscipere majora, prædicavi vobis quasi parvulis, et meipsum iufirmun esse simulavi, ut vos infirmos lucrifacerem ; nonne quasi angelum suscepislis me, quasi Christum Jcsum ? Cum igitur in nullo me illo tempore læseritis [Al. læsistis], et me vestri causa humilem atque dejectum similem Dei Kilio putaveritis; quomodo ad majora vos provocans Izedor a vobis, perdendo laborem meum, et dispensationem COMMENTAIRES SUR L EPITRE AUX GALATES 301 voyant regretter comme inutile de m’être rendu petit pour vous; or c’est dans la faiblesse non de sa propre chair, mais de la chair de ses auditeurs que Paul a annoncé l’Évangile aux Galates qui ne pouvaient soumettre leur chair à la parole de Dieu, et, comme des hommes charnels, étaient incapables de toute intelligence spirituelle. Pour refhdre cette pensée plus claire, donnons un exemple. Celui qui dit : « S’ils ne peuvent garder la continence, qu’ils se marient, » et encore : Si son mari meurt, la femme est libre, qu’elle sè marie à qui elle voudra, pourvu que ce soit selon le Seigneur I. Cor. vu, 9, 39. enseigne selon la faiblesse, de la chair Mais il cesse d’enseigner selon la faiblesse de la chair, lorsqu’il dit : « Navez-vo.us point de femme, ne cherchez pas à vous marier;» et encore : « Il est temps que ceux qui ont des femmes soient comme s’ils n’en avaient pas, » Ibid , 27, 29. Parmi ces préceptes, les uns sont pour les spirituels, les autres pour les charnels, et il faut distinguer encore entre ce qui est de conseil et ce qui est de précepte. « Or cette épreuve à laquelle vous avez été soumis à cause de ma chair, vous ne l’avez ni méprisée, ni repoussée, mais vous m’avez reçu comme un ange de Dieu, comme le Christ Jésus, » Cet endroit est obscur et demande une attention toute particulière. Je vous ai, dit-il, annoncé autrefois l’Évangile dans la faiblesse illam, qua me parvulum esse simulaveram, irrito opéré nunc lugetis ? Per infirmitatem autem carnis non suæ, sed audientium, Galatis Paiüus annuntiat ; qui non poterant carnem shbjicefe verbô Dei, sed quasi carnei, nihil intelligentiæ suscepere'spiritualis. Quod ut eviden- tius fiat, ponamus exemplum. Per infirmitatem carnis docet, qui dicit : « Si se non continent, nubant. » Et : « Mulier, si mortuus fuerit vir ejus, libéra est ; cui vult nubat, tantum in Domino » I Cor. vil, 9, 39. Nequaquam vero per infirmitatem carnis docet, ista commemorans : «Solutus es ab uxore, noli quærere uxorem. » Et : «Tem- pus est, ut et qui babent uxores, sic sint quasi non babentes Ibid. .27, 29, Aliaquippe præcepta ad spirituales, alia dantur ad carneos. Et aliud est quod juxta imperium, aliud quod juxta indulgentiam præcipïtur. « Et tentationem vestram, quæ erat in carne mea, non sprevistis, neque respuistis ; sed sicut angelum Dei excepistis me, sicut Christum Jesum. » Obscurus locus, et acrius attendendus. Ego quidem, ait, quasi parvulis vobis atque lactentibus per infirmitatem carnis vestrae jam pridem evangelizavi, a minoribus incipiens, et (ut de votre chair, comme à des petits enfants qui sont encore au sein de leur mère, en com¬ mençant par renseignement le plus simple, et pour ainsi parler, en me réduisant à bégayer parmi vous. Ce choix affecté d’uue prédication aussi simple était chez moi la suite d’un dessein prémédité; mais pour vous, c’était un sujet d’épreuve; ce genre de prédication vous plairait- il, et auriez-vous une haute idée d’un ensei¬ gnement aussi simple de sa nature et que je vous donnais comme tout à fait élémentaire? Or, cet enseignement, vous l’avez reçu, non comme il paraissait, mais comme une doctrine relevée, et il a excité parmi vous une si grande admiration que vous m’avez reçu moi, qui vous parlais, a comme un ange, je dirai plus, comme le Christ Jésus. Cette épreuve donc à laquelle je vous ai soumis par le genre si simple de mon enseignement n’a été pour vous ni si vulgaire, ni digne de mépris, vous en avez même conçu une plus haute estime que je ne l’espérais. On peut encore expliquer de la sorte ce passage. Lorsque je suis venu vers vous, je ne suis point venu dans la sublimité du discours, mais comme un homme humble et méprisé, n’annon¬ çant rien de grand, si ce n’est le Crucifié. Lors donc que vous m’avez vu avec un corps soumis aux infirmités vous promettre le royaume des cieux, vous ne vous en êtes point moqué, vous ne m’avez pas jugé digne de mépris, car vous compreniez que la faiblesse de ita dicam) apud vos pene balbutions. Quæ dispensai® et prædicationis infirmæ simulatio, mea qu;dem gubernatio erat sed vestra tentatio an vobis placèrent, et magna viderentur ea quæ pro conditione sui minora erant, et a me quasi humilia promebantur. Quæ, qui¬ dem vos non ut parva, sed ut magna capientes, intan¬ tum admirati e^tis, ut me qui ea loquebar quasi ange- lum, et, ut plus dicam, quasi Dei Filium susciperetis. Hæc ergo vestra tentatio, qua ego vos in carnali mei sermonis annuntiatione tentabam, non fuit con- tempta, nec vilis; sed plus quam æstimabam, babuit dignitatis. Potest et locus iste ita edissçri : quando veni ad vos, non veni in serrnoue sapientiæ, sed liomo humilis atque contemptus nihil magnum déféré ns? crucifixum. Cum igilur me videretis in corpore in- firmitatibus obnoxio constitutum, régna cœlestia pollicentem, non irrisistis, nec æstimastis dignum esse contemptu ; intelbgebatis quippe huinilitatem carnis meæ, et ipsius habitus vilitatem, ad vestram tentationem fieri ; an videlicet contemneretis eum, qui ab incredulis miserabilis putabatur ; sed econtra' v 302 SAINT ma chair, et la simplicité de mon extérieur étaient pour vous comme une tentation de mépriser celui qui était regardé par les incrédules comme un homme misérable; mais au contraire cet homme si humble, si vil, si méprisable, vous l’avez reçu comme un ange, et beaucoup mieux qu’un ange. Nous pouvons encore conjecturer que l’Apôtre, lorsqu’il vint la première fois chez les Galates , tomba malade, et que malgré l’infirmité dont son corps était atteint, il ne garda point le silence et ne cessa point de continuer à prêcher l'Évangile. La tradition nous apprend en effet qu’il souffrait souvent d’un violent mal de tête, et que c’est là range de Satan qui lui a été donné pour le souffleter dans la chair, et l’empêcher de s’enor¬ gueillir. Cette infirmité, cette langueurcorporelle’ fut une épreuve pour ceux à qui il annonçait l’Évangile, et qui se demandaient s’ils ne devaient pas mépriser celui qui. leur promettait de sublimes récompenses, et qu’ils voyaient soumis aux langueurs de la maladie. Ajoutons encore, que dans les commencements de son séjour parmi les Galates, il eut à souffrir, des outrages, des persécutions, et des blessures corporelles de la part de ceux qui s’opposaient à l’Évangile. Et c’eût été la plusforte tentation pour les Galates de voir frapper de verges l’apôtre du Christ. En disant ; Vous m’avez reçu comme un ange, et même comme le Christ Jésus, saint ilium humilem, vilem atque contemptum, ita ut an¬ gelum, et plusquam angelum suscepistis. Aut certe suspicari possumus, .Apostolum oo tempore qüo pri- mum venit ad Galatas, ægrolasse; et aliqua corpus- culi mfirmitate detentum, non cessasse tamen, nec vocem silentio repressisse, quo minus cœptum Evan¬ gelium prædicaret. Nam tradunt eum gravissimum capitis dolorem sæpe perpessum : et hune esse an+- gelum Satanæ, qui appositus ei sit, ut eum colaphi- Æaret in carne, ne extolleretur. Hæc infirraitas, et languor hic corporis, apud eos quibus annuntiabatur Evangelium, tentatio fuit; an contemnerent eum sublimia promittentem, quem langoribus corporis subjectum videhant. Nec non et illad dici potest, quod in principio adventus sui ad Galatas, contume- lias, et persecutiones, et plagas corporis ab his qui contradicebant Evangelio sustinuerit; et hanc fuis¬ se tentationem vel maximum Galatis, Apostolum Christ i cernentibus ' verberari. Quod autem ait, sicut angelum, sicut Christum Jesuin suscepistis me ; et JEROME Paul montre que le Christ est supérieur aux anges, lui qui selon réconomie de son incar¬ nation, était déclaré par le Psaimiste, inférieur aux anges : « Vous l’avez rendu pour un peu de temps inférieur aux anges, » Ps. vin. 6; et il fait voir que les paroles qu’il a dites au commencement contenaient la démonstration de cette vérité que les anges étaient soumis au . Christ. Ou est donc votre bonheur? Car je vous, rends ce témoignage que, s’il eût étépossible, vous vous seriez arraché les yeux, et vous me les auriez donnés. Je suis donc devenu votre ennemi en vous disant la vérité? » Bienheureux est celui qui marche dans la voie des vertus, mais à la condition de parvenir jusqu’aux vertus. Il ne vous sert de rien de vous retirer des vices, si vous n’embrassez toute vertu. Car dans les bonnes résolutions, ce ne sont pas tant les commencements qui sont dignes de louanges, c’est la fin. Voyez dans la vigne, il y a bien des degrés jusqu’au moment où le raisin est jeté dans le pressoir. Il faut d’abord que la vigne bourgeonne dans les pampres, qu’elle promette l’espérance dans les fleurs, et qu’ensuite la fleur étant tombée, la forme de la grappe future s’ébauche, et que le raisin grossissant peu >à peu, arrivé à sa maturité, on le jette sous le pressoir, pour en exprimer un vin délicieux. 1 en est. ainsi pour l’enseignement de la. doctrine; . angelo [Al. angelis] Christum esse ostendit majorem, quem secundum dispensationem corporis, minorem Psalmista cantaverat, dicens : « Minorasti eum paulo minus ah angelis Psal. vin, 6; et tantum sua verba in principio valuisse demonstrat, ut angeli putaren- tur et Ghristi. « Ubi est ergo beatitudo vestraî Testimonium enim perhibeo vobis ; quia si fieri potuisset, oculos vestros eruissetis et dedissetis milii. Ergo inimicus vobis factus sum veritatém dicens vobis? Beatus est qui ambulat in virtutum via, sed si ad virtutes usque pervenerit. Nec prodest a vitiis recessisse, nisi optima comprebendas. Quia non tam initia sunt in bonis studiis laudanda, quam finis. Sicut enim in vi- nea multi usque ad prælum uvæ gradus sunt; et pri- mum necesse est ut vitis gemmet iii pampinis, spem promitLat in floribus; debinc \it flore decusso, fu- turi botri species deformetur, paulatimque turges- cens uva parturiat, ut pressa torcularibus dulcia musta dësudet. Ita et in doctrina ainguli beatitudi- 803 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES il y a plusieurs degrés de béatitude; il faut tout d’abord , entendre la parole de Dieu, puis, quo cette parole conçoive, que ce fruit se développo dans le sein de Famé, et parvienne jusqu’à l’enfantement. Après avoir ehfanté, il faut allaiter le nouveau-né, et en passant par le premier âge, l’enfance, l’adolescence, la jeunesse, le conduire jusqu’à l’homme parfait. Or, comme chacun de ces degrés, ainsi que nous l’avons dit, a selon son avancement divers degrés de béatitude, si la fin, et pour ainsi dire, si la dernière main vient à manquer à l’ouvrage, tout le travail est rendu inutile, et l’on pourra dire : « Où est votre bonheur? » Car, leur dit-il, bien qu’au temps où vous avez reçu l’Évangile dans la faiblesse de la chair, je vous proclamais bienheureux en voyant la ferveur de vos commencements; cependant, comme je vois que le faîte n’a pas encore couronné l’édifice, et que les fondements mêmes ne sont pas encore jetés, je suis forcé de dire : « Où est donc votre bonheur que je reconnaissais en vous, et dont je me plaisais à vous louer? » Car je l’avoue en toute vérité, lorsque je vous annonçais un^ doctrine si humble au milieu des persécutions dont j’étais assailli, vous m’aimiez à ce point, que s’il avait été possible (il faut prendre ces paroles comme une hyperbole,) vous vous seriez arraché les yeux, et vous me les auriez donnés, afin qu’à l’aide de tous vos yeux, num suni provectus [Al. profectus]; ut audiat quis verbum Dei, ut concipiat, ut in utero animæ ejus adolescat, et ad partum ■ usque perveniat. XJt cum pepererit ilium, lacté ■ enutriat, et per infantiam, piiePitiam, adolescentiam, juventutem, ad perfectum virum usque perducat. Gum ergo singuli, ut diximus, gradus, juxta provectus suos habeant beatitudinem; si finis, et ut ita loquar, extrema manus operi de- fuerit, totus labor irritus fiet; et dicetur : « Ubi est ergo beatitudo vestra? Quamvis, inquit, vos eo tem- pore quo evangelium juxta carnem susceperatis, beatos dicerem quod in initiis fervebatis ; tamen nmic quia non video ædîficio culmen impositum, et pene nequaquam jacta fundamina, cogor dicere : « Ubi est ergo beatitudo vestra, » qua vos beatos arbi- trans ante laudabam? Yere enim et ipse fateor, quia sic me vobis humilia prædicantera vel perse- cutionibus conflictatarp, in principio dilexistis; ut ei fieri posset (hyperbolice autem sunt accipienda qufie loquitur) eruissetis vobis oculos; et mihi, ut je pusse voir avec plus de clarté ; vous désiriez devenir aveugles par l’ineffable charité que vous aviez pour moi; vous vouliez que la lumière de l’Évangile se levât avec plus de clarté dans mon cœur, et que ces avantages me fussent acquis à votre détriment ; et cela dans ce temps où, vous considérant comme de petits enfants encore au sein de leur mère, ou bien je vôus annonçais une doctrine humble et simple à cause de l’infirmité de votre chair, ou bien je ne vous paraissais point digne de foi? à cause des outrages dont j’étais l’objet dans la chair. Mais maintenant que je vous ai retirés des éléments, des syllabes et de la lecture propre aux enfants, pour vous élever à une doctrine plus haute, afin que vous teniez vous-mêmes les livres dans vos mains, afin’ que vous appreniez des paroles pleines d’érudition et d’intelligence, vous vous récalcitrez, vous vous irritez, c’est un fardeau pour vous que la doctrine parfaite, et vos sentiments sont tellement changés, qu’après m’avoir reçu comme un ange, comme le Christ, après m’avoir voulu donner vos yeux, vous me . regardez comme votre ennemi, parce que je vous annonce la vérité pleine et entière. Il termine élégamment sa proposition, en disant : « Je suis donc devenu votre ennemi en vous disant la vérité?,» leur montrant ainsi que les commencements de sa prédication avaient été moins la vérité que omnium vesirum lurainibus plus cernerem, dedissétis. Optabatis quippe vos cæcos esse per inefTabilem in me charitatem ; ut plus in meo corde Evangelii lumen oriretur, emolumentum meum vestris darunis crescere volebaiis ; et hoc illo tempore, quo vobis quasi parvu- lis atque lactentibus, sive propter infirmitatem carnis vestræ parva et humilia annuntiabam, sive propter meæ carnis injurias, non dignus videbar hde.. Nuuc vero quia ab elementis et syllabis et lectione puerili ccepi vos ad majora studia provocare, ut libros teneatis in manibus, ut plena eruditionis, et sensuum verba dis- catis, recalcitratis, irascimini, gravis vobis videtur esse perfectio doctrinarum, et intantum in alios mutati estis affect us, ut me quem quasi angelum et Ghristum susceperatis, cui volebatis oculos vestros tradere, nunc habeatis inimicnm; quia vobis plenam annun- tio veritatem. Eleganter autem sententiam termina- vit dicens : « Ergo inimicus vobis factus suni veritatem dicens vobis? ut ostenderet initia prædicationis, non tam veritatem 'fuisse, quam ùmbram et imaginem 304 SAINT JEROME ’ombre et l’image de la vérité. Nous trouvons une maxime semblable dans cette pensée d’un poète célèbre parmi les Romains, Tèren.t , in And . i, 1. La complaisance enfante les amis, la vérité enfante la haine. » Mais voyez comme l’Apôtre est supérieur au poète. En effet l’Apôtre adapte cette vérité à ceux qu’il avait appelé des insensés et des petits enfants, et la rend spéciale pour eux, en l’adressant directement et personnellement aux Galates. Le poète, au contraire, en énonçant une propo¬ sition générale qu’il déclare appliquer à tous les hommes, a commis une grave erreur. Car cette complaisance qu’il représente comme nous conciliant des amis, si elle supprime la vérité n’est plus de la complaisance, mais de l’adu¬ lation, de la flatterie, et il est évident qu’on devrait bien plutôt l’appeler une inimitié secrète qu’une véritable amitié. Considérons encore qu’aujourd’hui, môme lorsque nous adressant à des petits enfants qui se nourrissent de lait, à ceux dans les cœurs desquels Jésus- Christ ne s’est jamais développé, et n'a jamais crû en âge, en sagesse et en grâce aux yeux de Dieu et des hommes, nous leur expliquons le sens littéral des Écritures, ils nous comblent d'éloges, de témoignages d’estime et d’admi¬ ration. Mais dès que nous commençons à les exciter à s’élever à des choses plus grandes, de nos panégyristes, ils deviennent nos ennemis ; veritatis. Similis est huic ilia sententia nobilis apud Romanos poetæ, Terent . in And > i, 1 : Obsequium amicos, veritas odium parit. Sed vide quanto hic melius quam ille; Àpostolus enim his quns stultos dixerat, quos parvulcs appel- larat, banc sententiam temperavit, et specialem fe- cit; dum proprie ad personas Galatasque direxit. Ille vero et generalem, et ita se apud omnes habere denuntians, vehementer erravit. Obsequium enim, quo putavit amicos fieri, veritate dempta, non tam obsequium est, quam adulatio, et assentatio ; quas clandestinas magis inimicitias, quam amicitias dici debere, perspicuum est. Simul autem et illud con- siderandum, quod hodie quoque quamdiu parvulis atque lactantibus, et bis in quorum cordibus num- quam Christus adolescit, nec proficit ætate et sa- pventia, et gratia apud Deum et homines, juxta litteram Scripturas explanamus, laudamur, suspici- mur, admira tioni habemur. Cum autem paululum cœperimus eos provocare, ut transeant ad majora, ils aiment mieux suivre les Juifs plutôt que les apôtres, qui s’éloignant de la doctrine et des traditions des Pharisiens, se sont approchés de Jésus-Christ qui est le propitiatoire et la perfection de la loi. Iis ne daignent pas recevoir la parole divine, qui ordonne aux docteurs de l’Église de monter à des vérités plus élevées, de donner à leur voix toute sa force, sans craindre le vacarme des enfants qui font retentir les airs de leurs cris, alors que Dieu leur dit : « Montez sur le sommet de la montagne, vous qui évangéli¬ sez Sion, élevez la voix, vous qui évangélisez Jérusalem, élevez la voix, ne craignez pas, » isai xl, 9. « Ils vous montrent un attachement qui n’est pas bon, car ils veulent vous éloigner de nous, afin que vous vous attachiez à eux. Du reste, attachez-vous au bien pour le bien . en tout temps, et non pas seulement lorsque je suis pré¬ sent parmi vous. » ;Ceux-là montrent un atta¬ chement louable, qui désirent ressembler à coux qu’ils voient comblés de grâces, de dons, de vertus, et qui s’efforcent d’imiter la foi, la vie et les œuvres qui les ont rendus recomman¬ dables afin de pouvoir obtenir eux-mêmes les dons qui sont dignes d’une émulation louable. C’est de ces dons que l’Apôtre dit : « Désirez les dons spirituels, mais surtout le don de prophé¬ tie. » Et un peu plus loin : Puisque vous souhai¬ tez avec tant d’ardeur les dons spirituels, dési- de præconibus nostris inimici fiant; et malint Ju- dæos potius quam apostolos sequi, qui a Pharisæ- oivum doctrina et traditionibus recedentes, ad ipsum Christum propitiatorium et perfectionem Legi's i,n- gressi sunt ; nec divinum sermonem accipere di- gnentur, qui Ecclesiæ magistros jubet ad altiora dogmata scandere, et totis viribus sublimare vocem, nec circumlatrantium strepitum pertimescere par- vulorum, dicentem [AL dicens] : « Super montem ex- celsum ascende, qui evangelizas Sion. Exalta in vir- tute vocem tuam, qui evangelizas Jérusalem. Exalta, noli timere Isai. xl, 9. « Æmulantur vos non bene ; sed excludere vos volunt, ut illos æmulemini. Bonum autem æmulamini in bono semper; et non tantum cum præsens sum apud vos. » Æmulantur bene, qui cum videantin aliqui- bus esse gratias, dona, virtutes, ipsi taies ,esse deside- rant; et fidem, vitam atque industriam eorum per quæ ilia meruerunt, nituntur imitari, ut possint ea quoque quæ bona æmulatione digna sunt, consequi. De quibus et Apostolus ait : « Æmulaminj spiritualia : 305 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GATATES rez en être remplis pour l'édification de l’Église. » Et encore : « Pour conclure donc, mes frères, désirez surtout le don de prophétie, et n’empê¬ chez pas l’usage du don des langues. » Ceux-là au contraire, font preuve d’une mauvaise émulation qui désirent beaucoup moins devenir meilleurs en imitant ceux qui sont dignes de cette émula¬ tion, que de les rendre plus mauvais eux-mêmes et de les faire revenir en arrière par une ému¬ lation coupable. Que par exemple on dise : Un tel est chrétien, il lit Moise et les prophètes; il sait que tout ce qui a précédé pour ce peuple était des ombres et des images, et que ces choses ont été écrites pour nous qui nous trou¬ vons à la fin des temps. La circoncision véri¬ table n’est point pour lui la circoncision exté¬ rieure, mais la circoncision des oreilles et du cœur.' Il est ressuscité avec Jésus-Christ, il cherche les choses qui sont en haut. Il est déli¬ vré de ce fardeau, de cette servitude de la loi qui fait retentir cette défense : Ne touchez point, ne goûtez point, ne vous souillez point. Quelqu’un cherche à persuader à ce chrétien par les paroles de l’Écriture, d’entendre ce qui est écrit non dans un sens figuré, mais selon la lettre qui tue, de devenir Juif en public plutôt qu’intérieurement, il a pour lui une émulation mauvaise, il se hâte de l’entraîner précipitam¬ ment en arrière, alors qu’il marchait vers la per¬ fection, et cela afin qu’il s’attache à lui qui magis autem ut prophetetis. » Ac deinceps : « Sic et vos, quoniam æmulatores estis spiritualium, ad ædificatio- nem Ecclesiæ quærite ut abundetis. » Et iterum : « ïtaque, fratres, æmulamini prophetare, et Ioqui lin- guis nolite prohibera. » Æinulantur autem non bene, qui non tam ipsi cupiunt esse meliores, ut imitentur eos qui æmulatione digni sunt, quam illos ipsos volunt . facere pejores, et retrorsum trahere æmulatione per- versa. Verbi gratia dictum sit : Ghristianus est quis- piam, legit Moysen et prophetas ; scît omnia in umbra et in imagine illi populo præcessisse ; scripta autem esse propter nos in quos fines sæculorum decurrerunt. Gircumcisionem non tam præputii, quam aurinm et cordis intelligit. Resurrexit cum Gbristo ; ea quærit quæ sursum sunt. Liberatus est ab onere et servitute Legis, ne tangas, ne gustes, ne contamines, imperantis : huîc si quis Scripturarum verbis voluerit . persua- dere, ut non per tropologiam, sed occidentem litteram quæ sunt scripta, suscipiat ut in manifesto fiat Judæus, non in occulto, æmulatur eum non bene ; sed concito cursu ad majora gradientem retrabere festinat ; Tom, x tourne le dos au but, ou s’il ne va jusque- là, il ne le fait pas aller beaucoup en avant. L’Apôtre parle ici aux Galates que les partisans de la loi paient entraînés à les imiter, alors qu’ils auraient dû bien plutôt imiter eux-mêmes les Galates. Gomme il est naturel que de petit on devienne grand, et non pas qu’on devienne petit de grand qu’on était, il leur dit : « Atta¬ chez-vous au bien pour le bien, » c’est-à-dire, n’imitez pas lés partisans des observances judaïques, mais imitez bien plutôt ce qui est bon. Celui qui cherche à imiter l’état de fortune, de puissance, la dignité de quelqu’un, imite beaucoup plus ce qu’il devrait fuir, que ce qui est bien; vous au contraire, attachez-vous au bien pour le bien, cherchant les choses spiri¬ tuelles plutôt que celles de la terre. Alors plutôt qu’ils ne vous regardent comme des Juifs, vous leur enseignerez que vous êtes chrétiens. Or, pratiquez cela toujours, afin que cette marche persévérante vous fasse parvenir à la fin de vos bonnes œuvres. Vous vous attachiez autrefois au bien pour le bien, lorsque j’étais avec vous, mais lorsque je vous eus quittés, vous avez perdu tout ce que je vous avais donné, et de cette rade sûre, de ce port tranquille, vous avez été entraînés de nouveau en pleine mer par le mouvement des flots. Il n’est point étonnant qu’après le départ de l’Apôtre, ce vase d’élection, et par lequel parlait le Seigneur Jésus-Christ lui- ut se potius æmuletur qui retrorsum vadit ; aut certe eum multum ultra non promovet. Loquitur ïtaque Galatis, qui ab assertoribus Legis inducti fuerant, ut eos imitarentur, cum illi potius Galaias debuerint imitari. Quia naturale est, majorem de minori, non minorem fieri de majore, et dicit : « Bo- num æmulamini in bono, » id est, nolite assertores Judaicæ observationis imitari, sed ea quæ bona sunt, imitamini. Quomodo enim qui divitias, poten- tiam, dignitatem alicujus imitatur, non tam bona, quam ea quæ fugienda sunt, æmulatur; ita et vos econtrario, bonum æmulamini iu bono; magis quæ- rentes spiritualia quam carnalia; ut non illi vos Ju- dæos, sed vos illos Gbristianos esse doceatis. Hoc autem facite semper, ut perseveranti gradu, ad fînem boni operis pervenire possitis. Æmulabamini siqui- dem bonum in bono, prius cum apud vos essem, qui postquam a vobis recessi, omnia quæ tradideram perdidistis, de stations certa et fido portu, rursum in altum unda relabente subtraeti. Nec mirum si, recedente Apostolo, vase electionis, et in quo Chri- 20 306 SAINT JEROME même, les Galates aient changé de sentiment, 1 puisque nous voyons maintenant les mêmes changements se produire dans les Églises. En effet, dans une Église, un docteur renommé par son éloquence et sa vie exemplaire excite comme par certains aiguillons à la pratique des vertus chrétiennes, nous voyons aussitôt le peuple plein d'ardeur et d'une sainte activité s'empres¬ ser de pratiquer l’aumône, la chasteté, le soin des pauvres, des sépultures et d’autres œuvres semblables. Mais à peine est-il parti, la langueur succède peu à peu, le défaut de nourriture affai¬ blit ce peuple, il devient pâle, s’affaiblit, et la mort vient frapper tout ce qui était auparavant plein de vigueur. Puis donc que la moisson est abondante, mais que les ouvriers sont peu nom¬ breux Matth. ix, 37, prions le maître de la mois¬ son d’envoyer des ouvriers pour moissonner les épis du peuple chrétien qui sont debout dans les Églises, pleins du froment si désiré; pour que le moissonneur, dis-je, le recueille, le porte dans les greniers, afin qu’il ne soit pas exposé à une perte certaine. Voilà ce que j'avais à dire de ce zèle et de cette émulation mauvaise dont il est dit ailleurs : « Ne soyez pas envieux des méchants, » Ps. xxxvi, 1. Et ici : « Iis vous montrent un attachement qui n’est pas bon. » Nous trouvons encore une autre émulation jalouse que les fils de Jacob ont nourrie contre leur frère Joseph Btus Dominais loquebatur, Galatæ sunt rautati ; cum etiam nunc cernamus et in Ecclesiis idipsum fieri. Si quando enim doctor quis in Ecclesia contigerit ser- mone orna tus et vita, qui audientes quasi stimulis quibusdam concitet ad virtutes, vïdemus omnem plebem circa eleemosynas, jejunia, caslitatem, sus- ceptioneni pauperum, sepulturas, et cætera similia festinare, fervere, discurrere. Cum autem ille reces- serit., paulatim emarcescere, et subtracto cibo, te- nuari, pallere, languescere, et interitum sequi om¬ nium quæ prius vigebant. Quamobrem quia messis multa, operarii autem pauci Matth . ix, 37, prece- mur Dominum messis; ut mittat operarios ad meten- dum, qui spicas populi Ghristiani, quse stant in Ec¬ clesia, futuro tritico præparatæ, me tant, colligant, «t in horrea comportantes, nequaquam perire patian- tur. Hoc de eo zelo et æmulatione perversa, de qua et alibi dictum est : «c Noli æmulari in mali- gnantibus » Ps. xxxvi, 1 : et hic : k /Emulantur vos non bene. » Invenimus autem et alium zelum, quo ze- Iati sunt filii Jacob, Joseph fratrem su uni Genes, xxxvii scqq. ; et Maria et Àaron amicum Domini Gen. xxxvii, et seq, et Marie et Aaron contre Moïse, l'ami du Seigneur Nomb. xii. Car ni les uns ni les autres n'obéissaient en cela au désir d’être meilleurs que Joseph et Moïse, ils s’attris¬ taient simplement.de les voir meilleurs qu’eux. Cette émulation est voisine de l’envie. Il serait long de citer tous les genres d émulation bonne ou mauvaise que renferme le trésor des Écri¬ tures. C’était une bonne émulation que celle de Planées Nomb. xxv, d’Élie, III Rois, xix, de Mathatias, I Machab. il, et de l’apôtre Jude, (non le traître) qui, à cause même decezèle remar¬ quable pour la vertu, reçut le nom de Zélote Act. i. Celle au contraire de Caïn contre son frère Gen. tv, et d’autres contre leur prochain étaient mauvaises. Il en est de même de la jalousie de l'homme dont il est écrit : « Si l’esprit de jalousie transporte cet homme » Nomb. v. A moins que cette espèce de zèle ne tienne le milieu sans être bon ni mauvais, mais ce zèle qui tient le milieu s’appelle plutôt zélotypie. Voici une autre interprétation : Ceux des fidèles qui étaient circoncis voyant les Galates, Gentils d’origine remplis des dons de l’Esprit-Saint, tandis qu'eux-mêmes n’avaient ni le don des langues, ni le don des guérisons, ni la grâce de la prophétie, voulaient sous la pression de cette émulation les charger des fardeaux de la loi, afin de les rendre semblables à eux. Moysen Num. xii. Neque enim aut illi, aut hi, ut meliores essent Joseph et Moyse, ad zelum sunt concitati ; sed quia dolebant illos esse meliores. Iste zelus vicinus invidiæ est. Longum est si velim om- nia zeli généra, boni seu mali de Scripturarum pro¬ ferre thesauro. Bonum zelum legimus Phinees Num. xxv, Eliæ III 1 leg. xix, Mathatiæ I Mach. ii, et apostoli Judm (sed non proditoris) qui ob insignem. zeli in se virtutem, etiam « Zelotis » nomen accepit Actor. i. Malum autem, ut Cain in Abel Genes. iv, et cseterorum in alios. Et zelum viri, de quo scri- ptum est : « Et venerit ei spiritus zeli » Num. v. Nisi forte médius hic zelus est, et nec in bonam, nec in malam partem accipi potest; sed inter ntrumque ze- lotypia potius appellatur. Aliter : Videntes hi qui ex circumcisioue erant Galatas. ex gentibus, Spiritus sancti abupdare virtutibus, se vero non linguis loqui, non dona habere curatioimm, non gratiam prophe- tiæ, cupiebant eos zeli stimulis incitati, ad Legis onera transducere, ut inciperent et illi sui similes fieri. COMMENTAIRES SUR I « Mes petits enfants, pour lesquels je sens de nouveau les douleurs de Fenfantement, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous. » Avec quelles difficultés et au prix de quelles douleurs Fenfant sort du spin maternel, c’est ce que nous apprend la première malédiction : « Vous enfanterez dans la douleur » Gen. m. Saint Paul voulant donc montrer la sollicitude des maîtres pour leurs disciples, quels sentiments ils éprou¬ vent dans la crainte de voir ces chers disciples quitter les voies du salut, leur dit : « Mes petits enfants, pour lesquels je sens de nouveau les douleurs de Fenfantement. » Celui qui dans un autre endroit ' parlait comme un père, disait : « Car lors même que vous auriez dix mille maîtres en Jésus-Christ, vous n’avez pas néanmoins plusieurs pères » I Cor. iv, 15, quitte le langage du père pour leur parler comme une mère en Jésus-Christ, afin de leur faire reconnaître en lui les angoisses de l’un et de Fautre, et toute la tendresse d’un père et d’une mère pour eux. Moïse tenait un langage à peu près semblable en parlant de son peuple : « Est-ce moi qui ai conçu dans mon sein toute cette multitude » Nomb. xi, 12? Quel est celui d’entre nous, à votre avis, qui soit aussi inquiet du salut de’ ses disciples qu’il soit tourmenté, de vives douleurs, non pendant quelques heures, ou tout au plus deux ou trois jours, mais tout le temps de sa vie, jusqu’à ce que le Christ soit formé en eux? Cet exemple choisi par l’Apôtre « Filioli mei, quos iterum parturio, donec formetur Chris tus in vobis. » Quantis diffïcultatibus et dolore fétus promantur ex utero, maledictio prima déclarât, dicens : « In tristitia paries filios » Gen. ni, 16. Vole ns igitur Paul us ostendere magistrovum pro discipulis sollicitudinem, quos patiantur affectus, ne sectatores sui excidant a salute, ait : « Filioli mei, quos iterum parturio. » Qui enim in alio loco quasi pater dixerat : « Si decem millia pædagogorum habeatis in Christo, sed non multos patres I Cor. iv, 15, jam non quasi pater, sed ut mater loquitur in Christo, ut utrius- que anxietatem, et pietatem in se parentis agnoscant. Taie quid et Moyses de populo loquebatur : « Numquid ego in utero accepi omnem populum istum » Num . xi, 12? Quis, putas, nostrum ita de discipulorum anxius est salute, ut non paucis horis, aut ut multum biduo triduove, sed toto vitæ suæ tempore torqueatur, donec Christus formetur in eis? Exemplum fetæ mulieris quod assumpsit, concipientis et formantis in se semina, dili¬ genter tenendum, ut possimus intell igere quod dicitur. /ÉPITRE AUX GALATES 307 d’une femme enceinte qui conçoit et forme en elle le germe qu’elle a reçu, doit être médité avec soin, si nous voulons comprendre ce qui est dit ici. Ce n’est pas de la honte, c’est du respect que nous devons avoir pour la nature. Ainsi donc le germe a d’abord été informe dans le sein de la femme pour qu’il s’attache comme par une substance agglutinante aux sillons et au sol où il est déposé. C’est au souvenir de ce com¬ mencement de son être que le prophète disait : « Vos yeux m’ont vu lorsque j’étais encore informe » Ps. cxxxvm, 16. Puis pondant neuf mois, au moyen du sang retenu dans le sein de la femme, il s’organise, se nourrit, prend un corps et une forme, et après avoir palpité dans le sein maternel, il est mis au jour au temps marqué. Sa • naissance est entourée des plus grandes difficultés, et celles dont il faut triom¬ pher pour le nourrir et le préserver de la mort ne sont pas moins grandes. Ainsi lorsque la semence de la parole du Christ tombe dans l’âme de celui qui l’écoute, elle croît et se développe par degrés et pour passer beaucoup de choses sous silence, (car nous pouvons facilement appliquer la description matérielle au sens spirituel), elle est en danger tant que celui qui a conçu n’a pas enfanté. Mais sa naissance ne met pas un terme aux soins intelligents. Ici commence uiTautre tra¬ vail, cette enfance se nourrit de lait, il faut par des aliments choisis et une sollicitude de tous les jours la conduire jusqu’à l’âge parfait de Jésus- Natura non erubescenda, sed veneranda est. Sicut enim in vulvam mulieris primum semen jacitur informe, ut sulcis et fundo ejus quasi quodam gîutino adhæreat ; de quo et propheta initii sui record a tu s, ait : « Incom- positum meum viderunt oculi tui » Ps. cxxxvm, 16 ; deinde per novem menses restrieto sanguine, futürus liomo coagulatur; corporatur, pascitur atque distingui- tur; ut postquam in utero palpitarit, statuto tempore fundatur in lucem, et antis diffïcultatibus nascitur, quantis postea ne intereat, enutritur; ita et semen sermonis Christi c.um in snimam audientis inciderit, per gradus suos orescit, et, ut multa prseteream (pos- sumus siquidem facile corporalem descriptionem trans¬ ferre ad intelligentiam spiritualem), tamdiu in ancïpiti est, qnamdiu pariat qui concepit. Nec statim finis indus- triæ est edidisse, sed tune alterius laboris exordium est, ut lactentem infantiam sedulis nutrimentis et studiis, usque ad plenam Christi perducat ætatem. Et quomodo in conjugio sæpe viri semen in causa est ne liberi procreentur, nonnumquam sterilis uxor semina f • SAINT JEROME 308 Christ. Dans l’union des époux, souvent c’est la semence de l’homme qui met un obstacle à la procréation des enfants; quelquefois la stérilité de la femme la rend impropre à la recevoir; souvent encore, l’impuissance est commune au mari comme à la femme, ou au contraire, tous deux sont doués de la faculté génératrice. Il en est de même pour ceux qui sèment la parole de Dieu, et voici les quatre effets qui peuvent se produire : le docteur remplit son office, mais l’auditeur est stérile; ou bien l’auditeur a une bonne nature, mais par l’inhabileté du docteur, la semence de la parole meurt; ou bien encore le disciple a aussi peu de sens quç celui qui l’enseigne, et il est rare qu’il y ait parfait accord entré l’un et l’autre, c’est-à-dire que le maître proportionne son enseignement à la capacité de son disciple, ou que l’un soit aussi capable de recevoir que l’autre de donner. "Mais maintenant nous sommes tous jugés, nous ne savons quel est le psaume, la partie de la prophétie, le chapitre de . la loi dont il s’agit, et avec une facilité extraor¬ dinaire de parole, nous interprétons audacieuse¬ ment ce que nous ne comprenons en aucune /manière. Ce n’est pas à nous qu’il appartient de former Jésus-Christ dans le cœur du peuple, de manière que chacun retournant en sa demeure emporte avec lui la semence de la parole de Dieu et qu’après l’avoir conçue, il puisse dire avec le prophète : « Seigneur, sous l’impression de votre crainte nous avons conçu et enfanté, non tenet, et fréquenter neuter ad generandum aptus est, et econtrario uterque fecundus; ita et in his qui verbum Dei seminant, quadrifaria hæc divisio custodi- tur, ut impleat quidem suum doctor officium, sed sit stérilis auditor; vel auditor bonæ indolis sit, sed per imperitiam doctoris, verbi semen intereat; aut certe tam vecors sit qui docetur, quam ille est qni prëecipit; raroque contingit, ut et magister et discipulus ' sibi consent iant, sciiicet ut tantum iste doceat, quantum ille possit ha u rire; vel tantum suscipere doc tus, quantum doctor ingerere. At nunc omnes judices sumus. Nesci- mus quotus psalmus sit, quæ pars prophetiæ, quod Legis capitulum, et loquendi facilitate interpretamur audacter, quod nequaquam. intelligimus. Non ad nos pertinet, ut Christus formetur in populo; ut ad do- mum suam unusquisque rediens habeat semen verni Dei, quod cum conceperit, possit dicere cum propheta : « A timoré tuo, Domine, concepimus et peperimus, filios salvationis tuæ fecimus super terram » Isai . xxvi, 17, 18. Taies in apostolos transeunt, et a Salvatore nous avons mis au jour des enfants de salut sur la terre » Isai xxvj, 17, 18. De tels docteurs deviennent des apôtres, et méritent d’ontendre ces paroles : « Celui qui fera la volonté de môn Père, est mon frère, mà sœur et ma mère » Matth . xxii, 50; paroles où la différence des fruits est marquée par des noms différents. Le Christ est encore formé dans le corps des croyants, lorsque tous les mystères leur sont révélés et que toute obscurité se change en lumière éclatante. Il faut encore remarquer que celui qui cesse en quelque sorte d’être homme par le péché, est conçu par celui qui l’enseigne au moyen de la pénitence, et qu’il obtient ainsi la promesse que le Christ sera de nouveau formé en lui. Cette explication est à l’adresse des Novations qui n’admettent pas que ceux qui ont été brisés par le péché puissent jamais se reformer. « Je voudrais être maintenant près de vous et changer mon langage, car je suis dans l’em¬ barras à cause de vous. » La divine Écriture édifie même à simple lecture, mais elle est bien plus utile, lorsque la voix prend la place des lettres, et que celui qui enseignait par une épître, instruit lui-même en personne ceux qui l’écoutent. Une voix vivante a une grande force, une voix qui sort avec éclat de la bouche de son auteur, une voix qui sort distincte et accentuée avec cette animation qui a présidé à sa formation dans le cœur de l’homme. L’Apôtre merentur [Al. merebantur] audire : « Quicumque fecerit voluntatem Patris mei, ipse est frater meus, et soror, et mater » Malt . xxii, 50 ; diversitate profec- tuum in diversis nominibus ostensa [Al. ostendente], Formatur quoque Christus in corde credentium, cum omnia illis sacramenta panduntur, et ea quæ obscura videbantur, perspicua fiunt. Sed et illud est intuendum, quod qni per peccatura quodammodo homo esse desie- rat, per pœnitentiam concipitur a magistro, et rursum in eo Christ i formatio repromittitur. Hoc adversum Novatianos, qui nolunt reformari eos quos semel pecca- ta contriveriut. « Yellem autem esse apud vos modo, et mu tare vocem meam, quoniam confundor in vobis. » Scriptura divina sedificat et lecta ; sed multo plus prodest, si de litteris vertatur in vocem, ut qui per Epistolam docuerat, præ- sens instruat audientes. Magnam siquidem vim habet vox viva, vox de auc, Loris sui ore resonans, quæ ea pronuntiatione profertur atque distinguitur, qua in hominis sui corde generata est. Sciens. ilaque Apostolus COMMENTAIRES SUR : (donc, convaincu qu’une force plus grande s’attache au discours prononcé devant des audi¬ teurs, désire que la voix qu’il fait entendre dans son épître, voix comprise dans des lettres se change en parole vivante et animée, et comme chose plus utile à ceux que l’erreur avait dépra¬ vés, de les amener de vive voix à la vérité. Il exprime ce désir parce qu’il était dans l’embar¬ ras à cause d’eux; ce qui est dit avec plus de clarté dans le texte grec. En effet, le mot a7ropoujj.ou ne signifie pas précisément confusion q,ue les grecs expriment par attr^uv/j ou Guy^uGig, qui signifie indigence , besoin. Voici donc le sens : « Je voudrais être maintenant près de vous et m’exprimer de vive voix devant vous, parce que je suis dans le besoin à cause do vous. Je n’ai point recueilli parmi vous les fruits que les docteurs recueillent ordinairement de leurs disciples, c’est en pure perte que j’ai jeté dans vos âmes la semence de la doctrine, puisque je souffre la pauvreté au milieu de vous, tellement que je puis m’écrier avec Jérémie : « Je n’ai été utile on rien, et nul ne m’a été utile » Jèrèm. xxiii, 25. On peut encore donner une autre explication : L’apôtre saint Paul qui s’était fait Juif avec les Juifs pour gagner les Juifs 1 Cor. ix, et avec ceux qui étaient sous la loi comme s’il eût été encore sous laloi,qui s’était rendu faible avec les faibles pour gagner les faibles, suivant la con¬ dition de ceux qu’il désirait sauver, changeait sa majorem vim habere sermonem qui ad præsentes fiat, cupit vocem epistolicam, vocem litteris comprehensam, in præsentiam commutare; et quia hoc magis expedie- bat his qui in errore fuèrant depravati, vivo eos ad veritatem retrahere sermone. Hoc autem ideo, quia çonfundebatur |"/H. confundatur J in illis ; quod qui- dem Græce magis proprie dicitur. A7ropoüu.ai enim non tam « confusionem, » quæ apud illos atc^uvvj sive auy^UGLÇ appellatur, quam « indigentiam et itiopiam » sonat. Sensirs itaque iste est : Vellem apud vos nunc adesse, et litterarum vocem præsens ipse proferre, quia indigeo in vobis. Non quippe habeo Iructus quos soient de discipnlis habere doctores; et sine causa se- men jactum ett doctrinarum, cum penitus in vobis patiar egestatem; ita ut in Je remise possim vocem pro- rumpere : « Non profui, neque profuit mihi quisquam » Jerem. xxiu, 23. Potest et aliter locus istc interpretari : Paulus apostolus qui Cactus i'uerat Judseis Judæus, ut Judæos lucrifaceret I Cor. ix, et bis qui erànt su b Lege, et quasi ipsë esset sub Lege, et infirmis infirmus, ut iufirmos lucrifaceret; pro qualitate eorum quos salvare i'ÉPITRE AUX GALATES < 309 voix, et comme les acteurs, (car il était devenu un spectacle au monde, aux anges et aux hommes) I Cor. iv, changeait de costume et d’accent. Ce n’est pas qu’il fût ce qu’il semblait être, mais il prenait le rôle qui. 'devait ■■(être le plus utile aux autres. 11 voit que les Galates ont besoin d’une autre doctrine, qu’ils doivent être sauvés par une autre voie que celle qu’ils ont suivie pour passer de la gentilité à la foi de Jésus-Christ, et il est forcé de dire : « Je vou¬ drais être maintenant près de vous et changer mon langage parce que je suis dans l’embarras à votre égard. Je vois que je ne suis d’aucune utilité, si je tiens le même langage que précé¬ demment; et dans l’ignorance où je suis de ce que je dois faire, je suis tiré en divers sens, je suis dans l’angoisse, déchiré et mis en lambeaux. Lorsque les médecins voient que le premier remède que la science médicale leur a fait choisir a pprdu sa force, ils ont recours à un autre, et ils expérimentent quel est le plus efficace jusqu’à ce qu’ils arrivent à la guérison. Ainsi le mal qui n’a pu être guéri par un cataplasme émollient cède à l’application d’un caustique plus mordant et à un remède plus énergique. Telle est ma situation, je suis embarrassé à cause de vous, dans l’ignorance où je me trouve, je suis tiré de côté et d’autre; je voudrais vous dire de vive voix co que j’ai écrit dans ma lettre, pour vous reprendre avec plus de sévérité, parce qu’une cupiebat, mutabat vocem suam, et in histrion um simi- litudinem factus siquidem esttheatrum mundo, et ange- lis, et hominibus I Cor. iv habitum in diversas figu¬ ras vertebat et voces. Non quod id esset, quod se esse simulabat; sed quod id tantum videretur esse, quod cæteris proderat. Cernit Galatas alia indigere doctrina, alia via debere salvari, non ilia qua primum ad Ghristi fidem fuerant de gentilitate transducti ; et compellitur dicere : « YeJlem nunc esse apud vos, et mutare vocem meam, quoniam confundor in vobis. » Non, inquit, video me prodesse, si ea loquar quæ prius locutus sum, propter quod ignorans quid agam, et in diversa distrac- tus, laceror, confundor atque dilanior. Et quomodo medici cum vim artis suæ in primo viderint non valere medicamine, transeunt ad aliud, et tamdiu experiuntur quid prosit e pluribus, donec perveniant ad curationem ; ut quod per- mollitiem alicujus emplastri neq.uaquam sanari valuit, mordaciori pulvere et austeriori cura- tione sanetur; ita et ego quia confundor ho vobis, et ignorantia hue atque illuc distrahor, vellem litlera- rum vocem præsens de meo ore proferrë, ut vos solito 310 SAINT JEROME lettre ne peut exprimer le ton du reproche, elle ne peut rendre l’accent de la colère et faire res¬ sortir par des points la douleur intime du cœur. On peut encore donner cette explication plus simple : je me suis servi à votre égard, il n’y a qu’un .instant, d’un langage doux et modéré en vous disant : « Mes frères, je vous n supplie, » et encore : « Mes petits enfants pour qui je sens de nouveau les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous, » Mais maintenant tout plein de douceur et de tendresse que je suis pour vous, moi qui vous ai parlé comme un père sous l'impulsion do la charité qui ne me permet pas de voir mes enfants périr victimes d’erreurs continuelles, je voudrais être présent au milieu de vous, si jen’étais enchaî¬ né de ces liens pour la foi, et remplacer cette voix affectueuse par le ton sévère du reproche. Et ne m’accusez pas de légèreté, si au ton affectueux . succède si vite l’accent de l'indignation; je suis poussé tantôt par la charité, tantôt par la douleur à parler sous l'impression d'affections si différentes. Je ne sais quelles paroles doivent sortir les premières de ma bouche, je ne sais quel remède je dois employer pour vous guérir, parce que je suis dans l’angoisse à cause de vous. « Dites-moi, vous qui voulez être sous la loi, n’avez-vous pas lu la loi? Remarquez que ce que l’Apôtre appelle ici la loi est le livre historique severior ipse corriperem ; quoniam epistola non potest vocem objurgantis exprimer e ; non valet irascentis reso- nare clamorem, et dolorem pectoris apicibus explicare. Potest autem et simpJicius intelligi : blandis apud vos modo verbis usas sum, dicens : « Fratres, obsecro vos. » Et : « Filioli mei, quos i ter uni parturio donec Christus formetur in vobis; » sed ego blandus et lenis, qui ad vos quasi pater locutus sum, pro ea cliarïtate qua filios meos perire non patior et errare perpetuo, vellem nunc præsens esse si confessionis me vincula non arctarent, et blandam vocem in objurgantis verba mu tare. Nec levitatis est, si nunc blandiar, nunc i ras- car; impellît me charitas, impellit me dolor, diversis affectibus loqui. Nescio enim in quæ primum verbi prorumpam, et quo vos debèam sanare medicamine, quia confundor in vobis. « Dicite mihi qui sub Lege vultis esse, Legem non audistis? » Notandum Legem hic dictam esse Geneseos historiam, non ut vulgo æstimant, quæ facienda sint, quæve vitanda, sed totum quod de Abraham, et ejus uxoribur liberisque contexituv, legem appeilatam de la Genèse qui n’indique ni ce qu’il faut faire, ni ce qu’il faut éviter. Saint Paul donne ici le nom de loi au récit de tout ce qui concerne Abraham, ses épouses et ses enfants, Jean xv. Nous voyons dans d’autres endroits que les livres des prophètes sont aussi désignés sous le nom de loi. Celui-là donc écoute la loi, qui ne l’examine pas superficiellement, mais pénètre dans ses profondeurs. Mais ce n’est pas écouter la loi que de n’en voir que l’écorce extérieure comme faisaient les Galates. « Car il est écrit qu’ Abraham eut deux fils, l’un de l’esclave, et l’autre de la femme libre. Mais celui qui naquit de l’esclave, naquit selon la chair, et celui qui naquit de la femme libre, naquit en vertu de la promesse. » 11 est on ne peut plus difficile de démontrer qu’Isaac seul, qui est né de Sara, a été engendré en vertu de la promesse, à l’exclusion d’Ismaôl qui est né de l’égyptienne Agar, esclave d’Abraham. En effet, l’Écriture rapporte que lorsqu’Agar, enceinte d’Ismaôl, s’enfuit, devant les mauvais traitements de Sara et qu’un ange vint la trou-' ver dans le désert pour l’engager à s’humilier sous la main de sa maîtresse, ce môme ange lui tint ce langage : « Je multiplierai ta postérité, et elle sera innombrable, » Genes. xvi. 10. Et il ajouta ensuite en parlant d’Ismaël (et per¬ sonne ne se refusera à voir ici une parole de promesse:) « Il sera un homme farouche, sa Joan. xv. Legimus et in alio loco, Prophetas quoque Legem vocari. Audit ergo Legem, qui juxta Paulum non superficiem, sed meduUam ejus introspicit. Non audit Legem, qui similis Galatarum, exteriorem tantum corticem sequitur. « Scriptum est enim, quoniam Abraham duos filios ha- buit, unum de ancilla et unum de libéra. Sed qui de ancil- la, secundum carnem natus est ; qui autem de libéra, per repromissionem. » Ni mise difficultatis est demonstrare, Isaac tantum, qui de Sara natus est, fuisse de repromis- sione generatum, et non etiam Ismael, qui de Agar ancilla est ortus Ægyptia. Scriptura quippe refer t, quod cum, persequente Sara, Agar fêta fugisset, et venisset ad eum angélus iu deserto, moneretque ut subjiceretur do¬ minée' potestati, idem ipse angélus etiam hæo locutus sit.: « Multiplicans multiplicabo semen luum, et non numerabitur præ multitudine » Genes . xvi, 10. Et postea de Ismael (quæ utique repromissionis verba ne- xno dubitarit) : « Iste erit rusticanus homo, manus ejus super omnes, et manus omnium super eum, et contra faciem omnium, fratrum suorum habitabit. » 311 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX CALATES main sera contre tous, et'la main de tous contre lui, et il plantera ses tentes à l’encontre de tous ses frères. » Mais on peut répondre que la pro¬ messe faite par l’Ange, à moins d’autorité que la promesse de Dieu lui-même. De même qu’une étoile perd son éclat aux premiers rayons du soleil, levé, ainsi on présence des promesses de Dieu, les paroles de l’Ange, s’obscurcissent, s’évanouissent et sont comptées pour rien. Cette réponse paraît avoir quelque poids, mais elle est aussitôt détruite par l’autorité de l’Écriture. En effet, il est écrit ; «Et Abraham dit à Dieu : qu’il vous plaise qu’Ismaël vive devant vous, Genes . xvn, 18 et suiv. Et Dieu lui répondit : Sara ta femme t’enfantera un fils, et tu l’appelleras Isaac, et je ferai avec lui un pacte qui. sera une alliance éternelle, et avec sa postérité après lui. Et je t’ai aussi exaucé pour Ismaël. Voilà que je le bénirai et je le ferai croître et multiplier. Il engendrera douze chefs, et je l’établirai sur un grand peuple. Mais je confirmerai mon alliance avec Isaac quo Sara t’enfantera en l’année qui va venir à cette époque. » Il est évident d’après ces paroles, qu’aux termes dont Dieu se sert, Ismaël est engendré en vertu de la promesse. Mais cette difficulté se résoud, en disant que la promesse s’accomplit proprement par l’alliance qbe Dieu établit, et qu’autre chose est do bénir, de faire croître, de multiplier, comme il est dit Sed respondevi potest, minoris auctoritatis esse repro- missionem angeli, quam ipsius Dei. Sicut enim Stella, oi'to sole, non rutilât, ita et angeli verba ad compara- tionem repromissionis Dei obscurari, et evanescere, et pro nihilo computari Videtur quidem hæc responsio aliquid habere momenti ; sed statim sequentis Scrjpturæ auctoritate conteritur. Scriptum est enim : « Abraham autem dixit ad Deum : Ismaël iste vivat in conspectu tuo » Ibid. , xvn, 18 seqq.\ et Deus respondit ad eum ita : k Ecce Sara uxor tua parie t tibi filium, et vocabis nomen ejus Isaac, et statuam testainentum meum ad eum, in testamentum æternum, et semini ejus post eum. De Ismaël autem : Ecce exaudivi te, et ecce benedixi einn, et augebo eum, et multiplicabo ilium vehementer. Duodecim gentes generabit, et dabo eum in gentem magnam, testamentum autem meum statuam ad Isaac, quem generabit tibi Sara in tempore isto, anno venturo. » Ex quibus evidens est ipsius quoque sermo- nibus Dei, lsmael secundum repromissionem esse gene- ratum. Sed et hoc ita solvitur, repromissionem proprie in testamenti dationo compleri, et aliud esse benedi- cere,, augere, multiplicare vehementer, quod in lsmael d’Ismaël, autre chose est de constituer héritier par testament, ce qui se fait pour Ismaël. « Je ferai avec lui un pacte qui sera une alliance éternelle, et avec sa postérité après lui. Et dans la suite : mais je confirmerai mon alliance avec Isaac, que Sara t’enfantera, » Genes. xvi i. 19. Et de même qu’il y a une différence entre les dons, et les biens de celui qui donne, entre les legs et l’héritage lui-même; (car nous lisons qu’Abraliam a fait dos dons aux enfants de ses concubines, mais qu’il a laissé au fils de Sara l’héritage de tous ses biens;) ainsi, comme nous l’avons dit, il y a une différence entre une béné¬ diction et des legs particuliers, et une alliance. On peut encore dire d’Ismaël lorsqu’il fut conçu que c’est un ange ou Dieu qui adressa la parole à sa mère. Voilà ce que nous pouvons dire eu égard à la faiblesse de notre esprit. Si quel¬ qu’un peut trouver une solution plus satisfai¬ sante à cette question : comment Ismaël qui est né d’une esclave, n’est point fils de la promesse, mais Isaac seul qui est né d’une mère libre, nous devons l’écouter de préférence. « Et si vous avez un autre sentiment, dit l’Apôtre, c’est Dieu qui vous le révélera. Il nous faut maintenant nous élever plus haut en peu de mots et dire que chacun de nous, tant qu’il n’est instruit que par les paroles des Écritures enten¬ dues dans leur sens le plus simple n’est point scriptum est; aliud hseredem facere per testamentum, quod de Isaac dicitur : « Statuam testamentum meum ad eum, in testamentum æternum, et semini ejus post eum. » Et in consequentibus : « Testamentum autem meum statuam ad Isaac, quem pariet tibi Sara » Gen.t xvn, 19. Et quomodo aliud sunt dona, aliud substantia ; aliud legata, aliud hsereditas (legimus enim filiis concubinarum Abrahæ dona tradjta, filio autem Sarse totius substantise hæreditatem relictam); ita aliud esse, ut diximus, benedictionem atque legata, aliud tes- tamentum. Sed et hoc dici potest de Ismaele, post conceptum ejus, vel angelum, vel Deum locutum. De Isaac vero antequam in Sarse utero conciperetur, Deum fuisse pollicituin. Hæc intérim quantum ingenii nostri mediocritas patitur dicta sint. Cæterum si quis potest ma- jus aliquid invenire, quomodo lsmael qui de ancilla natus est, non sit repromissionis filius, sed Isaac qui de libéra, ille polius audiendus est. « Et si quid, » inquit Apos- tolus, « aliter sentitis, et hoc vobis Deus revolavit. » Nunc breviter ad altiora tendendum est, ut dicamus unumquemque nostrum primum, non juxta repromissio¬ nem nasci, quamdiu Scripturarum verbis simplicibus' 312 SAINT JEROME l’enfant de la promesse. Mais quand 11 s’élève à un sens plus sublime, et qu’il comprend que la loi est spirituelle, alors il est engendré en vertu de la promesse, et pour parler plus clairement, tous les jours, ceux qui font les oeuvres d’Àbra- ham, seuls deviennent enfants d’Àbraham. Mais pour ceux qui ont encore l’esprit de servitude et se conduisent par la crainte, ils sont engendrés de l’esclave égyptienne; tandis que ceux qui ont reçu l’esprit d’adoption, sont les enfants de Sara, la femme libre; de cette liberté que nous tenons de Jésus-Christ.- Voici en effet ce que le Seigneur disait aux Juifs qui aimaient mieux rester les enfants de l’esclave : « Si vous demeu¬ rez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira, »,Jean. vin, 31, 32. Et les Juifs ignorant le sens caché de ces paroles lui dirent : Nous sommes la race d’Àbraham, et jamais nous ne fûmes , les esclaves de per¬ sonne : comment dites-vous : Vous serez libres? Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous dis, quiconque commet le péché est esclave du péché. Or l'esclave ne demeure pas toujours dans la maison, mais le fils y demeure tou¬ jours. » Si nous sommes les esclaves du péché, nous avons été engendrés par l'égyptienne Agar; si le péché ne règne . pas dans notre corps mortel, nous sommes- vraiment les enfants de Dieu. instruitur, et Judaicis adhuc expositionibus delectatur ; quando vero ad sublimiora transcenderit, et legem inlel- lexerit spiritualem, tune eura de repromissione gene- rari; et, ut apertius loquar, quotidie eos qui faciunt opéra Abrahæ, de Abraham nasci. Verum illos qui habent spiritum servitutis iterum in timoré, ex ancilla generari Ægyptia ; eos autem qui spiritum adoptionis acceperint, ex Sara libéra; qua libertate a Christo do- nati sumus. Locjuitur Dominus ad Judæos, qui adhuc ancillæ filii esse malebant : « Si manseritis in sermone meo, vere discipuli mei eritis, et cognoscetis veritatem, et veritas liberos faciet vos » Joan, vm, 31, 32. Unde et illi ignorantes mysticum esse quod dicebatur, aiunt : « Semen Abrahæ sumus, et uemini umquam servivimus; quomodo tu dicis, liberi eritis? Respondit eis Jésus : Amen, amen dico vobis, quia omnis.qui facit , peccatum, servus est peccati. Servus autem non manet in domo in æternum, fîlius autem manet in æternum. » Si servi sumus peccati, Agar nos generavit Ægyptia ; si non régnât peccatum in nostro mortali corpove, vere Dei filii sumus. « Ces choses ont été dites par allégorie » L’allégorie est proprement une figure gramma¬ ticale, et nous apprenons enfants dans les classes en quoi l’allégorie diffère des autres figures. Elle a un sens tout autre que celui qui résulte des paroles. Les ouvrages des. orateurs et des poètes sont pleins d’allégories. Les divines Écritures elles-mêmes en renferment un très grand nombre. L’apôtre saint Paul le comprenait, lui qui n’était pas étranger aux lettres profanes, et il emploie le mot de cette figure, en l’appelant allégorie comme ceux de sa nation, pour démontrer plus clairement par le vrai sens de ce passage, l’abus du mot grec. Or que Paul eût une connaissaince au moins imparfaite des lettres profanes, c’est ce que prouvent ces paroles : « Un d’entre eux, leur propre prophète a dit : Crétois, toujours menteurs, bêtes méchantes, ventres paresseux, » Tile 1, 14. Ce vers hexamètre est du poète Épiménide, et cité par Platon et les autres écrivains de l’antiquité. Eu parlant à Athènes devant l’aréopage, le même Apôtre ajoute : « Comme quelques-uns de vos poètes ont dit : Nous sommes .de sa race » Act. xvn, 28. Cet hémistiche se trouve dans le poète Aratus qui a écrit sur le ciel et les étoiles. 11 en est de même de cette citation : « Les mauvais discours corrompent les bonnes mœurs » f Cor . xv, 33, vers iambique trimètre d’uné des comédies de « Quæ sunt per allegoriam dicta. » Àllegoria proprie de arte grammatica est, et quo a metaphora, velcæteris tropis différât, in scholis parvuli discimus. Aliud præ- tendit in verbis, aliud significat in sensu. Pleni sunt oratorum ( Sup . allegoriis,) et poefcarum libri. Scripturà quoque divina, per liane non modica ex parte contexta est. Quod intelligens Paulus apostolus (qiyppe qui et sæ- culares litteras aliqua ex parte contigerat) ipso verbo figuræ usus est, ut allegoriam, sicut apud suos dicitur, appellaret ; quo scilicet sensu magis loci liujus Græci sermonis abusionem monstraret. Scisse autem Paulum, licet non ad perfectum, litteras sæculares, ipsius verba testantur : « Dixit quidam ex eis, proprius eorum pro- pheta : Gretenses semper mendaces, malæ bestiæ, ventres pigri Tit. r, 12. Hic versus heroicus Epimenidis poetæ est, cujus et Plato, et cæteri scriptores veteres recordantur. Apud Athenienses quoque ciim in Areo- pago satisfaceret, hæc addidit : « Sicut et quidam de vobis poetæ dixerunt : Ipsius enim et genus sumus Act, xvn, 28. Hoc hemistichium fertur in Arato, qui de cœlo stellisque coneteripsit. Necnon et illud : « Corruin- COMMENTAIRES SUR L' Ménandre. De ces témoignages et d’autres, il est évident que saint Paul n’ignorait pas les lettres profanes, et qu’il donne ici le nom d’allégorie, à ce qu’il appelle ailleurs le sens spirituel, comme, dans ce passage : « Nous savons que la loi est spirituelle » Rom . vu, .14, au lieu de dire qu’elle est une allégorie ou une figure allégorique. Et dans uii autre endroit : Ils ont tous mangé la même viande mystérieuse, et ils ont bu le même breuvage mystérieux, et ils buvaient de la .pierre mystérieuse qui les suivait, et cette pieiro était Jésus-Christ, I Cor . ix, 3, 4. Que la manne dont il est ici question, que l’eau qui jaillit tout d’un coup, que la pierre elle-même qui suivait doivent être entendues dans un sens allégorique, c’est ce dont personne ne doute. Je sais ce qu’on peut m’objecter à l’encontre : « Mes frères, si quelqu’un est tombé par surprise en quelque péché, vous autres qui êtes spirituels, instruisez-le dans un esprit de douceur, » Gai. vi, 1. Et dans un autre endroit: « L’homme spirituel juge toutes choses, et il n’est jugé par personne » I Cor. n, 25, ou le mot spirituel y est également pris dans un sens tout autre que ci-dessus. Or nous appelons spirituel parce qu’il juge tout et n’est jugé par personne, cet homme qui connaissant tous les mystères des saintes Écritures, les comprend punt bonos mores confabulationes pessimæ ï Cor. xv, 33, trjmeter iambicus de comœdia suniptus est Menandri. Ex quibus et aliis, evidens est Paulum non ignorasse litfceras sæculares, et quam hic allegoriam dixit, alibi vocasse intelligen.tiam spirituale.n. Ut tibi : « Scimus • enim quod Lex spiritualis est » Rom . vu, 14, pro eo quod est, allegoria, sive allegorice figurata. Et alibi : «. Omnes eamdem spiritualem comederunt escara, et eumdem spiritualem biberunt potum, Bibebant autem dé spirituali sequenti eos petra, petra autem erat Ghristus I Cor., x, 34. Manna hic, et subiti fontis eruptio, et petra ipsa quæ \sequitur, quod allegorice accipienda sint, nemo est qui dubitet. Scio quid econtrario possit opponi : « Fratres, si præoccupatus fuerit homo in aliquo delicto, vos spirituales' instruite istiusmodi in spintu mansuetudinis Infra , vi, i.,Et in alio loco : « Spiritualis autem dijudicat omnia, ipse autem a nullo dijudicatur » I Qor. n, 25 ; quqd scilicet aliud quam supra diximus, verbum spirituale sonet. Sed nos spiri¬ tualem, quia omnia judicet, et ipse a nemine dijudicetur, qum virum dicimus, qui universa Scripturarum sacra¬ mentel Cognosceüs, sublimiter ea intelligat : et Christum ÊPITRE AUX, GALATES 3.13 dans un sons plus relevé, et qui voyaiit le Christ dans les livres divins, n’admet rien en eux des traditions judaïques. « Car ces deux femmes sont les deux alliances, dont l’une établie sur le mont de Sina, et qui n’engendre que des esclaves, est figurée par Agar. Et Sina est une montage d’Arabie, tenant à la Jérusalem d’ici-bas, qui est esclave avec ses enfants. Au lieu que la Jérusalem d’en haut est libre, et c’est elle qui est notre mère. » L’ex¬ plication donnée .ici par. presque tous les inter¬ prètes est que l’esclave Agar représente la loi et le peuple juif, et que Sara qui est libre, figure l’Église formée et rassemblée des Gentils, et qui est la mère des saints, au témoignage de^ saint Paul : « Qui est notre mère à tous. » ^Longtemps elle fut sans enfants, et elle demeura stérile avant que le Christ naquit d’une Vierge, alors qu’Isaac qui signifie le rire du mondé, n’avait pas encore fait éclater sa joie sur son pèro choisi de Dieu, avec la voix des vérités sublimes, car Abraham dans notre langue, signifie père choisi, avec éclat. Quant à Agar, dont le nom signifie -rcapoiïaa, c’est-à-dire, séjour^ demeure, ou voyage , ou retard , elle engendre Ismaël, qui se contente d’entendrô les comman¬ dements de Dieu, sans les accomplir, homme sauvage, sanguinaire, parcourant les déserts, ennemi de tous ses frères nés d’une mère libre, in divinis libris videns, nihil in eis Judaicæ tradilionis admittat. « Hæc enim sunt duo testa me n ta, unum quidem a monte Sina, in servitulem generans, quæ est Agar. Sina enim mons est in Arabia, qui contermiims est ei, quæ nunc est Jérusalem, et servit cum fil iis suis. Ilia autem quæ sursum est Jérusalem, libéra est, quæ est mater omnium nostrum. » Pene cunctorum super hoc locô ista est explanatio, ut Agar ancillam, inierpretentur in Lege, et in populo Judæorum : Saram autem liberam, in Ecclesia, quæ de gentious congregata est, quæ mater sanctorum sit, Panlo dicente : « Quæ est mater omnium nostrum. », Hæc diu non peperit, antequam Ghristus de Virgine nasceretur, et sterilis fuit ; necdum risu mundi Isaac de electo pâtre cum voce sublimium dogmatum résonante; siquidem et « Abraliam » in nostra lingua5 « patër electus cum son i tu » refertur. « Agar » autem quæ interpretator rcapoixfa, id est, « incolatus, » sive « peregrinatio, » sive « mora, » générât Ismael, qui tantum « audiat Dei » præcepta, nec faciat hominem rusticum, sanguinarium, deserla sectantem, qui uni- versis fratribus suis de libéra procreatis inimicussit, et SAINT JÉROME 314 et leur résistant ouvertement. Et il n’est pas étonnant, que l’ancien Testament qui a été établi et écrit sur le mont Sina, clans l’Arabie, lequel tient à la Jérusalem d’ici-bas, ne soit pas éternel, car le séjour diffère de la possession perpétuelle; et le mont Sina signifie tentation et Arabie coucher. Au contraire, la Jérusalem d’en haut qui est libre et la mère des saints, nous démontre que la Jérusalem de la terre est en bas et plongée dans une région basse et infime. Il en est qui entendent, les deux Testaments dans un autre sens. Pour eux, la divine Écriture, tant l’ancienne que la nouvelle, selon les sens différents qu’elle présente, et l’explication de ceux qui la lisent, figure l’esclave ou la femme libre. Ainsi ceux qui sont encore esclaves de la lettre, et qui ont l’esprit de crainte qui les asservit, sont engendrés de l’égyptienne Agar. Ceux au contraire, qui s’élèvent plus haut, et veulent entendre ce qui est écrit dans un sens allégorique, sont les fils de Sara qui dans notre langue signifie apxouca, c’est-à-dire princesse au féminin. Et ils affirment qu’ils sont, forcés de donner cette in¬ terprétation, parce qu’il serait injuste de dire que Moïse et tous les prophètes sont nés de l’esclave, et les gentils quels qu’ils soient, de la femme libre. Il vaut donc mieux que nous en¬ tendions les esclaves et les hommes libres, non seulement do ceux qui sont dans l’Église, tout ad versa eis fronte résistât. Nec mii'ura vêtus Testa men- tum, quod in monte Sina, qui est in Arabia, et confiras est ci, quæ nunc est Jérusalem, constitutum est atque conscriptum, non esse perpetuum ; cuni et incolatus a perpétua possessione diversus sit, et « Sina » montis nomen « tentationem » sonet; et « Arabia » sigriificet « occasum ; » et econtrario quæ sursum est Jérusalem, quæ est libéra materque sanctorum, demonstret hanc Jérusalem, quæ in præsenti est, deorsum esse, et in humili infimoque demersam. Sunt qui duo Testaments et aliter intelligant; ut Scriptnram divinam, tam vete- rem quain novam, juxta diversitatem sensu s eorumque sententiam qui legunt, aut ancillam interpretentur, aut liberâm, et eos, qui adhnc litteræ serviant, et spiritum timoris habeant in servitutem, de Agar Ægyptia velint esse generatos ; eos autem qui ad superiora conscendant, et allegorice velint sentire quæ scripta sunt, filios esse Saræ, quæ in lingua nostra apyouca, id est, « priuceps » in ter p r et a tu r, genere ferninino. Et hoc ob illiam necessi- tatera se asserunt [Al. asserat] usurpare; quia iniquum git.'Moysen, et cunctos prophètes dû ancilla, quoslibet en ayant égard, comme nous l’avons dit, a la diversité des sentiments, mais encore d’un seul' et même homme. Tant qu’il s’attache au sens purement historique, il est le fils de l’esclave ; mais lorsque Jésus lui ouvrant les Écritures, son cœur s’embrase, et qu’il reconnaît à la fraction du pain celui qu’il ne voyait pas auparavant Luc. xxiv, alors il est appelé le fils de Sara. Marcionet Manichée n’ont point voulu effacer de leur exemplaire ce passage où l’Apôtre dit : «Ces choses ont été dites par allégobie » et ce qui suit. Ils ont pensé que c’était une difficulté qu’ils nous laissaient, c’est-à-dire, que la loi doit être entendue dans un autre sens que celui où elle est écrite. Mais, même en admettant, comme nous le faisons et comme saint Paul l’en¬ seigne, qu’elle doive être entendue dans un sens allégorique, '.ce1 n’est pas d’après la volonté du lecteur ni par l’autorité de l’écrivain qu’elle a reçu ce sens, et ils sont brisés par ce témoi¬ gnage qu’ils paraissent avoir conservé contre nous, c’est-à-dire, que Moïse serviteur du Dieu créateur, a écrit dans un sens spirituel et allé¬ gorique, comme l’enseigne leur apôtre qu’ils proclament le prédicateur d’un autre Christ et d’un Dieu meilleur. « Car il est écrit : Réjouissez-vous stérile,, qui n’enfantiez point : poussez des cris de joie, vous qui ne deveniez point mère, parce que celle qui était délaissée a plus d’enfants que vei'o gentilium de libéra intelligere procreatos. Unde melius esse, ut non solum de his qui. in Ecclesia sunt, pro diversitate (ut supra diximus) mtellectuum, alios servos, alios liberos arbitremur ; sed etiam do uno eodemque homme quamdiu sequitur historiam, ancillae eum esse filium ; cnpa autem aperiente Jesu 'Scripturas, incensum fuerit cor ejus, et in fractione panis inspexerit eum quem antea non videbat I/Ws. xxix; tune et ipsum Saræ filium nominari. Marcion et Manichæus liunc locum in quo dixit Aposolus : « Quæ quidem sunt allégorie^, » et cætera quæ seqnuntur, de coclice suo tollere nolue- runt, putautes adversum nos relinqui; quod scilicet Lex aliter sit intelligenda, quam scripta est; eum utique etiarnsi allegorice (quod nos quoque fatemur, et Paulus do cet) accipienda sit, non pro vol au ta te legentis, et pro scribeutis auctoritate sic condita sit ; et eo ipso, quod. contra nos servare visi sunt, conterantur; quod Moysas creatoris Dei servus, spiritualia scripserit, Apo^tolo quoque eorum idipsum docente, quem ipsi alterius Ghristi, et mêlions Dei asserunt prædicatorem. « Scriptum est enim.: lætare, sterilis, quæ non pans, COMMENTAIRES SUR L’EPITRB AUX' GATATES 315 celle qui a un époux, » Isai liv, 1. La Syna¬ gogue a eu ppur époux la loi, et d’après la pro¬ phétie d’Anne, elle a été autrefois féconde en enfants, I. Rois i.Mais la stérilité a été le partage de l’Église, qui resta longtemps délaissée dans le désert, sans le Christ qui devait être son époux, et sans aucun de ces doux entretiens de l’époux avec son épouse. Mais après que la sy¬ nagogue eut reçu dans ses mains l’acte de répu¬ diation, qu’elle eut fait servir les ornements qu’elle avait reçus de son mari à orner une idole, alors son mari voyant la première cein¬ ture tombée en pourriture s’en fit une autre des gentils et la mit autour de ses reins, et aussitôt qu’elle fut unie à son mari, elle conçut et enfanta. Et le Seigneur s’écrie dans Isaïe par la bouche de son prophète : « Une nation tout entière vient de naître; » lorsque dans un seul jour, nous voyons dans les Actes des apôtres trois mille et ensuite cinq mille autres embrasser la foi; Aci. ni et suiv. Je ne crois pas nécessaire de m’étendre ici sur la multitude des chrétiens et sur le petit nombre des juifs, alors que l’étendard de la croix brille dans tout l’univers et qu’on voit à peine paraître dans les villes un juif tant soit peu notable. « Nous sommes donc, mes frères, les enfants de la promesse figurés par Isaac. » Que l’A¬ pôtre et ceux qui lui sont semblables, soient comme Isaac enfants de la promesse, c’est ce que erumpe et clama, quæ non parturis, quia multi lilii desertæ magis quam ejus quæ habet virum Isai. liv, 1. Virum habuit synagoga Legem, et juxta Annæ quoque prophetiam, fetosa quonclam in liberis fuit I JReg. i. Sterilis vero Ecclesia, sine viro Ghristo, sine nllosponsi sermonis alloquio, diu jacnit in deserto. Sed postquam accepit ilia librum repudii in manus suas, et omnia ornamenta viri in idoli vertit ornamentum; tune mari- tus prioi'e cingulo putrescente, alium lumbis suis bal- theum, aliud de gentibus lumbare contexuit ; quæ statim ut est viro juncta, concepit et peperit. Et in Isaac exclamat Dominus per prophetam ; « Si est gens nata simul » Isai. xlix, 54 : quando una die in Actibus apostolorum tria mülia et quinque millia hominum cre- diderunt Actor, m, seqq. Nec puto necesse esse, ut de multitudine Ghi'istiana, et Judæorum paucitate dicamus, cum in toto mundo crucis vexilla resplendeant ; et vix rarus atque notabilis in urbibus Judæus apparent. « Nos autem, fratres, secundum Isaac promissionis filii sumus. » Apostolum et similes ei secundum Isaac promiscioni# esse filios, nulla intelligentiæ difficultaa chacun comprend s'ans difficulté. Mais cpmme Origène expliquant ce passage, traduit ainsi ces paroles : Pour vous, mes frères, vous êtes les enfants de la promesse figurés par Isaac, on demande comment les Galates qu’il avait traités d’insensés, à qui il reprochait de finir par la chair, après avoir commencé par l’esprit, sont appelés maintenant enfants de la promesse figurés par Isaac? Nous répondons que l’Apôtre les appelle enfants de la promesse figurés par Isaac, parce qu’il ne désespère pas entièrement de leur salut et do leur retour à l’esprit dans lequel ils avaient commencé, et qu’ils deviennent ainsi les enfants de la mère libre. Mais s’ils persistent à finir par la chair, ils demeurent alors les fils de l’esclave. « Et comme alors celui qui était né selon la chair persécutait celui qui était né selon l’esprit, il en est de même encore aujourd’hui. Mais que dit l’Écriture ? Chassez l’esclave et son fils, car le fils de esclave ne sera point héritier avec le fils de la femme libre. Or, mes frères, nous ne sommes point les j enfants de l’esclave, mais de la femme libre, et c’est Jésus-Christ qui nous a donné cette liberté. » Je ne pense pas que nous puissions trouver dans l’Écriture ce fait d’Ismaël persécutant Isaac; nous lisons simple¬ ment que Sara voyant le fils de l’égyptienne qui était l’aîné, jouer avec Isaac, elle en fut indignée, et dit à Abraham : « Chassez cette esclave et son fils, car le fils de l’esclave ne partagera pas est. Se cl quia Origenes hune locum edisserens, ita Apos- loli posuit exemplum : « Vos autem, fratres, secundum Isaac promissionis filii estis, » quæritnr quomodo Galatas, quos stultos apellarat, et incœpisse dixerat spiritu, came fin ire, nunc secundum Isaac filios repro- missionis vocet? Dicimus itaque Apostolum icléo eos appellare secundum Isaac filios repromissionis, quia non penitus eorum desperet salutem, et rursum eos' ad spi- ; ritum quo cœperant æstimet reversuros, fiantque filii liberæ. Qui si carne fuerint consummati, filii sunt ancillæ. « Sed quomodo tune qui secundum carnem natus fuerat, persequebatnr eum qui secundum spiritum : ita et nunc. Sed quid dicit Scriptura? Ejice ancillam etfilium ejus ; non enim hæres erit filius ancillæ cum filio meo Isaac. Itaque, fratres, non sumus ancillæ filii, sed liberæ. Qua liber ta te Ghristus nos liberavit. » Non puto invenire non posse ubi Ismael perseentus fuerit Isaac ; sed tantum illud, quod cum filius Ægyptiæ, qui major natu erat luderet cum Isaac, indignata sit Sara, et dixerit ad Abraham : « Ejice ancillam et filiùm ejus, non, enfin' 316 SAINT JÉROME l’héritage avec mon fils Isaac, » Gen. xxi, 10. Ainsi un simple jeu d’enfants entre eux est une cause d’expulsion et de renvoi. Mais l’Apôtre, hébreu d’origine, instruit aux pieds du doc¬ teur Gamaliel, lui qui, dans une assemblée avait autrefois réprimé la fureur des Pharisiens contre le Seigneur, a compris d’après ces paroles de Sara : « car le fils de l’esclave ne sera point héritier avec mon fils, » qu’il ne s’agissait pas ici d’un simple jeu. Peut-être en effet Ismaël, qui était le plus âgé, et qui avait été circoncis dans un âge où il pouvait comprendre et sentir ce qu’il avait souffert, s’attribuait-il le droit d’aî¬ nesse, et l’Écriture traite de jeu cette dispute des deux enfants. Aussi Sara, ne pouvant supporter cette prétention, et indignée de voir que le fils de l’esclave s’attribuait si jeune encore les droits du premier-né, s’écria : « Chassez l’esclave avec son fils, car le fils de l’esclave ne partagera point l’héritage avec mon fils. » Abraham ayant trouvé dur, que non seulement Ismaël cessât d’être l’aîné, mais qu’il ne pût même recevoir une partie égale de l’héritage ; avec son plus jeune frère, (car les aînés ont toujours droit à une portion plus considérable), Dieu qui voulait que la femme libre restât dans la maison et que l’esclave fût mise dehors, con¬ firme les paroles de Sara et dit à Abraham : « Que cette parole sur l’enfant et sur la ser¬ vante 11e te paraisse pas dure, et quelque chose hæreditabit filius ancillæ cum filio meo Isaac » Gen. xxi, 10. Et utique simplex lasus inter infantes, expul- sione et abdicatione indignus est. Verum Àpostolus quasi Hebræus ex Hebræis, et ad pedes magistri Gamaliel i s edoctus, qui quond'ani furentes adversus Dominum [AL eum] Pharisæos concilio refrenaret, ex verbis Saræ dicentis : « non eniui hæreditabit lilius ancillæ, cum filio meo Isaac. » intellexit lusuin ilium simplicem non fuisse. Sed quia fbrsitan Ismaël quasi major natu, et eo tempore circumcisus quo jam poterat intelligere et sen¬ tira quod passus est, sibi primogenita vindïcabat, Scrip- tura jurgium parvulorum, lusum vocavit. Unde et Sara hæc verba non sustinens, et consuetudinem sibi primo- vgenita vindicantis ancillæ filii'a parva ætate non patiens , erupit in vocem : « Ejice ancillam cum filio suo : « Non enim hæreditabit filius ancillæ cum filio meo Isaac. » Quod cum durum visum fuisse t Àbrahæ (seinper enim primogenitis majora debentur), non solum Ismaelem prio- rem esse desinere, sed ne scqualem quidem cum minore fratre accipere portionem; Deus qui liberam intus esse, et foras expelli volebat ancillam, Saï*æ verba confirmât, que dise Sara, écoute sa voix ; car c’est d’Isaac que ta postérité prendra son nom. » De même donc que le frère aîné Ismaël persécutait alors son plus jeune frère Isaac encore à la mamelle, en s’arrogeant le privilège de la circoncision, et les droits du premier-né, ainsi maintenant Israël selon la chair se soulève, s’enfle d’orgueil et se déclare contre son plus jeune frère, le peuple chrétien formé des gentils. Considérons la con¬ duite insensée des Juifs qui ont mis à mort le Seigneur, persécuté les prophètes et les apôtres et qui s’opposent à la volonté de Dieu, et nous verrons d’après le témoignage de l’histoire que les chrétiens ont eu à souffrir de plus grandes persécutions de la part des Juifs, que de la part des Gentils. Nous sommes étonnés de cette conduite des Juifs. Mais aujourd’hui, les chré¬ tiens eux-mêmes, qui sont encore de petits enfants en Jésus-Christ, et vivent drune ma¬ nière charnelle, persécutent ceux qui sont nés de l'eau et de l’esprit, et qui, ressuscités avec Jésus-Christ, cherchent non les choses de la terre, mais les choses du ciel. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent, qu’ils se joignent à Ismaël pour persécuter Isaac, ils seront chassés dehors avec leur mère l’esclave égyptienne, et ils n’auroht point de part à l’héritage qui sera donné à celui-là seul qui est le fils de la promesse. Remarquez la justesse de cette expression: c’est celui qui est né selon la chair qui et loquitur ad Abraham : « Non clurum sit coram te de puero et an ci 11a. Omnia quæ dixerit [Àl. dixit\ tibi Sara, audi vocem ejus; quoniam in Isaac vocabitur tibh semen. » Sicut ergo tune major frater Ismaël lactentem adhuc et parvulum perseqoebatur Isaac, sibi cir- cumcisionis prærogativam, sibi primogenita vin- dicans ; ita et nunc secundum carnem Israël [Al. Ismaël], adversum minorem fratrem de gentibns popn- lum Christianum sustollitur, inflatur, erigitur. Consi¬ dérera us i nsa nia m Judæorum, qui et Dominum interfe- ceruni., et prophetas, et apostolos persecuti sunt, et adversantur voluntati Dei, et videbimus multo majores persecutiones, quas nos etiam historiæ docent, a Judæis in Christianos quani a gentibns concitatas. Miramur de Judæis? Hodie quoque lii qui in Christo parvuli sunt, et vivunt carnaliter, perseqiumtur eos qui ex aqua et spiritu nati sunt; et cum Christo résurgentes, ea qnre- rnnt quæ sursnm sunt, non deorsum. Faciant quod volunt ; cum Ismaele perseqnantur Isaac ; ejicientur fcfras cum ancilla matre Ægyptia ; nec accipient hære- ditatem, quam solus qui de repr omissions natus est, COMMENTAIRES SUR l/ÉPJTRE AUX GATATES 317 persécute celui qui est spirituel. Car jamais l’homme spirituel ne persécute l'hom¬ me charnel, mais il a pour \lui les égards qu’on a pour un frère moins bien élevé, il sait qu’avec le temps il peut se corriger. Et s’il aperçoit le fils de l’égyptienne se mettre en colère, il se rappelle qu’ils sont les enfants d’un même père, qui a créé la lumière, les bœufs et le moucheron, et que dans une grande maison il y a non seulement des vases d’or et d’argent, mais aussi des vases de bois et de terre. Disons donc avec l’apôtre saint Paul : « Nous ne sommes pas les fils de la servante, mais de la femme libre » et renouvelés en Jésus-Christ, écoutons les paroles du Seigneur aux Juifs : « Si vous demeurez dans ma' parole, vous con¬ naîtrez sa vérité, et' la vérité vous délivrera, » Jean vu, 31, 32. L’Apôtre était délivré par cette liberté lorsqu’il disait : « Étant libre à l’égard de tous, » I Cor. ix, 14. Il se savait libre de tous les vices, affranchi de toute concupis¬ cence et de toute erreur, il se réjouissait donc avec raison dans cette liberté du Christ qui lui faisait dire : « Nous ne sommes pas les fils do la servante, mais de la femme libre. » CHAPITRE V. . « Soyez fermes, et ne vous enchaînez pas de consequetur. Eleganter autem et illud, quod is qui seciindum carnem natus est, persequitur spiritualem. Numquam enim spiritualis persequitur carnalem ; sed ignoscit ei quasi rusticano fratri ; soit eura posse profi- cereper tempus. Et si quan do Ægyptiæ filium vider it irascentem, recordatur unius patris, qui lucem, boves crearit et culicem ; et in magna domo, non solum esse v.asa aurea et argentea ; sed lignea et fictilia. ltaque cum apostolo Paulo dicamus : « Non sumus ancillæ filji, sed liberæ » II Tim . n ; et renovati in Gbristo, audiamus verba Domini ad Judæos loquentis : « Si manseritis in sermone meo, cognoscetis veritatem, et veritas liberabit vos » Joan. vin, 31, 32. Hac libertate et Apostolus liberatus aiebat : Cum enim sim liber ex omnibus, « Qui facit peccatum, servus peccati est » I Cor. ix, 19. 111e quia se ab omnibus yitiis liberum, ab omni concupiscentia et errore sciebat alienum, recte in Gbristi libertate gaudebat dicens : « Non sumus ancillse filii, sed liberæ, qua libertate Christus nos libe- ravit » Jocrn . vin, 34. CAPUT V. « State, et nolile iterum jugo servitutis contineri, » Et nouveau sous le joug de . la servitude. » Nous voyons par ces paroles que celui qui est enchaîné sous le joug de la servitude, ne peut se tenir ferme; et aussi que celui qui a été gratifié par Jésus-Christ de la liberté, reste sous le joug, tant qu’il a l’esprit de servitude pour se conduire par la crainte, et qu’il ne sait que les premiers éléments de la loi. En leur disant : « Soyez fermes, » l’Apôtre exhorte les Églises de Galatie à conserver leur foi ferme et immuable et à de¬ meurer droites, le pied appuyé sur le Sauveur. C’est ce que déclare le juste dans un autre endroit : « Il a établi mes pieds sur la pierre » Ps. xxxix, 3, au lieu de : « sur le Christ,» afin de n’ôtre plus emporté ça et là à tout vent de doc¬ trine, et entraîné dans une multitude d’erreurs Ephes iv. Aussi l’Apôtre fait-il cette recomman¬ dation à ceux qui sont debout : « Que celui qui veut être ferme, prenne garde de tomber, » 1, Cor. x, 12. Et dans un autre endroit : « Demeurez fermes, agissez avec virilité, et fortifiez-vous. » Ibid, xvi, 13, afin qu’ils se tiennent unis à celui qu’Étienne persévérant dans son martyre vit debout à la droite du Père Act. vu, et qui a dit à Moïse : « Pour vous, tenez-vous avec moi, » Exod . xxiv, 2. Or ce qu’il appelle le joug de la servitude, c’est la loi qui est dure, difficile, pénible, qui consume jour ex hoc ostenditur, quia non stet qui jugo inhæreat servitutis. Et quia is qui a Gbristo libertate donatusest, tamdiu fuerit sub jugo, quamdiu spiritum servitutis habuerit in timoré, et Legis initia sit secutus. Quod autem ait, « state, » firmam et stabilem in Christo hortatur fidem, ut Ecclesiæ Galatiæ fixo in Salva- tore permaneant pede. De quo et in a ho loco justus loquitur : « Statuit super petram pedes meos » Ps. xxxix, 3, pro eo quod est, « super Ghristum ; >» ne scilicet circumferantur omni vento doctrinæ, et in cliversa rapiantur Ephes. iv. Unde et ad stantes dicitur : « Et qui stat, videat ne cadat » I Cor. x, 12. "Et in alio loco : « State, viriliter agite, confortamini » Ibid xvi, 13, ut stent cum eo, quem Stephanus a dex- tris Patris stantem vidit in martyrio perseverans Act. vu, et qui locutus est ad Moysen : « Tu vero sla mecum » Exod. xxxiv, 2. Jugum autem servitutis, Legem vocat duram, difïicilem, laboriosam, quæ die ac nocte cultores suos gravi opéré consurait. Sicut et pet, rus in Actibus apostolorum : « Quid tentatis, » inquit, « imponere jugum grave super collum fratrum, quod neque nos, neque patres nostri portare potueriint» Act. xv. 10 ? Quod autem apposuit, «nolite iterum,» non quo SAINT JÉROME 318 et nuit ses observateurs par de rudes fatigues. C’était la pensée de saint Pierre lorsque nous l’entendons dire dans les Actes des apôtres : « Pourquoi tentez-vous Dieu, en imposant à nos frères un joug que nos pères ni nous n’avions pu porter? » Act. xv, 10. En disant : « n’allez pas de nouveau, » saint Paul ne veut point parler du joug de la loi que les Galates auraient observée auparavant, mais du. joug 4 non moins accablant de Fi do latrie qui pesait si lourdement sur le peuple égyptien et le précipita dans la mer rouge comme une masse de plomb, Exod . xv. C’est dans ce même sens qu’il leur avait dit précédem¬ ment :« comment vous tournez- vous de nouveau vers ces éléments faibles et pauvros, auxquels vous voulez vous asservir de nouveau. » En effet, les Galates, qui à la prédication de Paul, avaient renoncé au culte des idoles, et s’étaient élevés jusqu’à la grâce de l’Évangile, ne re¬ tournaient pas à la servitude de la loi judaïque qu’ils n’avaient jamais connue avant leur con¬ version; mais en voulant observer les temps, recevoir la circoncision charnelle, offrir des victimes matérielles, ils retournaient en quelque sorte au même culte dont ils avaient été les esclaves dans l’idolâtrie. On dit en effet que les prêtres égyptiens, les ismaélites et les ma- dianites, observent la circoncision. Quant à la coutume des Gentils d’observer les jours, les mois et les années, mieux vaudrait pour nous prius Legem Galatæ custodierint; sed quo et idololatrise jugum grave sit, quo Ægyptiorum populus oppressus, ad instar plumbi in Rubrum mare mer sus est Eccod.'xv. Juxta quem sensum et supra dixerat : « Quomodo convertimini iterum ad infirma, et egena elementa; quibus fursum servire vultis, dies observantes, et men¬ ées, et tempora, et annos ? » Galatæ enim qui ad Pauli apostoli prædicationem, idolis derelictis, statim ad Evangelii conscenderant gratiam, non revertebantur ad. Legis Judaicæ servitutem, quam numquam prius cogno- verant , sed volentes observare tempora, circumcidi carne, et hostias offerre corporeas, quodammodo in eosdem revertebantur cultus, quibus in idololatria ante servierant. Aiunt enim, et Ægypti sacerdotes et Ismae- litas, et Madianæos præputium non babere. Quod autem nationes observent dies, menses, et annos, utinam nes- ciremus, ne [AL liée] nobis cum eis esse umquam mixta festivitas. « Ecce ego Paulus dico vobis; quoniam si cïrcumci- damini, Christus vobis nihil prodest.» In Evangelio l’ignorer pour n’avoir jamais de jour de fête qui nous soit commun. « Voici que moi Paul je vous dis, que si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien. Le Sauveur dit à ses disciples dans l’Évangile : « Celui qui vous écoute, m’écoute; et celui qui vous reçoit, me reçoit « Luc; x, 16. Et l’Apôtre l’atteste, lorsqu’il dit : « Je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Jésus-Christ qui vit en moi » Gai. n, 20; et ailleurs : « Est-ce que vous voulez éprouver celui qui pahle en moi, le Christ » II Cor . xm, 3 ? Autant de preuves qui établissent clairement que lorsque l’Apôtre dit : « Voici que moi Paul je vous dis; » il faut recevoir ses paroles non comme les paroles de Paul, mais comme les paroles du Seigneur. En effet, après avoir commencé par dire dans la première épître aux Corinthiens : « Pour ceux qui sont dans le mariage, ce n’est pas moi, mais le Seigneur » I Cor. vu 10; et avoir ajouté presque aussitôt : « Quant aux autres, ce n’est pas le Seigneur, mais c’est moi, » Ibid , 12, pour ne pas laisser avilir son autorité, il s’empresse de dire : « Je pensé avoir en moi l’Esprit de Dieu. » L’Esprit et le Christ parlant ainsi par sa bouche, il n’avait plus à craindre le mépris, lorsqu’à l’imitation des prophètes, il s’exprimait de la sorte : « Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant. » Mais ici son langage a une portée plus haute : « Voici ce que moi Paul je vous dis : que si vous vous faites Salvator ad discipulos loquitur. « Qui vos audit, me audit : qui vos suscipit, me suscipit » L%cc. x, 16. Et Apostolus testatur, dicens : « Vivo autem, jam non ego; vivit autem in me Christus » Sttjpro, p, 20; et alibi : « An experimentum quæritis ejus qui In me loquitur Christus » Il Cor, xm, 3 ? Ex quo liquido comprobatur hoc quod nunc dicit : « Ecce ego Paulus dico vobis, » non quasi Pauli tantum verba accipienda, sed Domini. Nam cum et in prima' ad Corinthios præmisisset : « His autem qui nupti sunt denuntio, non ego, sedDorninus » I Cor. vn, 10; et statim intulisset : v. cæteris autem ego præcipio >» Ibid., 12, ne vilis sua putaretur auctoritas : « puto, >» inquit, « quod et ego spiritum Dei habeo ; >» ut spiritu et Christo in se loquénté non contemptui dnceretur, qui proplietas imitans diceret: « Hæc dicit Dominus omnipotens. » Majus autem fiet ici qnod dictunf est : « Ecce ego Paulus dico vobis j quoniam si circumcidamini, Christus vobis nihil pro¬ dest, >» si cum principio copuletur, in quo ait : Paulus apostolus non ab hominibus, neque per bomihém, sed COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES circoncire, le Christ ne vous servira cle rien. » Surtout si on le rapproche du commencement de cette épître : « Paul établi, apôtre, non par des hommes, ni par l’autorité d’aucun homme, mais par Jésus-Christ etc. » Ceux qui l’enten¬ daient parler de la sorte devaient être beaucoup plus impressionnés par l’autorité de celui qui envoyait, que par l’autorité de celui qui était envoyé. On fera peut-être ici cette objec¬ tion : Uépltre aux Romains renferme une proposition contraire à celle-ci, lorsquo l’Apôtre dit : « La circoncision est utile il est vrai, mais à la condition que vous observerez la loi, » Rom. h, 25, et plus bas : « Qu’est-ce donc que le Juif a de plus? ou, à quoi sert la circoncision? Beaucoup de toute manière. Et d’abord en ce que les oracles de Dieu leur ont été confiés, » Jbid.jiiy 1, 2. Puisqu’en effet, le Christ ne sert de rien à ceux qui se font circoncire, comment la circoncision peut-elle être utile à ceux qui observent la loi. Voici la solution que nous donnons à cette objection : L’épitre écriteaux Romains était adressée à ceux qui avaient em¬ brassé la foi tant des Juifs que des Gentils. Orj saint Paul s’appliqua à ne blesser aucun des deux peuples, et à leur conserver à chacun leur privi¬ lège, c’est-à-dire, à ce qu’ils ne fussent obligés, ni les Gentils à se faire circoncire, ni ceux qui étaient circoncis à renoncer à la circoncision. per Jesum Christum, » et roliqua; ut audientes, non tam missi, quam mittentis auctoritate moveantur. Potest aliquis dicere : Contrarium est huic loco illud quod ad Romanos scribitur : « Gircumcisio quidem pro- dest, si Legem custodias » Rom. n, 25; et infra: « Quid ergo est amplius Judæo; a ut quæ utilitas cir c u mois i o ni s ? Multum per omnem modum. Primum quidem, quia crédita sunt illis eloquia Dei » Ibid., 1, 2. Si enim his qui circumcisi fuerint Ghristus nihil pro- dest; quomodo Legem custodientibus prodest circum- cisio ? Quod quidem hac responsione solvetuv, ut dicara [Al. dicatur.] Epistolam quæ ad Romanos scirpta est, ad eos esse dictatam, qui ex Judæis Gentibusque credi- derant; et hoc egisse Paulum, ut [Al. ne] neuter populos offenderetur; quo scilicet suum utraque plebs privi- legium possideret ; ut nec gentiles circumciderentur, nec circumcisi adducorent præputium. Ad Galatas autem scribe ns alio usus sit avgumento. Non enim erant ex circumcisione, sed ex gentibus qui crediderant. Nec 319 Mais lorsqu’il écrit aux Galates, il emploie un autre raisonnement; car les chrétiens ne venaient pas ici du peuple circoncis, mais des Gentils. La circoncision ne pouvait donc être d’aucune utilité pour eux, qui après la grâce de l’Évangile retournaient aux éléments de la loi. Nous] lisons à l’appui dans le récit historique des Actes Act. xv, que quelques- uns du peuple circoncis qui avaient embrassé la foi s’élevèrent dans l’assemblée, affirmant que les gentils convertis devaient recevoir la circon¬ cision, et garder la loi de Moïse; mais que les anciens qui étaient à Jérusalem, ainsi que les apôtres réunis avec eux, avaient décidé et réglé par lettre qu’on n’imposerait pas aux Gentils convertis le joug de la loi, ni aucune autre observance, si co n’est de s’abstenir des victimes sacrifiées aux idoles du sang et de la fornication; ou bien comme le portent quelques exemplaires, des chairs étouffées. Et afin qu’il ne restât aucun doute sur ce point, que la circoncision ne sert de rien, et que ce n’est que par ménagement pour les Juifs convertis à la foi que dans son épître aux Romains, il a tant soit peu tempéré l’expres¬ sion de son sentiment, dans la suite de son épître aux Corinthiens (1) il démontre claire¬ ment que ce n’est rien d’être circoncis, ou d’être incirconcis, mais que l’essentiel est d’observer les commandements de Dieu I Cor vu, 19. Il potei'at eis proclesse circumcisio, qui post Evangelii gratiam itevum ad legalia reverterentur elementa. Et in Actibus apostolorum narrat historia Actor. xv; cum quidam de circumcisione surgentes asseruissent eos qui ex gentibus crediderant, debere cicumcidi, et legem custodire Mo y si, senior es qui Jerosolymis erant, et apostolos pari ter congregatos, statuisse per litteras, ne superponeretur eis jugum Legis., nec amplius obser¬ vaient, nisi ut custodirent se tantum ab idolothytis,.et sanguine, et fornicatione, sive ut in nonnullis exempla- ri.bns scriptum est, « et a suffocatis. » Et ne resideat ulla dubitatio, quod circumcisio nihil prosit, sed propter eos qui ex Judæis crediderant, ad Romanos de circumci¬ sione sententiam temperavit, paulatim ad Epistolæ ejusdem posteriora descendens, nec circumcisionem, nec præputium aliquid valere, monstravit dicens : « Circumcisio itaque nihil est, et. præputium nihil est, sed observatio mandatorum Dei » I Cor. vit, 19. Intantum enim circumcisio nihil est, ut Israeliticæ quo- G) Ce n’est point vers la fin de l’éptlre aux Romains, comme paraît l’indiquer lo texte latin de saint Jérôme « ad ejusdem cpistol» posteriora descendens, » mais bien dans lo Chapitre YI1 de la 2* épître qui Corinthieua que se trouve cette oitation. (Note du Traducteur). 320 est tellement vrai que la circoncision n’est rien, qu’au témoignage du prophète, elle n’a servi dé rien à la maison d’Israël, si fière du privilège de la circoncision : « Toutes les nations sont incirconcises de chair, mais la. maison. d’Israël est incirconcise de cœur » Ezech. xliv, 19, et Melehisédech, qui était incir¬ concis n’a pas laissé de bénir Abraham qui était circoncis, Gen. xliv. En effet, ces paroles : « Si vous vous faites circoncire, » signifient, dans la pensée de l’Apôtre : « Si vous êtes circoncis dans la chair; » c’est ce que dans un autre endroit, saint Paul appelle non la circoncision, mais la mutilation. «Voyez, dit-il,1 ''ceux qui se mutilent, les faux circoncis. Car c’est nous qui sommes les vrais circoncis, nous qui servons Dieu en esprit, et qui mettons notre gloire en Jésus-Christ, sans nous confier dans la chair, » Philipp. ni 2, 3. Celui-là ne se confie pas dans la chair, qui attend tout bien de Jésus-Christ, qui ne sème point dans la chair, pour ne recueillir de la chair que la corruption, mais qui sème dans l’esprit, pour recueillir de l’esprit la vie éternelle. 11 faut creuser plus avant cette pensée de l’Apôtre : « Si vous vous faites circoncire, Jésus-Christ ne vous servira plus de rien. » Ce n’est pas seule¬ ment parce que la circoncision ne leur servira de rien, à ceux qui se font circoncire, mais quand ils paraîtraient avoir toutes les vertus chrétiennes avant d’être circoncis, ils perdent que domui, se de circumcisione jactànti, nihil profuerit, propheta memorante : «. Omnes gentes incircumcisæ carne, doraus autem Israël incircumcisa corde » Ezech. xlvi, 9, et incircumcisus Melchisedec, circüm- cisum benedixit Abraham. Nam quod ait : « Si circum- cidamini » Genes. xliv; taie est, quale si dicere voluisset, si carne circnmcidamini, Quam in alio loco non circumcisionem, sed concisionem vocat, dicens : « Videte concisionem. Nos enim sumus circuincisio, qui spiritu Dei servimus, et gloriamur in Christo, et non in carne confidimus » Philipp. m, 2 3. Non conlidit in carne, qui omnera ntilitatem exspectat a Christo, et non seminat in carne, ut de carne metat eorruptionem; sed in spiritu, de quo vita æterna gene- ratur. Subtilius intuenda sententia : « Si circumci- damini, Christus vobis nihil prodest. Quod non solum in eo si circumcidantnr, non eis prositipsa circumcisio ; sed etiamsi cætera s videantur extra circumcisionem in Christo habere virtutes, universse pereant, . cura post fidem Christi fuerint circumcisi. Quid igitur ? nihil pro¬ fuit Timothço circumcisio I Multum per omnem modum. tout le fruit de ces vertus, s’ils se font circon¬ cire après avoir cru en Jésus-Christ. Quoi donc? est-ce que la circoncision n’a servi de rien à Timothée? Elle lui a servi beaucoup de toute manière. Car il a été circoncis moins pour recueillir de la circoncision quelque avantage personnel, que pour gagner les autres à Jésus- Christ. 11 s’est fait Juif pour les Juifs, afin d’amener, par la circoncision qu’il avait reçue, les Juifs à Jésus-Christ I Cor. ix. La circoncision ne sert de rien, lorsqu’on espère tirer quelque utilité de la circoncision par elle-même. « Je déclare encore à quiconque se fait circon¬ cire, qu’il est obligé de garder la loi tout entière. » Dieu qui a fait un précepte de la circoncision, à Abraham d’abord, et ensuite par Moïse dans la loi, n’a pas commandé seulement l’observation de la circoncision, mais de beaucoup d’autres préceptes, tels que les fêtes qu’il fallait célébrer à Jérusalem, les holocaustes des victimes, chaque jour soir et matin, l’immolation de l’agneau dans un seul lieu, le repos de la terre, la septième année, la cinquantième année de rémission, et d’autres que chaque lecteur pourra facilement trouver dans les Écritures. Nous presserons ici Ébion et ses sectateurs qui prétendent, qui pensent qu’on doit encore cir¬ concire ceux qui ont cru en Jésus- Christ après la prédication de l’Évangile et nous leur dirons : qu’ils doivent observer la circoncision et tous les Non enim tam ideo circumcisus est, ut ex ipsa circum- cisione aliquid emolumenti æstimaret posse se consequi, quam ut cæteros lucrifaceret I Cor . ix. Factus Judseis Judæus, ut Judæos ad fidem Christi sua circumcisione transduceret. Tune siquidem non prodest circumcisio, cum aliquid per semetipsam putatur utihtatis [Al. utilitas] afferre. « Gontestor autem omnem hominem c;rcumcidentem se, quoniam debitor est universæ Legis faciendæ. » Deus ' qui circumcisionem primo ad Abraham, deinde per Moysen in Lege præcipit, non solum circumcisionem, sed et alia multa observanda constituit : Dies festos Jerosolymis frequentand'os ; hostiarum holocausta mane semper et vespere; immolationem in uno tantum loco agni, terne septima ætate ferias; quinquagesimum remissionis annum, et cætera quæ facile est de Scri- pturis excerpere sibi unumquemque lectorem. Coarcta- bimus itaque Ebionem, et sectatore's ejus, qui post Evangelium credentes in ' Christo circumcidendps putant, ut aut circumcisionem faciant, et cætera quæ præcipiuntur in Lege; aut si impossibile est cunclà SAINT JÉROME COMMENTAIRES SUR L'EPITRE AUX GALATES 321 autrespréceptes de la loi, ou que s’il estimpossiblê de tout observer, de renoncer à la circoncision qui a été mise de côté comme inutile avec les autres cérémonies légales. S’ils répondent qu’ils ne sont obligés à faire que ce qui est possible (car Dieu n’exige point de nous ce que nous ne pouvons faire,, mais seulement ce qu’il nous est possible d’accomplir); nous leur dirons qu’il ne peut appartenir au même Dieu, de vouloir que la loi soit observée! et d’abandonner ceux qui observent la loi. Ou comment regarder comme coupables ceux qui, le voulussent-ils, ne pourraient en accomplir tous les préceptes? Pour nous, nous suivons la loi spirituelle qui dit: « Vous ne lierez point la bouche du bœuf qui foule la moisson dans l’aire, » Deut. xxv, 4, et nous l’entendons comme l’Apôtre : « Est-ce que Dieu a souci des bœufs? » I Tim. v, 18; i Cor. ix 9; mais c’est pour nous qu’il fait cette recom¬ mandation, et qu’il ordonne d’observer le sabbat choisi et délicieux Isaï lviii 13. Ce n’est point pour que notre bœuf, notre âne, et de vils animaux prennent leurs ébats le jour du sabbat, mais dans l’intérêt des hommes et de ces ani¬ maux dont il est écrit : « Vous sauverez les hommes .et les animaux, » Ps. xxxv, 7. Les hommes sont ceux qui se conduisent selon la raison, les hommes spirituels; les animaux, ceux qui sont d’un esprit plus lent, et à qui les hommes spirituels enseignent à observer le fieri, cesset et circumcisio, quæ cum cæteris quasi inutilis prætermissa est. Quod si responderiut, possibilia tantum deber.e se facere (non enim Deum ea a nobis exigere quæ non possumus, sed ea quæ possimus implere), dicemus eis, non ejusdem esse Dei, custodiri velle Legem, et eos qui Legem custodiant derelinquere. Aut, quomodo propter mtermissam Legem reos eos faciat, qui etiamsi velint, universa complere non possint? Nos vero legem sequi spiritualem, quæ dicat : « Non infrenabis os bovi triturant! » Deut. xxv , 4, et cum Apostolo intelligere : « Numquid de bobus cura est Deo » I Tim . x, 18 ; I Cor. ix, 9 ? sed propter nos utique dicit, et observare sabbata delicata Isai. lviii, 13, non' ut bos et asinus noster, et vilia pecora læteutur in sabbato; sed illi hommes, et pecora, de quibus script um est : « Homines et jumenta salvos faciès, Domine » Ps. xxxv, 7. Homines rationabilés quosque, et spirituales viros, animalia vero, eos qui tardioris inge- nii sunt, et a spiritualibus ad agenda Domini sabbata eru- diuntur. Nec contrarium esse id quod supra dictum est: Si ciroumcidamini, Ghristus vobis nihil prodest; » Et Tom. x. sabbat du Seigneur. Et ce qui est dit plus haut : « Si vous vous faites circoncire, Jésus-Christ ne vous servira de rien, » et ces autres paroles : « Je déclare encore à quiconque se fait circon¬ cire, qu’il est obligé de garder la loi tout entière, » ne sont nullement en opposition aux consé¬ quences que nous déduisons ici. Car ce ne sont pas ceux qui écoutent la loi, qui sont justifiés aux yeux de Dieu, mais ceux qui observent la loi. Et .celui-là est observateur de la loi, qui peut dire : « C’est nous , qui sommes les vrais circoncis » et, « Le juif est celui qui l’est inté¬ rieurement, » et encore : « Nous savons que la loi est spirituelle. Celui au contraire, qui s’atta¬ che à la fausse circoncision et à la lettre qui tue, n’est point observateur de la loi, il en est bien plutôt l’ennemi, surtout après l’avènement du Sauveur, qui ôte le voile du cœur de ceux qui se convertissent à lui, afin que, contemplant à face découverte la gloire du Seigneur, nous soyons transformés de la vétusté de la lettre dans la nouveauté de l’esprit. « Vous êtes étrangers au Christ, vous qui voulez être justifiés par la loi; vous êtes déchus de la grâce. » De même que personne ne peut servir deux njaîtres, ainsi est-il difficile d’accom¬ plir à la fois l’ombre et la vérité de la loi. L’ombre est dans la loi ancienne, jusqu’à ce que le jour brille et que les hommes disparaissent; la vérité est dans l’Évangile de Jésus-Christ. quod sequitur : « Testificor omnem bominem circumci- .dentem se, quoniam debitor est imiversæ Legis facien- dæ, » huic quod infertur a nobis. Neque enim audi- tores Legis sunt justi apud Deum; sed factores Le¬ gis iustificabantur. Quia factor ille sit Legis, qui po- tast dicere : « Non sumus circumcisio; » et, « In occul- to Judæus; » et, « scimus quia Lex spiritualis est. » Qui autem concisionem et interfectricem sequatur iitteram, eum non Legis esse factorem, sed vere legis inimicum, maxime post Salvatoris adventum, qui ad se con- vertentibus tollat velamen de corde, ut omnes reve- lata facie gloriam Domini contemplantes, trans- figuremur de vetustate litteræ in novitatem spiri- tus. « Evacuati estis a Christo : qui in Lege justi— ficamini, a gratia excidistis. » Quomodo nemo po- test duobus dominis service MaUh. vi, sic um- bram pariter et veritatem Legis implere difficile est. Umbra in Lege veteri est, donec aspiret dies, et amoveantur umbræ : veritas in Evangelio Ghristi : « Gratia enim èt veritas per Jesum Christum factæ 21 322 SAINT JÉROME « Car la grâce et la vérité sont venües par Jésus-Christ » Jean, i, 17. Celui-là donc perd la grâce de Jésus-Christ et l’Évangile auquel il était' attaché, qui s'imagine être justifié par l’observation d’un précepte quelconque de la loi, et en perdant la grâce, il est déchu de la foi en Jésus-Christ, il cesse défaire lesœuvresdu Christ; « car, nous dit saint Paul, vous cessez d*agir pour Jésus^-Christ; non pas comme le texte latin a mal traduit : «Vous êtes étrangers à Jésus-Christ, » mais dans un sens plus vrai, vous avez cessé d’opérer les œuvres de Jésus-Christ, c’est-à-dire que ce qu’il avait ordonné spécialement de la circoncision en disant : « Si vous vous faites cir- conciro, le Christ ne vous servira de rien, » il l’applique maintenant a toute la loi en général, en disant : que ceux qui croient pouvoir être justifiés par, une observation de la loi quelle qu’elle soit, ne font aucun progrès dans les œuvres de Jésus-Christ. « Mais nous, c’est par l’esprit, et en vertu de la foi, que nous espérons recevoir la justice. » Il met ici l’esprit en opposition avec la lettre. Par cette espérance de la justice, il faut enten¬ dre le Christ, parce qu’il est lui-même la vérité, la patience, l’espérance, la justice, en un mot toutes les vertus, et que nous attendons son second avènement où il doit juger toutes choses et faire paraître non plus sa patience, mais sa justice, pour rendre à chacun selon ses œuvres. su nt » Joan. i, 17. Perdit ergo gratiam Christi, et Evangelium quod tenuez'at, amittit, qui in aliqua observatione Legis se justificari pulat; et cum gra- tiam amiserit, a Christi fuie destituitur, et in ejus opéré conquiescit : xaTY|pyu0Y|Te enim àzco tou Xpt- gtou non ut in Latino male interpretatum est : « Evacuati eslisa Ghristo, » sed, « in Christi [Al. Ghristo] opéré cessastis, » magis intelligitur, ut id quod supra specialiter de circumcisione præceperat, dicens : « si circumcidamini, Ghristus vobis nihil prodest, » nunc de tota Lege gëneraliter comprehendat, nihil eos in Christi opéré proficere, qui in quacuraque observa- tione Legis se crediderint justiflcandos. « Nos enim spiritu ex fide, spem justitiæ exs- pectamus. » Spiritum, ad distinctionem litteræ po- suit. Spes vero justitiæ, Ghristus intelligendus ; quia ipse est veritas, patientia, spes, justitia, omnesque virtutes, cujus nos secundum exspectamus adventum, quod judicaturus est omnia, et jam non patientia, sed justitia affuturus, ut reddat unicuique secundum opéra sua. Cujus Dei præsentiam Apostolus, ét qui ei sunt C’est dans l’attente de sa présence divine que l’Apôtre, et tous ceux qui lui sont semblables, disent : « Que votre règne arrive » Maith . vi. 10, afin que lorsque le Fils aura remis l’empire à Dieu le Père, et qu’il lui sera lui-même assu¬ jetti, dans tous ceux qu’il lui a soumis, alors la tête sera soumise dans le corps, et Dieu sera tout en tous I Cor, xv. En effet, celui qui est maintenant en partie -et dans chaque individu, commencera alors à être tout en tous. « Car en Jésus-Christ, ni la circoncision ni l’incirconcision ne servent à rien ; mais la foi qui agit par la charité. » Pour ceux qui veulent vivre en Jésus-Christ, c’est un devoir de tendre vers les vertus et de fuir les vices; mais il est des choses qui tiennent le milieu entre les ver¬ tus et les vices, et qui ne sont ni à fuir, ni à désirer ; telles sont la circoncision et l’incircon- cision et d’autres choses semblables. La circon¬ cision est utile, mais à la condition que vous observerez la loi. C’est sous ce rapport qu’elle a été utile à ceux qui ont vécu sous la loi, non parce qu’il-s avaient été circoncis, mais parce que les oracles de Dieu leur dut été confiés, et que les traduisant dans leurs œuvres, ils ne sont pas restés étrangers au salut. Et nous ne devons pas nous laisser impressionner . par l’exemple de Séphora prenant une pierre aiguë pour circoncire son fils, et arrêtant ainsi l’ange qui voulait, étouffer son mari, Exod. îv , ou similes exspectantes, aiunfc : « Advenîat regnum tunm » Matth. vi, 10, ut cum Filius Deo et Patri tradiderit regnum, et in subjecfcis omnibus fue.vit et ipse subjectus ; tun-c caput subjiciatur in corpore, et sit Deus omnia in omnibus I Cor. xv. Quia qui nunc est ex parte, per singulos, tune incipiet totus esse per cunctos. « Nam. in Christo Jesu, neque circumcisio aliquid valet, neque præpulium, sed bdes quæ per charitatem operatur. » His qui in Ghristo Jesu volunt vivere, virtu¬ tes appetendæ sunt, vitia fugienda, media vero quæ intez* virtutes et vitia sunt, nec fugienda, nec appetenda, ut emeumeisio et præputium, et cætera his similia. Circumcisio quidem prodest, si Legem custodias. Quæ idcirco utilis fuit his qui in Lege vixerunt, non quia.cir- cumcisi erant, sed quia crédita sunt illis eloquia Dei, quæ in opéra yertentes, a sainte extrauei non fuerunt, Nec nos moveat quod a Sephora tollens calculum, filium circuracidit, et suffocantem angelum prohi¬ bait a marito Eccod. iv, sive ut aliter in Hebræo seviptum refertur, quia nund non tam circumcisio - nem penitus nil prodesse, quam in Ghristo Jesu 323 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES bien par le récit différent que nous lisons dans i’hébfeu. En effet ce n’est pas tant la circoncision en elle-même, que la circoncision considérée dans ceux qui sont dans le Christ Jésus que l’Apôtre déclare ne servir de rien, car depuis le temps que l’Évangile a répandu ses rayops dans tout l’univers, l’opération douloureuse de la circonci¬ sion est devenue inutile. Elle a eu sa valeur, comme toutes les autres observances légales, lorsque des bénédictions charnelles étaient pro¬ mises à ceux qui observaient la loi, c’est-à-dire, que| pour récompense de leur fidélité, ils Seraient bénis dans leurs villes, bénis dans les . champs, leurs greniers seraient remplis de moissons abondantes, et ils seraient comblés d’une multi¬ tude d’autres biens contenus dans les promes¬ ses, Deut. xxvm. Pour nous, nous voulons être forts et vigoureux en Jésus-Christ, c’est-à-dire, dans la véritable circoncision et non dans la circoncision judaïque. « Car le juif n’est pas celui qui l’est au dehors, et la circoncision n’est pas celle qui se fait sur la chair; mais le juif est celui qui l’est intérieurement, et la circoncision est celle du cœur, faite en esprit et non selon la lettre, » Num. II, 28, 29. La circoncision de la chair ne sert donc de rien en Jésus-Christ, mais la circoncision du cœur et des oreilles qui nous délivre de cet opprobre reproché aux Juifs; « Voici que vos oreilles sont incirconcises, et vous nè pouvez entendre, » Exod . vi, 12. La circon¬ cision des lèvres est utile, cette circoncision que eam non valere testatus est, ex eo siquidem tem- pore quo Evangelium in toto orbe radiavit, super- flua est cirumcisionis injuria. Quæ tune, ut caetera quôque Legis, valuit, quando et benedictiones car- naïes Legem servantibus spondebantur; quod scili— cet, si implessent eam, benedicti essent in civitate, benedicti in agro, plena haberent horrea, et multa aiia quæ in repromissionibus continentur Deut. xxvm. Nos autem in Ghristo Jesu valere volumus et confortari, id est, in vera circumcisione, et non in concisione Judaica. « Neque enim qui in aperto Judæus est, neque manifesta in carne circumcisio, se d in abscondito Judæ¬ us, et circumcisio cordis in spiritu, non littera » Rom. ii, 28, 29. Nihil itaque prodest in Ghristo carnis circum¬ cisio, sed cordis et aurium, quæ aufert illud opprobrium Judæorum : «Ecce incircumcisæ aures vestræ, et non potestis audire » Ecood. vi, 12. Prodest circumcisio labioruin, quam juxta humilitatem, needum se ha- bere causabatur Moyses, ut in Hebraico scriptum est : « Ego autem sum præputium habens in labiis. » / Moïse, dans un sentiment d’humilité , déclarait ne pas avoir encore, comme il est écrit dans l’hébreu : « Pour moi, mes lèvres sont incircoil- cises. » La circoncision est d’une grande, utilité dans les plaisirs de la chair, lorsque l’impureté est retranchée par la chasteté. Donc en Jésus- Christ, ni la circoncision ni l’incirconcision de la chair n’ont de valeur, parce qu’elles sont placées au milieu, c’est-à-dire, entre les vertus et les vices. Mais ce qui est vraiment utile, c’est }a foi qui opère par la charité, afin qu’ainsi la foi . qui a été imputée à justice à Abraham, soit approuvée de Dieu, et que toute œuvre de foi soit faite dans la charité, puisque toute la loi et les prophètes sont renfermés dans la charité, car le Sauveur a déclaré que ces deux précep¬ tes : « Vous aimerez votre Dieu, et vous aime¬ rez votre prochain, » contenaient la loi et les prophètes. C est ce qu’enseigne saint Paul dans un autre endroit : « En effet, vous ne com¬ mettrez point d’adultère, vous ne déroberez point, vous ne convoiterez point; » et s’il est quel- qu’autre commandement semblable, il est com¬ pris dans cette parole: «Vous aimerez votre prochain comme vous-même, » Rom. xm, 9. Si donc tout commandement se résume dans ce qui a été dit : « Vous aimerez le prochain comme vous-même, » et que la foi qui opère par la charité à une grande valeur, il est manifeste que la foi agissante par la charité comprend éminemment l’universalité des commandements. Multum utilitatis præbet, et in rebus venereis cir- cumcisio cum per coetitatem impudicitia desecatur. Igitur in Ghristo Jesu nec circumcisio valet, nec præputium corporale, quia in medio, id est, inter vitia virtutesque sunt posita; sed fides, quæ per: charitatem operatur, ut et fides quæ reputata est Abrahæ in justitiam, comprobetur, et omne opus fidei in cbaritate ponatur, tota Lege et Prophe- tis ex charitate pendentibus. In his siquidem duo- bus præceptis : « Diliges Deuni tuum, et diliges proxi- mum, » Salvator asseruit Legem Prophetasque consis- tere. « Et Paulus in alio loco : « Etenim non adulte- rabis, non furaberis, non concupisces, et si quod est aliud mandatum, in hoc sermone recapitula- tur : Diliges proximum tuum sicut te » Rom. xm, 9. Si ergo omne mandatum reCapitulatur in eo quod dictum est : « Diliges proximum tuum tam- quam te, » fides autem per charitatem operata va¬ let plurimum, manifestum est operationem fidei per charitatem, plenitudinem mandatorum omnium 324 SAINT JÉROME De même donc que d’après l’apâtre saint Jac¬ ques, la foi sans les oeuvres est morte, Jacq. III, ainsi sans la foi, les œuvres, quelque bonnes qu’elles soient, sont regardées comme mortes. Ceux donc qui ne croient point en Jésus-Christ, et dont les mœurs sont irréprochables, ont-ils autre chose que des œuvres de vertu? Voulons- nous un exemple de la foi qui opère par la cha¬ rité, considérons celui que nous donne dans l’Évangile la femme pécheresse. Elle entre dans la maison du Pharisien où le Seigneur était à table, elle arrose ses pieds de ses larmes, elle les essuie avec ses cheveux, elle les oint avec des parfums, et lorsque le Pharisien murmure de cette conduite, le Seigneur lui raconte la parabole des débiteurs qui devaient l’un cin¬ quante, l’autre cinq cents deniers, et il ajouta : « C’est pourquoi je vous le dis : beaucoup de péchés lui sont remis, parce quelle a beaucoup aimé, » Luc. vu, 47 et 50. Et se tournant vers cette femme elle-même, il lui dit : « Votre foi vous a sauvée, allez en paix. » Il nous est ici continere. Quomodo autern juxta apostolum Ja- cobum, fides absque operibus mortua est Jacob, m; aie absque fide, quamvis bona opéra sint, mortua computantur. Qui igitur in Christo non credunt, et sunt probis moribus, aliud quid magis habent quam opéra virtutiun? Exemplum fidei quæ per charita- tera operatui*, de Evangelio ilia meretrix tribuat, quæ cum in domo Pharisæi accubanti Domino pedes lavisset lacrymis, tersisset crinibus, linisset [AZ. levisset] unguento, et Pharisœo murmuranti, Dominus parabolam quinqnaginta, et quingentos de- narios debitoris proposasse t, adjecit : « Propter quod dico tibi : » Dimittuntur ei peccata multa, quia dilexit multum » Luc. vu, 47 et 50. Et ad ipsam mulierem conversus, ait : « Fides tua te salvam fecit : vade in pace. » Aperte enim in hoc loco demonstratum est clairement démontré que cette femme avait la foi qui opère par la charité, et que cette foi a eu une très grande efficacité en Jésus-Christ. Soit, me dira quelqu’un, l’Apôtre a parfaitement démontré que la circoncision ne servait de rien en Jésus-Christ, bien qu’il sût qu’elle avait eu autrefois son utilité; est-ce qu'il existait quelque doute au sujet de l’incfrcdncision pour qu’il ajoutât : « ni l’incirconcision? » Si nous consi¬ dérons un grand nombre de chrétiens, c’est-à- dire, des nôtres, qui détachés de l’olivier sauvage ont été entés sur l’oliver franc, Rom . xr, et se glorifient contre les rameaux brisés du peuple juif, en disant que l'incirconcision dans laquelle Abraham a été agréable à Dieu, et sa foi impu¬ tée à justice, vaut beaucoup mieux que la cir¬ concision qui lui a été donnée comme le sceau de sa foi, et quelle n’a servi de rien à Israël qui Tavait reçue, nous verrons que c’est avec une très grande sagesse que l'Apôtre a exclu ici leurs prétentions. mulierem istam habuisse fidem per charitatem ope- ratam, quæ multum valuerit in Christo. Esto quis dicat : Bene circumcisionem in Christo nihil valere monstravit ; quam sciebat aliquando valuisse ; num- quid et de præpulio aliquis ambigebat, ut diceret, « neque præputium? » Sed si consideremus plurimos Christianorum, id est, e nostris, qui de oleastro inserti sumus in radicem bonæ olivæ Rom. xi,' exsultare contra fractos ramos populi Judæorum/et dicere, ma gis valere præputium, in quo Abraham Deo placuit, et reputata est ei fides ad justitiam, quam circumcisionem, quæ . in signum fidei data est, et habenti eam non profuit Israeli; videbimus etiam banc quorumdam usurpationem cautissime nunc exclusam . LIVRE TROISIÈME Nous avons composé ce troisième livre sur Fépître aux Gala tes, ô Paule et Eustochium, sans ignorer notre faiblesse, et sentant bien que notre esprit si mince, était comme un petit ruisseau qui fait entendre à peirle un léger murmure. Voilà maintenant ce qu’on recherche dans les Églises, on laisse de côté la simplicité et là pureté des paroles apostoliques, on s’y rassemble comme à l’Athénée, comme au forum, pour exciter les applaudissements des auditeurs. Il faut que le discours déguisé sous les phrases mensongères de la rhétorique, so produise en public comme une courtisane, beaucoup moins pour enseigner les peuples que pour rechercher la faveur populaire, et que comme une harpe et une flûte qui fait entendre cle doux sons, il charme les sens des auditeurs, tellement qu’on peut appliquer aux temps où nous vivons ces paroles que Dieu adressait à Ézéchiel : « Tu es pour eux comme le chant d’une harpe aux sons doux, mélodieux, et ils écoutent tes paroles et ne les accomplissent pas, » Ezech, xxxm, 32. Cependant que ferai-je? Garderai-je le silence? Mais il est écrit : « Vous n’apparaîtrez pas en la présence de Dieu les mains vides. Et Isaïe, (comme le porte le texte hébreux) gémit et Tertium ad Gaîatas, Ô Paula et Eustochium, volumen hoc cudimus, non ignari imbeciUitatis nostræ, et exilis ingenii rivulum, vix parvo strepentem murmure sentien- tes. Jam enim et in Ecclesiis ista quæruntur, omissaque apostolicorum simplicitate et puritate verborum, quasi ad Àthenœum, et ad auditoria convenitur ut plausus cir- cumstantium suscitentur ; Ut oratio rhetoricæ artis fucata mendacio, quasi quædam meretricula procédât in publicùm, non tam eruditura populos, quam fa- vor'em populi quæsitura, et in modum psalterii et ti- biæ dulce canentis, sensus demulceat audientium ; ut vere illud prophetæ Ezechielis nostris temporibus posait aptari, dieente Domino ad eum : « Et factus es eis quasi, vox citharæ suave canentis, et bene compositæ ; et audiunt verba tua, et non faciunt ea » Ezech. xxxiii, 32. Verum quid agam? Taceamne? Sed scriptum est : k Non apparebis in conspectu Domini tui vacuus. » Et Isaias (sicut in Hebræis tamen habetur volumini- bus) ingemiscit : « Væ mihi misero, quia tacui. » s’écrie : « Malheur à moi, parce que je me suis tu. » Parlerai-je donc? Mais toute l’élégance du discours, toute la grâce de l’éloquence latine sont ternies par le son perçant des mots hébreux. Car vous savez vous-mêmes que depuis plus de quinze ans, je n’ai jamais tenu dans les mains ni Cicéron, ni Virgile, ni aucun autre auteur profane; et si quelque citation de ces auteurs se glisse dans mes discours, c’est comme le souvenir d’un songe ancien qui m’apparaît dans un nuago. De quels progrès dans la langue hébraïque suis-je redevable à cette étude infa¬ tigable de l’hébreu, je le laisse à juger à d’au¬ tres, mais je sais tout ce que j’ai perdu dans ma langue. Ajoutez, que par suite de la faiblesse de mes yeux et de l’infirmité de ce pauvre corps, je ne puis écrire moi-même, ni compenser par le travail et le poli du style, la pesanteur du discours; c’est ce que l’histoire noms apprend de Virgile, qui composait ses ouvrages et leur donnait leur perfection en los léchant . pour ainsi dire, comme les ours font de leurs petits. Pour moi, appelant un secrétaire, je lui dicte aussitôt ce qui me vient sur les lèvres; ou si je veux réfléchir un peu pour donner une expli¬ cation meilleure, il me reprend en silence, il Loquar? Sed omnem sermonis elegantiam, et Latini eloquii venustâtem, stridor lectionis Hebraicse sor- didavit. Nostis enim et ipsæ, quod plus quam quin- decim anni sunt, ex quo in manus meas numquam Tullius, numquam Maro, numquam gentiliumlitterarum quilibet auctor ascendit; et si quid forte inde dum loquimur, obrepit, quasi antiqui per nebulam somnii recordamur. Quod antem profecerim ex linguæ illius in- fatigabili studio, aliorum judicio derelinquo; ego quid in mea amiserim, scio. Àccedit ad hoc, quia propter oculorum et totius corpusculi infirmitatem, manu mea ipse non scribo ; nec labore et diligentia compensare queo eloquii tarditatem; quod de Virgilio quoquetra- dunt, quia libros suos in modum ursorum fetum [AL fetuum] lambendo figuraverit; verum accito nota- rio, aut statim dicto quodcumque in buccam venerit; autsi paululum voluero cogitare, melius aliquid prolatu- rus,.Tunc me tacitus ille reprehendit, manuiri conlrahit, frontem rugat, et se frustra ad esse, toto gestu corporis 326 SAINT JÉROME serre la main, il fronce la sourcil, et me fait comprendre par toute son attitude, qu’il est là pour rien. Car bien qu’un discours sorte d’un esprit cultivé, que l’invention en soit heureuse et l’élocution fleurie, s’il n’est cependant limé, poli par la main de l’auteur, il n’a point cette pureté, cette gravité mêlée d’élégance, et comme il arrive aux paysans enrichis, ses richesses mêmes sont plutôt un sujet de blâme qu’un orne¬ ment. Mais pourquoi ce préambule? c’est pour répondre d’avance à vous et à ceux qui peut-être auront le désir de me lire, que je n’écris ni un panégyrique, ni une controverse, mais un simple commentaire; c’est-à-dire, que mon dessein est non pas, que mes paroles soient louées et applau¬ dies, mais que ce qui a été bien dit par un autre, soit entendu comme il l’a dit. Mon devoir est de discuter ce qui est obscur, d’effleurer ce qui est clair, et de m’arrêter aux choses douteuses. Si quelqu’un cherche l’éloquence, ou prend plai¬ sir aux déclamations; il a dans l’une ou l’autre langue, Démosthène et Cicéron, Polémon et Quintilien. L’Église de Jésus-Christ ne s’est recrutée ni dans l’Académie, ni dans le Lycée, mais dans le bas peuple, ce qui fait dire à l’Apô¬ tre : « Voyez, mes frères, les appelés parmi vous, il y a peu de sages selon la chair, peu do puissants, peu d’illustres; mais Dieu a choisi les moins sages selon le monde, pour confondre les sages; il a choisi les faibles selon le monde, pour contestatur, Oratio autem etsi de bonæ indolis ingenio sit profecta, et distincta inventionibus, et ornata flore verborum, tainen nisi auctoris sui manu limata fuerit et polita, non est nitida, non habet mixtam cum dé¬ coré gravitatem; sed in modum divitum rusticorum, opibus suis magis arguitur, quam exornatur. Quor- sum ista? videlicet ut et vobis, et cæteris (qui forte ' legere voluerint) sit responsum, me non panegyri- cum, aut controversiam scribere, sed commenta- rium, id est, hoc habere propositum, non ut mea verba laudentur, sed ut quæ ab alio bene dicta sunt, ita intelligantur ut dicta sunt, Officii mei est obscura disserere, manifesta perstringere, in dubiis immo- rari. Unde et a plerisque coinmentariorum opus, ex- planatio nominatur. Si quis eloquentiam quærit, vel declamationibus delectatur, habet in utraque lingua Demosthenem et Tullium, Polemonem, et Quintillia- num. Ecclesia Ghristi non de Academia, et Lyceo, sed de vili plebecula congregata est. Unde et Apo- ëtolus : « Videte, » inquit « vocationem vestram, fratres, quia’ non multi sapientes secundum carnem, non multi confondre les forts; il a choisi les plus vils et les plus méprisables selon le monde, et ce qui n’était rien, pour' détruire ce qui est, » I Cor. i, 26, 27, 28. En effet, Dieu n’ayant point été connu par la sagesse du monde d’apres l’ordre admirable, la variété, la stabilité de la créa¬ tion, il a plu [à Dieu de sauver par la folie de la prédication, ceux qui croiraient en lui, et non par la sagesse de la parole, pour ne point anéan¬ tir la croix de Jésus-Christ. Que sont devenus les sages, les grammairiens, les littérateurs, les scrutateurs des causes naturelles. Ce n’a pas été non plus par les paroles persuasives de la sagesse humaine, mais par les preuves sensibles de la puissance et de l’esprit de Dieu, afin que la foi des croyants ne fût pas établie sur la sagesse des hommes, mais sur la vertu de Dieu; c’est porquoi l’Apôtre écrivant aux mêmes Corinthiens, leur disait : « Et moi, mes frères, lorsque je suis venu vers vous, je ne suis point venu dans la sublimité du discours et de la sagesse, pour vous annoncer le témoignage de Jésus-Christ. Car je n’ai pas prétendu savoir autre chose parmi vous que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié, » I Cor. ir, 1, 2. Et de peur que ce langage ne le fit regarder comme le prédicateur do la folie, il presse l’objection, et l’objection renverse ce qu’on , pouvait lui opposer. « Nous prêchons néanmoins la sagesse de Dieu, dit-il, dans son mystère, cette sagesse potentes, non multi nobiles ; sed qnse stulta sunt hujus mundi elegit Deus, ut confundat sapientes ; et infirma mundi elegit Deus, ut confundat fortia ; et ignobilia hujus mundi, et contemptibilia elegit Deus, et quse non sunt, ut ea quæ sunt, destrueret » I Cor. i, 26, 27, 28. Quia enim ex creaturarum ordine, varietate, con- stantia, non cognoverat mundus per sapientiam Deum, placuit Deo per stultitiam prædicationis, sal- vos facere credentes; non in sapientia verbi, ut non evacuaretur crux Christi. Ubi enim sapiens, ubi grammaticus, ubi causarum naturalium scrutatores? Nec in persuasibilibus sapientim verbis, sed in osten- siono virtutis et spiritus; ut fides credentium non esset in sapientia hominum, sed in virtute Dei. Quamobrem et ipse Apostolus ad eosdem Corinthios loquebatur : « Et ego veniens ad vos, fratres, veni non per sublimitatem sermonum, et sapientise, annuntians vobis testimonium Domini. Non enim judicavi scire me aliquid inter vos, nisi Christum Jesum .et hune cruci- fixum » I Cor . n, 1, 2. Et ne forsitan putaretur, hæc dicens, esse insipientise prœdicatoï', mente præsàga, COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRË AUX GALATE3 327 cachée qu’aucun des princes de ce monde n’a connue. >> Quel est celui qui lit maintenant Aris- tôte? Combien en est-il pour connaître les ouvrages, que dis-je, le nom de Platon? A peine dans quelque coin trouvera-t-on des vieillards qui lisent ces auteurs. Mais pour nos paysans, pour nos pécheurs, tout l’univers on parle, le monde entier retentit de leur nom. C’est donc dans un style simple qu’il faut expliquer leurs paroles pleines de simplicité; je dis. leurs paroles et non leurs sentiments. Du reste, si grâce à vos prières, je pouvais avoir pour expli¬ quer leurs épîtres, l’esprit dans lequel ils les ont écrites, vous verriez alors qu’ils ont pos- ^ sédé la sagesse véritable, avec autant de majesté et de largeur qu’on trouve d’arrogance ot de vanité dans les auteurs profanes. Je vous dévoile en peu de mots le secret de mon âme; je ne veux pas que celui à qui je dois faire comprendre l’Apôtre, lise difficilement mes écrits, et qu’il cherche un autre interprète pour comprendre l’interprète lui-même. Mais il est temps de poursuivre le reste de l’Épître. « Vous aviez bien commencé votre course, qui vous a arrêtés en vous empêchant d’obéir à la vérité? » Au lieu de la traduction de l’inter¬ prète latin : « Ne. pas obéir à la vérité » le toxte grec porte tt] éJcrfida. [xyj 7usÆsaôou, ce que l’interprète latin a traduit plus haut par quod opponi poterat, evertit. « Sed loquitur, » inquit, « Dei sapientiam in mysterio, quæ abscondita est quam nemo principum hujus sæculi cognovit. » Quptusquisque nunc Aristotelem legit? quanti Platonis vel libros novere, vel nom en ? Vix in angulis btiosi eos senes recolunt. Rusticanos vero et pi- sca tores nostros totus orbis loquitur, universus mun- dus sonat. I ta que sermone simplici, simplicia eorum verba pandenda sunt. Verba, in quam, non sensus. Cæterum si, orantibus vobis, ilium possim [AV pos- sem] in exponendis Epistolis eorum habere spiritum, quem illi in dictando habuerunt, tune videritis [AL videretis] tantam majèstatein et latitudinem in his veræ fuisse sapientiæ, quanta in sæculi litteratis ar- rogantia et vanitas fuit. Breviter vobis meæ mentis fateor arcanum ; qui per me intellecturus est Apo- stolum, nolo ut mea scripta difficulter intelligat, et ad interpretem cognoscendum, alium quærat inter- pretëm. Sed jaln tempus est, ut reliqua perse- quamur. « Currebatis bëne, quis vos impedivit veritati non obedire? » Id quod nunc Latinus posuit inter- « ne pas croire, à la vérité. » Nous avons fait remarquer en soiidieu que cette addition ne se trouvait pas dans les anciens manuscrits, bien que les exemplaires grecs aient été altérés par cette erreur. Or voici le sens de ce passage. Vous adoriez le Père en esprit et en yérité, et recevant de la plénitude du Christ, vous saviez que la loi a été seulement donnée au peuple par Moïse, et qu’il n’en est pas l’auteur, tandis que la grâce et la vérité ont été non seulement données par Jésus-Christ, mais viennent de lui. Or, puisque vous aviez si bien commencé votre course en servant la vérité plutôt que les appa¬ rences de la vérité, par quel docteur pervers avez- vous été arrêtés et entraînés à suivre l’ombre de la Loi, en abandonnant la vérité de l’Évangile? On lit à la suite : « Ne vous laissez persuader par qui que ce soit. » Mais comme ces paroles ne se trouvent ni dans les exemplaires grecs, ni dans ceux qui ont commenté l’Apôtre, nous croyons devoir les passer sous silence. « Ce qu’on vous a persuadé, ne vient pas de celui qui vous a appelés. » J’ai trouvé dans les manuscrits latins cette variante : « La persua¬ sion où vous êtes, > vient de Dieu qui vous a appelés. Je crois qu’on lisait d’abord « ex eo » « de celui » et que faute d’avoir compris, peu à peu, à cause de la ressemblance, les copistes écrivirent « ex Deo » au lieu de « ex eo. » près, « veritati non ohedire, » et in Græco scriptum est, TV] ilrfida p.7j 7t£i0£a0 xix. 5, et cet autre : « Et maintenant Israël, qu’est-ce que le Seigneur Dieu demande de vous, » Dent. x, 13, se trouvent confirmés par le texte que nous expliquons. Cependant des esprits par trop simples et pensant honorer Dieu, en lui attribuant entièrement notre croyance, ont retranché la particule « non » et ont exprimé un sens contraire à celui de l’Apô¬ tre. Soit donc qu’il s’agisse du bien ou du mal, ni Dieu, ni le démon ne sont en cause parce que la persuasion où nous sommes ne vient pas de celui qui nous a appelés, mais de nous- mêmes, qui donnons ou refusons notre con- « ex eo. » Sed nec sic potest stare sensus, ut quos modo accusa verat quare non obedierint veritati, bstendens in eorum arbitrio positum, vel obedire, vel non obedire, nunc econtrario asserat persua- sionem et obedientiam eorum, non tam ex ipsis esse qui vocentur, quam ex eo qui vocet. Melius igitur et verius sic legitur : « Persuasio vestra non est ex eo qui vocavit vos. » Aliud quippe Dei opus est, aliud homi- num. Dei opus est, vocare; hominum, vel credere, vel non credere. Et sicubi de scripturis liberum hominis affirmatur arbitrium ut ibi : « Si volueritis et audieritis me » Exod xix, 5. Et iteruin : « Et nunc, Israël, quid petit a te Dominus Deus tuus »■ Veut. x, 12, et ex hoc loco vel maxime comprobatur. Ve- rum simpliciores quique putantes se deferre Deo, ut persuasio quoque noslra in ejus sit potestate, abs- tulerunt partem orationis « non » et sensu m contrarium Apostolo reddidere. Sive ergo in bonam, sive in ma- lam partem, nec Deus, nec diabolus in causa . est, quia persuasio noslra non est ex eo qui vooavit nos, sed ex nobis, qui vel consentimus, vel non consen- sentement à celui qui nous appelle. On peut encore traduire autrement : Cette persuasion où vous êtes maintenant, ne vient pas de Dieu, qui vous a appelés au commencement, mais de ceux qui sont venus ensuite jeter le trouble parmi vous. « Un peu de levain fait lever toute la pâte. » C’est à tort qu’on lit dans nos exemplaires : « Un peu de levain aigrit et corrompt toute la pâte, » et l’interprète a suivi plutôt son sentiment particulier que rendu fidèlement les paroles de l’Apôtre. Saint Paul émet la même pensée dans son épître aux Corinthiens, alors qu’il com¬ mande que celui qui avait l’épouse de son père, soit séparé de l’Église et livré à la pénitence, pour la mort et le châtiment de la chair par les jeûnes et les maladies, afin que l’esprit soit sauvé au jour de Notre-Seigneur Jésus-Christ. En effet l’Apôtre dit : « 11 ne vous convient pas de vous glorifier, ne savez-vous pas qu’un peu de levain aigrit toute la pâte. » I Cor. v, 6 et suiv., ou bien suivant le texte que nous avons corrigé, « fait fermenter toute la pâte. » Et il 'ajoute : « Purifiez-vous donc du vieux levain, afin que vous soyez une pâte toute nouvelle, comme étant vous-mêmes des pains azymes. Car Jésus-Christ est notre agneau pascal qui a été immolé pour nous. C’est pourquoi célébrons la Pâque, non avec le vieux levain, ni avec le levain de la malice et de l’iniquité, mais avec timus vocanti. Aliter : Persuasio hæc quam nunc sequimini, non est ex Deo, qui in principio vos vo¬ cavit, sed ex bis qui vos postea turbaverunt. « Modicum fermentum totam conspersionem fermentait.» Male in nostrïs codicibus habetur : « Modicum ferment tum totam ruassam corrumpit, » et sensum potius interpres suum, quam verba, Apostoli transtulit. Hac autem ipsa sententia Paulus et ad Corinthios utitur, ubi præcepit eum qui uxorern patris sui habehat, tolli de medio, et tradi pœnitentire in interitum et vexatio- nem carnis per jejunia et ægrôtationes, Ut spiritus salvus fiat in die Domini [Al. addit nostrij Jesu Christi. Ait quippe ; « Non bona gloriatio vestra. Nescitis quia modicum fermentum, totam massam corrumpit » I Cor . v, 5, 6 seqq. ? sive (ut jam [Al. etjamj emendavimus) « totam conspersionem fermentât? » Et statim intulit ; « Expurgate vêtus fermentum, ut sitis nova conspersio, sicut estis azymi, etenim pascha nostrum immola tus est Christus. Itaque epulemur non in fermento veteri, neque in fermento malitiæ et nequitiæ, sed in azymis sinceri- tatis et veritatis. » Nunc auteur. per hanc eamdem sen- COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX GALATES 329 les azymes de la sincérité et de la vérité. » En adressant ici aux Galates la même recom¬ mandation, il leur enseigne que le pain spirituel de l’Église, qui est descendu des cieux, ne doit pas être profané par une interprétation judaïque, et le Seigneur lui-même a commandé à ses dis¬ ciples de se garder du levain des Pharisiens, Jean. vi. Ce que l’Évangéliste explique plus clairement en ajoutant : « Il leur parlait de la doctrine des Pharisiens » Matth. xvt, i2. Or, quelle est cette autre doctrine des Pharisiens, si ce n’est l’observation charnelle de la loi? Voici donc le sens : ne croyez pas qu’il suffise de mépriser les pièges de ce petit nombre d’hommes qui viennent des Juifs* et enseignent pne autre doctrine. Uno étincelle est bien peu de chose, elle est à peine visible à l’œil qui veut la fixer, mais si elle tombe sur le foyer, et que le feu, si petit qu’il soit, trouve un aliment, il consume les remparts, les villes, les forêts les plus vastes, et des contrées entières. Le levain aussi que l’Évangile prend pour parabole dans un autre sens, Luc. xm, est peu de chose, presque rien; mais lorsqu’il est mêlé à la farine, il corrompt par sa force toute la pâte; toute ia farine mélangée s’imprègne de cette force. H en est de même d’une doctrine perverse. .Elle com¬ mence par un seul et trouve à peine d’abord deux ou trois auditeurs, mais peu à peu elle s’étend comme un cancer dans tout le corps, et tentiam docet panem Ecclésiæ spiritualem, qui de cœlo descendit, non debere Judaica interpréta tione violari ; et Dominus idipsum discipulis præcepit, ut caveant a ferinento Pharisæorum Jocm. vi. Quod evangelista raanifestius faciens addidit : « Dixerat autem eis de doctrina Pharisæorum » Matth . xvi, 12. Porro quæ est ista alia doctrina Pharisæorum, nisi Legis se- cundum carnem observatio ? Sensus. itaque iste est : Nolite putare paucorum homiuum, qui de Judæa ve¬ nantes aliud docent, insidias coniemnendas. Scin¬ tilla, res parva est, et pene dum cernitur, non vide- tur; sed si fomitem comprehenderît, et nutrimenta sui quamvis parvus ignis invenerit, mœnia, urbes, latissimos saltus, regionesque consumit. Fermen- tum quoque cujus ad aliam partem in Evangelio pa- rabola temperata est Luc. xni, res modica videtur et nihili; sed cum farinæ conspersum, totam mas- sam suo vigore corruperit, in illius vim transit omne quod mixtum est; ita et doctrina perversa ab uno insipiens ( vix duos aut très primum in exordio reperit auditores; sed paulatim ut cancer serpit in selon un proverbe vulgaire, la maladie d’une seule brebis communique la contagion à tout le trou¬ peau. Il faut donc éteindre l’étincelle aussitôt qu’elle jaillit; il faut éloigner le levain de la pâte, il faut retrancher les chairs corrompues, il faut séparer de la bergerie l’animal contagieux pour ne point livrer toute la maison, toute la pâte, le corps et le troupeau, au feu, à la cor¬ ruption, à la pourriture, à la mort. Arius ne fut d’abord dans Alexandrie qu’une étincelle, mais parce qu’on ne l’éteignît pas aussitôt, elle embrasa l’univers tout entier. « Je me promets de vous, dans le Seigneur, que vous n’aurez point d’autres sentiments. » Ce n’est point par simple conjecture, c’est dans un esprit prophétique que saint Paul annonce que les Galates rentreraient dans la voie de la vérité, qu’ils avaient perdue. En effet, celui qui exhortait les fidèles à désirer les dons de l’esprit I Cor . xii, mais encore plus celui de prophétie, était lui-même plein de cette grâce lorsqu’il disait : « Nous ne connaissons qu’en partie, et nous ne prophétisons qu’en partie, » Ibid, xiri, 9. Prévoyant donc en esprit qu’ils ne croiraient autre chose que ce qu’il leur avait enseigné dans son épître, il leur dit : « Je me promets de vous, dans le Seigneur, que vous n’aurez point d’autres sentiments. » C’est ce que signifie cette addition, « dans le Seigneur. » Car s’il n’avait exprimé qu’une simple conjecture, corpore, et juxta vulgare proverbium, unius pecudis scabies, fcotnm commaculafc gregem. Igitur et scin¬ tilla statiin ut apparuerit, exstinguenda est, et fer- mentum a massæ vicinia seraoveadum, secandæ pu- tridæ carnes, et scabiosum animal a caulis ovium repellendum, ne tota domus, massa, corpus et pe- cora, ardeat, corrumpatur, putrescat, intereat. Arius in Alexandrin una scintilla fuit; sed quia non statim oppressa [Al. oppressus] est, tolum orbem ejus flamma populata est. « Ego confido in vobis in Domino, quia nihil aliud sapietis. » Non per conjecturam, ut quidam volunt, sed prophetico spiritu Paulus pronuntiat, Galatas ad veritatis viam, quam amiserant, regres- suros I Cor. xii. Etenim qui alios hortabatur, ut æmularentur charismata, magis autem ut propheta- rent; ipse quoqne eadem plenus gratia loquebatur : « Ex parte cognoscimus, et ex parte prophetamus » Ibid. y xni, 9. Prævidens igitur spiritu, quia nihil aliud essent credituri, nisi quod per Epistolam doceban- tur ait ; « Ego confido in vobis in Domino, quod nihil 330 SAINT JEROME il pouvait dire : « Je me promets de vous. » Mais, en ajoutant « dans le Seigneur, » il appuie sa confiance sur un esprit divin et prédit l’ave- nir qu’il lui révélait. «Mais celui qui met le trouble parmi vous, quel qu’il soit, en portera le jugement. » Paul, disent quelques-uns, décoche ici un trait contre Pierre à qui, comme il l’écrit plus haut, il a résisté en face, parce qu’il ne marchait pas droit selon la vérité de l’Évangile, » Gai. n. Mais non, Paiil ne parlerait pas d’une manière aussi bles¬ sante du chef de l’Église, et Pierre d’ailleurs ne méritait pas d’être accusé de troubler l’Église. Il faut donc admettre qu’il s’agit ici d’un autre qui avait été avec les apôtres, ou qui était venu de la Judée, ou d’un pharisien qui avait embrassé la foi, ou certainement d’un chrétien qui jouis¬ sait d’une grande autorité parmi les Galates, puisque saint Paul dit que quel qu’il fût, il devait porter. le jugement du trouble qu’il avait mis dans l’Église. Or, porter le jugement, signifie, comme saint Paul l’explique dans ce qui suit : « que chacun portera son propre far¬ deau. » Et mon avis, est que dans l'Écriture le mot fardeau peut se prendre en bonne et en mauvaise part, c’est-à-dire, de ceux qui sont accablés sous le poids de crimes énormes, et de ceux qui supportent le fardeau léger des vertus. Le Psalmiste pénitent s’exprime ainsi en parlant aliud sapietîs. » Nam et additio Dominici nominis, idipsum signifient. Si enim per conjecturam. hoc æsti- mabat, potuerat dicero ; « Ego confido in vobis. » Nunc autem apponens, « in Domino, » divino quodarn confi- dens spiritu, quod futimim cognoverat, prophetavit. « Qui autem conturbat vos, portabit judicium, qujeumque est ille. » Occulte, inquiunt, Petrum lacerat, cui supra in faciem restitisse se scribit, quod non recto pede incesserit ad Evangelii verita- tem. Sed nec Paulus tam procaci maledicto de Eccle¬ siæ principe loquéretur Galat. n, nec Petrus dignus qui conturbatæ Ecclesiæ reus fieret. Ex quo arbi- trandum est 'de alio quodam dici, qui aut cum Apo- stolis fuerat, aut de Judæa venerat, ant ex Pharisæis crediderat, aut certe magnus sit apud Galatas æsti- raatus, ut portet judicium Ecclesiæ conturbatæ, qui¬ cumque est ille. Portare autem judicium, id est, quod aliis verbis in sequentibus dixit : « Unusquisque proprium onub portabit. » Et puto in Scripturis, omis et in bonain et in malam partem posse accipi, hoc est, et in his qui peccatis gravibus opprimuntur, et in illis qui virtutum levia onera sustentant. De pec- de ses crimes : « Mes iniquités se sont élevées au-dessus de ma tête, elles sont’ devenues pour moi un poids qui m’accable, » Ps. xxxvii, 5* D’un autre côté, c’est ainsi que le Sauveur parle de la doctrine et des vertus : « Mon joug est doux, et mou fardeau léger, » Malt h. xr, 30. Que la doctrine soit prise dans le sens de far¬ deau, c’est ce que nous voyons clairement dans l’Évangile. Les Pharisiens lient des fardeaux pesants et qu’on ne peut pas porter, et les placent sur les épaules des hommes, mais pour eux, ils ne veulent pas les remuer dû bout des dpigts, Maüh. xxm, 4. Or, que ce soit une chose grave de troubler la paix d’une âme tran¬ quille et de soulever comme des dots tumul¬ tueux dans des cœurs qui sont en paix, les paroles du Sauveur à ses apôtres l’attestent : « Que votre cœur ne se trouble pas, leur dit-il, et ne craignez pas, » Jean xiv. Pour celui qui est pour sou frère, une cause de trouble et de scandale, il vaudrait mieux qu’on lui suspendît une meule de moulin au cou et qu’il fût préci¬ pité dans la mer, plutôt que de scandaliser un de ces pétits que désignait le Sauveur, Luc. xvin Les Galates étaient donc dans le trouble, ne sachant ce qu’ils devaient faire, placés v qu’ils étaient entre l’esprit et la lettre, la vraie et la fausse circoncision, le judaïsme secret et public. Voici en résumé le sens que l’on peut donner catis in psalrno pœnitens loquitur : « Iniquütates raeæ elevntæ sunt super caput meum, quasi onus grave gra- vatæ sunt super me » Psal. xxxvii, 5. De virtutibus, doctrinaque virtutum Salvator ait : « Jugum enim meum suave est, et onus meum leve est Matth. xi, 30. Quod autem et doctrina pro onere accipiatuv, per- spicuum fit in Evangelio. Alligant quippe Pha- risæi onera gravia, et quæ portari non possunt, et superponunt [ Al . ponunt] ea super humeros homimim, ipsi autem uno ea digito nolunt con- tingere lbid..% xxm . Quam grave sit aliquem de trauquillitate turbare, et serena corda hominum quibusdam quasi fluctibus concitare, Salvatoris ad apostolos verba testantur, dicentis : « Ne conturbetur cor vestrum, neque timeatis » Joan. xiv. Expedit quippe ei qui conturbat et scandalizat quempiam in Ecclesia ut lapis molaris circumdetur collo ejus, et mittatur cura eo in mare, quam ut scandalizet unum de bis minirais, qui a Salvatore monstrantur Luc. xvn. Turbati ergo fuernnt Galatæ inter spiritum et litteram, circunicisionem et concisionem, Judais- mum occultum et manifestum, quid àgerent ignen COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES 331 à ces paroles : Quelque soit celui qui vous détourne vers la doctrine 'dos 'Pharisiens, et qui veut que vous soyez circoncis selon la chair; si éloquent, si savant dans la loi qu’il se vante d’être, je ne dis rien autre chose, (ce que vous-mêmes vous ne pouvez vous refuser d’admettre), c’est que pour ce fait il portera le jugement, et recevra ce que mérite son travail. « Et moi, meS'frères, si je prêche la circonci¬ sion, pourquoi est-ce que je souffre encore per¬ sécution? Le scandale de la croix est donc anéanti » (ou mieux selon le texte grec) « a donc cessé? » Nous lisons dans les Actes des apôtres, et saint Paul le rappelle souvent lui- même dans ses épîtres, il eut à soutenir des persécutions fréquemment répétées, parce qu’il enseignait que ceux des Gentils qui s’étaient convertis à la foi de Jésus-Christ, ne devaient pas être circoncis. Ceux donc dont il vient de dire : « Celui qui met le trouble parmi vous, quel qu’il soit, en portera la peine » ajoutaient : Non seulement Pierre, Jacques et Jean, et les autres apôtres qui sont dans la Judée observent la circoncision et les autres préceptes de la loi, mais Paul lui-même, qui vous donne un ensei¬ gnement contraire à la vérité, a circoncis Timothée, et pressé par la vérité s’est fait très souvent Juif avec les Juifs. Or, c’est cette opi- vantes. Brevius autem et sic accipi potest : Quicum- que est ille qui vos ad Pharisæorum doctrinam retra- hit, et in carne desiderat circumoidi quamvis sit eloquens, et in Legis eruditione se jactitet, nihil amplius dico, nisi hoc (qnod etiam vos" abnuere non potestis) quod portabit pro hoc opéré judicium, et conseqUetur pro suo labore mercedem. « Ego autem, fratres, si circumcisionem præ- dico, quid adhuc persecutionem patior? Ergo eva- cuatum est (sive ut in Græco melius habet, cessavit) scandalum crucis. » Legimus in Actibus apostolorum, ipse quoque apostolus Paulus in Epistolis suis sæpe commémorât, se a Judæis persecutiones creberrimas sustinuisse, propterea quod doceret eoS qui de gen- tibus crediderant i*n Christo, non debere circumcidi. Hi itaque de quibus supra oit : « Qui autem conturbat vos, portabit judicium, quicumque est ille, » ut decipe- rent Galatas, etiam hoc addebant : non solum Pe- trus, et Jacobus, et Joannes, et cæteri in Judæa apostoli circumcisionem, et alia præcepta Legis ob¬ servant, sed ipse' quoque Paulus, qui vos aliter do- cuit, quam se rei veritas habet, Timotheura circum- îïion que saint Paul veut effacer de l’esprit . des Galates, lorsqu’il dit : « Et moi, mes frères, si je prêche la circoncision, pourquoi est-ce que je souffre persécution? » Toute la haine des Juifs et leur fureur insensée déchaînées contre moi, n’ont point d’autre cause, si ce n’est que j’enseigne que les Gentils ne doivent ni se faire circoncire, ni garder les observances pesantes et inutiles de la loi. Or, puisque je souffre persécu¬ tion, il est évident que je ne prêche point la cir¬ concision que je détruis. Car, si je suis persécuté par les Juifs, ce n’est point tant parce que je prêche un Crucifié et que j’annonce que Jésus est le Christ, que parce que j’enseigne que la loi a fait son temps. Que la croix soit. un scandale aux Juifs, une folie pour les Gentils, Notre- Seigneur lui-même nous le déclare, lui qui s’appelle une pierre d’achoppement et de scan¬ dale Matth. xxr; Luc xx. C’est pourquoi voici toute ma pensée c’est que lorsque la prédica¬ tion est arrivée à pleines voiles devant ceux qui l’écoutent, aussitôt qu’elle touche la croix, elle s’y brise et 11e peut poursuivre librement sa course -au delà. Mais cette croix qui est un scandale pour les Juifs, et une folie pour les Gentils, est pour nous qui croyons, la .vertu et la sagesse. « Car le Christ est la vertu de Dieu et la sagesse de Dieu I Cor 1, 24. Et c’est parce que ce mystère était traité de folie que ce qui paraît cidit , et Judæis fréquenter Judæus factus est , veritate cogente. Quam opinionem de Galatarum mentibus Paulus nunc volens tollere, ait : « Ego autem, fratres, si circumcisionem prædico, quid adhuc perse¬ cutionem patior? Omne, inquit, in me odium Judæo- rnm, et qua adversum me furiunt insania, ob nihil aliiul est, nisi quocl doceo gentes non debere circum¬ cidi, et Legis onera superflua et jam abolita custodi*» re. Gum . autem persecutionem patiar, manifestum est me circumcisionem non prædicare, quam des- truo. Non enim tam persecutionem patior a Ju¬ dæis, quia prædico crucifixum, et Jesum dico esse Christum, quem Lex et prophetæ prænuntiaverunt, quam quia doceo Legem esse completam. Quod au¬ tem crux Judæis scandalum sit, gentibus stnltitia, ipse Dominus noster ostendit, qui lapis dicitur offensio- nis, et petra scandali Matth, xxi; Luc. xx; propter nihil aliud puto, nisi quia prædicatio cum plenis velis ad audientes processerit, statim ut ad crucem ve- nerit, impingit; et nequaquam libero cursu potest ultra procedere, Sed hæc crux quæ apud Judæos scandalum est, et apùd gentes stultitia, riobis qui credimus virtus 332 SAINT .en Dieu une folie est devenu plus sage que les hommes, que ce qui paraît en Dieu une faiblesse, est plus fort que les hommes. Mais, dit saint Paul, puisque le scandale de la croix demeure, et quo je suis persécuté, quelle persécution ne souffrirais-je point, si le scandale disparaissait? G’est bien inutilement que quelques-uns répon¬ dent que je prêche la circoncision, puisque c’est parce que je l’attaque, que je souffre persécu¬ tion. « Plût à Dieu qùe ceux qui mettent le trouble parmi vous, fussent eux-mêmes retranchés. » On se demande comment Paul , disciple de celui qui a dit : « Bénissez ceux qui vous maudissent, » qui fait lui-même cette recommandation : « Bénissez et gardez-vous de maudire » Num. xn, 14; et qui dans un autre endroit dit : « Ceux qui maudissent, ne posséderont point le royaume des cieux » I Cor . v, 10, maudit lui-même ceux qui jettent le trouble dans les Églises do Gala- tie, et joint le souhait à la malédiction : « Plût à Dieu que ceux qui mettent le trouble parmi ' vous fussent eux-mêmes retranchés. La passion de la mutilation (1) est tellement détestable, que celui qui la pratique violemment sur quoiqu’un est puni par les lois, et que celui qui la pratique sur lui-même, est regardé comme infâme, car, disent-ils, si l’Apôtre q>eut dire en vérité : « Le Christ vit en moi » et encore : « Voulez-vous est et sapientia. « Christus enim Dei virtus est, et Dei sapientia » I Cor. i, 24, ut propter id quod stultitia dice- batur, fatuum Dei sapienlius fieret hominibns; et propter id quod infirmitas et scandalum, inûrinum Dei fortius fieret hominibus. Cum autem, inquit, crucis Christi scandalum maneat, et ego persecutionem patiar, quam non paterer, si scandalum nonmaneret; frustra quidam jactitant me circuracisionem prædicare, quam impugnan- do sustineo persecutionem. « Utinam et abscindantur qui vos conturbant. » Quæ- ritur quomodo Paulus discipulus ejus qui ait : « Béné¬ dicité maledicentibus vobis. » Et ipse loquens : « Béné¬ dicité et nolite maledicere » Rom. xn, 14. Et in alio Joco : « Neque maledici regnum Dei possidebnnt » 1 Cor. xv : nunc et maledixerit eis, qui Ecclesias Gala- tiæ conturbant \Al. conturbabant], et cum optantis voto maledixerit : « Utinam et abscindantur qui vos contur¬ bant. » Tam enim detestanda abscisionis est passio, ut et qui invitis eam intulerit, legibus publicis puniatur, et qui seipsum castraverit, infamis habeatur. Ut enim iilud, JÉROME éprouver la puissance de Jésus-Christ qui parle par ma bouche? II Cor. xnr, 2, on ne peut attri¬ buer une parole de malédiction à celui qui a dit : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » Matth. xi, 29. IL semble qu’il s’est laissé entraîner ici à un mouvement de fureur judaïque, et qu’il n’a pu dominer un sentiment violent de colère, plutôt que d’avoir imité Celui qui est resté muet comme un agneau devant celui qui le tond, et qui n’a point rendu malédiction pour malédiction, et qui, condamné à mort, s’est livré à ses bourreaux Isai ira. Celui qui voudra répondre ici pour saint Paul, dira que ses paroles sont moins des paroles de fureur contre ses adversaires que des paroles de cha¬ rité pour les Églises de Dieu. 11 voyait toute cette contrée qu’il avait convertie de l’idolâtrie à la foi de Jésus-Christ au prix de son sang et do mille dangers, troublée subitement par une doctrine nouvelle; il ne pouvait maîtriser sa douleur d’apôtre,1 sa douleur de père; il chan¬ geait sa voix, il s’irritait contre ceux auxquels il avait tenu un langage affectueux pour retenir par ces reproches sévères ceux qu’il n’avait pu retenir par la douceur. Il n’est pas surprenant du reste, que l’Apôtre qui était homme empri¬ sonné dans ce corps infirme, qui voyait dans ce corps une autre loi qui le captivait et le maîtri¬ sait sous la loi du péché, ait une fois tenu un aiunt, veruni sit : « Vivitinme Christus » II Gort xm; et hoc ; « An experimentum quæritis ejus qui in me loqui- tur Christus? » certe maledictionis vox non potest ejus intelligi, qui dicit : « Discite a me, quia humilis sum, et mitis, et mansuetus corde » Matth . xi, 29. Et magis putatur judaico furore, et.quadam effrenata insania se non potuisse cohibere, quam imitatus esse eum, qui tam- quam agnus coram tondente se, non aperuit os suum, et maledicentibus non remaledi xit Isai. un. Tradidit .au¬ tem se morti condemnatus.. Ad quod qui pro Paulo res- pondebit, hæc dicet : non tam furoris in adversarios, quam dilectionis in Ecclesias Dei, verba esse quæ locutus sit. Videbat quippe totam provinciam, quam ipse suo sanguine, et pericülis ab idololatria, ad Christi transduxerat fidem, subita persuasione turbatam, et dolore apostolico, dolore patris, se tenere non poterat : mutabat vocem, et quibus blanditus fuerat, irascebatur, ut quos . nequiverat leuitate, saltem . objurgatione retineret. Nec mirum esse si . Apostolus, ut Homo, et çidhuc vasculo clausus infirrao, vidensque aliam legem ({) Saint Jérôme entond ici le mot absoindantur de la mutilation matérielle COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX GALATES 333 langage que nous voyons souvent sur les lèvres des saints personnages. On peut encore dire, (ce qui paraît inutile à quelques-uns), que Paul ici ne maudit point ses adversaires, mais prie pour les Gala tes' afin qu’ils perdent les parties du corps qui étaient pour eux une cause de péché. Et de même qu’il est dit dans l’Évangile qu’il vautmieux pour un homme d’entrer dans le royaume des cieux privé d’un œil, d’une main, d’un pied, ou de tout autre membre, que d’être jeté tout entier dans l’enfer Matth . xvm, ainsi, saint Paul souhaite que les Galates perdent une partie de leur corps, plutôt que d’être condamnés au feu éternel pour avoir conservé tous leurs membres. Nous avons montré quelle réponse on peut faire aux païens s’ils nous objectent ces paroles. Nous avons maintenant à répondre aux héré¬ tiques, c’est-à-dire à Marcion, à Valentin et à tous coux qui aboient contre l’ancien Testament et nous leur demandons par quelle raison, eux qui accusent le Créateur d’être un être sangui¬ naire, un antagoniste sévère, un juge redoutable, peuvent excuser ce langage dans l’Apôtre d’un Dieu bon. Et en effet, je ne crois pas qu’il y ait dans l’ancienne loi une sentence aussi terrible, aussi cruelle que celle-ci : « Plût à Dieu que ceux qui mettent le trouble parmi vous soient soumis au retranchement, » Et ils ne peuvent dire que l’Apôtre ait prié pour les ennemis du i- in corpore suo captivantem se, et ducentem in lege peccati, semel fuerit hoc locutus, in quod fréquenter sanctos viros cadere perspicimus. Sed et illud dici potest (licet superfluum quibusdam esse videatur) quod Paulus non tam maledixerit eis, quam oraverit pro illis, ut eas partes corpoi’is perderent, per quas delin- quere cogebantur. Et quomodo in Evangelio dictum est : melius esse aliquem sine oculo, et sine manu, et sine pede, et qualibet alia parte înembrorum intrare in regnum coelorum, quam totum ire in gehennam Matth, xvm; ita et nunc optare eis magis unam partem cor- poris perdere, quam per occàsionem integri corporis perpetuo igné damnari. Hic locus si quando ab ethnicis reprehenditur, quomodo eis responderi possit, ostendi- mus. Nunc a nobis contra haereticos proferatur, Marcionem videlicet, et Valentinum et omnes qui contra vêtus latrant Testamentum, qua ratione illi qui Creato- rem vsanguinarium, severum bellatorem, et tantum judicem criminantur, hoc in .Apostolo Dei boni valeant excusare. Et certe nullam pyto in veteri Lege tam trucem, tam cruentam in aliquo esse sententiam, quam, « utinam abscindantur qui vos oonturbant. » Nec possunt Christ qui jetaient. le trouble dans ses Églises,, Ils ne diront pas non plus que c’est l’amour qui lui a fait prouoncer des paroles qui, considérées dans leur teneur, sont pleines do colère et d’indi¬ gnation; toutes les raisons d’excuse qu’ils pro¬ duiront en faveur de l’Apôtre, nous les ferons valoir pour l’ancienne loi. « Vous êtes appelés, mes frères, à la liberté;, ayez soin seulement que cette liberté ne vous soit point une occasion de vivre selon la chair; » (le mot « detis » n’est pas dans le texte grec, et a été ajouté par l’interprète latin). Comme cet endroit est très obscur, nous croyons devoir reproduire textuellement l’explication qu’en donne le dixième livre des Stromates. Ce n’est pas que chaque mot ne puisse recevoir son interpré¬ tation en son lieu, mais séparées du. sujet qui précède, ces paroles forment difficilement un seul corps, et si on les entend dans le sens qu’elles présentent, elles paraissent rompre brusquement la suite du discours et être en contradiction entre elles. Voici donc les paroles d’Origène : Cet endroit est difficile et il nous paraît demander une explication sérieuse. Celui qui est libre, et qui, dans un sens plus élevé, suit l’esprit et la vérité, méprise et les figures qui ont précédé et la lettre. Mais il ne doit pas étendre ce mépris jusqu’aux petits et donner occasion à ceux qui ne peuvent s’élever plus dicere orasse Apoetolum pro inimicis Christi, qui ejus Ecclesias conturbabant. Nec ex dilectione prolatum, quod tumore et indignalione plénum, ipso verborum pondéré demonstratur. Quidquid ergo illi pro Apostolo excusationis attulerint, hoc non pro Lege veteri defendemus. « Vos enim in libertatem vocati estis, fratres : tantum ne libertatem in occàsionem carni (subanditur) detis : » quod quia in Græco non habetur. « Latinus posuit interpres. Hune locum quia valde obscur us est, de dechr.o Stromatum libro transferri placuit ad verbum. Non quo singula non possint suis locis et sensibus explanari; sed quo a superiori negotio sépara-, ta, unum difficile corpus efficiant; et si sic intelligan- tur ut résonant, inconsequenter et abrupte repugnare inter se et scatere videantur, Origenis itaque haec verba sunt : Difficilis locus est, et ita nobis disseren- dus videtur. Qui liber est, et altiori sensu spiritum, et veritatem sequitur, præcedentes et typos contemnit et litteram; non idcirco debet minores despicere, et occàsionem dare his qui non possunt sentire sublimius, de se penitns desperandi. Licet enim infirmi sint et SAINT JÉROME 334 haut, de désespérer entièrement d’eux-mêmes. Car, malgré leur faiblesse, et bien qu’on les appelle chair en comparaison de l’esprit, cepen¬ dant ils sont la chair de Jésus-Christ. Si cethomme comprend le mystère de la charité qui se met au service de ceux qui sont plus faibles, qu’il fasse donc quelque chose pour eux, de peur que par sa science il ne soit cause de la perte de son frère pour qui Jésus-Christ est mort. Consi¬ dérez donc attentivement si cette explication est en rapport avec ce qui suit : « Vous êtes appe¬ lés, mes frères, à la liberté; » il leur parle ainsi peut-être parce que tous ne pouvaient pas com¬ prendre cette vocation à la liberté. C’est pourquoi il ajoute : « Ayez soin seulement que cette liberté ne vous soit point une occasion de vivre selon la chair. Car la charité doit déterminer les plus grands à se mettre au service des plus petits, parce que celui qui voudra être le plus grand, devra se rendre le serviteur de tous Matth. xx; Marc x. Que celui qui est spirituel ne déchire donc pas les chairs de Jésus-Christ, et qu’il ne leur donne pas occasion de le mordre lui-même parce qu’il les provoque, de peur d’être détruits les uns par les autres. 11 faut donc que celui qui marche dans l’esprit et qui suit le sens spirituel des paroles de l’Écriture, se garde d’accomplir le désir charnel qu’elles présentent. Si nous enten¬ dons simplement ce qui suit : « Conduisez- vous selon l’esprit, et vous n’accomplirez pas les caro comparatione spiritus appellentur; caro tamen Ch'risti sunt. Si enim intelligit mysterium chàritatis infirmioribus servientis, faciat aliquid propter infirmos; ne in scientia sua frater pereat, pro quo Gbristus est mortuus. Diligenter itaque attende, an ex consequenti- bus sensus iste tèxatur. « Vos, » inquit, « fratres, in libertatem vocati estis; » forsitan ideo, quia non omnes vocationem capere poterant libertatis. Propter quod nunc auditis : « Tantum ne libertatem in occasio- nem detis carni. » Per dilectionem enira oportet nfinoribus servire majores : quia qui vult esse major, erit omnium servus Matth, xx; Marc, x. Neque ergo spiritualis laceret Ghristi carnes; neque occasionem ibis tribuat, ut se remordeant provocantem ne ab invicem consumantur. Oportet ergo spiritu ambulantem, et spiritu Scripturarum verba sectantem, non perficere desiderium carnis earum. Si autem hoc quod dicitur : « Spiritu ambulate, et desiderium carnis non perficie- tis, » simpliciter intelligimus (ut plerique arbitrantur) contra argumentum et hypothesin totius Epistolæ, in hæc aubito Paulus erumpet ; statim quippe sequitur : désirs de la chair, » il semble (comme beaucoup le pensent), que saint Paul se met tout d’un coup en opposition avec le sujet et le but de cette lettre tout entière, car il ajoute aussitôt ; « Si vous ôtes conduits par l’esprit, vous n’êtes plus sous la loi. » Et tandis que jusqu’ici le dis¬ cours paraissait enchaîné, il nous transporte à des préceptes qui s’y rattachent difficilement en traitant de la chair et de l’esprit : « Or, il est aisé de connaître les œuvres de la chair qui sont telles et telles. » Et au contraire : « Mais le fruit de l’esprit, c’est la charité,» et le reste. Mais nous ne devons pas désespérer de trouver de la suite dans ces paroles, parce que les livres historiques de la divine Écriture qui est bien peu utile à ceux qui l’entendent comme elle a été écrite, contiennent les œuvres de la chair. Qui, en effet, n’apprendra à devenir l’esclave de la volupté, et à regarder la fornication comme rien, en voyant Judas s’unir à une femme de mauvaise vie, Gen. xxvni, et les patriarches avoir plusieurs femmes? Gomment ne sera-t-il pas tenté d’idol⬠trie, fsi dans le sang des taureaux et dans les autres victimes du Lévitique, il ne voit pas que l’Écri¬ ture a en vue un sens plus relevé que celui que présente la lettre. Que l’Écriture autorise ouver¬ tement les inimitiés, c’est ce que prouve ce pas¬ sage des Psaumes : « Malheureuse fille de Baby- lone, heureux celui qui te rendra tous les maux que tu nous a faits, heureux celui qui saisira et « Si autem spiritu ducimini, non estis sub Lege. » Et cum hucusque aliqua , ex parte sibi sermo cohæreat, rursum si simplicem intelligentiam sequamur, ad inor d inata repente præcepta nos transfert, de carne et spiritu disserens, id est : « Manifesta autem sunt opéra carnis ilia et ilia. » Et econtrario : « Fructus autem spiritus, est charitas, » et reliqua. :Sed neque in bis consequentiam desperare debeinus, quia opéra carnis divinorum voluminum historia continet; non valde eos juvans qui sic eam intelligunt, ut scripta est. Quis enim non doçebitur servire luxuriæ, et forni- cationem habere pro nihilo; cum Judam ad meretricem legerit . ingredientem Gen. xxvni ; et patriarchas habuisse multas pariter uxores? Quomodo non ad idolola- triam provocabitur, qui sanguinem taurorum, etcæteras Levitici victimas non plus quam quod in littera sonat, putaverit indicare? Quod autem inimicitias, in aperto positus Scvipturæ sermo doceat, et ex hoc loco proba- tur : « Filia Babylonis misera, beatus qui retrlbuet tibi retributionem tuam, quam retribuisti nobis, Beatus qui tenebit, et ahidet parvulos tuos adpetram » Ps . cxxxvi COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX GALATES 335 brisera tes enfants contre la pierre » Ps. cxxxvr, 8, 9, et cet autre. : « Dès le matin, j’exterminerai tous les pécheurs de la terre » Ps. c, 8, et, d’autres passages semblables relatifs aux con¬ tentions, aux. rivalités, aux débats, aux dissen¬ sions. Or, si nous ne nous élevons pas au-dessus de la lettre, ces faits historiques nous excitent aux mêmes actes plutôt qu’il ne nous en détour¬ nent. Les hérésies elles-mêmes sont venues bien plus de l’intelligence charnelle de l’Écriture que du fait de notre chair, comme plusieurs le pensent. C’est encore par la lettre de la loi que nous apprenons l’envie et les excès de l’ivresse. Noé s’enivre après le déluge, ainsi que les pariarches chez leur frère Joseph en Égypte, Gen. ix, et xliii. Nous voyons dans les livres des Rois des excès de table, et David dansant au son du tambour devant Larché du Testament II Rois vi, 14, et d’autres faits semblables. On se demande comment le texte littéral de la divine Écriture qu'on appelle le sens charnel, peut nous exciter aux sortilèges et aux opérations diabo¬ liques, si nous ne nous élevons jusquîau sens spirituel , de l’Écriture. C’est ce que signifie, à mon avis, Daniel et les trois enfants qui furent trouvés dix fois plus sages que les magiciens et les enchanteurs de la^Chaldée et de la Cappadoce, ' et Moïse qurfut instruit dans toute la sagesse et la science des Égyptiens. C’est donc s’exposer à une multitude de maux que de demeurer dans 1 sens 8, 9. Et ex illo : « In matutino interficiebam omnes peccatores terræ » Ps. c, 8, et caetera bis similia ; de contentionibus videlicet, æmulatione, ira, rixis, dissen- sionibus. Ad quæ(si non altius aliquid sentiamus) provo¬ cant nos magis historiée exempla, quam prohibent. Hæ- reses quoquo magis de carnali Scripturæ intelligentia, quam de opéré carnis nostræ, ut plurimi æstiman.t, substiterunt. Necnon invidiam et ebrïetates per Legis litteram discimus. Inebriatur Noe post diluvium, et patriarchæ apud fratrem Joseph in Ægypto Gen. ix et xliii. Sed et comessationes in Regnorum libro scriptæ sunt; saltante David et concrepante tympanis coram Area testamenti Dei I Reg. vi, et his similia. Quæritur quomodo ad veneficia, et ad maleficas artes, simplex Scripturæ divinæ sermo qui dicitur caro, nos provocet, nisi ad ejusdem Scripturæ spiritum transcendamus. Puto hoc significare, decies .Danielem, et très pueros, magis, incantaloribus, et Gazarenis atque Chaldeis sapientiores repertos, et Moysen omni sapientia et doctrina Ægyptiorum eruditum. Multorum ergo malo- ruin occasio est, si quis in Scripturæ carne permaneat. charnel de l’Écriture. Ceux qui s’y attachent n’ob- tienclront pas le royaume des cieux. Cherchons donc l’esprit et les fruits de l’Écriture, qui ne sontpoint évidents et manifestes. C’est au prix de beaucoup de travaux, desueursetd’attention sérieuse qu’on arrive à découvrir le fruit de l’Esprit-Saint dans l’Écriture. Aussi jepense que saint Paul a voulu par¬ ler avec sagesse et prudence des sens charnels de l’Écriture, lorsqu’il a dit : « Les œuvres de la chair sont manifestes » Gai. v, 19. Quant aux sens spiri¬ tuels, il ne s’exprime point de la même manière; il ne dit, pas, les fruits de l’esprit sont mani¬ festes, mais « les fruits de L’esprit sont la paix,' la charité, » et le reste Ibid . 22. Si après avoir laissé les figures, nous passons à la vérité et à l’esprit de l’Écriture, aussitôt nous voyons se présenter tout d’abord à nous la charité, et de là marchant jusqu’à la joie, nous parvenons à la paix qui nous procure le bien de la patience. Qui ne puiserait des leçons de compassion et de bonté dans ces faits contenus dans la loi et qui paraissent si tristes à quelques-uns, c’est-à-dire dans ces châtiments, dans ces combats, dans ces nations anéanties, dans ces menaces faites aux peuples par les prophètes, lorsqu’il arrive à comprendre que ce sont là des remèdes salu¬ taires plutôt que des châtiments. Car le Seigneur ne sera pas éternellement irrité Isai lvii. Lors¬ que ces vérités nous seront manifestées, notre foi sera plus raisonnable, la tempérance régnera Quæ qui fecerint, regmim Dei non consequentur. Quamobrem spiritum Scripturæ fructusque quæramus, qui non clicuntur esse manifesti. Multo quippe labora et sudore, et digno cultu in Scripturis fructus spiritus invenitur. Unde arbitror, Paulum diligenter et caute da Scripturæ sensibus dixisse carnalibus : « Manifesta autem sunt opéra carnis » Golat. v. 19. De spiritualibus ver o non ut ibi posuisse, « inanifes tus est fructus spiritus; sed ila : « Fructus autem Spiritus, est charitas, gaudium, pax, » et reliqua Ibid.y 22. Quod si relictis typis, ad veritatem Scripturæ transeamus et spiritum, statim nobis prima charitas panditur, et ad gaudium inde gradientes, pervenimus ad pacem, per ’ quam consequimur patienfiam. Quis autem non ad miseratio- nem et bonitatem erudiatur, cum etiam ea quæ quibusdam tristia putantur in Lege supplicia dico et prælia, et eversiones gentium,. et comminationes ad; populos per prophetas, magis remedia intellexerit esse, quam pœnas? Non enim in æternum irascetur Dominus Isai . lvii.. Cum hæc ( ergo nobis aperta fuerint, rationabiliorem habebimus fidem, et correctos more» 336 SAINT dans nos mœurs devenues meilleures, elle sera suivie de la continence et de la chasteté, et alors la loi commencera d’être en notre faveur. Ici finit la citation d’Origène. Nous y ferons cette addition, c’est que l’esprit avertit ceux qui sont appelés de la servitude légale à la liberté de l’Évangile, et auxquels il a dit plus haut : « Restez fermes et ne vous remettez pas sous le joug de la servitude, » qu’en s’attachant au joug si léger de Jésus-Christ, et en suivant ses pré¬ ceptes pleins de douceur, ils doivent prendre garde que cette liberté de vivre ne donne une occasion à la chair, c’est-à-dire de vivre selon la chair, de se soumettre à la circoncision char¬ nelle, et s’appliquer à rester fermes dans l’esprit, à pratiquer par l’esprit le retranchement de la chair, et à laisser les bas-fonds de la lettre pour s’élever jusque sur les sommets de l'esprit. On peut encore donner cette explication : Quel¬ qu’un dira : O Paul, si j’ai cessé d’être sous la loi, si je suis appelé de l'état de servitude à la liberté, je dois donc vivre comme il convient à la liberté, sans être assujetti à aucun précepte, et faire, accomplir tout ce qu'il me plaira, tout ce que ma volonté me suggérera de faire. A quoi l’Apôtre répond : Nous sommes appelés, en effet, à la liberté de l’esprit, mais à cette condition que la liberté elle-même ne se rendra temperantia comitabitur, quam continentia sequetur etcastitas; et post hæc omnia incipiet esse Lex pro nobis. » Hucnsque Origenes. Quibus nos possumus addere, ut dicamus de servi tute legali ad Evangelii libertatem vocatos quibus superius dicitur : « State, et nolite rursum jugo servitutis hærere » eliam nunc raoneri, ut leve Ghristi jugum et delectabilia Evangelii præcepta sectantes, nequaquani putent sibi licere, ut bac ipsa libertate vivendi, in occasione carnis utantur : scilicet utjuxta carnem vivant, juxta carnem circumci- dantur; sed spiritu magis stènt, spiritu præputium carnis abscindant, et ad spiritus altiora tendentes, humilitatem litterse derelinquant. Potes t autem et aliter intelligi. Discat quispiam : Si cessavi, o Paule, esse sub Lege, et de servitute libertatem vocatus sum; ergo debeo ita vivere ut conveuit libertati, nec aliquibus præceptis teneri, sed quoclcumque placuerit, et voluntas suggesserit, hoc facere implere, sectari. Ad quod respondit Apostolus : Vocatos .quidem nos esse in Bpiritus libertatem ; sed ita, ut libertas ipsa carni non (i) Cette explication de eaint Jérôme est mille loi» préf'rablo à ! d'après Orlgône. JÉROME ' . pas l’esclave de la chair. Et n’allons pas croire que parce que tout nous est permis, tout nous est avantageux; bien au contraire, puisque nous avons cessé d’être les esclaves de la loi, et que nous sommes devenus libres, assujettissons-nous les uns aux autres par la charité, afin que tous les préceptes disséminés dans la loi soient résu¬ més dans le seul précepte de la charité (1). Mais assujettissez-vous les uns aux autres par la charité, car toute la loi est renfermée dans un seul précepte : « Vous aimerez le prochain comme vous-même. » Celui qui est libre à l’égard de tous, s’est fait par charité le servi¬ teur de tous pour en gagner un plus grand nombre I, Cor. xni, exhorte justement les autres à devenir les serviteurs les uns des autres par la charité quicherçhe non ses intérêts, mais ceux du prochain, « car celui qui désire être le premier, sera le serviteur de tous, » Marc, x, 44, A l’exemple du Sauveur qui ayant la nature do Dieu, a pu sans usurpation s’égaler a Dieu, et qui s’est cependant anéanti jusqu’à prendre la forme d’esclave et être reconnu pour homme par tout ce qui a paru de lui, qui s’est humilié lui-même, sc rendant obéissant jusqu’à la mort, et jusqu’à la mort de la croix, Philip . ii 6-8; nous aussi, sachons bien que tout ce que nous paraissions faire auparavant sous la serviat. Nec putemus quia nobis omnia licent, omnia expedire; quin potius quia servi Legis esse cessavimus-, facti liberi, magis per charitatem nobis invicem servia- mus, ut laciniosæ Legis præcepta, uno dilectionis capitulo concludantur. « Sed per charitatem servite invicem, omnis enim lex in uno sermone impletur. Diliges proximum tuum sicut teipsum. » Qui cum esset liber ex omnibus, omnium se propter charitatem servum fecit, ut plures lucrifaceret I Cor. xm, recte hortatur et cæteros, ut per charitatem sibi serviant; quæ non quærit quod suuin est, sed quod proximi. Qui enim vult fieri primus, erit omnium servus Maro.t x, 44, ut quomodo Salvator in forma Dei cons- titutus, non rapinam arbitratus est esse se æqua- tem, Deo, sed seipsum exinanivit, formant servi accipiens et lia bit u inventus ut homo, humilia vit semetipsum, fa- ctus obediens usque ad mortem, mortem autem cru- cis Philip ; n : ita et nos quæcumque ante sub Legis necessitate facere videbamur nunc sciamus, nobis l'interprétation quintessenoiée et peu naturelle qu’il vient de donner COMMENTAIRES SUR L’ÉPÎTRE AUX GALATÏÏS 337 nécessité de la loi, nous devons, maintenant que nous sommes libres, le faire par charité. Or, la charité est un si grand bien, que toute la loi se résume en elle. Dans un autre endroit, l’Apôtre énumère les avantages de la charité en disant : « Elle n’est point envieuse, elle n'agit pas à contre-temps, » et après avoir énoncé une foule d’autres avantages, il conclut en ces termes : « Elle espère tout, elle supporte tout, la charité ne finira jamais, » I Cor. xur, 4-8. Le Sauveur lui-même nous déclare dans son Évangile qu’on reconnaît son disciple à ce signe, qu’il aime son prochain Matth. xxii, et ce n’est pas seule¬ ment aux hommes, mais aux anges que s’appli¬ quent ces paroles. La même vérité se trouve reproduite dans ces paroles : « Ne faites pas aux autres ce que vous ne voulez point qu’on vous fasse, et tout ce que vous voulez que les hommes, vous fassent, faites-le leur également, Ibid, vir, 12. Je ne veux pas que mon épouse soit victime de l’adultère, je ne veux pas qu’on me vole m h bien, je ne veux pas être opprimé par un faux témoignage, et pour tout dire en peu de mots, je supporte avec indignation qu’on agisse injustement à mon égard. Or, si par la charité qui opère en moi, mes actions, ma vo¬ lonté à l’égard du prochain sont conformes à cette règle, j’ai accompli toute la loi. Et il n’est pas difficile de prouver quo tous les préceptes, quels qu’ils soient : vous ne tuerez pas, vous ne îiberis, magis per charitatem esse facienda. Tantum autem bomim est chantas, ut omnis lex in ilia reca- pituletur. Enumei'at et in alio loco Apostolus cliari- tatis bona, dicens : «Non zelatur, non agit perperam » I Cor . xni, 7, 8. Multisque in medio replicatis, in fine concludit : « Omnia sperat, omnia sustinet, chan¬ tas numquam excidit. Et Salvator in Evangelio, hoc sighum sui, ait esse discipuli, si [Al. ut] diligat pro- ximum Matth . xxii. Quod quidem puto non solum hominibus, sed etiam angelis convenire, Aliis vei'bis idipsum dicitur : « Quæ vobis fieri non vultis, aliis ne feceritis, et quæ vultis ut vobis faciant homines, hæc eadem et vos eis facite si militer » Ibid vn, 12. Nolo adulterari uxorem meam, nolo substantiam diripi, nolo me falso opprimi testiinonio, et ut cuncta brevi sermone comprehendam, indigne fero aliquid mihi fieri quod injustum est. Hæc eadem si per cha¬ ritatem in fne operantem, vel fecero alteri, vel vo- luero, lex omnis impleta est. Nec difficile est docere quomodo universa præcepta, non occides, non adul¬ térais, non furaberis, non falsum testimonium di- To&î. x. commettrez point d’adultère, vous ne déroberez point, vous ne ferez point de faux témoignage, et d’autres semblables sont renfermés dans la seule observation de la charité. Il est plus diffi¬ cile de démontrer comment les victimes qu’il est commandé d’offrir dans le Lévitique, la défense où la permission d’user de certains aliments, les uns purs, les autres impurs, le retour régulier do certaines fêtes dans le cours de l’année, se résument dans le seul précepte de la charité; à moins qu’on ne se transporte sur . un autre terrain en affirmant, que la loi est spirituelle, que nous avons été les serviteurs des images et des figures des choses à venir avant l’avènement du véritable Pontife, qui après qu’il se fut offert une seule fois pour victime et nous a rachetés de son sang, a ren¬ fermé tous les préceptes aussi variés que pénibles de la loi dans l’amour qu’il a eu pour les hommes. Mais pour celui qui, vivant une bonne fois do la vie de l’esprit, a mortifié les oeuvres de la chair, et qui, honoré de l’affection du Sauveur, n’est plus appelé son serviteur, mais son ami, il n’est plus soumis à la loi qui a été établie pour les impies et les pécheurs, pour les rebelles et les scélérats. Et cependant, nous accomplissons maintenant, au moins en partie, ce qu’ii y a de plus difficile, et nous ne faisons pas les choses plus faciles et sans lesquelles tout ce que nous faisons d’ailleurs est inutile,. Le corps ces, et cætera bis similia, una charitatis obsei’vatione leneantur. Hoc ostendere arduum est, quomodo ho- stiæ quoque, quæ in Levitico sunt præceptæ, et ci- borum vel abstinentia, vel permissio, cum alia mun- da, alia dicautur immunda, solemnitatum quoque jugis per annos recursus, in uno charitatis præcepto recap itulentnr. Nisi forte quis illo se transférât, ut afûrmet Legem spiritualem esse, et imaginibus et exemplaribus nos cœlestium deservisse, antequam verus Pontifes adveniret ; qui postquam semel seip- sum offerens victimam, suo sanguine nos redemit* omnis ilia priscæ Legis varietas, et difficultas, in ipsius super liomines dilectione compléta est. In tan¬ tum quippe Pater amavit munduin, ut Filium suum charissimum, et unigenitum daret pro nobis. Ei au¬ tem qui semel spiritu vivens, opéra carnis mortifi- cavit, et a Salvatore diJectus, nequaquam servus, sed amicus vocatur, non est ultra Lex posita, quæ impiis et peccatoribus, et non subjectis et nefariis constituta est. At nunc cum omni# quæ difûciliora f.unt, vel modica ex parte faciamus, hoc solum non 22 338 SAINT JÉROME sent tout ce qu’il y a de pénible dans le jeûne; les veilles affaiblissent fa ‘chair, c’est par le travail qu’on se procure de quoi faire l’aumône, et, queiqu’ardente que soit sa foi, le martyr ne verse soja sang ni sans douleur ni sans crainte. 11 en est qui accomplissent toutes ces choses, la charité seule ne demande aucun travail, et parce qu’elle seule rend le cœur, pur, lé démon cherche à la détruire en nous, afin que nous ne puissions voir Dieu avoc un cœur pur. Lorsqu’en effet, tranquillement assis, je parle contre mon frère et que je suis une cause de scandale pour le fils de ma mère Ps. xllx, 20, quand je m’attriste du bonheur d’autrui, et que je regarde comme un mal pour moi le bien dont il jouit, est-ce que je ne donne pas lieu en moi à l’accomplissement de ce qui suit ; « Si vous vous déchirez et si vous vous mordez les uns les autres, prenez garde que vous ne vous détruisiez les uns les autres. »La charité est le partage d’un bien petit nombre, qui consent à la suite do l’Apôtre, à ce que Jésus-Christ le rende anathème pour ses frères . Quel est celui qui, pleurant avec ceux qui pleurent, se réjouissant avec ceux qui sont dans la joie, ressent comme siennes les bles¬ sures faites à autrui? Qui se sent frappé par la mort de son frère? Nous nous aimons nous- mêmes plutôt que d’aimer Dieu. Voyez quels grands biens découlent de la charité. Si nous consentons à être martyrs dans le dessein que facimus, quod et factu facilius est, et absque quo cassa sunt universa quæ facimus. Jejunii corpus sen¬ tit injuriam ; vigiliæ carnem macérant ; eleemosy- næ labore quserimtur; sanguis in Martyrio, quamvis ardeat fides, tamen sine dolore et timoré non fun- ditur. J-îæc omnin sunt qui faciant, sola chantas si¬ ne labore „ est. Et quia sola cor mundum efficit, a diabolo expugnatur in nobis, ne Denm pura mente videamus. Quando enim sedens loquor contra fra- trem meum, et contra filium matris meæ pono scandalum Psal. xlix, 20, quando aliéna torqueor îelicitate, et alterius bonum, meum malum fa cio, nonne hoc quod sequiîur, in me expletur : « Si invi- cem mordelis et comeditis, videte ne a b invicem con- sumamini? » Charitatis rara possessio est. Quis vult ipse anatliema esse a Christo pro fratribus suis, Apostolum sequens? Quis cum lugentibus lugens, cum gaudentibns gaudena, alieno vulnere vulne- ratur? Quis fratris morte perimitur? ,Omnes ma- gis amntom nostri, quam amatores Dei sumus. Vide quantum bonuin Bit charitatis, .;Si ita martyrium fe- nos reliques soient honorées par les hommes, si nous versons notre sang avec intrépidité, si nous donnons tout ce que nous possédons jusqu’à nous réduire à la mendicité, et que nous agissions en cela comme esclaves de l’opinion des hommes, nous sommes bi'en plutôt dignes de châtiment que de récompense, et ce sont bien plutôt les supplices de l’infidélité que la couronne de la victoire. « Si vous vous déchirez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde que vous no vous détruisiez les uns les autres. » On peu simple¬ ment entendre ces paroles dans ce sens, que nous ne devons point médire les uns des autres, ne point nous imaginer que des outrages nous ven¬ gent; ne désirons pas porter la tristesse dans l’âme de ceux qui nous ont contristés les pre¬ miers, et semblables à des bêtes féroces, nous déchirer et nous dévorer mutuellement, jusqu’à ce que nous soyons détruits et consumés les uns par les autres. Mais avec cette interprétation, saint Paul semble passer subitement à des pré¬ ceptes extraordinaires contre le sujet et la suite de toute l’épître; il vaut donc mieux rattacher tout ce passage à la pratique de la circoncision et à l’observation de la loi. Si les autres vous troublent, dit-il, et que vous soyez troublés; si en lisant l’ancien . Testament vous entendez dans le sens littéral ces paroles : « .Œil pour œil, dent pour dent, » Deut. xix, 21, et que la cerimus, ut nosti’as velimus ab hominibus reliquias honorari ; si opinionem vulgi sectantes, intrepidi sangumem fuderimus, et substantiam nostram usque ad mendicitatem propriam dederimus, huic \Al. hinc] operi non tam præmium quam pœna debetur, et pevfidiæ magis tormenta sunt, quam corona vi- ctoriæ. « Quod si invicem mordetis, et comeditis, videte ne ab invicem consumnmini. » Potest hoc et simpli- citer accipi, ne detrahamus invicem, ne maledicto nos putemus ulcisci, ne contristati contristare' cupiamus, et si miles bestiaruin, mordere paritèr et ' remorderi, ut post morsus sequatur interitus at- que consumptio. Melius autem est, ne contra ratio- nem et totius Epistohe consequentiam, subito in extraordinaria præcepta, Paulus erumpat hoc ita intelligere, ut ad circumcisionem observatio- nemque Legis cuncta referamus. Si vos, inquit, con- turbant alii, vos autem conturbamini. Si totam Scri- pturam veterem legentes, sic intelligitis ut scripta e>st : « QoiUum pro oculo, dentem pro denta » î)mt* COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRK AUX GATATES colère désire la vengeance, que la vengeance à son tour cause de la douleur, ce que la loi non seulement ne défend pas, mais ordonne, en faisant consister la justice dans la loi du talion, la conséquence, c’est que celui qui est dépouillé, dépouille à son tour, que celui qui a été blessé, rende blessure pour blessure, qu’il déchire celui qui l’a déchiré, et que ce qui paraît justice soit une véritable destruction, qui loin do véngêr l’un des deux, les anéantit l’un et l’autre. « Or, je vous dis, conduisez-vous selon l’esprit, et vous n’accomplirez point les désirs de la chair. » Ces paroles, d’après ce que nous avons dit plus haut, peuvent s’entendre de deux manières. Nous pouvons dire d’abord que ceux qui, auront mortifié par l’esprit les œuvres de la chair, et semé dans l’esprit pour moisson¬ ner comme fruit de l’esprit la vie éternelle, toutes les fois que la volupté de la chair leur fait sentir son aiguillon, n’accomplissent pas ses désirs (et leur accomplissement ne procure qu’un plaisir momentané), mais les refrènent par, l’esprit, et selon la maxime de l’historien (Salluste) vivent en donnant le commandement à l’âme, l’obéissance au corps. On peut encore dire que comme la loi est spirituelle, et que le juif n’est pas celui qui l’est au dehors, mais intérieurement, et que la vraie circoncision est celle du cœur, faite en esprit et non selon xix, 21, et ira desiderat ultionem, ultio vero iinponit dolorem; quod Lex non solum non probibet, verum etiam præcipit, justitiam in tahone restituens, se- quitur, ut et nudatusnudet, et vulneratus revulneret, et comestus remordeat, et quæ videtur justitia esse, consumptio sit, non unum vindicans, sed utrumque consumens. « 'Dico autem : Spiritu ambulate, et desiderium carnis non perftcietis. » Et boc secundum superiora dupliciter accipiendnm, ut dicamus eos qui spiritu opéra carnis mortificaverint et seminaverint in spiritu, ut de spiritu metant 'vitam æternam, quotiescum- qnç voluptatem carnis senserint titillare, non per- ficere desiderium ejus (quod quidem si expletum fuerit, blandiri videtur ad tempus), sed spiritu refre- nare, et secundum sententiam Historici (Sailust.) : Animi ;imperio, corporis servitio magis vivere. Nec non et iüud, quia Lex spiritualis est Rom . vu, et non qui in manifesto Judæus, sed qui in occulto, et cir- cumcisio cordis in spiritu, non littera, eos ambulare 339 la lettre, ceux-là marchent dans l’esprit et n’accomplissent point les désirs de la chair, qui sortent spirituellement de l’Égypte, mangent la viande spirituelle, boivent de la pierre mys¬ térieuse, et qui ne sont point condamnés ni pour le manger, ni pour le boire, ou à cause des jours de fête, des nouvelles lunes et du sabbat, mais qui marchent en tout selon l’esprit, sans accomplir les désirs de la loi charnelle ou de la lettre, et qui moissonnent les fruits de l’intelligence spirituelle. Une troisième interpré¬ tation a été donnée par quelques-uns; elle ne diffère pas sensiblement de la seconde; ils disent que le désir de la chair existe dans ceux qui sont petits en Jésus-Christ, et que les hommes parfaits suivent la voie de l’esprit, et tel serait le sens : Marchez dans la gravité de l’esprit, c’est-à-dire, dans la voie de l’homme parfait, et vous n’accomplirez pas les désirs de ceux qui sont encore petits enfants. « Car la chair a des désirs contraires à ceux de l’esprit, et l’esprit en a de contraires à ceux de la chair, et ils sont opposés l’un à l’autre, do sorte que vous ne faites pas toutes les choses que vous voudriez. » La chair met son bonheur dans les jouissances si courtes de la vie présente, l’esprit dans les biens futurs et éternels. Entre ces deux adversaires, se trouve l’âme qui a en son pouvoir le bien et le mal, le vouloir et le non vouloir, mais qui n’a pas toujours en sa spiritu, et carnis desiderium non perficere dicimus, qui spirituaiiter egrediuntur Ægyptum, et spiritua- lem escam potumque de spirituali hauriunt peti'a, qui non judicantur in cibo, aut in potu, aut in parte diei festi, aut neomeniæ et sabbati, sed ambulant in omuibus spirituaiiter, non perbcientes carneæ legis litteræve desiderium, sed fructus metentes intelli- gentiæ spiritualis. Tertia quoque interpretatio a qui- bnsdam in hoc loco dicta est, sed quæ non multum discrepet a secunda, ut desiderium carnis in his as- serant esse qui parvuli in Christo sunt ; iter autem spiritus in perfectis viris, et esse sensum : in gravi- tate spiritus, id est, in itinare viri ambulate per- fecti, et non facietis desideria parvulorum. « Caro enim concupiscit ad versus spiritum, spiri¬ tus autem adversus carnem. Hæc enim sibi inyicem adversantur, ut non quæcumque vultis, ilia faciàtis. » Caro præsentibus delectatur et brevibus; spiritus perpe- tuisetfuturis. Inter hoc jurgium media anima constitit (1), habens quidem in sua potestate bonum et malum, veile et ({) Origenianu senlcmia Jtæc est, animam mediam essç que^ammodo BpuiUim inter et carnem ; Cum difitur, inqult il le lib, r. In Epistolam Od Hawanoa qulq enro ooncupUoit adversus ppintum, ppirilua autem adversus carnom, media prncul dubio ponitur anima, quæ vel deaN 340 SAINT JÉROME puissance de vouloir et de ne pas vouloir, car il peut arriver, qu’après avoir consenti aux désirs de la chair, et accompli ses œuvres, le remords chune conscience repentante l’unisse de nouveau à l’esprit et lui fasse accomplir ses œuvres. C’est ce ' que veut dire ici saint Paul : « Ils sont opposés l’un à l’autre, » c’est-à-dire la chair et l’esprit, de sorte que vous ne faites pas toutes les choses que vous voudriez. Ce n’est pas que le libre arbitre qui nous fait consentir aux désirs de la chair ou de l’esprit, nous soit enlevé, c’est parce quecequenous faisons, n’est pas notre action proprement dite, mais l’œuvre de la chair et de l’esprit. Ce serait un grand sujet de travail et de discussion, après avoir repris les œuvres de la chair et de l’esprit, de trouver quelques actes intermédiaires qui n’appartiendraient ni à la chair ni à l’esprit. Nous sommes appelés char- ' nels, lorsque nous nous livrons tout entiers à la volupté; spirituels, quand nous prenons l’Esprit-Saint pour guide, c’est-à-dire, quand nous suivons avec goût ses inspirations, quand nous sommes dociles à ses enseignements. L’homme animal, ce sont ces philosophes, qui re¬ gardent leurs propres pensées comme la sagesse elle-même, et dont l’Apôtre a dit en termes si justes : « L’homme animal ne reçoit pas ni ne perçoit pas les choses qui sont de l’esprit, c’est une folie pour lui. » Pour rendre cette vérité plus évidente, prenons un exemple : Donnons à la chair le nom de terre, à l’àme, le nom d’or, à l’esprit, le nom de feu. Tant que l’or demeure dans la terre, il perd son nom, et n’en a d’autre que celui de la terre à laquelle il se trouve mêlé. Mais lorsqu’il est séparé de la terre, il prend l’apparence et le nom d’or, c’est de l’or, mais de l’or qui n’est pas encore épuré. Mais lorsqu’il a été épuré par le feu, et affiné dans le creuset, il revêt alors la splendeur de l’or, et prend un nom en rapport avec son éclat. Il en est ainsi de l’âme qui est placée entre la terre et le feu, c’est-à-dire entre la chair et l’esprit; lorsqu’elle se livre à la chair on l’appelle chair, quand ello se donne à l’esprit, on l’appelle esprit. Mais si elle s’abandonne à ses propres pensées, et qu’elle s’imagine trouver la vérité sans la grâce de l’Esprit-Saint, elle est marquée comme un or souillé du nom d’homme animal. On peut nolle, sed non habens hoc ipsum velle ac nolle perpe- tuum, quia fieri po test, ut cum, carni consenserit, et opéra ejus fecerit, rursum per poenitentiam se remordens, spiritui copuletur, et opéra ejus efficiat(f). Hoc est ergo quod ait : « Hæc enim sibi invicem adversantur, » ici est, caro et spiritus : « ut non quæ- cumque vultis, ilia faciatis. » Non quo proprium nobis tulerit arbitrium, quo vel cariai, vel spiritui assentia- mur; sed quia quod facimus, non est nostrum pro¬ pre,’ sed opus ipsum vel carni, vel spiritui deputatur \AL deputeturj. Grandis laboris et disputationis est nirniæ, ostensis carnis operibus et spiritus, media aliqua’reperire, quæ nec ad cavnem videantur perti- nere, nec ad spirilum. Carnales dicimur, quando totos nos voluptatibus damus. Spirituales, quando Spiritum sanctum prævium sequimur, id est, cum ipso sapimus instruente, ipso docemur auctore. Ani¬ males reor esse philosophos, qui proprios cog’itatus putant esse sapientinm, de quibus recte dicitur : « Animalis autem homo non recipit [/I l. percipit] ea quæ sunt spiritus. StuUitîa quippe est ei. » Quod ut mani festins fiat, aliquod su ma mus exempt uni : Caro, terra, anima, aurum, spiritus, ignis vocentur. Quam- diu aurum fuerit in terra, perdit vocabulum suum et a terra cui commixtum est appellatur. Cum vero separatum ab humo, auri et speciem et nomen acceperit, aurum qnidem dicitur, sed necdum pro- batum. Si autem per ignem excoctum fuerit et purgatum, tune auri splendorem, et ornatus sui accipit dignitaiem. lta et anima inter humum et ignem, hoc est, inter carnem, spiritumque consi- stens, quando se tradiderit carni, caro dicitur; quando spiritui, spiritus appellatur. Quod si pro- prio crediderit cogitatui, et absque gratia Spiritus sancti invenire se æstimaverit veritatem, quasi au¬ rum sordidum, animalis liominis appellatione si-' ,iiB irilu9 acquiescQt vel ad carnis concupiscentes inclinotur. His paria in plcrisque ejus libris invenire est; nec profecto dubitandum, ^ab illo ad cujus se imiwtionem contulissc non diffitotur. Hicronymus docirinnm banc faauserit. At certain qtioque est, in bonam accipi ^w^rtem oL qucm spiritum dicunl, ei corummet sensu auctorum pro anima® ^ySfXOVtXW, 9ivc, principaU, debere intclligi ; pluresquo ToT PaTreToccurrere, qui hoc sensu snperiorcro animæ quasi patrem spiritus appellatione douent. Unus pro cunctis Augustin!», lib. n de Go- ° Tad Ut cap 42. laùdari possit, ubi animant tonquam in medlo positam nonnumquam a carne ad vitio dcprimi, nonnumquam a spiritu ad n^lQ 1qv\ \ scribit. Plures vero'quQm qui possint indicori in ejus Operibus loci sunt, in quibus spiritum carnis adversarium pro animæ virtutem engi^ r inteUexit. Ex quo mirum magis est, quod Pelegianismi hano scntentiom accuset Jansenius, omniumque omnino sçripta viden gotuit, Fopriam dicat, oum luculenter adeo Hieronymq prçbetur, sed et Augaitino, cujus summa coiitra îUosbœreticoMcntentiafttque auotorLtas fuit. Ed,Mig, COMMENTAIRES SUR L'ÉPITRE AUX GALATES 341 donner une meilleure explication de ce passage, de manière à ne former de tout ce texte qu’un $eul corps suivi, parfaitement enchaîné, et sans la moindre contradiction dans les termes. Mes frères,.! vous êtes appelés de la servitude de la loi à }& liberté de l’Évangile, mais je vous en prie, n’abusez point de la liberté jusqu’à la licence, ne croyez pas que tout ce qui vous , est permis vous soit avantageux, et ne donnez pas occasion à la chair et à la volupté. Apprenez bien plutôt que cette liberté vous impose une plus grande servitude, c’est-à-dire que l’obéis- ' sance que la loi vous arrachait malgré vous, la charité doit le faire en vous assujettissant les uns aux autres, car tout le fardeau qu’im¬ posait la loi et ses préceptes multipliés ne sont pas tant exclus par la grâce de l’Évangile que résumés dans le seul précepte de la charité qui nous obligo d’aimer notre prochain comme nous- mêmes ; car celui qui aime son prochain accom¬ plit toute la loi Matth. xxn, en lui faisant tout le bien possible, et en se gardant bien de lui faire du mal. Mais faites disparaître la dilection, qu’il n’y ait plus de charité par laquelle nous accomplissons toute la loi, vous verrez comme un brigandage public entre les hommes, ils se déchaîneront les uns contre les autres, se déchi¬ reront et finiront par se dévorer. Pour vous, mes frères, vous devez vivre selon la loi spiri¬ tuelle, justement pour ne point accomplir les gnatur [Al. signabitur]. Potest locus iste sic melius explanari, et quasi una sériés corpusque fieri, se invicem nectens, sibique non discrepans. Fratres, de servitute Legis vocati estis in Evangelii liberta- tem. Verum obsecro vps, ne libertate pro licentia abutamini, et putetis vobis cuncta expedire quæ li- cent; detisque occasionem carni atque luxuriæ. Quin potins discite quod libertas hæc major sit servitus, ut quod ante Lex ab invitis extorquebat obsequium, mine per charitatem vobis invicem ser- viatis. Siquidem omne illud Legis onus, et multipli- cia præeepta, non tam exclusa sunt per Evangelii gratiam, quain uno charitatis sermone breviata, ut diligamus proximum sicut nosmetipsos. Qui enim diligit proximum, totam legem implet Matth , xxn, bona ei, tribuens, mala non inferens. Quod si ces- set dilectio, et non sit charitas, per quam lex uni- versa completur, publicum quoddam inter hommes latrocinium erit, ut contra se invicem defurentes \Al. deferentes], seque mordentes, consumantur ab invicem. Vos autem frafcm, propterea seçundum désirs de la chair. La chair en effet craint les rigueurs du froid, elle, méprise le jeûne et la faim, elle succombe sous les veilles, elle s’en¬ flamme par les passions, elle désire tout ce qui est délicat, tout ce qui est agréable. L’esprit, au contraire, désire ce qui est contraire à la chair, et ce qui peut l’affaiblir. Ainsi donc, ne croyez pas que vous êtes libres parce ce que vous avez cessé d’être sous la servitude de la loi, mais comprenez que vous êtes d’autant plus assujettis à la loi de la nature. En effet, si la loi ne vous commande pas aussitôt, la nature n’a pas pour cela perdu ses droits; elle empêche votre volonté de se laisser aller aux actes, malgré la lutte de la chair contre l’esprit, et vous force de faire souvent ce que vous ne voudriez pas faire. Je vous supplie donc, mes frères, de' faire en sorte que votre liberté ne soit point une occasion do vivre selon la chair, mais bien plutôt de vous assujettir à l’esprit pour commencer à faire ce que vous voulez, et no plus rien devoir à la loi, c’est-à-dire, n’être plus sous la chair. Car c’est alors que vous pourrez vraiment jouir, dans l’Évangile, de la liberté que vous donne l’abro¬ gation do la loi, lorsque la chair ne vous forcera plus de faire ce que vous ne voulez pas, mais que, devenus serviteurs de la loi, vous montriez que vous n’ètes plus sous la loi. Et comme nous avions commencé plus haut do donner une double interprétation de ce passage, nous devons spiritualem legem debetis vivere, ne desideria quse cavnis sunt pevficiatis. Garo enim frigus timet, as- pernatur famem, attenuatur vigiliis, libidinibus exardescit, mollia quæque et jucunda desiderat. Econ- trà spiritus, ea quse carni contraria sunt, et quæ illam debilitare queant, expetit. Et ita fit, ut nen ideo quia sub servitute Legis esse cessastis, putetis, esse vos liberos; sed sciatis magis naturæ vos lege retineri, quia non statiin si lex non imperat, et .natura cessavit, ne voluntatem scilicet vestram, opéra eubse- quantur, sed fréquenter ea facere compeïlamini, répug¬ nante carne adversus spiritum, quæ lacéré non vultis. Ex quo, fratres, obsecro, ut non detis liber ta te m ves¬ tram in occasionem carni s, sed magis spiritui serviatis, ut incipiatis ea facere quæ vultis, et niliii debere legi, id est, non esse sub carne. Quia libertatem legis aboli- tæ tune vere in Evangelio habere poteritis, cum vos nequaquam caro compulerit facere quæ non vultis, sed spiritui servienles, docueritis vos non esse sub Lege. Et quia supra seçundum duplicem intelligentiam hune locum cœperamus exponere, reddenda sunt qusô omisi- 342 SAINT JÉROME compléter ce que nous avons omis. La chair a dos désirs contraires à ceux de l'esprit, c’est-à-dire, quo le sens historique et. charnel de l’Écriture est contraire au sens allégorique et spirituel. Mais l’esprit lutte contre la chair, c’est-à-dire les choses sublimes sont en opposition avec tout ce qui est bas, les choses éternelles avec les jouis¬ sances passagères, l’ombre avec la vérité. Et le sens charnel de l’Écriture qui ne peut être accompli, (car nous ne pouvons faire tout ce qui est écrit), nous montre qu’il n’est pas en notre pouvoir d’accomplir la loi, puisqu’alors même que nous voudrions suivre la lettre, cela ne, nous serait pas possible. et ipse factus esse sub Lege. . , « Manifesta autem sunt opéra carnis, quæ sunt, forni- catio, immumlitia, luxuria, idolorum servitus, veneficia, inimicitiæ, conientiones, æmulationes, iræ, rixæ, dis— sensiones, hæreses, invidiæ, ebrietates, comessationes, et bis similia, quæ prædico vobis sicut et prædixi, quo- niam qui hæc agunt, regnum Dei non possidebunt : » Superius cum exponerenius de carne et spiritu, tripli- cem intelligentiam flixeramus-; vel eos esse carneos, qui parvuli et corporei, in Ghristo solidum cibum, et perfectæ ætatis alimenta capere non posent ; vel cai> nales eos esse, qui more Judaico historiam tantum ser- querentur et lilteram; aut certe, juxta simpJicem sen^- suni, in hominis fi ;tione carnem spiritumque subsisterez et juxta drersitatem substanliæ, vel opéra carnis esse., vel spiritus. Nunc ergo quæ hic carnis opéra noininan-r fur, fornicatio videlicet, immunditia, luxuria, et cælera 544 SAINT JEROME l'impureté, la luxure et les autres crimes qui suivent, me paraissent se rattacher bien plus à la simple notion de la chair et de l’esprit, qu’au sens charnel de la loi, et à ceux qui sont petits enfants en Jésus-Christ, bien qu’à l’occasion de ce passage où nous avons plus haut reproduit une citation textuelle du dixième livre des Stromates d’Origène, nous avons exprimé notre sentiment sur ce point. En disant : « Il est aisé de connaître les œuvres de la chair, » saint Paul veut démontrer qu’il n’est personne qui ne les connaisse,- parce qu’il est évident pour tous qu’elles sont mauvaises et qu’on doit les fuir, à ce point que ceux qui les commettent désirent les dérober à tous les regards. Ou bien elles sont seulement évidentes pour ceux qui ont cru en Jésus-Christ. Car un grand nombre de Gen¬ tils mettent leur gloire dans leurs ignominies, et en donnant une pleine satisfaction à leurs passions, s’imaginent avoir remporté la victoire en fait de turpitudes. Et remarquez avoc quelle convenance d’expression l’Apôtre attribue les œuvres à la chair, et les fruits à l’esprit, parce qu’en effet les vices finissent et périssent en eux-mêmes, tandis que les vertus sont fécondes et donnent des fruits en abondance. Et ne croyons pas que l’âme n’ait aucune action à exercer, parce que saint Paul attribue les vices à la chair, et les vertus à l’esprit. L’âme, en effet, comme nous l’avons dit plus haut, est comme dans une position intermédiaire, ou elle quse sequuntur, magis mihi videntur ad simplicem car- nis et spii'itus intell igentiam, quam ad carnem Legis, et parvulos in Christo referri, licet in eo loco, ubi supra de decimo Origenis Stromate verbum transtulimus ad verbum, quid etiam de bis sentiri possit, expressum ait. Quod autem ait : « Manifesta autem sunt opéra carnis, » vel omnibus ea nota esse demonstrat; quia per se pa- teant mala eese et fugienda, intantum ut etiam bi qui ea faciunt, cupiant occultare quod faciunt. Vel certe bis tantum manifesta, qui in Christo crediderint. Plurimi quippo gentilium in suis ignoininiis gioriantur, et putant si expleverint voluptatem, quamdam se turpitudinum victoriam consecutos, Sed et illud eleganter, quod in carne opéra posuit, et fruclus in spiritu; quia vitia in gemetipsa'finiunlur et pereunt, vir tûtes frugibus pullu¬ lant et redundant. Nec putemus animæ nullum esse opus, si vitia carni, virtutes spiritui deputentur. Quia anima (ut supra diximus) in quodam meditullio posita, vel Garni jungitur, et dicitùr de ea : « Non permanebit s’attache à la chair, et alors elle mérite cettè sentence : « Mon esprit ne demeurera plus dans les hommes, parce qu’ils sont chair » Gcn. x, 3; ou elle s’unit à l’esprit et prend elle-même le nom d’esprit : « Celui qui s’unit au Seigneur, devient un même esprit » I Cor. vï, 17. La pre¬ mière œuvre de la chair est la fornication. Il a placé en première ligne les crimes manifestes, pour que nous n’élevions point de doutes sur ceux qui sont intermédiaires. En effet, « tout autre ; péché commis par l’homme est hors du corps, mais celui qui commet la fornication pèche contre son propre corps. » Et nous ne nous appartenons pas, car nous avons été achetés d’un grand prix; glorifions et portons Dieu dans notre corps. Ce qui aggrave le crime du fornica- teur, c’est qu’il prend les membres de Jésus- Christ pour en faire les membres d’une prosti¬ tuée; car ils seront deux dans une seule chair, dit l’Écriture, L’infidèle qui ne croit pas en Jésus-Christ fait de ses membres les membres d’une prostituée; mais celui qui croit, et commet la fornication, fait des membres de Jésus-Christ les membres d’une prostituée. Mais au contraire, je ne sais si l’infidèle coupable de fornication profane un temple, ou édifie ce temple aux idoles, car c’est par les œuvres surtout que les démons sont honorés; ce que je sais, c’est que celui qui commet la fornication après avoir, cru en Jésus-Christ, profane le temple de Dieu. La seconde œuvre de la chair s’appelle l’impureté, spiritus meus in hominibus istis, quia carnes sunt » G-en. vï, 3; vel spiritui copulatur, et in spiritus vocabu- lum transit. « Qui enim adhæret Domino, unus spiritus est x> I Cor. vï, 17. Primuru itaque carnis opus, est fornicatio. Manifesta in exordio posuit, ne de mediis ambigamus. Omne enim quodcumque fecerit homo, ex¬ tra corpus est; qui autem fornicatur, in corpus suum peccat. Et non sumus nostri; einpti enim sumus pretio, gloriücemus et portemus Deum in cor pore nostro. In eo fornicator’ majoris est criminis, quia tollit membra Christi, et facit ea membra meretricis, Erunt quippe duo in carne uua. Qui non est fidelis, nec crédit in Christo, sua membra facit membra meretricis; qui crédit et fornicatur, Christi membra facit membra meretricis. Eeontrario infidelis in fornicatione ,sua ntrnm violet, an ædificet templum idolo, nescio. Per vitia quippe vel maxime dæmones coluntur.;Hoc unum scio : quod qui post fidein Christi fornicatur, violât' templum Dei. Se- cundum opus carnis, irhmtinditia nuncupatur, et, eam COMMENTAIRES SUR L'ÉPITRE AUX GALATES elle a pour compagne et pour suivante la luxure. De même que dans ^ancienne loi, l’Écriture a .compris sous une dénomination générale ces crimes abominables qui se commettent en secret, et qu’on ne peut nommer sans se cou¬ vrir de. honte, parce qu'ils salissent et la bouche qui les profère, et les oreilles qui les entendent, en disant : « Vous enseignerez les enfants d’Israël à se garder des impuretés » Léu. xv, 31, ainsi l’Apôtre, dans cet endroit, voulant flétrir toutes les autres voluptés qui dépassent les bornes, Pacte conjugal lui-même, s’il blesse les lois de la décence et de l’humilité, et ne s’accomplit sous les yeux de Dieu et pour la procréation des enfants, les a désignés sous le nom d’impuretés et de luxure. L’idolâtrie occupe la quatrième place dans l’énumération des œuvres de la chair, car celui qui s’est une fois abandonné à k luxure et à la volupté, ne regarde plus le Créateur. D’ailleurs, l’idolâtrie fait ses délices des fêtes, des plaisirs, des débauches de la table et de tout ce qui satisfait les appétits grossiers de la chair. Et de peur que les empoisonnements et les maléfices ne paraissent pas condamnés dans le nouveau Tes¬ tament, l’Apôtre les comprend parmi les œuvres de la chair. En effet, les opérations magiques sont souvent cause que des malheureux sont victimes de l’amour qu’ils ont et qu’ils inspirent. L’inimitié elle-même, qui vient après les empoi¬ sonnements a une culpabilité qui nous est révé- cornes luxuria sequitur. Quomodo enim in veteri Lege de nefandis criminibus, quæ in occulto fiant, et ea no» minare tùrpissimum est (ne et dicentis os et aures audi- entium polluerentur) generaliter Scriptura complexa est, dicens ; « Verecundos, » vel « re ver en tes tacite filios Israël ab onini immunditia » Levit . xv, 31 ; sic in hoc loco cæteras extraordinarias voluptates, ipsarum quôqne opéra nuptiarum, si non verecunde, et cum ho- nestate, quasi snb oculis Dei fiant, ut tantum liberis serviatur, immunditiam et luxuriam nominavit. Quar- tnm, in catalogo opevum carnis, idololatria locum tenet. Qui enim semel se fuxnriæ voluptatique permiserit, non respicit Creatorem. Alias autem omnis idololatria, festi- ■ vitale, gala, ventre, et his quæ inlra ventrem sunt, delectatur. Et ne forsitan veneficia, et maleficæ 'ai* tes non viderentur in novo prohibitæ Testamento, ipsæ quoquo inter carnis opéra nominautur. Quia sæpe ma- gicis artibus, et amare miseris evenit et amari. Inimici- tia.quoque, quæ post veneficia ponitur, quem habeat reatum, manifesti criminis subjectio déclarât. Quantum 345 lée par son caractère de crime manifeste. Autant qu’il dépend de nous, nous ne devons être les ennemis de personne, mais avoir la paix avec tous les hommes. Mais si nous nous faisons des ennemis en disant la vérité, nous sommes beau¬ coup moins leurs ennemis qu’ils ne sont eux- mêmes les ennemis de la vérité. Ainsi ces paroles que Dieu dit, dans la Genèse à Abraham : « Je serai l’ennemi de tes ennemis, et je me déclarerai contre ceux qui se déclarent contre toi, » doivent être entendues comme nous venons de le dire, dans ce sens qu’ Abraham était moins leur ' ennemi qu’ils n’étaient eux- mêmes les ennemis de ses vertus et de la reli¬ gion par lesquelles il foulait aux pieds les idoles et adorait le Dieu qu’il connaissait. Il en est de même de ce commandement fait au peuple d’Israël d’être les ennemis des Madianites et d’avoir con¬ tre eux une haine éternelle qui devait se perpé¬ tuer jusque dans leurs descendants; c’est un commandement donné à ceux qui étaient encore sous le pédagogue, et qui méritaient de s’enten¬ dre dire dans un autre endroit : « Vous haïrez votre ennemi » Matth. v, 43. Ou plutôt il s’agissait plus ici d’une opposition de mœurs que de personnes, c’est-à-dire que de même que Dieu a établi des inimitiés utiles entre le ser¬ pent et la femme, de peur que des rapports plus bienveillants fussent nuisibles à l’homme, puis¬ qu’ils avaient été cause de son expulsion du paradis, ainsi à l’égard des Israélites et des enim in nobis est, nullius esse debemus inimici, sed cum omnibus habere pacem. Quod si loquentes verita- tem, aliquos meremur inimicos, non tam nos inimici eorum sumus, quam illi inimici sunt veritatis. Nam quod et in Genesi dicitur ad Abraham : « Inimicus ero inimicis tuis, et adversabor adversantibus tibi, » sicut supra intelligendum, nou tam Abraham iliis inimicum fuisse, quam illos Abrahæ virtutibus et religioni, per quam, calcatis idolis, cognituvn vene- rabatur Deum. Illud quoque quod populo præcipi- tur Israël, ut orlio sempiteruo, et iu poster os .trans- missa discordia, inimici sint Madianeis Nzim, xxxi, quasi his dicitur, qui sub pædagogo erant, et in alio loco merebantur audire : « Odio habebis inimicum tuum » Mcctth. v, 43. Aut certe non tam personarum, quam morum est facta dissensio ; ut quomodo Deus utiliter inter serpentem et mulierem inimici tias posuit, ne ami- citiæ eorum inutiles essent h mini, per quas projectus est de paradiso : ita et in Lraelitis, et Madianeis vita magis dissimilis, quam gens un a damna ta est, Septimura 346 SAINT JEROME Mâdianites, c’est la vio tout à fait dissemblable plutôt que le peuple tout entier qui a été con¬ damné, En septième lieu, parmi les œuvres de la chair viennent les dissensions, occupant aussi par¬ mi les vices une place consacrée >et toute par¬ ticulière. « Or, il ne faut pas qu’un serviteur de Dieu dispute, mais il doit être modéré envers tout le mon de, capable d’instruire, patient, reprenant avec douceur ceux qui résistent à la vérité » Tim. n, 24. Après les dissensions, vient en huitième lieu la jalousie, qui est désigné dans le grec sous le nom plus expressif et plus connu de ^Xoç, mal si général que je ne sais pas celui d’entre nous qui en est exempt. En effet, les patriarches ont eu de la jalousie contre leur frère; Marie et Aaron, Tune prophétesse, l’autre grand-prêtre de Dieu, ont été atteints de cette passion contre Moïse Gen. xxxvii, Nom b . xij, à ce point que celle dont l’Écriture avait dit : « Marie, la pro¬ phétesse prenant un tambour » ExocL xv, 20 et le reste, fut ensuite chassée hors du camp, cou¬ verte d’une lèpre honteuse et condamnée à faire une longue pénitence pendant les sept jours qu’elle en fut séparée Nomb . xu, U y a cette dif¬ férence entre l’irascibilité (iracundia) et la colère (ira) que l’homme irascible est toujours irrité, tandis que l’homme colère ne l’est que momen¬ tanément. Aussi je ne sais qui pourra obtenir le royaume de Dieu, puisque celui qui cède à la colère en est exclus Matth . v. Les querelles que locum inter carnis opéra, contentio possidet, quodam quasi sacrato, et eminenti inler vitia numéro collocata. « Servum autem Domini non oportet rixari, sed esse mansuetum ad omnes, doctorem, longanimem, cum mansuetudine erudientem, etiam eos qui econtra dispu¬ tant » II Tim. n, 24, 25, Post contenlionem, octava succeclit æmulatio, quæ Græeo sermone ÇvjAoç signifi- cantius et notius appellatur. Quo quidem malo, nescio quis nostrum careat. Zelati sunt enim1, et patriarchse Joseph fratrem suum ; et Maria, et Aaron prophètes Dei et sacerdos, contra Moysen tali passione decepti sunt Genes. xxxvii, Nxcm. xii ; intantum ut ilia de qua Scriptura narraverat, dicens : « Tollens autem Maria prophètes tympanum » Eocod. xv. 20, et cæterà, postea extra castra projecta, lepræ vitio sordidata sit, etpœni- tentiam longiorem septem dierum separatione signaverit Num. xu. Ira deinde succedit, quæ justîtiam Dei non opéra tur Jacob, i, et species est furoris. Inter iracun- diam autem et iram, hoc interest : quod iracundus semper irascitirr : ira tus pro tempore concitatur. Et nescio quis posait regnum Dei possidere, cum is qui les Grecs désignent sous un autre nom, épifiefo-,. (car le mot latin «rixa » répond au mot grec excluent également du royaume de Dieu. Or, il y a querelle âpdteta, lorsqu’un esprit tou¬ jours prêt à contredire se plaît à fatiguer la poitrine d’autrui, se livre à des altercations fémi¬ nines, et provoque constamment à la dispute. Go vice s’appelle en grec d’un autre nom : cp iXoveixfo, amour de la dispute. Les divisions sont égale¬ ment des œuvres de la chair, comme lorsqu’un chrétien, encore loin de la perfection, dit dans le même sens, et dans la même pensée : « Moi, je suis à Paul, et moi à Apollon, et moi à Céphas, et moi à Jésus-Christ » I Cor. i, 12. Ces divisions se retrouvent jusque dans l’inté¬ rieur des maisons entre le mari et la femme, entre le père et le fils, entre le fils et le frère, entre le serviteur et son compagnon, entre le soldat et celui qui loge sous la même tente. 11 arrive aussi quelquefois que des divisions s’élè¬ vent dans l’interprétation des Écritures, et que de là surgissent les hérésies qui sont placées parmi les œuvres de la chair. Si, eu effet, la sagesse de la chair est ennemie de Dieu Rom. vin (et que par là meme, tous les dogmes de mensonge qui sont opposés à Dieu soient enne¬ mis de Dieu), par une conséquence nécessaire, les hérésies qui sont ennemies de Dieu se rat¬ tachent aux œuvres de la chair. Le mot grec aïpscriç signifie choix, parce que chacun choisit irascitur, separetur a regno Matth. v. Rixæ quoque quas aliud Græci signifie ante s, àptOetaq vocant (siqui*- de m rixa [xct/ï] dicitur) a regno Dei prohibent. Est autem êpiOsàx, cum quis semper ad contradicendum para tus stomacho delectatur alieno ; et muliebri jurgio contendit, et provocat contendentem . Hæc a)io nomme apud Græcos (piAoveèda appellatur. Necnon et dissensi- o nés opéra carnis sunt; cum quis nequaquam perfectus eodem sensu, et eadem sententia dicit : ¥ Ego sum Pauli, et ego Apollo, et ego Cephæ, et ego Christi I Cor . i, 12. Sed et domorum inter se hæc ea¬ dem dissensio reperitur : mariti videlicet ad uxo- rçm, patris ad filiuin, fratris ad fratrem, con- servi ad conservum, militis ad contubernalem, arti- ficis ad ejusdem operis artificem. Nonnumquam eve- nit, ut et in expositionibus Scripturarnm oriatur dissensio; e quibus hæreses quoque quæ nunc in carnis opéré ponuntur, ebulliunt. Si enim sapientia carnis inimica est Deo Rom. vm (iriimica autem sunt omnia dogmata fahitatis Deo, repugnantia) con- sequenter et hæresès inimicæ Deo, ad carnis opéra 347 COMMENTAIRES SUR L'ÉPITRE AUX GALATES la règle qu’il pense être la meilleure. Donc, qui¬ conque entend l’Écriture dans un sens tout autre que ne le demande le sens de l’Esprit- Saint, sous l’inspiration duquel elle a été écrite, bien qu’il 11e se sépare point de l’Église, peut cependant être appelé hérétique et se rend cou¬ pable d’une des œuvres de la chair, en choisissant ce qu’il y a de plus mauvais. A la suite des hérésies, vient l’envie, que nous ne croyons pas être la même chose que le zèle. En effet, le zèle peut être pris en bonne part, lorsque par exemple on s’efforce d’imiter ce qui paraît meil¬ leur. Le caractère de l’envie est de s’affliger du bonheur d’autrui, et elle se divise en deux branches, lorsqu’on se trouve dans un état où l’on ne veut pas qu’un autre. soit, ou lorsque le voyant dans un état plus prospère, on s’attriste de ne pas lui être semblable. Un écrivain moderne, en traduisant un vers grec, s’est moqué agréablement de l’envie dans ces vers pentamètres : « Rien n’est plus juste que l’envie, qui ronge et déchire l’àme de celui qui l’a conçue et enfantée. »Le bienheureux Gyprien a écrit un livre excellent sur l’envie et la jalou¬ sie; celui qui le lira n’hésitera pas à placer l’envie parmi les œuvres de la chair. Or, il y a cette différence entre l’envieux (invidus) et celui qui excite l’envie (invidiosus), que l’envieux 1 referuntur. ÀtWiç autera Græce, ab electione dici- tur : quod scilicet eam sibi unusquisque eligat disciplinâm, quam putat esse meliorem. Quicumque igîtur aliter Scriptûram intelligit, quam sensus Spiritus sancti flagitat, quo conscripta est, licet de Ecclesia non recesserit, tamen hæreticus appellari potest, et de carnis operibus est, eligens quæ pejora sunt. Hæreses sequitur invidia, quam non putemus idem esse quod zelum. Quia zelus et in bonain par- tem accipi potest, cum quis nititur ea quse meliora sunt, æmulari. Invidia vero aliéna ielicitate torque- tur,‘ et in duplicem seinditur passionem : cum aut ipse est aliquid in eo, in quo alium esse non vult; aut alium esse videns meliorem, dolet se ei non esse consimilem. Pulchre quidam de neotericis, Græcum versum transférons, elegiaco métro de invidia lusit, dicens : Justius invidia nihil est : quæ protinus ipsum Auctorem rodit, excruciatque animum. Scripsit et beatus Gyprianus librum de « Zelo » et « Li- vore » valde optimum ; quem qui legerit, non dubi- tabit annumerare operibus carnis invidiam. Inter porte envie à un plus heureux que lui, tandis que celui qui excite l’envie, est victime de l’envie d’un autre. L’ivresse tient la quatorzième place parmi les œuvres de la chair. En effet, les ivrognes ne posséderont point le royaume des cieux. « Prenez garde, dit le Seigneur à ses dis¬ ciples, que vos cœurs 11e s’appesantissent par l’excès du boire et du manger » Luc. xxr, 34. Et l’Apôtre élève la voix pour dire : « Le vin d’où naît la luxure » Ephes. v, 18. Chacun est maître de son interprétation. Pour moi, je suis l’Apôtre, et je dis que du vin naît la dissolution, comme du vin naît l’ivresse. Or, que l’ivresse et la luxure soient au nombre des œuvres de la chair, c’est ce qui ne peut être nié même par celui qui est esclave de ces passions. Et, bien qu’on me reproche d’avoir dit dans le livre que j’ai écrit sur la virginité, que les jeunes Allés doivent fuir le vin à l’égal du poison, je ne me repens nullement de cette pensée. G’est bien plutôt l’action du vin que la créature de Dieu que nous avons condamnée, et nous avons refusé cette liberté à la jeune fUle dont le tempérament bouillonne par la chaleur propre à son âge, de pour que, sous lo prétexte de boire modérément, elle ne bût plus qu’il ne le faut, et y trouvât sa perte. Nous savons d’ailleurs que le vin est con¬ sacré au sang de Jésus-Ghrist, et que saint Paul invidum autem et invidiosum hoc interest : quod invidus feliciori invidet ; invidiosus autem is est, qui ab alio patitur invidiam. Quartumdecimum lo- cura inter carnis opéra ebrietàs tenet. Ebriosi quippe regnum Dei non possidebunt. Et Dominus ad dis— cipuîos : « Cavete, » ait, « ne forte grave ntur corda vestra in vino et crapula » Luc xxï, 34. Vino homini sensus evertitur ; pedes corruunt ; mens vacillât; libido succenditur. IJnde Apostolus clamitat :.« Et vi- num in quo est. luxuria Ephes. v, 18. Habet unus¬ quisque suæ sententiæ potestatem. Ego Apostolum sequor : in vino esse luxuriam, in vino ebrietatem. Ebrietatem autem et luxuriam inter carnis opéra numerari, nec ille potest negare qui eisdem passio- nibus vincitur. Et licet me quidam in eo libro, quem de servanda virginitate scripsi, reprehendendum pu-- tent, quod dixerim adolescentulas ita vinum de-t bere fugere ut venenum ; non me sententiæ pœ- nitebit. Opus quippe ibi magis ' vini, quam Dei a nobis creatura damnata est; et licentiam tulimus virgini proprio ætatis calore ferventi,. ne sub occasione parum bibendi, plus biberet et periret. Alioquin sciebamus, et in Ghristi sanguinem vinum 348 SAINT JÉROME reoommande à Timothée de boire un peu de vin. Or, l’ivresse peut être produite tant par le vin que par d’autres espèces de boissons qui sont faites de différentes manières, ce qui expli¬ que ces paroles, dites d’un saint : « Il ne boira ni vin, ni liqueur enivrante » Luc. 3, 15. Le mot latin, sicera, signifie ivresse. Et toute excuse a été ôtée à celui qui, ne buvant pas de vin, croi¬ rait qu’il peut boire autre chose, puisque tout ce qui peut enivrer lui est également interdit. Au quinzième rang, et la dernière des œuvres de la chair, viennent los excès de table. « Le peuple s’assit pour manger et pour boire, et ils se levèrent pour danser » Exod. xxxir, 6. A l'ivresse est toujours jointe la dissolution. Un orateur assez distingué, faisant le portrait d’un ivrogne qu’on réveillait de son sommeil a dit : Il ne pouvait dormir parce qu’on le réveillait, ou veiller parce qu’il était ivre, voulant exprimer par là, que dans un certain sens, il n’était ni parmi les morts, ni parmi les vivants. Il eût été trop long d’énumérer en détail toutes les œuvres de la chair, et de dresser le catalogue entier des vices. Saint Paul a donc tout renfermé dans ces seules paroles : « Et autres crimes sem¬ blables. Et plût à Dieu que nous puissions les fuir aussi facilement que nous les comprenons! » Je vous le déclare, dit l’Apôtre, comme je vous l’ai déjà dit, que ceux qui commettent ces crimes, ne pos¬ séderont point le royaume de Dieu. » Et il avait consecrari; et Timotheo vinum ut biberet, impera- tum. Ebrietas autem tam ex vino quam ex cæteris bibendi generibus, quee vario modo conficiuntur, potest accidere; ex quo et de sanct > dicitur : « Vinum et siceram non bibet, » Luc i, 15. Sicera interpretatur « ebrietas. » Et ne quis vinum non bibens, aliud sibi putaret bidendum, exclusa causatio est; dum omne quod inebriare potest, cum vino pariter aufertur. Quintadeeima, quæ et exlrema inter carnis opéra, comessatio est. « Manducavit quippe populus et bibit, et surrexerunt ludere, » Exod. xxxii, 6. Semper ebrie- tati juncta luxuria est. Pulchre quidam non ignobi- lis orator, cum ebrium de somno describeret exci- tatum, ait : « Nec dovmire exûtatus, nec vigilare ebrius poterat. » Qua sententia expressif, quodam- modo nec mortuum eum fuisse nec vivum. Longum erat universa carnis opéra replicare, et catalogum facere vitiorum, Uno igitur omni^ sermone conclu- sit dicens :« et his similia, » Quæ utinam tam facile vitare possemus, quam facile intelligimus. « Prædico, » inquit, « vobis sicut prædixi, quoniam qui talia agunt dit dans une épître précédente ; « Que le péché ne règne point dans votre corps mortel, en sorte que vous obéissiez à ses convoitises »' Rom . v/, 12. Le péché revêt toutes ces formes, que nous avons cherché à distinguer beaucoup plus longuement qu’il n’aurait fallu. Donc, le royaume de Dieu ne peut s’établir dans une âme où règne le péché. « Car, quel lien peut-il y avoir1 entre la justice et l’iniquité? quelle union entre la lumière et les ténèbres? quel accord entre Jésus-Christ et Bélial? » II Cor. vr, 14, 15. Et nous croyons pouvoir nous assurer le royaume de Dieu, si nous sommes exempts de la fornica¬ tion, de l’idolâtrie, des empoisonnements. Mais voici que les inimitiés, les animosités, les que¬ relles, la colère, les divisions, l’ivresse elle-même et d’autres crimes, que nous regardons comme légers, nous excluent du royaume de Dieu. Et peu importe qu’on soit exclu de la béatitude par un seul, ou par plusieurs de ces crimes, puisque tous sont une cause d’exclusion. Dans les ma¬ nuscrits latins, l’adultère, l’impudicité etl’homi- , eide se trouvent placés dans le catalogue des vices. Mais nous devons nous en tenir aux quinze œuvres de la chair énumérées par PApôtre et que nous avons expliquées. « Mais les fruits de l’esprit sont la charité, la joie, la paix, la patience, la bénignité* la bonté, la longanimité, la douceur, la foi, la modestie, la continence, il n’y a point de loi regnum Dei non consequentur. « Ubi ante prædixerat : « Non regnet, » inquit, « pecSftbm in mort ali vestro corpore, ad obediendum desideriis ejus » Rom. vi, 12. Peccatum omnes istas species habet, in quibus" nunc discriminandis plus forsitan quain oportuit, immo- rati sumus. Ergo in anima, in qua peccatum regna- verit, non potest Dei régna re .regnum. « Quæ enim participatio justitiæ et iniquitati? quæ communicatio luoi ad tenebras? qui consensus Christo et Belial, » Il Cor. vi, 14, 15? Et putamus nos regnum Dèi consequi, si a fornicatione, idololatria, et venefi- ciis immunes simns. Ecce inimicitiæ, contentio, ira, vixa, dissensio, ebrietas quoque, et cætera quæ parva arbitramur, excludent nos a regno Dei. Nec refer t uno quis a beatitudine excludalur, an plu- ribus, cuin omnia similiter excludant. In Latinis co- dicibus adulterium quoque, et impudicitia, et ho- micidia, in hoc catalogo vitiorum scripta referuntur. Sed sciendum non plus quam quindecim carnis opéra nominata, de quibus et disseruimus. « Fructus autem spiritus, est charités, gaudiurn. 349 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES contre/ ceux qui vivent de cette sorte. » Quelle autre vertu, parmi les fruits de l’esprit devait tenir le premier rang, si ce n’est la charité, sans laquelle les autres vertus ne sont pas réputées vertus, et de laquelle naissent tous les biehs possibles? Aussi dans la loi comme dans l’Évangile, elle occupe la première place : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de toutes vos forces; et vous aimerez votre prochain comme vous-même » Dent, vi, 5, Matth. xxn, 37. Nous avons indiqué brièvement plus haut, de quels grands biens la charité est la source ; qu’il nous' suffise maintenant de dire en peu de mots, que la charité ne cherche point ses propres intérêts, mais ceux clu prochain, Cor. xrii. Et quelle que soit l’inimitié qu’un homme, par le vice de son cœur, porte à celui dont il est aimé, bien qu’il s’efforce de soulever contre sa tranquillité les flots de la haine, jamais il ne se trouble, jamais il n’estime digne de haine la créature de Dieu; car la charité couvre la multitude des péchés, I Pier, iv, 8. Ces paroles mêmes du Sauveur : « Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un arbre mauvais en produire de bons, me paraissent avoir pour . objet non pas tant les hommes, que pax, longanimitas, benignitas, bonitas, ficles, man¬ suétude), continentia, ad ver sus hujusmedi non est Lex. » Et quæ alia inter fructus spiritus debuit tenere priinatnm nisi charitas, sine qua virtutes, cæteræ non repu tan tu r esse virtutes, et ex qua nasenntur universa quæ hona sunt? Siquidem et in Lége, et in Evangelia ipsa obtinet principatum : « Diliges Domi- num Deum tuum ex toto corde tuo, et ex tota anima tua, et ex tota virtute tua, et diliges proximum tuum sicut teipsum » Dsut. vt, 5; Malt, xxn., 37. Quantis bonis referta sit charitas, et supra breviter per- strinximus, et nunc vel parum dixisse sufïïciat ; quod dilectio non quærit quæ sua sunt, sed quæ aliéna I. Cor. xiii. Et quamvis suo quis vitio inimicus sit 'diligenti, et tranquillitatem ejus ad odiorum fluctus concitare nitatur; tamen ^ numquam ille turbatur; numquom creaturam Dei odio digrlam æstimat. Cha¬ ntas enim operit multitudinem peccatorum I Petr. iv, .8, ïllud quoque quod a Salvatore dicitur : « Non potest arbor bona fructus afiferre malos; neque arbor les fruits de la chair et de l’esprit ; car l’esprit ne peut jamais se rendre coupable des vices qui sont énumérés parmi les œuvres de Ja chair, ni la chair produire avec abondance les fruits qui naissent de l’esprit. 11 peut cependant arriver que, par la négligence de celui qui a le don de l’esprit, cot esprit qui est en lui ne produise pas ses fruits, et que d’un autre côté, la chair mortifiant ses œuvres, cesse de pécher. Toute¬ fois, l’un et l’autre ne vont jamais jusqu’à ce point que l’arbre négligé de l’esprit se couvre des fruits de l’esprit, et que l’arbre cultivé de la chair produise des fruits spirituels. Au second rang des fruits spirituels, se trouve placée la joie que les stoïciens, par une distinction trop subtile des mots, pensent être différente de la joie qui éclate au dehors, en latin lætitia. La joie, disent-ils, est un mouvement de l’ame, qui se réjouit dans les choses qui en sont dignes. L’allégresse au contraire, est un mouvement déréglé de l’âme qui ne connaît point de bornes et qui se réjouit même des choses où le vice à quelque part. Les autres, au contraire, font consister la volupté de la joie, non dans le mouvement de l’âme qui excite le corps au mauvais plaisir, flatte les sens et les séduit par un charme plein de douceur; mais dans cet maia, fructus afferre bonos » Matt. vit, 18, non tain de hominibus, quam de fructibus carnis et spiritus, arbitror pronuntiatum ; quia nec spiritus umquam potest ea vitia, quæ in carnis operibus numerata sunt, facere; nec caro his fructibus qui oriuntur ex spiritu redundare potest. Potest autem fieri per negli- gentiam possidentis, ut spiritus qui versatur in homme, fructus non habeat suos; et econtrario caro operi- bus suis mortificatis, peccare désistât. Non tamen illo usque procèdent, ut et negîecta arbor spiritus, opéra carnis afferat, et arbor carnis exculta, fructus germinet spirituales. In secundo spiritualium fru- ctuum loco, gaudium positum est; quod Stoici quo¬ que qui distinguunt inter verba subtilius (1)' aliud quid esse æstiwant qnam lætitiam. Gaudium quippe, esse, aiunt elationem animi super his quæ diena sunt exsultantis : Lætitiam vero effrenatam animi elationem, quæ modum nesciat, et in his quo¬ que quæ vitio sint mixta, lætetur. Alii e regione gaudii voluptatem ponunt : non hanc quæ corpus ad (1) Conferendus Cicero, qui e Stoicoriïm ore loqaitur lib. iv Qucest. Tusculan, idemquo inter gaudium, ac lætitiam discrimen ponit. Lactan- tius qüoque lib. vi Divin. Instiiui. cap. 11 : Lætitia, inquit, nihil est quam profusum gaudium. Vide, si lubet, et Cælium Rhodiginumlib. y, oap, 33. Ciceronis locus, cum ratiom animus movetur placide, atque constater, tum Üluâ gaudium dicitur : cum autem et inaniter et effm uiuniM exmltat, tum illal&titiu, gestiem vel nimia dici potest, Ed. Mig, 350 , SAINT autre mouvement qui lui est semblable, qui, sans aucune modération, sans aucune décence, fait élever la voix dans le rire. Si cette explica¬ tion est vraie, si cette distinction entre les deux termes n’induit en erreur ni ceux qui la donnent, ni ceux qui la reçoivent, considérons si ce n’est pas pour cela qu’il est écrit: « La joie (gaudere) n’est pas pour les impies, « Isaî , lvii, 21. Il faut encore remarquer que la joie vient à la suite de la charité. En effet, celui qui aime quelqu’un, se réjouit toujours du bonheur de celui qu’il aime. Et s’il le voit victime de quelque erreur, et tomber sur le terrain glissant du péché, il s’en attristera, et s’empressera de le tirer du danger, mais il ne pourra changer sa joie en tristesse, parce qu’il sait qu’aucuno des créatures raison¬ nables ne peut périr pour toujours aux yeux de Dieu (1). Le troisième fruit de l’esprit est la paix d’où Salomon, qui a été la figure du Christ, a tiré son nom. Le Psalmiste chante aussi de l’Église : « Sa demeure a été établie dans la paix, » Ps. lxxv, 2. Et parmi les huit béatitudes de l’Évangile, nous lisons : « Bienheureux les ■ pacifiques, parce qu’ils seront appelés les fils de Dieu » Matth . v, 9. Nous chantons encore dans le premier psaume des degrés : « Avec ceux qui haïssaient la paix, j’étais pacifique, » Ps. cix, 6. Et ne croyons pas que nous devions seulement libidinem concitat, titillât sensus, dulci blanditur affectu; sed alium huic b|jupvu|jt,ov, quæ sine înodera- tione, et ullo décoré lætitiæ, in risu exalta t vocem suam. Quod si ver uni est, et eorum inter verba di- stinctio non fallit et fallitur, consideremus ne forsi- tan idcirco sit dictum : « Non est gaudere impiis, dicit Dominus » Isai. lvii, 21. Simul autem et iilud notan- dum, quod post dilectionem, gaudium sequitur. Qui enim diligit quempiam, semper in ejus felicitate læ- tatur. Et si eum viderit aliquo errore deceptum, et peccatorum lubrico concidisse, dolehit quidem, et eruere festinabit; sed non poterit gaudium mutare tristitia, sciens nullam rationabilium creaturarum apud Deum perire perpetuo. Tertius fructus spiri- tus, est pax, a qua Salomon quoque qui in typo Ghri- sti præcessit, nomen accepit. Et de Ecclesia Psalmi- sta canit : « Factus est in pace locus ejus » Ps. lxxv, 2. Et inter octo Evangelii benedictiones scribitur : « Beati pacifici, quoniam filii Dei vocabuntur » Mail . v, 9. In primo etiam graduum psalmo cantatur : « Cuni JÉROME chercher la paix, qui se borne à éviter des con-r testations; alors seulement, la paix de Jésus- Christ, c’est-à-dire notre héritage, est avec nous si l’âme calme, et tranquille n’est troublée par aucune passion. Après la paix vient la longani¬ mité, ou la patience, . car nous pouvons donner ce double sens au mot grec p.axpoôufj(Yav. A cette vertu est opposée la pusillanimité, dont il est écrit : « L’homme pusillanime est grande¬ ment insensé, mais celui qui est patient, qui supporte tout est vraiment sage » Ecclè . vu. Et il est appelé souverainement sage, avec un terme ampli ficatif, comme il est écrit aussi dans ' les Proverbes : « L’homme patient est doué d’une grande sagesse » Prou, xiv, 29. La béni gnité ou l’amabilité; car le mot grec exprimo les deux idées, est une vertu pleine de douceur, de charme et de tranquillité, prête à ■ vivre en harmonie avec tous les bons, les attife rant dans son intimité, par la douceur de ses paroles et la régularité de sa conduite. Les Stoïciens la définissent ainsi : La bénignité est une vertu qui se porte d’elle-même à faire le bien. La bonté ne diffère pas sensiblement de la bénignité, parce qu’el le-môme est toujours prête à faire le bien. Elle en diffère cependant en ce que la bonté peut avoir 1 une apparence triste, porter sur le front l’indice d’une, his qui oderunt pacem, eram pacifions » Ps. cxix. 6; Nec putemus pacem tantum in eo esse quærendam, si cum alio non jurgemur ; sed tune pax Chi'isti, hoc est, hæreditas nostra nobiscum est, si tranquüja mens nullis passionis perturbetur. Post pacem se¬ quitur longanimitas, sive patientia; quia ntroque modo fjuxxpoQujJuav possumus interpretari. Huic contraria est pusiilanimitas, de qua scribitur : « Pusillani- mus vehementer insipiens, qui vero patiens est, et uni- versa sustentât, vir sapiens » Ecole. vii. Et cum Itci- Tacei « multum sapiens » appel latur, ut in Proverbiis quoque scriptum est : « Longanimus vir, multus in pru- dentia » Prov. xiv, 29. Benignitas etiam sive suavi- tas, quia apud Græcos ^p7|ÇT'ÎT7|ç utrumque sonat,: virtus est Ienis, blanda, tranquiHa, et omnium bb- norum apta cohsortio, invitons ad familiaritatem sui, dulci s alloquio, moribus tempe rata. Demque et hanc Stoici ita dqfiniunt : Benignitas est virtus sponte ad bene faciendum exposita. Non multum bonitas a benignitate diversa est; quia et ipsa (■J) Cotte pensée do saint Jérôme, prise absolument, n'est pas conforme à l'exacte vérité. II ost malheureusement dos Créatures raisonnables qui sont perdues sans retour et pour jamais. (Note du traducteur), , * % / COMMENTAIRES SUR L’I grand© sévérité do mœurs, et tout en é+ant disposée à bien faire et à donner ce qu’on lui demande, n’avoir cependant point un commerce affable, et n’attirer personne par la douceur de ses manières. Les sectateurs de Zénon en don¬ nent cette définition : La bonté est une vertu qui est utile, ou bien une vertu dont naît ce qui est utile; ou encore une vertu qui existe pour elle-même, ou un sentiment qui est la source de tous les avantages. Parmi les fruits de l’esprit, la septième place qui est comme plus consacrée, est donnée à la foi, laquelle ailleurs se trouve placée entre l’espé¬ rance et la charité. Il ne faut pas s’étonner que l’espérance ne soit pas mentionnée dans cette énumération, puisque la foi contient l’objet que nous espérons, et c’est la définition qu’en donne l’Apôtre dans son épître aux hébreux : « La foi est la substance des choses qu’on doit espérer, et la démonstration de celles qu’on ne voit point, >> Hebr . xi, 1. En effet, ce que nous espérons pour l’avenir et que nous n’avons pas encore dans le présent, nous le possédons par la foi,' dans l’espérance d’obtenir un jour ce que nous croyons.' On demande aussi comment la charité est renfermée dans la foi. Celui qui aime, ne se croit jamais lésé, il n’a qu’une pensée, c’est qu’il aime et qu’il est aimé. Mais lorsque la charité disparaît d’un cœur, la foi en disparaît ad benefaciendum videtur exposita. Sed in eo differt, quia pôtest boni tas esse tristior, et fronte severis moribus irrugata, bene quidem facere et præstare quod ppscitur ; non tariien suavis esse consortio, et sua cunctos invitare dulcedine. Hanc quoque secta- tores Zenonis ita dêfiniunt : Bonitas est virtus quæ prodest; sive, virtus ex qua oritur utilitas; aut, virtus propter semetipsam; aut aflectus qni fons sit utilitatum. Inter fructus spiritus, septimum et sacratiorem locum fides possidet, quæ eLiam alibi inter très po- ïiitur : spes, fides, charitas. Nec mirum si spes in hoc catalogo non referatur ; cnm in fide sit quod speratur; et ita eam Apostolus ad Iiebræos scribens definiat : « Est autem fides sperandarum substantia re- rum, argumenlum necdum apparentium » Hebr. xi, 1. Siquidem id quod speramus esse venturum, et nec- dùm est in præsenti, fide possidemus, sperantes nos tenere quod credimus. Quæritur quoque quomodo fides in charitate sit posita. Qui diligit, numquam 5Q lædi æstimat ; numquam a-lmd nisi quod diligit et diligitur, ■ Buspioatur. Gum autem diîectio pro- iPITRE AUX CALATES 351 également. Après la foi vient la douceur, qui est contraire aux animosités, aux disputes, aux divisions; elle ne se laisse jamais entraîner à des actes contrairôs à sa nature, et fait toujours naître de bons fruits du bon arbre de l’esprit. C’est cette vertu, qui valut à Moïse, serviteur de Dieu, ce témoignage de la sainte Écriture : « Moïse étaft un homme très doux, au-dessus de tous les hommes qui étaient sur la terre » Nomb . xn, 3. Sur la terre, est-il dit, car il ne pouvait être au-dessus de ceux qui voient Dieu face à face; parce que nous sommes souvent entraînés par l’infirmité de la chair à bien des actes répréhensibles. .L’Esprit-Saint parlant de David, bien que plusieurs interprètes appliquent cette prophétie à Notre-Seigneur, chante en premier lieu celui qui devait venir : « Seigneur, souvenez-vous de David et de toute sa douceur » Ps. cv. 1. C’est surtout à l’égard de Saül, d’Àb- salon, de Sémé'ï qu’il fit preuve de cette douceur II Rois, xv, lorsque le premier voulait le mettre à mort, que le second rêvant un nouvel ordre de choses, s’efforçait de le dépouiller de la royauté, et que Seméï, lui jetant des pierres et soulevant des nuages de poussière, lui criait : « Sors, sors homme d’iniquité » Ibid . xvi, 7. La continence vient la dernière parmi les fruits de l’esprit. Nous ne devons pas restreindre l’exercice de cette vertu à la chasteté, mais cul abfuerit, et fides pariter abscedit. Post fulem mansuetudo numeratur, quæ adversa est iræ, rixis, dissensionibus ; et numquam ad sui contraria pro- vocatur, vere de bona spiritus arbore, bonos fructus egerminans. Per hanc famulus Dei Moyses, testi- monium Scriptnræ meruit accipere, dicentis : « Moyses mansuetus erat, plusquam omnes homines super terrain » Hum. xii, 3. Super terrain, inquit. Super eos enim qui facie ad faciem Deum videbant, esse non pote- rat ; quia multa sæpe corapellimur per carnis facere infirmitatem. De David quoque, licet multi de Do¬ mino nostro æstiment prophetatum, quod nos etiam non negamus, Spiritus sanctus in typo venturi ca- nit : « Memento, Domino, David, et omnis mansuetudi- nis èjus » Ps. cv, 1. Cujus mansuetudo adversus Saul, Absalon, et Semei, vel maxime claruit I Reg. xxiv : II Reg.'xvî Cum alius eum vellet occidere ; alius res novas molitus, fraudare imperio niteretur; alius lapides . in eum jaciens, et pulverem ventilans, clamaret et diceret : « Egredere, égredere, vir inique » Ibid,, xvi, 7. Ex tréma continentia in fructibus spiritus collocatur, Quam non fiolunr in castit'ate debemus acoipere, sed 352 SAINT l’étendre au boire, au manger, à la colère, aux troubles de l’esprit, et au vice de la médisance. Or, voici la différence qui existe entre la mo¬ destie et la continence. La modestie ne se rencontre que dans les hommes parfaits et d’une vertu consommée, dont le Sauveur a dit : « Heuroux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre » Matth. v, 4; comme il a dit de lui-même : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » Matth . xr, 29. La continence au contraire, est encore dans la voie de la vertu, mais elle n’est pas encore parvenue au sommet, parce qu’il s’élève encore dans l’ame de celui qui cherche à se contenir des convoitises qui souillent la partie principale de l’âme, bien qu’elles ne puissent en triompher, ni faire que la pensée aille jusqu’à la consom¬ mation de l’acte. Or, la continence n’est pas seulement nécessaire contre les désirs et les convoitises, mais contre les trois autres passions qui troublent l’âme, la douleur, la joie et la crainte. « Il n’y a point de loi contre ceux qui vivent de cette sorte, car ce n’est point pour le juste que la loi est établie, mais pour les injustes, les rebelles, les impies et les pécheurs » I Tim._ i, 9. La loi me dit : « Vous ne commet¬ trez point d’adultère, vous ne tuerez point, vous ne ferez point de faux témoignage, Vous ne frauderez point, vous ne convoiterez point le bien d’autrui, vous ne vous parjurerez point, vous ne déroberez point, » Exod . xx, 12 et etiam in cibo et potu, in ira quoque et vexaLione mentis, et detrahendi libidine. Inter modestiam autem et continentiam hoc interest, quod modestia in viris perfectis est, consummatæque virtutis, de quibus Salvator ait : « Beati mites, quoniam ipsi povsidebunt terram » Matth. v, 4. Et de seipso : « Discite a me, quoniam mitissum, et humilis, et mansuetus corde » Matth . xi. 29. Contiuentia vero in via quidem virtutis est, sed necdum pervenit ad calcem ; quia cupiditates adhuc in ejus qui se continet, cogitatione nascuntur, et mentis polluunt principale, licet non superent, nec ad opus pertrahant cogita ntem. Non solum autem in desideriis et cupiditate continentia necessaria est, sed etiam in tribus reliquis perturbationibus, dolore scilicet, lætitia et 'timoré. Adversus hnjusmodi fructus spiritus, non est Lex. « Justo quippe Lex non est posita; ipiquis autem et non subjectis, impiis et peccatoribus » I Tint. i, 9. Lèx mihi dicit : « Non adulterahis; non occides, non falsum testimonium dices; non fraudabis ; non deside- yabis aliéna; non perjurabis; non . furaberis » Ecood. . JÉROME suivants. Si je n’accomplis point ces commande¬ ments sous l’empire de la charité de l’esprit qui produit en moi ses fruits, les commandements de la loi sont superflus pour nous. Enfin les sages du monde ont de la philosophie cette haute idée, qu’elle persuade de faire par la volonté, ce que les lois publiques forcent les autres hommes de faire par nécessité. « Or, ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs déréglés. » Origène rattachant ce verset à ce qui précède, lit ainsi : il n’y a point de loi pour ceux qui vivent de la sorte, qui ont crucifié la chair de Jésus-Christ avec leurs passions et leurs désirs déréglés. » Cette variante ne donne, plus le sens du latin, d’après laquelle l’Apôtre dit : « Ceux qui appartiennent à Jésus-Christel ont crucifié leur chair avec ses passions et ses 1 désirs déréglés; mais celui-ci : que la chair de Jésus-Christ est crucifiée par eux avec leurs passions et leurs convoitises mauvaises. Et Origène se demande comment le crucifiement de la chair de Jésus-Christ soit - un objet de louange pour ceux qui ont les fruits de l’esprit, et contre lesquels la loi a cessé d’exister, alors, que le même apôtre en fait’ un crime aux hébreux : « crucifiant de nouveau en eux-mêmes le Fils -de Dieu et l’exposant à l’ignominie, » Hebr . vu, 6. A la place des autres « crucifiant de nouveau » le texte grec à l’avantage de n’employer qu’un seul mot àvwrraupoîJvTeç que xx, 12 seqq ; si hcec omnia, fructu in me spiritus chari- tate régnante, non facio, superflua mihi sunt praocepta Legis. Denique et sapientes mundi ,de pbilosophia sic opinati sunt, ut quod leges publicæ facere homines: necessitate compellunt, boc ilia .persuadeat fiéri voluntate. « Qui autem sunt Christi, carnem cruciâxerunt cum vitiis concupiscentiis. » Origeneshunc locurn superiori- bus nectens, ita legit : « Adversus hujusmodi non est Lex, qui Christi carnem crucifixerunt cum vitiis et- concupiscentiis; » ut non sicut in Latino sonat, eos qui Christi sunt, carnem snam dicat crueifixisse cum vitiis et concupiscentiis; sed Christi carnem ab his cum vitiis et concupiscentiis crucifixam. Et quserït quomodo in his qui fructus spiritus habeant, et adverSum quos Lex esse cessavit, crucifixio carnis Dominicge ponatur in laude* cum ad Hebraeos in vituperatione sit positum : (,< Rursum crucifigentes in semetipsis Filium Dei, et osteritui habentes » Hebv.-vi, (h Pro « rursus crucifigentes, melius unum verbum com positum in Gi’oeco estj 353 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GATATES nous pourrions traduire en latin par « rocruci- figentes. » Il nous faut donc remarquer d’abord que crucifier est tout différent de crucifier do nouveau. En second lieu, ce n’est pas la même chose de crucifier de nouveau le Fils de Dieu, et de crucifier la chair de Jésus-Christ avec ses passions et ses désirs déréglés. En effet, la chair de Jésus-Christ n’est pas principa¬ lement et proprement le Fils de Dieu. Le Fils de Dieu, c’est Jésus-Christ qui était dès le com¬ mencement dans le Père, le Verbe Dieu qui s’ost fait chair, s’est anéanti lui-même, a pris la forme d’esclave pour crucifier la chair, dé¬ pouiller les principautés et les puissances, triomphant d’elles sur le bois de la croix Philip . ir, Coloss. n, et accomplissant ainsi ces paroles de l'Apôtre : « Car mort pour le péché, il est mort seulement une fois, » Rom. vr, 10. Si donc nos corps sont les membres de Jésus- Christ, par une conséquence nécessaire, notre chair est la chair de Jésus-Christ que nous crucifions, en mortifiant par elle sur la terre, la fornication, l’impureté, les convoitises, les mauvais désirs et l’avarice; et c’est pour nous un sujet de louange de crucifier ainsi la chair de Jésus-Christ avec nos passions et nos désirs déréglés, et de porter la mortification de Jésus- Christ dans notre corps pour que la vie de Jésus soit manifestée dans notre chair mortelle. Car c’est ainsi que nos corps mortels mériteront àvacTaupoimeg, quod nos interpretari poseumus, « recrucifigentes. » Primum ergo notandum quod aliud eit crucifigere, aliud recrucifigere. Deinde quia non id ipsum sit recrucifigere Fil i uni Dei, et crucifigere carneni Christ! cum vitiis et concupiscentiis. Garo quippo Christi non principaliter, et proprie Filius Dei est, sed Jésus Ghristus, qui cum esset in principio apud Patrem, Verbum Deus caro factus est, et seipsum exinan ivit, formam servi accipiens, ut crucifigeret carnem, et despoliaret principatus et potestates, triumplians de eis in ligno Philip . n, ut compleretur illud Apostoli : « Quod enim mortuus est, peccato, mortuus est semel » Rom. yi, 10. Igitur si corpora nostra raembra sunt Christi, consequenter et caro nostra caro Christi est, quam cruciligimus, mortiûcantes per eam super terram, fornicationem, immunditiam, passionem, desiderium ma- lum, et avaritiam ; et de nobis in laude nunc ponitur, qui Christi Jesu carnem crucifixerunt cum vitiis et concupiscentiis, et semper mortificationem Jesu circuin- ferimus in corpore nostro, ut et vita ejus manifestetur in carne nostra. Non modici autem laboris est, sic in prsesenti sseoulo vivere, ut jam nunc vita Jesu manifex- Tom,. x. d’être vivifiés par l’Esprit qui habite en nous. Où lo traducteur latin a mis lo mot vitia les vices, on lit dans le grec uaÔrj^aTa, c’est-à-dire les passions. Et comme la passion peut à la fois signifier la douleur et les autres nécessités de notre faible corps, l’Apôtre prend soin d’ajouter « et les désirs » afin de bien établir que ce n’est point la nature même du corps qu’il nie dans les hommes spirituels, mais les vices de cette nature. Mais il doit être bien entendu que si nous lisons : Ceux qui appartiennent à Jésus- Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses désirs déréglés, ce n’est plus la chair de Jésus-Christ, mais leur propre chair que nous disons être crucifiée. J’ai presque oublié la seconde interprétation. J’avais dit d’abord que tout cô qui suit devait se rapporter à la loi et à la circoncision; voici quel serait alors le sens; ceux qui ont on eux les fruits de l’esprit, la charité, la joie et les autres crucifient l’intel¬ ligence matérielle de l’Écriture maintenant appelée la chair de Jésus-Christ, avec ses passions et ses désirs déréglés qui sont autant do foyers do vices dans les petits, et dans ceux qui sont encore allaités. Celui-là crucifie la chair de Jésus-Christ qui ne combat point selon le sens historique et charnel, mais qui suit do préférence et prend pour guide le sens spirituel et allégorique. tetur in came nostra. Ita enim vivificabuntur et mortalia corpora nostra per inhabitantem in nobis spiritnm. Ubi Latinus interpres « vitia » posait, in Græco 7ca6Vjy.aTa id est, « passiones » leguntur. Et quia passio potest et dolorem, et cæteras nécessitâtes significare corpusculi, caute Apostolus intulit « deside- ria ; » ut non naturam corporis videretar in spirituali- bus viris negare, sed vitia. Et hoc ita admonitum sit, si Vulgatam editionem sequimur, legentes : « Qui autem sunt Christ! carnem crucifixerunt cum vitiis et concupis¬ centiis; » ut non carnem Christi, sed suam eos crucifi- xisse dicamus. Pene oblitus sum interpretationis secun- dæ. Prædixeram enim omnia quæ sequuntur ad Legem, et ad circumcisionem esse referëndâ. Sensus itaqne iste est : In qui b us est fructus spiritus, charitas, gaudium, ô reliqua,hi corpoream Scrîptune inteliigentiam, quæ nunc caro Christi appellatur, crucifixerunt cum passionibus ejus et desideriis, quæ générant parvulis atque lactenti- bus fomenta vitiorum. Grucifixit Christi carnem, qui non juxta carnem historiæ militât, sed spiritum allegoriæ eequitur præviantem. ' 2d 354 SAINT JEROME « Si nous vivons par l’esprit, marchons aussi par l’esprit. » Servons-nous de ce témoignage contre ceux, qui ne veulent pas entendre les Écritures dans un sens spirituel. Quel est celui qui vit par l’esprit, si ce n’est cet homme caché dont nous avons parlé qui vit aussi quelquefois selon la chair? Mais lorsqu’il vit par l’esprit, il marche aussi dans l’esprit. Lorsqu’il veut suivre les voies de la chair, il est mort tout vivant. L’homme parfait en Jésus-Christ, vit toujours dans l’esprit, et obéit à l’esprit et ne vit jamais selon les inspirations de la chair. Au contraire, celui qui s’abandonne tout entier à la chair, et se rend l’esclave de ses passions ne vit jamais dans l’esprit. Il en est. qui tiennent le milieu entre ces deux classes d’hommes, et que nous ne pouvons appeler ni charnels, ni spirituels. Ce sont ceux qui flottant entre les vices et les vertus tantôt sont entraînés vers le bien, et ils sont alors esprit, tantôt se laissent tomber' sur le terrain glissant de la chair et alors ils sont chair. « Ne soyons pas amateurs de la vaine gloire, nous provoquant les uns les autres, envieux les uns des autres. » L’interprète latin a traduit par une périphrase de trois mots le mot unique x£vctèoî; vel * vacuse glorise cupidi » nos eos asseramus plense affirmons que ceux-là recherchent la gloire qui est pleine qui désirent la gloire de Dieu, . la louange digne de la vertu, et un spectacle qui leur montre quelque chose de divin, Aussi, dans la plupart des endroits, nos interprètes ont traduit lé mot gloire par celui de majesté. Je désir© maintenant donner un libre cours à mes paroles, mais je suis retenu par la crainte. Je parlerai cependant et je no dissimulerai pas la passion dont mon âme est possédée, passion presque commune et qui a pour objet, non les richesses, non la puissance, non la beauté et les agréments extérieurs du corps, car toutes ces choses ont leur place parmi les œuvres de la chair. L’aumône si on la fait pour s’attirer des louanges, est une vaine gloire, il en est de même des longues prières, de la pâleur produite par le joûno. Ce ne sont pas mes paroles, mais celles du Sauveur qui tonne dans l’Évangile contre la fausse gloire, Matth. vi. La chasteté elle-même, dans l’état du mariage, de la vi¬ duité, de la virginité, cherche souvent les applaudissements des hommes, et ce que je crains de dire et qu’il faut pourtant que je dise, le martyre lui-même, si nous le souffrons pour exciter l’admiration et obtenir les louanges de nos frères, nous fait répandre inutilement notre sang. Écoutons l’Apôtre, écoutons ce que dit le vase d’élection : « Si je livre mon corps on vue de la gloire, et que je n’aie pas la charité, cela ne me sert do rien, > I Cor . xm, 3. A celui qui gloriao esse cupidos, qui gloriam Dei desiderant, et laudem virtute condignam, et aspectum divinius aliquid ostendentem. Unde et in plerisque locis, nostri « majes- tatem » pro gloria transtulerunt. Jam dudum cupio in verba prorumpere, sed teneor timoré dïcendi. Dicam tamen, nec tacebo passionem moam, passionem peno communem, non de divitiis, non de poteutia, non de pulchritudine, et corporum venustate; hæc enim mani¬ feste inter carnis opéra nominantur. Eleemosyna si ob laudem fiat, inanis est .gloria; longa oratio, pallor ex jejunio sequens. Non mea sunt verba, sed Salvatoris in Evangelio per to nantis Matth. vi. Ipsa quoque castitas in matrimonio, viduitate, virginibus, sæpe plausum quærit humanum ; et quod dudum timeo dicere, sed dicendum est, martyrium ipsum, si ideo fiat ut admira- tioni et laudi habeamur a fratribus, frustra sanguis effusus est. Loquatur Apostolus, loquatur electionis vas : « Si tradidero corpus meum, ut glorier, charitatem autem non habeam, nihil mihi prodest » I Cor. xm, 3. qui dixerat : « Scio hominem in Gbristn, ante annoS SAINT JEROME avait dit : « Je connais un hjomme en Jésus- Christ, qui fut ravi, il y a quatorze ans, jusqu’au troisième ciel; si ce fut avec son corps ou sans son corps, je no le sais pas, Dieu le sait, » II, Cor, xii, 2; et un pou après : Il fut reçu dans le paradis, et il entendit des paroles mystérieuses, qu’il n’est pas permis à un homme de rapporter, » à celui dis-je qui a travaillé plus que les autres ; de pour que la grandeur de ses révélations ne lui cause de l’orgueil, il a été donné l’aiguillon de la chair, l’ange de Satan, pour Je souffleter, et réprimer tout sen¬ timent de vaine gloire. Il pria trois fois le Seigneur, il est vrai, de l’éloigner de lui, mais il lui fut répondu : « Ma grâce te suffit, car la force se perfectionne dans l’infirmité. » Est-il une œuvre qui soit plus l’œuvre de Dieu, que de lire les Écritures, que de prêcher dans l’Église, que de désirer le sacerdoce, que de s’appliquer au service de l’autel du Seigneur. Et cependant toutes ces choses, si l’on ne guide son cœur avec des précautions infinies, naissent du désir des louanges. Vous verroz, dit Cicéron, un grand nombre d’auteurs écrire des traités sur le mépris de la gloire et par un désir de vaine gloire, étaler en commençant leurs noms et leurs titres. Nous interprétons les Écritures, nous, effaçons souvent ce que nous avons écrit, nous écrivons ce que nous croyons digne d’ètre lu, et si nous faisons tout cela non pour Jésus- quatuordecim, sive in corpore, nescio, sive extra corpus, nescio, Deus soit, raptum usque ad tertium cœlum » II Cor. xii, 2. Etpost modicum : « Raptus in paradi- sum, audivit arcana verba, quæ non licet homini loqui ; » illi, inquam qui plus omnibus laboravit, ne magnitudo revelationum extolleret eum, datas est stimulus carnis ejus, angélus Satanæ, qui eum colaphizaret, ut non toi— leretur. Et certe ter Dominum rogavit ut discederet ab eo; sed dictum est ei : « Sufficit tibi gratia mea ; yirtus enirn in infirmitate perficitur. » Quid tam Dei opus est, quam Scripturas legere, in Ecclesia prcedicare, sacerdo- tium cupere, ante altare Domini ministrare? Sed et hæc, nisi aliquis omni diligentia custodierit cor suum, de cupiditate laudis oriuntur. Videas plero^que (quod etiam Tullius ait) libros suos de contemnenda gloria inscribere, et causa gloriæ, proprii nominis titulos prænotare. Interpretamur Scripturas ; sæpe vertimus stylum ; quse dignà lectione sunt, scribinms; et nisi Christi causa fiant, sed mémorisé in posteros, et famæ in populos, totus labor irrifcus fiet ; et erimus quasi tympanurn sonans, et cymbalum cou- Christ, mais pour léguer notre mémoire à la postérité, et jouir d’une certaine réputation parmi les peuples, tout notre travail est perdu, et \ nous ne serons plus qu’un airain sonnant et une cymbale retentissante, I Cor, xnr. Vous voyez la plupart disputer sur les Écritures, et faire de la parole de Dieu une arène de lutteurs, ils se provoquent mutuellement, et s’ils sont vaincus, ils sont dévorés par l’envie, tant ils sont pas¬ sionnés pour la vaine gloire. Je sais que dans les manuscrits latins, le témoignage que nous, avons cité plus haut: « Si je livre mon corps' par amour do la vaine gloire » porte le mot « ardeam » au lieu du verbe glorier; mais c’est , la ressemblance des verbes qui en grec signifient ardeam, et glorier c’est-â-dire xauô^cop.at et xau^vprofxai qui ne diffèrent que par une seule lettre, que Terreur s’est enracinée parmi les nôtres; chez1 les grecs eux-mêmes, les manus* crits sont différents. CHAPITRE IV. « Mes frères, si quelqu’un est tombé par sur¬ prise en quelque péché, vous autres qui êtes, spirituels, ayez soin de le relever dans un esprit de douceur, chacun de vous réfléchissant sur lui-même, et craignant d’être tenté comme lui. » Saint Paul savait que le Dieu qu’il adorait ne voulait pas la mort du pécheur, mais qu’il Tasse pénitence Ezech, xvm, xxm ; et qu'à l’exceptiom crepans I Cor . xm. Videas plerosque de Scriptu- ris inter se contendere ; et athleticum scamma Dei facere sermonem ; invicem provocant, et si. yicti fuerint, invident : inanis quippe gloriæ cupidi sunt. Scio in Latinis codicibus in eo testimonio quod supra posuimus : «, Si tradidero corpus meum ut glorier, ardeam » babere pro « glorier ; » sed ob similitudinem verbi, qua apud Græcos, « ardeam » et « glorier, t> id , est, xauOvjcotxat et xau^coyat una litteræ parte distinguitur, apud nostros error inolevit. Sed et apud ipsos Græcos exemplaria sunt diversa. CAPUT VI. « Fratres, et si præoccupatus fuerit homo in aliquo delicto, vos qui spirituales estis, instruite hujusmodi in spiritu mansuetudinis; considerans teipsùm, ne et tu tenteris. » Sciens Paulus ejns Dei se esse cultorem, qui nollet mortem peccatoris, sed pœnitentiam Ezech. xviii, xxxiii ; et excepta Trinitate, omnem creaturam, licet non peccet, tamen posse peccare; eum quoquo qui spiritualis est, cohortafcur sui thnore ne peccet, manum COMMENTAIRES SUR t do la sainte Trinité, toute créature, bien qu’elle ne pèche pas, peut cependant commettre le péché; il exhorte donc celui qui se conduit par l’esprit à tendre la main à celui qui tombe dans le péché, par la crainte qu’il n’y tombe lui- même. Et voyez avec quelle convenance il dit de cet homme qui peut mourir qu’il est tombé par surprise dans le péché, montrant ainsi la fragilité de sa nature, et combien il est digne de pardon, lui qui est comme un homme entraîné dans l’erreur et tombé dans un abîme dont il ne peut sortir sans aide et sans une main secou- rable. L’Apôtre n’ajoute point le nom d’homihe au mot spirituel, c’est à un Dieu qu’il semble commander d’instruire celui qui est tombé dans le péché par surprise, ou mieux suivant une variante du texte grec, de le conduire à la per¬ fection dans un esprit de douceur. Or, celui que l’on conduit à la perfection, peut manquer encore de quelques vertus, mais tout ne lui fait pas défaut. Enfin, s'il n’est pas tombé dans un grand nombre de péchés, mais qu’il ait été entraîné par surprise dans quelque occasion coupable, il faut que celui qui est spirituel l’amène au bien dans un esprit de douceur et de clémence, qit’il ne s’imagine pas que c'est par la langueur, par la colère ou la tristesse qu’il le fera revenir de son erreur, mais qu’il l’excite en lui donnant Pas urance de son salut, en lui promettant le pardon; qu’il lui rappelle les paroles de Jésus- Christ qui invitait ceux qui étaient courbés sous le pqids de la loi et de leurs péchés à porter son porriiere corruenti. Et pulchre prsaoccupatum in delicto, homme m vocal, qui mori possit; ex ipso nomirle fragilitatem conditions ostendens; ut dignus sit venia,|qui velut homo errore deceptus, et mersus in voragijaém, seipsum sine auxilio, et adjutore erigero non possit. Spirituali autem non additur homo : sed quasi Deo præcipitur, ut hominem præoccupatum in delicto instruat : sive ut melius habetur in Græco per- ficiat il spiritu lenitatis. Qui autem perficitur, non ei desujit universa, sed aliqua. Denique si non peceatis pluribul, sed vitio aliquo præoccupatus erravit; leni- tatis spæitum et mansuetudinis in correctione peccantis spirituaiis adhibeat, ne rigidus, ne iratus et tristis corrigea cupiat errantem ; sed provocet eum, spondens salutemf veniam repromittens : Christi testimonium proférât! quod gravilegis et peccatorum onere depressos, ad jugiin suum suave, et leve invitet onus; ut discant, quia humilis sit et. mitis, et mansuetus corde MaMh. xi, et invennnt requiem animabus 'suis. Utamur lioc testi- .’ÉPlfRÊ AUX GALATES 367 joug qui est doux et son fardeau léger, afin qu’ils apprennent qu’il est doux, clément et humble de cœur, et qu’ils trouveront ainsi le repos de leurs âmes, Matth . xi. Servons-nous de ce témoignage contre les hérétiques, qui, se figurant, contre la vérité, qu’il existe diverses natures, disent que la nature spirituelle est le bon arbre qui ne peut jamais porter de mauvais fruits. Voici que l’Apôtre dont ils admettent eux-mêmes l'autorité affirme que ceux qui sont spirituels peuvent pécher, s’ils se laissent aller à de hautes pensées qui enflent leur cœur et ' sont cause de leur chute. C’est ce que nous admettons nous-mêmes, et aussi que ceux qui sont encore terrestres peuvent devenir spirituels s’ils reviennent à de meilleurs sentiments. On. peut nous objecter ce que l’Apôtre écrit aux Corinthiens : « Que voulez- vous? Irai-je vous j voir là verge à la main, ou que ce soit avec charité et dans un esprit de douceur? » I Cor . iv, 2i. Car, si comme il le dit, il doit venir trou¬ ver les pécheurs, non dans un esprit de dôucour, mais la verge à la main, comment ici veut-il qu’on fasse usage non de la verge, mais de l’esprit de douceur à l’égard de ceux qui sont tombés par surprise dans quelque péché? Mais ce qu’il écrit aux Corinthiens est à l’adresse de ceux qui après avoir péché, ne reconnaissaient pas leur erreur, et par suite ne voulaient point se soumettre à leurs supérieurs et faire péni¬ tence. Mais dès que le pécheur, comprenant la gravité de sa blessure, se met entre les mains monio adversum hæreticos, qui diversarum flngentes fabulas naturarum, aiunt spiritualem, bonam esse arborem, et numquam malos afferre fructus. Ecce Apostolus, cujus et ipsi anctoritatem sequuntur, dicit eos qui spirituales sunt, posse peccare, si per altitu- dinem cordis sui inflentur et corruant. Quod et nos quoque fatemur; et ^oVxoè^ (terrenos), spirituales fieri, si ad meliora revertantur. Opponi nobis potest illud quod ad Gorinthios scribitur : « Quid vultis? ïn virga veniam ad vos, an in charitate, et spiritu mansue¬ tudinis » I Cor. iv, 21 ? Si e-nim ibi ad peccatores, non in spiritu mansuetudinis, sed in virga vendre se dicit : quomodo hic his qui in aliquo peccato præventi fuerint, non virgam adhibet, sed spiritum mansue¬ tudinis ? Verum ibi ad eps dicitur, qui post peccatum non sentientes errorem suum, nolebant majoribus suis subcli, et pœnitentia corrigi. Übi vero poccator intel- ligeiis vulnus suum, tradit medico sa cuvandum, ibi non est virga uecessaria, sed spiritus lenitatis. Sed et 358 SAINT JÉROME du médecin qui doit le guérir, la verge n’est plus nécessaire, l’esprit de douceur suffit. Mais, dira-t-on 'encore, si celui qui est spirituel doit instruire le pécheur dans un esprit de dou¬ ceur, parce qu’il doit réfléchir sur lui-même dans la crainte d’être tenté, donc lo juste qui est sûr de son âme, qui sait qu’il ne peut tomber, ne doit pas instruire la pécheur dans un esprit de douceur. 'Nous répondrons que le juste, fût-il toujours victorieux, sera d'autant plus indulgent pour le pécheur, qu’il sait au prix de quels efforts il a remporté la victoire. Car le Sauveur lui-même a été tenté en tout comme nous, à l’exception du péché, afin qu’il pût compatir à nos misères et s’attrister de nos infirmités, ayant appris par son exemple combien est dif¬ ficile la victoire dans la chair. Si une vierge a persévéré jusqu’à la vieillesse, qu’elle soit indul¬ gente pour colle qui a été entraînée par le feu de la jeunesse, en se rappelant avec quelles diffi¬ cultés elle a traversé cet âge. Si un chrétien, torturé pour la confession du nom de Jésus- Christ, voit un de ses frères renier sa foi au milieu des tourments, qu’il compatisse aux blessures de cet apostat et qu’il soit moins surpris de sa défaite, que de ce que lui-même a été vainqueur. Considérez encore la prudence de l’écrivain sacré, qui n’a pas dit : « Réflé¬ chissant, dans la crainte que vous ne veniez à tomber vous-mêmes, mais dans la crainte que vous ne soyez tentés. » Être vaincu ou victorieux, illud forte quæratur, quod si propterea instruere quis deheat pecoatorem in bpiritu lenitatis : quia consideret se, ne et inse tsntetur; ergo jüstus, qui de sua certus est mente, qui soit non. posse se kbi, non ctebet instrue¬ re peccatorem ’ iû spiriiu lenitatis? Ad quod dicemus, etiamsi vicerit i us tu s, sciens quanto la bore superaverit, magis peccanti veriam largietur. Nam et Salvator prop¬ terea tentatus est, juxta cumin nohis simili ter absque peccato ; ut possit compati, et condolere infivrnitatibus nostris, suo doctes exemplo, ar.am difficilis sifc in. carne Victoria, Si quis virgo acl senectam nsque permanserit; ignoscat ei oui adolescentiæ quondam calcre deceptns est, sciens quantis diffieultatibus illam transierit eetatem. Si quis pro GHristi nominis confessione cruciatus, alimn in tormeiïtis viderit denegare, compatiatur vulneribus negat ris, et non tam ilium victum, quam se vicisse, miretur. Gautelairi quo.crue scribentis attend its, quia non dixerit : « Gonsiderans te, ne tu cadas; » sed, « ne et tutenteris. # Vinci (fuippe vel vincere, nonnumquam in nostra est potestate ; cæterum t en tari* in po testa te ten- est une chose qui est souvent en notre pouvoir; mais il dépend du pouvoir du tentateur de nous soumettre à; la tentation. Car si le Sauveur a voulu être tenté, qui pourra être assuré de tra¬ verser, sans être tenté, la mer orageuse de ce monde? Que ceux qui s’imaginent que c’est par humilité et non selon la vérité que saint Paul a dit ; « Si je suis inhabile par la parole, il n’en est pas de même pour la science » défendent la suite et l’enchaînement de ce passage. Il semble en effet qu’il aurait dû dire : « Vous qui êtes spirituels, instruisez-le dans un esprit de dou¬ ceur, réfléchissant sur vous-mêmes dans }a crainte que vous ne soyez tentés; » et ne poii^t passer du pluriel au singulier. Paul, hébreu nà de parents hébreux, très savant dans la langue\ de sa nation, ne pouvait exprimer dans une langue étrangère, les pensées profondes de, son esprit, et prenait très peu de soin des expres¬ sions, lorsque le sens était en sûreté. Voilà pour la simple explication de ces paroles. Maintenant pour exposer la suite de la seconde interpréta^ tion, il nous faut expliquer ce passage par la fin de l’épître aux Romains. Il y écrivait égale¬ ment sur l’usage des aliments et sur les obser¬ vances légales, et comme ceux qui tenaient peu compte des préceptes do la loi, entendue a la lettre, étaient pour lui les forts et les par fai et qu’il appelait faibles et petits enfants, ceux qui étaient encore conduits par les anciennes Cou¬ tumes, et que par suite, il voyait la division tantis est. Si enim Salvator tentatus est, quis îtatest esse securus intentatum se vitæ hujus maria trapsire? Qui putant Paulum juxta humüitatem, et non vel'e di- xisse : « Et si imperitûs sermone, non tamen scientia, » défendant hujus loci consequentiam. Debuit fjuippe secundurn ordinem dicere : « Vos, qui spiritualej estis, instruite hujusmodi in spiritu lenitatis, considérantes vosmelipsos, ne et vos tentemini; » et non plurali in¬ fer re numerum singularem. Hebrsaus igitur ex Hebræis, et qui esset in vernaculo sermone doctissknus, >rof‘un- dos sensu s aliéna lingua exprimere non valebï t : rïec cui'abat magnopere de verbis, cum sensum haberet in tuto. Hfec secundurn simplicem inteUigentiam. Caterum, ut et secuudæ expositionis ordinem prosequamup, locus iste de Epistolæ ad Romanos fine pandendusjest. Ibi enim cum similiter de escis et observationibus deriberet Judæorum, et eos qui Legis juxta litteram }lræceptà contemnerent, firmos atque perfectos ; illos v£ro, qui adhuc antiqua consuetudine ducebantur, infirrfios par- vulosque narraret, et videret jurgium esse injêr spiri- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES 359 \ régner pàrmi les spirituels et les charnels, il recommande qux spirituels de ne point mépriser ceux qui sont encore charnels : « Soutenez, leur dit-il, celui/qui est ferme dans la loi, sans dis¬ pute d’opii/ions. Car l’un cboit pouvoir manger de toutes lïhoses, et l’autre, au contraire, faible dans la fo i, ne mange que des légumes. » Que j celui £ui mange, ne méprise point celui qui nVS^' manger de tout; et que celui qui ne mange p'^s,. ne condamne point celui qui mange, puis¬ que Dieu l’a fait sien. Qui êtes-vous pour oser aiiii condamner le serviteur d’autrui? S’il ^mbe, ou s’il demeure ferme, cela regarde son îjiaître. Mais il demeurera ferme, Dieu est puis¬ sant pour le soutenir, » Rom. xiv, 1, 8. Et après avoir longuement développé cette pensée, ■il termine en disant : « N’allez pas pour une viande que vous mangerez, détruire l'œuvre de Dieu. » Et encore : « Nous devons, nous, qui sommes plus forts, supporter les faiblesses des infirmes, et ne pas nous plaire à nous-mêmes. Que chacun de vous tache de contenter son pro¬ chain dans ce qui est bon et propre à édifier, » Rom. xv, 1, 2. « Portez les fardeaux les uns des autres, et vcrhs accomplirez ainsi la loi de Jésus-Christ. » Que le péché soit un fardeau, c’est ce qu’atteste le Psalmiste lui-même, lorsqu’il dit : « Mes iniquités se sont élevées au-dessus de ma tôle, et se sont appesanties sur moi comme un poids accablant » Ps . xxxvir, 5. Et le prophète Zacharie vit sous la figure d’une femme, l’iniquité assise sur une masse de plomb, Zach. v. Le Sauveur s’est chargé de ce fardeau pour nous, nous en¬ seignant ainsi par son exemple ce que nous devons faire nous-mêmes. Car lui-même porte le fardeau de nos iniquités, il s’attristo pour nous Isai. lut, et il invité ceux qui sont acca¬ blés sous le lourd fardeau de la loi et de leurs pé¬ chés, à porter le fardeau si léger delà vertu :«car, ajoute-t-il, mou joug est doux, et mon fardeau léger, » Matth. xi, 30. Celui donc qui ne déses¬ père point du salut de son frère, mais tend la main à celui qui implore son appui, pleure avec celui qui pleure, est faible avec les faibles, et regarde les péchés d’autrui comme les siens propres, celui-là accomplit par la charité la loi de Jésus-Christ. Quelle est cette loi de Jésus- Christ? « Le commandement que je vous donne est que vous vous aimiez les uns les autres, » Jean, xm, 34. Quelle est la loi du Fils de Dieu? « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Comment lo Fils de Dieu nous a-t-il aimés? «Personne ne peut témoigner un plus grand amour qu’en donnant sa vie pour ses amis, » Jean xv, 13. Celui qui n’a point de clémence, ^qui ne s’est, point revêtu des entrailles de la miséricorde et des larmes, quelque élevé qu’il soit en spiritualité, n’accom¬ plira point la loi de Jésus-Christ. Rattachons tuiles et carneos ; admonuit spirituales ne contemnerent carneos, et ait : « Iïifirmum autem in fide assumite, non in disceptationibus cogitationum. Alius enim crédit manducare omnia;-qui autem infirmus est, olus mandu- cet. Is qui manducat, non mauducantem non spernat; et qui non manducat, mauducantem non judicet, Deus enim ilium assumpsit. Tu quis es qui judices alieuum scryum? Suo domino stat, aut cadit. Stabit autem : potens est enim Deus statuere ilium » Rom. xiv, 1, seqq. Et multa in medio super hoc sensu disserens, adjecit in fine ,: « Noli propter escam destruere opus Dei. » Et iterum.: « Debemus aulem nos fumiiores, imbecillitates infirmorum sustinere, et non nobis placere. Unusquis- que vestrum proximo suo piaceat ad bonam ædificatio- nem » Rom. xv, 1, 2. • « Altor alterius onera portate, et sic adimplebitis legem Ghristi. » Quia peccatum onus sit, et Psalmista testatur dicens : « Iniquitates meæ elevatæ su ut super caputmeum, quasi omis grave gravatæ sunt super me » Psdl. xxxvii, 5. Et Zacharias, in specie mulierîs, vidit Super talentum plumbi sedere iniquitatem Zach . v. Hoc onus Salvator pro nobis tulit, suo nos exemplo docens quid facere deberemus. Ipse quippe iniquitates nostras portât, et pro nobis dolet Isai. lui, et eos qui peccato- rum ac Legis onere sunt depressi, ad leve onus virtutis invitât, dicens : « Jugum meum suave est, et onus meum leve » Matth. xi, 30. Qui igitur fratris non desperat salutem, sed manum porrigit deprecanti, et quantum in se est, flet cum dente, infirmus est cum infirrrio, suaque judicat aliéna peccata, iste per charitatem adim- plet legem Christi. Quæ Christi lex est? «c Hoc est mandatum meum, ut diligatis invicem » Joan. xm, 34. QuælexFilii Dei est? « Diligite aUerutrum, sicut et ego dilexi vos. » Quomodo Dei Filins nos dilexit? « Major bac dilectione non est, quam ut quis animam suam ponat pro amieis suis » Joan. xv. Qui clementiam non babet, nec indutus est viscera misericordiæ et lacfÿma- rura, quam vis spiritualis sit, non adiinplebit legem Christi. Sed et hune locum cum superioribus . copule- mus. Duplicem enim sequiinur intelligentiam. Si quis infirmus iù fide est et adhuc lacté mitritur infantiæ, nec potest tam cito a legali observation e ad spiritualia 360 SAINT JÉROME maintenant c$. passage . à ce qui précède. Nous suivons ici une double explication. Si quelqu’un est faible dans la foi, qu’il soit encore nourri du lait propre aux enfants, et qu’il no puisse encore passer aussitôt des observances légales aux mystères spirituels, vous qui êtes plus forts, portez son fardeau, de peur que votre science ne soit cause de la perte de votre frère, pour lequel Jésus-Christ est mort. Celui-là porte encore les nécessités de son frère, qui vient au secours du pauvre accablé sous le poids de l’in¬ digence et se fait des amis avec les richesses de l’iniquité, Luc. xvi. C’est à lui que Jésus dira après la. résurrection générale : « Venez à mot, les bénis do mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé depuis le com¬ mencement du monde. Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif, et vous m’avez donné' à boire, » Mattlu xxv, 34, 35. C’est dans le même sens que saint Paul, ins¬ truisant son disciple Timothée dans une autre épître, ajoute : « Ordonnez aux riches do ce mondé de n’être point orgueilleux, de ne point mettre leur confiance dans des richesses incer¬ taines, mais dans le Dieu vivant qui nous donne avec abondance ce qui est nécessaire à la vie ; d’être bienfaisants, riches en bonnes œuvres, de donner de bon cœur, de faire part do leurs biens, de se faire un trésor et un fondement solides pour l’avenir, afin d’arriver à la véritable vie, » I. Torru vi, 17. Celui qui arrive à la véritable vie, c’est-à-dire à Celui qui a dit : « Je suis la vie, » Jean, xiv, 6, a , accompli la loi du Christ, qui tend comme but a la via. « Car si quelqu’un s’imagine êt^e quelque chose n’étant rien, il se trompe lui-m^me. » Si quelqu’un refuse de porter les fardeaux d’autrui, f qui sans pitié, met tout son contentemèhtdans ; ses œuvres et dans sa vertu, et cherche non les ; intérêts des autres, mais les siens propre^ n’aimant que lui-même au détriment même ^ de), l’amour qu’il doit à Dieu, celui-là se , trompe lui- même. On peut séparer et lire ‘de deux manière^ les mombres de oette proposition. « Ou bien i si quelqu’un s’imagine être quelque chose, \ alors qu’il n’est rien; » ou bien : «si quelqu’un ' s’imagine qu’il est quelque chose, et après : il se trompe lui-même, puisqu’il n’est riep. » Cette différence est plus sensible dans le texte grec que dans le latin. Voici quel est le sens dans la première variante : celui qui s’imagine être quelque chose, et qui n’est rien, se trompe j lui-même. Le second sens est plus élevé et- nous plaît davantage : Si quelqu’un s’imagine1 être quelque chose, en cela même qu’il se croii quelque chose, et qui s’estime, non d’après M bonté pour le prochain, mais d’après ses œuvres et ses travaux,, satisfait exclusivement de sa propre vertu, celui-là, par le fait même de son arrogance, se réduit a rien et se trompe eacramenta transira; vos qui robustiores estis, ejus « Nam si quis existimat se esse aliquid, cum nihil sit, onera portate, no per scientiam vestram frater pereat, seipsum seducit. » Si quis non vult onera aliéna portà- pro quo Ghristus est mortuus. Portât qup'que fratrie re, et immisericors suo tantum opéré et virtute conten- necessitatem, qui gravatum pauperem onere egestatis tus est, non quærens quæ aliéna sunt, sed quæ sua, hoc adjuvat, etfacit sibi amicosde iniquo mammona Lwc.xvi, est, sui tantum amator, et non etiam Dei, ipse se sedu- quem post resurrectionem Ghristus affatur : «. Venite ad cit. Dupli citer autem legi potest atque distingui : Yel, me., benedicti Patris mei, possidete præparatum vobis « si quis existimat esse se aliquid, cum sit nihil ; » aut regnuïn a constitutione mundi. Esurivi enim, et dedistis ita : « Si quis existimat se esse aliquid, » ut postea mihi manducare ; sitivi, et dedistis mihi bibere » inferamus, « cum sit nihil, se ipse seducit. » Et magis Mattk. yxv,- 34, 35. Juxta hune sensum etiam in alia in Græco quam in Latino resonat ista distantia. Prioris epistola Paulus Timotlieum docens, adefidit ; « Diviti- distinctions hic sensus est : qui se aliquid existimat bus hujussæculi præcipe non sublime sapere » ( pro eo esse, et nihil est, ipse se decipit. Secundus sensus riltior quod est, « non superbire), neque sperare in incerto est, et qui nobis magis placet : si quis existimat se esse divibiarum, sed in Deo qui præstat omuia abunde ad aliquid, in eo quod se putat esse aliquid, et non ex cle- fruendum ; ben® agere, divites esse in operibus bonis, mentia in proximum; sed ex suo opéré et labore sejudi- facile tribuere, communicare, thesaurizare sibi funda- cat, sua tantum virtute contentus, iste ex hac ipsa t/rro- jmentum bonum in futurum, ut appréhendant veram gantia nihil fit, et ipse se decipit ; quod melius in Græ- vitam » I Tim, vt, 1 seqq. Qui veram vitam apprélien- co dicitur cpp£va7uam? hoc est, mentem suam decipit : dit, eum videlicet qui loquitur : « Ego sum vita » pro quo latinus posuit interpres, « se ipse seducit. » Jouît* xiv, 6, 'implevit legem Christi, quæ tendit ad Mentem autem suam decipit, qui se putat esse sapien-, vitam. tem, et secundum Isaiam, sapiens in.se est, et in cons- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES 361 lui-même, ce que le grec. exprime plus forte¬ ment : fpsvaxotTa, il trompe son esprit, ce que la version latine a traduit par : « Il se trompe lui-même. » Or, celui-là trompe son âme qui croit être sage, qui selon l’expression d’Isaïe est sage en lui-même, et prudent à ses yeux, Isaï. v. Si l’on rattache ce passage à la circon¬ cision et à la loi, voici le sens qu’on peut lui donner : Celui qui est spirituel, et n’a point de miséricorde pour son prochain, qui méprise les humbles, parce que lui-même est plus élevé, se trompe lui-même, parce qu’il ignore que la loi de l’esprit est que nous nous aimions les uns les autres. « Or, que chacun examine bien ses propres actions, et alors il aura seulement de quoi se glorifier en lui-même, et non dans un autre, » paroles dont voici le sens- : Vous qui vous croyez spirituel, et qui n’êtes si fort que par la faiblesse d’autrui, vous ne devez pas considérer l’infir¬ mité de votre frère, mais votre propre force. Car de ce qu’un autre ne peut encore passer complètement du judaïsme au christianisme, vous ri’en êtes point pour cela un chrétien par¬ fait; mais si votre propre conscience n’est pas déchirée par les remords, alors seulement vous avez de quoi vous glorifier en vous-même et non dans un autre. Un athlète est fort, non parce qu’il a vaincu un infirme et qu’il a triomphé des membres languissants de son adversaire, mais s’il est vraiment robuste, et pe'ctu suo -intelligens Isai. v. Ad circumcisionem et Legem, i ta loci hujus connectitur intellectus : qui spiri- tualis-est, et miser icordiam in proximum non habet, ; contemnetis humilem, quia ipse sublimior est, ipse se decipit, nesciens banc spiçitus esse legem, ut nos invi- cem diligamus. « Opus autem suum probet unusquisque ; et sic in semetipso tantum gloriam liabebit, et non in altero. » Sensus iste est : tu qui te æstimas spiritualem, et de alterius irifirmitate robustior es, non debes imbecillita- tem jacentis, sed tuam fortitudinem considerare. Neque enini si ali us perfecte non potest ad christianismum a judaismo transire, idcirco tu perfectus es christianus ; sed. si te propria conscientia non remordet, habes in tefrietipso gloriam et non in altero. .Atbleta non ideo fortis est, quia vicit infirmum, et languid a adversarii membra superavit; sed si robustus est, et in sua forti- tudine, non in infirmitate alterius gloriatnr. Intelligi po¬ test et aliter : qui conscientiam fiabet operis boni, et sei- qu’il puisse se glorifier dans sa propre force et non dans la faiblesse d’autrui. On peut encore donner cette autre explication : celui qui a cons¬ cience de ses bonnes œuvres, et qui, en se con¬ sidérant lui-même, ne trouve rien de répréhen¬ sible dans ses actes, ne doit pas pour cela s’en glorifier auprès des autres, répandre au dehors ses louanges, en faire part à tous, et chercher à se faire valoir par les applaudissements des hommes; mais il doit renfermer sa gloire en lui-même et dire : « A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre choso que dans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par lequel le monde a été crucifié pour moi, et moi pour le monde. » Si quelqu’un cherche la gloire auprès d’un autre, le monde n’est pas crucifié pour lui et il n’est pas crucifié ;pour le monde avec Jésus-Christ; il a reçu ce qu’il désirait des hommes, sa récompense. « Car chacun portera son propre fardeau. » Ces paroles paraissent contredire celles qui pré¬ cèdent, où saint Paul dit : « Portez les fardeaux les uns des autres, » car si chacun doit porter son propre fardeau, il est impossible que l’on porte les fardeaux les uns des autres. Mais il nous faut remarquer que précédemment l’Apô¬ tre nous recommande, à nous pécheurs, de nous supporter réciproquement sur la terre, de nous prêter secours et appui dans la vie présente; ici, au contraire, il veut parler du jugement que le Seigneur portera de nous, jugement qui se psam considerans, opus suum non reprehendit, non debet de hoc apud alium gloriari, etlaudem suam foras fundere, et communicare cum cunctis, et ex hominum quærere favore jactantiam ; sed in semetipso habeat gloriam, et dicat : «: Mihi autem absit gloriari, nisi in cruce Do- mini nostri Jesu Christi, per quem mihi mundus cru- cifixus est, et ego mundo. » Qui gloriam quærit ab al¬ tero, huic nec mundus crucifixus est, nec ■ crucifixus est ipse cum Christo. Recepit quippe, quod quære- bat ab hominibus, mercedem suam. « Unusquisque enim onus suum portabit. » Yidetur superioribus contraire, ubi ait : « Alter alterius onera portate; » si enim onus suum unusquisque portabit, alter alterius onera portare non poterit. Sed videndum, quod ibi præceperit ut peccantes in bac vita nos invicem sustentemus, et in præsenti sæculo alterutrum aùxilio simus; hic autem de Do- mini dicat [AL, dicehat] in nos-judicio, quod non ex. alterius peccato et comparatione dçterioris; sed 362 SAINT JÉROME fondera non sur le péché d’autrui et sur la com¬ paraison avec un plus coupable que nous, mais sur nos propres oeuvres; c’est d’après cette règle que nous serons déclarés pécheurs ou saints à son tribunal, et que chacun de nous recevra selon ses œuvres. Une autre vérité se trouve cachée dans . ces paroles et nous est enseignée comme à mots couverts. Tant que nous sommes dans la vie présente, nous pouvons nous aider mutuellement soit par nos prières, soit par nos conseils. Mais lorsque nous compa¬ raîtrons devant le tribunal de Jésus-Christ, nous ne pourrons implorer ni Job, ni Daniel, ni Noé en faveur de qui que ce soit, mais chacun por¬ tera le fardeau de ses œuvres. « Que celui que l’on instruit dans les choses de la loi communique de tous ses biens à celui qui l’instruit. » Marcion a interprété ces paroles en ce sens qu’il donne comme vrai, c’est que les Môles et les catéchumènes doivent prier ensemble, et le maître se joindre à ses disciples pour prier, en s’autorisant surtout de ces der¬ nières paroles « dans tous les biens. » Mais si l’Apôtre avait voulu parler de la prière, ce n’est pas à celui qui est instruit, mais à celui qui instruit, c’est-à-dire, ce n’est pas au disciple, mais au maître qu’il aurait dû faire cette recom¬ mandation. D’ailleur s, ce qui suit ne se rattache pas à cette explication : « L’homme ne moisson¬ nera que ce qu’il aura semé, » et encore : « Ne juxta nostrum opus, aut peccatores ab eo judice- mur, aut sancti, recipiente unoquoque secundum opus suum. Obscure licet docemur per hanc sen- tentiolam novum dogma.quod la titat : dum in præ- senti sæculo sumus, sive orationibus, sive consiliis, invicem posse nos coadjuvari. Cum autem ante tri¬ bunal Christi venerimus, non Job, non Daniel, nec Noe rogare posse pro quoquam, sed unumquemque por- tare opus suum Ezeoh , xiv. « Communicet autem is qui catechizatur verbum, ei qui se catechizat in. omnibus bonis. Marcion hune locum ita interpretatus est, ut putaret fidèles et catechumenos simul orare debere, et magistrum com- munïcare in oratio.ne discipulis ; illo vel maxime olatus, quod sequatur, « in omnibus bonis. » Cum utique si de oratioue sermo fuisset, non debuerit ei præcipi.qui catechizatur, sed ei qui se catechizat, id est, non discipulo, sed magistro. Deinde etiam caetera quæ sequuntur, cum ejus expositione non congruunt : « Quæ seminaverit homo, hæc et metet. » Et : « Bonum autem facientes, non deficiamus ; tempore enim suo me te* nous lassons point de faire le bien, car si nous ne perdons pas courage, nous moissonnerons dans le temps. » Voici donc le véritable sens : saint Paul avait ordonné plus haut à ceux qui sont spirituels, d’instruire dans un esprit de douceur ceux qui seraient tombés par surprise dans quelque péché, et de porter les fardeaux les uns des autres pour accomplir la loi. du Christ. Ici, au contraire, il commande à ceux qui sont plus faibles, et encore charnels, aux disciples, que de même ils moissonnent les biens spirituels de leurs maîtres, ils donnent aussi de leurs biens temporels à ces mêmes maîtres qui se livrent tout entiers à l’étude de la science divine et qui ont besoin des choses nécessaires à la vie, afin d’accomplir ce qui est écrit de la manne : « Celui qui recueillit beaucoup, et celui qui recueillit peu n’eût pas moins » Cor. vin. 15. Or, les biens dont parle l’Apôtre, dans Ton- droit qui nous occupe selon l’acception vulgaire et l’usage général, sont les aliments et le vête¬ ment et les autres choses auxquelles les hommes donnent le nom de biens. « Ayant le vivre et le vêtement, nous devons être contents » I Tim. vi, 8. Et il n’est pas étonnant que saint Paul qualifie du nom dô biens les choses nécessaires au corps, puisque notre Sauveur lui-même, s’adressant à ceux qui n’étaient pas encore par¬ venus au sommet de la perfection, mais qui suivaient des voies plus humbles, et demandaient mus, non déficientes. Sensus itaque iste est : quia supe- rius spiritualibus præeeperat, ut eos qui præoccupati fuerant in aliquo delicto, instruerent in spiritu lenitatis, et alter alterius onera portaient, adimplentes legem Christi ; nunc econtrario his qui ad hue imbecillio- res, et discipuli, et carnales erant, præcipit, ut quo- modo ipsi a magistris spiritualia metunt; sic jiia- gistris carnalia præbeant; qui totos se divinæ eru- ditioni et studio tradentes, vitæ hujus necessariis indigeant; et fiat illud quod de manna scriptum est .: « Qui inultum, non abundavit, et qui modicum, non minora vit » II Cor. vni, 15, Bona autem in præsenti loco juxta vulgi consuetudinem, moremque commu- nem, victum et vestituin, et cætera quæ homines inter bf.na numerant, appellavit. « Habentes enim vi-, ctum et vestituin, his contenti sumus » I Tim . vi, 8.. Nec mirum si Paulus ea quæ erant corpori. neces- saria boni appellatione signavit ; cum etiam Salva- tor noster ad eos qui needum ad virtutuin culmen ascençleraut, sed adhuc humilius incedebant, et sibi addi poscebant fidem, dixerit : « Si ergo vos cum. COMMENTAIRES SUR L'ÉPITRE AUX GALATES 363 une augmentation de foi, leur disait : « Si vous qui êtes mauvais, vous donnez ce qui est bon. à yos. enfants, combien plus votre Père, qui est dans les cieux, donnera- t-il ce qui est bon à ceux qui le lui demandent! » Mattî i. Vir, il. Je pense, quant à moi que Job, lorsqu'il répondait à sa femme comme à une femme insensée, parlait des richesses extérieures selon les idées qu'elle en avait en lui disant : « Si nous avons reçu les biens de la main de Dieu » Job. n, 10, et en ve¬ nant ensuite aux angoisses, aux souffrances, aux tentations qui donnent lieu à la victoire, ajoutait ; « Pourquoi ne supporterions-nous pas les maux? » C'est qu’en effet, les biens et les maux ne consistent pas dans les richesses et les priva¬ tions, mais dans les vertus et les vices, comme lé Juste le déclare dans un psaume : « Quel est celui qui veut la. vie, qui soupire après des jours heureux? Préservez- votre langue du mal, et vos lèvres des discours artificieux. Détournez- vous du mal et faites le bien » Ps. xxxni, 14 et suiv. ; Ps. xxxvi, 27. On appelle mal dans le sens propre, ce qu'il faut éviter, et bien, ce que nous dçvons faire. Ce riche de l'Évangile, qui n’avait pas la science du bien et du mal, considérait avec raison la fécondité de ses champs comme les véritables biens : « Mon ami, disait-il, tu as beaucoup de biens assemblés pour un grand nombre d’années, repose-toi, mange, bois, fais bonne chère » Luc, xn, 19. Et cet autre, qui se mali sitis, scitis bona data dare filiis vestris, quanto magis Pater vester cœlestis dabit bona petentibus se » Matth . vu, 11. Ego pyto et Job, cum ad uxorem quasi unam de insipientibus mulieribus loqueretur, respectu .ejus, quæ ita putabat, de corporalibus di- vitiis locutum : « Si bona accepimus de manu Domini Job. n, 10 ; et rursum de angustiis et pressuris, et tentatione, quæ Victoria ni afférant : « Quare maJum non sustineamus? » Cum utique mala et bona non in diviliis et pressuris, sed in virtutibus ponantur et vitiis, ut justus loquitur in psalmo : « Quis est homo qui vult vitam, cupit videre dies bonos? Prohibe lin- guam tuam a malo, et labia tua ne Joquantur do- lum. Déclina a malo, et lac bonum Psal. xxxm, 13 seqq.j etxxxv i, 27. Proprie malum dicitur, quod vitan- dum est : bonum, quod facere debemus. Dives quoque ille in Evangelio, qui mali et boni scientiam non habe- bat, recte agrorum ubertateni bona arbitrabatur, dicens : « Anima, liabes bona posita in annos multos : quiesce, comede, bibe, et lætare » Luc . xn, 19. Et ûlius qui jacebat in purpura, et deliciis affluebat, reposait dans la pourpre, qui nageait au sein des délices, entend du fond de l’enfer Abraham lui dire : « Tu as reçu les biens en cette vie » Luc . xvi, 25, Faisons observer qu’on pourrait encore entendre ces paroles dans le sens que l’Apôtre recommande aux disciples, qu’ils entrent en communication avec ceux qui les instruisent, soient pleins de déférence et de docilité, et d’un commerce facile à leur égard, mais, seulement dans ce qui est bien, dans les choses spirituelles et non pas dans ce qui . est hérétique et perverti par la, perfidie judaïque. « Ne vous y trompez pas, on ne se moque pas de Dieu, car l'homme ne recueillera que ce qu’il aura semé. » L’Apôtre, prévoyant en esprit que les disciples, qui doivent à leurs maîtres les ressources et les choses nécessaires à la vie, pourraient prétexter leur pauvreté et dire : La sécheresse a frappé cette année mes champs do stérilité, la grêle a détruit mes vignes, les impôts m’ont enlevé. les revenus sur lesquels je comptais, je n’ai pas de quoi payer le tribut qu’on me demande, ajoute : « Ne vous y trompez pas, on ne se moque pas de Dieu. » Il connaît vos cœurs, dit-il, et n’ignore point vos ressources. Une excuse vraisemblable peut satisfaire les hommes, elle ne peut tromper Dieu. Et il exhorte en même temps à pratiquer largement le commandement qu’il leur fait, en lui donnant le nom de semence, afin qu’on ne audit apud inferos ab Abraham : « Kecepisti bona in vita tua » Luc. xvi, 25. Illud quoque . attendendum ne forte et hoc possit intelligi, dari discipulis mandatum, ut eis qui se instruunt verbum commu- nicent, obsequantur, dociles, facilesque se præbeant. In his tamen quæ bona sunt, quæ spiritualia, et non hæretica, vel Judaica, pravitate perversa.. « Noble errare, Deus non irridetur ; quæ enim seminaverit homo, hæc et metet. » Prævidens spi- ritu, eos qui docentur; et debent magi'stris sumptus et vitæ necessaria ministrare, posse obtendere pau- pertatem, et dicere : Ager meus hoc anno aruit sic- citate; vineam grando contrivit ; redditus qui esse potuerunt [Al. poterunt], tributa rapnerunt ; non habeo unde tribuam quod jubetur, adjecit : « Nolite errare, Deus non irl’idetur. » Scit, inquit, corda vestra, non ignorât facultates. Excusatio verisirailis hômi- nem potest utcumque placare, Deuni non potest fallere. Et simul cohortatur ad id quod præceptum est exhibendum, semen nom inan s, ne putet perdi- tum, quod multiplicato fenore reçepturus est. Ad SAINT JÉROME 364 regarde point comme perdu ce qui doit leur être rendu avec un intérêt considérable. En écrivant aux Corinthiens, il leur apprend par un exemple semblable le rapport de ce que l’on donne avec ce que l’on reçoit : « Celui qui sème peu moissonnera peu, et celui qui sème dans les bénédictions moissonnera dans les bénédictions. Que chacun donne ce qu’il aura résolu en lui- même de donner, non avec tristesse et comme par force, car Dieu aime celui qui donne avec joie » II Cor. ix, 6, 7. « Ainsi celui qui sème dans sa chair, ne recueillera de sa chair que la corruption, et celui, qui sème dans l’esprit, recueillera de l’esprit la vie éternelle. » Toutes nos paroles, nos actions, nos pensées se sèment nécessaire¬ ment dans deux champs, la chair et l’esprit. Si ce qui sort de nos mains, de notre bouche, de notre cœur, sont des biens semés dans l’esprit, ils produiront en abondance les fruits de la vie éternelle. Si ce sont des choses mauvaises semées dans le champ de la chair, elles nous rapporteront une abondante moisson de corrup¬ tion. Celui qui entend la loi dans un sens charnel, Gôrinthios quoque rationem dati et accepti, simili docuit exemplo : « Qui parce seminat, parce et irietet, et qui seminat in benedictione, de benedictione et me- tet. Unusquisque sicut propositum habet in corde, non ex tristitia, aut necessitate ; hilarem enim datorem di- ligit Deus » I Cor . ix, 6, 7. « Quoniam qui seminat in carne sua, de carne et metet corruptionem. Qui autem seminat in spi- ritu, de spiritu metet vitam æternam. » Omne quod loquimur, agimus, cogitamus, in duobus seminatur agris, carne et spiritu. Si bona sunt, quæ de manu, ore, corde promuntur, seminata in spiritu, vitse æternæ fructibus redundabunt. Si mala, ab agro carnis excepta, corruptionis nobis segetem pullula- bunt.i Aliter : Qui legem carnaliter intelligit, repro- missiones quoque carnales, et quæ in præsenti sæculo corrumpuntur, exspectat. Qui autem spi- attond aussi l'accomplissement dos promesses charnelles qui se corrompent dans la vie pré¬ sente. Mais celui qui l’entend dans un sens spiri¬ tuel, sème dans l’esprit, et recueillera de l’esprit la vie éternelle. Remarquons en même temps la suite du discours, et rattachons ces paroles à ce qui précède : celui qui nous est présenté comme semant dans l’esprit, c’est l’homme qui, lorsqu’il commence à moissonner la vie éternelle, a cessé d’être homme, Cassien qui, supposant que la chair du Christ était fantastique, regardait comme immonde toute union de l’homme avec la femme et qui est devenu le chef le plus violent des Encratites, raisonne ainsi contre nous en* s’appuyant sur ces paroles : Si quelqu’un sème dans la chair, il recueille de la chair la corrup¬ tion ; or celui qui s’unit à une femme sème dans la chair, donc celui qui a des rapports avec une femme et sème dans sa chair, recueillera de sa chair la corruption. Nous lui répondrons d’abord que saint Paul n’a pas dit : Celui qui sème dans la chair, mais celui qui sème dans sa chair. Or personne ne s’unit à soi-même, pour qu’il lui soit possible de semer dans sa chair. Ensuite, ritualis auditor est, seminat in spiritu, et de epi- ritu metet vitam sempiternam. Simul notemus ser- monis consequentiam, et v eam cum superioribus copulemus : hominem vocari in spiritu seminantem qui quando cœperit vitam metere sempiternam, ho- mo fortasse esse desistit (i). Cassianus, qui putativam Christi carnem introducens, omnem conjunctionem masculi ad feminam immundam arbitratur, Encra- titarum vel acerrimus hæresiarclies, tali adversun}. nos sub occasione præsentis bestimonii usus est ar- guinento ; si quis seminat in carne, de carne metet corruptionem; in , carne autem seminat, qui muLieri jungitur; ergo et is qui uxore utitur, et seminat in carne ejus de carne metet corruptionem. Respon- debitur ei, primum non dixisse, Paulum, qui seminat in carne ; sed, « in carne sua, » Nemo autem secum ipse concumbit, et in sua carne seminat. Deinde ut ob- (1) Yulgati hactenus llbrî, Totionnm, hic pro Cassinno obtrudunt : qui Martianœus refragari suorum auctoritati excmplarium non dubitaylt, fmpressce lectionis prœjudicio dcceptus, el cum Iaudnti ab eo codiccs Cluninccnsis ac Regius Cassianum prœforrent : Error, inqnit, hic est ex- scriptorum ycierum, quibu* notior fuit Cassianus, quam ïatianus. Immo erat colligendum penilus econtrariQ. Julius enim Cassianus ex nefaria Yolentinianorum collurio ferme ignotior Tatiano est, cumque absolute hic ÏÏicronymus Encralitas perstringat, notissimum Taliani, ejus seett» principes nomen procliye fuit sciolis amanuensibus pro Gassi’auo perquam simili comminisci. Et yero, uti fooimus, reponendum, Gasiifliius om¬ nium quot vidimus, codicum mss, in hac lectionc consensus persuade!. Ipso eliam contûTlus, et’qunm lïieronymus impugnat, ejuseyincit htereseos historié ; qui enim jmlativam Christi carnem introduxit «ive qui primus emontitum Domino corpus affinxit, non Tatianus scdJuliuB Cassia¬ nus fuit, qui adeo dicitur S. CJcmcnti Alexandrino lib. ni Sronaatum 'Vqç SoXTjGÊWÇ éty, p^ODV, Docelarum pniiccps. Quin et Ubrum ex quo subnexa argumenta lïieronymus cônfutnt, facile eiistimo eum ipsum, quom modo Undalus Clemons Aloxandr. a Cassiano mémorat lucu- braitum, ab eoquo insoriptum, vcepl éyxpaTefaç vj nepl eûvoü^taq. TSd.^Mig. 365 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES pour lui faire une large concession en lui accor¬ dant l’explication que nous lui . avons donnée, « dans . sa. chair » il faudra ajouter selon cet hérétique que ceux qui boivent, mangent, dorment et font mille autres choses pour la satisfaction et le repos du corps, sèment dans la chair, et recueilleront de la chair la corruption. Que s’il se réfugie dans cette raison que ceux qui, soit qu’ils boivent, soit qu’ils mangent, soit qu’ils dorment, font tout cependant au nom du Seigneur avec sagesse, ne sèment pas dans la chair, mais dans l’esprit, nous lui répondrons également que ceux qui accomplissent avec raison çe premier commandement de Dieu : « Croissez et multipliez-vous, et remplissez la terre Gènes . r, 22, ne sèment pas dans la chair, mais dans l’esprit. Le syllogisme dont il fait usage est donc futile, tombe de lui-même, et n’est qu’un sophisme qui trompe d’abord l’audi¬ teur. D’ailleurs, en l’examinant plus attentive¬ ment, il est facile d’y répondre. Car, nous ne pouvons dire qu’Abraham, Isaac et Jacob, et d’autres saints personnages qui sont nés en vertu de la promesse, le précurseur lui-même du Seigneur, sont sortis d’un germe de corrup¬ tion, parce quJils sont nés dans la chair. Il faut également observer que, pour celui qui sème dans la chair, saint Paul ajoute un pronom déterminatif « dans sa chair, » tandis que pour celui qui sème dans l’esprit, il ne dit pas dans servationem hanc quam annotavimus, « in carne sua, » ex abundanti ei concedamus, addendum 'est eos quoque, qui comedant et bibant, et dormiant et ali- quid faciant ob refrigerium corporis, juxta ilium seminare in, carne, et de ea inetere corruptionem. Quod si ad hoc conhigerit, ut dicat eos qui sive bibant, sive manducent, sive dormiant, in nomine tamen Domini omnia cum ratione perficiant, non in carne seminare, sed in spivitu; et nos ei similiter respondebimus eos quoque qui Dei primam senten- tiam sequantur cum ratione facientes : « Crescite et multiplicamini, et replete terram » Genes. i, 22, non in carne, sed in spiritu seminare. Syllogismus itaque ejus futilis, et caducus, sophisibate primum decipit audientem. Cæterum diligenter inspectus, facile solvitur : . Neque enim possumus dicere, Abraham, Isaac et Jacob, et alios sanctos viros, qui de repro- missione nati sunt, ipsum quoque Domini præcur- sorem, quia in carne natus est, de corruptionis germine pullulasse, illud pariter observ ndum, quod qui seminat ii> . carne, cum additamentû ‘ süse carnis son esprit,' mais simplement dans l’esprit. C’est qu’on effet, oelui qui sème les biens , ne sème rien dans son esprit, mais ii sème dans l’esprit de Dieu dont il . doit recueillir , comme moisson la vie éternelle. « Ne nous, lassons donc point de faire le bien, puisque si nous ne perdons pas courage, nous moissonnerons dans le temps. » Saint Paul exhorte au zèle de la persévérance ceux qui attendent en cette vie la récompense do leurs' bonnes œuvres, dans, l’ignorance où ils sont que ' de même que pour l’ensemencement des terres, il y a untemps pour semer et un temps pour mois^ sonner, ainsi dans la vie présente, c’est le temps do semer les œuvres qui seront moissonnées dans i’esprit ou dans la chair, et la moisson sera le jugement à venir. Nous recueillons alors des moissons différentes, suivant les qualités diffô- ' rentes de celui qui sème, les uns cent, les autres soixante, les autres trente pour un, et cette moisson no peut être recueillie par celui qui perd courage. « Car celui qui persévérera jus¬ qu’à la fin, celui-là seul sera sauvé, » Matth . x, 22. C’est ce qui nous est encore recommandé clans un autre endroit : « Ne perdez pas cou¬ rage, » ïsai. v. Mais comment se fait-il que, tandis que les pécheurs se fortifient tous les jours dans leurs mauvaises actions, nous nous lassions dans la pratique des bonnes œuvres? « Donc, pendant que nous en avons le temps, ponitur ; qui autem seminat in spiritu, non dicitur in spiritu suo, sed simpliciter in spiritu. Qui enim bona seminat, non in suo quippiam, sed in Dei spiritu seminat, de quo et vitam est messurus æter- nam. « Bonum autem facientes, non deficiamus; tem- pore enim suo metemus, non déficientes. » Cohortatur eos ad studium perseverantiæ, qui in bac vita mer- cedem boni operis exspectant, nescientes quia sicut in semine aliud sationis, aliud messis est tempus : sic et in præsenti vita, sementem esse opéra (quae vel. in spiritu, vel in carne metantur), messem vero futurum judicium, et pro qualitate vel diversitate sementis diversas nos facere messuras, centesimum et sexagesimum, et tricesimum fructum, quam se- geterq nemo potest metere deficiens. « Qui enim per- severaverit usque in finem, hic salvus erit » Malt, x, 22. Sicut et in alio loco præcipitur. : « Esto non deficiens Jsai . v. Quale est autem, ut cum peccatores - quo- tidie in maIÎ3 operibus augeantur, nos in bono opéré laesemur ? 366 SAINT JEROME faisons du bien à tous, principalement aux ser¬ viteurs de la foi. » Le temps de semer, comme nous Ta von s dit, 'c’est le temps présent, c’est la vie que nous parcourons. Pendant cette vie, nous pouvons semer ce que nous voulons; lorsqu’elle aura passé, le temps d’agir nous est ôté. Voilà pourquoi le Sauveur nous dit : « Tra¬ vaillez tandis qu’il est jour, la nuit viendra où personne ne pourra plus agir, > Jean, ix, 4. La parole de Dieu, le soleil véritable s’est levé pour nous et les bêtes des forêts se sont rassem¬ blées dans leurs tanières; marchons comme des hommes à nos occupations, et travaillons jus¬ qu’au soir comme le chante ’ dans un sens allégorique le Psalmiste : « Vous amenez les ténèbres et la nuit se fait. Alors, les bêtes des forêts se glissent dans l’ombre, les lionceaux rugissent pour leur proie, et demandent à Dieu Içur pâture. Le soleil se lève, les animaux sau¬ vages se retirent pour dormir dans leurs tanières. L’homme sort alors pour le travail du jour, et pour cultiver ses champs jusqu’à la nuit, » Ps. cm, 20 et suiv. Que nous soyons malades ou bien portants, humbles ou puissants, pauvres ou riches, dans l’obscurité ou les hon¬ neurs, dans l’abondance ou les privations, faisons toutes nos actions au nom de Notre-Sei- gneur, avec patience et égalité d’âme, et nous verrons s’accomplir en nous ce qui est écrit : « Tout contribue au bien de ceux qui aiment « Ergo, dum tempus habemus, operemur bonum ad omnes, maxime autem ad domesticos fdei. » Tempus sementis, ut diximus, tempus est præsens, et vita quam currimus. In hac licet nobis quod vo- lumus seminare; cum ista vità transierit, operandi tempus aufertur. Unde et Salvator ait : « Operamini dum dies est, veniet nox, quando jam nullus poterit operari » Jocm. ix, 4. Ortus est nobis Dei sermo, sol verus,. et congregatæ sunt bestiæ recedentes in cubilia sua ; procedamus ut homines ad opus nostrum, et usque ad vesperam Iaboremus, sicut mystice can- tatur in psalmo : Posuisti tenebras, et facta est nox. In ipsa pertransibunt bestiæ silvæ, catuli leonum ru- gientes, ut rapiant, et quærant a Deo escam sibi, Ortus est sol et congregatæ sunt et in cubilifcus suis dor- mierunt. Egredietur homo ad opus suum, et ad opera- tionem suam usque ad. vesperam » Ps. cm, 20 seqq. Sivé ægrotamus, sive sani sumus, humiles, vel potentes, pauperes, divites, ignobiles, honorât!, esuri- entes, sive vescentes, orania in riomine Domini cum patierttia et æquanimitate faciamus, et implebitur in Dieu, » Rom . vin, 28. La colère elle-même, la volupté, l’outrage reçu qui demande vengeance, si je sais leur mettrç un frein, si je garde le silence pour Dieu, si chaque fois que je ressens les aiguillons de la passion ou la flamme des vices, je me souviens du Dieu qui me voit d;i haut du ciel, ce sont là pour moi autant d’occa¬ sions de triomphes. Ne disons pas dans la dis¬ tribution de nos aumônes, celui-ci est mon ami, quant à celuidà, je ne le connais pas; le premier a droit à recevoir, je suis indifférent au second. Imitons notre Père qui fait lever son soleil sur les bons et les mauvais et répand la pluie sur les justes et les pécheurs, Matth . v. La source de la bonté est ouverte à tous. L’esclave et l’homme libre, le plébéien et le roi, le riche et le pauvre se désaltèrent également, à. la même source. Lorsque la lampe est allumée dans une maison, elle en éclaire tous les habitants sans distinction. Que si nous devons donner un large cours à notre générosité à l’égard de tous, quels qu’ils soient, combien plus cependant à l’égard des serviteurs de la foi et des chrétiens qui ont le même Père, et sont inscrits sous le nom de leur Maître! Ce passage pourrait, à mon avis, se rattacher à ce qui précède de cette manière : les serviteurs de la foi sont ceux qu’il appelle maîtres ■ et auxquels ceux qu’ils instruisent doivent, d’après sa recommandation communi¬ quer de tous leurs biens. L’espace que dure nobis illud quod scriptum est : « Diligentibus autem Dominum, omnia cooperanlur in bonum. » Ira ipsa et libido, et injuria quæ desiderat ultionem, si me refrenem ; si propter Deum taceam ; si per singulos commolionis aculeos, et incentiva vitiorum, Dei de super me videntis recorder, fiunt mihi occasio triumphorum. Ne dicamus in largiendo : ïlle est amicus, hune nescio : hic debet accipere, iste con- temni. Imitemur Patrem nostrum, qui solem suum oriri facit super bonos et malos, et pluit super justos et injustos Matt. v. Fons bonitatis omnibus patet. Servus et liber, plebeius et rex, dives et pauper, ex eo similiter bibunt. Lucerna cum accensa l'uerit in domo, omnibus lucet æqualiter. Quod si in cunctos indifferenter liberalitatis frena laxantur , quanto magie in domesticos Jfidei, et in christianos, qui eumdem habent Patrem, ej usque magistri appella¬ tions censentur! Videtur autem mihi locus iste posse et superioribus cohærere, lit domesticos âdei, magistros nominet, quibus supra omnia quæ putan- t.ur hona, ab auditoribus suis jusserat ministrari. COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES cotte vie est bien court, ces paroles mêmes que je prononce, que je dicte, que j’écris, que je corrige, que je relis, sont fécondes ou stériles pour moi dans ce court espace de la vie. Titus, dis de Vespasien, qui après avoir détruit Jéru¬ salem pour venger le sang du Seigneur, rentra triomphant à Rome, était dit-on, d’une si grande bonté que, se rappelant une certaine nuit, pen¬ dant qu’il était à table, qu’il n’avait fait ce jour-là aucune bonne action, il dit à ses amis : « J’ai perdu aujourd’hui ma journée. » Nous ne croyons pas qu’une heure, un jour, un moment, un espace quelconque de temps, les âges de la vie, soient anéantis pour nous, lorsque nous proférons une parole oiseuse dont nous rendrons compte au jour du jugement, Matlh . xir. Que si cet empereur étranger à la loi, à l’Évangile, à la doctrine du Sauveur ot des apôtres, a dit et fait naturellement ce quo nous venons do rapporter, que devons-nous faire, nous contre qui Junon produira pour nous condamner des femmes qui n’ont qu’un époux, et Yesta des vierges, les autres idoles, des personnes qui font profession de continence? Saint Jean l’évangé¬ liste demeura à Éphèse jusqu’à sa dernière vieil¬ lesse; alors qu’il pouvait à peine être porté à l’église par ses disciples, et qu’il lui était impos¬ sible de leur faire un discours suivi, il ne leur faisait à chaque réunion que cette seule recom¬ mandation : Mes petits enfants, aimez-vous les Breve est vitæ istius curriculum. Hoc ipsum quod loquor, quod dicto, quod scribo, quod emendo, quod relego, de tempore meo mihi aut crescit, aut dépérit. Titus, filius Vespasiani, qui in ultionem Dominici sanguinis, subversis Jerosolymis, Romam victor ingressus est, tantse dicitur fuisse bonitatis, ut cum quadam nocte sero recordaretur, in cœna, quod nihil boni die ilia ' fecisset, dixerit amicis : Hodie diem perdidi. Nos putamus non perjre nobis horam, diem, momenta, tempus, ætates, cum otio- sum verbum loquimur, pro quo reddituri sumus rationem in die judicii Matt. xn? Quod si hoc ille sine Lege, sine Evangelio, sine Salvatoris, et aposio- lorum' doctrina, nàturaliter et dixit, et fecit : quid nos oportet facere, in quorum condemnalionera habet et Juno univiras, et V esta virgines, et alia idola continentes? Beatus Joannes evangelista cum Ephesi moraretur usque ad ultimam senectutem, et vix inter discipulorum manus ad ecclesiam deferretur, nec posset in plura vocem verba con- texere, nihil aïiud per singulaa solebat proferre 367 uns les autres. Enfin les disciples et les fidèles présents, ennuyés d’entendre toujours la même chose, lui dirent : Maître, pourquoi donc nous répéter toujours cette recommandation? Il leur fit cette réponse digne de Jean : Parce que c’est le précepte du Seigneur; et si vous accomplissez ce seul commandemment, cela suffit. Je rapporte ce trait à cause de cette recommandation do l’Apôtre : « Faisons du bien à tous, mais princi¬ palement aux serviteurs de la foi. » « Voyez quelle lettre je vous ai écrite de ma propre main. » Ceux qui voulaient soumettre les Galates à la circoncision, avaient répandu par¬ tout que la conduite de Paul était toute diffé¬ rente de son enseignement, qu’il détruisait par ses actions l’effet de scs . discours, et qu’en affirmant que la loi était abrogée, on Je trouvait observant lui-même la loi. Saint Paul ne pouvait en personne combattre ot ruiner devant tous C6S accusations, parce qu’il en était empêché par les fers, dont il était enchaîné comme martyr de Jésus-Christ; ii envoie donc cette lettre à sa place. Et pour prévenir tout soupçon sur l’authenticité de cette lettre, depuis cet endroit jusqu’à la fin, il l’écrit de sa propre main, nous montrant par là que ce qui précède avait été écrit par une autre main. Que de faux docteurs avaient envoyé des lettres sous son nom, c’est ce que lui-même nous déclare dans son épître aux Thessaloniciens : « Nous vous conjurons, mes frères par l’avène- collectas, nisi hoc; Filioli, dilïgite alterutrum. Tan¬ dem discipuli et fvatres qui acier ant, tædio affecti, quod eadem semper audirent, dixerunt : Magister, quare semper hoc loqueris? Qui respondit dignam Joanne sententiam : Quia præceptum Domini est, et si soUim fiat, sufftcit. Hoc propter præsens Apostoli mandatum : « Operemur bonum ad omnes; maxime autem ad domesticos fklei. » « Videte qualihus litteris scripsi vobïs mea manu. » Hi qui cïrcumcidi Galatas volebant, disseminaverant alia Paulura facere, alia prædicare, et suo opéré destruere sermonem, quod qui Legem assereret abolitàm, ipse inveniretur in Lege. Hanc opinionem, quia non poterat Paulus apud omnes præsens, ipse subver tere (prohibebatur quippe vinculis, quæ ob Christi martyrium sustinebat), seipsum per litteras repræsentat. Et ne aliqua suppositæ Epistolæ suspi- cio nasceretur, ab hoc loco usque ad finem, manu sua ipse perscripsit, ostendens superiora ab alio exarata. Quod autem sub nomme ejus a falsig .doc- toribus Epistolæ mitterentur, ad Thessalonicen-» SAINT JÉROME 368 ment de Notre-Seigneur Jésus-Christ et par notre réunion avec lui, dé ne pas vous laisser ébranler dans vos sentiments, et de ne pas vous alarmer sur des révélations ou sur des discours ni des lettres, qu’on supposerait venir de nous, comme si le jour du Seigneur était près d’arriver» Que personne ne vous séduise en aucune manière, » II Thess. il, 1, 3. Saint Paul a également signé de sa main l’épître qu’il avait dictée pour les Colossiens : « Cette salutation est de ma propre main. Souvenez-vous de mes chaînes. :» Et par¬ tout où il savait que se trouvaient de faux docteurs, qui pourraient sous le couvert de son autorité répandre de nouveaux dogmes, il signait de sa main ses épîtres. Enfin, en écrivant aux Corinthiens, parmi lesquels il y avait des schismes et des hérésies, chacun disant : « Moi je,suis à Paul, moi je suis à Apollon, moi je suis à .Céphas, » I Cor. I, 12; l’Apôtre signe ainsi son épître : « Moi Paul, j’ai écrit de ma main cette salutation, » et il ajoute : « Si quelqu’un n’aime pas Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu’il soit anathème : Maran-Atha et le reste. » C’est pour cette même raison que, voulant ôter toute occasion aux faux docteurs qui avaient corrompu les Galates, en les détournant de la vérité de l’Évangile, il termine cette épître par cette addition écrite de sa main : « Voyez quelle lettre fies quoque demonstrat scribens : « Rogamus autem vos, fratres, per adventum Domini nostri Jesu Christi, et nostræ congi'egationis in ipsum, ut non cito movea- mini a vesti'o sensu, nec terreamini, neque per spiri- tum, neque per sennonem, neque per Epistolam tam- quam per pos missam, quasi instet dies Domini, ne quis vos seducat ullo modo II Thess-. u, 1, seqq. Et ut totain Epistolam quam mittebat, suspicione erueret falsita- tis, manu sua in fine subscripsit, dicens : « Salutatio mea manu Pauli, quod est signum in ornai Epistola; ita scribo : Gi'atia Domini nostri Jesu Chiûsti cum omnibus vobis » 11 Thess. nr, 17, 18. Ad Golossenses etiam quas dictaverat litteras, manu sua eimiliter subnotavit : « , Salutatio mea manu Pauli ; memores estote vinculorum meorum. » Et ubicumque sciebat fal- sos adesse doctoi'es, qixi possent per Apostoli aucto- ritatem nova dogmata seminare, epistolam manu propria subscribebat. Denique et ad Gorinthios scri- bens, in quibus erant scbismata et hæreses, unoquo- que dicente : « Ego sum Pauli, et ego Apollo, ego autem Cephæ » I Cor. r, 12, epistolam suam tali anno- tatione signavit : « Salutatio mea manu Pauli : Si quis non ûmat Dominum Jesum Christum, aixathema sit, je vous ai écrite de ma propre main. » Ce n’est pas que cette lettre fût longue, (ce que paraît indiquer le mot grec tty]ÀlxoIç, mais ils con¬ naissent les caractères tracés par : sa main, et en voyant les traits des lettres, il leur semble¬ rait voir celui qui les écrivait. Je suis surpris qu’uu homme de notre temps dont la science est incontestable, ait dit à l’occasion de ces paroles, une chose ridicule. Paul, dit-il, était hébreu, et ne connaissait pas la langue grecque. Et comme il était nécessaire qu’il signât de sa main cette épître, il a par suite du défaut d’ha-. bitude, exprimé par de grands traits les carac¬ tères courbés des lettres, donnant en cela aux1 Galates un témoignage de son amour pour eux, en s’efforçant de faire en leur faveur ce qui lui était presqu’impossible. Saint Paul écrivit donc cette épître en grands caractères, parce que le sens caché sous les lettres était grand et élevé, et qu’il avait été écrit par l’esprit du Dieu vivant et non avec de l’encre et une plume. Quant à ce qu’il ajoute « de ma propre main, » il veut nous faire comprendre que les œuvres sont signifiées par la main. C’est pour cette même raison que nous lisons souvent dans les prophètes : «.Parole de Dieu qui a été faite par la main de Jéremie ou d’Aggée, » afin de nous ap¬ prendre par cette similitude, que c’est aussi .par maranatha , » et cætera. Propter hoc igitur volens om- nem occasionem falsis auferre doctoribus, qui et Galatas a veritate Evangelii depravarant, finem epi- stolæ manus suæ annotatione coraplevit, dicens : « Videte qnalibus litteris scripsi vobis; non quod gran¬ des ïitteræ fuerint (hoc quippe in Græco sonat 7ry|Xtxoiç), sed quod suæ manus essent eis nota vestigia, ut dum litterarum apices recognoscunt, ipsùm se pxxtarent videre, qui scripserat. In hoc loco vir apprime no- stris temporibus eruditus, miror quomodo rem ri- diculam locutus sit. Paulus, inquit, Hebræus erat, et Græcas litteras nesciebat. Et quia nécessitas expete- bat, ut manu sua epistolam su b sc ri ber et, contra consuetudinem curvos tramites litterarum, vîx ma- gnis apicibus exprimebat; etiam in hoc suæ ad Ga¬ latas indioia charitatis ostendeixs, quod propter illos id quoque quod non potefat, facere conaretnr. Gran- dibus ergo Paulus litteris scripsit epistolam, quia sensus erat grandis in litteris, et spiritu Dei vivi, non atramento, nec calamo fuèrat exaratus. Quod autem apposuit, « mea manu, » opéra intelligamus in manibus, Quam ob causam crebro et in prophetis. scribitur : « Sermo Dei qui factus est in manu Jere- COMMENTAIRES SUR I/ÉPITRE AUX GALATES m la main de PaulTque la parole de Dieu a été adressée. Ce n’est pas seulement, aux Galates, mais à tous les chrétiens que saint Paul écrit aujourd’hui do grandes épitres, et bien que les caractères avec lesquels elles sont écrites soient petits, ce sont cependant de grandes épitres, à cause de la grandeur du sens renfermé dans les lettres. / « Tous ceux qui mettent leur gloire dans des avantages charnels, ne vous obligent à vous faire circoncire qu’afin de ne pas souffrir la persécution pour la croix de Jésus-Christ. » Il a montré plus haut depuis quel endroit il a écrit de sa main, il expose maintenant ce qu’il a écrit. Caius César, Octavien Auguste et Tibère, successeur d’Auguste, avaient promulgué des lois d’après lesquelles les Juifs répandus par tout l’empire romain pouvaient vivre conformément aux rites de leur nation et aux cérémonies légales de leur patrie. Donc, quiconque était circoncis, bien qu’il crût en Jésus-Christ, était regardé comme Juif par les Gentils. Celui, au contraire, qui n'était pas circoncis et prouvait par là qu’il n’était pas Juif, était en butte aux persécutions, tant des Gentils que des Juifs. C’est par le désir d’éviter ces persécutions, que ceux qui avaient corrompu les Galates, conseil- ■ laient pour leur défense à leurs disciples la mise, » sive « Aggæi, » ut per hanc quoque similitudinem in manu Pauli sciamus factum Dei esse sermonem. Grandes Paulns litteras non solum tune ad Galatas, sed etiam hodie scribit ad cunctos, et quamvis parvi sint apices quibus èjus Epistolæ conscribuntur, ta- men magnæ sunt litteræ, quia in litteris. magnus est sensus. « Quicumque volunt placere in carne, hi cogunt vos circumcidi; tantum ut crucis (Ghristi perse- cutionem non patiantur. » Superius ostendit ex quo loco sua subscripserit manu; nunc quid scripserit, replicat. Caius Gæsar, et Octavianus Àugustus, et Tiberius successor Àugusti, leges promulgaverant, ut Judæi qui erant in toto Romani iniperii orbe di- spersi, proprio ri tu viverent, et patriis cæremoniis deservirent. Quicumque igitur circumcisus erat, licet in Ghristum crederefc, quasi Judæus habeba- tur a Gentibus. Qui vero absque circumcisione se non esse Judæum præputio præferebat, persecutio- nibus tam Gent ilium, quam Judæorum, fie bat ob- noxius. lias igitur persecutiones hi qui Galatas de- pravaverant declinare cupientes, circumcisionem pro defensiohe discipulis persuadebant quara nunc Apos- Tom . x. circoncision que T Apôtre appelle la confiance dans la chair, parce qu’ils proposaient dans la persécution la circoncision, tant aux Gentils qu’ils craignaient, qu’aux Juifs auxquels ils voulaient plaire. Car ils n’avaient à craindre la persécution ni de la part des Juifs, ni de la part des Gen¬ tils, qui les voyaient circoncire leurs prosélytes et garder eux-mêmes les préceptes de la loi. « Car ceux qui se font circoncire ne gardent pas eux-mêmes la loi, mais ils veulent que vous receviez la circoncision afin de se glorifier dans votre chair. » A cause de la faiblesse de la chair, dit l’Apôtre, la loi ne peut être accom¬ plie. Voilà, pourquoi les Juifs observent les pré¬ ceptes et les doctrines des hommes bien plus que les commandements de Dieu, et ils ne pra¬ tiquent ni la loi extérieure, cela est impossible, ni la loi spirituelle, parce qu’ils ne la com¬ prennent pas. Aussi, toute leur étude, tous leurs actes, tous leurs efforts tendent à se glorifier auprès des Juifs de l’outrage fait à votre chair et à se vanter que les Gentils ont été circon¬ cis sous leur magistère. Or, ils n’agissent en tout cela que pour plaire aux Juifs, et apaiser les envieux qui se plaignent que la loi est détruite. « Mais pour moi, à Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu’en la croix de Notre- Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est cru- tolus confidentiam in carne vocat, quod scificet tam Gentibus [Al. Gentilibus], quos timebant, quam Judæis, qui volebant placere, circumcisionem in persecutione proponerent. Nam nec Judæi persequi eos poteraut, nec Gentiles, quos videbant [Al. vole¬ bant] et proselytos circumcidere, et ipsos Legis præ- cepta servare, « Neque enim qui circumcisi sunt, hi Legem custo- diunt, sed volunt vos circumcidi, ut in carne vestra glorientur. Propter infirmitatem, inquit, carnis, Lex impleri non polest. Unde et Judæi præcepta magis liominum et doctrinas, quam Dei mandata custo- diunt, neque corporalem facientes Legem, impossi¬ ble quippe est; neque spiritualem, quam non in- teliigunt. Unde hoc est omne quod student, quod ogunt, quod nituntur, ut apud , Judeaos de vestræ carnis injuria glorientur, et jactitent suo Gentes ma- gisterio circumcisas. Hoc autem totum faciunt, ut Judæis placeant, et expugnatæ Legis invidia con- quiescat, « Mihi autëm absît gloriari, nisi in cruce Domini nostri Jesu Ghristi, per quem mihi mundus cru- cifixus est, et ego mundo. » Solua potest in cruce 24 370 SAINT JEROME çifié pour moi, et par qui je suis crucifié pour le monde. >>Celui-làseulpeutseglorifier dans la croix de Jésus-Christ, quilaporteàla suite du Sauveur, qui a crucifié sa chair avec ses passions et ses convoitises, qui est mort au monde et con¬ temple non les choses qui paraissent, mais celles qui ne paraissent pas, et qui voit le monde comme un crucifié et sa figure qui passe. Or, le monde qui est crucifié pour le juste, c’est celui dont le Sauveur a dit : « J’ai vaincu le monde » , Jean xvi, 33; et encore : « Gardez-vous d’aimer le monde, » et encore : « Vous n’avez pas reçu l’esprit du monde. » Celui pour qui le monde est crucifié, peut dire que le monde est aussi mort pour lui; la fin du monde est venue pour lui, et devenu digne d’un nouveau ciel, d’une nou¬ velle terre, et du nouveau Testament, il chante le cantique nouveau et il reçoit le nom nouveau écrit sur la pierre, lequel personne ne connaît, sinon celui qui le reçoit. On demande comment saint Paul peut dire maintenant : « Pour moi, à Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu’en la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, » lui qui, dans un autre endroit, se glorifie de ses disciples, alors qu’il leur dit : «Par la gloire que je reçois de vous en Jésus-Christ » I Cor. xv, 31 ; et ailleurs : « Je me glorifierai volontiers dans mes faiblesses, afin que la force de Jésus-Christ habite en moi » II Cor. xn, 9; et dans un autre endroit : « J’aimerais mieux mourir que de voir Christi gloriari, qui tollit eain, et sequilur Salvatorem, qui crucifix it car ne m suam cum vitiis et concupiscentiis, qui mortuus est mundo, et non contemplatur ea quæ videntur, sed quæ non videntur; videns mnndum crucifixum, et transeuntem figuram ejus. Crucifigi- tur autem justo mundus il] e, de quo Salvator ait : « Ego, vici mundum » Joan. xvi, 33. Et : « Nolite diii- gere mundum. » Et : « Non accepistis spiritum e mun¬ do. » Cui crucifixus est mundus, huic mundus et mor- ttms est ; et jam ei venit mundi consummatio, et dignus elfectus novo cœlo, et nova terra, et novo Testamento, canit canticum novum, et accipit nornen novum scri- ptum in calculo, quod nemo novit nisi qui acce- perit illud. Quæritur quomodo nunc Paulus dicat : « Mihi autem absit gloriari, nisi in cruce Domirii nostri Jesu Christi, » cum in alio loco de aliis glorietur, ut ibi ait : « Per vestram gloriam, quam habeo in Christo Jesu » I Cor , xv, 31. Et iterum : « Libenter gloriabor in'infirmilatibus meis, ut inhabitpt in me virtus Christi 11 Cor. xp, 9. Et in alio loco : « Bonum autem mihi est magis mori, quam ut gloriam meam quis evacuet quelqu’un me ravir cette gloire » I Cor. ix, 1.5, . , et d'autres passages dans le même sens. Mais il faut Se rappeler que toute cette gloire se rap¬ portant à la croix, est vraiment la gloire de la croix, et que tout ce qui se fait de digne en matière de vertu, se fait en vue de la Passion de Jésus-Christ. « Car en Jésus-Christ, ni la circoncision, ni l’incirconcision ne servent de rien, mais la nou¬ velle créature. » De même que le fidèle et l’infidèle, bien qu’ils aient une seule et même nature, se divisent en deux à cause de la diffé¬ rence d’intelligence : « Dépouillez-vous du vieil homme et de ses œuvres, et revêtez-vous cl© . l’homme nouveau qui, par la connaissance de la vérité, se renouvelle selon l’image de Celui’ qui l’a créé » Coloss. ni, 9, 10. Ainsi, bien qu’il n’y ait qu’un seul monde à ne considérer que la substance, dans un autre sens il y en a deux tout différents. Pour le pécheur, le monde est vieux; pour le saint, il est nouveau. En effet J comme pour le saint, le monde est crucifié, il n’y a plus pour lui ni circoncision, ni incircon- , sion, mais une nouvelle créature dans laquelle se transforme notre corps misérable en devenant conforme au corps glorieux de Jésus-Christ, car tout ce qui était ancien est passé, tout est devenu nouveau » II Cor v, et de même que la , clarté du soleil est différente delà clarté delà lune et des étoiles, « car entre les étoiles, l’une est I Cor. xx, 15, et cætera quæ in hune modum scripta sunt. Sed sciendum quod omnis ilia gloria tio qd cru- cem relata, gloria crucis sit; et quidquid dignum in virtutibus perpetratur, hoc fieri ob Domini passio- nem. « Neque enim circumcisio aliquid est, neque pi’æ- puthim, sed nova creatura. » Quomodo fidelis et infidelis, cum unus sit per substantiam, in duos di- viditur juxta intelligentiæ diversitatem, Àpostolo dicente : « Exspoliantes vos veterem hominem cum ope- ribus ejus, et indu entes novum, qui renovatur in cogni- . tionem juxta imaginem Creatoris » Coloss. iii, 9, 10; sic et mundus cum secundum substantiam unus sit; secundum sensum alius atque alius efficitur. Pecca- tori, mundus vêtus est; sancto, novus. Cum eriiin. sancto mundus fuerit crucifixus, nequaquam est ei. circumcisio et præputium; non Judæus, neque Gen tilis; sed nova creatura, in quam transfiguratür coi pus humilitatis nostræ, conforme corporis gloriæ Christi : Vetera quippe transierunt, ecce facta sunt omnia nova II Cor. v. Et quomodo alla est gloria plus brillante que l’autre -, il en est de même de la résurrection des morts » 1 Cor.- xv, 41, 42. Daniel s’exprime absolument de . la même manière en parlant de la résurrection : « Plu¬ sieurs de ceux qui dorment dans la poussière de la terre s’éveilleront les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l’opprobre, afin qu’ils le voient à jamais » Dan. xn, 2; et ailleurs : « Ceux qui ont la science brilleront comme la splendeur du firmament; » et en parlant des justes : « Plu¬ sieurs brilleront éternellement comme des étoiles. » Car ni dans le soleil, ni dans la lune, ni dans le firmament et les étoiles, la circonci¬ sion ou l’incirconcision ne servent à quelque . chose; c’est une condition nouvelle sans ces parties du corps qui peuvent être retranchées. Nous donc, qui aimons Dieu, et pour lesquels sont préparés cesjfiens que l’œil de l’homme n’a jamais vus, que son oreille n’a pas entendus, que son cœur n’a pas compris I Cor. n, lorsque ce corps misérable aura été transformé dans le corps glorieux de Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous aurons un corps sur lequel le Juif ne pourra faire aucune incision, et que le Gentil ne pourra conserver incirconcis. Ce n’est pas qu’il sera d’une nature différente, mais il sera tout différent, quant à, la gloire. « Car il faut que ce corps mortel revête l’immortalité et que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité I Cor. xv, 55. Saint Jean l’évangéliste a exprimé . sohs, alia lunæ, alia stellarum : « Stella quippe a Stella dilïert in gloria ; sic et resur rectio mortuorum » I Cor. xv, 41, 42. De qua et Daniel pari voce concordat, dicens : « Plueimi dormientium de terræ pulvere sur- gent; hi in vitam æternam et hi in opprobrium et in con fusion em æternam » Dan. xn, 2 ; et : « Intel¬ ligentes fulgebunt siuiit splendor firmamenti. » Et do justis : « Multi.sicut stetlæ in sempiternum. Neque enim fin sole et luna, firmamento et stellis, circumcisio aliquid valet, aut præputium; sed est nova conditio sine his partibus corporum, quæ possunt se cari. Ita igitur et nos qui diligimus Deum, et præparata sunt nobis quæ nec oculus vidit, nec auris audivit, nec in cor hominis ascenderunt I Cor, ii, cum de corpore humilitatis transformati fuerimus in corpus glo- riæ Domini Jesu Christi, illud habebimus corpus quoçl nec Judæus possit incidere, nec cum præputio custodire Gentilis. Non quod aliud juxta substantiam sit; sed quod juxta gloriam sit tliversuin. « Oportet enim mortale hoc induere immortalitatem, et corrupti- vum hoc incorruptione vestiri » I Cor. xv, 53. Huic IK5# * 371 la même vérité, lorsqu’il a dit : « Mes bien, aimés, nous sommes maintenant les enfants de Dieu, mais ce que nous serons un jour ne parait pas encore. Nous savons que quand il viendra dans sa gloire, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu’il est » I Jean iii, 2, Puisque donc nous n’avons pas encore vu paraître ce corps glorieux de Jésus- Christ qui a conservé la marque des clous après sa résurrec¬ tion, et est entré, les portes étant fermées, nous qui, dès maintenant sommes ressuscités dans le baptême avec Jésus-Christ et sommes devenus un nouvelhomme par cette nouvelle naissance ne nous assujettissons plus ni à la circoncision ni à l’incir concision, mais croyons fermement que nous sommes déjà ce que nous devons être un jour. « A tous ceux qui suivront cette règle paix et miséricorde ainsi qu’à l’Israël de Dieu. » C’est la règle qui dirige toutes nos actions, et c’est par l’application qu’on leur fait de la règle que l’on reconnaît si elles sont bonnes ou mauvaises. Ainsi la doctrine divine est comme la règle des discours, elle juge entre ce qui est juste et injuste, et celui qui la suivra, aura en lui-même la paix qui surpasse toute intelligence, et à la suite de la paix, la miséricorde, qui est le don principal de l’Israël de Dieu. Il est appelé Israël de Dieu par opposition à celui qui a cessé d’être Israël de Dieu. Ils disent bien qu’ils sont Juifs, mais ils ne le. sont pas; ils mentent, car ils sont quid simile et beatus evangehsta Joannes sentiens est locutus : « Charissimi, nunc Dei filii sumus; et nec- dum manifestum est quid futur i sim us. Scirnus quia si « manifestatum fuerit, similes ei erimus ; quia videbi- mus eum sicut ipse est » I Joan. ni, 2. Quia ergo necdum manifestatum [Al. manifestum] est illud corpus glorise Jesu Chvisti, quod et vestigia olayorum post resurrec- tionem habuit, et clausis jamiis est ingressum; nos qui jam nunc in baptismate Christo conresurreximus, in novum renati hominem, nec circumcisioni, nec præputio serviamus ; sed quod futuri sumus, jam nunc nos esse credamus. « Et quicumque hanc regulam sequuntur, pax super illos, et misericordia, et super Israël Dei. » Ad normam omnia. diriguntur; et utrum prava rectave sint, cum régula apposita fuerit, arguuntur. Ita et doc- trina Dei quædam quasi norma sermoiiis est, quæ. inter justa judicat et injus ta ; quàm qui secùtus fuerit, habebit pacem in seinetipso quæ superat omnem sensum ; et post pacem, misericordiam quæ præ- cipua est in Dei Israël. Dei vero Israël dictus est, ad COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX GALATES 372 SAINT JÉROME do la synagogue 'de Satan. Et ne soyez point sur¬ pris, si de même qu’il y a un Israël spirituel, il y ait aussi un Israël charnel, qui n’ait droit ni à la paix, ni à la miséricorde; c’est de lui que saint Paul écrit aux Corinthiens ; « Voyez les Israélites selon la chair. » I Cor. x, 18. C’est ainsi qu’à l’imitation de Dieu et du véritable Seigneur, il y a plusieurs dieux et plusieurs seigneurs, soit dans le ciel, soit sur la terre. L’Apôtre, voulant terminer son épître confor¬ mément au but qu’il s’était proposé, appelle en un seul mot le véritable Israël du nom admirable d’Israël de Dieu; ii leur apprend ainsi que tous les enseignements qui précèdent, loin d’être étrangers au sujet, sont parfaitement motivés. « Au reste, que personne ne cherche à m’affli¬ ger. » Ce n’est pas qu’il ait défailli dans son enseignement, mais il est comme le laboureur qui s’attriste de voir, les arbustes qu’il a plantés se dessécher, ou comme le berger plein de solli¬ citude, si les brebis, qu’il avait réunies se dis¬ persent et sont dévorées. Je préféré la version du texte grec : « Au reste, que personne ne me donne de travail, » c’est-à-dire, ne me condamne à la nécessité de travailler de nouveau au milieu de vous. Donner du travail à son maître, c’est vivre, o’est penser en contradiction avec l’ensei¬ gnement et la conduite du maître. Peut-être aussi l’Apôtre veut-il prévenir les discussions de ceux qui seraient tentés par la suite de com- distinctionem èjus qui Dei Israël esse cessavit. Dicunt eniin se esse Judæos, et non sunt; sed mentiuntur, cum sint de synagoga Satanæ. Nec mireris, si ad imitationem spiritualis Israël, carnalis sit Israël, qui nec pacera habeat nec misericordiam ; de quo et ad Corin- thios scribitur : « Videte Israël secundum carnem » I Cor . x, 18 : cum ad imitationem quoque Dei et Domi- ni, multi sint dii, et multi domini, sive in ccelo. sive in terra. Pulchre apter/i uno sermone, ut epistolam juxta propositum argumentum âiniret, Israël Dei vocavit; quo scilicet omnia quse supra dicta sunt, non extra causam ; sed ex causa dispu tata doceaptur. « Decseteronemomibimolestussit. » Non quasi defecerit indocendo; sed quo et agricola hunchabeatlaborem, si quse plantaverit virgulta siccentur; et pastor sollicitu- dinem,si pecora qnss congregaverat dissipata lanientur. Melius ergo in Grseco Iegituv, « De csetero labores mihi nemo exhibeat; » ne rursum scilicet in vobis necessita- tem habçam laborandi. Laborem præstat magistro, qui aliter et vivit et sentit, quam magister et docuit et fecit. battre sou enseignement. C’est ainsiqüedansson épître aux Corinthiens, il termine tout ce qu’il venait de dire sur l’obligation pour la femme de voiler sa tête, et pour l’homme de ne pas la voiler en disant : « Que si quelqu’un aime à contester, pour nous, ce n’est point là notre coutume, ou celle de l’Église de Dieu, » 1 Cor . xr, 16; c’est-à-dire nous avons dit ce que nous croyons être convenable et juste; mais si quel¬ qu’un, ne voulant pas se rendre à la vérité, cherche encore à répondre et à nous contredire, qu’il sache qu’il n’est pas digne de réponse, parce qu’il est disposé bien plus à disputer qu’à être enseigné. « Car je porte imprimées sur mon corps les marques du Seigneur Jésus. » Celui qui après la venue de Jésus-Christ reçoit la circoncision de la chair, ne porte pas les marques du, Seigneur Jésus, mais il se glorifie dans ce qui fait sa honte. Mais celui qui a été couvert de plaies, jeté plusieurs fois dans les fers, battu trois fois de verges, lapidé une fois et a souffert toutes les persécutions qui sont comprises dans cette glo¬ rieuse énumération, celui-là porte vraiment les marques du Seigneur Jésus dans son corps. , Celui aussi qui châtie son corps, le réduit en servitudè, de peur qu’aprôs avoir prêché aux autres, il ne soit lui-même réprouvé, perte également dans son corps les marqués du Seigneur Jésus, » I Cor . ix. Les apôtres se réjouissaient d’avoir Potest et contentionem eorum, si qui contradicere dein- ceps voluerint, prævenire, quod etiam ad Corinthios in velando mulieris capite, et masculi non velando, post; multa complexus est, dicens : « Si quis autem videfur contentiosus esse; nos talem consuetudinem non habe- mus, neque Ecclesia Dei » I Cor , xi, 16; hoc est, nos, diximus quæ nobis honesta videbantur et justa; si quis autem nolens acquiescere veritati, quærit quid respon- deat, et quibus nitantur contra, sciât se responsione. non dignum, qui magis contendere paratus est, quam doceri. «Ego autem stigmata Domini Jesu in corpore meo porto. » Qui post adventum Christi in carne circumci- ditur, non portât stigmata Domini Jesu; sed habet glo- riam in confusione sua. Qui vero in plagis supra modum, in carceribus fréquenter, ter virgis cæsus est, semel lapidatus est, et cætera quæ in catalogo scripta sunt gloriandi, hic stigmata Domini Jesu in corpore suo portât. Forte et is qui macerat corpus suum, et subjicit servituti, nealiis prædicnns ipso reprobu 8 inveniatur, COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX GALATES 373 été jugés dignes de souffrir des outrages pour le nom de Jésus, Act. v. . ■ « Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mes frères, soit avec votre esprit. Amen. Ce n’est ni la discussion, ni l’esclavage de la loi, ni les disputes, ni les contestations que je vous souhaite, mais que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec votre esprit. Ce n’est pas avec votre chair, ce n’est pas même avec votre âme, ou bien parce qu’étant devenus spirituels, vous avez cessé d’être chair et âme, ou bien, parce que dans la partie principale se trouve renfermé ce qui est inférieur, car l’âme et la chair sont soumises à l’esprit. C’est de lui que l’Ecclesiaste dit : « L’esprit retournera à celui qui l’a donné, » Ecoles . xii, 7. Et Paul lui-même dans un autre endroit : « L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit, » Rom. vin, 16. Or, cette grâce du Seigneur n’est pas avec tous, mais avec ceux qui méritent d’être appelés par l’Apôtre, frères fidèles, frères véritables, ce que signifie le mot portât stigmata Domini Jesu in corpore suo I Cor . ix. Lætabantur et apostoli quod digni fuerant pro nomine Jesu contumeliam pati Act. v. « Gratia Domini nostri Jesu Christi, cum spiritu vestro, fratres. Amen. » Non dissensio, non Legis ser- vitus, non rixa, non jurgium, sed gratia Domini Jesu Christi sit cum spiritu vestro. Nequaquam cum carne, nequaquam cum anima; sive quia spirituales facti, caro . et anima esse desistis, sive quod in principali etiam ea, quse minora sunt, comprehendantur. Anima enim et caro subjecta sunt spiritui. De quo et Ecclesiastes loqqitur : « Spiritu s revertetur ad eu m qui dédit ilium » Eccl. xii. 7. Et Paulus in alio loco : « Ipse spiritus testimonium perhibet spiritui nostro » Rom . vm, 16. Hæc autem gratia Domini Jesu non cum omnibus est, sed cum bis qui fratres ab Apostolo merentur vocari, fratres fideles, fratresque germani, quod ahen verbum hébreu Amen. En effet, les Septante traduisent ce mot par : « qu'il en soit ainsi. » Aquila, Symmaque et Théodotion, par fidèlement ou véritablement. Et de même que dans l’ancien Testament, Dieu confirme ses paroles par une cer¬ taine formule de serment en disant : « Je vis, dit le Seigneur, » Nomb. xiv, 28, et que les saints jurent aussi en disant : « Votre âme vit, » ainsi Notre-Seigneur dans l’Évangile, par le mot Amen } montre la véritéde ce qu’il vient de dire : Le mot Amen, exprime aussi l’assentiment des auditeurs, et il est comme le sceau de la vérité, comme saint Paul nous l’enseigne dans sa première épître aux Corinthiens : « Si vous ne louez Dieu que d’esprit, comment celui qui est parmi les ignorants répondra-t-il Amen à la fin de votre bénédiction, puisqu’il n’entend pas ce que vous dites? » I Cor. xiv, 16. L’Apôtre nous prouve par là que l’ignorant ne peut répondre que ce qui lui est dit est vrai, s’il ne comprend pas les enseignements qui lui sont donnés. significat Hebræum. Amen er.im Septnaginta interprè¬ tes, « fiat; » Aquila, Symmaclius, et Theodotio, « fide- liter, » sive, « vere, » interprétât! sunt. Et quomodo in veteri Testamento quadam jurandi consuetudine Dens sua verba confirmât, dicens : « Vivo ego, dicit Dominus » Num. xiv, 28 ; per sanctos quo que jurât ur : « Vivit anima tua ; » ita et Salvator noster in Evangelio per verbum Amen, vera esse quæ loquitur, ostendit. Quod autem Amen consensum significet audientis, et sit signaculum veritatis, ad Corinthios quoque prima nos docet, in qua Paulus ait : « Cæterum si benedixeris spiritu, quis suppl et locum id.iotæ? Quomodo dicet amen super tua benedictione ; quoniam quidem nescit quid dicas » I Cor. xiv, 16? Ex quo ostendit non jposse idio- ten respondere verum esse quod dicitur, nisi intellexe- rit quod docetur. LES TROIS LIVRES DES COMMENTAIRES DE SAINT EUSÈBE JÉROME PRÊTRE DE STRIDON STJR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS S’il est quelque chose dans cette vie, Paul et Eustochium, qui puisse maintenir l’homme sage et lui persuader de rester calme et toujours égal à lui-même au milieu des afflictions et des agitations de ce monde, c’est en premier lieu à mon avis, la méditation et la science des Écri¬ tures. En effet, puisque nous différons surtout des autres êtres animés, en ce que nous sommes un animal raisonnable et doué de la parole; et que d’un autre côté, toute raison, toute parole sont contenues dans les livres divins, ou nous apprenons ce que c’est que Dieu, et la raison pour laquelle nous sommes créés, je suis étonné qu’il se soit trouvé des hommes qui s’abandonnent à l’oisiveté et au sommeil, négli¬ gent d’apprendre des vérités aussi belles, ou bien croient devoir blâmer ceux qui se livrent avec ardeur à cetto étude. Je pourrais leur faire une réponse courte et sévère qui les ren¬ verrait ou mécontents, ou convaincus et leur prouver] qu’il vaut beaucoup mieux lire les Écritures que d’appliquer tous ses désirs à Si quidquam est, Paula et Eustochium, quod in hac vita sapientem virum teneat, et inter pressuras et turbines mundi æquo animo manere persuadeat, id esse vel primum reor, meditationem et scientiam Scriptura- rum. Gum enim a cæteris animantibus hoc vel maxime differamus, quod rationale animal sumus et loqui possu- mus ; ratio autem omnis et sermo divinis libris conti- neatur, per quos et Deum discimus, et quare creati sumus non ignoramus ; miror quosdam exstitisse, qui aut ipsi se inertiæ et somno dantes, nolint quæ prœclara' Buntdiscere; aut eæteros, qui id studii habent, repre- hendendos putent. Quibus cum possim districtius respon- dere, et breviter eos vel offensos dimittere, velplacatos, multo esse meliue Scripturas legere, quam augendis et augmenter, à entasser des richesses. Mais j’aime mieux leur dire tout simplement, ce qui me fera trouver grâce devant le juge le moins équi¬ table, que je suis charmé de mes loisirs, et que la solitude me paraît plus agréabloque toute la cé¬ lébrité possible. Je ne blâme ni ne condamne ce qu’ils font ; qu’ils me laissent également satisfaire mes caprices si déraisonnables qu’ils paraissent. Je suis peu éloquent, que vous importe? cherchez en un plus disert. Je ne traduis point convena¬ blement le grec en latin; lisez les auteurs grecs, si vous connaissez cette langue; ou si vous ne savez que le latin, ne jugez pas si sévèrement ce qui vous est offert gratuitement, et suivant un proverbe vulgaire, n’examinez pas les dents d’un cheval qui vous est donné. Est-ce que je vous saisis et vous amène devant les tribunaux, parce que vous ne transcrivez pas (peut-être, parce que vous ne lisez pas) mes écrits. Beau¬ coup , d’autres, moins habiles, me liront; pour vous, si vous écrivez vos discours, Cicéron lui-même sera dans l’admiration. Est-ce que le cumulandis opibus inhiare ; illud dicam, quod vel apud iniquissimum judicem obtineam, placere mihi otium meum, et solitudinem omni celebritate jucundiorem videri. Et quomodo ego non reprehendo, non damno quod faciunt : ita illos ineptias meas mihi debere conce- dere. Parum eJoquens siun, quid ad te? dissertiorem lege. Non digne Græca in Latinum transfero ; aut Grsecos lege (si ejusdem linguæ habes scientiam); aut si tantum Latinus es, noli de gratuito munere judicare, et, ut vulgare proverbium est : Equi dentes inspicere donati. Numquid te manu conserta in jus traho, quia nostra non scribas [Forte legas]? Me iraperitior quis- que lecturus est ; tua forsitan dicta si scripseris, Tullius admirabitur, Numquid aut Tertullianus beatum Marty- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 875 bienheureux martyr Cyprien a été détourné d’écrire par Tertullien, ou Lactance par Cyprien ou Hilaire par Lactance? Je ne dis rien des autres insectes qui font du bruit avec moi clans leurs livres. 11 faut commencer par de petites choses si l’on veut s’élever jusqu’aux grandes. Un chapitre n’est le premier qu’à la condition d’être suivi d’un second et d’un troisième. Nous ne gravissons les hauts sommets, qu’après avoir marché dans la plaine. Je vous supplie donc autant vous qui êtes ici que sainte Marcelle, modèle unique de viduité, de ne point commu¬ niquer facilement mes modestes ouvrages aux médisants et aux envieux, et de no point donner les choses saintes aux chiens, ni jeter les perles devant les pourceaux, Malth. vu. Dans l’impuissance où ils sont d’imiter les bons exem¬ ples, ils font la seule , chose dont ils soient capables, ils sont envieux, et ils s’imaginent avoir toute science et toute tradition, par là même- qu’il flétrissent la réputation des autres. Répondez-leur, je vous en supplie, qu’ils prennent eux-mêmes la plume, qu’ils réunissent comme on dit trois mots ensemble, qu’ils se donnent tant soit peu de peine, qu’ils éprouvent ce dont ils sont capables, et que leur propre travail leur apprenne a être indulgents pour les travaux des autres : « Car vous savez vous- mêmes que ce travail d’exposition, je l’ai entrepris malgré moi, et parce que vous m’y avez forcé. Ce n’est pas que j’ai cessé dès ma rem Cyprîanum, aut Cyprianus Lactantium, aut Lac ta n- tius H’iarium deterruit a scribendo? Taceo do cæteris minutalibus, qui mecutn in libris suis garriunt. Nisi et par va fuerint, magna eminere non possunt. Primum non dicitur, nisi secundum sequatur et tertium. Ad summa non scandimus, nisi périma gradiamur. Quam- obr.era obsecro tam vos quæinpræsentiarum estis, quam sanctam Marcellam, unicum viduitatis exemplar, ne facile maledicis et invidis opuscula mea tradatis neque detiS sanctum canibus, et inargaritas mittatis ante porcos. Matth. vu. Qm cum bona imitari non queant, quod solum facere possunt, invident ; et in eo se doctos eruditosque arbitrantur, si de aliis detrahant. Quibus obsecro respondeatis, ut figant ipsi stylum, tria ut dici¬ tur verba conjungant, sudent paululum, experiantur semetipsos, et ex labore proprio discant ignoscere labo- rantibus. Scitis enim et ipsœ quod ad hoc me explana- tionum opus, invitum et retractantem compuleritis. Non quo ab adolesoentia, àut legere umquam, aut doctos première jeunesse ou de lire, ou de m’instruire auprès des hommes doctes et savants des choses que j’ignorais, et que comme la plupart, je n’ai eu d’autre maître que moi-même. Enfin c’est surtout pour cela que tout récemment encore, je me suis rendu à Alexandrie, pour voir Didyme et lui demander la solution des questions douteuses que j’avais sur toute l’Écriture. Cgr c’est une toute autre, chose de composer des ouvrages, fruits propres dé l’esprit d’un chacun, par exemple, sur La varice, sur la foi, sur la virginité, sur les veuves; et sur chacune de ces matières, joindre aux témoi¬ gnages de l’Écriture, recueillis ça "et là, los efforts d’une éloquence tout humaine, et revêtir des lieux communs d’un style emphatique 1 et' prétentieux ; autre chose d’entrer dans le sens du prophète et de l’Apôtre, comprendre la raison qui les a déterminés a écrire, quelles preuves ils donnent à l’appui de leur sentiment, et ce qui est particulier dans l’ancienne loi aux Iduméens, aux Moabites, aux Ammonites, aux Tyriens, aux Philistins, aux Égyptiens, aux Assy¬ riens, et danslenouveauTestamentaux Romains, aux Corinthiens, aux Galates, auxPhilippiens, aux Thessaloniciens, aux Hébreux, aux Colossiens, et quelle est cette épître aux Éphésiens que nous avons maintenant entre les mains ? Car il est nécessaire que la diversité des temps, des lieux et aussi des personnes, auxquels ces écrits étaient adressés, entraînent une différence dans viros ea quæ nesciebara interrogare cessaverim, et meipsnm tantum, ut plerique, habuerim magistrum. Denique imper ob ha ne vel maxime causam Alexandriam perrexi, ut viderem Didymum, et ab eo in Scripturis omnibus quæ habebam dubia sciscitarer. Sed cura aliud sit.proprios libros componere, verbigratia, de avaritia, et de fide, de virginitate, de viduis, et super unaquaque materia testimoniis Scripturarum bine inde quæsitis eloquentiam jungere sæcularera, et pene in communibus locis pompaticum jactare sermonem; aliud in sensum propbetæ et apostoli ingredi, intelligere cur scripserint, qua sententiam suam ratione firmaverint, quid habeant ïn veteri Lege proprium Idumæi, Moabitæ, Ammonitæ, Tyi’ii, Philistiim, Ægyptii, et Assyrii, quid rursum in novo Testamento Romani, Corinthii, Galatæ, Philippen-. ses, Tbessalonicenses, Hebræi, Colossenses, et quam hune ad Ephesios Epistolam habemus in manibus. Neces- se est enim, ut juxta diversitates locorum et temporum, et hominum, quibus scriptæ sunt, diversas et causas, et 376 SAINT les mots dans les preuves, et dans les origines. Ainsi, à l’exemple de saint Jean qui, écrivant dans l’Apocalypse à sept Églises, reprend dans chacune des vices qui lui sont propres, ou bien loue des vertus qui lui sont particulières, l'apôtre saint Paul guérit dans chaque Église les blessures dont elle ést atteinte, et ne cherche pas comme un médecin ignorant à guérir tous les yeux avec un seul et même collyre. Et puisque, cédant à vos prières, nous avons il y a peu de jours, expliqué ce que nous pensions de l’Épître aux Galates, il nous faut passer mainte¬ nant à l’épître aux Éphésions qui tient le milieu, autant par le rang qu’elle occupe que par les vertus qu’elle renferme. Je dis qu’elle tient le milieu, non parce que, venant après les premiè¬ res, elle soit au-dessus des dernières; mais parce qu’elle est au milieu comme le corps de l’être animé, ce qui doit vous faire comprendre de quelles grandes difficultés et de quelles questions profondes elle se présente environnée. Il écrivait aux Éphésiens adorateurs de Diane, non de Diane la chasseresse, mais de la Diane qui a plusieurs mamelles et que les grecs argumenta, et origines habeant. Et quomodo beatus Joannes in Apocalypsi sua ad septem scribens Eccle- sias, in unaquaque earum specialia, vel vitia repre- hendit, vel.virtutes probat; ita et sanctus apos- tolus Paulus per singulas Ecclesias vulnaribus mede- tur illatis, nec ad instar imperiti medici uno collyrio omnium oculos vult curare. Et quia jam ad Galatas orantibus vobis, ante paucos dies quid nobis vide- retur, expressimus ; nunc ad Ephesios transeundum est, mediam Àpostoli epistoïam, ut ordine ita et sensibus. Mediam autem dico, non quo primas se- quens, extremis major sit; sed quomodo cor anima- lis in medio est; ut ex hoc intelligatis quantis diffi- cultatibus, et quam profundis quæstionibus involuta sit. Scribebat ad Ephesios Dianam colentës non hanc venatricem, quse arcum tenet, atque suc- cincta est sed illam multimammiam quam Græci TroXuacctfTOV (1), vocant, ut scilicet ex ipsà quoque effigie, JÉROME appellent 7roXup.a> comme s’il s’agissait d’une chose passée et non d’une prômesse pour l’avenir, et qu’il dit : « Il a béni » et non il bénira, on demande comment Dieu nous a bénis d’une bénédiction céleste, alors que nous sommes encore sur la terre. Lors donc que nous vivons déjà dans le ciel, et que nous ne sommes plus du monde, lorsqu’ayant dépouillé l’image de l’homme terrestre, nous portons l’image de l’homme céleste, par-dessus tout, que nous ne vivons plus dans la chair, mais dans l’esprit, et que nous thésaurisons pour le ciel où nous avons notre cœur. Alors, il est vrai de dire que nous som¬ mes bénis de toutes sortes de bénédictions célestes; ou bien on peut dire encore que toute bénédiction spirituelle en Jésus-Christ, bien que donnée sur la terre, est cependant comptée parmi les béné¬ dictions célestes. « Il nous a bénis, dit l’Apôtre, de toutes sortes de bénédictions spirituelles pour les choses célestes, en Jésus-Christ, dans la parole de Dieu, dans la sagesse, dans la vérité et dans les autres vertus. Il est à remarquer qu’on peut lire de deux manières ces paroles : « Béni soit Dieu et le Père de Notre-Seigneur Jésus- Christ, c’est-à-dire : « Béni soit Dieu, le créateur de toutes choses, » première proposition, et ensuite : « et qui est le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ » ou bien en rapportant tout ensemble, Dieu et' Père à Notre-Seigneur Jésus- Christ. Béni soit le Dieu de celui qui s’est fait quæritur quomodo aclhuc in terra nos positos, cœles- ti benedictione benedixerit. Sive igitur quod conversa- tio nostra in ccelis est, et non sumus de mundo isto ; sed deposita imagine choici, portamus imagi¬ nera superccelestis ; et in carne non vivimus, sed in spiritu ; et thesaurizamus nobis in cœlis ubi et cor habemus, dicimur nunc cœlesti benedictione bene- diçti; sive certe, quod omnis bénedictio spiritualis in Cbristo, licet in terra sit, tamen de cœlestibus computetur. « Benedixit nos, » inquit, « in omni béné¬ diction e spïrituali in cœlestibus in Chris to ; » in sermone Dei, et sapientia, et veritate, cæterisque virtutibus. Dupliciter autem legend-um : « Benedictus Deus et Pa¬ ter Domini nostri Jesu Ghristi ; » ut sit benedictus Deus, qui universorum conditor est, et hucusque distinctio; deinctps interatur : «. qui est et Pater Do¬ mini nostri Jesu Christi, « vel ita ; ut Deus et Pater, ad Doinkmm nostrum, in commune referatur. Benedic¬ tus Deus ejus qui assumptus est hominis, ,et Pater ejus, qui in principio apud Deum luit Deus Verbum. Non quo alius assumptus homo, et alius sit sermo JÉRÔME homme, et le Père de celui qui au commence¬ ment était en Dieu, Dieu le. Verbe. Non pas que celui qui a été fait homme, soit différent du Verbe qui s’est revêtu de l’humanité, mais parce que le seul et même Jésus-Christ nous est représenté suivant la diversité des sujets, tantôt dans l’élévation, tantôt dans l’humiliation. « Comme il nous a élus en lui, avant la créa¬ tion du monde, afin que nous fussions saints et sans tache en sa présence. » Au lieu de la créa¬ tion du monde, le texte grec porte 7rpo xaxo xdap-oo, or le mot xara6oX^, n’a pas le même sens que constitutif), création. Ainsi donc la pau¬ vreté de la langue et la nouveauté des choses, et comme l’a dit un auteur, le caractère de la langue grecque plus riche et plus expressive,, nous forcent, non de traduire littéralement' cette. . expression, mais d’en expliquer la force par une périphrase. Le mot KaTcdxAv] se dit, ou de celui qui est jeté du haut en bas, et qui tombe d’une sphère plus élevée dans une sphère inférieure, ou bien lorsqu’une chose commence d’exister. Ainsi pour exprimer l’action de ceux qui jettent les premiers fondements d’un édifice, on emploie le verbe xaTaSeQvjxévai, c’est-à-dire jeter en bas les premières ■ assises des fondations. ■ Saint Paul voulant donc montrer que Dieu a tout créé de rien, ne lui attribue point la forma¬ tion, la création, la fabrication du monde, mais xaTaêoXTjv, c’est-à-dire le commencement de la ■ qui assumpserit; sed quo unus atque idem pro va- . rietate causarum, nunc subliinis, nunc humilis, præ- dicetur. « Sicut elegit nos in ipso ante constitutionem mundi; ut essemus sancti et iminaculati coram ipso. » Pro constitutione mundi, in Græco scriptum habet, 7tpo xaTaêoXvjç xogulou ; non ici ipsum autem xaxaêoXv] quod « constitutio » sonat. Unde et nos propter paupertatem linguœ, et rerum novitatem., et sicut quidam ait, quod si Græcorum et sermo latior et lingua felicior, conabi mur non tam verbum trans- ferre de verbo, quod impossibile est, quam vim verbi quodam explicare cire ui tu. KaTaêoX7j proprie dicitur, ciim qui deorsum jacitur, et in inferiovem locum mittitur de sublimi, vel cum aliqua res sumit exoT'dium. Unde et bi qui ædium futurarum prima jaciunt fundamenta xaTaêsêXTjxsvat, id est, deorsum initia fund a mentor uni jecisse dicuntur. Volens itaque Paulus dstendere quod Deus universa sit' machinatus ex ’ nihilo, non « conditionem, » non « creaturam » atque « facturam, » sed xaTaêoXvjv, id; est, « initium funda- < 383 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPïIÉSIENS fondation, afin qu’on ne puisse supposer, comme le font les Manichéens et les autres hérésies (qui admettent un créateur et une matière), qu’il existait une matière ^ntépédente d’où les créatures ont été faites, mais qu’il soit bien entendu que toutes choses ont été tirées du néant. Quant à ce qu’il atteste que nous avons été choisis afin d’être saints et immaculés devant lui, c’est-à-dire devant Dieu, avant la création du monde, c’est un acte de la prescience divine, par laquelle toutes les choses futures sont déjà faites, toutes sont connues avant leur accomplissement. C’est ainsi que Paul est pré¬ destiné dans le sein de sa mère, que Jérémie est sanctifié avaiit sa naissance, et qu’il est envoyé aux nations comme prophète et figure de Jésus- Christ. Un autre auteur qui s’efforce de mon¬ trer que Dieu est juste, parce qu’il choisit chacun de nous non en vertu de sa prescience divine, mais par suite du mérite des élus, affirme qu’avant les créatures visibles, le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’elles contiennent, il a existé d’autres créatures invisibles parmi lesquelles des âmes, qui pour des causes à Dieu seul connues ont été jetées dans cette vallée de larmes, sur cette terre d’affliction,- dans ce lieu de notre pèlerinage du milieu duquel un saint demandait à Dieu son retour dans sa première demeure en lui disant : « Malheur à moi, car mon exil a été prolongé, j’ai habité avec le peuple de Gédar, mon âme y a été trop longtemps errante, » Ps. cix, 5. Et dans un autre endroit : « Malheureux homme que je suis, qui me dé¬ livrera de ce corps de mort? » Et encore : « 11 vaut mieux retourner et être avec le Christ. » Et ailleurs : « Avant d’être homme j’ai péché, » Ps. cxvm, 67, et d’autres témoignages sem¬ blables. Ainsi donc, avant que les âmes -fussent précipitées dans le monde et que ce monde, jeté lui-même au plus bas degré de la création, existât avec les âmes qui devaient l’habiter, Dieu a choisi Paul et ceux qui lui étaient sembla¬ bles devant lui, qui étaient saints et immaculés. Or, on ne choisit quelqu’un que parmi plusieurs, et le choix n’a de raison d’être, que là où il existe quelques infériorités. Ainsi de même que dans la captivité de Babylone, lorsque Nabucho- donosor eut emmené le peuple juif en Ghaldée, "Dieu envoya Ézéchiel, Daniel, les trois enfants, Aggée, Zacharie, non qu’ils eussent mérité les rigueurs de la captivité, mais pour être les con¬ solateurs des captifs; ainsi dans cette chute du monde, ceux qui avaient été choisis de Dieu, avant l’existence du monde, furent envoyés, pour menti » ad eum retulit; ut non juxta Maniohæum, et cæteras hæreses (quæ facto rem et materiam ponunt) aliquid \AÎ . aliud] unde creaturae factæ sint, ante- cesserit creaturas ; sed omnia ex nihilo substiterint. Quod .autem electos nos, ut essemus sancti et imma- culati covam ipso, hoc est, Deo, ante fabricam mu'ndi testatus est, àd præscientiam Dei pertinet; cui omnia futura jam facta sunt, et antequam fiant universa sunt nota. Sicut et Paulus ipse prædesti- natur in utero ma tris suæ, et Jeremias in vulva sanctificatur Jerem. i, eligitur, roboratur, et in typo Ghristi propheta gentibus mittitur. Abus (i) vero qui Deum justum conatur ostendere, quod non ex præ- jhdfcio scientiæ suæ, sed ex merito electorum unum- quemque eligat, dicit, ante visibiles creaturas, cœ- lum, tefram, maria et omnia quæ intra ea l 'Al. in eis] sunt, fuisse alias invisi biles creaturas, in quibus et animas, quæ ob quasdam causas, sôli Deo notas, dejectæ sint deorsum in vallem istam lacrymarum, in locum affliction) s et peregrinationis nostræ, in quo sanctus constitutus orabat ut ad sedem pri$ti- nam reverteretur, dicens : « Heu mihi, quia incolatus meus prolongatus est! habitavi cum habitantibus [Al. habitationibusj Cedar, multum peregrinata est anima mea Ps . cxix, 5. Et in alio loco : « Miser ego homo : quis me liberabit de corpore mortis hujus? » Et : « Melius est revérti, et esse cum Ghristo. » Et alibi: « Antequam humiliarer ego peccavi Ps. cxvm, 67, et cætera his similia. Jtaque priusquam animæ, inquiunt, præci- pitarentur in niundum, et mundus ex animabus [Al. animalibus] fleret cum habitatricibus suis, in infimum ipse dejectus, elegit Paulum Deus et ei si- miles coram se, qui eraht sancti et immaculati. Nemo autem eligitur nisi de plurïbus; et ubi sunt aliqui vihores, ibi electio perpetratur. Quomodo au¬ tem in Babylonia captivitate, quando a Nabuchodo- nosor in Ghaldæam -abductus est populus, missi sunt proplietæ Ezechiel, Daniel, très pueri, Aggæus, Zacha- rias, non quo et ipsi meruerint captivitatem, sed ut essent in solatio captivoriun; ita et in ilia deje- ctione mundi eos, qui antequam mundus fleret, electi erant a Deo, missos esse in eruditionem et' (1) Hune alium, cujus hic dissimulât nomen, Origcnem esse non diffitetur S. Pater in Apologie contra Rufinum ; soque ita, quod nornen «jus tacuerit, excusât : Quia Commentatoris officium est, multomm sententias ponere. et hoG me faclurum in præfatione promiseram , eliam Ofigenis absque invidia nominis e jus Explanationem posuit, dicens : Alius vero qui Deum justum conatur ostendere, oie. Ed. Mig. .384 SAINT l’instruction et l’enseignement des âmes péche¬ resses, afin que leur prédication les aidât à retourner vers le séjour d’où elles étaient tom¬ bées ; et voilà ce qui fait dire à Moyse clans le psaume quatre-vingt-neuvième : « Seigneur, vous avez été notre refuge de génération en géné¬ ration. « Avant la formation des montagnes, avant la création de; la terre et du monde, » Ps. lxxxix, 1. C’est-à-dire que avant que le monde fût créé, et que toute génération eût commencé son existence, Dieu a été le refuge de ses saints. Quant à ce que l’Apôtre ajoute : « Afin que nous fussions saints et sans tache, il y a cette différence entre celui qui est saint, et celui qui est sans tache, qu’on peut dire du saint qu’il est sans tache, tandis que celui qui est sans tache, n’est point par là même élevé jus¬ qu’à la sainteté. Ainsi les petits enfants sont sans tache, pàrce que leur corps n’est souillé d’aucun péché; et cependant ils ne sont pas saints, parce que la sainteté s’acquiert par la volonté et de grands efforts. Ainsi encore nous pouvons appeler sans tache celui qui n’a point commis de péché, et saint celui qui est plein de vertus, suivant ce qui est écrit dans un psaume : « Celui qui marche sans tache, et pratique la justice, » Ps. xiv, 2. Et dans le Cantique des cantiques : « Vous êtes toute belle, mabiop-aimée, et il n’y a point de tache en vous, Cant. iv, 7. On demande comment quelqu’un peut être saint magisterium animarum peccatrieium, ut ad prædi- cationera eorum reVerterentur ad eum locum unde corruerant; et hoc esse quod a. Moyse in octogesimo nono psalmo dicatur : « Domine, refugium factus es nobis in generatione et generationem; antequara mon¬ tes firmarentur, et fieret terra, et orbis terrarum » Psal. lxxxix, 1. Quod scilicet antequam mundus fieret, et_ universa generatio principium sumeret, sanctis suis Deus refugium fuerit. Quod autem ait, « ut essemus sancti et immaculati coram ipso, » inter sanctum et immaculatum hoc interest, quod sanctus et immaculatus quoque intelligi potest, immaculatus vero non statim et sanctus. Parvuli quippe immacu¬ lati sunt, quia integro corpore nullum fecere pecca- tum;; et tamen non sancti, quia sanctitas voluntatô et studio comparatur. Et quod immaculatus dici po¬ test ille qui peccata non fecit, sanctus autem is qui virtutihus plenus sit, juxta illud quod in quodam psalmo scribitur : « Qui ambulat sine macula, et ope- ratur justitiam » Psal. xiv, 2. Et in Cantico cantico- rura : « Tota speciosa es, proiiraa moa, et macula JEROME et sans tache devant Dieu, alors que le Prophète nous atteste « que tout homme vivant ne sera point justifié devant Voüs. » Car où les Éphé- siens sont saints et sans tache devant Dieu, et alors il est faux de dire, « que tout homme vivant ne sera point justifié devant Vous, » ou si personne n’est justifié devant Dieu, il n’est point vrai de dire comme l’Apôtre l’a fait précé¬ demment, qu’il y en a qui sont saints et sans tache en présence de Dieu. Nous ferons à cette difficulté une double réponse. En effet, Paul n’a pas dit : « Il nous a choisis avant la création du monde, alors quo nous étions saints et' sans tache; mais il nous a choisis pour que nous fus¬ sions saints et sans tache, c’est-à-dire, il nous a choisis nous qui n’avions été auparavant,, ni saints, ni sans tache, afin que nous puissions le devenir en vertu de ce choix. C’est ce qu’on peut appliquer 1 aux pécheurs convertis à une nouvelle vie et ainsi est-il vrai de dire : « Tout homme vivant ne sera point justifié en votre présence » c’est-à-dire pendant, toute sa vie, durant tout le temps de son existence dans co monde. Cos paroles ainsi entendues sont tout' à fait contraires à ceux qui disent qu’avant la création du monde, des âmes ont été choisies à cause de leur sainteté et de leur exemption do tout péché. Car, encore une fois, Paul et ceux qui lui sont semblables sont choisis non parce qu’ils étaient saints .et immaculés, mais ils sont non est in te Canï. iv, 7. Quæritur quomoclo sanctus quis et immaculatus sit coram Deo, cum propheta testetur, dicens : « Non justificabitur in conspectu tuo omnis vivens, » Àut enim sancti et immaculati coram Deo Ephesii sunt, et falsum est hoc quod dicitur :■ .« Non justificabitur in conspectu tuo omnis vivens. » Aut si nemo jusiificatur in conspectu Dei, falsum est quod præcessit, sanctos et immaculatos esse in conspectu Dei, ad quod bifariam est respondendum. Non enim ait Paulus : Elegit nos ante constitutionem. mundi, cum essemus sancti et immaculati; sed, ele¬ git nos. ut essemus sancti et immaculati, hoc est, qui sancti et immaculati ante non fui mu s, ut postea es- semus. Quod et de peccatoribus ad meliora conversis dici potest, et stabit ilia sententia : « Non justifica- bitur in conspectu tuo omnis vivens, » id est, in tota vita sua, iniomni quo in mundo isto conversatus [Al. versatus] -est tempore. Quod quidem ita intellectum,et adversum eum facit, qui -antequam mundus fieret, animas dicit electas esse propter sanctitatom et nul¬ lum vitium peccatorum. Non enim, ut ante jam dixi- COMMENTAIRES SUR' L’EPITRE AUX ÉPHESIENS 386 choisis et prédestinés, afin que dans la vie qui doit suivre., ils deviennent par leurs bonnes œuvres et leurs vertus, saints et sans tache. Enfin uaè autre raison de l’entendre ainsi, c'est que le prophète n’a point dit : « Quelqu’un des hommes vivants, ne sera point justifié devant vous, » mais « tout homme vivant, » c’est-à-dire tous ne seront point justifiés, mais quelques-uns le seront. « Lui qui nous a prédestinés dans sa charité, pour être ses enfants adoptifs par Jésus-Christ. » On peut lire ce texte de deux manières, en réunissant le mot charité, ou à ce qui précède, ou à ce qui suit, avec ce qui précède de cette manière : « Afin que nous soyons saints et sans tache devant lui dans la charité; » et ensuite : « Lui qui nous a prédestinés pour être ses enfants adoptifs par Jésus- Christ. » Ou bien avec ce qui suit, en lisant : << Lui qui nous a prédestinés pour être ses enfants adoptifs par Jésus-Christ. » La version latine n’explique pas la différence qui existe entre ces deux mots grecs Trpoopfoaç et opurO^VToç. Ce que l’Apôtre dit plus haut se rapporte à ceux qui n’étaient pas autrefois, à qui Dieu a pensé avant qu’ils fussent, et qui ont existé ensuite. Ce qui suit, au contraire, a pour objet celui que nulle pensée, nulle volonté n’a précédé, mus, eliguntur Paulus, et qui ei similes sunt, quia erant sancti et immaculati; sed eliguntur et præde- stinantur, ut in consequenti vita per opéra atque virtutes sancti et immaculati fiant. Deinde ‘ et sic sentiendum est, quia non dixerit : « Non justificabitur in conspe'ctu tuo quispiam vivens; » sed, omnis vivens, id est, non justificabuntur omnes; justificabuntur vero aliqui. « In charitate prædestinans nos in adoptionem filiorum per Jesnm Christum in ipsum. » Duplici- ter legendum, ut charitas vel cum superioribus, vel inferioribus copuletur. Cum superioribus ita : « Ut essemus sancti et immaculati coram ipso in chari¬ tate, » et postea sequatur : « prædéstinâns nos in adop¬ tionem filiorum per Jesurn Christum in ipsum [Al. ipso\* Cum inferioribus autem sic : « in charitate prædesti¬ nans nos in adoptionem filiorum per Jesum Christum in ipsum. » Dilferentiam vero Græci sermon.: s Trpo- opieocç et opurOsvTog. Latinus sermo non explicat. Superior quippe sermo ad eos refertur, qui antea non fuerunt, et priusquam fierint, de his cogitatum est, et postea substiterunt. lnferior vero de eo quem nulla cogitatio, voluntas nulla præceSsit, sed semper Tom.x. mais qui a toujours été et qui n’a Jamais eu de commencement d’existence. Pour ceux donc qui n’existaient pas auparavant, et qui n’ont reçu l’existence que plus tard, saint Paul se sert du mot 7rpoopiff0evT£ç. Mais en parlant du Fils, c’est- à-dire, deNotro-Seigneur Jésus-Christ, Remploie lô mot opiffÔévTocr, parce qu’il a toujours été avec le Père, et jamais la volonté du Père n’a précédé pour qu’il existât. Nous concluons de là, que le Père a toujours existé, ainsi que le Fils, et qu’ils ont la même nature, comme ils sont en possession de la même éternité. Une autre vérité sort de là, c’est que, lorsque Dieu nous prédestine ou nous réserve d’avance à devenir ses enfants adoptifs par Jésus-Christ, nous ne pouvons cependant devenir ses enfants, qu’à la condition de recevoir la foi et la connaissance de Jésus-Christ son Fils. Il est son Fils par nature, nous ne le sommes que par adoption. 11 n’a jamais cessé d’être son Fils; pour nous, nous avons été prédestinés à l’être avant notre exis¬ tence, et nous avons reçu l’esprit d’adoption, lorsque nous avons cru au Fils de Dieu. « Selon le décret de sa 'volonté. » Le mot EuSostiav, que la version latine a traduit par « placitum » est composé de deux mots grecs pris dans leur entier, de Eu et de Aoxstv, c’est-à- dire, en latin de bene et de placitum , ce que fuit, et numquam ut esset, accepit exordium. Unde recte nunc de his qui cum ante non essent, postea substiterunt, dicitur TTpooptcQévTeg. De Filio vero, hoc est, de Domino nostro Jesu Christo, in alio loco scriptum est bp'.aOévToç, quia semper cum Pâtre fuit, et numquam eum ut esset, voluntas paterna præ- cessit. Ex quo cohigitur eemper Patrem, semper fuisse Filium, et in quibus æternitas coæqualis est, eamdem esse naturam. Nec non etiam hoc inferen- dum, quod cum prædestinet nos, sive prsefiniat [Al, defmiat] Deus, in adoptionem filiorum per Jesum Christum; tamen non ante filii esse possumus [Al, possimus], nisi Filii ejus Jesu Christi fidem et in- telligentiam læcipiamus. Et ille quidem natura Filius est; nos vero adoptione. 111e num quam Filius non fuit : nos antequam essemus, p’rædestinati sumus et tune spiritum adoptionis accepimus, quando credidimus in Filium Dei. « Secundum placitum voluntatis suæ. Verbum euboxlav quod Latinus sermo interpretatus est, « pla¬ citum, » apud Græcos compositum est ex duobus inte- gris,. aub tou Eu, xca tou Aoxeïv, a « bene, » et a « placito, » quod nos possumus dicere « beneplacitum, » 25 SAINT JEROME 386 nous pouvons exprimer par beneplacitum . En effet, ce qui plaît, ne plaît pas toujours avec raison, et on. ne peut employer le mot euSoxfa, c’est-à-dire, «beneplacitum,» que lorsque ce qui plaît a l’approbation de la raison. Les Septante ont traduit ce mot de l’hébreu resony inventant un mot nouveau pour exprimer des choses nou¬ velles. Ceux qui pensent qu’avant la création du monde, les âmes ont habité avec les anges ot d’autres puissances spirituelles, la Jérusalem céleste, prennent occasion de ce passage, pour dire qu’il n’est point conforme au bon plaisir deDieu,nipourla louange et la gloire de sa grâce, d’admettre que les uns seront privés de tout, barbares, esclaves, faibles ; les autres riches, romains, libres, robustes, et que des gens d’illustre ou de basse condition naîtront dans les diverses parties du monde, si des causes . n’avaient précédé pour mériter à chacune de ces âmes le sort qui lui est fait. Ils pensent également comprendre, mais ne comprennent pas, en effet, ces paroles de l’épître aux Romains : « Le potier n’a-t-il pas le pouvoir de tirer de la même masse d’argile un vase de gloire et un autre destiné à l’opprobre? » Num. ix, 21, en leur donnant le même sens, c’est-à-dire, que de même qu’une vie bonne ou mauvaise, labo¬ rieuse ou facile n’a aucune raison d’être en ce monde, si nous ne croyons au jugement futur de Dieu, ainsi les conditions différentes de ceux quia non statim omne quod placuit, et bene placere potest, sed ibi tantum eù§ox.ux hoc est, « beneplacitum » dicitur, ubi quod placuit, recte placitum compro- batur. Hune autem sermonem deHebraico heson, Septna- ginta interprètes transtulerunt, rebus novis, nova verba fingentes. Invadunt itaque in hoc loco occasionem, qui ante conditionem mundi, animas putant cum angelis et cæteris virtutum nominibus in cœlesti Jérusalem fuisse versatas, quod nec beneplacitum Dei, nec in laudem gloriæ ejus, et gratiæ possit intelligi, alios nudos, barbaros,servos, debiles; alios divites, Romanos, liberos,. sanos, ignobiles, vel nobiles in diversa orbis'parte gene- rari, nisi causæ præcesserint, quibus ex meritis hæc animaruin unaquæque sortita sit. Et illud quod ad Romanos scriptum se quidam putant nosse, nec norunt : « An non habet potestatem figulus de eadem massa fa- cere aliud vas in honorent, aliud in contumeliam » Rom. ix, 21? ad eumdem sensum referunt; ut quomodo vita bona, sive maJa, laboriosa, vel facilis, frustra in isto mundo agitur, nisi credainus Dei futurum judicium esse; itn et diversilas in hoc mündo nascentium justiliam qui naissent en ce monde, accusent la justice do Dieu, si les mérites précédents de ces âmes n’en donnent l’explication. Car, disent-ils, si nous ne l’entondons pas dans ce sens, ce ne sera ni le bon plaisir de la volonté de Dieu, ni pour la louange et la gloire de sa grâce, que Dieu ait choisi les uns avant la création du monde, pour être saints et sans tache, et avoir part à l’adop¬ tion par Jésus-Christ, tandis qu’il a prédestiné les autres à une condition misérable et à des peines éternelles. « Pour la louange et la gloire de sa grâce, par laquelle il nous a justifiés en son Fils bien- aimé. » Quelle est, disent-ils, cette louange et cette gloire de la grâce de Dieu, qui consiste à justifier les uns en Jésus-Christ, de réserver les autres à d’éternels supplices; d’aimer Jacob avant qu’il sorte du sein maternel; de haïr Esaü avant qu’il ait pu mériter cette haine par ses actions, à moins d’admettre des causes antécédentes qui justifient la justice de Dieu? Donc, toute la grâce que nous obtenons pour la louange et la gloire de celui qui nous a justifiés: reçoit son accomplissement dans son Fils bien- aimé, c’est-à-dire, en Notre-Seigneur et Sau¬ veur, car en dehors de la sagesse, de la vérité, de la justice, de la paix, de la rédemption et des autres vertus, aucun bien ne peut se concevoir. Il ne faut pas regarder comme' authentique l’addition qu’on lit dans les manus- Dei arguat, nisi animarum mérita præcesserint. Si enim, inquiunt, hæc non ita accipimus, nec beneplacitum voluntalis Dei erit, nec in laudem gloriæ et gratiæ ejus, alios elegisse ante cunstitutionem mundi, ut essent sancti etimmaculati, et haberent adoptionem per Jesum Christum; alios ultimæ conditioni, et pœnis perpeluis destinasse. « In laudem gloriæ gratiæ, suæ, in qua gratificavit nos in dilecto. » Quæ laus, inquiunt, gloriæ gratiæ Dei est,, alios gratificare in Cliristo, alios æternis præparare sup- pliciis ; arnâre Jacob, antequam oriatur ex utero ; odisse Esau priusquam cligna odio perpetraret, nisi causæ præ¬ cesserint quæ justitiam Dei probeul? Omnis ergo gi atia quam conssquimur in gloriam, et laudem ejus qui nos justificavil [AL gratificavit] in dilecto, hoc est, in Domino nostro, et Salvatore completur; quia absque sapientia, veritate, justitia, pace, redemptione, cæteris-* que virtutibus, nullum bonum intelligi potest. Nec putan- dum quod in Latinis codicibus habetur scriptum esse, « in dilecto filio suo, » sed simpliciter, « in dilecto; » et si quidem esset additum, « dilecto Dei, > vel « dilecto COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 387 crits latins « dans son Fils bien-aimé; » le texte véritable est simplement « clans son bien- aimé. » Si l’autour sacré avait ajouté « dans le bien-aimé de Dieu, » ou « dans le bien-aimé du Père, » le sens naturel et admis de tous serait quo Notre-Seigneur Jésus-Christ serait aimé du Père, mais nous n’aurions pas accordé une grande prérogative à sa nature de Fils, en disant qu’il est aimé comme le sont les autres créatures. En effet, l’auteur de la sagesse dit à Dieu : « Vous aimez tout ce qui est, et vous ne rejetez rion de tout ce que vous avez fait, car vous n’avez rien créé, rien établi avec haine » Sag . xi, 25. Si le texte portait : « par laquelle il nous a justifiés dans son bien-aimé par-dessus tous les autres, » tout scrupule disparaîtrait, parce que nous savons que les patriarches et les prophètes et tous les saints ont été aimés de Dieu. Mais comme nous lisons simplement et absolument « dans son bien-aimé, » il faut, pour avoir le vrai sens, sou s-enten cire : « par tous. » En effet, si Jésus-Christ, comme nous l’avons dit souvent, est la sagesse, la justice, la paix, la joie, la continence et toutes les autres vertus, ces noms seuls des vertus sont aimés de ceux qui ne veulent point les imiter, et il n’est point de scélérat si avéré qui ne dise qu’il aime la sagesse et la justice. De même que l’opinion de tous les hommes s’accorde à reconnaître que la substance de Dieu est divine, et qu’elle ne peut Patris, » esset simplex mtelligentia, et omnium "opinione vulgata, quod Dominus noster Jésus Christus diligeretur a Pâtre ; sed non magnum aliquid proprietati Filii conce- deremus, cum sic Filius diligeretur, ut cœtera. Dicitur quippe ad Deum [Al. eumj ; « Diligis omnia, et nihil abjicis eorum quæ fecîsti :Neque enim odio quid habens condidisti » Sap. xi, 23. Àut si esset oppositum, « in qua gratificavit nos in dilecto præ omnibus, » uni versus scru- pulus fuisset ablatus, quia et patriarchas et propbetas, et omnes sanctos viros scimus a Deo fuisse dilectos. Nunc vero in eo quod absolute locutus est, dicens : « in dilecto, » ita mibi intelligendum videtur, ut subaudiatur, « ab omni¬ bus. » Si enim Christus, ut seepe jam diximus, sapientia est, justitia, pax, gaudium, continentia, et èsetera, hreo virtutum vocabula etiam bi qui sequi nequeunt dili- gunt, et nullus tam confessi sceleris est, ut non sapien- tiam et justitiam amare se dicat. Quomodo et de substautio Dei omnium hominum consentit opinio, quod divina sit, et nullius sensu facile comprehendatur, errât vero unusquisq.ue, dum talem, vel talem eam putat ; ita et Christian, socundum id qnod diversas être comprise par aucune intelligence, et qu’on tombe dans l’erreur en affirmant qu’elle est de toile et telle forme, ainsi tous aiment Jésus- Christ considéré comme la réunion de toutes les vertus, bien qu’un grand nombre ne puissent prouver par des faits ce qui est l’objet de leur affection. C’est le bien-aimé qu’fsaïe, je pense, avait en vue lorsqu’il disait : « Je chanterai à mon bien - aimé le cantique de son proche parent pour sa vigne » et l’auteur du psaume vingt-huitième : « Lo Seigneur brisera les cèdres du Liban et les mettra en pièces comme le jeune taureau du Liban, ou comme le faon, chéri de la licorne, » Ps. xxvm, 6. « Dans lequel nous trouvons la rédemption par son sang, et la rémission de nos péchés. » On ne rachète que celui qui est captif, et qui, tombé au pouvoir de ses ennemis, a cessé d’être libre. C’est ainsi que nous sommes, dit-on, captifs en ce monde, asservis à"des principautés, à des puissances qui font peser sur nous le joug de la servitude, et nous ne pouvons étendre les mains, ni lever les yeux au ciel, si un rédempteur ne vient nous délivrer. Mais quel est celui dont la puissance sera assez grande pour payer la rançon de tout l’univers? Jésus-Christ, Fils de Dieu, a donné son propre sang et après nous avoir arrachés de la servi¬ tude, nous a gratifiés de la liberté. En effet, si nous en croyons le récit des historiens pro- virtutes sonat, omnes diligunt, licet plures factis non possint probare quod diligunt. lste est dilectus quem æstimo et in Isaia significai’i : « Cantabo dilecto canti- cum dilecti vineæ meæ » Isai. v, 1 ; et : « Vinea facta est dilecto; » et in vigesimo octavo psalmo : « Conteret Dominus cedros Libani, et comminuet eas, ut vitulum Libani, et dilectus sicut filius unicornium » Psal. xxvni. 6. « In quo babemus redemptionem per sanguinem ipsius, remissionem peccatorum. » file redimitur qui captivus est, et in hostium veniens potestatem liber esse desivit : ita et nos quidam dicunt in hoc mundo esse captivos, et sub principibus et potestatibus jugo servitutis teneri, nec ante vinctas catenis explicare manus, et oculos sursum attofiere, nisi redemptor advenerit. Sed quis iste, aiunt, tantus et talis, qui possit pretio suo totum orbem redimere? Jésus Christus Filius Dei proprium sanguinem dédit, et nos de servitute eripiens libertate donavit. Et révéra si bistoriis gentilium credi- mus, quod Codrus, et Curtius, et Decius Mures pestilen- tias urbium, et famés, et bella suis mortibua rëpresserint SAINT JÉROME 388 fanes, Codrus, Curtius et des Decius Mures ont conjuré par leur mort, les pestes des villes, les famines et les guerres; combien plus devons- nous juger possible que le Fils de Dieu ait puri- ' fié par son sang, non pas une ville seulement, mais tout l’univers? Or, on peut entendre dans un double sens la chair et le sang de Jésus- Christ; ou la chair spirituelle et divine dont il a dit lui-même : « Ma chair est vraiment une nourriture et mon sang est vraiment un breu¬ vage « Jean vr, 56 ; et encore : « Si vous ne mangez, ma chair et ne buvez mon sang, vous n’aurez pas la vie éternelle. » Ibid. 54; ou bien la chair qui a été crucifiée, et le sang qui a été répandu par la lance du soldat* Conformément à cette division, on peut entendre la chair et le sang de deux manières. Dans les saints, la chair qui doit voir le salut de Dieu, et la chair et le sang qui ne peuvent pos¬ séder le royaume de Dieu. Une conséquence de notre rédemption par le sang de Jésus-Christ, c’est, ajoute l’Apôtre, que nous avons reçu la rémission de nos péchés. Car, si nous n’étions préalablement rachetés, c’est inutilement que nos péchés nous seraient pardonnés. Et nous ne pouvons recevoir le pardon de nos péchés, et cesser d’être esclaves, si le vainqueur, qui n’a quanto magis hoc in Dei Filio possibile judicandum est, quod cruore suo, non urbem unam, sed totum purgarit orbem ! Dupliciter vevo sanguis Clnusti, et caro intelli- gitur, vel (i) spiritualis ilia atque divina, de qua ipse dixit : « Caro mea vere est cibus, et sanguis mçus vere est potus » Joan. vi, 56 ; et : « Nisi manducaveritis carnem meam, et sanguinem meura biberitis, non habe- bitis vitara æternam » Ibid.} 54 ; vel caro et sanguis, quæ crucifixa est, et qui militis effusus est lancea. Juxta hanc divisionem et in sanctis ejus diversitas sanguinis et carnis accipitur, ut alia sit caroquæ visura est salutare Dei ; alia caro et sanguis quæ regnum Dei non queant possidere. Consequenter autem post redemptionem sanguinis Christi, remissionem accepisse scribimur peccatorum; quia nisi redempti fuerimus, frustra nobis peccata donantur. Nec ante veniam accipere possumus delictorum, et servi esse cessamus, nisi pretium pro nobis cruentus quondam victor acceperit. triomphé autrefois que par son sang, n’en reçoit la rançon. « Selon les richesses de sa grâce qu’il a ré¬ pandues sur nous avec abondance. » Celui qui comprend ces paroles do l’Écriture : « C’est .par la grâce que vous avez été sauvés, et non par les œuvres » Ephès. îr, et les débiteurs de l’Évangile qui devaient cinquante ou cinq cents deniers Luc . vr, et où nous voyons que celui à qui on remet davantage, aime aussi da¬ vantage, peut également comprendre que la grâce' de Dieu s’est répandue sur nous avec 1 abondance et selon l’étendue de ses richesses, surtout dans l’Église, qui a été formée des * f gentils, qui était étrangère aux alliances et aux promesses d’Israël par la chute duquel nous avons obtenu le salut. Quelle abondance de grâces dans saint Paul encore, et dans les autres saints dont il est dit : « Né savez-vous pas que nous jugerons les anges?;» I Cor. v, 3, et dans un autre endroit : « Que les anges désirent contempler » Pier. r, 12. et ailleurs : « Mou Père, faites que comme vous et moi nous sommes un, ainsi ils soient eux-mêmes un en nous, » Jean, xvir, 21. Les . richesses de la grâce ne sont pas venues en vain pour celui qui selon la mesure de la fragilité humaine, s’efforce, travaille, se donne de la « Secundum divitias gratiæ ejus qua [Al. quœ\ * abundavit in nobis, » Qui intelligit hoc quod dictum est : « Gratia estis salvati, et non ex operibus » Ephes. n, et quinquaginta et quingèntorum denariorum in Evangelio debitorem Luc. vu quod qui plus dimittitur, plus diligat ; iste potest scire quod secundum divitias suas Dei gratia abundarit in nobis ; maxime in Ëcclesia de gentibus congregata, quæ aliéna fuit a testamentô et promissionibus Israël, cujus delictonos salutem consecuti çumus. Annon est magnitudo gratiarum in Paulo, et in cæteris sanctis, de quibus dicitur : « Nescilis quoniam Angelos judicabhnus » I Cor. v, 3? et in alio loco : « In quem desidecant angeli considerare » I Petr . i, 12 : et rursum : « Pater, da ut quomodo ego, et tu.unum sumus, sic et ipsi in nobis unum sint » Joan. xvn, 21. Has divitias gratiarum ille in se non facit vacuas, qui quan¬ tum valet humana fragilitas, nititur, laborat, atque contendit, et cum Apostolo loquitur : « Gratia ejus in (4) Divinam hic et spirilualem carnem Christi vocal Hieronymus, quia iu sacromento Eucharistie® divina vinuto consecraïur ; spiritualis et misibilis existit in eo j ac denfque invisihiliter et spiriiuoliier sub specie yisibili sumitur et mauducatur. Quamvis autem bis omnibus xnodis sit divina cero et spiritualis ; vera tamen ac substantiels est juxta oomparationem quam consequenter instituit idem Hieronyxnus, do diver.-îitate sanguiuis et carnis in bouline Clirisliano. Mart. — Atque boc rursus notalum ante nos Martianæo, spiritualera abs Jlieronjmo carnem dici, quod in Eucharistiæ saemmonto spiritualis, atque inyisibills sit, diyina tomen et vera caro, ut ex ipso contenu liquet. E d. Mig. ■ COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS peine et peut dire avec l’Apôtre : «; sa grâce n’a pas été stérile en moi, » I Cor. xv. Mais pour celui qui oublie la grandeur du bienfait, et se laisse entraîner vers le mal, il réduit à la pau¬ vreté la grâce de Dieu si riche et si abondante. « Nous faisant connaître en toute sagesse et en toute prudence le mystère de. sa volonté. » Les Stoïciens eux-mêmes, pensent que la sagesse et la prudence sont différentes et disent : La sagesse est la connaissance des choses divines et humaines, la prudence est la connaissance des choses humaines et mortelles seulement. D’après cette division nous pouvons dire que la sagesse a pour objet les choses invisibles et visibles, et la prudence les choses visibles seulement. On demandé donc comment Dieu nous a fait con¬ naître le mystère de sa volonté en toute sagesse et , en toute prudence. Il nous faut d’abord entendre que le mystère de sa volonté, c’est notre rédemption par le sang de son Fils, et la rémission des péchés selon les richesses de sa grâce qui s’est répandue sur nous, il nous, faut encore admettre qu’en croyant à la passion du Sauveur, (laquelle est une folie pour les incré¬ dules), nous faisons profession de sagesse et de prudence. Eusuite, que par les Écritures il nous a fait connaître tous les mystères, comment il a créé d’abord le ciel et la terre, donné la forme, l’ordre, la disposition à tout ce qu’ils renfer¬ ment; Comment il a formé l’homme et rempli me non fuit vacua » 1 Cor. 15. Qui vero beneficii magnitudinem non recordans, ad détériora delabitur, in isto clives gratia Dei, et opulenta largitio paupertate tenuatur. « In omni sapientia et prudentia notum nobis faciens mysterium voluntatis suæ. » Sapientiam et prudentiam esse diverses, Stoici quoque opinantur, dicentes : » Sapi¬ entia est rerum divinarum humanarumque cognitio; prudentia vero tantum mortalium. » Juxta liane divisio- nem possumus sapientiam invisibilium, et visibilium accipere; prudentiam vero tantum visibilium. Quæritur itaque quomodo nobis Deus, in omni sapientia, et prudentia notum fecerit mysterium voluntatis suæ. Et quidem primum simplioiter accipiendum, quod myste¬ rium voluntatis ejus, redemptio nostra sit, per sanguinem Filii ipsius, et remissio peccatorum, secundum divitias gratiæ ejus qua f Al. quæ] abundavit in nobis. Quod scilicet nos in Domini passione credenles (quæ est stul- titia non credentibus) sapientiam possideamus atque prudentiam. Doinde quod per Scripturas suas nobis nota fecerit uni versa mysteria ; quomodo primum cœlum, ■389 le monde jusqu’à la passion de Jésus-Christ; comment les choses visibles nous aident à connaître les choses invisibles.. Enfin, que les créatures qui sont sur la terre exigent elles- mêmes l’usage de la sagesse et de la prudence. Quel est en effet celui d’entre nous qui sait pourquoi les oiseaux sont suspendus dans les airs, et les poissons dans les fleuves, qu’est-ce qui met en mouvement les pieds de l’homme, et excite la fureur des bêtes féroces? Mais nous prévoyons une objection que va nous faire aus¬ sitôt un lecteur attentif. Si Paul avoue ne con¬ naître qu’imparfaitoment, ne prophétiser que d’une manière imparfaite, et ne voir que comme dans un miroir et sous des images obscures I, Cor. xrrr, comment le mystère de Dieu lui a-t-il été révélé et aux;Éphésiens, en toute sagesse et en toute prudence? Nous sommes forcés par la nécessité de changer l’ordre suivant lequel on doit lire le texte de cette manière : « Selon le décret de sa volonté pour la louange et la gloire de sa grâce, par laquelle il nous a justifiés en son bien-aimé; dans lequel nous trouvons la rédemption par son sang, et la rémission de nos péchés selon les richesses de sa grâce qu’il a répandues sur nous avec abondance en toute sagesse et en toute prudence, et après avoir ainsi rattaché à ce qui précède ces paroles : « en toute sagesse et en toute prudence; » noua reprenons la suite : « Pour nous faire connaître et terram machinatus sit, et omnia quæ intra ea sunt, . fecerit, ordinarit atque distinxerit ; ut plasmatus homo, et usque ad passionem Gliristi mundus impletus sit, quo¬ modo ex visibilibus ea quæ sunt invisibilia cognoscan- tur. Ad extremum, quod etiam ea quæ in terra sunt, sapientia indigeant atque prudentia. Quotus enim quisque nostrum scit quid sit illud quod aves in aéra suspen- dat, pisces in fluctibus, nec non hominum gressus promoveat, et rabiem incitet bestiarum? Sed qui diligens lectoc est, statim nobis illud opponet : Si ex parte cognoscit Paulus, et ex parte prophetat, et nunc videt per spéculum in æuigmate I Cor. xm, quomodo vel ipsi, vel Epliesiis, in omni sapientia atque prudentia Dei mysterium revelatum est? Hac itaque necessitate com- pellimur. mutare ordinem lectionis, et facere : « Secun¬ dum placitnm voluntatis suæ, in laudem gloriæ gratiæ tuæ, in qua gratiâcavit nos in dilecto; in quo habemua redemptionem per sanguinem ipsius, remissionem pecca- toruni, secundum divitias gratiæ ejus, quæ abundavit in nobis in omni sapientia et prudentia, » ut cum hucus- que distinxerimus, quo scilicet, « omni sapientia e 390 SAINT JÉROME le mystère de sa volonté selon sa bienveillance. » Tout en admettant , comme vraies ces paroles, qu’ils ne -vivent et ne prophétisent que d’une manière imparfaite, on peut dire que ce mys¬ tère leur a été révélé en toute sagesse et toute prudence. Non pas qu’ils aient appris ce mystère en toute sagesse et en toute prudence, mais Dieu leur a révélé ce mystère en toute sagesse et en toute prudence selon la mesure de leur intelligence. « Selon le dessein par lequel il avait résolu en lui-même, dans la dispensation de la pléni¬ tude des temps. » L’Apôtre avait dit précédem¬ ment : « selon le dessein de sa volonté » ici il dit simplement : « selon son dessein, » sans parler de la volonté. D’un côté le texte porte : 7cpoopiq/.bv c’est-à-dire « la prédestination à l’adoption des enfants par Jésus-Christ, » de l’autre, 7rpd9E<7tv, c’est-à-dire le dessein. Or, ceux qui ont coutume de discuter la propriété des termes, établissent cette différence entre la prédestination et le dessein, que la prédestina¬ tion d’une chose signifie que cette chose existe longtemps auparavant dans l’esprit de celui qui arrête que cette chose existera ; tandis que le dessein est bien plus rapproché de l'action, et que l’effet suit de près la pensée. Quant à co qui suit : « et avait résolu en lui » il faut le rapporter au mystère, dont il a dit précédem- prudentia, » ad superiora jungantur, deinceps infera- mus : « notum faciens nobis mysterium voluntatis suæ secundum placitum suurn. » Potest autem et hac ma- nente sententia, quod ex parte videant, et ex parte pro- phetent, nunc in omni sapientia et prudentia, dici revelatum eis esse mysterium. Non quo ipsi in omni sapientia et prudentia mysterium didicerint, sed Deus in omni sapientia sua atque prudentia, juxta quod consequi poterant, eis mysterium revelaverit, * Secundum placitum suum quod proposuit in eo in dispensatione plenitudinis temporum. » Supra dixerat, « secundum placitum voluntatis suæ; » nunc, « secun¬ dum placitum suum, voluntate detracta. Ibi 7rpoopi<7f/.ov, id est, « prædestinationem in adoptionem fiiiorum per Jesum Cbristum » posuit : hic vero TcpoOemv, id est, « propositionem. » Inter prædestinationem autem, et propositum, hi qui soient inter verba discutere, hoc asserunt intéresse, quod prædestinatio alicujus rei mul- to ante in mente ejus qui destinet quid futurum sit, præfiguret : Propositum autem, cum jam vicina sit machinatio, et pene cogitationem sequatur effectus. Quod varo ait, « proposuit in eo, » ad mysterium re¬ ment : « pour nous faire connaître le mystère de sa volonté, » lequel mystère était dans la dispensation cle la plénitude des temps, afin que toutes choses fussent accomplies au temps marqué. Car, de même que l’héritier, tant qu'il est petit, n’a aucun droit à l’héritage, quoiqu’il soit propriétaire de ses biens, Galat. iv ; ainsi le mystère que Dieu avait prédestiné pour nous adopter comme ses enfants, n’a pu avoir son accomplissement qu’à la condition de venir en son temps. C’est ce que dit ailleurs saint Paul en employant le singulier : « Lorsque la plénitude des temps fut arrivée, alors Dieu envoya son Fils ; » Ibid . iv, 4, qui n’a pu venir avant que le temps mystérieusement marqué fût arrivé. « De résumer dans le Christ tout, ce qui est dans les cieux, et tout ce qui est sur la terre. » (Des manuscrits ajoutent « en lui. » Au lieu du mot recapitulare , les manuscrits latins portent ; instaurare, (d’autres restaurare.) Et je m’é¬ tonne que les traducteurs ne se soient pas servi du mot grec, alors que la dialectique et la philosophie ont fait usage de ce mot tel qu’il est dans le texte grec. En effet, les orateurs da'ns leur péroraison, ou avant leur péroraison, lorsqu’ils terminent leur plaidoyer, pour aider la mémoire des juges et de ceux qui ont enten¬ du les débats, ont coutume de faire un résumé, ferendum est; siquidem supra dixerat : « ut notum faceret nobis mysterium voluntatis suæ, » quod myste¬ rium dispensati > est plenitudinis temporum, ut statuto tempore omnia compleantur. Quomodo enim hæres quamdiu parvulus est, licet ipsius bona sint, tamen necdum ei debetur hæreditas Galat. iv ; ita et myste¬ rium quod prædestinatum fuerat a Deo in adoptionem fiiiorum ejus, ante non potuit dispensait, nisi suo veni- ret tempore. De quo et alibi numéro singulari Panlus ait : « Ut autem venit pleniturlo temporis, misit Deus Filium suum » Ibid., iv, 4 : qui ante veniro non potuit, nisi mysterium temporis impleretur. «. Recapitulare omnia in Cbristo, quæ in cœlis, et quæ in terra » [Al. addit sunt], « in ipso. » Pro « recapitulare » in Latinis codicibus scriptum est, * instaurais » [Al. restaurarc]. Et miror cur ipso vérbo Græco non usi sint translatores, cum istiusmodi licentia, dialectica et philosophia sicut in Græco haben- tur, assumptæ sint. Nam et oratores in.-epilogis,.vel ante [Al. inter] epilogos, in fine causarum propter me- memoriam judicum et eorum qui audiere negotia, « re- cordationem, » id est, àvaxE'fftXaûomv soient facere, ut 391 COMMENTAIRES. SUR L’ une récapitulation, avaxecpodaffuTiv pour renfermer dans un court exposé les longs développements dans lesquels ils viennent d’entrer, et pour que chacun des auditeurs se rappelle facilement ce qu’il a entendu. Voici donc le sens de ce passage: toute la dispensation des créatures visibles et invisibles qui a eu lieu avant et après la créa¬ tion du monde promettait l’avènement du Fils de Dieu. Ainsi Adam qui a été chassé du Paradis terrestre venait d’y être ramené par le Sauveur Gen. ni. L’unité du langage qui a été brisée dans la construction de la tour Gen, xi, était une figure du don des langues, tel qu’il est rap¬ porté dans les Actes des apôtres, Act. n. C’est comme figure du Seignour, qu’Isaac a porté lui- même l’instrument de son supplice. Samson laissant croître sa chevelure consacrée à Dieu, aime. Dalila, qui était pauvre, et lui découvre tous les secrets de son cœur, Jud. xvi, et en cela il figurait le mystère de l’union du Sau¬ veur avec l’Église pauvre et dénuée de tout bien. Tout se trouve donc résumé dans la passion et la croix du Seigneur, c’est-à-dire, tout se trouve compté dans cet abrégé. Pour rendre cette vérité plus évidente, prenons un exemple dans les choses habituelles de la vie. Supposons que j’aie prêté à différentes époques vingt deniers, puis après cinq, et puis quinze, et encore trente trois fois dix. Si je veux addi¬ tionner toutes ces différentes sommes, le chiffre quæ prîus latius disputarant, brevi postea sermone comprehendant, et unusquisque recordari eorum incipiat quæ audivit. Sensus itaque in præsenti Ioco iste est : Omnis dispensatio quæ et ante mundum, et postea esse cœpit in mundo, tain invisibilium quam visibilium creaturarum, adventum Dei Filii pollicebatur. Quod Adam qui de paradiso ejectus est, per Salvatorem revocandus erat Genes. m. Quod in fabrications turris, linguarum unitas scissa est Gen. xi, in Àctibus aposto- lorum portendebat dona linguarum Actor. n. Quod Isaac in typoDomini, crucem suam ipse portavit Genes. iii. Quod Samson sanctam comam nutriens, Dalilæ pauperis dilexit amplexus, et omnia cordis sui sécréta confessus est Judic. xvi. Salvatoris et Ecclesiæ ex Gentibus vere pauperis et egenæ mysterium signiûcabat JJoan. xix. In cruce itaque Domini, et in passione ejus recapitulata sunt omnia, id est, universa in hac àvaxecpa- Aanocei supputata. Quod ut manifestius fiat, quotidia- næ consuetudinis aliquod ponamus exempluin. Verbi causa : Viginti denarios erogavi, rursum quinque, et alios quindecim; triginta quoque et ter decies, per ÉPJTRE AUX ÉPHÉSIENS montera jusqu’au nombre cent et dans un seul . nombre j’aurai toutes les sommes énumérées précédemment. C’est ainsi que tous les mys¬ tères, et toute la dispensation des faits anciens qui ont eu lieu non seulement sur la terre, mais dans le ciel, se trouvent accomplis dans la pas¬ sion de Jésus-Christ. Jésus-Christ a souffert une seule fois, il a été enseveli, il est ressuscité ; il est remonté vainqueur vers son Père; cela me suffit, je n’ai pas besoin des anciens nombres, je les ai tous dans un seul; considérez attentive¬ ment, que non seulement tous les faits histo¬ riques desÈcritures, que l’Esprit Saint rapporte comme ayant eu lieu sur la terre, mais encore les événements cachés qui se sont passés dans le ciel, se trouvent résumés dans la passion de Jésus-Christ. « C’est en lui que nous avons été appelés par le sort, ayant été prédestinés selon le décret de celui qui fait toutes choses suivant le conseil de sa volonté. » Les mots d’héritages et de sort par lesquels nous entrons en participation des biens du Christ, nous montrent que nous avons été affranchis d’une puissance pour passer sous une autre, et que suivant ce qui est écrit : « Quand le Très-Haut divisait les nations, quand il séparait les enfants d’Adam » nous avons cessé d’être soumis aux anges pour devenir la part du Seigneur. Ceux-ci étaient en possession de ce qui leur était étranger et de ce qui leur diversa tempora dedi. Hæc si in unum voluero supputare, centenarii mihi numeri surama succres- cit, et in uno numéro habebo omnia quæ ante des- cripsi. Sic itaque universa mysteria et omnis dispen¬ satio vetustatis non solum quæ in terris, sed etiam quæ in cœlis gesta est, in Ghristi passione completur. Gum enim semel mihi Ghristus passus fuerit, et sepultus, et resurrexit, et ad Patrem victor ascenclerit ; non necesse habeo veterem numerum, quia in uno omnia teneo. Diligenter attendite, quod non solum omnes historiæ Scripturarum, quas in terra gestas Spiritus sanctus enumerat ; sed etiam in cœlestibus quæ nobis occultæ sunt, in Ghristi recapitulata passione teneantur. «In quo et sorte vocati sumus; prædestinati secun- dnm propositura ejus qui universa operatur secundum cons ilium voluntatis suæ.-> Verbum hæreditatis et sortis, per quas in Ghristi partem venimus, ostendit nos de alia . potes ta te ad aliam transmigrasse ; et secundum illud quod in Deuteronomio scriptum est : « Quando dividebat .AUissimus gentes, cura disseminaret filios Adam »Deut. xxiu, 8, de angelorum djtione ad partçm SAINT JÉROME 392 avait étÔ confié, ou qu’ils avaient usurpé. Lui au contraire est rentré en possession de ce qui était à lui, et en montant aux cieux il a emmené captive la captivité, Ps, lxvii ; c’est-à-dire, ceux ' qui étaieut auparavant captifs pour leur perte, il lés a pris pour leur rendre la vie et les ramener au ciel; et dans un certain sens, la captivité, a été prise alors que par cette seconde captivité, les premiers captifs ont été délivrés. Il faut remarquer encore l’emploi simultané que l’Apôtre fait de ces deux mots upoopic^oç et upoôsariç, c’est-à-dire, prédestination et dessein, d’après lesquels Dieu opère toutes choses suivant le conseil de sa volonté. Ce n’est pas que tout ce qui se fait dans le monde, se fasse par la volonté et le conseil de Dieu, autrement il faudrait imputer le mal à Dieu comme en étant l’auteur; mais tout ce que fait Dieu, il le fait avec conseil et par sa volonté, parce que tous ses actes sont pleins de la raison et de la puissance de celui qui les opère. Nous autres hommes nous voulons faire la plupart de nos actions avec conseil, mais l’effet ne suit pas toujours la volonté. Pour Dieu au contraire, nul ne peut lui résister ni s’opposer à l’accomplissement de sa volonté. Or, il veut toutes les choses pleines de raison et de conseil,’ il veut que tous les hommes soient sauvés, et qu’ils parviennent à la con¬ naissance de la vérité, I Tim . n. Mais comme personne ne peut être sauvé sans le concours Domini esse translata*. Et illi quidem aliéna, et sibi yôI commissausurpatatenuerunt. Iste vero recepit sua ; etas- cendens in altum captivam duxit capti vitatemPs. lxvii, id est,eosqui ante capti fuerantinperditionem,ipsecepitad vitam, ut reduceret in excelsum; et quodammodo est capta captivitas, dum per secundam captivitateirfqui prius capti fuera nt, liberantur. Gonsiderandum quod et hic Ttpooptajxbç et 'rcpdÛsanç, id est, « prædestinatio » et « propositum, » simul posita sint, juxta quæ operatur omnia Deus secundum consilium voluntatis suæ. Non quo omnia quæ in mundo fiant, Dei voluntâte et consilio peragantur ; alioquin et mala Deo poterunt imputari ; sed quo uni versa quæ facit, consilio faciat et voluntâte, quod scilicet et ratione plena sint et potestate facientis. Nos homines pleraque volu- mus facere consilio ; sed nequaquam voluntatem sequi- tqr effectus. Illi autem nullus resistere potest, quin omnia quæ voluerit, faciat. Vult autem ea qusecumque sunt plena rationis atque consilij, vult salvari omnes, et in agnitionem veritatis venire L Tim . n. Sed,, quia nullus absque propria voluntâte salyatur (liberi enim de sa propre volonté, (car nous avons notre libre arbitre), Dieu veut que nous voulions le bien, afin que grâce à cette volonté, il veuille accomplir en nous le conseil de sa volonté. « Afin que nous soyons la louange de sa gloire, nous qui les premiers avons espéré en Jésus*- Christ. » Si l’Apôtre avait dit seulement, « nous qui avons espéré en Jésus-Christ, » nous aurions clairement ce sens, que ceux^qui ont espéré en Jésus-Christ ont été appelés par le sort selon le décret de celui qui fait toutes choses suivant le conseil de sa volonté. Mais maintenant l’addition de ia préposition, nous force d’admettre le sens que avons discuté plus „ haut, en expliquant ces paroles ; « Qui nous a. bénis de toute bénédiction spirituelle, des dons célestes dans le Christ. Comme il nous a élus en lui avant la création du monde, afin que nous fussions saints et sans tache en sa présence, » c’est-à-dire que de même qu’il nous a bénis do toute bénédiction spirituelle, de tous les dons célestes, et qu’il nous a choisis avant la création du monde; ainsi il est dit de nous, que nous avons espéré auparavant en Jésus-Christ, depuis le moment où nous avons été choisis, prédesti¬ nés et bénis de tous les dons célestes. Mais d’autres qui ne peuvent supporter cette doctriue que nous ayons existé et espéré en Jésus-Christ avant que notre âme fût unie à ce corps, don¬ nent cette explication : A l’avènement de Notre- arbitrii lumus), Yult nos bonum Yelle, ut cum Yolueri- mus, velit. in nobis et ipse suum implere consilium, « Ut simus in laudem gloriæ ejus, qui ante speravi- mus in Christo. » Si, « speravimus, » tantum \Al . ante] dixisset, « in Christo, » et non præmisisset, « ante speravimus, » quod Græce dicitur irpo7]À7rL>«ksç, esset manifeslior sensus, eos qui speraverunt in Christo, sorte vocatos esse [Al, et esse] et prædestinatos secun¬ dum propositum ejus, qui universa operatur juxta con¬ silium voluntatis suæ. Nunc vero præpositionis adjectio, ad illam nos intelligentiam trahit, de qua superiüs disputa vimus exponentes hoc quod scriptum est : « Qui benedixit nos in omni benedictione spiritual! , in cœles- tibus in Christo, sicut elegit nos in ipso ante constitutio- nem mundi, ut essemus sancti etimmacuiati coram ipso ; » quod scilicet sicut jam nos beuedixerit omni bene¬ dictione spirituali in cœlestibus, et elegerit ante cons- titutionem mundi; ita etiam nunc sperasse ante dica- mur in Christo, ex eo tempore quo electi et prædesti- nati, et benedicti sumus in cœlestibus, Alius vero hoc dogma non sustinens, quod ante iuerimus et speravimus COMMENTAIRES SUR , L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 393 Seigneur Jésus-Christ lorsque son nom fera fléchir tout genou dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confessera que Notre-Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père Philip . nr, lorsque toutes choses lui seront assujetties, les unes volontai¬ rement, les autres par nécessité; alors ceux qui, avant que sa majesté fût présente, auront espéré en lui, seront la louange de sa gloire et seront appelés a7r^X7ux Lptinus interpres pro « arrhabone » posuit. Non COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX ÉPHÉS1ENS 395 une obligation donnée de l’acquisition qui doit avoir lieu; le gage au contraire, c’est-à-dire en grec èvs/upov est donné et en échange d’une somme prêtée, et lorsque cette somme est rendue, le créancier rend également le gage qu’il avait reçu. De même là ou la version latine porte : « pour le rachat de son acquisition, » le texte grec. n’a point le mot uloQeafav, mais sim¬ plement 7ï£pt7ro^V|(jtv; que nous pouvons rendre par acquisition ou possession, mais sans rendre la force de l’expression. Car il est beaucoup d’expressions qui ne peuvent être traduites ni du grec en latin, ni de l’hébreu en grec; et réciproquement, ni du latin en grec, ni du grec en hébreu. Donc, quiconque aura reçu non seu¬ lement l’Esprit-Saint, mais l’Esprit-Saint de la promesse, recevra en même temps l’arrhe de l’héritage, lequel héritage est la vie éternelle. Et do même que d’après l’arrhe on peut juger de la valeur de l’acquisition et de la possession de ce qu’on a en vue, par exemple une arrhe de dix pièces d’or fait estimer la possession à cent pièces d’or; une arrhe de cent pièces d’or, à mille pièces d’or, ainsi la valeur différente de l’arrhe peut faire connaître la gran¬ deur de l’héritage qu’on doit recueillir plus tard. Quelque saint, quelque parfait que soit un chrétien, fût-il au jugement de tous, digne .de l’éternelle béatitude, il faut nécessai- idipsum autem « arrhabo, » quod « pignus » sonat. Arrhabo enim futur æ emptioni quasi quoddam testi— monium, et obligaraentum datur, Pignus vero, hoc est Evlyupov, pro mutua pecunia opponitur; ut cum ilia reddila fuerit, reddenti debitum pignus a creditore réddatur. Rursum in eo ubi ait ; « In redemptionem » adoptionis, non habet in Græco utoOscnav, sed -jrepi- Tiorqcnv, quam nos « acquisitionem, » sive « posses- sioneru, » possunius dicere ; nec tanien vim sermonis expressimus. Multa enim vei’ba sunt, quæ nec de Græco in Latin uni transferri valent, nec de Hebraico in Grsecum ; et reciproce nec de Latino in Græcum, nec de Græco in. Hebræum. Quicumque igitur non tantum Spiritual sanctum, sed Spiritum sanctum repromissionis acceperit, simul consequetur, et arrha- bonem liæreditatis, quæ hæreditas vita perpétua est. Et quomodo ex arrhabone æslimatur qualis emplio futura sit, et quæ possessio ; verbi causa, ex decem solidis, ceritum solidorum villa, et ex centum solidis mille solidorum possessio; ita ex varietate arrhabonis, bæreditatis, quoque postea seculuræ magnitudo ccgnos- citur. Qnamvi» 'autem sanctus sit aliquis atque perfectus, rement qu’il reçoive l’Esprit-Saint comme arrhe de cet héritage. Or, si l’arrhe est si précieuse, que sera-ce de la possession? Or, de même que l’arrhe qui nous est donnée n’est pas en dehors de nous, mais au dedans de nous, ainsi l’héri¬ tage lui-même qui n’est autre que le royaume de Dieu est au dedans de nous et s’établit au dedans de notre âme. Car quel plus riche héri¬ tage peut-on imaginer que de contempler, que de considérer, de voir par la pensée, la beauté de la sagesse, du Verbe, de la vérité, de ïa lumière, et de contempler l’ineffable et magnifi¬ que nature de Dieu et la substance de toutes les choses créées à son image. Or, cet esprit saint de la promesse qui est l’arrhe de notre héritage, est maintenant donné aux saints pour qu’ils soient rachetés et unis à Dieu pour la louange de sa gloire. Ce n’est pas que Dieu ait besoin de la louange de personne, mais la.x louange de Dieu est utile à ceux qui en sont les instruments ; et en reconnaissant sa majesté et sa grandeur par le spectacle de ses œuvres, ils éclatent et se répandent en sentiments d’admiration et de louange. « C’est pourquoi moi aussi, apprenant quelle est votre foi dans le Seigneur Jésus, et votre charité pour tous les saints, je no cesse de rendre grâces pour vous, faisant mémoire de vous dans mes prières, afin que le Seignour de et omnium judicio beatitudine dignus putetur ; tamen ad futuram hæreditatem mine arrhabonem est Spiritus consecutus. Si autem arrhabo tantus, quanta erit ipsa possessio ? Quomodo autem arrhabo qui nobis tribuitur, non est extra nos, sed intra nos est ; sic et ipsa hære¬ ditas, hoc est regrnun Dei quod intra nos est, in nobis versatur iutrinsecus. Quæ enim potest esse major hære¬ ditas, quam contemplari et videre sensu pulchritudinem ' Sapientiæ, et Verbi, et Veritatis, et Luminis, et ipsius inelïabilem, et magnificam Dei considerare naturam, omnjumque quæ \AL qui] ad similitudinem Dei condita [Al. conditi] sunt, substantiam contueri ? Iste autem spiritus repromissionis sanctus, qui est arrhabo hære- ditatis nostræ, idcirco nunc sarictis datur, ut redi- mantur et copulentur Deo in laudem gloriæ ipsius. Non quod Deus laude alicujus indigeat, sed quo laus Dei laudatoribus prosit, et dum per singula opéra majes- tatem ipsius magnitudinemque cognoscunt, ad laudan- dum eum miraculo stuporis erumpant. « Propterea et ego audiens fidern- vestrain in Domino Jesu, et in omnes sanctos, non cesso gratias agens pro vobis, memoriam vegtri façiens in orationjbus meis ; ut 396 SAINT JÉROME Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Père de la glôiro, vous donne l’esprit de sagesse et de révélation pour le connaître, qu’il éclaire les yeux de votre cœur. » Bien que la traduction littérale de ce passage puisse excuser l’Apôtre aux yeux d’un lecteur attentif, de ce que le contexte de toute cette phrase paraisse sur¬ chargé et qu’il y ait même un solécisme, il faut dire cependant que le texte grec lui-même est défectueux. Aussi, c’est surtout aux Grecs qui nous accusent, que nous répondrons, et nous nous efforcerons d’établir ainsi l’ordre et la suite de toute la phrase : Apprenant votre foi dans le Seigneur Jésus et votre charité pour tous les saints, et voyant la différence de votre foi dans le Seigneur Jésus, et votre charité pour tous les saints, je ne cesse de rendre grâces pour vous, et de faire mémoire de vous dans mes prières, afin que le Seigneur de Notre- Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous donne l’esprit do sagesse et de révélation. Ce qui suit : « qu’il éclaire les yeux de votre cœur,» peut être rendu ainsi par hyperbate. C’est pourquoi, apprenant votre foi dans le Seigneur Jésus, pour le connaître, les yeux illuminés de votre cœur et votre amour pour tous les saints, je ne cesse de rendre grâces à Dieu pour vous, et 'de faire mémoire de vous dans mes prières, afin que le Dieu de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous donne l’esprit de Deus Domini nostri Jesu Christi, Pater gloriæ, det vobis spiritum sapientiæ et revelationis in agnitione ejus, illuminatos oculos cordis vestri. » Licet verbi ad verbum expressa translatio possit Apostolum dilîgenti excusare lectori, quod videatur omnis sententiæ scatere contextus, et solæcismus fieri, tamen et in Græco vitium sonat. Uüde et nos Græcis potius calumniatoribus respondentes, conabimur ita juxta sensum teinperare ; ordinem lectionis, ut dicamus Audiens fidem vestram in Doinmo Jesu, et in ornnes sanctos ejus ; vidensque differentiam fidei vestræ in Dominum, et in omnes sanctos ejus, non cesso. gratias agere, et memoriam vestri facere in orationibus meis ; ut Domini nostri Jesu Christi Deus, Pater autem gloriæ, det vobis spiri- tum sapientiæ et revelationis. Quod autem sequitur : « illuminatos oculos cordis vestri, » ita per byperbaton reddi potest. Propterea et ego audiens fidein vestram in Domino Jesu in agnitione ejus, illuminatos oculos cordis vestri et in omnes sanctos, non cesso, gratias ageiîfe pro vobis, memoriam vestri facere in orationibus meis, ut Deus Domini nostri Jesu Christi Pater .gloriæ sagesse et de révélation pour le connaître, afin que vous sachiez quelle est l’espérance à laquelle il vous a appelés, etc. Or, le Dieu de Notre-Sei¬ gneur Jésus-Christ le Père de la gloire, doit être entendu dans ce sens, que de même qu’il est dit que Notre-Seigneur Jésus-Christ est la parole, la sagesse, la vérité, la paix, la justice, la force, il Soit aussi lui-même la gloire, selon ce qui est dit ailleurs : « La gloire de Dieu apparaîtra; » Levit. ix, 23, et nous voyons presque à chaque page de l’ancienne loi que la gloire de Dieu s’est manifestée sur le tabernacle du témoignage, Nomb. ix. Et le Psahniste chante : Réveillez- vous ma gloire, réveillez-vous Ps. cvii, 3. Cêtte gloire, éclairant le monde de sa splendeur, s’est fait un temple du sein virginal de Marie. C’est de ce temple que le Père de la gloire est rendu le Dieu. Là où il est dit que le Christ est la gloire, on ne fait mention que du Père, mais 1 où le nom de Jésus lui est donné, l’Écriture dit ' qu’il est son Dieu sans aucune addition. Donc, ce Dieu de l’homme qu’il s’est uni, le Père de la gloire, de la sagesse, de la vérité donne à ceux qui croient en son Fils, l’esprit de sagesse et de révélation, afin qu’ils deviennent sages et qu’ils puissent contempler à face découverte la gloire du Seigneur. Lorsque cet esprit de sagesse et de révélation les a rendus vrai¬ ment sages, et que ces mystères cachés leur ont été révélés par une suite nécessaire, ils ont det vobis spiritum sapientiæ, et revelationis in agni- tionem; ut sciatis quæ sit spes vocationis vestræ, etc. Porro Deus Domini nostri Jesu Christi, Pater autem gloriæ, ita intelligendus, ut quomodo, Dominus noster Jésus Christus ipse est sormo, sapientia, veritas, pax, justitia, fortitudo, ipse sit etiam gloria, secundurp hlurî quod alibi dicitur : « Appa rebit gloria Dei » Levit. ix, 23 et in omni pene veteri Lege, scriptum est super tabernaculum testimonii' visam esse gloriam Dei Nty'in. ix. Et Psaîmista canit : « Exsurge, gloria mea, exsurge» Ps. CYii, 3. Quæ gloria illuminans suo fulgore mundum, templum sibi de virginaü utero fabricata est. Cujas templi Pater gloriæ efficitur Deus. Et ubi Christus gloria est, ibi tantum Pater dicitur : ubi Jésus, ibi Deus ejus, absque addi tamen to aliqno nominalùr. Iste igituv Deus assumpti hominis, Pater yero gloriæ, sapientiæ, veritatis, dat credentibus in Filium suum spiritum sapientiæ, et revelationis, ut sapientes fiant, et revelatu facie gloriam Domini contemplentur. Quæ sapientia eî revelatio cum eos sapientes fecerint, et mysteria illis occulta aperuerint ; statim sequitur ut habeant illumi- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHES1ENS , 397 aussitôt les yeux du cœur illuminés. Ces paroles ’ les plus reculés se souviendront du Seigneur et nous font voir que l’Écriture donne des membres à l’homme intérieur par anàlogie avec les membres du corps. Ainsi, évidemment il nomme ici les yeux du cœur, que nous ne pouvons comprendre si nous les séparons de l’èsprit et de l’intelligence. A ces paroles se rap¬ porte ce que dit le Psalmiste : « Éclairez mes yeux, de peur que je ne m’endorme dans la mort »' Ps.- xii, 4. Et dans un autre endroit : « Les yeux du sage sont dans sa tête » Eccle s. n, 14. Car si nous entendons ces paroles des yeux du corps, ce n’est pas seulement le sage, .mais l’insensé qui a les yeux dans la tête. La tête du sage est donc ici son intelligence qui est appelée autrement, l’âme, l’esprit et la partie principale du cœur. L’Apôtre ajoute : « pour le connaître, » c’est-à-dire, eiuyvuxjei cukou lien est qui établissent cette différence entre yvuxnv et emyvoxnv, c’est-à-dire entre la notion et la con¬ naissance que la notion a pour objet les choses que nous ignorons et que nous commençons ensuite à savoir. La connaissance, au contraire, a pour objet les choses que nous savions, q.ue nous avons cessé de savoir, et dont nous nous souvenons dans la suite. Ils imaginent une vie antérieure dans les cieux, et après avoir oublié Dieu lorsque nous avons étéjetés du ciel dans ces corps, maintenant nous le connaissons par révélation selon ces paroles : « Tous les peuples natos oculos cordis. Ex verbis præsentibus approbatur secundum exterioris membra hominis, etiam interioris hominis membra d'ici. Ecce enim manifeste cordis oculos appellavit,quos absque sensu et mente intelligere non possumus. Huic et illud Psalmistæ convenit : « Illumina oculos meos, ne uraquam obdormiam in morte » Ps. xii, 4. Et alibi : « Sapientes oculi in caprte ejus » Ecoles, n, 14. Si enim simpliciter oculos carnis acci- pimus, utique non sôlum sapientis, sed etiam insipientis oculi in capite ejus sunt, Caput itaque sapientis, sensus accipitur ; qnia alio verbo mens, et animus, et prin¬ cipale cordis appellatuv. Quod vero ait, « in agnitione ejus, » id est, i'KiyvtàGti ocutou, quidam sic intelligunt, i\t inter yvtomv et £7rtyv(ucuv, boc est, inter « notionem et « agnitionem, » illud intersit ; quod notio eorum sit quse ante non scivimus, et ea postea scire cœpimus. Agnitio vei’O eorum quæ prius scientes deinceps sciie desivimus, eorumque postea recordamur, et priorem quamdam vitam in cælestibus suspicantur, postquam in corpora isla dejecti et obliti Dei Patris, nunc emn per revelationem cognoviinus, secundum illud : se convertiront à lui » Ps, xxr, 28, et d’autres choses semblables qu’ils racontent. « Afin que vous sachiez à quelle espérance vous avez été. appelés, quelles sont les richesses de gloire de l’héritage destiné aux saints, et quelle est la grandeur sur éminente de sa vertu en nous, qui croyons, selon l’opération de la puis¬ sance de sa vertu, qu’il a exercée dans le Qhrist, en le ressuscitant d’entre les morts. » Celui à qui a été donné, comme le demandait saint Paul, l’esprit de sagesse et de révélation pour voir clairement et sans nuage, connaîtra la récompense réservée à ceux qui sont appelés, ce que doivent espérer les saints de Dieu, et les biens qu’il doit donner en abondance et avec générosité à ceux qui attendent son héritage. Pour arriver à cette connaissance, ceux qui, à la ressemblance de Paul, sont appelés à la foi, doivent être nécessairement aidés par la gran¬ deur de la vertu de Dieu, qu'il a manifestée dans le Christ en le ressuscitant d’entre les morts. Cet héritage peut s’entendre de deux manières, soit premièrement, que le premier-né de toute créature soit l’héritage de l’âme de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et de l’homme qui a été formé d’un corps et d’une âme, et qu’avec l’héritage de l’âme nous héritions Dieu le Verbe : soit que notre héritage soit en Jésus-Christ, c’est-à-dire, la divinité indivisible du Père, du « Reminiscentur et convertentur ad Dominum omnes fines terræ » Ps. xxi, 28, et cætera liis similia repli- cantes \Al. replicantur] . « Ut sciatis quæ sit spes vocalionis ejus, et quæ divitiæ gloriæ hæreditatis ejus in sanctis, et quæ su- , blimis magnitudo virtutis ejus in nos qui credimus [Al. credidimus] secundum operationem potentiæ virtutis ejus, quam operatus est in Christo, suseitans ilium a, mortuis. » Cui semel, juxta oratiouem Pauli, datus fuerit spiritus sapientiæ et révéla tionis, ut aper- tis oculis cordis aspiciat, iste sciet quæ reposita sunt vocatis, et quæ speranda sanctis Dei, quæ abundanter, et large his qui hæreditatem ipsius suslineni, est daturus. Ad quam notitiam magnitudo virtutis Dei est necessaria in his qui juxta similitudinem Pauli, credentes vocantur, per quam operatus est Deus in Christo Jesu, quem a mortuis resuscitavit. Dupliciter autem intelligenda hæreditas sit animæ Domini nostri Jesu Christi, et ejus qui ex corpore et anima assumptns est hominis, nosqne cum hæreditate animæ hæreditemus Deum Verbum ; sive quod 4n Christo hær éditas nostra sit 398 ' SAINT JÉROME Fils et du Saint-Esprit. Dans ce sens, Dieu serait l’héritage des fidèles et des saints comme nous appelons l’héritage des maisons et des cam¬ pagnes les biens que possèdent les héritiers. Il est écrit dans l’ancien Testament : « Vous ne distribuerez pas d’héritage aux enfants de Lévi parmi leurs frères, car je suis leur héritage » Nomb. xvni, 20; et ailleurs : « Le Seigneur est leur héritage » Peut. xvnr, 2, et le saint Pro¬ phète qui déclare ne posséder rien en dehors de Dieu, s’écrie avec confiance : « Le Seigneur est la part de mon héritage » Ps. lxxii, 26; et encore : « Vous êtes la part de mon héritage et de mon calice » Ps. xv, 5. Ce n’est point pour nous une étude de peu d’importance que de savoir l’espérance de notre vocation et quelles sont les richesses de gloire de l’héritage destiné aux saints. Pour arriver à cette connaissance, nous avons besoin de cette vertu que Dieu a déployée dans son Fils en le ressuscitant d’entre les morts, car il le ressuscite non pas une fois, mais toujours, le rend libre au milieu des morts, sans que la contagion de la mort puisse l’atteindre et le souiller. Tous les jours le Christ ressuscite d’entre les morts, tous les jours il ressuscite dans les pécheurs repentants. Ce n’est pas qu’il n’ait pas eu, même selon la chair, le pouvoir de donner sa vie et de la reprendre, (car personne ne peut la lui prendre, et il la donne de lui-même,) mais parce que, d’après Pa tri s et Filii, et Spiritus sancti una divinitas ; ut quomodo vocatur hæreditas domorum atque villarum ea ipsa quæ ab hæredibus possidentur; sic ipse Deus hæreditas credentium sit atque sanctorum. Scriptum est et in veteri Testamento : « Filiis autem Levi non dabitis hæreditatem in medio fratrum suorum ; quia ego pars eorum » Num. xviii, 20 ; et alibi : « Dominus hæreditas eorum est » Peut, xvin, 2 ; et sanctus qui extra Deum nihil habere se novit, audacter loquitur : « Pars mea Dominus » Ps. lxxii, 26 ; et « Tues parshæreditatis meæ et calicismei »Pi^.xv,5. ‘ Non ergo parvi studii est, ut sciamus spem vocationis, et divitias gloriæ hæreditatis Dei in sanctis'; ea quippe indigemus ad hæc cognoscenda virtute, qua etiam in Filio suo Deus usus est suscitando ; quem suscitavit non semel, sed semper a mnrtuis et feoit eum in mnrtuis liberum, nulla mortis contagioné maculatum. Quotidie Ghristus resurgit ex mortuis ; quotidie in pœnitentibus suscitatur. Non quo non habuerit etiam secundum earnem potestatem animæ suæ ponendæ, et iterum resumendæ ejus (nemo quippe tollit eam, nisi ponat illam a semet- l’économie do son incarnation et de sa filiation divine, en tant qu’homme et Fils de Dieu, on, dit qu’il a été ressuscité par Dieu et par son Père, « Et il l’a placé à sa droite dans les cieux, au- dessus de toute principauté, de toute puissance, de toute vertu, de toute domination, et de tout nom qui est nommé non seulement dans le siècle présent, mais aussi dans le siècle futur. » L’Apôtre, à l’aide d’une comparaison prise dans les choses humaines, nous montre la puissance de Dieu. Il ne faut donc point nous figurer qu’un trône soit dressé dans le ciel, que Dieu le Père s’y asseoie, et avec lui son Fils. Mais il ne pouvait nous faire comprendre qu’il est juge et roi qu’en employant notre langage. Nous avons un texte analogue dans le psaume cent- neùvième, où il est écrit : « Le Seigheur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jus- qu’àcequejeréduisevosennemisàêtre l’escabeau de vos pieds » Ps. cix, i. Car si le Fils est assis à la droite du Père avec tous les privilèges de la royauté, il est nécessaire, en poursuivant la même comparaison, qu’il soit supérieur à celui qui est assis à gauche. Mais ces paroles doivent êtro entendues dans un sens différent de celui queprésente la lettre, et c’est ce que nous apprend le même psaume dans ce qui suit : «Vous êtes prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisé- dech; le Seigneur est à votre droite. » Comment peut-il se faire que le Fils étant assis à la droite ipso), sed quo juxta dispensa tionem carnis et filii, homo ot Filius a Deo et Pâtre suscitatus esse dicatur. « Et sedere eum faciens ad dexteram suam in cœles- tibus, super omnem principatum, et postestatem, et virtutein, et dominationem et omne nomen quod nominatur non solum in hoc sæculo, sed etiam in futuro. » Per humanam similitudinem, Dei potentiam demonstrav.it; non quo solium ponatur, et Deus Pater in eo sedeat, secumque Filium habeat resi- dentem ; sed quo nos aliter judicantem atque regnantem, nisi per nostra verba intelligere neque- amus. Ad hoc pertinet, et illud quod in centesimo nono psalmo scriptum est : « Dixit Dominus Domino meo : sede a dextris meis, donec ponam inimicos tuos scabellum pedum tuorum » Psal. cix, i. Si enim juxta regnantis habitum Filius ad Patris dexteram sedet, necesse est ut juxta eamdem similitudinem major sit ab eo qui in læva parte consederit. Quod ut sciamus aliter inteiligi quam littera resonat, idem psalmus in consequentibus docet, dicens : « Tu es sacerdos in æternum secundum ordinem Melchb- 399 COMMENTAIRES SUR L'ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS du Père, le Père nous soit représenté comme assis à la droite du Fils? Ou comment la terre peut-elle être l’escabeau de ses pieds, et le ciel son trône, alors que selon le prophète Isaïe, il tient la terre dans sa main et que de cette main étendue, il mesure , les cieux? isai, xl, 12, Car Dieu ne peut être dans ce qu’il contient lui-même, il ne peut tenir renfermé dans la main ce dont il est environné comme un homme qui est assis? Donc, de même qu’être près de Dieu ou s’éloigner de lui, doit s’estimer et s’entendre non d’après la distance des lieux, mais selon la diversité des mérites, en ce sens que les saints sont près de Dieu, tandis que les pécheurs, dont le prophète dit : « Voici que ceux qui s’éloignent de vous périront » Ps. lxxii, 27, sont éloignés de tout contact prochain avec Dieu; ainsi faut-il entendre cette locution : être assis à la droite ou à la gauche de Dieu; c’est-à-dire que les saints sont à sa droite et les pécheurs à sa gauche, au témoignage du Sau¬ veur lui-même, dans l’Évangile, lorsqu’il dé¬ clare que les brebis seront à la droite, et les boucs à la gauche Matth. xxv. Ajoutons que le verbe s’asseoir lui-même exprime la puissance royale, en vertu de laquelle Dieu comble de ses sedec : Dominus a de x tris tuis. » Quomodo enim cum Filius Patris ad dextram sedeat, rursum Pater a dextris ejus esse perhibetur ? Aut qua ratione terra scabellum est pedum ejus, et cœlum thronus ipsius, cum et terram secundum Isaiam pugillo conti- nere dicatur, et cœlum palmæ extensions metiri Isai. xl ? -Nom enim potest intra îd esse quod ab eodem continetur ; nec in manu inclusum tenere, a quo ipso juxta sedentis habituai circumdetur. Sicut ergo proximun esse Deo, vel ab eo procul recedere, non secundum locorum spatia, sed juxta mérita sentiendum est, quod sancti juxta eum sint ; peccatores vero, de quibvïs ait pvopheta dicens : « Eece qui elongant se a te, peribunt » Ps. lxxii, 27, ab omni ejus vicinia submoveantur ; sic et in dextris vel in sinistris Dei esse, accipiendum est; quod sancti a dextris ejus sint ; peccatores vero a sinistris, Salvatore quoque idipsum in Evangelio comprobante, cum oves a dextris, hædos esse memoret a sinistris Matth, xxv. Sed et ipsum verbum « sedere, » regn.i signifîcat potes- tatem, perquam beneficium eisDeus tribuit, super quibus bienfaits ceux >sur lesquels il daigne s’asseoir; c’est-à-dire qu’il les conduit, qu’il les porte dans son char, et qu’il assujettit à sa volonté ceux qui menaient auparavant une vie errante et sans frein. On demande maintenant comment il faut entendre les paroles qui suivent : « au- dessus de toute principauté, de toute puissance, de toute vertu, de toute domination, et de tout nom qui est nommé non seulement dans le siècle présent mais aussi dans le siècle futur. y> Nous avons expliqué ce que signifie être assis, et être assis à la droite ou à la gauche. Nous avons à examiner maintenant où l’Apôtre a trouvé dans f Écriture ces quatre noms, de prin¬ cipauté, de puissance, de vertu, de domination, et de quel endroit il les a insérés dans son épître. Car il n’est pas permis de supposer que celui qui avait été instruit à l’école des lettres divines, ait pu écrire des choses qu’il n’aurait pas prouvées dans la sainte Écriture. Je pense donc, ou qu’il aura tiré ces noms des traditions secrètes des hébreux, ou plus probablement, l’Apôtre, comprenant que la loi était spirituelle, a reproduit, en les appliquant à des faits plus relevés, les faits consignés dans l’histoire. II a reconnu que ce que les Nombres et les sedere dignatur ; quod scilicet regat eos, et in curru suo habeat, et ad nutum proprium vaga prius, et libéra colla convertat. Post hæc quæritur, quomodo id quod sequitur, possit mtelligi, « super oinnem princi- patum, et potestatem, et virtutem, et dominationem, et omne nomen quod nominatm;, non solum in hoc sæculo, sed etiam in fuluro. » Et quidem de dex¬ tris ac sinistris, et de seesione jam diction est. N une quærendum ubi Apostolus hæc quatuor nominà, « principatum, » loquor, et « potestatem, virtutem, » et « dominationem, » scripta reperit, et in medium unde protulerit. Ne que enim fas est eum qui divina le- clione fuerat instructus, aliquid locntum putare quod in sanctis voluminibus non hahetur. Arbitror itaque ilium aut de traditionibus, Hebræorum ea quæ sécréta sunt, in medium pivtulisse; aut certe quæ quasi juxta historiam (1) scripta sunt, cum in- telligeret legem esse spiritualem, sensisse subli- mius, et quod de regibus atque principibus, ducibus quoque, tribunis et centurionibus, in Numéris, et in Regnorum libris refer tur, imaginem aliorum (1) Facem bæc prætulil Grolio Hicronymi conjectura, ni islbœc dignitalum nomina ad instar earum, quæ in Persnrnm nula primas obtine- bant, fuisse excogilala, perquarn erudite docuerit. JEquidem et numerus septem angelorum, qui præcipua cum dignitale stant coram Doo optime cum septem minislris, qui régi Persidis astabani, cumque ridere, alloqui, et consulere pro lubilu poteranl; nec dubium est, Scriptq- iûm iis possim, quæ ad Hcbræorum concepium, mentemque propiora eront, ipEom ge conformare. Ed. Mig. 400 SAINT JEROME Livres des Rois rapportent des rois, des princes, des chefs, des tribuns et des centurions était l’image d’autres princes et d’autres rois, et qu’il y avait aussi dans les deux des principau¬ tés, des puissances, des dominations, des vertus, et les antres noms de différents ministères que nous ne connaissons pas, et que Paul lui-même, revêtu de ce corps qui appesantit l’esprit, n’a pu énumérer. Or, s’il y a des principautés, des puissances, des vertus, dos dominations, il est nécessaire qu’ils aient des sujets . qui les craignent, qui los servent, et d’autres qu’ils font entrer en participation de leur force. Ces distributions d’offices différents ne se bornent pas au temps présent, elles subsisteront encore dans le siècle futur, c’est-à-dire, que dans une mesure proportionnée aux progrès dé chacun, aux honneurs qu’il mérite, à sa marche ascendante ou descendante, les esprits cé¬ lestes sont élevés en dignité ou descendent et sont assujettis tantôt aux puissances et aux vertus, tantôt aux principautés et aux domina¬ tions. Nous, pauvres petites créatures, qui devons être sitôt réduites en cendre et en pous; sière, si la volonté des hommes nous élève jusqu’à la royauté, nous avons des multitudes si considérables de ministres de toutes sortes, qu’il est plus facile de les imaginer que de les exprimer. Ainsi, par exemple, un préfet pour ce qui est du civil, a des juges, des pro- principum regnumque cognovisse; quod scilicet in cœlestibus sint principatus, sint potestates, sint dominationes atque yirtutes, et caetera ministerio- rum vocabula; quæ nec nos possumus nominare, nec ipsum Paulum,; puto, ut in gravi corpusculo constitutum, ' enumerare yaluisse. Si autem sunt principatus, et potestates, et Yirtutes, et domi¬ nationes, necesse est ut et subjectos habeant, et timentes se, et servientes sibi, et eos qui sua fortitudine roborentur. Quæ distributiones officio- rum. non solum in præsentiarum, sed etiam in futuro s.æculo erunt ; ut per singulos profectus, et honores, et ascensiones, etiam et descensiones, vef ■ crescat aliquis, vel decrescat, et sub alia atque alia potestate, virtute, principatu, et dominatione fiat. Nos homunculi cito in cinerem, et pulverem dissolvendi, si consensu hominum Ievemur in reges, tantashabemusministrorum diversitates et multitudines, quantas facilius possumus sentire, quam dicere : V.erbi causa; quod Præfectus in parte civili, judices, provin- cias, et ordinem suum habeat; rursum militia, in tôt vinces, et des gardes à lui ; la milice, à son tour, . se divise en tant .de comtes, de généraux, de tribuns et d’armées multipliées; et nous pensons que Dieu, le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois se contenterait d’un seul ordre de ministres? * « Et il a mis toutes choses sous ses pieds, et il l’a établi chef de toute l’Église, qui est son corps et la plénitude de celui qui accomplit tout en tous. » Il semble que ce passage soit en contradiction avec ce qui est écrit ailleurs : « Main¬ tenant, nous ne voyons pas encore que tout lui soit soumis » et à ces autres paroles : « Il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il réduise tous ses ennemis sous ses pieds, » I Cor. xv, 25. Car si toutes choses ne lui sont pas encore soumises et qu’il doive, régner jusqu’à co que tout luiv soit assujetti, comment Dieu a-t-il dès mainte¬ nant soumis toutes choses sous ses pieds? D’autant plus que saint Paul ilui-mêmé fait ailleurs cette déclaration : « Lors donc que toutes choses auront été assujetties au Fils? alors le Fils sera lui-même assujetti à celui qui lui aura assujetti toutes choses, afin que Dieu soit tout on tous, » I Cor. xv, 28. Donc, c’est en vertu d’une préscience divine que saint Paul rapporte comme déjà fait, ce qui doit se faire, suivant le sens que nous avons donné plus haut à ces paroles : « Il nous a comblés en ' j Jésus-Christ do toutes bénédictions spirituelles comités, duces, tribunos, et multiplicem scindatur : exercitum; et putamus Deum, Dôminum Dominorunv et regem regnantium, simplici tantum ministerio co'ntentum? « Et omnia subjecit pedibus ejus, et ipsum dedfteaput super oinnia Ecclesiæ, quæ est corpus ipsius; plenitudo ejus qui omnia in omnibus adimpletur. » Huic vide tu r illud esse contrarium, quod alibi scribitur : « Necdum enim ei videmus omnia subjecta. » Sed et illud : Opovtet enim ilium regnare, donec ponat omnes inimi- cos sub pedibus ejus » I Cor. xv, 25. Si enim necdum ei subjecta sunt omnia, et oportet eum regnare, donec ei subjiciantur omrya; quomodo nunc sub pedibus ejus Deus universa subjecit? Maxime cum et in alio.locô Paulus ipse testetur : « Cum autem ei subjecta fuerint omnia, tune et ipse Filius subjicietur ei qui sibi subjecit omnia; ut sit Deus omnia in omnibus? » I Cor. xv,28, Ergo aut secundum præscientiam \À L præsentiamj id quod futurum est, quasi jam factum esse commémorât, juxta sensum quem supra exposuimus, 'übi ait : « Be- nedixit nos in ômni benedictione spirituali in coaléstibnâ COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS pour les biens célestes. » Ou s’il faut entendre ces paroles au passé, nous devons les prendre dans ce sens, que les choses mêmes qui ne lui sont pas volontairement assujetties, lui sont soumises par lour condition naturelle, par exemple, les démons, les Juifs et les Gentils. Car ils ne servent pas Jésus-Christ, ils ne sont point soumis sous ses pieds, et cependant, comme ils ont été créés par lui pour un bon usage, ils sont soumis à sa puissance malgré eux, bien qu’ils lui soient opposés par la volonté de leur libre arbitre. Ce qui suit s’har- 'inonise avec cette explication : « Et il l’a établi chef sur toute l’Église qui est son corps. » Car, de même que le corps a plusieurs membres qui lui sont subordonnés, dont quelques-uns sont défectueux et faibles, ainsi Notre-Seigneur Jésus-Christ, étant chef de l’Église, a pour membres tous ceux que l’Église réunit dans son sein, tant les saints que les pécheurs ; mais les saints lui sont soumis volontairement, la sou¬ mission des pécheurs est forcée. Aussi arrive-t- il, que même ses ennemis soient placés sous ses pieds. Car, quant à ces paroles : << Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que je place vos ennemis sous vos pieds » Ps. cix, 1, et ces autres :'« Il faut qu’il règne jusqu’à ce que le Père ait mis în Ghristo. » Aut certe si de præterito sentiendum est; sic debemus accipere, quod etiam ea quæ non sunt ei voluntate subjecta, naturæ conditiône deser- viant; verbi causa, dæmones, Judæi alque Gentiles. Non enim serviunt Ghristo, nec subjecti sunt pedi- bus ejus, et tainen quia ab eo in bonam partem creati sunt, subditi sunt potestati ejus inviti, tainetsi ad- versum eum répugnent liberi arbitrii voluntate. In hune sensum et illud quod sequitur coaptatur : « Et ipsum dédit caput super omnia Ecclesiæ, quæ est corpus ipsius. » Quomodo enim caput plurima sjbi habet membra subjecta, e quibus sunt nonnnlla vitiosa et debilia; i ta , et Dominus noster Jésus Ghris- tus cum sit caput Ecclesiæ, habet membra eos omnes qui in Ecclesia congregantur, tam sanctos videlicet quam peccatores; sed sanctos voluntate, pecca tores vero sibi necessitate subjectos. Atque ita lit; ut etiam inimici subjecti sint pedibus ejus. Quapr opter in eo quod ait, « omnia, » videtur facere quæstionem. Nam illud quod dictum est : « Sede a 401 tous sos ennemis sous ses pieds » I Cor . xv* 25, elles n’ont pas grand besoin d’interprète pour expliquor que les ennemis du Fils, lorsqu’ils auront été vaincus, seront soumis sous ses pieds et assujettis sous la puissance du vainqueur. Mais pourquoi toutes les créatures, les anges eux-mêmes, les Trônes, les Dominations, les Puissances et les autres Vertus qui n’ont jamais eu opposition avec Dieu lui seront-elles assujet¬ ties? C’est ce qui reste obscur. On peut répondre que nul être n’est sans péché, et que les astres eux-mêmes ne sont pas purs devant Dieu, Job xv, et que toute créature redoute l’arrivée de son créateur. Aussi est-il dit dans l’Écriture, que la croix du Sauveur a purifié non seulement toutes les choses qui sont sur la terre, mais aussi celles qui sont dans le ciel. Un autre interprète explique le mot « toutes » non de l’universalité des êtres, mais de ceux-là seules ment qui sont l’objet de cette discussion, ou d’une autre manière, comme lorsqu’on dit toute la ville a poussé des cris, non pas qu’il n’y ait pas eu un seul habitant gardant le silence, mais parce que dans la grande majorité se trouve comprise la minorité. C’est ainsi que l’Apôtre saint Paul dit lui même ; « Tous cherchent leurs intérêts, non les intérêts de Dieu » Philip, n, 21, ôt dextris meis, donec ponam inimicos tuos sub pedibus tuis » Ps. cix, U Et alibi : « Oportet enim eum regna- re, donec ponat omnes inimicos sub pedibus ejus » I Cor. xv, 25; non magnopere quærit interpretem, ut ea quæ inimica sunt, cum fuerint superata, subjician- tur pedibus ejus, et in victoris transeant potestatem. Gur autem omnia, id est, angeli, throni, domina- tiones, potestates, et virtutes cæteræ, quæ num- quam fuerunt contrariæ Deo, ejus pedibus subjician- tur, videtur obscurum, Pote^t itaque responderi quod absque peccato nullus sit, et sidéra ipsa non sint munda coram Deo, omnisque creatura paveat Greatoris adventnm Job xv. Unde et crux Salva- toris non solum ea quæ in terra, ! sed etiam (1) quæ in cœlis eraut purgasse perhibetnr. Alius vero, « omnia, » non ad nniversitatem, sed ad ea tantum refer t, de quibus disputa tum est; vel hoc modo, omnis civitas conclamavit, non quo aliquis tacens in urbe non fuerit, sed ex parte maxima etiam ea quæ minora sunt appellantur. Et ipse Paulus apostolus : » Omnes, (1) Paria his replicat inferius, cap. 11, vers, 2i, et ïib. n, cap. m, vers. 10, denique et eap. îv. Scilicet in eam concedit ubique sententiam Christi crucem non solum nobis, ped et angelis snpernisquo cœioris virtiuibùs profuisse. NonnuUa et nos attigimus hac super re ad Qrigeni homiliam 23, ubi satis ille absurde prommtiat, angelos, non secus quam hommes, Christi morte ad salutem indiguisse. Verum non usque adeo exaggerat Hieronymus, ejusquo salis commodo sensu exponi mens potest, quidquid contra obganniat Rufinus lib, i, n. 38. Nos hæc Jûtins edissereimis paulo posl ad onpl i, vers. 10, quo loco ipse se luculemius eipticat S, Pater. Ed . Mig* Tgm. x, 26 402 SAINT ■ encore : « Tous m’ont abandonné. » Cependant, ni Timothée, ni les autres disciples qui étaient avec lui dans le temps qu’il écrivait ses lettres ne Pavaient abandonné; mais comme il avait été abandonné par le grand nombre, il se plaint de l’avoir été par tous, c’est-à-dire 'par la plus grande partie de ses disciples. Nous trouvons un passage analogue dans un psaume : « Tous se sont égarés, ils sont devenus inutiles, il n’en est point qui fasse le bien, il n’en est pas un seul, » Ps. xui, 3. Car, si tous se sont égarés, donc celui qui parle s’est égaré lui-même. Et ailleurs : « J’ai dit dans le trouble de mon âme, tout homme est menteur » Ps. cxv, 2. Car ce qu’il dit est vrai ou faux. Si tout homme est menteur, donc celui qui parle l’est aussi. Mais si celui qui parle est lui-même sujet au mensonge, il no dit ;donc point la vérité, lorsqu’il affirme que tout homme est menteur. Si cependant l’affirmation du Psalmiste est vraie, il faut entendre le mot tous dans le sens indiqué plus haut, que la plus grande partie des hommes est sujette au men¬ songe. L’Apôtre écrit encore ailleurs : « Ensei¬ gnant tout homme » Coloss. m, 16; et ailleurs : « Avertissant tout homme. » Est-ce à dire qu’il les ait tous enseignés? Mais combien qui, jusqu’à ce jour n’ont point entendu la. doctrine de l’Apôtre, et ne connaissent pas même son nom? Il veut donc dire qu’il enseigne et avertit ceux JÉROME qui sont dans l’Eglise, et qui désirent connaître les vérités divines. Saint Paul ajoute : « Et sa plénitude de celui qui accomplit tout en tous. » Il faut entendre ces paroles comme ces autres. « Alors le Fils lui-même sera assujetti à celiïi qui lui aura assujetti toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous » I Cor . xv, 28. Car, maintenant Dieu est dans chacun de nous comme partiellement, dans l’un il est la justice, dans l’autre la chasteté, dans celui-ci la tempérance, dans celui-là la sagesse, dans un autre, la force, car il est difficile de trouver, même . dans les saints et les parfaits, toutes les vertus réunies. Mais lorsque pour la ftn de toutes choses et à la consommation du monde, tout lui sera soumis, il se complétera entièrement dans tous; c’est-à- dire que Dieu, étant le centre et la plénitude dë toutes les vertus, il se complétera entièrement dans tous, et tous posséderont alors en totalité les dons qu’ils ne possédaient auparavant qu’en partie. Quant à ces paroles : « Et il l’a établi chef sur toute l’Église, qui est son corps et la plénitude de celui qui se complète entièrement dans tous ses membres, » on peut les entendre non seulement de l’Église composée des hommes, mais aussi de la réunion des anges et de toutes les vertus et créatures raisonnables. Remarquons encore que ces paroles : « qui en toutes choses!- s’accomplit en tous, » ne doivent pas être prises inquit, « sua qnærunt, non ea quæ sunt Dei » Philipp, il, 21; et : Omnes me dereliquerunt. » Non quod Ti- mothæus et cæteri discipuli, qui illo tempore quo Epistolse scribebantur, cum eo erant, ilium relique- rint; sed idcirco, quia a pluribus sit desertus, ab omnibus, id est, a maxima parte, desertum.se esse conqueritur. Simile hnic quid et in psalino sonat : « Omnes declinaverunt, simul inutiles facti sunt : « Non est qui faeiat bonum,' non est usque ad unum Ps. xiii, 3. Si enim omnes declinaverunt; ergo declinavit et îpse qui Ioquitur. Et alibi : « Ego dixi in excessu mentis meæ, omnis homo mendax » Ps. cxv, 2. Aut enim verum est hoc quod dixit, aut falsum. Si omnis homo mendax est, ergo mendax est et ipse qui Ioquitur. Si aut'em mendax est et ipse qui Ioquitur, ne hoc quidem quod ait yerum est, omnern hominem esse m end a ce m, Porrp si ver a sententia est, omnes sic accipiepdi sunt, ut supra diximus, quod magna pars hominum mentiatur. Scribit, et alibi Àposto- us : « Docentes omnern hominem » Coloss . m, 16. Et rursum, « commonentes omnern hominem; » non quod omnes hommes docuerit; quanti enim sunt qui usque JivvJic lltJU uui-uL-jucuii jfi.pucjLu.il auuiere, sed quod eos omnes docéat et admoneat, qui in Ec- clesia sunt, et cupiunt scire quæ Dei sunt. Sequitur f «Plénitude ejus qui omnia in omnibus adimpletur. » Quod quidem sic accipiendum, quemadmodum et iJlud : « Tune subjicietur ei qui sibi subjecit omnia, ut sit De us omnia in omnibus » I Cor. xv, 28. Nu ne enim Deus per partes in singnlis est, in alio justitia, in alio castitas, in alio temperantia, in alio sapientia, in alio fortitudo; et difficile est etiam in sanctis viris atque perfectis omnes pariter esse virtuteS. Cum aui- tem in fiuem rerum, et consummatione mundi, ei fuerint universa subjecta, adimplebitur omnia in om¬ nibus ; ut juxta id quod Deus est cunctis virtutibüs pie nus, omnia in omnibus adimpleatur, et sint uni- versi habentes omnia, quæ ante singula singuli pos- sidebant. Sed et hoc quod ait : « Et ipsum dédit caput saper omnia Ecclesiæ quæ est corpus ipsius; plénitude* ejus qui omnia in omnibus adimplëtur, non solum ho- minum, sed etiam angelorum cunctarumque virtü- tum, et ratio nabilium creaturarum Ecclesia intelligi potest. Nec non et hoc « Qui omnia in omnibus adim COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AU& EPHÈSlENS dans le premier sens qu’elles présentent; car l’Apôtre ne dit point : Qui accomplit toutes choses en tous, mais « qui en toutes choses est accompli en tous. » Car il y a cette différence entre ces deux mots, rempli et être rempli, que l’un exprime un rôle actif, et l’autre un rôle passif. De même donc qu’un empereur reçoit tous les jours son complément, lorsque ses armées s’augmentent, qu’il s’annexe de nouvelles pro¬ vinces, et que la multitude de ses sujets devient plus considérable; ainsi Notre-Seigneur Jésus- Christ, par là même que tous croient en lui, et embrassent do jour en jour la foi chrétienne, s’accomplit dans tous, c’est-à-dire se complète entièrement dans tous1 ses membres, en ce sens que ceux qui croient en lui sont remplis de toutes les vertus, et que selon ce qui est dit dans l’Évangile, il croît en âge, en sagesse et en grâce, non seulement devant Dieu, mais encore devant les hommes, Luc. n. CHAPITRE IL «Et vous qui étiez morts par vos péchés et par vos crimes, dans lesquels vous marchiez autre¬ fois selon l’esprit de ce monde, selon le prince des puissances de l’air, est esprit qui exerce mainténant son pouvoir sur les dis de la défiance, parmi lesquels nous, tous aussi nous avons vécu selon nos . désirs charnels, faisant la volonté de pletür, » nequaquam ita ut resonat, aeeipiendum; non enfin ait : Qui omnia in omnibus adimplet; sed « qui omnia in omnibus adimpletur. » Siquidem aliud est implere, aliud impleri; quia in altero agenda, in altero patientis est verbum. Sicut ergo adimple¬ tur imperator, si quotidie ejus augeatur exercitus, et fiant novæ provinciæ, et populorum multitudo suc- crescat; ità et Dominus noster Jesu Ghristus in eo quod sibi credunt omnia, et per dies singulos ad fidem ejus veniunt, ipse adimpletur in omnibus; sic tamen ut omnia adimpleatur in omnibus, id est, ut qui in eum credunt, cunctis virtutibus pleni sint, et juxta Evangelium faciant eum proficere ætate, sapientia et grath, non solum apud Deum, sed et apud homines Luo. n. CAPUT II. « Et vos cum essetis mortui delictis, et pec- eatis vestris, in quibus aliquando ambulastis, se- rundum sàeculum mundi hujus, secundum pririci- pem potestatis aeris, spiritus qui nunc operatur in fiiiis diftidontiæ, in quibus et nos omnes conversati su- 403 la chair et de nos pensées, ainsi nous étions par nature enfants de colère comme tous les autres. Mais Dieu qui, est riche en miséricorde, par le grand amour dont il nous a aimés, lorsque nous étions morts par nos péchés, nous a rendus tous à la vie en Jésus-Christ. » Avant d’exposer le sens de chaque mot, il nous faut tout d’abord bien établir la suite du texte de cette manière : Et vous, lorsque vous étiez morts par vos péchés et par vos crimes, Dieu qui est riche en miséricorde par le grand amour dont il nous a aimés nous a vivifiés, dans le Christ; et alors que nous étions morts par nos péchés dans les¬ quels autrefois nous avons marché selon l’esprit de ce monde, selon le prince des puissances de l’air, de l’esprit qui agit efficacement à cette heure sur les fils de la défiance, parmi lesquels nous tous aussi nous avons vécu, selon nos désirs charnels, faisant la volonté de la chair et de nos pensées; et par nature enfants de colère comme tous les autres; il nous a rendu la vie en Jésus- Christ, c’est-à-dire qu’il faut sous-entendre comme si elles étaient répétées deux fois : « Et il nous a rendu la vie en Jésus-Christ. » Quant à la conjonction causative que nous lisons dans cette proposition : « Mais Dieu qui est riche en. miséricorde, » nous pensons qu’elle a étéajoutée par des copistes ignorants, et que cette faute a passé insensiblement dans le texte; ou bien mus aliquando in desideriis carnis nostræ, facientes vo- luntates carnis et cogitationum, et eramus natura fiiii iræ, sicut et eæteri. Deus autem qui dives est in mi- sericordia, propter multam charitatem suam qua dilexit nos et cum essemus mortui peccatis, convivi- ficavit nos Ghristo. » Antequam de singulis verborum sensibus disputemus, videtur no bis ita lectionis ordo, reddendus : Et vos cum mortui essetis delictis et peccatis vestris, convivificavit Ghristo Deus, qui dives est in misericordia propter multam charitatem suam qua dilexit nos ; et cum essemus mortui delictis, in quibus aliquando ambulavimus, seeundum sæculum mundi hujus, secundum principem potestatis aeris, spiritus qui nunc operatur in filiis diffidentiæ, in quibus et nos omnes conversati sumus aliquando in desideriis carnis nostræ, facientes voluntates earnis et mentium, et eramus natura fiiii iræ, convivificavit nos Christo, ut kno xoivou, subaudiatur quasi his dictum, « et nos convivificavit Ghristo. » Conjunctionem vero causalem in eo 1 co in quo ait : « Deus autem qui dives est in misericordia, » arbitramur aut ab in- doctis seriptoribus additam, et yitiunl inovelissç 404 SAINT JÉROME, qu’elle a été employée par saint Paul qui était inhabile pour la parole, mais non pour la science. » II Cor. xi . No#'s: voyons ici manifeste¬ ment que le péché est appelé la mort de l’àme : « Et vous, lorsque vous étiez morts par vos crimes et par vos péchés, » ce qui est égale¬ ment attesté par Ézéchiel : « L’âme qui aura péché mourra elle-même, » Ezech. xvm, 4. Comme le mot latin delicta , en grec Tropaurcouara, est proprement suivant l’étymologie du mot grec un mot scripturaire, bien que delicta serait plus justement rendu par TrÀY^jiAicu nous demandons ce que signifie le mot delicta , quelle^ distance les sépare des péchés, et quôlle diffé¬ rence entre TtapaTtTcofjuxTa et à[/.apTâxa. Les auteurs disent que le mot Trapa'irrw^a'rx exprime la nais¬ sance et comme le commencement du péché, lorsque la pensée^se glisse secrètement dans notre âme, à la faveur de notre demi-consentement, mais sans nous entraîner encore à notre ruine. Voilà pourquoi il est écrit dans le psaume xvm : « Qui peut connaître ses fautes? » parce qu’il est difficile on effet de connaître les racines, et l’origine des péchés. Le péché au contraire c’ést l’acte coupable consommé dans son entier. Nous demandons encore ce que signifie ce qui suit : « dans lesquels autrefois vous avez mar¬ ché selon le siècle de ce monde. » Y a-t-il donc 5 un autre siècle qui ne fasse point partie de ce monde et qui soit propre à d’autres mondes? de ces mondes dont Clément a dit dans son épître : « L’océan et les mondes qui sont au delà? » Ou bien n’y a-t-il qu’un seul monde, celui qui depuis le commencement du siècle ou Adam a été créé se poursuit jusqu’à la fin qui lui est marquée et disparaît; ou bien est-ce ce monde qui est appelé d’un autre nom, le prince des puissances de l’air qui agit efficacement à cette heure sur les enfants de la défiance. Saint Paul écrit aux Galates : « Afin de nous arracher à la corruption du siècle présent, » GaL i, 4. Et dans la même épître : « Rachetant le temps, parce que les jours sont mauvais, » Ephes. v, 16. Jacob lui-même déclare que ses jours ont été courts et très mauvais Gen. xlvii, soit que le temps de cette vie durant lequpl nous sommes renfermés dans le siècle, soit laborieux et pénible; soit que Satan lui-même soit désigné par le nom de ce monde et de ce siècle. C’est do lui en effet dont il est aussitôt question dans ce qui suit : « Selon le prince des puissances de l’air, de l’esprit qui agit efficace- paulatim, aut ab ipso Paulo, qui ernt imperifcus ser- mone, et non scientia, superflue usurpatam 11 Cor. xi. ManifesLe autem mors animæ dicitur esse peccat-um, ex eo quod ait : « Et vos cum essetis mortui deliclis et peccatis vestris, » juxta illud quoque quod in Ezechiele Bcriptum est : « Anima quæ peccaverit ips.i mûrie tu r » Ezech. lviii, 4,. Et quia « delicta quæ Græce Ttapowrrto- p.ara nuncupantur. juxta ejusdem linguæ etymolo- giam proprie verbum est Scriplurarum (licet delicta .TrAquoiAiai rectius transterantur) quærimus quid signi¬ fient, quove distent a peccatis, id est, quid intersit inter TrotpccTCTü) pLOtxot , et ap.apxtaç, ;Aiunt enim quod Tcapa-ïr- 'rtouaxa, quasi initia peccatorum sint, cum cogitatio tacita subrepit, et ex ahqua parte conniventibus [Al. cobibentibusj nobis, needum tamen nos irnpaiit ad ruinam. Unde et in uctavo deciino psalino Vers. 13 scribitur : « Delicta, » hoc est, Tcapa^Tcnu-axa, « quis intelligit ? » quia scilicet difficile sit radices, et initia inlelligere peccatorum. Peccatuin vero esse, cum quid opéré consummatum pervenit ad finem. Quærimus quoque quid sit, « in quibus aliquando ambulastis secundum sæculum mundi hujus, » utrumnara et àilud sæculum sit, quod non pertineat ad munduin istum, sed ad mundos alios, de quibus et Clemens in Epistola sua scribit : « Oceanus (1), et mundi qui- trans 'ipsum sunt ? » An unus iste mundus sit, qui ab initio sæculi quo factus est Adam usque ad terminum suum volvatur, et transeat ; vel certe mundus alio nomme appelletur princeps aeris hujus, qui nunc operatur in filiis diffidentiæ ? Scribitur et ad Galatas : « Ut eruat nos de præsenti sæculo nequam » Galat . i, 4. Et in bac eadem Epistola : « Redimentes tempus, quoniam dies mali sunt » Infra, v, 16. Et dies Jacob modici dicunlur etpe;simi Gen. xlvii, sive quod tempus vitæ istius per quod clausi tenemur in sæculo, grave sit et laboriosum, sive quod ipse Satanas mundi hujus, ut supra diximus, et sæculi vocabulo nuncupetur. De quo statim in sequentibus : « Secundum principem, dnquit, i.20 fÜxsavoç àvBpumotç àTcépavroç xal ol (jlst ’ auxiv M) Inicgrius in Grœco babet S. Clementis Episn I, o-l Corinth Quamquom ab Origeno videtur sumpsissc Bieron; nam et bœc ipsa senientia lib, n Ttapt Ap^wv cep. 3, semel atqae iterum toia rouitatur, « Oceanus intransroeabilis est hominibus, et hi mundi qui post ipsum sunt, » Porro dicitur Origenes bine inferi’O voluisse quod Græci aVTt^ôovaç dicuni,et Latini u antichtones, » vulgo « antipodes « vocani, Quamobrem a Pbotio reprehenditur cod, 126, veteres enïm pieriquo omnes, ut notum est, ex Lactoniio, Augustino, aliisque, negabant existera antipodes. S, vero Clemens non plures mundos, sed remolas, ac prius indignités mundi partes ultra Ocoanum dosifcnare fortasse voluit, Ed. Mig, 405 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉS1ENS ment à cette heure sur les fils de la défiance. » Ce 'prince de Pair, et l’esprit des puissances qui est dans Pair, c’est le démon qui agit mainte¬ nant sur les fils de la défiance, car il no peut avoir aucune action sur les vrais croyants. C’est de lui encore que l’Apôtre dit plus bas : Nous n’avons point à lutter contre la chair et le sang, niais contre les princes et les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans les parties supérieures de l’air. » Ce n’est pas que le diable et ses satellites, qui errent ça et là dans ce monde,, qui font entrer par insinuation le péché dans les âmes, puissent habiter le ciel d’où ils ont mérité d’être chassés; mais saint Paul appelle ici le ciel (in cœlestibus) Pair qui ost au-dessus de nous, comme le Sauveur le fait lui-même, lorsqu’il dit' : « Considérez les oiseaux du ciel, » Matth. vi, 26. Car il est évi¬ dent que le vol des oiseaux a lieu non dans le ciel, mais dans Pair. L’Apôtre continue : « Par¬ mi lesquels nous avons élé tous aussi dans les mêmes désordres, vivant selon les désirs de la chair et de nos pensées. » Ces paroles : « parmi lesquels » doivent être rattachées aux offenses. Plus haut, PApôtre avait parlé simultanément des offenses et des péchés : « Et vous, lorsque vous étiez morts par vos offenses et par vos péchés, » et avait rapporté à ces derniers ce qui potestatis aeris, sph’itus qui nunc operatur in iUiis difli- dentiæ. » Princeps quippe aeris, et spiritus ipotestatis, qui in aere isto est, diabolus intelligitur, qui mine operatur in filiis diffidentiæ. In his emm qui Domino credunt, non potest operari. De quo et infra ait : « Non est nobis pugna adversus carnem et sangumeiu, sed advevsum principatus et potestates, adversus recto- res tenebrarum istarum, adversus spirilualia nequitiæ in cœlestibus. » Non quo diaboius, et satellites ejus, qui per mundum istum valantes, peccata hominibus insinuant, in cœlo versari quea-nt, de quo ob sua mérita corruerunt; sed cœlum dicitur, aer iste, qui supra nos est, juda iliud Salvatoris elôquium : « Gonsi- derate volatilia cœli » Mail. vi. 26, et caetera. Mani¬ festa m quippe est, quod vola ti lia non per cœluin voûtent, sed per aerem. Sequdur : « In quibus et nos oinnes conversati sumus uliquando in dosideriis carnis nostræ, facientes voluntates carnis et mentium. », Qu d ait, « in quibust ?> ad delicta referendum est. Superius eniin quia duo pari ter po suera t : « Et vos cum esse lis mortui delictis et peccatis vestris, » et, ad peccata retu- lerat dicens : « in quibus aliquando ambulastis; » ad suit : « dans lesquels autrefois vous avez mar¬ ché, » mais pour les offenses il n’y avait rien danâ ce qui suit qui pût compléter le sens; il dit donc ici : « dans lesquelles offenses nous avons tous aussi vécu, » et de peur de donner à croire que c’était par orgueil qu’il s’était excepté en disant * « et par vos péchés dans lesquels autrefois vous avez marché, » il ajoute ici : « dans lesquels nous tous aussi nous avons vécu. En disant qu’il y a vécu, il . veut parler des péchés passés et non des péchés présents. Nous avons vécu, dit-il, non dans un seul désir, mais dans les désirs de notre chair; car la chair convoite contre l’esprit, et l’esprit contre la chair, » Gai. v, 17. Nous accomplissons non une seule volonté; mais les volontés multipliées de la chair, et non seulement les volontés de la chair, mais aussi les volontés de notre esprit, dans la traduction latine, les volontés de nos pensées. Or, il y a ce me semble, cetto différence entre le péché de la chair, et le péché de l’esprit, que le péché de la chair est l’impudicité, Ja luxure, et tous les crimes qui se servent deda chair pour satisfaire les passions sensuelles. Le péché de l’esprit a plutôt pour objet les erreurs contraires à ia vérité, la perversité des hérétiques. Et ici nous pouvons dire que la plupart des hérétiques (bien que cela soit rare), font les volontés de leur esprit et non les volontés de la chair; delicta vero nihil taie videbatur secutum quod sensum posset explere ; nunc ait : « in quibus deln-tis, et nos omnes conversati sumus; » simulque ne in eo quod (fixerai, « et peccatis vestris in quibus aliquand i ambu¬ lastis, » se per superbiam a peccato videretur excipere adjunxit, « in quibus et nos omnes conversati sumus. » Qui autem conver. atmn esse se dicit, de præteritis delictis, et non de præsentibus co.ititetur. Conversati sumus, inquit, aliquando, non in uno desiderio, sed iu desi- deriis carnis nostræ. « Caro quippe desiderat adversus spiritum, et spiritus adversus carnem » Galat. v, 17. Facientes non unam voluntatein carnis, sed plures ; et non solum voluntates carnis, sed etiam mentium, pro quo in Latinis codicibus habetur, « cogitationum.. » Inter peccatuin autem carnis, et mentium hoc esse put", quod carnis peccatum, est impudicitia atque luxuria, ei ea quæ ministerium ejus io libidinibus ex- plentur. Mentium vero delictum ad d gmata pertinet contraria veritati et hæreticam pravitatem, ita ut possimus dicere plerosque hæreticorum ( quamquam hoc rarum sit ) voluntates mentium facere, et . non voluntates carnis, et multos contra ecclesiasticos, carnis 406 SAINT JÉROME qu’un grand nombre, à l’égard des ecclésias¬ tiques, font la volonté de la chair et non de l’esprit, et qu’il en ost un grand nombre qui accomplissent tout à la fois les volontés de la chair et de l’esprit. Or en parlant ainsi, nous ne voulons pas dire que les hérétiques ne fas¬ sent pas la volonté de leur chair, (car ils sont bien plus sujets aux vices de la chair que les nôtres), mais afin que cet exemple ht plus faci¬ lement comprendre ce que nous voulons. « Et nous étions par nature enfants de colère comme tous les autres. » Que les hérétiques, qui pré¬ tendent qu’il y a diverses natures, nous répon¬ dent ici comment Paul qui sans aucun doute était d’une nature spirituelle, a pu être par nature fils de colère comme les autres qui sont encore dans les ténèbres de l’erreur. Pour nous, nous disons que d’abord tous le^ hommes sont par nature fils de colère, ou à cause de ce corps misérable, de ce corps de 'mort, et parce que dès l’adolescence l’esprit des hommes est porté au mal » Gen. vnr, ce qui a fait dire à Salo¬ mon : « Il n’y a point de juste sur la terre qui fasse le bien et ne pêche point, » Bccl. viit, 21. Ou bien encore, parce que depuis le temps où nous pouvons avoir la connaissance de Dieu, et que nous sommes parvenus à la première jeunesse, nous péchons tous en actions, en paroles ou en pensées. Nous étions donc tous par nature fils de. colère comme les autres, et comme tous les saints qui ont été rachetés de la colère par le sang de Jésus-Christ. Car, si Paul et non mentium facere voluntates, et esse plures qui et carnis, et mentium pariter faciant voluntates. Hæc autem diximus, non quo et liæretici carais non faciant voluntates (plura quippe apud eos corporis sunt vitia quam apud uostros) sed ut, exemplo posito, facilius quod volebamus possit intelligi. « Et eramus, inquit, natura filii iræ sicut et cæteri. » Respondeant hæretici qui diversas naturas esse contendunt, quomodo Paulus, quem utique spiritualis naturæ esse non dubium est, fuerit natura filius iræ, sicut et cæteri qui adhuc in errore sunt positi. Nos vero dicimus esse primum ômnes homines natura filios iræ, vel propter corpus humiJitatis corpusque mortis, et quod ab adolescentia mens hominum apposita sit ad malitiam Genes. vin; unde et Salomon ait : « Non est justus in terra qui faciat bonum, et non peccet » Eccl. vu, 21. Vel quod ex eo tempore quo possumus habere notitiam Dei, et ad pubertatem venimus, omnes, aut opéré, aut lingua, aut cogitatione peccemus. Eramus igitur natura filii iræ lui-même qui avait vécu d’une manière irré¬ préhensible selon la justice de la loi, affirme cependant qu’il était par nature enfant de colère, pourquoi craindrions-nous d’appeler en¬ fants de colère ceux qui ont été saints par la suite? C’est d’eux tous que l’on peut dire en toute vérité ; « Lorsque le commandement est venu, le péché a commmencé à revivre, mais pour eux ils sont morts. » Enfant de colère est synonyme d’enfant de perdition, d’enfant d’iniquité, d’enfant de la mort. Ce n’est pas sans doute que la colère, la mort, l’iniquité, la perdition existent dans une nature qui ait la vertu de produire des enfants; mais on les appelle ici fils de la chose qui agit en eux : comme on appelle fils de la géhenne, ceux qui doivent être consumés par les feux de la géhen¬ ne. D’autres pensent qu’on les appelle fils de colère, comme on dirait fils du diable, car le diable, c’est la perdition, la colère çt la mort. « La mort puissante a dévoré, » Isai. lu, Sel . les lxx. Et : « Le premier ennemi qui sera détruit, c’est la mort, » I Cor. xv, 26; et en s’adressant au démon lui-même : « Tu es devenu la perdition, » Ezech. xxvm, Sel. les lxx. Et : « le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort, '» I Cor. xv, 26, et en s’adressant au démon lui-même : « Tu es devenu la perdi¬ tion, » Ezech . xxvm, lxx. Tu l’es devenu, dit le prophète, par ta propre volonté, tu n’as pas été créé ainsi dès le commence¬ ment. De même donc qu’il est appelé mort, parce sicut et cæteri, et omnes Sancti, qui ab ira sanguine Christiredemptisuat. Sienim Paulus qui juxta justitiam quæ in Lege fuit,irreprehensibiliterestconversatus, dicit se natura fuisse fUium iræ, cur timeamus, etiam rétro sanctos vires filios iræ fuisse testari ? De quibus omnibus vere dici possit : « Cum autem venit mandatum, peccatum. revixit, ipsi vero mortui sunt. » Filius autem iræ sic acci- piendum, utûlius perditionis, filius iniquitatis, filiusmortis. Non quo aliqua ira, mors, iniquitas et perditio subsistât in natura sua, quæ filios liabeat ; sed quo filii dicantur ejus rei quæ operetur in singulis; sicut filii appellantur gehennæ, qui gehennæ ignibus consumendi sunt. Alius iræ filios sic vocatos putat, ut filios diaboli. Diabolüs enim perditio est, et ira, et mors. « Devoravit mors invalescens » Isai. lu, sec . LXX. Et : « Novissimus » [Al. novissime] I Cor., xv « inimicus destruetur mors » I Cor xv, 26; et ad ipsum diabolum : « Perditio factus es » Ezech. xxvm, sec. LXX. Factus, inquit, propria voluntate, non ab initio sic creatus. Quomodo igit-ur' COMMENTAIRES SUR- L’ÉFITRE AUX ÉPHÉSIENS que' c’est par l’envie du démon que la. mort est entrée dans le monde Sag. n, et que c’est par lui que sont morts tous ceux qui vivaient aupa¬ ravant, de même qu’on lui donne le nom de perdition ; parce qu’il perd tous ceux qu’il par¬ vient à tromper, ainsi rappelle-t-on aussi colère, à cause de la cruauté qu’il exerce à l’égard des hommes. Il en est qui pensent que c’est ce qui arriva lorsque selon le récit des livres des Rois, David fit le dénombrement du peuple d’Israël, et1 excita la colère de Dieu contre lui, au témoignage de l’Écriture : « Et la fureur du Seigneur s’alluma de nouveau contre Israël, et David l’excita en lui disant » II Rois . x'xiv, 1. La colère du Seigneur, disent-ils, c’est le démon, car selon la propriété de la langue grecque, l’auteur sacré ne dit pas au féminin, la colère de Dieu Aeyouc a, c’est-à-dire quæ dicoret , mais la colère de Dieu Aiyiov, qui diceret au masculin; car c’est par les plus mauvais anges que Dieu envoie sa colère et sa fureur. Dieu donc qui est riche en miséricorde, et riche à cause du grand amour qu’il a eu pour le genre humain, amour non ordinaire, mais porté à l’excès, lorsque nous étions morts, par suite de nos péchés, nous a rendu la vie, et non seulement nous a rendu la vie, (car .c’étaitpeupour sa bonté et pour sa gran¬ deur), mais nous a rendu la vie avec Jésus-Christ en nous donnant d’avoir avec Jésus-Christ une seule et même vie. Quelques-uns au lieu du texte mors dicitur, ex eo quod invidia diaboli mors introivit in orbem terrarum Sap. n, et per ilium sunt mortui qui ante vivèbant, et pérditio, quod perdat quoscumque deceperit ; sic et ira dicitur propter eam quam exereet adversum'hominem feritatem. Sunt qui itlud in Regno- rnm libris, quando David numeravit populum Israël, iram in se Dei provocans, Scriptura dicente : « Et apposita est ira Dei succendi in Israël, et incitavit David dicens » II Reg. xxiv, 1, iram Dominï, diabolum signiflcare putent ; elenira juxta Græcæ linguæ proprie- tatem non dixit genere feminino, ira Dei Aeyouca, hoc est, « quæ diceret, » sed ira Dei Asytov, id est, « qui diceret, » genere masculino ; rnittit siquidem Dominus iram et furorem snum per augelos pessimos. Deus ergo qui dives est in misericordia, et dives propter chari- tatem suam qua dilexit bominum genus, et charitatem non simplicem, sed multam, cum essemus mortui pro¬ pter delicta nostra, vivificavit nos, et non solum vivifi- cavit (parum qnippe hoc erat honitati et magnitudini ejus), sed vivificavit cum Christo Jesu, unam atqué eamdem nobis tribuens vitam habere cum Christo. Qui- 407 que nous venons d’expliquer : « Et nous étions par nature enfants de colère, traduisent, nous étions tout à fait , absolument enfants de colère, parce que le mot cpuo-si nature leur paraissait offrir de l’ambiguité. QueL que soit le sens qu’il présente à première vue, il feu t l’expliquer sui¬ vant ce que nous avons dit : « Vous avez été sauvés par la grâce. » Si les souffrances du temps présent ne sont pas dignes de la gloire future, qui doit se révéler en nous, » Rom . vm; c’est par la grâce que nous avons été sauvés et non par les œuvres. Car, nous ne pouvons rien rendre au Seigneur pour toutes les grâces qu’il nous a faites. « Et il nous a ressuscités avec lui, et nous a fait asseoir dans les cieux avec Jésus-Christ. » Il avait dit précédemment que Dieu avait ressus¬ cité Jésus-Christ d’entre les morts, qu’il l’avait fait asseoir à sa droite dans les cietfx au-dessus de toute principauté, de toute puissance, de toute vertu, de toute domination, et de tout nom qui est nommé non seulement dans ce siècle, mais aussi dans le siècle futur. Main¬ tenant il ajoute : « qu’il nous a ressuscités avec lui, et qu’il nous a fait asseoir dans les cieux avec Jésus-Christ. » On demande donc comment Dieu, qui nous a sauvés et ressuscités, nous a fait asseoir dans les cieux avec Jésus-Christ. La première et la plus simple réponse qu’on peut faire, c’est que dans la prescience de Dieu, ce dam pro eo quod nunc exposuimus : « Et eramus natura filii iræ, » pro «: natura, prorsus, » sive « omnino, » quia verbum cpuaei, ambiguum est, transtulerunt. Quod etsi sic sonet, juxta ea quæ dixi- mus, exponendum est. « Gratia salvati estis. » Si non sunt dignæ passiones hujus tempons ad futuram gloriam' quæ revelabitur in nobis Rom. vin, gratia magis sumus quam opéré salvati, Nihil enim possumus Domino rétribuera pro omnibus quæ retribuit nobis. « Et coexcitavit, simulque fecit sedere in cœlestibus in Christo Jesu. » Supra dixerat, quod suscitaverit Deus Ghristum a mortuis, et sedere fecerit ad dextram suam in cœlestibus super omnem principatum, et potestatem, et virtutem, et dominationem, et omne nomen quod nominatur non solum in hoc sæculo, sed etiam in futuro. Nunc vero addidit : «: quia et nos suscitaverit cum eo, et sedere fecerit in cœlestibus ad dextram suam. » Quæritur ergo, quomodo Deus qui nos salvos fecit et susci:avit, simul fecerit sedere ' m. Christo ? Et quidem qui simplicius est responsurus, 408 SAINT qui doit se faire est , déjà considéré comme fait. Et encore que c’est la coutume de l’Écriture d’emplqyer le passé pour exprimer les temps à venir; ainsi, par exemple, en parlant de la croix du Seigneur : « Ils ont percés mes mains et mes pieds, » Ps. xxi, 17. Et ailleurs de sa Passion : « Il a été conduit comme une brebis à la boucherie, » Isai lui, 7. Et en parlant des outrages de sa flagellation : « Nous avons été guéris par ses plaies. » Ibid. 5. Et ailleurs : « C’est à cause des iniquités de mon peuple qu’il a été conduit à la mort, » Ibid . 8, Sel. les lxx. Or, c’est afin que l’incertitude inhérente à ce qui est futur, ne donne lieu à l’espérance des hommes d’hésiter, de vaciller, que ,Dieu, (pour lequel il n’y a rien d’incertain,) nous présente comme déjà faits les événements dont il prévoit l’accomplissement dans l’avenir. Car, comme d’après les philosophes, ce qui est passé ne peut pas n’avoir été, ceux qui entendent l’Écriture s’exprimer de la sorte, regardent comme déjà accomplis les événements des temps à venir. D’autres, qui entendent dans un sens spirituel la résurrection et le règne de Jésus-Christ, n’hé¬ sitent pas à dire que dès maintenant les saints sont assis et régnent avec Jésus-Christ. En effet, comme celui qui est saint est entièrement dégagé de la chair, bien que vivant dans un corps charnel, qu’il a sa vie dans le ciel, bien qu'il .marche encore sur la terre, et que, cessant ) hoc asserit, quod juxta præscientiam Dei, id quod futurum est, quasi factum esse jam dixerit. Et quia mos iste,sit Scripturarum, ut interdum futura tempore præterito declinentur ; verbi causa, de cruce Domini : « Foderunt manus meas et pedes » Ps. xxi, 17. Et alibi de passione ejus : « Quasi ovis ad victimamductus est » Isai. un, 7. Et adhuc de injuriis flagellorum ; Livore ejus nos sanati sumns » Ibid., 5. Et alibi f Al. ibidem] : « Ab iniquitatibds populi mei ductus est in mortem » Ibid., 8. sec. LXX. Hoc autem ideo, ne quia futura semper incerta sunt, hominum spes flu- ctuet et vacillet, ea quæ Deus futura cognovit (apud quem n'ihil ambiguum est) quasi jam facta memorantur ; ut quia præterila secundum philosophes quoque fieri infecta non possunt, qui audierint, quasi jam facta habeant quæ futura sunt. Alius vero qui resurreclionem, et regnum Christi spiritualité!' intelligit, non deli- beravit dicere, jam sanctos sedere, et regnare cum Christo; quomodoenimneqaaquam in carne sanctus est, cum vivat in carne, et habet conversationem in cœles- tibus, cum gradiatur in terra, et caro esse desistens, totus JÉROME d’être chair, il soit tout esprit; ainsi peüt-on dire qu’il est assis dans les deux avec Jésus- Christ, car le royaume de Dieu est au dedans, de nous, Luc. xvn, 21 ; et où notre trésor, là est aussi notre cœur, fylatth. vi, 21; et nous sommes assis fermes, et immuables avec Jésus- Christ, avec la sagesse, le Verbe, la justice, la vérité. On peut dire encore que comme eux, nous avons reçu les arrhes de l’Esprit-Saint, sans avoir encore reçu toute sa plénitude; nous sommes dans cette mesure assis, et nous régnons avec Jésus-Christ, sans avoir encore obtenu le ^ règne parfait qui nous attend dans les cieux. « Pour manifester dans les siècles à venir les richesses abondantes de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. » Une preuve des plus frappantes de la grandeur des bienfaits de Dieu à notre égard, et les grâces multipliées et si variées par lesquelles le Seigneur, après nous avoir délivrés des agitations de ce siècle, nous a fait asseoir et régner avec Jésus-Christ, c’est que dans les siècles futurs, ce n’est pas à un seul, mais à toutes les créatures raison¬ nables qu’il manifestera les richesses de sa grâce et de sa gloire à notre égard. C'est-à-dire, que nous, qui étions asservis sous la loi de l’enfer, par suite de nos vices et de nos péchés, qui étions livrés aux œuvres de la chair, et'par une conséquence nécessaire, aux supplices, nous régnons maintenant avec Jésus-Christ et nous vertatur in spiritum : ita eum in cœlestibus sedere cum Christo -, regnum quippe Dei intra nos 'est Luc. xvii, 21; et ubi fuerit thésaurus noster, ibi erit et cor nostruni Matth. vi, 21; firmique et stabiles se- demus cum Christo, sapientia, Verbo, justifia, verita- te. Potest autem et hoc dici, ut quomodo arrhabonem Spiritus sancti accepimus, needum totam ejus pleni- tudinem consecuti : sic et sedere nos cum Christo atque regnare, needum perfectam . sessionem in . cœ- lestibus obtinentes. « Ut ostenderet in sæculis super venientibus abon¬ dantes divitias gratiæ suæ in bonitate super nos in Christo Jesu, Quanta sit beneficii magnitudo, et quam multiplex gratia qua nos Dominus de sæculi istius perturbationibus liberatos sedere fecit, et re¬ gnare cum Christo, hinc vel maxime comprobatur, quod in futuris sæculis non uno, sed omnibus suam cunctis rationabilibus creaturis super nos osten- surus est gloriam, suasque divitias monstraturus. Quod nos qui quondam lege tenebamur inferni, et propter vitia atque peccata; ut operibus carnis, ita COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 409 partageons son trône. Or, nous sommes assis sur ce trône, non pas dans . un endroit quel¬ conque, mais au-dessus de toute principauté, de toute puissance, de toute vertu, de toute domi¬ nation et de tout nom qui est nommé non seu¬ lement dans le siècle présent, mais dans le siècle futur. Car, si Jésus-Christ ressuscité des morts 'est assis à la droite.de Dieu dans les cieux, au-dessus de toute principauté, de toute puissance, de toute vertu, etc.; et que nous partagions le même trône, le même royaume avec Jésus-Christ, il faut nécessairement que nous soyons assis au-dessus des choses sur les¬ quelles son trône est placé. Mais un lecteur attentif me fera aussitôt cette question : Quoi donc, l’homme est-il donc plus grand que les anges et les autres puissances célestes? Comme la réponse ne laisse pas d’offrir quelque danger, on peut prendre non en bonne, mais en mau¬ vaise part ces principautés et ces puissances, ces vertus et ces dominations et tout nom qui est nommé non seulement dans le siècle présent, mais dans le siècle futur, (d’autant plus que toutes choses sont assujetties sous les pieds de Jésus-Christ,) et dire que ce sont les anges rebelles, le prince de ce monde, Lucifer, qui se levait dès l’aurore au-dessus desquels les saints seront assis avec Jésus-Christ à la fin des temps, en répandant leurs bienfaits sur ceux qui mainte¬ nant marchent sans frein et par un déplorable n eramus et suppliciis destinati, nunc in Ghristo re- gnemus sedeamusque cum eo. Sedeamus autem non in humili quocumque loco, sed super omnein princi- patum, et potestatem, et virtutem, et dominationem, et onrme nomen, quod nominatur non solum in hoc sæculo, sed etiain in futuro. Si enim Ghristns susci- tatus a mortuis1 sedet ad dextram Dei in cœlestibus supra omnem principatum, et potestatem, et ^irtu- tem, et cætera ; et nos sedemus regnamusque cum Ghristo ; necesse est ut super his quæ sedet iile, sedeamus. Sed qui diligens iector est, statim requirit et dicit : Quid ergo, major homo angelis et cunctis in cœlo potestatibus? Quod quia periculosum est res- pondere : principatus et potestates, et virtutès, et dominationes, et omne nomen quod nominatur non solum in hoc sæculo, sed etiam in futuro (maxime quia omnia Christi \subjecta sunt pedibus) non ad bonam partem, sed ad contrariam referet ; ut dicat eas esse angelos réfugas, et principem mundi istius, et Luciferum qui raane oriebatur, super quibus sancti cum Christo in fine sessuri sunt, illis quoque trj* abus de leur libérté, s’égarent et tombent dans les précipices des péchés. Lorsqu’ils auront au- dessus d’eux de semblables cavaliers, ils com¬ menceront à être conduits selon la volonté de ceux qui sont assis au-dessus d’eux. D’autres expliquent ainsi ces paroles : « Pour manifester dans les siècles à venir les richesses abondantes de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. » C’est que ce n’est point à nos mérites, mais à la grâce que nous devons d'être sauvés; que Dieu manifeste une plus grande bonté en mourant pour les pécheurs, qu’en mourant pour les justes, et qu’il sait nous don¬ ner des biens que l’œil de l’homme n’a point vus, que son oreille n’a point entendus, et que son cœur n’a point compris, I Cor. rr. Ef ces biens, il nous les a déjà communiqués en partie dans le Christ Jésus, parce qu’on ne suppose aucun bien en dehors de Jésus-Christ. « En effet, c’est la grâce qui vous a sauvés par la foi, et cela ne vient pas de vous, car c’est un don de Dieu; ni des œuvres, afin que nul ne se glorifie., » La raison, dit-il, pour laquelle il doit manifester dans les siècles futurs les richesses abondantes de sa grâce, par sa bonté pour nous, c’est que c’est la grâce qui vous a sauvés par la foi et non les œuvres. Et cette foi même ne vient pas de vous, mais do celui qui vous a appelés. Or cette doctrine a pour but de prévenir1 cette pensée qui pourrait buentes beneficium, qui nunc infreni et male libeftate sua abutentes passim vagantur [A/. vagentur], et per præeipitia covruunt [Al. corruantj, peccatoruin. Cum autem taies habuerint sessores, juxtasedentium voluntatem incipient gubernari. Alius vero hoc quod ait : « ut ostenderet in sæculis supervenientibus abun- dantes divitias gratiæ suæ in bonitate supra nos. in Ghristo Jesu, » ad illam intelligentiam transferet, quod non simus merito nostro, sed gratia ejus salvati, et ma- joris bonitatis indicium sit pro peccatoribus, magis quam pro justis mori : « Pro bono enim forsitan quis audeat interire ; » et daturus nobis sit, quæ nec ocuhis vidit, nec auris audivit, nec in cor hominis ascenderunt I Cor, n. Quæ omnia ex parte jam dederit in Christo Jesu ; quia nullum absque Ghristo bonum dici potest. « Gratia enim estis salvi facti per fidem, et hoc non ex vobis : Dei enim donum est, non ex operibus, ut ne quis glorietur. » Ideo, inqùit, abundantes divitias gra¬ tiæ suæ, in bonitate in superventuris sæculis ostensürus est, quia gratia salvi facti estis per fidem, non per opé¬ ra. Et hæc ipsa fides non, est ex vobis, sçd ex éo qui m 410 SAINT JÉROME se glisser secrètement dans l’esprit : Si nous n’avons pas été sauvés par nos œuvres, au moins avons' nous été sauvés par la foi, et sous un autre rapport la cause de notre salut est en nous. L’Apôtre ajoute donc que la foi elle-même ne vient point de notre volonté, mais qu’elle est un don de Dieu. Ce n’est pas que le libre arbitre de l’homme soit entièrement détruit, et que cela rie dépende ni de celui qui veut, ni de celui qui court Rom . ix, mais parce que le libre arbitre de la volonté a Dieu pour auteur, et que nous regardons comme un bienfait de sa part qu'il nous permette lui-même de vouloir le bien/ Et la grande raison de toute cette conduite, c'est afin que nul se glorifie que son salut vient non de Dieu, mais de lui-même. « Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés dans le Christ Jésus pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées, afin que nous y marchions. » Saint Paul a donné les raisons pour lesquelles nous avons été sauvés par la grâce, au moyen de la foi, et comment cela ne vient pas de nous, mais de la libéralité de Dieu, en 'disant : « Car nous sommes son ouvrage, » c’est-à-dire/ notre vie, notre respiration, notre intelligence, la faculté que nous avons de croire, viennent de lui, parce qu’il est notre créateur. Et remarquez attentivement qu’il n’a pas dit : « nous avons été formés, façonnés par" lui, » mais : « nous sommes son ouvrage. » L’action vocavit vos. Hoc autem ideo, ne forsitan nobis cogitatio occulta subreperet ; si per opéra nostra salvati non su¬ rnus, certe vel per fidem salvati sumus; et alio genere nostrum est quod salvamur. Addidit itaque et dixit, fi¬ dem quoque ipsam non nostræ voluntatis esse, sed Dei muneris. Non quod liberum homini tollatur arbitriuni, etsecundum illud Àpostoli ad Romanos, non sit currentis neque volentis; sed miserentis Dei Rom . îx; verum quod arbitrii ipsa libertas Deum habeat auctorem, et ad illius boneficium cuncta referantur, cum etiain bonum nos vëUe ipse permiserit. Hoc autem totum propterea, ne quis glorietur a semetipso, et non a Deo se esse sal- vatum . « Ipsius enim sumus factura, creati in Christo Jesu in operibus bonis, quæ præparavit Deus, ut in illis ambule- mus. » Reddidit causas, quare gralia salvati sumus per fidem, et hoc ipsum non ex nobis sed ex inunere Dei, dicens : « Ipsius enim factura sumus, » hoc est, quod vivimus, quod spiramus, quod intelligimus, et credeve possnmus, ipsius est, quia ipse conditor noster est. Et diligenter observa, quia non dixerit : « ipsius figuratio \ . ' de façonner, tire sqn origine du limon de la terre, mais la création nous fait remonter jus¬ qu’à la ressemblance, jusqu’à l’image de Dieu, Nous voyons clans le psaume cent dix-huitième ces deux mots employés simultanément avec cette signification différente : « Vos mains m'ont; , fait et façonné, » Ps. cxvnr, *Ï3. L’action dé 1 créer, cle faire, vient la première, l’action de façonner, en second lieu. Et comme le nom de créer, de fonder, n’est employé que pour de grandes choses, par exemple : cette ville a été fondée; au commencement, le monde a été créé, et que chacun des saints par la réunion. ,, des vérités qu’il croit, des vertus qu’il pratiqué est en lui-même un monde tout entier, saint Paul, pour cette raison, dit que nous avons été créés en Jésus-Christ, et créés pour les bonnes œuvres ou que nous,, avons faites, ou que nous devons faire, en nous -mêmes ou dans les autres . créatures auxquelles doivent se transmettre les exemples do notre vie, afin que nous marchions dans les bonnes œuvres que Dieu a préparées avec cette grande espérance qui nous est don¬ née, à nous qui devons marcher dans ces œuvres objet de l’éternello préparation de Dieu. Et puisque nous venons de parler du nom de créature, et que la Sagesse dans le livre des Proverbes de Salomon dit qu’elle a été. créée comme le commencement des voies de Dieu, » ' Prov . vnr, et que par suite il en est beaucoup sumus atque plasmatio ; sed, ipsius factura sumus. » Plasmatio quippe origiuem de terrse lirao trahit; factu¬ ra vero juxta simiJitudinem et imaginera Dei sumpsil exordium. Quod in centesimo quoque oc-tavo decimo psahno simul positum diversa significat : « Manus t -use fecerunt me, et plasmaverunt me » Psal. xvm, 73. Factura prinium locum tenet ; deinde plasmatio. Et quia creationis, et conditionis nomen ad magna sem- per solet opéra copulari, verbi causa : ilia urbs con- dita est, et ab initio creatus est inundus, et unusquisque sancloruin per varia dogmata atque virtutes, in semetipso mundus est totus; propterea nunc creati in Christo dicimur, et creati in operibus bonis sive quæ ipsi fecimus, vel facturi sumus, sive in aliis creaturis, ad quæ nostra conversatio trans- ferenda est, ut quæ præparavit Deus, in illis ambu- lemus, spe magna jam nobis data, dum in his ambù- laturi sumus, quæ Deus’ magnopere præparavit. Et quia semel ad nomen creaturæ vebimus, et Sapientia in Proverbiis Salomonis dicit se creatam initimn viarum Dei Prov. vin, multique timoré, ne Christüm COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 411 qui dans la crainte d’être forcés de dire quelle Christ est une créature, nient le mystère tout entier du Christ, et prétendent que ce n’est point le Christ, mais la sagesse du monde qui nous sont figurés dans cette Sagesse; nous pro¬ clamons sans aucune difficulté qu’il n’y a aucun danger d’appeler créature celui que toute la confiance de notre espérance confesse être un ver de terre, un homme, un crucifié, la malé¬ diction; surtout alors que d’après les deux versets qui précèdent, la Sagesse permet d’an¬ noncer ce qui doit arriver après les siècles. Or, comme c’est le Christ qui a fait les siècles et que ce qui suit sont les choses qu’il a promis de dire après les siècles, c’est au mystère de l’incarnation et non à la nature de Dieu qu’il faut rapporter ce qui suit, bien qu’on ne lise point dans les manuscrits hébreux : « Le Seigneur m'a créée comme le commencement de ses voies, » mais : « Le Seigneur m’a possédée. » Or il y a une grande distance entre la possession et la création, car celui qui est possédé, subsiste, est une existence propre pour être possédé. Au con¬ traire, ~ celui qui est créé est celui qui n’existait pas avant d’être créé, ou du moins, qui sort de ce qu’il était pour devenir ce qu’il n’était pas; c’est ainsi que l’Apôtre dit que nous avons été créés en Jésus-Christ. Nous avons été créés, non pas que nous ne l’ayons pas été aupara¬ vant, mais nous avons été créés pour les bonnes creaturam dicere compellantur, totum Christi mys- terium- negant, ut dicant, non Christum in hac sa- pientia, sed mundi sapientiain significari ; nos libéré proclamamus, non esse periculum eura dicere crea- turara, quem vermem, et hominem, et crucifixion, et maledictionem, tota spei nostræ fiducia profitemur ; maxime quod ex duobus versiculis qnæ præcedunt, ipsa sapientia promittat se esse dicturam quæ post spé¬ cula sunt Prov. xxii. Cum .autem sæcula Christus fece- rit, et quæ deinceps loquitur, ea sint quæ.post sæcula dicturum se esse promiserit, ad incarnationis mysterium, non ad naturam Dei referenda sunt quæ sequuntur : licet in Hebreis codicibus non habeatur ; « Dominus creavit me initium viarum suaruin; » sed,'« Dominus possedit me. » Inter possessionem autem, et creationem multa distantia est; quia qui possidetur, is utique est atque subsistit, et est proprius, qui possidetur. Creator vero iile qui non erat antequam fieret; aut certe de eo quod erat, translertur in aliud, sicut et nos nnnc creati dicimur in Ghristo Jesu. Creati utique, non quia ante non fuimus, sed creati in operibus bonis. Quod David quoque in œuvres. C'est ce que David lui-même demande dans le psaume cinquantième, lorsqu’il dit à Dieu : « O Dieu, créez en moi un cœur pur, » Ps. l, 11. Et certes il avait eu un cœur pur avant son péché, lorsque le Seigneur disait de lui : « J’ai trouvé David le fils de Jessé selon mon cœur. » Act. xnr, 22. Mais de même qu’ici, créer signifie réparer, ainsi on peut appeler création, formation, les progrès qui se font en nous et en Jésus-Christ dans les bonnes œuvres ; c’est de cette manière que tous les jours Jésus- Christ est créé, qu’il naît, qu’il est formé dans les croyants, qui selon leurs divers mérites sont appelés des montagnes, des vallées, des collines, des plaines. « C’est pourquoi souvenez-vous qu’autrefois, vous gentils selon la chair, vous étiez appelés incirconcision, par ce qu’on appelle circoncision, à cause de la circoncision dans la chair faite do main d’homme ; parce que vous étiez en ce temps-là sans le Christ, séparés de la société d’Israël, étranger aux alliances, n’ayant point l’espérance de la promesse et sans Dieu en ce monde. » En appelant les Éphésiens gentils selon la chair, l’Apôtre fait voir qu’ils n’étaient point païens selon l’esprit, tandis qu’au contraire, les Juifs étaient païens selon l’esprit, et Israélites selon la chair. Les Juifs aussi bien que les gentils peuvent se diviser en quatre classes. Les uns sont circoncis selon la chair, et seloq psalmo quinquagesimo deprecatur, dicens : « Cor mundum créa in me, Deus » Psal. l, 11. Et certe mundum cor ante peccatum habuerat, quand o de eo Dominus loquebatur : « Inveni David filium Jesse secundum cor meum » Act. xin, 22 ; sed ut ibi ereatio instaurationem sonat, ita et in nobis et in Chris to per singula opéra et protectus, creatura atque conditio accipi potest ; ut quotidie in credentibus, quia varie secundum mérita diversa montes dicuntur, et valles, et colles, atque cam- pestria, Christus creatus, natus et conditus sit. « Propter quod membres estote, quia aliquando vos gentes in carne, qui dicebamini præputium, ab ea quæ appellalur circumcisio in came manu facta ; quoniam eratis illo tempore sine Christo, alienati a conversatione Israël, et peregrini testamentorum pvomissionis \Al. re- promissionis], spem non habentes, et sine Deo in mün- do. ». Gentes Ephesios in carne vocans, ostendit in spi- ritu esse non gentes; sicut econtrario Judæi in spiritu gentes sünt, et in carne Israelitæ. Quadrifariam igitur Judæi dividuntur et gentes. Alii sunt in carne cireum- cisi, et in spiritu, qualis fuitMoyses et Aaron, Apostoli et SAINT JÉROME 412 l'esprit, comme étaient Moïse, Aaron, les Apô¬ tres et Nathanaël, dont Notre Soigneur voyait l’esprit intérieur du Judaïsme, lorsqu’il disait : « Voici un vrai Israélite en. qui il n’y a point de ruse, » Jean, v, 47. Les uns ne sont circoncis ni de chair, ni d’esprit, tels que Nabuchodonosor et Pharaon, et aujourd’hui la multitude des païens, barbares et romains qui ne croient pas en Dieu. Les troisièmes sont ceux qui ne sont circoncis que dans la chair, et dont l’esprit est incirconcis; c’est à eux que le Prophète dit : « Recevez la circoncision du Seigneur, et non la circoncision de la chair, » Jerem. iv, 4. Et ailleurs : « Tous les peuples sont circoncis de corps, mais tous les enfants d’Israël sont incir¬ concis de cœur, » Jerem . ix, 26. Les derniers sont ceux dont il est dit ici : « Vous autrefois, gentils selon la . chair, vous étiez appelés incir¬ concision par ce qu’on appelle circoncision, à cause de la circoncision dans la chair faite de main d’homme; » telle est aujourd’hui la multi¬ tude des croyants, et le monde tout entier est rempli de ces gentils convertis. C’est donc pour établir la distinction des gentils qui sont Juifs spirituellement, que les Éphésiens sont appelés gentils selon la chair, parce qu’ils sont Israélites selon l’esprit. En effet, dans un autre endroit, l’Écriture voulant parler des Israélites charnels, dit : « Voyez Israël selon la chair, » I Cor. x, parce qu’en effet il ne l’était pas selon l’esprit. Nathanaël, cujus occultum Judaismum Dominus intuens ait : « Ecce vere Israélites, in quo dolus non est » Joan . i, 47. Alii qui nec carne nec spiritu circumcisï sunt, qualis fuit Nabuchodonosor et Pharao, et hodie Barba rarum. et R manarum gentium inultitudo, quæ non credun^in Deum. Tertii, qui tantum in carne sunt circumcisi, et spiritum incircumcisum habent, ad quos propheta dicit : « Circumcidimini Deo vestro, et nolite circumcidere carnem præputii vestri » Jerem . iv, 4. Et alibi : « Omnes gentes incircumcisi \AL incircumcisa] carne ; domus vero Israël incircumcisi sunt corde Je¬ rem. ix, 26. Extremi de quibns nunc dicitur : Quia ali- quando vos gentes in carne, qui dicebamini præputium ab ea quæ dicitur circumcisio in carne manu facta, » qualis hodie uni versa est turba credentium, et totns e gentibus muudus est plenus. Ad distinctionem igi- tur spiritualium gentium Judæorum, Ephesii gentes vocantur in carne, quia secundum spnlitum Israelitæ sunt. Nam et in alio loco carneum Israelem Scriptura -commemorans ait : « Videte Israël secundum carnem » I Cor. x ; quia in spiritu non erat Israël. Pulchre au- L’ Apôtre modère ici son langage avec prudence m « Vous qui étiez appelés incirconcision. » Vous étiez appelés incirconcis, mais vous ne l’é’iez point, par ceux qu’on appelle circoncis, h cause de la circoncision dans la chair, faite de main d’homme. Ce n’est point que ce soit la vraie cir? concision, mais parce qu’elle en prpn'd le nom, et qu’elle soit une circoncision faite de main d’homme, et non 'en esprit. Il faut encore remar¬ quer que nous, qui étions autrefois sans lo Christ et séparés de la société d’Israël, et étrangers aux promesses et aux alliances, comme l’Apôtre le rappelle, maintenant que nous avons embrassé ■ la foi, nous avons part aux promesses et à l’alliance divine, et par une conséquence néces¬ saire, nous participons à la vie d’Israël,; de même aussi que toutes les observances légales se trou¬ vent accomplies en nous, parce que la loi est spirituelle, que nous sommes circoncis et que nous observons le sabbat dans un sens bien plus vrai, c’est-à-dire en esprit, en offrant des vic¬ times spirituelles, alors que leur temple et leur autel est détruit; nous offrons à Dieu la dîme de nos fruits, nous immolons l’agneau sans tache, et les reins ceints, nous mangeons la Pâquêsans être embarrassés par quoi- que ce soit. Car, dé même qu’il y a une circoncision dans la chair faite de main d’homme, il y en a une autre toute différente, qui n’est pas, comme nous l’avons dit, faîte de main d’homme, mais en esprit. tem etiam verba moderatus est : « qui dicebamini præ¬ putium. » Dicebamini, inquit, præputium, nec eratis, ab ea quæ dicitur circumcisio in carne manu facta. Non quo sit circumcisio, sed quo ipsa sibi hoc nomen assumai, / et sit vere circumcisio manu facta, non spiritu. Simul et illud est attendendum quocl nos quos sine Christo alienatos quondam a conversati ne Israël esse mempra- vit, et peregrinos a promission i bus et Testameato Dei ; nuuc postquam in Christum credidimus, sicut repromis- siones et testamenta ejus accepimus, ita conversationem quoque habere dicamur Israël; quomodo conversatio universa legalis expletur in nobis, quia videlicet lex spi¬ ritual is est, et magis circumcidamur, et sabbatizemus in spiritu, spirituales victimas offerentes ; illorum tem- plo altarique destructis; nos Deo fructuum nostrorum décimas o (fera mus ; nos immolemus agnum immaculatum, et accincti lumbos, expediti Pascha comedamus. Sicut eniin circumcisio dicitur in carne manu facta : ita ad distinctionem ejus întelligitur aliaesse circumcisio., quæ non sit ]Àl. sicut], ut diximus, manu facta, sed spi¬ ritu. Quod. autem ait : « Spem non habentes/et sine Deo COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX ÉPHÉSIENS 413 Quant à ce que dit l’Apôtre : « N’ayant point l’espérance, et sans Dieu en ce monde, » ce n’est pas que les Éphésiens, avant de croire en Jésus-Christ, n’aient eu et adoré plusieurs dieux, mais\parce que celui qui ne connaît point le vrai Dieu, n’a aucun Dieu. Et c’est avec inten¬ tion qu’il ajoute, « sans Dieu en ce monde. » Car ils avaient un Dieu qu’ils devaient un jour adorer comme Dieu ï’avait prévu longtemps auparavant ; et dans la prescience de Dieu, ils n’étaient pas sans Dieu, mais ils étaient sans Dieu en ce monde. « Mais maintenant que vous êtes dans le Christ Jésus, vous qui étiez autrefois éloignés, vous avez été rapprochés par le sang de ce même Christ; car c’est lui qui est notre paix. » Dieu est partout, et il est partout tout entier; comment peut-on être séparé de lui, puis¬ que toutes choses sont on lui, et que lui- même nous dit par son prophète : « Penses-tu que je sois le Dieu de près, et que je ne sois 'plus le Dieu de loin? » Jerem . xxm, 25. Et le Psalmiste atteste la même vérité : « Si je monte dans les deux; vous y êtes; si je descends dans les enfers, jê vous y trouve présent, » Ps. cxxxvm, 8. Mais bien qu’en lui soient toutes choses, l’Écri¬ ture le présente cependant comme étant éloigné des impies. « Le Seigneur, dit-elle, est loin des impies, » Prou, xv, 29. Or, celui dont les impies sont éloignés est près des saints. Il était éloigné des Éphésiens, il s’en est rapproché par le sang in munclo : » non quo plures deos, antequam in Chri- stum crederent, Ephesii non habuerint, atqne ve- nerati sint; sed quo qui absque Deo vero sit, nullum deum habeat. Et significanter additum est, « sine Deo in mundo. » Habebant quippe Deum, quem eoshabituros Deus ante cognoverat, et apud præscientiam Dei non erant sine Deo, sed in mundo erant absque Deo. « Nunc autem in Cbristo Jesu vos qui aliquando ez'atis longe, iacti estis prope in sanguine Christi; ipse e t enim pax nostra » Deus ubiquoest, et totusubique est, a quo quis potest separari, cumin eo sint omnia? et ipse per prophetam loqnatur : « Ego Deus appropinquans, et non de longe » Jer. xxm, 23. Et Psalmista testa- tur : « Si ascendero in cœlu n. tn illic es : si descen¬ des in infernum, ad es » Ps. cxxxvm, 8. Cutn igîtur in eo spnt omnia, procui tamen esse ab impiis dicitur jnxia illud : « longe est . Dôminus ab im¬ piis » Prov. xv, 29. Iste a quo impii longe sunt, vicipus est -sanctis. Denique cum et ab Ephesiis esset procul, in sanguine Jesu prope eis factus est. Et dili- de Jésus-Christ. Et il faut remarquer soigneuse¬ ment que personne ne peut approcher de Dieu que par le sang de Jésus-Christ, parce qu’il est notre 'paix et qu’il a dit : « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix, » Jean xrv, 27. Car* de même que la sagesse nous rend sages, la justice justes, la sanctification saints, et que la vie nous rend vivants, ainsi la paix fait que nous sommes pacifiques, et que nous pouvons dire : « J’étais pacifique avec ceux qui haïssaient la paix, » Ps cxix, 7. Or, si Jésus-Christ est la paix, de ceux qui croient, ceux qui n’ont point la paix en partage, par une conséquence nécessaire, n’ont point Jésus-Christ. « C’est lui qui des doux choses en a fait une seule, détruisant dans sa chair le mur de sépa¬ ration, leurs inimitiés; abolissant par sa doc¬ trine la loi des préceptes, pour former en lui- même, un seul homme de ces deux peuples, mettant la paix entre eux; les réconciliant à Dieu par sa croix, et les réunissant tous deux en un seul corps, détruisant en lui leurs ini¬ mitiés.. Ainsi il est venu annoncer la paix, et à vous qui étiez loin, et à ceux qui étaient près, parce que c’est par lui que nous avons accès les uns et les autres auprès du Père, dans un seul esprit. » C’est là ce mur de séparation qui divisait les deux peuples l'un de l’autre. C’est de ce mur que dans la Genèse, la sage-femme lors de la naissance des 'tleux enfants dit : « Pourquoi le mur de séparation a-t-il été rom- gentius intuendum, quod absque cruore Domini Jesu, nemo appi'opinquet Deo, quia ipse e*t pax nostra, dicens : « pacem meam do vo ûs ; pacem rneam relinquo vobis » Joan, xiv, 27. Quomodo enim tapientia sapien- tes facifc, et justitia justos, et sanctificatio sanctos, ut dicamus : « cum his qui oderunt pacem, eram pacificus » Psal. cxix, 7. Si autem Christus credentmm pax e^t, quicumque sine pace est, consequenter non habet Chris- tum . « Qui fecit utraque unum, et medium parietem ma- cei'iæ solvens immicitiain in oarne sua, legem manda- toi’um in dogmatibus eyacuans, ut duo conderet in seipso in unum novum hominem, faciens pacem, ut reconciliaret uti'umque in uno corpore Deo, per crucem interficiens inimicitiam in ea, et veniens evangeiizavit pacem vobis qui longe eratis, et pacem his qui prope ; quoniam per ipsum habemus accessum uterqoe in uno spintu ad Patrem. » Iste est médius paries et maceria, quæ utrumque' a se populum dividebat. De quo et in Genesi in partu gemmornm, obstetrix loquitur : « Ut- SAINT JÉROME 414 pu à cause do toi? » Gen. xxxvin, 29. Donc, après que le Sauveur eut détruit dans sa chair la sagesse de la chair qui est ennemie de Dieu, Rom. vin, et qu'il eut remplacé les préceptes de la loi par les vérités évangéliques des doux peuples, juifs et gentils ne faisant plus qu’un seul peuple, le peuple chrétien, en nous évan¬ gélisant la paix et la concorde, à nous qui étions loin, et aux restes des juifs qui avaient cru par le moyen des apôtres ; alors, par lui nous nous sommes approchés de Dieu, et nous avons connu que nous n’avions qu’un seul Père, dans un seul esprit. Alors a été accomplie cette parole du Seigneur dans son évangile : « Et il n’y aura plus qu’un seul pasteur et un seul troupeau, » Jean, x, 16; et ces autres : « J’ai encore d’autres brebis qui ne sont point de cette bergerie, » c’est nous qu’il avait en vue, et qu’il devait réunir alors de la gentilité : Or, l’inimitié qui a été détruite dans la chair du Sauveur, a été mise à mort par sa croix. Car il est écrit : « Pour réconcilier à Dieu les deux peuples réunis en un seul corps, détruisant par la croix leurs inimitiés sur elle-même. Car le texte ne porte pas comme dans les manuscrits latins : « en lui-même » in semetipso. Il est vrai que par suite de l’ambiguité du pronom grec : èv et contra Marcionem cæterosque veteres hæreticos, qui alium Legis, alium Evangelii prædicant Deum, uti possumus. Si enim neqnaquam peregrini et accolæ, sed cives sanctorum et domestici Dei superædificati suât fundamento apostolorum et prophetarum, ipso summo angulari lapide Christo Jesu; in quo omnis ædificatio compaginata, crescit in templum sanctum in Domino . in quo et Ephesii coædilicantur in tabernaculum Dei in spiritu, unus est Deus, unius ædificationis et templi, quod superædificatum est fundamento apostolorum et prophetarum. Quod si universa ædificatio compaginata^ crescit in templum sanctum in Domino, omni laüore ni- tendum est, ut fiamus illi lapides, de qnibus scriptum est : «Lapides sancti vol v un tu r super ter ram » Zack. ix. 16. Et cum fuerimus vivi lapides, ex omni parte do- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 417 pour devenir la demeure de Dieu. Renfermons en nous-mêmes l'arche de l’alliance, la gardienne de la loi du Seigneur, et que les chérubins (qui . signifient la multitude de la scion ce), et que toutes les parties les plus secrètes de notre cœur prennent un nouveau nom; soyons appelés dabir que nous pouvons traduire par oracle ou par réponse, et pour exprimer plus rigoureuse¬ ment et littéralement ce que signifie le mot ÀaÀYjT7]piov l'endroit où Von par/e, afin que nous puissions nous écrier aussi avec l’Apôtre : « Est-ce que vous voulez éprouver celui qui parle en moi, le Christ? » I Cor . xm, 3. On peut entendre aussi que cette construction bâtie sur le fondement des apôtres et des prophètes, comprend non seulement les hommes, mais encore les vertus célestes, de manière que tous ensemble deviennent une demeure de Dieu par le Saint-Esprit. Car il serait inconvenant, disent des partisans de cette explication, qu’une demeure compacte et unie dans les pierres, c’est-à-dire dans les hommes qui la composent s’élevât comme un temple sacré dans le Seigneur, et devînt la demeure de Dieu par le Saint-Esprit, tandis lati, læves \ Al. leves], politi nullam habentes scabredi- nem, ædificemur in templura, et fiamus habitaculum Deo; condaturque innobisarca testamenticustos LegisDomi- ni, et Cberubim, « scientiæ multitude), » et interiora pectoris nostri in novum vocabulum transeant : dicamur- que dabir, quod nos « oraculum, » sive « responsum » possumus appellare, et ut contentiosius vei'bum exprim⬠mes e verbo, ÀaXTprqpiov, id est, « locutorium » dicere : ut cum Apostolo erumpamus in vocem : « Anexperimentum quæritis ejus qui in me loquitur Christus » I Cor . xm, 3? Potest autem omnis sedificatio super fundamentum apostolorum prophetarumque constructa, non solum nos, sed et cœlestes significare virtutes, ut univers! pariter fiant habitaculum Dei in spiritu ; iucongruum quippe esse aiunt, ex hominibus sedifîcationein compactam at- que concordem crescere in templum sanctum in Domino, fieriquo habitaculum Dei in spiritu; angelos autem et qu’on croirait devoir exclure de cette félicité les anges et les esprits bienheureux dont l’emploi est de servir Dieu dans les deux. Or, la pierre principale de l’angle, qui réunit les deux peuples (selon la seconde interprétation, qui relie la terre au ciel), est Jésus-Christ Notre-Seigneur, cette pierre qui a été détachée de la montagne sans le secours d’aucune main et dont le Psalmiste rend ce témoignage : « La pierre qu’ont rejetée les architectes, est devenue la pierre de l’angle, c’est l’œuvre du Seigneur, » Ps . cxvu, 22. 11 a été en effet rejeté par les Pharisiens qui parais¬ saient avoir la connaissance de la loi et construire le temple de Dieu par l’observation des prescrip¬ tions légales; et Dieu l’a choisi pour être la pierre de l’angle, pour être le point d’intersec¬ tion et de jonction des deux murailles, et afin de donner par lui aux deux peuples accès auprès do Dieu. Cette pierre angulaire pour ceux qui ne croient pas, est une pierre d’achoppement, une pierre de scandale; quiconque heurtera cette pierre s’y brisera, et elle écrasera celui sur qui elle tombera, » Luc . xx, 17. beatas quasque virtutes, quæ in cœlestibus Deo serviunt, ab bac felicitate aliénas existimari. Summus autem an- gularis lapis, quipopulumutrumque contineat (sive juxta secundam interpretationem cœlestia jungatatque terre- na) Christus est Dominas noster, lapis præcisus de monte sine manibus, de quoet Psalmistatestatur, dicens : « Lapidem quem reprobaverunt æclificantes, hic fac-tus est in caput anguli. A Domino factum est istud » Ps, cxvii, 22. Reprobatus quippe est a Pliarisæis, qui vide- bantur Legis habere notitiam, Deique templum legalibus ædiûcare mandatis ; et assumptus a Deo in angularem lapidem, ut duos parietes ipso médius contineret ; et per ilium uterque populus ad Deum haberet accessum. Iste angularis lapis, non evedentibus lapis offensionis est, et petra scandali; super quem qui ceciderit, quassa- bitur ; super quem vero ipse corruerit, comminuet eum Luc, xx i LIVRE SECOND . Nous abordons, avec le secours de vos prières, ô Paule et Eustochium, le second livre sur l’épître aux Éphésiens, faible et nouveau présent que nous devons faire parvenir à Rome. Ce n'est pas que le Sénat des savants daigne lire ces explications et leur donner place dans les bibliothèques des anciens, mais je satisfais au désir que Marcelle, cette sainte femme, m’exprime par ses lettres. Toutes les fois que je me représente son application à l’étude, son esprit, son travail, autant de fois je me con¬ damne comme coupable de paresse, moi qui, confiné dans la solitude d’un monastère, ayant squs les yeux cette crèche où les bergers s’em¬ pressèrent de venir adorer l’enfant qui vagis¬ sait dans cette crèche, ne puis faire ce qu’une . femme de haute condition, au milieu du bruit et de l’agitation d’une nombreuse famille et de l’administration de sa maison, accomplit tous les jours, par des œuvres dérobées aux occupa¬ tions domestiques. Jo la prie donc et simultané¬ ment tous ceux qui me liront, de bien se péné^ trer de cette pensée, que mon style n’est le fruit ni d’une longue méditation, ni d’un travail étudié, mais que pour expliquer les mystères des Écritures, je me sers d’un langage presque vulgaire, et que souvent je parviens à expliquer Seoundum orationibus vestris, o Paula et Eusto¬ chium, ad Ephesios aggredimur Jibrum; nova quoque Romam munuscula transmissuri. Non quod hæc di- gnetur legere ductorum senatus, et bibliothecis ve- terum ascrihere; sed quod sancta Marcella idipsum fieri per Epistolas flagitet. Cujus ego quotiescumque Studiorum, ingenii, laboris recordor, toties me damno iuertiæ, qui in monasterii solitudine constitutus, et illud præsepe contra videns, in quo vagientem parvu- lum festini adoravere pastores Luc , n, id facere non possum, quod mulier nobilis inter strepentem familiam, et procurationem domus explet operis succisivis, Qua . propter et illam et vos, et si quis forte lecturi sunt, in commune precor, ut sciatis me non cogitation diu lima- tumque proferre sermonem ; sed ad revelanda mysteria Scripturarum, uti verbis pene de trivio, et iaterdum per singulos dies usque ad numerum mille versuum pérvenire, ut coepta in Apostolum explanatio, ipsius mille versets par jour, de manière que l’explica¬ tion quo j’ai commencée sur les épîtres de saint Paul puisse être menée à bonne fin, grâce aux prières de ce grand apôtre. CHAPITRE III. « C’est pour cela que moi, Paul, je suis :le prisonnier de Jésus-Christ, pour, vous, Gentils, Car vous avez sans doute appris do quelle manière Dieu m’a fait le dispensateur de sa grâce envers vous, après m’avoir découvert par révélation ce mystère dont je viens de vous parler en peu de mots; en sorte que vous pourrez voir en me lisant l’intelligence que j’ai du mystère de Jésus-Christ. » En examinait avec la plus grande attention comment, pour la suite ot l’enchaînement du discours, ces paro¬ les : « C’est pour cela que moi, Paul, je suis le prisonnier de Jésus-Christ, pour vous, Gentils, »■ se rapportent à ce qui précède, nous n’avons pu trouver rien qui s’y rattache. En effet, saint Paul ne dit pas : C’est pour cela que moi, Paul, j’ai fait ceci ou cela; mais il laisse sa pensée comme suspendue et passe à autre chose. Faut-il ici tenir compte de l’aveu qu’il a fait : Et si je suis inhabile pour la parole, je ne le suis point pour la science, » et chercher ici plutôt la suite du Pauli, cujus Epistolas conamur exponere, orationibus compleatur. CAPUT III. « Hujus rei gratia, ego Paulus vinctus Jesu Christi pro vobis gentibiis; si tamen audistis dispensationem gratiæ Dei, quæ data est mihi in vobis. Quoniam se- cundum revelationem cognftum factum est, mihi myste- rium, sicut præscripsi in modico; prout potestis Iegen- tes intelligere sensum meum in mysterio Christi. » Quantum ad consequentiam sermonis textumque eloquii pertinet, ad id quod præmisit ; « Hujus rei gratia, ego Paulus vinctus Jesu Christi pro vobis gentibus, » diligentissime perquirentes, nihil quod ei reddiderit, potuimus invenire. Neque enim dixit, hujus rei gratia ego Paulus hoc vel hoc feci vel illud et illud docui; sed suspensa manente sententia, transgressus ad alia est. Nisi forte ignoscentes ei, quod et ipse confessus est COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPIIÉSIENS lens que des paroles? On pourrait alors établir e sens de ‘cette manière : C’est pour cela que moi, Paul, prisonnier de Jésus-Christ, et pri¬ sonnier pour vous, qui êtes sortis des Gentils, j»ai connu ce mystère pour vous l’enseigner, comme je' vous l’ai dit un peu plus haut dans cette même épître. Car vous devez avoir appris de quelle manière Dieu m’a fait le dispensateur de sa grâce pour vous, qui êtes sortis des Gentils et pour lesquels aussi je suis prisonnier. Or, cette captivité de Paul pour les Gentils, peut s’entendre de son martyre, car c’est lorsqu’il était jeté dans les fers à Rome, qu’il écrivit cette épître, en même, temps que les épîtres à Philé- mon, aux Colossiens et aux Philippiens, comme nous l’avons montré dans un autro endroit. Voici une autre explication. Comme nous lisons en plusieurs endroits que ce corps est le lien par lequel l’âme est retenue comme dans une prison, nous, pouvons dire q4ue la raison pour laquelle Paul est retenu dans les liens du corps, c’est afin que la prédication de l’Évangile aux Gentils reçoive son plein et entier accomplisse¬ ment. D’autres donnent encore un autre sens et prétendent que Paul, prédestiné et sanctifié dès le sèin de sa mère avant sa naissance, afin d’évangéliser les Gentils, a été ensuite enchaîné dicens : « Et si imperitus sermone, non tamen scientia », I Cor, xi, 6, sensuum magis in eo quæramus ordinem, quam verborum. Qui sic reddi potest ; hujus rei gratia, ego Paulus vinctus Christi Jesu, et vinctus pro vobis qui estis ex gentibus, cognovi mystei'ium, ut vobis quoque illud traderem; sicut in hac eadem Epistola ante paululum sum locutuS. Debetis autem audire dis— pensationem gratis© Dei, qnœ data est mihi in vobis qui estis ex gentibus, pro quibus et vinctus sum Jesu Christi. Vinctum autem Jesu Christi Paulum esse pro . gentibus, potest et de martyrio inteUigi; quod Romæ in vincula conjeetus, banc Epistolam mise¬ nt eo tempore' quo ad Philemonem, et ad Colossenses, et ad Philippenses in alio loco scriptas esse manstravi- mus. Vel certe (1) quia in pluribus locis lectum est, vinculum animæ corpus hoc dici, quo quasi clausa teneatur in carcere; dicimus propterea Paulum corporis nexibus coerceri, nec rever ti et esse cum Christo, ut perfecta in gentes per eum prædicatio compleatur. Licet quidam alium sensum in hoc introducant, quod 419. des liens dé ce corps. Quant à moi, je pense que le texte est ici défectueux. Car, au lieu de dire comme il le devait : C’est pour cela que moi, Paul, prisonnier, de Jésus-Christ pour vous Gentils, j’ai connu ce mystère, comme je vous l’ai écrit en peu de mots, de sorte qu’en lisant, vous pouvez comprendre; il leur dit : C’est pour cela que moi, Paul, prisonnier j’ai connu ce mystère par la révélation qui m’en a été faite, et le reste. Si cependant quelqu’un pou¬ vait, d’après la teneur et le contexte du discours, prouver que l’Apôtre a été des plus corrects et n’a commis aucune faute grammaticale, c’est à ce sentiment surtout qu’il faudrait se ranger. Quant à nous, toutes les fois que nous décou¬ vrons des solécismes ou d’autres fautes sem¬ blables, nous n’en faisons pas, comme certains critiques malveillants, un titre d’accusation contre l’Apôtre, mais nous sommes bien plutôt ses défenseurs, en affirmant qu’étant hébreu d’origine, n’ayant, comme les rhéteurs, ni la pureté du langage, ni l’heureux assemblage des mots, ni l’élégance du style, il n’aurait jamais pu amener le monde tout entier à la foi de Jésus-Christ, s’il ne l’avait évangélisé non avec les paroles de la sagesse humaine, mais dans la vertu de Dieu. Car il écrit lui-même aux Paulus prædestmatus, et sanotificatus ex utero matris suse, ad prædicationem gentium antequam nasceretur, postea vincula carnis acceperit; Puto autem quod et vitiosa in hoc loco elocutio sit. Pro eo enim quod debuit dicere : hujus rei gratia, ego Paulus vinctus Jesu Christi pro vobis gentibus, cognovi mysterium, sicut et præscripsi in modico, prout potestîs legentes intelligere, ait: hujus rei gratia ego Paulus vinctus secunduin reve- lationem, cognitmn factum est mihi mysterium, et reliqua. Si vero quis potest etiam juxta sermonis et eloquii contextum docere, Apostolum fuisse perfectum, et in artis grammaticæ vitia non incurrisse, ille potius auscullandus est. Nos quotiescumque solœcismos, aut taie quid annotavirnus, non . Apostolum pulsamus, ut malevoli criminantur, secl magis Aposto^Li asser tores sumus, quod Hebræus ex Iiebræis, absque rhetorici , nitore ?ermonis, et verborum compositione, et eloquii venustate, numquam ad fidem Christi totum mundum transducere valuisset, nisi evangelizasset eum non in sapientia verbi, sed in virtute Dei. Nam et ipse ad (t) Quasi Origenîanœ sententieè teneat manifesto reum S. Doctorem, Rufinus hoc loco exsultot lib. num. 40. Verum quod illi reponit S. Pat or lib, l Apologies, lotum eludit adversarii impclum, ubi suam cuique reddit auotori doclrinam : Et in hoc, inquit, ut supra triplicem Oipositionem posui. ïn prima, quid mihi viderelur ; in seconda, quid Origenes assereret; in ténia, quid Apollinarius contra illius vadens dogma, sentirot. bege Gvœcoa Commenlanos, et nisi ita ropereris criaicn fatebor. Edt Migt 420 SAINT JÉROME Corinthiens : « Pouf* moi, mes frères, lorsque je suis venu vers vous, je ne suis point venu vous annoncer le témoignage de Jésus-Christ dans la sublimité du discours et de la sagesse, » I Cor. iq 1. Et encore : « Et mon discours, et ma pré¬ dication ont été, non dans les paroles persua¬ sives de la sagesse humaine, mais dans la mani¬ festation de l’esprit et de la vertu; afin que votre foi ne soit pas établie sur la sagesse des hommes, mais sur la vertu de Dieu, » ibid. 4 et 5. Celui donc qui fait des solécismes, qui ne peut rendre une hyperbate, et terminer une proposition, s’attribue hardiment la sagesse et dit : « J’ai connu ce mystère par révélation, comme je l’ai écrit en peu de mots. » Si, en effet, on considère attentivement les commence¬ ments de cette épître, on verra que Dieu lui a révélé des mystères dont il n’effleure qu’une légère partie, et qu’il a moins exprimé ce qu’il en savait que fait voir ce qu’il taisait par ce peu qu’il en disait. De sorte, dit-il, que vous pouvez, en lisant, comprendre ma pensée ou ma sagesse dans ie mystère du Christ. C’est co que nous avons dit dans la préface; aucune épître de saint Paul ne renferme de si grands mys¬ tères, n’est enveloppée de sens plus profonds que l’Apôtre se glorifie de savoir, et qu’il nous indique en peu de mots, afin que nous relisions plus attentivemment ce qu’il en a écrit. Corinthios ait : « Et ego cum venissem ad vos, fratres, veni non in eminentia verbi aut sapientiæ, annuntians vobis testimonium Dei » I Cor. n, 1. Et rursum : « Et verbum. meum, et prædicatio mea, non in suasoriis sapientiæ ver bis, se.d in ostensione spiritus et virtutis, ut fides vestra non sit in sapientia hominum, sed in virtute Dei » Ibid., 4 et 5. Iste igitur qui solœcismos in verbis facit, qui non potest hyperbaton reddere, sen- tentiamquë concludere, audacter sibi vindicat sapien- tiam, et dicit : « Quoniam secundum revelationem co^nitum est mihi mysterium, sicut præscripsi in mo- dico. » Vere enim si quis superiora hujus epistolæ con- templetur, videbit ei revelata mysteria, quorum partem quamdam modicam suo sermone perstrinxit; non tam totum quod noverat proferens, quam ostendens, ex modico quid taceret. Prout potestis, inquit, legentes intelligere sensum meum, sive. sapientiam in mysterio Cbristi. Hoc est illud qnod in præfatione diximus; nul- lam Epistolarum Paula tanta habere mysteria, tam re- conditis sensibus involutam, quos et Apostolus nosse se gloriatur, et nobis indicatos breviter ostendit, ut atten- tius quæ sunt scripta, relegamus. « Mystère, qui dans les autres générations n’a pas été découvert aux enfants des hommes, comme il est maintenant révélé par l’Esprit aux saints apôtres et aux prophètes; que les Gentils sont cohéritiers, membres d’un même corps, et participants avec eux de sa promesse en Jésus- Christ par l’Évangile, dont j’ai été fait lo ministre, en vertu du don de la grâce de Dieu, qui m’a été donnée par l’opération de sa vertu. » Ce mystère de Jésus-Christ que l’Apôtre a exposé plus haut en partie, comment a-t-il été inconnu des autres générations? c’est ce qu’il faut trai¬ ter plus à fond. Ainsi, a-t-il été connu ou ignoré d7 Abraham, de Jacob, de Moïse, d’Isaïe et des autres prophètes qui, au témoignage de l’Écriture, ont prédit l’avènement de Jésus- Christ et la vocation des Gentils? Abraham a vu son jour et s’en est réjoui, Jean vm, 56, et il ■ lui fut dit : « Toutes les nations seront bénies dans celui qui naîtra de toi, » Gen. xxir, 18. Jacob dans son langage prophétique sur celui qui devait sortir de Juda, dit : « Et il sera l’attente des nations, » ibid. xux, 10. Moïse lui- même a jugé que l’opprobre de Jésus-Christ était un plus grand trésor que toutes les richesses de l’Égypte, Hebr. xi, 26. Entendons Isaïe : «Voici, dit-il, qu’une vierge concevra et enfantera, » ïsai vn, 4. Et ailleurs : « Lo rejeton de Jessé sera élevé pour régner sur les nations, « Et [Àl. quod] aliis generationibus non fuit notum filiis hominum, sicut nunc revelatum est sanctis ejus apostolis et prophetis in Spiritu, esse gentes cohæredes, et concorporales, et comparticipes promissions in Christo per Evangelium, cujus factus sum minister secundum donum gratiæ Dei, quæ data est mibi juxia operationem virtutis ejus. » Mysterium Christi quod ex parte supra Apostolus exsecutus est, quomodo aliis generationibus fuerit ignotuin, plenius retractandum videtur ; utrumne Abraham, Jacob et Moyses, Isaias, et cæteri prophetæ illud ignoraverint, an mon, a qui- bus esse prædictum adventum Christi et vocationem Gentium Scriptura commémorât? Abraham quippe vidit diem ejus, et lætatus est Joan. vm, 56, et dicitur ei : « Benedicentur in sémine tuo omnes gentes» Gen. xxn, 18, Et Jacob de eo qui oriundus esset ex Juda prophe- tice loquitur : « Et ipse erit exspectatio gentium » Ibid, xux, 10. Moyses quoque majores clivitias Ægypti thesauris, opprobrium Christi arbitratus est. Et Isaias : « Ecce, » inquit, « virgo in utero concipiet, et pariet » Isui. vu, 14. Et alibi ; « Erit virga Jesse, et qui sur- ,get ad regnandum gentibus; in ipso gentes sperabunt» COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS et' les peuples espéreront bu ;lui, » Ib. xr, 10. Et pour éviter d’être long, qu’il nous suffise de citer quelques textes des Psaumes : « Toutes les familles des nations se proster- . neront en sa présence, » Ps. xxr, 28. Et encore : . « Toutes les nations le serviront, » Ps. xvn, 2. . Mais voici une prophétie plus claire encore sur le peuple d’Israël et sur le Dieu Sauveur : « Visitez cette vigne, multipliez la vigne que votre droite a plantée, souvenez-vous du Fils de l’homme que vous avez affermi pour vous, » Ps. lxxix, 15, 16. Et l’économie de son incarna¬ tion se trouve indiquée dans le verset suivant : « Que votre main repose sur l’homme de votre droite, sur le Fils de l’homme que vous avez affer¬ mi pour vous, » Ibid. 18. Il faut donc dire avec Montan que les patriarches et les prophètes ont parlé en extase, et n’ont pas connu ce qu’ils prédi¬ saient; ou si une pareille interprétation est une impiété, (car l’esprit des prophètes est soumis aux prophètes,) ils ont compris ce qu’ils prophé¬ tisaient. Mais, s’ils l’ont compris, comment Paul peut-il dire maintenant, que ce qui a été inconnu des autres générations a été maintenant révélé aux apôtres de Jésus-Christ? Il faut donc ..répondre, ou bien que .saint Paul affirme dans un langage à la fois prudent et expres¬ sif, que ce mystère a été inconnu des enfants des hommes, mais non des enfants de Dieu à qui Dieu s’adresse dans le psaume lxxxi, 6 : Idem, xi, 10. Et ne longum fiat, pauca de Psalmis dixisse sufficiat : « Et adorabunt in conspectu ejus ornnes familiæ gentium Psal. xxi, 28. Et iterum : « Omnes gentes servient ei Psal. xvn, 11. » Et ad hue inanifes- üus de populo Israël, et de Domino Salvatore : « Visita vineam istam, et perfice eam quam plantavit dextera tua, et super filium queni confirmasti tibi » Psal. lxxix, 15, 16. Cujus etiam corporis dispensatio in consequenti- bus indicatur : Fiat manus tua super virum dexteræ tuæ, et super filium hominis quem confirmasti tibi » Ibid., 18. Aut igitur juxta Montanum, patriarchas et prophetas in eestasi locutos accipiendum, et nescisse ■quæ dixerint; aut si hoc impium est (spiritus quippé prophetarum prophetis subjectus est) intellexerunt uti- que quæ locuti sunt. Et si intellexerunt, quæritnr quomodo nu ne Paulus dicàt, quod al iis generationibus non fuit notum, fuisse Ghristi apostolis revelatum. Aut igitur ilhid est respondendutn , quod caute Paulus signanterque testa tus sit, fil iis hominum ignotum fuisse mysteriorum, non filiis Dei, ad quos 'loquitur : « Ego dixi; dii êàtis, et filii Exoelsi omnes » Psal. lxxxi, 6. 421 « J’ai . dit, vous êtes des dieux, vous êtes tous les enfants du Très-Haut; » c’est-à-dire que ceux qui ont reçu l’esprit d’adoption, du nombre desquels sont les patriarches et les prophètes ont connu le mystère de Dieu. Or, si l’on ne veut point de cette explication, et qu’elle paraisse forcée et faire violence au texte, nous donnerons cette autre : que saint Paul n’a point dit d’une manière absolue et générale que le mystère du Seigneur a été complètement inconnu des autres générations, mais que les anciens patriarches et les prophètes ne l’ont point connu comme il est maintenant révélé aux saints et aux apôtres. Car, autre chose est de ■ connaître en esprit les événements futurs, autre chose est de les voir accomplis. Voilà .pourquoi Jean est proclamé plus grand que tous les prophètes; Luc vu, parce qu’il a vu .de ses yeux et montré de la main Celui que les autres avaient prophétisé, lorsqu’il a dit : « Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui efface les les péchés du monde, » Jean i, 29. C’est dans le même sens qu’on peut expliquer ces paroles : « Beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont point vu, entendre ce que vous entendez, et ‘ne l’ont point entendu, » Luc x, 24. C'est-à-dire qu’ils .désiraient voir et entendre ce qu’ils savaient devoir s’accomplir dans la suite des siècles. Car s’ils ne connaissaient pas ces choses, com- Quod scilicet hi qui spiritum. adoptionis acceperint, de quibus patriarchæ, et prophetæ fuerint, Dei sciërint sacramentum. Aut si hoc non recipitur, et nimium violentum et coactum videtur, illuc sermo transibit, ut dicat non definite et généralité!* dixisse Paulum aliis generationibus ignotum fuisse omnino Domini sacra¬ mentum; sed sic quomodo nunc revelatum est sanctis ejus efapostolis, nescisse patriarchas veteres,et prophe¬ tas. Aliud est enim in spiritu ventura cognoscere, aliud ea cernere opéré compléta, llnde et Joannes propterëa ;major prophetis omnibus dicitur Luc. vn; quia quem cæteri prophetaverunt, ipse conspexerit, et digito demonstrarit dicens : « Ecce Agnus Dei; ecce qu tollit peccata mundi » Joan: î, 29. Juxta quem sensum et illud exponi potest : « Mülti prophetæ et justi cupie- runt videre quæ videlis, et non viderunt, et audire quæ auditis, et non audierunt » Luc. x, 24. Hæc utique videre et audire cupiebant* quæ futura cognoverant. Quod si nesciebant ventura, quomodo desiderare pote- rant, quæ penitus ignorabant? Legimus in Regnoruin libris, Doininum Salomoni in somnio pollicentein atque SAINT JÉROME 422 ment pouvaient-ils désirer ce qu’ils ignoraient complètement. Nous lisons dans les Livres des Rois, que Dieu fit à Salomon cette promesse, pendant son sommeil : « Parce que tu m’as fait cette demande, et que tu n’as point désiré pour toi de longs jours, de grandes richesses, ni la mort de tes ennemis, mais que tu m’as demandé l’intelligence pour discerner ce qui est juste, voilà que j’ai fait selon tes paroles, et je t’ai donné un cœur sage et intelligent, en sorte qu’il n’y a jamais eu d'homme avant toi sem¬ blable à toi, et qu’il ne s’en élèvera point après toi, » III Rois ni, 11, 12. Et comment quelques auteurs peuvent-ils penser que les apôtres de Jésus-Christ ont connu par révélation un mys¬ tère qui serait resté inconnu à Salomon, alors que cet oracle divin promet à Salomon une sagesse plus grande que celle de. tous les apôtres <^t des patriarches? alors que Salomon, parlant de lui-même dit ouvertement : « Dieu m’a enseigné la , sagesse, et j’ai connu l’intelli¬ gence des saints, » Sag . vu, 21. David lui- même §e glorifie d’avoir eu la science des mys- ' tères cachés : « Vous m’avez, dit-il à Dieu, manifesté les secrets et les mystères de votre sagesse, » Ps . 4, 8. Et Dieu dit par son pro¬ phète à ce roixqui s’applaudissait de sa sagesse : « ïlst-ce que tu es plus sage que Daniel? » Ezèch, xxviii, 3. Il faut donc s’en tenir au sens que nous avons discuté plus haut, que les patriarches et les prophètes ont ignoré le mys- dicentem : « Pro eo quod petiisti a me verbum istud, et non petiisti tibi dies multos, nec postulasti divitias, nec animas inimicorum tuorum, sed petisti ut intellige- res, et audires judicium; ecce feci verbum tuum, et dedi tibi cor prudens et sapiens sicut tu [Al. tui] non fuit ante te, et post te non surget similis tibi » Il Reg. m, 11, 12. Et quomodo quidam putant apostolis Christi revelatum esse mysterium, quod ignotum fuerit Salo- mini, cum apostolis omnibus sapientiorem fuisse Salo- moriem, et rétro patriarchis vox divina pollicita si t ? qui de. se quoque ipse loquitur cqnûdenter : « Deus docuit me sapientiam, et intellectum sanctorum cognovi Sap. vii, 21. Necnon et David de^ scientia occulti mysterii gloriatur, dicens : « Incerta et occulta sapien- tiæ tuæ manifestasti mihi » Psal . l, 8. Et ad eum qui sibi de sapientia supplaudebat, Deus loquitur per pro- phetam : « Numquid tu sapientior es Danieie » Ezeck. xxviii, 3. Àut ille igitur de quo jam supra dîsseruimus, tenendus est sensu s, ita patriarchas et prophetas, ut nunc apostolis revelatum est, Christi ignorasse myste- tère du Christ, toi qu’il est révélé maintenant aux apôtres, parce qu’il est tout différent de tenir une chose dans la main ou de la prévoir en esprit comme devant avoir lieu. Ou' bien il faut dire que la dissemblance qu’on remarque dans les visages, existe également pour les esprits, et que, selon la doctrine de l’Apôtre, les dons sont divers. Ainsi, l’un a le don de prophétie, l’autre le don des langues, un autre la grâce de guérir, un autre l’assistance et le don de gouverner; celui-ci a en partage la science, celui-là la fidélité, un autre est supé¬ rieur par la connaissance des mystères, un autre se contente de la foi pure et simple, I Cor. xii. Car tous n’ont point, à. l’exemple de Salo¬ mon, parlé des différentes natures des animaux, des oiseaux et des plantes, ni disserté sur tous les arbres, depuis le , cèdre du Liban, jusqu’A l’hysope qui sort de la muraille, III Rois ix. Salomon, au contraire, n’a peut-être, pas connu comme Moïs'e toutes les espèces de victimes et tout ce qui avait rapport au culte divin, le Seigneur ne lui a point non plus parlé face à face, il n’a pas eu ni connu une si grande multi¬ tude de vases et d’objets consacrés au culte, et que Dieu avait montrés en figure à Moïse sur la montagne, Exod . xxxm, xxxv. De même donc que les patriarches et les prophètes oqt connu des choses qui sont restées ignorées des apôtres, ainsi, selon l’opportunité du temps et en vue de la prédication de l’Évangile, les apôtres ont eu rium, quia aliud sit tenere qujd manibus, aliud futurum in spiritu prævidere. Aut dicondum, quomodo non sunt similes faciès faciebus, sic nec corda esso cordibus ; et, juxta Apostolum, diversa esse charismata, alium habere prophetiam, alium généra linguarura, alium dona cura- tionum, alium opitulationes et gubernationes, ilium esse sapientem, hune fidelem, istum pollere ecientia secretorum, ilium simplici tantum fide esse contentum I Cor. xii. Neque enim omnes in exemplum Saloiuonïs de naturis bestiarum et volucrum, et herbarum simili- ter sunt locuti, ut disputarent a cedi'o Libani, usque ad hyssopum, quæ exiit per parietem. Econtrario Salo¬ mon non ita forsitan vider it, ut Moyses o innés spedes victimarum, et culturæ Dei; nec ei facie ad faciem sit locutus Dominus,. nec vasorum tantam vel habuerit, vel intellexerit supellectilem, quorum typum illi in monte Dqminus ostendit III ïteg. îv; Exod. xxxiii, xxxv. Et quomodo paU'iarchæ, et propbetæ habuerunt aliqua quæ apostolos non habuisse credendum esl; sic econtrario pro opportunitate temporis, et pro COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX ÉPHÉSIENS 423 une connaissance plus grande du mystère du Christ. Les saints des temps anciens l’ont égale¬ ment connu, mais moins parfaitement que les apôtres, à qui était imposé le devoir de la prédi¬ cation. Or, quel est co mystère qui n’a pas été révélé aux autres générations comme il l’est maintenant? C’est ce que nous disent les paroles qui suivent : « Que les Gentils sont cohéritiers, membres d’un même corps, et participants avec eux de la promesse en Jésus-Christ par l’Évan¬ gile, » dont saint Paul a été fait ministre en vertu du don de la grâce de Dieu qui lui a été donnée par l’opération de sa vertu. Je sais que cette conjonction, ajoutée aux mots cohæredes , concorporales et comparticipes , rend la pensée peu élégante dans le texte latin. Mais comme elle existe également dans le grec, et que dans les Écritures, toutes les proposi¬ tions, les syllabes, les points, les moindres signes sont pleins de sens, nous aimons mieux encourir des reproches pour la composition et la structure des mots que pour l’intelligence du texte. Les Gentils sont donc cohéritiers d’Israël, ou ce qui nous parait préférable, il sont cohéri¬ tiers de Jésus-Christ, c’est-à-dire que Dieu lui- même est notre héritage et que nous sommes . cohéritiers de Jésus-Christ. C’est ce qui est écrit dans un autre endroit : « [Héritiers de Dieu, et cohéritiers de Jésus-Christ, » Rom . vm, 17. Ce n’est pas qu’on doive nous partager un héritage Evangelii prædicatione', habuerint apostoli magis notum mysterium Christi . Quod scierunt quidem et sancti antiquitus viri, sed non ita ut apostoli, quibus prædicandi nécessitas incurhbebat. Quod est autem hoc mysterium, quod, sicut nunc, allia ge- nerationibus non fuit revelatum? Utique illud quod sequitur, « esse gentes cohæredes, concorporales, et comparticipes promissionis in Christo Jesu por Evangelium, » cujus factus est Paulus minister, secundum donum gratiæ Dei, quæ data est ei juxta operationem virtutis ejus. Scio appositicnem conjunctio- nis ejus, per quam dicitur, « cohæredes, et concorpora¬ les, et comparticipes, » indecoram facere in Latino ser- mone sententiam. Sed quia ita habetur in Græco, et singuli sermones, syllabæ, apices, puncta, in divinis Scripturis plena sunt sensibus, propterea, magis volumus in corupositione structuraque verborum, quam intelligen- tia periclitari. Gentes igitur cohæredes sunt Israeli, sive quod melius arbitramur, Christo cohæredes sunt, ut hæ- reditas nostra De us sit, et cohæredes Christi. Quod et in alio loco scriptum. est. « Hæredes Dei, cohæredes autem quelconque, mais le Seigneur lui-même doit être notre héritage et notre possession. « Le Seigneur est votre héritage, » ost-il dit dans le Deutéronome xvm, 2; et ailleurs : << Le Seigneur est mon partage et mon héritage, » Ps. xv, 5. Voici co que signifie le mot concor - porales , membres d’un même corps : De même que dans un corps il y a plusieurs membres, par exemple, les yeux, les mains, les oreilles, les pieds, le ventre et les genoux, et que, bien que faisant partie d’un même corps, ces membres ont cependant des différences mar quées, et qu’ils éprouvent les uns pour les autres des sentiments de compassion ou de joie mutuelle; ainsi ceux qui ont cru en Jésus- Christ ont sans doute reçu des grâces diffé- rentos, mais ils ne laissent pas d'être tous étroi¬ tement unis dans un seul et même corps, qui est l’Église. Remarquons encore que les deux plots précédents cohéritiers, membres d’un même corps, pouvaient laisser soupçonner quelque différence entre les membres de ce seul et même corps. » Mais ce qui suit : «et partici¬ pant avec eux de la promesse en Jésus-Christ, » fait disparaître toute différence. Car une même participation fait que tous les biens sont com¬ muns. L’Apôtre ajoute cette réflexion pleine de justesse : « par l’Évangile, dont j’ai été fait le ministre en vertu du don de la grâce de Dieu, qui m’a été donnée par l’opération de sa Christi » Rom . vin, 17. Non quod aliqua inter nos pos- sessio dividatur; sed quod ipse Dominus sit hæreditas nostra atque pcssessio. « Dominus » quippe, ait, « hære¬ ditas vestra est. » Deut. xvm, 2; et alibi : « -Dominus pars mea, et hæreditas mea » Psal. xv, 5. Concorpora- lesautem illud significat, utquemadmodum in uno corpore plura sunt membra : verbi causa, oculi, manus, $ures, pedes, venter, et genua, et cum in uno sint corpore ka béant différentes suas, et pro se invicem lætentur, et doleant : sic licet diversas" habeant gratias, hi qui in Christo credidere, in uno tamen sint Ecclesiæ corpore conglohati. Et in superioribus quidem duobus verbis, id est, in eo quod ait, « cohæredes et concorporales, » poterat in uno corpore diversum aliquid suspicari. Ex eo autem quod addidit : « et comparticipes promissionis in Christo Jesu, » omnis penitus diversitas amputala est. IJbi enim una comparticipatio est, Çuniversa communia sunt. Pulchreetiam addidit, «per Evangelium cujus factus sum minister secundum donum gratiæ quæ data est mi- hi juxta operationem virtutis ejus;» ut Dei gratiam,- non suum meritum demonstraret. Sciebat se namque per- SAINT JEROME 424 vertu* » pour faire ressortir ainsi l’action de la grâce et non son propre mérite. Il savait, en effet, qu’il avait été persécuteur, qu’il avait dévasté l’Église de Dieu, et la conviction de son humilité bannissait entièrement de son cœur tout sentiment d’arrogance. Quelques auteurs voudraient ici lui faire un reproche de ce qu’il affirme que Dieu lui a révélé un mystère qui avait été inconnu aux patriarches et aux pro¬ phètes. Mais jamais le disciple de l’humilité ne laisserait enfler son cœur par d’orgueilleuses prétentions, lui qui déclare que l’Évangile dont il est le ministre, lui a été confié non en vertu de ses mérites, mais par un effet de la grâce de Dieu. Ceux qui prétendent que les prophètes n’ont pas compris ce qu’ils ont prédit, ét qu’ils ont parlé comme en extase, outre le texte dont il s’agit, cherchent à confirmer leur opinion. par ce qu’on lit dans la plupart des manuscrits de l’épître aux Romains : « Et à celui qui est puissant pour vous affermir dans mon Évangile et la prédication de Jésus-Christ, selon la révé¬ lation d’un mystère, qui étant resté caché dans tous les siècles passés, a été maintenant découvert par les écritures des prophètes, suivant l’ordre du Dieu éternel, et par l’avènement de Notre-Sei- gneur Jésu^-Ciirist, etc, » Rom. xvi, 25, 26. Nous leur répondrons en peu de mots, que dans les temps passés, le mystère de Jésus-Christ a été inconnu, non de ceux qui en prédisaient l’accomplissement dans l’avenir, mais de toutes \ secutorem fuisse, et Christi Ecclesiam dévastasse, ex qua humilitate, arrogantiæ penitus crimen excluditur. Super qua nonnulli eum reprehendendum putaut, quia sibi dixerit mysterium revelatum, quod patriarchis et pro- phetis fuerit ignotum. Numquam enim humilitatis dieci- pulus, verbis arrogantiæ inturaesceret, Evangelium cujus minister est, non sui meriti dicens fuisse, sed gratiae Dei. Qui volunt prophetas non intellexisse quod dixeri-nt, et [Al. sed] quasi in ecstasi locutos, cum præeenti testimo- nio, illud quoque quod ad Romanos in plerisque codici- bus invenitur, ad confirmationem sui dogmatis trahunt, legentes : « Ei autem qui potesfc vos roborave juxta Evan¬ gelium meum, et prædicationem Jesu Christi secundum revelationem mysterii temporibus æternis taciti, raani- festati autem nunc per Scripturas propheticas, et adven- tum Domini nostri Jesu Christi, » et reliqua. Quibus breviter respondendum est, temporibus præteritis taci- tum Christi fuisse mysterium, non apud eos qui illud fu- turum pollicebantur, sed apud universel gentes quibus postea manifestatum est. Et pariter anuotandum, quod les nations auxquelles il fut révélé dans la suite. Il faut également remarquer que ce mys¬ tère, objet de notro foi, ne pouvait être mani¬ festé que par les écrits des prophètes et par l’avènoment de Jésus-Christ. 'Que ceux donc qui ne connaissent point et ne désirent point con¬ naître les prophètes, sachent bien qu’en affir¬ mant que l’Évangile seul leur suffit, ils ignorent , le mystère^ de Jésus-Christ, qui est resté inconnu à tous les peuples dans les temps anciens. « A moi, le moindre des saints, a été donnée cette grâce d’annoncer parmi les Gentils les ri¬ chesses incompréhensibles du Christ, et d’éclairer tous les hommes touchant la dispensation du mystère caché, dès l’origine des siècles, en Dieu qui a créé toutes choses. » Je ne pense pas que l’apôtre saint Paul ait été d’accord avec sa pensée intime, en affirmant qu’il était vraiment le plus petit de tous les saints, par exemple, de ceux qui étaient dans les églises d’Éphèse, de Corinthe, de Thessalonique, ou qui avaient em¬ brassé la foi dans les différentes partiel de l’uni¬ vers. C’est un acte et une preuve d’humilité, de se reconnaître le moindre de tous les saints, mais c’est un mensonge de parler contrairement à ce que l’on pense. Il faut donc trouver une raison* qui tout en maintenant que saint Paul était vraiment le moindre de tous les saints, ne lui ôte rien de sa dignité d’apôtre. Notre-Soigneur dit à ses disciples dans l’Évangile : « Que celui sacramentum fidei nostræ, nisi per Scripturas propheti¬ cas, et adventum Christi non valeat revelari. Sciant igi- tur qui prophetas non intelligunt, nec scire desiderant, asserentes se tantum Evangelio esse contentos, Christi nescire mysterium, quod temporibus æternis gentibus cunctis fuerit ignoratum. « Mihi infimo omnium sanctorum data est gratia, hæc, in gentibus evangelizare investigabiles divitias Christi, et illuminave omnes quæ sit dispensatio myste¬ rii absconditi a sæculis in Deo qui universa creavit. » Non puto apostolum Paulum cum mentis suæ concor¬ dasse secreto, ut vero omnibus [Al. ex omnibus] Sanc- tis infimum esse se dixerit1; verbi causa, his qui erant in Epheso, qui in Corintho, qui in Thessalonica, vèl qui in toto orbe crediderant. Quod cum humilitatis indicium sit, se omnibus Sanctis infimum dicere, mendacii est reatus aliud in pectore clausum habere, aliud in lingua promere. Reperiendum ergo est argumentum, quo et Paulus vere omnibus sanctis [Al. omnium, sanctorum] infimus fuerit* et tamen de apostolica non ceciderit COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 425 d’entre vous qui veut être le plus grand se fasse le plus petit de tous, et que celui qui veut être le premier, soit le dernier de tous, » Mcttth . xx, 26, 27. C’est ce que saint Paul pra- tiquait par son exemple lorsqu’il disait : « Il semble que Dieu nous traite comme les derniers des apôtres, comme des hommes condamnés à mort, » Cor. iv. 9. « L’apôtre saint Paul était donc plus faible que tous ceux qui désiraient être faibles et petits pour Jésus-Christ, et par cela même il était plus grand. » En effet, disait- il, j’ai travaillé plus qu’eux tous, non pas moi .mais la grâce de Dieu qui est avec moi. » C’est en récompense de cette humilité, alors qu’il se reconnaît le moindre d’entre les Saints, que cette grâce lui est donnée d’annoncer parmi les Gentils les richesses incompréhensibles du Christ et d’enseigner sa dispensation du mystère caché dès l’origine des siècles, en Dieu qui a créé , toutes choses. Mais si les richesses du Christ sont incompréhensibles, comment les annoncer parmi les peuples? Si ce mystère a été caché en Dieu dès l’origine des siècles, par quel moyen Paul le fait-il connaître aux Gentils? Ces mots : incompréhensibles et cachés doivent s’entendre de deux manières. C’est-à-dire, que les richesses du Christ ont été d’abord incom¬ préhensibles, mais qu’elles ont été manifestées par la Passion du Seigneur; ou bien encore que ces richesses incompréhensibles à l’homme par leur nature, lui ont été connues par la révélation dignitate. Loquitur Dominus in Evangelio ad discipulos : « Qui vült in vobis major esse, fiat omnium minor, et qui vult esse primus? sit omnium novissimus » Matth. xx, 26, 27. Quod Paulus opéré complebat, dicens : « Pu- to enim quia Deus nos apostolos novissimos ostendit, quasi morti destinâtes I Cor. iv, 9. Omnibus igitur qui se propter Gljristnm infirmos esse cupiebant, apostolus Paulus infirinior erat, et idcirco major. « Omnibus enim, » inquit, « illis plus Iaboravi, non autem ego, sed gratia Dei, quæ mecum est. » Propter quam humilita- tem dum omnium sanctorum est inûmus, data est ei gratia hæc in gentibus ut evângelizaret ininvestigabiles divitias Christi, e* doceret dispensationem mysterii absconditi a sæculis, in Deo, qui universa creavit. Si ininvestigabiles divitiæ Gbristi sunt, quomodo evan- gelizantur in populo? Si absconditum est a sæculis mysterium in Deo, qua ratione per Paulum profertuv in gerites? Sed ininvestiRtaniies et absconditum dupliciter sentiendum. Quod ininvestigabiles ante divitiæ fuerint, divine. Il y a ici en effet deux choses différentes? ou d’arriver à connaître par ses propres efforts des vérités cachées, lesquelles étant découvertes, cessent d’être incompréhensibles, ou dans l’im¬ puissance des efforts naturels de l’esprit pour les comprendre, de les connaître par l’effet de la grâce de Dieu. Or, quand vous les avez connues, et même enseignées aux autres, elles restent cependant incompréhensibles, puisque quant à ce qui est de vous, elles sont demeurées cachées tant qu’elles ne vous ont pas été découvertes. C’est de ces richesses incompréhen¬ sibles du Christ que parle le Psaimiste en s’adressant au Christ lui-même : « Qu’ils sont grands, qu’ils sont multipliés les biens que vous avez réservés à ceux qui vous craignent! » Ps. xxx, 20. Ces richesses de la bonté divine ont été dès l’origine des siècles cachées en Dieu, qui est le créateur de tout ce qui existe. Où sent Marcion, Valentin, et tous les hérétiques qui affirment l’existence d’un Dieu créateur du monde, c’est-à-dire des choses visibles, et d’un autre créateur des choses invisibles, l’un qu’ils disent juste, et l’autre, je ne sais lequel qui est resté toujours inconnu, et un seul bondes deux,' c’est-à-dire, le Père du Christ. Voici que le Dieu dans lequel le mystère du Christ a été caché dès l’origine des siècles est ici proclamé le Créateur de toutes choses, ce qui prouve ardemment que le Nouveau et l’Ancien Testament n’ont qu’un seul et même Dieu. On peut encore entendre et nunc post Domini apertæ sint passionem. Aut certe quæ natura sua homini ininvestigabiles erant, hæ, Deo révélante, sunt cognitæ. Quia aliud est ad secretum curiositato propria pervenire, quod postquara inventum fuerit, desinit esse ininvestigabile ; aliud propria diligen- tia illud nequaquam posse comprehenclere, sed per gra- tiam cognoscere Dei, quod cum scieris, et cæteris quo- que ostenderis, nilùlominus ininvestigabile persévérât, dum tibi quantum in te est, fuit antequam ostenderetur occultum. Divitias Christi ininvestigabiles, ad ipsum quoque Ghristum loquens Psalmista testatur, dicens : « Quam infinita multitudo bonitatis tuæ, quam abscon- disti timentibus te » Ps. xxx, 20. Hæ bonitatis ejus divi¬ tiæ ab omnibus rétro sæculis absconditæ fuerunt in Deo qui creator est omnium. Ubi sunt Marcion et Valentinus, et omnes hæretici, qui alterum mundi, id est, . visibili— um, et alterum asserunt invisibilium conditorem? Hune, justum e^-se dicentes, ilium nescio quem semper igno-. tum : tantum bonum; qui pâter- Christi siU Ecce Deus, SAINT JÉROME 426 autrement que ce mystère a été caché dès l’ori¬ gine des siècles, dans ce sens que les siècles eux-mêmes l’ont ignoré, c’est-à-dire, toutes les créatures spirituelles et raisonnables qui ont existé dans le cours des siècles. Car, souvent le mot siècle est pris pour ceux qui vivent dans la durée du siècle. C’est dans ce sens que saint Paul écrit aux Galates : « Pour nous retirer de la corruption du siècle présent, » Gai. i, 4. Et dans un autre endroit : « Pour montrer dans les siècles à venir, » Ephes. il, 7, c’est-à-dire pour montrer à tous ceux qui devaient exister dans les siècles à venir. « Afin que les principautés et les puissances qui sont dans les doux connaissent par l’Église la sagesse de Dieu si diverse dans ses opéra¬ tions, selon le décret éternel qu’il a accompli dans le Christ Jésus Notre-Seigneur. » En vertu de la grâce de Dieu qui a été donnée à l’Apôtre, pour annoncer les richesses incompréhensibles de Jésus-Christ, et enseigner parmi les nations le mystère inconnu dès l’origine des siècles, ce même mystère lui a été révélé poiir que non seulement le gentils mais les principautés et les in quo mysterium Christi ab omnibus rétro sæculis (1) absconditum fuit, Creator esse omnium prædicatur. Ex quo oslenditur idem esse Deus novi et veteris Testa- meriti. Potest autein mysterium a sæculis absconditum et aliter intelligi, quod ipsa illud sæcula ignoraverint, hoc est, omnes spirituales, et rationabiles creaturæ quæ in sæculis fueruut. Sæculum quippe fréquenter pro his quæ in sæculo versantur, accipitur. Sicut Paulus ad Galatas loquitur dicens : « Ut eriperet nos de præsenti sæculo nequam » Galat. i, 4. Et in aüo loco : « Ut os- tenderet in venturis sæculis » Ephes. n, 7, pro eo quod est, his omnibus quæ in superveuientibus sæculis futura erant. « Ut innotesceret nunc priucipatibus et potestatibus in cœlestibus per Ecclesiom multiplex sapientia Dei se- cundum propositum sæculorum, quam fecit in Ghristo Jesu Domino nostro. » Juxta donum gratiæ Dei, quæ data est Àpostolo, ut evangelizaret ininvestigabiles di- puissances connaissent par l’Église, la sagesse: multiforme de Dieu qui a été préparée selon le décret éternel des siècles, et qui. est maintenant consommée en Jésus-Christ. Or, si les princi¬ pautés et les puissances des doux que nous devons considérer comme saintes et comme Les ministres de Dieu, (bien que quelques-uns voient ici le prince de l’air et ses anges), ont ignoré cette sagesse multiforme de Dieu qui leur a été maintenant révélée par l’Église, combien plus a-t-elle du être inconnue des patriarches des prophètes, lesquels comme nous l’avons démon¬ tré n’ont point ignoré le mystère du Christ, mais n’ont été privés de sa connaissance que comme les apôtres eux-mêmes l’avaient été. Eu effet, cette sagesse multiforme de Dieu qui est appelée en grec ^ xokwKoUikbs; et pour ainsi parler, d’es¬ pèces variées, a été maintenant révélée par l’Église de Dieu aux principautés et aux puis¬ sances. Cette sagesse dont Dieu avait décrété l’accomplissement dans son esprit, nous la con¬ naissons maintenant dans sa perfection d’après ce que nous voyons de nos yeux. La croix de Jésus- Christ a donc servi non seulement à nous, mais vitias Christi, et doceret in gentibus mysterium quod a sæculis fuerat ignoratum; idcirco idipsum sacramentum ei est rcvelatum, ut non solum gentibus, sed et principa- tibus et potestatibus per Ecclesiam manifesta lieret mui- tiplexsapientiaDei, quæ juxta propositum veterum sæculo¬ rum olim destinata, nunc consummata videtur in Chris- to. Si autein principatibus et potestatibus in cœlis, quas sanctas ministrasque Dei accipere debemus (licet quidam princîpem aeris istius et angelos ejüs interpretentur), ignota Cuit multiplex sapientia Dei, quæ nunc eis per Ecclesiam revelata est, quanto magis patriarchis et pro- phetis ignota fuit, quos supra non ignorasse mysterium Christi sed ita ut apostolos, nescisse moustraviinus Multiplex quippe sapientia Dei, quæ sermone Græco, tcuÀU7 ïoUIXoç, et ut ita dicam, « multifaria, appellutur, per Ecclesiam Dei nunc et principatibus et potestatibus revelata est. Quam olim Deus futuram in sua mente de- creverat, et nunc esse perfectam ex eo quod videmus, (1) Nimirum ci yestustiorum aliquot Ecclesiœ Patrura sonsu loquilur, quibus ut pridem Huetius animadvertit, locus iste Apostoli in cnisa luit, crcderent, pleraque Del mysteria angelos per Ecclosiam didicisse : non ea quidem, quæ diyinæ naturœ necessario insunt (Ula siquidom cognoyoro, curn semel illis contuendl Dei facultas conccssa est), sed quæ libéré Deus et forinsecus operatur, Nysscnus homil. 8 in Cant. cogno- yisse eos per Ecclesiam incarnationis, rodemptionis, crucis, et mortis Christi mysteria.docet. Cbrysostomus prælorea liquido déclarât, angelos rerum sibi antea occuttarum, et ignotarum nolitiam ex ipso apostolorum ore comparasse : prœcipue vero confversionis gentium ad Christi fidem cumantea ignorarent. Sod in commodiorem accipi sensum Hieronymi iiæcpossunt verba siquidem erudiios per Ecclesiam angelos quasi rerum testes at conscios, non quasi discipulos assere videatur. In quo et ab Origenis placito, quod impugnavimus ad homil. ejus 23, jure movitoque dissentit. Pugnat onimvoro cum Scripturæ sacræ tesiimoniis puiare prias bominibus quam ongolis revelalum Incarnationis mysterium; quaquum bono- rum, quæ ex eo consequi debobant, ut est conversionis gentium od fidem, fere nullam cognitionem babuisse illos liceat opiuari : idque gonus ea esse, in quibus per Christi moriem profecerint. Ed , Mig. COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE. AUX ÉPHÉSIENS aux anges et à toutes les vertus des cieux, et ' leur a découvert le mystère qui leur était inconnu auparavant. En effet, lorsque Dieu remonte dans le ciel avec son corps ressuscité, ils sont dans l’admiration et s’écrient : « Quel estvcelui qui vient d’Édom, et de Bosor avec des habits teints de sang, il est beau dans sa parure? » Isai, lxiiï, 1. Et dans un autre . endroit : « Quel est ce roi de gloire ? Le Seigneur des vertus est lui-même le roi de gloire, » Ps. xxiii, 10. Ne croyons donc pas qu'il n’y ait dans l’Église que la foi simple ; il y a encore la sagesse multiforme et d’espèces différentes, c’est-à-dire qu’elle est non seulement variée, mais très diverse dans ses nombreuses opéra¬ tions. Vous considérez le berceau de Jésus- Christ, considérez également le ciel. Vous con¬ templez l’enfant qui pousse des vagissements dans la. crèche, mais écoutez en même temps les anges qui chantent sa gloire. Hérode le per¬ sécute, mais les Mages viennent l’adorer, Matth. i. Les pharisiens le méconnaissent, mais une étoile le découvre. Il est baptisé par son serviteur, mais la voix de Dieu retentit du haut des cieux. Matth. ni. Il est plongé dans les eaux; mais un colombe descend, ou plutôt l'Esprit-Saint dans cette colombe, Ibid . 16. Le temps de sa passion arrive, il craint de souffrir, il voudrait que ce calice s’éloignât de lui, et il reproche à Pierre de craindre de boire ce calice. agnoscimus. Crux itaque Christi non solum nobis, sed et angelis çunctisque in cœlo virtutibus profuit, et ape- ruit sacraméntuin quod antea nesciebant, Denique ad coelum cum corpore Deum revertentem mirantur, et dicunt : « Quis est iste qui ascendit de Edom, fulvida vestimenta ejusex Bosor, sic [Al. hic. formosus in sto- la candida » Isai. lxiiï, 1, Et in alio loco : « Quis est iste rex gloriæ ? Dominus virtutum ipse est rex gloriæ » Psal. xxni, 10. Non putemus igitur in Ecclesia esse simpïicem fidem, sed multiplicem et multifaviam esse sapientiam, ut non solum varia sit, sed multa va- rietate distincta. Respicis cunas Christi : vide pariter et cœlum. Vagientem in prsesepe intueris infantem ; sed angelos simul ausculta laudantes. Herodes per- seqüitnr ; sed adorant Magi Matth. n. Ignorant Pharisæi ; sed Stella demonstrat. Baptizatur a servo; sed vox de- super Déi intonantis auditur Matth . m, Àquis mergitur; sed columba descendit, imino Spiritus in columba Ibid , 16 Àd passionem venit,' etpati timefi vult transire calicemj et Petrum quia calicem timebat, accusât. Quid hac stultitia prudentius, varietate distinctius, sapientiu obs- 427 Qu ’y a-t-il de plus sage que cette folie, de mieux ordonné que cette variété, de plus caché que cette sagesse que Dieu a fait paraître en Notre-, Seigneur Jésus-Christ? Car, bien que selon la plupart des auteurs, l’ordre et l'enchaînement du discours permettent d’entendre ces paroles de la formation de l’Église et de la résolution en grec 7cpo0s in coelo terrdque vocatür. Ed, K%, * COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS plus' dire qu'ils sont chauds. C'est dans ce même sens que dans l’Évangile, le Sauveur fait cette réponse à celui qui le regardait, non comme Le Fils de Dieu, mais comme un bon maître : « Pourquoi m’appelez-vous bon? Nul n’est bon, si ce n’est Dieu, » Luc xvm, 19. Cependant nous lisons de la terre qu’elle est bonne, Luc vu r, aussi de l’homme Matth. xir, aussi du bon pasteur, Jean, x; mais .nul n’est bon par nature, que Dieq seul. Les autres êtres ne sont bons que par un effet de sa bonté. De même donc que le seul bon peut rendre les autres bons, le seul immortel, communiquer l’immor¬ talité, le seul vrai, accorder le nom de vérité; ainsi le seul Père, parce qu’il est le créateur de toutes choses et la cause originelle de la subs¬ tance de tout ce qui existe, accorde aux autres de pouvoir porter le nom de pères. Considérons les choses du ciel par comparaison avec ce qui se passe sur la terre. Adam, le premier que Dieu a créé, a eu Dieu pour créateur et pour père, et il sait certainement qu’il doit son exis¬ tence à Dieu le Père. Ceux qui ensuite sont nés d’Adam, savent qu’ils ont pour père celui dont ils tirent leur origine. Aussi, dans l’Évangile selon saint Luc, lorsque l’Évangéliste poursuit la génération en remontant du Christ à David et Abraham, arrive à la fin, il dit : « Fils de Seth, fils d’Adam, fils de Dieu, » Luc iu,38, pour montrer que le nom de père sur la terre vient suam, et nequaquam calida nuncupantur. Juxta hune sensum et in Evangelio dicitur ad eum qui Salvatorem non quasi Dei Filium, sed quasi magistrum bonum puta- bat : « Quid me appellas bonum? nemo est bonus, niai unus Deus » Luc. xvm, 19. Et certe terrain bonaralegi- mus Luc . viii, et hominem Matt. xn, et pastorem bonum Joan. x; sed nemo juxta naturam bonus, nisi solus Deus. Cetera ut dicautur bona, bonitate illids con- séquuntur. Sicut ergo solus bonus, bonos facit, et solus immortalis, immortalitatem tribuit, et solus verus, veri- tatïs nomen impertit ; ita et solus Pater, quia Creator est omnium, et universorum causa subsLantiæ, præstat cæteris ut patres esse dicantur. De terrenis cœlestia contemplemur : Adam quem priinum plasmavit Deus, et Creator ipsius, et Pater fuit, certe Deo Patri scit se debere quod snbstitit. Bursum hi qui geniti sunt ex Adam, patrem ilium jntelligunt, ex quo orti sunt. Unde et in Evangelio secundum Lucam, cum paulatim a Chri" sto David et Abraham retrorsum esset generatio sup¬ puta ta, ad extremum Script ura ait : « FilÜ Seth, filii ■Adam,fllii Dei » Luc, m, 38; ut pateruitatis in terri* Tom. Xi 1 433 premièrement de Dieu. Mais on demande pour quelle raison toute paternité tire son nom de Dieu au ciel et sur la teiTe. De même que nous, qui ne sommes point de la race d’Abraham, nous sommes appelés enfants d’Abraham, si nous avons sa foi, et que nous appelons nos pères les patriarches et les prophètes, si toute¬ fois nos péchés ne nous en séparent; ainsi, je pense que les anges et les autres vertus ont dans les cieux des esprits au-dessus d’eux, et do même nature qu’eux, qu’ils sont heu¬ reux d’appeler leurs pères, 1 L’archange, . en effet, n’est ainsi appelé que parce qu’il est au- dessus des anges; et les dominations, les princi¬ pautés, les puissances ne portent ces noms que parce qu’ils ont au-dessous d’oux des esprits inférieurs. On peut donc dire aussi que par là même que Dieu le Père est substantiellement le Père de Notre- Seigneur Jésus-Christ, et que son Fils unique est vraiment son Fils par nature et non par adoption, ainsi les autres créatures ont mérité, par adoption, le nom de paternité. Or, tout ce que nous disons du Père et du Fils, n’oublions pas qu’il faut le dire de l’Esprit-Saint. Car notre Sauveur sait qu’il est Père, lorsqu’il dit : « Mon fils, vos péchés vous sont remis, » Marc ti, 5, et encore : « Ma fille, votre foi vous a sauvée, » Matth. ix, 22; et ailleurs : « Mes petits enfants, je suis avec vous pour peu cio temps, » Jean xm, 13; et c’est par l’Esprit- Yocabulum, a Deo prima m ortum esse monstraret. Quæritur vero quarn ob causam, et in. cœlis abeo om- nis paternitas appelletur. Quomodo nos, qui non sumus de geneve Abraham, si fidem illius habuerimns, hlfi vo- camur Abraham; patriarchas quoque et prophëtas (si tamen nos ab eis peccata non séparent) nostros patres dicimus ; ita puto et angelos, cæterasque virtutes habere principes sui generis in cœlestibus, quos patres gaudeant appellare. Àrchangelus enim, nisi angelorum dici non potest, et dominatio, etprincipatus, etpotestas, nisi inferiores subjectos habeant, non vocantur. Potest ergo et hoc dici, ex eo quod Deus Pater Domini nostri Jesu Clrristi juxta substantiam Pater est, et Unige¬ nitus non est adoptione Filius, sed natura ; cæteræ quo¬ que créature paternitatis nomen adoptione merueruut. Quidquid autem de Pâtre et Filio dicimus, hoc sciamus aictum esse de Spiritu sancto. Nam et Salvator noster Patrem esse se novit, dicens : « Fili, dimittuntur tibi peccata » Marc, n, 5; et : « Filia, fkles tua te salvam fecit » Matt. ix, 22 ; et « Filioli mei, adhuc modicum vQbisQum fium « Joan,, xm, 13; et per Spintum sano- as 434 SAINT JEROME . Saint que les justes deviennent les fils adoptifs de Dieu. Valentin croit pouvoir appuyer surtout ses créations et ses unions sur ce texte, et il 11e comprend pas, comme nous l’avons dit plus liaut, que la paternité emprunta de Dieu le Père son. nom, mais non ses actes, dans le ciel et sur la terre. « Afin qu’il vous accorde, selon les richesses de sa gloire, que vous soyez puissamment fortifiés par son Esprit dans l’homme intérieur; que le Christ habite par la foi dans vos cœurs, et qu’enracinés et fopdés dans la charité, vous puissiez comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la hauteur ot la pro¬ fondeur, et connaître aussi la charité du Christ, qui surpasse toute' science, afin que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu. » Voici la raison, dit l’Apôtre, pour laquelle je fléchis les genoux devant le Père à la ressemblance duquel toute paternité tire sou nom dans le ciel et sur la terre, je le prie et le supplie de vous accorder la puissance de sa gloire, c’est-à-clire, de vous faire entrer en participation de sa majesté, de vous fortifier, de vous confirmer par l’Esprit- Saint, car nulle force ne peut se concevoir en dehors de l’Esprit-SainL, et de vous fortifier, de vous confirmer dans l’homme intérieur. Car cè ne sont point les forces du corps, mais les forces de l’âme que nous cherchons; ce n’est pas t’homme extérieur, mais l’homme intérieur tum, justi quique adoptantur in filios. Valentinus stecu- lorum suorum probolas atque conjugia, ex hoc vel ma¬ xime loco confirmandas putat; nequaquam intelligens, ut supra diximus, ad siinilitudinem Dei Patris, et iu cœlo, et in terra, paternitates non fie'ri, secl appellari, « Ut det vobis, secundum divilias gloriæ suæ, virtute confortari per. spiritum ejus in intsriorem hominem ; hàbitare Christum per fidem in cordibus vestris; in charitate radicati et fundati ; ut possitis comprehendere çum omnibus sanctis quæ sit latitudo, et longitudo, et profundum, et altitudo : scire etiam supereminentem scientiæ charitatem Christi, ut impleamini in omni ple- nitudine » [Al. omnem plenüudinem] « Dei, » Propte- rea, inquit, curvo genua mea ad Patrem, ad cujus similitudinem’iOmnis in cœlo et in terra paternitas nomi- natur, deprecans eum atque obsecrans, ut tribuat vobis virtntem gloriæ suæ, ici est, majestatis suæ liabere con¬ sortium ; vosquè roboret atque conCrmet per Spiritum sanctum ; quia nulla fortitudo absque Spiritu sancto est; roboret autem atque confirme t in inter iorem hominem. Non enim corporis vires, sed animre quærimus ; nec que nous désirons voir fortifié, afin que lorsque Jésus-Christ aura fixé sa demeure dans l’homme intérieur, il habite dans la partie principale de cet homme intérieur, c’est-à-dire, dans nos cœurs, ne se répandant point dans les divers membres, mais' habitant dans la partie princi¬ pale, et y fixant son domicile et sa résidence. Or, tout cela s’accomplira par la foi, si nous croyons en lui. C’est pourquoi l’Apôtre dit : « Que le Christ habite par la foi dans vos cœurs. » Or, cette demeure qui se construit d’abord à l’aide de la foi, a ses racines et son fondement dans la charité; c’est-à-dire que comme nous sommes le champ que Dieu cultive, la maison qu’il bâtit, I Cor . m, tout doit croître et s’élever sur fa racine et le fondement de la charité. Lorsqu’après avoir été enracinés et fondés dans la charité Ephes. m, nous aurons reconnu clans toute la confiance de notre âme que lé Christ habite dans l’homme intérieur, nous commencerons alors avec les saints à tendre vers un but plus élevé, c’estrà-clire, à comprendre dans toute la pénétration de notre esprit quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur; ce n’est pas assez, nous désirerons connaître aussi la charité du Christ qui surpasse toute science, et lorsque toutes ces choses $e seront accomplies en nous, ' selon les lois de l’ordre et de la raison, alors nous serons remplis de toute la plénitude de exteriorem, sed in ter iorem hominem cupimus roborarî, utpostquam habitaverit Christus iu interiore homme, in ipsius interiori hominis habitet principali, id est, in cordibus nostris; nequaquam per cuncta ejus membra discurrens, sed in rationabili ejus habitans; et in çq domicilium, sedemque suam ponens. Hoc autem totum per fidem fiet, si credamus in eum. Quamobrem ait : « Habitave Christum per fidem in cordibus vestris. » Habita tio autem ista quæ per exordium fidei fabricatur, radices et fundamentum in charitate habet; ut quoniam Dei agricultura sumus, Dei ædificatio I Coc . m, omuia in charitate suocrescant atque ædificentur. 1 Cum autem radicati et fundati in charitate Ephes. m, in interiore homine hnbitare Christum tota mentis fiducia noverimus. ; tune incipiemus cum cseteris sanctis etiam ad ilia nos tendere; ut sagaci animo comprehendamus quæ sit latitudo, et longitudo, profundum, et altitudo ; et non solutn hoc, sed etiam supereminentem scientiæ charita¬ tem Christi scire cupiemus; ut postquam hæc oniuia fuerint in nobis ordine et ratione compléta, tune imple- amur in omnibus plenitudino Dei. Latitudinem etlongi- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHËS1ENS 43.5 Dieu. Cette largeur, cette longueur, cette pro¬ fondeur et cette hauteur, nous commencerons par les comprendre dans les choses corporelles, pour passer plus facilement de là aux choses spiri¬ tuelles. Prenons par exemple la largeur du ciel et de la terre, c’est-à-dire du monde tout entier, depuis l’Orient jusqu’à l’Occident; la longueur du Midi au Septentrion; la profondeur dans les abîmes et dans l’enfer, la hauteur dans la partie qui s’élève au-dessus des cieux. Il en est plu¬ sieurs, je le sais, qui, s’appuyant sur l’Ecclésiaste, affirment que le ciel est rond et qu’il a dans son mouvement . circulaire^ la forme d’une sphère. Or, aucune forme ronde n’a de largeur, de lon¬ gueur, de hauteur et de profondeur, elle est égale dans toutes ses parties. Nous sommes donè' forcés par la nécessité d’entendre par la hauteur les anges et les autres vertus des cieux, par la profondeur, les enfers et ce qui est au-dessus d’eux; par la .longueur et la largeur la partie intermédiaire comprise entre les cieux et les enfers. Et comme on doit supposer que tout homme est ou près des cieux, ou voisin de l’enfer, tous ceux qui commencent à faire des progrès, qui s’élèvent vers les hauteurs des cieux, désigné'ns-les sous le nom de longueur. Ceux qui sont plus voisins des parties infé¬ rieures et glissent sur la pente des vices, don¬ nons-leur le nom de largeur. « Car la voie qui conduit à la mort est largo et spacieuse ; » tucïinem, profundum et altitudinem, de corporalibus ante discamus, ut per ea ad spiritualia transire valea- mus. Verbi gratia, sit latitudo cœli istius et terræ, id est, totius mundi, ab Oriente usque ad Occidontem; longitudo, a Meridie ad Septentrionem; profundum, in abyssis, et in infernoî altitudo, quæ supra cœlestia sublimatur. Sed quoniam a plerisque juxta Ecclesiasten Cap. I, coelum affirmatur rotundum, et in spheræ mo- dum volvi; nulla autem rotunditas, latitudinem et lon- gitudinem kabet, altitudinem, quoque et profundum ; se l ex universis partibus coæqualis est, necessitate compelli- mur, altitudinem angelos intelligere superasque \Al. su- pernasquej vîr tûtes. Profundum vero inferos, etquæ infra eôs sunt. Longitudinem autem et latitudinem, media quæ inter superos inférosque consistunt. Et quia conse- quens est, aut super is aliquem, aut inferis esse vicinnm, guæcumque incipiunt ad meliora proficere, et ad cceles- tia, et àd ait a consurgere, longitudo appellentur. Quæ vero inferiori parti proxima sunt, et ad vitia delabun- tur, his latitudinis nomen impositum sit. « Lata quippe et.spatiosa via, quæ dueït ad mortem » Mat f. vn, 13. Matth. Vu, 13. Toutes ces dimensions peuvent aussi, so comprendre dans la croix de Notre- Seigneur Jésus-Christ : Car en montant dans les cieux, il a emmené captive la captivité, Ps. Lxvir, 19, et il est descendu dans les parties inférieures de la terre. Et après la hauteur et la profondeur, la prédication - de la croix s’est répandue par toute la terre; elle 'a donc ainsi la hauteur, la profondeur, la longueur et la largeur. Il n’est pas étonnant que la croix soit ainsi en possession de toute la terre, puisque celui qui est crucifié avec Jésus-Christ partage le même pouvoir. Il saura d’abord la largeur en commençant par les choses inférieures, et en ayant la connaissance des vérités ordinaires. Ensuite la longueur, c’est-à-dife ceux qui, placés qu’ils sont sur la terre, cherchent à s’élever vers les choses plus sublimes. Puis profondeur, c’est-à-dire les vertus qui nous sont ennemies et contraires, et qui nous font la guerre en ce monde. Et en dernier lieu, la hauteur; en effet, lorsque nous aurons acquis la connaissance des dimensions qui précèdent, et que nous les aurons mises sous nos pieds, nous mériterons de mon¬ ter dans des sphères plus élevées et plus sublimes. Et ne croyons pas que nos efforts doivent se borner, lorsque nous serons, enraci¬ nés et fondés dans la charité, à pouvoir com¬ prendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, si nous Hæc universa, et in cruce Domini nostri Jesu Ghristi intelligi queunt. Ascendens quippe in altum, captivam duxit captivitatem Ps. Lxvn,i9? et descendit in inferiora terræ. Et post altitudinem et profundum, in omnera terram exiit prædicatio crucis. Atque ita et altitudinem, et profundum, et longitudinem, et latitudinem tenet. Nec mirum si crux Ghristi universa possideat, cum etiam si quis crucifixus fuerit cum Ghristo, eamdem habeat potestatem. Sciet quippe primum latitudinem ab inferio- ribus incipiens, et minora cognoscens. Deinde longitii dinem, eos qui in terra positi, ad sublimia et al ta fest nant. Post hæc profundum, adversarias contrariaque virtutes, quæ contra nos ih hoc mundo bellum geruht. Et ad extremum altitudinem; quia postquam riotUiam earum habentes, fecerimus nobis eas esse sub pedibus ; tune merebimur ad alla et excelsa conscendere. Nec putandum in hoc fmem laboris nostri esse, ut radicati. et fundati in char ita te, pes sim us comprehendere cum omnibus sanctis, quæ sit latitudo, et longitudo et profun¬ dum, et altitudo, nisi etiam omni fetudio nosse cupia- mus, eminentem sçientiæ charitatem Ghristi, ut non SAINT JÉROME 436 ne désirons pas ardemment connaître la charité du Christ qui surpasse toute science; ce n’est pas la charité simple, c’est la charité surémi¬ nente qu’il nous faut connaître. Ce n’est pas encore assez d’avoir la connaissance de la charité suréminente de Jésus-Christ, si nous n’ajoutons encore la charité éminente qui surpasse toute science. Nous voyons par cette doctrine que Jésus-Christ a une grande, une immense charité au-dessus de toute science, charité qui embrasse ceux qui ont le désir de le connaître, qui médi¬ tent dans sa loi nuit et jour, qui traduisent ses paroles dans leurs actions, et aeomplissent par leurs œuvres ce que leur bouche a médité. Or, celui qui s’est rendu digne par sa science d’avoir la charité suréminente du Christ, ne doit plus penser à autre chose qu’à cette science. C’est ainsi qu’il sera rempli de toute la pléni¬ tude de Dieu, non seulement dans les siècles présents, mais encore dans les siècles futurs, et qu’après avoir été ici rempli par son applica¬ tion/ à la lecture, il sera rempli bien plus par¬ faitement de Dieu lui-même qui ost la plénitude de tout ce qui existe. « Mais à celui qui est puissant pour tout faire au-delà de ce que nous demandons et concevons selon la vertu qui opère en nous, à lui la gloire dans l’Église et dans le Christ Jésus, dans toutes les générations du siècle des siècles. » Saint Paul avait dit précédemment : « C’est pour cela que je fléchis les genoux devant le Père, simplex charitas, secl supereminens nota sit nobis ; nec iste sit terminus habere notitiam supereminentis chari- tatis Ghristi, nisi addamus et aliud, ut supereminentem charitatem scient iæ consequamur. Ex quo ani . adver- tendum, qui grandem et immensam Christ us scientiæ habeat charitatem, id est, eorum qui se scire desiderant, qui in lege ejus meditantur die ac nocte, qui verba vertunt in opéra, et quod ore meditantur, consummant manu. Quiautem talis est, ut dignus sit per scientiam suam habere Ghristi supereminentem charitatem, ille nihil debet aliud præter scientiam cogitare. Atque ita implebitur in ornai plenitudine Dei; non solum in præ- senti sæculo, sed etiain in futuro ; ut qui nunc plenus esse cœpit jn studio per lectionem, postea perfectius impleatur Deo, qui est plenitudo omnium, se complente. « Ei.autem qui potest super omnia facere abundan- tiua quam petimus aut intelligimus, secundum virtutem quæ operatur in nobis, ipse gloria in Ecclesia, et in Christo Jesu, in omnibus generationibus [Al. omnes gcnerationes] seeouli sæoulorum. Amen, » Ad id quod de qui toute paternité tire son nom, au ciel et sur la terre; afin qu’il vous accorde selon les- richesses de sa gloire que vous soyez puissam¬ ment fortifiés, etc. » Il ajoute maintenant comme conclusion : « A celui qui est puissant pour tout faire bien au delà de ce que nous demandons et concevons. » En parlant ainsi, il fait voir qu’il a demandé dans la mesure de la faiblesse humaine ce qui paraissait devoir leur être utile; mais que dans la vérité, Dieu peut accorder bien au-dessus de ce qu’on lui demande, que. notre espérance est dépassée par les effets de sa bonté, parce que nous ne savons comment nous devons prier, et quo souvent nous demandons des choses nuisibles tout en pensant prier dans notre intérêt. Combien était-il préférable pour ce fornicateur d’être malade, d’être tourmenté par les infirmités, plutôt que de faire du temple de Jésus-Christ les membres d’une prostituée? Dieu est donc puissant pour nous accorder non seulement au delà de ce que nous demandons, mais même au delà de ce que nous concevons. Il arrive quelquefois que nous n’exprimons pas verbalement notre prière y que les paroles ne traduisent pas la pensée de notre esprit, et que cette prière, renfermée dans le secret de notre cœur, s’adresse à Dieu par des gémissements ineffables, comme dit l’Apôtre, en lui demandant je ne sais quoi que notre bouche est impuissante à formuler. Dieu nous accordera donc au delà de ce que nous , deman¬ dons ou de ce que nous concevons, selon cette supra dixerat : « Propterea curvo genua mea ad Patrem, ex quo omnis paternitas in cœlis et in terra nominatur, ut det vobis secundum divitias suas virtute confortari, » et reliqua, nunc in fer t : « Ei autem qui' potest super omnia facere abundantius quam petimus, aut intelligi¬ mus, » hoc ostendeus, se quidem juxta imbecillitatém hominis postulasse, quse eis conducibilia videbantur ; cæterum quantum ad .rei ipsius pertinet veritatera, plus Deum valere tribuere, quam rogatur, et spes nostras vinci effectibus; quia secundum id quod oportet orare, nescimus, et sæpo contra nos petimus, æstimantes esse pro nobis. Quanto enim melius erat fornicatori ægro- tare, et debilitate torqueri, quam Ghristi templum facere membra meretricis? Potens est ergoDeus, non solum su¬ per id quod petimus, sed etiam super id quod intelligi¬ mus, tribuere. Evenit interdum, ut sensum nostrum non expriraamus in vocem, et mentem verba non explieent, tacitoque cogita tu gemitibus menarrabilibuisf ut ipse Apostolus ait, nescio quid, quod dicere non possumus, deprecemur. Prsestabit igitur super quam petimus, aut COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉS1ENS 437 vertu qui opère en nous, c’est-à-dire que de même qu’il nous accorde maintenant non selon nos mérites, mais bien au delà de nos vœux, des grâces , que nous n’avons osé lui demander et que nous n’aurions pas cru mériter si nous les avions demandées; ainsi nous accorde-t-il d’autres faveurs, que l’esprit ne peut concevoir, ni la langue exprimer. Gloire donc à ce Dieu, d’abord dans l’ÉgUse qui est pure, sans tache, ni ride, et qui à cause de cette pureté peut recevoir la gloire de Dieu, parce qu’elle est le corps de Jésus- Christ. Ensuite gloire dans le Christ Jésus, parce que dans le corps de l’homme dont il s’est revêtu et qui a pour membres l’uni¬ versalité des croyants, toute divinité habite corporellement. Et cette gloire n’est point seu¬ lement limitée au temps présent pour se termi¬ ner dans les siècles futurs, mais elle demeure, elle s’accroît, elle s’augmente dans toutes les générations, dans les siècles des siècles, ayant pour durée l’ineffable éternité. CHAPITRE IV. « Je vous conjure donc, moi chargé de liens pour le Seigneur, de marcher d’une manière digne de la vocation à laquelle vous avez été ■ appelés. » Un homme dans les fers pour Jésus- Christ, et’ emprisonné pour souffrir ensuite le nîartyre peut s’exprimer ainsi en écrivant; mais il vaut mieux entendre cette expression « chargé intelligimus, secundum eatn virtutem quæ operatur in nobis; ut quomodo nunc non juxta.meritum nostrum; sed supra vota dat nobis aliqua, quæ nec petere ausi fuimus, nec si petissemus, æstimavinius nos mereri ; ita et cætera tribuat, quæ nec mens potest cogitare, nec lingua proferre. Ipsi itaque Deo sit gloria ; primum in Ecclesia quæ est pura, non habens macula m neque ru- gain, et quæ propterea gloriam Dei recipere potest, quia corpus est Christi. Deinde in Christo Jesu, quia in cor- pore assumpti hominis, cujus sunt universa membracre- dentium, omnis divinitas inhabitet corporaliter. Quæ quidem gloria non in præsens tantum tempus extendi- tur, et-futuris sæculis terminatur; sed in omnes gene- ratïones, et sæculum sæculorum, ineffabili æternitate permanet, crescit, augetur. CAPUT IV. « Obsecro ïtaque vos ego vinctus in Domino, ut digne ambuletis vocatiohe qua vocati estis. » Potest et in Christi vinculis, et in carcere pro martyrio constitutus hæc scri- . bere ; melius autem est, si vinctum Domini f Al. addit de liens pour le Seigneur de la charité de Jé¬ sus-Christ. » Nous pouvons à l’appui citer le témoignage de Clément écrivant aux . Corin¬ thiens : « Qui pourra dire le lien de la charité qui nous unit à Dieu? » I Cor. xnu Nous lisons encore dans le premier livre des Rois : « Or, il arriva, lorsqu’il eut achevé de parler à Saül que le cœur de Jonathas lut comme lié au cœur de David, » I Rois . xvm, 1. Et le Psalmiste dit, en parlant des apôtres : « Us vous suivront les mains chargées de chaînes, » Ps. cvi. Car, ceux qui aiment Jésus-Chfist, le suivent enchaî¬ nés par les liens de la charité. Il y a sune autre explication qu’on peut admettre ou non, au gré du lecteur. Le lien de l’âme ce- serait ce corps, et comme Paul avait été revêtu de ce corps pour le ministère évangélique, il se dit enchaîné pour le Seigneur. Que ce corps soit appelé une chaîne, et que ceux qui sont emprisonnés dans ce corps soient appelés les captifs de la terre, c’est ce que Jérémie atteste dans le second chapitre alphabétique, Thren . ni, 34: « Afin de fouler aux pieds tous les captifs de la terre. » Et dans un autre endroit, nous voyons la même expression dans la personne du Christ qui parle ainsi par le prophète : Pour dire aux captifs, vos « fors sont brisés, » à ceux qui sont dans les ténèbres, « voyez la lumière, » ïsai , xux, 9. On peut dire que le prophète a* voulu nous montrer ici que le lien du péché, et les ténèbres nostrij in Christi charitate dicamus. Cujus rei et Clemens, ad Corinthios testis est scribens : Vinculuni chari- tatis Dei quis poterit enarrare I Cor. xni ? Et in primo Regnorum libro legimus : « Factum est pôst verba hæc, colligata est anima Jonathæ cum anima David » I Reg. xvm, 1. Et propheta de apostolis: « Post te, » inquit, « sequentur vinctis fero manibus, » Ps. cvi. Qui enim Christum diligunt, sequuntur eum charitatis vinculis colligati. E;t et alia expositio, qyæ recipienda sit, necne, erit in potestate lectoris. Vincu- lum animæ, corpus hoc dici, et quia Paulus ob minis- terium Evangelii corpus hoc acceperit, consequenter Christi vinctus sit appellatus. Corpus hoc vinculum dici, et eos qui in corpore vincti sunt, vinctos terræ appellari, Jeremias quoque in secundo alphabeto tes- tatur, diceus : « Ut humiliaret sub pedibus suis omnes vinctos terræ » Thren. ni, 34. Et alibi hoc ipsum legi¬ mus ex Christi persona , dicentis : « His qui erant in vin¬ culis, exite, et qui in tenebris, révéla ini ni » ^ Isai . xlix, 9. Potest quidem vinculum hic peccati, et tenebras ignorantiæ, adventu et prsedicatione Christi propheta 438 . SAINT JEROME de Tignorance avaient été brisés èt dissipés par l’ avènement et la prédication, du Christ. Mais le sens donné précédemment peut ici trouver sa place, ce lien en effet figure le corps, les ténèbres, cette demeure terrestre, qu’habitent les princes des ténèbres et ces montagnes téné¬ breuses contre lesquelles il nous est défendu de nous heurter. L’Apôtre ajoute : « De marcher d’une manière digne de la vocation à laquelle vous avez été appelés. » Celui-là marche d’une manière digne de sa vocation qui. entre par celui qui dit : « Je- suis la voie, » Jean, xrv, 6 et'Jsaï. xxx, ne s’écarte ni à droite ni à gauche, détourne ses pieds de toute voie mauvaise, et fait voir en lui l’accomplissement de ces paro¬ les : « Les pas de l’homme sont, dirigés par le Seigneur, » Ps. xxxvi, 22. « Avec toute humilité, toute mansuétude, et toute patience. » Celui, qui sait qu’il est terre et cendre, et qu’il doit dans peu de temps retourner en poussière, ne se laissera jamais soulever par l’orgueil. Et celui qui, les regards fixés sur l’éternité de Dieu, réfléchit sur la durée si courte, si fugitive de la vie humaine, aura toujours la mort devant les yeux, et par là même sera humble et modeste. « Car ce corps sujet à. la corruption appesantit Pâme, et cette demeure terrestre abat l’esprit préoccupé de mille soins, » Sag. ix, 15. Disons donc en toute humilité : « Seigneur, mon cœur ne s’est point ostendere dissolutas. Sed et superior sensus habet locum; quod vinculum, corpus sit, et tenebræ, ter- rena hæc habitatio, ubi sunt rectores tenebrarum, et montes tenebrosi, ad quos pedes prohibemur offen- dere. Quod autem ait : « Ut digne ambuletis vocatione qua vocati estis, ». digne vocatione ambulare credendus est, qui ingreditur per eum qui dicit : « Ego sum via » Joan. xxv, 6, et Isai . xxx, et non déclinât, neque ad dexterain, neque ad sinistram, avertit pedem suum ab omni via mala Prov. xv, completurque in eo : « A Do¬ mino gressus hominis diriguntur » Ps. xxxvi, 22. « Gum omni humilitate et mansuetudine, cum pa- ternitate. » Qui terrain et cinérem esse se novit, et post paululum in pulverem dissolvendum, numquam euperbia elevatur . Et qui . Dei œternitate pers- pecta, bx'eve et pene ad puncti instar humanæ vitæ spatium cogi tarit, ante oculos suos semper habebit interitum, et erit humilis. atque dejectus. « Gorruptibile enim corpus aggvavat animam, et terrenum boc taber- naculum, sensum opprimit .multa curantem » Sap,_ xx, 15. Propter quod cum omni humilitate dicamus : Do- enorgueilli, et mes yeux ne se sont point éle- vés, » Ps. cxxx, 1. Or, toute humilité consiste, non point dans les paroles, mais dans les senti¬ ments de l’âme, notre conscience seule doit savoir que nous sommes humbles et nous ne devons jamais nous arrêter a cette pensée que nous savons, ou que nous comprenons, ou* que nous sommes quelque chose. La douceur est cette vertu qui n’est troublée par aucune pas¬ sion, et qui en particulier ne se laisse vaincre ni par la colère, ni par la fureur. Celui qui pos¬ sède cette vertu, obtiendra la béatitude promise par le Seigneur, il possédera la terre, c’est-à- dire, commandera à son corps et aura l’empire sur lui, et son premier héritage, sera de ne point vivre d’une manière charnelle quoi- qu’étant dans la chair. Il en est qui , avec un front plissé, des sourcils abaissés, et un langage composé s’arrogent l’autorité de docteurs et de juges ; non qu’ils reconnaissent rien en eux qui motive cet orgueil, mais parce qu’ils voient leurs frères plus simples ignorer certaines choses qu’ils s’imaginent savoir. « Vous supportant mutuellement avec cha¬ rité. Si quelqu’un comprend le sens de ces. paroles : « Vous supportant mutuellement en charité, » il doit croire que cette recommanda¬ tion est faite non pour les saints, mais pour ceux qui sont encore aux éléments des vertus. Les saints en effet n’ont rien entre eux qui mine, non est exaltatum coi* meum, neque elati sunt oculi mei » Ps. cxxx, 1. Omnis autem humilitas, noix, tam in sennone, quam in mente est, ut. humiles non esse conscientia, noverit, numquam nos vel scire, vel intelligere, vel esse aliquid sestimemus. Mansuetudo quoque ilia . est, qüae nulla passione turbatux*; et specialitôr ira et furore non rumpitur. Quam qui habuerit, beatitudinem, quæ Domini voce promissa est, consequetur; ut possideat terrain,. id est, imperet cor- pori suo, domineturque subjecto; et hæc sit ej us .prima hæreditas, in çarne non carnaliter vivere.'Nonnullisru- gata front e, demisso supercilio, ver bisque trutinatis., auctoritatem sibi doctorum, et judicium vindicant. Non quo ipsi dignum aliquid arrogantia noverint; sed quo simplices qucsque fratrum, sui quædam. videant compa- ratione nescire. « Sufferentes invicem in charitate. » Si quis intelligit quid sit, « sufferentes invicem in cbaritate, non puta- bit in sanctos viros . hoc convenire mandatum ; verumin eos qui sunt in virtutum initiis consti- tuti. Sarxcti quippe non.habebunt [Al. habent] quod 439 COMMENTAIRES SUR L’ÈPITRE. A.UX ÉPHÉSIENS puisse être matière au support, mais bien ceux qui comme des hommes sont encore dominés par les passions. Il n’est pas étonnant que les Éphésiens reçoivent cet avertissement, car dans la multitudo des croyants, il y en avait quelques- uns qui avaient besoin do pratiquer ce support mutuel. C’est dans le même sens qu’il faut entendre la recommandation que saint Paul fait aux Galates, : « Portez les fardeaux J es uns des autres, » Gai. vi, 2. Nous pouvons donner une autre explication de ce double témoignage en disant que porter les fardeaux les uns des autres, ou de se supporter mutuellement avec charité, se trouve accompli par ceux qui sont riches et qui soulagent l’indigence des pauvres. Si un chrétien donne ses soins à son frère qui est malade, il le supporte dans la charité. Qu’un homme menant une vie heureuse dans le célibat, vienne en aide à un autre qui a femme pt enfants et peut à peine subvenir à sa subsis¬ tance, qu’il lui donne toutes les consolations possibles, il sera loué de porter lo fardeau des autres, il en est qui sont condamnés à voir une mère, une sœur veuve, dépérir dans l’indi¬ gence, sans pouvoir les secourir; si quelqu’un lui ouvre la . main, il l’a supporté dans la cha¬ rité. Du reste, qu’on adopte le premier sens ou le second, il restera toujours vrai que ne pas consoler son frère qui pèche ou qui est dans le besoin, c’est n'avoir point la charité, et mépriser inter .se invicem sufferant; sed hi qui quasi homi- nes aliqua adhuc passione superantur . Nec inirum si Ephesi hæc audiant, cum in multitudine credentium sint aliqui qui adhuc invicem sufferro se debeant. Hoc ipsum mihi videtur significare et illud quod ad Galatas scribitur : « Àlteru- trum onera vestra portate » Galat . vi, 2. Possumus ergo utrumque testimonium et aliter interprelari, ut vel alterutrum onera portare, vel sufferre invicem in charitate, et eos complere dicamus, qui divites sunt, et inopiam pauperum sublevant. Si quis segrotanti fra- tri præbet obseqüium, suffert eum in charitate. Si quis in cœlibatu beatam transigeas vitam, alium qui et iixorem liabet et liberos, et sëipsum vix potest pascere, adjuverit, et utcumque potest, fuerit consolatus, alienum omis portasse laudabitur. Est qui matrem vel sororem viduam cernons egestate, tabescere, non potest adjuvare ; huio .si quis porrcxerit manum, sustinnit eum in charitate. Sive autem; superiorem sensum, sive posteriorem sequa- mur; nec peccantem fratrem, nec inôpem- consolatur, qui non habet charitatem,. et contemnit verba Apostoli cet avertissement de l’Apôtre : « Nous devons nous qui sommes plus forts, supporter les fai¬ blesses des infirmes, et ne pas nous complaire en nous-mêmes, Rom. xv, 1. « Travaillant avec soin à conserver l’unité d’esprit par le lien dé la paix. Soyez un seul corps et un . seul esprit comme vous avez été appelés à une seule espérance dans votre voca;- tion. » Les Éphésiens avaient déjà cette unité de l’Esprit-Saint, c’est donc avec raison que saint Paul leur dit : « Appliquez-vous à conserver l’imité d’esprit dans le lien de la paix. » Celui en effet, qui possède quelque chose, oli peut lui recommander de le garder avec soin. Mais s’il n’a rien, on lui commande de consacrer tous ses efforts pour acquérir ce qu’il n’a pas. Ce texte est surtout contre les hérétiques, qui après avoir rompu et brisé le lien de la paix, préten¬ dent conserver encore l’unité d’esprit, puisque l’imité de l’esprit no se conserve que par le lien do la paix. Quand, en effet, nous tenons tous un langage différent, que l’un dit : « Je suis à Paul, l’autre je suis à Apollon, à Cëphas, » I Cor. i, 12, nous divisons l’unité de l’esprit nous la déchirons et la mettons en pièces. Et qu’on ne se hâte pas de me dire : Comment admettre dos grâces diverses, et des dons diffé¬ rents, avec l’obligation de gardor l’unité de l’es¬ prit? Il y à en effet des grâces diverses, mais dans le même! esprit; il y a des ministères divers, commonentis : « Debemus autem nos, qui fortiores sumus, infirmitates imbecilliorum portare,. et non nobi&- metipsis placere.» Rom. xv, 1. « Solliciti servare unitatem spiritus in vinculo pacis. Unum corpus, et unus spiritus, sicut et vocati estis in una spe vocationis vestræ. « Ephesiis qui jam nnitatem Spiritus sancti fuerant consecuti, recte dicitur: « solli- citi servare unitatem spiritus in vinculo pacis. ».Qui enim quid habet, servandi illi sollicitudo præcipitur. Qui autem non habet, studium illi ut .habere valeat, impe- ratur. Hic locus vel maxime adversum hæreticos facit, qui, pacis vinculo dissipato atque corrupto putant se tenere spiritus unitatem ; - cum imitas spiritus in pacis vinculo conservetur. Quando enim non idipsum omnes loquimur, et abus dicit : « Ego'sum Pauli, ego Àpollo, ego Gephœ » I Cor. i, 12, dividimus spiritus unitatem, et eain in partes ac membra discerpinms. Nec statim aliquis illud. opponat : Quomodo ergo diversæ sunt gratke, et varia charisma ta, cum imitas enstodienda sit spiritus? Sunt quidem variœ donationes, sed in eodem spiritu; et diversa ministeria, sed idem, Dominus; e^ SAINT JÉROME 440 mais c’est le même Seigneur, il y a des opéra¬ tions différentes, mais c’est le même Dieu qui opère toüt en tous. I Cor. xii, 4 et suiv. Quant à ce qui dit l’Apôtre : « Un seul corps, un seul esprit » il faut l’entendre du seul corps de Jésus- Christ qui est l’Église, ou du corps qu’il a daigné prendre dans le sein d’une Vierge; gardons-nous en effet de croire qu’il a pris un corps toutes les fois qu’il a apparu dans l’ancien Testament. Il n’y a aussi qu’un Esprit-Saint, un seul qui répand ses dons, et sanctifie tous les hommes. Gn pourrait encore entendre ce seul corps de la vie et des œuvres que les grecs appellent 7rpaxTtxVjç 6to nus loquitur : « Baptisma habeo baptizari » Luc . xn, 50; et alibi : « Baptismate meo baptizabimini » Marc, x, 39. Diversitas autem præpositionum in quibus dicitur : « Unus Deus, et Pater omnium, qui super omnes, et per omnes, et in omnibus, » diversam intelligentiam sapit. Super omnes enim est Deus Pater, quia auctor est om¬ nium. Per omnes Filius, quia cuncta transcurrit, vadit- que per omnia. In omnibus Spiritus sarwtus, quia nihil absque eo est. Nec vero putandum, unum Deum, et Patrem omnium esse communiter, ut scilicet ad ir- rationabilia jumenta, nomen Patris possit aptari ; sed quomodo si in decem liominibus, quinque filiis, et quinque servis, pariter diceremus.; horum decem, unus est dominas, et unus est pater; non utique omnium patrem, nec dominum omnium vocaremus; sic et ih eo quod ait ï « Unus Deus et Pater omnium, » oJiorum Seigneur de tous, "ainsi, lorsque L’Apôtre dit : « Il y a un seul Dieu et Père de tous, » il faut entendre qu’il est le Dieu des uns et le Père- des autres. Telle est la doctrine de Zénon et des Stoïciens sur les créatures et sur Dieu. Virgile a suivi cette doctrine lorsqu’il a dit : «/que Dieu se répand par toutes les terres et tous les les espaces delà mer, etc., » et encore : « Dès l’origine, un esprit nourrit et entretient le ciel, la terre, les plaines humides de la mer, le globe lumineux de la lune et l’astre brillant du soleil ; une âme répandue dans toutes les parties de la création met en mouvement toute cette masse et s’unit à ce grand corps, » Eneid. vu Quel¬ ques-uns pensent qu’il faut rapporter ces paroles : « Au-dessus de tous, au milieu de toutes choses, et dans tous, » au. Père, au Fils, au Saint-Esprit, en ce sens : que le. Père est au- dessus de tous, parce qu’il est l’auteur de tous ; que le Fils est au milieu de toutes choses, parce que tout a ôté créé par lui; et que l’Esprit- Saint est dans tous, parce qu’il est donné à ceux qui croient, et que nous sommes le temple de l’Esprit-Saint, et que le Père et le Fils habitent en nous. « Or, à chacun de nous a été donnée la grâce, selon la mesure du don de Jésus-Christ. » Bien que Dieu le Père soit au-dessus de tous, au milieu de tous et dans tous, cependant la grâce est donnée selon la mesure à ceux qui Pater, aliorum Deus accipiendum est. Taie quid de crealuris, et de Deo etiam Zeuo cum suis Stoicis sus- picatur. Quem secutus Virgilius ait ( Æneid . vi) : Deum namque ire per omnes Torrasque tractusque maris, etc.; et : Principio ccelum ac terras, composque Hquentes, , Luceulemque globurn lunce, Titoniaque aslra, Spiritus inius alit, totamque infusa per artus Riens agitai molom, et magno se corpore miscet. Quidam hoc quod est scripturu : « Super omnes, et per omnes, et in omnibus, » ad Patrem, et Filium, et Spiri- tum sanctum sic æstimant esse referendum, « ut super omnia » Pater sit, quia auctor est omnium' : « per omnes, » Filius, quia per Filium créa ta sunt omnia : « in omnibus, » Spiritus sanctus, ipse enim credentibus datur, et templum su mus Spiritus sancti : et Pater et Filius habitant in nobis. « Unicuîque autem nostrum data est gratin secundum mensuram donationis Christi. » Licet Deus Pater super COMMENTAIRES' SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉS1ENS 443 croient. Cela ne veut pas dire que Dieu donne sa grâce et, son esprit avec inesure, (car sa magnificence n’a -point de bornes,) mais qu’il verse cette liqueur précieuse selon la capacité des vases, en accordant autant de grâces que peut en recevoir celui qui est l’objet de ses faveurs. Car encore une fois, Dieu ne peut donner l’esprit avec 'mesure, et ne l’on ne peut admettre de mesure dans co qui est également répandu partout. Pour rendre cette vérité plus claire, prenons un exemple imparfait sans doute, qui ne remplit point toute l’étendue de la comparaison, mais qui fera cependant mieux comprendre ce que nouS\ disons. La .mer est immense, c’est un fait certain, et sa capacité est connue de Dieu seul. Or, si quelqu'un vou¬ lait en distribuer à un grand nombre d’hommes autant qu’ils en peuvent goûter, il serait néces¬ saire qu’il en donnât à chacun avec mesure, et qu’il établit une mesure dans les parties de la mer dont le fond est incommensurable. Ainsi l’Esprit-Saint est immense, il n’est renfermé par aucune limite,, cepondant il est donné à chacun selon ce qui lui est convenable. Et il faut remarquer en même temps que cette même grâce qui nous est accordée, nous est donnée selon la mesure du don de Jésus-Christ. « C’est pourquoi l’Écriture dit : -Montant au ciel, il a conduit une captivité captive, et il a omnia si tt et per omnes,* et in omnibus; tamen gratia juxta mensuram credentibus datur. Non quod ad men- suram spiritum, et gratiam tribuat Deùs (magnificentiæ enim ejus non est finis), sed quod juxta mensuram vasculorum, infundat liquorem, tantum muneris lar- giens, quantum potest ille oui donatur, accipere. Nec enim ad mensuram dat Deus spiritum; aut potest habere mensuram, quod æqualiter u bique diffusum est. Quod ut manifestais fiat, imperfectum licet et non im- plens similitudinem, tamen per quod possit intelligi quod dicitur sumamus exemplum. Mare certe immensum est, et capacitas ejus Deo soli nota; ex hoc si quis velit multis hominibus secundum id quod gestare quount, tradere, necesse est ut ad mensuram unicuique tribuat, et partes ejus mensuram recipiant, cujus solidum iin- mensurabile est. Ita et Spi.ritus sanctus imxnensus qui- dem est et, nullo fine concluditur ; tamen unicuique datur secundum quod expedit.. Et simul notandum, quod hæc eadem gratia, quœ nunc al tribu ta perhibetur, secundum mensuram donationis Christi data sit nobis, « Propter quod dicit : Ascendens in altum, captivam.. donné des dons aux hommes. » Saint Paul venait de dire : « A chacun de nous a été donnée la grâce, selon la mesure du don de Jésus- Christ, » pour confirmer que ces dons, dont il fait peu après rémunération, en disant : « C’est lui qui a fait les uns apôtres, les autres prophètes, d’autres évangélistes, d’autres pas- ' teurs et docteurs, etc., » ont Jésus-Christ pour auteur, il emprunte un témoignage du psaume soixante-septième, afin de nous apprendre que ce sont là les dépouilles que le Christ victorieux de ses ennemis a distribuées aux hommes. En effet, en montant au ciel, il a emmené captive la captivité. Nous, qui avons été rassemblés des Gentils et qui croyons en Jésus-Christ, lorsque nous étions les créatures de Dieu, nous avons été faits captifs par le démon, et partagés entre ses satellites. Notre-Seigneur Jésus-Christ est donc venu, comme le dit le prophète Ézéchiel, chap . ix et xn, transportant avec lui les ins¬ truments de la captivité, et la tête couverte, pour ne pas être reconnu par ses ennemis, il a prêché à ceux qui étaient captifs le . pardon, à ceux qui étaient dans les fers la délivrance et nous a délivrés des chaînes et des liens qui nous retenaient captifs, comme cette femme de l’Évangile dont lo Sauveur lui-même dit : « Et ne fallait-il pas délivrer de son esclavage au jour du sabbat cette fille -d* Abraham dont Satan duxit captivitatem, cleclit dona in hominibus. » Quia supra dixerat : « Unicuique autem nostrum data est gratia secundum mensuram donationis Christi, » ut confirmaret hæc ipsa dona, quso post paululum quoque enumerat, dicens ; « Et ipse dédit quosdam quidem apostolos, quosdam autem prophetas, alios evangelistas, alios pastores et magistros* » et reliqua, a Salvatore esse donata, testimonium de sexagesimo septimo psalmo assumpsit, ut sciainus illas esse manubias hominibus distri bu tas, quas Christus victor emeruit. Ascendens quippo in altum, captivam duxit captivitatem. Nos qui nunc in Christo credimus de gentibns congregati, cum essemus crealura Dei, a diabolo capti sumus, et ejus satellitibus distribué. Venit igitur Dominus noster . Jésus Christus secundum 1 Ezechielem Cap. ix et xn, vasa secum captivitatis apportans, et operto capite, ne ab adversariis cognosceretur, prædicavit his qui cdpti erant remissionem, et qui tenebantnr in Yinculis, solutionem, et nos de catenis hostium, et de compedibus hberavit, sicut illam in Evangelio mulierem, de qua ipse commé¬ morât : « Hanc autem filiam Abraham, quam ligavit SatanaS jam decem et ooto annisv.non ôportuit solvi de 4 44 SAINT JEROME s’était emparé il y a dix-huit ans? » Luc xnr, 16. Et après nous avoir délivrés et tirés de l’ancienne captivité par une captivité nouvelle, 11 nous a conduits avec lui dans le ciel et il a distribué des dons et des grâces diverses à ceux qu’il avait arrachés des mains des ennemis. L’expression dont il se sert ici : « Il a donné des dons aux hommes, » est pleine de justesse, alors cependant que nous lisons dans le Psaume, « 11 a reçu des dons pour les hommes, » Ps. lxvii, 19. Gomme dans ce temps ce n’était pas un fait accompli, mais une simple promesse, le Psalmiste dit « qu’il avait reçu. » Ici, au contraire, lorsque l’Apôtre écrit cette lettre, le Sauveur avait déjà donné ses dons, les Églises étaient fondées dans tout l’univers, il a pu donc dire : non pas que le Sauveur avait reçu, mais qu’il avait donné. Il en est d’autres qui expliquent ce passage dans ce sens, que Notre- Seigneur Jésus-Christ est monté vainqueur dans le ciel, pour envoyer les anges et les autres vertus des cieux à la garde des Églises. Et comme ce séjour terrestre est indigne de jouir de la présence de ces puissances sublimes, elles sont en quelque sorte comme captives ici-bas. C’est pour cela, disent-ils, qu’il est monté dans les cieux, afin que, faisant la captivité captive, il répandît ses dons sur les hommes. Or, l’Apôtre insiste sur cette vérité, comme conséquence de ce qu’il avait dit plus haut : Vous supportant vinculo hoc in die sabbati » Luc xm, 16? Liberatosque nos, et per novam captivitatem de captivitate veteri erutos, secum duxit in cœlum ; et his ipsis quos de inimicorum manu victor eripuit, diversa gratiarum dona largitus est. Et eleganter hic posait, « dédit dona in hominibus, » cum in Psaltevio scriptum sit : « accepit dona in hominibus » Psal. lxvii, 19. Verum ibi, quia necdum factum erat, sed futur uni promittebatur, prop- terea dicitur, « accepisse. » Hic vero cum Apostolus scribit, qua jam dederat, et in universo orbe Ecclesiæ f'undatse erant; idcirco non « accepisse » scribitur, sed « dédisse. » Alii hune locum ita edisserunt, quod ob id Dominus noster Jésus Ghristus ad cœlos victor ascen- derit, ut inde angelos cæterasque virtutes ad custodiam Ecclesiarum suarum mitteret. Et dum indignus sit locus iste terrenus, soblimium potestatum habere prœsentiam, quodammodo illæ sustinuerint captivitatem. Ideo enim (inquiunO ascendit in altum, utcaptivans captivitatem, dona noininibus largiretur. Hoc autem totum ideo Apostolus replicat, ut quia superius dixerat : « Suffe- rentes invicem in charitate, solliciti servare unitatem mutuellement en charité, travaillant avec soin à conserver l’unité, l’esprit par le lien de la paix, pour nous apprendre que x dans ces dons divers, l’Église reste toujours unie, et que cette diversité de grâces qui est accordée à chacun, selon la mesufe du don de Jésus-Christ, ne doit pas devenir une occasion de schismes et de dissensions; que malgré cette différence dans les dons, nous sommes tous appelés à ne former qu’un corps et qu’un esprit, c’est-à-dire, que de même qu’il n’y a qu’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême et un seul Dieu le Père, ainsi nous devons vivre dans la charité en con¬ servant l’unité de l’esprit par le lien de la paix. Mais qu’est-ce : « Il est monté, sinon, qu’il est descendu auparavant dans les parties inférieu¬ res de la terre? » Celui dont il est dit qu’il est monté, n’est monté que parce, qu’il était d’abord descendu. C’est le sens de ces paroles : « Qu’est- ce qu’il est monté, sinon qu’il est descendu aupa¬ ravant? »I1 nous faut donc rechercher à l’occa¬ sion de cet autre témoignage : « Nul ne monte au ciel, si ce n’est celui qui descend du ciel, le Fils, de l’homme, » Jean, m, 13, comment il monte au ciel après en être d’abord descendu. Car lorsque le Sauveur s’exprimait de la sorte, il prouvait qu’après être descendu des cieux, il devait un jour y remonter. Il nous faut égale¬ ment examiner comment il faut entendre qu'il est descendu et qu’il est monté; est-ce par spiritus in vinculo pacis, » doceret in diversis charis- raatibus Ecelesiam esse concordem, et non statim sebis- matum et dissensionum occasionem dari, quia secundum mensuram donationis Ghristi unusquisquô nostrum ac- cepisset dona ; non eadem, sed in unum corpus, et in unum spiritum omnes vocatos esse, id est, ut sicut unus Dominus est, et una fides, et unum baptisma, et unus Deus Pater ; ita et nos in charitate idipsum simus, in pacis vinculo servantes spiritus unitatem, « Quod autem ascendit, quid est, nisi quia et descendit in inferiora terne? » Qui ascendisse nunc dicitur, prop- terea ascendit, quia ante descendent. Hoc enim sonat f « Qnod autem ascendit, quid est, nisi quia et descendit. » Requirendum itaque super eo quod alibi scriptum est : « Nemo ascendit in ccelum, nisi qui de cœlo descendit, Filius hominis » Jocm. m, 13, quomodo ascenderit ante descendens? Quando enim hæc loquebatur, post cles- censionem e cœlis, se quondam ad cœlos nscendisse monstrabat. Necnon et illud pariter retrac tandum, quomodo ipsa descensio et ascensio sentienda sit. Utrum- nam secundum corpus localiter, an supra corpus spi- COMMENTAIRES SUR L’ÉPÏTRE AUX ÉPI-IÉS1ËNS exemple, corporellement, ou d’une manière incorporelle et spirituelle, ou sous l’un et l’autre rapport ? Puis les parties inférieures de la terre désignent l’enfer,, c’est-à-dire les limbes ou Notre-Seigneur et Sauveur est descendu pour emmener victorieusement au ciel les âmes des saints qui s’y trouvaient détenus. Voila pour¬ quoi, après sa résurrection un grand nombre de corps des justes apparurent dans la sainte cité Matth. xxvn. Que Penfer soit dans les par¬ ties inférieures de la terre, c’est ce que le Psal- miste atteste lorsqu’il dit : « La terre s’entrou¬ vrit et engloutit Dathan, et elle se referma sur les. révoltés d’Abiron, » Ps. cv, 17. Ce fait se ' trouve expliqué plus au long dans le livre des Nombres, xvi. Nous lisons encore dans un autre endroit : « Que la mort vienne sur eux, et qu’ils descendent tout vivants dans Penfer, » Ps. civ, 16. « Celui qui est descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin qu’il remplit toutes choses. » Est-ce à dire que tra¬ versant corporellement tous les cieux, toutes les hauteurs des cieux, les cercles célestes auxquels les philosophes donnent le nom de sphère, et s’élevant au-dessus, il s’est tenu au plus haut, et pour me servir du mot propre au centre de la voûte des cieux? Ou bien suivant une autre interprétation que je préfère, doit-on entendre que méprisant toutes les choses corpo¬ relles et concentrant tous ses regards sur les ritualiter, vel certe utroque. modo. Inferiora autem terræ, infernus apcipitur ad quem Dominus noster Sal- vatorque descendit ut sanctorum animas, qiue ibi tene- bantur inclusse, secum ad cœlos victor abdueeret. Unde et post resurrectionem ejus, plurima corpora jastorum in sancta civitate visa sunt Matth. xxvii. Quud autem infernus in inferiori parte terræ sit, et Psalmista testa- tur dicens : « Aperta est terra, et devoravit Dathan, et opeihut super congregationem Abiron » Ps. 105, 17. Et ipsum in Numerorum libro Gap . 16 plenius explicatur. Alio quoque Ioco légimus : « Veniat mors super eos, et descendant in infer num vi ventes » Ps. liv. 16. « Qui descendit, ipse est qui ascendit supra omnes cœlos, ut impleret omnia. » Numquid corporaliter omnes cœlos, et universas sublimitates, et cœlorum circulos, quos philosophi sphæras vocant, transiens atque trans¬ cendons, stetit in summo cœli fornice, et ut ipso verbo utar, apside? An cerfe omnia corporalia contemnens atque despiciens, et eeterna oonteinp]ans, super cœlos, id est, super uivisibilia stetisse credendus est? quod ego 445 choses éternelles, il’ s’est tenu au-déssus des cieux, c’est-à-dire au-dessus des choses visi¬ bles. Le Fils de Dieu est donc descendu dans, les parties intérieures de la terre, et il est monté au-dessus de tous les cieux, non seulement pour accomplir la loi et les prophètes, mais d’autres économies secrètes que lui seul connaissait avec son Père. Ainsi nous ne pouvons savoir comment le sang de Jésus-Christ a été utile aux anges et à ceux qui étaient dans l’enfer, et cependant nous ne pouvons ignorer qu’il n’ait été dune grande utilité. Il est donc descendu dans les enfers et il est monté aux cieux, pour remplir ceux qui étaient dans ces régions selon qu’ils étaient capables de le recevoir. Une conclusion à tirer de ces paroles, c’est qu’avant que le Christ descendît des cjeux et y remontât, toutes choses étaient vides et avaient besoin qu’il les remplît. Ce passage condamne surtout Ebion et Photin. Car si celui qui monte aux cieux est le même qui en était d’abord descendu, comment dire que Notre-Seigneur Jésus-Christ n’a point préexisté à Marie, mais que son exis¬ tence est postérieure à celle de Marie ? Il con¬ damne également *■ ceux qui par une erreur insensée imaginent deux fils, le Fils de Dieu et le Fils de l’homme. L’Apôtre dit ici dans les termes les plus clairs, que celui qui monte est le même qui est descendu. Et en parlant de la sorte, nous1 ne donnons lieu en aucune façon ‘à une autre hérésie qui divise l’économie de melius puto. Descendit ergo in inferiora terræ, et as¬ cendit super omnes cœlos Filius Dei, ut non tantum legem prophetasque compleret; sed et alias quasdam occultas dispensationes, quas solus ipse novit cum Pâtre. Neque enim scire possumus, quomodo et angelis, et his qui in in fer no erant, sanguis Ghristi profuerit, et tamen quin profuerit nescire non possumus. Descendit quoque ad inferos, et ascendit ad cœlos, ut impleret eos qui in illis regionibus erant, secundum id quod se capere poterant. Ex quo sciendum, quod antequam Ghristus descenderet et ascenderet, vacua fuerint omnia, et ple- nitudine illius indiguerint. Hic locus adversum Ebionem, et Photinum, vel maxime facit. Si enim ipse est ascen- dens in cœlos, qui de cœlis ante descenderat, quomodo Dominus nosler Jésus Christus non ante Mariam est, sed post Mariam? Necnon et contra eos, qui duos filios insano errore confingunt ; Filium videlicet ‘ Dei, et tilium hominis. Ecce hic apertissime dicitur, quod ipse sit ascendens atque descendens. Neostatim ista dicentes, locum altoi-i Jaæresi damue, qu evertere nitebantur, men îlli » Zach. vq 12. Et Joannes Baptista comme- videbat non facile posse superari, et omni calliditate morat Joan. q 30 : « Post me venit [Al. veniet] vir plenas, dialecticæ quoque, immo diaboli art© contextas, qui ante me factus est, quoniam ante me erat), tune sperabat Dei auxilium, ut omnem deliberationem de in occursu unius fidei, et unius agnitionis Filii Dei, Tom. x. v 450 SAINT JÉROME même foi et , d’une môme connaissance, tout le corps qui était auparavant séparé et divisé en plusieurs parties, sera ramené t\ son assemblage naturel et à l’union de ses membres. C’est ainsi que par une seule et même fonction, par une seule opération, par la perfection consommée d’un seul âge, le corps tout entier croîtra d’une manière égale, et quêtons les membres recevront leur accroissement, chacun selon leur mesure. Or, cet accroissement par lequel le corps de l’Église s’augmente dans ses parties, recevra son complément de la charité mutuelle des membres entre eux. Jugeons ici de toutes les créatures raisonnables par l’exemple d’un seul être animé, doué de raison, et tout ce que nous dirons des membres et des parties de son corps, sachons le rapporter à chaque créature raison¬ nable. Supposons que les membres, les veines, les chairs de cet être animé soient tellement déchirés que les os ne tiennent plus aux os, que les nerfs soient disjoints des nerfs, que les yeux soient jetés d’un côté, les narines d’un autre, que les mains soient dans un autre endroit, que les pieds soient étendus plus loin, et que les autres membres soient séparés et divisés de la même manière. Supposez maintenant qu’il arrive un médecin si savant que, selon la mythologie païenne, il puisse imiter Esculape, quem nunc pro varietate mentium, non una nec eadera fide et agnitione cognoscimus, totum corpus, quod prius dissipatum fuerat, et in diversa laceratum, in suam compagem juncturamque redigetur ; ita ut una subministratio eademque operatio, et unius ætatis con- suminata perfectio, totum crescero facial corpus æqua- liter, et oinnia merabra juxta mensurain suam incre- mentuin ætatis accipiant. Hæc autem tota ædificatio, per quam Ecelesiæ per partes corpus augelur, mutua in se charitate complebitur. Totas rationabiles creaturas sub unius rationabilis animalis mtelligamus exemple, et quodeumque de hujus membris dixerimus et partibus, hoc sciamus esse referendum ad unamquamque rationa- bilem creaturam. Putemus hoc animal ita per artus, ve- nas, carnesque laceratum, ut nec os ossi liæreat, nec nervus jungatur ad nervum; separatim oculi jaceant, seorsum nares, manus alium locum teneant, aliu projecti siiit pedes, et veliqua niembra in hune modum inter se dispersa sint, et divisa. Finge aliquem venire tanlæ et ressusciter Virbius avec une nouvelle figure et un nouveau nom; il lui faudra replacer chaque membre en son lieu propre, rattacher les jointures aux jointures, et de toutes les parties ainsi reliées ensemble, ne faire qu’uu seul corps. Nous avons jusqu’ici développé le terme d’une seule comparaison, apportons maintenant un autre exemple similaire pour mieux faire comprendre ce que nous voulons. Voici un enfant qui croît, et qui, par le travail secret des années, arrive h l’âge parfait; ses mains s’allongent, ses pieds s’accroissent, le. ventre s’arrondit sans que nous le remarquions, les épaules s’élargissent, sans que nos yeux s’en aperçoivent; tous les membres croissent ainsi par tellement selon la mesure proportionnée à cha¬ cun d’eux, mais de telle sorte que cet accroisse¬ ment paraît se faire non pour chacun d’eux en par¬ ticulier, mais pour le corps tout entier. Ainsi, lors du rétablissement de toutes choses, quand le vrai médecin, Jésus-Christ, viendra guérir le corps de l’Église tout entière, maintenant dispersé et déchiré, chacun selon la mesure de sa foi et de la connaissance du Fils de Dieu, (saint Paul emploie le mot a gnoscere, reconnaître , parce que l’oubli avait succédé à une première con¬ naissance,) reprendra sa place, et commencera d’être ce qu’il avait été. Gardons-nous de scientiæ medicum, qui juxta fabulas ethnicorum, Æscu- lapium possit imitari, et in novam figurant novumque no- men, Virbium suscitare ; hic necesse habebit unumquod- que inembrum suo loco restitueve, et compagem copulare compagi, et quodam giutino partibus restitutis, unum corpus eflicere. Hue usque nobis una simili tudo proces- serit; aune in eamdein similitudinem ad id quod intelligi volumus, aliud trahatur exempluin. Parvulus crescat, et occulto ævo, in perfectam adolescat setateni; suum manus augmentum liabebit, sua pedes sentient incre- menta; venter dum nescimus, impletirr; humeri, dum fulluntur oculi,. dilatantur; et omnia membra per partes juxta mensuram suam sic crescunt ut tamen non sibi, sedeorpori videantur augeri. Ita (il) igitur et in restitu- tione omnium, quando corpus totius Ëcclesise nunc di- spersum atque laceratum, verus medicus Christus Jesua sanatvirus adveuerit, unusquisque secundum mensuram fidei, et agnitionis Filii Dei (quem ideo agnoscere dici- tur, quia prius noverat, et postea nosse desivit) suum (1) Non suo liic se loqui sonsu, sed ex Adamoniii persona, Hieronymus significat in Apologies lib. i., num. 26, ubi do hoc Pauli loco . Ln- tissimam, inquit, Origenis expositionem et eosdem sensus per diyorsa verba volvornem brevi sermons coristrinximus, nihil examplis, et as. sertionibiis illtus auferontes, Cumqùo pervenissemus ad linem, hœo subjeoimus : Igitur et in vesiiuuionom omnium, elo. Ed. Mig< 451 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS croire cependant, d’après une antre hérésiç, que tous^soient ramenés au même âge, c’est-à-dire que tous soient transformés en autant d’esprits angé¬ liques, que chaque membre reçoive une perfec¬ tion proportionnée à sa mesure et à son office ; par exemple, .que l’ange fugitif revienne à l’état dans lequel il a été créé, et que l’homme qui avait ôté chassé du. paradis, soit replacé de nouveau dans ce paradis pour le cultiver. Or, toutes ces choses s’accompliront dans l’union produite par la charité entre tous les membres, et tandis que chaque membre se réjouit et s’applaudit du bonheur et de l’élévation d’un autre -membre, l’Église des premiers-nés habi¬ tera dans la céleste Jérusalem, que saint Paul appelle dans un autre endroit, la mère des saints, GaL iv. Ces vérités, (comme je l’ai dit plus haut), sont pour nous plus obscures, parce qu’elles sont exprimées métaphoriquement dans le texte grec. : Or, toute métaphore traduite littéralement d’une, langue dans une autre, étouffe comme par autant de ronces, le sens et les1 germes du discours. « Je vous le dis donc, et je vous conjure par le Seigneur, de ne plus marcher comme les Gentils, qui marchent dans la vuiiité de leurs pensées, qui recipiet locum, et incipietid esse quod fuerat. Ita tamen ut non juxta (1) aliam hæresim, omnes in una ætate sint positi, id est , omnes in angelos retormentur; sed unum- quodque membrum juxta mensuram et officium suum perfectum sit; verbi gratia, ut angélus- refuga id esse incipiat quod creatus est; et homo, qui de paradiso fuefat ejectus, ad culturam iterum paradisi restituatur. Ista autem univérsa sic lient, ut invicem inter se chari- tate jungantur ; et dum congaudet membrum membro, et in alteriüs provectione iætatur, Ghristi corpus, Ec- clesià primitivorum habitet in cœlesti Jérusalem, quam in aiio loco Apostolus mat rem sanctorum vocal Galat. iv. Idcirco (ut supra diximus) hæc apud nos obscuriora sunt, quia jxsTacpoptxtoç dicuntur in Græco. Et omr>is metaphora, si de alia in aliam linguam transferatur ad verbum, quibusdam quasi sentibus, orationis sensus et ger mina su ffocan tur . « Hoc ergo dico, et contestor in Domino, ut non amplius ainbuletis, sicnt et gentes ambulant in vanitate sensus ^ui, obscurati mente, abalienatia via Dei propter ont l’intelligence obscurcie de ténèbres, entière¬ ment éloignés de la vie de Dieu, par l’ignorance qui est en eux, à cause de l’aveuglement de leur cœur; qui, ayant perdu tout espoir, se sont livrés à l’impudicité, à toutes sortes de dissolutions, à l’avarice. » Je vous ledis,.:ô. Éphésiens, et je vous en conjure, puisque vous 'devez vous rencontrer dans la mesure de l’âge de la plénitude du Christ, ne marchez point comme marchent les Gentils qui, adorant les idoles,: font un abus coupable de leur esprit et de leur cœur. Ils ont reçu l’âme et l’intelligence pour connaître Dieu, et ils se sont détournés de la voie de Dieu, (et nous n’en con- , naissons point d’autre hors de Jésus-Christ,) et ils marchent dans l’aveuglement de leur cœur. Et plût à Dieu qu’il leur suffît d’avoir péché, qu’ils pussent faire pénitence, .même tar¬ divement,. et condamner les vices qui ont fait, l’objet de leurs ardents et continuels désirs. Mais, maintenant, s’abandonnant au désespoir, et à l’exemple des animaux sans raison, se plongeant dans la fange et l’abîme du mal, ils se sont livrés à l’impudicité et à la dissolution, obéissant à tous les instincts vicieux du corps, à tous les désirs du cœur, à toutes les sugges¬ tions de la volupté. Et en s’abandonnant ainsi ignorantiam, quæ est in illis, propter cæcitatem cordis eorum. Qui desperantes, semetipsos tradiderunt impu- dicitiæ in operatione iuununditiæ omnis in avaritia. » Hoc ergo, ait, dico vobis, o Ephesii, vosque contestor, ut qnia occnrsuri estis in mensuram ætatis plenitudinis Christi, non ambuletis sicut ambulant gentes, quæ ido- lis servientes, et sensu et mente abutuntur in prava. Quæ cum ideo acceperint arîimam et intellectum, ut cognoscerent Deum, abalienati sunt a via ejus (quam aliam absque Ghrislo non novimus) et in sui cordis am- > bulant cæcitate. Àtque utinam peccassc sufficeret, et vel sero agerent pcenitudinem, damnârentque vitia in quibus jugiter inhiarunt, esset remedium resipiscere pôst errorem. Nun.; vero desperantes se, et in ritum irrationabilium besbarum, cœno voraginique mergentes, tradiderunt impudicitiæ atque luxuriæ, opérantes quid- quid corpus voluit, mens desideravit,' libido suggessit. Et cum nibii omnino prætermiserint quod immunduin sit, hoc totum fecere in avaritia, dum numquam luxu- riando satiantur, nec eorum terminum habet voluptas. (D Hoc salis abunde erat ad purgandam in Hieronymo Origenismi suspicionem, quod hœc omnia ei bæreticorum profecta ingenio pro- nuntiot. lia enimvero ipse reponit Rufino : Quando dico : lia lamen, ut non juxla aliam hæresim omnes in una relaie sint positi, oslendo et ea, de quibus dispulo, esse hæretiça.et ab alia îiæresi dîsbrepare. Quæ sunt ergo .dut» bœresos ? XJuai quæ dioit omnes raliônabiles creaiu- ras in angelos reformari : altéra, quæ asserit unumquodque in restitutiono mundi id (ore quod conditum est, cto. quæ consul nisso juvabit. Ed, Mig. 452 ' SAINT et sans exception à tout ce qu’il y a d’immonde, ils ont commis tous ces crimes, comme l’avare, en n’étant jamais rassasiés de leurs' infâmes plai¬ sirs, et eu ne donnant aucun terme à leurs voluptés. Disons plus, indépendamment de l’union légitime de l’homme et do la femme, ils s’élèvent bien plus haut dans le crime, les hommes commettant des infamies avec des hommes, et recevant ainsi en eux- mêmes la récompense qui ôtait due à leur éga¬ rement. La vanité des pensées et l’aveuglement de l’esprit s’appliquent à deux objets, aux affaires de ce siècle et à la sagesse du monde, lorsque nous sommes retenus par les biens pas¬ sagers et fragiles du ■ monde, ou lorsque nous ne connaissons pas ce qui peut nous être utile. Ne vous jparaît-il pas, en effet, marcher dans la vanité de ses pensées et dans l’aveuglement de l’esprit, celui qui se torture jour et nuit dans l’étude de la dialectique; cet investigateur du monde physique, qui veut étendre ses regards au delà des deux et qui, au delà des profondeurs de la terre et de l’abîme, tombe dans je ne sais quel vide effrayant; ce poète qui met un ïambe sur pied, qui amasse et classe au prix d’efforts inouïs une multitude de vers dans son esprit; et pour passer à un autre genre, celui qui cherche les richesses par tout moyen, bon ou mauvais; celui qui flatte les rois, qui convoite les héritages, et amasse une fortune immense qu’il laissera dans un moment, à qui? il l’ignore. — L’Apôtre Aut carte ultra concessam viri ad feminam conjunctio- nem, ad majora conscendunt, masculi in masculos tur- pitudinem opérantes, et mercedem erroris sui in semet- ipsis rccipientes. Vanitas sensus, et mentis obscuritas, bifariam dividitur, in sæculi hujus negotia, et in sapien- tiam sæculai-em; quando aut in his quæ mundi hujus sunt, et cito transeunt, detinemur, aut non profutura cognoscimus. Nonne nobis videtur .in vanitate sensus et obscuritate mentis ingredi, qui die bus ac noctibus in dialectica arte torquetur; qui physicus perscrutator ocu- los trans cœlum levât, et ultra profundnra terrarum et abyssi quoddam inane demergit [AL demergitur], qui iambum struit, qui tantam metrorum silvam in suo stu- diosus corde distinguit et congerit; et (ut alteram par- tein transeam) qui divitias per fas et nefas quærit; qui adnlatur regibus, hcereditates captat aliénas, et opes congregat, quas in inumento oui sit relicturus, igno¬ rât? Quod autein ait, « qui desperantes semetipsos, » id est, ct7i:7iXY^X(b:£ç Éàuroùç, multo aliud in Græco si- gniôcat quam in Latino : « desperautes » quippe ccTr/jX- JÉROME ajoute : « qui, s’abandonnant au désespoir, c’est-à-dire dans le texte grec aTrqAYYiJwÎTÊç sauvoùç et le grec est beaucoup plus expressif que le latin ; ceux qui désespèrent sont appelés. à7U7]ÀYV]XQT:&ç; c’est-à-dire qui après avoir péché, n’ont aucune douleur; qui, insensibles à leur ruine prochaine, so portent au mal, et sem¬ blables aux animaux, à la vue du fer qui les menace, se précipitent dans la mort. Supposez deux hommes, tous deux surpris dans le même crime, l’un qui comprend et pleure le crime qu’il a commis, l’autre qui se réjouit de l’avoir commis et qui, loin de s’en repentir, s’cn glori¬ fie et s’imagine avoir remporté la palme et la victoire de l’infamie; n’est-il pas vrai que l’un a de la douleur, et que l’autre est d’une insen¬ sibilité absolue? Traduisons, s’il est possible, mot à mot, et disons que le mot àTnrjAY^x&'rEç signifie insensible à la douleur, indolentes , indolorios . Cette absence de douleur en grec ava^Y^motv, a été enseignée par un philosophe. Que ceux qui veulent introduire la pluralité de natures, apprennent ici que les Gentils marchent dans la vanité de leurs pensées et dans l’bbscu- rité de l’esprit, parce qu’ils se sont livrés à l’ignorance et à l’aveuglement. Nul, en effet, ne mérite d’être traité d’ignorant et d’aveugle que celui qui peut connaître et voir. Ainsi, nous ne disons pas qu’une pierre est aveugle, qu’un ani¬ mal sans raison est dans l’ignorance, parce qu’on ne leur demande pas, et qu’il n’est pas. Y^xéTSg nommantur ; àTïYjAY'qxoTEÇ autem bi sunt, qui postquam peccaverint, non dolent ; qui nequaquam sentientes ruinam suam, feruntui* in pronum, et tam- quam bestise ferrum videntes, in mortem vuunt. Pone mihi duos in uno vitio deprehensos ; alterum qui intelligat, plangatque quod fecit ; alterum qui delec- tetur in scelere, et non solum non doleat, verum etiam glorietur, et putet se quamdam turpiludinum palmam et victoriam consecutum ; nonne tibi videtur ille dolere, et hic penitus non dolere ? Exprimamus, si possimus, verbum de verbo, et dicamus > Gomment expliquer, soit dans le passage que nous venons d’apporter en exemple, soit dans celui de l’épltre aux Éphé- siens, que nous nous efforçons d’expliquer, qu'eu parlant de l’impureté et de la luxure, de la chasteté et de l’amour conjugal* l'Apôtre fait en dehors de la suite du discours, mention de l’avarice?. Ne trouvez pas mauvais si nous nous arrêtons plus longtemps sur ce qui est plus obscur, car nous avons déclaré au commence¬ ment, que de toutes les épi 1res de saint Paul, celle-ci était la plus difficile à comprendre quant à l’expression et quant au sens. « Pour vous, ce n’est pas ainsi que vous avez été instruits touchant le Christ, si cependant vous l’avez écouté, et si vous avez appris de lui selon la vérité de sa doctrine. » Si tous ceux qui paraissent écouter Jésus-Christ, l’écou¬ taient véritablement, jamais l’Apôtre, s’adressant aux Éphésiens et surtout à ceux à qui il avait révélé les mystères du Christ, ne dirait : « Si cependant vous l’avez écouté : » Or, apprendre Jésus-Christ est synonyme de connaître la vertu, ot l’écouter est la même chose qu’écouter la sagesse, la justice, la force, la tempérance et in Græco legitur, jcai 7rÀ£OvsxTeiv sv irpay^aTt. tov àSeÀcpov aÙTOU. IIÀEOveÇia autern « avaritia » nuncupatur, quam nos possumus, vim verbi transfe- rentes, sic in præsenti loco exprimera : « ut ne quis supergrediatur, et avarus fraudet in negotio fratrem suuru. » Quæ enim consequenlia est, vélin illo capitulo qnod nunc et exemplum vocavimus, vel in hoc quod principaliter ad Ephesios conam ui’ exponere, inter iinpudicitiam et immunclitiani, castitatem quoque et affectuin conjugalem, extraordinaire repente avari- tiam nominari ? Non vobis molestuin sit, si diu in obseurioribus immoremur; causati enim in principio sumus, inter om nés Pauli Epistolas, hanc vol maxime et verbis, et sensibus involutam. « Vos autern non ita didicistis Christum; si tamen ilium audjstis et in illo docti estis. » Si onmes qui Christum audire videntnr, audirent, nninqnain ad Ephesios, et certe illos quibus sacramenta Cliristi reve" larat Apostolus diceret : « Si tamen ilium audistis. » Discere autem Christum, idipsum est, quod nosse virtu- teni; et audire ilium, non differt ab eo si diceret, audire sapientiam, justitiam, fortitudinem, tempe- 454 SAINT JÉROME toutes les autres vertus personnifiées en Jésus- Christ. Si donc quelqu’un a écouté et appris Jésus^Christ, il ne marchera pas dans la vanité de ses pensées,, ni dans l’obscurité de l’esprit, et ne sera pas étranger à la vie de Dieu, mais il aura la science qui dissipera l’ignorance, répan¬ dra la lumière au miiieu des ténèbres, et fera disparaître tout aveuglement des yeux du cœur*. Celui qui marchera à cette lumière, ne se livrera point à l’impureté, ne s’abandonnera pas à toute sorte de dissolution dans l’avarice, en franchis¬ sant les limites imposées à l’union des époux. S’il lui arrive parfois d’être vaincu par la passion, il s’affligera de sa blessure, il sera en proie aux remords de la conscience, parce qu’il a perdu la liberté de marcher la tête levée et la pureté d’une âme sans tache. Apprenons donc Jésus-Christ, et écoutons-le. S’il est quel¬ qu’un qui puisse dire : « Est-ce que vous voulez éprouver celui qui parle en moi , ,1e Christ? » II Cor. xui, 3. courons vers lui nuit et jour, restons suspendus à ses lèvres et à ses discours; c’est Jésus-Christ qui nous parle, ce sont les paroles de l’Esprit-Saint qu’il fait entendre. Car Dieu a établi dans son Église d’abord des apôtres, ensuite des prophètes, troisième¬ ment des docteurs. Nous ne devons pas même désespérer que le Christ nous parle quelquefois au fond de notre âme, et nous enseigne par lui¬ ra ntiam, et cætera quibus Christus vocatur. Si quis ergo Christum audivit et didicit, non ambulabit in vanitate sensus sui ; nec obscuratus mente gradietur ; neque erit abalienatus a vita Dei ; habebit etiam scien- tiam, ignoratione discussa, et immisso tenebris lamine, omnis de ocalis cordis ejus cæcitas auferetur. Quod cum habuerit, non se tradet impudicitiæ ; nec operabitur omnem immunditiam in avaritia, concessos fines prætergrediens nuptiarum. Si autem aiiquando conti- gerit ut aliqua passione superetur, dolebit super vulnere suo, et conscientiæ tonnenta patietur ; quia liberam frontem, et puritatem immaculatæ mentis amiserit. Discamus igitur Christum, et audiamus ilium ; si quis est qui potest dicere : « An experimentum quaeritis ejus qui in me loquitur Christus » I Cor . xm, 3 ? Curramus ad eum diebus ac noctibus, ad os ejus et ad eloquium pendeamus. Christus nobis loquitur ; Spiritus sancti sunt verba quæ promit. Statuit enim Deus in Ecclesia primum apostolos, secundo prophetas, tertio doctores. Sed nec illnd est desperandum, quod aiiquando ipse in mentibus nostris Christus loquatur, et per semetipsum nos cloceat, et organum oris non quserat alieni ; tan- même, sans chercher l’organe d’une bouche étrangère. Appliquons-nous seulement à n’ètra pas les esclaves du péché, que notre corps ne soit pas assujetti au vice, et la sagesse se hâtera d’y entrer. « Solon la vérité de la doctrine de Jésus : » Le nom de Jésus signifie tantôt l’homme que le Dieu Verbe s’est uni dans le soin de la Vierge, selon ces paroles : « Vous l’appellerez du nom de Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés »i Luc. v. 31. Et ailleurs : «Jésus, fatigué de la route, etc. » Jean iv, 6. Tantôt lp même nom signifie le Dieu Verbe, car il n’y a pour nous qu’un seul Seigneur Jésus-Christ, par lequel toutes choses ont été faites. Lors donc que Jésus dit : «Je suis la vie et la vérité, » Jean, xrv, 6, il parle comme Fils de Dieu. Mais lorsque saint Paul écrit : « Selon la vérité qui est en Jésus, » il parle du temple de son corps dans lequel habite le Verbe divin; « car le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous, » Jean , 14. On pourrait peut-être aussi entendre ces deux passages du Dieu Verbe, on ce sens que de même que la vie habite on lui, et qu’il est lui- même la vie, « car comme le Père a la vie en lui, ainsi il a donné au Fils, d’avoir la vie en lui- même » Jean, v, 20; ainsi le Fils soit appelé la vérité, et que l’Apôtre enseigne qu’elle habite en lui. En nous exprimant de la sorte, nous ne tum non simus subditi peccato ; nec corpus nostrum delicta possideant, et ingredietur in illud sapientia. « Sicut est veritas in Jesu. » Vocabulum, « Jésus, * interdum eum hoininem significat, qui a Deo Verbo est assumptus ex Virgine, juxta illud : « Vocabis nomen ejus Jésus ; ipse enim saivabit populum a pecca- lis ejus » Luc. i, 31. Et alibi : « Jésus ergo fatigatus de via » Jocm. iv, 6, et reliqua. Interdum vero Deum Verbum ; nobis enim anus Dominus Jésus Christus per quem orania. Si quando ergo dicit Jésus : « Ego sum via, et veritas » Jo et alius est qui corrumpit templum Dei, aliud quod corrumpitur. Quærenduni quis sit ille qui templum comunpat Dei. Si inveneris hostes Jérusalem, corrumpentes atque violantes templum ex lapidibus exstructum ; videbis pariter omnem corrumpentem, et violantem templum Dei, quem corrumpet et violabit Deus, ulciscens corruptionem templi sui. Verumtamen et templum quod se præbuit (vivens quidem est atqué sensibile) insidiis corrumpentis, luet pœnas, per, hoc ipsum quod corruptum atque violatum, spiritum incor- ruptionis amisit. « Renovàmini autem spiritu sensus vestri ; et induite novum liominem, qui secundum Deura creatus est, in justitia et sanctitate veritatis. » Nec in sensu renovamur COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX EPI1ES1ENS 457 tout ensemble dansTesprit de notre âme. Ainsi, de même que nous chantons d'esprit des can¬ tiques, et que nous chantons du fond de l’âme, de même que nous prions d'esprit et que nous prions aussi dans l’intérieur de notre âme; de même il faut nous renouveler dans l’esprit de notre âme, afin que lorsque notre âme aura été purifiée, nettoyée, et. quelle ne présentera plus la moindre souillure, elle puisse s’unir à l'esprit et qu’en vertu cîe cette union étroite qui existe entre eux, ce ne soit plus simplement l’esprit, mais.. qu’on puisse l’appeler l’esprit de notre âme. Or, lorsque nous serons renouvelés dans l’esprit qui est l’esprit de notre âme, alors nous revêtirons l'homme nouveau qui a été créé selon Dieu, c’est je pense la même vérité qu’exprime ailleurs l'Apôtre en d’autres termes : «Revêtez- vous de Jésus-Christ, » Rom . xni; 14. Car c’est lui qui est le nouvel homme dont nous tous qui croyons devons nous couvrir et nous revêtir. En effet, dans l’homme que le Sauveur s’est mis, qu’y a-t-il qui ne soit nouveau ? Sa conception, sa naissance, son enfantement, ses premières années, sa doctrine, sa vie, ses vertus et à la fin de sa vie, sa croix et sa passion par lesquelles il a triomphé des principautés et cou¬ vert d’ignominie les puissances ennemies, enfin sa résurrection et son ascension dans les deux. Il a été vraiment créé dans la justice et la saihteté de la vérité, parce qu’il est le vrai Dieu, le Fils du vrai Dieu, et que la religion tout entière et la justice de Dieu ont été accomplies en lui dans la vérité. Celui donc qui peut imiter sa vie et repro¬ duire en lui toutes ses vertus, qui s’applique à devenir doux comme il a été doux, et humble de cœur, à donner sa vio pour ses amis comme il l’a donnée pour ses brebis, à ne point répondre quand on le frappe, à ne point rendre malédic¬ tion pour malédiction, mais à vaincre l’orgueil par l’humilité, celui-là a vraiment revêtu le nouvel homme et peut dire avec l’Apôtre : « Je vis, non plus moi, mais c’est Jésus-Christ qui vit en moi, » Gai. n, 10. ; et ailleurs : « Soyez mos imitateurs comme je l'ai été. de Jésus-Christ » I Cor. xr, 1. Il peut aussi s’appliquer ces paroles de saint Jean : « Celui qui dit qu’il demeure en Jésus-Christ doit marcher lui-même comme Jésus-Christ a marché » I Jean n, 6. Quant à ces paroles : « Qui a été créé selon Dieu, » elles ne présentent pas dans le grec le môme sens que absque spiritu, nec in spiritu absque sensu ; sed reno- vântur conjuncte in spiritu sensus nostri ; ut quomodo psallimus spiritu, psallimus et sensu, oramus spiritu, oramus et sensu ; sic in spiritu sensus nostri reno- vemur ; ut cum sensus mundus fuerit atque purgatus, et ab omni macula sordidæ concretionis aliénas ; tune ei-jungatur et spiritus, et ita quodam inter se unitatis glutino copulentur, ut nequaquam simplex spiritus, sed spiritus sensus esse dicatur. Cum autem renovati füeri'mus in spiritu, qui nostri sensus est spiritus ; tune induemur novum hominem, qui secun- dum Deum creutus est. Quod quidem aliis verbis idipsum puto esse,, quod in alio loco dicitur : « Induite vos Christum Jesum » Rom. xm, 14. Iste quippe est novus homo, ,quo univers! credentes debemus indui atque vestiri. Quid enim in homme qui a Salvatore nostro assumptus est, non novum fuit? Conceptus, nativitas, par tus, infantia, doctrina, vita, virtutes : et ad extremuin, crux et passio, exspoliantis. in ea principatus, et contrarias fortitudines ostentui kabentis ; resurrectio quoque et ascensus ad cœlurn. Hic ergo vere creatns est in justitia et sanctilate veri- tatis ; quia Deus verus, Dei veri Filius fuit, et tota in illo religio atque justitia Dei veritate compléta est. Qui igitur conversationem . illius imitari potest, et uni versas in se exprimere virtntes, et sit man- suetus, sicut fuit ille mansuetus et bumilis corde, et ponat animam suam pro amicis, ut ille posuit pro ovibus suis ; verberatus non repondeat : male- dictus non remaledicat, sed vinç.at in Tiumilitate su- perbiam ; iste indutus est novum hominem et dicere cum Apostolo potest : « Vivo autem jam non ego. vivit vero in me Christus » Galat. n, 10. Et : « Imita- tores mei estote, sicut et ego Chris ti » I Cor. xi, 1. Potest quoque verba Joannis assumere : « Qui dicit se in Christo credere, debet sicut ille ambulavit, et ipse ambu lare » I Joan. ii, 6. Quod autem ait : « Qui secun- dum Deum creatus ost, » non (1) idipsum sonat in Lati- (1) Hue refe rendus S. Aufioisiinus Hb. r contr . Advcrs. Leg. et Propbct., cap. 23, qui tamen îaetum œque creoium in ipsiti Scripturis dici nsaerit de rebus indifTerenter, sive quæ ex moieria aliqua, sivc ex nulle prodierunt. Ex eibnicis nimis mulil landandi esaeni. Virg. Æneid. x : Silvicolco Founo Hryopc quem Nymplio crcaraL 1SI Ctaudianus, i de llaptu : Quidquid ubique filgnii materies, faoo, le douante t croatur. Ed. Mig. 458 SAINT dans le latin. La création chez nous signifie génération ou naissance, mais les Grecs pour exprimer l’idée de création emploient un mot qui signifie action de /aire, de fonder . C’est là quo l’hérésie prenant occasion d’atta¬ quer la naissance du Christ s’appuie sur ces pa¬ roles de Salomon ; « Le Seigneur m’a créé au commencement de ses voies, » Prov. vnr, 22. Il faut donc observer que les mots de création , de fondation , ne sont jamais employés que pour exprimer des œuvres importantes. Ainsi, par exemple, on dit que le monde a été créé, une ville a été fondée, on dit d’une maison, au con¬ traire, quelles que soient ses dimensions, qu’elle a été construite, plutôt que créée ou fondée, et on réserve pour des œuvres supérieures, pour des choses plus grandes, le nom de création. Concluons donc que ce nouvel homme qui a été créé en Dieu selon Jésus-Christ est une grande œuvre de Dieu, bien supérieure à toutes celles qu’il a créées puisque l’Écriture enseigne qu’il a été crée comme le monde, comme le commence¬ ment des voies de Dieu, et avant la création de tous les éléments. « C’est pourquoi, quittant le mensonge, que chacun dise la vérité avec son pro¬ chain, parce que nous sommes membres les uns des autres. » Ce n’est point dans le sens obvie, comme quelques-uns le pensent, ni dans le sens moral, que l’Apôtre commande que, no sermone quod Græco. Creatio quippe apud nos, « generatio, » vel « nativitas » (licitur ; apud Græcos vero sub nomine creationis, verbum « facturas » et « conditions » accipitur. Et quod apud nos *c conditio, » h jc apud Grsecos « creatio » sonat. Dnde et hseresis nativitatera Christi calumnians, Salomonis usurpât exemplum : « Dominus creavit me initium viarum suarum » Prov . vin, 22. Considerandum igitur, quia creatio atque conditio numquam nisi in magnis ope- ribus nominentur. Verbi causa, mundus creatus est ; urbs conditn est ; domus vero quamvis magna sit, ædificata potius dicitur, quam condita, vel creata. In magnis enim operibus atque facturis, verbum crea¬ tionis assumitur. Es quo animadvertendum istum no- vum hominem, qui juxta Deum in Ghristo creatus est, magnum Dei opus esse, et eminere ultra cæteras crea- turas ; cum sic conditus esse dicatur, ut 'mundus, et initium viarum Dei, et in exordio elementorum omnium sit creatus. « Propter quod déponentes mendacium, ioquimini veritatem unusquisque cum proximo suo; quoruam su- JEROME renonçant au mensonge, nous parlions selon la vérité avec notre prochain. Car si c’est seule¬ ment avec le prochain que nous devons parler selon la vérité, quiconque ne sera point notre prochain devra s’attendre à des paroles de men¬ songe. Il en sera de même de ce commandement de la loi : « Vous ne commettrez point d’ adul¬ tère avec l’épouse de votre prochain » Exod. xx, 17. Si par le prochain, il faut entendre seule¬ ment un parent, un ami, alors les adultères sont permis à l’égard des étrangers. Le prochain . signifie donc ici tout homme qui est comme nous d’un seul et même père. C’est ce que nous enseigne cette parabole de l’homme qui descen¬ dait de Jérusalem à Jéricho, qui tomba dans les mains des voleurs, près de qui passèrent sans s’arrêter un lévite et un prêtre et qui fut pansé par un samaritain et porté dans une hôtellerie, Luc . x. Or, après ce récit, le Seigneur affirme que le prochain de cet homme est celui qui a eu compassion de lui, youlant nous montrer par là . que tous les hommes sont prochains à l’égard' les uns des autres. Cette proposition ainsi com¬ prise est de nature à édifier ceux qui l’enten¬ dent. Quant à ce qui suit : « Parce que nous sommes les membres les uns des autres, » elles me paraissent renfermer un sens mystérieux, et s’appliquer à ceux qui sont notre prochain par la foi et par la vertu. Car les fidèles seuls peu¬ vent être les membres des fidèles, les chrétiens, mus alterutrum membra. » Non simplicités, ut quidam putant, nec moraliter Apostolus præcepit, mendacio derelicto, cum proximis veritatom loquendam. Alioqui si tantum cum proximis loquimur veritatem, . quicumque non fuerit proximus, debet audire mendacium. Quod quidem et in Lege præceptnm est : « Non adulterabis uxorern proximi lui » Exod . xx, 17. Si proximus tan¬ tum propinquus vel amicus accipitur, adulteria iu alienos jure permittit ; sed proximum vocat omnem hominem, qui ex eodem nobiscum parente généra tus est. Quod quidem et parabola ilia significat, de Jérusalem Jéricho hominis descende nti s, qui incidit in latrones ; et sacer- dote et Levita prseterenntibus a Samaritano curatuâest, et ad stabularium revectus Luc. x. Affirmât autem post hsec Dominus eum esse proximum, qui illi misericordi- am fecerit, volens ostendere omnes hommes, omnibus esse proximos. Et hoc quidem sic intelloctum ædiûcat audientes. Cæterum id quod sequitur : « Quoniam sumus alterutrum membra, » magis videtur mihi significare mysterium, et de his dicere, qui nobis fide et- virtute sunt proximi. Membra quippe alterutrum non sunt, nisi 'COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX EPHÉSIENS les membres des chrétiens, et les parfaits, les membres de ceux qui sont d'une vertu pleine et consommée. C’est ce qui faisait dire à saint Paul dans une autre épître : « Nous parlons le langage de la sagesse au milieu dos parfaits, » i Cor. ,n, 6. Il commande donc ici que chaque fidèle ne traite qu’avec son prochain des vérités mystérieuses ■ et cachées et de celles qui sont pleines de la vérité de Dieu, que le jour en parle au jour et que la nuit en donne connais¬ sance à la nuit, Ps. xvm, c’st-à-dire qu’il n’expose les vérités claires et lumineuses, qu’à ceux qui méritent de les entendre : « Vous êtes la lumière du monde, » Matth. v, 14. Quant à ce qui est obscur, enveloppé de ténèbres et voilé sous la nuit du mystère, qu’il en parle à ceux qui sont eux-mêmes la nuit, les ténèbres ou l’obscurité et dont il est dit : « Et les ténèbres étaient sous ses pieds, » Ps. xvii, 10, sans aucun doute sous les pieds de Dieu. C’est ainsi que sur le mont Sina, Moïso entre dans l’obscu¬ rité profonde d’une nuée où était Dieu Exod. xix; et il est écrit de Dieu lui-même : « Il s’est fait une retraite au milieu des ténèbres, » Ps. xvn, 12. Que chacun donc parle de la vérité et des mystères avec son prochain, qu’il ne donne point les choses saintes aux chiens, et ne jette point les perles devant le pourceaux Matth. vu, mais que celui qui a l’huile de la vérité, les fasse entrer dans la chambre nuptiale de fideles fidelium, et Christiani Christianorum, et perfec- ti, eorura qui sunt plenæ, consummatæque ’virtutis. Propter quod Paulus ipse perfectus, in Epistola alia loquebatur : « Sapientiam autem loquiraur inter perfec- tos i» I Cor . ii, 6. Ergo lioc jubet, ut unusquisque mystica quæque atque sécréta, et ea quæ Dei veritate sunt plena, loquatur cum proximo suo, et dies diei eructet verbum, et nox nocti indicet scientiam Psal. xvm, hoc est, clara quæque et lucentia his indicet, qui merentur audire : « Vos estis lumen mundi » Matt. v, 14. Porro tenebrosa etinvoluta, et oinni sacramentorum nocte velata,. his référât, qui et ipsi nox, tenebræ, vel caligo sunt, de quibus dicitur : « Et caligo sub pedibus ejus » Ps. xvii, 10 ; liaud dubium quin Dei. Nam et in monte Sina Moyses ihgreditur in turbinem et caliginem, ubi erat Deus P.vod. xix, et de ipso Deo scriptum est : « Posuit tenebras latibulum suum » Ps. xvii, 12. Loqua- tür itaque veritatém atque mysterium unusquisque cum proximo suo, et non det sanctum canibus, neque miltat margaritas suaB ante porcos Matth. vu ; sed quicumque olëùm habuerint veritatis,. illos in tbalainum sponsi et 459 l’époux et dans le sanctuaire du roi. Or, il nous faut savoir que ces paroles : « Que chacun de vous parle le langage de la vérité avec son prochain, » sont empruntées au prophète Zacharie, Zachar . vin, 10. « Irritez-vous et ne péchez point. » Cette recommandation, chacun le sait, est tirée du psaume quatrième, et elle parait contredire, ce que' l’Apôtre dit ailleurs : « Maintenant, renpncez tous à la colère, à l’aigreur, à la malice, à la diffamation, et qu’aucun discours déshonnête ne sorte de votre bouche, » Cotoss. ni, 8. Entendue littéralement, cette recomman¬ dation est dangereuse parce qu’il semble que toute liberté est laissée à la colère. Mais le nom de colère a deux acceptions non seulement parmi nous, mais aussi chez les philosophes. Ainsi lorsqu’on butte aux injures, nous ressentons naturellement les aiguillons de la colère, ou bien lorsque l’emportement s’apaise, que la fureur s’éteint et que l’esprit pouvant juger avec calme, désire cependant se venger de celui dont il croit avoir été offensé. Je crois donc qu’il est question ici de ce premier genre de colère et qu’il nous est accordé comme étant des hommès, d’être émus quand nous sommes témoins d’une action indigne,’ et de sentir la tranquillité de notre âme troublée comme par un vent léger, mais il ne nous est pas permis pour cela de nous laisser soulever par les flots mena- penum regis inducat. Porro quod ait : « Loquimini ve- ritatem unusquisque cum proximo suo, » sciaraus de Zacharia propheta sumptum Zach. viii, 16. . « lrascimini, et nolite peccare. » De quarto psalmo hoc usurpatum, nulli dubium est, et videtur ilH esse contrarium quod alibi dicitur : « Nunc autem deponite et vos omnes iram, et ijudignationem, et malitiam, et blaspkemiam, et turpem sermonem ex ore vestro » Coloss m, 8. Sed et simpUciter intellectum nocet, dum putantur iræ frena laxata. Duplex autem non solum apud nos, verum etiam apud philosophos iræ nomen accipitur. Vel cum injuria lacessiti, naturalibns stimulis concita- mur ; vel cum, requiescente impetu, et furoro restincto, potest mens habere judiciuru, et nihilominus/ super eo qui putatur læsisse, desiderat ultionem. Arbitror itaque do priori ira nunc dictum, et nobis quasi hominibus es¬ se concessum, ut ad indignæ alicujus rei faciem movea- mur, tranquillitatemque mentis, velutlenis quædam aura conturbet ; nequaquam tamen in tumentes gurgites fu- roris impetu sublevemur. Firmianus noster librum de Ira Dei, docto pariter et eloquenti sermone conscripsit* * SAINT JEROME 460 gants de la fureur. Notre Firminien a écrit fun traité aussi docte qu’éloquent sur la colère de Dieu, et je pense que celui qui l’aura lu y trou¬ vera l’intelligence suffisante de ce qu’il faut entendre par colère. << Que le soleil ne se couche point sur votre colère. » Si nous prenons au sens littéral ce soleil que nous apercevons de nos yeux, nous péchons, lorsque nous nous mettons en colère, et que notre colère persévère après le coucher du soleil ; tandis que nous ne péchons point si par exemple, de la première heure à la onzième, nous faisons tout ce que nous suggère l’indigna¬ tion, la fureur et la colère. Rien de plus absurde à mon avis que cette explication, 'Comme si un homme,, du lever du soleil à son coucher, ne ^pouvait s’emporter à de si grands crimes que tout le reste de sa vie, ses larmes seraient impuissantes à les expier. Et n’est-ce pas plutôt pendant le jour que la colère se donne car¬ rière, car la nuit au contraire, est un temps de repos pour la fureur, et le sommeil survenant, lors môme que nous sommes irrités, nous force de renvoyer au lendemain ce que nous inspire la colère. Disons donc que le soleil véritable, de meme qu’il se couche sur les mauvais pro¬ phètes selon qu’il est écrit : « Le soleil s’est couché pour vos prophètes en plein midi, » Arhos, vnï, 9, ainsi se couche-t-il sur tous les pécheurs, en leur refusant la lumière éclatante de son lever. L’Apôtre donc nous recommande quem qui legerit, puto ei ad h'æ intellectum satis abun- deque posse sufficere. « Sol non occidat super iracundiam vetram. » Si sim- püciter hune solem intelligimus, qui oculis carnis aspi- citur, peccamus, quando iraacimur, et occidehte sole, iracundia persévérât. Non peccamus autem, quando (verbi gratia) a prima hora usque ad undeeimam irascen- tes, facimus quod indignatio, luror, ira suggesserint. Quo sensu nihil mihi videtur absurdius, quasi non queat quispiam ab ortu solis usque ad odeasum, in tanta scelera çlebacchari, quanta tota vita sua non possit la- crymis expiare? Aut non magis ira locum in die habeat, cum utique nox requies sit furoris, et succedente sornno, etiam si irascimur, in diem iracundiam differa- mus. Quia igitur verus sol, sicut occidit super malos prophetas, juxta illud quod scriptum est : « Occidit sol super proplie tas vestros meridie » Amos vin, 9 : ita etiam super omnes occidit peccatôres, nequaquam eis ortus sui lumen indulgens ; præcipit nunc Apostolus, ne taliâ faciamus furore superati, per quæ nobis sol occidat, de ne point commettre dans l'entraînement de la colère de ces actes qui forcent le soleil de se coucher pour nous, en laissant la partie principale de notre cœur enveloppée de ténèbres. Il en est cependant - qui pensent qu’il faut entendre ces paroles littéralement, comme ces autres du psaume quatrième, auquel elles paraissent empruntées : « Repassez en silence dans le lieu de votre repos, les pensées de votre cœur, » Ps. îv, 5, c’est-à-dire tous les péchés d’actions, de paroles, de pensées que vous avez commis dans la journée, purifiez-les pendant la nuit par un repentir sincère; que votre colère soit de courte durée, et qu’elle ne soit pas différée jusqu’au lendemain. « Ne donnez point lieu au diable. » Le mot diable est un mot grec qui veut dire accusateur; dans la langue hébraïque il s’appelle Satan , c’est-à-dire adversaire, ennemi; l’Apôtro lui donne le nom 4e Belial, Il Cor. vi, c’est-à-dire sans joug , parce qu’il s’est affranchi du joug de la servi¬ tude de Dieu; Aquila le traduit par le mot d’apostat. Or, il est à remarquer que partout où dans les livres de l’ancienne loi, il est question des fils de pestilence, comme dans ce passage : « Les fils d’Héli étaient des fils de pestilenco, » I Rois n. Nous trouvons le mot Reliai , c’est-à- dire le démon au lieu du mot pes££/ence; bien qu’un grand nombre, au lieu de Bélial, lisent par altération du textô de l’Apôtre : Beliar. Ne donnez donc pas, dit l’Apôtre, lieu au démon et principale cordis, tenebris involvatur. Quidam putant sic accipiendum hoc esse simpliciter, quomodo et illud quarti ps^lmi, unde idipsnm -sumptum videtur : « Quæ dicitis in cordibus vestris, et in cubilihus vestris com- pungimini » Psal. iv, 5, id est, quæcumque in die, vel opéré, vel sermone, vel cogitatione peccatis, hæc succe¬ dente pœnitentia pur gâte per noctem ; et ira sit Jure vis, nec in diem crastinum difïecatur. « Neque locum detis diabolo. » Diabolus Græcupi ver- bum est, quod Latine dicitur « criminat.or ; » lingua vero Hebræa « Satan » appellatur, id est, « adversa- rius, » sive « contrarius : » et ab Apostolo « Belial » II Go>\ vi, hoc est, « absque jugo » quod de collo suo Dei ahjecerit servitutem; quem Aquila « apostatam » Iranstulit. Et sciendum ubicumque in veteri Lege « filii pestilentiæ » scribantur, sicut ibi : « Filii autem Heli, filii pestilontiæ » I Reg. n, ibi in Hebraicis volumiuibus « Belial, » hoc est, « diabolum » pro .« pestilentia » no- minari; Jicet plurimi pro « Belial » corrupte in Aposto¬ lo « Beliar » legant. Nolite itaque, ait, dare locum dia- 461- COMMENTAIRES SUR L'ÉPITRE AÜX ÉPHÉSIENS qui, commo un lion rugissant, cherche une entrée par laquelle il puisse faire irruption dans votre âme. En effet, do même que le Père et le Fils se tiennent à la porte et frappent pour entrer et y souper avec celui qui les aura reçué, ainsi notre adversaire est toujours prêt à faire invasion dans notre âme, et à y entrer si nous lui donnons occasion. Or, il a coutume avant de se présenter lui-même, de lancer d’abord quelques traits et de faire de la pensée le précurseur de son avènement. Si donc lorsqu’elle est entrée dans notre cœur, nous l’entretenons intérieurement, nous la fortifions, lorsque le démon que cette pensée, dont il est lo père a pris de l’accroisse¬ ment, son audace le fera entrer lui-même. C’est ainsi qu’il lança une première flèche dans le cœur de Judas Iscariot, pour le porter à trahir le Sauveur; si ce misérable n’avait pas nourri et entretenu cette pensée, jamais après le mor¬ ceau de pain trempé dans le plat, Satan ne serait entré en lui. Et remarquez encore avec attention que le démon ne trouva occasion d’entrer dans Judas, dont il avait déjà frappé le cœur, que dans ce banquet avec le Sauveur, Jean. xm. Car nous sommes surtout livrés à sa puissance, lorsque nous restons insensibles à l’humanité, à la clémence, à la douceur de celui que nous avons l’indignité de haïr. A cette recommandation : « Ne donnez pas entrée au démon, » répond cette autre de l’Ecclésiaste : « Si l’esprit de celui qui a la puissance s’élève sur vous, ne lui cédez pas votre place, »Eccle$. x, 4. Co superbe, ce téméraire veut monter, il veut s’introduire, mais crut-il vous avoir opprimé et triomphé de votre faiblesse, ne lui cédez point la place; car ce qui fait la puissance du démon, ce n’est ni son audace ni son arro¬ gance, mais votre volonté. « Que celui qui dérobait ne dérobe plus, mais plutôt qu’il s’occupe, en travaillant de ses mains, à ce qui est bon, -pour avoir de quoi donner à qui souffre du besoin. » Comme ceux qui sont mêlés pendant leur vie 'aux affaires de ce monde sont forcés d’acheter et de vendre pour se procurer les aliments et les choses néces¬ saires et rechercher le profit qui résulte de ce commerce, il est difficile à ceux qui ont su s’affranchir de autres passions, de la fornication, de l’idolâtrie, de l’adultère et de l’homicide, de n’ôtre pas esclave de ce dernier vice. L’Apôtre recommande donc aux Éphésiens de ne point, sous le prétexte d’un gain quelconque, com¬ mettre de vol. Il appelle vol, tout ce qu’on cherche à se procurer au détriment d’un autre, et enseigne qu’il est juste que chacun travail¬ lant de ses mains et se procurant de quoi vivre par son travail, de donner à qui souffre du besoin. Et il no dit pas : « Mais plutôt qu’il s’occupe, en travaillant de sos mains à ce qui est bon et utile pour se préserver de d’indigence bolo, qui, tàmquam leo rugiens, quærit aditum per quem possit irrumpere. Quomodo enim Pater et Films stant ante ostium, et puisant, ut introeant, et coenent cum eo qui se receperit Apoc. ni ; ita et adversariua sçmper in nos est paratus irrumpere, et cum locum de- derimus, iugreditur. Solet aufcem, antequam veniat, quædam jacula præmittere, et præcursorem adventus sui facere cogitationem ; hanc si nos in corde nostro su- sceptam nutrierimus intrinsecus, et crescere fecerimus, cum in nobis prolem suam auctam viderit, et ipse aude- bit intrare. Denique in Judæ Iscariot cor, primam jecit sagittam, ut traderet Salvatorem, quam si exceptam ille mishrabilis non fovisset, numquam post intinctum panem in paropside, intrasset in ilium Satanas. Simulque et hoc diligenter attendite, quod non iuvenerit diabolus locum intvceundi in Judam, cujus pectus jam ante percusserat, nisi in convivio Salvatoris Jo:>n. xm. Quia tune vel maxime in potestatem ei damur, quando nec huraanitate, nec clementia, nec mansuetudine ejus vincimur, quem odpnus indigne. Huic quod nunc preocepit, « neque locum detis diabolo, » illud de Ecclesiastico comparatur : « Si spiritus potestatem hâbentis ascenderit super te, locum tuum ne dederis ei » Eccli. x, 4. file superbus et teme- rarius vult ascendére, vult subire ; sed etiam. si te op- pressum putaverit, et se extulerit, tu ne dederis locura. Potestas quippe diaboli, non in temeritate illius atque jactantia, sed in tua est voluntate. « Qui furabatur, jam non furetur ; magis autem labo- ret, operando manibus suis quod bonum est, ut haboat communicare ei qui indiget, » Quia hi qui in vitæ. istius negotiis conversantur, propter alimenta et usus necessa- rios coguntur aliqua vel emere, vel vendere, et lucra d© negotiatione sectari ; et difficile est etiam eos qui a cæ- teris passionibus liberati sunt, fornicatione videlicet, idololatria, adulterio, et homicidio, hoc vitio non teheri. Propterea nunc Ephesios monet, ne sub occasione emo- lumenti, furti crimen incurvant. Furtum nominans, om- ne quod alterius damno quæritur; justum autem esse, ut manibus suismnusquisque operans, et victum labore coriquirens, impertiat non habenlibus. Neque vero ait : Magis autem laboret, operando manibus suis, quod bo¬ num est, ut non indigeat, et habeat victum, et nulli 462 SAINT JÉROME et avoir de quoi manger, et n’ètre à charge à. personne; mais qu’il travaile de ses mains à ce qui est bon, pour avoir de quoi donner à ceux qui sont dans le besoin. Celui donc qui travaille uniquement pour ne point tomber dans l’indigence, et qui tient la main fermée aux autres, peut s’applaudir lui-même, mais il n’ac¬ complit point le précepte de l’Apôtre. On peut encore entendre dans un sens plus élevé ces paroles : « Que celui qui dérobait, ne dérobe plus, etc. » en les rapprochant de ce qui est écrit des faux prophètes : « Qui dérobent les paroles à leurs frères, » Jerem, xxm, 30, et de ces autres de l’Évangile : « Tous ceux qui sont venus avant moi, ont été des voleurs et des larrons » Jean, x, 8, et encore de celles de ï’épître aux Romains : « Vous qui enseignez qu’il ne faut pas dérober, vous dérobez vous- mêmes, » Rom . n, 21, c’est-à-dire les appliquer à la défense des larcins spirituels. Car ce qui suit : « mais qu’il s’occupe plutôt, en travaillant de ses mains à ce qui est bon, » ne peut guère être dignement rapporté aux nécessités de cette vie, ce qui. nous obligerait d’appeler bon, tout ce qui est périssable, et se rattache aux richesses d’iniquité. Qu’un homme possède des richesses acquises par un travail légitime, il suffira qu’on ne dise pas qu’elles sont un mal, mais elles ne peuvent être appelées un bien. Celui-là donc fait molestiam exhibeat, sed, laboret, inquit, manibus suis quod bonum est, ut habeat unde communicet iudigenti- bus. Qui igitur ad hoc tantum laborat, ut ipse non egeat, et a cæteris contrabit manum ; quamvis applaudat sibi, tamen Apostoli præceptum non fecit. Potest autem et. aitius intelligi : « qui furabatur, jam non furetur, » et reliqua, propter illud quod scriptum est, de pseudopro- phetis : « Qui furantur serinones unusquisque a proximo suo » Jerem . xxm, 30. Et. in Evangelio : « Omnes qui venerunt ante me, fures fuerunt et latrones » Joa/n. x,8. Et ad Romanos : « Qui prædicas non furandum, furaris » Rom . n, 21'; quod fur ta prohibeamur facere spiritualia. Neque enim hoc quod sequitur : « magis au¬ tem laboret, operando manibus suis quod bonum est, » ad vitæ hujus necessaria digne referri potest ; ut bonum dicatur quodcumque periturum est, et ad mammonam iniquitatis pertinet. QuamvÎ3 enim justus labor opes habeat absque tergiversation© quæsitas, satis habebit si non dicantur malum ; cæterum bonum non valent appella- ri. Igitur bonum oporatur, qui déclinât a malo, et facit bonum, et operatur in agro animæ suæ, ut spirituali¬ tés ^anibus impleatur, et possit, commodare esurienti, ce qui est bon, qui so détourne du mal et pra¬ tique le bien, qui travaille dans le champ de son âme pour se remplir de pains spirituels, afin de pouvoir en distribuer à celui qui a faim, qui est dans le besoin, et donner la nourriture à ses frères dans le temps convenable. Si tel est celui qui travaille à ce qui est bon, donc celui qui dérobe, dérobe les paroles et les dogmes, il vit de ses larcins, il s’en fait des oreillers, il ramasse çà et là des lambeaux des Écritures pour s’en faire une tunique déchirée qui est faite par le bas et non par le haut. Car la tuni¬ que de l’Église, c’est-à-dire le corps de Jésus- Christ, est tissée en partant du haut; elle est de toute part sans couture, et ne peut être déchi¬ rée même par ses ennemis. « Qu’aucun discours mauvais ne sorte de votre bouche, mais que toutes vos paroles soient propres 4 édifier en temps opportun, et à donner la grâce à ceux qui l’écoutent. » La parole qui est bonne est celle qui édifie en temps convenable, donne la grâce à ceux qui écoutent, enseigne à pratiquer les vertus et à fuir les vices. Au lieu du mot opportunitatis , en grec tï)ç xpeiaq, le traducteur latin a traduit pour l’euphonie, « pour l’édification de la foi. .» Toutes les fois que nos discours sont utiles à quelqu’un, et que, eu égard aux circonstances favorables de lieu, de temps, de personne, ils et necessitatem sustinenti, dans in tempore cibaria con- servis suis ; si autem talis est qui operatur bonum, ergo et is qui furatur, consequenter verba 'furatur et dog- mata, de furto vivens, de furto sibi cervicalia consuens, et Scripturarum pannos hinc iude colligens, ut possit tunicam facere conscissam, quæ deorsum est non dèsur- sum. Tunica enim Ecclesiæ, hoc est, ( corpds Christi, desuper contexta est, et nulla ex parte consutilis, quæ ne ab inimicis quidem scindi potest. « Omnis sermo malus de ore vestro non procédât. Sed si quis bonus, ad ædificationem opportunitatis, ut det gratiam audientibus. » Bonus sermo e.>t ad ædificar- tionem opportunitatis, dans gratiam audientibus, qui docet vir tûtes sequendas, vitia fugienda. Malus, qui ad peccata pfovocat, et pronos magis incitât ad ruinain. Pro eo autem quod nos posuimus, « ad ædificationem opportunitatis, ■« hoc est quod dicitur Græce,T7jç ^pefoç, inLatinis côdicibus propter euphoniam muta vit interpres, et posuit, « ad ædificationem fidei. » Quotiescumque ex sermone nostro aliquis proficit, et juxta opportun itatem loci, temporis et personæ ædificataudientes bonus, de ore nostfo sermo processit. Quoties vero loquimur, aut non COMMENTAIRES SUR -L’EPITRE AUX EPHESIENS 463 édifient coux qui les écoutent, une bonne parole est sortie de notre bouche. Au contraire, toutes les fois que nous parlons, sans tenir compte du temps, du lieu ou des personnes, la parole qui sort de notre bouche est mauvaise, et ne peut qu’être pernicieuse pour ceux qui l’entendent. Disons donc attentivement ce que nous disons, car au jour du jugement, nous rendrons compte de toute parole oiseuse, Matth . xn. Et quand même nous ne blesserions personne, si nous n’édifions, pas, nous subirons la peine réservée aux paroles mauvaises. Et ne contristez point l’Esprit-Saint dont vous avez reçu le sceau pour le jour de la rédemption. » Il faut entendre cette tristesse de l’Esprit-Saint, comme nous entendons la colère, le sommeil de Dieu et les autres passions comme des comparaisons empruntées à la nature hu¬ maine. Ce n’esf donc pas que l’Bsprit-Saint puisse ressentir de la tristesse, ou que la divi¬ nité soit accessible à aucun trouble ; mais notre manière de parler nous fait comprendre les dispositions de Dieu, qui s’attriste toutes les fois que nous péchons, et verse des larmes sur les pécheurs : C’est ainsi que notre Sauveur, durant sa vie mortelle a pleuré sur Jérusalem Luc. xix, in tempore, aut importuno loco, aut non ut convenit audientibus, toties sermo malus procedit de ore nostro, ad destructionem eorum qui audiunt. Gonsideremus itaque quid loquamur, quia pro omni otiosoverbo, red- dituri sumus rationem in die judicii Matth . xii. Et etiam sinon lædamus, non tamen ædificemus, mali verbi nobis luenda sit pœna. « Et nolite conlristare Spiritum sanctum Dei, in quo signali estis in die redemptionis. » Mœror sancti Spiri¬ tus sic intelligeudus, quomodo ira Dei et somnus, et - caiteræ in liumanam similitudinem passiones. Non quo contristetur Spiritus, et ullam perturbationem clivinitas sentiat ; sed quo ex verbis nostris, Dei discamus . aftectus, quod mœreat quotiescumque peccamus, et de- fleat peccatores. Nam et Salvator in corpore constitutus, flevit Jérusalem Luc. xix, et omne hominum genus in propbeta déplorât, dicens : « Heu mihi, anima, quia et qu’il déplore le sort do tout le genre humain en disant par la bouche du prophète : « Malheur à moi, ô mon âme, parce qu’on ne trouve plus de saint sur la terre; il n’est personne parmi les hommes qui redresse leurs voies, tous tendent des pièges pour verser le sang, »Mich. vu, 2, 3'. Et lorsque dans le prophète Ézéchiel il énumère les œuvres de la ville autrefois sainte, il s’écrie : « Ils sont tous pour moi un sujet de trouble. » Ezech. xx. Or, nous avons reçu le sceau de l’Esprit-Saint, afin quo notre esprit et notre âme soient marqués du sceau do Dieu, et que nous reproduisions cette image et cette ressem¬ blance selon laquelle nous avons été créés. Ce sceau de l’Esprit-Saint, d’après la parole du Sauveur est imprimé par Dieu lui-même dans nos âmes. « Car Dieu le Père, dit-il, a mis sur lui son signe, » Jean, vi, 27. Tout homme donc qui par la foi qu’il a en Dieu, atteste qu’il est le vrai Dieu, est marqué par le Père du sceau, de l’Esprit-Saint. Or, il est marqué de ce sceau afin qu’il le conserve et qu’il le représente au jour de la rédemption dans toute sa pureté, dans toute sa sincérité et sans aucune altération, et qu’il mérite ainsi d’être mis au nombre de ceux qui sont rachetés. periit rcvertens [Àl. reverens\ a terra. Et ç[üi ccrrigat, inter homines non est, omnes in sanguine judicantur » Mich. vu. Et in Ezechiele opéra quondam sanctse civi- tatis enumerans, ait : «c In omnibus i.stis contristabas me » Ezech. xx. Signati autem sumus Spiritu Dei saucto, ut et spiritus noster, et anima imprimantur sigüaculo Dei, et illam recipiamus imaginera et similitudinem ad quam in ex u’dio conditi sumus. Hoc signaculum sancti Spiritus, juxta eloquiuin Salvatoris, Deo imprimente, signatur. « Hune enim, » ait, « signavit Pater Deus » Joan , vr. 27. Signatur ergo, a Pâtre, Spiritu sancto, omnis qui ex eo quod credidit Deo, signavit, quia verus est Deus. Qui idcirco signatur, ut servet signaculum et ostendat illud in die redemptionis, purum atque smee- rum, et nulla ex parte mutilatnm, et ob id numerari cum bis valent qui redempti sunt. — 2. LIVRE TROISIÈME Je me suis étendu suffisamment, ô Paule et Eustochium, sur le sujet de l’épître de saint Paul aux Éphésiens dans la préface du premier livre, et dans le cours de cette explication, toutes les fois que l’occasion s’est présentée, j’ai rappelé en peu de mots, il est vrai, que le saint Apôtre n’avait écrit à aucune autre Église dans un sens plus relevé, et révélé les mystères inconnus aux siècles qui ont précédé. Aujourd’hui que, fort du secours de vos prières et de celles de sainte Marcelle, j’entreprends le troisième et dornier livre sur cette épitre, il. me paraît juste de vous montrer que l’étymologie même du nom se rap¬ porte au sens que j’ai exposé plus’haut. Le mot Éphèse dans la langue latine signifie, mon con¬ seil dans elle , ou mon âme dans elle . La volonté, le conseil et l’âme de Dieu sont dans celui qui peut dire : « Il m’a donné la connaissance de toutes choses, » Eccl. i, et Jean . v, et lors¬ que les secrets et les mystères de la sagesse de Dieu lui auront été révélés, il méritera que Dieu lui-même- lui rende ce témoignage : « j’ai trouvé David de Bethléem, fils de Jessé ; c’est un homme selon mon cœur, qui agira selon toutes mes volontés,.» Act. xm, 22. C’est ce même homme que le Prophète Osée a en vue, lorsqu’il dit : « Où est le sage, et il comprendra ce que je Satis abundeque, o Paula et Eustochium, do argumen- to Epistolæ Pauli ad Ephesios, in primi libri præfatione disserui; et sparsim ubicumque occasio data est, licet breviter, ostendi quod beatus Apostolus ad nuIJam Ecclesiarum tam mystice scripserit et absçon- dita sæculis revelaverit sacrameuta. Nunc ergo quoniam orationum vestrarum et sanctæ Marcellæ fui tus auxilio, tertium, id est extremum, iu eamdem Epistolam dicto iibrum, mihijustum videtur, ut nominis quoque ipsius etymologiam cum sensu quem supra exposui, congruere doceam. « Ephesus » in Latinam linguam interpretntuf « voluntas, » sive « consilium meuiriân ea, » velcerte « anima mea in ea. » Voluntas et consilium, et anima Dei in eo est, qui potest dicere : « Ipse enim mihi dédit notitiam omnium » Eccl. i, et I Joan. v et, cum incerta occulta sapientiæ Dei, illi fuerint revelata, testimonium conse- quetûr loquentis : « Inveni David de Betkleem filium Jesse, virum secundum cor meum, qui faciet [Al. faciat] dis; l’homme prudent, et il pénétrera mes paro¬ les, » Osée xiv, 10 ? Or, voulez-vous savoir la distance qui sépare le simple juste, de celui qui joint la sagesse à la justice, considérez la gloire qui attend chacun d’eux au jour de la résurrec¬ tion des morts : « Plusieurs de ceux qui dor¬ ment dans la poussière do la terre s’éveilleront; les uns pour la vie éternelle, et les autres pour l’opprobre et uno honte qui n’aura point de fin. Or, ceux qui sont intelligents brilleront comme la splendeur du ciel, et un gi^and nom¬ bre de justes brilleront dans l’éternité comme lés étoiles du firmament, » Dan . xii, 2. Les jus¬ tes, dit-il, brilleront éternellement comme les étoiles du firmament, et ceux qui sont intelli¬ gents, c’est-à-dire qui ont la science des Écri¬ tures, brilleront comme la splendeur du ciel. Ge n’est pas, sans doute, que l’homme docte et savant ne soit aussi obligé d’être juste, mais le prophète nous apprend que le juste, s’il n’a en même temps la science, est aussi éloigné de l’homme juste et sage que la clarté des étoiles diffère de la splendeur du ciel. D’un autre côté, celui qui s’applique exclusivement à la médita¬ tion de la loi de Dieu, sans s’occuper de régler sa vie, et qui ne peut dire : « J’ai acquis l’intel¬ ligence par la pratique de vos préceptes, c’est omnes voluntates meas » Act. xm, 22. Iàtiusmodi vi¬ rum et Osee propketa significat, dicens : « Quis sapiens et intelliget [Al. intelligit et agnoscit\ h sec, prudens et agnoscet ista * Ose . xiv, 10? Porro ut sciatis multam esse distantiam justi simplicis, justique sapientis, qualem in resurrectione mortuorum singuli gloriam consequan- tur attendite. « Et mufti dormientium de limo terræ exsurgent : ki in vitam æternam et bi in opprobrium et confusionem æternam. Et intelligentes fulgebunt sicut splendor ûrmamenti, et .ex justis nmlti sicut stellæ in æternum » Dan. xn, 2. Fulgebunt, inquit, justi' sicut stellœ in æternum; et intelligentes, id est, habentes scientiam Scripturarnm, sicut splendor ceeli. Non quo doctus vir justus quoque esse non debeat; sed quo qui justus est, nisi fuerit eruditus, tam procul sit a sapiente justo, quam est stellarum fulgor a lumine firma- menti. Quod si quis meditatione tantum legis instruc¬ tifs, vitam suam negiigit, neque audet dicere : « A man- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 465 pour cela que j’ai haï toute voie d’iniquité, » Ps. cxvm, 104, est semblable à un airain son¬ nant, à une cymbale retentissante, à un sel affadi qui sera jeté sur le fumier et foulé aux pieds, If-or. xii, Matth. v, 13; Luc. xiv. Mais si l’on me donnait le choix çntre les deux, ( en mettant de côté celui qui réunit la sagesse et la justice), je préférerais 'l’ignorance du juste à la science de Thomme mauvais. Car à l’un est réservée une gloire moindre il est vrai, mais égale cependant à la clarté des étoiles, à l’autre, au contraire, des châtiments d’autant plus grands que sa science aura été plus grande. « Car les puissants serohi puissamment tourmentés, » Sag. vi, 7. et : « Et le serviteur qui a connu la volonté de son maître, et qui ne l’a point exécutée sera . frappé d’un grand nombre de coups, » Luc. xii, 47. Je suis entré dans ces détails, pour vous expliquer pourquoi l’âme, le conseil et la volonté de Dieu, se trouvent exprimés par le nom des Éphésiensqui, abandonnant les prestiges de la magie, ont transporté à l’amour do la vérité le zèle qu’ils avaient manifesté pour l’er¬ reur; et leur salut coûta tant de peines et do sueur à saint Paul qu’il écrivait aux Corin¬ thiens : « Que me, sert (humainement parlant), d’avoir combattu contre les bêtes à Éphèse, si les morts ne ressuscitent point? » I Cor. xv, 32. Quelles sont ces bêtes? Sans doute celles dont le Psalmiste .demandait' d’être délivré en disant datis tuis intellexi, propterea ad omnia mandata tua dirigebar » Ps. cxvm, 10, iste quasi æramentum sonans, et cymbalum tinniens, et infatuatum sal, in stercore conculcandus est I Cor. xm, Marc . ix, et Luc. xiv. Si autem detur optio singulorum (seposito eo qui habet sapientiam atque justitiam), magis ego velim rusticitatem justam, quarn doctam malitiam. Quia in alte- ro licet minor, tarnen gloria est, stellarum esse lu mini coæ- qualem : in altero juxta scientiæ profectum, majora supplicia sunt. « Potentes patieutur tormenta » Sap. vq ■ 7; et : « Servus qui scierit voluntatem Domini sui, et non fecerit eam, vapulabit multis » Luc. xii, 47. Hæc idcirco, ut docerem quare animam et consilium, et vo- luntâtem Dei, Ephesiorum vocabulum sonet; qui, ar- tiiun magicarum præstigiis derelictis, erroris zelum ad veritatis studium transtulerunt. Ob quorum salutem tanto Paulus sudore pugnavit, ut ad Corinthios scribe- ret :« Si secundum hominem ad bestias pugnavi Ephesi, ,quid mihi prodest si mortui non resurgunt » I Cor . xv, 32? Quæ sunt istæ bestiæ? Nempe illæ de quibus Psal- mista precatur dicens ; «Netradas bestiis animam oon- Tom. x. à Dieu : « Ne livrez pas aux bêtes l’âme qui confesse votre gloire, » Ps. lxxiii, 19, et dans un autre endroit : « Jette l’épouvante parmi les bêtes des roseaux, » Ps. lxviii, 31. En effet, le diable notre ennemi, tourne autour de nous, comme un lion rugissant, I Pier. v, 8. Comme il voyait que la métropole de l’Asie était, arrachée de ses serres et embrassait la doctrine prêcbée par saint Paul; réunissant toutes les légions de ses satellites, il s’efforçait de l’écraser, et dans son orgueilleuse prétention, il voulait comme l’aigle placer son nid au-dessus de lui, Isai xiv, Prov . iv. L’Apôtre pressentit ses desseins, et mettant tous ses soins à conserver son cœur, (car il n’ignorait pas les ruses ,du démon) il disait après la victoire sanglante qu’il avait remportée : « Nous ne voulons pas, . mes frères, que vous ignoriez, touchant la tribulation qui nous est survenue en Asie, que le poids en a été. excessif et au-dessus do nos forces, au point que nous étions las de vivre, » II Cor. i, 8. Cette épître est envoyée par Tychique, ce qui est en rapport avec les mystères qu’elle renferme. Le psaume neuvième à pour titre : « Pour les secrets du fils, car Tychique veut dire qui se tait , qui ne jette point les perles devant les pourceaux, ne donne point les choses saintes aux chiens, et peut dire à Dieu en toute confiance : « J’ai caché vos paroles dans mon cœur pour ne point vous offenser, » P$. cxvm, n. fitentem tibi » Psal. lxxiii, 13. Et in alio loco : « Increpa feras calami » Psal. lxvii, 31. Àdversarius enim noster diabolus, tamquam leô rugiens circuit IPetr. v, 8. Qui cum cerneret principem Asiæ civitatem ad doctrinam Pauli de faucibus suis eripi, totis satellitum suorum ag- minibuscongregatis,eumoppi'imerenitebatur, etimprôbe se extollens, volebat quasi aquila ponere super ( ilium nidum suum Isai. xiv, Prov. iv. Quod Apostolus sen- tiens, et omni custodia servans cor suum (quippe qui ejus non ignoraret astutias), post victoriam quidem, sed non incruentam victoriam loquebatur : « Non enim volu- mus vos ignorare, fratres, de' tribulatione nostra quæ facta est nobis in Asia; quoniam supra modum gravati sumus, supra virtutem, ita ut tæderet nos etiam vivere » 31 Cor. i, 8. Quod autem per Tycbicum Epistola mittitur, valde ejusdem Epistolæ congruit sacramentis I Thess. iv. De quibus et noni psalmi titulus preenotatur, « pro arcanis filii. Tychicus » enim « silens » interpretàtur : non projiciens margaritas ante porcos, nec dans sanctum canibus; et libéré ad Deumloquens. ^ In corde meo ab- scondi eloqüia tuà, ut non peccera tibi » Ps. cxvm, Tl. , * 30 SAINT JÉROME 466 « Que toute amertume, toute colère, tout èmpôrtement, toute clameur et tout blasphème soient bannis du milieu de vous, avec toute malice. » L’amertume est opposée à la douceur, ce qui fait dire dans le langage ordinaire, les amers et les doux. G’est de cette amertume que Jérémie veut parler quand il dit : « Et votre amertume est montée sur moi, »Jerem. xv, 17. La fureur est une colère qui commence et une indignation qui bouillonne dans l’âmo. La colère (dont l’amertume et la fureur sont des espèces ) alors que la fureur est calmée désire se venger, et veut punir celui qu’elle croit, avoir cherché à lui nuire.. Quoique bien souvent ces mouve¬ ments de Pâme soient appliqués à Dieu comme dans ces paroles : « Seigneur, ne me reprenez point dans votre fureur, et ne me châtiez . pas dans votre colère, » Ps. vi, 1, elles n’ont rien de semblable à ces troubles de l’âme que nous ressentons, car en Dieu tout est modéré et suivant l’ordre, et nous sommes obligés d’ex- primor dans notre langage le châtiment dont il frappe les péçheurs. Pour nous, au contraire, sommes-nous en colère, notre âme est aussitôt dans le trouble, et emportés par la fureur, nous cessons d’être maîtres de nous-mêmes. Il faut donc éloigner de notre âme toute amertume, toute fureur, toute colère. Car c’est inutilement qu’à ces paroles de l’Évangile : « Quiconque se > mettra en colère contre son frère sans raison, « Omnis amaritudo, et furor, et ira, et clamor, et blasphemia auferatur a vobis cum omni malitia. » Amaritudo contraria est dulcedini, unde amari vulgo appellantur, et dulces. De qua et Jereraias loquitur, dicens : « Et amaritudo tua ascendit super me » Jerem . xv, 17. Furor vero incipiens ira est, et ferves- çens in animo indignatîo. Ira autem est (cujus amaritu- do et furor species sunt,) quæ furore restincto desiderat ultionem, et eum quem nocuisse putat, vult lædere. Quæ quidem licet in Deo sœpe dicantur, secundum illud ; « Domine, ne. in furore tuo arguas me, neque iu ira tua corripias me » Psf . vi, 1, non sunt perturbaliones animi computandæ sicut in nobis, quia in îlb moderata et ordinata sunt omnia, et pœna qua peccatores corrigun- tur, nostris vocibus appellatur. Nos vero si irascimur, perturbamur, et, furore rapti, nostri esse desinimus. Unde a nobis omnis amaritudo, et furor, et ira penitus auferenda sunt. Nam ad illud Evangelii : « Quicumque irascitur , fratri suo sine causa,, reus erit judicio » ' Matth. v, 12, frustra est addltum, « sine causa, » quia nec cum causa nobis irasci Conceditur, manifestissime sera condamné par le jugement, » Matth . v, 22, on a ajouté sans raison, puisqu’il nous e^t défendu de nous mettre en colère même avec raison, aux termes si clairs de l’Apôtre : « Que toute amertume, toute colère, tout emporte¬ ment soit bannis du milieu de vous, » et d,u Psalmiste, qui dans le psaume trente-sixième défend toute commotion de l’âme par ces paro¬ les : « Réprimez votre colère et contenez votre fureur. » Car si la colère désire ia 'vengeance, si toute vengeance tend à rendre le mal à celui dont elle croit avoir été offensée, et si le chrétien de son côté ne doit point rendre le mal pour le mal,, mais vaincre le mal par le bien, I Pier . m, et Rom. xii, 19, puisqu’il ( est écrit : « G’est à moi qu’appartient la vengeance, et je la rendrai, dit le Seigneur, » Deut. xxxrij 35, tout homme, qui se met en colère pèche, » Jacq . i, 20. Après l’amertume, la fureur et la colère, l’Apôtre nous défend avec raison toute clameur et tout blasphème. Celui en effet qui se laisse une fois dominer par la fureur, en vient nécessairement à éclater en cris, en frémisse¬ ments confus, emporté en tout sens comme la feuille par le vent, et à, s’écrier : ô iniquité qui règne partout! ô jugements de Dieu marqués au coin de l’injustice! et autres choses qui sortent de la bouché de ceux qui, par l’excès de leur indignation, ont perdu comme l’usage de la rai¬ son. Quant au blasphème, il n’y a pas seulement Apostolo nunc dicente : « Amaritudo, et furor et ira tollatur a vobis : » Et tricesimo sexto psalmo univer- sam commotionem animi generaliter' auferente : « Quies- ce ab ira, et dimitte furorem. » Si enim ira desiderat ul¬ tionem, omnis autem ultio renendere cupit ei ma- lum a quo se læsam putat, et Ghristianus non debet malum pro malo reddere, sed vincere in bono ma- lum I Petr. m, et ,Bom. xii, 19. Et : « Mihi vindf- ctam, et ego retribuam, d i ci t Dominus » Deut. xxxii, 35 ; omnis qui irascitur, peccat : « Ira quippe viri justitiam Dei non operatur .» Jacob, i, 20. Post amà- ritudinem, furorem et iram, recte clamor quoque et blasphemia prohibentur in nobis. Quia qui semel fuèrit furore superatus, necesse est ut prosiliat in clainorem, et turbide fremens, hue atque illuc in modum folji ven- tiletur, et dicat : O rerum iniquitas! o, injusta judicia Deil et cætera quæ soient loqui, qui per indigna tionis furorem mentis judicium perdiderunt. Porro blasphemia non solum aperta est, et de ira nascitur, sed et absque ira, sedata mente, profertur, si aut de mundi istius quispiam gubernatione causetur, et dicat : Illud sie esse COMMENTAIRES SUR V que celui qui se produit ouvertement et qui naît de la colère, il y a le blasphème que F on. profère a froid sans colère, et dans le calme de Fesprit. Je suppose par exemple, qu’en parlant du gouvernement du monde, quelqu’un vienne à dire : Telle chose 1 n’aurait pas du être, telle chose, au contraire devait se faire. Supposons encore qu’un . chrétien, élevé en dignité dans FÉglise et qui croit en Dieu, commette des erreurs dans des vérités dogmatiques qu’il n’est pas permis d’ignorer, qu’il ait sur le Père, le Fils et le Saint-Esprit des opinions contraires à la vérité, qu’il ne croie point la résurrection telle que l’enseignent les. Écritures; ou bien que, portant envie à la sagesse d’autrui, il impute . de. mauvais sentiments à celui qui tient à la foi catholique, ou qu’au contraire, ^.sensible à la flatterie dont il est l’objet, il affirme qu’un héréti¬ que est un bon catholique,, cet homme appelle doux ce qui est amer et amer ce qui est doux. Il faut donc nous appliquer avec toute l’ardeûr possible à la lecture de la sainte Écriture, et méditer nuit et jour la loi du Seigneur, afin que, comme des banquiers éprouvés, nous sachions distinguer la pièce de monnaie qui est vraie de celle qui est fausse. Or, bannissons du milieu de nous toute amertume, toute . fureur, toute colèrè, toute clameur, tout blasphème, ainsi que toute malice ; et par malice, .il faut entendre ou ce qui est contraire à là vertu: et que nous appe¬ lons le vice, ou la malignité et la méchanceté non debuit, hoc vero esse sic debuit ; aut certe in Ecclesia constitutus, et credens in Deum, labatur in dogmatibus quæ ignorare non licitum est; aliter de Pâtre, et Filio, et Spiritu sancto sentiens, quam rei ipsius veritas habet; non ita credens in resurrectione mortuorum., ut Scriptüræ docent; vel certe alienæ^nvi- dens sapientiæ, euin male sentire commenioret, qui ca- tholicæ fidei est, et rursum bæreticum pro adulatione qua sibi obsequitur, catholieum esse contestans; qui d'icit dulce amaruin, et amarum dulce. Unde omni stu¬ dio legendæ nobis Scriptüræ sunt, et in. lege Domini meditandumdie ac nocte ut probati trapezitæ, scia- mus quis nummus probus sit,. quis adulter. Porro ama- ritudinem, furorem, iram, clamorem, atque plasphemiam sic tollamus a nobis, ut cüm. omni malitia aiiferantur. « Malitia » autem vel contraria virtuti intelligenda est, quam alio nomine « vitium » nominamus ; vel « malig- nitas, » et « nequitia, » quæ in tergiversatione et calli- ditate sentitur. ÉPITRÉ AÜX ÉPHÉSÏËNS 467 qui met à son service les subterfuges et là fourberie. CHAPITRE Y. « Soyez donc bons les uns envers les autres, miséricordieux, vous pardonnant mutuellement, comme Dieu lui-même vous a pardonnés en Jésus- Christ. » Nous avons dit plus haut qu’à l’amer¬ tume était opposée la douceur, à laquelle l’Apô¬ tre donne maintenant un autre nom, celui dé Xp-qo-TOT-qTa, qUi signifie suavité plutôt que bénignité . Il nous recommande donc qu’après avoir condamné toute amertume, toute fureur, toute colère, toute clameur, ~tout blasphème, tout mouvement qui porte le trouble dans l’âme, et une certaine austérité du visage, nous soyons cléments et doux, que nous invitions les hommes à notre intimité, que nul ne craigne d’approcher de nous, or cette intimité a surtout pour principe , là miséri¬ corde. Et en faisant du bien aux autres, nous 11e cessons pas d’avoir nous-mêmes ce que nous leur avons donné, car saint Paul ajoute : « Vous pardonnant mutuellement. » En effet, le bien que l’on fait à un autre, est plus profitable à celui qui l’a fait, qu’à celui qui en est l’objet. Colui qui a compassion du pauvre sera rassasié, et celui qui lui donne, prête avec usure à Dieu. On. peut encore donner cette explication : que si nous sommes pleins de dou¬ ceur et de miséricorde, et que, renonçant à ces CAPUT V. « Estote autem mvicem benigni, miséricordes ; don¬ nantes vobismetipsis, sicut et Deus in Christo donavit vobis. » Supra amaritudini contraria m dulcedinem dixeramus, quam nunc Apostolus alio verbo^p7](7T Qui intelligit quomodo dictum sit « Estote perfecti, sicut et Pater vester cœlestis perfectus est » Matt. v, 48, iste sciet quomodo et nunc dicatur : « Estote imitatores Dei » I Cor. iv, 16. Et Gorinthiis quidem scribens ait : « Imitatores mei estote, sicut et ego Christi » J Cor. xi, 1. Non enim poterant statim imitatores Christi fieri; sed grande illis erat. si imitatores possent imitatorls existere. Ephesiis vero quasi his quos jam mysteria tanta . docuerat, non ait : imitatores mei estote, nec, imitatores Christi; sed, imitatores Dei. Non quod minus COMMENTAIRES SUR L’EPITRE AUX ÉPHËSIENS 469 imitateurs de Diéu. Ce n’est pas que ce soit une tâche moindre d’imiter le Christ que d’imiter Dieu, (car le Christ est Dieu,) mais autre chose est de' l’imiter comme homme, autre chose de l’imiter dans sa nature divine. Car, bien que nous ayons connu auparavant Jésus-Christ selon la chair, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Le Sauveur voulant nous montrer lui- même l:humilité de l’économie divine de son incarnation dit : « Tout ce que le Fils voit faire au Père, il le fait pareillement, » Jean. v. 19. Ces paroles ne signifient pas que le Père a fait ujn autre ciel et une .autre terre, et qu’à leur ressemblance, un autre ciel, une autre terre, d’autres éléments ont été faits par le Christ, mais que tout ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement. Or, l’Apôtre nous a enseigné plus haut en quoi nous pouvons devenir semblables à Dieu, lorsqu’il nous a dit : « Vous pardonnant mutuellement, comme Dieu lui-même ' vous a pardonné en Jésus-Christ. » Car je ne pense pas que l’homme puisse imiter Dieu dans les ^autres oeuvres qu’il a faites, mais à l’exemple de cette clémence qui lui fait répandre la pluie sur les bons et les mauvais avec d’autres faveurs, ainsi devons-nous répandre les effets de notre bonté sur tous les hommes. Lorsque nous aurons ac¬ compli ce devoir, nous serons les enfants hien- aimés, ou de saint Paul lui-même, ou ce qui me paraît plus vraisemblable, de Dieu lui-même. sit imitatorem Christi esse, quam Dei. (Deus quipp© Christus est, sed quod aliud sit secundum hominem imitari, aliud secundum Deum. Nam etsi Christum ^secundum carnem antea noveramus; mmc jam nequa- quam eum novimus secundum carnem. Loquitur et ipsa Salvator, linmilitatem dispensationis ostendens : « Quæ- cumque viderit Patrem facientem, hæc eadem Filius facit similiter Joan. v, 19. Non quo aliud cœlum et aliam terrain Pater fecerit, et ad similitudinem eorum, aliud cœlum et alia terra, et elementa a Christo facta sint cætera, sed quo quæcvimque operetur Pater, hæc eadem et Filius operetur. In quo autem similes Deo possumus fieri, supra testatus est, dicens : « Donnâtes vobis, sicut et Deus in Christo donavit vobis. » Non enim puto quod in cæteris quoque quæcumque Deus fecit, home Deum possit imitari ; sed verbi causa, ut quemodo ille clemens est, et pluit super bonos et malos, et reliqua; sic etiam nos bonitatem nostram super omnes domines effundàmus. Quod cum fecerimus, erimus filii f Ai. sicut fdii] dilecti, sive ipsius Pauli, sive, quod melius puto, Dei» « Et marchez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous en s’offrant à Dieu comme une victime d’agréable odeur. » Celui qui pour le salut de ses frères combat contre le péché jusqu’au sang, jusqu’à donner sa vie pour eux, celui-là marche dans la chasteté, et imite Jésus-Christ qui nous a tant aimés, qu’il a souffert- le supplice de la croix pour ie salut de tous les hommes. De même en effet, qu’il* s’est livré pour nous, ainsi le chrétien qui fait le sacrifice volontaire de sa vie pour Ses frères, deviendra l’imitateur de celui qui s’est offert à son Père comme une oblation, comme une victime d’agréable odeur, et il deviendra lui-même cette oblation, cette hostie faisant monter jusqu’à Dieu une odeur de suavité. ' « Que la fornication et toute impureté, ou l’a¬ varice ne soient pas même nommées parmi vous, comme il convient à des saints; qu’on n’y entende ni parole deshonnête, ni futilité, ni bouffonnerie, ce qui ne convient point à votre état, mais plutôt des actions de grâces. » Si un philosophe cynique ne s’était rencontré pour enseigner qu’on ne devait point s’interdire à l’occasion toute sensation charnelle, toute pollution venant d’un frottement ou d’un attouchement quelconque, et si quelques sages du siècle n’avaient donné leur approbation à cette hérésie honteuse et infâme, jamais le saint Apôtre, écrivant aux « Et ambulate in charitate, sicut et Christus dilexit nos, et tradidit semetipsum pro nobis oblationem, et hostiam Deo in odorem suavitatis. » Qui pro aliorum salute usque ad sanguinem contra peccatum dimicat, ita ut et animait) suam tradat pro eis, iste ambulat in charitate, imitans Christum,. qui nos in tantum dilexit, ut crucem pro salute omnium sustineret. Quomodo enim ille se tradidit pro nobis, sic et iste pro quibus potest libenter occumbens, imitabitiu* eum qui oblatio¬ nem et hostiam in odorem suavitatis se Patri tradidit, et fiet etiam ipse oblatio et hostia Dei in odorem suavi- tatis. « Fornicatio autem et omnis immunditia, aut avari- tia, nec nominetur in vobis, sicut decet sanctos; et turpitudo, et stultiloquium, aut scurrilitas, quæ ad rem non pertinent; sed magis actio grat.iarum, * Nisi phi- losophorum quidam Cynicus extitisset, qui doceret omnem titillationem carnis, et fluxum seminis ex quali- cumque attritu tactuque venientem, in tempore^ non vitandum, et nonnulli sapientes sæculi in hanc turpem et erubescendam hæresim consensissent, numquam 470 SAINT JEROME Éphésiens, n’aurait joint à la fornication toute impureté, et à l’impureté l’avarice, non pas celle qui nous, fait désirer d’amasser de l'ar¬ gent, mais celle dont nous avons parlé plus haut : « Et , que personne n’opprime, qu’aucun avare ne trompe en cela son frère » I. Thessal. iv, 6. C’est une espèce d’avarice qui, n’étant jamais rassasiée, jamais assouvie, se jette dans tous les genres de turpitudes et de désordres. << Comme il convient à des saints. >> Donc on ne peut donner le nom de saint à celui qui en dehors de la fornication, se laisse entraîner au plaisir coupable de l’impureté quelle qu’elle soit, et de ce qu’on peut appeler l’avarice insatiable des voluptés. Si quelqu’un pense que l’avarice ne doit pas être prise dans le. sens que nous venons de donner, qu’il nous dise pourquoi l’Apôtre donne une. place tout à fait extra¬ ordinaire à l’avarice au milieu de la fornication, de l’impureté, de la turpitude, des folles paroles, de la bouffonnerie. Or, par folles paroles ou futilités, je m’entends pas seulement le langage cle ceux qui racontent des choses indécentes pour exciter le rire, et qui .simulent la sottise pour tromper plus facilement ceux à qui ils veulent plaire, mais encore les discours de ces sages du siècle qui, disputant sur les choses physiques, prétendent avoir compris les grains de sable des rivages de la mer, les gouttes d’eau de l’Océan et les vastes espaces des cieux. sanctus Apostolus scribens ad Ephesios, ad fornicatio- nem etiam omnem immunditiam copulasset, et ad im- munditiam junxisset avaritiam ; non hanc qua pecuniam cupimus congregare, sed illain de qua supra diximus : « ne supergrediatur, et avarus fraudet in negotio fra- trem suum. » Quod scilicet . insatiabilis et. inexpletus, per omnia turpitudinum généra,, lasciviæque discurràt. « Sicut decet, » inquit, « sanctos. » Ex quo sanctus non potest appedari, quicumque extra fornicationem in aliqua immunditia et avaritia voluptatura, quæ se delec- taverint, invenitur. Si quis autem arbitratur avaritiam non in illo sensu accipiendam esse quo diximus, reddat causas, quare inter fornicationem, et immunditiam, et , turpitudinem, et stultiloquium, et scurrilitatem, mediam avaritiam extraordinarie posuerit. Porro stultiloquium es^e existimo non solum eorum qui aliquâ narrant tur- pia, ut risum moveant,ret fatuitate simulata magis illu- dant eis, quibus placere desiderant; sed etiam eorum qui sapientes sæculi putantur, et de rebus physicis disputantes, dicunt se arenas Iittorum, guttas Oceani, st cœlorum spatium, terræque punctum liquido compre- On rencontre aussi ces folles paroles dans l’Église, dans celui par exemple qui, trémpé par les paroles d’Isaïe qu’il ne comprend pas, s’imagine que le ciel est courbé en forme de voûte, qu’il, y a dans le ciel un trône sur lequel Dieu est assis, et que semblable à un empereur, à un juge, il voit les anges rangés autour de iqi prêts à obéir à ses. ordres et auxquels il assigne divers offices, Isa i. v. Mais comme après les folles paroles, saint Paul place les bouffon^ neries, il vaut mieux voir dans ces folles paroles des fables ou L’absurdité se mêle à l’ineptie. Or, on peut établir cette différence entre les folles paroles et la bouffonnerie, que les folles paroles n’ont rien de raisonnable et de digne du cœur de l’homme, tandis que la bouffonnerie peut sortir d’un esprit intelligent .qui cherche à dessein certaines expressions polies ou gros¬ sières, obscènes ou facétieuses que nous pouvons appeler d’un autre terme, des plaisanteries propres à faire rire ceux qui les entendent. Or, les saints doivent éviter soigneusement toutes ces choses; la tristesse et les larmes, voilà ce qui leur convient beaucoup mieux selon ces paroles du Seigneur à ses disciples que nous lisons dans l’Évangile en langue hébraïque « Ne vous livrez jamais à la joie, que lorsque vous verrez votre frère dans la charité. .» Jusqu’ici, tout estconforme au sujet,, tout s’enchaîne et suit un ordre Rigoureux. Mais les paroles qui suivent hendisse. Est, et in Eçclesia stultiloquium. Si quis cœ- lum putet fornicis more curvatum, Isaiæ, quem no.n intelligit, sermone deceptus ; solium quoque i'n cœlis positum, et super eo sedere Deum, et in ritum impera- toris et judicis, angelos stare in circuitu, qui verbis jubentis obtempèrent, et in diversa mittantur officia lsai. vi. Sed quia sequitur stultiloquium scurrilitas : magis stultiloquium ad fatuas et iueptas fabulas transfe- rendum. Inter stultiloquium autem et scurrilitatem boc interest, quod stultiloquium nihil in se sapiens et corde homiuis dignum habet. Scurrilitas veru de pvudenti mente descendit, et consulto appétit quædam vel urbana verba, vel rustica, vel turpia, vel faceta, quam nos jocularitatem alio verbo possumus appellare, ut risum moveat audientibus. Verum et hæc a sanctis viris peni- tus propellenda, quibus magis conveuit flere atque lu- gere, ut in Hebraico quoque Evangelio legimus, Domi- num ad discipulos loqueutem : « Et numquam, » inquit, « læti sitis, uisi cum fratrem vestrum videritis in cha- ritate. » Videtnr bucusque nihil extra propositum et extra consequentiam,. textumque ordinis intulisse. Ve- COMMENTAIRES SUR L’È PITRE AUX ÉPHÉSIENS 471 et qui terminent cette proposition : « mais plutôt des actions de grâces » donnent lieu de demander ce que vient faire l’action de grâces après que l’Apôtre vient de défendre la forni¬ cation, l’impureté, la dissolutiofi, les turpitudes, les folles paroles et ' la bouffonnerie. Car s’il avait à parler d’une vertu quelconque, il devait dire : mais plutôt la vérité, la justice, la charité. Mais il n’y aurait pas eü plus de suite et d’en¬ chaînement que dans le premier cas, et il serait difficile de rattacher ces dernières paroles à ce qui précède. Il est donc probable que l’action de grâces dont il est ici question n’est pas celle par laquelle nous rendons grâces à Dieu, mais celle qui nous mérite de la part des hommes, le nom d’agréables,, de gracieux, de spirituels et d’ingénieux. La futilité et la bouffonnerie ne conviennent point à un chrétien, mais il est bon que ses discours soient assaisonnés de sel et qu’il soit agréable à ceux qui l’écoutent. Et comme ce n’est' pas l’usage, si ce n’est parmi les savants dans la langué grecquo d’employer le mot eéxapmTrf'av autrement que pour exprimer PEucharistis; et dans le sens d’être gracieux et de rendre grâces, l’Apôtre, je pense, hébreu de naissance, s’est servi d’un mot connu, et a voulu exprimer sa pensée sous une autre expression; d’autant plus que les hébreux expriment par un seul mot, être rum hoc quod sequitur, et in fine positum est : « Sed îpagis gratiarum actio, » quærat aliquis, et dicat quid sibi velit post fornicationera prohibitam, et immundi- tiam, et lasoivjam, et turpitudinem, et stultiloquium, et scurrilitatem, àctio gratiarum. Si enim. semel.ei liberum fuit ponere quaracumque virtutem, potuit dice- re, sed magis justitia, veritas, dilectio. Quomoclo autem hoc inconsequens est : ita etiam ilia inconsequentia esse potuissent, et eadem licentia ordinem non habe- rent. Forsitan igitur gratiarum actio in hoc loconon ista est nominata ; juxta quam gratias agimus Deo, sed juxta quam grati sive gratiosi , et falsi apud ho mi nés appellamur. Stultiloquium enim et scurram non decet esse Christianum. Decet autem sermo- nem ejus sale esse conditum, ut gratiam apud au- dientes habeat. Et quia non est consuetudinis, nisi inter/doctos quosque apud Græcos eu^apum'av, ad dis- tinotionem Eucharistiæ dicere, hoc est, gratiosum esse, et agere gratias.; propterea puto Apostolum quasi Hebræum ex Hebræis, verbo usum esse vulgato, et sensum suum alterius significatione verbi explicare voluisse; maxime ôum apud Hebræos gratiosus et gracieux, et rendre grâces. Aussi je crois que c’est dans ce sens qu’il est écrit dans les proverbes : yuvvj eu^apurr oç eyst'psi otvSpi la femme pleine de grâce attire de la gloire à son mari Prov. xi, 16, grata au lieu de gratiosa. Nous paraîtrions faire violence à l’Écriture, en traduisant hardiment la femme qui rend grâce, par la femme gracieuse, si les autres éditions n’étaient favorables à ce senti¬ ment. Eu effet, Aquila, Théodotien et Symmaque ont ainsi traduit yuWj xotpnrog, c’est-à-dire, une femme qui a de la grâce et non eu^apnrroç, qui a rapport à l’action de grâces. Car sachez qu’aucun fornicateur, ou impu¬ dique, ou avare, ce qui est une idolâtrie, n’a d’héritage dans le royaume du Christ et de Diou. » Remarquez qu’après avoir 'défendu plus haut six espèces de vices, saint Paul n’en nomme ici que trois, la fornication, l’impureté, l’avarice, qui rendent indignes, ceux qui en sont coupables, do l’héritage dans la royaume de Jésus-Christ et de Dieu. Car si les futilités et les bouffonneries rendaient indignes du royaume de Dieu, comme les trois vices qu’il vient d’énuméror, la sentence paraîtrait cruelle, elle serait sans indulgence pour la fragilité humaine, en nous condamnant même pour des ^paroles de plaisanteries. « Car celui qui ne pèche point en paroles est parfait » Jacq . ni. 2. -En gratias agens, uno, ut aiunt, sermone dicatur. Unde et in Proverbes puto ita scriptum : y uyq suyotpmToç éyet'pst 7.vSpiS$;av, « mulier grata suscitât viro gloriam » Prov. x i, 16, pro eo quod est, « gratiosa ;» vide- remur vim faeere Script uræ, et gratias agentem mulie- rem, pro gratiosa audacter accipere, nisi etcæteræ editio- nes nostræ opinioni congruerent. Aquila enim et Theodo- tio, et Symraachus ita posuerunt, yuvq '/ol ptToç, id est, mulier gratiosa, » et non eù^apmx oq, quod ad actionem pertinet gratiarum. « Hoc autem scitote, quia omnis fornicator aut im- mundus, aut avarus, quod est idolis serviens, non habet hœreditatem in regno Christi et Dei. » Notandum quod sex vitiis supra prohibitis, fornicatione, immunditja, avaritia, turpitudine, stultiloquio, scurrilitat.e, nunc tan¬ tum tria posuerit, fomicationém, immunditiam,avaritiam; quibus qui fuerit obnoxius, hæred.itatem in regno Christi et Dei habere non pogsit. Si enim ita stultilpquus et scurra alieni essent a regno Dei, quomodo très quos spécial i ter sépara vit, videretur sententia esse orudelis, non ignoscere imbecillitati fragilitatis humanæ; cum etiam per jocum nos dicta damnavent. « Qui. enim in 472 SAINT JÉROME parlant de la sorte, nous ne prétendons point autoriser les futilités et les bouffonneries parce qu’elles n’excluent pas du royaume des cieux. Mais nous disons que de même que chez le f Père il y a diverses demeures, et qu’une étoile diffère d’une étoile en clarté Jean xiv, I. Cor, xv; il en est de même de la résurrection des morts. Ainsi un chrétien n’est coupable ni de fornication, ni d’impureté, ni de débauche; cependant s’il se permet des futilités et des bouffonneries, il n’aura pas dans le ciel la place qu’il aurait eue, s’il avait été affranchi de ces vices. On me dira, soit, les folles paroles et les bouffonneries n’ont pas le même caractère de gravité que la fornication, l’impureté et l’avarice; l’Apôtre n’aurait-il pas dû au moins joindre la turpitude aux trois vices qu’il vient d’énumérer? Nous répondons que par turpitude il faut entendre ici une pensée secrète, lorsque les premières flammes de la passion se font sentir à nous, et que notre cœur est comme embrasé par le feu des sensations de la chair, et que cependant nous étouffons ce feu à l’aide du jugement de la raison et de la crainte de Dieu. Disons enfin que l’Apôtre s’était déjà borné à énumérer plus haut trois sortes de vices, sans y joindre la turpitude en disant : « Que la fornication ou l’impureté ou toute . avarice ne soient même pas nommées parmi vous. » Et immédiatement après il met la turpitude avec les folles paroles et les bouffon- sermone non labitur perfectus est » Jacob, ni, 2. Ne- que vero ista dicentes, lccum stultiloquio et scurri- litati damus, dum non excluduntur a regno, sed quo- modo apud Patrera divers» sunt mansiones, et Stella a Stella differt in gloria Jocm. xiv; I Cor. xv; sic et re- surrectio mortuo'rum; quamvis aliquis a fornicatione, immunditia, atque lascivia alienus sit; tamen si stulti- loquus et scurra fuerit, non tenebit eum locura quem possessurus erat, si hæc vitia non haberet. Respondeat quis : Esto stultiloquium et scurrilitas non eumdem habeat reatum, quem fornicatio, immunditia et avaritia; numquid non et turpitudinem cum tribus superioribus debuit nominare? Ad quod dicendum, turpitudinem bic significare absconditam cogitationem, cum inflammatur sensus noster ad libidinem, et carnis titillationibus anima ignita succenditur, et nibilominus Dei timoré et mentis judicio refrenatur. Denique etiam supra absque turpitudine, tria pari ter appellavit, dicens : « Fornicatio autem et omnis immunditia et avaritia, nec nominetur in vobis; et deinceps turpitudo cum stul- neries. Or, pas plus que les folios paroles et les bouffonneries, la turpitude n’exclut éter¬ nellement du royaume des cieux. Or, comme dans ce qui précède, en citant ces paroles d’une autre épître : « Que personne n’opprime en delà son frère, et qu’aucun ne le trompe dans l’avarice, » I. Thess. iv, 6, nous avions dit que l’avarice signifiait l’adultère, nous deman¬ dons si ce que dit ici l’Apôtre, « ou l’avare, ce qui est une idolâtrie, » doit s’entendre dans le sens que nous venons d’indiquer, ou bien selon l’interprétation commune. Nous trouvons dans beaucoup d’endroits des prophètes, que l’idolâtrie est appelée une fornication : « Ils commettaient la fornication avec leurs idoles; » et encore : « l’esprit de fornication les a déçus, Osée. iv. On peut donc entendre la' forni¬ cation dans le sens d’idolâtrie. Mais si l’on est convenu d’appeler avare celui qui amasse [de l’argent n’importe comment, qui désire faire fortune par tous les moyens bons et mauvais, qui met toute sa joie à voir ses coffres pleins, on peut dire aussi de cet homme que c’est un idolâtre, parce qu’il adore l’image empreinte sur la pièce d’or, et qu’il vénère les idoles qui s’y trouvent gravées : De même en effet que pour h\s intempérants leur dieu c’est leur ventre, ainsi peut-on dire dans un sens très juste que l’argent est le dieu des avares, d’autant plus que dans un autre endroit l’Apôtre appelle l’avarice une véritable idolâtrie. Mais tiloquio et scurrilitate numerata est. Et quomodo sLul- tiloquium et scurrilitas ; sic et ista turpitudo non perdit, nec in perpetuum excludit a regno. Quia vèro in supe¬ rioribus ex eo quod alibi legeramus : « Ne supergre- diatur, et avarus fraudet in negotio fratrem suum » I Thess. iv, 6, dixeramus avaritiam pro adulterio posi- tam; quærimus id quod nunc dicitur, «, aut avarus, quod est idolls serviens, » utrum cum ilia, an cum vul- gata interpretatione consentiat. Invenimus in locis.plu- rimis prophetarum idolatriam, fornicationem appella- tam. « Fornicabantur; » inquit, « post idola sua » Ose. îv, 12. Et : « spiritu fornicatio ni s seducti sunt. )> Potest itaque fornicatio et super idololatria intelligi. Sin vero avarus ille accipitur, qui pecuniam utcumque con- quirens, nummos per fas et nefas babere desiderat; e t pleno sacculo delectatur, iste idololatres in eo est, quia sculpturam ipsius nummi colit, et idola in eis cœlata veneratur. Ut voracium deus venter est, ita cupidorum quoque justissime pecunia deus dici potest; maxime cum in alio loco Apostolus cupiditatem idoîatriàra vocet 473 COMMENTAIRES SUR L/ÉPITRE AUX ÉPHÉS1ENS quelle e,st la pensée de 'l’Apôtre lorsqu’il dit : « Dans te royaume du Christ et de Dieu » (. Cor. x. Est-ce que le royaume du Christ est autre que celui de Dieu, ou bien n’y a-t-il qu’un seul royaume à \a fois, celui du Père et du Fils. Si en effet, il avait dit : « dans le royaume du Fils et du Père, » par le Fils nous parviendrions jusqu’au Père, et malgré la diversité des personnes, il n’y aurait pour régner qu’une seule majesté. Mais comme l’Apôtre a dit : « Dans le royaume du Christ et de Dieu, » il nous faut entendre que ce Dieu c’est le Christ, car, quand il aura remis le sceptre du royaume à Dieu et à son Père, ce n’est pas lePère qui sera tout en tous, mais Dieu qui sera tout en tous. Or, là ou nous trouvons le mot Dieu, il faut entendre le Père aussi bien quë le Fils; et ce que nous disons du Père et du Fils, il faut le dire également du Saint- Esprit. « Que personne ne vous séduise par de vains discours, car c’est pour ces choses que la colère de Dieu est renue sur les fils de la défiance. » Les paroles qui trompent et font tomber dans le piège, sont des paroles vaines et vides de sens. Celles au contraire qui édifient ceux qui les entendent sont pleines, nourries et pressées. Or, comme il en’est beaucoup qui nient Ad hæc videndum quid sentire voluerit, dicens : « In regno Christi et Dei » I Cor. x ; utrumnam aliud regnum Christi sit, et ahud Dei; an idem regnum sit Patris et Filii. Et siquidem dixisset, in re- gno Filîi et Patris, per Filium veniremus ad Patrem; et licet esset diversitas personarum, tamen esset regnan- tium una majestas; tune vero cnm dixerit : « In regno Christi et Dei, > ipsurn Deum, et Christum intelligamus, quia et cum tradiderit regnum Deo et Patri, non erit Pater onmia in omnibus, sed Deus omnia in omnibus. Ubi autem Deus est, tara Pater quam Filius intelligi potest. Porrc quod de Pâtre et de Filio dicimus, hoc idem et de Spiritu sancto sentiamus. « Nemo vos decipiat i.nanibus verbis, propter hæc enini. venit ira Dei in filios diffidentiæ. -p Verba quæ decipiunt atque supplantant, mania cunt et vacua. Quæ vero ædificant auditores, plena, cumulata, concerta. Quia igitur sunt plerique (1) qui dicunt, nen futura l’existence des supplices vengeurs1 des péchés aussi bien que des châtiments extérieurs, et qui prétendent que le péché et la conscience du péché trouvent en eux-mêmes une peine suffisante, dans ce ver qui ne meurt pas dans le cœur, dans ce feu qui ne s’éteint pas dans l’esprit, à l’exemple d’une fièvre qui ne tour¬ mente pas extérieurement celui qui en est atteint, mais fait souffrir le corps sans l’appli¬ cation extérieure d’aucun tourment; l’Apôtre appelle ces discours séducteurs, ces pièges trompeurs, des paroles vaines et vides de sens; elles ont une apparence fleurie, pour flatter les pécheurs, mais en leur inspirant de la confiance, elleles entraînent bien plus sûrement dans les supplices éternels. Car rien n’excite autant la juste colère de Dieu que de voir le pécheur orgueilleux, marcher la tête levée et fière, et sans vouloir se réduire à pleurer ses fautes, et à implorer la miséricorde pour ses péchés. « Car c’est pour ces choses que la colère de Dieu est venue sur les fils de la défiance, » ou qui ne. peuvent être persuadés, car le mot doit être entendu dans un sens 'opposé, plutôt comme venant du mot, persuasion, que du mot confiance . Or, les fils de défiance, ou qui 11e se laissent point persuader sont ainsi appelés, cpmme on dit pro peccatis esse supplicia, nec éxtrinsecus adbibenda tormenta; sed ipsum peocatum, et conscientiam delicti esse pro pœna. dum verrais in corde non moritur, èt in animo ignis accenditur, in similitudinem febris quæ non torquet [Al. torqueat] extrinsecus ægrotantem, sed cor- pora ipsa corripiens punit, sine cruciatuum forinsecus adbibitione quod possidet. Has itaque persuasiones et decipulas Iraudulenôas, verba inania appellavh e:; vacua, quæ videntur fiorem quemdam habere sermonum, et blandiri peccantibus; sed dum ficlucian: tribuunt, magis eos ferunt ad æôerna supplicia. Quia .de nolla re sic irascitur Deus, quomodo si peccator superbiat, et erec- tus ac rlgidus non fiectatur in fletum, nec misericor- diam postulet pro delicto. « Propter hæc enim venit ira Dei super filios dii'fidentiæ, » sive, « insuasibilitatis ; » cbrT]0st:: enim magis a « suasione » quam a « fiducia » e diverso intelligi. potest. Insuasibilitatis autem, sive diffidentiæ, filii sic dicuntur, quomodo filii perditionis, (1) Facile Origonistas Impugnat, qui hocce delirium ex îpse idomantio lib. II de Principiis, cap. 9, didicerint. Proditum id quoquo ob Orosio in Comment, ad S. Augustinum ubi Origenistas inter alia, ait, solitos jactarc in ^ulgus : « Ignem œternum: qno peccatores puniontur, non osse :.gnem verum» dicenies dictum esse ignem propriœ conscienûce punilionem ; ac si peccalorum animus post purgationem consciontice in unitalem corporis Christi redituras. » Ed. Mig. SAINT JÉROME 474 (Tailleurs _ les fils de perdition, les fils de fornication, les fils de mort, les fils de géhenne, et d'autres dénominations semblables, qu'il est facile de trouver dans divers endroits de l'Écriture. « N’ayez donc point de commerce avec eux. » On est en commerce ou en participation avec les enfants de défiance, lorsqu’on est coupable de fornication, d’impureté, d’avarice, crimes pour lesquels la colère est venue sur les fils de la défiance. Celui-là entre en participation avec eux qui prend une part à ce qu’ils font, et qui entre en communion de leurs mauvaises œuvres, et on appelle coparticipant celui qui prend part avec d’autres, et dans , lo coparticipant se trouve compris celui qui participe. Mais dans celui qui participe n’est pas compris néces¬ sairement le coparticipant. Considérez atten¬ tivement le mot coparticipant et participant. Je crois que dans les Écritures le mot participant est pris en bonne part, et le mot coparticipant presque toujours en mauvaise part. Ainsi, par exomple : «C’est pourquoi Dieu, votre Dieu vous a sacré d’une onction de joie qui vous ' élève au-dessus de tous ceux qui doivent y parti¬ ciper, » Ps. xliv, 8; et dans un autre endroit : « Nous avons été faits participants de Jésus- Christ, mais à condition de conserver véritable¬ ment jusqu’à la fin ce commencement de son être, » Hebr . iti, 14. Or, je ne me souviens pas d’avoir lu ailleurs, si ce n'est dans cet endroit et filii fdrnicationis, et filii mortis, et filii gehennæ, et cætera his similia, quæ in variis Scripturarum locis invenire perfacile est. « Nolite ergo effici comparticipes eorum. » Particeps sive comparticeps fit diffidontiæ filiorum, qui in fbr- nicatione, et in immunditia, et avaritia, propter quæ venit ira Dei super filios diffidentice, reperitur. Et particeps quidem eorum est, ab eo quod participa- tur, et communionem habet malorum operum; compar¬ ticeps vero ei appellatur, qui cum aliis est particeps; et in comparticipi intelligitur et particeps. ïn participi vero non statim tenetur et comparticeps. Diligenter observa verbum comparticipis atque participis. Puto enim in Scripturis participem in bonam partem, comparticipem in malam semper accipi. Verbi gratia : « Propter quod unxit te Deus Deus tuus, oleo exsultationis præ parti- cipibus tuis Ps. xliv, 8; et in alio loco « Parti¬ cipes enim Christi facti snmus, si tamen principium substantiæ usque ad fmem firrmun tenuerimus » Heb . ni, 14. Porro non memini alibi melegisse, excepto præsenti le mot coparticipant, ou participant avec; et cependant il est évident qu’il est pris ici non en bonne, mais en mauvaise part. « Car autrefois vous étiez ténèbres, maïs maintenant vous êtes lumière dans le 'Seigneur. > S’il est possible que les ténèbres se changent en lumière, on ne peut donc dire avec certains hé¬ rétiques, qu’il y a une nature destinée à périr et qui ne peut recevoir le salut? Interrogeons donc ceux qui inventent cette erreur. Tous les im¬ pies sont-ils ténèbres ou ne le sont-ils pas? Or, il en est. quelques-uns qui étaient d’abord1 appelés ténèbres à cause de leur malice, et qui, con¬ vertis à de meilleurs sentiments, sont mainte-: nant. appelés lumière dans le Seigneur. Ainsi, de même que les justes sont la lumière du monde, ainsi les impies sont appelés ténèbres par une conséquence contraire; et les justes, par cela même qu’ils sont lumière, verront la lumière dans la lumière, les pécheurs au contraire, étant ténèbres, sont le peuple assis dans les ténèbres, et qui ne voit rien. La différence qui existe entre eux, la distance qui les sépare nous est rendue sensible par leurs fruits. Car tout homme qui fait le mal, hait la lumière, et comme il ne se produit pas à la lumière, il est ténébreux, fils de la nuit et des ténèbres. Mais pour celui qui opère la vérité, et qui vient à la lumière, il est lumière et le fils de la lumière et du jour, » Jean itj, 20, 21. Or, c’est par la lumière ou les ténèbres du cœur que se distinguent ceux qui loco, « comparticipem; » et tamen manifestum est hic. non in bona parte, sed in contraria positnm. « Eratis enim aliquando tenebræ ; mine autem lux in Domino. » Si possibile est verti in lucem teuebras non est secundum quosdam hæret.icos natura quæ pereat, et recipere neqneat salutem; ïntorrogemus ergo eos qui ilia confmgunt : utrunmam omnes impii termbræ sint, neene ; de quibus quidam cum propter malitiam tenebræ vocarentur, ad meliora conversi, nunc lux appellantur; in Domino. Sicut autem jnsti sunt lumen mundi, sic impii consequenter tenebræ vocabuntur ; et justi quidém cum sint lumen, videbunt lumen in lumine; injusti au¬ tem cum sint tenebræ, populus Snnt sedens in tenebris, et nihil videns. Quorum dilïerentiam inter se atque dis- tantiam, ex fructibus intelligimus. Omnis enim qui ope- ratur malum, odit lucem, et non veniens ad lucem, tenebvosus est, et filius noctis atque tenebrarum. Qui vero operatur veritatem, et in lucem venit, lux est, et filius lueis et diei , Joan. m, .20, 21. Lucentes autem sive tenebrosi, de cordis vel lumine. COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉS1ENS sont appelés ici. lumière ou ténèbres. A ce sujet vous demanderez si c’est comme caractère dis¬ tinctif de ceux qui sont lumière, mais qui ne sontpas lumière dans le Seigneur, qu’il est écrit : « Maintenant vous êtes lumière clans le Seir gneur. » Il était de toute convenance qu’en écri¬ vant aux Éphésiens parvenus au sommet le plus élevé de la science, il leur dit : qu’ils étaient lumière dans le Seigneur. Ce n’est pas qu’à pro¬ prement parler les ténèbres se changent en lu¬ mière, eu que la lumière se transforme en ténèbres, mais ceux qui reçoivent de l’état où ils sont, le nom significatif de la vertu ou du vice, s’ils passent de cet état à un autre, reçoivent égajementen vertu de l’état où ils sont le nom de ténèbres ou de lumière. « Marchez comme des enfants de lumière. » Si Dieu, est lumière, et qu’il n’y ait point de ténè¬ bres en lui, les enfants de Dieu sont des enfants de lumière. Pour la même raison, si leChristest la vraie lumière, ses enfants auxquels il dit « Mes petits enfants, je suis pour peu de temps avec vous, » Jean xiri, 33, sont les fils de la vraie lumière. D’où nous concluons que les enfants de Dieu le Père, sont les mêmes que les enfants de Jésus-Christ. « Or, le. fruit de la lumière consiste en toute bonté, justice et vérité. » C’est contre Marcion (qui sépare le Dieu juste du Dieu bon, affirme que le Créateur est juste, et qu’un autre, jenesais ! ' vel tenebris cognoscuntur. Super hæc quæres, ne forte ob distinclionem eorum qui lux sunt, sed non sunt lux in Domino, de justis dicafcur : « nunc aulein lux in Domino. » Decenter quoque Ephesiis, qui ad scientiæ, snmmam conscenderaut, scribitur quod sint lux in Do¬ mino. Neque vero tenebræ ipsæ verluntur in lu. cm; aut lux in tenebras commutatur; sed bi qui ab eo quod sunt, nomen quoque vel virtutis meruere, vel vitii; si eonversi fuerint de alio in aliud, opuovutjuog his rebus a quibus possidentur, vel tenebrarum, vel lucis vocabu- lum sortientur. « Ut filii lucis ambulate. , » Si Deus lux est, et tene¬ bræ in eo non sunt, filii Dei, filii lucis suut. Necnon $i Christuslux vera est, filii quoque ejus ad quos loquilur, dicens : « Filioli mei, adhuc modicum vobiscum sum, » Joçm, xni, 33, filii ver æ lucis sunt. Ex quo colligitur eosdem filios esse Dei Patris, qui sunt filii Christi Jesn. « Fructus eniin lucis est in ,omni bonitate et justitia et veritate. » Adversus Marcionem (qui justum Deum a bono separat, et putat Creatorem esse justum; alium vero nescio quera, çujus Ghristus iste qui venit, filins 475 lequel, dont Jésus-Christ venu sur la terre serait le fils, est exclusivement le Dieu bon,) que nous produisons ce témoignage. Car le fruit de la lu¬ mière n’est pas seulement dans la bonté, mais dans la justice et la vérité. Donc là où est la bonté, là aussi estla justice, et là où est la justice, là aussi est la vérité. Donc, comme ils sont for¬ cés de l’avouer, la vérité et la bonté se trouvent réunies en Dieu le Père. Or, l’Apôtre nous ensei¬ gnant que la bonté et la vérité se trouvent en lui et non pas dans un autre, là aùssi se trouve la justice. Que Marcion comprenne également que Jésus-Christ est aussi appelé la bonté, la vérité, la justice; la bonté en ce qu’il donne la grâce non selon les oeuvres, mais par un effet de sa miséricorde, la justice en ce qu’il rend à chacun ce qu’il mérite ; enfin la vérité parce que seul il connaît les causes de toutes les créatures et de toutes choses. , « Examinant ce qui est agréable à Dieu. » Nous devons faire toutes' nos actions avec conseil, usant de toute attention et précaution pour ne faire que ce que nous savons être agréable à Dieu à l’exemple d’un changeur plein de pru¬ dence qui juge de la bonté d’une pièce, d’or non seulement à l’œil, mais au poids et au son. Mais comme la suite du discours paraît tant soit peu troublée et l’abondance des pensées jaillir tout ensemble, voici comment l’ordre peut y être rétabli : N’ayez donc point de commerce avec sit, bonum tantummodo esse Deçm) hoc testimonium proferamus. Siquidemi fructus lucis, non solum est in, bonitate; sed in justitia et in veritate. Ubi itaque boni- tas est, ibi et justitia ; ubi justitia, ibi consequenter et ve¬ ritas. Apud bonum ergo Christi Pafcrem, ut ipsi quoque fatentur, est veritas et bonitas. Ubi autèm bonitas et veritas, apud ipsum, et non apud alium, ut nunc Apos- tolus docet, justitia est. InlcDigat quoque Marcion ipsum Cbristum, bonitatem, veritatem, et justitia m nuucupari. Bonitatern in eo quod non secundum opéra, sed secun¬ do m miser icordiam det gratiam credentibus in se. Jus¬ tifiant in eo, dum unicuique retribuit quod meretur. Porro veritatem, dum ipse solus causas creaturarum omnium, rerumqne cognoscit. « Probantes quid sit beneplacitum Deo. » Omnia façienda cum consilio, ut cauti atque solliciti, ea tan¬ tum quæ scimus Deo placere, faciamus; in morem pru- dentissimi trapezitæ, qui sculpturri mimisma non solum. oculo, sed et pondéré, et tinnitu probat. Quia vero, in hoc loco contextus eloquii. videtur esse turbatus, et tota «caler e sententia, sic ordini sermo reddendus. est ■ Np^ 476 SAINT JÉROME eux, examinant ce qui est agréable à Dieu, car bien que vous fussiez autrefois ténèbres, vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur; marchez donc comme les fils de lumière, en montrant ces fruits de lumière en toute bonté, justice et vérité. « Et ne vous associez point aux œuvres infruc- . tueuses des ténèbres. » Dans l’épltre aux Galates, l’Apôtre emploie le nom de fruit pour l’esprit et le nom d’oeuvre pour la chair lorsqu’il dit : «: On connaît aisément les œuvres de la chair, qui sont : la fornication, etc; » Gal&t. v, 19. « Au contraire les fruits de l’esprit sont : la charité, la joie, la paix, etc. Ibid., 22. Or, dans cette épître, il appelle infructueuses, les œuvres des ténèbres, et tous ceux qui s’en rendent cou¬ pables forment une société commune. « Mais plutôt réprouvez-les. » Entre tous les autres commandements, c’est un acte de coura¬ geuse' liberté que de pouvoir reprendre ceux qui pèchent. Mais celui-là seul peut le faire qui ne craint pas de s’entendre dire : « Hypocrite, ôtez premièrement la poutre de votre œil, et alors vous verrez à ôter la paille de l’œil de votre frère, » Luc vi, 42. Voilà pourquoi les prophètes qui n’étaient souillés d’aucun péchés et dont la conscience n’était pas cautérisée, pouvaient reprendre en toute liberté les prévaricateurs. « Car ce qu’ils font en'secretest honteux même à dire. » Je ne vois pas ici que le discours se lite ergo fieri comparticipes eorum, probantes quid sifc beneplacitum Deo; etsi enim eratis aliquando tenebræ, nunc autem lui estis in Domino; quasi filii lucis ambu- late, fructus luminis oatendentes in omni bonitate, efc * justifia, et veritate. « Et.nolite communicare operibus infructuosis tene- brarurri. » Et ad Galatas nomen iïuctus, in spiritu, operis vero posuit in carne, dicens : « Manifesta autem sunt opéra carnis, quæ sunt fornicatio » Gaïat. v, 19, et reliqua. « Fructus vero spiritus est chaeitas, gau- dium, pax >> Ibid., 22, et cætera. Porro in præsentia- rum, opéra tenebrarum infructuosa appellavit; quibus qui ea fecerint, communione sociantur. « Magis autem et arguite. » Inter cætera mandata, etiam peccantes posse arguere, maiimæ libertatis est. Sed hoc ille potest facere qui non meretur audire : *: Hypocrita, ejice primum trabem de oculo tuo, et tune poteris ejicere festucam de oculo Iratris tui » ^ Luc. vi, 42. Quamobrem et prophetæ, nulia ipsi peccato- rumsordepolluti, neccauteriatàm, habentesconscientiam poterant cæteros arguere delinquentes. Es quo animad- suive, et que ce que vient de dire l’Apôtre : « Car ce qu’ils font en secret est honteux même à dire, » se rattache à ce qui précède immédiate¬ ment, à moins ..que l’inversion ne remonte plus haut et serve aux enfants de la défiance, et tel serait alors le sens ; « Ce qu’ils font en secret est honteux même à dire, c’est-à-dire la fornication, l’impureté et toute avarice. » « Or, tout ce qui est répréhensible se découvre par la lumière, car tout ce qui se découvre est lumière. » s; sed qqod estis, omni tempore reservate. AliquOd de Scripturis ponamus exemplum, ut quod dicimus ma- nifestius fiat. Joseph unum habebat propositum, placere Deo. Hoc nullà varietate temporis immutatum est; nec fratrum invidia, nec conditione' servitutis, nec ætatis illecebris, nec dominée repromissis, nec squalore car cé¬ ria, nec postea turnore Ægyptiæ potestatis; sed semper puissance égyptienne; mais il fut toujours le même et en rachetant dans son intérêt cette di¬ verse face des temps, comme nous l’avons dit-il rendit bons les jours mauvais. Il en fut de même de Job qui, eh- butte à mille épreuves diverses, resta inébranlable dans la bonne comme dans la mauvaise fortune; devant la perte de ses ri¬ chesses, les plaies dont il était couvert, les reproches de ses amis, et plus tard lorsque tous ses biens, lui furent rendus. J1 avait racheté le temps et il avait rendu bons les jours mauvais. « Ne soyez donc pas imprudents, mais com¬ prenez quelle est la volonté de Dieu. » Puisque le temps est mauvais, et qu’il faut le racheter, comme nous l’avons dit, il faut avant tout désirer et rechercher la sagesse, afin que par elle nous puissions comprendre quelle est la volonté de Dieu. Car nous ne pouvons marcher avec circonspection, si préalablement nous ne comprenons la volonté do .Dieu. Donc, dans toutes nos actions, considérons tout d’abord ce que. Dieu veut, et après mûre réflexion, faisons ce ce que nous .savons devoir Lui plaire. « Et ne vous enivrez point de vin, d’où naît la luxure, mqis remplissez-vous de l’Esprit- Saint. » De même que nous ne pouvons servir deux maîtres, Dieu et l’argent Malt h. vi, ainsi nous ne- pouvons être remplis à la fois de l’Esprit et du vin. En effet, celui qui est rempli de l’Esprit-Saint se fait, remarquer par sa pfu- unus fait, et varietatem, ut diximus, temporum sibi redimens, malos dies vertit in bonos. Hoc idem et de Job senti.endum est, quod per varia tentaménta vexa- tus, nec divitiis, nec damnis, nec orbitate, nec vulnere, nec exprobatione amicorum, nec solitudine, nec postea bonorum omnium restitutione mutatus est. Redemerat enim sibi tempus, et dies malos fecérat .bonos. « Propter quod nolite effici imprudentes; sed întelli- gite quæ sit voluntas Dei. » Quia tempus malum est, et, sicut supra diximus, redimendum, appetenda ante sa- pientia est, ut per illam intelligere valeamus quæ sit voluntas Dei. Non enim possumus caute ambulare, nisi prius . intellecta voluntate Dei. In omni ergo opéré primum considerandum quid velit Deus; et habito judicio,. id postea faciendum, quod illi placeie fuerit comprobatum. « Et nolite inebriari vino,.in quo est Iuxuria; sed impleamini spiritn. >> Quomodo non possumus duobus dominus servira, Deo .et mammonæ Matth . vi; sic non possumus. spiritu. impleri pari ter, et vino. Qui énim spiritu impletui*, habet prudentiara, et mani- 480 SAINT JEROME dence, sa douceur, sa pudeur, sa chasteté. Celui, au contraire, qui est rempli de vin, affiche l’imprudence, la fureur, l'effronterie, la dissolution. Tous ces vices me paraissent ren¬ fermés dans un seul, la luxure. Si quelques-uns m’avaient bien compris, ils ne m’auraient jamais accusé de témérité ou d’hérésie, lorsque dans mon traité sur la manière de conserver la vir¬ ginité, j’ai conseillé aux jeunes personnes de ne poin^ faire usage de vin, de ne point- jeter de l’huile sur le feu, et de ne point accroître la chaleur naturelle de la chair par ce qui peut exciter la volupté. On peut aussi entendre ce vin d’où naît la luxure, de celui dont Moïse a dit : « Leur vin est l’écume des dragons et le venin mortel des aspics, » Deut. xxxn, 33, parce que tous ceux qui sont enivrés des pensées de ce siècle, boivent de ce vin, perdent la rai¬ son, le vomissent, tombent la tête la première dans le précipice; et, selon le récit fabuleux des Lupithes et des Centaures, sont entraînés dans une ruine commune. A ce vin, est opposé le vin que Notre-Seigneur a promis de boire avec nous dans son royaume Marc xiv. Nous avons fré¬ quemment fait la remarque que le nom d’esprit sans addition, est employé en bonne part, et nous croyons devoir la renouveler ici. « Vous entretenant entre vous de psaumes, d’hymnes et de cantiques spirituels, chantant et psalmodiant du fond de vos cœurs à la gloire du suetudinem, verecundiam, castitatera. Qui vino, habet insipientiam, furorem, procacitatem, libidinem. Hoc quippe æstimo uno verbo signiflcare Iuxuriam. Quod si quidam intelligerent, numquam me temeritatis et hæ- reseos arguissent, quod in virginitate servanda dixerim vinum adolescentulis declinandura, et non mittendum super flàmmam oleum, nec naturalem carnis ardorem fomentis voluptatis augendum. Potest autem vinum, in quo est luxuria, et illud accipi, de quo in cantico Moysi dicitur : « Furor draconum vinum eorum, et furor as- pidum insanabilis » Deut. xxxn, 33; quod omnes qui sæculi istius cogitatione sunt ebrii, bibunt et insaniunt, et vomunt, et prœcipites corruunt. Et juxta Lapitba- rum, Centaurorumque fabulam, in mutuum feruntur exitium. Huic vino illud vinum contrarium est quod Dominus se nobiscum in regno suo bibilurum esse pro- mittit Mare . xiv. Fréquenter annotavimus, nomen spi- ritus absque additamento, in bonam positum partem; quod quidem-etiam nunc observandum videtur. « Lo'quentes vobismetipsis in psalmis, et hymnis, et canticis spiritualibus, cantantes et psallentesin cordibus Seigneur. » Celui qui a^su s’abstenir de l’ivresse du vin d’où naît la luxure, et qui pour cela même a été rempli de l’Esprit— Saint, peut tout prendre dans un sens spirituel, les psaumes, œs hymnes et les cantiques. Or, en quoi diffèrent entre eux le psaume, l’hymne et le cantique? C’est ce que nous apprenons parfaitement dans le Psautier. Disons maintenant en peu de mots que les hymnes ont pour objet de proclamer là force et la majesté de Dieu, de louer et d’admi¬ rer toujours ses bienfaits ou ses actes. C’est aussi ce que contiennent les psaumes qui sont pré¬ cédés ou suivis de V alléluia. Les psaumes ont pour sujet propre une vérité morale, et c’est ainsi que nous connaissons, par l’organe, du corps, ce que nous devons faire ou éviter. Celui, au con¬ traire, qui discute sur des matières supérieures, et qui disserte en homme subtil sur le concert du monde, sur .l’ordre et l’harmonie qui régnent dans toute la création, celui-là chante un can¬ tique spirituel. Ou bien, (pour rendre plus clair aux esprits simples ce que nous disons,) le psaume se rapporte au corps, le cantique à Pâme. Nous devons donc. chanter, psalmodier et louer Dieu bien plus de l’esprit que de la voix. C’est la recommandation que fait l’Apôtre : « Chantant et psalmodiant du fond de vos cœurs à la gloire du Seigneur. » Que les jeunes gens recueillent cet avertissement; qu’il soit aussi entendu de ceux à qui incombe le devoir vestris Domino. » Qui se abstinuerit ab ebrietate vini, in quo est luxuria, et pro hoc spiritu fuerit impletus, iste omnia potest accipere spiritualiter, psahnos, hym- nos, et cantica. Quid autem' intersit inter psalmum et hymnum et canticum, in Psâlterio plenissime clisci— mus. Nunc autem breviter hymnos esse dicendum, qui fortitudinem et majestatem prædicant Dei, et ejusdem semper, vel bénéficia, vel facta mirantur. Quod omnes psalmi continent, quibus alléluia, ve) præpositum, vel subjectum est; psalmi autem proprie ad ethicum ' locum pertinent, ut per organum corporis, quid facien- dum, et quid vitandum sit, noverimus. Qui. vero de superioribus disputât, et concentum mundi omniumque creaturarum ordinem atque concordiam subtilis dis- putator edisserit, iste spiritüale canticum canit. Vel certe (ut propter simpliciores manifestius quod vo- lumus, eloquamur) psalmus ad corpus; canticum re- ^fertur ad riientem. Et canere igitur et psallere, et ■ laudare Dominum magis animo quam voce debe- mus. Hoc est . quippe quod dicitur : « Gantantes et psallentes in cordibus vestris Domino. » Audiant hæc 481 COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS de psalmodier dans l’Église. C’est non point de la voix, mais du cœur, qu’il faut chanter en l’honneur de Dieu. Il ne s’agit point d’enduire le gosier et la gorge avec des préparations onc¬ tueuses, pour faire entendre dans l’église des modulations et des chants de théâtre, mais de chanter dans la crainte, dans les œuvres, dans la science des Écritures. Qu’uq homme, comme on dit, soit cacophone , ait une voix discor¬ dante, s’il est un homme de bonnes œuvres, son chant est doux à l’oreille de Dieu. Que le serviteur de Jésus-Christ chante de telle manière que les paroles qu’il chante soient agréables à Dieu plutôt que la voix qui les exprime; c’est ainsi que l’esprit mauvais qui était dans Saül sera également chassé de ceux que cet esprit possède, et qu’il n’entrera point dans ceux qui ont fait de la maison de Dieu un théâtre populaire. « Rendant grâces toujours et pour toutes choses, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ à Dieu et Père. » L’Apôtre fait une recomman¬ dation semblable dans la première épître aux Thessaloniciéns : « Soyez toujours dans la joie, priez sans cesse, rendez grâces en toutes choses. » I Tfiess. v, 16. 17. Ce précepte est observé par celui-là seul qui sait que le gouver¬ nement de la Providence divine s’étend jusqu’à adolescentuli; audiant hi quibus psallendi in eccle- sia officium est, Deo non voce, sed corde cantan- dum ; nec in tragoedorum modum guttur et fauces dulci medicamine colliniendas, ut in ecclesia thé⬠trales . inoduli aucliantur et canlica, sed in timoré, in opéré, in scientia Scripturarum. Quamvis sit aliquis ut soient illi appellare xaxocptovog, si ,bona opéra ha- . buerit, dulcis apud Deum cantor est. Sic cantet sèr- vus Christi, ut non vox canentis, sed verba placeant quse legnntur; ut spiritus malus qui erat in Saule 1 Reg. xvi, ejiciatur ab bis qui similiter ab eo possi- dentur, et non introducatnr in eos qui de Dei domo (1) scenam fecere populorum. « Gratias agentes semper pro omnibus, in nomine Domini nostri Jesu Christi Deo et Patri. » Huic quid simile et in Epistola ad Thessalonicenses prima scri- ptum est : « Semper gaudete, sine intermissione orale, in omnibus gratias agite » I Thess. v, 16, 17. Quod præceptum ille solus custodire potest, qui providentia Dei novit étiam quinque passeres, qui venduntur di- cinq passereaux qui se vendent au marché, et dont pas un seul ne tombe dans le piège sans la volonté de Dieu Luc xn. Saint Paul dit : « Rendant grâces toujours et pour toutes choses, » c’est-à-dire qu’il recommande, deux choses, que nous rendions grâces à Dieu en tout temps, et pour toutes les choses qui nous arrivent, non seulement pour les événements que nous regardons comme favorables, mais pour ceux qui sont pour nous un sujet de peine, qui arrivent contre notre volonté, et que notre âme pleine de joie laisse échapper ce cri à la louange de Dieu : Je suis sorti nu du sein ,de ma mère et j’y rentrerai nu, comme il a plu au Seigneur, il a été fait : que le nom du Sei- ' gneur soit béni, » Job T, 21. Nous trouvons . chez les .hommes prudents la pratique de cette action de grâces, tant générale que particulière; elle est générale lorsque nous rendons grâces à Dieu de ce que le soleil se lève pour nous, de "ce que le jour s’écoule, de ce que la nuit fait place ■ au repos, de ce que les ténèbres sont tempé¬ rées par la clarté de la lune, de ce que les évo¬ lutions du temps sont mesurées par le lever et le couchor des étoiles; de l’utilité des pluies et de la fécondité de la terre, de ce que tant d’ani¬ maux divers nous ont été donnés, soit pour nous porter, soit pour travailler, soit pour la nourri- pondio, gubernari ; quorum unus non cadit in laqueum sine Patris voluntate Luc . xn. Quod autein ait : « Gratias agentes, et semper, et pro omnibus, » dupliciter intuendum, ut et in omni tenipore, et pro omnibus quse nobis accidunt, Deo gratias referamus ; ut non tantum pro bis quæ bona putamus, sed etiam quæ nos coarctant, et contra nostram veniunt volun- tatem, in Dei præconium mens læta prorumpat, et dicamus : « Nudus exivi de utero matris meæ, nudus et redeam ; sicut placuit Domino, ita factum est ; sit nomen Domini benedictum » Job. i, 21. Hæc actio gratiarum apud prudentes viros, et generaliter et speci- aliter observatur. Generaliter ut gratias agamus Deo, quod nobis sol oritur, dies currit, nox mutatur in requiem, splendore lunæ tenebræ temperantur, et ortu occasnque slellarum tempora mutantur, et redeunt ; quod nobis serviunt pluviæ, terra parturit, elementa famulantur ; quod tantse animalium varietates, vel ad vehendum, vel ad operandum, vel ad vescendum, vel ad tegmen, vel ad exemplum, vel ad miraculum datse ecclesiis nostris, ubi audipntur théâtrales moduli ot dulcia Opéra » - (1) Velus hœc damnaiaque licet a Patribus consuetudo viget hodie in cantica, quue de domo Dei scenam faoiunt populorum convenLeritium ad mulcendas auros vocibus et modulis tragoedorum, quos vulgo « 'Vocant. Èdt'Mig. Tom. x. 31 482 SAINT cure et le vêtement, soit pour l’exemple et comme un prodige, et enfin de ce que Dieu nous a donné la vie, de ce qu’il nous la conserve, de ce que nous sommes comme les administra¬ teurs de ce très puissant père de famille, dans sa propre maison et que tout ce qui existe dans le monde a été, nous le savons, créé pour nous. Elle est particulière, quand nous remer¬ cions Dieu des bienfaits qu’il nous accorde. Mais c’est ce que font également le gentil, le juif, le publicain et le païen. La vertu propre des chré¬ tiens, c’est de rendre grâces à Dieu, même dans les choses que l’on regarde comme contraires. Si, par exemple, notre maison s’écroule, si une épouse bien-aimée, si des enfants nous sont enlevés par la captivité, par le poison ou par un naufrage, si notre santé se trouve atteinte et brisée par d’innombrables maladies, ou par l'a goutte débilitante, toujours en perspective aux malheureux. Ceux qui pensent être parvenus à un certain degré de sainteté, ont coutume de rendre grâces à Dieu de ce qu’il les a délivrés ou de grands dangers ou de grandes misères. Mais d’après l’Apôtre, la vertu consommée est de rendre grâces à Dieu au milieu même des dangers et des misères, et de tenir toujours ce langage : Béni soit Dieu, je sais que je souffre beaucoup moins que je ne mérite, ces épreuves sont bien faibles en comparaison de mes péchés, je suis digne de bien plus grands châtiments. Eiirit ; et ad extremum, quod nati sumus, quod subsistimus, quod in mundo quasi in quadam domo potentissimi patrisfamilias procurationem gerimus, et totum quidquid in mundo est, nostri causa intelh- gimus procreatum, Specialiter vero, quando in Dei beneficiis quæ nobis accedunt, gratulamur. Sed hoc et gentilis facit, et Judæus, et publicanus, et ethnicus. Christianorum propria virtus est, etiam in his quæ adversa putantur, referre gratias Greatori. Si domus corruerit, si amantissima uxor et filii vel captivitate, vel veneno, vel naufragio intercepti sint, si divitias proscriptione perdidimus, si sanitatem innumerabiles morbi, et semper exspectanda miseris podagræ débilitas f regerit. Qui sibi sanctiores videntur, soient Deo re ferre gratias quod de periculis, vel de miseriis liberati sunt. Sed juxta Àpostolum hæc virtus est maxima, ut in ipsis periculis atque miseriis, Deo gratiæ referantur, et semper dicamus ; Benedictus Deus, minora me scio sustinere uam mereor ; hæc ad mea peccata parva sunt ; nihil mihi dignum redditur. Hic animus Ghristiani est, hic Cracem suam tollons, sequitur Salvatorem, quem nec l JÉROME Voilà l’esprit du chrétien, il prend sa croix et marche à la suite du Sauveur, sans que les pri¬ vations et les pertes lui fassent perdre courage. Il est celui dont Horace a dit : Si l’univers brisé vient à tomber sur lui, il restera inébranlable et sans crainte au milieu de ' ses ruines. Or, celui qui, comme nous l’avons dit, rend grâces à Dieu et au Père, doit le faire au nom du médiateur de Dieu et des hommes, Jésus-Christ, car ce n’est que par lui que nous pouvons approcher du Père. « Vous soumettant les uns aux autres dans la crainte de Jésus-Christ. » Que les évêques écoutent ces paroles, que les prêtres, que tout l’ordre des docteurs entendent cette vérité, qu’ils doivent se soumettre à leurs inférieurs et imiter l’Apôtre qui disait : « Lorsque j’étais libre à l’égard de tous, je me suis fait- l’esclave de tous pour en gagner un plus grand nombre, » I Cor. rx, 19; et dans , un autre endroit ; « Soyez par la charité les serviteurs les uns des autres, » Gai. v, 13. C’est dans ce même esprit de charité qu’il s’est lui-même rendu le serviteur de toutes les Églises des Gentils. Le Sauveur aussi a pris la forme de serviteur, pour se mettre au service de ses disciples et il leur a lavé les pieds, Jean xur. Il y a cette différence entre les princes des nations et ceux des chrétiens, que les premiers dominent sur leurs sujets, tandis que nous, au contraire, nous sommes leurs ;serviteurs, et orbitas, nec damna débilitant. . Quem, ut Flaccus in lyrico carminé ait : Si fractus illabatur orbis, Impavitlum ferient ruinæ. Qui autem, sicut diximus, gratias agit Deo et Patri, in mediatore Dei et hominum référât eas Chris to Jesu ; quia nisi per ilium accedere non vaiemus ad Patrem. « Subjecti invicem in timoré Christi. » Audiant hæc episcopi, audiant presbyteri, audiat omnis ordo doc- torum ; subjectis suis se esse subjectos, et iniitentur dicentem Apostolum : « Gum enim essem liber ex omnibus, omnibus meipsum servum feci, ut omnes lucrifacerem » I Cor , ix 19. Et in alio ]oco ; « Per charitatem servite invicem » Galat. v, 13. Unde et ipse eadem charitate omnibus gentium servivit Ecclesiis. Salvator quoque formam servi accepit, ut serviret discipulis suis, et pedes eorum lavit Jocm. xm. ^Hoc interest inter Gentium principes et Christianorum, quod iili dominantur subditis, nos servimus, et in eo majores sumus, si minimi omnium fueriraus. Sed et hoc COMMENTAIRES SUR I nous sommes d'autant plus grands que nous nous faisons les plus petits de tous. L’Apôtre ajoute : « dans la crainte de Jésus-Christ, » c’est-à-dire que nous devons nous soumettre, non en vue do la gloire des hommes, mais dans la crainte de Jésus-Christ, parce que nous craignons de l'offenser. Un autre interprète ces paroles : « Soumis les uns aux autres dans la crainte de Jésus-Christ » comme une proposition générale qui se divise et se subdivise dans ce qui suit : << Que les femmes soient soumises à lours maris, » et : « Enfants, obéissez à vos parents ; » et encore : « Serviteurs, obéissez à vos maîtres selon la chair avec crainte et tremblement, » c’est-à-dire que ce n’est pas seulement l’épouse qui doit obéir à son mari, les enfants à leurs parents, les serviteurs à leurs . maîtres, mais aussi les maris à leurs femmes, selon le com¬ mandement qui leur en est fait; et' les pères aux enfants, en ne les provoquant pas à la colère; et les maîtres à leurs serviteurs, en leur épargnant les menaces et en leur donnant ce qui leur est nécessaire; qu’ils soient soumis les uns aux autres, et cela dans la crainte de Jésus-Christ et que de même qu’il s’est soumis à ses serviteurs, ainsi que ceux qui paraissent plus élevés, soient soumis à leurs inférieurs en leur rendant les offices qui sont proscrits. Nous pou¬ vons aussi entendre ici la crainte dans le sens d’euAaêefo, c’est-à-dire de respect, sentiment qui est plus rapproché de la charité. Car il ne quod ait : « In timoré Ghristi, » sic accipiendnm, ut ipsa subjectio non propter hominnçû gioriam, sed propter timorem Christi fiat, dum ilium timemus offendere. Alius vero sic interpretabitur : « subjecti invicem in timoré Christi ; » ut ha ne sententiam gene- ralem in consequentibus dividi dicat atque partiri : « Mulieres viris suis subditæ sint ; » et : « Filii, obedite parentibus ; » et : « Servi, obedite dominis carnalibus cum timoré et tremore ; » ut non solum uxor viro, et filii parentibus, et servi dominis ; sed etiam viri mulieribus, juxta officium quod præceptum est ; et patres filiis, ne illos ad iracundiam provocent ; et domini servis, ut remittant minas, et præbeant his quæ habent necessaria, invicem Sint subjecti ; et hoc ex Christi timoré faciant ; ut quomodo servis suis fuit ille subjectus ; , sic et hi qui majores videntur, subjiciantur minoribus suis reddendo officia quæ jubentur. Pos- sumus hic timorem et pro euAaëeAx, id est, « reve- rentia » accipere, quæ magia vicina est charitati. ËPITRE AUX ÉPHËS1ENS .483 convient pas que les Éphésiens agissent par un motif de crainte et non sous l’inspiration . de la charité de Jésus-Christ. « Que les femmes, soient soumises à leurs maris comme au Seigneur, parce que l’homme est le chef de la femme, comme le Christ est le chef de l’Église. » Ces mots : « soient sou¬ mises, » qui ont été ajoutés dans les manuscrits latins, ne se trouvent pas dans le texte grec. En effet, cette proposition so rapporte à la pré¬ cédente que l’on sous-entend : « Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte de Jésus- Christ, » et de cette proposition générale résulte comme conséquence, la soumission des femmes à leurs maris, comme au Seigneur. Mais ce sens est plus clair dans le grec que dans le latin. De même' donc que' l’Église est soumise à Jésus- Christ, ainsi que la femme soit soumise à son mari. Car l’autorité et la soumission qui conviennent à Jésus-Christ et à son Église sont des obligat/ons imposées au mari et à la femme. Mais considérons que l’union de Jésus-Christ ot de son Église étant sainte, l’union de l’homme et de la femme doit revêtir ce même caractère de sainteté. De même donc que toute réunion d’hérétiques ne peut être appelée TÉgiise de Jésus-Christ, et que Jésus-Christ n’est point leur chef, ainsi tout mariage qui n’est pas contracté selon les préceptes du Christ, ne peut être appelé légitimement un vrai mariage, c’est bien plutôt un adultère. Nous voyons ailleurs que i Nequaquam enim convenit Ephesiis, ut timoré quid faciant, et non dilectione Ghristi. « Muljeres viris suis subditæ sint sicut Domino- quoniam vir capnt est mulieris, sicut et Christus caput Ecclesia}. » Hoc quod in Latinis exemplaribus additum est, « subditæ sint, » in Graecis codicibus non habetur ; siquidem ad superiora refertur, et subauditur : « Subjecti invicem in timoré Christi, » ut xotvoG resonet subjecUe, « et mulieres viris suis sicut Domino. » Sed hoc magis in Græco intelligitur, quam in Latino. Quomodo itaque Cliristo subjecta est Ecolesia ; sic sub- jecta sit uxor viro suo. Quem enim habet prinoipatum et subjectionem Christus et Ecclesia, huic eidem ordini maritus et uxor astringitur. Sed videndum, ut quo¬ modo in Christo, et in Ecclesia sancta sit copula. Sicut autem non omnis congregatio hæreticorum Christi Ecclesia dici potest, nec caput eorum Christus est ; sic non cmne matrimonium quod non viro 'suo secun’dum Ghristi præcepta conjungitur, rite conjùgium appellari / 484 SAINT JÉROME l’épouse est soumise à son mari comme là son maître, parce que. c’est vers lui qu’elle se tourne, et qu’il a l’empire sur elle. C’est ainsi que Sara appelait Abraham son maître Gen. xvni. Cette servitude spontanée établit d’autant plus l’égalité entre les époux, qu’elle est le fruit de la volonté, et je dirais plus, par son obsé¬ quiosité, elle réduit en servitude celui qui a l’autorité. Il en est qui interprètent ces paroles dans un sens anagogique; i’épouse, disent-ils, c’est le corps, l’homme c’est l’âme. Et de même que l’Église est soumise à Jésus-Christ, ainsi les corps doivent être soumis à l’âme, et être réduits en un seul esprit, s’ils sont unis au Sei¬ gneur. « Car celui qui s’attache au Seigneur devient un même esprit avec lui. « Et il est le sauveur de son corps. » L’Égliso par sa nature, est plus rapprochée do, la nature de Jésus-Christ, en même temps qu’elle lui est inférieure. C’est pour cela, je pense, que l’Apôtre l'appelle le corps du Christ, corps dont le sauveur est Jésus-Christ, c’est-â-dire le Verbe, la sagesse et les autres vertus qui nous font comprendre le Verbe de Dieu. Cherchez avec soin, si vous pourrez trouver dans les divines Écritures, un seul endroit où le mot chair soit employé comme signifiant l’Église; nulle part l’Église n’est appelée la chair de Jésus-Christ, mais bien le corps de Jésus-Christ. Comme donc l’Église est soumisoà Jésus-Christ, potest, sed magis adulterium. Alias autem subjicitur uxor viro ut domino ; quia ad ipsum conversio ejus est, et ipse illius dominabitur Gen. ni. Nam et Sara dominum vocabat Abraham 6r en. xviii. Quæ spontanea servilus, quanto magis fuerit voluntate subjecta, tanto esse incipit coæqualis ; quinimmo, obsequiis suis in servitutem redigere dominantem. Quidam hune locum secundum anagogen ita interpretantur, ut dicant uxorem in corpcre, virum accipi in animo. Et sicut Chris to subjecta est Ecclesia ; ita corpora subjici debere sensui, et in unum spiritum redigi, si Domino fuerint copulata. « Qni enim adhæret Domino, unus . spiritus est» I Cor, vi, 17. Selon le sens littéral de fces paroles, l’Apôtre après avoir fait un précepte de la charité mu¬ tuelle entre les deux époux, nous commande maintenant de nourrir nos épouses, d’en pren¬ dre soin, de leur procurer le vivre, le vêtement et les choses nécessaires. Mais on peut nous objecter que la proposition de l’Apôtre : « Per¬ sonne n’a jamais haï sa propre chair n’est point vraie, puisque nous voyons ceux qui sont atteints de la jaunisse, d’un cancer, d’un ca¬ tarrhe préférer la mort à la vie, et avoir de la haine pour leurs corps. Expliquons donc ces paroles dans un sens tropologique, et disons que l’âme doit aimer cette chair appelée à voir le salut de Dieu, qu’elle doit la nourrir, la com¬ bler de soins en l'instruisant et la disciplinant, en l’engraissant du pain céleste, en l’armant du sang de Jésus-Christ, afin que fortifiée et puri¬ fiée tout ensemble, elle puisse en toute liberté suivre son mari sans être appesantie par aucune infirmité, ni surchargée par aucun poids. Disons encore que par une heureuse imitation de Jésus-Christ qui nourrit et comble l’Église de prévénances,. et dit à Jérusalem : < Combien de Qui uxorem suam diligit, seipsum diligit, nemo enim umquam carnem suam odio habuit, sed nutrit et fovet éam, sicut et Christus Ecclesiam. Quantum ad sirnplicem intolligentiam pertinet, sancta iuter virum et uxorem cbaritate præcopta, nuncjubemur ut nutriamus, et foveamus conjuges, ut scilicet eis victum atque vesti- tum, et ea quæ sunt necessaria præbeamus. Sed opponi nobis potest, quod non sit vera sententia dicentis Apos- toli : « Nemo euim umquam carnem suam odit, » cum morbo regio laborantes^et ptysi, et cancere, et distilla- tiouibus, mortem vitæ præferant, et sua oderint corpo- ra. Magis itaque ad tropicam intelligentiam serino refe- ratur, et dicamus, quod illam carnem quæ visura sit salutare Dei, anima diligat, et nutriat et foveat, eam disciplinis erudiens, et cœlesti saginans pane, et Cbristi sanguine irrigans, ut refecta et nitida possit liboro cursu virum sequi, et nulla debilitate, et pondéré [Al. nullo debilitatis pondéré] prægravari. Pulchre etiam in simili- tudiuem Christi nutrientis, et foventis Ecclesiam, et di¬ centis ad Jérusalem : « Quoties volui congregare ûliqs 488 SAJNT JEROME fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses petits sous- ses ailes, et tu ne l’as pas voulu? les âmes soignent et protè¬ gent leurs corps, afin que cette nature corrupti¬ ble revête l’incorruptibilité, et qu’entraînée dans les airs par la légèreté de ses ailes elle puisse plus facilement être élevée dans les airs. Maris, prodi¬ guez donc de tendres soins à vos épouses, âmes, agissons de même à l’égard de nos corps, afin que les épouses deviennent des hommes, et les corps des âmes. Qu’il n’y ait plus de différence de sexe, mais que de même que parmi les anges il n’y a ni homme ni femme, nous qui devons être un jour semblables aux anges, nous com¬ mencions d’être ce que nous serons un jour dans le ciel d’après la promesse divine. « Parce que nous sommes les membres de son corps, formés de sa chair et de ses os. » Gomme nous sommes les membres du corps de Jésus- Christ, et quo Jésus-Christ nourrit et soigne l’Eglise, nous devons donc, nous aussi, nourrir et soigner notre chair que personne n’a jamais haïe. Or, nous sommes les membres du corps de Jésus-Christ, non selon la nature divine et éter¬ nelle, mais selon la nature humaine à laquelle il a daigné s’unir. Disons cependant que l’homme . auquel il s’est uni, a bien la même mature que nos corps, mais non pas la môme origine, car -nous sommes le produit du sang de l’homme; tandis que le Christ est né de l’Esprit-Saint. On peut encore donner cette autre explication : tuos sicut gallina congregat puUoa suos sub alas, et no- luisti ? » animæ quoque fovent corpora sua, ut corrupti- vum hoc induat incorruptionem, et alarum levitate sus- pensum, in aerem facilius elevetur. Foveainus igitur et vin uxores et animæ nostra corpora, ut et uxores in vi- ros, et corpora redigantur in animas. Et nequaquam sit sexuum ulla diversitas ; sed quomodo apud angelos non est vir et mulier; ita et nos, qui similes angelis futuri Bumus, jam nunc incipiamus esse quod nobis in cœlesti- bus repromissum est. « Quoniam membra sumus corporis ejus, ex carne ejus, et ex ossibus ejus. » Quia membra sumus corporis Christi, et Christus nutrit et fovet Ecclesiam ; ideo et nos nutrimus, et fovemus carnem nostram, quam nemo unquam odio habuit. Membra autem sumus corporis Christi, non secundum naturam divinitatis æternæ, sed juxta id quod hominem est dignatus assumere. Quam- quam et homo ipse qui assumptus est, habe'at naturam nostrorum corporum, sed non habeat originem. Nos enim ex humano seminé ooagulamur, ille de Spiritu Comme l’Église est le corps de Jésus-Christ, et que l’Église est la réunion de tous ceux qui croient, saint Paul et les Éphésiens sont membres de ce corps, c’est-à-dire qu’ils sont l’Église de Jésus-Christ. « A cause de cela, l’homme laissera son père et sa mère, et ils seront deux dans une seule chair. » Les apôtres et les évangélistes ne se sont pas .servis des mêmes expressions, nous en avons fait souvent la remarque, en les compa¬ rant aux textes de l’ancien Testament tels qu’ils sont contenus dans les livres divins, nous en avons encore une preuve ici. En effet, voici ce témoignage tel que nous le lisons dans la Genèse : « A cause de cela l’homme laissera son père et sa mère, ot s’attachera à son épouse; . et ils seront deux dans une seule chair» Gen. n, 24. L’Apôtre, au contraire, au lieu de : eve^ev toutou c’est-à-dire, « à cause de cela » dit : avril toutou qui ne peut être rendu autrement en latin. Ensuite, au lieu de « son père et sa mère, » il a supprimé les pronoms, en disant seulement : « père et mère. » Enfin ce membre de phrase du milieu : « Et il s’attachera à son épouse, il l’omet entièrement, et rattache immé¬ diatement à ce qui précède la fin de la proposi¬ tion ; « Et ils seront deux dans une seule chair. » , Nous avons fait ici cette remarque afin que dans les autres endroits où nous voyons cités par les apôtres des témoignages empruntés aux prophè¬ tes et à l’ancien Testament et qui ne se trou- sancto natus est. Potest autem et aliter dici : Quoniam corpus Christi Ecclesiæ est, et Ecclesia de cunctis credentibus congregatur, Paulus et Ephesii membra sunt corporis, id est, Ecclesia Christi. « Propter hoc relinquet liomo patrem et matrem, et erunt duo in carne una. » Quod fréquenter annotavimus, apostolos et evangelistas non ei&dem verbis usos esse, Testamenti veteris exemplis, quibus in propriis volumi- nibus continentur, hoc et hic probamus, siquidem tes- timonium islud ita in Genesi scriptum est : « Propter hoc reliuquet homo patrem suum et matrem suam, et adhærebit axori suæ, et erunt duo in carne una » Gen. n, 24. Nunc autem Apostolus pro eo quod ibi habetur, £V£Xsv toutou, id est, «■ propter hoc, » posuit (xvtltoutou, quod Latine al.iis verbis dici non potest ; deinde. pro « pâtre suo et matre sua, » pronominà abstulit, et « pa¬ trem » tantum posuit « et matrem, » et quod in medio dicitur, « et adhærebit uxori suæ, » hic penitus præter- misit, et tantum quod sequebatur hoc dictum, superio- ribus copulavit, et posuit* « et erunt duo in Canu ' COMMENTAIRES SUR L'ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 489 vent pas dans nos manuscrits, nous ne nous hâtions pas de les traiter d’inepties ou .d'extra¬ vagances des. apocryphes; il faut bien plutôt nous rappeler que ces témoignages se trouvent dans l’ancien Testament, mais qu’ils n’ont pas été ' cités textuellement par les Apôtres, ils ont rendu bien plutôt surtout le sens, et il n’y a que ceux qui sont exercés, qui puissent trouver l’endroit d’où ils sont tirés. L’Apôtre a donc pris l’exemple d’Adam et d’Ève pour exhorter l’homme et la femme à un amour mutuel. De même donc que Dieu a ôté une côte à Aaam, et en a formé la femme, et que la femme, à son tour, en vient à ne faire qu’une seule chair avec son mari, parce que celui qui aime son épouse s’aime lui-même, ainsi devons-nous aimer nos épouses. Le même exemple s’explique dans le sens allégorique de Jésus-Christ et de l’Égliso, c’est-à-dire qu’Adam figure le Christ,- et qu’Ève figure l’Église; car le dernier Adam a été fait esprit vivifiant, 1 Cor. xv. Et de même que d’Adam et de sa femme sort tout le genre humain, ainsi c’est de Jésus-Christ et de l’Église que toute la multitude des croyants a été engen¬ drée. Dès qu’elle est devenue le corps unique de l’Église, elle est de nouveau placée sur le côté de Jésus-Christ; elle remplit le vide laissé par la côte, et devient un seul corps avec son époux, una. » Hoc autem totum nuric idcirco observavimus, ut etiam in cæteris locis, sicubi testiinonia quasi de pro- phetis, et de veteri Testamento ab apostolis usurpata sunt, et in nostris codicibus non habentur, nequaquam statim ad apocryphorum ineptias, et deliramenta cur- ramus, sed sciamus scripta quidem ea esse in veteri Testamento, sed non ita ab apostolis édita, ei sensuin rnagis usurpatum ;■ nec facile nisi a studiosis posse ubi scripta sint, inveniri. Igitur ad exhortationem mutui affectus inter uxorem et virum, Adam et Evæ sumpsit exempt um. Ut quomodo Costa tollitur de Adam, et ædi- iicatur. in.conjugem, et ipsa rursum conjux in unam viri carnem redigitur, quia qui lixorem diligit, seipsum diligit; ' sic et nos nostras amemus uxores. Idipsum au- dem per allegoriam in Christo interpretatur, et in Eccle- sia, ut Adam Christum, et Eva præfiguraret Ecclesiam. Factus est enim novissimus Adam in spiritum vivifican- tem' I Çùr. xv. Et quomodo de Adam et uxore ejus omne hominum nascitur genus; sic de Christo et Ec¬ clesia omnis credentium multitudo generata est. Quæ unum Ècclesiæ corpus effecta, rursum in latere Christi ponitur, et costæ locum replet, et unum viri corpus effi- citur, ipso Domino id in Evànjgelio postulante ; « Pater, au témoignage du Sauveur qui dans l’Évangile fait à Dieu cette prière ; « Mon Père, faites que comme vous et moi nous sommes un, ils soient de même un en nous, » Jean, xvn, 21. Deman¬ dons à Marcion en . vertu de quelle raison ce passage emprunté à l’ancien Testament, peut s’appliquer à Jésus-Christ et à l’Église; puisqu’il prétend que l’ancien Testament n’a absolument aucun rapport avec Jésus-Christ. « Ce sacrement est grand, je dis dans le Christ et dans l’Église. » Toute l’histoire d’Adam et d’Ève, telle qu’elle est racontée dans la Genèse, ne peut, comme beaucoup le pensent, se rappor¬ ter facilement à Jésus-Christ et à son Église, mais seulement la citation faite ici par l’Apôtre : « À cause de cela, Thomme laissera son père et sa mère, et s’attachera à son épouse, et ils seront deux dans une même chair. » En effet, le pre¬ mier homme et en même temps le premier pro¬ phète, Adam a fait cette prophétie du Christ et de son Église, que. Notre-Seigneur et Sauveur a laissé Dieu son Père et sa mère la Jérusalem céleste, qu’il est venu sur la terre pour son corps qui est l’Église, qu’il Ta formée de son côté, et . que pour elle le Verbe s’est fait chair. -Et comme tous les sacrements ne sont pas égaux, mais que l’un êst plus grand, l’autre inférieur, l’Apôtre dit : « Ce sacrement est, grand» et il donne une da, ut quomodo ego et tu unum sumus : sic et ipsi in t nobis unum sint » Joan. xvn, 21. Interrogemus Marcio- nem qua consequentia locum istum qui de veteri usurpa- tus est Instrumente, in Christum et in Ecclesiam in- terpretari queat, cum juxta ilium Scriptura vêtus om- nino non pertineat ad Christum. « Sacramentum hoc magnum est, ego autem dico, in Christo et in Ecclesia, » Non, ut plerique existimant, omnjs historia quæ de Adam et de Eva in Genesi scri¬ pta est, ad Christum et ad Ecclesiam facile referri po- test, sed tantummodo quod in pïæsenti loco poniturj id est : « Propter hoc relinquet homô patrem suum et matrem suam, et adhærebit uxori suæ, et erunt duo in carne una. » Primus enim homo, et pcimus vates Adam, hoc de. Christo et Ecclesia prophetavit : quod reliquerit Dominus noster atque Salvator Patrem suum Deum, et matrem suam coelestem Jérusalem, et venerit ■ ad terras propter suum corpus Ecclesiam, et de suo eam latere fabricatus sit, et propter illam Verbum caro fac¬ tum sit. Et quia non omnia æqualia sacramenta sunt, , sed est aliud sacramentum inajus, et aliud minus, pro- pterea nunc dicit : « Sacramentum hoc magnum est; » simulque humilitatis ejus indiciub est inferentis : « Ego 490 SAINT JÉROME preuve de son humilité en ajoutant : « Je le dis dans le Christ et dans l’Église. » Grégoire de Nazianze, homme éloquent et profondément instruit dans les Écritures, discutant avec moi ce passage, me disait : Voyez combien est grand le sacrement dont il est question dans ce cha¬ pitre, -à ce point que l’Apôtre, l’expliquant de Jésus-Christ et de l’Église, n’affirme point en avoir donné une interprétation en rapport avec, la dignité du témoignage, mais semble dire : Je sais que ces paroles sont pleines d’ineffables mystères, et qu’elles demanderaient un cœur divin pour les interpréter. Quant à moi, eu égard à la faiblesse de mon intelligence, je crois devoir les expliquer en Jésus-Christ et en son Église, non pas que rien puisse être plus grand que le Christ et l’Église, mais parce qu’il est difficile que tout ce qui est dit d’Adam et d’Ève soit expliqué de Jésus-Christ et de l’Église. « Que chacun de vous donc aime sa femme comme lui-même. » Quelqu'un estimera peut- être que l’amour dont l’Apôtre fait un précepte au mari et à la femme est le même que nous sommes obligés d’avoir pour le prochain; car il est écrit : « Vous aimerez le prochain comme vous-même » LèviL xix, 18 et il est dit ici : « Que chacun de vous aime son épouse comme lqi-même, » donc l’amour pour le prochain et pour la femme est le mémo. Or, si le prochain, ' selon l’interprétation du Sauveur est tout homme autem dico in Christo et in Ecclesia. » Gregorius Na- zianzenus, virvalde eloquens, et in Scripturis apprime eruditus, cura de hoc mecura tractaret loco, solebat di~ cere : Vide quantum istius capituli sacramentum sit, ut Apostolus in Christo illud, et in Ecclesia inter pretans, non se ita asserat, ut testimonii postulabat dignitas, ex- pressisse; sed quodamraodo dixerit : Scio quia locus iste ineifabilibus plenus sit sacramentis, et divinum cor quærat interpretis. Ego autem pro pusillitate sensus mei, in Christo intérim illud, et in Ecclesia intelligen- chun puto ; non quo aliquid Christo et Ecclesia ma lus sit; sed quod totura quod de Adam et de Eva dicitur, in Christo et in Ecclesia interpréta ri posse, difficile sit. « Verumtameft et vos singuli uuusquisque suam uxo¬ rem sicut se diligal. » Æstimet aliquis eamdem inter raaritum et uxorem juberi ab Àpostolo charitatem, quæ in proximum ' præcepta est: sic enim scriptum est:. « Diliges proximum tuuui sicut 'teipsum » Levit. xix, 18, et nunc dicitur : et IJnusquisque suam uxorem sicut se diligat. » Ergo eadem in proximum et in uxorem cbari- tas erit. Quod si proximus, juxta interprefcationem Sal- pour son semblable, il n’y a donc aucune diffé¬ rence entre l’amour qu’on doit à son épouse et celui dont om doit aimer les autres hommes, ce qui est souveraiment absurde. A l’égard du pro¬ chain la particule est comparative, c’est-à-dire que vous devez aimer le prochain et désirer qu’il soit sauvé comme vous-même. Mais quand il , s’agit de l’épouse, l’adverbe comparatif « Comme » n’exprime pas une ressemblance, mais bieu plutôt une approbation, une confirmation qui donne du poids à la pensée. C’est ainsi que nous disons d’un homme : il s’est conduit comme un homme, et il est écrit du Sauveur : « Nous avons vu sa gloire, comme la gloire du Fils unique, » Jean, t, 14. Ce n’est pas que le Sauveur ait eu une gloire par comparaison avec un. autre Fils unique, puisqu’il est le seul Fils unique, et s’il y avait un autre Fils unique, il ne pourrait plus être appelé Fils unique. Il n’aŸait donc pas besoin de l’exemple d’un autre Fils unique, mais il a possédé la gloire comme un Fils uni¬ que, c’est-à-dire comme il lui convenait de la posséder. Lecommencement du psaume soixante- douze présente le même sens au moins dans la version grecque : èç àyaOoç b Qebç etc. ce que nos interprètes ont traduit par : « Quo le Dieu d’Israël est bon à ceux qui ont le cœur droit, » Ps . lxxii, 1. car dans le grec, le mot wç, c’est-à-, dire comme, paraît' exprimer plutôt une ressem¬ blance que l’affirmation de ce qui est dit, si on ne vatoris, ornais homo est homini ; nulla ergo erit inter uxorem et quorumlibet hominum dilectionera differentia charitatis, quod dicere valde absurdum est. Iq proximo enim similitudo ponitur, ut sic eum diligas sicut te, et cupias esse salvatum. lu uxore autem comparution is ad- verbium, « sicut, » non similitudinem, sed approbatio- tionem et confirmationem, cu:n quodam pondéré sonat. Quomodo dicimus de viro : quasi vir fecit, et de Salva- tore scriptum est : « Vidimus gloriam ejus, quasi glo- riam unigeniti » Joan. i, 14. N un quo ipse Salvator glo- riam habuerit ad comparationem alterius unigeniti : ipse est enim unigenitus. Et unigenitus si et alter tuerit, uuigenitus non potest appellari. Unde alterius unigeniti non indigebat exemplo, sed quasi unigénitum, hoc est, ut semetipsum decebat gloriam habere, posse- dit. Hoc idem et septuagesimi secundi psalmi, juxta Græcos tamen, exordium sonat : (bç Lyvtihq b Bebq tco Iap(X7|X xotç euÔécxL t7) xapSia, quod a nostris trans¬ latum est : « Quain bonus Deus Israël rectis corde » Puai, lxxii, .1. Alioquin juxta Græcos (bç, id est, « si¬ cut, » similitudinem magis videtur, quam firmitatem COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS veut pas y voip uno particule affirmative, mais comme un exemple. Il faut remarquer en même temps qu’il est commandé à l’homme d’aimer sa fournie, et à la fèmme de craindre son mari. L’amour, en effet, conviént à l’homme, comme la crainte à la femme; mais pour le serviteur, ce D’est pas seulement la crainte, mais le trem¬ blement, comme l’Apôtre lo leur recommande dans ce qui suit : « Serviteurs, obéissez à vos maîtres selon la chair, avec crainte et tremble¬ ment. » « Mais que la femme craigne son mari. » Si la crainte de Dieu qui a pour motif la crainte du châtiment, ne permet pas à celui qu’elle domine d’être, parfait, combien moins sera parfaite la femme qui craint non pas seulement Dieu, mais encore son mari? Examinons donc, s’il faut entendre ici dans le sens littéral, la femme et la crainte de la femme, d’autant plus que souvont il se rencontre des épouses bien meilleures que leurs maris, qui leur commandent, dirigent leur maison, et l’éducation de leurs enfants, et font régner la discipline dans leur famille, tandis que les maris courent, se livrent au désordre et à la débauche. Ces femmes doivent-elles diriger ou craindre leurs maris? Je laisse la réponse à la volonté du lecteur. Si au contraire, dans le sens allégorique, comme nous l’avons dit, l’épouse signifie le corps, et le mari l’es¬ prit, il n’y a rien d’inconvenant que la femme, significare dictorum, si non ut conûrmationem audieris, sôd quasi [Al. tacet quasi] exemplum. Simul et hoc at,- tendendum, quod Av diligere juhetur uxorem, mulier vero timere virum. Congruit enim viro dilectio, mulieri timor ; servo vero non solum inetus, sed et tremor jun- gitur. Unde et in consequentibus ait : « Servi, nbedite dominis carnalibus cum timoré et tremore. Mulier autem tirneat virum, » Si in Deum inetus propter timorem supplicii, nonsiniteum qui metuit esse perfectum ; quanto magis imperfecta erit mulier, non so¬ lum Deum, secl etiam virum metueus? Propter quofire- quirendum an carnaliter uxor intelligenda sit, et uxoris timor : cum fréquenter multo meliores maritis invenian- tur uxore^ et eis imper en t, et domum regant, et educent liberos, et fâmiliæ teneant disciplinam ; îllis luxuriantibus et per scorta currentibus. ïïæ viros suos utrum regnare debeant, an timere, lectoris arbitrio derelinquo. Quod si juxta allegoriam,' ut supra diximus, uxor in corpore accipitur, vir in animo, nihil jncongruum est timere eam ut ancillam virum, in secundo gradu et in viliori substantia constitutam. Animi quippè, ut ait Grispus, 491 placée au second rang et d’une nature infé¬ rieure craigne, son mari, comme une ser¬ vante, car l’esprit comme dit Grispus, est fait pour commander, le corps pour obéir. Celui qui tient à expliquer simplement ces paroles du mari et de la femme, fora ressortir la double signification du mot crainte; l’une dont saint Jean a dit : « La crainte est accompagnée de peine, ainsi celui qui craint n’est point par¬ fait, » I Jean, tv, 18. C’est dans, ce même sens que les esclaves ont l’esprit de servitude dans la crainte que Dieu exige d’eux lorsqu’il dit : « Et sï je suis votre père, où est ma gloire; et si je suis votre Seigneur, où est la crainte que vous me devez? » Malach . i, 6; l’autre qui est appelée par les philosophes euAàêeta, et par nous, sans rendre absolument le sens, respect . Le roi prophète sait qu’il y a aussi la crainte des âmes parfaites, qui est comme la marque de la perfection, et dont il dit dans le psaume trente-troisième : « Rien ne manque à ceux qui le craignent, » Ps. xxxm, 9. Si l’on entend la femme dans le sens littéral, on peut lui faire un précepte de craindre, c’est-à-dire de respec¬ ter son mari. CHAPITRE VI. i « Enfants, obéissez à vos parents dans le Sei¬ gneur, car cela est juste. Honore ton père et ta mère (c’est le premier commandement fait avec imperio, corporis servitio magisutiinur. Qui vero simpli- cem intelligentiam mulicris sequitur et mariti, duas significantias in verbo timoris esse monstrabit. Et dicet una de qua Joannes ait : « Qui'timet, pœnam habet, et qui timet, non est perfectus » I Joan. iv, 18, Juxta quam et servi spiritura servitutis habent in timoré, quem exiguntur a Domino dicente ad eos : « Et si pater sum ego, ubi est gloria mea : et si Dominus sum ego, ubi est timor meus » Malach. i, 6? Alteràm vero quæ apud philosophos nominatur eùAdêcia, et apucl nos, licet non plene sonet, « reverentia » dici potest. Soit quoque et prophètes perfectorum timorem, quem qui timuerit, perfectus est, iu tricesimo tertio psalmo dicens : « Non est inopia timentibus eum >> Psal. xxxm, 9. Potest igi- tur uxori simpliciter intellects© hic imperari metus, ut timeat, hoc est, revereatur virum suum. CAPUT VI. « Filii, obedite parentibus vestris in Domino ; hoc enim est justum. Honora patrem tuum et matrem tuam (quod est mandatum primum in promissione) nt bene sit SAINT JEROME 492 une promesse), afin que tu sois heureux et que tu vives longtemps sur la terre. » IL y a ici une ambiguité, les enfants doivent-ils obéir à leurs parents dans le Seigneur, ou obéir dans le Sei¬ gneur à leurs parents? Ils doivent faire l’un et l’autre, c’est-à-dire que nous devons obéir aux parents qui nous ont engendrés dans le Seigneur, tels qu’étaient saint Paul et les apô¬ tres, et faire tout ce qu’ils nous commandent et obéir dans le Seigneur à nos parents dont nous sommes nés selon la chair, en accomplis¬ sant tout ce qui n’est pas contraire a la volonté 'de Dieu. Par là, en môme temps, nous presserons les hérétiques qui ne veulent pas que l’ancien Tes¬ tament vienne du Dieu bon dont le Christ est le Fils, de nous dire parque! motif l’Apôtre duChrist, fils du Dieu bon ferait usage de l’Écriture du Créateur, et appuierait l’obéissance des en fan ts sur des témoignages de l’ancien Testament. Voici ce témoignage tel que nous le lisons dans l’Exode d’où il est tiré : « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours soient longs sur la terre que le Seigneur ton Dieu te donnera, Exod . xxx, 12. C’est le cinquième commandement du Décalogue dont l’Apôtre a supprimé les dernières paroles. Il nous faut donc examiner pourquoi il dit ici « que c’est le premier commandement, » alors que le premier commandement est ainsi conçu : « Tu n’auras point d’autres dieux que moi. » C’est pourquoi quelques-uns lisent : « c’est le tibi, et longævus sis super terram. » Ambiguë dictum, •utrumin Domino parentibus suis filii debeant obedire, an certe parentibus suis filii obediant in Domino. Quod utrumque faciendum, ut et his parentibus qui nos in Domino genuere, qualis fuit Paulus et apostoli, obedia- mus et ea faciamus quæcumque præceperint, et paren¬ tibus nostris, de quibus secundum carnem nati snmus, obtemperemus in Domino, implentes ea quæ non sunt Domini contraria voluntati. Simulque et hæreticos coarc- tabimus, . nolentes vêtus Testamentum esse Dei boni, cujus filius Christus sit. Qua ratione Apostolus Christi, boni Dei filii, Scriptura Creatoris utatur, et obedientiam filiorum de veteri Lege præsumat. Quod testimonium de Exodo sumptum, ita ibi contexitur : « Honora patrem. tuum et matrem tuam, ut bene sit tibi, et sis longævus super terram, quam Dominus Deus tuus dabit tibi > Exod. xx, 12; de quo nunc ultima verba subtraxit, quod mandatum in Decalogo quintum est. Un de quæ- rendum quare nunc dixerit, « quod est mandafum pri¬ mum ; » cum primum mandatum sit: « Non erunt tibi dii alij præter me. » Quamobrem nonnulli ita legunt, premier commandement fait avec une pro¬ messe, » comme si les quatre autres commande¬ ments qui précèdent, n’avaiéntpas de promesses, et que celui-là seul fut accompagné d’une pro¬ messe : « afin que tu sois heureux, et que tu vives longtemps sur la terre que le Seigneur ton Dieu te donnera. »Mais ces auteurs me parais¬ sent n’avoir pas observé assez exactement que le second commandement est aussi accompagné d’une promesse. Car il est dit : « Tu ne feras point d’idole taillée, ni aucune image de ce qui est en haut dans le ciel, ni de ce qui est en bas sur la terre, ni dans les eaux sur la terre. Tu ne les adoreras point, et ne les serviras point; car je suis le Seigneur ton Dieu, le Dieu fort, le Dieu jaloux, recherchant l’iniquitév.des pères sur les enfants en la troisième et la quatrième génération, l’iniquité de ceux qui me haïssent, et faisant miséricorde mille fois à ceux qui m’aiment et gardent mes commandements, » Exod. iv, 5, 6. Remarquez en effet, les paroles de la promesse : « faisant miséricorde mille fois à ceux qui m’aiment et gardent mes commande¬ ments. » Peut-être, comme le Décalogue est la première Loi qui ait été donnée au peuple, après sa sortie de l’Égypte, chaque pré¬ cepte du Décalogue est appelé le premier, par comparaison avec les autres préceptes qui ont fait ensuite partie de la loi; Celui qui cherchera à défendre l’explication donnée précédemment « quod est mandatum primum in promissione ; » quasi quatuor aïia mandata, quæ ante dicta sunt, non habeant promissiones, et in hoc solo pollicitatio feratur adjunc- ta, « ut bene sit tibi, et sis longævus super terram quam Dominus Deus tuus dabit tibi. » Sed videntur mi- hi non observasse snbtilius, et in secundo mandato repromissionem esse sociatam. Ait eniin : « Non . faciès tibi idolum, neque omnem similitudinem eorum quæ in cœ'o sursum, et quæ in terra daorsum, et quæ in aquis subtus terram; non adorabis ea, et non imnaolabis illis ; Ego eüim sum Dominus Deus tuus, Deus zelotes, qui reddo peccata patrum in ûlios usque àd tertiam et quar- tam generationem, his qui me oderunt, et facïo miseri- cordiam in miliia his qui diligunt me, et custodiunt mandata mea » Exod. iv, 5. Observa enim quod verba sint sponsionis : « Faciens misericordiam in miliia his qui diligunt me, et custodiunt mandata meâ . » FôrSitan ergo quia Décalogus exeunti de Ægypto populo, prima Lex data est, unumquodque mandatum Deealogi, primum mandatum est appellandum, ad comparationem eorum præceptorum, quæ postea in Lege conscripta sunt/ Qui COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 493 basée sur cette distinction : « c’est le premier commandement fait avec une promesse, » dira que le commandement est d’abord formulé séparé¬ ment : « Honore ton père et ta mère » et q ue la promesse vient ensuite : « afin que tu vives longtemps sur la terre que le Seigneur ton Dieu te donnera. » Àü contraire dans ce commande¬ ment : « Tu no feras point d’idole en aucune image, » il n’ÿ a point de séparation, c’est une seule et même proposition, et la fin est moins une promesse qu’une louange à Dieu qui fait miséri¬ corde mille fois à ceux qui l’aiment, et gardent ses commandements. » Quant à celui qui prétend qüe tous les préceptes du Décalogue sont désignés sous le nom de premier commande¬ ment, il devra montrer que cette -promesse ; « afin que tu vives longtemps sur la terre que le Seigneur Dieu te donnera, » ne concerne pas seulement ceqx qui obéissent à leurs parents, mais s’étend à d’autres préceptes innombrables; et il lui faudra énumérer tous les commande¬ ments auxquels sont mis ce prix et cette récom¬ pense, de vivre longtemps sur la terre que le Seigneur Dieu leur donnera. Et un interprète différent aura le droit d’exiger de lui qu’il prouve que les préceptes qu’il a énumérés ont été écrits avant ce commandement. S’il lui est impossible de le prouver, c’est inutilement qu’il affirmera qué cette promesse se trouve jointe aux autres commandements. Ajoutons après vero expositionem superiorem tenere conabitur, in eo quod, distinxerat, « quod est raandatum primum in repromissiona, » dicet separatim esse mandatum : « Honora pati’em tuuniet matrena tuam ; » et postea repromissionem suo loco positam, « ut sis longæ^us su¬ per lerram, quam Dominas Deus tuus dabit tibi. » In lioc vero mandato, id est : « Non. faciès tibi idolum, ne- que omnem similitudinem, » non seorsum, sed sub uno textu atque sermone, non tam promissionera datam, quam sententiam in laudes Dei esse finitam, facientia misericordiam in millia his qui eum diligunt, et custo- diunt mandata ejus. Rursum is qui tota Decalogi man¬ data, primum mandatum esse contendit, repromissionem in qua scriptum est : « ut sis longævus super terram, qiiam Dominus Deus tuus dabit tibi, » non solumadeos pertinere monstrabit, qui parentibus obsequantur, sed etiam ad alia innumerabilia præcepta ; et necesse habe- bit cuncta replicare mandata, in quibus merces hæc et præmium promittantur, ut sint longævi super terram, quam Dominus Deus tuus dederit eis. À quo diversus ille exigere debebit interpres, ut doceat ante hoc man- cela, qu’il ne faut pas entendre dans un sens judaïque et charnel la promesse faite aux enfants qui honorent leur père et leur mère, de vivre longtemps sur la terre que Dieu leur donnera. Car il faut admettre qu’un grand nombre de ceux qui ont été obéissants à leurs parents sont morts prématurément, et que des enfants déna¬ turés pour leurs parents sont parvenus à une extrême vieillesse. Si la promesse a pour objet une vie longue ici-bas, et si c’est un bonheur de vivre de longues années dans ce corps; que les juifs et ceux qui leur ressemblent, nous disent ce que signifient ces paroles du Psalmiste : « Malheur à moi, car mon exil a été prolongé, j’ai habité avec les habitants de Gédar, » Ps. cxix, 7, et ces autres de Salomon dans l’Ecclé- siaste : « Et j’ai loué les môrts plus que les vivants et que ceux qui vivent dans le temps présent; et j’ai estimé plus heureux que les uns et les autres, celui qui n’est pas encore né, et n’a pas vu les maux qui arrivent sous le soleil » Eccles. îv, 2, 3; et plus bas : « Quand un homme aurait engendré cent enfants, et qu’il aurait vécu beaucoup d’années, et que son âme eût été comblée de biens, et qu’il manque de sépulture, je dis de cet homme qu’un avorton lui est préférable, car c’est en vain qu’il est venu, et il va dans les ténèbres, et son nom est effacé par l’oubli, et il n'a. pas vu le soleil, Ibid . vi, 3, 4, 5 etc. Car si les morts sont loués datum, ilia quæ ab eo prolata sunt, scripta esse mandata. Quod si non potuerit approbare, frustra et in aliis præ- ceptis hanc repromissionem adjunctam esse memorabit. Post hæc relractandum, pro honore patris et matris, non Judaicum et carnale esse promissum, ut longævi sint filii super terram, quam Dominus Deus suus dederit eis. Multos enim fuisse credendum qui et paren¬ tibus obsequentes cito mortui sint, et in paren¬ tes impii usque ad extremam venerint senectutem. Respondeant enim Judæi et similes Judæorum, si vitæ istius longitudo est in repromissis, et diu in cor- pore permanere félicitas est, quid sibi vult iilud in Psalmis : « Heu mihi, quia incolatus meus prolongatus estl habitavi cum habûantibus Cedar » Ps . cxix, 7. Et hoc Salômonis in Ecclesiaste : « Laudavi ego omnes mortuos qui olim mortui sunt, super viventes qui vivunt usque in præsens, et mélior est super hos duos, qui necdum natus est, et non vidit omne opus malum quod factum est sub sole » Eccles. îv, 2, 3 ; et post paulu- lum : « Si genuerit vir centum, et annos plures vixerit et multi fùerint dies annorum ejüsj et anima illius re- 494 SAINT JEROME plus que les vivants, et si d’après quelques-uns qui pensent que les âmes vivent dans les cieux avant de descendre dans ces corps, on déclare plus heureux que les uns et les autres celui qui n’est pas encore né, si cotte vie tout entière n’est que tentation, si selon Job : « La mort de l'homme est un repos,.» Job. ni, 13, et que selon le même et Jérémie : Maudit doit-être le jour où nous naissons Jerem. xx, 14, comment peut-on promettre ici à ceux qui honorent leur père et leur mère, qu’ils vivront longtemps sur la terre que Dieu leur donnera? Il nous faut donc chercher la terre que le Seigneur promet et donne à ceux qui sont sortis spirituellement de l’Égypte, qui ont traversé en toute patience les vastes et terribles déserts de cette vie, qui . ont triomphé de rois puissants, que le Seigneur a frappés, qui sont entrés dans la Judée où coulent le lait et le miel, et où sous la conduite de Josué, ils ont vu crouler la ville de Jéricho, détruire la ville d’Haï, bâtir un temple sous lé roi Salomon, et où ils possèdent vraiment la terre qui a été préparée à ceux qui sont doux : « Gomme il est dit dans l’Évangile : Bienheureux ceux1 qut sont doux, parce qu’ils posséderont la terre, » Matth. v, 4, la terre qui est vrai¬ ment la terre des vivants, comme l’appelle aussi le Psalmiste : « Je suis sûr de voir les biens du Seigneur dans la terre des vivants, Ps. xxvi, 13. Cette vie longue, la sagesse l’a dans la main droite, tandis qu’elle tiont dans la gauche, les richessses et. la gloire. « Et vous pères, ne provoquez pas vospnfants à la colère, mais élevez-les dans la discipline et . la correction du Seigneur. » , Le péché des enfants, c’est de ne pas obéir à leurs paronts, et, comme les parents pourraient commander quelque chose de contraire à la règle, l’Apôtre ajoute : « dans le Soigneur. » Le péché des parents, c’est de provoquer à la colère leurà enfants en bas âge et presqu'encore à la ma¬ melle, ou quand ils sont adolescents et , d’un âge plus mûr, de leur commander des choses trop dures. De même donc, qu’il fait voir dans les enfants la nécessité^ et la récompense ' de l’obéissance, ainsi commande-t-il d’autre- part aux parents, d’être modérés dans leur comman¬ dement, et de se rappeler qu’en étant à leu?; tête, ils ont en eux non pas des serviteur; ,'"; mais des enfants. Et il ne s’est pas contenir d’indiquer cette fin du précepte, mais il ajoute ; « élevez-les dans la discipline et la corretion du Seigneur. Au lieu de correction, le texte grec a un mot plus juste vouOecca qui exprime plutôt l’idée d’avertissement, d’enseignement que de sévérité. Qu’ils lisent ces paroles : les évêques et les prêtres qui élèvent leurs enfants dans les lettres profanes, qui leur font lire les comédies et pleatur bonis, et sepultura sit ei ; dixi melius est super eum abortivum, quia in vanitate venit, et in tenebris nomen ejus operietur ; et quidem solem non vidit » Ibid. j 6, et cætera. Si enim laudantur super vivos mor- tui (et jiixta quosdam qui, antequam in corpora ista descendant, animas degere in ccelestibus arbitrantur, melior esse dicitur duobus, qui necdum natus est, et omnis ista vita tentatio est-;, et secundum Job : « Mors vin » [AI. viro] requies » Job. m. 13; et juxta eum- dem et Jeremiâin, Maledicta est dies in qua nascimur, Jerem. xx, 14, quomodo nunc reproinittitur honoranti- bus patrem et matrem quod longævi sint super terrain, quam Dominus Deus suus dederit eis? Quærenda est er- go terra, quam Dominus repromittit et Iribuit bis qui spiritualem Ægyptum reliquerint, et cum oinni patien- tia, magna et terribilia vitæ istius deserta transierint et vicerint reges magnos, quos percutit Dominus; et transierint in Judæam quæ lacté et melie Huit, et sub 'Jesu duce, Jéricho corruente, atque vaslata Hai, quæ interpretatur, « abruptum, » Jérusalem venerint, et sedificetur eis templum sub . Salomone rege pacifico Jos. vi, 8, et possideant terrain, quæ mansuetis est prœ- parata : « Beati » quippe « mites, quoniam ipsi possi- debunt terrain » MoAth. v, 4, quæ vere est terra viven- tium, Psalinista quoque dicente : « Credo videré bona Domini in regione viventium » Ps.xxvi. 13. Hujus vitæ longitudinem et sapientia habet in manu dextera, in sinistra tenens divitias et gloriam. « Et patres nolite ad icac'undiam provocare filios ves- tros ; sed educate illos in disciplina et conversatione Domini. » Peccatum filiorum est non obedire parentibus, et quia poterant parentes aliquid imperare perversum, adjunxit, « in Domino. » Peccatum vero parentum, parvulos filios atque lactentes ad iracuncliàm provocare aut certe jam adolescentibus 'et maturioris ætatis, ea imperare quæ gravia sunt. Sic ut igitur in filiis obseqni- um, et subjectionis merces est demonstrata ; i ta paren¬ tibus moderatum jubetur imperium, ut non quasi servis , sed\ quasi filiis præesse se noverint. Neç hoc præcepti fine contentu.s est; sed et il! ud adjunxit: « Educate illos in disciplina et correptione Domini,' » Quam correptionem nos. legimus, melius in Græco dicitut vouOeafct, quæ « admonitionem » magis et « eruditionem » quam « aus- teritatem. » sonat. Legant episcopi atque preshyterï, qui COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS chanter les écrits honteux des acteurs de théâtre, alors que Jeur éducation se fait peut-êlre aux frais de l’Église, et que les offran¬ des expiatoires d’une vierge ou d’une veuve, le don entier de sa fortune qu’un pauvre fait à Dieu, sont appliqués aux cadeaux du jour de l’an, à remplir la corbeille des Saturnales ou à payer les Grammairiens et les Rhéteurs, qui emploient cet argent à leurs dépenses inté¬ rieures, à entretenir les temples des idoles, ou, à des trafics infâmes. Héli, le' grand prêtre, était personnellement saint, mais parce qu’il n’éleva point ses enfants dans la discipline et la correction, il tomba de son siège à la renverse et mourut I Rois 11. Il ne pouvait s’étendre en avant, et il tomba à la renverse et frappé d’une affection nerveuse et incurable, il tourna les yeux comme Ja femme de Loth vers la ville de Sodome. Il avait cependant réprimandé ses enfants, en leur disant : « Pourquoi faites-vous de pareilles, choses, des œuvres abominables, ainsi que je l’apprends de tout le peuple? Cessez mes enfants; car il n’est pas bien qu’on dise de filios suos sæcularibus litteris erudiunt, et faciunt co- mœdias legere, et miraorum turpia scripta caatare, de Ecrlesiastici forsitan sumptibus ernditos; et quod in corbonam pro peccato virgo vel vidua, vel totam subs- tantiam suarn effundens quilibet pauper obtulerat, hoc (1) kalendariam strenam, et Saturnaliliam sportulam et Minervale munufe Grammaticus, et Orator, aut in sump- tus domesticos, aut in tempii stipes, aut in sordida scorta convertit. Eli sacerdos sanctus fuit, sed quia filios suos non erudivit in omni disciplina et correptione, su- pinus cecidit, etmortuus est 1 Reg. n. Non enim pote- rat ad priora extendi, sed retrorsum ruit, et opisthotono insanabili lapsus in tergum, ad Sodomam, cum Lot uxo- re respexit. Et certe corripuerat filios suos, dicens, : « Quare facitis verba hæc quœ ego audio de vobis mala ab omni populo ? Nolit.e, filii mei, « quoniam non est bona fama, quam ego audio de vobis » I Reg. 495 vous ce que j’entends, » I Æoîsmi, 23, 24. C’est en gémissant sur de semblables pères qu’Isaïe dit : « Et des fils des étrangers leur sont nés, » Isai. n. Si en parlant, aux simples fidèles d’Éphèse, qui pour la plupart, comme il arrive pour les gens du peuple, étaient préoccupés des affaires de cette v}e, l’Apôtre leur fait un devoir d’élever leurs enfants en toute discipline, et dans les enseignements du Seigneur, que doit-on penser des obligations des prêtres dont saint Paul écrit à Timothée : « Qu’ils tiennent leurs enfants soumis en toute chasteté, » Thyi . ni, 4. Il renouvelle et répète les mêmes avertissements à Tite : « Ses enfants doivent être fidèles, non accusés de débauche ou indisciplinés, Tit. i, 6; et comme si les vices des enfants étaient impu¬ tés à leurs parents, il emploie cette conjonction causative : « Car l’évêque doit être irrépro¬ chable, comme dispensateur de Dieu, » I Tira. nr. L’évêque n’est donc point irréprochable, s’il a des enfants indisciplinés et accusés de vivre dans le désordre. « Serviteurs, obéissez à vos maîtres selon la H, 23, 24. De istiusmodi patribus etlsaias lacrymabili voce' causatur, dicens : « Et filii alienigenarum nati sunt eis » Isai . n. Quod si hoc Ephesiis laicis, et plerisque, ut in populo solet, vitæ hujus negotiis occupatis, præcepit, ut filios suos erudiant in omni disciplina, et adinonitione Domini ; quid de sacerdotibus æstimandum est,de quroum ordine ad Timotheum scribit, dicens : « Filios habentem in obsequio, cum omni honestate » I Tim. in, 4. Et idipsum ad Titum inculcat et repetit : « Filios haben¬ tem fidèles, non in accusation© ïuxuriæ, aut non subditos » TU. i, 6, 7 ; et quasi vitia filiorum parenti- bus imputentur, conjunctionem causaient interserens, ait : « Oportet enim episcopum sine crimine esse, , tamquam Dei dispensatorem » I Tim . ni. Non est ergo sine, crimine episcopus, cujus filius non fuerit subditus, et in accusatlone luxuriæ. « Servi, obedite dominis carnalibus, cura timoré et (I) Hune locum non salis intelligentes Erosmus et Morionns diverse deprnvant ; Erasmus addendo præposllioncm «in» ante » kalendariam strenam, » et Marinnus mulando/» aut in tempii stipes : » legit enim, «oui in sumplus domesticos, tempii stipes, » Mss. codices retinent puram lectionem quam nos edidimus, cujus hic est sensus r Legnnt ista epifcopi et presbyteri qui Glios suos de ecclesiastiris sumptibus for¬ sitan eruditos tradunt gvammaticis gentilibus, et videant ne quod virgo vidua, vel pmi per ohtulil, hoc grammaticus et orator occipiens pro kalendaria slrena, et Salurnolitia sportula, etc,, convertnt in sumplus domesticos aut in deorum suorum tempii stipes, et dcnique in sordida scorta. Kalendaria porro strona, aut Soturnolilia sportulo, sicut et Minervale munus, antiquîtus munera erant data prœcoptoribus, in kalendîs Jannarii, et in festis diebus Saturni et Minervœ. Tiberius imperalor prohibuit edicto strènarum commercium, ne ultra kalondas Jonuarias exercerenuir. Vide Sueton. in Tiherio. Mari. Notum, kalendorium strenam illud esse munus, qiiod boni ominis gratia iniiio dabatuv anni, Suetonius in Coio, cap. 42 : « Edixit strenas ineunte anno se recepturum, stetitque in vestibulo ædium kolendis Jonuarii, ad captondas stipes. » Hujusmôdi et Saturnolilia erat sportulo quœ tamen ad Decembrera mensem pertinebat : Minervale autem proprie illud erat munus, quod mogislris discipuli persolvebant. Pro eo quod moi sequitur, » « aut in tempii stipes, « et Mnrtionæus de idolorum tcmplis explicot, Victorius roi us de tcmplrs dici .Christianorum, voculi « autjn, » sublatis, commodius sono, si mss. suffrogorontur, locum restituit, ut sensus esset, presbytoris tempii stipes darp grammotiois ethni* cis, qui aut in sumptus domesticos, out in sordida scorta conrerlorent, Ed. Mi<}. 496 SAINT JÉROME chair, avec crainte et tremblement, dans la simplicité de votre cœur, comme au Christ même, les servant non à l’œil, comme pour plaire aux hommes, mais comme dos serviteurs du Christ, accomplissant de cœur la volonté de Dieu, faisant votre service de bon cœur, comme pour le Seigneur et non pour les hommes, , sachant que ■ chacun recevra du Seigneur la récompense de tout le bien qu’il aura fait, qu’il soit esclave ou libre. » Le prophète dit en par¬ lant à Jérusalem : « Qui es-tu pour craindre un mortel, 'le fils de l’homme? » Isai 41, et saint Pierre dans son épttre : « N’ayez donc aucune crainte d’eux, et ne vous en troublez point, .mais glorifiez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur Jésus-Christ » I Pier. m, 14, 15; Notre-Seigneur lui-même tient le même langage : « Ne craignez point ceux qui peuvent tuer le corps, et qui ne peuvent rien au-delà; mais craignez celui qui peut perdre l’ame et le corps dans l’enfer, » Matth. s, 28; et Salomon atteste la même vérité : « Mon fils, honorez le Sei¬ gneur, et vous serez fortifié, mais n’en craignez point d’autre que lui, » Prov. va. L'Apôtre paraît donc imposer des préceptes tout diffé¬ rents, en commandant aux serviteurs d’obéir à leurs maîtres selon la chair, avec crainte et tremblement, et à l’épouse de craindre son mari. Celui qui voudra répondre le plus sim¬ plement, dira que ce n’est point aux serviteurs parfaits et à ceux qui ont connu les secrets de tremore, et simplicitate cordis vestri, sicut Ghidsto : non ad oculum servientes, quasi hoxninibus placentes; sed ut servi Christi, facientes voluntatem Dei ex animo; cum fidelitate servientes sicut Domino, et non homini- bus : scientes quod unusquisque quod fecerit boni, hoc. recipiet a Domino, sive servus, sive liber. » Propheta loquente ad Jérusalem : « Qualis tu limuisti ab homine mortali, et a filiobominis » Isai. ni? et Petro in Epis- tola sua : « Timorem eorum ne timeatis, sed Dominum Jesum Christum sanctificate. in cordibus vestris » I Petr. m, 14, 15; et Salvatore eadera concinente : « Nolite timere eos qui possunt occidere corpus, et plus non babent quod vobis faciant; sed timete eum qui potest et an imam et corpus occidere in gehennam » Matth. x, 28 : Salomone quoque paria testante. « Fili, honora Dominum, et confcrtaberis; præter ilium aùtem ne timeas alium » Prov. vu : videtur Apostolus diver- sa præcipere ut servi cum timoré et tremore ohediant dominis carnalibus, et uxor [Al. uxorij ut timeat virum. Atque qui simplicius respondabit, hsec dicefc : la sagesse, que ces préceptes ont été donnés, mais à ceux qui avaient les principes de la foi, et qui avaient besoin d’un enseignemont moins relevé. Un autre affirmera que celui, qui n’a point l’esprit de servitude dans la crainte, n’est point soumis au précepte d’obéir aux maîtres selon la chair avec crainte et tremblement, et il donnera la même explication pour la femme à laquelle il est commandé de craindre son mari. Un troisième prendra la crainte dans le sens de respect, tant pour le serviteur que pour la femme, mais se trouvera embarrassé parce que l’Apôtre ajoute à la crainte, c'est-à-dire le tremblement. En effet, le respect peut convenir à la femme qui mêle à la crainte de mari un sentiment de respect.. Mais là où tremble, la crainte n’aura plus le sens de respect, mais de crainte véritable. L’Apôtre a donc pour les serviteurs fait cette addition nécessaire, afin, qu’avec la crainte de leur maître ils aient atissi le tremblement, et pour distinguer leurs maîtres du maître spirituel, il les apppelle les maîtres selon la chair, de manière que pour un serviteur qui croit en Dieu, et qui n’est point encore parvenu à la sagesse parfaite, il n’est point inconvenant de servir un maître selon la chair avec crainte et tremblement, dans la simplicité de son cœur, et de le servir ainsi fidèlement comme à Jésus-Christ. Il ne doit point les servir à l’œil, comme font ceux qui désirent plaire aux hommes, mais faire de la non perfectis servis et eis qui sapientiæ sécréta cogno- verint hæc præcepta constituti, sed his qui principia habebant fidei, et doctrinis humilioribus indigebant. Abus vero asserat eum qui non habeat spiritum servi- tutis iterum in timoré, nequaquam huic subjacere sententiæ, ut cum timoré et tremore obediat dominis carnalibus, hoc idem et de uxore dicturus, quæ jubetur ut timeat virum. Porro tertiusin hoc quoque locp, sicut in muliere, timorem pro reverentia dictum putabit; sed arctabitur ex eo quod additus est timori tremor. Potest enim uxori reverentia convenire, ut reverens timeat vi¬ rum. Ubi autem tremor est, metus non sonabit reveren- tiam, sed timorem. Necessario itaque in servis additum est, ut post timorem Domini habeant et tremorem, et ad distinctionem Domini spiritualis, nunc carnalis dominus appellatur; ita ut servo quicumque crediderit in Deurn, et necduin ad scientiæ summam pervenerit, non indecens sit domino servire carnali cum timoré et tremore, in simplicitate cordis sui, et sic ei servira üdelitor ut ChrÎBto. Non ad oculum servions, ut hi faci- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉS1ENS 497 nécessité un acte volontaire et de la servitude une matière de récompense ; surtout lorsque le maître selon la chair ne commande pas des choses contraires à ce que commande le maître selon l’esprit. C’est ce que dit l’Apôtre : « Les servant nom à l’œil, comme pour plaire aux hommes, mais comme dos serviteurs du Christ, accomplissant la volonté de Dieu. » Mais que cette fidélité même ne soit, point forcée dans le serviteur, qu’elle soit spontanée et parte du cœur; qu’il serve son maître comme Jésus-Christ, dont il doit recevoir le prix de ses services, non moins que s’il les eût rendus volontairement en étant libre. Il faut encore . remarquer que l’Apôtre ajoute des choses différentes à l’obéis¬ sance des enfants et à celle des servireurs. Il dit aux enfants : « Obéissez à vos parents dans le Seigneur, » tandis qu’il dit aux serviteurs : « Obéissez à vos maîtres selon la chair avec crainte et tremblement. » Ainsi de même que la crainte du serviteur et de la femme diffère, l’obéissance aussi des enfants et des serviteurs est différente. Et voyez comme l’Apôtre, en commandant aux serviteurs d’obéir à leurs maîtres ajoute avec beaucoup d’à propos : « comme à Jésus-Christ, » et encore : « comme les serviteurs de Jésus-Christ,' accomplissant la volonté de Dieu, » c’est-à-dire que le serviteur ne doit pas écouter son maître selon la chair, s’il veut lui commander des choses contraires à la loi de Dieu. En écrivant aux Corinthiens unt' qui hominibus placere desiderant, sed ut necessita- tçm in voluntatem vertat, et faciat de servitute merce- dem, maxime cum dominus carnis a domino spiritus divérsa non imperet. Hoc est enim quod ait : « Non ad oculum servientes, -ut hominibus placentes, sed ut servi Christi, facientes voluntatem Dei. » Sed et ipsam fide- litatem non coactam servus babeat, sed spontaneam et ex animo ; sic serviens domino suo sicut Christo, a quo recepturus est fidelis præmium servitutis, non minus quam si liber voluntate servisset. Simul et hoc notan- dum, quod obedientiæ filiorum atque servoruin diversa subjunxerit, Ad fiiios enim dicit: « Obedite parentibus vestris in Domino; » ad servos vero, « Obedite, dominis carnaîibus cum timoré et tremore. » Ut sicut inter ser- vum et uxorem habet metus diversitatem ; ita et inter fiiios et servos obedientia discreparet. Et pulchre im- perans servis ut obediant dominis, adjecit, « quasi Christo » et iterüm, « ut servi Christi, facientes volun¬ tatem Dei ; » ut scilicet non audiat servus carnalem dominum, si contraria Deo prseceptis voluerit imperare. Tom. x. il leur avait recommandé, eu égard au temps) de ne point faire de la foi en Jésus-Christ un prétexte pour autoriser les divorces entre les maris et les femmes, si l’un d’eux consentait à -embrasser la foi, I Cor. vii ; de même en écri¬ vant aux Éphésiens et aux Colossiens, comme un grand nombre croyaient dans les commen¬ cements de l’Église, qu’on pouvait s’affranchir de l’obéissance, due aux maîtres payens, saint Paul établit avec modération les obligations pro¬ pres à chaque condition, de manière à ne point paraître exciter les esclaves contre leurs maîtres, ni enseigner qu’il faut obéir aux maîtres, s’ils viennent à commander des choses vicieuses ou criminelles. « Et vous, maîtres, faites de môme envers eux, leur épargnant les menaces, sachant que le même Seigneur, le leur et le vôtre, est dans le ciel, et qu’il n’y a pas chez lui acception de personnes. » Quelles sont donc les recommanda¬ tions qu’il a faites précédemment aux serviteurs, et dont il dit aux maîtres qu’ils doivent faire de même? Je pense qu’il veut parler de ce qu’il a dit : « dans la simplicité du cœur, » et « accom¬ plissant la volonté de Dieu, » et « de cœur, » et encore « avec fidélité, » où avec bienveillance à l’égard dés serviteurs, car le mot effvoia a ces deux significations. Car chacun recevra du Sei¬ gneur la récompense du bien qu’il aura, fait, qu’il ait servi dans la condition d’esclave, comme il a été dit, ou qu’il ait exercé l’empire comme Quomodo autem ad Corinthios secundum tempus rescri- pserat I Cor. vu, ne per occasionem fidei in Cbristum inter maritos, et uxores divortia fièrent, . si e duobus unus credere voluisset : ita ad Ephesios et ad Colossen- ses, quia plurimi inter initia fidei putabant Gentiles dominos contemnendos, nunc conditionum mo dératé præcepta constituit ; ut et servitia non videatur contra dominos conoitare ; et rursum nequaquam dominos doceat audiendos, si vitiosa et nefanda præcipiant. « Et domini, eadem facile ad illos, rémittentes minas, Bcientes quia et ipsorum, et vester Dominus est in cœlis, et personarum non est acceptio apud eum. » Qu.ænam sunt hæc quæ servis superius imperavit, ut diceret dominis eadem facienda ^quæ servis? Puto ilia quæ dixerat, « in simplicitate cordis, » et, « facientes volun¬ tatem Dei; » et, « ex animo; » et, « cum fidelitate » sive benevolentia in servos,- quia euvoiot utrumque sona- re potest. Unusquisque enim quod fecerit boni, hoc reci- piet a Domino, sive famulus servierit, sicut dictum est, sive liber dominatus fuerit, ut oportet; ut non ait terribilis» Z> SAINT JÉROME maître. Il ne doit être ni terrible, ni prompt à châtier, sachant qu’il a lui-même un maître dans es doux, chez qui il n’y a pas d acception de personnes, qui seul juge les volontés et selon la connaissance qu’il en a, préféré le bon au mau¬ vais en tenant compte des actions, et non des hommes. « Du reste, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans la puissance de sa vertu. » Je sais que dans le texte grec, au lieu de vertu , on lit force , c’est-à-dire lâ'/ùv, parce que la vertu chez les Grecs s’appelle àpedp Mais c’est la coutume des Écritures de traduire indifférem¬ ment par vertu les mots t^uv et ap£T/], surtout parce que la force du corps est considérée comme un signe de la vertu de l’âme. Du reste, chez les philosophes, la force est placée pa^mi les quatre vertus, et il s’agit ici, évidemment de la force non du corps, mais de l’âme. Ces paro¬ les donc : « Fortifiez-vous dans le Seigneur, et dans la puissance de sa vertu doivent s’entendre tout entières dans le Christ, en ce sens que tous ceux qui croient soient fortifiés dans toutes les vertus dont le Christ est la personnification. Et c’est avec sagesse qu’après avoir tracé dans des préceptes spéciaux, ce que doivent faire les maris et les femmes, les pères et les enfants, les maîtres et les serviteurs ; l’Apôtre recommande maintenant à tous en général qu’ils se fortifient npn promptus ad verbera ; sciens quia et ipse habeat Dominum in cœlis, apud quem non est acceptio pevso- narum, et qui solus tantum judicet voluntates, et juxta eas deteriori præferat meliorem, eligens iacta, non .hommes. « De cætero confortamini in Domino, et in potentia virtutis ejus. » Scio in Græco pro virtute, fortitudinem positam, id est, la'/yv, quia virtus apud eos àpedj appellatur. Sed hæc apud nos consuetudo est Scriptu- rarum, ut indifférée» ter uj/Jjv et Diem malam/ demment : « Rachetant le temps, parce que les jours sont mauvais. » Mauvais en effet, à cause des angoisses et des travaux de cette vie qui ne permettent point de parvenir à la palme dé la victoire sans beaucoup de sueurs et de grands combats. Ou bien c'est le jour de la consommation de toutes choses et du jugement, alors que le démon respirant la haine et la vengeance cherchera à nous retenir dans son parti, jour mauvais dont sera délivré celui qui aura eu l'intelligence de l’indigent et clu pauvre; « carie Seigneur le délivrera au jour mauvais, » Ps. xr, i. C'est ce jour dont il est écrit dans un autre endroit : « Voici que vient le jour de la colère du Seigneur, » Isaï xiii, 9, et ailleurs : « Le jour mortel du Seigneur viendra, jour de fureur et de colère, » et ailleurs encore : « Malheur à vous qui désirez le jour du Seigneur! De quoi vous servira le jour du Seigneur? Ce jour sera les ténèbres et non la lumière. Il se présentera à vous comme à cet homme qui évite un lion pour rencontrer un ours; comme à celui qui entrant dans sa maison appuie sa main sur la muraille, et un serpent le mord. Le jour du Sei¬ gneur ne sera-t-il pas un jour de ténèbres, et non de lumière, une sombre nuit sans clarté?» Amos. v, 18 etc. Comment ce jour ne serait-il pas mauvais, enveloppé qu’il sera de ténèbres et d’obscurité? C’est de ce jour que Joël dit aussi : « Sonnez dans Sion, jetez des cris sur la monta¬ gne sainte, que tous les habitants de la terre aut præsens tempüs ostendit, de quo supra dixerat : « Redimentes tempus, quia dies mali sunt, » propter angustiam et vitæ hujus ïaborés, quia non absquç sudore ét certamine pervenimus ad palmam ; aut certe consum- mationis atque judicii, quando diabolus, iuimicus et vin-' dex, in sua nos cupiet parte retinere, de qua liberabitur qui intelligit super egenum et pauperem : « In die enim mala liberabit eum Dominus » Ps. xl, 1. Hæc est dies, de qua et in alio loco scriptum est : « Ecce venit, dies iræDomini » Isai. xiii, 9; et alibi : « Dies enim Domini insanabilis veniet, furoris et iræ » Isai. xxu, 6; et rursum : « Væ desiderantibus diem Domini : Ut quid vobis.dies Domini? et hæc est tenebræ, et non lux. Que- madmodum si fugiat homo a facie Ieonis, et incurrat in ursum : et introeat in domum suam, et reclinet manus suas super pariotem, et mordeat eum coluber. Nonne tenebræ dies Domini, non lux : et caligo non habens splendorem » Amos. v, 18? Quomodo enim non mala est hæc dies, quse tenebris et caliginoinvolvitur? De qua Joël quoque propkéta commémorât dicens; Canjtetubain Siop ! 506 SAINT JÉROME soient dans répouvante, le jour du Seigneur vient, voilà qu’il s’approche, jour de ténèbres et d’obscurité, jour de nuée et do , tempête, » Joël. il, 1. Sophopie prédit ce même jour en ces ter¬ mes : « Le grand jour du Seigneur est proche, il- est proche, il s’avance rapidement. Voix amère du jour du Seigneur, voix; dure et forte ; jour de colère, ce jour, jour d’oppression et d’an¬ goisse, » Soph. i, 14. et suiv. Et il ajoute ensuite : « Et j’affligerai les hommes, ils mar¬ cheront comme des aveugles, parce qu’ils ont péché contre le Seigneur. » Si donc quelqu’un veut résister en ce jour au démon qui est l’accusateur àe ses frères, Apoc. xii, qu’il se révête de l'armure de Dieu tout entière, (c’est ce que signifie le mot 7ravo7rVa, dont le latin ne rend pas entièrement le sens en le traduisant simplement par le mot armes, et que muni de tous les javelots et des armes énumérés dans les versets suivants il sache qu’il pourra se tenir debout contre l’ennemi, s’il se propose dans toutes ses actions, de se remplir de toutes les vertus afin de se tenir ferme sans perdre pied dans le combat, et d’être du nombre de ceux dont le Seigneur dit : « Il y a quelques-uns de ceux qui se tiennent ici, » Matth. xvr, 28; et dans un autre endroit : « Car vous vous tenez fermes dans la foi, » Il Cor. i, 23, et le Psal- miste dit aussi : « Il a établi mes pieds sur la pierre, » Ps. xxxix, 5. Il en est qui donnent de prædicate-in monte sancto meo; et eonfundantur omnes qui habitant terram; quoniam adest dies Doinini; quia prope est dies tenebrarura et , turbinis, dies nubulæ et, caliginis » Joël, n, 1. Et Sophonias de eadem die loqui- tur dicens : «ç Prope est dies Domini magna, prope et velox nimis. Vox diei Domini amara, et dura, et fortis : dies, iræ dies ilia, dies, angustiæ et necessitatis » Soph . i, 14, et seqq et reliqua, Post quæ infert : « Et affligam homines, et ambulabunt ut.cæci ; quia Domino peccaverunt » Apoc. xu. Ut igitur possit quis in hac die diabolo resistere-: quia ipse est accusdtor fratrum nostro- | rum, assumât omnia arma Dei (hoc enim sonat7ravorcVa non ut in Latino simpliciter « arma » translata sunt), et omnibus telis armisque succinctus, de quibus in se- quentibus explicatur, sciât tune se stare posse, si universa fuerit operatus, ut pie nus cunctis virtutibus, stabilem figat gradum, et non moveatur de acie, sitque ex his de quibus Dominus ait : « Sunt quidam dè hic stantibus » Matth. xvi, 28; et in alio loco : « Etenim fide statis » Il Cor. i, 22; et Psalmista : « Statuit, » in- quit, « supra petram pédes meos » PsaL xxxix, 5. Ter- ce passage une troisième interprétation. La mort, disent-ils, ne met point 'fin à. tous nos combats contre le démon, mais lorsque: nous sommes sortis de ce monde, nous avons a soutenir une lutte plus forte et pour ainsi dire corps à corps et à découvert contre des ennemis pré¬ sents et découverts eux-mêmes. C’est dans ce sens qu’ils expliquent le texte que nous avons cité un peu : plus haut : « ni les choses présentes, ni les choses futures; » ces choses futures sont, disent-ils, les combats , qui nous attendent après cette vie. Ils expli¬ quent de même ces paroles : « C’est pourquoi, soit absents, soit présents, nous faisons tous nos efforts pour lui plaira, » Il Cor. v, 9, c’est- à-dire que le temps présent est cette vie, et lé temps futur, celui qui suit la mort. Ils expli¬ quent dans le même sens la fin de la, phrase : « Afin qu’ayant tout accompli, vous demeuriez fermes. » D’après cette interprétation, nul ne pourrait accomplir en cette vie tout ce qui lui est commandé, il ne le peut qu’en partie, de même qu’il ne voit et ne prophétise qu’en partie, et il ne pourra se tenir ferme parfaitement que lorsqu’il aura accompli toute justice, D’autres donnent cette explication plus simple : L’Apôtre, disent-ils, voyant on .esprit prophétique les tentations futures et les persécutions qui devaient assaillir les Éphésiens- après l’envoi de cette lettre les exhorte et les avertit de tout tia quoque a quibusdam interpretatio spbinducitur, di- centibus : non omne adversum diabolum prælium morte fini l' i ; sed cum de isto sæculo exierimus, tune nobis for- tius et apertius, præsentibus contra præsentes futur um esse certamen; et sic illud quod paulo ante posuimus, exponent, neque præsentia, neque futura ; ut ’ïutura hæc dicant esse quæ post vitàm istarasint ineunda certa- mina. Necnon et illud : « Quapropter contendimus, sive in præsenti, sive in futuro, placere illi » II Cor. v, 9, ut præsens tempus, banc vitam, futurnm, post mortem significari putent. Hoc quoque quod nuuc diçitur : « Et omnia operati, stare, » ad eumdern sensum referent : quasi non possit aliquis omnia in præsenti vita operari, sed ex parte quid faciat, sicut ex parte videat, et ex . parte prophetet, et tune perfecte stare valeat, cum uni- .versa fuerit operatus., Alius vero simplicius hæc exponit dicens, Epbesios ad futur as tentationes, et persecutiones quas eis Paulus apostolus post hanc epistoiam propbe- tico videbat spiritu produire, cobortari et moneri, ut omnia. faciant, per quæ possint in fide stare Evangelii, nec in persecutione cox'ruere. Diern autem malam, pro- COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS 507 faire pour pouvoir demeurer fermes dans la foi de l’Évangile et ne pas succomber au fort de la persécution. Quant à ce jour mauvais, nous croyons que cette locution est empruntée au psaume quarante-huit. « Soyez donc fermes, ceignant vos reins de la vérité. » Que récriture donne à l’âme les mêmes membres dont est composé lé corps, c’est ce dont personne ne doute, et c’est un de ces membres de l’âme, les reins que l’Apôtre nous ordonne de revêtir de la vérité; nous lisons aussi dans l’Évangile selon saint Lac : « Que vos reins soient ceints et ayez dans Vos mains des lampes allumées, » Luc. xir, 35. Comme les reins sont toujours nommés lorsqu’il est ques¬ tion de génération et de propagation, par exem¬ ple, dans ces paroles : « Je placerai sur votre trône un fils qui sortira de vos reins, » Ps . cxxxi, 11, et ailleurs : « Lévi était encore dans les reins de son père Abraham* lorsque Melchisé- dec vint' au-devant de lui, » Heb. vin, 10, celui- là nous paraît avoir ceint ses reins, qui ne rend pas à son épouse ce qu’il lui doit, qui n’est pas esclave delà volupté, mais qui imite le Dieu non engendré, en s’abstenant de tout ce qui a rap¬ port à la génération. C’est encore ce que signi¬ fiait, à mon avis, Jean-Baptiste qui avait autour des reins une ceinture de cuir, et n’était pas de ces immondes qui étaient chassés hors du camp à cause de leur incontinence, et ne pouvaient prie de quadragesimo octavo psalmo arbitramur esse nunc sumptam. « State ergo succincti lumbos vestros in veritate. » Quod juxta membra carnis et corporis, omnia membra animes in Scripturis vocentur, nulli dubium est, de qui- bus unum puto esse nunc membrum « lumbos, » quos ut accingamus veritate, præcipitur. Scriptum est quoque inEvangelio xaraÀouxav : « Sint lumbi vestripræcincti, et lucernse ardentes in manibus vestris » Luc . xn, 35. Quia igitur lumbi in generatione semper accipiuntur et semine, secundum ilïud : « De fructu lumbi tui ponam super thronum tuum » Ps. cxxxi, 11. Et alibi : « Adhuc in lumbis erat Levi patris sui Abraham, quando obviavit ei Melehisedec » Hebr. vin, 10, videtur nobis accinxisse lumbos s nos, qui nequaquam uxori debitum reddit, nec servit Ubidini ; sed imitatur ingenitum Deum, genera- tionis negotiis non ministrans. Hoc idem, reor, et illud signifieare quod Joannes zonam pelliceam habebat circa lumbos suos Matth. in, et non erat de immundis, qui propter fluxum seminis extra castra projecti, cum àrca Domini babitare non possunt Levit. xm; nec ex liis de habiter près de l’arche du Seigneur; ni de ceux dont il est écrit dans le livre des Nombres : « Que ses vêtements soient déchirés, » Noinbr . vin. Mais celui qui est ceint de Jésus-Christ, comme de la vérité, relève ses vêtements et lès porte haut, il couvre du bouclier spirituel la nudité honteuse de ses côtés, il les tient serrés, il les renferme, pour se préparer au combat, et il a des œuvres lumineuses signifiées par les lampes allumées. « Et revêtus de la cuirasse de la justice. » Celui qui est recouvert, surtout aux endroits qui sont le siège de la vie, d’une cotte de mail¬ les serrées, et d’üne cuirasse d’anneaux de fer fortement entrelacés, sera difficilement blessé ; ainsi celui qui est entouré du vêtement de la justice comme d’une cotte de mailles, ne rece¬ vra pas comme le cerf la flèche dans le cœur, il ne sera accessible ni aux désirs, ni aux passions furieuses, mais il aura le cœur pur, sous cette cuirasse dont Dieu est l’artisan, lui qui fabrique toutes les armes. pour chacun de ses saints, et ne le laisse point percer ni par le trait qui vole pendant le jour, ni brûler par les flèches enflam¬ mées, « Et chaussant vos pieds pour vous préparer à l’Évangile de la paix. » Considérez attentivement que saint Paul donne à une certaine force de l'âme (le nom de pieds avec lesquols nous entrons dans celui qui dit : « Je suis la voie, » quibus in Numéris scribitur : « Sint vestimenta ejus dissuta » Num. vni. Qui autem Ghristo accinctus est veritate, bæc vestimenta in altum colligit, et sursum tra¬ hit : et nudorum laterum fœditatem , balteo spirituali velat, stringit, et includit, et paratus adprælium est, et opéra habet lucentia, quæ lucernse dicuntur ardentes. « Et induti loricam justitiæ. » Sicut difficile vulnera- tur, in his vel maxime locis quæ vitam tenent, qui con- fertam hamis, et fei\reis invicem circulis se tenentem lo¬ ricam virtutis indutus est ; ita qui est circumdatus mul- tiplici veste justitiæ, nec ad similitudinem cervi inje- ur accipiet sagittajn, nec in desideria corruet et furores, sed eritmundo corde, habens artificem hujus loricæ Deum, . qui unicuique sanctorum omnia arma fabricatur, et. non sinit eum a jacuto volante per diem, et a sagittis arden- tibus percuti pariter et exuri. « Et calciati pedes, ni præparatione Evangelii pacis. » Diligentius observato, quod virtutem quamdam animæ appellaverit pedes, quibus ingredimur in eo qui dicit : « Ego sum via » Joan. xiv, 6, et quos nos opor- tet calciare præparatione Evangelii pacis. lu ho- 508 SAINT JEROME Jean , xiv, 6, et que nous devons chausser pour nous préparer à l’Évangile de la paix. C’est comme symbole de cette chaussure que nous voyons bien longtemps auparavant dans l’Exode, les chaussures que devaient porter ceux qui mangeaient la Pâque, aussi bien que ceux qui sont près à se mettre en route. « Car c’est ainsi que vous le mangerez, leur est-il dit; vous cein¬ drez vos reins, vous aurez votre chaussure^ à vos pieds et un bâton en vos mains, et vous mangerez à la hâte, car c'est la Pâque, >> Exod. xii, il. C’est un signe de préparation de le man¬ ger à la hâte et les pieds chaussés, afin que, fortifiés par l’aliment pascal, ils puissent tra¬ verser les vastes et horribles solitudesdu désert. Que celui qui marche encore ait donc les pieds chaussés, mais que celui qui après avoir tra¬ versé le Jourdain est entré dans la terre pro¬ mise, découvre ses pieds. « Dénouez la chaussure de vos pieds, dit Dieu, le lieu dans lequel vous vous tenez, est une terre sainte, » Exod. ni, 5. Mais celui qui n’est ni Jésus, Fils de Marie, ni Apôtre, doit chausser ses pieds pour se préparer à l’Évangile de la paix. Mais s’il est apôtre et qu’il puisse être compté parmi les douze, qu'il ne prenne pas sa chaussure pour marcher, qu'il ne couvre pas son talon pour le garantir contre les scorpions et los serpents, mais qu’étant con¬ sommé dans la perfection, il se tienne debout dans la terre sainte, qu’il vive en Jésus-Christ, rum , calciamentorum figuram, et ilia calciamen- ta in Exodo præcesserunt, quæ habere Pascha vescentibus imperatur et bis, qui ad faciendum iter pa- rati sunt. « Sic » .enim ait, « mauducabitis illud rlum- bi vestri accincti, et calciamenta vestra in pedibus ves- tL'is, et baculi vestri in manibus vestris ; et comedetis illud ciuri festinatione, . Pascha est enim Domini » Eceod . xii, 11. Signum siquidem præparationis est, cum festinatione, et calciatis pedibus comedere; ut, corrobo- rati pascbàli cibo, latam et horribilem possint eremum pertransire. Qui ergo ad hue ambulat, calcietur ; qui vero jain Jordane transmissio, terramrepromissionis intravit, nudet pedem. « Solve, » ait, » calciamentum de pedibus tuis, locus enim in quo tu stas, terra sancta est, » Exod. m, 5. Si quis non est Jésus Ngve Gap. v, nec Àpostolus, calciet pedes suos in præparatione Evangelii pacis. Si quis autem Apostolus est, et inter duodecim numerari potest, nequaquam tollat in via [calciamentum suunrï, nec ad scorpiones, et colubres declinandos calca¬ néum tegat; sed jàm consummatus atque perfectus, stet jn terra sancta, et vivat in Ghristo , et sequatur Agnum et suive l’Agneau partout où il va. On demande si c’ost comme signe distinctif d’un autre Évan¬ gile que l’Apôtre l’appelle ici l’Évangile de la paix? Ou est-ce une qualité propre et inhérente à l’Évangile d’être appelé l’Évangile de la paix ? Celui donc qui possède la paix est chaussé pour l’Évangile de la paix, et lorsqu’il est chaussé, il est préparé; mais que cette préparation ne lui donne pas l’idée qu’il est parfait, mais qu’il se prépare pour marcher, et eh marchant pour arriver au terme du voyage. « Prenant surtout le bouclier de la foi, afin de pouvoir éteindre tous les traits de l’esprit malin.» Il semble dire : Dans toutes vos œuvres, portez . le bouclier de la foi, afin que, couverts et abrités sous ce bouclier, vous puissiez recevoir toutes les flèches lancées contre vous, et les éviter de côté et d’autre par les moyens que suggère la science de la guerre. C’est cette foi en vertu de laquelle Abraham après tant de bonnes œuvres t de vertus a pu mériter à peine que l’Écriture dît de lui : Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice, » Gen. xv, 6. On connaît du resteles traits que le malin esprit veut jeter dans les cœurs par les pensées criminelles. C’est un de ces traits qu’il a langés dans le cœur de Judas pour1 le porter à trahir le Seigneur. L’ennemi ne pourra même pas commencer à blesser notre âme, si nous tenons au-dessus de nous le bouclier de la foi, contre lequel non seulement les traits quocumque vadit. Quæritur utrumnam ad distinctionem Evangelii altérais, nunc dixerit, pacis Evangelium? An certe proprium sit hoc Evangelii, ut pacis Evange¬ lium nominetur? Qui igitur habet pacem, calciatus est Christi ‘ Evangelio; et cum calciatus fuerit, præparatus est, et præparatus non se putet esse.perfec- tuni., sed ad hoc præparetur, ut pergat, et pergens veniat ad finem. « Super omnia accipientes scutum fidei, in quo possi- tis omnia jacula maligni ignita exstingucre. » Quasi di¬ xerit : In omni opéré portate clypeum fidei, ut possitis tecti atque muniti excipere venientes sagittas, et bue atque illuc arle eas bellica declinare. Hæc est fides super qua et Abraham post multa opéra atque virtutes vix po- tuit promereri, ut de eo Scriptura diceret « Credidit autem Abraham Deo et reputatum est illi ad justitiam » Gen. xv, 8. Perspicua sunt autem iacula maligni, quæ vult miltere in corda nostra per cogitationes pessimas : de quibus unum jecit in cor Juplæ, ut traderet Salvato- rem. Itaque ne principium quidem habere poteritinimi- cus animæ vulnçrandæj si tenuerimüs scutum fidei-; in 509 COMMENTAIRES 'SUR L’ÉPITRE AUX ÉPHÉSIENS lancés viennent se briser, mais le feu même clés traits vient s’éteindre, c’est ce feu dont le pro¬ phète dit en gémissant : Ils sont tous adultères, semblables à cet âtre où l’on a porté la flamme, Osée, vii, 4. Celui qui tient fortement à la main ce bouclier do la foi et qui mettant toute sa con¬ fiance en Dieu, sait qu’il est à l’abri dès traits lancés contre lui, pourra dire hardiment : « J’ai mis ma confiance dans le Seigneur, pourquoi donc dites-vous à mon âme : Passereau, fuis vers la montagne. Voilà que les impies ont tendu leur arc, ils ont préparé leurs flèches sur la corde pour percer dans les ténèbres ceux qui ont le cœur droit, » Ps. x, 1, 2. Puisque je mets toute ma confiance en Dieu, pourquoi donc me donnez- vous le conseil de ne point tenir ferme contre l’attaque de mes ennemis et contre les traits qu’ils ont préparés dans leurs carquois dans l’in¬ tention d’en percer non seulement moi, mais tous ceux qui ont le cœur droit. Voici que je me tiens debout sur la pierre, je ne fuis, pas vers les montagnes couvertes de ténèbres, et tous les traits de l’ennemi sont repoussés . et retournés contre ceux qui les ont lancés. « Prenez aussi le casque du salut. » C’est à cause de ce casque du salut que tous les sens qui ont leur siège dans la tête persévèrent dans leur intégrité, et surtout les yeux dont Salomon dit dans l’Ecclésiaste : « Les yeux du sage sont dans sa tête, » Ecoles, n, 14. ïï savait en effet quelle quo non solum venientia tela franguntur, sed etiam teloruifi ipse ignis extinguitur, de quo et propheta com- .plorat dicens : « Omnes adultérantes, quasi clibanus cor¬ da eorum » Ose. vu, 4. Qui hune umbonem fidèi manu forti tenuerit, et confisus in Domino, scierit se a venien- tibus jaculis esse securum, loquetur intrepidus : « In Domino confido, quomodo dicilis animæ meæ : Trans¬ migra in montem sicut passer? Quoniam ecce peccatores intenderunt arcum , paraverunt sagittas suas in pharetris, ut sagittent in obscur o rectos corde » Psal. x, .1, 2. Gum ergo, inquit, confidam in Domino, qua mihi datis ratione consilium, ut non stem adversum inimicorum impetus, et jacula quæ contra me in pharetris præpara- runt, volontés non solum me, sed etiam omnes rectos f Al. recto corde percuteré? Ecce sto super petram,:et non transmigro in montes tenebricosos; et omnia tela hostium repuisa, in ipsos qui dirigunt, .convertuntur. « Et galeam salutis accipite, » Propter banc galeam salutaris, omnes in capite sensus integri persévérant et maxime oculi, de quibus in Ecclesiaste Salomon ait ; « Sapientis oculi in capite ejus » Ecoles, n, 14. Sciebat était la tête de l’homme, et quels sont ces yeux placés clans la tête du sage. Car si la tête de l’homme, c’est Jésus-Christ et que les yeux du sage soient clans sa tête, il s'en suit que tout notre esprit, notre âme, nos pensées, nos dis¬ cours, nos conseils (si toutefois nous sommes sages), sont en Jésus-Christ, clans le Christ Verbe ' qui est la lumière, la justice, la vérité, et la réunion de toutes les vertus. « Et le glaive de l’Esprit (qui est la parole de Dieu), priant en esprit en tout temps, par toute sorte de prières, de supplications, et dans le même esprit veillant en toute instance et sup¬ plication pour les saints et pour moi. » La parole de Dieu coule de la source de l’Esprit-Saint; la parole de l’homme vient de la terre et tire de là son origine. « Car celui qui est sorti de la terre parle de la .terre; celui qui est venu du ciel est au-dessus de tout; et il rend témoignage de ce qu’il a vu et entendu, » Jean iii, 31. Or la pa¬ role de Dieu, c’est le glaive de l’Esprit comme sait Paul le dit : « Le glaive de l'Esprit qui est la parole de Dieu. » Car la parole de Dieu est vivante et efficace, ' et plus pénétrante qu’un glaive à deux tranchants et elle entre et atteint jusqu’à la division de Pâme et de l’esprit jusque dans les jointures et dans les moelles. Cet esprit coupe et divise, et fait de grands progrès par la prière, et les supplications de ceux qui en tout temps prient le Seigneur, en esprit selon ce que enira quod esset viri cap ut, et quinam isti oculi in vir capite collocati. Si enim caput viri Gbristus est, et oculi sapientis in capite ejus sunt : sequiturut omnis noster sén- sus, mens, cogitatio, sermo, consilium (si tamen sapién- tes fuerimus) in Ghristo sint. In Christo autem Verbo, lumine justitia, veritate, cunctisque virtutibus. « Et gladium spiritus, quod est verbum Dei. Per om- nem orationem obsecrationem, orantes in omnitempore in spiritu : et in ipso vigilantes in omni instantia et prece, pro omnibus sanctis et pro me. » Dei sermo de Spiritu sancto Huit; contrafius vero de terra loquitnr» et inde sumit exordium. « Qui ènim de terra est, de terra loquitur. Qui de cœlo venit, super omnes est : Et quod vidit et audivit hoc testatur » Jo an. iii, 31 Porro sermo Dei, gladiüs spiritus est, de quo nunc Paulus ait : « Gla- dius spiritus, quod est verbum Dei » Iîebr. iv. Vivens quippe sermo Dei et efûca-x, et acutus super omnem gladium ancipitem, et penetr ans usque ad artus animæ» et ossium, etmedullarum. Qui spiritus præcidit et di vidit, multum prohciens per orationem, et obsecrationem eo¬ rum, qui in omni tempore Dominum deprecantur in spi- 510 SAINT JÉROME dit saint Paul, « je prierai d’esprit, je prierai de cœur, » I, Cor. xiv, 15; et le fruit de - ce pro¬ grès, c’est que grâce à ces veilles, à ces prières instantes, l’Apôtre s’enrichit de plus en plus dans la parole et la doctrine de Dieu. Or, toute cette richesse profite également pour le salut des autres et elle est utile à ceux-là mêmes qui prient pour lui. Admirez en même temps, l’humilité do l’Apôtre qui demande aux Éphésiens d’adresser pour lui des prières à Diou. Écoutez en effet ce qu’il dit : « En toute instance .et supplication pour tous les Saints e( pour moi, » il fait une mention séparée pour les saints, une mention séparée pour lui. « Afin que lorsque j’ouvrirai la bouche, des paroles me soient données pour annoncer avec assurance le mystère de TÉvangile, dont j’exerce la légation dans les chaînes et qu'ainsi j’ose en parler comme je dois. » Ce qu’il dit ici : ,« afin que Dieu m’ouvrant la bouche; » et ailleurs : « Ma bouche s’ouvre pour vous, ô Corinthiens, » II. Cor. vi, 11 ; et ces autres paroles :« Ouvrant 'la bouche, il enseignait ses,, disciples et disait, » Matth . v, 2. et encore : « J’ai ouvert la bouche et attiré l’esprit, » Ps. cxvm, 13, et ailleurs : « J’ouvrirai ma bouche en paraboles, » Ps. lxxviii 2, et d’autres paroles semblables doivent être entendues comme si l’Apôtre disait : Que les trésors soient ouverts, que les mystères cachés depuis les siècles soient révélés, et que l’Esprit- ritu, juxta illud : « Orabo spiritu, orabo et mente » I Cor. xiv, 15. Et in hoc praticiens, at per vigilias, et instantem precem Apostolus in Dei verbô . doclrinaque ditetur. Et hæc omnis opulentia ad aliorum proficiat sa- lutem, nt eis quoque ipsis, prosit, qui pro eo obsecrant. Simulque Apostoli humilitas admiranda pete.ntis Ephesios ut pro se faciant obsecrationes. Ait quippe : « In omni instantia et prece pro omnibus sanctis et pro me. « Ut se- orsum sanctorum, et seorsum sui faceret mentionem, « Ut mihi detur sermo in apertione oris mei, in con- fidentia notuin facere mysterium Evangelii, pro quo le- gatione fungor in catena; ita ut in ipso audeam ut oportet meloqui. » Hoc nunc quod ait : « In apertione oris mei ; » et alibi : « Os meum ad vos apertum est, o Corintlûi » II Cor. vi, 11; et « Aperiens os suum, docebat discipulos suos dicens » Matth, v, 2; et : « Os meum aperui et attraxi spiritum » Psal> cxvm, 13 ; et : « A- periam in parabolis os meum » Psal. lxxvii, 2, et cae¬ tera his simiiia, sic accipiendum quasi dixerit : aperian- tur tbesauri, et abscondita a sæculis sacramenta pan- dantur, qt Spiritus sanctus introeat ad ea proferenda Saint vienne pour enseigner' tout ce qui est enveloppé d’obscurité. Que tel soit le sens de ces paroles : « Afin que Dieu m’ouvrant la bouche, me donne des paroles » la suite le prouve. « Pour annoncer avec confiance, dit-il , le mys¬ tère de l’Évangile. » Ce n’est plus en paraboles ni en proverbes comme faisaient les prophètes, mais comme le Seigneur lui-même pendant sa vie mor¬ telle, lorsqu’il disait : « L’heure est venue où je ne vous parlerai plus en paraboles, mais je vous parlerai ouvertement de mon Père, » Jean, xvi, 25. Il n’est permis de parler avec cette confiance qu’à celui-là seul qui n’a point à craindre les reproches de son cœur : « Car si notre cœur ne nous condamne pas, nous avons ,de la confiance devant Dieu, et tout ce que nous demanderons nous le recevrons de lui. I, Jean. m. Il en est bien peu qui annoncent l’Évangile avec cette confiance, parce qu’il en est bien peu qui aient, cette confiance devant Dieu. « Car qui pourra se glorifier d’avoir un cœur pur, ou qui pourra dire qu’il est exempt de tout péché? » Examinons maintenant en peu de mots ce que signifient ces paroles : « Dont j’exerce la fonction d’ambassa¬ deur dans les chaînes. » C’est-à-dire en faisant connaître le mystère de l’Évangile. Le sens le plus simple de ces paroles, c’est que Paul était emprisonné pour le témoignage de Jésus-Christ et qu’il a écrit cette lettre de Rome . où il était dans les chaînes. D’autres prétendent que saint quæ latitant. Nam quod hujus testimonii, id est, « ut detur mihi sermo in apertione oris mei,» iste sit intel- lectus, sequentia probant. « In confidentia , » inquit, « notum facere mysterium Evangelii. » Nequaquam in ‘ parabolis et proverbiis, sicut et prophetæ, et ipse Do- minus adhuc constitutus in corpore loquebatur dicens : « Venit hora quando nequaquam vobis in proverbiis lo* quar, sed conûdenter de Pâtre annuntiabo vobis » Joan . xvi, 25. Hune conûdentiæ sermonem, solus poterit ob- tinere, qui non habuerit cor se reprehendens : « Si enim cor . nostrum nos non reprehenderit, confidentiam haberaus ad Deum, et quodeumque pétierimus, accipie- mus ab eo » Joan . m. Rarus itaque est qui in confiden¬ tia notum faciat mysterium Evangelii, quia rarus est qui confidentiam babeat ad Deum. « Quis enim gloria- bitur enstum se habere cor; aut quis stabit dicens mundum se esse a peccatis » Prov. xx, 9, Post hæc quid sit hoc quod ait : « Pro quo legatione fungor in catena, » ut notum videlicet facerem mysterium Evan¬ gelii, breviter perstringendum. Et quidem qui simplici- ter intelligit, dicet propter testimonium Christi eum de COMMENTAIRES SUR L’ÉPITRE AUX EPHESIENS T 511 Paul s’exprime ainsi à cause de ce corps d’hu- ' milité, de cette chaîne dont nous sommes en¬ tourés, ne sachant pas encore comme nous devons savoir; ne voyant les choses qu’en énigme et comme dans un miroir. Il ne pourra donc annoncer l’Évangile avec confiance et découvrir les mystères, que lorsqu’il sera déchargé de ses chaînes et délivré de sa prison ; à moins qu’on ne dise qu’il est libre au milieu des chaînes, parce que sa vie est déjà dans les cieux et qu’on peut dire de lui : «Pour" vous, vous n’etes pas dans la chair, mais clans l’esprit si toutefois l’esprit de Dieu habite en vous » Rom. vm, 9. Et pour que vous sachiez les circonstances ou je me trouve, et ce que je fais, Tychique, notre frère, et fidèle ministre du Seigneur, vous . apprendra toutes choses. Je l’ai envoyé vers vous exprès, pour que vous sachiez ce qui nous concerne, et qu’il console vos cœurs, » On peut expliquer ces paroles de deux manières : Pre¬ mièrement; j’ai envoyé Tychique à Éphèse pour annoncer aux Éphésiens que les liens de l’apôtre Paul sont devenus célèbres dans tout le prétoire, et que ses chaînes ont servi à un plus grand progrès dei’Évangilt, dans ce même temps où il écrivait aux Colossiens : « Pour ce qui me concerne, Tychique, notre frère bien- aimé, fidèle ministre et' mon compagnon dans le service du Seigneur, vous apprendra toutes carcere, et de cAtenis hsec Romæ positum scripta misis- se. Alius vero propter corpus humilitatis, et catenam is- tam qua circumdarpur, et hecdum scimus secundum quod oportet nos scire, et per spéculum videmus in ænigmate, ista eum dixisse contendet, et tune vere pos- se in confidentia Evangelii, aperire mysteria, curn catè- nam deposuerit, et de carcere liber exierit nisi forte et in vinculis absque vinculis computandus est, qui conver- sationem habet in cœlis, et de quo dici potest : « Vos autem non estis in carne, sed in spiritu ; si tamen spi- ritus Dei habitat in vobis » Rom . vm, 9. « Ut autem sciatis et vos quæ circa me sint, quid a- gam, omnia nota vobis faciet Tychicus dilectus frater, et fidelis minister in Donino ; quem misi ad vos in hoc ip¬ sum, ut cognoscatis quæ circa nos sunt, et consoletur- corda vestra. » Dupliciter accipite : Vel ideo Tychicum missum Ephesum, ut nunfiaret eis vincula apostoli Pau¬ li nota facta esse in omni r-rætorio, et catenam illius ad fidem Evangelii profecisse, eo tempore quo et ad Golos- senses scripsit dicens : « Quæ circa me sunt, omnia no¬ ta vobis faciot Tychicus frater dilectus, et minister, et conaervus in Domino; quem misi ad vos ob hoc ipsum, choses. Je l’ai envoyé vers vous exprès, afin que vous sachiez ce qui nous concerne et console vos cœurs; de même qu’Onésime, notre fidèle et bien-aimé frère, qui est votre concitoyen. Pour tout ce qui se passe ici, ils vous le feront con¬ naître, » Coloss. rv, 7 et suiv. C’était pour eux, en effet, une grande consolation d’apprendre que Paul triomphait de sa prison et de ses chaînes dans Rome, la reine maîtresse des villes, et dans la capitale de l’empire romain. Secondement, Tychique a pu être envoyé, pour leur faire connaître la vie et la manière d’être de saint Paul, ce qu’ils ignoraient, et pour, don¬ ner un exemple et un modèle à ceux qui appren¬ draient les actions et les vertus de l’Apôtre, et qui auraient le désir de les imiter. « Paix à nos frères et charité avec la foi, par Dieu le Père et par le Seigneur Jésus-Christ. » Parmi les autres dons qui nous sont accordés par Dieu le Père et par Notre-Seigneur Jésus- Christ, la paix n’occupe pas la moindre place, cette paix qui surpasse toute pensée, qui garde les cœurs et les intelligences des saints, cette sérénité, cette tranquilité d’une âme calme et dans le repos, et qui fuit toutes les tempêtes et les tourmentes qui agitent et troublent le monde. Un don semblable, c’est la charité avec la foi que Dieu le Père donne aussi conjointement avec le Fils, afin que nous aimions Dieu de tout ut cognoscatis quæ circa nos sunt ; et consoletur corda vestra cum Onesimo charissimo et ûdeli fratre, qui est ex vobis, qui omnia quæ hic aguntur, nota faciet vobis » Coloss. îv, 7 seqq. Grandis enim consolatio erat, audi- re Paülum Romæ in domina urbium, et in arce Roma¬ ni imperii, de carcere et' de vinculis triumphantem. Vel certe ob id Tychicum missum esse, ut vitam et conver- sationem Pauli, quam ignorabant, annuntiaret eis, et quasi quoddam exemplar vivendi daret discentibus gesta Apostoli atque virtutes, et eum imitari volentibus. Nec parva esse poterat consolatio æmulari cupîentium, quæ Apostolum egisse cognoverant, « Pax fratribus, et charitas cum fide, a Deo Pâtre et Domino Jesu Ghristo. » Si qua alia dona sont quæ tri— buuntur a Deo Pâtre, et Domino Jesu Ghristo, inter hæc pax non minimum possidet locum, quæ superat omnem sensum, et custodit corda intellectusque sanctorum, se- renitas quædam atque tranquillitas animæ quiescentis, et universam tempestatem et turhinem perturbationum fu- gans. Huic similis est charitas cum fide, quam et ipsam simul Deus Pater donat et Filius, ut diligamus Deum de toto corde, et proximos sicut nosmetipsos, et pro inimi- 512 SAINT 'JEROME notre cœur et notre prochain comme nous- mêmes, et que nous priions Dieu pour nos enne¬ mis. Cette paix, cette charité que l’Apôtre sou¬ haite à ceux qui croient, ne sont données qu’à ceux qui méritent d’être appelés du nom de frères. « Paix à nos frères, dit-il, et avec la'1* paix la charité avec la paix. » La charité et la foi sont donc un don du Père comme du Fils, et l'hérésie qui ne veut que le Fils ait la même puissance que le Père est ici réduite au silence. « La grâce soit avec tous ceux qui aiment Notre-Seigneur Jésus-Christ dans l’incorruptibi¬ lité. Amen. » Quelques-uns ont interprété ces paroles en ce sens, que pour aimer Notre- Seigneur Jésus-Christ, il faut être étranger, pensent-ils, aux œuvres de la corruption, et pour eux, ces œuvres de la corruption, c’estl’acte du mariage. D’où vient, disent-ils, la coutume dansle langage actuel, d’appeler incorruptibles et vierges ceux qui n’ont aucun rapport de ce genre avec les femmes. Au contraire, on appelle corrompus ceux qui ont goûté ce plaisir des sens, et ils apportant à l’appui ce, témoignage : « Si quelqu’un- corrompt le temple de Dieu, Dieu cis nostris precemur. Hanc pacem et charitatem, quam credentibus Apostolus imprecatur, hi tantum habent, qui fratrum nomme merentur vocari. « Pax » quippe « fratribus, et charitas cum fide etpaee. » Igitur et cha¬ ritatem et fidem sic Pater prsestat ut Filius : et hæresis obmutescit, quæ non vult eadem Filium posse quse Pa- trem. « Gratia cum omnibus qui diligunt Dominum Jesum Christum in incorruptione. Amen. » Nonnulli hoc ita interpretati sunt, ut eum putarent ffiligere Dominum nostrum^Jesum Christum, qui ab operibus corruptionis alienus sit, opéra corruptionis in coitu sentientes. Unde et consuetudo et sermo vulgaris incorruptos, virgines vocatj eosque qui coitum nesciant feminarum.Corruptos vero eos,qui istiusmodi degustaverint voluptatem. Illud quoque testimonium coaptantes : » Si quistemplum Dei corrumpit, corrumpet ilium Deus » I Cor. ni, 17. Sed le perdra, » I Cor . ni, 17. Mais je ne sais si ces interprètes pourraient facilement expliquer ces autres paroles de l’Apôtre : « Chacun reçoit de Dieu son don particulier, l’un d’une manière et' l’autre d’une autre, » Ibid, vu, 7. Voyons donc s’il n’est pas mieux d’entendre par corruption tout péché, et d’appeler incorruptibles ceux qui sont libres de tout péché. En aimant ainsi Notre-Seigneur Jésus-Christ, ils sont dans l’in¬ corruptibilité, affranchis qu’ils sont des liens du péché et possédant en eux-mêmos la grâce de Dieu. Je crois aussi que c’est pour distinguer ceux qui aiment Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais non dans l’incorruptibilité, que l’Apôtre dit que ceux-là ont la grâce de Dieu qui l’aiment d’un amour sans tache. Combien en est-il, en effet, qui aiment le Seigneur, qui sont prêts à aller en exil, prêts à souffrir le martyre, prêts à supporter les privations et toutes sortes d’ou¬ trages, et qui cependant se laissent encore vaincre par les passions de la chair! A ceux-là, l’Apôtre ne souhaite point la grâce, parce que la grâce est le partage de tous ceux qui aiment Notre-Seigneur dans l’incorruptibilité. . nescio an hoc valeant explanare quod scribitur ; «Unus- quisque proprium habet donum a Deo : aliùs quidem sic, et alius sic y>'Ibid. vn, 7. Videamus igitur ue forte ’melius sit omne peccatum corruptionem animæ intelli- gere, et eos qui a peccato liberlsunt, incorruptos vocari : ita ut diligentes Dominum Jesum Cbristum, in incorru¬ ptione sint, dum peccati vinculis non tenentur, et cum eis est gratia Dei. Simulque arbitror ad distinctionem eorum qui diligunt Dominum Jesum Christum, sed non in incorruptione nunç positum, eos gratiam habere Christi, qui diligant eum in incorruptione. Quanti enim diligunt Dominum, parati exsilia, parati martyria, para- tiinopiam, et omnia pro eo contumeliarum généra sus- tinere, et -nihilominus carnis passione superantur ; sed his non imprecatur Apostolus gratiam, quia gratia Domini est cum omnibus qui diligunt eum in incor¬ ruptione. FIN DU TOME DIXIÈME Librairie Ecclésiastique L. VIVÈS, eue Delambre, 13, a PARIS, S. Augustin, Œuvres complètes. Traduction inté¬ grale du texte et des notés de l'édition des Bénédictins, par MM. Pèronne, chanoine de Soissons, Vincent, archiprêtre de Vervins, Charpentier, traducteur des Œuvres de S. Bernard , Ecalle, professeur au grand Séminaire de Troyes, et H. Barreau. Edition avoc le texte latin, terminée par une Table générale analyti¬ que y une Table à V usage des prédicateurs et une Table cC Écriture sainte . 34 vol. in-4°. Papier vélin . 340 fr. Papier vergé . . . 420 fr. S. Jean Chryso3tôme, Œuvres complètes, tradui¬ tes intégralement du grec en français par M. l’abbé J. Bareille. Ouvrage terminé par une Tanle générale et analytique. Texte grec avec traduction en regard. 21 vol. in-4° sur papier vergé . 420 fr. Traduction française seulement, 21 vol. in-S° 126 fr. il vol. in-4° 88 fr. Cette traduction est la seule qui ait été publiée avec le texte en regard , et la seule qui soit couronnée par V Académie française. S. Bernard, Œuvres complètes, traduites en fran¬ çais par les abbés Charpentier et Dion, Terminées par uns Table générale analytique . Edition avec texte latin. 9 vol. m-4° . _ 81 T. Notre traduction est la seule qui soit publiée avec le texte en regardy et qui reproduise intégralement V édition des Bénédictins. B. Bonaventuræ Opéra omnia, Sixti V, ponlifieis max. jussu diiigentissime emendata cuni Indice analy- tico et alphabetico rerum et verboruin locupletissimo, ad usum Theologorum et Prædioalorum, cui acoeditvita sancti Doctoris. — Editio accurate recognita, ad pùram et veriorem testimoniorum biblicoi'uin emendatioueni denuo reducta, cura et studio A.-G. Peltier. 15 vol. in-4°, papier vergé . . . . 400 fr. D. Thomee Aqulnafcls Opéra omnia, ex editionibus vetnstia et decimi tertii sæculi codicibus rcligiose castigata; pro authoritaMbus ad fidem Vulgatæ versionis accuratiorumque Patrologiæ textuum, nunc primuin l'evocata; notis historicis, critieis, pbilosophicis, theologicis, cunctas illustrantibus conP'oversias occa- sione dogmatum sancti authoris exortas, sollicite or n ata, cui accedunt Index generalis seu Tabula aurea Magistri Pétri de Ber-gomo et Index locorum omnium S. Scripturæ explicàtornm. 34 volumes in-4?. Papier vergé. .... 600 fr. Papier vélin 450 fr, S. Alphonse de Liguorl, Œuvres, traduites de l’italien par les abbés Vidal, Delalle et Bousqüet. Traduction revue, corrigée et augmentée de notes par M. l’abbé Peltier. 20 vol. in-8% papier vergé 140 fr. Pour avoir ■ les Œuvres complètes de notre saint Docteur t il faut ajouter aux 20 volumes ci-dessus y les deux ouvrages suivemts : S. Alphonsi de Ligorio Theologia moralis. Editio recentissima, excerptis e novissimis nioralibus theolo- giis compléta ; decisionibus auctoritatis romanæ rëcen- tioribus locupletata : quoad citationes Sacræ Scripturæ et Traditionis recognita; nulla demum habita textus adidteratione, sed ope tantum intercalationum, aduota- tionuin et appendicum, ad præsentem rerum condilio- nein accommodata, cura et studio Le Noir, presbyt. Editio quarta. 4 forts vol. in-8°. Papier vergé 24 fr . S. Alphonsi de Ugorio Homo apostolicus instruc- tus in sua vocatione ad audiendas confessiones, sive Praxis et instructio confessariorum. 2 vol. in-8° 8 fr. 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I, II, III . . 225 t Commentaires sur l’Épître 'aux Éphésiens. Liv. I, II, III . 374 fin de la, .table, du tome dixième. Imprimerie de Citeaux, (Côte-d’Or.)